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FÈS

AVANT LE PROTECTORAT
ADDENDA ET CORRIGENDA

I. ADDENDA

II. CORRIGENDA
Le plan du quartier de Keddan est l'original de celui qui est reproduit
dans l'article de Martin (Description de la ville de Fès, quartier du Keddan).
Plusieurs erreurs se sont glissées dans la reproduction de la légende; la
plus courante a consisté à lire randa au lieu de rauda (rawda).
UNIVERSITÉ DE PARIS
FACULTÉ DES LETTRES

F È S
AVANT LE P R O T E C T O R A T
ÉTUDE ÉCONOMIQUE ET SOCIALE
D'UNE VILLE DE L'OCCIDENT MUSULMAN

Thèse pour le doctorat ès lettres


présentée à la Faculté des Lettres de l'Université
de Paris

par

ROGER LE TOURNEAU
Ancien élève de l'École Normale Supérieure
Agrégé de l'Université
Chargé de Cours à la Faculté des Lettres d'Alger

PUBLICATIONS DE L'INSTITUT DES HAUTES ÉTUDES MAROCAINES

Tome XLV

1949
Copyright by S M L E , Casablanca, 1949
A ma femme e t à mes enfants
ORIGINE DES CLICHÉS

Service des Monuments Historiques du Maroc : pl. I à V, IX à XIII,


XV à XVII, XIX, à XXVIII, XXX à XXXVIII, XLII, XLV, XL X
LI à LIII, LXI, LXIII, LXVIII, LXIX, LXXI, LXXVI, LXXVII,
LXXXIV, LXXXVII, XCII, XCIII, CI, CII.
Collections de la Bibliothèque Générale du Protectorat : pl. XVIII,
XXIX, XXXIX, XL, XLVII, LIV à LVIII, LXII, LXVI, LXVII, LXX,
LXXII, LXXX, LXXXI, LXXXV, XCI, XCIV, C, CIII, CIV.
Service des Arts Indigènes du Maroc : pl. VII, VIII, L, LX.
Institut des Hautes Études Marocaines : pl. LXV, LXXIV.
Association des Amis de Fès : pl. LXIV, XC.
Illustration : pl. LXXIX.
Sixta : pl. XLVI.
Bulletin de l'Institut d'Hygiène du Maroc : pl. XLI.
H. Terrasse : pl. XIV.
G. Veyre : pl. XLIII.
C de Buisseret : pl. XCVI.
C Larribe : pl. XLVIII, LXXIII, LXXV, LXXXII, LXXXIII
LXXXVI, XCVII, CV.
Rigal : pl. XLIV, LXXVIII, LXXXVIII, LXXXIX, XCV, XCVIII,
XCIX;
Auteur : pl. LIX.
J'adresse mes biens vifs remerciements à tous ceux qui ont bien voulu
m'autoriser à reproduire les clichés mentionnés ci-dessus.
R. L. T.
AVANT-PROPOS

On pourra non sans raison se demander de quelle discipline relève


la présente étude. On y trouvera, en effet, des chapitres historiques, des
développements sociologiques et ethnographiques, des remarques de
géographie urbaine. J'espère que l'on n'ira pas pour autant jusqu'à me
taxer de confusionisme. Il est des sujets qui favorisent le respect des
classifications habituelles; il en est d'autres qui y échappent forcément
parce qu'ils touchent à une réalité multiforme. Essayer de comprendre
une ville et de la présenter telle qu'elle fut à un moment de son évolu-
tion, c'est inévitablement faire appel à toutes sortes de disciplines.
On me dira que j'aurais pu limiter mon sujet à l'un des aspects de
Fès au lieu de tenter, avec quelque outrecuidance peut-être, d'en donner
une vue d'ensemble au début du X X siècle. Pareille façon d'envisager
les choses est sans doute valable pour des villes immenses que l'on ne
peut prétendre embrasser d'un coup d'œil, ou pour des villes moins
intimement soudées que la capitale idrisite. Mais tous ceux qui ont
eu l'occasion de réfléchir sur Fès sont d'accord pour constater qu'elle
forme un tout vraiment indissoluble. Comment étudier le commerçant
et l'artisan de Fès, sans connaître leur vie familiale, leurs obligations
sociales, leurs origines, leurs croyances, qui pèsent d'un tel poids sur
leur comportement général? Comment isoler la vie intellectuelle de Fès,
alors que les savants sont étroitement liés aux familles des négociants,
jouent un rôle dans l'ensemble de la vie citadine et que les commerçants
ont tous été formés peu ou prou à l'Université des Kairouanais? Com-
ment comprendre l'organisation du négoce fasi sans examiner la struc-
ture générale de la ville? Examiner isolément un aspect de la vie de Fès,
ç'aurait été, me semble-t-il, prendre pour objet d'étude un seul person-
nage parmi bien d'autres dans un tableau de maître: après dix ans
passés au milieu des Fasis, j'aurais considéré comme une sorte de
trahison de ne pas tenter de les présenter dans leur réalité vivante et
complexe.
Concevant le sujet de cette manière, j'ai été tout naturellement amené
à employer des méthodes d'investigation aussi variées que les disci-
plines auxquelles j'avais recours : consultation des sources arabes et
européennes, recours aux documents et aux statistiques chaque fois
que cela était possible, mais surtout investigation directe. J'ai eu la
chance d'arriver à Fès en 1930, à une époque où l'évolution consécutive
à l'établissement du Protectorat était encore peu marquée, de sorte que,
dans bien des cas, il m'a suffi, pour me documenter, d'ouvrir les yeux
et de noter ce que j'observais. D'autre part, j'ai fait largement appel
à la documentation orale, puisque j'avais la bonne fortune de vivre
au milieu de nombreux témoins de l'époque à laquelle je m'intéressais
particulièrement. J'ai ainsi pu recueillir une masse assez importante
de renseignements soigneusement recoupés sur les principaux aspects
de F ès au début du X X siècle, méthode dangereuse si le nombre des
témoignages individuels est restreint, mais qui perd ses inconvénients
lorsque, comme dans le cas présent, le champ d'investigation est vaste.
On ne s'étonnera donc pas qu'avant d'exposer les résultats de mon
enquête, j'adresse le témoignage de ma profonde gratitude à tous ceux
qui ont bien voulu s'intéresser à ce travail et m'y aider, et d'abord aux
Musulmans de Fès qui, très nombreux, m'ont facilité la tâche de toutes
sortes de manières, soit en mettant à ma disposition des documents
inédits, soit en me faisant entrer en relation avec les personnes les plus
qualifiées pour me renseigner sur tel ou tel point, soit surtout en répon-
dant sans se lasser à mes interminables et souvent indiscrètes ques-
tions. Je ne veux point citer de noms, car la liste serait trop longue et
je m'exposerais à des omissions, c'est-à-dire à des injustices que je ne
veux pas commettre. Qu'il me suffise de dire que j'ai trouvé partout un
accueil extrêmement courtois et prévenant, aussi bien chez les plus
hautes autorités administratives et spirituelles de la ville que chez les
plus humbles artisans. Je me dois cependant d'accorder une pensée
toute spéciale, très reconnaissante et cordiale, aux anciens élèves du
Collège Moulay Idris à qui j'ai beaucoup d'obligations et sans lesquels
mon travail aurait manqué d'une partie de sa substance.
Ma reconnaissance va tout naturellement aussi à ceux qui ont bien
voulu m'encourager et me guider lors de mon initiation à Fès et aux
choses de l'Islam, à mon maître M. E. Lévi-Provençal, professeur à la
Sorbonne, dont les travaux si rigoureux et pénétrants constituent
d'admirables modèles; à M. Robert Montagne, professeur au Collège
de France et directeur du Centre de Hautes Etudes d'Administration
Musulmane, dont la sympathie entraînante m'a été d'un très pré-
cieux secours en maintes occasions; à M. Louis Brunot, directeur
honoraire de l'Institut des Hautes Études Marocaines, qui n'a cessé
de s'intéresser à mes modestes études et de me faire bénéficier de sa
profonde expérience; à M. Jules Salenc, mon premier chef et en
même temps mon premier maître d'arabe. Je n'aurais garde d'oublier
la bienveillance de M. Jean Gotteland, ancien Directeur Général de
l'Instruction Publique, des Beaux-Arts et des Antiquités au Maroc,
dont les hautes qualités de cœur, d'intelligence et d'autorité restent gra-
vées dans le souvenir de ceux qui ont eu l'heureux honneur de servir
sous ses ordres. Je ne saurais oublier enfin l'accueil si encourageant
que j'ai toujours rencontré auprès de maîtres éminents, tels que
MM. William et Georges Marais, membres de l'Institut; MM. Louis
Massignon et Jean Sauvaget, professeurs au Collège de France, dont
les conseils et les encouragements m'ont sans cesse soutenu dans ma
t â c h e .
Four l'exécution de mon travail, j'ai eu la bonne fortune de pouvoir
m'adresser à des spécialistes éprouvés qui ne m'ont pas ménagé leurs
conseils éclairés et ont bien voulu me faire bénéficier de leur expérience.
Je tiens à adresser ici l'hommage de ma particulière gratitude à M. Henri
Terrasse, directeur de l'Institut des Hautes Études Marocaines, qui
a accepté de faire entrer ce livre dans les collections de cet Institut et
m'a fait bénéficier de sa profonde connaissance des choses du Maroc;
à M. Robert Ricard, professeur à la Sorbonne, qui m'a communiqué ou
indiqué de précieux documents ; à MM. G. S. Colin, directeur d'études à
l' Institut des Hautes Études Marocaines; Régis Blachère, professeur à
l'Ecole des Langues Orientales; Emile Dermenghem, conservateur de la
Bibliothèque du Gouvernement Général de l'Algérie, qui ont bien voulu
prendre la peine de lire telle ou telle partie de mon travail et de me pré-
senter leurs observations. Je dois aussi exprimer ma bien vive reconnais-
sance à mon ancien collaborateur et ami, Si Mohammed Lakhdar, profes-
seur au Collège Moulay Idris de Fès, qui a eu l'obligeance de recueillir
sur place quantité de renseignements qui me faisaient défaut au moment
de la rédaction et que sa profonde connaissance de Fès lui a permis
de réunir sur mes indications. De même j'ai l'agréable devoir de remer-
cier tous ceux qui, comme le chérif Sidi 'Abd el-Hayy el-Kattani, M. le
colonel Justinard, M. Juda Bensimhon et bien d'autres, ont eu l'ama-
bilité de se prêter à mes questions ou de me procurer des documents
inédits. Je ne saurais passer sous silence la complaisance de M. Jac-
ques Riche, conservateur de la Bibliothèque Générale du Protectorat
à Rabat, qui a bien voulu m'ouvrir très largement les précieuses collec-
tions de livres et de documents dont il a la charge; de M. Elie Lambert,
professeur à la Sorbonne, grâce auquel j'ai pu accroître au mieux ma
documentation photographique; de M. le Secrétaire Général de la Région
de Fès et de M . le Chef des Services Municipaux de Fès qui m'ont
ouvert libéralement leurs archives.
Enfin ma pensée va à ceux avec qui j'ai mené mes premières enquêtes
sur Fès, m'acheminant peu à peu vers le travail d'ensemble que je pré-
sente maintenant : mon cher et vieil ami Lucien Paye, Délégué Général
au Plan en Algérie; les commandants-interprètes Guyot et Carbonnier;
M. Marcel Vicaire, chef du Service des Métiers et Arts indigènes au
Maroc, et nombre de mes anciens collègues de l'Association des Amis
de Fès. Ils trouveront dans ce livre bien des résultats de nos travaux
communs et l'application sur d'autres terrains des méthodes d'investi-
gation qu'ensemble nous avons mises au point.
Nous n'aurions pas pu, eux et moi, mener à bien les études que nous
avons entreprises si nous n'avions bénéficié de la somme de documents
et de travaux mis au point par nos devanciers, par ceux qui, depuis
plus de cinquante ans, se sont intéressés à Fès et ont réuni sur elle une
documentation de premier ordre : Edouard Michaux-Bellaire et tous
les membres de la Mission scientifique du Maroc, Alfred Bel, Prosper
Ricard, Charles René-Leclerc, Maurice Le Glay, Henri Gaillard et
combien d'autres dont les travaux seront souvent cités au cours de
cette étude. L'inventaire méthodique et précis de la ville d'Idris est leur
œuvre et l'on ne peut parler de Fès et des Fasis sans évoquer leur sou-
venir avec respect et reconnaissance.
Chaque fois que l'on s'occupe d'islamologie, on se heurte à l'éternel
problème de la transcription, problème double à la vérité, quand on
prend l'Afrique du Nord pour objet d'étude, car il ne s'agit pas seule-
ment de savoir comment transcrire, mais aussi quoi transcrire : le mot
tel qu'il est prononcé ou tel qu'il est écrit? Pour éviter autant que pos-
sible le conventionnel, j'ai préféré présenter les mots tels qu'on les pro-
nome à Fès, quitte à indiquer en outre dans l'index leur forme écrite;
il m'a semblé qu'ainsi l'atmosphère de Fès risquait d'être plus fidèle-
ment rendue. Pour la transcription même, j'ai adopté, sur les conseils
de mes maîtres, la formule la plus simple qu'il se pouvait, puisque aussi
bien ce travail est susceptible de rendre des services non seulement aux
arabisants, mais encore à des spécialistes d'autres disciplines. J ' a i
donc adopté le système de transcription de l'Encyclopédie de l'Islam,
mais d'une part en le débarrassant de tout appareil diacritique, d'autre
part en adoptant l'orthographe française pour le groupe ch (au lieu
de sh) et pour le groupe ou (au lieu de u), en transcrivant par la lettre o
la voyelle damma, par la lettre j (au lieu de dj) la consonne jim, en
employant la forme el pour l'article, à l'exemple de M. William Mar-
çais dans ses Textes arabes de Tanger, en assimilant la lettre l de
l'article selon les règles de la phonétique arabe, en supprimant la lettre
hamza, enfin en faisant un usage aussi restreint que possible de l'e
muet.
On trouvera en tête de cet ouvrage une bibliographie aussi exhaustive
que possible et, à la fin, un index qu'il m'a paru utile, sur les conseils
de M. Lévi-Provençal, de diviser en index des toponymes, des noms
propres, des termes techniques transcrits de l'arabe et des termes tech-
niques français. J'espère qu'ainsi cet ouvrage sera commode pour les
chercheurs en dépit de son volume.
Alger, décembre 1947.

P.-S. Je dois un témoignage tout particulier de reconnaissance à


MM. Jacques Ladreit de Lachavrière et Henri Pérès qui ont pris la
peine de m'aider dans la correction des épreuves de cet ouvrage.
PRINCIPALES ABRÉVIATIONS

Arch. Mar. Archives Marocaines


Bull. éc. du Maroc Bulletin économique du Maroc
Bull. de l'ens. publ. Bulletin de l'enseignement public du Maroc
E. I. Encyclopédie de l'Islam
Hesp. Hespéris
Rens. col. Afrique française, Renseignements coloniaux
Rev. Afr. Revue Africaine
R. E. I. Revue des Études Islamiques
R. M. M. Revue du Monde Musulman.
LISTE DES OUVRAGES CONSULTÉS ET CITÉS

I. Sources arabes.

L'Afrique septentrionale au X I I siècle de notre ère (Description extraite


du Kitab el-Istibsar et traduite par FAGNAN), Constantine, 1900.
el-BEKRI. Description de l'Afrique septentrionale par Abou 'Obeïd el-Bekri,
texte édité et traduit par de SLANE, 2. vol., Alger, 1911-1913.
Chronique. Chronique anonyme de la dynastie sa'dienne, texte arabe publié
par G. S. COLIN, Coll. de textes arabes de l'Institut des Hautes Études,
Marocaines, vol. II, Rabat, 1934.
Un manuel hispanique de hisba, texte établi par G. S. COLIN et E. LÉVI-
PROVENÇAL, avec une introduction et un glossaire, Paris, 1931.
Rawd el-Kirtas. IBN ABI ZAR'. Kitab el-anis el-motrib bi-rawd el-kirtas fi
akhbar molouk el-Maghrib wa-tarikh madinat Fas, texte édité par TORN-
BERG (Upsal, 1843), traduit par le même en latin (Upsal, 1846) et en
français par BEAUMIER, sous le titre : Histoire des souverains du Maghreb
et annales de la ville de Fès, Paris, 1860.
Rawdat en-Nisrin. IBN EL-AHMAR. Histoire des Beni Merin, rois de Fès
intitulée Rawdat en-nisrin (Le Jardin des Églantines), éditée et traduite
par GH. BOUALI et G. MARÇAIS, Paris, 1917.
IBN 'ASKAR. Dawhat en-nachir li-mahasin man kan bi-'l-Maghrib min
machaïkh el-karn el-'achir, lithographié à Fès, 1309 H, traduit par
GRAULLE, in Arch. Mar., XIX (1913).
IBN BATOUTA. Voyages, édités et traduits par DEFREMERY et SANGUI-
NETTI, 4 vol., Paris, 1874-1879.
IBN FADL ALLAH EL-OMARI. Masalik el-absar fi mamalik el-amsar, I, .
L'Afrique, moins l'Égypte, traduction et notes de GAUDEFROY-DEMOM-
BYNES, Bibliothèque des géographes arabes, t. II, Paris, 1927.
IBN HAWKAL. Description de l'Afrique septentrionale, traduite par de SLANE
in Journal asiatique, 1842.
IBN EL-KADI. Jadhwat el-iktibas fi-man hall min el-a'lam madina Fas,
lithographié à Fès, 1309 H.
IBN KHALDOUN. Histoire des Berbères, éditée par de SLANE, Alger, 1847-
1851, et traduite par le même, 4 vol., Alger, 1852-1856.
IBN ZIDAN (Moulay 'Abd er-Rahman). Ithaf a'lam en-nas bi-jamal akhbar
hadira Miknas, 4 vol., Rabat, 1929-1932.
el-IDRISI. Description de l'Afrique et de l'Espagne, éditée et traduite par
R. DOZY et M. J. de GOEJE, Leyde, 1866.
Nozhat el-Hadi. el-I FRANI. Nozhat el-hadi bi-akhbar molouk el-karn el-hadi,
Histoire de la dynastie saadienne au Maroc (1511-1670), traduite par
O. HOUDAS, Paris, 1889.
Zahrat el-As. el-JAZNAI (Abou 'l-Hasan 'Ali). Zahrat el-As (la Fleur du
Myrte) traitant de la fondation de la ville de Fès, texte publié et traduit
par A. BEL, Alger, 1923.
el-KADIRI ('Abd es-Salam). Ed-dorr es-sani fi ba'd man bi-Fas min ahl en-
nasab el-hasani, lithographié à Fès, 1303 et 1308 H.
Nachr el-Mathani. Mohammed el-KADIRI, Nachr el-mathani li-ahl al-karn
el-hadi 'achar wa 'th-thani, traduit par GRAULLE in Arch. Mar. XXI
(1913) et par MICHAUX-BELLAIRE, ibid., XXIV (1917).
el-KATTANI (Mohammed b. Ja'far). El-azhar el-'atirat el-anfas bi-dhikr
ba'd mahasin kotb el-Maghrib wa taj madinat Fas, lithographié à Fès,
1314 H.
S a l w a t el-Anfas. Mohammed b. Ja' far el-KATTANI. Salwat el-anfas wa-
mohadathat el-akyas bi-man okbir min el-'olama wa-' s-solaha bi-Fas,
lithographié à Fès, 3 vol., 1316 H.
LÉVI-PROVENÇAL. Documents inédits d'histoire almohade (Collection do
textes arabes relatifs à l'histoire de l'Occident musulman, vol. I), Paris,
1928.
Istiksa. Ahmed b. Khaled en-NASIRI es-SALAWI. Kitab el-istiksa li-akhbar
dowal el-Maghrib el-aksa, Le Caire, 1312 H, 4 vol., traduction de Fumey
in Arch. Mar., IX (1906) et X (1907) (Dynastie 'alawite), de GRAULLE,
ibid., XXX (1923) (Les origines), de GRAULLE et COLIN, ibid., XXXI
(1925) (Les Idrisides et les Almoravides), d'ISMAEL HAMET, ibid.,
XXXII (1927) et XXXIII (1934) (Les Almohades et les Mérinides), de
Mohammed en-NASIRI, ibid., XXXIV (1936) (Les Sa'diens).
NEHLIL. Lettres Chérifiennes, Paris, 1915.
el-WANCHARISI. Kitab el-Mi'yar (Consultations des fkihs du Maroc), tra-
duction d'AMAR in Arch. Mar., XII (1908) et XIII (1909).
el-WANCHARISI. Le Livre des magistratures d'el- Wancherisi, texte, tra-
duction et notes d'Henri BRUNO et GAUDEFROY-DEMOMBYNES (Collec-
tion de textes arabes de l'Institut des Hautes Études Marocaines
vol. VIII, Rabat, 1937).
ez-ZAYYANI (Abou 'l-Kasem b. Ahmed). Ettordjeman elmo'arib 'an douel
elmachricq ou 'lmaghrib (Le Maroc de 1631 à 1812), texte publié et tra-
duit par O. HOUDAS, Paris, 1886.

