Dragons Conquer America : Jeu de Rôle Mésoaméricain
Dragons Conquer America : Jeu de Rôle Mésoaméricain
com - 20221028/637/245589/221162
VOTRE NOUVEAU MONDE.
NOS TERRES ANCESTR ALES.
UN MONDE DE POUVOIRS CACHÉS
ET D’ESPRITS ERR ANTS, DE ROUTES
COMMERCIALES ET D’INTRIGUES
POLITIQUES.
BIENVENUE EN ANAHUAC.
Dragons Conquer America est un nouveau jeu de rôle, un monde fantastique inspiré du cadre réel de l’Anahuac, la
région que l’on connaît aujourd’hui sous le nom de Mésoamérique du XVe siècle.
Entre une magie et des esprits issus de véritables traditions et un monde fantastique adapté de l’histoire de nations
telles que les Mexicas, les Itzás ou les Quechua, Dragons Conquer America propose un cadre de jeu à nul autre pareil.
Rassemblez vos amis et parcourez les terres de l’Anahuac sous les traits d’un guerrier jaguar cuauhocelotl, d’un
mercenaire espagnol ou d’un prêtre des eaux itzás. Affrontez des esclavagistes catholiques sans pitié, des pilleurs
chichimèques implacables et d’antiques momies de monarques toltèques. Défiez les dragons anciens, maîtres des
nuées, et explorez des temples-pyramides gardés par des statues de jade vivantes.
Ce livre contient tout ce dont vous aurez besoin pour jouer vos propres aventures avec DCA, y compris des règles de
jeu faciles à jouer et un cadre riche qui vous permettra de vous plonger dans l’histoire et la vie quotidienne des plus
vieilles nations de l’hémisphère occidental.
Dragons Conquer America vous offre les fondations nécessaires pour créer d’innombrables récits de batailles héroïques,
d’aventures à couper le souffle et de découvertes incroyables.
2
Avant-propos
Le livre de base présente les factions et les peuples en place, avant la guerre de la Conquête et les massacres tels
que nous les connaissons. Mais DCA est une uchronie et vous invite à changer l’Histoire. C’est vous qui décidez des
actions et réactions des peuples et personnages. Les Espagnols ne sont génocidaires que si vous les jouez ainsi !
Un inquisiteur est celui qui protège ces compagnons des forces obscures, quitte à plonger dedans. Cela veut-
il dire qu’il torture tous les non-Catholiques ? Non, sauf si vous le jouez ainsi. Il est un bouclier, un explorateur
spirituel.
Le thème du choc culturel et religieux est omniprésent, mais il est un moteur d’aventure et non une épée de
Damoclès suspendue au-dessus de la meneuse. Les incompréhensions ne mènent pas forcément à la guerre. Elles
peuvent tout aussi bien mener à l’échange, à la découverte ou au conflit politique et commercial !
LEXIQUE
Acolhua : un des peuples formant la Excan Tlahtoloyan, Mexico-Tenochtitlan : « la cité de Mexi et de Tenoch », il
la Triple Alliance. s’agit de la capitale de la Triple Alliance, une gigantesque
ville lacustre. Elle est devenue une mégalopole en inté-
Anahuac : « là où vivent les Nahuas », est le nom donné à
grant Texcoco et Tlacopan.
leur pays par les Aztèques, les Totonaques, les Zapotèques
et beaucoup d’autres tribus. Il couvre plus ou moins le Motecuzoma : deuxième du nom, c’est l’empereur mexi-
Mexique moderne. ca dirigeant la Triple Alliance.
Aztèque : une appellation désignant précisément l’en- Nahua : le nom que se donnent de nombreux peuples
semble des Mexicas, des Acolhuas et des Tépanèques. Le vivant sur le territoire de l’actuel Mexique. Mexicas,
terme est plus précis que “Nahua”. Il est autant employé Totonaques, Zapotèques, Tarasques et d’autres sont des
par les natifs que par les Espagnols. Nahuas de la même façon que les Espagnols sont des
Européens.
Chichimèques : indiens nomades provenant du nord.
Tahuantinsuyu ou les Quatre Régions : fédération des
Coatlaca : lignée humaine descendante d’un dragon.
peuples dirigés par la caste des Incas, voisine des Nahuas
Excan Tlahtoloyan ou Triple Alliance : fédération for- et des Mayas.
mée par les Mexicas, les Acolhuas et les Tépanèques. Elle
Teotahtli : « esprit protecteur » ou « Saint ancêtre », ce
est le pouvoir suprême en Anahuac et domine des terri-
terme nahua désigne les esprits des ancêtres tellement
toires immenses, asservissant de nombreux peuples.
puissants qu’ils sont déifiés.
Huitzilopochtli : le « colibri gaucher », teotahtli des
Tépanèque : un des peuples formant la Triple Alliance.
Mexicas.
Texcoco : nom du lac accueillant Tenochtitlan et éga-
Inca : caste d’aristocrates dirigeant un vaste empire, le
lement d’une des villes de la Triple Alliance, siège des
Tahuantinsuyu. Il se situe au sud, sur une grande partie de
Tépanèques.
la cordillère des Andes.
Tlacopan : une des villes de la Triple Alliance, siège des
Maya : un peuple voisin des Nahuas et des Incas, instal-
Acolhuas.
lé sur la péninsule du Yucatan. Les Mayas sont en déclin.
Tlacaelli : dernière de la lignée des coatlacas aztèques,
Mayapan : nom donné par les Mayas à leur territoire.
elle est à l’origine du pacte avec les ancêtres visant à rem-
Mésoaméricain : terme générique regroupant toutes les placer celui noué avec les dragons.
civilisations de l’Amérique centrale précolombienne.
Totonaque : désigne l’ethnie d’Amérique Central instal-
Mexica : désigne l’ethnie habitant Tenochtitlan. Membre lée autour de Vera Cruz, la première garnison fondée par
de la Triple Alliance, ils dominent la région. Cortés.
Zapotèque : nom d’un peuple au sud-est de l’Anahuac.
4
Des h é ros 138 At la t l238
l 238 Mo m ie m iq u it l 340
Jave lo t s240
s 240 I L HU I C ATL 342
C a mpa gne141
gne 141
Frond e 240 Spe c t re 343
A ventur e i ndépend ant e 145
Sarb ac ane s s 241 Gu e rrie r t zit zim it l 344
Évo l uti o n des personnages 146
Arm u re s s 242 Te o t o t o t l
l 346
D épl a cement147
cement 147
Bou c lie rsrs 246 C ihu at e o t l l 348
Po i nts de vi e et d e d égât s 148
Drogu e s s 248 D rago n m ixc o at l 352
C o mpétences et focus 150
Dive rs251
rs 251
Ta l ents co mmu ns 153 TL ATL AME TL S S 354
S ta tut158
tut 158 R el i g i on e t magi e 252 Z o m bi d e f e u 355
Tr a i ts 161
161 B ê t e s ard e nt e s 356
C L A S S ES 163
163 L’E SPRI TT 254 Se igne u r t lat lam e t l 357
A r i s to cr a te164
te 164 Corru p t io n 254
254 Se rp e nt d e f e u 358
S a ge167
ge 167 Rit u e ls
ls 256 D rago ns xiu hc o at ls 360
C ha s qui 168
168 Sorts
Sorts 257 AU TRE S MO NSTRE S 362
C o ur ti s a n170
n 170 É cole Nahu alo t l 260 Jagu ar d ’ o bsid ie n ne 363
Ga r de du temple 172 É cole To nalli 262 C hane h 3 364
Pr êtr e teo tl 174 É cole Tit ic i 264 Ho m m e -sing e 365
V i er ge du S o l eil 176 É cole X ihu it l 265 Ah u izo t ll 366
C ua hchi c178c 178 É cole d e s illu sio ns 266 Naga it zt lic o at l 368
Guer r i er a i gl e 180 É cole Tlac hixq u i 268 O g re
370
Guer r i er ja gua r 182 É cole Tsant sa 270 So rc iè re t lahu ilp o c htl i 372
Po chteca 184 184 É cole d e m ag ie né c ro p hag e 271 Mé t am o rphe c u e t laq u e t z a l 374
S ei gneur des bêt es 186 É cole Tlac at e c o lo t l 272 P o ssé d é 3
376
S ha ma n188
n 188 É cole Tlahu ilpo c h t li 274 Go le m 378
Pi l l eur de to mbes 190 É cole d e c harm e s d u Sirè ne ss 383
Pa l a di n du S o l eil 192 Nou v e au Mo nd e 276
D rago ns t e rre st re s 384
C ha s s eur de têt es 194 É cole Tlac hic h ina 278
D rago n nahu al 388
Mi s s i o nna i r e chrét ien 196 É cole d e s Au ianim e s 280
É cole d e s o m bre s 281 D RAGO NS MI L I TAI RE S 390
C o nqui s ta do r 198 198 D rago ns m é d it e rrané e ns 390
D r a go nni èr e200
e 200 Saint e s É c rit u re s d e s p rê t re s 282
Saint e s É c rit u re s d e Pat m o s 284 D rago ns ibé riq u e s 394
Hi da l go 202
202
I nqui s i teur 204 204 Livre d e s Se pt Sc e au x 286
L é ge nd e s i né d i te s 39 6
É cri t u re s d e l’ Anc ie n
P ERS O N N A GES P RÉ T IRÉ S 206 Test am e n t 288
288 L a Nu it d e s t e rre u rs 399
F a yo mi Ra mi r ez 206
C o m bat po p o u r le s t e rres
rre s 400
A r i tz Á l a va 207 E n n e mi s e t al l i é s 2 90
V o ie d e s c he rc he u rs 403
Q uetza tentl i 208 208
E U ROPÉ E NS
NS 296 C ho c d e s c u lt u re s 404
B’ a K l e D ément 209
Au d ac ie u x e xplo rat e u r s 405
NOU V E AU MO ND E 304
La p i e rre e t l’ a c i er 218 Sac rif ic e 407
BÊ T E S318
S 318 P ré c ie u x p aq u e t 408
Q ua uho l o l l i 223
223 AT LAC HANE TL S326S 326 TY RANS4
RANS 411
Ma cua hui tl 224 224 Teom ic hin 327 C o m bat t e z v o s t y rans 412
Épées 226
226 Noy é
328 C ré e r u n t y ran 415
La nces 228
228 Xolo m ic hin330
hin 330 L a ré gio n 417
C o utea ux et da gues 230 Cipa c t li
li 331
Ha ches 232 232 Dra go n t lac o at l 332 s c é nari os 4 24
Ma r tea ux de guerre 233
MIQUI TL S334
S 334
A r cs 234
234 LA CHUTE DE CHOLULA 426
Zom bi m iq u it l 335
A r ba l ètes 235
235 L E S NAU FRAGÉ S D U YU C A T Á N 435
Nah u al
al 336
A r quebus es 236 236
Cha m pio n m iq u it l 337
Pi s to l ets 237
237
Magic ie n m iq u it l 338
6
L i v r e d e b a s e d e D r a g o n s c o n q u e r a m e r i c a
sous la protection de leurs dieux dragons, qui ne vont et assoiffés de pouvoir, ayant jeté leur dévolu sur les ri-
pas voir d’un bon œil d’insignifiants lézards envahir leur chesses du Nouveau Monde et dont les compétences stra-
terre. tégiques sont presque à la hauteur de l’ambition, contrai-
rement à celles des monarques espagnols à la vision
Mais si les dragons catholiques des armées européennes
étriquée.
sont en règle générale moins puissants que ceux du
Nouveau Monde, ils sont bien plus nombreux et mieux or- Parmi ces hidalgos audacieux se distingue un homme,
ganisés. Dieu seul sait ce qui pourra se passer quand ces du nom de Hernán Cortés, qui sert de clerc et trésorier à
forces se heurteront, et quel camp il appuiera. Velázquez et qui grimpe lentement dans la hiérarchie du
précaire gouvernement européen de Cuba. Aujourd’hui,
Le cadre Cortés n’est que l’un des nombreux conquérants poten-
tiels, mais il a pris ses marques pour devenir un jour le
Nous sommes en l’an 1512 de l’ère chrétienne et en plus influent des colons espagnols et lancer l’invasion qui
Chicome Tecpatl (le 7e couteau) du cycle calendaire mexi- aura le plus grand impact de l’histoire humaine.
ca. De sombres nuages s’amoncellent à l’horizon. LA TR I P LE A LLI A NC E A Z TÈ Q UE
Colomb est mort il y a quelques années de cela, oublié Entretemps, l’Excan Tlahtoloyan, la Triple Alliance
de tous après sa découverte des Indes occidentales, que de l’Anahuac, a reçu de vagues informations à propos
la plupart des gens appellent le Nouveau Monde depuis d’hommes à la face velue venant de la mer Orientale, qui
qu’ils savent que ce n’est pas simplement, comme on le auraient soumis les peuples des îles. Ces comptes-rendus
croyait auparavant, une autre partie de l’Asie mais un ne semblent pour l’instant relever que de la pure fiction,
continent entièrement nouveau. mais l’atmosphère bruisse d’effroi. Une ancienne pro-
Alors que les gouvernements européens décident quoi phétie proclame en effet que les seigneurs toltèques re-
faire de ces terres nouvelles et de leurs richesses, les pre- prendraient pied en Anahuac à partir de la mer Orientale.
miers colons, équipés de leurs navires transocéaniques, de Ce n’est bien sûr qu’une superstition que les Mexicas ré-
canons – et de dragons –, s’évertuent depuis près de vingt pandent depuis des décennies pour consolider leur pou-
ans à conquérir les îles les plus à l’est du Nouveau Monde. voir, mais elle pourrait être utilisée contre eux si ces mys-
térieux envahisseurs en venaient un jour à prendre pied
Les avant-postes d’Hispaniola, qui sont depuis long- sur le continent. Par ailleurs, d’étranges rêves et présages
temps les têtes de pont des puissances européennes sur le ont hanté les prêtres et rois de la Triple Alliance.
Nouveau Monde, ont d’ores et déjà confirmé qu’un conti-
nent plus vaste s’étend à l’ouest, et leurs navires ont longé Le plus puissant souverain du continent, Motecuzoma
ses côtes. Mais jusqu’ici, aucune expédition terrestre n’a des Mexicas, s’inquiète de la loyauté de ses sujets et a en-
pu surmonter le double obstacle que constituent un ter- trepris de dissiper ces mauvais augures et alertes, mais les
rain hostile et des tribus belliqueuses. indices surnaturels s’accumulent : un terrible péril se pro-
file et la Triple Alliance devrait se préparer à l’affronter.
Au-delà de ces côtes inhospitalières s’étend, toujours
inconnue, la vallée de l’Anahuac, domaine de l’Excan Les autres dirigeants de la Triple Alliance – Nezahualpilli
Tlahtoloyan, la Triple Alliance des peuples aztèques. C’est des Tépanèques et Tetlepanquetzal des Acolhuas – sont
l’un des empires les plus anciens et les mieux organisés bien plus soucieux que Motecuzoma, mais ni leurs es-
que le monde ait jamais connu, englobant des centaines pions ni leurs messagers n’ont rassemblé de signes irré-
de cités-États, qui toutes doivent payer un tribut à la futables d’invasion. Pourrait-il vraiment s’agir d’un ca-
plus puissante civilisation de la planète : les Mexicas de nular ? Nezahualpilli, notamment, a rêvé d’une menace
Tenochtitlan. Depuis près d’un siècle, les Mexicas règnent sinistre venue de l’est, mais Motecuzoma a raillé et reje-
sans partage sur la terre du Cinquième Soleil, grâce à la té ses préoccupations. Rien de surprenant à cela, puisque
peur qu’éprouvent leurs ennemis. Les pouvoirs divins de Nezahualpilli mourra bientôt de vieillesse, laissant le
leurs prêtres et l’aide de leurs alliés dragons, les mixcoatls, trône de Texcoco à l’un de ses deux fils rivaux, peu pré-
stupéfient et terrorisent les peuples dominés. Mais tout parés à ce rôle. Il sait que Motecuzoma avancera ses pions
cela est sur le point de changer. pour faire du prince choisi sa marionnette.
Des douzaines d’États vassaux souffrent également sous
L A F O RCE EXPÉ DITIONNAIRE E SPAG NO LE le joug de l’Excan Tlahtoloyan ; si les envahisseurs se ré-
Diego Velázquez de Cuéllar, récemment chargé par les vélaient hostiles, nombre de ces peuples oppressés se ral-
héritiers de Colomb de conquérir l’île connue sous le nom lieraient volontiers à eux contre les alliés aztèques.
de Cuba, est en train de poser les bases d’une puissance
européenne, susceptible de lancer bientôt des expéditions Des jours sombres s’annoncent en effet. La première
pour envahir le continent. force d’invasion extérieure que les Aztèques aient jamais
connue va bientôt prendre pied sur leur monde, et l’his-
Velázquez est accompagné d’un certain nombre de re- toire future de l’humanité dépend des résultats de ce pre-
présentants de la noblesse d’épée, les hidalgos, aventureux mier contact.
8
le nou v e au monde
J’ai eu des visions. fils, Nezahualpilli, lui a succédé ; mais Nezahualpilli n’a pas
montré les signes, il n’est pas marqué,
Des visions d’un monde d’esprits soumis, devenus gris et
fragiles, où les dragons ont rapetissé, où les mortels ont cou- Si Texcoco tombe, elle entraînera l’Excan Tlahtoloyan
pé leurs liens avec le monde spirituel. dans sa chute. Nous devons prendre le contrôle de leur nation
rapidement et subtilement aussitôt que mourra Nezahualpilli
Puis je me suis réveillée.
et que le pouvoir changera de mains. Peut-être devons-nous
Dans le monde réel, les esprits et les puissances anciennes même accélérer son décès.
ne nous ont pas quittés. La vraie civilisation est inextricable-
Il est possible que je sois la dernière porteuse de sang de
ment liée au primordial, aux esprits. Dans le monde réel, les
Coatlaca en vie, bien que je n’aie jamais moi-même régné.
ombres du Premier Soleil persistent encore, et les humains à
Les Mexicas refusent aux femmes de devenir des tlatoanis.
la vie si brève partagent le monde avec ses maîtres originels,
Mais ils savent. Tous les Mexicas savent que c’est moi, moi,
qui refusent à juste titre de le leur abandonner.
la conseillère de quatre générations de souverains mexicas,
Dans le monde réel, les grands dragons ne sont pas qui dirigeais vraiment leur nation. Ce n’étaient ni mon frère
amoindris ; ils ne se sont ni inclinés devant les mortels, ni ne Ilhuicamina, ni Axayacatl ni Tizoc à sa suite, mais moi. À tous,
sont retournés vers les étoiles. Ils n’ont pas été pourchassés. j’ai prodigué mes conseils et donné mes directives de derrière
Dans le monde réel, les grands dragons vivent parmi nous, le trône. La création de l’Excan Tlahtoloyan, la Triple Alliance
reliques de l’Ère d’avant l’arrivée des mortels. Ils règnent sur qui règne sur nos terres, était mon idée ; c’est mon bras qui a
nous et exigent notre adoration. En échange, ils partagent écrasé les Tlatelolcas et les Tépanèques ; c’est ma main qui a
avec nous leur puissance et leur sagesse. mené Ahuizotl à ses victoires récentes sur les Huaxtèques, les
Tlaxcaltèques et les Zapotèques : la conquête de toutes les
Les grands seigneurs des âges passés sont d’ascendance
nations visibles de nos terres est mon œuvre.
draconique, depuis le puissant Quetzalcoatl lui-même dont
la parentèle sacrée a pris forme humaine et épousé des mor- Et quand je mourrai, le sang draconique, le lignage d’Azt-
tels. Les fruits de telles unions sont devenus les seigneurs et lan, disparaîtra avec moi. Mon peuple sera seul, un peuple
fondateurs d’Aztlan, de Tollan et de Teotihuacan. Ces mor- de simples mortels gouvernés par des puissances qui nous
tels semi-draconiques, les Coatlacas, ont été les premiers et dépassent.
les plus sages de l’humanité.
C’est pourquoi j’ai signé ce pacte.
Mais désormais ces lignages se sont affaiblis, et nul ne
C’est pourquoi j’ai sacrifié mon âme : pour protéger l’Ana-
sait pourquoi. Les sages suggèrent que peut-être avons-nous
huac en l’absence de souverains coatlacas.
été trop dociles envers les dragons, ce qui aurait dilué notre
sang ; d’autres affirment au contraire que nous n’avons pas Les ancêtres seront désormais les principaux protecteurs
assez plu à nos maîtres dragons, et que leurs pouvoirs n’ir- de mon peuple et nos premiers alliés. Ils béniront et protè-
riguent donc plus nos maisons régnantes. Nous ne savons geront les Mexicas si les grands dragons nous abandonnent,
pas. Toujours est-il qu’aucun grand seigneur draconique comme ils sont voués à le faire – comme ils ont abandonné
n’est aujourd’hui au pouvoir nulle part au sein de l’Excan les Toltèques et les Mokayas avant nous.
Tlahtoloyan, ni ailleurs dans le monde aztèque.
Nous nous sommes détournés des dragons et avons em-
Peut-être est-ce cela qu’annonce mon rêve, de cela dont brassé nos ascendances, nos ancêtres humains ; nous véné-
mes visions m’alertent. rons désormais nos chefs de guerre défunts plutôt que nos
aïeux coatlacas. J’y ai veillé : j’ai consacré en personne le
Peut-être un tel évènement s’est-il déjà produit quand
temple de Mexi Huitzilopochtli. J’y ai veillé avant de mourir.
Teotihuacan est tombé, quand le Mayapan est tombé. Peut-
être cela est-il la cause du déclin de nos illustres aïeux ; peut- J’ai également détruit toutes les archives et brûlé tous les
être les humains ont-ils perdu la faveur de leurs protecteurs livres, de toutes les nations, de tous les grands seigneurs qui
dragons, ou bien sommes-nous devenus trop faibles à leurs ont précédé la Triple Alliance. Il ne doit rester aucun souvenir
yeux. Peut-être le déclin des grands seigneurs coatlacas est- des lignées coatlacas. Je m’emparerai de toute la tradition
il le signe que notre civilisation, elle aussi, est au bord de et de tout le pouvoir des mains des anciens lignages draco-
l’effondrement. niques et les confierai aux Mexicas, à notre peuple.
Le dernier véritable seigneur coatlaca de l’Anahuac, le Nous continuerons à nous incliner devant les dragons et
puissant Nezahualcoyotl de Texcoco, a rendu son dernier à sacrifier à Quetzalcoatl et aux seigneurs d’Aztlan ; mais
soupir il y a treize ans de cela. Un souverain bon et sage, son nos ancêtres, nos vrais saints patrons, seront mortels, tout
comme nous – du sang mortel répandu par des mains
10
le nou v e au monde
11
LA TERRE
L A TE R R E Q U E les Européens qualifient de « Nouveau
Monde » est un énorme continent, englobant tous les
écosystèmes et terrains imaginables, et au climat infini-
mêmes monstres primordiaux qui avaient créé le monde na-
turel. Les plus éminents d’entre eux sont les dragons, qui
jouèrent un grand rôle, sinon dans la création de l’espèce hu-
ment varié. maine, du moins dans le parcours qui la vit quitter ses terres
primitives et ériger ses grands États actuels. Les dragons
C’est aussi une terre dominée par des esprits et des
inventèrent la civilisation et l’enseignèrent aux mortels, y
monstres primordiaux, sur laquelle jamais les civilisations
compris l’écriture, les arts et, bien sûr, le culte des dragons.
humaines ne se rebellèrent ni ne prirent les armes contre
le surnaturel, y vivant plutôt selon les mêmes règles que
la nature exubérante elle-même. Territoires
De fait, la plupart des États civilisés du Nouveau Monde Le Nouveau Monde présente une stupéfiante diversi-
furent fondés par, ou a minima subirent l’influence de, ces té d’écosystèmes, des montagnes, collines et plateaux aux
12
le nou v e au monde
prairies, steppes et déserts, des côtes luxuriantes aux larges – ainsi que le peuple des Itzás, sage et ancien, les Ch’ols
rivières et jungles épaisses qui les bordent. Le cadre de DCA mystérieux et holistiques, les États rivaux des Quichés et
répartit ces territoires en trois zones principales d’influence : des Cakchiquels et d’autres tribus moins importantes mais
remontant loin dans le temps et aux cultures complexes.
L’Anahuac proprement dit est la partie du continent peu-
plée par ceux qui l’appellent effectivement « Anahuac », Toutes ces nations vénèrent les dragons, qu’ils nom-
dont les nombreux peuples nahuas et leurs tributaires. ment les Chaak’ans, et leur offrent tributs et sacrifices
C’est une région densément habitée et civilisée, composée en échange de leur protection et de leur sagesse. Le cha-
surtout de plaines, de vallées et de collines. Là, des cen- pitre III traite des civilisations et des États du Mayapan.
taines de cités-États luttent, se font la guerre et nouent
Les Quatre Régions, ou Tahuantinsuyu, sont une vaste fé-
des alliances pour contrôler ce territoire.
dération de tribus et États variés située derrière une chaîne
Les États de l’Anahuac assoient leur pouvoir en exer- de montagnes infranchissable loin vers le sud. Ces terres
çant leur puissance militaire aussi bien que religieuse et n’ont aucun contact avec l’Anahuac ou avec les Européens.
peuvent appeler à leur aide leurs saints ancestraux, des Les Quatre Régions elles-mêmes sont sous la domination
esprits de la nature et des seigneurs dragons, qui pro- des seigneurs incas, une caste ancienne de puissants indi-
tègent les cités nahuas et terrorisent leurs ennemis. vidus bénis des cieux qui règnent sur leurs territoires par
la sagesse, la magie et la puissance militaire combinées.
Le plus vaste de ces États, l’Excan Tlahtoloyan, est
D’autres peuples vivent à proximité des Quatre Régions :
une alliance des trois principales nations nahuas : les
les Jivaros, de féroces combattants ne faisant aucun pri-
Mexicas de Tenochtitlan, les Acolhuas de Texcoco et les
sonnier ; les sages et compétents Muiscas, qui se couvrent
Tépanèques de Tlacopan. La Triple Alliance est la puis-
eux-mêmes d’or ; les Asháninkas, les enfants aimés de leur
sance suprême de l’Anahuac et a imposé ses ambassades,
terre ; et les Mapuches, un peuple nomade des plaines.
ses conseillers et ses avant-postes militaires à la plupart
des autres tribus de la région. Des informations détaillées Chaque État des Quatre Régions a un unique Huaca,
sur l’Anahuac sont données au chapitre II. ou ancêtre-gardien. Ces saints patrons proviennent tous
sans exception du peuple qu’ils protègent. De façon gé-
Les déserts septentrionaux sont des étendues sau-
nérale, les dragons ignorent et sont ignorés des mortels
vages et arides peuplées seulement de tribus nomades
des Quatre Régions, qui jamais n’ont eu besoin ni tenté de
sauvages que les Nahuas appellent dans leur ensemble
sceller de pacte à grande échelle avec le monde spirituel
les « Chichimèques ». Ces barbares du Nord vivent de la
– sauf les lignées incas elles-mêmes, qui affirment détenir
chasse et de la cueillette et parcourent les déserts, guidés
leur pouvoir directement des esprits célestes.
et accompagnés de leurs esprits animaux.
