Continuité
PTSI B Lycée Eiffel
15 février 2013
1
Un prof de maths explique à une blonde comment montrer que lim = ∞.
x→8 x − 8
La blonde assure avoir parfaitement compris.
1
Pour vérifier, le prof lui demande ce que vaut lim .
x→5 x − 5
1
Et la blonde répond, très fière d’elle : lim = .
5
x→5 x − 5
Une fois qu’on a passé les bornes, il n’y a plus de limite.
Alphonse Allais.
Introduction
Un petit chapitre de transition entre deux chapîtres d’algèbre pour reprendre de façon rigoureuse
la notion de limite et de continuité sur les fonctions réelles. Pour les limites, ce sera très simple
si vous avez bien assimilé le chapître correspondant sur les suites. Quant à la continuité, ce n’est
finalement qu’une question de limite (notion locale) qu’on étend sur un intervalle (notion globale).
Elle mène toutefois à quelques théorèmes d’analyse fondamentaux que nous aborderons en fin de
chapître, donc le fameux théorème des valeurs intermédiaires que vous connaissez déjà bien mais que
vous appliquez en général fort mal.
Objectifs du chapitre :
• savoir calculer des limites efficacement, et notamment bien saisir la notion d’équivalent sur les
fonctions et les pièges qui lui sont associés.
• comprendre la différence entre théorème des valeurs intermédiaires et théorème de la bijection,
et reconnaître les situations permettant d’utiliser chacun d’eux.
1 Limites
Remarque 1. Comme nous avons déjà abordé dans le tout premier chapître de l’année le vocabulaire
classique sur les fonction réelles, nous ne reviendrons pas dessus dans ce chapître. Ajoutons toutefois
la notation supx∈I f qui désigne la borne supérieur de l’ensemble {f (x) | x ∈ I}. On définit bien sûr
de même inf x∈I f .
1
Définition 1. Une fonction f définie sur un intervalle de la forme [a; +∞[ admet pour limite l ∈ R
en +∞ si ∀ε > 0, ∃x0 ∈ R, ∀x > x0 , |f (x) − l| < ε. On définit de même une limite finie quand x
tend vers −∞ en reamplaçant simplement la condition ∀x > x0 par ∀x 6 x0 (et on suppose f définie
sur un intervalle de la forme ] − ∞; a]). On le note respectivement lim f (x) = l et lim f (x) = l.
x→+∞ x→−∞
Remarque 2. Cette définition étant strictement identique à celle qu’on a vue dans le cadre des suites,
nous allons rapidement passer à la suivante. Notons qu’elle est même plus facile à manier que dans
le cas des suites puisqu’on n’a pas besoin de s’embêter à prendre des parties entières pour la valeur
de x0 si on veut l’appliquer à un calcul de limite pratique.
Définition 2. Une fonction f définie sur un intervalle de la forme [a; +∞[ admet pour limite +∞
(respectivement −∞) en +∞ si ∀M ∈ R, ∃x0 ∈ R, ∀x > x0 , f (x) > M (resp. f (x) 6 M ). On le
note lim f (x) = +∞ (restp. −∞), et on définit bien sûr de façon similaire des limites infinies en
x→+∞
−∞.
Là encore, rien de nouveau sous le soleil.
Définition 3. Une fonction f définie sur un intervalle contenant le réel a (mais pas nécessairement
définie en a) admet pour limite l ∈ R quand x tend vers a si ∀ε > 0, ∃η > 0, ∀x ∈]a − η; a +
η[\{a}, |f (x) − l| < ε. On note alors lim f (x) = l.
x→a
Remarque 3. Cette définition est au fond assez naturelle : on est aussi proche que souhaité de l quitte
à se mettre suffisamment près de a au départ.
Exemple : Montrons à l’aide de cette définition que lim x2 = 1. Fixons donc (comme on le faisait
x→1
pour les suites) un ε > 0, on souhaite vérifier la condition |x2 − 1| < ε, soit |x− 1|× |x+ 1| < ε. Quitte
1 1 3
à imposer η 6 (on chercher simplement une valeur convenable de toute façon), 6 |x + 1| 6 ,
2 2 2
2ε 2ε 1
donc il faut avoir |x + 1| 6 . La constante η = min ; convient donc.