II. Documents et voyageurs européens.


E. de AMICIS. Le Maroc, traduit de l'italien par H. BELLE, Paris, 1882.
Anonyme. A Fez, la journée de prière, in Rev. des Deux Mondes, 1906,
XXXII, 871-905..
Anonyme [Aubin]. Fez, dernier centre de la civilisation musulmane, in
Rev. de Paris, 15 février (851-872), 1 mars (173-196), 15 mars (424-
448), 1904.
AUBIN. Le Maroc d'aujourd'hui, Paris, 1904.
BADIA Y LEBLICH [Ali Bey]. Voyages d'Ali Bey el Abbassi en Afrique et
en Asie, 3 vol., Paris, 1814 (sur Fès, I, ch. VIII).
Cristobal BENITEZ. Mi viaje por el interior del Africa, Tanger, 1899.
BONSAL. Morocco as it is, London, 1894.
BRAITHWAITE. Histoire des révolutions de l'empire du Maroc depuis la mort
du dernier Empereur Muley Ismael, tr. fr., Amsterdam, 1731.
Cte Conrad de BUISSERET. A la cour de Fez, Bruxelles, 1907.
René CAILLIÉ. Journal d'un voyage à Tombouctou et à Jenné, 3 vol., Paris,
1830 (sur Fès, III, p. 113-118).
L. de CAMPOU. Un empire qui croule : le Maroc contemporain, Paris, 1886.
Cte Henri de CASTRIES. Sources inédites de l'histoire du Maroc, publiées
sous la direction de M. de Castries.
D CERDEIRA. Maroc, Fez in Memorias diplomaticas y consulares e infor-
maciones (Ministerio de Estado-Centro de Informacion comercial),
n° 73, 1904.
Gabriel CHARMES. Une ambassade au Maroc, Paris, 1887.
L. de CHENIER. Recherches historiques sur les Maures et histoire de l'empire
du Maroc, 3 vol., Paris, 1787.
André CHEVRILLON. Un crépuscule d'Islam (Fez en 1905), 5 éd., Paris,
1923.
Nicolas CLÉNARD. Correspondance publiée par A. RŒRSCH, 3 vol., Bruxelles,
1940-1941.
Captain H. E. COLVILLE. A ride in petticoats and slippers, London, 1880.
Eugène DELACROIX. Le voyage d'E. Delacroix au Maroc, fac-similé de
l'album du Musée du Louvre; introduction par Jean GUIFFREY, Paris,
1909.
DIEGO DE TORRES. Histoire des Chérifs, traduite par M. le duc d'Angou-
lême le père, annexée au t. III de l'ouvrage de Marmol (voir infra).
Diplomatic and consular reports edited at the Foreign Office and the Board
of trade, London : n° 1304 (1892), 1476 (1893), 1633 (1894), 1810 (1895),
1995 (1896), 2131 (1897), 2296 (1898), 2603 (1899), 2723 (1900), 3597
(1905).
Documents diplomatiques. Question de la protection diplomatique et consu-
laire au Maroc, Paris, 1880.
J. ERCKMANN. Le Maroc moderne, Paris, 1885.
V Charles de FOUCAULD. Reconnaissance au Maroc, 2 vol., Paris, 1888.
L a w r e n c e HARRIS. With Mulai Hafid at Fez behind the scenes in Morocco,
London, 1909.
W. HARRIS. The land of an African Sultan. Travels in Morocco, London,
1889.
W. HARRIS. Le Maroc disparu, Paris, 1929.
Maurice LE GLAY. Chronique marocaine de 1911, Paris, 1933.
W. LEMPRIÈRE, surgeon. A tour from Gibraltar to Tangier, Sallee, Mogo-
dore, Santa Cruz, Tarudant and thence over mount Atlas to Morocco,
London, 1791.
Léon L'AFRICAIN. Description de l'Afrique, nouv. éd. annotée par
Ch. SCHEFER, 3 vol., Paris, 1896-1898 (sur Fès, t. II).
Pierre LOTI. Au Maroc, Paris, éd. de 1928.
MARMOL. De l'Afrique, traduction de Nicolas PERROT d'ABLANCOURT,
3 vol., Paris, 1667.
H. de La MARTINIÈRE. Souvenirs du Maroc, Paris, 1919.
MOUETTE. Relation de la captivité du sieur Mouëtte dans les royaumes de
Fez et de Maroc, Paris, 1683.
MOULIÉRAS. Fez, Paris, 1902.
José Maria de MURGA. Recuerdos Marroquies del Moro vizcaino José Maria
de Murga, Bilbao, 1868.
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R a p p o r t s t a t i s t i q u e et c o m m e r c i a l d u 17 avril 1898 in A r c h . de la Mission
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1904), Alger, 1905.
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E. RICHET. Voyage au Maroc, Paris, 1912.
G é r a r d ROHLFS. Voyage a u M a r o c (1861) in R e v . Afr., V I I , 205-226.
G. ROULLEAUX-DUGAGE. Lettres d u M a r o c , Paris, 1915.
G. S A I N T - R E N É TAILLANDIER. L e s o r i g i n e s d u M a r o c f r a n ç a i s . R é c i t d'une
mission (1901-1906), Paris, 1930.
T R O T T E R . O u r m i s s i o n to the c o u r t of M o r o c c o i n 1 8 8 0 u n d e r S i r J o h n D r u m -
mond Hay, Edimbourgh, 1881.
G a b r i e l VEYRE. A u M a r o c . D a n s l'intimité d u Sultan, Paris, 1905.
J o h n W I N D U S . A j o u r n e y to M e q u i n e z , t h e r e s i d e n c e o f t h e p r e s e n t e m p e r o r
of Fez and Morocco, on the occasion of commodore Stewart's embassy
thither for the r e d e m p t i o n of the B r i t i s h captives in the y e a r 1721, L o n d o n
1725.

III. Ouvrages généraux et é t u d e s d ' e n s e m b l e .

AL MUCHRIF. L a réforme de l'enseignement à la G r a n d e M o s q u é e ( Z i t o u n a )


de T u n i s i n R . E . I., 1930, IV, 4 4 1 - 5 1 5 .
A n n u a i r e d u M o n d e M u s u l m a n p u b l i é p a r L o u i s MASSIGNON, 3 éd., Paris,
1929.
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(Le saint d'Ouezzan.)
SERVICE DES TRAVAUX MUNICIPAUX DE FÈS. Plan de Fès au 1 /1.000
F a t h i TAZI. H i s t o i r e d u T a l e b S i d i L a a z i z , i n A r c h . i n é d . d e s A m i s d e F è s .
H. TERRASSE. L a M o s q u é e des A n d a l o u s à Fès, Publications de l'Institut
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Dr. WEISGERBER. L a ville d e F è s , i n R e v . fr. d e l ' é t r a n g e r e t d e s c o l o n i e s
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D r . W E I S G E R B E R . D e s c r i p t i o n d e l a ville d e F è s , i n C. R . d e l a S o c . d e G é o -
graphie, juin 1899.
Mhammed ZEGHARI. Le msid, in Bull, de l'ens. publ. du Maroc, n° 159
(1938), p. 198-206.
LIVRE PREMIER

FÈS A TRAVERS L'HISTOIRE

CHAPITRE PREMIER

Les s o u r c e s d e l ' h i s t o i r e d e Fès.

La ville de Fès, comme on le verra plus loin, a été fondée dans les
dernières années du VIII siècle de notre ère ou dans les premières
années du I X Or les premiers documents dont nous disposons à
son sujet ne remontent pas au-delà de la seconde moitié du X I siècle.
Si en effet on met à part quelques lignes fort précieuses mais fort
peu nombreuses de l'historien cordouan Abou Bekr Ahmed b.
Mohammed er-Razi du X siècle 1 et quelques autres lignes d ' I b n
Hawkal, géographe oriental de la même époque 2 le premier texte
qui nous renseigne sur Fès avec quelques détails est la Description
de l'Afrique septentrionale d'el-Bekri, traduite par de Slane 3 Une
autre description d e la ville, sous les Almohades, est l'œuvre du
géographe el-Idrisi 4 trop brève et trop peu précise à notre gré.
Enfin, pour la même époque, nous trouvons quelques indications
intéressantes dans les Mémoires d'el-Baïdak, l'un des premiers com-
pagnons du Mahdi Ibn Toumert 5 A l'exception de pièces de mon-
naie dont M. Lévi-Provençal a tiré parti dans l'article indiqué
ci-dessus et des inscriptions relevées sur la chaire à prêcher de la Mos-
quée des Andalous 6 aucun document original n'a encore été décou-
1. Cité par E. Lévi-Provençal : La fondation de Fès, in Annales de l'Institut d'Étu-
des Orientales (Faculté des Lettres de l'Université d'Alger), IV (1938), 23-53.
2. Description de l'Afrique septentrionale, tr. de Slane, in Journal asiatique (1842).
3. Abou 'Obeïd el-Bekri, Description de l'Afrique septentrionale, texte édité et
traduit par de Slane, 2 vol., Alger, Jourdan, 1911-13.
4. Description de l'Afrique et de l'Espagne, éd. et tr. en français par R. Dozy et
M. J. de Goeje, Leyde, 1866.
5. Texte édité et traduit par E. Lévi-Provençal in Documents inédits d'histoire
almohade, Paris, Geuthner, 1928.
6. H. Terrasse, La Mosquée des Anda ous à Fès, Publications de l'Institut des
Hautes Études Marocaines, t. XXXVIII, Éditions d'Art et d'Histoire, Paris, s. d.,
p. 35-40.
vert pour la période antérieure aux Mérinides (fin du XIII siècle).
C'est donc à l'aide de documents bien postérieurs aux événements
que nous sommes obligés de reconstituer les premiers siècles de
l'histoire de Fès, d'où les incertitudes regrettables qui entourent
la naissance et le développement de la ville jusqu'à la conquête
mérinide.
Les principaux de ces documents sont :
1° une chronique du XIV siècle, généralement désignée sous le
nom de Rawd el-Kirtas et dont l'auteur ne nous est connu que par
son nom : Ibn Abi Zar' e l - F a s i
2° un récit de la fondation de Fès et une description, particu-
lièrement riche en détails sur la Mosquée des Kairouanais, sous le
titre d e Z a h r a t e l - A s 2

L'un et l'autre relatent avec force détails, d'ailleurs concordants,


la fondation de Fès par Idris II et son développement jusqu'à l'époque
mérinide, mais sans presque jamais indiquer les sources où est puisée
leur documentation, de sorte que nous ne pouvons retenir les indi-
cations qu'ils fournissent autrement que sous bénéfice d'inventaire,
d'autant plus que le Rawd el-Kirtas au moins est visiblement rédigé
à la gloire des Mérinides. Il convient aussi de signaler l' Histoire des
Berbères d'Ibn Khaldoun, mais en ajoutant que Fès n'y occupe
qu'une place restreinte 3
A partir de l'époque méridine, la documentation relative à Fès
devient beaucoup plus abondante et plus sûre. De nombreuses ins-
criptions se rapportent à cette période et fournissent des indications
de tous ordres 4 qui seront un jour complétées, espérons-le, par les
archives du Service des Habous, jusqu'à présent inaccessibles. D'autre
part, nous disposons de plusieurs ouvrages en langue arabe, sensi-
blement contemporains du Rawd el-Kirtas et du Zahrat el-As déjà
cités et dont les plus importants sont le Rawdat en-Nisrin 5 et le
Masalik el-absar fi mamalik el-amsar du géographe oriental Ibn

1. Le titre exact est : Kitab el-anis el-motrib bi-rawd el-kirtas fi akhbar molouk
el-Maghrib wa-tarikh madinat Fas. L'ouvrage a été édité par Tornberg (Upsal, 1843)
et traduit en latin par le même (Upsal, 1846) sous le titre Annales regum Mauri-
taniae. Il existe une traduction française (Histoire des souverains du Maghreb et
Annales de la ville de Fès, trad. par A. Beaumier, Paris, Impr. Imp., 1860) qu'il
ne faut pas consulter sans méfiance.
2. L'ouvrage a été édité et traduit par A. Bel (Alger, Carbonel, 1923). Il a pour
auteur un nommé Abou 'l-Hasan 'Ali el-Jaznaï et pour titre exact : Kitab zahrat
el-as fi bina madinat Fas (La fleur de myrte traitant de la fondation de la ville de
Fès).
3. 'Abd er-Rahman Ibn Khaldoun, Histoire des Berbères, extraite du Kitab el-
'Ibar, éd. par de Slane, Alger, 1847-1851, et tr. par le même, 4 vol., Alger, 1852-1856.
4. Elles ont été publiées et traduites par A. Bel dans son ouvrage : Inscriptions
arabes de Fès (extrait du Journal asiatique), Paris, Impr. Nat., 1919.
5. Texte édité et traduit par Gh. Bouali et G. Marçais, Publ. de la Faculté des
Lettres d'Alger, Paris, Leroux, 1917.
Fadl Allah el-'Omari qui contient une intéressante description
de Fès, particulièrement de Fès Jdid, au milieu du XIV siècle.
Au XVI siècle, notre documentation sur Fès s'enrichit considéra-
blement avec l'œuvre maîtresse de Jean Léon l'Africain où Fès tient
une place de choix : nulle part ailleurs avant le début du XX siècle
on ne trouve un tableau à la fois aussi précis et aussi vivant de la
ville d'Idris. Puis ce sont les lettres de l'humaniste Clénard 3 d'où
l'on peut tirer plusieurs passages importants relatifs à Fès, qui
complètent et confirment la description de Léon l'Africain. Il faut
signaler aussi, dans l'ordre économique, les lettres du consul por-
t u g a i s S é b a s t i e n de V a r g a s 4

Enfin les monuments de l'époque mérinide sont nombreux dans


l'Ancienne ville de Fès comme dans la Nouvelle et permettent d'évo-
quer aisément l'atmosphère de l'agglomération fasie dans les pre-
mières années du XVI siècle.
Pour la période sa"dienne, on dispose de deux ouvrages en langue
arabe où Fès tient une place importante : la Nozhat el-Hadi d'el-
I f r a n i et la Chronique anonyme publiée par G.-S. Colin 6 Ces deux
ouvrages ne donnent pas seulement une idée des vicissitudes de
Fès entre 1550 et 1650, mais apportent en outre quelques détails
de prix sur la vie quotidienne des Fasis, le second surtout. Ils sont
complétés par deux sources européennes d'un intérêt certain :
L'Afrique de Marmol Caravajal qui, sur bien des points, se borne
à reproduire la description de Léon l'Africain, mais ajoute un assez
grand nombre de précisions, notamment des noms de lieux presque
toujours identifiables en dépit d'une transcription qui nous sur-
prend; et L'Histoire des Chérifs de Diego de Torrès, où l'on peut
1. Trad. par Gaudefroy-Demombynes (L'Afrique moins l'Égypte), Bibliothèque
des Géographes arabes, t. II, Paris, Geuthner, 1927.
2. Jean Léon l'Africain, Description de l'Afrique, tierce partie du monde, éd. Schefer,
3 vol., Paris, Leroux, 1896-1898. Le chapitre relatif à Fès se trouve au t. II, p. 65-
186. Voir à ce sujet : L. Massignon. Le Maroc dans les premières années du
XVI siècle, tableau géographique d'après Léon l' Africain, Alger, Jourdan, 1906,
p. 219-236.
3. Correspondance de Nicolas Clénard, publ. par A. Roersch, Bruxelles, 1940-1941.
Sur les lettres relatives à Fès, voir R. Le Tourneau, Notes sur les lettres latines de
Nicolas Clénard relatant son séjour dans le royaume de Fès, in Hesp., XIX, 1934,
p. 45-63.
4. Publiées dans Les sources inédites de l'histoire du Maroc, 1 série, Portugal,
t. III, Paris, Paul Geuthner, 1948.
5. Mohammed esseghir ben elhadj ben Abdallah eloufrani, Nozhet el-Hadi (His-
toire de la dynastie sa'dienne au Maroc, 1511-1670), trad. par O. Houdas, Paris,
Leroux, 1889.
6. Chronique anonyme de la dynastie sa'dienne, texte arabe publ. par G.-S. Colin.
Textes arabes de l'Institut des Hautes Études Marocaines, vol. II, Rabat, Moncho,
1934.

7. D e l ' A f r i q u e , t r . p a r N i c o l a s P e r r o t d'Ablancourt, 3 vol., Paris, 1667. Indi-


c a t i o n s s u r F è s a u t. I I , p. 1 5 7 - 1 9 5 .
lire nombre de renseignements précieux, notamment sur Fès J d i d
Pour la dynastie 'alawite, les principales sources en langue arabe
sont l'histoire d'ez-Zayyani, qui retrace les événements jusqu'à
l'année 1812 (dernier tiers du règne de Moulay Sliman) 2 et le Kitab
el-Istiksa d'en-Nasiri qui s'arrête à la mort de Moulay el-Hasan 3
A partir du XVII siècle, les voyageurs européens deviennent de
plus en plus nombreux et l'on peut trouver dans leurs relations,
compte tenu des lacunes et des inexactitudes inévitables de leur
documentation, quantité de détails du plus vif intérêt. Tels sont
les récits de voyage de M o u ë t t e de Windus 5 de Braithwaite 6
d'Ali Bey el A b b a s s i Dans la seconde moitié du XIX siècle et au
début du X X les sources européennes se multiplient : archives offi-
cielles, récits de voyages, correspondances pour la plupart encore
inédites. Les meilleurs ouvrages relatifs à Fès pour cette période
sont Le Maroc d'aujourd'hui d'Eugène Aubin 8 et Une ville d'Islam,
Fès d'Henri Gaillard 9 Les renseignements en langue arabe doivent
être cherchés dans les archives officielles et dans les archives pri-
vées, difficilement accessibles les unes comme les autres, et surtout
dans les témoignages oraux des vieillards qui ont connu cette époque.
On trouve enfin quantité de détails intéressants sur toutes les
périodes de l'histoire de Fès dans des recueils hagiographiques comme
le Jadhwat el-Iktibas d'Ibn el-Kadi (première moitié du XVII s i è c l e )
le Nachr el-Mathani de Mohammed el-Kadiri (seconde moitié du
XVIII siècle) ou le Salwat el-Anfas de Mohammed b. Ja'far el-
Kattani (fin du XIX siècle) 12 Composés par des érudits, ces ouvrages

1. Ouvrage annexé au troisième vol. de Marmol, avec pagination spéciale.


2. Aboulqâsem ben Ahmed ez-Ziani, Ettordjeman elmo'arib 'an douel elmachriq
ou 'lmaghrib, publ. et tr. par O. Houdas sous le titre : Le Maroc de 1631 à 1812,
Paris, Leroux, 1886.
3. Ahmed b. Khaled en-Naciri es-Salaoui, Kitab el-Istiqça li-akhbar doual el-
maghreb el-aqça, tr. par Fumey in Arch. Mar., t. IX et X, Paris, Leroux, 1907.
4. Relation de la captivité du sieur Mouëtte dans les royaumes de Fez et de Maroc,
Paris, 1683.
5. John Windus, A journey to Mequinez, the residence of the present emperor of
Fez and Morocco, on the occasion of commodore Stewart's embassy thither for the rédemp-
tion of the British captives in the year 1721, London, 1725.
6. Braithwaite, Histoire des révolutions de l'empire du Maroc depuis la mort du
dernier Empereur Muley Ismael, tr. fr. Amsterdam, 1731.
7. Badia y Leblich (véritable nom de l'auteur), Voyages d'Ali Bey el Abbassi en
Afrique et en Asie, Paris, Didot, 1814, 3 vol. (sur Fès, I, VIII).
8. Paris, Colin, 1904.
9. Paris, André, 1905.
10. Ihn el-Kadi, Jadhwat el-iktibas fi man hall min el-a'lam madinat Fas, litho-
graphié à Fès en 1309.
11. Mouhammad al-Qâdirî, Nachr al-Mathani, trad. par Graulle et Michaux-Bel-
laire, in Arch. Mar., t. XXI et XXIV.
12. Salwat el-anfas wa-mohadathat el-akias bi-man okbir min el-'olama wa-'s-solaha
bi-Fas lithographié à Fès en 1316 II, 3 vol.
fournissent bien des renseignements de tous ordres accompagnés
de références sur l'histoire de Fès, mais ils ne sont pas d'une consul-
tation facile en l'absence de tout index. De plus, le Jadhwat el-Iktibas
et le Salwat el-Anfas n'existent encore qu'en édition lithographiée,
ce qui en rend la lecture pénible.
Il ne faut pas se dissimuler que cette documentation, si elle permet
d'avoir une vue d'ensemble à peu près suffisants de l'histoire de
Fès, laisse dans l'ombre quantité de points très importants, surtout
en ce qui concerne la période de quatre siècles et demi antérieure
aux Mérinides; même ensuite, beaucoup de détails nous échappent
encore : par exemple on en est réduit aux hypothèses sur l'origine
et le développement des luttes de quartiers entre gens d'el-Lemtiyin,
d'el-Andalosiyin et d'el-'Adwa qui ont ensanglanté Fès pendant
toute la première moitié du XVII siècle; on ignore la date à laquelle
les esclaves noirs ont été amenés à Fès en grand nombre, etc.
Les développements suivants, qui constituent seulement une
partie d'un travail plus sociologique qu'historique, ne prétendent
pas apporter du nouveau, mais plutôt faire le point de ce qui est
connu et signaler les périodes ou les ordres de faits insuffisamment
éclairés et sur lesquels le zèle des chercheurs pourrait trouver matière
à s'exercer.
CHAPITRE II

La naissance de Fès.

