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L'ÉCOLE AU XIXème SIÈCLE - LES BASES DU SYSTÈME SCOLAIRE ACTUEL
1. L’héritage révolutionnaire
Danton disait “après le pain, l’éducation est le premier besoin du peuple” dans le sens
où l’école est essentielle mais c’est un investissement sur le long terme et si la population ne
survit pas, c’est un investissement perdu. La priorité est d’abord de faire vivre le peuple et
ensuite de le faire vivre mieux. Il disait aussi “c’est dans les écoles nationales que l’enfant
doit sucer le lait républicain. La république est une et indivisible. L’instruction publique doit
aussi se rapporter à ce centre d’unité”. Ici, il réfère à la fonction civique de l’éducation.
Au moment où la Révolution Française arrive, il existe déjà un cadre scolaire
organisé, hiérarchisé et présent sur la totalité du territoire mais avant, le système de
l'éducation est passé par plusieurs étapes. Les écoles de l’Ancien Régime sont des
monastiques, des épiscopales ou des paroissiales qui sont confiées à l’Eglise. Au XVIème
siècle, au moment de la Réforme, la vulgarisation de la Bible permet aux protestants de la lire
eux-mêmes, il y a donc un développement de l’enseignement qui s’oppose à la
Contre-Réforme où les ordres enseignants, comme les Jésuites, ont un rôle d’évangélisation
et d’éducation chrétienne. Au XVIIème siècle, il y a une émancipation des collèges vis-à-vis
de l’université et une organisation comparable à celle d’aujourd’hui avec des classes de
niveaux, des programmes, des emplois du temps, des compositions périodiques, des
redoublements… Cependant une forte tonalité religieuse est toujours présente avec le latin,
les prières, les textes sacrés. De plus, cela reste un enseignement à l’écart du monde, un
enseignement pour l’élite.
Un siècle après, pendant le XVIIIème siècle, l’État met un pied dans l’enseignement
grâce à l’expulsion des Jésuites. Le Chalotais écrit dans Essai d'Éducation Nationale en
1763: “Je prétends revendiquer pour la nation une éducation qui ne dépende que de l'État,
parce qu’elle lui appartient essentiellement; parce que toute nation a un droit inaliénable et
imprescriptible d’instruire ses membres; parce qu’enfin les enfants de l’État doivent être
élevés par les membres de l’État”. De plus, une nouvelle attitude vis-à-vis de l’enfant
apparaît, il y a moins de naissances et une baisse de la mortalité infantile, l’éducation prend
donc place dans le débat d’idées. Sous la Révolution, c’est un idéal issu de la Renaissance qui
est en place, c’est-à-dire former l’homme selon la nature et la raison avec un rejet de toute
autorité religieuse et ecclésiastique. En effet, l’éducation doit assurer la formation du citoyen.
Avec la Révolution Française, la société a changé et l’éducation également, mais elle n’était
pas la priorité à ce moment malgré quelques grandes ambitions:
● En 1791, Talleyrand veut mettre en place un “système d’éducation” due à tous mais
ce système reste limité à l’instruction élémentaire et oublie les filles
● En 1792, Condorcet établit une institution à cinq étages accessible à tous, gratuit et
laïc, depuis le primaire jusqu’à une Société nationale des sciences et des arts et l’idée
est qu’au fur et à mesure de l’ascension, les écoles s’éloignent géographiquement
● Le Pelletier de Saint-Fargeau en 1793 propose de “maisons d’éducation nationales”
où il soulève la question de l’égalité puisque les élèves entre 5 et 12 ans, que ce soit
filles ou garçons, auraient accès à ces maisons aux frais de la République, les plus
doués auraient ensuite accès à l’enseignement secondaire
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Même si la priorité n’est pas à l’éducation, quelques décisions ont tout de même été prises
comme des conventions notamment pour l’instruction primaire pour tous en 1791 et, deux
ans plus tard, en 1793 elle sera également obligatoire. Le décret Lakanal de 1794 parle d’une
école pour 1000 habitants. Des principes sont également décrétés comme l’âge obligatoire de
scolarisation à 6 ans, l’idée d’une instruction publique commune à tous et gratuite avec
derrière des obligations et la mise en avant de la fonction civique de l’école.
