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Dragons Conquer America : Jeu de Rôle Mésoaméricain

Transféré par

Brandon Hornbeck
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© © All Rights Reserved
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Brandon Hornbeck - brandon.hornbeck054@gmail.

com - 20221028/637/245589/221162
VOTRE NOUVEAU MONDE.
NOS TERRES ANCESTR ALES.
UN MONDE DE POUVOIRS CACHÉS
ET D’ESPRITS ERR ANTS, DE ROUTES
COMMERCIALES ET D’INTRIGUES
POLITIQUES.
BIENVENUE EN ANAHUAC.

Dragons Conquer America est un nouveau jeu de rôle, un monde fantastique inspiré du cadre réel de l’Anahuac, la
région que l’on connaît aujourd’hui sous le nom de Mésoamérique du XVe siècle.

Entre une magie et des esprits issus de véritables traditions et un monde fantastique adapté de l’histoire de nations
telles que les Mexicas, les Itzás ou les Quechua, Dragons Conquer America propose un cadre de jeu à nul autre pareil.

Rassemblez vos amis et parcourez les terres de l’Anahuac sous les traits d’un guerrier jaguar cuauhocelotl, d’un
mercenaire espagnol ou d’un prêtre des eaux itzás. Affrontez des esclavagistes catholiques sans pitié, des pilleurs
chichimèques implacables et d’antiques momies de monarques toltèques. Défiez les dragons anciens, maîtres des
nuées, et explorez des temples-pyramides gardés par des statues de jade vivantes.

Ce livre contient tout ce dont vous aurez besoin pour jouer vos propres aventures avec DCA, y compris des règles de
jeu faciles à jouer et un cadre riche qui vous permettra de vous plonger dans l’histoire et la vie quotidienne des plus
vieilles nations de l’hémisphère occidental.

Dragons Conquer America vous offre les fondations nécessaires pour créer d’innombrables récits de batailles héroïques,
d’aventures à couper le souffle et de découvertes incroyables.

Il vous suffit d’ouvrir ce livre.


Contenu du jeU :
448 pages • 28 pages de cadre • 21 pages d’idées
d’aventures • 21 classes uniques • 4 feuilles de
personnages pré-remplies • 96 PNJ • 97 pièces
d’équipement • 18 écoles de magie
2+ 14+
DCAC01
1

Brandon Hornbeck - [email protected] - 20221028/637/245589/221162


CRÉDITS
PR O D U CT EU R S Version française
Jon Egia,Helio de Grado
DI R E C T I O N DE L A PR O DUC T I O N
C ONCEPT EUR ET D I R ECT EU R A R T I S T I Q UE
Stephan Barat
Carlos G.Q.
DI R E C T I O N É DI T O R I A L E
A U T EU R
Morgane Munns (traduction) et Batro (ajouts VF)
J. C. Alvarez
T R A DUI T DE L ’ A N G L A I S PA R
CONSULT A NT S U R LA GA M M E
Alexis Brossollet, Jérôme Vivas-Burel et Marie Viala
Mauricio Gómez Alonso
A UT E UR S C R É A T I O N F R A N Ç A I S E E T
ÉD I T EU R S I N T É G R A T I O N DE S E R R A T A S
Tonya Blust, Neil Amswych, Daniel Zielke, Eric Wyman Eric Dubourg et David « Akinra » Grollemund
DES I GN GR A PH I Q U E R E L E C T UR E
Aleksandra Bilic Batro, Alexandra Dozière, David « Akinra » Grollemund
T EO T A H T LI S M I S E E N PA G E
Remi Fayomi, Brian Hooper, Aritz Alava, Jason Hyde Jérôme Cordier
IL L US T R A T EU R EN CH EF JO UE UR S DE T L A C H T L I
Antonio J. Manzanedo Franck Fickinger-Villemin, Gérôme « Estarh » Gaudel,
IL L UST RA T I O N D E CO U V ER T U R E Coraline « Nafari » Grollemund, Nicolas Hemmerle.
Antonio J. Manzanedo Pour toute information sur la version française :
IL L UST RA T I O NS I NT ÉR I EU R ES [email protected]
Zabi Hassan, Rado Javor, Sebastian Luca, George Et rejoignez la communauté sur le forum de discussion
Pricopegalan, Marco Brunelleschi, Greg Rutkowski, dédié sur http://deadcrows.net/forum/ ou sur discord
Vukasin Bagic, Leon Tukker, Milan Nikolic, Alejandro https://discord.gg/HfB5Pdh.
Olmedo, Kostya Chernianu, Renju MV, Marcin Basta,
Publié pour Book In Game par le Studio Deadcrows, 2022
Peter Kim, Alexander Petrakov, Lucas Parolin, Gal Or,
(6 rue Henri René 34000 Montpellier) sous licence © 2018
Nikola Matkovic
Burning Games S Coop Pequeña tous droits réservés.
IL L USTR A T I O NS CLA S S I Q U ES
Burning Games, Dragon Conquer America, Book In Game,
Emmanuel Leutze, Oscar Pereira da Silva, John Everett Studio Deadcrows et leurs logos appartiennent à leurs
Millais, Gyula Benczúr propriétaires respectifs.
CA R T O GR A P H I ES Imprimé en Lituanie par UAB Standartu Spautsuve.
Filippo Vanzo
ISBN : 978-2-490197-88-0
REMERCI EM ENT S S PÉCI A U X
Stephany Jaiquel Baron, Laura Calvo Llorente, Aritz
Álava, Raymond Blair, Boyd Stephenson, Chiffre Indigo,
Wojciech Filimonowicz, Zac Calderone, Andrea Maurizio
Medici, Cass Rea, Paul Smith, Douglas Jessup, Adrian
Bettridge-Wiese, Deus-ex-Odus-Crew, Dia Lacina

2


Avant-propos

Le livre de base présente les factions et les peuples en place, avant la guerre de la Conquête et les massacres tels
que nous les connaissons. Mais DCA est une uchronie et vous invite à changer l’Histoire. C’est vous qui décidez des
actions et réactions des peuples et personnages. Les Espagnols ne sont génocidaires que si vous les jouez ainsi !
Un inquisiteur est celui qui protège ces compagnons des forces obscures, quitte à plonger dedans. Cela veut-
il dire qu’il torture tous les non-Catholiques ? Non, sauf si vous le jouez ainsi. Il est un bouclier, un explorateur
spirituel.
Le thème du choc culturel et religieux est omniprésent, mais il est un moteur d’aventure et non une épée de
Damoclès suspendue au-dessus de la meneuse. Les incompréhensions ne mènent pas forcément à la guerre. Elles
peuvent tout aussi bien mener à l’échange, à la découverte ou au conflit politique et commercial !

LEXIQUE
Acolhua : un des peuples formant la Excan Tlahtoloyan, Mexico-Tenochtitlan : « la cité de Mexi et de Tenoch », il
la Triple Alliance. s’agit de la capitale de la Triple Alliance, une gigantesque
ville lacustre. Elle est devenue une mégalopole en inté-
Anahuac : « là où vivent les Nahuas », est le nom donné à
grant Texcoco et Tlacopan.
leur pays par les Aztèques, les Totonaques, les Zapotèques
et beaucoup d’autres tribus. Il couvre plus ou moins le Motecuzoma : deuxième du nom, c’est l’empereur mexi-
Mexique moderne. ca dirigeant la Triple Alliance.
Aztèque : une appellation désignant précisément l’en- Nahua : le nom que se donnent de nombreux peuples
semble des Mexicas, des Acolhuas et des Tépanèques. Le vivant sur le territoire de l’actuel Mexique. Mexicas,
terme est plus précis que “Nahua”. Il est autant employé Totonaques, Zapotèques, Tarasques et d’autres sont des
par les natifs que par les Espagnols. Nahuas de la même façon que les Espagnols sont des
Européens.
Chichimèques : indiens nomades provenant du nord.
Tahuantinsuyu ou les Quatre Régions : fédération des
Coatlaca : lignée humaine descendante d’un dragon.
peuples dirigés par la caste des Incas, voisine des Nahuas
Excan Tlahtoloyan ou Triple Alliance : fédération for- et des Mayas.
mée par les Mexicas, les Acolhuas et les Tépanèques. Elle
Teotahtli : « esprit protecteur » ou « Saint ancêtre », ce
est le pouvoir suprême en Anahuac et domine des terri-
terme nahua désigne les esprits des ancêtres tellement
toires immenses, asservissant de nombreux peuples.
puissants qu’ils sont déifiés.
Huitzilopochtli : le « colibri gaucher », teotahtli des
Tépanèque : un des peuples formant la Triple Alliance.
Mexicas.
Texcoco : nom du lac accueillant Tenochtitlan et éga-
Inca : caste d’aristocrates dirigeant un vaste empire, le
lement d’une des villes de la Triple Alliance, siège des
Tahuantinsuyu. Il se situe au sud, sur une grande partie de
Tépanèques.
la cordillère des Andes.
Tlacopan : une des villes de la Triple Alliance, siège des
Maya : un peuple voisin des Nahuas et des Incas, instal-
Acolhuas.
lé sur la péninsule du Yucatan. Les Mayas sont en déclin.
Tlacaelli : dernière de la lignée des coatlacas aztèques,
Mayapan : nom donné par les Mayas à leur territoire.
elle est à l’origine du pacte avec les ancêtres visant à rem-
Mésoaméricain : terme générique regroupant toutes les placer celui noué avec les dragons.
civilisations de l’Amérique centrale précolombienne.
Totonaque : désigne l’ethnie d’Amérique Central instal-
Mexica : désigne l’ethnie habitant Tenochtitlan. Membre lée autour de Vera Cruz, la première garnison fondée par
de la Triple Alliance, ils dominent la région. Cortés.
Zapotèque : nom d’un peuple au sud-est de l’Anahuac.