Il est des villes dont l'origine se perd dans la nuit des temps ou
apparaît tout au moins comme nimbée des brumes de la légende.
Tel n'est pas le cas de Fès dont nous possédons plusieurs actes de
naissance signés par des témoins de marque comme Ibn Hawkal,
géographe oriental du X s i è c l e el-Bekri géographe espagnol
du XI siècle, et surtout Ibn Abi Zar' el-Fasi, auteur au XIV siècle
du livre intitulé Rawd el-Kirtas 3 et consacré aux dynasties de Fès,
des Idrisides aux Mérinides. Cet ouvrage, dont le récit a été ensuite
repris par bien d'autres historiens, relate en grands détails la fonda-
tion de la ville par Idris, fils d'Idris, en 192 H/808 J.-C.
Avant de revenir sur ces faits et de les examiner à la lumière des
travaux les plus récents, il est utile de rappeler qui était cet Idris
et dans quelles conditions il fut amené à fonder une cité nouvelle.
Idris Ier — En l'an 172/788 arrivait au Maghreb Extrême —
c'est ainsi que les auteurs arabes nomment le pays que nous appe-
lons le Maroc — un réfugié politique venu d'Orient, Idris b. 'Abdallah,
descendant de 'Ali, gendre du Prophète; fidèle à son ascendance,
Idris avait participé en 786 à un complot manqué des Alides contre
les califes abbasides et, bien heureux de conserver la vie sauve, avait
d û s'enfuir, a c c o m p a g n é d ' u n seul affranchi, le fidèle R a c h i d 4

La contrée où il s'installait était déjà pénétrée d'Islam. En une


étonnante chevauchée, le chef arabe 'Okba b. Nafi' était parvenu
en 682 ou 683 à Tanger et avait porté la religion musulmane jusque
dans le Sud marocain — le Sous Extrême, comme disaient les auteurs
arabes du Moyen Age. Il n'avait pas pu véritablement islamiser le
pays, tant son passage avait été bref; mais il avait su créer une

1. Op. cit., p. 236.


2. Op. cit., trad. de Slane, p. 226.
3. Les références à cet ouvrage sont puisées dans l'édition de Tornberg (Upsal,
1843) et dans la traduction latine du même auteur (Upsal, 1846). Cf. aussi Abou'l-
Hasan 'Ali el-Jaznaï : Kitab Zahrat el-As fi bîna Madinat Fas, édité et traduit
par A. Bel.
4. Sur ce personnage, que l'on appelle communément au Maroc : Moulay Idris
el-Akbar (l'Aîné), cf. art. R. Basset in E. I., II, 478 et G. Marçais, La Berbérie
musulmane, p. 116 et suiv.
atmosphère favorable à la nouvelle croyance, à laquelle il avait
amené bien des notables du pays. Après lui, Mousa b. Nosaïr, au
début du VII siècle, avait affermi l'emprise de l'Islam sur le Maroc,
mais, peu de temps après, l'hérésie kharéjite y trouvait un terrain
d'expansion et provoquait l'éclosion de plusieurs états ou confé-
dérations indépendants les uns des autres.
Le pays vivait donc dans une atmosphère d'anarchie politique
et spirituelle quand Idris vint s'installer à Walili ou Walila — la
Volubilis romaine — au milieu de la tribu berbère des Awraba,
originaires de la région de Kairouan, qui lui fit bon accueil.
Certes, sa qualité de descendant du Prophète lui assurait du pres-
tige, mais il lui fallait en outre beaucoup de valeur personnelle pour
tirer parti, lui étranger, de la situation embrouillée qu'il trouvait
là. Cette valeur, il l'avait sans nul doute, puisque les Awraba le
prirent incontinent pour chef; s'appuyant sur eux, il entreprit de
se tailler un empire.
Jusqu'ici, la tradition et la critique moderne sont d'accord. Elles
vont maintenant diverger sur le point qui nous occupe, c'est-à-dire
la fondation de Fès. Après avoir rappelé la version traditionnelle
des événements qui suivent et qui aboutissent à la création de la ville,
il me faudra examiner les corrections que la critique historique
d'aujourd'hui croit devoir y apporter, pour apprécier ensuite dans
quelle mesure elles paraissent justifiées.

F o n d a t i o n de Fès s e l o n l a t r a d i t i o n . — Le calife abbaside


Haroun er-Rachid apprit bientôt l'installation d'Idris au Maroc
et le succès qu'il y remportait; il en conçut des craintes et décida
de faire périr ce rival en puissance; à cet effet, il envoya au Maroc
un émissaire, Solaïman b. Jarir, qui réussit à capter la confiance
d'Idris et l'empoisonna en 177/793 Idris laissait une servante
berbère, Kenza, enceinte de ses œuvres. Deux mois après sa mort,
elle mettait au monde un fils qui reçut, lui aussi, le nom d'Idris.
L'enfant grandit, couvé par le fidèle affranchi de son père, et ses
qualités naturelles étaient telles que, lorsqu'il atteignit l'âge de
onze ans (188/804), les Berbères Awraba le reconnaissaient comme
leur chef.
Cependant, la nouvelle de l'établissement d'un état idriside au
Maroc avait éveillé des espoirs parmi les opposants à la dynastie
abbaside : nombreux furent les Arabes qui, d'Andalousie et d'Ifrikiya,
vinrent alors se grouper à Walila autour d'Idris b. Idris. Ils furent

1. Rawd el-Kir tas, 8-9 (trad., 10-13).


très bien reçus, car le jeune prince, bien qu'il fût né d'une mère ber-
bère et eût grandi au milieu des Berbères, restait très attaché à son
ascendance arabe et, probablement sous l'influence de l'affranchi
Rachid, s'entoura volontiers de ses frères de race. Il prit parmi eux
son vizir, 'Omaïr b. Mos'ab de la tribu d'Azd, et son cadi 'Amir b.
Mohammed b. Sa'id, de la tribu de Kaïs 1
La ville de Walila devenait trop petite pour ces immigrants;
probablement aussi n'avaient-ils que dédain pour cette cité berbère
si éloignée des conceptions arabes en matière d'urbanisme et d'orga-
nisation. Aussi dès l'année 190/805-806, Idris se mit-il en quête,
voulant, dit le texte arabe 2 « bâtir pour lui-même une ville où il
habiterait avec sa cour, son armée et les principaux personnages
de sa dynastie ». Il choisit d'abord un emplacement sur les pentes
(les pentes Nord probablement) du mont Zalagh qui domine Fès;
le mur d'enceinte sortait déjà de terre, lorsqu'un orage éclata : un
torrent se forma qui emporta murs, tentes et gens. Idris renonça
à son projet.
L'année suivante, il pensa fonder sa ville à côté de la source chaude
de Khawlan (actuellement Sidi Harazem), toute proche de la vallée
du Sebou, à 15 km. au Sud-Est de Fès; mais il eut peur des inon-
dations de ce fleuve important, alimenté par les neiges du Moyen-
Atlas, et renonça à ce second projet.
Il envoya alors en éclaireur son vizir 'Omaïr qui, débouchant
dans la plaine du Saïs, à l'Ouest de l'emplacement actuel de Fès,
fut frappé de son aspect fertile : poursuivant son chemin, il décou-
vrit les sources, plus de soixante dit le Rawd el-Kirtas , qui don-
nent naissance à l'Oued Fès, longea le cours de la rivière et parvint
au vallon par où elle descend de la plaine du Saïs dans la vallée du
Sebou. « Il y vit entre deux collines une forêt aux arbres serrés,
arrosés par des sources et des cours d'eau et, de-ci de-là, des tentes
en poil de chèvre, habitées par des tribus zénètes que l'on appelait
Zwagha et Beni Yarghach 4 »« Il n'alla pas plus loin et revint trouver
Idris pour lui faire son rapport. Aussitôt celui-ci décida d'acheter
aux occupants le terrain nécessaire pour y édifier sa ville. Les Beni
Yarghach occupaient la rive droite de l'Oued; il leur versa 2.500 dir-
hems; aux Zwagha ou Beni 'l-Khaïr, qui occupaient la rive gauche,
il donna 3.500 dirhems. »
Il établit alors son camp en un endroit appelé Gerwawa, et qui
porte encore ce nom, sur la rive droite de l'Oued, et le fit entourer
de palissades de bois et de roseau, car les bêtes sauvages ne manquaient
pas dans ce vallon touffu, notamment des lions et des sangliers. Aussi-
1. Rawd el-Kirtas, 13 (trad., 19).
2. Ibid., 14 (trad., 19).
3. Ibid. (trad., 21).
4. Ibid.
tôt installé, il fit commencer les t r a v a u x de construction, le p r e -
m i e r d u m o i s d e R a b i ' I 1 9 2 d e l ' H é g i r e , c ' e s t - à - d i r e le 4 j a n v i e r 8 0 8
de n o t r e ère. Il fit é l e v e r u n r e m p a r t c i r c u l a i r e e n c o m m e n ç a n t p a r
l e S u d ; e n s u i t e il fit b â t i r u n e m o s q u é e à c ô t é d ' u n p u i t s , J a m a ' el-
Achiakh (la M o s q u é e des Cheikhs), qu'il i n a u g u r a par un sermon.
U n a n a p r è s , le 1 d e R a b i ' I I 1 9 3 / 2 2 j a n v i e r 8 0 9 , il f a i s a i t b â t i r
u n e a u t r e ville s u r la rive g a u c h e de la rivière, a v e c u n a u t r e r e m p a r t
circulaire, une a u t r e m o s q u é e , J a m a ' e l - A c h r a f (la M o s q u é e d e s C h é -
r i f s ) , e t u n b a z a r o u K i s a r i y a . A l ' e n d r o i t o ù il a v a i t p l a n t é s a t e n t e
pendant la c o n s t r u c t i o n de cette seconde ville, il é d i f i a u n palais
q u i d e v i n t s a r é s i d e n c e e t p o r t a d o r é n a v a n t le n o m d e D a r e l - K a ï -
t o u n (la M a i s o n d e l a T e n t e ) . A v a n t d ' e n t r e p r e n d r e c e t t e n o u v e l l e
c o n s t r u c t i o n , il a v a i t d û t r a q u e r e t m e t t r e à m o r t u n b r i g a n d n o m m é
'Allou.

T e l e s t le r é c i t t r a d i t i o n n e l d e l a f o n d a t i o n d e F è s , q u i a t o u j o u r s
été a d m i s c o m m e p a r o l e d ' É v a n g i l e p a r les l e t t r é s d e F è s et, à l e u r
s u i t e , p a r les O r i e n t a l i s t e s : l'abondance et la précision des détails
e m p ê c h a i e n t q u ' o n le m î t e n d o u t e .

L e s o b j e c t i o n s m o d e r n e s . — Et pourtant un point restait obscur :


p o u r q u o i Idris, u n a n a p r è s a v o i r fondé la p r e m i è r e ville, e n a v a i t -
il b â t i u n e seconde exactement dans le m ê m e site, sans que rien
expliquât une si é t o n n a n t e décision? Les textes arabes, si p r o l i x e s
s u r t o u t le r e s t e , d e m e u r a i e n t m u e t s s u r ce p o i n t . C ' e s t la q u e s t i o n
q u e s ' e s t p o s é e M. L é v i - P r o v e n ç a l d a n s u n article capital consacré
à la f o n d a t i o n de Fès 1
O u t r e les t e x t e s d ' é p o q u e s d i v e r s e s q u i t o u s , a v e c u n l u x e p l u s
ou m o i n s g r a n d de détails, d o n n e n t de la f o n d a t i o n de Fès la v e r -
s i o n q u i v i e n t d ' ê t r e r é s u m é e , il e n e s t d ' a u t r e s , d a n s l e s q u e l s l ' é v é -
n e m e n t est r a p p o r t é d ' u n e autre manière. Le p r e m i e r est u n e cita-
tion d ' u n historien cordouan, A b o u B e k r A h m e d b. M o h a m m e d
er-Razi, du X siècle, faite p a r I b n e l - A b b a r : « A b o u Bekr er-Razi
rapporte qu'Idris b. 'Abdallah — (c'est-à-dire le fugitif d'Orient,
le p è r e ) — a r r i v a a u M a g h r e b a u m o i s d e R a m a d a n 1 7 2 / f é v r i e r 7 8 9 . . .
Il s ' a r r ê t a d a n s u n e localité a p p e l é e W a l i l a . Des t r i b u s de B e r b è r e s
s'assemblèrent a u t o u r d e l u i e t le p l a c è r e n t à l e u r t ê t e . Il bâtit la
ville de F è s , d o n t l ' e m p l a c e m e n t é t a i t c o u v e r t d e b r o u s s a i l l e s . Q u a n d
o n e n c r e u s a les f o n d a t i o n s , o n m i t à j o u r u n e p i o c h e (fas) : aussi
l'appela-t-on madinat Fas et les Berbères l'habitèrent... Le règne

1. La fondation de Fès, in Annales de l'Institut d'Études Orientales (Faculté des


Lettres de l'Université d'Alger), IV (1938), 23-53.
d'Idris ne se prolongea pas longtemps : il périt en l'an 1 7 4 / 7 9 1 . . . »
Un second texte, d ' I b n Sa'id celui-là (XIII siècle), confirme le pré-
cédent. Il est cité par deux auteurs postérieurs. « Ibn Sa'id a dit dans
el-Moghrib : Fès consiste en deux villes. L'une d'elles fut bâtie par
Idris b. 'Abdallah..... elle est connue sous le nom de Rive des Anda-
lous. L'autre ville fut construite après la première : elle est connue
s o u s le n o m de R i v e des K a i r o u a n a i s 2 »

Deux autres textes ajoutent encore à ces précisions; le premier


est l'œuvre d'un chroniqueur andalou, Abou 'l-Hasan en-Nawfali,
cité par le géographe el-Bekri. Il explique qu'en 192/808, Idris II
« vint s'installer dans la ville de Fès, sur la Rive des Andalous (Fès
existait donc déjà) et y demeura un mois. A ce moment, la Rive
des Kairouanais était un terrain boisé sur les bords duquel s'éle-
vaient les tentes des Zwagha. Répondant à l'invitation de ces gens,
Idris pénétra sur leur terrain et y fonda la ville d'el-Karawiyin en
l'année 1 9 3 » Nouvelle preuve qu'une ville de Fès existait avant 192.
Le dernier texte cité par M. Lévi-Provençal est tiré d'une antho-
logie historique anonyme rédigée au XIV siècle à Grenade. Il y est
dit que des émigrés andalous vinrent s'installer à Fès en 202/817-818,
sur la Rive qui porta désormais leur nom et qui, alors, « prit figure
de ville, s'urbanisa (tamaddanat) », au sens propre du mot. Entre
la reconstruction de la ville par les Andalous et la construction de
l'ancienne ville de Fès, trente années s'étaient écoulées. En effet,
« Madinat Fas fut bâtie en 172, lorsque Idris b. 'Abdallah pénétra
au Maghreb... Les Berbères alors se réunirent autour de lui, le pla-
cèrent à leur tête et lui bâtirent la ville de Fès, à l'emplacement
d ' u n m a r é c a g e b r o u s s a i l l e u x 4 ».

Ces textes, fort affirmatifs, trouvent leur confirmation dans l'exa-


men des pièces de monnaie frappées à Fès. On en connaît deux,
entre autres, l'une conservée à la Bibliothèque Nationale de Paris
et l'autre au musée de Kharkhov, la première datée de 189/805,
l'autre de 185/801, c'est-à-dire qu'elles sont toutes deux antérieures
à la date traditionnelle de la fondation de Fès. Mais après 192/808
les pièces émises au nom d'Idris II portent la mention el-'Aliya et
non pas Madinat Fas 5
Tels sont les faits et les textes d'après lesquels M. Lévi-Provençal
a proposé des événements une nouvelle interprétation que voici.

L a f o n d a t i o n de Fès selon la c r i t i q u e e u r o p é e n n e . — Le
premier fondateur de Fès est Idris b. 'Abdallah, Idris I et non

1. Texte cité p a r Lévi-Provençal, art. cit., 34.


2. Ibid., 35.
3. Ibid., 36.
4. Ibid., 37.
5. Ibid., 31-32.
pas son fils, comme le veut la tradition. Il s'est certainement trouvé
à l'étroit dans Walila où son premier succès avait tout de suite attiré
du monde, le Rawd el-Kirtas le dit expressément Probablement
aussi a-t-il éprouvé, comme bien d'autres dynastes arabes, le besoin
de marquer son ascension politique par la fondation d'une ville
nouvelle; se contenter de Walila eût été comme un aveu d'impuis-
sance.
La ville fut fondée en 172/789; elle fut bâtie et habitée par des
Berbères : les textes cités précédemment sont tous formels sur ce
point. D'ailleurs la toponymie moderne a conservé encore quelques
traces de cette origine non-arabe de Fès : on y trouve les noms de
Gerwawa, de Oued Masmouda, d'Achnikhen, de Tamdert, qui sont
incontestablement des vocables berbères.
Idris I n'eut pas le temps de développer cette ville : le succès
de ses entreprises l'amenait à se déplacer continuellement : dès la
première année de son règne, il guerroyait dans le Tamesna où il
assiégeait Salé, puis dans le Tadla; l'année suivante, il partait vers
l'Est et parvenait jusqu'à Tlemcen. On peut donc admettre que,
faute de la présence vivifiante du maître, la première Fès, conçue
pour être une capitale, resta une bourgade berbère de petite impor-
tance. Cependant la mort d'Idris n'entraîna pas sa disparition puisque
l'on y battait monnaie en 185.
Pendant ce temps, Idris le Jeune grandissait à Walila sous l'égide
de l'affranchi Rachid. En 189/805, il voyait arriver près de lui des
Arabes d'Andalousie et d'Ifrikiya, au nombre de cinq cents et se
laissait gagner à leur influence au point que, trois ans après, en
192/808, il faisait mettre à mort le chef de la tribu des Awraba, Abou
Laïla Ishak 2 Il est aisé de comprendre qu'alors Idris et ses compa-
gnons arabes ne se sentirent plus en sécurité à Walila et songèrent
à s'installer à Fès où existait déjà un établissement permanent et
où vivaient des Berbères différents des Awraba et que le meurtre
d'Abou Laïla Ishak n'avait pas forcément scandalisés.
Mais la Fès que trouvaient les nouveaux venus n'était qu'un pis
aller, une bourgade et non une capitale; aussi décidèrent-ils tout
de suite de bâtir une vraie ville à côté de la précédente, sur un site
plus montueux, mais beaucoup plus riche en eau. Elle était un peu
plus élevée que la bourgade berbère primitive, d'où le nom d'el-'Aliya
(la ville haute 3 que l'on trouve sur les monnaies frappées là. On
remarquera que, dès sa création, elle comportait deux éléments
urbains qui ne se trouvaient pas dans l'autre, un palais ou un embryon
de palais, Dar el-Kaïtoun, et un marché, la Kisariya. Ces détails,
fournis par le Rawd el-Kirtas et dont il n'y a pas lieu de discuter
1. Texte, p. 7 (trad., 9).
2. Ibn Khaldoun, Berbères, trad. de Slane, II, 561 ; el-Bekri, trad. de Slane, 240.
3. Sur le sens de cette expression, voir Lévi-Provençal, art. cit., 32-33.
l'authenticité, marquent bien la différence de nature qui existait
dès l'abord entre les deux agglomérations.
Retenons de tout ceci que les deux villes qui plus tard constituè-
rent Fès auraient été fondées à vingt ans et non plus à un an d'inter-
valle, la première, entièrement berbère, par Idris I dès son arrivée
au Maroc, la seconde, beaucoup plus arabisée, par Idris II, vraisem-
blablement pour s'affranchir davantage du milieu berbère où il
vivait jusque-là.
On a pu constater que cette vue des choses s'appuyait sur des
arguments très sérieux et très précis, dont le seul défaut, aux yeux
de certains, réside dans leur contradiction avec la version du Rawd
el-Kirtas. En réalité il ne s'agit pas de discuter une tradition véné-
rable et considérée comme un dogme, mais bien de choisir entre
deux traditions dont la seconde s'appuie sur des textes plus anciens.
D'autre part, cette seconde tradition présente le mérite d'expliquer
de façon satisfaisante le mystère des deux villes jumelées que le
Kirtas laisse entier. Il paraît donc raisonnable de ne pas hésiter à
se rallier aux conclusions de M. Lévi-Provençal et à admettre la
chronologie qu'il propose.

Le site d e F è s . — Il faut examiner maintenant pourquoi le site


de Fès fut choisi par l'un et l'autre Idris.
L'auteur du Rawd el-Kirtas s'étend avec complaisance sur les
avantages de ce site : eau vive et abondante, bonnes terres de
culture à proximité, bois en quantité dans les environs, salines voi-
sines, sources thermales peu éloignées 1 A son tour, dans un texte
célèbre, un historien contemporain a célébré l'adaptation du site
de Fès à la conception orientale des villes 2 : « Fès, écrit-il, est la cité
orientale rêvée..., un chef-d'œuvre d'adaptation. L'oued Fès, tel
que la nature l'a fait, n'a besoin ni d'être aménagé, ni d'être entre-
tenu, ni d'être protégé. Ni l'effort incohérent des tribus berbères,
ni même l'effort plus suivi d'une mehalla de Sultan ne peuvent en
détourner une goutte d'eau. Fès le reçoit entre ses murailles inté-
gral, invariable, comme tombé du ciel. Dans sa vaste enceinte, au
milieu de ses jardins, à l'abri de ses murs continus contre lesquels une
mehalla orientale a toujours été impuissante, solidement assise sur
les approvisionnements accumulés par le commerce dans ses maga-
sins, assurée de son eau, Fès peut tout braver, il lui est indifférent
que le pays ennemi commence aux portes mêmes de la ville, comme
ç'a été le cas normal depuis un millénaire... Fès est un miracle d'adap-
tation, probablement unique, aux conditions de l ' É t a t oriental. »
1. Texte, 16 (trad., 23).
2. E.-F. Gautier, Le passé de l'Afrique du Nord, 311.
L e d i t h y r a m b e e s t c h a l e u r e u x e t e n t r a î n a n t ; il n e s a u r a i t t o u t e -
fois f a i r e o u b l i e r q u e F è s f u t p a r f o i s p r i v é e d e s a r i v i è r e p a r les h o m -
mes qui l'assiégèrent, c o m m e , p a r exemple, ' A b d e l - M o u m e n l'Al-
m o h a d e e n 1 1 4 5 , o u p a r le c i e l q u i n ' e n v o y a i t p a s d e p l u i e ; a u c o u r s
d u terrible p r i n t e m p s de 1945, Fès a c o n n u des p a t i o s désertés p a r
le m u r m u r e j o y e u x d e s j e t s d ' e a u , d e s r u e s o ù l ' o n n ' e n t e n d a i t p l u s
n i le b r u i s s e m e n t d e l a r i v i è r e , n i l e r o n r o n d e s m o u l i n s . U n t e l s i l e n c e
e s t r a r e , m a i s i l p e u t se p r o d u i r e ; p a r f o i s l ' e a u , q u o i q u ' e n p e n s e
G a u t i e r , f a i t d e s i n f i d é l i t é s à F è s . E n o u t r e , il a f a l l u t o u t d e m ê m e
q u e des h o m m e s l a f o r c e n t à les s e r v i r ; elle n ' e û t p a s t o u t e s e u l e
a l i m e n t é des milliers de m a i s o n s , de bains, de m o s q u é e s , de m o u l i n s ;
il a f a l l u l a d o m e s t i q u e r ; reconnaissons qu'elle s'y prêtait. Il n ' e n
reste pas moins qu'en règle générale, elle est extrêmement abon-
d a n t e ; o n p e u t ê t r e a s s u r é q u e l ' O u e d F è s e t les s o u r c e s q u i s ' a j o u -
t e n t à l u i o n t é t é p o u r b e a u c o u p d a n s le c h o i x d e l ' e m p l a c e m e n t
urbain.
On doit tenir compte aussi des m a t é r i a u x de construction dont
e s t p r o d i g u e le s o l d e F è s : m o e l l o n s , p i e r r e s à c h a u x , a r g i l e , g y p s e .
T o u t c e l a se t r o u v e s u r l e s p e n t e s m ê m e s d u v a l l o n d ' I d r i s o u à p e u
de distance 1
Fès enfin est située en u n lieu de p a s s a g e obligatoire. Q u a n d on
veut se r e n d r e des plaines atlantiques vers la vallée de la Haute
M o u l o u y a e t les r é g i o n s d u M a g h r e b c e n t r a l , u n e s e u l e v o i e s ' o f f r e ,
l a t r o u é e d e T a z a , q u i se glisse e n t r e le m a s s i f r i f f a i n e t le m a s s i f
du Moyen-Atlas. E n t r e T a z a et Fès, u n e seule r o u t e c o m m o d e , la
vallée de l ' O u e d I n n a o u e n , affluent d u S e b o u ; a u - d e l à de Fès, vers
l'Ouest, la plaine d u Saïs c o n s t i t u e une autre région de passage à
p e u près obligatoire vers la côte A t l a n t i q u e e n t r e le M o y e n - A t l a s
e t le p r é - R i f ( Z e r h o u n e t c o l l i n e s d u L e m t a ) . C e s d e u x t r o n ç o n s
de la g r a n d e voie E s t - O u e s t , p l a i n e d u Saïs e t v a l l é e de l ' I n n a o u e n ,
s o n t s é p a r é e s p a r l e f o s s é d u S e b o u ; o r , n u l l e p a r t il n ' e s t p l u s f a c i l e
à f r a n c h i r q u ' à h a u t e u r d e F è s : v e r s l ' E s t , u n s e u i l p e u é l e v é le s é p a r e
d e l a v a l l é e d e l ' I n n a o u e n ; o n l e p a s s e a u c o l d e ' A n k e l - J m e l (le
Cou d u C h a m e a u ) , situé e x a c t e m e n t à l ' E s t d u v a l l o n de F è s et d a n s
son p r o l o n g e m e n t . Vers l'Ouest, la coulée de l ' O u e d Fès p e r m e t de
s'élever sans t r o p de peine j u s q u ' a u socle de la plaine d u Saïs. Fès
est donc située en u n point-charnière très c o m m o d e , sinon obli-
gatoire, et à l ' e n d r o i t de ce p a s s a g e le p l u s facile à c o n t r ô l e r 2

Fès dans l'antiquité. — Comment se fait-il alors qu'aucune


ville ne se soit élevée avant la Fès musulmane sur ce site prédestiné?