Les Quatre Régions sont détaillées dans le chapitre IV
Les peuples rassemblés sous le nom de Chichimèques
de ce livre.
comprennent les solitaires Naayerits, les Xi’uis, holis-
tiques et sages, les fiers et farouches Yoemes et les sau- La région de la Côte orientale va des colonies européennes
vages Aigles rouges. Les razzias de ces nomades tiennent de Cuba et des Caraïbes jusqu’aux jungles méridionales bor-
les frontières septentrionales des Mexicas en alerte de- dant au sud le littoral continental. Cette région est le domaine
puis des siècles. de plusieurs peuples de chasseurs-cueilleurs aussi cruels, ai-
mants, nus et imprévisibles que la nature, et qui parlent aux
Toutes les tribus nordiques pratiquent la magie nahua-
animaux et aux plantes aussi aisément qu’entre eux.
lotl et connaissent les voies qui mènent au monde spiri-
tuel, mais n’adorent pas les dragons ni ne pratiquent de Ils comprennent les Arawaks hostiles, les fiers Kalinas
sacrifices rituels, à part la dévoration des âmes de leurs et les Tainos décontractés, dont les domaines insulaires
ennemis tombés. sont déjà sous le contrôle des Européens. Tous adorent les
esprits de la nature mais craignent trop les dragons pour
Certains de ces peuples nordiques sont décrits dans le
sceller un pacte quelconque avec eux.
chapitre II de ce livre.
Certaines de ces cultures sont décrites dans les cha-
Le Mayapan, une région englobant littoraux, steppes et
pitres IV et V de ce livre.
jungles et riche en activité volcanique, abrite des dizaines
de tribus et de cultures différentes, qui toutes descendent
d’anciens royaumes dont les vestiges en ruine se couvrent Cités-États
de mousse dans les jungles et les champs oubliés. Comme
l’Anahuac, cette région est civilisée et organisée, mais ses Les civilisations du Nouveau Monde ne s’organisent pas
cités-États sont, en comparaison, relativement isolées et autour de nations ou d’États, mais de foyers urbains cen-
indépendantes les unes des autres. tralisés ou d’ensembles tribaux d’échelle plus petite. Ces
unités sociales sont assimilables à la notion étrangère de
Les tribus mayas incluent les restes de la Ligue du « cité-État », selon laquelle une ville unique gère l’écono-
Mayapan – dix-sept cités-États indépendantes mais qui par- mie, la défense et le bien-être de divers tributaires, qui ne
tagent le même langage et le même système économique
13
A L L I A N CES TH É O C R A TI E
Parfois, deux cités-États noueront une alliance à long La religion est très importante pour les gouvernements
terme, rassemblant leurs ressources en tant qu’égales natifs, et tous les monarques doivent légitimer leurs pré-
pour se défendre contre des États plus importants ou par- tentions au pouvoir par la faveur dont ils bénéficient au-
tager le tribut d’États plus faibles. Ces alliances ou fédé- près du monde spirituel. Une caste de prêtres chargée
rations ressemblent d’assez près à des républiques mo- de communiquer avec les ancêtres et les saints patrons
dernes, en ce sens que leurs souverains sont égaux entre au nom de leur peuple entier entoure chaque souverain
eux et considérés comme des « porte-paroles » ou repré- d’un État du Nouveau Monde. Cette caste veille à ce que
sentants de leur propre peuple. les saints et les dragons d’une cité demeurent heureux et
coopèrent avec leurs sujets mortels.
Toutes les cités-États appartenant à une telle alliance
conservent leurs propres territoire, langue et souverain, Comme les cultures natives ne distinguent pas les pou-
mais adoptent un langage « général » et un système de voirs spirituels et matériels, les prêtres et les magiciens
troc commun en plus du leur. Ces fédérations sont les en- peuvent participer aux affaires d’État, et ne s’en privent
tités de l’Anahuac les plus similaires à des « pays », sauf d’ailleurs pas. Les grands prêtres servent en général
qu’elles n’imposent pas de culture commune, d’identité ou comme conseillers du monarque et prennent souvent des
d’autorité nationale à leurs membres. décisions en son nom. Parfois, les castes des prêtres et des
souverains sont confondues, le monarque étant également
ordonné en tant que grand prêtre.
14
le nou v e au monde
LES QUATRE
RANG FONCTION ANAHUAC MAYAPAN
REGIONS
Monarque suprême Gouverne une fédération multi-États Huey tlatoani Halach winic Sapa Inca
15
VALEUR APPROXIMATIVE
UNITÉ DESCRIPTION
EN FÈVES DE CACAO
Sac de cacao Grand sac de fèves de cacao, destiné au commerce de gros 24 000
La monnaie en jeu
Ces conversions serviront de référence aux joueurs intéressés par les cultures préhispaniques et aux fans de la
microgestion.
À moins que vous ne souhaitiez vraiment les utiliser, tout dans le jeu se voit attribuer un prix en or ; on consi-
dère que partout où vous vous rendez, vous pourrez échanger certains de vos biens contre d’autres biens de va-
leur équivalente, utilisés pour le troc dans cette région. En conséquence, les joueurs n’ont pas besoin de se préoc-
cuper des différents taux des « devises » s’ils ne le souhaitent pas.
16
le nou v e au monde
LES PEUPLES
I L VA S A N S DIRE que les peuples
du Nouveau Monde sont très dif-
férents des Européens, tant cultu-
sans s’arrêter. Ce n’est pas qu’ils
soient plus vigoureux ou plus athlé-
tiques ; c’est tout simplement qu’ils
ou les colliers. Ils gardent en général
le torse et les bras nus mais portent
aussi d’amples capes ou châles pen-
rellement qu’en apparence. De méprisent la douleur. Et ils vivent dant la saison fraîche.
même, malgré leur grande diversi- ainsi sans se plaindre, jusqu’à leur
Ils décorent parfois leur corps de
té culturelle, tous les peuples na- mort, qu’ils craignent rarement.
boue colorée ou de sang, soit pour
tifs partagent certains traits, la plu-
Telle est la plus grande vertu du des rituels soit par effet de mode. Les
part hérités d’ancêtres communs ou
caractère des natifs : leur absence peintures faciales ou des altérations
d’anciennes civilisations telles que
totale de peur. Non pas qu’ils soient corporelles mineures comme les ta-
Teotihuacan, qui ont diffusé leurs
particulièrement braves ou auda- touages, l’allongement des oreilles
coutumes sur tout le continent.
cieux ; ils ne sont pas réputés pour ou les anneaux dans le nez sont des
prendre des risques inutiles ou se marques de beauté et de noblesse.
Caractère vanter de leur témérité. Il s’agit plu-
Les prêtres et les citoyens très dévots
tôt d’une acceptation tranquille et
Les peuples du Nouveau Monde arborent de nombreuses cicatrices
solennelle de tout ce qui peut leur ar-
sont généralement fiers, stoïques et dues à leurs rituels d’auto-lacéra-
river, même la mort. Un citoyen idéal
dépourvus de crainte. Ils apprécient tion, et l’on peut souvent reconnaître
du Nouveau Monde, confronté aux
l’humour noir et les plats amers, et ai- un prêtre ou une prêtresse à leurs
pires pertes ou aux plus grandes hor-
ment se faire peur – ce qui est plus dif- oreilles ou à leur nez mutilés.
reurs, restera impassible.
ficile que pour des gens plus timorés. La couleur des vêtements est aussi
C’est pourquoi la plupart des légendes Mais si les peuples du Nouveau Monde
un marqueur de la classe sociale ; les
locales sont de sinistres histoires de présentent un défaut culturel, c’est
citoyens plus aisés teignent leurs ha-
fantômes ou comprennent au moins celui de l’arrogance. Ils ont tendance
bits de couleurs vives, tandis que les
quelques morts bien sanglantes. à être fiers de leur stoïcisme et de leur
gens du commun peuvent rarement
intrépidité, de leur mépris de la mort
Un étranger pourrait avoir le senti- s’offrir plus que du blanc.
et de leur perfection supposée. Même
ment que les natifs du Nouveau Monde l’étiquette et la diplomatie – pleines de
sont insensibles et cruels, mais, comme compliments excessifs, presque sarcas- Relations
tout le monde, ils apprécient fêtes, tiques sont conçues pour les placer mo-
chansons et réjouissances, travaillent ralement et culturellement au-dessus Les habitants du Nouveau Monde
dur et aspirent à être bien intégrés des étrangers, de leurs voisins, voire ignorent l’amour courtois. Ils com-
dans leur communauté. C’est simple- des membres de leur famille. prennent et accordent beaucoup d’im-
ment que leur monde est moins confor- portance à l’attraction sexuelle, mais
table et que ses aspects dérangeants Apparence celle-ci est très encadrée par les règles
sont moins dissimulés qu’ailleurs. morales ; les formes « impures » d’amour,
qui varient d’une tribu à l’autre, mais dé-
La douleur est toujours présente Les habitants du Nouveau Monde
signent en général tout excès d’activités
pour les habitants du Nouveau sont de stature plus courte et trapue
plaisantes, sont mal vues et punies.
Monde : piercings corporels, saigne- que ceux d’autres nations. La couleur
ments rituels, épuisement physique de leur peau va du bronzé au cuivré, La plupart des mariages sont ar-
et châtiments mineurs font partie de et leurs cheveux sont uniformément rangés : « choisir celui qu’on aime »
la vie quotidienne. La douleur et le noirs. Ils sont peu ou pas du tout est considéré comme de la fantaisie
sang, souvent le leur, leur sont donc poilus, les hommes n’ayant au plus égoïste. Les couples mariés sont cen-
très familiers, et on leur apprend qu’une barbichette clairsemée. sés apprendre à s’aimer et se consa-
dès leur plus jeune âge à s’attendre crer au bien-être familial pour la
La plupart sont légèrement vêtus
à mourir. Rien de surprenant, donc, durée de leur vie. Même quand deux
de simples pagnes ou de tuniques
à ce qu’ils soient capables d’exploits personnes tombent amoureuses l’une
de coton et chaussés de sandales de
d’endurance qui stupéfieraient un de l’autre, elles doivent se compor-
cuir pour se protéger les pieds, bien
étranger, comme de marcher des cen- ter loyalement et respectueusement,
qu’il soit très fréquent de marcher
taines de kilomètres en transportant sans se couvrir de petits noms ridi-
pieds nus. Ils aiment les parures cor-
une charge lourde ou de parcourir la cules. Les démonstrations d’affection
porelles, des boucles d’oreilles aux
distance entre deux cités en courant sont vues comme dégoûtantes.
piercings en passant par les bracelets
17
18
le nou v e au monde
LE MONDE SPIRITUEL
U N A U T R E M OND E plus ancien et plus vaste, qui
n’obéit à aucun maître mortel, existe en même
temps au-delà des cités, des autres localités, et au-delà
Chaque domaine du monde spirituel a un nom, une po-
pulation et un aspect différents, liés aux forces spiri-
tuelles qui le régissent.
des tribus les plus reculées, tout en en étant assez proche
pour leur être superposé. V E R S LE NO R D : M I C TLA N
Le royaume de la Mort, Mictlan, est la destination de la
Les peuples du Nouveau Monde, comme toutes les civi-
plupart des gens après leur mort. Les Grecs l’appelaient
lisations historiques, ont toujours su que le monde était
Hadès, les chrétiens l’identifient au Purgatoire.
divisé en deux. Il y a notre monde mortel, que les Mexicas
appellent Tlalticpac, et il y a le monde spirituel, au-delà Mictlan est un lugubre monde souterrain de cavernes
de la réalité physique, qui est le miroir du nôtre mais nous et de ténèbres, où des squelettes parcourent leur morne
est invisible. outre-vie en regrettant leur enthousiasme perdu et la joie
de vivre oubliée.
Les mortels peuvent se rendre dans le monde spirituel
et en revenir s’ils connaissent les sorts adéquats, ou les Le monde de la Mort est habité par toutes sortes de
bons chemins. Beaucoup de routes cachées relient les morts-vivants, corps sans vie titubants, squelettes bla-
deux mondes, que l’on peut emprunter si l’on sait où elles sés, ombres informes ou rusés vampires métamorphes ;
se trouvent ou si l’on tombe dessus par hasard. de temps à autre, quelques-uns de ces esprits morts-vi-
vants acquièrent de plus grands pouvoirs mystiques et de-
Quand un mortel décède, cependant, sa matière spiri-
viennent les prêtres ou les seigneurs de ce monde souter-
tuelle est libérée des contraintes physiques et rejoint dès
rain. Mictlan abrite aussi des esprits animaux, les nahuals,
lors le monde spirituel. Comme le domaine des mortels, le
qui peuvent traverser naturellement les frontières entre
monde spirituel est divisé en quatre quadrants. En ce bas
le royaume de la Mort et le monde mortel.
monde, ils sont appelés le Nord, l’Ouest, l’Est et le Sud,
qui correspondent respectivement dans le monde spiri- V E R S L’ O UE S T : I LH UI C A TL
tuel aux royaumes de la Mort, du Ciel (ou des Cieux), du
Le royaume du Ciel, également appelé les Treize
Feu et de l’Eau. La manière dont quelqu’un meurt détermi-
royaumes bénis, est Ilhuicatl, où tout est brillance, no-
nera quel royaume il rejoindra – et où il demeurera pour
blesse et gloire.
l’éternité.
Les mortels qui meurent avec honneur – guerriers tom-
LES QUATRE MONDES bant au combat, femmes succombant à l’accouchement,
etc. – ou au cours d’un digne sacrifice, peuvent rejoindre
Toutes les civilisations humaines reconnaissent que le Ilhuicatl après avoir traversé le royaume de la Mort, voire
monde spirituel est divisé en quatre domaines. Les an- aller directement au Ciel sans passer du tout par Mictlan.
ciens Sumériens les voyaient comme le Ciel, le Sol, les Ilhuicatl abrite des dragons et d’autres magnifiques
Abysses et la Côte ; les sages atlantes les appelaient l’Air, créatures des nuages et des cieux, mais aussi des morts-vi-
la Terre, le Feu et l’Eau ; dans les religions abrahamiques, vants flottant dans les airs et des squelettes ailés noc-
les quatre quadrants étaient gardés par quatre légions an- turnes. La plupart des morts qui vont en Ilhuicatl re-
géliques constituées de dragons chérubins. joignent les armées des tzitzimitls, des cihuateotls, ou une
Les cultures natives identifient ces quatre domaines autre légion céleste, à moins qu’ils n’entrent au service
aux points cardinaux. Les mondes sacrés sont pour elles d’un dragon ou d’un esprit en tant qu’âmes messagères.
des chemins, pas des lieux ; on ne trouve une région spi- Ilhuicatl est réputé pour ses gigantesques aires de dra-
rituelle qu’en se déplaçant vers elle, pas en l’atteignant. gons. Il y a quatre cents de ces demeures dans le ciel sep-
En se tournant vers l’un des quatre points cardinaux, on tentrional, et autant dans le ciel méridional. Elles sont
se place déjà « dans » le quadrant spirituel correspon- visibles quand la nuit est dégagée : ce sont les étoiles au
dant. Chaque direction cardinale correspond à l’un des firmament.
domaines spécifiques du monde spirituel. La cinquième
« direction », le centre, correspond au monde mortel et à Les chrétiens identifient Ilhuicatl à la Maison de Dieu
notre position actuelle qu’un humain ne peut jamais quit- et voient toutes ses créatures, même celles qui pré-
ter, sauf à disposer des moyens magiques ou des chemins sentent des traits monstrueux, comme Ses manifestations
requis pour pénétrer le monde spirituel. angéliques.
19
20
le nou v e au monde
DIEU ET LES SAINTS Comme chaque culture dispose de ses propres protec-
teurs, les saints et les esprits de DCA sont décrits dans les
Les Européens et les natifs ont des vues diamétralement chapitres parlant de leurs régions respectives.
opposées sur la divinité, sur les saints et sur les résidents
du monde spirituel. Les Européens pensent que les saints Les dragons
des natifs constituent un panthéon païen de dieux mi-
neurs et de démons, tandis que les natifs croient que les Les dragons furent les premières créatures intelligentes
Européens eux-mêmes sont des sortes de démons ou d’es- de la création et les premières à user de la magie, qu’ils en-
prits. Mais tous se trompent. seignèrent aux mortels à l’aube des temps. Ils sont les plus
puissants des résidents du monde spirituel, mais ce sont
T EO T L O U DI E U des créatures physiques qui peuvent voyager à leur guise
Les cultures natives ou européennes voient l’esprit divin dans le monde mortel. En Europe, où les contacts entre le
universel, que toutes les religions reconnaissent comme la monde spirituel et le domaine des mortels se défont len-
source unique de tout pouvoir et de toute magie, sous des tement, les dragons vivent désormais à plein temps dans
aspects très différents. le monde physique.
Les natifs n’accordent qu’un minimum d’importance à Les deux continents, l’occidental et l’oriental, ont aussi
cette force, qu’ils appellent Teotl. Ils admettent qu’il s’agit bien des dragons serpentiformes à plumes que d’autres,
d’une composante essentielle de la création, mais qui ne quadrupèdes, plus similaires aux lézards, dans les deux
mérite pas qu’on y apporte beaucoup d’attention, pas plus cas avec ou sans ailes. Les dragons à plumes sont en géné-
qu’au simple fait de respirer. Teotl reste cependant la force ral plus grands, plus sages et plus puissants que les dra-
de vie du cosmos, la source de toute vie ou idée ; tout objet, gons quadrupèdes, sauf pour les plus vieux de ceux-ci.
toute pensée, toute créature n’est qu’une forme de Teotl.
LE S D R A GO NS D U NO UV E A U M O ND E
Les chrétiens l’appellent Dieu et la voient comme une
entité toute-puissante, sage et éclairée, souvent dotée Le continent occidental abrite toutes les formes de dra-
d’un visage humain : c’est le concept bien connu de « Dieu gons, mais les grands serpents à plumes (appelés de façon
le Père », un vieux sage doté d’une auréole triangulaire. Ils générique les mixcoatls) sont plus fréquents ici qu’en
Le gardent à l’esprit en permanence, Le vénèrent comme Europe. Les mixcoatls ne volent pas par des moyens phy-
l’être suprême de l’univers méritant la plus grande dévo- siques, mais en manipulant les éléments par la magie ; tous
tion, et proclament qu’Il guide leur moindre pas. sont riches de savoirs et de sagesse et il se dit qu’ils ont, en
des temps immémoriaux, aidé à créer les peuples mortels.
Dans le cadre de jeu de DCA, Teotl et Dieu le Père repré-
sentent la même chose : la force cosmique fondamentale, Quetzalcoatl, connu également sous les noms de
la source de la magie et la vie en elle-même. Qucumatz ou Kukulcan dans le Mayapan, est le seigneur
de tous les dragons. C’est un serpent volant, d’âge in-
L E S SA I N T S ET LE PANTH É ON croyablement avancé, qui vit très haut dans les cieux du
Toutes les religions possèdent des saints, des anges ou monde spirituel. Son souffle semblable à l’ouragan – ap-
des divinités inférieures, aspects différents de la force di- pelé « ehecatl » par les Mexicas ou « hurakan » en langue
vine suprême. Dans la chrétienté, les saints et les anges maya – est si puissant que les mortels le révèrent en tant
sont des êtres supérieurs qui exigent, comme Dieu le Père, que tel, comme divinité du vent.
d’être respectés et vénérés au plus haut point. Pour les na- D’autres dragons célèbres incluent Tlaloc, dont le souffle
tifs, les esprits sont des compagnons ou des prestataires est pluie et tonnerre ; Xipe Totec, appelé le Saint écorché
de services, qui doivent être récompensés pour leur coo- parce qu’il portait une peau d’humain afin de se faire pas-
pération, ou alléchés au préalable, par des sacrifices. ser pour un mortel ; Cihuacoatl de la Terre, la mère de tous
Les natifs ont des centaines de saints patrons et d’ancêtres les dragons ; Mixcoatl des nuages, l’époux de Cihuacoatl ; et
sacrés plutôt qu’un panthéon bien défini ou une hiérarchie Cipactli ou Imix Há, le dragon primal semblable à un croco-
divine ; chaque cité-État, voire, dans certaines régions, dile, qui jaillit du néant avant que le monde ne soit, et dor-
chaque clan ou chaque maison, dispose de son propre esprit mit si longtemps que le continent lui-même poussa sur son
protecteur. Ces esprits ne sont pas vénérés en tant qu’êtres dos. Même les plus petits des dragons de la terre, rejetons
supérieurs, mais comme des membres de la communauté, ses de Cipactli, sont si énormes qu’ils peuvent écraser des cités
citoyens surnaturels pour ainsi dire, et ils reçoivent un tri- entières rien qu’en se retournant dans leur sommeil.
but en paiement de leur travail de protection spirituelle. LE S D R A GO NS C H R É TI E NS
Bien entendu, certains saints sont plus puissants que Les dragons européens sont aussi appelés les dragons
d’autres, selon le nombre de familles, de tribus ou de ci- chrétiens puisque la plupart se convertirent au christia-
tés-États qui en appellent à leur protection. Les plus nisme après que sainte Sabra eut dompté le dragon de
grands d’entre eux sont adorés sous de nombreux noms Silène il y a un millénaire de cela.
par les peuples de tout le continent occidental.
21
22
le nou v e au monde
23
24
le nou v e au monde
remplacées par des chapelles dédiées aux saints et aux créatures qui avaient interdiction de pénétrer le monde
ancêtres des humains. Les dragons n’ont pas puni les hu- mortel, comme les résidents morts-vivants de Tlalocan
mains en retour, comme beaucoup des détracteurs de ou de Mictlan, n’hésitent plus désormais à mener des in-
Tlacaelli s’y attendaient ; mais ils ont retiré leur protec- cursions dans les terres humaines et à en ramener par la
tion à plusieurs des cités coupables et certains n’assistent contrainte des captifs vers le royaume des morts.
plus aux sacrifices, désormais rendus aux saints et à d’an-
Les éléments les plus nombreux et les plus effrayants de
ciens chefs de guerre décédés. Le plus grand de ces saints
la Nahui Miquiztli sont les tzitzimitls, les démons volants
est Huitzilopochtli, le Colibri gaucher, connu de son vi-
des étoiles, et leurs terrifiants maîtres, les cihuateotls, qui
vant sous le nom de Mexi, et fondateur de la tribu mexica.
prennent la tête des armés célestes de la nuit contre les
D’aucuns voient là-dedans la main de Tezcatlipoca l’in- cités mortelles.
trigant, l’ancien rival de Quetzalcoatl. Il a toujours été
Pour solidifier leur emprise dans le monde mortel, ces
là,attendant son heure, avant de frapper un dernier coup
armées s’emparent souvent d’une cité non pour la dé-
fatal aux dragons et à leur influence dans les affaires des
truire, mais afin de mettre un seigneur mort-vivant sur
mortels. Mais Tezcatlipoca a, comme de coutume, deux
son trône ; ces tyrans asservissent alors les mortels et les
coups d’avance sur tout le monde.
lancent à l’attaque d’autres cités voisines. Les incursions
À part Tezcatlipoca lui-même et les plus éminents des provenant des cités conquises ou menées par d’autres
nobles mexicas – et peut-être ceux-ci l’ont-ils même déjà hordes du Sixième Soleil ne sont jusqu’ici pas plus qu’une
oublié –, personne ne sait que la réforme religieuse de épine dans le pied de la Triple Alliance ; mais bientôt,
Tlacaelli a eu un prix très lourd. Pour garantir que les an- elles deviendront une menace sérieuse pour les Aztèques
cêtres récompenseraient le nouveau culte des Mexicas, elle et pour les vies de tous les citoyens de l’Anahuac. La Nahui
avait conclu un pacte ténébreux avec les esprits du monde Miquiztli n’obéit à aucun pacte ni à aucun maître.
souterrain, leur offrant les âmes de tous les peuples mexi-
Bien entendu, tous les résidents du monde spirituel ne se
cas en échange du maintien de la domination de la Triple
sont pas joints à cette armée maudite. Certaines grandes
Alliance sur l’Anahuac.
prêtresses cihuateotls et même quelques cohortes de tzit-
Tlacaelli avait exigé que les saints et ancêtres mexicas zimitls se sont dressées contre la Nahui Miquiztli et la
servent son peuple dans la vie ; pour cela, tous les sacri- combattent dans le monde spirituel. Parfois, ces forces du
fices célébrés par les Mexicas et toutes les âmes de tous les « Bien » recrutent des guerriers mortels pour participer
citoyens de la Triple Alliance décédés iraient servir les an- à la bataille contre la ténébreuse armée, bataille qui fait
cêtres et grossir leurs rangs. La protection de son peuple donc rage jusqu’à nos jours. Mais bientôt d’autres joueurs
était donc assurée, puisque chaque Mexica mort devien- se joindront à ce terrible jeu : une nouvelle force inatten-
drait un autre ancêtre qui protégerait les vivants et ren- due va surgir sur le champ de bataille et semer le désarroi
forcerait ainsi l’État. dans les deux camps.
Mais Tlacaelli, quand elle a signé le pacte, n’avait pu an- Des colonies espagnoles prospèrent à Cuba et sur
ticiper les conséquences de sa propre mort. En rejoignant d’autres îles. La découverte par Amerigo Vespucci d’un
les résidents du monde souterrain à sa mort, l’esprit de continent entier, plus à l’ouest encore, a attiré l’atten-
Tlacaelli elle-même s’est retrouvé lié par le pacte, et en se tion de l’Europe entière vers l’Occident. La course pour la
mettant au service des ancêtres, elle les a libérés de toute conquête est lancée.
obligation. Ils pouvaient désormais agir à leur guise.
Les dragons européens survolent les territoires des an-
Certains résidents du monde souterrain se tiennent de ciens mixcoatls, ce qui pourrait enfin forcer les serpents à
bon gré aux clauses du pacte, ayant compris qu’il sert les plumes à sortir de leur isolement.
intérêts tant des morts que des vivants ; mais d’autres
Parmi les humains, les États soumis à l’oppression mexi-
ont vu la mort de Tlacaelli comme une faille leur permet-
ca se préparent à la révolte depuis près d’un siècle ; la
tant de s’introduire et de mener des raids dans le monde
moindre étincelle peut déclencher une guerre civile qui
mortel. Ces esprits déloyaux ont formé une armée pour
réduira la Triple Alliance aztèque en cendres.
envahir les terres des vivants. Ils s’appellent la Nahui
Miquiztli, l’armée du Sixième Soleil, et comptent bien dé- Que va-t-il désormais advenir ? Seul Tezcatlipoca le sait.
truire l’humanité pour entamer un nouveau cycle. Et, derrière son Miroir de fumée, il sourit.