Brandon Hornbeck - [email protected] - 20221028/637/245589/221162


IndeX
LE N OU VE A U MO N D E  8 L E S R È G L ES  110 P ASSE S D ’ ARME S 132
Ac t io ns d u rant
L a ter r e 12 APE RÇU D U JE U  112 u ne p asse d ’ arm e s 132
L e s peupl es  17 Narrat io n e t ro le play  112 D é g aine r u n e arm e  132
L e mo nde s pi r i tuel 19 Les Ac t io ns 112 P e rso n nag e s ac t if s
e t e ngagé s  133
La règle d ’ o r  112
L’AN AHU A C 
 26 É t ap e s d ’ u ne p asse d ’ arm e s  133
Mécaniq u e s d e ré so lu t io n  113
E m bu sc ad e ss 133
L e mo nde na hua  28 Mise en page e t pré se nt at io n  113
L a cul tur e de l ’ A nahuac 29 TE STS D ’ O P P O SI TI O N
LE S OU TI L S NÉ C E SSAI RE S P ASSI V E (TO P ) 134
L a r el i gi o n 34 AU JE U  114
Ré so u d re u n TO P  134
L E S TRI BUS D E L ’ A NAHU AC 36 Ce manu e l 114
D if f ic u lt é d ’ u n TO P 134
L e s A ztèques  37 Les feu ille s d e p e rso n nag e s
et d e la m e ne u se  114 E FFE TS D E S C AP AC I TÉ S 135
L e s peupl es
tr i buta i r es des A z t èques 40 Les cart e s à jo u e r  114 P e rm ane nt   135
L e s Tl a x ca l tèques 42 Les d é s  116 Ac t io n e n g u ise d e c ap a c i t é  135
L ’ empi r e ta r a s que 43 LE T E MPS  117 Ré ac t io n   135
L e s tr i bus chi chi m èques 44 Sessio n s117
s 117 I nst ant an é   135
Scène s
s 117 To u t pe rso nnage e t
P R I NC I P A L ES LO C A LITÉ S 46 t o u t au t re pe rso nnag e  135
Passes d ’ arm e s 117
L ’ ARMÉE D U S I X I ÈME SOLE IL 50 C apac it é s it é rat iv e s 135
Tours 117
 117
L e s c apac it é s 136
LE M A Y A P A N 52 LE S ACTI O NS 118 Ad d ic t if (X ) 136
Cont re -ac t io ns
ns 119 Arm e se c o n d aire  136
L e s r o ya umes s er pent s 54 Les Ac t io ns e n c o o p é rat io n  119 Arm u re lé g è re / lo u rd e  136
L a cul tur e ma ya  55 Valeu r d ’ ac t io n 120 C é c it é 
 136
L a r el i gi o n 61 At t aqu e r
r 121 C o nt o nd an t   136
L E S TRI BUS D U M A YAPAN 64 Format io nsns 121 C o rru p t io n X  136
L e s Éta ts ma ya s  64 LE S CON FRO NTATI O NS 122 D é f au sse r X  136
L e s Yo ko t’ a ns  67 Résolu t io n D é g aine m e nt rap id e 137
L e s I tzá s  68 d ’un e c o nf ro n t at io n 122 D é sé q u ilibrant   137
L e s peupl es qui chés 68 LE S É PRE U V E S 124 É le c t riq u e X  137
L e s C h’ o l s  70 Résolu t io n d ’ u n e é p re u v e  125 E n c o m bre m e nt   137
A u tr es tr i bus  72 Difficu lt é d ’ u ne é pre u v e  125 E m p o iso nné X  137
P R I NC I P A L ES LO C A LITÉ S 75 Recom m e nc e r É t o u rd issant   137
d es épre u v e s rat é e s 125 Fat ig ant   137
LES Q U A T R E R É G I O N S  78 Dist ing u e r u ne é pre u v e Fe u  137
d ’un e c o nf ro n t at io n 126
L e do ma i ne i nca  80 Flam m e s X  137
La peu r 126
L a cul tur e i nca  82 Hé m o rragie X  137
CONSÉ Q U E NC E S
S 128 Magiq u e   137
L a r el i gi o n 87
Consé q u e nc e s po sit iv e s 128 Mu nit io ns X  137
L E S TRI BUS D ES Consé q u e nc e s né g at iv e s 128
Q U ATRE RÉGI O N S  89 P araly sant   137
Jokers 
 129 P e rf o rant 1  137
L e s I nca s  90
L e s peupl es s ujets 92 PIOCHE R D E S C ARTE S 130 P e u r
r 137
L e s tr i bus f r o nta lières 94 Début d ’ u ne sc è n e  130 Ray o ns X  137
Jouer le s bo ns sig ne s 130 Re c harg e m e n t   137
L E S A GGLO MÉRA TI ONS
D ES Q UA TRE RÉGI O NS 96 Maît rise 
 131 Re c harg e m e n t le n t  137
Tombe r à c o u rt d e c art e s 131 Spirit u e l l 137
L’AN C IE N MOND E  98 La fat igu e  131
L ’ Anci en Mo nde 100
L a cul tur e eur o pé enne 102
L a r el i gi o n 107
Factions et forces en présence 1108
08

4
Des h é ros 138 At la t l238
l 238 Mo m ie m iq u it l 340
Jave lo t s240
s 240 I L HU I C ATL   342
C a mpa gne141
gne 141
Frond e   240 Spe c t re  343
A ventur e i ndépend ant e 145
Sarb ac ane s s 241 Gu e rrie r t zit zim it l 344
Évo l uti o n des personnages 146
Arm u re s s 242 Te o t o t o t l
l 346
D épl a cement147
cement 147
Bou c lie rsrs 246 C ihu at e o t l l 348
Po i nts de vi e et d e d égât s 148
Drogu e s s 248 D rago n m ixc o at l 352
C o mpétences et focus 150
Dive rs251
rs 251
Ta l ents co mmu ns 153 TL ATL AME TL S S 354
S ta tut158
tut 158 R el i g i on e t magi e  252 Z o m bi d e f e u  355
Tr a i ts 161
 161 B ê t e s ard e nt e s 356
C L A S S ES 163
 163 L’E SPRI TT 254 Se igne u r t lat lam e t l 357
A r i s to cr a te164
te 164 Corru p t io n 254
 254 Se rp e nt d e f e u  358
S a ge167
ge 167 Rit u e ls
ls 256 D rago ns xiu hc o at ls 360
C ha s qui 168
 168 Sorts
Sorts 257 AU TRE S MO NSTRE S 362
C o ur ti s a n170
n 170 É cole Nahu alo t l 260 Jagu ar d ’ o bsid ie n ne  363
Ga r de du temple 172 É cole To nalli 262 C hane h 3 364
Pr êtr e teo tl  174 É cole Tit ic i 264 Ho m m e -sing e  365
V i er ge du S o l eil 176 É cole X ihu it l 265 Ah u izo t ll 366
C ua hchi c178c 178 É cole d e s illu sio ns 266 Naga it zt lic o at l 368
Guer r i er a i gl e 180 É cole Tlac hixq u i 268 O g re 
 370
Guer r i er ja gua r 182 É cole Tsant sa 270 So rc iè re t lahu ilp o c htl i  372
Po chteca 184  184 É cole d e m ag ie né c ro p hag e  271 Mé t am o rphe c u e t laq u e t z a l  374
S ei gneur des bêt es 186 É cole Tlac at e c o lo t l 272 P o ssé d é 3
 376
S ha ma n188
n 188 É cole Tlahu ilpo c h t li 274 Go le m  378
Pi l l eur de to mbes 190 É cole d e c harm e s d u Sirè ne ss 383
Pa l a di n du S o l eil 192 Nou v e au Mo nd e  276
D rago ns t e rre st re s 384
C ha s s eur de têt es 194 É cole Tlac hic h ina 278
D rago n nahu al 388
Mi s s i o nna i r e chrét ien 196 É cole d e s Au ianim e s 280
É cole d e s o m bre s 281 D RAGO NS MI L I TAI RE S 390
C o nqui s ta do r 198 198 D rago ns m é d it e rrané e ns  390
D r a go nni èr e200
e 200 Saint e s É c rit u re s d e s p rê t re s 282
Saint e s É c rit u re s d e Pat m o s 284 D rago ns ibé riq u e s 394
Hi da l go 202
 202
I nqui s i teur 204 204 Livre d e s Se pt Sc e au x 286
L é ge nd e s i né d i te s 39 6
É cri t u re s d e l’ Anc ie n
P ERS O N N A GES P RÉ T IRÉ S 206 Test am e n t 288
 288 L a Nu it d e s t e rre u rs 399
F a yo mi Ra mi r ez  206
C o m bat po p o u r le s t e rres
rre s  400
A r i tz Á l a va  207 E n n e mi s e t al l i é s  2 90
V o ie d e s c he rc he u rs 403
Q uetza tentl i 208 208
E U ROPÉ E NS
NS 296 C ho c d e s c u lt u re s 404
B’ a K l e D ément 209
Au d ac ie u x e xplo rat e u r s  405
NOU V E AU MO ND E  304
La p i e rre e t l’ a c i er  218 Sac rif ic e  407
BÊ T E S318
S 318 P ré c ie u x p aq u e t  408
Q ua uho l o l l i 223
 223 AT LAC HANE TL S326S 326 TY RANS4
RANS 411
Ma cua hui tl 224  224 Teom ic hin   327 C o m bat t e z v o s t y rans  412
Épées 226
 226 Noy é 
 328 C ré e r u n t y ran  415
La nces 228
 228 Xolo m ic hin330
hin 330 L a ré gio n 417
C o utea ux et da gues 230 Cipa c t li
li 331
Ha ches 232  232 Dra go n t lac o at l 332 s c é nari os  4 24
Ma r tea ux de guerre 233
MIQUI TL S334
S 334
A r cs 234
 234 LA CHUTE DE CHOLULA 426
Zom bi m iq u it l 335
A r ba l ètes 235
 235 L E S NAU FRAGÉ S D U YU C A T Á N  435
Nah u al
al 336
A r quebus es 236  236
Cha m pio n m iq u it l 337
Pi s to l ets 237
 237
Magic ie n m iq u it l 338

Brandon Hornbeck - [email protected] - 20221028/637/245589/221162


D R A G O N S CO NQU ER AM ER ICA est un jeu de fan-
taisie historique se déroulant à l’époque de l’inva-
sion de l’Amérique par les Européens, au XVIe siècle.
Les dragons

Les dragons font partie du monde catholique depuis


Le cadre du jeu, bien que basé sur des faits historiques, plus d’un millénaire, depuis que sainte Sabra dompta et
regorge d’éléments fantastiques : magie puissante, forces convertit le légendaire dragon de Silène au IVe siècle. Dès
mystiques et créatures mythiques, fées ou dragons. Le dé- lors, les dragons européens, au lieu d’être massacrés par
roulé de l’histoire est essentiellement imaginaire mais re- les soldats et chevaliers humains, devinrent de précieuses
présente de façon juste des évènements ayant eu lieu pen- ressources pour leurs armées.
dant les guerres de conquête de la Mésoamérique, ainsi Tout au long du millénaire écoulé, la présence des dra-
que les nations historiques et leurs figures principales. gonnières pesa sur le cours des guerres et garantit la pé-
rennité du pouvoir des rois d’Europe sur leurs terres. En
La magie témoignèrent fameusement les Croisades, au cours des-
quelles les dragons catholiques de Richard Cœur de Lion
Dans ce monde, la magie est réelle. L’Histoire ressemble vainquirent les armées djinns de Saladin et mirent à sac
beaucoup à celle que nous connaissons, mais fut subtile- la Ville sainte ; la bataille légendaire qui vit sainte Jeanne
ment influencée ou altérée par la sorcellerie. d’Arc et son dragon sacré écraser les descendants de
Richard et mettre ainsi fin à ladite guerre de Cent Ans ;
Des esprits ancestraux de l’air ou du tonnerre accompa- et la reprise de la Castille des mains des Maures par l’ar-
gnèrent l’invasion aryenne du monde tamoul à l’aube des mée de libération de la plus célèbre dragonnière de l’His-
temps, donnant naissance aux légendes védiques. Des dra- toire : Chimène Diaz de Vivar, La Saida Campeadora – la
gons barbus à visage humain supervisèrent la construction Princesse triomphatrice.
des premières pyramides à Sumer et en Égypte. L’Âge de
la Philosophie du monde post-atlantéen donna naissance Mais de nos jours, comme toutes les armées alignent
à de puissants prêtres-magiciens, dont les archives de la systématiquement des unités de dragons de puissance à
chute de Troie et de l’émergence de Rome se souviennent peu près équivalente, les royaumes européens font jeu
comme des dieux ou demi-dieux. Les descendants de ces égal. Incapables d’empiéter sur les territoires voisins,
magiciens romains, s’inspirant de la sagesse des prophètes ils se tournent vers de nouvelles routes de commerce et
du Proche-Orient, fondèrent le Conseil catholique qui de conquête, emmenant leurs dragons vers de nouvelles
règne toujours sur le monde. Des royaumes féeriques s’al- terres naguère inconnues.
lièrent au seigneur de la guerre Arthur, lui procurèrent Il y a vingt ans, Christophe Colomb découvrit ainsi un
une épée magique et le titre de Roi des fées, afin de chas- Nouveau Monde entier qui semblait n’attendre que d’être
ser les Romains de Bretagne. Les elfes scandinaves encou- exploré, derrière l’horizon de la mer Océane. Les royaumes
ragèrent et accompagnèrent l’expédition de Leif Erikson européens s’empressèrent d’envoyer leurs propres na-
vers le Vinland, tandis que l’elfe celtique rebelle Robin vires et dragons vers ces nouveaux territoires pour les oc-
des Bois mena la résistance contre les monarques d’Angle- cuper et en exploiter les richesses.
terre pour les forcer à signer la Magna Carta, qui permit
ultérieurement l’avènement de la démocratie. Mais ces terres, bien entendu, étaient déjà habitées. Et...
Hic sunt dracones – ici aussi vivent des dragons.
Ainsi, le monde d’aujourd’hui est façonné par la pré-
sence historique des magiciens et des esprits, qui par- Les dragons du Nouveau Monde se distinguent de leurs
fois marchent main dans la main avec l’humanité, parfois homologues européens par leur corps plus imposant et
agissent dans l’ombre mais ont toujours été là. élancé, l’absence de membres inférieurs et le magnifique
plumage qui orne leurs écailles. La principale différence,
La religion toutefois, est que ces dragons ne furent jamais conver-
tis à une quelconque religion, ni ne jurèrent allégeance
à quiconque. Ils sont libres autant que sages, et nombre
La magie est inséparable de la foi ; ce à quoi l’on croit
de leurs pouvoirs naturels passent aux yeux des humains
détermine comment l’on accède au monde spirituel.
pour de la sorcellerie car ces derniers ne pourraient les
Ceux qui vénèrent, étudient ou comprennent cette force
singer que par des prières limitées et des sorts rudimen-
toute-puissante sont capables d’exploits surhumains, que
taires. Beaucoup de ces dragons peuvent même prendre
d’autres voient comme des sorts magiques ou des miracles
forme humaine et, bien sûr, ne se laissent monter que par
divins. Les plus grands de ces prêtres et magiciens sont si
les personnes de leur choix. Il va sans dire qu’ils ne se
puissants qu’eux-mêmes font à leur tour l’objet de vénéra-
plient pas au service de leurs voisins humains ; en fait,
tion et deviennent les héros légendaires des mythes, voire
ceux-ci les révèrent souvent comme des être divins. En
les divinités des panthéons polythéistes. Les catholiques,
contrepartie, les dragons prennent soin d’eux comme un
qui ne reconnaissent d’autre dieu que Dieu, adorent ces
berger prend soin de son troupeau ; ainsi, les natifs du
individus comme des saints.
Nouveau Monde n’ont pas d’unités de dragons, mais sont