1. Cf. J . C é l é r i e r , L e s c o n d i t i o n s g é o g r a p h i q u e s d u d é v e l o p p e m e n t de F è s , i n H e s p . ,
1 9 3 4 , X I X , f a s c . 1-11, p a g e s 1 e t s u i v a n t e s .
2. Cf. fig. 1.
C'est peut-être d'abord qu'il n'y a pas de site prédestiné : le déter-
minisme géographique est persuasif; il n'est pas impératif. Ajou-
tons que les invasions arabes ont donné de la vie à cette voie conti-
nentale : le Maroc romain semble avoir été relié de façon précaire
au Maghreb central; Tanger communiquait plutôt par mer avec
C é s a r é e tandis que, dès leur premier bond, les cavaliers arabes
ont utilisé le chemin de terre. D'ailleurs est-on sûr que le site de
Fès fût vierge quand Idris s'y établit? Certes on n'y a fait aucune
découverte archéologique prémusulmane mais il faut dire aussi
qu'on n'y a pas pratiqué de fouilles, parce que les fouilles s'avèrent
très difficiles dans une ville aussi compacte que la Fès moderne.
Aucune campagne de prospection méthodique n'est possible; il faut
se résigner à compter sur le hasard des fondations que l'on creuse
pour des immeubles nouveaux; jusqu'à présent le hasard n'a pas
été favorable aux archéologues.
Il pourrait l'être cependant un jour, si nous en croyons la tradi-
tion rapportée par les historiens arabes. On lit, en effet, dans le Rawd
el-Kirtas 3 qu'un jour où Idris était occupé à tracer le plan de la
cité future, un moine chrétien, âgé de plus de cent cinquante ans,
le vint trouver et lui demanda à quoi il s'occupait. Idris lui exposa
ses projets; le vieillard alors fut tout illuminé de joie et lui dit : « J'ai
connu un moine qui a vécu avant moi dans mon monastère et qui
est mort depuis cent ans. Il m'a déclaré avoir lu dans un livre savant
qu'une ville appelée Saf et qui a été détruite voilà dix-sept cents
ans, avait existé en ce lieu même et qu'un homme de la descendance
d'un prophète, portant le nom d'Idris, la rebâtirait, qu'elle acquer-
rait une grande renommée et une incomparable puissance et qu'elle
conserverait la foi islamique jusqu'au jour de la résurrection. » Le
Rawd el-Kirtas 4 rapporte encore qu'un Juif, en creusant le sol pour
y établir les fondations de sa demeure, découvrit une statue de jeune
fille en marbre, sur le buste de laquelle on pouvait lire cette inscrip-
tion en caractères hindous ou himyarites : « Ceci est l'emplacement
de thermes qui furent fréquentés pendant mille ans, puis détruits.
A leur place on dressa un oratoire pour le culte. »
Indices mystérieux, indices fragiles et qui confinent à la Légende
Dorée, indices tout de même d'une tradition très ancienne et obscurcie
par le temps, qui peuvent faire supposer que la Fès musulmane
n'a pas été la première occupante de ce site si favorisé.
1. J. Carcopino affirme c e p e n d a n t (Maroc antique, 236-244) qu'il e x i s t a i t une
liaison t e r r e s t r e e n t r e le Maroc et l'Algérie sous la d o m i n a t i o n romaine e t qu'elle
se m a i n t i n t m ê m e après le repli des R o m a i n s sur la zone de Tanger, à la fin du
I I I siècle.
2. S u r l ' h y p o t h è s e d ' u n é t a b l i s s e m e n t r o m a i n sur le site de Fès, voir
J. Carcopino, Maroc antique, 284.
3. Texte 18 (trad., 27).
4. T e x t e 19 (trad., 28).
FIG. 1.
Fès à la croisée des routes.
Échelle.

0 30 km.
(D'après la carte au 1/1.000.000 du Service Géogra
Les deux villes idrisides. — Essayons maintenant de nous
représenter ce que fut cette ville naissante. Faisons abstraction,
si nous le pouvons, de cette immense coulée de maisons grises et
rousses qui recouvrent comme d'une croûte le terrain primitif.
Suivons la route légendaire du vizir 'Omaïr, dépassons la zone maré-
cageuse où l'Oued Fès se recueille pour ainsi dire avant de dégrin-
goler vers son destin... Au moment où il s'engage dans ce qui sera
Fès, son cours est orienté Sud-Nord, SSO -NNE, pour être tout à fait
exact. Il a l'air de vouloir se ruer à l'assaut du mont Zalagh qui,
de toute sa masse arrondie, grise ou fauve selon les éclairages, res-
semble à une bête assoupie qui protège et domine le site. A droite
de l'Oued, une bande de terrain à peu près plat fort peu large —
40 ou 50 mètres au plus —, puis un ressaut, une sorte de falaise
en pente raide, d'une quinzaine de mètres d'altitude, dominée par
un plateau incliné; en somme, un relief assez simple. C'est la future
Rive des Andalous.
A gauche, même jeu général, mais plus compliqué. La bande
de terrain bas qui longe l'Oued est de largeur capricieuse, près de
100 mètres au Sud, près de 200 mètres au Nord, quelques mètres à
peine en son milieu. La falaise est plus élevée, plus raide par
endroits. Enfin le plateau présente une pente plus accentuée, avec de
brusques ressauts et un ou deux vallons adventices, anciens lits de
quelques bras de l'Oued, selon toute vraisemblance. Tout cela est
couvert d'une végétation abondante — tous les textes sont formels
sur ce point. Çà et là, sur les clairières où le roc affleure, quelques
tentes de pasteurs, à peine visibles au milieu de la pierraille et de la
broussaille.
Idris I arrive; il s'établit sur la rive droite, la moins chargée
de végétation; des constructions s'élèvent, à la mode berbère : murs
de torchis, toits plats formés de rondins recouverts d'une couche
protectrice, comme les habitations berbères que l'on peut voir encore
à Azrou ou à Aïn Leuh, une mosquée sans minaret et que rien ne
distingue de loin. Cependant une agglomération humaine est née;
des fumées s'élèvent le soir, à l'heure où les troupeaux regagnent
les enclos.
Vingt ans plus tard, Idris II et ses Arabes viennent à leur tour;
ils franchissent la rivière, défrichent, s'installent sur les premiers
ressauts des pentes, bâtissent un embryon de palais, une petite
mosquée, un marché urbain; ils ont créé la cellule vivante autour
de laquelle va proliférer Fès. Elle est encore bien petite, cette ville
jumelée, au milieu d'un site grandiose, fait pour une capitale : par-
tout des montagnes étagées ; au Nord, la masse tutélaire du Zalagh;
à l'Ouest, les pentes qui aboutissent à la plaine du Saïs; au Sud, des
collines qui moutonnent doucement jusqu'aux sommets neigeux
du Moyen-Atlas; à l'Est, passé le fossé du Sebou, dont les méandres
scintillent au soleil, le Moyen-Atlas et le Rif qui semblent se rejoindre :
un site vaste, bien composé et qui semble indiquer à Fès son rayon-
nement futur.

Comment étaient disposées sur le terrain les deux villes des deux
Idris, Madinat Fas et el-'Aliya? Les auteurs arabes nous ont donné
là-dessus beaucoup d'indications qui, malheureusement, ne sont
pas toutes utilisables, car bien des noms sont morts, usés par la suite
des temps : ce ne sont plus pour nous que des mots. On peut cepen-
dant se faire une idée approximative du tracé des deux enceintes 1
Un seul fait est certain, c'est que, dès l'abord, la ville d'Idris II,
el-'Aliya, a mordu sur la rive droite de l'Oued 2 affirmant ainsi sa
prééminence. Encore maintenant, on retrouve dans le plan de Fès
la trace de cette tête de pont.
Voilà pour le terrain et l'œuvre des hommes. Voyons enfin quels
étaient ces hommes, comment furent peuplées les deux villes à leur
origine.

L a p o p u l a t i o n p r i m i t i v e . — Tout le monde, critique moderne


et tradition, est d'accord pour dire que le fond de la population
de Fès était berbère, tout au moins en ce qui concerne la ville de la
rive droite, qui fut fondée par Idris I J'ai noté plus haut que la
toponymie conservait le souvenir de cette première occupation
berbère. Le nom de la Mosquée des Cheikhs est lui-même caracté-
ristique; les cheikhs, ce sont évidemment les notables berbères,
qui, « le soir sont assis au temple et délibèrent ».
Parmi ces Berbères, les Awraba, premiers compagnons d'Idris,
devaient former le noyau le plus important, auquel avaient dû
s'agréger quelques individus des tribus auxquelles avait été acheté
le terrain, les Zwagha et les Beni Yarghach. Il semble d'après les
indications du Rawd el-Kirtas 3 qu'ils n'étaient pas tous islamisés à
l'époque d'Idris; ceux qui venaient de Walila avec le chef arabe
l'étaient certainement. Mais on trouvait à côté d'eux des adorateurs
du feu (majous) qui avaient leur temple en un endroit nommé

1. Voir les noms des portes primitives dans le Rawd el- Kir tas (texte, 20; t r a d . ,
29) et dans le Zahrat el-As (p. 51-52). Cf. fig. 2 et 3.
2. Rawd el-Kirtas, ibid.
3. Ibid., texte, 15 (trad., 21).
ech-Chibouba, dans la partie centrale de la Rive actuelle des
Andalous. Une chronique de la fin du XV siècle, le Dhikr machahir
ahl Fas fi'l-kadim, donne même le nom de la famille qui exerçait

FIG. 2.
Les d e u x villes primitives d ' a p r è s H. Gaillard.

les fonctions sacerdotales dans cette secte, la famille des Beni


Abouda 1
Le Rawd el-Kirtas précise encore qu'il y avait des chrétiens, et
d'ailleurs une porte de la Rive des Andalous a conservé longtemps
le nom significatif de Bab el-Knisa (la Porte de l'Église).
On peut supposer, parce que c'est un phénomène généralement
observé, que ces différents groupes ethniques et religieux, occu-
paient chacun un quartier, un derb, et que la première ville berbère
de Fès était un agglomérat de petites unités installées les unes à côté
des autres, mais pas encore fondues en une collectivité organisée.
Dès l'abord, la ville d'Idris II, el-'Aliya, dut présenter un carac-
tère différent; il a été précisé plus haut, d'après les indications four-
1. Lévi-Provençal, art. cit., 48.
nies par les textes, qu'elle offrait un aspect urbain plus marqué que
sa sœur aînée, non seulement par sa disposition, mais aussi par sa
population. Fondée par les Arabes de l'entourage d'Idris elle fut

FIG. 3.
les deux villes primitives d'après Lévi-Provençal. L'auteur a pris soin d'indiquer le tracé actuel
de la muraille. On voit que cette restitution concorde, à peu de choses près, avec la précédente.

habitée par eux. Cela ne veut pas dire qu'elle n'abrita point de Ber-
bères : la tradition locale veut que les portefaix berbères, les zerzaya,
y soient venus dès l'époque idrisite. Mais, dans son ensemble, la
population fut arabe; au reste, là encore, la toponymie d'aujour-
d'hui fournit des indices : on trouve près du centre de la ville une rue
aujourd'hui commerçante qui porte le nom de Rahbat el-Kaïs (la
Place de Kaïs) ; Kaïs, c'est le nom d'une tribu arabe dans laquelle
Idris II prit son premier cadi. D'autre part, le nom du premier sanc-
tuaire de cette cité, Jama' el-Achraf (la Mosquée des Chérifs, des
descendants du Prophète) marque bien le désir du fondateur de
se rattacher à la tradition orientale et prophétique. Il est probable
que ces Arabes se groupèrent par tribus et que l'on eut dans el-'Aliya
un compartimentage analogue à celui de Madinat Fas, avec cepen-
dant un centre plus cohérent formé du palais de l'émir (ou de l'imam,
comme disent les textes en parlant d'Idris pour mieux marquer
son caractère religieux), de la mosquée et du bazar.
Berbères et Arabes n'étaient pas seuls dans el-'Aliya : il s'y trou-
vait encore des Juifs, Berbères zénètes selon toute vraisemblance,
qui s'étaient convertis au judaïsme à une date difficile à déterminer.
Ils étaient nombreux, disent les textes arabes, comme le prouve
le montant des sommes qu'ils payaient au titre de l'impôt de capi-
tation et qui s'élevait à 30.000 dinars 1 L'imam Idris leur avait
permis de fonder un quartier dans le Nord d'el-'Aliya, l'amorce du
futur quartier de Fondok el-lhoudi (l'Entrepôt du Juif).

Récapitulons ces divers éléments : des Berbères, installés princi-


palement dans Madinat Fas, la ville de la rive droite, et appartenant
à diverses tribus et à diverses confessions; des Arabes, fondateurs
et occupants principaux d'el-'Aliya, tous musulmans bien entendu;
des Juifs, en nombre important, logés dans un quartier spécial d'el-
'Aliya, mais qui toutefois ne semble pas avoir été aussi nettement
séparé du reste de la ville que les quartiers juifs du Maroc moderne.
D'autres groupes viendront — et de très bonne heure — se joindre
à ceux-là, apportant de nouvelles nuances, une plus grande richesse
humaine. Il n'en reste pas moins que, dès sa fondation, Fès appa-
raît comme un résumé de ce que va être le peuplement du Maroc
pendant des siècles : des Arabes et des Berbères qui, à l'époque dont
il est question, forment deux éléments distincts qui se fondront
peu à peu en un seul, sans toutefois perdre complètement leurs
caractères particuliers; aujourd'hui encore, les quartiers de la Rive
Droite de l'Oued Fès, de la ville berbère primitive, n'ont pas la même
physionomie que les autres : ils présentent un aspect semi-rural
que l'on ne trouve pas ailleurs; chaque matin il en sort des trou-
peaux de vaches qui vont paître toute la journée dans la campagne
d'alentour et regagnent au soleil couchant leurs étables à l'abri
des murailles. Bien des habitants de ces quartiers se déclarent culti-
vateurs (fellah), non pas qu'ils cultivent encore de leurs mains,
mais ils contrôlent de près le travail de leurs métayers, obéissant
à un vieil atavisme de ruraux. Enfin tous les Fasis disent volontiers

1. Rawd el-Kir tas, 24 (trad., 35).


q u e les g e n s d e l a ' A d w a , c o m m e on appelle m a i n t e n a n t les q u a r -
t i e r s d e l a R i v e D r o i t e , n ' o n t p a s le m ê m e t e m p é r a m e n t q u e l e s a u t r e s :
o n les r e p r é s e n t e c o m m e plus r u d e s , p l u s f a c i l e m e n t i r r i t a b l e s , p l u s
r u s t r e s p o u r t o u t d i r e , q u e les h a b i t a n t s de l a R i v e G a u c h e . Ce n ' e s t
d o n c p a s u n e simple v u e de l'esprit de dire que la d u a l i t é p r i m i t i v e
transparaît encore p a r quelques traits sous l'unité profonde de la
ville, e n d é p i t des a p p o r t s et des b r a s s a g e s u l t é r i e u r s .
A c ô t é d e c e s d e u x é l é m e n t s p r i m o r d i a u x , d e s J u i f s , d o n t le n o m b r e
est g r a n d dès l'origine et qui g a r d e r o n t u n rôle très i m p o r t a n t d a n s
la cité.
C H A P I T R E III

L ' U n i f i c a t i o n d e Fès.

La ville fondée par Idris. le père et par Idris le fils démarrait avec
la tare d'une dualité marquée non pas seulement sur le terrain, mais
encore dans son peuplement. A supposer que les deux villes en vien-
nent un jour à se dresser l'une contre l'autre, ce pouvait en être
fait de cette fragile construction.
Toutefois, à côté de cette faiblesse essentielle, Fès disposait d'atouts
précieux dès ses premières années. D'abord, elle était placée sous
l'égide d ' u n souverain énergique et intelligent; dès son jeune âge,
Idris II rappelait les éminentes qualités de son père; l'homme fait
ne démentit pas l'adolescent. Après avoir consacré trois années à
l'organisation de sa nouvelle capitale et des régions voisines, il partit
en expédition en 197/812-13 vers le Sud du Maroc; il s'empara des
villes de Nfis et d'Aghmat, en bordure du Haut-Atlas, et soumit
à son autorité les rudes montagnards Masmouda. Puis, après un court
répit à Fès, il repartit, vers l'Est cette fois, et conquit la ville de
Tlemcen qu'avait déjà soumise son père 1 Ainsi, en quelques années,
il avait constitué un véritable empire qui comprenait tout ce que
le Maréchal Lyautey a appelé plus t a r d : « le Maroc utile ». A peine
née, Fès devenait la capitale d'une grande construction politique;
elle bénéficiait maintenant de l'impulsion qui lui avait fait défaut
sous Idris I Dans ces conditions, elle ne pouvait manquer de
devenir un point d'attraction.

N o u v e a u x é l é m e n t s d u p e u p l e m e n t . — De fait, en l'année
202/818, elle reçut l'appoint d'un important contingent d'émigrés
cordouans. Ces pauvres gens n'étaient point des aventuriers attirés
par la croissance d'une ville-champignon, mais bien des réfugiés poli-
tiques. A la suite d'une révolte grave qui avait éclaté dans le Fau-
bourg de Cordoue — c'est-à-dire les quartiers situés sur la rive
gauche du Guadalquivir 2 —, l'émir el-Hakam I après avoir fait
mettre en croix trois cents notables, avait décidé de raser le Fau-
bourg et de le transformer en terrain de culture. Les habitants n'au-

1. Rawd el-Kirtas, 27 (trad., 39).


2. Cf. Lévi-Provençal, Histoire de l'Espagne musulmane, I, 115-121.
raient la vie sauvé que s'ils quittaient Cordoue sans délai : seuls les
gens de science (les fakih) étaient autorisés à rester dans la ville.
Vingt mille familles, disent les chroniqueurs, durent prendre ainsi
le chemin de l'exil. Même si l'on considère ce chiffre comme exagéré,
c'est plusieurs milliers de personnes qui durent chercher asile ailleurs.
Quelques-uns gagnèrent Tolède, mais la plupart préférèrent franchir
la mer pour se prémunir davantage contre le retour de pareilles
cruautés. Les uns n'hésitèrent pas à se rendre en Egypte, les autres
s'installèrent dans le Nord du Maroc, puis à Fès où Idris II les appe-
lait, voyant en eux un sang nouveau pour sa capitale. Il leur offrit.
de s'installer dans l'agglomération créée par Idris I — Madinat
Fas — la cité berbère, dont il espérait ainsi faire une véritable ville.
8.000 familles, dit le Rawd el-Kirtas 1 acceptèrent avec empresse-
ment et « apportèrent dans la nouvelle cité, selon l'expression de
M. Lévi-Provençal, en m ê m e temps que leur expérience de la vie
citadine, leurs techniques ancestrales du jardinage, de la bâtisse
et de l'artisanat ». Dès lors, l'ancienne Madinat Fas prit le nom
de Madinat el-Andalosiyin. Il est à supposer qu'en peu de temps
les nouveaux venus transformèrent la physionomie de cette agglo-
mération berbère, car, dit le Rawd el- Kirtas 2 ils se mirent aussitôt
à construire des maisons à droite et à gauche, c'est-à-dire, évidem-
ment, dans les espaces laissés libres de constructions.
Quelques années plus tard, en 210/825-26, un autre groupe d'émigrés
politiques, venant de Kairouan ceux-là, vint chercher refuge à Fès.
Idris II établit leurs 300 familles dans la ville d'el-'Aliya, celle qu'il
avait fondée; on l'appela souvent à partir de ce moment Madinat
el-Karawiyin (la Cité des Kairouanais).
Ainsi, alors qu'elles étaient encore en pleine période de croissance,
qu'elles ne s'étaient pas encore ossifiées, les deux villes jumelles
avaient la chance insigne d'accueillir de forts groupes de gens qui
n'avaient pas à faire l'apprentissage de la vie citadine, mais qui, au
contraire, venaient de cités adultes depuis longtemps, apportant
des techniques et des modes de vie dont les Berbères de Madinat
Fas et peut-être aussi les Arabes d'el-'Aliya, n'avaient qu'une idée
incomplète. Grâce à eux, Fès évita les balbutiements et les tâtonne-
ments de l'enfance. C'est de leur venue que date sans doute sa voca-
tion industrielle et artistique : on voit qu'elle remonte loin.