3 3 2
Définition 4. Une fonction f définie sur un intervalle contenant le réel a admet pour limite +∞
(resp. −∞) quand x tend vers a si ∀M ∈ R, ∃η > 0, ∀x ∈]a − η; a + η[\{a}, f (x) > M (resp.
f (x) 6 M ). On note alors lim f (x) = ±∞.
x→a
Remarque 4. Dans les deux dernières définitions, on a exclu la valeur a de l’intervalle où l’inégalité
doit être vérifiée, ce qui est absolument nécessaire si on veut une définition raisonnable de la limite.
En effet, sinon, aucune fonction ne pourrait avoir de limite infinie en 0 (par exemple) car la valeur
de f (0) empêcherait la définition de fonctionner.
Proposition 1. La limite d’une fonction f (que ce soit en a ou en ±∞), lorsqu’elle existe, est unique.
Démonstration. C’est exactement la même preuve que dans le cas des suites.
Définition 5. Soit a ∈ R, un voisinage de a est un intervalle ouvert de R contenant a (ou dans le
cas où a est infini, un intervalle de la forme ]b; +∞[ ou ] − ∞; c[).
Remarque 5. La notion de voisinage, même si elle peut paraître extrêmement rudimentaire, permet
d’unifier toutes les différentes définitions de la limite qu’on a données depuis le début du chapître. En
effet, que a et l soient finis ou infinis, on pourra toujours traduire lim f (x) = l de la façon suivante :
x→a
pour tout voisinage V de l, il existe un voisinage W de a tel que f (W ) ⊂ V (je vous laisse vérifier).
Elle permet aussi de donner des démonstrations simples et élégantes de la plupart des propriétés
élémentaires sur les limites. On évitera toutefois un recours trop systématique à cette notion qui est
à la frontière du programme.
Proposition 2. Une fonction admettant une limite finie en a est bornée au voisinage de a.
2
Démonstration. Comme dans le cas des suites, il suffit de prendre par exemple ε = 1 dans la définition
pour trouver un intervalle sur lequel f est bornée.
Définition 6. La fonction f admet pour limite à gauche quand x tend vers a un nombre l (éven-
tuellement infini) si on remplace dans la définition de la limite la condition x ∈]a − η; a + η[ par la
condition x ∈]a − η; a[. On définit de même une notion de limite à droite en remplaçant la condition
par x ∈]a; a + η[. On le note respectivement lim f (x) = l et lim f (x) = l.
x→a− x→a+
Remarque 6. Clairement, f admet pour limite l en a si et seulement si lim f (x) = lim f (x) = l.
x→a− x→a+
Exemple : La fonction partie entière admet en chaque entier naturel des limites à gauche et à droite
qui sont distinctes. Ainsi, lim Ent(x) = 2, mais lim Ent(x) = 1.
x→2+ x→2−
Théorème 1. Toutes les propriétés vues dans le chapître sur les suites concernant les opérations
et les limites, ainsi que les inégalités et les limites, restent valables sur les fonctions, que ce soit en
±∞ ou en a ∈ R. Nous ne reviendrons pas dessus, pas plus que nous ne referons de démonstrations
concernant les limites de fonctions usuelles vues en début d’année.
Proposition 3. Soient f et g deux fonctions telles que lim f (x) = b et lim g(x) = l, alors lim g ◦
x→a x→b x→a
f (x) = l (tous les réels ayant le droit d’être infinis).
Remarque 7. Ce résultat reste vrai quand on compose une fonction et une suite : si lim un = a et
n→+∞
lim f (x) = l, alors lim f (un ) = l.
x→a n→+∞
Démonstration. C’est la seule démonstration que je ferai à l’aide de voisinages pour ne pas avoir à
distinguer plein de cas. Soit donc V un voisinage de l. Puisque lim g(x) = l, il existe un voisinage W
x→b
de b tel que g(W ) ⊂ V . De même, il existe un voisinage U de a tel que f (U ) ⊂ W . On en déduit
que g ◦ f (U ) ⊂ g(W ) ⊂ V , donc on a trouvé un voisinage convenable de a, et lim g ◦ f (x) = l.
x→a
Proposition 4. Caractérisation séquentielle de la limite.