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L i v r e d e b a s e d e D r a g o n s c o n q u e r a m e r i c a

sous la protection de leurs dieux dragons, qui ne vont et assoiffés de pouvoir, ayant jeté leur dévolu sur les ri-
pas voir d’un bon œil d’insignifiants lézards envahir leur chesses du Nouveau Monde et dont les compétences stra-
terre. tégiques sont presque à la hauteur de l’ambition, contrai-
rement à celles des monarques espagnols à la vision
Mais si les dragons catholiques des armées européennes
étriquée.
sont en règle générale moins puissants que ceux du
Nouveau Monde, ils sont bien plus nombreux et mieux or- Parmi ces hidalgos audacieux se distingue un homme,
ganisés. Dieu seul sait ce qui pourra se passer quand ces du nom de Hernán Cortés, qui sert de clerc et trésorier à
forces se heurteront, et quel camp il appuiera. Velázquez et qui grimpe lentement dans la hiérarchie du
précaire gouvernement européen de Cuba. Aujourd’hui,
Le cadre Cortés n’est que l’un des nombreux conquérants poten-
tiels, mais il a pris ses marques pour devenir un jour le
Nous sommes en l’an 1512 de l’ère chrétienne et en plus influent des colons espagnols et lancer l’invasion qui
Chicome Tecpatl (le 7e couteau) du cycle calendaire mexi- aura le plus grand impact de l’histoire humaine.
ca. De sombres nuages s’amoncellent à l’horizon. LA TR I P LE A LLI A NC E A Z TÈ Q UE
Colomb est mort il y a quelques années de cela, oublié Entretemps, l’Excan Tlahtoloyan, la Triple Alliance
de tous après sa découverte des Indes occidentales, que de l’Anahuac, a reçu de vagues informations à propos
la plupart des gens appellent le Nouveau Monde depuis d’hommes à la face velue venant de la mer Orientale, qui
qu’ils savent que ce n’est pas simplement, comme on le auraient soumis les peuples des îles. Ces comptes-rendus
croyait auparavant, une autre partie de l’Asie mais un ne semblent pour l’instant relever que de la pure fiction,
continent entièrement nouveau. mais l’atmosphère bruisse d’effroi. Une ancienne pro-
Alors que les gouvernements européens décident quoi phétie proclame en effet que les seigneurs toltèques re-
faire de ces terres nouvelles et de leurs richesses, les pre- prendraient pied en Anahuac à partir de la mer Orientale.
miers colons, équipés de leurs navires transocéaniques, de Ce n’est bien sûr qu’une superstition que les Mexicas ré-
canons – et de dragons –, s’évertuent depuis près de vingt pandent depuis des décennies pour consolider leur pou-
ans à conquérir les îles les plus à l’est du Nouveau Monde. voir, mais elle pourrait être utilisée contre eux si ces mys-
térieux envahisseurs en venaient un jour à prendre pied
Les avant-postes d’Hispaniola, qui sont depuis long- sur le continent. Par ailleurs, d’étranges rêves et présages
temps les têtes de pont des puissances européennes sur le ont hanté les prêtres et rois de la Triple Alliance.
Nouveau Monde, ont d’ores et déjà confirmé qu’un conti-
nent plus vaste s’étend à l’ouest, et leurs navires ont longé Le plus puissant souverain du continent, Motecuzoma
ses côtes. Mais jusqu’ici, aucune expédition terrestre n’a des Mexicas, s’inquiète de la loyauté de ses sujets et a en-
pu surmonter le double obstacle que constituent un ter- trepris de dissiper ces mauvais augures et alertes, mais les
rain hostile et des tribus belliqueuses. indices surnaturels s’accumulent : un terrible péril se pro-
file et la Triple Alliance devrait se préparer à l’affronter.
Au-delà de ces côtes inhospitalières s’étend, toujours
inconnue, la vallée de l’Anahuac, domaine de l’Excan Les autres dirigeants de la Triple Alliance – Nezahualpilli
Tlahtoloyan, la Triple Alliance des peuples aztèques. C’est des Tépanèques et Tetlepanquetzal des Acolhuas – sont
l’un des empires les plus anciens et les mieux organisés bien plus soucieux que Motecuzoma, mais ni leurs es-
que le monde ait jamais connu, englobant des centaines pions ni leurs messagers n’ont rassemblé de signes irré-
de cités-États, qui toutes doivent payer un tribut à la futables d’invasion. Pourrait-il vraiment s’agir d’un ca-
plus puissante civilisation de la planète : les Mexicas de nular ? Nezahualpilli, notamment, a rêvé d’une menace
Tenochtitlan. Depuis près d’un siècle, les Mexicas règnent sinistre venue de l’est, mais Motecuzoma a raillé et reje-
sans partage sur la terre du Cinquième Soleil, grâce à la té ses préoccupations. Rien de surprenant à cela, puisque
peur qu’éprouvent leurs ennemis. Les pouvoirs divins de Nezahualpilli mourra bientôt de vieillesse, laissant le
leurs prêtres et l’aide de leurs alliés dragons, les mixcoatls, trône de Texcoco à l’un de ses deux fils rivaux, peu pré-
stupéfient et terrorisent les peuples dominés. Mais tout parés à ce rôle. Il sait que Motecuzoma avancera ses pions
cela est sur le point de changer. pour faire du prince choisi sa marionnette.
Des douzaines d’États vassaux souffrent également sous
L A F O RCE EXPÉ DITIONNAIRE E SPAG NO LE le joug de l’Excan Tlahtoloyan ; si les envahisseurs se ré-
Diego Velázquez de Cuéllar, récemment chargé par les vélaient hostiles, nombre de ces peuples oppressés se ral-
héritiers de Colomb de conquérir l’île connue sous le nom lieraient volontiers à eux contre les alliés aztèques.
de Cuba, est en train de poser les bases d’une puissance
européenne, susceptible de lancer bientôt des expéditions Des jours sombres s’annoncent en effet. La première
pour envahir le continent. force d’invasion extérieure que les Aztèques aient jamais
connue va bientôt prendre pied sur leur monde, et l’his-
Velázquez est accompagné d’un certain nombre de re- toire future de l’humanité dépend des résultats de ce pre-
présentants de la noblesse d’épée, les hidalgos, aventureux mier contact.

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LE NOUVEAU MONDE

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le nou v e au monde

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LES DER NIÈR ES PENSÉES DE TLACAELLI

J’ai eu des visions. fils, Nezahualpilli, lui a succédé ; mais Nezahualpilli n’a pas
montré les signes, il n’est pas marqué,
Des visions d’un monde d’esprits soumis, devenus gris et
fragiles, où les dragons ont rapetissé, où les mortels ont cou- Si Texcoco tombe, elle entraînera l’Excan Tlahtoloyan
pé leurs liens avec le monde spirituel. dans sa chute. Nous devons prendre le contrôle de leur nation
rapidement et subtilement aussitôt que mourra Nezahualpilli
Puis je me suis réveillée.
et que le pouvoir changera de mains. Peut-être devons-nous
Dans le monde réel, les esprits et les puissances anciennes même accélérer son décès.
ne nous ont pas quittés. La vraie civilisation est inextricable-
Il est possible que je sois la dernière porteuse de sang de
ment liée au primordial, aux esprits. Dans le monde réel, les
Coatlaca en vie, bien que je n’aie jamais moi-même régné.
ombres du Premier Soleil persistent encore, et les humains à
Les Mexicas refusent aux femmes de devenir des tlatoanis.
la vie si brève partagent le monde avec ses maîtres originels,
Mais ils savent. Tous les Mexicas savent que c’est moi, moi,
qui refusent à juste titre de le leur abandonner.
la conseillère de quatre générations de souverains mexicas,
Dans le monde réel, les grands dragons ne sont pas qui dirigeais vraiment leur nation. Ce n’étaient ni mon frère
amoindris ; ils ne se sont ni inclinés devant les mortels, ni ne Ilhuicamina, ni Axayacatl ni Tizoc à sa suite, mais moi. À tous,
sont retournés vers les étoiles. Ils n’ont pas été pourchassés. j’ai prodigué mes conseils et donné mes directives de derrière
Dans le monde réel, les grands dragons vivent parmi nous, le trône. La création de l’Excan Tlahtoloyan, la Triple Alliance
reliques de l’Ère d’avant l’arrivée des mortels. Ils règnent sur qui règne sur nos terres, était mon idée ; c’est mon bras qui a
nous et exigent notre adoration. En échange, ils partagent écrasé les Tlatelolcas et les Tépanèques ; c’est ma main qui a
avec nous leur puissance et leur sagesse. mené Ahuizotl à ses victoires récentes sur les Huaxtèques, les
Tlaxcaltèques et les Zapotèques : la conquête de toutes les
Les grands seigneurs des âges passés sont d’ascendance
nations visibles de nos terres est mon œuvre.
draconique, depuis le puissant Quetzalcoatl lui-même dont
la parentèle sacrée a pris forme humaine et épousé des mor- Et quand je mourrai, le sang draconique, le lignage d’Azt-
tels. Les fruits de telles unions sont devenus les seigneurs et lan, disparaîtra avec moi. Mon peuple sera seul, un peuple
fondateurs d’Aztlan, de Tollan et de Teotihuacan. Ces mor- de simples mortels gouvernés par des puissances qui nous
tels semi-draconiques, les Coatlacas, ont été les premiers et dépassent.
les plus sages de l’humanité.
C’est pourquoi j’ai signé ce pacte.
Mais désormais ces lignages se sont affaiblis, et nul ne
C’est pourquoi j’ai sacrifié mon âme : pour protéger l’Ana-
sait pourquoi. Les sages suggèrent que peut-être avons-nous
huac en l’absence de souverains coatlacas.
été trop dociles envers les dragons, ce qui aurait dilué notre
sang ; d’autres affirment au contraire que nous n’avons pas Les ancêtres seront désormais les principaux protecteurs
assez plu à nos maîtres dragons, et que leurs pouvoirs n’ir- de mon peuple et nos premiers alliés. Ils béniront et protè-
riguent donc plus nos maisons régnantes. Nous ne savons geront les Mexicas si les grands dragons nous abandonnent,
pas. Toujours est-il qu’aucun grand seigneur draconique comme ils sont voués à le faire – comme ils ont abandonné
n’est aujourd’hui au pouvoir nulle part au sein de l’Excan les Toltèques et les Mokayas avant nous.
Tlahtoloyan, ni ailleurs dans le monde aztèque.
Nous nous sommes détournés des dragons et avons em-
Peut-être est-ce cela qu’annonce mon rêve, de cela dont brassé nos ascendances, nos ancêtres humains ; nous véné-
mes visions m’alertent. rons désormais nos chefs de guerre défunts plutôt que nos
aïeux coatlacas. J’y ai veillé : j’ai consacré en personne le
Peut-être un tel évènement s’est-il déjà produit quand
temple de Mexi Huitzilopochtli. J’y ai veillé avant de mourir.
Teotihuacan est tombé, quand le Mayapan est tombé. Peut-
être cela est-il la cause du déclin de nos illustres aïeux ; peut- J’ai également détruit toutes les archives et brûlé tous les
être les humains ont-ils perdu la faveur de leurs protecteurs livres, de toutes les nations, de tous les grands seigneurs qui
dragons, ou bien sommes-nous devenus trop faibles à leurs ont précédé la Triple Alliance. Il ne doit rester aucun souvenir
yeux. Peut-être le déclin des grands seigneurs coatlacas est- des lignées coatlacas. Je m’emparerai de toute la tradition
il le signe que notre civilisation, elle aussi, est au bord de et de tout le pouvoir des mains des anciens lignages draco-
l’effondrement. niques et les confierai aux Mexicas, à notre peuple.
Le dernier véritable seigneur coatlaca de l’Anahuac, le Nous continuerons à nous incliner devant les dragons et
puissant Nezahualcoyotl de Texcoco, a rendu son dernier à sacrifier à Quetzalcoatl et aux seigneurs d’Aztlan ; mais
soupir il y a treize ans de cela. Un souverain bon et sage, son nos ancêtres, nos vrais saints patrons, seront mortels, tout
comme nous – du sang mortel répandu par des mains