F è s s o u s les s u c c e s s e u r s d ' I d r i s II. — Mais Idris II mourut


en 213/828, laissant de nombreux fils entre lesquels fut partagé
l'empire idrisite, selon les conseils de Kenza, mère d'Idris II,
qui, ce faisant, obéissait peut-être à un vieil atavisme berbère de

1. P. 25 (trad., 36).
2. Ibid.
morcellement politique. Le territoire qui dépendait de Fès, n'était
plus à la mesure de la ville, qui devenait une tête sans corps. Et
pourtant elle ne cessait de grandir, car, si sa vie politique connais-
sait des éclipses, elle jouait un rôle économique, civilisateur et reli-
gieux dont nous devons nous faire une idée. Elle était alors la seule
véritable grande ville du Maroc continental ; ne parlons même pas
de la région où devait s'élever Marrakech deux siècles plus tard
et qui a toujours été hors de l'orbite de Fès; considérons seulement
celle qui s'étend entre l'Océan Atlantique et la Moulouya dans un
sens, le Moyen-Atlas et la Méditerranée dans l'autre : nous n'y trou-
vons pas d'autre ville importante que Fès; Tanger et Ceuta sont par
trop excentriques, Meknès n'était qu'un gros bourg berbère; Walila
était bien déchue depuis que les Idrisides l'avait abandonnée. Fès
était donc forcément le point de convergence des courants écono-
miques d'une région riche et, grâce à son industrie naissante, elle
avait de quoi donner en échange des produits du sol qu'on lui appor-
tait de partout; peut-être même un courant commercial s'était-il
déjà établi entre Fès et l'Andalousie, par l'intermédiaire des Cor-
douans émigrés.
Elle était plus et mieux qu'un grand centre commercial : un foyer
de civilisation. Son université n'était pas encore née, mais la ville
formait déjà, grâce aux Kairouanais et aux Cordouans, un îlot de
culture arabe, de raffinement et de luxe au milieu des régions
berbères qui l'entouraient.
Enfin, grâce à Fès, l'Islam tenait bon dans tout le Nord maro-
cain, en dépit des vicissitudes politiques et des tendances anarchi-
ques des tribus. Ce caractère religieux, qu'elle a conservé tout au
long des siècles, elle le devait aux Idrisides, authentiques descen-
dants du Prophète et dont tous les chroniqueurs s'accordent pour
vanter la piété et le zèle musulman. Rien n'en témoigne mieux que
la fondation de la Mosquée des Kairouanais et de la Mosquée des
Andalous sous le règne de Yahya, petit-fils d'Idris II en 245/850 1
La tradition, à ce sujet, est édifiante mais un peu incertaine. Les
uns rapportent qu'une femme originaire de Kairouan, Fatima, fille
de Mohammed el-Fihri, vint s'installer à Fès. Coup sur coup, son
mari et sa sœur moururent, lui laissant une fortune considérable.
Fatima ne chercha pas à la faire fructifier, mais à la dépenser en des
œuvres pies; c'est pourquoi elle décida d'acheter un terrain boisé qui
se trouvait encore libre de constructions et d'y faire élever la mosquée
qui reçut par la suite le nom de Mosquée des Kairouanais (Jama' el-
Karawiyin). Selon d'autres auteurs, Mohammed el-Fihri avait deux
filles, Fatima et Mariam, auxquelles il laissa en mourant une grande

1. Sur cette fondation, voir notamment : nawd el-Kir tas, 30 et suivantes (trad.,
42 et suiv.) et Zahrat el-As, 84 et suivantes.
fortune. Prises d'une sainte émulation, les deux sœurs firent bâtir
chacune une mosquée, Fatima la Mosquée des Kairouanais, Mariam
la Mosquée des Andalous; cette dernière fut d'ailleurs aidée dans son
entreprise par les Andalous établis dans ce quartier.
Nous n'avons aucune raison valable de nous prononcer en faveur
de l'un de ces récits plutôt que de l'autre. Tout au plus pourrait-on
dire que le second, avec son parallélisme si parfait entre les deux
sœurs et les deux mosquées, paraît trop beau pour être vrai.
Retenons en tout cas que la construction de ces deux sanctuaires
est due à l'initiative privée; la foi est désormais assez vive à Fès
pour que le souverain ne soit plus obligé de tout inspirer. D'autre
part, ces deux mosquées ne sont pas seulement le témoignage d'un
beau zèle religieux, elles prouvent à l'évidence l'accroissement de
la population de Fès, et surtout l'accroissement de la population
musulmane. On peut vraisemblablement supposer qu'au milieu
du IX siècle, la ville de Fès est complètement islamisée ou presque :
les adorateurs du feu ont certainement disparu; les Chrétiens, s'il
en reste, ne doivent plus être nombreux. La seule communauté
non musulmane qui subsiste est celle des Juifs.
Il ne faudrait pas croire cependant que les deux mosquées d'alors
étaient aussi grandes qu'elles le sont maintenant. Le Rawd el-Kirtas 1
précise que la Mosquée des Kairouanais se composait seulement
de quatre nefs, d'une petite cour et d'un petit minaret. N'oublions
pas que chacune des deux Fès était encore une toute petite ville.
Il importe aussi de noter que les deux sanctuaires primitifs, la
Mosquée des Cheikhs et la Mosquée des Chérifs, conservaient la
prééminence : on y disait la prière du vendredi.
Ainsi armée au spirituel comme au temporel, la double ville de Fès
va pouvoir supporter sans dommage les orages qui sont proches.
En effet, au pieux Yahya succéda son fils, prince débauché, qui
ameuta contre lui la population et fut privé du pouvoir. Les préten-
dants ne manquaient pas, mais, faute de pouvoir réunir l'unani-
mité, les uns s'appuyaient sur la ville de la Rive Droite, les autres
sur la ville de la Rive Gauche. D'où une incessante guerilla généra-
trice de ruines.
Enfin en 292/904, un arrière-petit-fils d'Idris II, Yahya, réussit
à régner sans rival et restaura la puissance idrisite dans tout son
éclat. « Aucun des Idrisides, dit le Rawd el-Kirtas 2 n'atteignit une
telle puissance. » Et Fès dut reprendre son rôle de capitale; mais
cet éclat n'était qu'un éclair : treize ans après, en 305/917, 'Obeïd
Allah le Fatimide, maître de l'Ifrikiya, faisait attaquer le royaume
idrisite par ses alliés, les Berbères Miknasa.

1. P. 30 (trad., 43).
2. P. 45 (trad., 67).
Dès lors, Fès se trouve au centre des conflits qui, dans le Maroc
du Nord, opposent les Fatimides d'Ifrikiya, les Omaiyades d'Espagne,
les tribus zénètes à la recherche d'un espace vital, les Idrisides qui
n'ont pas perdu l'espoir de reconstituer l'empire de leurs ancêtres,
avec Fès pour capitale; il faut tenir compte enfin des tribus fixées
dans le pays; elles sont souvent prises dans les remous de la guerre
et de la politique et, n'intervenant que par poussées brusques et irré-
fléchies, elles compliquent encore ce jeu de forces embrouillées.
Pendant cette période troublée, les deux villes de Fès sont souvent
en lutte ouverte l'une contre l'autre, à tel point que les chroniqueurs
nous indiquent le lieu où se déroulaient habituellement les rencon-
res; pour le Rawd e l - K i r t a s c'est le lieu dit Kahf el-Wakkadin
(la grotte des chauffeurs de bain) ; pour el-Bekri, c'est un tertre
appelé Kodiat el-Foul (le tertre aux fèves 2
T a n t de vicissitudes ne parvinrent pas à abattre cette ville pré-
destinée 3 elle était toujours vigoureuse lorsque à la fin du X siècle,
en 376/986-87, une dynastie zénète s'y établit t a n t bien que mal
jusqu'à l'arrivée des Almoravides. Certes, le calme connut des éclipses :
le règne de Ziri b. 'Atiya, premier prince de cette dynastie, fut fort
troublé. De même on vit plus t a r d (451-53/1059-1061) les deux frères
el-Ftouh et 'Ajisa, établis chacun dans l'une des deux villes, se livrer
une lutte implacable. La famine régnait à tel point que les gouvernants
prirent des mesures extrêmes : « Les chefs des Maghrawa et des
Beni Ifren entraient dans les maisons particulières, y prenaient
tous les vivres qu'ils trouvaient, attentaient à l'honneur des femmes
et des enfants, s'emparaient des biens des commerçants. Personne
n'avait le pouvoir de les en empêcher; personne n'osait même en par-
ler : quiconque, en effet, faisait mine de discuter ou de résister était
mis à mort. Leur soldatesque et leurs esclaves grimpaient au sommet
de la colline el-Ard 4 pour surveiller les maisons de la ville ; dès que
d'une maison ils voyaient s'élever de la fumée, ils s'y rendaient,
y entraient et prenaient les vivres qu'ils y trouvaient...
« Les habitants de Fès creusaient chez eux des caves pour conserver,
moudre et cuire la farine, afin que l'on n'entendît pas de la rue le
bruit de la meule; ils construisaient aussi des greniers sans escaliers;
vers le soir le chef de famille y montait par une échelle avec sa femme

1. P. 22 (trad., 33).
2. Trad. de Slane, 227.
3. Certains maîtres éphémères contribuèrent à l'embellissement de la cité, tel
l'amiride 'A-bd el-Malik (cf. Lévi-Provençal, Hist. de l'Esp. mus., I, 455).
4. Ce t o p o n y m e a disparu; il est attesté p a r divers auteurs, n o t a m m e n t dans les
Mémoires d'al-Baïdak (Lévi-Provençal, Documents d'histoire almohade), à deux reprises
(p. 147 et 163-64). P e u t - ê t r e s'agit-il de la b u t t e actuelle des Mérinides; le fait
qu'elle est indiquée comme b o r d a n t l'Oued S a d a r w a g h (actuellement Oued el-Malah)
p e r m e t de le supposer.
et ses enfants. Puis il tirait à lui l'échelle, afin que personne ne pût
entrer à l'improviste 1 »
Mais les moyens de destruction étaient faibles et, bien loin de
pâtir au milieu de toutes ces traverses, Fès continua à grandir; pen-
dant les périodes calmes, elle s'enrichissait de portes, de fortifica-
tions, de bains publics, d'entrepôts-caravansérails (les fondouks) :
20 bains et 300 moulins, dit el-Bekri qui écrit peu après cette
époque 2 En 345/956, le zénète Ahmed b. Abou Bekr b. 'Othman
avait fait bâtir deux minarets, conservés jusqu'à nos jours, pour les
mosquées des Kairouanais et des Andalous, qui avaient définiti-
vement supplanté les vieux sanctuaires idrisites. Bien plus, les
maisons débordaient hors des remparts et l'intervalle qui séparait
les deux villes se comblait peu à peu, tandis que six ponts — plus
que maintenant — reliaient les deux Rives entre elles. « Les émirs
et les rois, écrit e l - J a z n a ï ajoutèrent sans cesse d'autres construc-
tions à Fès et la population en vint à bâtir dans les faubourgs des
deux villes, les constructions se rejoignirent de tous les côtés jusqu'à
la fin de la dynastie zénète. Parmi ces princes, Dounas b. H a m a m a
b. el-Mo'izz b. 'Atiya b. Zaïd entoura de murs tous les faubourgs de
tous les côtés et y fit construire des mosquées, des entrepôts, des
bains, etc... Fès devint alors une seule ville. »
La rivalité d'el-Ftouh et de 'Ajisa brisa cette unité encore fragile,
mais dont la tendance apparaît comme parfaitement nette. Invin-
ciblement, les deux villes de Fès cherchaient à se rejoindre, comme
les moitiés de ces êtres coupés en deux dont parle Aristophane dans
le Banquet de Platon.

Les A l m o r a v i d e s . — C'est alors qu'arrivèrent les Almoravides.


Ce n'est pas ici le lieu de raconter l'histoire quasi épique de ces
Sahariens qui, au milieu du X I siècle, sortirent du désert occidental
et se répandirent sur le Maroc. Il suffit de rappeler qu'ils envahirent
le Maroc par le Sud. Leur chef, Yousof b. Tachfin, y fonda Marra-
kech en 454/1062 et continua sa marche vers le Nord; après une
première tentative sans résultat, il s'emparait de Fès en 462/1068-69.
Cette conquête n'alla pas sans dommage : les vainqueurs massacrè-
rent leurs ennemis zénètes et mirent la ville à sac, mais les destruc-
tions ne paraissent pas avoir défiguré la cité.
A peine installé, Yousof b. Tachfin fut sensible au paradoxe des
deux villes accolées; il ordonna donc la destruction des murailles

1. Rawd el-Kirtas, 72 (trad., 96).


2. Trad. de Slane, 226.
3. Zahrat el-As, 73.
qui les séparaient l'une de l'autre, pour hâter l'unification dont nous
avons constaté les prodromes.
Cette décision était bien dans la logique des choses; elle consa-
crait une évolution déjà ébauchée sur le terrain, mais elle ne pouvait
pas d'un coup supprimer les divergences, les oppositions même, que
l'on constatait entre les deux villes. On se souvient qu'elles étaient
peuplées d'éléments différents, qu'elles avaient chacune leur mos-
quée-cathédrale, leur marché central, leur atelier pour la frappe
des monnaies.
A l'unification des deux villes s'opposaient donc bien des inté-
rêts moraux et matériels. Il ne fallait pas moins que la rude poigne
de l'Almoravide pour les faire taire; mais les faire taire n'était pas
les supprimer. Pendant longtemps les deux villes réunies en une
seule conservèrent leur individualité et leur manière de vivre. Écri-
vant au milieu du XII siècle, c'est-à-dire près d'un siècle après la
mesure prise par le conquérant almoravide, le géographe el-Idrisi
donnait l'indication suivante : « Chacune des deux villes a sa mos-
quée et son imam particulier ; les habitants des deux quartiers sont
en rixes continuelles les uns avec les autres et se livrent souvent des
combats sanglants 1 » Aujourd'hui encore il subsiste quelques traces
de cette dualité.
Yousof b. Tachfin, qui avait des conceptions claires et une grande
volonté, ne se borna pas d'ailleurs à supprimer des remparts, il favo-
risa nettement le centre de la Ville des Kairouanais en agrandis-
sant la mosquée qu'il y trouvait, tandis qu'il laissait en l'état celle
des Andalous.
Il avait compris que, pour être une, toute ville a besoin d'un
centre et il avait jeté son dévolu sur celui de la Ville des Kairouanais,
plus ancien à coup sûr que l'autre, peut-être aussi mieux outillé et
déjà plus vivant. Fès devenait ainsi une cité bien centrée.
En développant une mosquée déjà célèbre, Yousof b. Tachfin,
et après lui son fils 'Ali b. Yousof, faisaient aussi œuvre politico-
religieuse. Les Almoravides n'étaient pas sortis du désert unique-
ment pour conquérir et piller; ils se faisaient les champions d'un
Islam rigoriste, abreuvé aux sources du rite malékite. A ce titre
le développement d'un sanctuaire où la doctrine orthodoxe n'avait
cessé de fleurir, s'intégrait tout naturellement dans leur action d'en-
semble. Yousof fit d'ailleurs édifier des oratoires dans tous les quar-
tiers de la ville où il n'y en avait pas 2
En outre, le souverain almoravide favorisait l'essor économique
de la cité : il faisait construire des fondouks et des moulins, et le

1. Description de l'Afrique et de l'Espagne, éd. de Goeje, p. 86.


2. « Lorsqu'il trouvait un quartier sans oratoire, dit le Rawd el-Kirtas (91,
t r a d . 124), il r é p r i m a n d a i t les h a b i t a n t s e t les obligeait à construire un oratoire. »
Zahrat el-As 1 ajoute qu'il appela à Fès des artisans de Cordoue en
plus de ceux qui s'étaient déjà installés sous le règne d'Idris II.
La venue de Yousof b. Tachfin et le développement de sa poli-
tique ont aussi transformé Fès en cité militaire. Jusque-là, cette ville
semble n'avoir abrité que des garnisons modestes; les seuls ouvrages
militaires étaient les remparts et deux forteresses élevées dans la
partie haute de chacune des deux villes par el-Ftouh et 'Ajisa au
temps de leur rivalité.
Avec Yousof b. Tachfin, Fès devient la principale base d'opéra-
tion d'un grand empire, et d'un empire guerrier. Qu'il s'agisse de
progresser en direction de l'Est, vers Taza, la Moulouya, Tlemcen
et même Alger, comme c'est le cas de 1070 à 1082, que Yousof veuille
soumettre à son autorité les tribus et les principautés du Rif et du
Jbel, qu'il parte au secours des Musulmans d'Espagne malmenés
par les Chrétiens, puis bientôt à la conquête de l'Espagne musulmane,
c'est toujours Fès qui lui sert de base principale. A cet effet, il cons-
truit une Kasba, qui doit être identifiée avec le quartier encore
appelé Kasba de Bou Jloud. Cette forteresse était alors nettement
séparée du reste de la ville et la dominait d'utile façon. Selon la
tradition recueillie sur place par Léon l'Africain, elle « se pouvait
bien égaler en grandeur à une autre cité ». Ce grand camp fortifié
et aménagé, où se concentraient périodiquement des troupes en vue
des campagnes prochaines, n'était certainement pas pourvu de tous
les instruments indispensables à la vie économique; il renfermait à
coup sûr des magasins (cette région est encore parsemée de vastes
silos), mais ni marché, ni établissement industriel. Fès pourvoyait
donc à ses besoins dans une très large mesure : le va-et-vient devait
être constant entre le quartier des Kairouanais et la Kasba. On
peut même supposer que, dès l'époque almoravide, des constructions
s'élevèrent hors des murs en direction de la forteresse 2 Ainsi attirée
par ce nouvel établissement, la ville escaladait allégrement les col-
lines de l'Ouest, tendant peu à peu à prendre sa forme actuelle.
Il est peu probable que la Kasba ait exercé une sérieuse influence
sur le peuplement de Fès : les troupes ne faisaient qu'y passer, sans
espoir de s'y fixer. Mais elle contribua sans aucun doute au déve-
loppement économique de la ville en lui fournissant une source
abondante'et constante de revenus et paraît avoir joué un rôle pri-
mordial dans l'évolution du plan de Fès. Il est possible aussi que les
travaux exécutés pour la pourvoir en eau aient permis d'autres
travaux dans la ville située en contre-bas; peut-être faut-il cher-
cher là l'origine du réseau actuel des canalisations qui répandent
1. P. 78.
2. Les Mémoires d'al-Baïdak (op. cit., p. 99) a t t e s t e n t l'existence d'une mosquée
dans le quartier de T a r i a n a (Tal'a) à l'époque où I b n T o u m e r t revint d'Orient,
c'est-à-dire vers 514 /1120.
l'eau vive sur toute la surface de la rive des Kairouanais ; le Rawd
el-Kirtas 1 précise, en effet, que Yousof b. Tachfin fit construire des
moulins et des bains; cela ne pouvait se faire sans l'aménagement
préalable de conduites d'eau. Les émirs zénètes avaient déjà com-
mencé à tirer parti des énormes ressources en eau dont disposait
Fès; les Almoravides complétèrent le dispositif et lui donnèrent
les grandes lignes qu'il a gardées.
On peut donc tenir pour certain que le premier souverain almo-
ravide a été l'un des grands artisans du développement de Fès, bien
qu'il ne l'ait pas prise pour capitale. Mais à défaut de la cour et des
organes politiques de l'empire almoravide, la ville d'Idris en abri-
tait le principal établissement militaire et participait pour une très
grande part, et pour le plus grand avantage de son commerce et
de son industrie, à la préparation des expéditions militaires dirigées
vers l'actuelle Algérie, le Rif et l'Espagne. Son influence religieuse
avait certainement grandi, son unification était accomplie; enfin, du
fait de l'apparition de la Kasba almoravide, son développement futur
s'inscrivait d é j à sur le terrain.
De t o u t cela, il ne reste malheureusement que des textes, car les
Almohades, lorsqu'ils s'emparèrent de Fès, rasèrent les remparts
de la ville et l'établissement militaire de leurs prédécesseurs pour
en bâtir un autre à sa place. Cependant, si nous songeons à la forte-
resse almoravide de l'Amergou 2 à quelque 70 km. au nord de Fès,
avec ses citernes, ses tours rondes, sa fière allure, nous pouvons
nous faire une idée de la Kasba almoravide de Fès, dont les dimen-
sions étaient bien plus considérables et dont l'ensemble devait être
digne de cette ville en plein épanouissement.