Depuis la création de la Nahui Miquiztli, des créatures
depuis longtemps disparues du monde mortel y resur-
gissent ; des ogres quinametzins parcourent les cam-
pagnes, massacrent les familles et pillent le bétail, et de
gigantesques bêtes difformes, comme des jaguars cor-
nus ou des singes ailés, ont été aperçues, se livrant des
combats acharnés dans la brume. Pire encore, d’autres
25
26
a na huac
27
28
a na huac
dragons revinrent et exigèrent que les nouveaux occu- l’Empire tarasque à l’ouest, et les territoires indomptés
pants les vénèrent et leur payent un tribut. Ils se mêlèrent des aïeux barbares des Nahuas, les tribus chichimèques, au
de nouveau aux êtres humainsrelançant les lignées de sou- nord. Partout ailleurs, les seules frontières de l’Anahuac
verains semi-draconiques, et de nos jours la plupart des sont constituées des mers Occidentale et Orientale. Les
cités nahuas ont un dragon protecteur officiant aux côtés, nombreuses tribus non nahuas qui vivaient jadis dans ces
ou à la place, du saint protecteur originel de la nation. régions ont aujourd’hui disparu ou sont tombées, culturel-
lement et politiquement, sous la coupe des Nahuas.
Les Nahuas ne constituent pas une seule nation, mais
un ensemble de nations qui se livrent d’ailleurs souvent Plus les tribus nahuas sont proches du lac Texcoco, site
la guerre. Chaque grande cité affronte ses voisins, jusqu’à de la Triple Alliance aztèque et centre de gravité tant
les avoir absorbés ou avoir placé ses propres dirigeants à géographique que politique de l’Anahuac, plus elles sont
leurs têtes ; c’est ainsi que fonctionne depuis des siècles fortes et nombreuses. Autour de cet immense lac vivent
la politique nahua. trois différentes nations, les trois plus puissants des États
nahuas ; tout le commerce, toutes les guerres et tout le
Le règne du spirituel savoir de l’Anahuac émanent de ses rives ou y reviennent.
29
30
a na huac
comme un citoyen libre, et le tlatoani le plus puissant est un militaires, économiques et judiciaires. Selon la cité, il peut
servant de sa communauté. Les seules exceptions sont les es- y avoir plus d’un noble en charge de chaque rôle, ou au
claves, les criminels et les prisonniers de guerre, et ces trois contraire un seul noble responsable de plusieurs domaines.
classes sociales proches partagent souvent un statut et des
Puis viennent les nobles représentant les cités ou loca-
conditions de vie similaires. Cependant, même les esclaves
lités mineures et tributaires de la cité-État principale. Les
et les prisonniers peuvent redevenir des citoyens libres une
peuples nahuas les appellent les « teuctlis », ce qui signi-
fois qu’eux, ou leur peuple, ont payé leur dette, que celle-ci
fie « seigneur ». Ils représentent en général une tribu ou
soit envers un maître ou envers la société. Quand une telle
un groupe ethnique unique.
dette doit être payée par un sacrifice, voire par la mort, un
citoyen nahua lambda s’y résignera loyalement, car cela re- Après les teuctlis viennent les chefs de calpollis ou
présente pour lui une chance d’expier ses péchés passés et les chefs locaux. Ils ne sont pas considérés de naissance
de recouvrer fièrement sa place dans l’ordre cosmique. noble, mais ils parlent au nom de toutes les familles sous
leur juridiction.
L E PO UV O I R ET LA LOI
Toutes les sociétés de l’Anahuac sont gouvernées par
un monarque unique, en général héréditaire mais par-
fois élu. Les tribus nahuas les appellent les « tlatoanis »
ou « porte-parole », ce qui signifie qu’ils représentent la
volonté et les intérêts de tous les sujets de leur cité-État.
Certains tlatoanis, en particulier ceux qui dirigent des
États plus faibles ou isolés, exercent un pouvoir absolu et
incontesté qu’ils ne partagent qu’avec leurs conseillers et L’ O R GA NI S A TI O N M I LI TA I R E
leurs prêtres, lesquels devront de toute façon se plier aux
Les armées de l’Anahuac ne sont pas organisées selon le
décisions du tlatoani. Mais la plupart des tlatoanis for-
grade, mais selon l’expérience.
ment des confédérations ou des alliances avec ceux des ci-
tés-États voisines, constituant ainsi une sorte de gouver- Les recrues les plus récentes et celles en cours de forma-
nement républicain où chaque tlatoani parle au nom de tion sont tout en bas de l’échelle et prennent leurs ordres
son propre peuple, et qui prend des décisions conjointes de ceux dont la formation est plus avancée et des instruc-
pour le bien de la communauté. Ces groupements forment teurs militaires.
les États les plus vastes et les plus puissants de l’Anahuac,
Au-dessus d’eux se placent les conscrits civils, qui re-
dont les tlatoanis réunis jugulent autant qu’ils maxi-
présentent le gros des armées et ne prennent leurs ordres
misent la puissance de chacun d’entre eux.
que de leurs pairs plus expérimentés : d’autres civils, qui
La plupart des tlatoanis ont un grand conseiller, ou ont survécu à plusieurs guerres. L’expérience est ici mesu-
cuauhtlatoani, responsable des affaires provinciales ou rée par le nombre d’ennemis qu’un combattant a capturés
locales. Les Mexicas nomment ce conseiller leur « cihua- ou vaincus sur le champ de bataille.
coatl », en l’honneur de leur prêtresse-sorcière Tlacaelli.
À l’échelon supérieur se trouvent les sociétés militaires
Le cuauhtlatoani ou cihuacoatl détient le plus grand pou-
qui ne comprennent que des soldats de carrière à plein
voir exécutif au sein de la cité-État, et en use pour faire
temps. Elles forment l’élite de toute armée, et, comme
respecter la volonté du tlatoani.
les troupes de moindre qualité, n’obéissent qu’à leurs
Après le tlatoani et son grand conseiller vient la caste des membres les plus expérimentés.
prêtres. Chaque temple dispose de sa propre hiérarchie, le
Dans les sociétés aztèques, les chefs de ces unités sont
prêtre principal du saint patron ou du dragon supervisant
les fameux guerriers-aigles ou jaguars, qui pratiquent la
tous les prêtres mineurs de ce temple et étant soumis à son
magie nahualotl en plus de leur entraînement martial.
tour au grand prêtre unique de la cité. Celui-ci peut, et doit,
donner son avis sur les affaires économiques et militaires. Le commandant unique des sociétés militaires d’une
cité, appelé « tlaccatecatl » par les Nahuas, dirige les trois
Quelle que soit la taille ou la puissance de la cité, le tla-
composantes des armées : recrues en cours de formation,
toani et ses grands conseiller et prêtre en sont les auto-
milices civiles et troupes de carrière. Le tlaccatecatl n’a
rités suprêmes, portant la parole des saints et la volonté
pour supérieur que le conseiller militaire de la cité.
des résidents du monde spirituel ; tout le monde doit s’en
remettre à leur jugement. Certaines cités importantes, comme Tenochtitlan, dis-
posent de plusieurs sociétés militaires chargées de dif-
Après ces dirigeants suprêmes vient le haut conseil des
férentes tâches : campagnes extérieures, défense de la
nobles de la cité, dont les membres peuvent être tout sim-
cité ou garde du palais. Les gardes des palais mexicas,
plement les parents les plus proches du tlatoani, ou des
les cuahchiquehs, sont des soldats d’élite à l’entraîne-
fonctionnaires élus démocratiquement qui se répartissent
ment surhumain, universellement reconnus comme les
divers rôles. Ces rôles concernent en général les affaires
plus terribles combattants du monde.
31
32
a na huac
Chassant, en
Né Tlacati Matla Pierre Tetl
chasse
33
34
a na huac
bienveillante de paix et de sagesse et Huitzilopochtli demeure à ce jour le « miroir de fumée », désigne une
n’exige jamais de sacrifice, même s’il le saint principal des Mexicas, leur réflexion opaque, une révélation ca-
se réjouit de voir des mortels verser patron de la guerre, de l’espoir et de chée. Tezcatlipoca porte aussi des
leur sang pour le monde spirituel. la victoire. titres qui tous attestent de son carac-
tère ambigu : l’Unique qui est double,
Quetzalcoatl vit depuis des millé- TLALO C le Donneur qui reprend, l’Ennemi des
naires et assista à l’émergence et à la
Également adoré sous les noms deux camps, et beaucoup d’autres
disparition de toutes les civilisations.
de Donneur de pluie ou de Seigneur encore.
Il contribua d’ailleurs aux débuts de
des monstres, Tlaloc est un serpent
certaines de ces civilisations, en pre- Après la création du premier soleil,
à plumes immense et très puissant,
nant forme humaine et en devenant Tezcatlipoca prit une part active à la
le seigneur de tous les tlacoatls, ou
le souverain ou le conseiller de ces création, ou plutôt, il s’activa à dé-
dragons de l’eau. Il est plus féroce
États antiques. faire les créations des autres esprits.
que Quetzalcoatl et conserve cer-
Ses hauts faits les plus célèbres sont
Il fut le premier dragon à aimer une tains aspects physiques bestiaux des
ses rencontres avec Quetzalcoatl, qui
femme mortelle. Ses descendants de- dragons, même sous forme humaine.
les virent parfois coopérer, parfois
vinrent les Coatlacas, des lignages Quand son frère Quetzalcoatl créait
s’opposer ouvertement, et créer de
d’humains bénis des dragons et dotés de nouveaux mondes ou de nouvelles
nouveaux mondes en détruisant les
de longue vie, qui gouvernaient jadis formes de vie, Tlaloc les mettait à
précédentes créations de l’autre. La
toutes les grandes sociétés. Beaucoup l’épreuve en déversant sur eux ton-
rivalité entre les deux esprits engen-
croient que c’est en raison de l’amour nerre et tempêtes monstrueuses.
dra les ères cosmiques connues sous
de Quetzalcoatl pour les femmes mor-
Les créations de Tlaloc com- le nom des Cinq Soleils, et coûta à
telles que les dragons, de nos jours
prennent toutes les créatures féroces Tezcatlipoca son pied gauche quand
encore, s’y attachent et les écoutent.
comme le jaguar et les animaux ma- Cipactli, le dragon primal, le lui ar-
Quetzalcoatl est si puissant et sacré rins protégeant les océans contre racha alors qu’il l’avait attiré dans
que son souffle en lui-même, appe- ceux qui recherchent sa résidence se- un piège dans le but de façonner le
lé Ehecatl, le vent, est adoré en tant crète dans Tlalocan. monde à partir de son corps.
qu’aspect de ses pouvoirs.
XIUH TE C UH TLI De nos jours, Tezcatlipoca vit
HUI T ZI L O PO CH TLI toujours dans sa résidence cachée
Le Vieux Saint, le Magicien du feu, le
quelque part dans le monde spiri-
Également nommé Mexi, le « Colibri Dompteur de dragons : Xiuhtecuhtli
tuel, d’où il observe les mortels et
gaucher » s’éleva jusqu’au monde fut l’un des premiers humains, voire
exerce une influence subtile sur leurs
spirituel pendant la pérégrination le tout premier, à rejoindre le monde
affaires. Il leur apparaît parfois en
de sa tribu de l’île mythique d’Aztlan spirituel. Il est révéré en tant que tel
personne, prodigue ses conseils ou
vers les territoires de l’Anahuac. comme patron du temps, des cycles
pose des énigmes pour aider ou gêner
et de la vie après la mort.
Né sous le nom de Mexi, il était de leurs entreprises. Ses aspects favo-
sang draconique et descendant de la De son vivant, il était un grand ris sont d’humbles vieillards bossus,
mère des dragons elle-même. Encore magicien du feu, et les dragons xiu- d’étranges magiciens, des jaguars na-
très jeune, il tua sa demi-sœur dra- hcoatls lui parlaient comme à un ami. hualotls ou des nuages de fumée.
gon et combattit également d’autres Il invoqua le premier serpent xiu-
Tezcatlipoca est la lune et la nuit,
dragons qui lui contestaient son héri- hcoatl du feu et lui conféra la forme
mais dans des mondes passés il fut
tage. Puis il devint le teuctli des gens d’une lance, qu’il offrit ensuite à
aussi parfois le soleil. Il est en même
du commun de la grande cité d’Azt- Huitzilopochtli comme tribut à sa
temps vie et mort ; il est l’enne-
lan, prit plus tard la tête d’une ré- puissance – et comme preuve de la
mi créateur, le seigneur malveil-
volte contre les seigneurs de la cité, sienne propre.
lant, celui qui connaît la magie, les
avant de mener son peuple vers le
TE ZC A TLI PO C A mystères et les secrets, une source
sud pour établir son propre État dans
à la fois de grands mensonges et de
ces terres bénies. Personne ne sait si Tezcatlipoca, le
grandes vérités.
premier magicien, fut jadis un mor-
Il mourut à mi-chemin, mais son
tel, le premier d’entre eux à jamais Il apprécie et appréciera toujours
peuple fit immédiatement une effigie
apprendre la magie, ou s’il est un es- la dévotion et la frayeur des mortels,
de lui et l’adora comme un saint. Il ac-
prit ancestral remontant à l’ère pri- sans bien sûr en avoir réellement be-
compagna ainsi les Mexicas jusqu’au
male d’avant l’apparition des êtres soin ou y être particulièrement atta-
bout de leur périple, les guida pour
humains. Peut-être est-il l’être le ché… car, de toutes les créatures de
ériger la grande Tenochtitlan, et veil-
plus ancien de la création. l’univers, lui seul comprend Teotl
la sur eux alors qu’ils devenaient le
dans son entièreté, et lui seul sait ce
peuple le plus puissant de l’Anahuac. À vrai dire, nul n’en sait beaucoup à
qu’il adviendra.
son sujet. Même son nom, qui signifie
35
36
a na huac
LES AZTÈQUES
L E S A Z TÈ Q U ES R EGR OU PENT en fait trois tri-
bus distinctes : les Mexicas, les Acolhuas et les
Tépanèques, dont la Triple Alliance règne sur l’Anahuac
L’Alliance aztèque contrôle la vie et la politique de
centaines d’États, de cités et de tribus moins importants
répartis sur tout l’Anahuac ; beaucoup contestent ou-
depuis les rives du grand lac Texcoco. De ces trois tribus, vertement ce contrôle, sans avoir la puissance qui leur
les Mexicas, chefs de l’Alliance, sont les plus puissants permettrait de réellement s’opposer à l’Alliance.
politiquement et militairement ; les Acolhuas sont les
Bien que l’Excan Tlahtoloyan soit censée être une al-
plus pieux et les plus versés dans la magie et les arts ; les
liance entre égaux, les Mexicas en sont les chefs incon-
Tépanèques sont les plus doués en agriculture et en mé-
testés, en bonne voie de devenir à eux seuls la puissance
decine et connaissent le mieux le monde naturel. Quand
suprême du territoire. Ainsi, quand les gens parlent de
le texte mentionne les « Aztèques », il désigne les trois
l’Alliance, en interne ou en externe, la plupart pensent en
membres de l’Alliance dans leur ensemble.
réalité aux Mexicas, que les autres tribus associent à leur
Peuple civilisé et théocratique, les Aztèques ont sou- oppression.
mis la plupart de leurs voisins et dominent leurs États
Les dirigeants de la Triple Alliance portent le titre de
vassaux par la force militaire et l’interventionnisme
tlaotani, « porte-parole », ce qui signifie qu’ils sont la
politique. Ils représentent la puissance dominante en
voix de leur peuple dans les affaires du gouvernement.
Anahuac, à laquelle toutes les autres nations payent un
tribut sous une forme ou une autre ou doivent au mini-
mum un certain respect, même forcé. Cela signifie aussi Les Mexicas
que la plupart des tribus de l’Anahuac ont adopté au
moins quelques aspects des lois et de la culture aztèque. Les Mexicas constituent la plus vaste des tribus nahuas
et la nation la plus puissante de l’Anahuac ; maîtres incon-
En termes de roleplay, un personnage aztèque est l’ar- testés du continent, ils y sont aussi les derniers arrivés.
chétype de l’humain « moyen », auquel sont comparés
les personnages issus de toutes les autres cultures na- Les Mexicas suivirent leur chef de guerre Mexi pendant
tives ou étrangères. l’exode des Nahuas depuis le nord lointain ; ils furent le
dernier des peuples nahuas à atteindre les rives du lac
Les cités-États aztèques, ou altepetls, sont de grands Texcoco, et trouvèrent donc toutes les ruines antiques
centres urbains composés de plusieurs calpollis (des déjà réoccupées, toutes les bonnes terres déjà prises.
quartiers dirigés par des chefs de clans ou de famille),
qui obéissent à un gouvernement central formé d’un mo- Mais, sous la férule de leur ancêtre Mexi, les Mexicas
narque désigné, le tlatoani, et d’une caste de prêtres abri- prospérèrent, d’abord comme mercenaires au service
tés dans de grands temples pyramidaux. Les cités-États d’autres tribus nahuas, puis grâce à leurs propres armées
s’étalent autour de ces pyramides dont les dirigeants conquérantes capables de faire et défaire les alliances, ai-
prennent tous les calpollis les entourant sous leur aile. dant les cités-États altepetls les unes contre les autres,
jusqu’à devenir les plus puissants de tous.
Les Aztèques ne se désignent pas par ce nom. Ils utilisent
plutôt le nom de chaque peuple : Mexicas, Acolhuas ou La première et la plus importante altepetl des Mexicas
Tépanèques, voire souvent les noms locaux : Tenochcas, fut Tenochtitlan, à l’origine une colonie précaire dans les
Tlatelolcas ou Chalcas. Parmi eux, les Mexicas tenochcas marécages, aujourd’hui la plus vaste métropole de l’Ana-
sont les plus nombreux et les plus puissants. huac et la capitale du monde connu.
H UI TZ I LO PO C H TLI
La Triple Alliance
Le saint teotl principal des Mexicas est Huitzilopochtli,
le patron de la guerre et de la lutte.
L’immense État aztèque est une triple alliance entre les
Mexicas, les Acolhuas et les Tépanèques ; son nom officiel De son vivant, Huitzilopochtli était le gaucher Mexi,
est Aztecatl Excan Tlahtoloyan, soit « le Règne des trois surnommé le Canari, un chef de guerre talentueux qui, à
États aztèques ». Le nom d’Aztèque est une référence à lui tout seul, fit des Mexicas, une tribu de nomades mépri-
Aztlan, une ancienne cité dont la tribu mexica est origi- sés, les maîtres du monde ; d’abord comme dirigeant de
naire. Ce nom n’est cependant porté par aucune nation chair et de sang, puis comme présence spirituelle qui s’ex-
individuelle. primait par la voix des prêtres mexicas.
37
Paradoxalement, Tlacaelli avait renié son identité de Après de nombreux conflits avec les États nahuas voi-
prêtresse des dragons et œuvré toute sa vie à minorer le sins, les Acolhuas les surpassèrent grâce à leur alliance
culte des dragons et à faire de Huitzilopochtli le seul vrai avec les Mexicas, qui donna naissance à la Triple Alliance
saint patron de la civilisation mexica. et consacra la prééminence des deux nations pour un
siècle, jusqu’à nos jours.
Tlacaelli mourut il y a vingt ans de cela, léguant aux
Mexicas l’État le plus puissant que le monde ait connu. Au sein de la Triple Alliance, les Acolhuas ne le rendent
Mais elle n’a pas cessé de veiller sur eux, car elle est fré- en puissance qu’aux Mexicas, mais leur maison régnante
quemment invoquée par les prêtres mexicas et son ombre s’est affaiblie et beaucoup craignent de la voir devenir une
morte-vivante leur prodigue toujours ses conseils d’outre- marionnette aux mains des Mexicas après la mort de leur
tombe depuis le monde spirituel. monarque, Nezahualpilli.
M O TECUZO M A LE S D R A GO NS D E S A C O LH UA S
Motecuzoma Xocoyotzin « le Jeune », récemment cou- Les Acolhuas pratiquent toujours le culte des dragons.
ronné tlatoani de Tenochtitlan et donc seigneur des Ils sacrifient aux dragons tlacoatls, dont Tlaloc lui-même,
Mexicas et de la Triple Alliance, est un diplomate et qui se rend chaque année à Coatlinchan pour y recevoir
homme d’État pragmatique, qui compte rétablir un règne un grand tribut.
purement héréditaire à la place de la méritocratie. Ils adorent aussi leur ancêtre Xolotl le chien-dragon,
saint protecteur de Texcoco, qui défend la cité en per-
sonne, ce que bien peu de dragons s’abaissent à faire.
38
a na huac
39
40
a na huac
Les Totonaques
41
42
a na huac
L’EMPIRE TARASQUE
E N F I N , I L Y a les Tarasques.
L’Empire tarasque, sans aucun doute la plus puis-
sante de toutes les nations non nahuas de l’Anahuac, do-
de nombreuses nations se sont pliés à ces règles et ont
rejoint la mystérieuse civilisation tarasque, renonçant à
leur ancienne nationalité – en général otomi, nahua or te-
cuexe – pour devenir des P’urép’echas.
mine le nord-ouest de la région, entre les territoires
aztèques et chichimèques, et constitue un obstacle infran-
chissable à l’expansion des Aztèques vers l’ouest. De tous Le pouvoir
leurs voisins, qu’ils soient alliés, rivaux, tributaires ou to-
talement asservis, les Tarasques sont les seuls contre les- Les Huacuse’echas vénèrent les grands dragons élé-
quels les Mexicas n’ont jamais réussi à gagner une seule mentaires des quatre royaumes du monde spirituel, qu’ils
guerre ni à conquérir une seule ville. appellent des tire’pemes. Tous les mondes, les Quatre
Directions et le monde mortel, ont leur propre gardien
L’Empire tarasque appartient aux peuples huacuse’echas, tire’peme. Curica’hueri est le père de tous les tire’pemes
que les Nahuas appellent les Michuacas, des tribus sans et le plus puissant des esprits auxquels les Huacuse’echas
lien ni avec les Nahuas, ni avec les Chichimèques. adressent leurs prières et leurs sacrifices. Curica’hueri
Malgré sa puissance et sa culture avancée, l’Empire ta- est le nom en langue huacuse’echa du dragon mixcoatl
rasque ne prend quasiment aucune part aux jeux de pou- originel.
voir en Anahuac, sauf pour contenir les incursions mexi- Les rituels sacrificiels huacuse’echas sont très sem-
cas sur ses frontières orientales et pour gérer, au nord, les blables à ceux des Mexicas, bien qu’ils ne soient pas aussi
conflits frontaliers avec les Chichimèques. Bien qu’il soit fréquents et concernent surtout des prisonniers de guerre
frontalier de la moitié des nations de l’Anahuac, ce qui se ou des ennemis de l’État, dont les têtes sont exposées en
déroule en son sein demeure inconnu même pour ses voi- guise d’avertissement après que leurs corps ont été don-
sins les plus proches. Les Huacuse’echas et leur culture nés aux dragons.
restent ainsi aussi étrangers et distants que s’ils avaient
vécu sur un autre continent, sauf pour les rares individus Le fondateur de la tribu des Huacuse’echas était
qui ont acquis l’une de leurs armes magiques en métal – ou Tariacuri, un dragon tire’peme ayant pris forme humaine
pour ceux qui en ont été victimes. – peut-être était-ce Quetzalcoatl lui-même ? – dont le li-
gnage gouverne encore l’Empire de nos jours.
Les Huacuse’echas Sous le règne de Tariacuri, les Huacuse’echas apprirent
l’écriture, l’architecture, la navigation et l’agriculture ;
Les Huacuse’echas, ou « peuple des aigles », prétendent il apprirent aussi l’art de forger des armes de tiamu, un
que leurs ancêtres, émanations du Vent et de l’Eau, quit- métal sacré, bien qu’on ne sache pas si Tariacuri le leur
tèrent le monde spirituel pour s’installer sur les terres enseigna ou s’ils en apportèrent le secret de leur terres
des mortels. Cela pourrait certes expliquer l’intraitable ancestrales.
puissance des Tarasques ; cependant, tous les Mexicas
Tariacuri construisit les cités de Patzcuaro et de
vous confirmeront que les Huacuse’echas, comme tout le
Tzintzuntzan pour y abriter son peuple afin qu’il puisse
monde, saignent et crient comme des gorets quand on les
régner de là sur toutes les nations voisines. Quand il quit-
écorche vifs.
ta ce monde, la capitale fut déménagée à Tzintzuntzan.
Mais quelle qu’eût été leur origine, quand les
Avant de s’élever jusqu’au monde spirituel, Tariacuri
Huacuse’echas arrivèrent en Anahuac, ils s’installèrent
portait le titre d’Ire’echa, ou « Maître de toutes les
sur les rives du lac Patzcuaro et rassemblèrent tous les
terres », que tous ses descendants conservèrent.
peuples natifs en un seul empire, sous leur domination.
L’Ire’echa actuel de l’Empire tarasque est Tzitzi
Tous les dirigeants tarasques sont de nos jours des
Pandaquare, un vieux conquérant au sang draconique,
Huacuse’echas. Les autres tribus de la région sont qua-
dont le nom est synonyme de décennies ininterrompues
lifiées collectivement de P’urép’echas, ou « gens du
de victoires. Il est désormais très âgé et son fils, Tzan Cua,
commun ».
est sur le point de lui succéder.
Les Huacuse’echas ont accueilli sur leurs terres des
gens de toutes origines ethniques, à la condition qu’ils y
vivent comme leurs sujets p’urép’echas et acceptent de
sacrifier leur vie pour la défense de l’Empire. Des gens
43
44
a na huac
Les tribus du
Nord-Est
45
46
a na huac
S A I NTS P A TR O NS D E LA C I TÉ
Le protecteur de Texcoco est Xolotl, le chien-dragon,
S A I NT S PA T RONS DE LA CITÉ
un mixcoatl de petite taille mais de grande sagesse, de-
Le principal saint patron de Tenochtitlan est mi-frère de Quetzalcoatl et fondateur de la lignée souve-
Huitzilopochtli, l’ancêtre chef de tribu qui guida les raine acolhua. Contrairement aux autres dragons, Xolotl
Mexicas hors des arides étendues du Nord. Le Grand part souvent à la bataille aux côtés des Acolhuas et les
Temple de la cité lui dédie des sacrifices rituels mensuels. aide volontiers à conquérir et pacifier d’autres territoires.