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le nou v e au monde

mortelles. Nous vénèrerons


la force de nos propres bras,
nous exalterons l’esprit de notre
aïeul Mexi Huitzilopochtli, le
chef de guerre aussi humain que
nous. Nous cracherons au visage
de l’immortalité ; nous vénère-
rons notre propre sang et notre
propre mort. Le sacrifice sera la
plus sacrée des pratiques.
Certains prêtres m’ont qualifiée
de folle, jusqu’à ce que je les fasse taire
eux aussi. Certains estimaient que
rompre mes liens de prêtresse-dra-
gon, me détourner de la tradition et
faire reposer le destin de notre peuple
sur un pacte avec le monde souterrain
constituait une hérésie.
D’autres ont prédit la ruine, une
grande malédiction, une défaite
comme jamais aucun peuple n’en a
subie – due à mon sacrilège.
Que je supporte donc la ma-
lédiction et Le blâme ! Quand
les Mexicas seront jugés, que ce
soit moi, et moi seule, que les
ancêtres désignent comme
l’architecte de notre ruine.
Ou de notre salut.
Car je crains que cela
ne soit notre dernière chance.
C’est le seul moyen pour nous,
les Mexicas, d’espérer survivre au
schisme avec les grands dragons.
Maintenant, nous rendons hom-
mage au sang humain, à nous-
mêmes. Ainsi puis-je mourir,
et reposer en paix.
Je confie volontiers mon
âme au monde spirituel,
sachant que c’est grâce à
mes actes que mon peuple
perdurera. Qu’après cela
je devienne un esprit des
ténèbres, si cela est vrai-
ment mon destin ; que je sois
pour l’éternité une ombre pla-
nant au-dessus des destinées
des Mexicas, un vent noir propulsant
notre nation.

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D R A G O N S CO N QU ER AM ER ICA se déroule sur un
continent que nous connaissons aujourd’hui sous le
nom d’Amérique, à l’époque où les cultures européennes
Est-ce bien l’Amérique ?

Malgré le nom du jeu, personne dans DCA ne connaît


et natives prirent pour la première fois conscience de
les termes « Amérique » ni « Mésoamérique ». Les
leurs existences respectives.
natifs du continent l’appellent de noms différents,
Ce choc sans précédent entre des cultures si étrangères les « l’Anahuac » étant le plus fréquent dans les États
unes aux autres et si différentes est le thème central de DCA, nahuas ou contrôlés par les Nahuas ; les Européens
l’élément qui distingue son cadre de celui d’autres jeux de ne le connaissent que sous le nom de « Nouveau
rôles, et l’étincelle narrative qui met le feu à ses récits et aven- Monde ». « Nouvelle Espagne » ne sera utilisé cou-
tures. Les envahisseurs européens voyaient leur arrivée sur ramment que des décennies plus tard – voire ja-
le continent occidental comme la découverte d’un Nouveau mais, puisque dans cette campagne, il est possible
Monde aux paysages, peuples et traditions étranges ; les na- que les Espagnols perdent la guerre de conquête.
tifs, de leur côté, n’avaient jamais vu ni même imaginé rien
Enfin, « les Indes occidentales » est un peu moins
de similaire à ces étrangers bardés de métal et maniant des
fréquent depuis que les Européens ont compris que
fusils. Jamais dans l’Histoire deux peuples aux antécédents si
Colomb s’était trompé, et que ces terres n’étaient
différents ne s’étaient heurtés si violemment.
pas simplement l’Asie, abordée sous un autre angle,
L’action se concentre sur le continent occidental, en particu- comme ils l’avaient d’abord cru.
lier sur la région que les peuples nahuas appellent l’Anahuac
Le nom correct pour décrire le continent est
et les historiens contemporains la Mésoamérique : une im-
donc, dans les régions nahuas, « Anahua » (qui si-
mense étendue de vallées, de déserts, de steppes et de jungles,
gnifie soit « les terres entourées par la mer », soit
couvrant la région aujourd’hui située entre le Rio Grande et
« là où sont les Nahuas ») ; chez les Mayas et dans
l’isthme de Panama. C’est là que se jouent la plupart des aven-
les territoires voisins, « Mayapan » (qui veut dire
tures de DCA, même si nous avons inclus un chapitre sur la loin-
« la terre des élus ») ; et dans les zones contrôlées
taine culture méridionale des Incas, pour faire entrevoir aux
par les Européens, « Nouveau Monde ». Cependant,
joueurs et meneuses la myriade d’autres environnements et
aucun habitant du continent occidental ne s’iden-
sociétés que le continent abritait avant l’invasion européenne.
tifie comme citoyen de l’« Anahuac » ou du
Même la région de l’Anahuac, moins vaste en compa- « Nouveau Monde » ; il désigne sa patrie par le nom
raison, était peuplée de dizaines de nations et de peuples de son propre peuple ou de sa propre cité-État.
différents, qui pour la plupart ne lui donnaient d’ailleurs
pas ce nom d’« Anahuac ». Chaque tribu avait ses propres
noms pour le monde et ses habitants, dans sa propre original, plein de mythologies inexplorées, de philoso-
langue. La diversité ethnique et sociale était à peu près phies nouvelles et de tropes narratifs insolites.
équivalente à celle de l’Europe à la même époque.
Ce chapitre décrit à gros traits ce que nous connaissons
Celles-ci rassemblées, les rares documents historiques de la culture, de la géographie et de la société de ces civi-
fiables sur ce monde perdu composent un tableau in- lisations du Nouveau Monde, et comment ces caractéris-
triguant, qui fournit à son tour un cadre de campagne tiques se traduisent en termes de jeu.

LA TERRE
L A TE R R E Q U E les Européens qualifient de « Nouveau
Monde » est un énorme continent, englobant tous les
écosystèmes et terrains imaginables, et au climat infini-
mêmes monstres primordiaux qui avaient créé le monde na-
turel. Les plus éminents d’entre eux sont les dragons, qui
jouèrent un grand rôle, sinon dans la création de l’espèce hu-
ment varié. maine, du moins dans le parcours qui la vit quitter ses terres
primitives et ériger ses grands États actuels. Les dragons
C’est aussi une terre dominée par des esprits et des
inventèrent la civilisation et l’enseignèrent aux mortels, y
monstres primordiaux, sur laquelle jamais les civilisations
compris l’écriture, les arts et, bien sûr, le culte des dragons.
humaines ne se rebellèrent ni ne prirent les armes contre
le surnaturel, y vivant plutôt selon les mêmes règles que
la nature exubérante elle-même. Territoires
De fait, la plupart des États civilisés du Nouveau Monde Le Nouveau Monde présente une stupéfiante diversi-
furent fondés par, ou a minima subirent l’influence de, ces té d’écosystèmes, des montagnes, collines et plateaux aux