Les A l m o h a d e s . — T a n t que dura l'empire almoravide, Fès


ne semble pas avoir connu de graves vicissitudes : ce fut pour elle
une période de paix et de croissance rapide et régulière. Mais lorsque,
moins d'un siècle après la prise de Fès par Yousof b. Tachfin, les Almo-
hades se lancèrent à la conquête du Maroc, la ville d'Idris, princi-
pal établissement militaire de la dynastie mourante, ne l'oublions
pas, commença par souffrir durement de leurs coups.
En 540/1145, 'Abd el-Moumen, chef des Almohades et Comman-
deur des Croyants, se présentait devant Fès : la garnison almora-
vide s'enferma dans la ville; 'Abd el-Moumen l'assiégea; comme
le succès se faisait attendre, il eut recours au procédé suivant : « En

1. P . 91 ( t r a d . , 1 2 4 ) .
2. S u r c e t t e f o r t e r e s s e , cf. E. Lévi-Provençal, Les r u i n e s almoravịdes du pays
de l ' O u e r g h a i n B u l l e t i n a r c h é o l o g i q u e , 1 9 1 8 , p p . 194 e t s u i v .
540, 'Abd el-Moumen s'empara de la ville de Fès après un rude
siège. Il b a r r a l a r i v i è r e qui pénètre dans la ville a u moyen de plan-
ches, de fagots et de mortier, si b i e n que l'eau fut retenue dans la
campagne en amont de la ville et atteignit à son niveau d 'origine.
A l o r s il f i t c r e v e r le b a r r a g e et d'un seul coup l'eau se précipita sur
la ville, d é t r u i s a n t les r e m p a r t s et plus de d e u x mille maisons, entraî-

FIG. 4.
Fès a v a n t la fondation de Fès J d i d , d ' a p r è s Gaillard.
Plusieurs vestiges de l'enceinte almohade permettent d'affirmer qu'en de nombreux
points le tracé de la muraille bâtie parle calife almohade en-Nasir coïncidait avec
le tracé actuel de l'enceinte de la Médina. Les traits interrompus rappellent la confi-
guration supposée des deux villes idrisites.

n a n t la m o r t d ' u n g r a n d n o m b r e de gens. P e u s ' e n f a l l u t q u e le flot


ne s u b m e r g e â t la p l u s g r a n d e p a r t i e de la ville... »
L à ne se b o r n è r e n t p a s les r a v a g e s de ' A b d e l - M o u m e n ; i r r i t é
de la r é s i s t a n c e q u ' i l a v a i t r e n c o n t r é e , il fit r a s e r la K a s b a des A l m o -
r a v i d e s e t les r e m p a r t s de la ville, en p r o n o n ç a n t ces fières p a r o l e s :
« N o u s n ' a v o n s p a s b e s o i n de r e m p a r t ; nos r e m p a r t s , ce s o n t nos
épées et n o t r e j u s t i c e 2 »
P a s p l u s q u e les A l m o r a v i d e s , les A l m o h a d e s ne p r i r e n t Fès p o u r
c a p i t a l e : e u x aussi i n s t a l l è r e n t à M a r r a k e c h le siège de l e u r e m p i r e .
Mais, t o u t c o m m e les A l m o r a v i d e s , ils e u r e n t b e s o i n de F è s p o u r

1. Rawd el-Kirtas, 123 (trad., 165) et Mémoires d'al-Baïdak (op. cit., p. 162-165).
2. Ibid.
en faire l'une de leurs principales bases d'opérations militaires, notam-
ment de leurs opérations en Espagne, Ils furent donc obligés de
refaire ce qu'ils avaient défait; le quatrième calife almohade, Moham-
med en-Nasir, entoura la ville de Fès d'une ceinture de solides rem-
parts dont certaines parties ont tenu jusqu'à nos jours, avec des
portes parfois monumentales. La plus connue est celle qui portait
primitivement le nom de Bab ech-Chari'a (la Porte de l'Oratoire),
mais qui, à peine construite, fut appelée par tout le monde Bab
Mahrouk (la Porte du Brûlé), parce que, le jour même où étaient
montés les v a n t a u x de la porte, on amena là un rebelle de la région
d'Ouezzane, el-'Obeïdi, qui venait d'être fait prisonnier; sa tête
fut suspendue au-dessus de la porte et son corps brûlé sous la porte
même : d'où le nom qui lui est resté, et l'habitude d'y procéder aux
supplices et aux exécutions capitales. « Elle est si haute, dit le Zahrat
el-As 1 que le cavalier porteur d'un grand étendard, le lancier armé
d'une longue lance peuvent la franchir sans avoir à incliner l'étendard
ou à abaisser la lance. » Les Almohades construisirent aussi une for-
teresse sur l'emplacement de la forteresse almoravide et pour les
mêmes fins. De plus, ils agrandirent considérablement la Mosquée
d e s A n d a l o u s 2

Sous les Almohades, comme sous les Almoravides, Fès connut


une longue période de prospérité, interrompue seulement par une
cruelle famine accompagnée de troubles, entre 1224 et 1232, quand
la dynastie approchait de sa fin.
Cette prospérité est attestée par le texte suivant du géographe
e l - I d r i s i : « La ville de Fès renferme beaucoup de maisons, de palais,
de métiers; ses habitants sont industrieux et leur architecture, ainsi
que leur industrie, a un air de noblesse; il y règne une grande abon-
dance de toutes sortes de vivres ; le blé surtout y est à meilleur marché
qu'en aucun pays voisin. La production des fruits est considérable.
On y voit de toutes parts des fontaines surmontées de coupoles et
des réservoirs d'eau voûtés et ornés de sculptures ou d'autres belles
choses; les alentours sont bien arrosés, l'eau y jaillit abondamment
de plusieurs sources, t o u t y a un air vert et frais; les jardins et les
vergers sont bien cultivés; les habitants sont fiers et indépendants...
Fès est le point central du Maghreb occidental... Cette ville est la
grande capitale de l'Empire, fréquentée par des voyageurs de tous
les pays; c'est le but auquel tendent les caravanes pour y apporter
tout ce qu'il y a de beau et d'excellent en étoffes et en marchan-
dises de toutes espèces. Les habitants sont riches et jouissent de
toutes les recherches du luxe et de toutes les commodités de la vie. »

1. P. 80.
2. Fig. 4.
3. Op. cit., p. 86 et suiv.
Cette description est confirmée par les chiffres que l'on trouve
dans le Zahrat el-As et dans le Rawd el-Kirtas. Ils ont été copiés,
nous dit e l - J a z n a ï par le mochrif (surintendant des finances) 'Ali
b. 'Omar el-Awsi qui a déclaré les avoir lui-même copiés sur un docu-
ment écrit de la main du mochrif de la ville de Fès, au temps d'el-
Mansour (le troisième calife almohade). Les voici :
785 mosquées ou oratoires
42 salles d'ablution
80 fontaines
93 bains publics
372 meules à grain intra mur os
89.236 maisons
19.041 pièces indépendantes
467 fondouks
9.082 boutiques
2 kisariya
3.064 métiers à tisser
47 fabriques de savon
86 tanneries
116 teintureries
12 fonderies
135 fours à pain
11 verreries
188 ateliers de poteries.

Même en considérant certains de ces chiffres comme erronés,


même en admettant que certains autres, comme celui des tanneries,
correspondent à une réalité différente de celle que nous avons sous
les yeux, on est amené à penser que Fès a connu au début du
XIII siècle une intense activité économique et que la prospérité dont
parlent les textes arabes n'est pas une hyperbole. A y bien réfléchir
d'ailleurs, le contraire serait étonnant. Fès n'est pas la capitale
almohade, mais c'est l'un des principaux centres économiques, sinon
le principal, d'un grand empire qui comprend t o u t le Sud de l'Espagne
et toute l'Afrique du Nord. Ses relations très anciennes avec l'Anda-
lousie ont permis à ses ouvriers d'acquérir des techniques parfai-
tement au point; la paix règne. Toutes les conditions sont réunies
pour que l'économie du pays connaisse un rythme puissant et sûr.
Ce serait être injuste envers une pareille ville de penser que l'éco-
nomique y est tout. La vie de l'esprit y connaît certainement, elle
aussi, un développement intense. Elle est moins brillante qu'en
Espagne; les poètes y sont moins nombreux, c'est t o u t juste si M. Pérès
4. Zahrat el-As, 82. Les chiffres fournis par les deux auteurs sont à peu de
chose près identiques.
a pu en citer deux dans l'étude qu'il a consacrée à la vie littéraire
de Fès sous les Almoravides et les Almohades 1 Les historiens n'y
fleurissent pas encore, non plus que les philosophes. Mais les juristes
et les théologiens y sont déjà nombreux et renommés, et l'on peut
penser, quoique les textes ne nous fournissent aucune indication
précise là-dessus, que des cours sont déjà organisés dans la Mosquée
des Kairouanais et probablement aussi dans celle des Andalous.

Bref, on peut dire que Fès au début du XIII siècle est une ville
en plein épanouissement. Son enfance a été difficile, lorsqu'elle était
formée de deux cités souvent rivales et qu'autour d'elles t a n t de
forces hostiles s'exerçaient en tous sens. Mais du jour où, après qu'elle
eut résisté à tous les orages, qu'elle eut grandi même malgré des
circonstances peu favorables, l'Almoravide Yousof b. Tachfin lui
indiqua sa voie et en fit une grande cité, elle s'épanouit avec autant
d'éclat qu'un adolescent qui trouve son équilibre.
La voilà désormais enserrée d'une solide ceinture de murailles,
percée de portes plus nombreuses qu'au début du XX siècle; pro-
tégée et tenue en respect, s'il est besoin, par une grande forteresse;
pourvue d'un centre économique et religieux autour duquel s'ordon-
nent les rues. L'industrie est florissante et bien équilibrée : industries
alimentaires comme la meunerie, industries de produits courants
comme la savonnerie, industries travaillant pour l'exportation
comme la poterie, le tissage, le corroyage. Le commerce est bien
outillé : deux marchés centraux secondés par d'innombrables petits
marchés de quartiers où l'on'trouve les objets de première nécessité,
des hôtelleries et des entrepôts pour les commerçants étrangers
et pour les grossistes de la place; des échanges actifs avec l'Espagne,.
le Maghreb central, le Sahara 2 peut-être aussi avec l'Orient, p a r
mer où par caravanes, peut-être même avec quelques pays de la
Chrétienté.
Les auteurs arabes ne nous disent pas comment était organisée
cette vie économique intense; nous pouvons cependant nous en faire
une idée en nous référant aux institutions de l'Espagne musulmane 3
car Fès a beaucoup emprunté à l'Espagne non seulement dans le
domaine des techniques artisanales, mais encore dans celui des insti-
tutions urbaines. On peut donc supposer que, dès le temps des Almo-

1. H. Pérès, L a poésie à Fès sous les Almoravides et les Almohades, in Hesp.,


1934, 1 trimestre, p. 9 et suiv.
2. El-Idrisi (op. cit., 93) a t t e s t e que les caravanes qui se r e n d a i e n t de Tlemcen
à Siiilmasa passaient p a r Fès.
3. Cf. Lévi-Provençal, L ' E s p a g n e musulmane a u X siècle.
hades et même des Almoravides, les métiers étaient groupés par
q u a r t i e r s e t p a r r u e s , d a n s le c e n t r e d e l a v i l l e p o u r l a p l u p a r t , d a n s
des quartiers excentriques lorsqu'ils a v a i e n t besoin d'espace, c o m m e
l e s potiers, ou lorsqu'ils étaient d ' u n voisinage désagréable, c o m m e
les f a b r i c a n t s d ' h u i l e . C e r t a i n s m é t i e r s p l é t h o r i q u e s , les t i s s e r a n d s
e t les c o r d o n n i e r s s u r t o u t , é t a i e n t d i s p e r s é s s u r t o u t e l a s u r f a c e d e
l a v i l l e , le R a w d , e l - K i r t a s l e d i t e x p r e s s é m e n t p o u r l e s t i s s e r a n d s .
P o u r c o o r d o n n e r les a c t i v i t é s d e c e s c o r p o r a t i o n s e t é t a b l i r e n t r e
elles u n e harmonie salutaire, le g o u v e r n e m e n t désignait probable-
m e n t d é j à u n f o n c t i o n n a i r e spécial a p p e l é mohtaseb, c h a r g é de faire
r é g n e r l a m o r a l i t é d a n s les é c h a n g e s .
Ce n e s o n t l à q u e d e s c o n j e c t u r e s , c a r les t e x t e s s o n t m u e t s , c o n -
jectures vraisemblables cependant, étant d o n n é d ' u n e p a r t ce q u e
nous savons des institutions de l ' é p o q u e o m a i y a d e en E s p a g n e et
d ' a u t r e p a r t ce q u e n o u s a v o n s t r o u v é a u s u j e t d u M a r o c d a n s les
é c r i v a i n s p o s t é r i e u r s , L é o n l ' A f r i c a i n s u r t o u t , p u i s d a n s la r é a l i t é
d e s f a i t s , l o r s q u ' i l a é t é p o s s i b l e d ' é t u d i e r s u r le v i f ces i n s t i t u t i o n s .
Il n ' e s t p a s d o u t e u x e n t o u t c a s q u e c e t t e a c t i v i t é é c o n o m i q u e
si d r u e é t a i t o r g a n i s é e , e t b i e n o r g a n i s é e s e l o n t o u t e vraisemblance.
Les institutions berbères n ' é t a i e n t pas faites en vue d ' u n e vie u r b a i n e
aussi c o m p l e x e . Il est d o n c l o g i q u e de p e n s e r que, dès l ' a b o r d , c e u x
q u i a v a i e n t la c h a r g e de c o n s t r u i r e c e t édifice u r b a i n , firent a p p e l
a u x institutions m u s u l m a n e s , qui avaient fait leur preuve en E s p a g n e
e t q u e les immigrants andalous apportaient tout naturellement
avec eux.

Avec les A l m o h a d e s se t e r m i n e la première grande période du


développement de Fès. La ville est solidement charpentée, non
s e u l e m e n t s u r le t e r r a i n , a v e c ses m o s q u é e s , ses m a r c h é s , s o n s y s -
t è m e d ' i r r i g a t i o n , ses r e m p a r t s e t s a f o r t e r e s s e , m a i s d a n s le d o m a i n e
d e s i n s t i t u t i o n s , a v e c s o n o r g a n i s a t i o n c o r p o r a t i v e coiffée p a r le
m o h t a s e b , e t , d a n s le d o m a i n e d e s i d é e s , a v e c s o n u n i v e r s i t é n a i s -
sante, ses d o c t e u r s , ses écrivains. L'Islam, un Islam orthodoxe et
o m n i p o t e n t , d o n n e a u t o u t sa c o u l e u r et sa t e n u e . O n ne p e u t t o u -
t e f o i s s ' e m p ê c h e r d e p e n s e r q u e c e t I s l a m officiel n ' e x p r i m a i t p a s
e n t i è r e m e n t la c o m p l e x i t é d u s e n t i m e n t r e l i g i e u x à F è s . Q u a n d
on songe q u ' a u j o u r d ' h u i encore, m a l g r é des siècles de t r a d i t i o n
islamique rigoureuse, des cultes naturistes subsistent dans cette
c a p i t a l e , q u e l ' o n p e u t y v o i r d e s a r b r e s - m a r a b o u t s , q u e le c u l t e
des saints y a pris u n e telle a m p l e u r 1 o n est i n v i n c i b l e m e n t a m e n é
à se d i r e q u e , d a n s l a F è s d u X I I I s i è c l e , o ù l e s B e r b è r e s t e n a i e n t

1. Cf. i n f r a , V I I I , III.
une telle place que les Almohades, au début de leur hégémonie,
exigeaient que les prédicateurs de la Mosquée des Kairouanais pus-
sent s'exprimer en berbère les antiques croyances du pays fleuris-
saient bien davantage encore. Mais on comprendra que les textes
soient plus muets encore là-dessus que sur les institutions écono-
miques.

1. Zahrat el-As, 101.


CHAPITRE IV

Fès sous les Mérinides.

Dans l'imagination populaire, la ville de Fès est liée au souvenir


des Mérinides; il faut bien avouer qu'à chaque pas le pied bute sur
un souvenir mérinite. Fès Jdid tout entière est une création méri-
nite; mérinites les médersas, mérinite le charmant minaret de la
Mosquée Chrabliyin, mérinite la mesure-étalon de longueur, naguère
encore exposée dans le marché central, mérinite le culte même de
Moulay Idris, fondateur de la ville.
Les premiers rapports de la nouvelle dynastie avec les habitants
de Fès furent mauvais. Le chef mérinide Abou Yahya était entré
à Fès en 645/Août 1248; dix-huit mois après environ, en Chawwal
647/Février 1250, il était obligé de partir en expédition. La popu-
lation profita de son absence pour se révolter en faveur des Almo-
hades et ne capitula qu'après un siège de neuf mois. La convention
stipulait que les Fasis verseraient une somme de cent mille pièces
d'or à titre de réparation; comme le versement tardait, le prince
mérinide fit mettre à mort six notables responsables de la sédition 1

Fès Jdid. — Peut-être ce mauvais souvenir inspira-t-il au Sultan


mérinite Abou Yousof Ya'koub l'idée de bâtir une ville nouvelle,
distincte de l'autre et la dominant, lorsqu'en 674/1276 il put enfin
s'occuper d'organiser sa conquête. Les derniers descendants des
Almohades venaient d'être exterminés; une expédition contre les
Chrétiens d'Espagne venait de se terminer par un succès. Les Méri-
nides pouvaient souffler et s'installer, ce qu'ils n'avaient point vrai-
ment fait jusque-là.
Voici comment Ibn el-Ahmar dans le Rawdat en-Nisrin raconte
la f o n d a t i o n d e c e t t e n o u v e l l e ville 2 :

1. « Leurs tètes furent plantées sur les remparts de la ville, dit Ibn Khaldoun
(Berbères, trad., IV, 41) et les habitants durent payer bon gré mal gré l'argent qu'ils
avaient enlevé. Ce châtiment fut une des causes qui amenèrent l'asservissement
du peuple de Fès et assurèrent sa soumission à la dynastie des Beni Merin; encore
aujourd'hui ils se le rappellent avec effroi et jamais ils n'ont osé ni élever la voix,
ni résister aux ordres du gouvernement, ni tremper dans des conspirations. »
2. Trad. Gh. Bouali et G. Marçais, 63-64.
« L'émir des croyants sortit à cheval de la Kasba de Fès l'Ancienne 1
au milieu de la matinée, le dimanche 3 du mois de Chawwal 674/
21 mars 1276, accompagné de géomètres et de maçons. Il se dirigea
vers le bord de l'Oued Fès. Arrivé là, il commença à creuser les fon-
dations. Ce fut le savant cosmographe Mohammed b. el-Habbak
q u i t i r a u n h o r o s c o p e à c e t t e o c c a s i o n 2

« Après l'établissement des remparts, il fit construire son palais,


la grande mosquée, le marché qui, partant de Bab el-Kantara (la
Porte du Pont), appelée maintenant Bab e l - O u e d porte voisine
d e B a b e s - S b a ' (la P o r t e d u Lion), v a j u s q u ' à B a b ' O y o u n S a n h a j a 4

et au grand bain. Il ordonna aux vizirs et aux cheikhs mérinides


d'y construire des maisons. Ils y élevèrent des édifices spacieux
et d'un bel aspect, qui reçurent différents noms. Ils alimentèrent
cette ville en eau douce prise à la source nommée 'Aïn 'Omaïr. La
cité est traversée par le fleuve appelé Oued el-Jawahir (la Rivière des
Perles)... » Certains chroniqueurs ajoutent encore que cette ville
fut appelée el-Madina el-Baïda (la Ville Blanche), par opposition
à l'autre ville dont le temps avait déjà patiné les constructions.
Très vite on en est venu à la nommer Fas el-Jdid (Fès la Neuve), par
opposition à Fas el-Bali (Fès l'Ancienne).
Tous les textes que nous possédons, et dont certains, comme le
Rawd el-Kirtas, sont de peu postérieurs à l'événement, s'accordent
sur la date et sur les détails qui viennent d'être donnés. Certains
ajoutent même que la construction fut rondement menée, puisque,
moins d'un an après les premiers travaux, le souverain mérinide
pouvait s'installer dans sa nouvelle résidence. Pourquoi cette fon-
dation?
Le manque de place fournit une première explication. La Kasba
almohade, dont il a été parlé précédemment, n'était qu'un établis-
sement militaire. Or les Mérinides n'avaient pas seulement à loger
des troupes, mais tous les organismes de leur pouvoir politique,
toute leur cour, toute leur suite, puisqu'ils prenaient Fès comme
capitale. Cela étant, ils auraient pu se contenter d'agrandir la Kasba
almohade : la place ne manquait pas et le terrain s'y prêtait.
Mais, d'une part, il leur répugnait de reprendre, même agrandie,
la résidence de leurs prédécesseurs, sentiment fréquent chez les
dynasties africaines; pour elles, c'est un déshonneur, ou au moins
1. Il s'agit évidemment de la Kasba des Almohades.
2. Horoscope très favorable, nous disent d'autres textes; la preuve en est que
jamais un sultan n'y mourut et que jamais une armée n'y revint défaite; ces indica-
tions, exactes pour le début de la dynastie mérinide, furent évidemment démenties
par la suite.
3. Cette porte a disparu aujourd'hui pour être remplacée par la porte de Dar
el-Makhzen qui donne sur le Vieux Mechwar.
4. Cette porte est maintenant désignée sous le nom de Bab Semmarin (la Porte
des Maréchaux ferrants).
nu aveu d'impuissance, de ne pas faire du neuf; peut-être aussi crai-
gnent-elles d'être le jouet d'influences néfastes en s'installant sur
un emplacement qui abrita des vaincus; n'oublions pas qu'avant
de commencer les travaux de Fès Jdid, le Sultan mérinide fit prendre
un horoscope, pour s'assurer que la ville nouvelle naissait sous d'heu-
reux auspices.
Enfin il est permis de penser que, se souvenant de l'insurrection
de 1250, Abou Yousof Ya'koub préférait se prémunir contre toute
surprise de la part des Fasis, en mettant une distance raisonnable
et la rivière entre eux et lui.
C'est donc une ville administrative, pour employer notre langage
moderne, que bâtissent les Mérinides, où ne s'installeront pas les
habitants de la Médina, mais bien la tribu des Beni Merin qui vient
de prendre le pouvoir, et les serviteurs qu'elle pourra recruter par
la suite. Voilà le peuplement de Fès Jdid fixé pour des siècles : jus-
qu'à nos jours elle n'a cessé d'être une cité-Makhzen, une ville
d'étrangers. Voilà en même temps reconstituée la dualité originelle
de Fès, deux villes plus nettement séparées que les deux villes idri-
sites, deux villes qui n'ont ni les mêmes intérêts, ni les mêmes préoc-
cupations, ni les mêmes réactions, ni le même peuplement, et qui
seront amenées tôt ou tard à s'opposer l'une à l'autre.
Pourtant, dans leur sagesse, les fondateurs de Fès Jdid ont voulu
éviter au moins une source de conflits, ceux de l'eau. Bien que bâtie
au bord de la rivière, Fès Jdid ne lui empruntait pas une goutte d'eau;
elle allait chercher ce qu'il lui fallait à la Source de 'Omaïr, à plu-
sieurs kilomètres de là. Toucher sérieusement à l'eau des Fasis,
c'eût été les pousser à une rébellion éternelle, les Mérinides l'avaient
bien compris.
La nouvelle ville contient d'abord la résidence des princes, c'est
sa raison d'être, une mosquée naturellement, Jama' el-Kbir (la Grande
Mosquée), à laquelle s'en ajouteront d'autres à mesure que se déve-
loppera la ville, un marché, et les demeures des principaux person-
nages de la dynastie. Les textes ne disent pas, tant cela est naturel,
que Fès J did est aussi un camp retranché où stationnent les troupes
mérinides; mais point n'est besoin de textes; les fortifications qui
subsistent encore nous renseignent clairement là-dessus