Une fonction f admet pour limite l quand x tend vers a si et seulement si, pour toute suite (un )
telle que lim un = a, alors lim f (un ) = l.
n→+∞ n→+∞
Démonstration. Le sens réciproque est évident, c’est la composition d’une limite de suite et de
fonction qu’on vient de voir. Pour l’autre sens, on va en fait démontrer la réciproque : supposons
que f n’admet pas pour limite l lorsque x tend vers a. Pour simplifier, on prendra des valeurs finies
pour a et l même si la caractérisation reste vraie avec des limites infinies. Si on prend la négation de
la définition de la limite, ∃ε > 0, ∀η > 0, ∃x ∈]a − η; a + η[, |f (x) − l| > ε. Fixons donc un tel ε, et
1
prenons comme valeurs de η les nombres . Il existe donc, quel que soit l’entier n, (au moins) un réel
n
1 1
que l’on va noter xn dans l’intervalle a − ; a + , pour lequel |f (x) − l| > ε. Par construction,
n n
1 1
la suite (xn ) converge vers a (puisque a − < xn < a + , c’est une application du théorème des
n n
gendarmes), et pourtant f (xn ) ne peut pas converger vers l puisque cette suite est oujours à une
distance de l plus grande qu’un ε > 0 fixé. Ceci démontre la contraposée du sens direct du théorème,
et donc le théorème lui-même.
Remarque 8. Cette caractérisation peut surtout être utile pour prouver qu’une fonction n’admet
pas de limite à un endroit donné. Pour celà, il suffit en effet de trouver par exemple deux suites
convergeant vers la valeur en question, mais
pour lesquelles les images par f n’ont pas la même
1
limite. Prenons par exemple f (x) = cos , dont on veur étudier le comportement en 0. Posons
x
1
d’abord un = , la suite (un ) converge vers 0 et f (un ) = cos(2nπ) = 1 est une suite constante
2nπ
3
1
convergeant vers 1. Considérons désormais vn = , la suite (vn ) tend également vers 0, mais
(2n + 1)π
cette fois-ci f (vn ) = −1. La fonction f ne peut donc pas admettre de limite en 0.
Théorème 2. Théorème de la limite monotone.
Toute fonction monotone définie sur un intervalle I admet en tout point de I une limite à gauche
(sauf pour la borne inférieure de I, et en tout point de I une limite à droite (sauf pour la borne
supérieure de I). Ces limites peuvent être infinies. Si on note I =]a; b[, dans le cas où la fonction est
croissante, on aura toujours lim f (x) = supx∈]a;c[ f , et lim f (x) = inf x∈]c;b[ f (si f est décroissante,
x→c− x→c+
on inverse le rôle des bornes inférieure et supérieure).
Démonstration. La démonstration est à peu près identique à celle effectuée dans le cas des suites, si
ce n’est qu’on a en plus le cas des limites infinies à traiter. Supposons donc f croissante et notons c un
point de l’intervalle, et l = supx<c f . Si l = +∞, cela signifie que l’ensemble {f (x) | x 6 c} n’est pas
majoré. Autrement dit, quel que soit le réel M , il existe un xM 6 c tel que f (xm ) > M . Par croissance
de f , on aura alors f (x) > M sur tout l’intervalle [xM ; c[, et on en déduit que lim f (x) = +∞. Si au
x→c
contraire l est fini, choisisson un ε > 0. Par caractérisation de la borne supérieure, il existe un x0 6 c
tel que l − ε < f (x0 ) 6 l. En notant η = c − x0 et en utilisant la croissance de f , on obtient que
l−ε < f (x) 6 l sur tout l’intervalle [c−η; c[, ce qui correspond exactement à la définition de la limite.
Les autres cas (fonction décroissante, limite à droite) se traitent exactement de la même façon. On
peut même ne rien faire du tout en constatant que, si f est décroissante, −f est croissante, ce qui
ramène au cas précédent ; et que, pour la limite à droite on peut considérer la fonction x 7→ f (−x)
qui renverse l’ordre et tranforme donc la limite à droite en limite à gauche.