Tenochtitlan rend également hommage à un ancêtre Texcoco bénéficie aussi du patronage de Tlaloc, le sei-
magicien que les Mexicas appellent Xiuhtecuhtli. De son gneur suprême de tous les dragons des pluies, qui veille
vivant, ce magicien fut le premier mortel à commander sur toutes les localités acolhuas. Bien que la protection
aux dragons. Il offrit à Huitzilopochtli sa lance-dragon, le personnelle de Tlaloc soit réservée à la cité ancestrale de
serpent du tonnerre Xiuhcoatl. Coatlinchan, il a affecté ses quatre plus puissants tlacoatls
Tenochtitlan bénéficie aussi de la protection de trois à la garde de Texcoco, en échange du sacrifice d’animaux,
dragons mixcoatls et d’un dragon tlacoatl, lesquels exi- de prisonniers de guerre et de criminels condamnés.
gent toujours un tribut des Mexicas malgré l’élévation de
Huitzilopochtli au rang de protecteur de la cité, et veillent Cholollan
sur celle-ci au nom de leurs seigneurs, respectivement
Quetzalcoatl et Tlaloc. Cholollan est la plus vieille cité de l’Anahuac et aussi
Les quatre secteurs de Tenochtitlan disposent chacun de la seule à n’avoir jamais été abandonnée, conquise ou re-
leur sainte patronne locale, leur « marraine protectrice ». construite. Le « lieu sûr » est la colonne vertébrale spiri-
Ces quatre marraines sont l’Arrière-grand-mère, sainte tuelle de la culture et de l’identité nahuas.
de la médecine et des herbes ; Chicomecoatl, la sainte de Construite par des dragons aux premiers jours du
l’agriculture et de la maternité, au sang draconique ; la Cinquième Soleil, Cholollan n’a jamais appartenu à une
Princesse des fleurs, sainte de la beauté, de l’amour et nation en propre et a toujours servi de centre commer-
des fêtes (son frère, le Prince des fleurs, a droit égale- cial et religieux commun à tous les États nahuas, à tra-
ment à certaines dates à un hommage et un sacrifice) ; et vers toutes les guerres et toutes les alliances, et de terrain
Cihuacoatl elle-même, la Mère des dragons, qui ne veille neutre où les citoyens de partout sont bienvenus, et ce
pas en personne sur la cité mais envoie des mixcoatls fe- depuis que les mortels ont foulé ce monde pour la pre-
melles pour recevoir les sacrifices en son nom. mière fois.
Tlatelolco a son propre dragon tlacoatl gardien, que Cholollan est et a toujours été un centre essentiellement
les locaux appellent Tlaloc bien qu’ils sachent qu’il n’est religieux, régi par un système de théocratie tournante ou,
qu’un envoyé de Tlaloc lui-même. Ce dragon protège l’al- en ses heures les plus sombres, par de dévots seigneurs de
tepetl seul et sans discontinuer depuis sa fondation, et la guerre. La cité revendique 360 temples, un pour chaque
continue à le faire en échange du sacrifice régulier d’en- jour du tonalpohualli et pour chaque saint patron connu
fants tlatelolcas malades ou invalides. de chaque nation de l’Anahuac.
47
48
a na huac
le Père de tous les dragons, appe- Les ruines de Teotihuacan, au nord- dragons prenaient encore forme hu-
lé Mixcoatl par les Mexicas. Chaque est du lac Texcoco, sont encore de nos maine pour s’unir aux mortels.
année, Curica’hueri visite la cité sous jours un site sacré pour les Aztèques,
Dani Baán domina le sud-est de
forme humaine, entouré d’un nuage qui le surveillent et y conservent une
l’Anahuac pendant un millénaire,
de colibris messagers. Beaucoup de chapelle dédiée aux Vieux Saints.
au point de rivaliser en importance
paysans, aussi bien mexicas que ta-
TOLL A N avec Teotihuacan elle-même. Après
rasques, croient pour cette raison
que sa puissance eut déclinée et que
qu’il existe un lien entre Curica’hueri Ancienne cité des Toltèques, les
les Zapotèques eurent bâti d’autres
et Huitzilopochtli, le saint colibri descendants des seigneurs-esprits de
cités ailleurs, la montagne du Jaguar
mexica de la guerre – à ceci près Teotihuacan, Tollan est le berceau de
devint un lieu hanté et magique, où
qu’ils sont rivaux et le contraire l’un la civilisation sous sa forme actuelle.
fantômes et esprits franchissaient
de l’autre. C’est là que furent élaborées les mé-
les frontières entre les mondes pour
thodes actuelles dans les domaines
chanter la mémoire d’un empire
Les ruines sacrées de la monnaie, de l’architecture, des
disparu.
mathématiques et de la médecine.
En plus de ses cités pleines de vie, La Mictlan zapotèque est désor-
Quand les sept tribus nahuas fui-
le monde nahua possède certains mais une nécropole en ruine à l’at-
rent les terres des anciens Aztèques
sites en ruine de grande importance, mosphère étrange et inquiétante
et émigrèrent des déserts nordiques
qu’il n’a pas entièrement délaissés. dont les voyageurs se détournent,
pour l’Anahuac, Tollan et ses secrets
Ces ruines sont toujours entretenues mais que les Zapotèques vénèrent.
étaient le prix qu’elles convoitaient.
et surveillées, souvent pour des rai- Les Dani Beedze, un ordre ancestral
sons religieuses, mais aussi dans le Cette même migration nahua signa de prêtres, veillent sur le site depuis
but d’exploiter leurs ressources ou de cependant la fin de l’âge d’or de la des siècles. Mais une ténébreuse et
les fouiller pour y retrouver des tré- cité, car la grande métropole cultivée corruptrice affliction les a récem-
sors perdus. et éclairée fut incapable de supporter ment frappé ; ils adorent désormais
une telle vague d’occupants nomades les esprits du monde souterrain et
T EO T I HUA CA N et s’effondra peu après leur arrivée. proclament l’arrivée de l’Armée des
Cette cité antique est l’endroit où morts. Ceci indiquerait que la Nahui
Emportant ce qu’ils pouvaient de
les Anciens Saints se rassemblèrent Miquiztli, l’armée du Sixième Soleil,
la culture toltèque, les Nahuas conti-
et construisirent la première civilisa- s’est emparée des ruines de la mon-
nuèrent leur périple, s’installant fi-
tion du Quatrième Soleil. Ses ruines tagne du Jaguar.
nalement autour du lac Texcoco pour
traversèrent les âges et la nouvelle fonder les États qui deviendraient A Z TLA N
espèce humaine les occupa, sous la di- un jour la Triple Alliance, sur le mo-
rection de ses propres saints patrons. Cité d’origine semi-mythique des
dèle de la culture et la splendeur de
tribus nahuas, Aztlan était le site
Teotihuacan dominait encore Tollan.
de la première civilisation aztèque
l’Anahuac il y a mille ans, et c’est L’emplacement originel de Tollan à l’aube du Cinquième Soleil. Selon
d’elle que les sciences de l’écriture, fut oublié, et les étendues sauvages la légende, tous les peuples nahuas
de l’architecture et de la guerre se qui entouraient les ruines se rem- viennent des terres autour d’Aztlan
propagèrent vers toutes les autres plirent d’esprits et de créatures ma- et ont brisé le joug de leurs maîtres
tribus et nations. Finalement, les giques. Pire encore, c’est là que la aztèques pour partir vers le sud et
habitants de Teotihuacan partirent Nahui Miquiztli, l’armée du monde s’installer en Anahuac.
peupler d’autres lieux, emportant souterrain, a récemment établi sa
partout leur culture et leur science, Le peuple aztèque originel est
première tête de pont dans le monde
et laissant derrière eux la ville en té- éteint depuis des siècles, mais les
mortel. Aujourd’hui, Tollan renaît
moignage du passage des Saints sur Mexicas, à maintes reprises, se sont
comme l’ombre ténébreuse de son
cette terre. lancés à la recherche de la cité légen-
glorieux passé.
daire de leurs ancêtres. Aujourd’hui
Les hommes-esprits de Teotihuacan LA MO NTA GNE D U J A GUA R encore, ces ruines restent cachées.
érigèrent les cités de Cholollan, Peut-être n’existent-elles même
Aztlan et Tollan, ainsi que les Les plus importantes ruines non
plus... mais le mystère, lui, demeure.
grandes localités des Zapotèques et nahuas de l’Anahuac sont celles de
Qu’est-il advenu des Aztèques ori-
des Mokayas, des Mixtèques et des Dani Baán, l’ancienne capitale des
ginels ? Où se trouve leur glorieuse
Totonaques, des Chontals et des Itzás Zapotèques, sur le site légendaire de
capitale ? Si Aztlan est toujours là,
– en somme, de toutes les grandes ci- la montagne du Jaguar. Connue des
quelque part, elle a sûrement les ré-
vilisations qui leur succédèrent. Nahuas comme la Mictlan zapotèque,
ponses à maintes questions – et abrite
cette cité fut construite avant la chute
maints secrets
de Teotihuacan, à une époque où les
49
50
a na huac
« La Mort unique », le seigneur de Mictlan. Hueyohuapilli en ruine, enchanté et préservé, où seuls résidaient de pe-
est un maître en politique et en diplomatie ; c’est lui qui a eu tits ordres religieux et des mendiants errants.
l’idée de réinterpréter le pacte de Tlacaelli pour permettre
Cela prit fin l’année dernière, quand la Nahui Miquiztli
à la Nahui Miquiztli de pénétrer le monde des mortels.
s’en saisit et y établit sa base d’opérations. Le site de
Les huit autres Sombres Saints sont : Mictlancolli, le Tollan est lourd de noirs nuages et de choses plus sombres
grand général qui règne sur les territoires conquis de encore ; les seigneurs de la Nahui Miquiztli s’y sont instal-
Tollan ; Huenahualotl, maître de la magie noire et sei- lés et dominent les villes humaines avoisinantes.
gneur du Sixième Mictlan en terres zapotèques ; Coateotl,
La présence des Mexicas dans la région de Tollan avait
le dragon mort, mixcoatl sombre du chaos ; Micteyaotl,
toujours été limitée, car ils éprouvaient envers le pays
le héraut noir de la Mort, porteur de la Masse fatale ;
de leurs prédécesseurs toltèques une crainte supersti-
Nenhuecihuatl, l’esprit d’une reine coatlaca, maîtresse de
tieuse, et voyaient depuis cinq siècles Tollan comme un
l’infortune ; Tlazolteotl, le Saint du vice et de la maladie,
pays hanté. Maintenant qu’une puissance vraiment téné-
plus puissant même que Hueyohuapilli ; Mictemic, l’esprit
breuse émerge là, Motecuzoma et ses généraux ont été
des cauchemars et de la terreur, et Tonehuizteuctli, le sei-
forcés de regarnir les vieilles garnisons et de rallumer les
gneur des tourments, plus jeune frère de Hueyohuapilli.
feux d’alarmes oubliés. Bientôt la guerre fera rage dans
Les Neuf Sombres Saints ne doivent pas être confondus ces étendues hantées, et les puissances de Tollan et de
avec les Neuf Seigneurs de Mictlan, les maîtres du monde Tenochtitlan s’y affronteront.
souterrain, encore plus puissants. Ils croient d’ailleurs
être les avatars ou les représentants des Neuf Seigneurs, LE S TE R R E S D E S O R C E LLE R I E
mais ceux-ci n’ont rien à voir avec l’armée du Sixième Entre Tollan et Tenochtitlan s’étendent des terres arides
Soleil et se contentent de l’observer du haut de leurs et ravinées, des marécages et des landes habitées par des
trônes, sans encourager ni condamner ses actes. esprits errants et des bêtes en maraude. Les Mexicas nom-
ment cette région Teotlalpan, les Terres de sorcellerie.
Les Neuf Sombres Saints commandent chacun leur
propre légion, mais prennent rarement part aux com- Teotlalpan a toujours constitué un passage entre les
bats car les armées mortelles n’en valent que rarement la mondes spirituel et mortel, et c’est probablement par
peine : même le saint protecteur d’une cité, voire son dra- là que l’armée du Sixième Soleil s’est engouffrée en
gon mixcoatl, ne peut surpasser un seul d’entre eux. Anahuac. Désormais, alors que les seigneurs ténébreux se
sont installés à Tollan, Teotlalpan grouille de fantômes et
Pour la plupart, ils supervisent donc toutes les opéra-
de démons, prêts à suivre les armées des esprits dans leurs
tions de la Nahui Miquiztli depuis leurs forteresses dans
raids sur le monde mortel.
le monde spirituel, sauf quelques-uns qui ont pris posses-
sion d’une cité conquise et dirigent de là leurs forces dans Les cités les plus proches de Teotlalpan – Atotonilco,
le monde mortel. Axocopan, Cuauhtitlan, Xilotepec et Xocotitlan – ont choi-
si de ne pas résister à la Nahui Miquiztli et sont désormais
Les territoires de la Nahui tributaires des maîtres de Tollan. Elles ont toutes accueilli
Miquiztli des ambassadeurs ou intendants du Sixième Soleil, et ont
de facto fait allégeance à la Nahui Miquiztli. Bien que peu-
plées d’êtres humains vivants, elles sont désormais consi-
L’armée du Sixième Soleil n’a pas encore pris de cité hu-
dérées comme membres de l’armée du Sixième Soleil.
maine majeure, parce qu’elle souhaitait d’abord établir
une tête de pont sur les terres mortelles avant de déclarer LE S I XI È M E M I C TLA N
la guerre à l’Excan Tlahtoloyan et aux autres puissances
Une fois que le Sixième Soleil eut établi une première
de ce monde.
base dans le nord de l’Anahuac, il tourna ses regards vers
La Nahui Miquiztli s’est donc pour l’instant contentée de le sud et s’empara des ruines antiques de la première cité
s’emparer de ruines anciennes, de les fortifier et de terro- zapotèque sur la montagne du Jaguar, que les Mexicas ap-
riser les villes les plus proches. Cependant, le total de ses pelaient la Mictlan zapotèque. Les seigneurs de la Nahui
conquêtes couvre une superficie aussi grande qu’une pe- Miquiztli la rebaptisèrent le Sixième Mictlan, comptant
tite nation. Le temps est venu pour elle d’une première of- en faire leur principal centre de pouvoir dans le monde
fensive contre les plus vastes cités mortelles de l’Anahuac. mortel.
L’assaut redouté peut débuter d’un jour à l’autre.
Les ruines de la montagne du Jaguar avaient toujours
T O L LA N eu la réputation d’être un chemin d’accès au monde sou-
terrain. Les prêtres zapotèques de l’ordre sacré de Dani
Berceau de la civilisation de l’Anahuac, la grande mé-
Beedze surveillaient le site de très près. Mais les Dani
tropole de Tollan, fondée par les esprits ou leurs descen-
Beedze furent plus ou moins corrompus et séduits par la
dants et dernier siège du pouvoir de Quetzalcoatl quand il
sombre puissance du Sixième Soleil. Ils sont aujourd’hui le
régnait parmi les humains, resta des siècles durant un site
premier ordre religieux humain à adorer la Nahui Miquiztl
51
le Mayapan
53
54
l e m a y a pa n
LA CULTURE
les autres pour plus de quelques décennies. Mais toutes
ces cités-États sont gouvernées par des seigneurs k’uhul
ahaus, descendants des Kaan Maaks, et toutes vénèrent
MAYA
les dragons chaa’kaans et les esprits de la nature dans de
grands temples pyramidaux.
Après deux millénaires de lignages draconiques entre- Malgré leur diversité et leur indépendance, les peuples
croisés, d’alliances humaines, de guerres, de migrations, mayas partagent de nombreux traits culturels hérités de
d’émergence et de déclin d’innombrables États, les saints leurs ancêtres communs et des dragons fondateurs. Leurs
patrons des peuples mayas sont un salmigondis de dra- coutumes doivent leur forme finale à l’extrême variété
gons, d’ancêtres immortels, de seigneurs kaan maaks et des milieux physiques de la région – hauts-plateaux boi-
de leurs époux, épouses, sœurs, frères, enfants et cousins. sés, jungles, prairies et marais – mais toutes émanent de
La ligne séparant la nature draconique et l’humanité est la même source.
mouvante et floue. Le gardien d’une cité peut être un dra- Les sections qui suivent contiennent quelques directives
gon ou un dragon à visage humain, un ancêtre humain pour comprendre et jouer des personnages élevés dans le
doté de traits draconiques, un esprit hybride, ou changer Mayapan.
d’une catégorie à une autre en l’espace de quelques gé-
nérations. Certains ancêtres sont à l’origine de plusieurs Philosophie
cités-États, dont certaines les commémorent sous leur
forme draconique et d’autres sous leur forme humaine.
La plupart des nations mayas descendent des royaumes
Mais tous exigent et reçoivent le sacrifice et accordent en
serpents, fondés par les kaans (draconiques) de Tollan
échange à leurs sujets de grands pouvoirs magiques.
et de Teotihuacan. Les seigneurs kaan maaks décidèrent
Bizarrement, malgré ce complexe assemblage de saints d’appliquer le concept de « diviser pour mieux régner »
patrons, la religion maya est restée beaucoup plus stable aux tribus de la région, et leur enseignèrent une stricte
que celle de l’Anahuac. Chaque État a sa propre lignée de philosophie basée sur le Suhuy ah, soit le concept kaan
saints patrons et tous ou presque l’adorent de façon inin- maak de pureté ou plus exactement de « préservation de
terrompue depuis l’époque des royaumes serpents. la supériorité ».
55
56
l e m a y a pa n
forment le fondement des rôles sociaux, des coutumes, de Le dirigeant d’une tribu locale ou d’une plus petite ville,
la religion, des saisons et des rituels du monde maya. sujet du ahau voisin, est un batab. Eux ne doivent pas pas-
ser les tests de Suhuy ah, mais appartiennent toutefois en
HI ÉR A R CHI E général au cercle familial proche d’un ahau. La responsa-
Aucune société du Nouveau Monde n’est égalitaire ; ce- bilité d’un batab est de diriger la main-d’œuvre de sa ba-
pendant, la plupart des cultures natives laissent un étroit tabil, la communauté.
espace de mobilité sociale, un roturier pouvant au moins
Les officiels locaux se chargent des affaires civiles de
en théorie devenir un noble de niveau inférieur, ou un
la cité ou de la communauté, et leurs rôles et responsa-
haut fonctionnaire, par ses mérites et son travail person-
bilités varient selon la production et les besoins locaux.
nels. Les sociétés mayas sont cependant beaucoup plus
Leurs titres peuvent être très expressifs : « seigneur du
restrictives.
feu sacré », « maître du sang » ou « fournisseur des ra-
Les citoyens des classes supérieures sont en général liés cines de jade ».
les uns aux autres, et les familles privilégiées conservent
Les officiers militaires protègent le peuple et le mènent
leur pouvoir en ne fréquentant et ne travaillant qu’avec
à la guerre sous les ordres directs des almehenos. Officiers
ceux qui leur sont déjà proches. C’est un concept profon-
et généraux dirigeant les opérations de guerre sont les
dément enraciné dans l’aristocratie maya, celui de Suhuy
sahals, tandis que les policiers et gardes de la cité sont
ah ou « pureté ».
les tupils.
Pour être anobli ou promu à un poste officiel, il faut
Le rang le plus bas, et le plus fourni, de la société
réussir un test de Suhuy ah, en prouvant son apparte-
maya, est formé des yalba winics, ou « petites gens ». Ils
nance à une lignée autorisée, par la connaissance de cer-
constituent la plus importante ressource d’un État maya
taines coutumes, de l’étiquette et du langage suhuy ah,
et peuvent être convoqués et dirigés pour appliquer les
lequel n’est enseigné qu’aux nobles, et en nommant ses
décisions des monarques et satisfaire aux besoins de la
ancêtres. Les individus étiquetés Suhuy ah ne sont autori-
communauté.
sés à se marier et à s’associer qu’entre eux.
Les esclaves ne sont pas considérés comme partie inté-
Par le concept du Suhuy ah, les maisons nobles mayas
grante de la société maya. Comme dans d’autres civilisa-
justifient leur règne, maintiennent l’identité tribale et
tions du Nouveau Monde, ils sortent presque exclusive-
conservent leur hégémonie depuis des siècles.
ment des rangs des criminels et des prisonniers de guerre.
Ci-dessous figurent les rangs de la hiérarchie sociale Cependant, si nécessaire, il arrive qu’un chef de famille
maya : vende ses enfants comme esclaves.
Le monarque d’une cité est un ahau, ou seigneur. L’ahau La hiérarchie maya repose sur la notion selon laquelle
doit prouver qu’il est suhuy ah et gouverner la cité-État. les gens du commun ne constituent qu’une main-d’œuvre,
Ceci implique de diriger la main-d’œuvre dans les tâches une ressource, que les souverains emploient au bénéfice
nécessaires, des grandes constructions à la guerre, et de de la communauté. Ainsi, le seigneur, les nobles et les offi-
représenter le peuple devant les autres ahaus. ciels de la cité peuvent décider que celle-ci a besoin d’une
nouvelle route, mais ce sont les roturiers, les yalba winics,
Parfois, plusieurs cités-États rendront hommage ou
qui mettent la décision en pratique. Le peuple peut dési-
paieront un tribut à un même État plus important. Dans
rer défricher un nouveau champ, mais ce ne sera qu’après
ce cas, elles forment une province, ou kuch kabal. L’ahau
décision du monarque qu’il s’organisera pour mettre en
le plus puissant de la kuch kabal en est le halach winic,
œuvre la volonté commune. De même, c’est un sahal qui
ou « personne véritable ». Un halach winic doit prouver
gagne la guerre, mais ce sont les soldats qui ont combattu.
son ascendance divine, kuhul ahau, et régner sur tous les
ahaus de son domaine. Certaines tribus utilisent les termes LE P O UV O I R E T LA LO I
d’ahau et de halach winic de façon interchangeable.
Les sociétés mayas sont des monarchies plutôt que des
Les prêtres de la cité, ou ah kins, communiquent avec bureaucraties. Un monarque unique détient l’autorité et a
les ancêtres et jouent les intermédiaires entre le peuple et le destin de tous les citoyens en son pouvoir, nomme les
le monde spirituel. Ce sont eux également qui font passer prêtres, les officiels et les seigneurs locaux (les batabs), en
les tests de Suhuy ah pour garantir la noblesse des futurs général en les choisissant au sein de sa parentèle. Affirmer
monarques et officiels. Les ix ah kaans, ou prêtresses des son appartenance à un lignage venu du monde spirituel ou
dragons, sont chargées d’invoquer les dragons chaa’kaans d’un ancien seigneur dragon kaan maak, suffit à légitimer
et de leur offrir les sacrifices. le pouvoir absolu du souverain.
Les nobles de la cité, ou almehenos, ayant tous dû réus- Une batabil – cité, ville ou bourg – dirigée par un batab
sir les tests de Suhuy ah, conseillent le monarque sur les est la plus petite unité constitutive d’un État maya. Elle
affaires civiles, militaires, religieuses ou agricoles. consiste en plusieurs clans, ou groupements familiaux,
57
L E P O U VO I R CI VIL
Toutes les cités ne disposent pas d’une autorité civile.
Certaines batabils, en particulier les plus petites, laissent
toute la gestion locale au batab. Les bureaux spécialisés Le langage
apparaissent quand la complexité d’une cité ou d’un dis-
trict les rend nécessaires. Les fonctions les plus courantes
sont le lakam, ou « chef des taxes », responsable de la ges- La plupart des langues du Mayapan appartiennent à une
tion des tributs des sujets et tributaires, et le tupil. Les branche commune, remontant aux langues des natifs de la
tupils sont chargés de faire respecter la loi dans leur juri- région avant l’arrivée des Kaan Maaks. Dans certains cas,
diction et de percevoir les taxes et tributs, que la région les langages de différentes nations sont compréhensibles
dispose d’un lakam ou pas. entre eux.
Moins courants, certains officiels peuvent avoir à gérer Il n’y a cependant pas de « langue commune » maya,
l’irrigation, les stocks de nourriture ou les routes ; ils bien que la plupart des peuples mayas, en particulier
n’ont pas besoin de prouver leur pureté Suhuy ah, mais ceux des Dix-sept États, parlent le yokot’an ou l’un de ses
en pratique sont souvent de proches parents des nobles proches dialectes. Mais les locuteurs yokot’ans pourront
locaux. Chaque cité donne des titres différents à ces fonc- avoir du mal à communiquer avec les habitants des ré-
tions, souvent avec des connotations poétiques, comme gions quichés.
58
l e m a y a pa n
59
Fléchette,
Trois Ox Hul Bouche Chi’
trait
60
l e m a y a pa n
61
62
l e m a y a pa n
63
64
l e m a y a pa n
Les dix-sept peuples par les cités kupuls voisines, qui lui payent un tribut.
Personne ne sait plus si les seigneurs de Calotmul refu-
Bien que le terme de Dix-sept États s’applique à l’en- sèrent d’être sous l’allégeance des autres Tutul Xius, ou
semble de la région, ces États sont séparés et les membres s’ils en furent séparés après la chute de la Ligue par la
de chaque kuch kalab s’identifient uniquement par le nom formation d’un territoire peuplé de Kupuls entre eux et le
de leur tribu ou de leur cité-État principale. reste des Tutul Xius. Quoi qu’il en soit, ce clan a droit au
respect et aux égards qui seraient normalement dus à un
L E S T UT UL XIUS État indépendant bien plus vaste.
Les Tutul Xius étaient une tribu d’immigrants venus
LE S C H A A K K A A NS
de la cité sacrée de Tollan elle-même, avec à leur tête le
prêtre-roi Kukul Kaan. Ils conquirent la cité bénie d’Ux- Cette nation, dont le nom dérive du dragon natif, est
mal en une seule nuit. Bien que derniers arrivés dans le une sorte de modèle des Dix-sept États, à une plus petite
Mayapan, ils furent pourtant les premiers à rapidement échelle : elle consiste en effet en plusieurs cités-États dont
établir leur suprématie sur toutes les tribus avoisinantes, les ahaus sont en conflit perpétuel pour la domination de
grâce à leurs puissants prêtres-seigneurs kaan maaks la kuch kabal. Elle n’a donc ni halach winic ni capitale
nobles, descendants de Kukul Kaan lui-même. unique. Les Chaak Kaans vivent dans des cités modernes
mais aussi dans quelques vieilles ruines itzás.