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le nou v e au monde

prairies, steppes et déserts, des côtes luxuriantes aux larges – ainsi que le peuple des Itzás, sage et ancien, les Ch’ols
rivières et jungles épaisses qui les bordent. Le cadre de DCA mystérieux et holistiques, les États rivaux des Quichés et
répartit ces territoires en trois zones principales d’influence : des Cakchiquels et d’autres tribus moins importantes mais
remontant loin dans le temps et aux cultures complexes.
L’Anahuac proprement dit est la partie du continent peu-
plée par ceux qui l’appellent effectivement « Anahuac », Toutes ces nations vénèrent les dragons, qu’ils nom-
dont les nombreux peuples nahuas et leurs tributaires. ment les Chaak’ans, et leur offrent tributs et sacrifices
C’est une région densément habitée et civilisée, composée en échange de leur protection et de leur sagesse. Le cha-
surtout de plaines, de vallées et de collines. Là, des cen- pitre III traite des civilisations et des États du Mayapan.
taines de cités-États luttent, se font la guerre et nouent
Les Quatre Régions, ou Tahuantinsuyu, sont une vaste fé-
des alliances pour contrôler ce territoire.
dération de tribus et États variés située derrière une chaîne
Les États de l’Anahuac assoient leur pouvoir en exer- de montagnes infranchissable loin vers le sud. Ces terres
çant leur puissance militaire aussi bien que religieuse et n’ont aucun contact avec l’Anahuac ou avec les Européens.
peuvent appeler à leur aide leurs saints ancestraux, des Les Quatre Régions elles-mêmes sont sous la domination
esprits de la nature et des seigneurs dragons, qui pro- des seigneurs incas, une caste ancienne de puissants indi-
tègent les cités nahuas et terrorisent leurs ennemis. vidus bénis des cieux qui règnent sur leurs territoires par
la sagesse, la magie et la puissance militaire combinées.
Le plus vaste de ces États, l’Excan Tlahtoloyan, est
D’autres peuples vivent à proximité des Quatre Régions :
une alliance des trois principales nations nahuas : les
les Jivaros, de féroces combattants ne faisant aucun pri-
Mexicas de Tenochtitlan, les Acolhuas de Texcoco et les
sonnier ; les sages et compétents Muiscas, qui se couvrent
Tépanèques de Tlacopan. La Triple Alliance est la puis-
eux-mêmes d’or ; les Asháninkas, les enfants aimés de leur
sance suprême de l’Anahuac et a imposé ses ambassades,
terre ; et les Mapuches, un peuple nomade des plaines.
ses conseillers et ses avant-postes militaires à la plupart
des autres tribus de la région. Des informations détaillées Chaque État des Quatre Régions a un unique Huaca,
sur l’Anahuac sont données au chapitre II. ou ancêtre-gardien. Ces saints patrons proviennent tous
sans exception du peuple qu’ils protègent. De façon gé-
Les déserts septentrionaux sont des étendues sau-
nérale, les dragons ignorent et sont ignorés des mortels
vages et arides peuplées seulement de tribus nomades
des Quatre Régions, qui jamais n’ont eu besoin ni tenté de
sauvages que les Nahuas appellent dans leur ensemble
sceller de pacte à grande échelle avec le monde spirituel
les « Chichimèques ». Ces barbares du Nord vivent de la
– sauf les lignées incas elles-mêmes, qui affirment détenir
chasse et de la cueillette et parcourent les déserts, guidés
leur pouvoir directement des esprits célestes.
et accompagnés de leurs esprits animaux.
Les Quatre Régions sont détaillées dans le chapitre IV
Les peuples rassemblés sous le nom de Chichimèques
de ce livre.
comprennent les solitaires Naayerits, les Xi’uis, holis-
tiques et sages, les fiers et farouches Yoemes et les sau- La région de la Côte orientale va des colonies européennes
vages Aigles rouges. Les razzias de ces nomades tiennent de Cuba et des Caraïbes jusqu’aux jungles méridionales bor-
les frontières septentrionales des Mexicas en alerte de- dant au sud le littoral continental. Cette région est le domaine
puis des siècles. de plusieurs peuples de chasseurs-cueilleurs aussi cruels, ai-
mants, nus et imprévisibles que la nature, et qui parlent aux
Toutes les tribus nordiques pratiquent la magie nahua-
animaux et aux plantes aussi aisément qu’entre eux.
lotl et connaissent les voies qui mènent au monde spiri-
tuel, mais n’adorent pas les dragons ni ne pratiquent de Ils comprennent les Arawaks hostiles, les fiers Kalinas
sacrifices rituels, à part la dévoration des âmes de leurs et les Tainos décontractés, dont les domaines insulaires
ennemis tombés. sont déjà sous le contrôle des Européens. Tous adorent les
esprits de la nature mais craignent trop les dragons pour
Certains de ces peuples nordiques sont décrits dans le
sceller un pacte quelconque avec eux.
chapitre II de ce livre.
Certaines de ces cultures sont décrites dans les cha-
Le Mayapan, une région englobant littoraux, steppes et
pitres IV et V de ce livre.
jungles et riche en activité volcanique, abrite des dizaines
de tribus et de cultures différentes, qui toutes descendent
d’anciens royaumes dont les vestiges en ruine se couvrent Cités-États
de mousse dans les jungles et les champs oubliés. Comme
l’Anahuac, cette région est civilisée et organisée, mais ses Les civilisations du Nouveau Monde ne s’organisent pas
cités-États sont, en comparaison, relativement isolées et autour de nations ou d’États, mais de foyers urbains cen-
indépendantes les unes des autres. tralisés ou d’ensembles tribaux d’échelle plus petite. Ces
unités sociales sont assimilables à la notion étrangère de
Les tribus mayas incluent les restes de la Ligue du « cité-État », selon laquelle une ville unique gère l’écono-
Mayapan – dix-sept cités-États indépendantes mais qui par- mie, la défense et le bien-être de divers tributaires, qui ne
tagent le même langage et le même système économique

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partagent pas d’identité nationale commune (un concept LI M I TE S D E S C I TÉ S - É TA TS
inexistant dans le Nouveau Monde). Même les entités relativement fermées et stables que sont
De telles cités-États sont, nécessairement, multieth- les cités-États sont largement sujettes aux cycles de crois-
niques, et ont tendance à adorer des esprits variés, voire sance et de déclin. Des facteurs comme les mariages hors du
à parler des langues différentes, en plus de la « langue gé- groupe initial, les migrations ou les guerres peuvent transfor-
nérale » de la civilisation la plus importante qui repré- mer du tout au tout la taille et la composition d’une cité-État,
sente le gouvernement central. d’une saison à l’autre. Il arrive souvent qu’une cité-État victo-
rieuse d’une autre se désagrège ou disparaisse malgré tout, en
Quasiment toutes les sociétés natives s’identifient comme dépit des ressources supplémentaires et du commerce venus
membres de l’une de ces cités-États, connues sous différents de l’État tributaire, voire à cause d’eux. Les tribus composant
noms en diverses régions du continent : « altepetl » dans une cité-État peuvent aussi l’abandonner pour rejoindre ses
l’Anahuac, « kuchkabal » en plusieurs endroits du Mayapan, voisines plus prospères ou fonder leur propre cité-État. Ceci
et « yacta » ou « huamani » dans les Quatre Régions. peut entraîner la chute d’une cité-État incapable de contrôler
Q U ’E ST -CE Q U’ UNE CITÉ -É TAT ? les nouveaux arrivants ou l’émergence d’une autre qui, à son
tour, asservira ses voisins ou les fera disparaître.
Une cité-État native est à la base un rassemblement de
plusieurs clans ou tribus sur un site unique, sous l’auto- En bref, nombreuses sont les raisons pour lesquelles une
rité d’un souverain (héréditaire ou élu) unique. Tous les cité-État peut croître, changer ou disparaître, et le pay-
peuples et tribus vassaux payent leur appartenance à la sage politique du Nouveau Monde est tout sauf stable.
cité-État par leur travail : agriculture, construction, par-
ticipation aux guerres, voire fourniture de victimes de sa- Gouvernement
crifices pour divers rites religieux.
Une cité-État consomme les ressources des terres alen- Le système de gouvernement du Nouveau Monde fonc-
tour et exige plus de travail et de ressources au fur et à tionne selon deux principes en parallèle. D’une part, chaque
mesure qu’elle s’étend. Ceci fut la cause de la chute de État gravite autour d’une autorité unique dotée d’un pouvoir
centaines de cités-États au cours de l’Histoire, qu’elles absolu ; d’autre part, celle-ci travaille à satisfaire les besoins
fussent devenues trop grandes pour leur environnement, de ses différents peuples libres et souverains, disposant cha-
ou, plus fréquemment, que leur croissance eût mené à la cun de ses propres dirigeants et de sa propre culture.
guerre avec les cités-États avoisinantes. Ceci aboutit à une échelle de pouvoir hiérarchisée et symé-
Quand deux cités-États se font la guerre, la victorieuse trique. Une famille isolée et son chef de clan rejoignent une
permet en général à la perdante de conserver ses terres et tribu plus vaste avec son propre dirigeant. À son tour, ce diri-
sa souveraineté mais prélève une portion de son travail et geant rejoint une tribu ou un ensemble de tribus plus impor-
de sa production pour aider à entretenir l’entité plus im- tant, ou une cité-État avec son propre monarque, qui est sus-
portante. Afin de faire respecter cette règle, la ville domi- ceptible de rejoindre, ou pas, une alliance ou fédération plus
nante place des intendants, des ambassadeurs ou des gar- large, au sein de laquelle chaque dirigeant individuel doit sa-
nisons dans la ville soumise, ou marie les enfants de son tisfaire les besoins de ses sous-ordres, et peut demander au
aristocratie à ceux des tributaires. niveau supérieur de la hiérarchie de répondre aux siens.

A L L I A N CES TH É O C R A TI E
Parfois, deux cités-États noueront une alliance à long La religion est très importante pour les gouvernements
terme, rassemblant leurs ressources en tant qu’égales natifs, et tous les monarques doivent légitimer leurs pré-
pour se défendre contre des États plus importants ou par- tentions au pouvoir par la faveur dont ils bénéficient au-
tager le tribut d’États plus faibles. Ces alliances ou fédé- près du monde spirituel. Une caste de prêtres chargée
rations ressemblent d’assez près à des républiques mo- de communiquer avec les ancêtres et les saints patrons
dernes, en ce sens que leurs souverains sont égaux entre au nom de leur peuple entier entoure chaque souverain
eux et considérés comme des « porte-paroles » ou repré- d’un État du Nouveau Monde. Cette caste veille à ce que
sentants de leur propre peuple. les saints et les dragons d’une cité demeurent heureux et
coopèrent avec leurs sujets mortels.
Toutes les cités-États appartenant à une telle alliance
conservent leurs propres territoire, langue et souverain, Comme les cultures natives ne distinguent pas les pou-
mais adoptent un langage « général » et un système de voirs spirituels et matériels, les prêtres et les magiciens
troc commun en plus du leur. Ces fédérations sont les en- peuvent participer aux affaires d’État, et ne s’en privent
tités de l’Anahuac les plus similaires à des « pays », sauf d’ailleurs pas. Les grands prêtres servent en général
qu’elles n’imposent pas de culture commune, d’identité ou comme conseillers du monarque et prennent souvent des
d’autorité nationale à leurs membres. décisions en son nom. Parfois, les castes des prêtres et des
souverains sont confondues, le monarque étant également
ordonné en tant que grand prêtre.

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le nou v e au monde

M ÉR I T O CR A T IE E T ARISTOCRATIE Certaines cités-États ont des règles plus strictes ; la dis-


Bien qu’il existe une caste noble et que les positions im- tance entre les nobles et les paysans y est plus vaste, les
portantes du gouvernement aient tendance à être hérédi- verrous posés sur les postes auxquels peuvent prétendre
taires, un paysan peut s’élever sur l’échelle sociale grâce les roturiers plus solides. Mais en général, chaque État du
à ses seuls mérites ; un grand soldat peut devenir général, Nouveau Monde donne autant de poids au mérite person-
un chef de famille peut devenir collecteur d’impôts, être nel qu’au sang noble.
nommé fonctionnaire au sein du gouvernement et enfin TI TR E S E T PO S TE S D A NS LE NO UVE A U
haut conseiller, ses enfants pouvant alors aspirer à épou- M O ND E
ser des héritiers de familles nobles. Il n’est pas rare d’en-
tendre des récits sur des esclaves épousant des monarques Au-delà de la classe dirigeante, étagée en ordre décrois-
et dont les enfants ont fini par monter sur le trône. De sant de pouvoir, du monarque au chef de famille, d’autres
même, les souverains sont susceptibles d’être désapprou- fonctions publiques sont nécessaires à une cité-État. Aux
vés par leur peuple et peuvent être démis de leur charge ordres du dirigeant suprême de l’État, des officiels sont
s’ils se révèlent incompétents. affectés à diverses tâches comme la défense militaire ou
la perception des taxes. La plupart des gouvernements
adoptent la hiérarchie suivante, plus ou moins modifiée :

LES QUATRE
RANG FONCTION ANAHUAC MAYAPAN
REGIONS

Monarque suprême Gouverne une fédération multi-États Huey tlatoani Halach winic Sapa Inca

Monarque Représente le peuple d’un État Tlatoani Ahau Inca

Gouverne et prend les décisions en lieu


Conseiller et place du monarque si nécessaire
Cuauhtlatoani Itz’at Inkap Rantin

Conseille le monarque dans les dif-


Conseil férents domaines d‘expertise de ses - - -
membres

Parle à et transmet la volonté du


Grand prêtre monde spirituel
Cihuacoatl Ah kin may Willaq

Supervise les collecteurs d’impôts


Chef percepteur dans tout l’État
Petlalcalcatl Lakam Curaca

Commande les généraux et les armées


Chef des armées de l’État
Tlacochcalcatl Nacom Toqricoc

Célèbre les messes et les rites et offre


Caste des prêtres les sacrifices pour apaiser le monde Tlamacazque Ah kin Panaca
spirituel