Définition 7. Une fonction f définie sur un intervalle I est continue en a ∈ I si limf (x) = f (a).
x∈a
La fonction f est continue à gauche en a si lim f (x) = f (a), et continue à droite en a si
x→a−
lim f (x) = f (a). Elle est continue en a si et seulement si elle est continue à gauche et à droite en a.
x→a+
Exemple : La fonction partie entière (notre exemple préféré quand il s’agit de continuité) est
continue à droite en tout réel, mais elle n’est pas continue à gauche en x (et donc pas continue du
tout) lorsque x ∈ Z.
Définition 8. Une fonction f est continue sur un intervalle I si elle est continue en tout point
de I.
Théorème 3. Tous les résultats classiques sur les opérations et les limites permettent de prouver
facilement qu’une somme, un produit, un quotient, une composée de fonctions continues est une
fonction continue. Par ailleurs, toutes les fonctions usuelles (sauf la partie entière) sont continues sur
tous les intervalles où elles sont définies. ces résultats seront souvent désignés par le terme générique
de théorèmes généraux, et utilisés sans rentrer dans le détail dans les exercices (on se concentrera sur
les études de continuité aux endroits où il y a vraiment un calcul à faire ou une réflexion à mener).
Proposition 5. Soit f une fonction définie sur I\{a} admettant une limite finie l quand x tend vers
a, alors on peut prolonger f de manière unique en une fonction continue sur I en posant f (a) = l
(on garde habituellement la même notation pour la fonction prolongée, même si c’est un abus de
notation). On parle de prolongement par continuité de f en a.
Exemple : La fonction f : x 7→ x ln x est définie sur R∗+ mais prolongeable par continuité à R+ en
posant f (0) = 0, puisque lim x ln(x) = 0 (croissance comparée).
x→0
Définition 9. Soit I un intervalle et k un réel strictement positif. Une fonction f est k-Lipschitzienne
sur I si, ∀(x, y) ∈ I 2 , |f (y) − f (x)| 6 k|y − x|. La fonction f est Lipschitzienne si elle est k-
Lipschitzienne pour un certain réel k. Une fonction k-Lipschitzienne pour une valeur de k strictement
inférieure à 1 est dite contractante.
4
Proposition 6. La somme de deux fonctions Lipschitziennes est Lipschitzienne. La composée de
deux fonctions Lipschitzienne est Lipschitzienne. Si f est Lipschitzienne sur I et sur J, avec I ∩J 6= ∅,
alors f est Lipschitzienne sur I ∪ J.
Remarque 9. Attention, le produit de deux fonctions Lipschitziennes n’est par contre en général pas
Lipschitzien.
Démonstration.
• Supposons donc f et g Lipschitziennes (avec des coefficients respectifs k et k′ non nécessaire-
ment égaux) sur un même intervalle I. On peut alors utiliser l’inégalité triangulaire pour affir-
mer que |(f +g)(y)−(f +g)(x)| 6 |f (y)−f (x)|+|g(y)−g(x)| 6 k|y−x|+k ′ |y−x| 6 (k+k′ )|y−x|.
La fonction f + g est donc (k + k ′ )-Lipschitzienne sur I.
• C’est encore plus simple pour la composée : si f est k-Lipschitzienne sur I et g est k′ -
Lipschitzienne sur f (I), alors |g(f (y)) − g(f (x))| 6 k′ |f (y) − f (x)| 6 k′ k|y − x|, donc g ◦ f est
kk′ -Lipschitzienne sur I.
• Supposons donc f k-Lipschitzienne sur I et k′ -Lipschitzienne sur J. Si on considère deux réels x
et y appartenant tous les deux à I ou à J, on peut majorer |f (y)−f (x)| par k|y −x| ou k′ |y −x|
respectivement. Prenons désormais x ∈ I et y ∈ J, et choisissons un réel z ∈ I ∩ J tel que
x < z < y (un tel réel existe nécessairement, faites un dessin), alors par inégalité triangulaire
|f (y)−f (x)| 6 |f (y)−f (z)|+|f (z)−f (x)| 6 k|y −z|+k′ |z −x| 6 max(k, k′ )(|y −z|+|z −x|) 6
max(k, k′ )|y − x|. La fonction f est donc max(k, k ′ )-Lipschitzienne sur I ∪ J.
Proposition 7. Une fonction Lipschitzienne sur un intervalle I est continue sur I.