2. L’école du peuple entre 1800 et 1880
Le changement du système scolaire va passer par trois grandes étapes importantes:
● La loi Guizot de 1833: Guizot essaie de développer un système scolaire sans le
moindre aspect financier possible, selon lui, l’école a plus besoin de moyens
techniques que financiers pour se développer. Cette loi permet donc à chaque
commune d’avoir une école primaire avec un instituteur fonctionnaire public et qui
serait surveillé par les notables locaux avec des inspections. Il y a une véritable
volonté d’organiser et de structurer le système, les garçons peuvent continuer un peu
l’école après 12 ans et en 1836, les filles sont également concernées par la loi et
accèdent aux salles d’asile, les ancêtres de la maternelle. Guizot pose les bases de
l’enseignement mais avec une méfiance vis-à-vis des sciences car trop de
connaissances pourrait être risqué. Quand la Deuxième République instaure le
suffrage universel masculin, cela impose la formation de la partie masculine de la
formation afin qu’ils votent de manière intelligente
● La loi Falloux de 1850: c’est un compromis entre la volonté d’une totale liberté de
l’enseignement et la tutelle de l’état, il y a une volonté de conserver un équilibre entre
les deux mais Falloux fait quelques avancées: le cadre départemental s’impose, il va
faciliter l’ouverture des établissements privés qui peuvent recevoir l’aide des
collectivités ou de l’Etat qui conserve un droit de contrôle. Il va également faciliter
l’alphabétisation des filles (ce qui était un effet secondaire non anticipé)
● La Loi Duruy en 1867: Duruy veut un enseignement primaire spécial et encourage les
cours pour adultes. Sa loi facilite le financement des écoles avec la possibilité d’une
imposition spéciale et éventuellement une aide de l’Etat afin de limiter la participation
des familles ce qui est un pas vers la gratuité de l’école.
La question de la gratuité est assez délicate. La loi Guizot met en place par exemple
une liste de gratuité communale et cette gratuité partielle est un encouragement au zèle de
l’instituteur car mieux il travaille mieux il sera payé. Duruy fait également un énorme pas
vers cette gratuité de l’éducation mais elle peut également être considérée comme de la
charité et représente une forme d'inégalité pour certains car l’école n’est pas encore gratuite
pour tous. En effet, en 1850, seulement 40% des élèves vont à l’école gratuitement et 57% en
1876. La scolarisation fait cependant des progrès majeurs en quelques années:
- le nombre d’écoles existantes passe de moins de 20 000 en 1820 à 80 000 en 1880
- le nombre de communes sans école passe de 14 000/38 000 en 1829 à 818 en 1863
- le nombre d’élèves dans les écoles primaires passe de 866 000 en 1817 à 5 526 000 en
1886
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Le cadre scolaire est également très différent selon les établissements. Par exemple,
lorsque l’enseignement est payant, l’instituteur ne peut pas se permettre d’être regardant sur
le matériel car les parents payent déjà l’école, il s’agit donc dans ce cas d’un enseignement
individuel puisque chaque enfant amène son support pour travailler et l’instituteur donne
donc une tâche différente à chacun. Lorsque l’enseignement est gratuit, un manuel commun
peut être exigé et à ce moment-là, tout le monde travaille en même temps sur la même chose.
Il existe aussi un enseignement mutuel qui va relativement bien fonctionner mais tomber par
la suite pour des raisons politiques. Dans ce cadre d’enseignement, le professeur pouvait
gérer jusqu’à 200 élèves dans de grandes salles et l'intérêt était de faire des petits groupes par
niveaux et chaque groupe était sous la responsabilité d’un élève plus âgé, c’était une forme
d’auto-gestion.
Le métier d'instituteur, n’étant pas assez rémunéré, ne pouvait pas être un métier
unique, le maître d’école faisait généralement autre chose, il avait une autre activité
professionnelle en lien ou non avec sa fonction d’instituteur. Beaucoup devenait professeur
non pas pour le salaire mais parce que cela dispensait du service militaire. A la fin de
l’Empire, un instituteur gagnait entre 700 et 800 francs par an ce à quoi était prélevé un
vingtième qui servait à la retraite. L’instituteur gagnait donc un salaire d’ouvrier et les études
qu’il a fait, ce qu’il a acquis pour se sortir de sa condition rurale ne sont pas vraiment
reconnus et ils sont eux-mêmes peu considérés et ont du mal à s’intégrer dans la société.
Pour conclure, malgré quelques avancées majeurs et de grands pas en avant, beaucoup
d'obstacles et d’inégalités demeurent: c’est une vrai sélection par l’argent, un enseignement
de classe, le travail des enfants reste prioritaire chez certaines familles, le sentiment que
l’école est un luxe inutile, l’inégalité filles/garçons, les inégalités géographiques…