Commande une armée pour l’offen-


Général sive et la défensive
Tlacatecatl Sahal Apucuna

Collecte taxes et impôts auprès des


Collecteur d’impôts tributaires et tribus protégées
Calpixque Tupil Curaca

Gouverne un territoire soumis au nom


Intendant de l’État
Teuctli Batab Camayuc

Agriculteur Fournit sa force de travail à l’État Macehual Yalba winic Mit’a

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Économie LE S YS TÈ M E D U TR I B UT UNI TÉ S D E
Le tribut et la taxation sont le fondement TR O C
Les peuples natifs ne possèdent pas de mon- du système économique natif. La prospéri- Bien qu’aucune
naie commune mais utilisent à la place des sys- té et la puissance d’un État dépendent de sa des cultures natives
tèmes complexes de troc, dans lesquels la plupart production et l’échange de biens entre des n’utilise de monnaie
des biens ont une valeur assignée et standardi- États définit leur puissance relative : entre formelle, leurs sys-
sée pour tous les tributaires d’une cité, ce qui deux États du Nouveau Monde, celui qui tèmes de troc sont
permet un commerce équitable au sein de l’État. paye est l’asservi, celui qui reçoit est le do- assez avancés pour
Cependant, bien que les biens échangés et minant. Le montant du tribut reçu est éga- que certains pro-
leur valeur au sein d’un même État soient lement utilisé comme mesure courante de la duits tiennent un
plus ou moins normalisés, ils peuvent varier puissance d’un État, et les termes du partage rôle proche.
énormément entre les cultures. Le commerce du tribut forment la base de toute rencontre
Ci-dessous figurent
interculturel doit se conformer aux valeurs diplomatique.
quelques-unes des
fixées dans l’État où l’échange est conclu, à Il est donc logique que les collecteurs d’im- unités d’échange et
moins qu’un accord ait été trouvé pendant pôts appartiennent aux classes sociales les des biens les plus
le troc. Dans l’idéal, les fonctionnaires du plus importantes du Nouveau Monde, chaque courants dans les
fisc d’un État supervisent tout le commerce civilisation possédant une caste bien établie États du Nouveau
avec les cités soumises, pour garantir que les de percepteurs qui suscitent peur et respect Monde, avec leurs
échanges soient équitables – et que l’État cen- au même titre que les dirigeants. valeurs respectives :
tral en reçoive sa part.
Les envahisseurs européens, ne disposant pas
de la plupart des produits de troc des locaux,
fondent l’or et l’argent en lingots auxquels ils
assignent une valeur selon leur propre système.

VALEUR APPROXIMATIVE
UNITÉ DESCRIPTION
EN FÈVES DE CACAO

Cacao Fèves de cacao, unité de base du troc 1

Quachtli Couverture de coton, valeur variant selon la longueur 50 à 300

Plume de canard ou de quetzal dont le calamus est rempli de


Tzitzilhuitl poudre d’or
15

Lamelle de cuivre Petite pièce de cuivre en forme de flèche 10 à 150

Sac de cacao Grand sac de fèves de cacao, destiné au commerce de gros 24 000

Peso d’argent espagnol Pièce de monnaie européenne de base 150

Ducat espagnol Pièce d’or européenne 300

Dont les prisonniers de guerre, les travailleurs endettés,


Esclave voire les membres de la famille 100 à 1000

La monnaie en jeu

Ces conversions serviront de référence aux joueurs intéressés par les cultures préhispaniques et aux fans de la
microgestion.
À moins que vous ne souhaitiez vraiment les utiliser, tout dans le jeu se voit attribuer un prix en or ; on consi-
dère que partout où vous vous rendez, vous pourrez échanger certains de vos biens contre d’autres biens de va-
leur équivalente, utilisés pour le troc dans cette région. En conséquence, les joueurs n’ont pas besoin de se préoc-
cuper des différents taux des « devises » s’ils ne le souhaitent pas.

16
le nou v e au monde

LES PEUPLES
I L VA S A N S DIRE que les peuples
du Nouveau Monde sont très dif-
férents des Européens, tant cultu-
sans s’arrêter. Ce n’est pas qu’ils
soient plus vigoureux ou plus athlé-
tiques ; c’est tout simplement qu’ils
ou les colliers. Ils gardent en général
le torse et les bras nus mais portent
aussi d’amples capes ou châles pen-
rellement qu’en apparence. De méprisent la douleur. Et ils vivent dant la saison fraîche.
même, malgré leur grande diversi- ainsi sans se plaindre, jusqu’à leur
Ils décorent parfois leur corps de
té culturelle, tous les peuples na- mort, qu’ils craignent rarement.
boue colorée ou de sang, soit pour
tifs partagent certains traits, la plu-
Telle est la plus grande vertu du des rituels soit par effet de mode. Les
part hérités d’ancêtres communs ou
caractère des natifs : leur absence peintures faciales ou des altérations
d’anciennes civilisations telles que
totale de peur. Non pas qu’ils soient corporelles mineures comme les ta-
Teotihuacan, qui ont diffusé leurs
particulièrement braves ou auda- touages, l’allongement des oreilles
coutumes sur tout le continent.
cieux ; ils ne sont pas réputés pour ou les anneaux dans le nez sont des
prendre des risques inutiles ou se marques de beauté et de noblesse.
Caractère vanter de leur témérité. Il s’agit plu-
Les prêtres et les citoyens très dévots
tôt d’une acceptation tranquille et
Les peuples du Nouveau Monde arborent de nombreuses cicatrices
solennelle de tout ce qui peut leur ar-
sont généralement fiers, stoïques et dues à leurs rituels d’auto-lacéra-
river, même la mort. Un citoyen idéal
dépourvus de crainte. Ils apprécient tion, et l’on peut souvent reconnaître
du Nouveau Monde, confronté aux
l’humour noir et les plats amers, et ai- un prêtre ou une prêtresse à leurs
pires pertes ou aux plus grandes hor-
ment se faire peur – ce qui est plus dif- oreilles ou à leur nez mutilés.
reurs, restera impassible.
ficile que pour des gens plus timorés. La couleur des vêtements est aussi
C’est pourquoi la plupart des légendes Mais si les peuples du Nouveau Monde
un marqueur de la classe sociale ; les
locales sont de sinistres histoires de présentent un défaut culturel, c’est
citoyens plus aisés teignent leurs ha-
fantômes ou comprennent au moins celui de l’arrogance. Ils ont tendance
bits de couleurs vives, tandis que les
quelques morts bien sanglantes. à être fiers de leur stoïcisme et de leur
gens du commun peuvent rarement
intrépidité, de leur mépris de la mort
Un étranger pourrait avoir le senti- s’offrir plus que du blanc.
et de leur perfection supposée. Même
ment que les natifs du Nouveau Monde l’étiquette et la diplomatie – pleines de
sont insensibles et cruels, mais, comme compliments excessifs, presque sarcas- Relations
tout le monde, ils apprécient fêtes, tiques sont conçues pour les placer mo-
chansons et réjouissances, travaillent ralement et culturellement au-dessus Les habitants du Nouveau Monde
dur et aspirent à être bien intégrés des étrangers, de leurs voisins, voire ignorent l’amour courtois. Ils com-
dans leur communauté. C’est simple- des membres de leur famille. prennent et accordent beaucoup d’im-
ment que leur monde est moins confor- portance à l’attraction sexuelle, mais
table et que ses aspects dérangeants Apparence celle-ci est très encadrée par les règles
sont moins dissimulés qu’ailleurs. morales ; les formes « impures » d’amour,
qui varient d’une tribu à l’autre, mais dé-
La douleur est toujours présente Les habitants du Nouveau Monde
signent en général tout excès d’activités
pour les habitants du Nouveau sont de stature plus courte et trapue
plaisantes, sont mal vues et punies.
Monde : piercings corporels, saigne- que ceux d’autres nations. La couleur
ments rituels, épuisement physique de leur peau va du bronzé au cuivré, La plupart des mariages sont ar-
et châtiments mineurs font partie de et leurs cheveux sont uniformément rangés : « choisir celui qu’on aime »
la vie quotidienne. La douleur et le noirs. Ils sont peu ou pas du tout est considéré comme de la fantaisie
sang, souvent le leur, leur sont donc poilus, les hommes n’ayant au plus égoïste. Les couples mariés sont cen-
très familiers, et on leur apprend qu’une barbichette clairsemée. sés apprendre à s’aimer et se consa-
dès leur plus jeune âge à s’attendre crer au bien-être familial pour la
La plupart sont légèrement vêtus
à mourir. Rien de surprenant, donc, durée de leur vie. Même quand deux
de simples pagnes ou de tuniques
à ce qu’ils soient capables d’exploits personnes tombent amoureuses l’une
de coton et chaussés de sandales de
d’endurance qui stupéfieraient un de l’autre, elles doivent se compor-
cuir pour se protéger les pieds, bien
étranger, comme de marcher des cen- ter loyalement et respectueusement,
qu’il soit très fréquent de marcher
taines de kilomètres en transportant sans se couvrir de petits noms ridi-
pieds nus. Ils aiment les parures cor-
une charge lourde ou de parcourir la cules. Les démonstrations d’affection
porelles, des boucles d’oreilles aux
distance entre deux cités en courant sont vues comme dégoûtantes.
piercings en passant par les bracelets

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De même, les membres de la famille retrouver la liberté. La plupart des es- Pour les peuples civilisés, être
ne sont pas censés s’attacher les uns claves viennent des rangs des prison- « toltèque » correspond à un statut
aux autres au-delà des impératifs du niers de guerre, des criminels et des supérieur, aboutissement inévitable
devoir et de la coopération ; il n’est débiteurs ayant manqué à leurs obli- de l’évolution sociale. Certains no-
pas rare que des parents vendent gations ; des enfants se conduisant mal mades chichimèques aspirent à la ci-
leurs propres enfants comme es- peuvent toutefois aussi être vendus par vilisation et à vivre confortablement
claves ou domestiques, souvent avec leurs parents. Quoi qu’il en soit, les es- dans de vastes cités ; d’autres la mé-
l’espoir de leur offrir une vie meil- claves sont en général bien traités. prisent et voient la division entre
leure dans un foyer plus riche, mais Toltèques et Chichimèques comme
aussi parfois comme punition pour de Culture un mensonge servant à justifier la
la désobéissance ou simplement pour soumission à des règles de vie arbi-
survivre à une mauvaise saison. Les natifs sont excessivement fiers traires et prétentieuses.
et respectueux de leur culture. Ils
Rôles sociaux voient leur mode de vie comme le LE S TOLTÈ QUE S
meilleur possible et apprécient la Les peuples toltèques se distinguent
Le statut social est très important façon dont tout fonctionne nomina- surtout par leur sédentarité. Ils élèvent
dans les sociétés natives. Un père doit lement grâce à leur haut niveau d’ac- des temples au lieu de transporter leurs
tenir son rôle de père, un enfant son ceptation et de dévotion. idoles avec eux, creusent d’immenses
rôle d’enfant ; un fermier doit se com- réseaux d’irrigation pour alimenter en
Tous les citoyens natifs sont loyaux eau de complexes systèmes agricoles,
porter en fermier, un prêtre en prêtre
à la cité-État qui a accueilli leur fa- érigent de grandes pyramides pour dé-
et un seigneur en seigneur. Ces rôles
mille ou leur tribu et donneront vo- montrer leur supériorité.
ne sont pas immuables ni gravés dans
lontiers leur vie pour leur structure
le marbre, car la plupart des sociétés du Ils exaltent les valeurs des arts et mé-
sociale d’adoption. Si un clan change
Nouveau Monde permettent une grande tiers tels que la construction, la mu-
de cité-État, la loyauté de ses membres
mobilité sociale, mais tant qu’une per- sique et la poésie ; le citoyen idéal est
sera transférée à leur nouvelle société.
sonne occupe une certaine position, son censé faire preuve de sensibilité artis-
comportement doit s’y conformer. L’interaction entre les mortels et tique et apprécier les activités intellec-
le monde spirituel est l’axe autour tuelles et spirituelles. Ils encouragent la
CL ASSES SO CI ALE S duquel tourne la culture native ; les jouissance excessive, voire affectée, des
Toutes les sociétés du Nouveau Monde esprits et l’immatériel inspirent les arts et de la poésie, et se servent d’ex-
sont divisées en une caste noble, ras- artistes et les architectes, comme ils pressions et de termes exagérés pour
semblant le souverain et les seigneurs motivent les prêtres. Les règles qui communiquer leurs émotions « plus
tributaires le cas échéant ; une caste régissent l’harmonie entre les fa- nobles », de la même façon qu’ils mi-
des prêtres, comprenant les nobles qui milles et les États reflètent l’ordre nimisent et répriment leurs sensations
se consacrent à la communication avec sacré du monde spirituel. Les expres- fondamentales, faim, douleur et peur.
le monde spirituel ; une caste militaire sions culturelles natives se réfèrent
composée des soldats de carrière, donc constamment à l’influence de celui-ci LE S CHICHIMÈ QUE S
excluant la milice de conscription ; et dans les vies humaines.
une caste roturière, qui entretient l’État Les nomades ne se fient qu’aux
par son travail acharné. TOLTÈ Q UE S E T choses indispensables. Ils se déplacent
CH ICHI M È Q UE S et vivent avec le strict minimum et
Les roturiers sont affectés à un ne s’inquiètent que de la saison pro-
Il existe deux sortes de peuples dans
métier en fonction de leurs origines chaine. En revanche, ils supportent
le Nouveau Monde. Il y a d’abord les
familiales ou des besoins de la com- les difficultés autant que nécessaire ;
citoyens des différents États centrali-
munauté, et sont censés le prati- l’endurance est la seule qualité réel-
sés répartis sur le continent ; ils vivent
quer pour le progrès commun, qu’il lement requise pour survivre.
d’arts, d’artisanat et de science, au sein
s’agisse des travaux des champs, du
de systèmes politiques et économiques Bien qu’ils respectent le monde spi-
tissage ou de la peinture.
organisés. Puis il y a les chasseurs-cueil- rituel comme les peuples civilisés, leur
E S CL A V A G E leurs nomades des terres situées entre religion est simple et ils se contentent
ces États ; eux survivent grâce à leurs des idoles rudimentaires de leurs an-
Les esclaves sont présents dans toutes
aptitudes et leur endurance, guidés par cêtres gardiens, de taille adaptée aux
les sociétés du Nouveau Monde ; ils ne
leurs ancêtres chasseurs et les esprits voyages, et d’ornements représentant
sont pas vus comme la propriété pleine
de la nature. Les habitants de l’Ana- leurs esprits nahuals. Leurs esprits
et entière de leurs maîtres mais sont
huac sont parfaitement conscients de n’exigent pas de sacrifice ; il n’y a pas
des domestiques non payés, travaillant
la division entre ces peuples, qu’ils le temps pour ce genre de rites quand
pour rembourser une dette ou pour
qualifient de « Toltèques » (ingénieux) votre peuple risque la mort rien qu’en
racheter leur propre vie, et peut-être
et de « Chichimèques » (barbares). chassant ou en cherchant un abri.