Démonstration. C’est une conséquence du théorème des gendarmes : 0 6 |f (x) − f (a)| 6 k|x − a|. Si
on suppose que x tend vers a, les deux extrêmes ont pour limite 0, donc lim |f (x) − f (a)| = 0, soit
x→a
lim f (x) = f (a).
x→a
2 Comparaison de fonctions
Attention, dans cette partie, nous allons atteindre des sommets inégalités de paresse de la part de
votre professeur de maths préféré c’est très simple, pour tout ce qui est négligeabilité et équivalents,
les fonctions, c’est comme les suites, reportez-vous donc à la partie correspondante du chapître sur
les suites ! Bon, tout de même une remarque importante : quanf on travaille avec des fonctions,
il est absolument indispensable de bien préciser vers quoi x va tendre pour qu’un équivalent ou
une négligeabilité soit valable. Ainsi, on peut écrire ln(1 + x) ∼ x (équivalent classique vu dans
0
le chapître sur les suites, mais par contre ln(1 + x) ∼ ln(x) (ce qui n’est pas une conséquence
+∞
directe des résultats du cours puisqu’on ne peut toujours pas composer des équivalents, mais ça se
démontre facilement). Pour le reste, les définitions et propriétés sont identiques (y compris bien sûr
les résultats essentiels de croissance comparée, de toute façon déjà énoncés dans le chapître sur les
fonctions usuelles). Pour ne pas avoir un paragraphe complètement vide, je vais ajouter un petit
équivalent à la liste des équivalents classiques :
Proposition 8. (1 + x)α − 1 ∼ αx.
0
Démonstration. Posons f (x) = (1 + x)α , alors f ′ (x) = α(1 + x)α−1 . Le taux d’accroissement de la
(1 + x)α − 1
fonction en 0 vaut et tend vers f ′ (0) = α, donc (1 + x)α − 1 ∼ αx.
x 0
Bon, allez, pour remplir encore un peu, une fois n’est pas coutume, un petit exercice glissé au milieu
du cours :
Exercice : Calculer les limites suivantes :
5
x2 + |x|
1. lim en −1, 1, 0, +∞, −∞
x2 − |x|
sin(x) − cos(x)
2. lim
x→ π4 x − π4
√
x+2−2
3. lim √ √ en 2 et en +∞
2
x + x + 3 − 2x + 5
1 x
4. lim 1+
x→+∞ x
ln(x )2
5. lim
x→1 x3 − 1
Corrigé :
x2 + |x|
1. Posons f (x) = . Une façon simple d’écrire les choses est de dire que, si x > 0, f (x) =
x2 − |x|
x2 + x x2 − x
, et si x 6 0, f (x) = . On en déduit facilement, par exemple à coups d’équivalents)
x2 − x x2 + x
x(x + 1) x+1
que lim f (x) = 1. Si x > 0 et x 6= 1, f (x) = = , donc lim f (x) = −1. De
x→±∞ x(x − 1) x−1 x→0+
x−1
même, lim f (x) = lim = −1, donc finalement lim f (x) = −1. Enfin, des calculs directs
x→0− x→0− x + 1 x→0
donnent lim f (x) = −∞ ; lim f (x) = +∞ ; lim f (x) = −∞ et lim f (x) = +∞. on
x→−1− x→−1− x→1− x→−1+
pouvait aussi constater que la fonction f était paire pour éviter une partie des calculs.
π π
2. On reconnait le taux d’accroissement de la fonction sinus en , la limite vaut donc cos =
√ 4 4
2
.
2
3. Bien sûr, numérateur et dénominateur tendent vers 0 quand√x tend vers 2. N’oublions pas nos
x+2−2 x+2−4
classiques et multiplions par la quantité conjuguée : √ √ = √ ×
x 2 + x + 3 − 2x + 5 x + 2 + 2
√ √ √ √
x2 + x + 3 + 2x + 5 (x − 2)( x2 + x + 3 + 2x + 5)
= √ . On constate facilement que x2 −
x2 + x + 3 − (2x + 5) ( x + 2 + 2)(x2 − x − 2)
x − 2 = (x − 2)(x + 1) (on sait que ça s’annule en 2 et l’autre racin est évidente), par ailleurs
les sommes
√ de racines ont une limite finie, on peut les remplacer par des équivalents, donc
x+2−2 6(x − 2) 3 3
√ √ ∼ ∼ ∼ . La limite recherchée vaut donc
x2 + x + 3 − 2x + 5 2 4(x + 1)(x − 2) 2(x + 1) 4
3
.