Les Tutul Xius furent les fondateurs de l’alliance connue
sous le nom de la Ligue de Mayapan, qui rassembla la LE S C H A K A N PUTUM S
plupart des États mayas sous sa domination pendant des Il s’agit d’une tribu yokot’an qui rejoignit la Ligue de
siècles. Mais ils furent aussi ceux qui causèrent la chute Mayapan au départ des Itzás, il y a des siècles de cela.
finale de la Ligue par leurs luttes de pouvoir internes et Quand la Ligue fut dissoute, les Yokot’ans conservèrent le
leur rivalité avec la tribu cocom. territoire des Chakan Putums et le nom tribal associé. Ce
sont des gens sans prétentions, rustiques, souvent mépri-
L E S CO CO M S
sés par leurs voisins. Les Chakan Putums forment cepen-
Les Cocoms sont une branche de la tribu itzá et étaient dant une grande tribu et une force à ne pas négliger.
la seconde tribu la plus puissante au sein de la Ligue de
Mayapan, ainsi que les fondateurs de la cité-État qui porte LE S C H E LS
le nom de Mayapan. Leur supériorité résidait dans leurs Les peuples chels, eux aussi issus des Itzás, émergèrent
grandes compétences militaires et politiques. Leurs ri- quand une importante prêtresse itzá épousa un noble de
vaux, les Itzás, furent forcés d’accepter une alliance juste caste inférieure il y a environ deux siècles. Ils constituent
pour éviter la conquête par les Cocoms. une nation arrogante et spirituelle rivale des Cocoms, les-
Mais en fin de compte, les Cocoms furent presque anéan- quels harcèlent les frontières sud des Chels par leurs pa-
tis par leur révolte ratée contre les Tutul Xius, qui mena à trouilles et leurs blocus. En retour, les Chels empêchent
la chute de la Ligue. De nos jours, une seule lignée majeure les Cocoms de s’étendre vers le nord. La kuch kabal des
des Cocoms survit, dans leur cité de Tibolom. Leur kuch Chels est aussi désignée sous le nom d’Ah kin chel, ou « le
kabal, une petite zone au nord de celui des Tutul Xius, sceptre du prêtre », en raison de l’origine religieuse de la
n’est même plus appelé Cocom, mais Sotutah, ce qui signi- tribu.
fie « les eaux tournantes ». Les habitants de Sotutah de-
LE S C H ’ I K I N C H E LS
meurent cependant de fiers guerriers, et des chasseurs et
forestiers exercés. Les « Chels orientaux » forment une nation plus prag-
matique, plus terre-à-terre que leurs cousins de l’Ah kin
L E S A H CA N U LS chel, bien qu’ils soient tout aussi fiers et raffinés. Les cités
La région des Ah Canuls est une mosaïque de diverses ch’ikin chels fonctionnent comme des conglomérats com-
tribus occidentales restées sans dirigeants après la disso- merciaux qui tentent de produire et de vendre plus que
lution de la Ligue de Mayapan. Elles appartiennent à plu- leurs homologues. Leur territoire, une vaste étendue de
sieurs groupes ethniques, dont les natifs Ah Canuls d’ori- plages et de marais, est une source abondante de sel, et la
gine, des immigrants nahuas et des peuples des jungles capitale des Ch’ikin Chels, Chauac Ha, est l’un des plus im-
méridionales. Ils servent de mercenaires et de protecteurs portants centres commerciaux du monde.
à d’autres tribus, et tout le monde craint et respecte leurs
LE S E K A B S
neufs seigneurs, les batabs des Ah Canuls.
Les tribus ekabs ont différentes origines : itzá, cocom,
L E S CA L O T M U LS putum, etc. Elles n’ont pas d’halach winic unique, mais
La cité-État de Calotmul, habitée par un important plusieurs batabs rivaux. Leur plus grande localité est la
clan sécessionniste de Tutul Xius, est si puissante qu’elle cité-État de Zamá, mais leur île sacrée de Cuzaam Lumil
constitue une kuch kabal indépendante à elle seule, et que est également fameuse ; des femmes venues de tout le
son ahau est traité comme un halach winic à part entière
65
66
l e m a y a pa n
LES YOKOT’ANS
fleuve des terres yokot’ans, qui porte le nom de son clan.
Tabscoob et Putum Chan sont les principales forces em-
pêchant l’avance des peuples nahuas dans les territoires
yokot’ans. Les Nahua Xicalancos se livrent à de fréquentes
Les peuples mayas voient les Yokot’ans comme une tribu incursions dans les terres dépendant de Putum Chan, et
mineure, un voisin rustique qui ne peut se targuer d’un sont toujours férocement repoussés par les armées de
passé glorieux ou de dynasties illustres. Mais en réalité, Tabscoob. Ces raids frontaliers sont ce qui se rapproche le
les Yokot’ans sont un peuple très ancien et très sage, et il plus d’un conflit ouvert pour les Yokot’ans, et pourraient
est probable que les tribus mayas soient en fait leurs loin- bientôt dégénérer en véritable guerre.
tains descendants.
Les Yokot’ans sont eux-mêmes les descendants des
Mokayás, le dernier peuple du Quatrième Soleil, une ci-
vilisation antérieure à Aztlan, à Tollan ou aux royaumes
serpents. Les Mokayás furent les premiers dans l’histoire
du monde à avoir des lignages de sang draconique, mais
ils adoraient les créatures nahuals, et leurs rois et prêtres
pouvaient prendre la forme d’esprits animaux.
La civilisation des Mokayás fut submergée par le dé-
luge qui mit fin au Quatrième Soleil. Ils laissèrent leur
statut de berceau de la civilisation aux Zapotèques et aux
peuples draconiques d’Atlantis et de Tollan, descendants
de Quetzalcoatl. Ils retournèrent alors à un mode de vie
nomade primitif, puis donnèrent naissance à de nouvelles
tribus et nations, dont trois peuples modernes affirment
descendre : les Ayuuks et les Zoocs en Anahuac, et les
Yokot’ans dans le Mayapan.
Le territoire des Yokot’ans est une étendue sauvage tro-
picale de collines, de plaines, de marais, de mangroves
et de jungles ; les cités sont rares et éloignées les unes
des autres, toujours situées près de rivières ou de lacs.
Beaucoup d’entre elles dépendent du flux et du reflux des
inondations saisonnières.
Certaines tribus yokot’ans ont déjà affronté des ar-
mées mexicas et payent un tribut à la Triple Alliance.
Mais à part cela, et quelques heurts frontaliers mineurs,
les autres nations laissent les Yokot’ans à peu près tran-
quilles. La taille du territoire et la rareté de leurs cités
font qu’il y a très peu de conflits armés, ce qui n’empêche
pas les Yokot’ans d’être assez féroces, voire sanguinaires,
quand ils se battent.
Les cités-États yokot’ans, construites essentiellement en
bois et en briques, sont de petite taille par rapport à celles
des civilisations mayas ; leurs plus grandes cités sont les
ruines des peuples ch’ols, qui régnaient sur les Yokot’ans
à l’époque des royaumes serpents. Les batabils yokot’ans
ont peu de contact entre elles, au-delà d’un commerce à
petite échelle et d’escarmouches de faible ampleur.
67
LES ITZÁS Leur ancienne capitale de Chichén Itzá est encore de nos
jours vénérée et visitée par toutes les tribus de la région
qui la voient comme un site sacré, quels que soient leurs
rapports d’alliance ou d’inimitié avec les Itzás eux-mêmes.
Les principaux autochtones du Mayapan et des terri- Cela ne signifie pas que les Itzás soient pacifiques, bien
toires avoisinants sont les Itzás, ou « magiciens de l’eau ». au contraire. Comme la plupart des peuples mayas, ils
La tribu vient de Petén Itzá, « l’île des eaux magiques », sur sont prêts à tout pour s’opposer à la soumission ou à l’ab-
le lac du même nom, où elle vivait dès l’ère des royaumes sorption dans une autre culture, et infligeront châtiments
serpents. Elle fut la première à recevoir les seigneurs et et tortures atroces à ceux qui enfreignent leurs lois ou
magiciens draconiques de Tollan et Teotihuacan. menacent leur souveraineté.
Les Itzás, sages et civilisés, ont conservé la mémoire
de tous les enseignements des fondateurs kaan maaks, Les kan eks
y compris des notions avancées en mathématiques, ar-
chitecture et astronomie. Leur première grande cité fut Les monarques de Noh Petén, la principale cité-État des
Mutul, au nord du lac Petén Itzá, et de là ils se répan- Itzás, portent le titre de « ahau kan ek », car ils appar-
dirent dans toutes les directions, s’installant sur le site tiennent tous à des lignées régnantes ancestrales kaans et
sacré de Chichén Itzá, probablement la métropole la plus eks. Certains ahaus et halach winics d’autres cités-États
importante jamais construite dans le Mayapan. Les Itzás itzás ont également adopté ce titre, même s’ils ne sont pas
construisirent des routes menant de cette glorieuse cité à liés à la maison régnante de Noh Petén. Le kan ek Paxbolon
toutes les autres cités du pays, exigeant le tribut de tous, Nachan, souverain itzá d’une cité-État en territoire yo-
Yokot’ans, Quichés, Chols ou Nahuas. kot’an et l’un des plus puissants seigneurs de guerre de la
région, en est un bon exemple.
Finalement, les Cocoms, eux-mêmes une branche des
Itzás, s’allièrent avec les peuples putums du Sud-Ouest, se Bien que le sang des dragons et des esprits ait depuis
rebellèrent contre les seigneurs draconiques de Chichén longtemps disparu des lignages du Mayapan, un kan ek est
Itzá et les chassèrent de la capitale et d’autres cités. Ceci toujours considéré comme un être divin, et on lui attri-
força les Itzás à vivre comme des nomades dans la jungle bue une nature spirituelle. Tous les seigneurs kan eks sont
pour un temps, jusqu’à ce qu’ils fondent de nouvelles ci- pourtant purement mortels, sauf pour de rares cas d’en-
tés-États et scellent de nouvelles alliances. Ce furent ces fants nés de dragons, mais ils manient de grands pouvoirs
Itzás en pleine réémergence qui firent la paix avec les magiques ; seul un puissant sorcier, connaisseur du mou-
Cocoms à la demande des envahisseurs Tutul Xius venus vement des étoiles et de la volonté du monde spirituel,
de l’ouest, lesquels prétendaient descendre en droite ligne peut occuper la fonction de kan ek.
de Tollan. La Ligue de Mayapan amena une ère d’alliance
et de paix sur les terres itzás.
Après l’effondrement de la Ligue, les Itzás réoccupèrent
les rives du lac Peten Itzá où les attendait depuis toujours
LES PEUPLES
QUICHÉS
leur ancienne capitale, et recommencèrent à s’étendre,
établissant de nouveaux domaines et de nouvelles lignées
régnantes dans les terres ch’ols, k’ekchis et yokot’ans.
68
l e m a y a pa n
royaumes serpents. Le plus grand de ces ancêtres, Dame Le déclin des maisons régnantes n’empêche pas les
Tohil, disait descendre du Ciel lui-même, et ses compa- Quichés de continuer à adorer Tohil et Kuk Umatz, leurs
gnons étaient tous de sang draconique. saints patrons, protecteurs divins de tout l’État.
En réalité, les Sept Ancêtres étaient des seigneurs kaan
maaks venus de Tollan et d’autres cités sacrées, et il fon- Les Kak’chikels
dèrent les États quichés encore présents de nos jours, avec
leurs dynasties régnantes. Sous le règne des Sept Ancêtres Les Kak’chikels, un groupe quiché dissident, sont la se-
et de leurs descendants, les Quichés établirent leur do- conde nation la plus puissante des hauts-plateaux du Sud.
mination sur les autres peuples des hauts-plateaux et Jadis les vassaux les plus importants des Quichés, ils ont
construisirent de nombreuses grandes cités-États sur le crû en puissance après leur sécession de l’État central.
modèle de celles des seigneurs dragons de Tollan. Leur principale cité-État est Ixim Che, parfois simple-
Quand ces lignages draconiques s’affaiblirent, comme ment appelée « la grande cité ».
dans tous les autres États kaan maaks et coatlacas, les sei- Les monarques kak’chikels appartiennent à quatre clans,
gneurs quichés commencèrent à se disputer entre eux, créés après que leurs familles furent anoblies pour leurs
et bientôt le clan guerrier des Iokabs se révolta contre le services guerriers rendus aux Quichés. Cet anoblissement
clan régnant des Nimas. En réaction, les Nimas imposèrent fut d’ailleurs la cause de la jalousie et de la rébellion des
une autorité beaucoup plus stricte aux six autres clans, en nobles quichés, lesquels mirent fin à l’alliance entre les
particulier à leurs voisins kak’chikels qui devinrent des Quichés et les Kak’chikels. Les quatre clans issus de ce
vassaux des Quichés. schisme sont les Xahils, les Tzotzils, les Tukuches et les
Après la mort de Kuk Umatz, le dernier seigneur kaan Ajabals. En théorie, Ixim Che est gouvernée par un conseil
maak des Quichés, son fils mortel Ki Q’ab fut incapable de de quatre seigneurs, ou ahpos, venus des quatre clans. En
maintenir l’unité de l’État. La révolte des nobles fut suivie pratique, le souverain principal est Hu’niq, l’ahpo tzotzil.
de celle des Kak’chikels, pourtant les plus proches alliés Les Kak’chikels ne sont plus vassaux de personne, mais
des Quichés. ont des contacts et des liens commerciaux avec la Triple
Ki Q’ab mourut il y a 40 ans, laissant derrière lui un État Alliance aztèque. Un ambassadeur nahua, Huitzitzilin, est
fractionné, qui est toujours en guerre contre ses anciens actuellement en résidence à Ixim Che, et a prévenu les
alliés à l’est et qui perd ses tributaires de l’ouest à cause Kak’chikels que des étrangers au visage velu ont été aper-
des incursions mexicas. Motecuzoma, le monarque mexi- çus dans les mers de l’Est.
ca, a récemment envoyé des émissaires à Q’umarkah, la Comme les tribus mayas, les Kak’chikels ne forment pas
capitale quiché, et a donné deux de ses filles en mariage à un État parfaitement unitaire, mais plusieurs provinces se-
son seigneur, Wukub Noh. Depuis, Q’umarkah est sujette mi-indépendantes, chacune dirigée par une cité majeure.
de l’État mexica et son pouvoir sur le reste du territoire La fraction la plus importante des Kak’chikels est la tribu
quiché est au plus bas. des Akuhul Winacs, qui a développé sa propre culture et
son propre langage sur les sites de Och’al Kab’awil et de
Les Quichés Saqik Ahol.
Le terme Quiché, qui désignait jadis les natifs de la ré- Les Mams
gion, est aujourd’hui appliqué au clan régnant de l’État
quiché et à ses vassaux directs. Cela comprend les clans Les Mams forment le seul peuple indépendant descen-
des Nimas, des Iokabs et des Tamubs, qui s’étaient emparés dant des véritables natifs des hauts-plateaux méridio-
de vastes territoires pour créer de nouveaux États mais ne naux. Bien qu’ils soient pour la plupart sujets des sei-
se mêlèrent pas aux véritables autochtones quichés. Quoi gneurs quichés, ils ont construit plusieurs grandes cités,
qu’il en soit, les membres de ces trois clans contrôlent certes inspirées de la culture et des savoirs quichés, mais
toujours toute la région et ses maisons régnantes, et se gouvernées par des maisons régnantes de leur propre
sont réservé le nom de Quichés. sang. Les plus grandes d’entre elles sont les villes jumelles
De nos jours, l’État quiché gouverne tous les hauts-pla- de Xinabahul et Zac Uleu, construites par les seigneurs
teaux méridionaux, sauf les territoires de leurs anciens kaan maaks de Teotihuacan. Les deux cités ont été tribu-
alliés, les Mams et les Kak’chikels, des tribus fondées par taires des Quichés pendant des siècles mais ont toujours
les mêmes ancêtres mais désormais ennemies de l’hégé- gardé leurs souverains et leurs coutumes mams.
monie quiché.
La capitale quiché est Q’umarkah, fondée par Kuk Umatz,
descendant direct de Kukul Kaan de Tollan, et est désor-
mais dirigée par son petit-fils mortel Wukub Noh.
69
LES CH’OLS
Loin des États mayas, au sud des domaines itzás
autour du lac de Petén, s’étendent entre les terres
des Yokot’ans et des Quichés de vastes territoires
sauvages et brumeux, où esprits et monstres
règnent encore et où les localités
des mortels se cachent les unes des
autres. C’est la terre des Ch’ols, fé-
roces, rudes au travail, authentiques.
Les peuples ch’ols sont là depuis que
le monde a été créé, mais n’ont jamais
construit d’empire. En revanche, ils ont
toujours été utilisés pour servir les inté-
rêts des empires qui les entouraient. Leur
territoire est un espace tampon entre les
territoires des Itzás au nord et les États qui-
chés au sud, qui tous exigent un tribut des
Ch’ols et veulent s’emparer de leurs terres.
Ils y réussissent parfois, et des seigneurs
de la guerre itzás ou putums prennent
alors des milliers de Ch’ols sous leur
aile ; mais ils échouent aussi souvent,
et se perdent dans les brumes à force
de chercher les Ch’ols, toujours dis-
simulés au-delà du prochain maré-
cage ou derrière la prochaine col-
line. Et parfois ces conquérants
potentiels tombent dans une em-
buscade tendue par les Ch’ols et pé-
rissent de façon sanglante pour solde
de tout compte.
Les Ch’ols sont les moins civilisés des
peuples du Mayapan, n’ayant jamais eu
de souverain ou de grand prêtre doté
de sang draconique. Mais ils vivent
au plus près des arbres et des brumes,
construisant de petites villes qui ne dérangent ni
les esprits, ni les bêtes sauvages, lesquelles baissent
juste assez leur garde pour pouvoir être chassées. Ils
70
l e m a y a pa n
sont cependant plus sédentaires que nomades, préférant dans des villages semi-permanents le long des rivières et
l’agriculture à la chasse et à la cueillette, et assez lucides sur les îles au plus profond de la jungle ; leur plus grande
pour préférer les petits chefs aux grands seigneurs. ville, aussi nommée Lakam Tun, sur une île secrète au
beau milieu d’un lac qu’aucun de leurs ennemis n’a jamais
Mais ce manque d’identité politique les laisse aussi sans
découvert, est protégée par les esprits ancestraux de la
protection contre l’expansionnisme des États voisins. La
tribu.
plupart des peuples ch’ols ont pu rester indépendants et
même arrêter les incursions sur leurs territoires, en se ca- Les Lakam Tuns adorent le sak balhan, le jaguar blanc,
chant dans leurs collines brumeuses et leurs jungles, mais et beaucoup d’autres protecteurs nahuals. Leurs chefs
beaucoup de leurs tribus proches des frontières sont dé- peuvent parler aux bêtes et recevoir directement les
sormais asservies par des Mayas ou des Quichés. conseils du monde spirituel. Comme la nature au sein de
laquelle ils se meuvent, les Lakam Tuns sont farouches,
Les Manches furtifs et sans pitié.
Les Manches sont la tribu ch’ol la plus civilisée et la plus Les Ch’oltis
nombreuse. Ce nom signifie « ceux qui fabriquent des ob-
jets » en langue ch’ol. Ce sont leurs talents en outillage Les Ch’oltis sont les peuples ch’ols originaux et for-
ou en architecture qui le leur ont valu. Leur plus grande maient l’une des plus importantes cultures des royaumes
ville est aussi appelée Manche, de même que la famille ré- serpents. Leur capitale, Ox Wiltic, fondée par celui des
gnante à laquelle appartiennent leurs batabs. Les Ch’ols kaan maaks de Tollan qui s’était aventuré le plus loin,
Manches n’ont ni ahau ni seigneurs de rang plus élevé. était il y a mille ans la plus grande cité des hauts-plateaux
Leurs villes ne sont reliées entre elles par aucune route. méridionaux. Mais Ox Wiltic tomba, vaincue par des cités
kaan maaks rivales, bien avant que les lignages draco-
Elles occupent la majeure partie du sud et de l’ouest du
niques ne dépérissent ; de nos jours, les descendants de
territoire ch’ol, aux frontières des terres ch’oltis et xincas
ses habitants, les Ch’oltis, ont établi une fédération de vil-
en dehors du Mayapan. Leur réseau commercial est le plus
lages de montagne autour de ce site ancien, dont ils usent
étendu de toutes les tribus ch’ols, et va de leurs villes au
encore comme d’un centre cérémoniel.
plus profond de la jungle aux localités des Dix-sept États
en bord de mer. Les Ch’oltis sont civilisés, paisibles et bien organi-
sés, mais entretiennent une milice nombreuse et coura-
Les Manches produisent des gousses de vanille et de
geuse. Leurs batabs conservent fièrement les noms des an-
cacao, qui poussent plus aisément dans la jungle que dans
ciennes familles régnantes d’Ox Wiltic, bien qu’ils soient
les zones humides ouvertes des autres tribus. Les Manches
aujourd’hui à peine plus que des chefs de village. Ils
vassaux d’autres nations donnent ces ressources rares en
ont renoncé depuis longtemps à toute idée de conquête,
tribut ; ceux qui sont restés libres les échangent contre du
que les abondantes ressources de leurs terres privilé-
sel, des métaux et d’autres biens. Certains chefs de guerre
giées et riches en eau leur autoriseraient pourtant. Ils se
itzás ou yokot’ans ont d’ailleurs choisi de laisser des com-
contentent de nos jours de vivre une vie tranquille autour
munautés manches tranquilles au lieu de les conquérir,
de leurs ruines antiques, dans le culte de leurs glorieux
parce qu’il est plus rentable, commercialement parlant, de
ancêtres kaan maaks.
disposer de voisins libres qui produisent vanille et cacao
plutôt que d’avoir à dépenser ses propres ressources pour
asservir les fermiers ou faire les récoltes soi-même.
Malgré leur sédentarité et leur acceptation occasion-
nelle du tribut payé à tel ou tel seigneur étranger, les
Manches sont comme les autres tribus ch’ols, férocement
indépendants et résisteront, jusqu’à la mort de leur der-
nier membre, à toute menace contre leur terre.
71
AUTRES TRIBUS certaines cités proches. Malgré leur isolation, ils forment
la tribu la plus puissante de leur sous-région, et seules
leurs connaissances relativement primitives les ont empê-
ché de s’étendre davantage.
Certaines des tribus aux confins du Mayapan ne sont en
aucune façon liées aux grands peuples de la région. Ces Les Lencas
tribus « étrangères », bien que vivant à proximité de leurs
voisins mayas, peuvent venir de terres ou de cultures très Nation la plus importante des passes du Sud-Est, la tribu
éloignées dans l’espace ou dans le temps. Leurs relations lenca revendique pour elle-même les espaces continen-
avec les peuples du Mayapan oscillent entre indifférence, taux au-delà du Mayapan et de ses peuples. Peu de gens
diplomatie ou hostilité, selon les circonstances à un mo- ont poussé explorations ou conquêtes dans les terres
ment donné : qui a la plus grande armée, qui présente les au-delà de leur domaine, et il est probable que peu le fe-
meilleures perspectives commerciales... ront jamais.
Les Lencas sont un peuple civilisé et vivant sur une vaste
Les Mankemes région de plusieurs provinces dotées de grandes cités, en-
globant les passes du Sud-Est qui relient les continents du
Les Mankemes ou « enfants de la Lune » sont des immi- nord au sud.
grants venus de très loin au sud-est du Mayapan, au-delà
des collines des Ch’oltis et des vallées xincas. Leurs guer- Ils dominent ces terres depuis plusieurs millénaires
riers nus géants, porteurs d’armes et d’ornements aussi et apprirent l’artisanat et les techniques de construc-
terrifiants les uns que les autres, s’emparèrent des ruines tion de seigneurs kaan maaks à l’époque des royaumes
anciennes des Mokayás entre les terres ch’ols, zoocs et na- serpents. Après le déclin des souverains kaan maaks, les
huas. Les Mankemes s’installèrent dans les vallées autour Lencas développèrent leurs propres cultures et nations
des ruines, prirent l’ascendant sur les peuples zoocs et indépendantes.
ayuuks voisins, en arrachant même certaines villes tribu- Les nations lencas sont des fédérations au sein des-
taires aux Aztèques. Leur plus grande cité, Napiniacá, est quelles plusieurs tribus unissent leurs forces sous le pou-
une ancienne ruine mokayá réoccupée. Elle résiste depuis voir d’un unique conseil des chefs. Il existe plusieurs de
des décennies aux attaques des Zoocs, des Ayuuks ou des ces fédérations, chacune rassemblant plusieurs centaines
Aztèques. de cités et villages. Les dirigeants lencas, comme les sei-
Ils vouent un culte à leurs ancêtres, qui vivent au sein gneurs mayas, ont des titres héréditaires et traitent les
des forces naturelles que sont le soleil et la lune. Leur roturiers comme une simple main-d’œuvre. Les fédéra-
sainte mère est Chia, l’esprit de la lune, la première sor- tions lencas s’attaquent les unes les autres pour capturer
cière de leur tribu. Ils adorent aussi leur ancien seigneur esclaves et ressources, plongeant la région dans un état de
Nandiumé, qui les mena hors de leurs vallées et fonda guerre perpétuelle.
Napiniacá pour son peuple. La plus forte des provinces lencas, et celle dont les chefs
Les sages et prêtres mankemes affirment que leur sont les plus belliqueux, est Piraera, « les collines bru-
peuple venait à l’origine de très loin dans le nord et que meuses ». La nation piraera empêche depuis des siècles les
la conquête de Napiniacá n’est que la première étape d’un avancées des Mayas, des Quichés ou des Aztèques vers le
long voyage de retour. Certains savants nahuas croient que continent méridional.
les Mankemes seraient les légendaires habitants originels
de Cholollan, la cité sacrée construite par Quetzalcoatl à Les Pipils
l’aube du Premier Soleil, et seraient donc un peuple de
sang draconique, ce qui expliquerait leur grande taille et Les Pipils, ou « nobles » en nahua, qui se nomment eux-
leurs étonnants succès. Les Nahuas appellent donc offi- mêmes ainsi, sont une tribu nahua qui arriva sur les terres
ciellement les Mankemes les Cholultèques. des Xinkas à l’apogée des royaumes serpents. Comme tous
les aïeux de lignages kaan maaks, ils descendaient des sei-
Que cela soit vrai ou non, les Mankemes sont sans aucun
gneurs dragons toltèques. Les tribus pipils conquirent
doute une tribu bénie, ayant réussi à se bâtir un petit em-
de vastes étendues de côtes sur les Xincas, les Lencas et
pire malgré leur nombre réduit et leur arrivée récente.
d’autres tribus plus lointaines encore et oubliées de l’his-
D’autres Nahuas les appellent les Chiapanèques, toire nahua ou maya.