18
le nou v e au monde

LE MONDE SPIRITUEL
U N A U T R E M OND E plus ancien et plus vaste, qui
n’obéit à aucun maître mortel, existe en même
temps au-delà des cités, des autres localités, et au-delà
Chaque domaine du monde spirituel a un nom, une po-
pulation et un aspect différents, liés aux forces spiri-
tuelles qui le régissent.
des tribus les plus reculées, tout en en étant assez proche
pour leur être superposé. V E R S LE NO R D : M I C TLA N
Le royaume de la Mort, Mictlan, est la destination de la
Les peuples du Nouveau Monde, comme toutes les civi-
plupart des gens après leur mort. Les Grecs l’appelaient
lisations historiques, ont toujours su que le monde était
Hadès, les chrétiens l’identifient au Purgatoire.
divisé en deux. Il y a notre monde mortel, que les Mexicas
appellent Tlalticpac, et il y a le monde spirituel, au-delà Mictlan est un lugubre monde souterrain de cavernes
de la réalité physique, qui est le miroir du nôtre mais nous et de ténèbres, où des squelettes parcourent leur morne
est invisible. outre-vie en regrettant leur enthousiasme perdu et la joie
de vivre oubliée.
Les mortels peuvent se rendre dans le monde spirituel
et en revenir s’ils connaissent les sorts adéquats, ou les Le monde de la Mort est habité par toutes sortes de
bons chemins. Beaucoup de routes cachées relient les morts-vivants, corps sans vie titubants, squelettes bla-
deux mondes, que l’on peut emprunter si l’on sait où elles sés, ombres informes ou rusés vampires métamorphes ;
se trouvent ou si l’on tombe dessus par hasard. de temps à autre, quelques-uns de ces esprits morts-vi-
vants acquièrent de plus grands pouvoirs mystiques et de-
Quand un mortel décède, cependant, sa matière spiri-
viennent les prêtres ou les seigneurs de ce monde souter-
tuelle est libérée des contraintes physiques et rejoint dès
rain. Mictlan abrite aussi des esprits animaux, les nahuals,
lors le monde spirituel. Comme le domaine des mortels, le
qui peuvent traverser naturellement les frontières entre
monde spirituel est divisé en quatre quadrants. En ce bas
le royaume de la Mort et le monde mortel.
monde, ils sont appelés le Nord, l’Ouest, l’Est et le Sud,
qui correspondent respectivement dans le monde spiri- V E R S L’ O UE S T : I LH UI C A TL
tuel aux royaumes de la Mort, du Ciel (ou des Cieux), du
Le royaume du Ciel, également appelé les Treize
Feu et de l’Eau. La manière dont quelqu’un meurt détermi-
royaumes bénis, est Ilhuicatl, où tout est brillance, no-
nera quel royaume il rejoindra – et où il demeurera pour
blesse et gloire.
l’éternité.
Les mortels qui meurent avec honneur – guerriers tom-
LES QUATRE MONDES bant au combat, femmes succombant à l’accouchement,
etc. – ou au cours d’un digne sacrifice, peuvent rejoindre
Toutes les civilisations humaines reconnaissent que le Ilhuicatl après avoir traversé le royaume de la Mort, voire
monde spirituel est divisé en quatre domaines. Les an- aller directement au Ciel sans passer du tout par Mictlan.
ciens Sumériens les voyaient comme le Ciel, le Sol, les Ilhuicatl abrite des dragons et d’autres magnifiques
Abysses et la Côte ; les sages atlantes les appelaient l’Air, créatures des nuages et des cieux, mais aussi des morts-vi-
la Terre, le Feu et l’Eau ; dans les religions abrahamiques, vants flottant dans les airs et des squelettes ailés noc-
les quatre quadrants étaient gardés par quatre légions an- turnes. La plupart des morts qui vont en Ilhuicatl re-
géliques constituées de dragons chérubins. joignent les armées des tzitzimitls, des cihuateotls, ou une
Les cultures natives identifient ces quatre domaines autre légion céleste, à moins qu’ils n’entrent au service
aux points cardinaux. Les mondes sacrés sont pour elles d’un dragon ou d’un esprit en tant qu’âmes messagères.
des chemins, pas des lieux ; on ne trouve une région spi- Ilhuicatl est réputé pour ses gigantesques aires de dra-
rituelle qu’en se déplaçant vers elle, pas en l’atteignant. gons. Il y a quatre cents de ces demeures dans le ciel sep-
En se tournant vers l’un des quatre points cardinaux, on tentrional, et autant dans le ciel méridional. Elles sont
se place déjà « dans » le quadrant spirituel correspon- visibles quand la nuit est dégagée : ce sont les étoiles au
dant. Chaque direction cardinale correspond à l’un des firmament.
domaines spécifiques du monde spirituel. La cinquième
« direction », le centre, correspond au monde mortel et à Les chrétiens identifient Ilhuicatl à la Maison de Dieu
notre position actuelle qu’un humain ne peut jamais quit- et voient toutes ses créatures, même celles qui pré-
ter, sauf à disposer des moyens magiques ou des chemins sentent des traits monstrueux, comme Ses manifestations
requis pour pénétrer le monde spirituel. angéliques.

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V E RS L ’EST : TLATLAYAN
Tlatlayan est le royaume du Feu, du sacrifice et du châ-
timent. Les Vikings l’appelaient Muspelheim, les anciens
Israélites la Géhenne, mais il est plus connu sous le nom
d’Enfer, surtout pour les chrétiens qui l’associent au mal
absolu.
Alors que le monde spirituel ne distingue en général
pas réellement le bien du mal, ou plutôt que chacun de
ses royaumes présente aussi bien des aspects « bons » que
d’autres « mauvais », Tlatlayan est sans conteste un lieu
E NTR E R D A NS LE M O ND E S PI R I TUE L
de torture et de sacrifice, où résident de terribles dragons
et démons de flammes. Le Nouveau Monde est toujours dans un état primordial,
dans lequel la pensée humaine n’a pas encore remplacé
Les âmes assez infortunées pour être envoyées en les pouvoirs spirituels. Ainsi, le monde spirituel reste-t-
Tlatlayan à leur mort – des natifs sacrifiés selon cer- il plus accessible ici que dans d’autres régions du monde.
tains rituels, ou des chrétiens ayant péché ou maudits – y Il y a beaucoup de chemins magiques ou naturels reliant
brûlent pour l’éternité. On y aperçoit fréquemment des les mondes mortel et spirituel ; mais bien peu de gens les
membres ou des cœurs flottants, isolés, restes de ceux qui connaissent et la plupart de ceux qui pénètrent le monde
furent jetés au feu par morceaux. des esprits de leur vivant le font par hasard.
V E RS L E SUD : TLALOCAN LA MA GIE
Tlalocan, le royaume de l’Eau, est vraisemblablement le
Plusieurs sorts et incantations permettent à leur utilisa-
plus vaste des Quatre Mondes, car il représente l’Abysse
teur de se déplacer entre le domaine physique et le monde
primordial, le grand déluge qui vint avant la création. La
spirituel. La plupart sont interdits pour les personnages
chrétienté, qui a plus ou moins oublié son existence, n’en
chrétiens, mais quelques-uns peuvent être utilisés par
perçoit qu’une partie qu’elle nomme le Grand Océan, qui
n’importe qui.
encercle la Terre et le firmament.
Tlalocan signifie « sous la Terre », ce qui signifie que le LE S SE NTIE RS DE S E SPRITS
Grand Océan existait avant tous les autres mondes, même Le monde mortel est relié au monde spirituel par de
Mictlan, et que ses profondeurs sont infinies. Son habitant nombreux chemins naturels, appelés les « sentiers des es-
le plus puissant est le Dragon des tempêtes, Tlaloc, que les prits ». Ils ressemblent à des voies normales, naturelles.
anciens Babyloniens appelaient Tiamat. Mais quand un mortel les a parcourus assez longtemps,
La plupart des résidents de Tlalocan sont des esprits en général au moins plusieurs heures, l’environnement
en forme de poissons, des dragons volants, de puissants change et le voyageur comprend alors qu’il est passé dans
cadavres noyés ou des saints des temps passés, aux vête- un autre monde. Plus le lien entre le monde spirituel et un
ments et aux armes ornés de joyaux. sentier des esprits est étroit, plus le voyage entre les deux
mondes est bref.
La nature physique d’un sentier des esprits est toujours
liée au royaume spirituel auquel il mène. Un profond lac
sacré mènera à Tlalocan. Une grotte obscure pourrait être
une entrée pour Mictlan. Un gigantesque bûcher, un por-
tail vers Tlatlayan. Un sentier vers Ilhuicatl, le plus diffi-
cile à atteindre des royaumes spirituels, pourrait être un
chemin grimpant dans la montagne… ou un saut du haut
d’une falaise.
La plupart des sentiers des esprits exigent du voyageur
qu’il accomplisse un acte spécifique, ou qu’il se trouve
dans une situation particulière, avant de pouvoir les em-
prunter. Il pourrait avoir à se perdre réellement dans
la grotte, à se noyer, à sauter dans un précipice ou à se
consumer dans le feu. Parfois, un rituel simple ou la dé-
pense d’Esprit peut suffire.
Il revient à la meneuse de créer d’intéressants sen-
tiers menant au monde spirituel, avec leurs conditions
préalables.