La dynastie mérinide, puis wattaside, s'étant maintenue à Fès


vaille que vaille pendant trois siècles, il est normal que la ville nou-
velle ait subi des transformations pendant un laps de temps aussi
étendu.
Le développement de Fès Jdid au cours de la période mérinide
est attesté par les mosquées de quartier qui, les unes après les autres,
sont venues s'ajouter à la Grande Mosquée bâtie l'année même de
la fondation de la ville. La mosquée dite Jama' el-Hamra (la mos-
quée de la [femme] rouge, ou peut-être du [minaret] rouge) située en
bordure de la Grande Rue de Fès Jdid, n'est pas exactement datée :
elle rappelle toutefois par son ordonnance la Grande Mosquée et
appartient vraisemblablement soit aux dernières années du XIII siècle,
soit aux premières du XIV Sa construction semble prouver qu'à
cette époque, l'artère centrale de la ville était bordée de maisons
sur toute sa longueur et que les quartiers voisins de l'actuelle Bab
Semmarin se peuplaient.
Au milieu du XIV siècle en 759/1457, la mosquée dite Lalla Jama
ez-Zhar (Madame la Mosquée de la Fleur d'oranger) est bâtie à l'Ouest
de la Grande Rue dans le quartier que borde actuellement le palais 1
A ce moment, il est probable que toute la partie orientale de Fès Jdid
est encore occupée par des silos, des magasins et des espaces vides
où campent les troupes de passage.
Enfin cette région elle-même se transforme en quartier d'habita-
tion, comme le prouve l'édification de la mosquée dite Lalla Ghriba,
fondée en 1 4 0 8 Seule la partie Sud-Est de Fès Jdid est encore
occupé par des silos et peu bâtie.
L a d e s c r i p t i o n d e F è s c o m p o s é e p a r I b n F a d l A l l a h e l - ' O m a r i

et dans laquelle il insiste tout spécialement sur Fès Jdid, permet


d'avoir une idée générale 4 de ce qu'était Fès J did à cette époque.
La Ville Neuve est alors constituée par trois quartiers si nettement
distincts qu'el-'Omari les nomme des villes 5 :
1° le quartier du Palais, avec la Grande Mosquée et les habita-
tions des principaux personnages du gouvernement, quartier qui
correspondrait au Palais actuel ou au moins à une partie de la sur-
face qu'il occupe présentement, et au quartier actuel de Moulay
Abdallah. C'est celui que l'on appelait proprement el-madina el-
baïda ;
2° le quartier ou le faubourg des Chrétiens (Rabad en-Nsara),
occupé par la milice chrétienne que, de très bonne heure, les Méri-

1. Cf. infra, II, I.


2. Cf. l'inscription relevée par Bel (Inscr. ar., 65-69), qui donne la date exacte
de la fondation : 16 D h o u ' l - K a ' d a 810/14 Avril 1408.
3. Masalik el-absar fi mamalik el-amsar, tr. Gaudefroy-Demombynes, 153-161.
4. Idée générale c e r t a i n e m e n t exacte, mais difficultés de détail assez considéra-
bles et que l'on doit a t t r i b u e r soit à u n t e x t e corrompu, soit plutôt à la m é t h o d e
d'investigation du géographe qui a parlé de Fès d'après les renseignements écrits
ou o r a u x qu'il a p u recueillir et sans s'être r e n d u sur place, soit encore à de pro-
fondes modifications dans la s t r u c t u r e de Fès Jdid, modifications dont on ne trouve
nulle trace ni s u r le terrain, ni dans les auteurs marocains qui ont parlé de cette
agglomération.
5. Fig. 5.
FIG. 5.
Fès sous les Mérinides.
I. E l - M a d i n a el-Baïda. — II. R a b a d e n - N s a r a . —
1. Jama' el-Kbir. — 2. J a m a ' el-Hamra. — 3. — Lalla J a m a ' ez-Zhar. — 4. Lalla Ghri
e s - S e f f a r i n . — 7. Madrasat el-'Attarin. — 8. M a d r a s a M i s b a h i y a — 9. Mosquée des
es-Sba'iyin. — 11. M a d r a s a B o u ' I n a n i y a .
nides prirent à leur service. Les indications topographiques données
par el-'Omari (« situé à distance de la rivière en face de Fès l'an-
cienne ») permettent de reconnaître en ce quartier l'agglomération
que l'on appelle aujourd'hui plus spécialement Fès Jdid. Plus tard,
lorsque la milice chrétienne disparut, on la remplaça en partie par
des captifs chrétiens, qui travaillaient à un arsenal édifié dans ce
quartier 1;
3° une troisième agglomération construite postérieurement au
reste et appelée primitivement Hims (c'est-à-dire Homs ou Emèse,
la ville de Syrie) parce qu'elle abritait les cantonnements d'archers
originaires de cette région de la Syrie. Ce quartier était édifié sur un
emplacement appelé Malah dans la toponymie locale. Au milieu
du XIV siècle il n'abritait que des militaires 2
Au XIV siècle, deux autres auteurs ont parlé de Fès Jdid, Léon
l'Africain et Marmol; ils donnent sensiblement la même vue des
choses qu'el 'Omari, à quelques détails près, dont certains ont leur
importance.
Le palais et ses dépendances ne semblent pas avoir subi de modi-
fications tout au moins profondes; l'ancien « faubourg des Chré-
tiens » est devenu une cité musulmane animée avec un arsenal où
travaillent des captifs chrétiens, pris sur le champ de bataille ou par
des corsaires. Bref, Fès Jdid est dès cette époque une cité cosmopo-
lite.
Enfin les archers syriens de la troisième agglomération ont été
remplacés par les Juifs. Quand les J u i f s ont-ils été transférés là?
A la suite de quels événements? En l'état actuel de notre documenta-
tion, ces questions restent obscures. Certains auteurs ont cru pou-
voir affirmer que les Juifs avaient été installés là dès la fondation
de Fès J did. Ils s'appuyaient sur un texte du Rawd e l - K i r t a s où
il est dit que, la veille même de la fondation de Fès Jdid, le quartier
juif, alors situé dans la Médina, fut attaqué et que cette échauffourée
coûta la vie à quatorze Juifs. D'où leur déplacement, pour les sous-
traire à la violence populaire. Mais le Rawd el-Kirtas ne dit pas du
tout qu'ils changèrent d'habitat à ce moment-là et le témoignage

1. Cf. M a r m o l , I I I , 171 e t R . R i c a r d , L e M a r o c s e p t e n t r i o n a l a u X V siècle d ' a p r è s


es c h r o n i q u e s p o r t u g a i s e s i n H e s p . , X X I I I , f a s c . I I (4e t r . 1 9 3 6 ) .
2. L e s d é t a i l s d o n n é s c i - d e s s u s a m è n e n t à p e n s e r q u e ce q u a r t i e r , à u n e d a t e
postérieure a u x r e n s e i g n e m e n t s recueillis p a r el-'Omari, a servi d'asile a u x Juifs
chassés de la Médina. Cette v u e des choses est d'ailleurs confirmée p a r Léon l'Afri-
c a i n ( I I , 177). M a i s l e s i n d i c a t i o n s t o p o g r a p h i q u e s d o n n é e s p a r e l - ' O m a r i (« à c h e v a l
s u r l a r i v i è r e » e t « d o m i n a n t l ' e n s e m b l e ») s ' a p p l i q u e n t à u n e a g g l o m é r a t i o n q u i
a u r a i t é t é s i t u é e a u N o r d - O u e s t d u P a l a i s a c t u e l , d a n s le M e c h w a r d e B a b B o u J a t ,
p a r e x e m p l e . D o i t - o n s u p p o s e r u n d é p l a c e m e n t d e ce q u a r t i e r q u ' e l - ' O m a r i s e r a i t
le seul à i n d i q u e r , o u p l u t ô t u n e m a u v a i s e i n t e r p r é t a t i o n de r e n s e i g n e m e n t s q u e
l ' a u t e u r n'a pas pu contrôler sur place ?
3. P . 216 ( t r a d . , 280).
d'el-'Omari est formel : il n ' y a v a i t p a s de Juifs à Fès J did au milieu
du XIV siècle. Bien mieux, une chronique juive, de la fin du X I X
il est vrai, retrouvée à Fès, atteste 1 que Maïmonide, au début
du XIV siècle, h a b i t a la M a i s o n de l'Horloge (Dar el-Magana) dans
la Médina, preuve que les Juifs vivaient encore dans la Médina,
plus ou moins mêlés aux Musulmans.
Par contre, Léon l'Africain et Marmol attestent la présence des
J u i f s , d a n s le M e l l a h d e F è s Jdid au début du X V I siècle. Q u e s'était-
il passé entre temps? Dans quelles conditions les Juifs durent-ils
é m i g r e r Les conditions faites ne devaient pas être bien favora-
bles, puisqu'un certain nombre d'Israélites préférèrent se convertir
à l'Islam plutôt que d'en passer par là. C'est ce qui explique la pré-
sence p a r m i les M u s u l m a n s de Fès de familles qui portent les patro-
nymes spécifiquement hébraïques de Cohen et de Ben Chokroun,
par exemple.
Bref, a u X V I siècle, F è s J d i d se c o m p o s e d ' u n quartier proprement
musulman, les environs de Dar el-Makhzen, d'un quartier unique-
ment juif, q u i p o r t e le n o m de Mellah, et d ' u n quartier à la fois mili-
taire, commerçant et international, où se coudoient, sans trop se
heurter, semble-t-il, les M u s u l m a n s et les C h r é t i e n s captifs ou libres.
Telle est la physionomie humaine de Fès J did; il f a u t dire quel-
ques mots de sa physionomie architecturale. Ce qui frappe le plus
c'est son caractère militaire : peu de portes, fortement défendues si
l'on en juge par l'antique Bab Semmarin (la Porte des Maréchaux
ferrants) q u i se dresse à l'extrémité Sud de la Grande Rue; d'autre
part, sur une grande partie du pourtour, et notamment au côté de
la Médina, une double rangée de murailles 3 séparées par un vaste
chemin de ronde, où des troupes pouvaient se concentrer en assez
grand nombre à l'abri des projectiles. Ces murailles crénelées aux-
quelles s'ajoutaient, de distance en distance, de solides tours car-
rées, crénelées elles aussi, avaient une grande valeur militaire, eu
égard aux moyens d'attaque de l'époque; elles ne manquaient pas
n o n plus d'une certaine beauté u n peu austère et massive. On trou-
vait d'ailleurs au moins u n ensemble a r c h i t e c t u r a l de belle v e n u e

dans cette profusion de fortifications : la porte dite Bab Sba' (la


Porte du Lion), sans doute à cause d'un motif ornemental aujour-
d'hui disparu, et qui dans la toponymie actuelle, porte le n o m de
Bab Dkaken (la Porte des Banquettes). L'image de cette porte a
été popularisée par de nombreuses photographies et par les timbres-

1. Sémach, Chronique, 83.


2. L a chronique juive dont j ' a i fait mention r a p p o r t e que l ' é v é n e m e n t eut lieu
en 1438, parce que les Juifs auraient été accusés d ' a v o i r rempli de vin les réservoirs
des lampes de la Mosquée (?). Elle ajoute que ce fut un « a m e r et é p o u v a n t a b l e
exil » (Ibid., 91).
3. Cf. el-Omari, trad. Gaudefroy Demombynes, 156.
poste d'autrefois. C'est par elle que l'on avait accès à la cité impé-
riale lorsqu'on arrivait de l'extérieur.
On trouve encore plusieurs monuments témoins de l'époque méri-
nite : la Grande Mosquée et les mosquées de quartier indiquées
plus haut, un bâtiment qui servit de magasin à grains, puis de prison,
le Habs Zebbala. Ces monuments gracieux ou majestueux, mais
tous intéressants à un titre ou à l'autre, sont les preuves indiscuta-
bles de l'effort déployé par les souverains mérinides pour embellir
leur cité.
En outre, ils avaient créé, vraisemblablement dès la fin du
XIII siècle (1286-87), au Nord de la ville, sur les pentes aujourd'hui
dénudées d'une colline, un jardin orné de bassins carrés dont on
peut voir encore la trace sur le sol. Ce jardin était arrosé par l'eau
d'un aqueduc qu'une immense noria de 26 mètres de diamètre
et de 2 mètres de large prenait dans l'oued Fès (c'était la seule prise
d'eau en amont de la Médina) et élevait à la hauteur voulue 2

Les médersas. — Quelques efforts qu'ils aient dépensés en


faveur de leur ville particulière, les Mérinides n'ont pas pour autant
négligé la Médina. En bien des endroits, on y trouve la trace de leur
effort constructeur.
Tout le monde sait qu'ils sont les bâtisseurs des médersas. A la
différence des Almoravides et des Almohades, les Mérinides étaient
arrivés au Maroc en conquérants purs et simples, sans se réclamer
d'aucune idéologie religieuse, sans prétendre réformer des pratiques
abâtardies. Mais, une fois installés dans le pays et notamment à
Fès, ils avaient senti le besoin de se poser en champions de l'Islam;
d'où leurs expéditions en Espagne, pour s'opposer à la reconquête
chrétienne, d'où leur zèle pour le développement de la religion musul-
mane.
Jusqu'à leur venue, l'enseignement était sans doute donné dans
les mosquées, au moins dans les principales d'entre elles, les mos-
quées des Kairouanais et des Andalous. Mais une telle organisation
éliminait pratiquement les étudiants étrangers à Fès ou qui n'avaient
pas de relations leur permettant de trouver un logis. Les Mérinides
décidèrent de créer des établissements spéciaux, où les jeunes gens
de la campagne auraient logement, nourriture et pâture intellec-
tuelle. Une médersa comprenait donc plusieurs chambres où cou-
chaient ces jeunes gens, quelquefois des salles de cours, au moins
1. Delarozière, H a b s Zebbala à Fès J did, 619-626.
2. Bressolette et Delarozière, L a grande N o r i a et l'aqueduc du Vieux Mechouar
à Fès Jdid, 627-640.
dans la Médersa Bou 'Inaniya qui est assez éloignée des mosquées
principales, enfin un oratoire où les étudiants pouvaient faire leurs
dévotions. Deux de ces médersas au moins furent d'ailleurs érigées
en mosquées et pourvues d'un minaret d'où le muezzin appelait à la
prière les gens du quartier aussi bien que les pensionnaires de l'éta-
blissement. Les revenus des biens Habous subvenaient à l'entretien
de ces collèges et fournissaient aux étudiants le pain quotidien.
Le premier construit fut la Madrasat es-Seffarin (Ecole des Chau-
dronniers), située entre la Mosquée des Kairouanais et la rivière,
au milieu des boutiques des fabricants de chaudrons. On sait qu'elle
fut fondée par Abou Yousof, le bâtisseur de Fès J did, mais à une
date que l'on ignore. Le Rawd el-Kirtas précise seulement 1 que les
livres en langue arabe cédés par Don Sanche aux Mérinides lors de
la paix de 684/1285-86 furent conservés dans le collège qu'avait
fondé Abou Yousof. La médersa qui nous occupe est donc antérieure
à cette date.
En 720/1320 le sultan Abou Sa'id 'Othman fit construire une
seconde médersa à proximité de la Grande Mosquée de Fès Jdid
où l'on donnait certainement des cours. Elle porta vite le nom de
Madrasat Fas J did ou Madrasat Dar el-Makhzen, car elle fut bientôt
englobée dans la masse du palais.
L'année suivante, le fils d'Abou Sa'id, Abou 'l-Hasan, qui n'était
encore qu'héritier présomptif, décida l'édification d'un troisième
collège dans les environs de la Mosquée des Andalous. Il fit d'ailleurs
bien les choses, si du moins l'on s'en rapporte à la dépense qui aurait
excédé 100.000 pièces d'or. De fait, cette médersa était plus vaste
et beaucoup plus richement décorée que les précédentes. Elle était
constituée par deux corps de bâtiments entourant chacun un patio;
on les appela d'abord el-Madrasa el-Kobra (la Grande Ecole) et
el-Madrasa es-Soghra (la Petite École) ; puis la première reçut le
nom de Madrasat es-Sahrij (l'École du Bassin) à cause d'un bassin
carré qui occupait tout le centre de son patio; l'autre fut désignée
sous le vocable de Madrasat es-Sba'iyin (l'École de ceux qui ensei-
gnent les Sept psalmodies du Coran), en raison probablement de
l'enseignement spécialisé que l'on y donnait.
Deux ans après, en 723/1323, Abou Sa'id' Othman ordonnait la
mise en chantier d'un quatrième collège, à côté de la Mosquée des
Kairouanais, à l'entrée du souk des épiciers-parfumeurs. Il reçut
le nom de Madrasat el-'Attarin (l'École des Épiciers) et était terminé
en 1325.
Après un temps d'arrêt, la construction des médersas reprit en
747/1346-47; Abou 'l-Hasan, devenu Sultan, décida d'en bâtir une
nouvelle à côté de la Mosquée des Kairouanais, plus vaste et plus

1. P. 248 (trad., 317).


belle encore que les précédentes. Il fit venir d'Alméria une vasque
de marbre qui fut transportée par mer jusqu'à l'embouchure de Sebou,
puis fut chargée sur un radeau que l'on hala par le fleuve jusqu'à
la hauteur de Fès; voilà l'une des très rares occasions où l'on se servit
du Sebou comme voie navigable. C'est la Madrasa el-Misbahiya
(l'Ecole de Misbah) ou encore Madrasat er-Rokham (l'École du
Marbre).
Enfin le sultan Abou 'Inan termina la série des médersas méri-
nides de Fès en élevant la majestueuse médersa qui porte son nom
(Madrasa Bou 'Inaniya) dans le quartier de Tal'a, tout près de l'an-
cienne Kasba almoravide et almohade de Bou Jloud. De l'autre
côté de la rue il fit bâtir une Maison de l'Horloge (Dar el-Magana)
dont on voit encore les treize timbres de bronze sur des supports
en bois sculpté, mais dont il est difficile de reconstituer le mécanisme.
Tout cela coûta très cher, dit Léon l'Africain. Comme Abou 'Inan
visitait l'édifice une fois achevé, il se fit présenter le livre de comptes.
Les maîtres d'œuvre le lui remirent, non sans crainte peut-être, tant
était lourde la dépense; mais lui eut un geste de grand seigneur,
déchira le document et le jeta dans la rivière qui traversait la mos-
quée récitant ce vers d'un poète arabe : « Ce qui est beau n'est cher,
tant grande en soit la somme, ni trop se peut payer chose qui plaît
à l'homme. »
Pour être tout à fait exact, il faut encore citer une Madrasat el-
Lebbadin (l'École des Feutriers) dont les textes signalent l'exis-
tence à proximité de la Mosquée des Kairouanais. Elle était proba-
blement mérinite, mais on ignore la date de sa fondation et le nom
de son fondateur. Le peu d'éclat dont elle jouit amène à penser que
ce dut être une petite médersa de la première période
Le groupement de ces médersas sur le terrain est significatif
et nous renseigne parfaitement sur l'importance relative des divers
centres d'enseignements de Fès à cette époque. C'est la Mosquée
de Kairouanais qui abrite le plus grand nombre de cours, proba-
blement les plus importants. C'est auprès d'elle que s'élève la pre-
mière médersa, celle des Chaudronniers, et peut-être la seconde,
si, comme il est possible, la Médersa des Feutriers est sa contempo-
raine ou presque. Plus tard, deux nouveaux collèges viennent s'ajouter
au premier, à l'ombre même des murs de la célèbre mosquée, la
Médersa des Épiciers et la Médersa de Misbah. C'est donc là qu'il
nous faut situer, sans risque d'erreur possible, le centre intellectuel
et spirituel de la ville et de l'empire mérinite.
1. Selon une tradition conservée à Fès, cette médersa aurait occupé l'emplace-
ment de l'immeuble de la Banque d'État du Maroc et aurait été détruite sur l'ordre
du Sultan 'alawite Moulay Rachid, parce que les étudiants l'avaient profanée en y
menant trop joyeuse vie. Je dois ce renseignement à l'amabilité de mon ami
Si Abdelwahab Lahlou.
L a M o s q u é e des A n d a l o u s est e n c o r e u n c e n t r e i n t e l l e c t u e l assez
i m p o r t a n t , si l ' o n j u g e p a r la t a i l l e des d e u x m é d e r s a s j u m e l é e s ,
Sahrij et S b a ' i y i n . A s ' e n t e n i r a u n o m d e c e t t e d e r n i è r e , le c e n t r e
c u l t u r e l des A n d a l o u s a u r a i t été spécialisé d a n s c e r t a i n e s sciences
annexes.
Le c e n t r e d ' e n s e i g n e m e n t que les M é r i n i d e s o n t v o u l u c r é e r d a n s
la G r a n d e Mosquée de Fès J did ne s e m b l e p a s s ' ê t r e b e a u c o u p d é v e -
loppé, p u i s q u e la p e t i t e M é d e r s a d u P a l a i s n ' a p a s eu de s œ u r d a n s
c e t t e région. L o r s q u e le f a s t u e u x A b o u ' I n a n a v o u l u o r g a n i s e r u n
n o u v e a u c e n t r e i n t e l l e c t u e l à la m e s u r e de ses a m b i t i o n s , il n ' a p a s
eu l'idée de l'édifier à Fès J did m a i s b i e n d a n s l ' e n c e i n t e de la vieille
M é d i n a . L a c r é a t i o n de la M é d e r s a B o u ' I n a n i y a s e m b l e p r o u v e r
que la d é c e n t r a l i s a t i o n i n t e l l e c t u e l l e à F è s n e p o u v a i t p a s se faire
en d e h o r s de F è s el-Bali. E n c o r e est-il p r o b a b l e q u e la M é d e r s a
d ' A b o u ' I n a n , en d é p i t de ses v a s t e s p r o p o r t i o n s e t de s o n l u x e ,
ne r é u s s i t p a s à s u p p l a n t e r la vieille M o s q u é e des K a i r o u a n a i s , c a r
a u c u n a u t e u r ne n o u s p a r l e des c o u r s q u e l ' o n y f a i s a i t ni des p r o -
fesseurs q u i y e n s e i g n a i e n t ; s'ils a v a i e n t é t é célèbres, o n le s a u r a i t .
C e u x qui o n t visité F è s c o n n a i s s e n t le c h a r m e , si p a r e i l e t si d i v e r s
à la fois, de ces m o n u m e n t s . L e s M é d e r s a s s o n t le c a d r e h a r m o n i e u x
des m é d i t a t i o n s s a v a n t e s ou des r ê v e r i e s j u v é n i l e s des é t u d i a n t s
de F è s ; elles c o n t r i b u e n t c e r t a i n e m e n t à affiner, à n u a n c e r les â m e s
simples des c a m p a g n a r d s qui s ' y v i e n n e n t fixer p o u r des a n n é e s .
L a M é d e r s a des C h a u d r o n n i e r s , a v e c ses p a m p r e s de v i g n e qui cou-
r e n t a u t o u r d u p a t i o e t son h u m b l e p e t i t m i n a r e t ; la M é d e r s a d u
Bassin, a u s t è r e e t d i g n e ; la M é d e r s a des É p i c i e r s , raffinée, d é l i c a t e
p r e s q u e e x u b é r a n t e d a n s s a d é c o r a t i o n ; la M i s b a h i y a e t sa v a s q u e
de m a r b r e ; la m a j e s t u e u s e B o u ' I n a n i y a , enfin, t é m o i n fidèle des
idées de g r a n d e u r d ' A b o u ' I n a n , j o u e n t d a n s l ' i m a g i n a t i o n a v e c
leurs n u a n c e s diverses e t c o m p o s e n t à elles t o u t e s u n a s p e c t p a r t i -
c u l i è r e m e n t a t t a c h a n t de la p h y s i o n o m i e de F è s .