4
En +∞, inutile de s’embêter autant, on peut prendre des équivalents dans √ les racines carrées, en
x+2−2
faisant quand même attention à ne pas additionner des équivalents : √ √ =
2
x + x + 3 − 2x + 5 +∞
√ √ √
x + o( x) x 1
√ √ ∼ ∼ √ , qui a bien entendu pour limite 0 en +∞.
x + o(x) − 2x + o( x) x x
x
1 x ln(1+ x1 ) 1 1 1
4. Un classique : 1 + =e . Comme lim = 0, on peut écrire ln 1 + ∼ ,
x x
x→+∞ x x
1 x
1
donc lim x ln 1 + = 1, puis lim 1+ = e1 = e.
x→+∞ x x→+∞ x
ln(x2 ) 2 ln(x)
5. Un peu plus rigolo : 3 = . Il suffit alors de se rappeler que ln(X) ∼
x −1 (x − 1)(x2 + x + 1) 1
ln(x2 ) 2
X − 1 (c’est le classique ln(1 + x) ∼ x en posant X = 1 + x) pour obtenir 3 ∼ ,
0 x − 1 1 x2 + x + 1
2
qui a donc pour limite .
3
6
3 Propriétés globales
Cette dernière partie sera simplement consacrée à un alignement de gros théorèmes fondamentaux
pour la compréhension de la notion de continuité, à commencer par le plus célèbre d’entre eux :
Théorème 4. Théorème des valeurs intermédiaires.
Soit f une fonction continue sur le segment [a; b] et c un réel compris entre f (a) et f (b), alors il
existe un réel x ∈ [a; b] tel que f (x) = c.
f(b)
f(a)
a x b
Remarque 10. Quoi que veuillent bien en dire des générations d’élèves, le théorème des valeurs
intermédiaires ne garantit pas le moins du monde l’unicité du réel x, c’est un simple théorème
d’existence. Si on doit prouver qu’une équation du type f (x) = c admet une solution unique sur un
intervalle, ce n’est donc pas lui qu’il faut invoquer, mais son cousin le théorème de la bijection (que
nous allons revoir plus bas).
Démonstration. Considérons pour simplifier que f (a) 6 f (b), et notons E = {x ∈ [a; b] | f (x) 6 c}.
L’ensemble E est majoré par b, et non vide puisqu’il contient a (par hypothèse, f (a) 6 c 6 f (b)),
il a donc une borne supérieure que nous allons noter avec beaucoup d’à propos x. En effet, on va
prouver que f (x) = c (ce qui prouvera le théorème !). Commençons par appliquer la caractérisation
1
de la borne supérieure : ∀ε > 0, ∃y ∈ [x − ε; x], y ∈ E. En prenant par exemple ε = , on peut
n
1
trouver un yn dans x − ; x tel que f (yn ) 6 c. La fonction étant continue, on peut passer à la
n
limite pour obtenir f (x) 6 c (par construction,
la suite (yn ) converge vers x). De l’autre côté, c’est
1
encore plus simple : ∀n ∈ N, f x + > 0 (sinon x ne serait pas un majorant de E), on peut à
n
nouveau passer à la limite pour obtenir cette fois f (x) > c. Conclusion : on a bien f (x) = c. Pour
être tout à fait rigoureux, il y a de petites difficultés si x = a ou x = b, aue nous esquiverons pour
nous concentrer sur les idées principales de la preuve.
Corollaire 1. L’image d’un intervalle par une fonction continue est un intervalle.
Exemple : Soit f une fonction continue sur [0; 1] et à valeurs dans [0; 1], alors f admet forcément
un point fixe. En effet, si on pose f g(x) = f (x) − x, la fonction g est certainement continue, g(0) =
7
f (0) > 0, et g(1) = f (1) − 1 6 0 puisque f (1) 6 1. Le réel 0 est donc compris entre g(0) et g(1),
on peut appliquer le théorème des valeurs intermédiaires pour affirmer l’existence d’un réel x tel que
g(x) = 0, c’est-à-dire f (x) = x. Ce résultat garantit l’existence d’un point fixe sur tout intervalle
stable (les valeurs 0 et 1 sont accessoires) d’une fonction continue.