« peuples des terres du Chili », un surnom dont se sa-
Après avoir assis leur pouvoir en territoire xinka et as-
tisfont la plupart des Mankemes, car cela leur rappelle
sujetti plusieurs tribus, nombre de Pipils partirent plus
leur mère Chia. Bien qu’entourés de nations hostiles, les
72
l e m a y a pa n
Les Xinkas
73
74
l e m a y a pa n
S A I NTS P A TR O NS D E LA C I TÉ
Le saint patron de Chichén Itzá est Itzam Na, le dragon
sans ailes, le seigneur lézard. Il est nommé ainsi car il
était le seul dragon sans ailes parmi les sept fondateurs
des royaumes serpents. Ce fut grâce à lui que les Itzás
créèrent la plus grande civilisation de leur temps et que
la cité devint la plus glorieuse du Mayapan.
Itzam Na est pour Chichén Itzá le patron de la magie,
de la médecine, de la culture et de la civilisation. Il veille
toujours sur la cité et sur les autres communautés itzás
depuis son sanctuaire du monde spirituel.
Mayapan
75
76
l e m a y a pa n
Les monarques d’Ox Te Tuun portaient tous le titre de qui ne permettait aucun doute quant à sa nature magique.
kuhul kaan ahau, ou « seigneur serpent béni », et étaient Des siècles plus tard, quand les dynasties draconiques dis-
de purs descendants kaan maaks des grands dragons. Leur parurent et que les seigneurs mortels des Tutuls Xius re-
règne forme le premier royaume serpent, le seul d’ailleurs joignirent la Ligue de Mayapan, la cité perdit sa magie et
à avoir officiellement porté ce nom. Toutes les cités, des devint un site mortel comme n’importe quel autre.
jungles aux plaines, des montagnes aux plages, arboraient
Après la chute de la Ligue, les Tutuls Xius poursuivirent
le glyphe prouvant leur allégeance à ce royaume serpent.
leur expansion et Uxmal déclina de plus en plus. Elle est
Celui-ci tomba quand les lignages de sang draconique aujourd’hui une cité relativement mineure dont la popu-
commencèrent à s’affaiblir, et ses maisons régnantes s’ef- lation diminue d’année en année, car il se dit que les go-
fondrèrent quand elles ne donnèrent plus naissance qu’à belins sont de retour, hantant les rues de la cité à la nuit
de simples mortels. Les dynasties déposées allèrent fon- tombée et harcelant les mortels pour les chasser d’Uxmal
der de nouvelles cités-États au nord comme au sud du et rapporter la cité dans le monde spirituel.
Mayapan, et Ox Te Tuun fut oubliée du monde, ses ruines
entourées de petites tribus qui ne connaissaient pas, ou LA K A M H A
choisissaient d’ignorer, le passé glorieux de la cité. Lakam Ha était l’un des principaux royaumes serpents
antiques. Fondée il y a plus de mille ans par la lignée de
Y AX M UT UL souverains kaan maaks du jaguar quetzal, la cité brilla de
La grande cité de Yax Mutul était la principale rivale mille splendeurs et richesses, malgré de nombreuses ba-
d’Ox Te Tuun dans la course à la suprématie à l’époque tailles perdues contre Ox Te Tuun.
des royaumes serpents. Ce fut au début de cette ère que
Lakam Ha est surtout renommée pour avoir été le siège
les seigneurs esprits de Teotihuacan en prirent possession
du plus grand ahau de l’ère des kaan maaks : le seigneur
et qu’ils en firent une grande et puissante métropole très
draconique K’inich Janaab B’akal. Durant son règne, qui
capable de contester à Ox Te Tuun le titre de « royaume
commença alors qu’il était encore enfant et dura toute sa
serpent » unique – et ce, bien qu’elle ne l’ait pas reven-
longue vie, Lakam Ha surmonta ses nombreuses défaites
diqué. Quand, de nos jours, lettrés et historiens men-
des mains de ses voisins et devint assez puissante pour, à
tionnent les royaumes serpents, ils font en fait référence,
son apogée, éclipser même Yax Mutul.
qu’ils en aient ou non conscience, aussi bien à Yax Mutul
qu’à Ox Te Tuun. La cité fut progressivement abandonnée et la zone dé-
peuplée après le déclin des dynasties kaan maaks. Comme
Chacune des deux cités se servait des cités-États voi-
d’autres grandes cités de cette époque, Lakam Ha fut bien-
sines comme de pions dans un jeu de stratégie dont la ga-
tôt recouverte de jungle et de lianes.
gnante serait celle qui contrôlerait le plus d’alliés dans
la région. Le conflit ne vit jamais de vainqueur et prit fin O X WI TI C
quand Yax Mutul et Ox Te Tuun tombèrent toutes les deux
Ce site fut jadis un centre de pouvoir illustre des jungles
alors que leurs dynasties régnantes perdaient leur sang
ch’ols du Sud-Est à l’époque des royaumes serpents. La
draconique et l’obéissance de leur peuple.
cité vit les longues dynasties draconiques des ancêtres
Les ruines de Yax Mutul furent recouvertes d’arbres et des peuples Ch’olti régner de là sur un État hégémonique
de lianes et disparurent complètement après quelques stable.
siècles. Très peu de gens ont jusqu’ici osé partir à la re-
Fondée par les ancêtres vivants venus de Teotihuacan,
cherche de ce site perdu, et encore moins l’ont trouvé. Là,
Ox Witic fut toujours un endroit enchanté et plein de pou-
l’héritage des royaumes serpents attend, enseveli sous un
voirs, avec d’étranges machines et constructions qui sem-
millénaire de jungle.
blaient surnaturelles même à ses habitants.
U XM A L Malgré la magie dont elle disposait, Ox Witic tomba de-
La mystérieuse cité d’Uxmal ne fut pas construite par vant la force militaire de ses voisins plus guerriers, mais
des mortels mais par des magiciens gobelins de la jungle, ses ruines gardent encore beaucoup de leurs anciens pou-
qui voulaient construire une grande cité pour accueillir voirs magiques. Le site d’Ox Witic est un chemin bien
comme il se devait les seigneurs de Tollan et Teotihuacan. connu vers le monde spirituel, où d’étranges esprits et
Les gobelins édifièrent la cité en une seule nuit et en firent démons recréent l’ancienne splendeur du royaume déchu
don aux kaan maaks quand ils passèrent par là. avec les fantômes des grands seigneurs kaan maaks de la
cité.
Les seigneurs de Tollan acceptèrent l’offrande et ce fut
l’origine des Tutul Xius, qui essaimèrent ensuite dans tout Le site resta habité et demeura un but de pèlerinage
le Mayapan en gardant la langue nahua de leurs ancêtres. longtemps après sa chute il y a sept cents ans, et au-
jourd’hui encore plusieurs villes et fermes ntourent les
À son apogée, Uxmal était une cité pavée de jade brillant
ruines qui témoignent du passé glorieux des Ch’oltis
dont chaque immeuble brillait d’un éclat vert surnaturel
77
79
Les Incas
INCA La caste des Incas, seigneurs de Qosqo et souverains des
Quatre Régions, ne forme ni un peuple ni une nation, ou
du moins plus de nos jours. Une fois que leur pouvoir se
La dynastie inca descend des esprits célestes, du moins fut étendu au-delà de Qosqo, les Incas devinrent un sym-
c’est ce qu’elle prétend - sans avoir jusqu’ici été contes- bole, un ensemble de coutumes et de dogmes, qui façonna
tée. Son fondateur, le Fils du Soleil Manqu Qapaq, fit la civilisation des Quatre Régions. Ils sont la bannière qui
construire la citadelle de Qosqo par son peuple après que entraîne la nation, l’esprit qui conçoit le motif. Les vrais
sa famille sacrée fut descendue du monde spirituel. De citoyens des Tahuantinsuyu sont d’une immense diversité
Qosqo, la caste inca se répandit, portant la parole sacrée d’origines ethniques, et n’ont qu’une chose en commun :
à chaque nation, à chaque peuple, et les convertissant au la culture des Fils du Soleil.
culte des seigneurs incas.
Les Incas sont donc à mi-chemin d’une caste régnante et
La plupart de leurs sujets acceptèrent l’offre pacifique d’une classe sociale supérieure ; tous les chefs suprêmes
d’annexion des seigneurs incas. Ceux qui la refusèrent des Quatre Régions et de leurs provinces constitutives ap-
servirent d’exemple rapide et brutal. Ainsi, le pouvoir de partiennent à la même famille, qui est tout ce qui reste de
Qosqo crût et s’étendit, faisant de chaque territoire visité la tribu bénie qui jadis fonda Qosqo.
un nouveau tributaire.
Chaque seigneur inca est un Saint puissant, maniant
Les Incas ne sont pourtant pas des envahisseurs ni des des pouvoirs magiques qui rivalisent avec ceux des plus
conquérants. Simplement, ils enseignent aux autres tri- puissants esprits célestes. Les Incas prétendent que ces
bus leurs coutumes, garantissant que tous perpétuent pouvoirs leur viennent de leur sang divin, et s’en servent
leur culture et adorent leurs dirigeants comme des dieux pour renforcer leurs revendications de supériorité sur les
80
les quatr e r égions
81
L A Q UL LA SUY U
La Qullasuyu est l’équivalent au sud de la Chinchaysuyu
INCA
au nord ; c’est la plus vaste des Quatre Régions, occupée
par les nations des Aymarás méridionaux et des Quichuas Le territoire des Quatre Régions, malgré sa taille et sa
et par de nombreuses tribus nomades des plaines et des puissance, ne représente pas une nation unique ni homo-
rivières. La population de la Qullasuyu est peu dense et gène. Le seul trait commun unifiant les centaines de na-
parsemée, mais la région est presque aussi étendue que les tions différentes sous la même bannière est leur loyauté
trois autres réunies et couvre à elle seule toute la moitié envers les Incas et le respect de leur culture et de leurs
méridionale du domaine inca. coutumes. Or les Incas eux-mêmes se sont mélangés pen-
La Qullasuyu et la Kuntisuyu forment ensemble le dant des siècles à d’autres peuples ; ceux qui observent les
Hurin, c’est-à-dire la moitié plus « ancienne » des Quatre lois des Incas aujourd’hui ne sont donc plus les mêmes qu’il
Régions, associée aux antiques fondateurs traditionalistes y a mille ans de cela, lorsque Manqu Qapaq fonda la lignée
de la dynastie inca. inca. Par conséquent, la seule identité immuable et in-
changée, commune à toutes les tribus des Tahuantinsuyu,
C’est autour du lac Titicaca, l’un des plus importants est la culture inca.
sites des Quatre Régions, que la population de la Qullasuyu
est la plus dense. Les nations qui entourent le lac forment Cette culture est cependant diversement présente et
une grande fédération, qui rappelle celle des Aztèques au- s’affirme plus ou moins fortement parmi toutes ces na-
tour du lac de Texcoco ou celle des Itzás dans la région tions. Si certains peuples ne sont aujourd’hui plus que des
du lac de Petén, avec des cités-États riveraines distinctes clones culturels des Incas, d’autres se contentent d’utili-
partageant la même culture et le même langage. Les Incas ser certaines étoffes ou de vénérer certaines idoles, en sus
les appellent les Qullas, d’où le nom de la région. Eux, ce- de leurs coutumes locales souvent extrêmement variées.
pendant, se nomment les Aymarás, le « peuple qui pos- On ne peut donc dire qu’il existe une « culture des Quatre
sède la terre en commun ». Les Aymarás n’opposèrent pas Régions » unique, en dehors du culte des Incas.
de grande résistance aux Incas, qu’ils laissèrent traverser
leurs terres et agrandir le Qullasuyu bien au-delà, jusqu’à Pas un État, mais un domaine
la rivière Maulewu, des centaines de kilomètres plus au
sud. Les seigneurs de Qosqo ne s’identifient pas à une ethnie
C’est également dans le Qullasuyu que l’on trouve les ou à un peuple mais se voient comme les membres d’une
ruines de Tiwanucu, l’antique cité des grands ancêtres, famille aristocratique privilégiée. Pour les Incas, l’expan-
construite par les esprits quand ils se posèrent pour la sionnisme n’est pas un acte politique mais l’affirmation
première fois parmi les mortels au cours de l’âge précé- de leur supériorité spirituelle. Ils ne s’emparent pas de
dent du monde. Ce sont les habitants de Tiwanucu qui, des nations, mais invitent les peuples de ces nations à accep-
millénaires plus tard, formeraient la caste des Incas et re- ter leur qualité d’êtres supérieurs et donc à être bénis par
viendraient un jour sur leurs terres ancestrales pour les association.
réintégrer à leur domaine. Ainsi, la culture inca ne caractérise pas vraiment un
État, mais plutôt un domaine privé : une sorte de hacienda
L A KUNT I SUY U richissime dotée d’un propriétaire bienveillant, conscient
La plus petite et la plus faible des Quatre Régions. La des différences de classes mais magnanime envers ses do-
Kuntisuyu est un territoire côtier regroupant les terres mestiques. Les Incas voient le monde comme leur proprié-
de dizaines de nations différentes, dont les Chancas, les té et ses habitants comme leur suite. Cela implique qu’ils
Quechuas occidentaux, les Huancas et les Bas Aymarás. n’interfèrent ni dans l’identité, ni dans les coutumes ou la
Le Kuntisuyu appartient comme le Qullasuyu au Hurin. société des autres nations : ils comptent simplement être
Quand le seigneur inca Pachacútec établit la domination reconnus comme les maîtres du domaine, pour lesquels
inca sur les territoires conquis des Quichuas nazcas, il or- tout le monde travaille.
donna que leur région soit repeuplée de sujets venant de En conséquence, dans les Quatre Régions la plupart
tous le domaine inca, ce qui fut l’ébauche de la division de des concepts normalement associés à la notion d’identité
82
les quatr e r égions
83
84
les quatr e r égions
85
Grand,
Ours Ukuku Hatun Pluie Para
grandiose
Amant,
Crépuscule Inti hayquy Munaq Arbre Mallki
amante
Murmurant,
Élégant Qachay Miroir Lirpu Chiwi wiwiq
chuchotant
86
les quatr e r égions
Les dieux
LA RELIGION Bien que les seigneurs incas personnifient la religion
des Quatre Régions, ils ne doivent leur suprématie qu’à la
grâce d’un être encore plus puissant qu’eux : Wiracocha,
Les Incas sont le seul peuple du continent à adorer les le dieu créateur suprême.
dieux dans le même sens que dans l’Ancien Monde : des Tous les peuples qui adorent les Incas doivent aussi
entités créatrices intemporelles relevant de la nature cos- vénérer les dieux qui les ont mis là, en premier lieu
mique plutôt que de la légende héroïque. Wiracocha et Inti, le Soleil. D’ailleurs la plupart des na-
Cependant, comme les autres tribus du Nouveau Monde, les tions des Quatre Régions adoraient déjà ces dieux avant
Quatre Régions vénèrent aussi des saints semi-divins et les an- l’arrivée des Incas. La Pachamama, déesse et incarnation
cêtres. Chaque cité et chaque famille des Tahuantinsuyu a un du monde mortel, est la divinité favorite du peuple, par-
saint protecteur, en général une momie ou un autre ancêtre tout dans les Quatre Régions.
défunt. Ces esprits protègent la communauté en échange de
cette vénération et d’offres modestes de nourriture. WI R A C O C H A
C’est le nom que donnent les Incas à l’esprit tout-puis-
Mais le culte rendu aux Incas eux-mêmes est primor- sant de l’univers et de la magie. Les larmes de Wiracocha
dial. Le règne des Incas ne repose que sur leur statut divin. sont la pluie, ses poings apportent le tonnerre et son
Tous les habitants des Quatre Régions ont pour obligation souffle donne vie à tous les êtres. Il vint de la mer pri-
d’adorer les Incas et de les reconnaître comme des êtres su- male avant la naissance du monde et ordonna aux saints et
prêmes, ce qui fait d’eux des « ancêtres vivants », des saints aux esprits de créer celui-ci. D’après les Incas, les Quatre
que vous pouvez voir et écouter - ou, si vous ne le pouvez Soleils des temps anciens vinrent et repartirent par ordre
pas, vous savez du moins qu’ils sont là, quelque part, fou- de Wiracocha. Tezcatlipoca lui-même n’est peut-être que
lant le même sol que vous et prêts à vous envoyer des sol- l’un de ses nombreux aspects.
dats à tout moment, si vous leur en donnez une raison.
Certaines tribus du Mayapan, comme les Quichés, le
Presque aucun habitant des Quatre Régions n’adore les connaissent sous le nom de Tepeu, et admettent qu’il
dragons, bien que leur grande puissance soit reconnue. ait pu « s’avérer utile » en aidant Kukul Kaan à créer le
Les dragons n’ont pas jugé bon de se mêler des affaires monde. Pour les Incas, tous les dragons, esprits et forces
des sujets des Incas, étant donné la puissance divine sans de la nature ne sont que de simples exécutants de la vo-
rivale de ces derniers - à moins que ce ne soit une autorité lonté de Wiracocha, des extensions de son être.
supérieure qui leur ait ordonné de s’en abstenir.
Manqu Qapaq et les Ayars, ses enfants, furent les seuls
Le culte des Incas survivants de la disparition du dernier soleil. Ils sont les
esprits envoyés par Wiracocha pour repeupler le monde
après que ce soleil eut été détruit par le déluge.
Le coeur et la base de la religion des Quatre Régions sont
les seigneurs incas, semi-immortels eux-mêmes, au point Les plus grands temples et effigies de Wiracocha se
que la plupart des étrangers voient les Quatre Régions trouvent à Qosqo et dans les cités où les Incas ont une pré-
simplement comme « la civilisation inca ». Le Sapa Inca sence effective, puisqu’il est considéré comme le protec-
et les Incas de chaque suyu ont des statues et des cha- teur de leur lignage.
pelles qui leur sont dédiées dans la plupart des villes des
Tahuantinsuyu, et chaque citoyen sait qu’il a un devoir I NTI
de loyauté envers ces êtres semi-divins, en même temps Inti, le Soleil, ou plus précisément, le Cinquième Soleil,
proches et si lointains, dont dépend sa subsistance. actuel soleil de la création, est le fils aîné de Wiracocha.
C’est sous ses ordres qu’il voyage d’est en ouest pour éclai-
Les seigneurs incas méritent amplement leur statut
rer le monde. Puisque Wiracocha s’est servi de la lumière
d’êtres divins, vu que leurs pouvoirs égalent souvent ceux
d’Inti pour guider les ancêtres des Incas jusqu’à ce monde
des saints eux-mêmes. Ils prétendent d’ailleurs descendre
mortel, ils se qualifient tous d’« enfants du Soleil », car
directement d’esprits célestes, via leurs ancêtres fonda-
leur essence contient un peu de la lumière céleste d’Inti.
teurs, les frères Ayar, enfants du dieu créateur Wiracocha.
Toutes les cités des Tahuantinsuyu révèrent Inti à tra-
Comme le veut la légende, le clan des Ayars prit pied dans
vers leur art, leur imagerie et leur architecture.
le monde mortel pour fonder un lignage destiné à régner
sur l’humanité au nom de Wiracocha. Le plus illustre d’entre I LLA PA
eux, Ayar Manqu, qui prendra plus tard le titre de Manqu
Illapa est le dieu du tonnerre, de la foudre, de l’arc-en-
Qapaq (« Seigneur Manqu »), fut le premier Inca. Tous les
ciel. Il est le maître de la grêle et de la pluie. Il est asso-
Incas, seigneurs de la tribu inca et désormais de l’ensemble
cié au puma. Il est parfois un messager du Soleil. Il peut
des Quatre Régions, sont ses descendants en ligne directe.
87
88
les quatr e r égions
89
90
les quatr e r égions
91
L A F EUI L LE SACRÉ E
Les montagnards aymarás furent les premiers à décou-
vrir et à utiliser les feuilles de la plante sacrée de la coca
comme ingrédient alchimique d’innombrables recettes de
potions, rites magiques, boissons et aliments revigorants.
92
les quatr e r égions
Nation la plus nombreuse des vallées du nord du À mi-chemin de la côte et des régions de l’intérieur,
Chinchaysuyu, formant l’une des plus glorieuses cultures une vaste vallée dissimulée, protégée des Aymarás et des
des Quatre Régions, les Chimús de Chan Chan, adorateurs Qullas, en vue de l’Antikuna et des ruines de Tiwanaku,
du tonnerre, étaient sur le point de devenir la puissance s’étend entre les terres des Chimús et celles des Incas.
dominante du Nord quand les Incas les assujettirent. Les C’est la vallée de la Hatunmayu, la plus grande rivière du
Chimús furent les seuls à jamais opposer une résistance massif de l’Antikuna. Elle abrite les terres les plus fertiles
sérieuse à la puissance de Qosqo. Ils ne se soumirent connues de l’humanité.
qu’après avoir été témoins de première main des pouvoirs
Dans cette vallée paradisiaque où toutes les récoltes
des conquérants incas.
poussent comme par magie, atteignant des tailles et une
Ils étaient pionniers dans les domaines de l’hydraulique, diversité dont nulle part ailleurs on n’oserait même rêver,
de la joaillerie avancée et de l’organisation économique. la tribu des Huankas construisit ses cités, peuplées de gens
Ils possédaient une administration du tribut déjà puis- prospères et dirigées par des chefs fortunés, tous aimant
sante et structurée avant leur rencontre avec les Incas ; leur terre et aimés d’elle. Les Huancas vivaient à l’ombre
leur grand monarque Minchan Qaman arrêta presque la de tous les grands États conquérants qui les entouraient.
progression de ces derniers, jusqu’à ce que les Incas eux- Jadis, ils commerçaient avec l’ancien État de Tiwanaku,
mêmes se présentent, capturent son âme et l’emmènent à puis plus tard avec les tribus du Titicaca et même avec les
la Citée sacrée. Elle y est toujours, en tant que porte-pa- sauvages Asháninkas des jungles orientales.
role de son peuple désormais sujet des Incas.
Ils avaient appris qu’ils devaient révérer leur terre et
Les dieux des Chimús sont Mama Quilla, la Lune (Shi pour deviendraient des esprits de la nature après leur mort. Ils
les Chimús), la mer (Ni), la constellation des Pléiades et les adorent donc leurs ancêtres en tant qu’esprits des arbres,
esprits du tonnerre ; après avoir été vaincus par les Incas, des rivières, des lacs et de la montagne, s’intéressant au
les Chimús acceptèrent le culte des Incas, quoiqu’avec ré- monde vivant plutôt qu’au ciel.
ticence, et comme foi secondaire. De nos jours encore, en
Quand les armées incas descendirent dans la vallée de
pays chimú les temples d’Inti (Jiang pour les Chimús) et
la Hatunmayu, elles laissèrent aux Huancas le choix d’une
des Incas sont plus petits que ceux dédiés à la Lune.
annexion pacifique aux Quatre Régions. Les Huancas dé-
La capitale des Chimús est la grande cité de Chan Chan, fièrent ces étrangers exigeants et résistèrent, convaincus
qui ne le rend en taille qu’à Qosqo elle-même. À l’arri- que leur vallée bénie les protègerait. Mais les Incas étaient
vée des Incas, toutes les tribus des vallées septentrionales beaucoup trop forts ; la vallée tomba entre les mains des
payaient un tribut aux Chimús ; certaines le font toujours, Incas et fut réduite au rang de simple province wamani
même si toutes les nations du Nord forment désormais des des Tahuantinsuyu. Ses champs devinrent des terres agri-
wamanis tributaires du Chinchaysuyu. coles pour les Incas, tandis que les Huancas étaient sé-
parés et dispersés dans toute la fédération. Cependant,
Les Chancas les Incas éprouvent toujours un certain respect envers la
Hatunmayu. Ils y ont déployé une puissante armée, autant
Les Chancas sont un peuple d’agriculteurs et de guer- pour sauvegarder la vallée bénie que pour se protéger de
riers de la côte nord vénérant le puma. Hostiles à la pro- ses esprits anciens - qui de temps à autre les maudissent
gression inca, ils entrèrent en conflit avec ces derniers. pour avoir chassé les Huancas de leurs propres terres.
Au terme du siège de Qosqo en 1438, ils furent vain-
cus par Pachacútec qui les incorpora ensuite au sein du
Tahuantinsuyu. Ils surent à la fois mettre en valeur leur
culture guerrière (un corps de gardes chancas protège ef-
ficacement le Sapa Inca) et leur artisanat réputé (orfèvres,
tisseurs, potiers, etc.).
Ils acceptent la domination inca, et suivent librement les
croyances incas. Ils procèdent comme eux à la séparation
de leur peuple en deux communautés : les Hanan Chancas
et les Hurin Canacas. En tant que grands architectes, ils
ont construit des villages et des cités fortifiées (avec des
temples, des palais de formes circulaires) dont les murs
d’enceinte et les douves qui sont aisées à défendre.
93
94
les quatr e r égions
Les peuples muiscas forment une alliance d’États sans LE RITE DE MNYÁ
chef suprême ; toutes leurs tribus respectent leurs fron- Pour les Muiscas, la magie en elle-même, l’énergie qui
tières internes, ce qui ne les empêche pas de se battre meut le monde, est représentée par le mnyá, qui prend
parfois entre elles quand aucune menace extérieure ne les dans le monde mortel la forme de l’or et la couleur jaune.
rassemble. Les seigneurs et prêtres muiscas se revêtent d’habits de
Le territoire muisca est une étroite étendue de hauts-pla- mnyá et embellissent leurs cités de décorations en or.
teaux reliés à l’extrémité nord de l’Antikuna, jouissant de Pendant leurs rites d’initiation, les dirigeants muiscas
vallées agricoles fertiles et de riches mines de sel. Ceci doivent se revêtir d’habits et de bijoux en or et apporter
a permis à toutes les nations muiscas de prospérer et de plusieurs objets de ce métal à un lac sacré dans lequel ils
croître sans conflits internes. seront jetés, en sacrifice à Chiminigawa.
95
La capitale Qosqo (Cuzco pour les Espagnols) est le Qosqo est divisée comme les Tahuantinsuyu en quatre
centre géographique et administratif des Quatre Régions, quartiers, rassemblés deux par deux en un district supé-
que les Incas ont créées et délimitées à partir du site de rieur hanan correspondant à la Chinchaysuyu et à l’An-
leur grande cité. tisuyu, et en un district inférieur hurin correspondant à
la Kuntisuyu et à la Qullasuyu. Chaque quartier n’est ac-
D’abord une petite forteresse d’un peuple mineur, cessible que par la route venant de la région correspon-
la citadelle qui deviendrait un jour Qosqo était appelée dante. La cité sert donc de point de contrôle pour tous les
Sacsayhuamán, le « Rocher du faucon ». Elle surplombait déplacements entre les régions. Chacun des quatre quar-
plusieurs fermes et bourgs en contrebas, et ce fut sur ce tiers abrite également l’apu inca de la région correspon-
site que le Premier Inca mena son peuple et lui ordon- dante, et une suite composée de nobles représentant les
na d’y construire Qosqo, sous la garde du rocher. La plus seigneurs provinciaux des wamanis. Pour être autorisé à
96
les quatr e r égions
vivre à Qosqo, un Inca doit posséder des terres habitées Tupac Yupanki et plus tard son fils Huayna finirent par
dans les Tahuantinsuyu. De même, tout noble qui ne dirige soumettre toutes les cités des Quitos, mais épargnèrent
pas sa propre province doit en conquérir une pour gagner par respect leur capitale et en firent une cité importante
sa place à Qosqo, élargissant ainsi le domaine inca. des Quatre Régions.