Les Mérinides ont édifié aussi des mosquées dans Fès el-Bali,
charmantes en général, comme la Mosquée des Fabricants de Bro-
dequins (Jama' ech-Chrabliyin) ou celle d'Abou 'l-Hasan, tout près
de la Médersa Bou 'Inaniya, mais aucun grand sanctuaire compa-
rable à ceux de Fès J did. Ils ont peu touché aux mosquées existantes,
sans doute bien adaptées aux besoins d'alors.
On ne saurait oublier enfin que le culte de Moulay Idris, tombé
en désuétude depuis la dynastie zénète, fut ranimé au temps des
Mérinides. En 841/1437, on découvrit le tombeau du saint patron
de la ville, oublié depuis des siècles, et l'on retrouva son corps
miraculeusement conservé. Ce prodige attira de nouveau l'attention
des foules sur ce grand saint, et dès lors son culte ne cessa de prendre
de l'importance. Les Mérinides laissèrent volontiers faire, pensant
que le lustre du saint rejaillissait sur leur dynastie.
Les monuments religieux ne sont pas les seuls qui aient été élevés
sous ces princes bâtisseurs. On peut voir encore dans Fès quelques
maisons de leur époque avec de belles portes en bois ouvragé, des
chapiteaux sobrement décorés, de délicates sculptures sur plâtre 1
On trouve aussi un entrepôt, celui des Tétouanais (Fondok Tet-
tawniyin), dont la voûte d'entrée, tout en bois, est décorée de très
fines sculptures. Le nom de cet entrepôt permet de présumer qu'à
cette date les marchands étrangers à Fès étaient groupés selon leur
origine.

Fès Jdid et la Médina n'étaient pas tout : la ville débordait hors


de ses remparts. Outre les jardins dont nous avons parlé au Nord
de Fès J did, les sultans mérinides avaient édifié un palais et une
mosquée sur la colline qui domine immédiatement la vieille ville
au Nord. Il n'en reste malheureusement qu'un mihrab et quelques
vestiges informes qui ne permettent pas de rétablir le plan de la
construction. Je ne sais si elle était belle, mais de là les souverains
pouvaient jouir d'un magnifique panorama : une ville immense
à leurs pieds, à l'horizon une chaîne de montagnes altières, entre
les deux un moutonnement de collines fauves ou verdoyantes selon
les saisons, où l'ombre et la lumière jouaient au soleil couchant.
De plus, Léon l'Africain signale l'existence de cinq bourgs situé
en dehors des murailles : d'abord la léproserie, deux cents maisons
au Nord de la vieille ville, située pour commencer entre Bab Mahrouk
et la butte des Mérinides, puis au pied de la butte des Mérinides
près d e B a b G i s a e n s u i t e trois a g g l o m é r a t i o n s , l ' u n e de c i n q c e n t s

f e u x , d a n s la r é g i o n des silos a l m o r a v i d e s , h a n t é e p a r des g e n s d e

m a u v a i s e vie, la s e c o n d e de c e n t c i n q u a n t e feux, la t r o i s i è m e d e

q u a t r e c e n t s f e u x a u N o r d d e F è s J did, h a b i t é e s l ' u n e et l ' a u t r e

p a r des t r a v a i l l e u r s ; enfin, s u r le b o r d de la rivière, e n a m o n t de F è s

J d i d , u n e c e n t a i n e d e c a b a n e s de b l a n c h i s s e u r s . Il f a u t o b s e r v e r q u ' à

n o t r e é p o q u e , o ù de n o u v e a u F è s é t o u f f e d a n s ses m u r s , q u e l q u e s -

u n s des e m p l a c e m e n t s i n d i q u é s p a r L é o n l ' A f r i c a i n se s o n t à n o u v e a u

c o u v e r t s de c o n s t r u c t i o n s légères.

1. Maslow et Terrasse, Une maison mérinide de Fès in Actes du I I Congrès de


la F é d é r a t i o n des Soc. Sav. d'Afrique du Nord.
2. La léproserie a v a i t d ' a b o r d trouvé place à l ' E s t de la ville, dans la région de
Gerwawa; on voit que sous les Mérinides elle changea deux fois de place, pour dispa-
raître à une époque que nous ignorons.
S i t u a t i o n de Fès à la fin de la p é r i o d e m é r i n i t e . — Voilà
comment nous apparaît Fès à la fin des Mérinides. Elle est profon-
dément marquée de l'empreinte de ces tenaces constructeurs. Non
seulement ils ont créé une ville nouvelle qui s'est bien développée,
mais, par leurs médersas, par leurs mosquées, par la prospérité qu'ils
ont fait régner et qui a favorisé la naissance de maisons, d'entre-
pôts, de boutiques et de fontaines, ils ont donné à la cité d'Idris
l'aspect qu'elle garde encore. Et pourtant, Fès n'est, sous les Méri-
nides, que la capitale d'un empire diminué : de l'Espagne, il n'est
bientôt plus question, car la reconquête chrétienne progresse rapi-
dement; les succès des Mérinides en Afrique du Nord se sont révélés
fragiles et éphémères. Les souverains du Maroc se sont épuisés en
luttes sans profit contre Tlemcen; en fait, ils n'ont jamais réelle-
ment dominé que le Maroc et, dès le XV siècle, t o u t le Sud du pays
leur échappe. Mais Fès a profité de la vitesse acquise sous les Almo-
hades et a su tirer parti de sa situation de capitale mérinite;
n'ayant plus en face d'elle une Espagne musulmane, elle a noué des
relations commerciales avec l'Espagne et le Portugal chrétiens, avec
les Génois, avec les Vénitiens. La description de Léon l'Africain nous
prouve qu'à une époque où les derniers Wattasides traînaient péni-
blement un reste de vie, elle gardait encore une apparence de prospé-
rité.

On peut considérer qu'au début du XVI siècle sa population était


à peu près constituée comme nous la voyons maintenant. Elle vient,
en effet, de recevoir deux apports essentiels, celui des Juifs convertis
et celui d'un nouveau contingent d'Andalous qui ont quitté l'Espagne
après la prise de Grenade par les Rois Catholiques. Il est impossible
de préciser l'importance numérique de ces deux groupes; on ne peut
cependant concevoir qu'elle ait été faible quand on considère la
place qu'ils ont gardée aujourd'hui dans la cité.
Les Juifs convertis, fidèles à la tradition de leurs ancêtres et à la
position qu'ils occupaient sans doute au moment de leur conver-
sion, comptent parmi les principaux commerçants de la ville; les
grossistes de Fès se recrutent surtout dans leurs rangs. Apparemment,
ils se sont entièrement fondus dans la population musulmane : en
fait, quelques légères nuances les distinguent encore des autres 1

1. Cf. infra, V I I , I.
A l'époque qui nous occupe, leur conversion était encore récente;
ces nuances devaient être plus marquées.
Les Andalous sont arrivés en réfugiés, emportant avec eux, dit-
on, les clés de leurs demeures de Grenade, l'âme pleine de nostalgie.
Aujourd'hui encore, ces sentiments trouvent leur expression dans
les poèmes que l'on chante au cours des fêtes en les accompagnant
de musique andalouse; l'un des plus célèbres a pour titre : Ya Asafi
(0 mon r e g r e t A Fès cependant, ces réfugiés n'étaient pas trop
dépaysés car ils y retrouvaient bien des aspects de la civilisation
andalouse qu'avaient forgée leurs ancêtres. Ils s'acclimatèrent donc
sans peine et vinrent renforcer l'élite intellectuelle, artistique et
commerçante de la cité d'Idris.
Désormais, excepté les esclaves noirs, les Algériens et quelques
éléments venus du Sahara ou du Sud du Maroc comme les Filaliens,
les gens du Touat et les Sousis, la population de Fès a pris la phy-
sionomie que nous lui connaissons encore.

Dès le XVI siècle — et la chose est certainement bien plus ancienne


— Fès a figure de ville parfaitement civilisée : il suffit pour s'en
rendre compte de lire les pages célèbres que Léon l'Africain lui a
consacrées. Et pourtant ce nouveau converti n'est pas toujours
tendre pour ses anciens coreligionnaires, mais il ne laisse pas d'être
hanté par le souvenir de cette ville policée, que les splendeurs de
la Rome de Léon X n'ont pas pu lui faire oublier tout à fait; en
outre, il a l'esprit juste et, s'il ne nous cèle pas les défauts, les vices
même, des habitants de Fès, il nous fait comprendre la valeur de
leur civilisation.
Comme au début du XX siècle, la ville est administrée par un gou-
verneur qui réside dans la seule construction qui subsiste de la Kasba
almohade de Bou J l o u d ce qui tendrait à prouver qu'il n'est pas
originaire de la Médina : autrement il y aurait sa demeure et y vivrait.
Représentant du souverain et exécuteur de ses ordres, il est chef
de la police et rend la justice au correctionnel et au pénal.
L'activité économique est contrôlée par celui que Léon appelle
« le chef des consuls », c'est-à-dire le mohtaseb. Marmol ajoute que
l' « on prend pour exercer cette charge le plus considérable de la
ville; aussi a-t-il plus d'occupations que le gouverneur ».
Enfin la justice en matière de statut personnel est rendue par le

1. Voir la t r a d u c t i o n de quelques strophes de ce poème dans Aubin, Le Maroc


d'aujourd'hui, p. 345.
2. Léon l'Africain, II, 112.
3. II, 165.
cadi, assisté, n o u s dit Léon 1 par un adjoint « commis aux choses
qui a p p a r t i e n n e n t à l ' é t a t de m a r i a g e , r é p u d i a t i o n en icelui, e x a m i -
n a t i o n d e s t é m o i n s e t j u g e m e n t g é n é r a l ».
Donc, à quelques détails près, l'organisation de Fès a u t e m p s des
M é r i n i d e s est celle q u e l ' o n a t r o u v é e e n p l a c e e n d é b u t d e x x e siècle 2
A u - d e s s o u s de ces t r o i s f o n c t i o n n a i r e s p r i n c i p a u x , v i e n n e n t c e u x
q u e l e t r a d u c t e u r d e M a r m o l a p p e l l e « l e s c o l o n e l s d e q u a r t i e r s »,
c ' e s t - à - d i r e les m o k a d d m i n , q u i e x i s t e n t t o u j o u r s , « c h o i s i s e n t r e les
principaux habitants »; malheureusement l'auteur ne précise pas
q u i f a i s a i t ce c h o i x . Ils a v a i e n t m i s s i o n d e faire r é g n e r l ' o r d r e e t s u r -
t o u t , s e m b l e - t - i l , d e l e v e r l e s c o n t i n g e n t s d e m a n d é s p a r le M a k h z e n
p o u r ses e x p é d i t i o n s m i l i t a i r e s , o u l a t a x e p r é v u e p o u r les r e m p l a -
c e m e n t s 4

Les Juifs avaient leur organisation à part : « Ils sont régis par
un Chec ou gouverneur qui leur administre la justice 5 et fait le
département (la répartition) de ce qu'ils paient au prince 6 ». Quant
aux marchands chrétiens, qui habitaient un bâtiment appelé Diwan,
près de la Mosquée des Kairouanais 7 ils semblent avoir été groupés
eux aussi en communauté, sous l'autorité d'une sorte de consul
commun à toutes les nationalités que les textes portugais désignent
s o u s le n o m d e feitor 8

Léon l'Africain et Marmol, celui-ci s'inspirant de celui-là, ont


laissé chacun un tableau très complet de l'activité économique de
Fès au XVI siècle. Elle est organisée de la même manière que trois
siècles plus t a r d : les différentes branches de l'industrie et du com-
merce sont groupées en corporations 10 et contrôlées par le mohtaseb.
Industrie et commerce sont nettement séparés et trouvent leur point
de rencontre dans les ventes à la criée; la localisation des métiers
dans les différents quartiers de la ville a subsisté à peu près telle

1. II, 113.
2. Cf. infra, IV, I.
3. II, 158.
4. Ibid., 184.
5. Il ne peut être question ici que des affaires pénales; les litiges relatifs au s t a t u t
personnel étaient réglés p a r le tribunal rabbinique.
6. Ibid., 170.
7. Le Tourneau, Clénard, 51. Un q u a r t i e r de la Médina, proche de la Mosquée
des Kairouanais, porte encore le nom de Diwan (la Douane); sous les Sa'diens, la
Douane fut transférée à Fès Jdid, auprès du Palais (cf. Diego de Torrès, 132).
8. Cf. Sources européennes de l'histoire du Maroc. P o r t u g a l , III, passim.
9. Cf. infra, V, II.
10. A vrai dire, Léon ne parle n o m m é m e n t que d'une corporation, celle des porte-
faix berbères (II, 91 et suiv.). Mais qui peuvent être les « consuls » dont le mohtaseb
est le chef, sinon les a m i n des corporations ?
quelle jusqu'à notre époque. Les marchés se subdivisent en plusieurs
catégories selon qu'il s'agit de marchés de quartiers, .qui groupent
des commerçants de toutes sortes, ou de marchés spécialisés, comme
ceux du grain, de l'huile, des bestiaux, du chanvre f i l é
La différence qui saute aux yeux entre l'époque mérinite et l'époque
moderne, c'est qu'alors la vie économique est beaucoup plus intense :
les chiffres donnés par Léon l'Africain pour chaque spécialité sont
souvent supérieurs aux chiffres de 1912 2 le tissage, par exemple,
occupe vingt mille personnes au début du XVI siècle 3 D'autre part,
si le commerce était concentré sur la Rive des Kairouanais, l'indus-
trie était développée sur la Rive des Andalous. Enfin le commerce
avec l'Europe, qui avait peut-être pris naissance dès l'époque almo-
hade, a connu un essor d'autant plus considérable que les échanges
avec l'Espagne musulmane sont allés en s'amenuisant. Au Portugal,
Fès vend des céréales et du cuir 4 avec les Anglais elle échange divers
produits, notamment des tissus et des produits industriels qu'elle
importe, et des dattes, des cuirs et des tapis qu'elle exporte 5 Les
ports où les navires génois et vénitiens viennent relâcher sont Salé,
Mamore (Mahdia), Larache et surtout Badis (Velez de Gomera),
« le p l u s p r o c h a i n p o r t de la cité d e F è s 6 ».

Léon l'Africain donne encore de nombreux renseignements sur


les mœurs de Fès. Qu'il s'agisse du mariage, des passe-temps, de
la façon de manger, de se vêtir, de l'ordonnance des demeures 7

1. Voici les détails pittoresques que Léon (II, 97) donne sur ce marché du chanvre,
situé vraisemblablement sur la place du quartier de Sagha encore ombragée de
mûriers à notre époque. « Au milieu de cette place il y a beaucoup de mûriers, qui
rendent un ombrage fort plaisant au lieu; et avient souvent que l'on va veoir
le marché par manière d'ébat, qui puis après y demeure plus qu'il ne voudrait, pour
la grande multitude des femmes qui y sont, lesquelles souventes fois après belles
injures viennent à démêler leur querelle bien lourdement à grands coups de poings,
s'outrageans le plus vilainement du monde, tellement qu'elles servent de passe-
temps, et causent de grandes risées aux assistants. »
2. Cf. infra, II, passim.
3. Léon l'Africain, II, 108. En admettant même que ce chiffre soit exagéré et
doive être réduit de moitié ou même des deux tiers, le nombre des tisserands à l'époque
mérinite était certainement très supérieur à celui du xxe siècle.
4. R. Ricard, Les places portugaises du Maroc.
5. J. Caillé, Le commerce anglais.
6. Léon l'Africain, II, 275.
7. Le texte suivant semble cependant prouver qu'au XVI siècle les terrasses de Fès
étaient pourvues d'une sorte de belvédère qui n'est plus en usage : « Ils ont sembla-
blement coutume de faire une tour sur leur maison, où sont chambres fort commodes
et aisées auxquelles les femmes se viennent recréer, lorsqu'elles sont ennuyées du
travail de l'éguille, à cause que de la sommité (sommet) d'icelles, on peut facile-
à p e u p r è s t o u t ce q u ' i l d i t p o u r r a i t s ' a p p l i q u e r sans r i e n y c h a n g e r
à la vie de Fès sous M o u l a y ' A b d e l a z i z .
L a g r a n d e différence à n o t e r e s t q u e les m œ u r s s e m b l e n t a v o i r
été plus libres q u ' à l ' é p o q u e m o d e r n e : n o t r e a u t e u r p a r a î t i n d i q u e r
q u e les f e m m e s ne s o r t a i e n t p a s t o u t e s voilées 1 e t s u r t o u t il insiste
a v e c c o m p l a i s a n c e , quoi q u ' i l e n dise, s u r les p é d é r a s t e s e t les b u v e u r s
de v i n qui h a n t a i e n t les hôtelleries de l ' é p o q u e e t é t a i e n t e m p l o y é s
c o m m e cuisiniers d a n s l ' a r m é e 2 Il s ' e m p r e s s e d ' a i l l e u r s d ' a j o u t e r
que « t o u t le p e u p l e , e n général, l e u r p o r t e u n e h a i n e m o r t e l l e ». R e t e -
n o n s - e n s e u l e m e n t q u ' a u t e m p s des M é r i n i d e s o n é t a i t p e u t - ê t r e
u n p e u m o i n s s o u c i e u x des a p p a r e n c e s q u ' o n ne le s e r a p l u s t a r d
sous l'influence des d y n a s t i e s chérifiennes.
L a vie i n t e l l e c t u e l l e enfin a p p a r a î t c o m m e m o i n s b r i l l a n t e a u
X V I siècle qu'elle ne d û t l ' ê t r e a u p a r a v a n t : L é o n l ' a f f i r m e de la
m a n i è r e la p l u s n e t t e 3 et C l é n a r d c o n f i r m e ses dires 4 T é m o i g n a g e s

u n p e u s u s p e c t s , d i r a - t - o n , p u i s q u ' i l s v i e n n e n t d ' u n r e l i g i e u x c h r é -

t i e n et d ' u n c o n v e r t i d e f r a î c h e d a t e ? Il f a u t b i e n a d m e t t r e q u e l ' u n

et l ' a u t r e s o n t des g e n s i n t e l l i g e n t s et q u i s a v e n t v o i r les choses,

ils l ' o n t s u r a b o n d a m m e n t p r o u v é ; d ' a u t r e p a r t , C l é n a r d allait à F è s

c o m m e à l ' u n des p h a r e s de l ' I s l a m et il a é t é p r o f o n d é m e n t d é ç u .

A i n s i d o n c , e n d é p i t des efforts q u ' a v a i e n t d é p l o y é s les s o u v e r a i n s

m é r i n i d e s p o u r le d é v e l o p p e m e n t des sciences i s l a m i q u e s , il a p p a -

raît q u e le c e n t r e i n t e l l e c t u e l d e F è s , b i e n loin de g r a n d i r , s'était

t e r r i b l e m e n t r e c r o q u e v i l l é . L é o n l ' A f r i c a i n i n c r i m i n e « les g u e r r e s

de S a h i d », c'est-à-dire la p é r i o d e t r o u b l é e q u i e u t p o u r p o i n t

c u l m i n a n t le r è g n e d ' A b o u S a ' i d O t h m a n I I I ( 1 4 1 4 - 1 4 2 0 ) . M a i s

il f a u t s u r t o u t y voir u n e c o n s é q u e n c e d u r é t r é c i s s e m e n t p r o g r e s s i f

de l ' É t a t m é r i n i d e étouffé e n t r e les s o u v e r a i n s d e T l e m c e n , les

P o r t u g a i s q u i p r e n n e n t p i e d a u M a r o c e n 1415, et les g o u v e r n e u r s

d e M a r r a k e c h q u i d e v i e n n e n t p r a t i q u e m e n t i n d é p e n d a n t s d a n s le

p r e m i e r tiers d u X V siècle. L e r a y o n n e m e n t i n t e l l e c t u e l d e F è s

d i m i n u e e n p r o p o r t i o n d e s o n i m p o r t a n c e p o l i t i q u e .

ment découvrir tout le pourpris de la cité. » (II, 68.) De même il parle de « citernes
tenues bien nettes et bien en ordre » où à la saison chaude « les femmes et enfants
se mettent à baigner et nager ». Un tel luxe est maintenant chose tout à fait excep-
tionnelle.
1. Voici le texte d'où l'on peut tirer cette affirmation: « Aucunes se cachent le
visage avec un linge... » (II, 117.) L'emploi du mot aucunes semble prouver que
d'autres n'en usaient pas de même.
2. II, 84-87.
3. « ...les collèges ne sont fréquentés sinon de quelques étranges écoliers, qui
sont entretenus à l'aumône de la cité et du territoire d'icelle et s'il y en avait d'aven-
ture aucun de la cité ils ne sauraient être plus haut de deux ou trois. » (II, 76.)
4. Clénard ne parle pas du nombre des étudiants, mais de la qualité de leur savoir :
selon lui, un étudiant de Fès qui cite des fragments du Coran les comprend « à peu
près comme entend la poésie d'Ennius un Thomiste qui, après Alexandre et Pierre
l'Espagnol, lit aussitôt les scholastiques... » (Le Tourneau, art. cit., p. 56.)

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