Démonstration. En effet, un intervalle est simplement un sous-ensemble de R qui contient tous les
réels contenus entre deux de ses éléments. Le théorème des valeurs intermédiaires assure exactement
celà pour l’image d’un intervalle par une fonction continue.
Remarque 11. La nature (ouvert, fermé, borné) de l’intervalle image n’est pas toujours la même que
celle de l’intervalle de départ. Par exemple, si f (x) = x2 , f ([−2; 1[) = [0; 4]. Si f est la fonction
inverse, f ([1; +∞[) =]0; 1].
Remarque 12. Rappelons que le théorème des valeurs intermédiaires est un outil fondamental pour
la mise en place de la méthode de dichotomie vue dans le chapître sur les suites.
Théorème 5. Théorème du maximum.
L’image d’un segment par une fonction continue est un segment.
a b
Remarque 13. Autrement dit, une fonction continue sur un segment atteint son minimum et son
maximum. Ce résultat ressemble énormément au précédent, et pourtant il est plus profond, et ne se
démontre pas uniquement à l’aide du théorème des valeurs intermédiaires. D’ailleurs, je ne donne la
démonstration qu’à titre indicatif, puisqu’elle est hors-programme, faisant intervenir le théorème de
Bolzano-Weierstraß.
Démonstration. Soit donc une fonction f définie et continue sur un segment [a; b]. Commençons par
prouver que f est bornée sur [a; b]. Supposons par l’absurde qu’elle n’est par exemple pas majorée.
Il existe alors, pour tout entier naturel n, un réel xn dans l’intervalle [a; b] tel que f (xn ) > n.
La suite (xn ) étant bornée, elle admet, d’après le théorème de Bolzano-Weierstraß, une sous-suite
yn convergeant vers un réel c. Par continuité de f , on devrait donc avoir lim f (yn ) = f (c). Or,
n→+∞
f (xn ) > n implique lim f (xn ) = +∞, et de même pour la sous-suite (f (yn )). C’est contradictoire,
n→+∞
la fonction est donc nécessairement majorée. Notons alors M = sup[a;b] f . Par caractérisation de
1
la borne supérieure, ∀ε > 0, ∃x ∈ [a; b], f (x) > M − ε. En particulier, en posant ε = , on
n
trouve un réel xn (rien à voir avec le xn de la première partie de la démonstration) pour lequel
8
1
f (xn ) > M − . Comme précédemment, on peut en extraire une sous-suite convergeante (yn ) telle
n
1
que lim f (yn ) = M (puisque M − 6 f (yn ) 6 M ). Si on note c la limite de (yn ), par continuité
n→+∞ n
de la fonction f , on aura f (x) = M . Le maximum est donc bien atteint. C’est évidemment pareil
pour le minimum.
Théorème 6. Théorème de la bijection.
Soit f une fonction continue et strictement monotone sur un intervalle I. Alors f est bijective de I
vers J = f (I) et sa réciproque g est continue et strictement monotone (de même monotonie que f )
sur J.
Démonstration. Supposons f croissante (l’autre cas est très similaire). On sait déjà que f (I) est
un intervalle, et de plus f est injective car strictement monotone, donc bijective sur son image. La
fonction g est donc bien définie sur J. De plus, si y et y ′ sont deux éléments de J tels que y < y ′ ,
on a y = f (x) et y ′ = f (x′ ), avec x < x′ , donc g(y) = x < x′ = g(y ′ ) et g est strictement croissante.
Enfin, soit y ∈ J, x = g(y) et ε > 0 (et tel que [x − ε; x + ε] ⊂ I, sinon il n’y a pas de problème).
Notons y1 = g(x− ε), y2 = f (x+ ε). Posons η = min(y − y1 ; y2 − y). On a alors [y − η; y + η] ⊂ [y1 ; y2 ],
donc par croissance de g, g([y − η; y + η]) ⊂ [x − ε; x + ε]. Ceci prouve la continuité de g en y.