Le plus grand monument de la cité est le palais de l’In-
ca (également appelé le Temple du Soleil, ou Qorikancha), Chan Chan
construit par la dynastie céleste des Ayars il y a des siècles
de cela afin d’y loger éternellement ses descendants. Ce Chan Chan, la Cité de lumière, est la capitale des Chimús
palais compte des dizaines de logements pour le Sapa et l’ancien centre de pouvoir des vallées septentrionales.
Inca, sa coya, ses nombreuses concubines, la caste des Les Chimús contrôlaient à partir de là le domaine le plus
prêtres, le Conseil des nobles et les momies ancestrales, vaste avant l’essor des Incas. Toutes les vallées du Nord
auxquels se rajoutent les quartiers des domestiques et les payaient un tribut à Chan Chan.
salles de garde. Rares sont les citoyens des Tahuantinsuyu C’est une très grande cité dotée de plusieurs complexes
qui ont l’honneur de visiter le palais de l’Inca, et ils s’en de pyramides, de places et de citadelles où résident les
souviennent leur vie durant. nobles et d’où ils gèrent les affaires de l’État, selon leur
M A CHU PI CCHU rang. La cité ne fut prise par les Incas qu’après un long et
rude combat.
Le palais de Machu Picchu est l’exemple le plus gran-
diose d’architecture inca inspirée par le divin. Construite Elle a toujours été sous la protection des esprits de la
par Inca Pachacútec, « Celui qui ébranle le monde », fon- lune, des êtres célestes qui protègent les dirigeants chimús
dateur de l’État des Quatre Régions, Machu Picchu est le et les aident dans la bataille. Quand les Incas arrivèrent,
plus beau site des Tahuantinsuyu, et le plus exclusif. Sa ils affrontèrent les esprits de la lune un à un, jusqu’à ce
seule fonction est de procurer à la caste des Incas une ré- que les gardiens de Chan Chan cèdent devant les pouvoirs
sidence à l’écart de la paysannerie, un paradis de murs plus grands des enfants d’Inti. Les esprits lunaires, dé-
dorés et de tapisseries magiques accessibles seulement à sormais soumis à la volonté des Incas, habitent toujours
ceux de pur sang inca. Pendant des générations, les sei- la cité, toujours fidèles à leurs adorateurs chimús. Chan
gneurs incas des Quatre Régions s’en sont servis comme Chan demeure donc un site de grande puissance magique.
d’un lieu de villégiature et de fêtes, ou pour tenir leurs Quand Chan Chan tomba, son monarque Minchan Qaman
hauts conseils ; en dehors de ces visites occasionnelles, s’offrit en sacrifice aux Incas, qui capturèrent son âme et
ses seuls résidents permanents appartiennent à l’ordre l’emmenèrent à Qosqo, d’où en tant qu’esprit il gouverne
spécial des domestiques yanas, élevés dès l’enfance pour toujours Chan Chan par l’intermédiaire de ses prêtres.
servir à la Citadelle sacrée sans jamais la quitter. D’autres
serviteurs les rejoignent pour préparer les temples et les
logements quand les nobles sont attendus, mais autre-
Les ruines de Tiwanaku
ment la Citadelle sacrée reste isolée, inaccessible et qua-
siment mythique. L’antique cité de Tiwanaku, près des rives du lac
Titicaca, était la capitale d’une civilisation du Soleil pré-
Quito cédent, qui régnait en paix sur toutes les tribus voisines.
Toutes les nations visitaient Tiwanaku et lui payaient un
tribut. Ses grands seigneurs partageaient leurs technolo-
Capitale de la nation du même nom, la cité de Quito gies avancées, leur magie et leurs connaissances en archi-
tomba aux mains des envahisseurs incas sous le règne de tecture avec tout le monde. Ce fut Tiwanaku qui la pre-
l’Inca Tupac Yupanki ; son fils Huayna Qapaq, Sapa Inca mière enseigna aux autres le culte du Soleil, de la Lune et
régnant, rebâtit la cité et la rendit plus grandiose encore, de Pachamama, et les esprits célestes lui accordaient leur
avec de grands temples, des observatoires et des écoles de bénédiction et leur protection.
magie.
Cependant, Tiwanaku finit par succomber à la jalousie
Quito étant à l’ombre de deux volcans en activité, ses ha- de ses voisins, et les nombreuses tribus qu’elle abritait se
bitants ont plusieurs fois dû la quitter, mais ils sont tou- dispersèrent sur le continent. Les seigneurs de Tiwanaku
jours revenus et l’ont reconstruite si besoin était. Cette formèrent la tribu des Puqinas, des nomades qui bien plus
tradition reste tout aussi valable sous le règne des Incas tard établiraient la dynastie inca quand les esprits célestes
qu’elle ne l’était à l’époque de la suprématie quito. ayars chercheraient à leur rendre leur gloire passée. Mais
Jadis, les Quitos gouvernaient une vaste étendue de col- la gloire des Incas est aujourd’hui dix fois plus grande que
lines et de vallées, d’où ils résistèrent aux Incas pendant celle de Tiwanaku, et leurs domaines actuels dix fois plus
des décennies ; Quito était leur plus puissante place-forte, vastes : ils ont en conséquence oublié l’antique cité...
qui changea plusieurs fois de mains au cours des longues
années de l’interminable guerre entre les deux peuples.
97
98
l ’a n c i e n m o n d e
99
100
l ’a n c i e n m o n d e
101
102
l ’a n c i e n m o n d e
Vertu et pénitence
Rois et empereurs
103
104
l ’a n c i e n m o n d e
musulmans ont eux aussi leurs propres dragons, que les catho- De même, les dragons chrétiens ne sont pas les seuls à
liques jugent aussi malfaisants que ceux de Satan, ou pire en- avoir été domptés. Peu après que sainte Sabra eut dompté
core. Il se dit que l’empereur de Chine est lui-même un dragon. son dragon, les royaumes musulmans, imitant leurs ad-
versaires, en firent de même avec les quelques dragons
Il y a beaucoup d’espèces de dragons européens. La lignée
survivants sur leurs terres.
du dragon de Sabra comprend les plus énormes d’entre
eux, aussi grands que les plus grands vaisseaux, leurs ailes
plus vastes que des voiles. Ces dragons sont des cracheurs Le langage
de feu et sont parmi les plus puissantes des créatures ter-
restres. Mais ils sont incapables de voler très longtemps, L’Europe abrite d’innombrables peuples, tous dotés
et encore moins de traverser l’océan jusqu’au Nouveau de leur propre langage ou dialecte. Le latin demeure la
Monde. Ils sont très rares : l’Empire espagnol en possède langue commune à toute la chrétienté, mais n’est ensei-
trois, la France cinq, l’Autriche quatre, et les ordres de gné qu’aux lettrés ou à l’aristocratie. La plupart des gens
Croisés en ont un nombre inconnu. Ils peuvent parler et doivent apprendre au moins une langue étrangère pour
sont largement considérés comme étant aussi intelligents communiquer avec des sujets d’autres royaumes.
qu’un être humain. Ils sont si gigantesques que leur équi-
page est composé de plus d’une vingtaine de dragonnières. LI S TE D E S LA NGUE S E UR O PÉ E NNE S
Dans DCA, la plupart des Européens viennent de l’Em-
Les dragons bleus sont en revanche très courants. pire espagnol, et parlent donc le castillan, qui est la lingua
Grands comme plusieurs chevaux, ils transportent en franca de leur fédération, ou une autre langue ibérique
général une seule nonne dragonnière, ou deux novices. comme le catalan ou l’aragonais. La plupart des langues
Certains peuvent cracher du feu, ils sont tous courageux espagnoles sont mutuellement compréhensibles avec le
et peuvent voler six heures d’affilée sur 200 kilomètres. castillan, mais beaucoup ne le sont pas et les personnages
Plus intelligent qu’un cheval ou un chien, un tel dragon européens de DCA ont tendance à être polyglottes.
ne peut cependant pas parler. Chaque grand royaume pos-
sède en général plusieurs centaines de ces animaux.
Les deux espèces qui précèdent sont les plus connues, LANGAGE LOCUTEURS
mais il en existe des dizaines sinon des centaines moins
courantes, de toutes tailles et aptitudes.
Castillan Les Espagnols de Castille
Les dragons ont tous une chose en commun : s’ils sont
domptés, ils n’obéiront qu’aux ordres d’une femme, jamais à Aragonais Les Espagnols d’Aragon
ceux d’un homme. La raison en est inconnue, mais cela a sen-
siblement changé la façon dont la société traite les femmes, Les Espagnols, Arabes et juifs
surtout en ce qu’elles peuvent désormais servir dans les ar- Arabe andalou d’Andalousie
mées et monter en grade, puisqu’elles sont indispensables
pour commander les unités de dragons. Mais dans la classe Basque Les Basques
paysanne, cela ne change en rien les discriminations dont
elles sont victimes, sauf qu’en plus d’être données en ma- Catalan Catalan
riage ou envoyées au couvent, elles ont désormais la pos-
sibilité d’être envoyées à l’armée. Si les dragons étaient Galicien Les Galiciens et les Portugais
vraiment beaucoup plus nombreux, une proportion impor-
tante de femmes devrait être entraînée à les monter, ce qui Les Romains
Latin
changerait alors le rapport des forces au profit de toutes les
femmes, y compris celles qui n’ont pas vocation à devenir Les natifs de la tribu des Lucairis
Taino
dragonnières. C’est ce que compte promouvoir la Société
des éleveuses de dragons, par exemple. Toujours est-il qu’en Dialectes arabes Les Arabes
Europe aujourd’hui, les femmes, à part les nobles et les dra- (darija)
gonnières, restent pour l’essentiel des citoyens au rabais,
Anglais Les Anglais
malgré quelques avancées sociétales en leur faveur.
Les dragons européens furent les premiers domptés, Français Les Français
mais pas les premiers à appartenir à une civilisation ; avant
sainte Sabra, d’autres sociétés humaines avaient noué des Toscan et ses dialectes Les Toscans, Corses et Florentins
liens d’un autre ordre avec les races draconiques ; pour
beaucoup, les dragons étaient des êtres divins, dignes Vénitien Les Vénitiens
d’adoration. Certains royaumes étaient directement sous
la domination des dragons, d’autres acceptaient leur pro- Zeneize (génois) Les Génois
tection en contrepartie d’offrandes de nourriture, etc.
105
La plupart des noms de famille ont un rapport avec la Les nobles, gentilshommes et marchands espagnols
profession d’un ancêtre ou avec son lieu d’origine. Mais adoptent souvent le titre « Don » ou « Doña », placé avant
certains comprennent le suffixe -ez, signifiant « descen- le nom, en signe de distinction.
dant de ». Ainsi, Gómez signifie « descendant de Gomar », Ci-dessous figurent quelques-uns des noms et noms de
López signifie « descendant de Lope », etc. « De » avant un famille les plus courants, afin d’aider la meneuse et son
nom signifie que la famille utilise comme nom son origine groupe de joueurs à choisir des noms pour les person-
géographique. nages ou les endroits.
NOMS FÉMININS NOMS FÉMININS NOMS MASCULINS NOMS MASCULINS PRÉNOMS PRÉNOMS
106
l ’a n c i e n m o n d e
107
FACTIONS ET
l’Espagne.
Le gouverneur et vice-roi des Indes est le fils de
Christophe Colomb, Diego. Toutefois, il a plus à cœur les
Hispaniola
Comme déjà mentionné, la plupart des colons européens Ce fut la première des îles de l’archipel entièrement
du Nouveau Monde viennent de l’Empire espagnol, c’est-à- conquise par les Européens, qui exploitent ses ressources
dire des royaumes de Castille et d’Aragon. Il y a cependant au profit de la couronne d’Espagne via le système des
beaucoup de marins, aventuriers et explorateurs venus « encomiendas », après en avoir asservi les natifs lucai-
d’autres nations, et même les sujets de la couronne d’Es- ris. Il existe à ce jour sur l’île des dizaines de haciendas
pagne ont en général leurs propres priorités, distinctes de indépendantes, et trois dragons espagnols au moins pa-
celles des royaumes. trouillent ses cieux pour surveiller les autochtones.
Les Européens du Nouveau Monde se divisent en deux L’île était auparavant nommée Ayiti et abritait cinq dif-
classes : les représentants désignés, qui gèrent officiel- férentes tribus de Lucairis. Elles tombèrent sous les coups
lement les affaires et sont censés rendre compte à la des avides envahisseurs européens cherchant à s’empa-
Couronne, et les propriétaires et prospecteurs indépen- rer des richesses du Nouveau Monde, et l’île, rebaptisée
dants, subventionnés par la Couronne pour entreprendre Hispaniola, devint le centre du pouvoir des Européens,
et investir dans la conquête et la colonisation. Ces colons d’où ils dominent les nouvelles colonies.
indépendants sont soumis à l’autorité des représentants Santo Domingo, la forteresse de Diego Colomb et capi-
officiels mais en tiennent rarement compte, car les colo- tale des Indes, se trouve sur Hispaniola, sur la côte sud-
nies ont encore très peu de moyens de l’imposer. est de l’île.
La population native des colonies européennes est en-
LA M A LÉ D I C TI O N D E S O R I S H A S
core nombreuse. Elle appartient surtout aux tribus tainos/
lucairis, qui habitaient les îles avant l’arrivée de Colomb. Comme l’asservissement a épuisé les natifs d’Hispaniola
Les Lucairis, que la plupart des Européens qualifient tou- et a diminué leur nombre, les Européens se sont mis à im-
jours d’« Indiens » bien qu’ils sachent désormais que le porter des centaines d’esclaves africains pour exploiter les
Nouveau Monde n’est pas l’Asie, comme ils le pensaient ressources locales, ce qui a eu pour résultat la propagation
naguère, sont forcés de fournir du travail manuel aux co- silencieuse de certaines malédictions africaines anciennes
lons, qui ont établi des « encomiendas », c’est-à-dire des dans l’île, lesquelles ont affecté également colons et au-
établissements et plantations où une poignée d’Européens tochtones. Les premiers récits de morts-vivants ambu-
gèrent une main-d’œuvre de centaines d’Indiens. lants ont entraîné l’abandon de certaines plantations par
leurs propriétaires et leurs serviteurs, en attendant que
Ci-dessous figurent les principales factions politiques des inquisiteurs chrétiens ne viennent les débarrasser de
au sein des colonies européennes du Nouveau Monde. ce fléau. Mais les orishas, ou esprits africains, n’ont qu’à
peine commencé à exercer leur magie au sein des popu-
lations locales, et la lutte promet d’être longue et féroce.
108
l ’a n c i e n m o n d e
Cuba, ou Isla Juana en l’honneur de Juan de Trastamare, Les Lucairis, que les Européens désignent sous le nom
prince des Asturies, la plus grande de ces îles appelées d’Indiens, ou Tainos, comme se nomment les chefs locaux,
les Indes, est dotée d’une importante population native sont les habitants originels des « Indes », cet archipel à
non encore totalement soumise aux Européens. La pre- l’est du Nouveau Monde.
mière colonie permanente sur Cuba, Baracoa, est la tête
Les Lucairis formaient un peuple pacifique et tolérant,
de pont d’un effort lent mais régulier de conquête de l’île,
avec des chefs indulgents, entretenant de bons rapports
sous le commandement du gouverneur Diego Velázquez
avec les esprits de la nature. Les premiers envahisseurs
de Cuéllar, un hidalgo castillan blanchi sous le harnois,
européens furent accueillis avec une curiosité amusée.
et l’un des favoris du vice-roi Diego Colomb. Bien que les
Mais Colomb et ses successeurs trahirent la confiance des
Lucairis de Cuba soient toujours belliqueux, leur chute
natifs, les asservirent et capturèrent leurs seigneurs et
devant les Espagnols et la conquête de l’île entière n’est
leurs magiciens par surprise. Les Lucairis furent décimés
qu’une question de temps.
et leur nation frappée de quasi-disparition en moins d’une
HERN Á N CO RTÉ S décennie. Même les doux esprits de la nature qui proté-
geaient les îles lucairis tombèrent, furent chassés ou mis
Un homme, un hidalgo intelligent et entreprenant,
en déroute par les miracles chrétiens.
il s’est distingué au cours des premiers raids contre les
Indiens, sous le commandement de Diego Velázquez. Son À ce jour, la plupart des tribus autochtones ont été
nom est Hernán Cortés, et les sentiments de Velázquez réduites en esclavage dans les haciendas et colonies
envers lui oscillent entre admiration et malaise. Le jeune européennes.
hidalgo est aussi courageux qu’ingénieux, et le gouver-
neur hésite à l’employer au mieux de ses talents en le pro- LE P O UV O I R
mouvant, ou à s’en débarrasser sans autre forme de pro- Les Lucairis se divisaient en un système de classes très
cès avant que ses considérables facultés intellectuelles ne simple : les gens du commun appartenaient à la classe des
tournent à l’ambition dangereuse. naborias, les dirigeants et prêtres à celle des tainos. Les
prêtres tainos pouvaient converser avec le vent et les va-
Cortés semble pour l’heure se contenter de terres et
gues, mais leurs esprits gardiens tombèrent devant la puis-
d’esclaves, mais Velázquez ne peut s’empêcher de penser
sance de la magie chrétienne et la plupart perdirent à peu
que le jeune capitaine risque d’entraîner la débâcle abso-
près tous leurs pouvoirs, sauf quelques-uns qui se battent
lue de l’expédition – ou son triomphe.
encore dans les dernières localités natives rebelles.
Autres colonies
Les Kalinas
Quelques autres petites colonies européennes sont ins-
Un conflit de longue durée existe entre les Lucairis et
tallées sur les îles San Juan et Sevilla La Nueva, toutes sous
les Kalinas, une féroce tribu continentale au sud de l’ar-
le contrôle de gouverneurs que Colomb y a placés au cours
chipel. Les Kalinas ont longtemps affronté les Lucairis
de ses derniers voyages. Elles font aussi partie des Indes,
pour le contrôle de leur territoire et ont réussi à les chas-
bien que relativement à l’écart d’Hispaniola, la plus forte
ser des îles les plus méridionales.
implantation européenne.
Les Kalinas professent une religion cruelle et sangui-
Enfin, quelques colons européens ont d’ores et déjà
naire, pour laquelle tous les esprits et toutes les forces
réussi à atteindre le continent, au sud d’Hispaniola. Ils
surnaturelles sont des monstres, les mortels ne pouvant
n’ont pas osé entrer en contact avec les autochtones len-
que les combattre ou les amadouer. Les meilleurs guer-
cas, mais subsistent tant bien que mal grâce aux Lucairis
riers et prêtres kalinas ont donc appris à devenir aussi
ou aux Africains qui ont été amenés pour travailler sur
cruels et acharnés que les démons de la nature afin de
les plantations. Ces établissements, les premiers avant-
pouvoir les affronter sur un pied d’égalité.
postes européens sur le continent, ne sont guère plus que
des comptoirs commerciaux ou des bases de ravitaille- Les peuples kalinas sont encore presque inconnus des
ment, mais ont prouvé qu’il y avait bien un continent au Européens, qui les appellent les Caraïbes. Quelques chocs
sud-ouest des Indes et que le Nouveau Monde n’était fina- sanglants avec ces autochtones violents ont convaincu les
lement pas l’Asie. Européens que les Kalinas ne plaisantaient pas, ne pre-
naient pas de prisonniers et ne faisaient pas de quartiers.
De leur côté, les Kalinas voient les Européens comme des
démons marins et les traitent comme tels.
109
110
les r ègles
111
112
les r ègles
Ainsi, pour peu que votre personnage n’en soit pas fran- Mécaniques de résolution
chement incapable, il pourra toujours dans ce jeu escala-
der toutes les falaises et ouvrir toutes les malles au trésor Toutes les mécaniques de résolution citées ci-dessus
qu’il découvrira. Cela pourra peut-être exiger beaucoup de (épreuves et confrontations) servent à déterminer d’une
temps ou d’efforts, mais cela marchera en fin de compte et part si un personnage réussit ou rate, et à quel degré,
ne vous demandera ni épreuve, ni confrontation, ni poser d’autre part les éventuelles conséquences imprévisibles
de carte ou lancer de dé. de la tentative (page 128).
Cependant, il arrive souvent que les personnages Pour ce faire, les joueurs devront consulter leurs feuilles
doivent accomplir des choses difficiles dans un délai res- de personnages, jouer des cartes (ou lancer des dés) de
treint. Qu’ils aient à fuir un adversaire dangereux, à sur- leur main ou du paquet selon le cas, et tenir compte des
vivre à une avalanche sur le point de les engloutir ou à valeurs et signes des cartes jouées. De façon générale,
gérer toutes sortes de circonstances aux conséquences po- des valeurs hautes les aideront à réussir, tandis que des
tentiellement tragiques, alors la MJ utilisera un Test d’Op- valeurs basses et des signes adéquats leur permettront
position Passive, ou TOP (page 134). Si les personnages de tirer de nouvelles cartes pour rester en forme (page
font face à d’autres gens, à des monstres, des esprits ou 130). Pour apprendre à résoudre les confrontations, voir
des dragons, la MJ leur opposera alors des personnages page 122 ; pour les épreuves, voir page 124.
non joueurs, ou PNJ.
Ces deux types de situations seront résolues par des Mise en page et présentation
confrontations (page 122). Les confrontations diffèrent
des mécaniques de résolutions normales utilisées dans Les règles de base et le cadre du jeu sont rédigés dans le
d’autres jeux en ce qu’elles sont toujours à « double même format que ce paragraphe. Ces sections contiennent
sens » : elles ne servent pas seulement à décider du succès les éléments essentiels de ce manuel. Voyez ces règles
ou de l’échec d’un personnage, mais déterminent, au cours comme la colonne vertébrale du moteur CJDR : si vous ne
d’un combat contre un PNJ ou dans un TOP, qui réussit ou les avez pas assimilées à fond, vous ne pourrez pas jouer
échoue. Ceci vient de ce que les personnages peuvent ré- à DCA.
agir à ce qui leur arrive ou se passe autour d’eux, en uti-
lisant des contre-actions : esquiver une flèche, contre-at-
taquer, se mettre à l’abri pour survivre à l’avalanche, Les règles additionnelles ou optionnelles,
arriver au sommet de la falaise avant qu’elle ne s’écroule, ainsi que les règles plus avancées, sont présen-
ou quoi que ce soit qui leur paraisse utile ou leur vienne à tées sous ce format. Nous vous suggérons de ne pas
l’esprit. Cela signifie également qu’échouer dans une ten- en tenir compte au début, et de ne commencer à les
tative donne en général à l’adversaire une chance de réus- intégrer à votre jeu que quand vous serez à l’aise
sir ce qu’il tentait d’accomplir. avec les règles de base ; vous ne devriez vous servir
que des plus pertinentes pour votre groupe et pour
Parfois, la MJ peut vouloir souhaiter dissimuler aux votre propre campagne : ce n’est pas la peine de
joueurs certaines informations (« La falaise est parcourue toutes les utiliser.
de crevasses et risque de s’écrouler si quelqu’un essaye
de l’escalader, je me demande si le personnage va le re-
marquer avant de commencer l’ascension finale. »). Elle
peut alors utiliser une épreuve (page 124) afin de déter�-
Vous trouverez sur fond gris les règles qui exi-
miner si un personnage découvre l’information adéquate
gent que vous leur prêtiez une attention particu-
ou s’il va subir les conséquences de son ignorance. Les
lière, et qu’il vaut mieux éviter d’oublier de lire
épreuves diffèrent des TOP en ce que les personnages ne
quand vous feuilletez le manuel.
savent pas forcément s’ils les ont réussies ou non ; ce sont
d’excellents outils pour permettre à la MJ d’entretenir le
suspense.
Vous trouverez également dans le livre de nombreux
Enfin, quand dans l’une ou l’autre de ces situations le exemples d’application des règles, qui sont formatés en
timing est crucial, ou s’il est important de savoir qui fait italique pour vous aider à les repérer dans l’ouvrage.
quoi en premier, la MJ devrait lancer une passe d’armes
(page 132), ce qui aidera le groupe à déterminer l’ordre Enfin, vous verrez de nombreuses sections du livre en texte vert,
dans lequel chaque personnage pourra agir. comme celle-ci. Elles contiennent des trucs, astuces et conseils qui
vous aideront probablement à comprendre la finalité initiale des
règles et vous donneront des idées sur la manière de les mettre
effectivement en œuvre au cours de vos parties.
113
114
les r ègles
joueurs (qui ne devra pas comprendre moins de paquets paquet est piochée, la pile de défausse est alors mélangée
de base que la moitié du nombre de joueurs). pour former un nouveau paquet.
L’endurance maximum d’un personnage est reflétée par Un PNJ ne peut pas défausser de cartes. Il subira en re-
la taille maximum de la main du joueur, déterminée par vanche, lors de la confrontation suivante, autant de désa-
l’âge du personnage (soit 8 cartes pour un personnage vantages qu’il aurait eu de cartes à défausser.
jeune, 7 pour un adulte, 6 pour un personnage âgé). À Les tests d’opposition passive ne peuvent pas non plus
tout moment, si un joueur pioche un nombre de cartes qui défausser de cartes.
amène sa main au-delà de la taille maximum autorisée, il
devra défausser assez de cartes pour revenir au maximum.
Les personnages ne pouvant dépenser que les forces
qu’ils ont, les joueurs ne peuvent donc jouer que les cartes
de leur main, sauf si une autre règle les y autorise. Un
joueur peut choisir quelle carte de sa main jouer.
L’endurance est délicate à mesurer. Les joueurs n’ont
donc pas le droit de consulter leur paquet ni la pile de dé-
fausse, ni de mélanger ou de réintroduire les cartes déjà
utilisées dans leur paquet. Dès qu’une carte est utilisée,
elle est placée dans la défausse. Quand la dernière carte du
115
LA MAIN DE DÉ S
Les joueurs utilisent chacun une main de
dés, de la même manière qu’ils auraient cha-
cun une main de cartes. Pour jouer avec des
dés plutôt qu’avec des cartes, vous n’aurez
JO K ER
besoin que de suivre ces règles simples :
116
les r ègles
LE TEMPS
A U CO U R S DU JEU , le temps
peut être divisé en quatre caté-
gories différentes de durées : les ses-
La main de cartes d’un joueur repré-
sente l’endurance de son PJ, ce qui signi-
fie qu’un PJ dont le joueur a une main de
Quand les personnages accomplissent
des actions sans opposition, l’ambiance
autour de la table reste en général déten-
sions, les scènes, les passes d’armes cartes complète est en forme et proac- due, comme dans une conversation. La
et les tours. tif, tandis qu’un PJ dont le joueur n’a que meneuse doit veiller à ce que le temps de
peu ou plus de cartes est épuisé et pro- jeu soit réparti de façon équitable entre
Sessions bablement démoralisé. Quand les per- tous les joueurs, et que ceux-ci puissent
sonnages peuvent se reposer suffisam- tous décrire ce que fait leur personnage
Une session correspond à la durée ment longtemps pour recouvrer leur pendant leur temps de parole.
réelle consacrée au jeu, sur une par- énergie, cela signifie en général que la
■ Si l’action implique une forme
tie d’une journée. scène est terminée, et les joueurs auront
quelconque de conflit — un combat,
alors la possibilité de piocher à nouveau
un échange d’arguments, une pour-
Par ex. : vous êtes tous tom- (jusqu’à la taille maximum de la main).
suite, ou toute autre situation tendue
bés d’accord pour jouer toute Une scène n’a pas de durée déter- au cours de laquelle certains person-
l’après-midi de ce dimanche. minée à l’avance, ni d’événement nages cherchent à prendre le dessus
type qui l’interromprait automati- sur d’autres —, alors il faut lancer
Certains événements et capacités sont quement. Il revient à la MJ de déci- une passe d’armes, qui fixe l’ordre
valides pour une durée correspondant au der quand elle se termine. Allonger la dans lequel les personnages peuvent
temps écoulé dans le jeu pendant la session. durée des scènes (ce qui les rend plus déclarer leurs actions ou utiliser des
Ceci suppose que la plupart des sessions ne « difficiles ») ou les raccourcir (pour contre-actions pour éviter les effets
représenteront que de relativement courtes les rendre plus « faciles ») est un bon de celles de leurs adversaires.
périodes dans le jeu, sans temps morts trop outil à la disposition de la MJ pour
longs à l’intérieur de ces périodes. Si une ses- ajuster la difficulté du jeu. Passes d’armes
sion s’avère très longue (par ex., si vous jouez
6 heures d’affilée), ou qu’elle couvre une très Par ex. : les PJ décident de s’intro-
longue durée dans le jeu (par ex., les person- Les passes d’armes sont de brefs pa-
duire dans un temple de la cité de
nages traversent un désert pendant un mois, roxysmes d’activité au cours desquels
Tenochtitlan. Ils attendent la tombée
mais cela ne prend que quelques minutes à de la nuit pour éviter les foules, pé- les personnages tentent de l’emporter
jouer), la MJ peut décider à n’importe quel nètrent silencieusement dans l’édifice sur d’autres ou d’atteindre leur objec-
moment, pour des raisons de jeu, qu’une et le fouillent à la recherche de trésors. tif au plus vite. Elles constituent, avec
session a pris fin et qu’une nouvelle session Ils tombent sur deux gardes du temple, les confrontations qu’elles englobent,
commence immédiatement. et après les avoir vaincus, ils s’em- la partie la plus purement mécanique
parent de l’or et prennent la poudre du MCJDR25, et seront détaillées plus
Scènes d’escampette. Cette suite d’événe- loin dans ce manuel.
ments peut être jouée en une seule
Au début de chaque scène, tous les
scène ou divisée par la MJ en plusieurs. Tours
Ainsi, entrer dans le temple sans être
joueurs sauf la MJ piochent des cartes
vus pourrait constituer une scène, le
sur leur paquet, jusqu’à atteindre le Un tour est un instant durant le-
combat contre les gardes une autre, la
nombre maximal autorisé de cartes fuite une troisième et dernière scène. quel un personnage tente d’accom-
dans leur main. plir quelque chose, tandis que ceux
Les actions effectuées pendant une qui seraient affectés par cette tenta-
Une scène est une séquence d’évé-
scène peuvent être résolues de deux tive essayent de l’en empêcher ou de
nements pendant lesquels la MJ dé-
façons : l’arrêter. Au cours de chaque passe
crit ce à quoi les personnages sont
d’armes, chaque personnage ne dispo-
confrontés et ce qui leur arrive. Au ■ Si l’action ne déclenche pas de passe sera en général que d’un seul tour (et
cours d’une scène, les personnages d’armes ou que rien ne s’y oppose, elle parfois même d’aucun !), mais pourra
agissent constamment, sans repos est considérée comme une action sans participer à plusieurs des tours de ses
(ou très peu) entre deux actions, le opposition et est réussie par défaut. adversaires, si ceux-ci l’affectent.
plus souvent en un seul endroit.
117
118
les r ègles
l’aube poindra) et veiller à ne faire au- vous agrippe, d’agir sur les sens de
cun bruit, afin de ne pas être détecté. quelqu’un, de le faire trébucher... Les actions en
La MJ déclare donc que Fernando doit coopération
Pour éviter les effets d’une ac-
être soumis à un TOP s’il veut atteindre
tion, il est par exemple possible de
son objectif à temps et en silence.
se mettre à couvert, d’esquiver un Une action en coopération est
coup d’épée, de semer un adver- une action unique entreprise
3. Si une action est considérée par saire qui tente de vous rattraper...
la MJ comme impossible à ac- par plusieurs personnages. Tous
complir dans les circonstances les personnages participants
Les seules vraies différences entre jouent comme un seul person-
présentes, quels que soient une action et une contre-action sont
l’effort fourni, le temps passé, nage, en utilisant la valeur de
que cette dernière ne peut être dé- compétence et le focus de l’un
la volonté ou le désir, elle clarée qu’en réaction à une action,
peut annuler entièrement l’ac- d’entre eux. Ils obtiennent un
et ne peut affecter que le seul per- avantage par participant au-de-
tion, et le personnage pourrait sonnage dont elle tente d’empêcher
subir les conséquences d’avoir là du premier, et peuvent jouer
ou d’éviter l’action. Cela signifie que des cartes de n’importe laquelle
tenté quelque chose d’impos- les contre-actions ne peuvent pas dé-
sible. Le jugement et le pou- des mains des joueurs de per-
clencher de contre-actions supplé- sonnages participants.
voir dissuasif exercés par la MJ mentaires en retour, et qu’il est im-
doivent servir à faire avancer possible de s’y opposer. Si, pour une Souvenez-vous qu’une action
le jeu, et le joueur devrait être raison quelconque, un personnage en coopération doit toujours
prévenu que les actions infai- accomplit une contre-action qui de- constituer une action unique.
sables risquent de nuire à son vrait normalement cibler ou affecter Enfoncer une porte afin qu’un
déroulement. plusieurs personnages, elle n’affecte- ami puisse tirer dans la pièce ne
ra que le personnage dont l’action est constitue pas une action en coo-
Par ex. : Isabel, tentant d’échapper à pération, mais une suite d’ac-
la cause de la contre-action.
une volée d’oiseaux agressifs, saute du tions qui s’enchaînent ; si les
haut d’une immense falaise. Il est ab- Cependant, pour tout le reste, les personnages qui tentent cela ne
solument impossible qu’elle atterrisse contre-actions sont des actions nor- gèrent pas intelligemment leur
saine et sauve sans aide de la magie, males et en suivent les règles, ce qui ordre d’initiative, ils risquent
et elle va donc se blesser, voire se tuer. signifie que si elles sont réussies, de ne pas pouvoir atteindre leur
elles auront les mêmes effets que les objectif.
actions normales correspondantes :
Contre-actions Pour déterminer si quelque
infliger des dégâts, accorder à un
personnage la possibilité de se dépla- chose peut constituer une ac-
Les contre-actions sont des actions cer ou de convaincre quelqu’un, etc. tion en coopération, exami-
effectuées en réaction à d’autres ac- nez l’objectif le plus immédiat
tions, dans le but d’en éviter les ef- Les actions qui infligent des dé- des actions entreprises. Dans
fets ou de les faire tout simplement gâts peuvent servir de contre-ac- l’exemple précédent, il y a deux
échouer. Une contre-action ne peut tions contre d’autres attaques, et si objectifs immédiats : ouvrir la
être déclarée qu’après qu’un per- elles réussissent elles seront résolues porte et décocher une flèche
sonnage a été ciblé ou affecté d’une comme si le personnage avait été at- dans la pièce. En revanche, si
façon quelconque par l’action d’un taqué en premier, mais avait réussi à deux personnages tentent de
autre personnage, et seulement dans éviter l’attaque de l’adversaire et à le maintenir une porte fermée
le but de l’empêcher ou d’en éviter frapper en premier. pour empêcher une énorme
les effets. En outre, une contre-ac- Les personnages peuvent s’opposer créature de les atteindre, ou
tion ne peut affecter que le person- au cours d’une passe d’armes à au- tentent de soulever leur cama-
nage dont on essaye d’empêcher ou tant d’actions les ciblant ou les affec- rade blessé pour le mettre à
d’éviter l’action. tant directement qu’ils le veulent ou l’abri, ils partagent le même ob-
en sont capables. Cependant, un per- jectif immédiat et peuvent donc
Pour faire échouer une action, il est sonnage qui accomplit une ou plu- entreprendre une action en
par exemple possible de tirer sur coopération.
sieurs contre-actions devient engagé
la personne qui vous prend pour
et renonce à son propre tour, si ce-
cible, de tenter d’aveugler celle qui
lui-ci n’est pas encore passé.
119
A VA NT A GES ET DÉ SAVANTAGE S
Les avantages ou désavantages regroupent tous les E S S O UFFLE M E NT
autres facteurs pouvant affecter le résultat d’une action :
Bien que les personnages ne puissent accomplir
le positionnement, l’usage d’équipements appropriés (ou
qu’une seule action à leur tour, il leur est possible
pas !), l’interprétation cohérente et crédible de leur per-
d’effectuer plusieurs contre-actions au cours d’une
sonnage par les joueurs, des mots soigneusement choisis,
seule passe d’armes, s’ils sont pris pour cible par
le temps favorable ou hostile... ces facteurs peuvent affec-
plusieurs actions d’autres personnages.
ter aussi bien les PJ que les PNJ, les TOP que les épreuves,
et sont toujours accordés ou approuvés par la MJ. Pour représenter l’effort supplémentaire néces-
saire pour faire face à autant de défis sur une si
Les avantages (symbolisés par un « + ») représentent
courte durée, un personnage se verra infliger un
une circonstance ou un élément favorable au personnage ;
désavantage supplémentaire chaque fois qu’il ten-
chaque avantage rajoute trois points à la valeur d’action
tera d’utiliser une compétence qu’il a déjà utilisée
initiale du personnage.
au cours de la même passe d’armes. Ceci est cumu-
Les désavantages (symbolisés par un « - ») représentent latif : la troisième fois qu’il utilisera la même com-
une difficulté ou une entrave gênante pour le personnage pétence au cours d’une passe d’armes, il subira
qui entreprend l’action ; chaque désavantage retire trois deux désavantages, trois la quatrième fois, et ainsi
points à la valeur d’action initiale du personnage. de suite.
Notez que la valeur d’action initiale d’un personnage peut être néga- E SSOUFFLE ME NT DE S PNJ
tive après avoir pris en compte tous les désavantages ! Les PNJ n’ont pas autant de compétences dis-
Avantages comme désavantages peuvent provenir de tinctes que les PJ, et il revient donc à la MJ de juger
l’équipement, de talents, de certaines capacités, ou de si la règle d’essoufflement doit leur être appli-
l’interprétation de la situation. Un personnage peut ob- quée, et comment. Nous vous suggérons de le faire
tenir plusieurs avantages de plusieurs sources en même chaque fois qu’un PNJ accomplit un type d’action
temps, ou même plusieurs avantages d’une seule source, similaire, au-delà de la première fois : attaquer plus
si celle-ci est particulièrement favorable. Les possibili- d’une fois, esquiver plus d’une fois, etc.
tés sont nombreuses, et il revient à la meneuse de décider
120
les r ègles
121
treprend une action et, soit qu’un autre personnage tente Les contre-actions ne peuvent cibler ou affecter que le personnage
de l’en empêcher ou d’en éviter les effets, soit qu’il soit déclencheur. À part cela, elles sont aussi efficaces que des actions
forcé par les circonstances à l’accomplir rapidement et ef- normales. Ainsi, contrer une attaque par une autre attaque réussie
ficacement, il y aura une confrontation pour déterminer infligera le même nombre de points de dégâts qu’une attaque menée
ce qui va se passer. à votre tour.
Au cours d’une confrontation, les parties impliquées 4. Détermination des avantages et/ou des désavan-
compareront leur valeur de compétences, ajouteront tages et leur source. Les joueurs décrivent leur plan
quelques modificateurs et joueront des cartes dont ils et pourquoi, selon eux, leur personnage devrait bé-
ajouteront les valeurs à la valeur de compétence et aux néficier d’avantages ou ses adversaires subir des dé-
modificateurs. En règle générale, le personnage avec le savantages. La MJ décide alors qui obtient avantages
plus haut total réussira tandis que les autres échoueront. ou désavantages et pourquoi.
Une confrontation implique en général soit un person- Au cours d’une confrontation entre plus de deux personnages, il est
nage et un TOP, soit deux personnages, auquel cas elle en- possible d’avoir des avantages ou désavantages contre certains adver-
globera une action et sa contre-action. Cependant, dans saires, mais pas contre d’autres. Dans ce cas, calculez séparément les
certains cas, une action affecte plus d’une cible : tir au modificateurs contre chaque adversaire et déterminez séparément
canon, avalanche tombant sur un groupe... Dans ces cas- valeurs d’action, vainqueur et conséquences pour chaque paire d’ac-
ci, tous les personnages ciblés peuvent être impliqués tions en opposition.
dans la confrontation qui s’ensuit.
Rappelez-vous la règle d’essoufflement (page 120) : un personnage
Pour simplifier l’explication qui suit, le personnage qui subit un désavantage chaque fois qu’il utilise une compétence qu’il a
entreprend l’action qui déclenche la confrontation sera déjà utilisée au cours de la même passe d’armes.
appelé le personnage déclencheur, et cette action sera
l’action « déclencheuse ». 5. À cette étape, les joueurs peuvent jouer des cartes
de leur main pour augmenter leur valeur d’action.
Résolution d’une confrontation Le joueur qui, à un moment donné, a la valeur d’ac-
tion la plus basse, décide soit de passer, soit de jouer
une carte. Dès qu’un joueur passe ou qu’il atteint la
Pour résoudre une confrontation, les joueurs doivent limite du nombre de cartes qu’il peut jouer au cours
toujours procéder dans l’ordre suivant : d’une confrontation (son focus de compétence), ne
1. Le joueur d’un personnage déclencheur déclare une peut plus jouer de cartes et n’est plus pris en compte
action (l’action déclencheuse), explique quelle com- pour déterminer qui a la valeur d’action la plus
pétence est utilisée (à approuver par la MJ), et dé- basse pour la suite de l’étape.
signe la ou les cibles le cas échéant.
S’il y a plusieurs joueurs avec la valeur d’action la plus basse, ceux
2. La MJ décide si un test d’opposition passive (TOP) d’entre eux qui décident de jouer doivent jouer leur carte face
s’oppose à l’action, et si c’est le cas elle déclare la cachée et la retourner simultanément (ou lancer les dés en même
nature et la difficulté du TOP ainsi que les consé- temps).
quences d’un éventuel échec.
Afin de fluidifier le jeu, il est important que chaque participant à une
3. Tout personnage affecté par l’action déclencheuse
confrontation déclare sa nouvelle valeur d’action chaque fois qu’il
(et qui a conscience qu’elle a lieu) a maintenant
joue une nouvelle carte. Ainsi, personne n’a à calculer la valeur d’ac-
la possibilité de déclarer sa contre-action et d’ex-
tion de ses adversaires pour décider s’il doit jouer ou pas.
pliquer la compétence utilisée (la validité des
122
les r ègles
ÉT A PE SPÉCIFIQUE POU R LE JE U
A V EC DES D É S
Une fois par confrontation, vous pouvez retour-
ner un et un seul des dés lancés pour montrer la
face opposée au résultat initial (1 deviendra 6, 2 de-
viendra 5, 3 deviendra 4 et vice-versa). Si vous utili-
sez cette possibilité, ne tenez compte que du résul-
tat final pour tout calcul nécessaire, comme pour
appliquer la règle de maîtrise ou pour déterminer
qui est le joueur avec la plus basse valeur d’action.
123
124
les r ègles
Résolution d’une épreuve sur un esprit maléfique. Si elle échoue, la MJ pourrait lui
dire qu’elle entend un bruit bizarre, mais qu’elle le met sur
le compte d’un oiseau se posant un peu trop lourdement
Pour résoudre une épreuve, les joueurs doivent procé-
sur une branche. Dans les deux cas, le joueur ne devrait pas
der dans l’ordre suivant :
être absolument certain d’avoir réussi l’épreuve ou non !
1. La MJ demande à un personnage ou à un groupe
de personnages de se soumettre à une épreuve, ou
bien un personnage demande à se soumettre à une
Difficulté d’une épreuve
épreuve et ceci est approuvé par la MJ.
2. La MJ pose secrètement la difficulté de l’épreuve en
tenant compte des circonstances qui la motivent.
3. Elle détermine les avantages ou désavantages à ap-
pliquer ou pas au personnage. Si le joueur ne devrait
pas en être conscient, elle peut en tenir compte
et modifier en secret la difficulté de l’épreuve.
Autrement, elle peut informer le joueur des modi-
ficateurs, positifs ou négatifs, qu’elle applique à sa
valeur de compétence.
4. La MJ indique au joueur quelle compétence de son
personnage sera utilisée, selon la nature des cir-
constances appelant à l’épreuve.
5. Le joueur pioche alors sur le sommet de son paquet La difficulté d’une épreuve est sa valeur numérique. Les
un nombre de cartes égal à son focus de compétence. difficultés d’épreuves sont indiquées sous forme d’une
Puis il ajoute la valeur de la plus haute carte à sa va- paire de valeurs : X(Y). X indique la valeur initiale, tan-
leur de compétence et défausse toutes les cartes. dis que Y indique le nombre de cartes jouées du paquet
de la MJ. Pour calculer la valeur finale de la difficulté de
Les joueurs sont autorisés à piocher et défausser les cartes une à l’épreuve, la MJ additionne la valeur de la plus haute carte
une, et à s’arrêter avant d’atteindre la limite indiquée par le focus, s’ils jouée et la valeur initiale, et défausse le reste des cartes
piochent une carte haute assez tôt et ne souhaitent pas risquer de en veillant à ce que personne ne les voit.
défausser d’autres cartes hautes.
Il y a trois niveaux habituels de difficultés : facile, dif-
Rappelez-vous qu’une épreuve n’est pas une action, et qu’elle ne ficulté de 3(1) ; normal, difficulté de 6(1) ; et difficile,
cause donc ni essoufflement ni engagement du PJ. difficulté de 9(1). Dans certains cas, les PJ passeront une
épreuve contre un PNJ, auquel cas la difficulté de l’épreuve
6. Si la valeur finale atteinte par le joueur est supé- aura comme valeur initiale la valeur de compétence du
rieure ou égale à la difficulté de l’épreuve, alors son PNJ, et la MJ jouera un nombre de cartes égal au focus
personnage réussit l’épreuve. Sinon, le personnage de compétence du PNJ. Enfin, les PJ passeront parfois des
échoue. épreuves demandées par une règle ou une capacité spéci-
7. Enfin, la MJ décrit les résultats de l’épreuve. Elle n’a fique, auquel cas la difficulté sera précisée par la règle ou
pas besoin de dire si c’est une réussite ou un échec, la capacité.
mais seulement de décrire ce qui se passe après ; ce
qui signifie, si les personnages ont raté l’épreuve, Recommencer des épreuves ratées
qu’elle a le droit de faire en sorte qu’ils croient vrai
quelque chose qui est en réalité faux. Une épreuve ratée ne peut pas être répétée, sauf si les
circonstances ont radicalement changé.
Par ex. : Maria Isabel progresse à travers une jungle très
dense. Elle ignore qu’un esprit dangereux rôde aux alen- Par ex. : Aapo n’a pas réussi à détecter de danger au
tours d’un arbre particulièrement ancien. La MJ lui de- bout du tunnel principal du temple. Il ne peut pas se
mande de se soumettre à une épreuve de Survivre, sans lui soumettre de nouveau à la même épreuve, à moins qu’il
dire pourquoi. Maria Isabel se doute qu’il se passe quelque ne lance un sort pour s’aider, ne lance une torche al-
chose, bien sûr (c’est bien normal, après quelques heures lumée dans le tunnel ou ne se débrouille autrement
de crapahut dans la jungle hostile, sans que rien de grave pour changer la situation de façon significative.
ne se soit passé, et alors qu’un silence suspect s’installe...).
Si elle réussit l’épreuve, la MJ lui signalera qu’elle sent une
énergie ténébreuse rôder autour d’elle, et lui conseillera de
changer de chemin car il est très probable qu’elle tombe
125
Il peut arriver que la même situation, au vu des in- À de nombreuses reprises au cours
formations disponibles, puisse être résolue soit par une de leurs aventures, les personnages
épreuve, soit par une confrontation. Dans ce cas, il revient peuvent rencontrer des créatures, vivre
à la MJ de décider lequel de ces deux outils de résolution des situations ou découvrir des lieux ef-
s’applique pour déterminer la suite des événements. frayants, voire terrifiants. Parfois, ils
feront face à ces dangers comme les
La meilleure façon de choisir entre les deux est de se vaillants aventuriers qu’ils sont, mais
demander quels personnages sont impliqués dans la si- d’autres fois, ils risquent de se laisser
tuation, à quel point ils le sont, et s’ils devraient être submerger par leurs instincts primitifs
conscients de tous les détails de cette situation. et se voir contraints de s’enfuir. Ces si-
Si toutes les parties impliquées ont conscience de ce qui tuations peuvent être résolues grâce
se passe et tentent d’agir sur cette situation, alors c’est aux épreuves de Peur.
la confrontation qui est l’outil approprié. En revanche, Les épreuves de Peur sont entreprises
quand la MJ ne souhaite pas révéler la nature de ce qui à la fin de toute passe d’armes au cours
va se passer aux personnages impliqués, il vaut probable- de laquelle les personnages ont été ex-
ment mieux utiliser une épreuve. posés à un élément suscitant la peur ou
De plus, si la meneuse pense que la situation peut être lorsque la meneuse estime que la situa-
résolue sans épuiser les PJ, elle peut opter pour une tion s’y prête. Comme à l’accoutumée,
épreuve (n’oubliez pas que la main d’un PJ représente son avantages et désavantages peuvent in-
endurance). fluer sur ces épreuves.
Voici quelques exemples d’éléments
Par ex. : Cetetl traverse une zone reculée à proximité de
pouvant modifier une épreuve de Peur :
la côte caribéenne, sans se douter le moins du monde
la supériorité ou l’infériorité numé-
que des explorateurs espagnols lui ont tendu une em-
buscade. Dans cette situation, la meneuse peut utili-
rique, l’évolution du combat (votre
ser une épreuve, car Cetetl ne doit pas se douter de camp gagne-t-il ou non ?), les créatures
ce qui l’attend en cas d’échec. Si elle optait pour une qui causent plus d’un niveau de Peur
confrontation, elle devrait annoncer quel PNJ affronte (chaque niveau infligé en plus du pre-
Cetetl, et même en cas d’échec, ce dernier saurait qu’il mier imposant un désavantage), ainsi
y a au moins un adversaire qui l’attend sur la route. que toute situation que la meneuse juge
appropriée (vous pouvez obtenir un
En revanche, si l’embuscade est tendue par Cetetl, la me-
avantage si vous vous battez pour sau-
neuse peut tout à fait décider qu’il s’agit d’une confron-
ver vos proches, ou subir un désavan-
tation mettant à profit la Discrétion du héros, car il
tage si vous savez que des renforts en-
est forcément au courant de ce qu’il se passe. De plus,
essayer de se cacher est un acte volontaire, tandis que nemis arrivent).
découvrir par hasard une embuscade ne demande au- Les épreuves de Peur sont des épreuves
cun effort conscient : soit on la repère, soit non. de Discipline 6(1). Réussir cette épreuve
indique que le personnage se montre
assez déterminé pour faire face à la si-
tuation ; en cas d’échec, en revanche,
il perd son sang-froid et doit faire tout
son possible pour se mettre en sécurité
au plus vite. La meneuse prend alors son
contrôle jusqu’à ce qu’il se mette en lieu
sûr ou retrouve ses esprits.
126
les r ègles
127
128
les r ègles
Jokers
129
130
les r ègles
131
Par ex. : le groupe pénètre dans une antique tombe maya Afin de rendre le jeu réaliste et vivant, les personnages
et se détend après avoir échappé au piège dans l’entrée. sont autorisés à se déplacer jusqu’à 2,5 mètres tout en en-
Ses membres traversent quelques couloirs abandonnés, treprenant une action.
mais sont surpris par les momies de soldats qui gardent la
chambre centrale. Avant que quiconque puisse agir, une Par ex. : j’entre dans la pièce et j’attaque le
passe d’armes commence : elle établit l’ordre dans lequel garde. Je saute à cheval et pars au galop.
les momies et les PJ agissent et sert de cadre aux confronta-
tions à venir, qui vont déterminer la suite des événements.
Toutes les actions qui demandent du temps au cours Dégainer une arme
d’un conflit doivent être déclarées et résolues dans le
contexte d’une passe d’armes ; aucune déclaration anté- Utilisez la règle suivante afin de représenter le
rieure au début d’une passe d’armes n’est valide. temps nécessaire pour tirer une épée de son four-
reau, attraper son arc sur l’épaule, encocher une
Par ex. : dans l’exemple précédent, Mark, qui interprète flèche, etc.
Jose, un prêtre catholique, déclare qu’il s’enfuit juste après
l’annonce du réveil des momies. La meneuse l’arrête : l’action Au cours de la première passe d’armes d’une ren-
de Jose doit être déclarée et entreprise au tour de celui-ci, contre, les personnages ne peuvent pas utiliser une
lors de la passe d’armes sur le point de commencer, ce qui arme qu’ils ne tiendraient pas déjà en main, sauf si
peut permettre à une momie de l’attaquer avant qu’il ait elle dispose de la propriété dégainement rapide. De
eu l’occasion de filer. Bien entendu, il peut tout à fait être plus, tous les personnages obtiennent :
assez rapide pour s’échapper avant que les momies ne réa- RÉACTION : après avoir effectué une action, dégai-
gissent, mais ce sont leurs valeurs d’initiative respectives qui
nez un objet que vous portez.
le détermineront, et non le fait de l’annoncer en premier.
132
les r ègles