20
le nou v e au monde

DIEU ET LES SAINTS Comme chaque culture dispose de ses propres protec-
teurs, les saints et les esprits de DCA sont décrits dans les
Les Européens et les natifs ont des vues diamétralement chapitres parlant de leurs régions respectives.
opposées sur la divinité, sur les saints et sur les résidents
du monde spirituel. Les Européens pensent que les saints Les dragons
des natifs constituent un panthéon païen de dieux mi-
neurs et de démons, tandis que les natifs croient que les Les dragons furent les premières créatures intelligentes
Européens eux-mêmes sont des sortes de démons ou d’es- de la création et les premières à user de la magie, qu’ils en-
prits. Mais tous se trompent. seignèrent aux mortels à l’aube des temps. Ils sont les plus
puissants des résidents du monde spirituel, mais ce sont
T EO T L O U DI E U des créatures physiques qui peuvent voyager à leur guise
Les cultures natives ou européennes voient l’esprit divin dans le monde mortel. En Europe, où les contacts entre le
universel, que toutes les religions reconnaissent comme la monde spirituel et le domaine des mortels se défont len-
source unique de tout pouvoir et de toute magie, sous des tement, les dragons vivent désormais à plein temps dans
aspects très différents. le monde physique.
Les natifs n’accordent qu’un minimum d’importance à Les deux continents, l’occidental et l’oriental, ont aussi
cette force, qu’ils appellent Teotl. Ils admettent qu’il s’agit bien des dragons serpentiformes à plumes que d’autres,
d’une composante essentielle de la création, mais qui ne quadrupèdes, plus similaires aux lézards, dans les deux
mérite pas qu’on y apporte beaucoup d’attention, pas plus cas avec ou sans ailes. Les dragons à plumes sont en géné-
qu’au simple fait de respirer. Teotl reste cependant la force ral plus grands, plus sages et plus puissants que les dra-
de vie du cosmos, la source de toute vie ou idée ; tout objet, gons quadrupèdes, sauf pour les plus vieux de ceux-ci.
toute pensée, toute créature n’est qu’une forme de Teotl.
LE S D R A GO NS D U NO UV E A U M O ND E
Les chrétiens l’appellent Dieu et la voient comme une
entité toute-puissante, sage et éclairée, souvent dotée Le continent occidental abrite toutes les formes de dra-
d’un visage humain : c’est le concept bien connu de « Dieu gons, mais les grands serpents à plumes (appelés de façon
le Père », un vieux sage doté d’une auréole triangulaire. Ils générique les mixcoatls) sont plus fréquents ici qu’en
Le gardent à l’esprit en permanence, Le vénèrent comme Europe. Les mixcoatls ne volent pas par des moyens phy-
l’être suprême de l’univers méritant la plus grande dévo- siques, mais en manipulant les éléments par la magie ; tous
tion, et proclament qu’Il guide leur moindre pas. sont riches de savoirs et de sagesse et il se dit qu’ils ont, en
des temps immémoriaux, aidé à créer les peuples mortels.
Dans le cadre de jeu de DCA, Teotl et Dieu le Père repré-
sentent la même chose : la force cosmique fondamentale, Quetzalcoatl, connu également sous les noms de
la source de la magie et la vie en elle-même. Qucumatz ou Kukulcan dans le Mayapan, est le seigneur
de tous les dragons. C’est un serpent volant, d’âge in-
L E S SA I N T S ET LE PANTH É ON croyablement avancé, qui vit très haut dans les cieux du
Toutes les religions possèdent des saints, des anges ou monde spirituel. Son souffle semblable à l’ouragan – ap-
des divinités inférieures, aspects différents de la force di- pelé « ehecatl » par les Mexicas ou « hurakan » en langue
vine suprême. Dans la chrétienté, les saints et les anges maya – est si puissant que les mortels le révèrent en tant
sont des êtres supérieurs qui exigent, comme Dieu le Père, que tel, comme divinité du vent.
d’être respectés et vénérés au plus haut point. Pour les na- D’autres dragons célèbres incluent Tlaloc, dont le souffle
tifs, les esprits sont des compagnons ou des prestataires est pluie et tonnerre ; Xipe Totec, appelé le Saint écorché
de services, qui doivent être récompensés pour leur coo- parce qu’il portait une peau d’humain afin de se faire pas-
pération, ou alléchés au préalable, par des sacrifices. ser pour un mortel ; Cihuacoatl de la Terre, la mère de tous
Les natifs ont des centaines de saints patrons et d’ancêtres les dragons ; Mixcoatl des nuages, l’époux de Cihuacoatl ; et
sacrés plutôt qu’un panthéon bien défini ou une hiérarchie Cipactli ou Imix Há, le dragon primal semblable à un croco-
divine ; chaque cité-État, voire, dans certaines régions, dile, qui jaillit du néant avant que le monde ne soit, et dor-
chaque clan ou chaque maison, dispose de son propre esprit mit si longtemps que le continent lui-même poussa sur son
protecteur. Ces esprits ne sont pas vénérés en tant qu’êtres dos. Même les plus petits des dragons de la terre, rejetons
supérieurs, mais comme des membres de la communauté, ses de Cipactli, sont si énormes qu’ils peuvent écraser des cités
citoyens surnaturels pour ainsi dire, et ils reçoivent un tri- entières rien qu’en se retournant dans leur sommeil.
but en paiement de leur travail de protection spirituelle. LE S D R A GO NS C H R É TI E NS
Bien entendu, certains saints sont plus puissants que Les dragons européens sont aussi appelés les dragons
d’autres, selon le nombre de familles, de tribus ou de ci- chrétiens puisque la plupart se convertirent au christia-
tés-États qui en appellent à leur protection. Les plus nisme après que sainte Sabra eut dompté le dragon de
grands d’entre eux sont adorés sous de nombreux noms Silène il y a un millénaire de cela.
par les peuples de tout le continent occidental.

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Les variétés de dragons quadrupèdes ailés sont plus En Europe, les dragons sont les montures volantes d’élite
communes en Europe qu’au Nouveau Monde. Il y existe de toutes les armées, que leurs célèbres et courageuses
toutefois aussi quelques grands serpents volants, et de dragonnières, toutes des femmes, mènent à la bataille. Les
nombreuses variétés existent entre ces deux extrêmes, rares dragons qui n’ont pas juré allégeance aux humains
comme les hydres à plusieurs têtes ou les chimères médi- et à leur Dieu chrétien furent presque tous chassés et ex-
terranéennes. Les dragons européens manquent en géné- terminés par des chevaliers, souvent aidés par les dragons
ral de la sagesse ou des talents magiques de leurs homo- chrétiens. De nos jours, les dragons européens ne se pré-
logues occidentaux, mais sont beaucoup plus nombreux. tendent plus les supérieurs ou les ennemis de l’humanité.
Leur foi dans le Dieu des chrétiens les pousse à s’allier à
Les premiers d’entre eux étaient considérés comme des
elle ou à la servir, en tant que montures de guerre.
anges ou des manifestations de la puissance divine. Ceux
du Proche-Orient, comme les sphinx ou les shedus, ar- LE S D R A GO NS E T LE S FE M M E S
borent des visages humains et étaient vénérés comme
Personne n’en sait la raison. D’aucuns disent que cela
des êtres divins par les anciens Égyptiens ou Sumériens.
remonte à Ève, qui séduisit le dragon de l’Eden afin qu’il
L’émergence de l’Église catholique vit les dragons frappés
lui dévoile le secret de la sagesse. Peut-être cela remonte-
d’infamie comme créatures de Satan, et sauvagement pour-
t-il à Tezcatlipoca et Quetzalcoatl, quand le premier ma-
chassés par les chevaliers. Ceci aurait conduit à l’extinc-
gicien créa les hommes et le seigneur des dragons, les
tion des dragons européens, si la conversion du dragon de
femmes. Ou peut-être cela commença-t-il encore plus tôt,
Silène n’avait lancé la tradition des dragonnières, qui a de-
avec Cipactli/Tiamat, le dragon primal et en même temps
puis lors marqué l’art de la guerre européen. Les légendes
la Première Femelle de ce monde. Quoi qu’il en soit, les
évoquent encore le combat épique dans le ciel de Bretagne
femmes humaines ont de tout temps détenu un certain
entre le dragon rouge de la reine Gwynedd et celui, blanc,
pouvoir sur les dragons.
de la reine Rowen, ainsi que les montures draconiques hé-
roïques de la Saida Campeadora ou de sainte Jeanne d’Arc. Le grand dragon de Sumer mourut en cherchant l’en-
trée du temple d’Ishtar ; les dragons barbus, les lamas-
L E S DRA GO N S ET LE S MORTE LS sus, protégeaient les sanctuaires des femmes akkadiennes
Les dragons entretiennent des liens étroits avec les des hommes impurs. Les hydres grecques et les chimères
humains depuis l’apparition de ceux-ci en ce monde. Ils romaines enlevaient des vierges et les emmenaient
prirent très probablement part à la création de l’huma- vivre dans leurs cavernes. Les sorcières et les nonnes du
nité, comme le suggèrent les mythes de divers peuples de monde entier rendaient visite à des dragons pour échan-
l’Anahuac, de Chine, d’Australie ou du Proche-Orient. ger énigmes, pensées et rituels secrets. En Anahuac ou au
Mayapan, les grands serpents ne parlent qu’aux prêtresses.
Dans les versions nahua ou quiché de l’histoire, les
Coatlicue et Coyolxauhqui se disputèrent l’amour d’un
quatre âges précédents du monde, également appelés les
mixcoatl. Quand Georges de Cappadoce arriva à Silène sur
Quatre Soleils, ne furent qu’une longue lutte entre les plus
son cheval pour sauver la vierge Sabra du dragon, elle in-
puissants des dragons et des sorciers mortels, en vue de
tercéda en faveur de celui-ci, lui épargnant la mort de la
déterminer quelle version de la création prévaudrait. Le
lame du chevalier et le convertissant à la foi chrétienne.
Cinquième Soleil, c’est-à-dire le monde actuel, jouit de la
Par la suite, jamais un dragon chrétien n’autorisa per-
double protection de Quetzalcoatl, le noble roi des dra-
sonne d’autre qu’une femme à le monter. Dans le Nouveau
gons, et de l’ambigu Tezcatlipoca, le premier magicien.
Monde, les prêtresses chargées d’invoquer, de nourrir et
À un moment donné, entre la naissance de l’humanité de parler au dragon protecteur de la cité portent le titre
et le Nouveau Monde actuel, les serpents à plumes mirent de cihuacoatl, du nom de la mère des dragons. Elles seules
la civilisation à l’épreuve en prenant forme humaine et peuvent parler aux dragons et manipuler une parcelle des
en vivant au sein des mortels. Ces dragons déguisés fon- pouvoirs magiques d’un mixcoatl.
dèrent, gouvernèrent et inspirèrent des dizaines d’États
humains, avant de quitter de nouveau le monde mortel. LE S LI GNÉ E S D E C O A TLA C A S
Malgré ce départ, leurs règnes bénis donnèrent naissance Tout comme les plus anciens dragons sont capables de
au culte des dragons, toujours présent de nos jours dans la parole et de puissante magie, certains peuvent également
plupart des cités du Nouveau Monde. prendre forme humaine. Jadis, ceux-ci marchaient parmi
les mortels, et ils se reproduisirent même avec eux. Leur
Dans le Nouveau Monde, la plupart des cités-États sont
descendance sage et bénie jouissait d’une longévité ac-
ainsi sous la protection d’au moins un grand dragon, le-
crue. Ainsi, de même que les dragons européens obéissent
quel y descend environ une fois par mois pour présider
à leur maîtresse par loyauté et amour, ceux du Nouveau
une grande cérémonie, au cours de laquelle les mortels le
Monde prirent forme humaine afin d’épouser des mortels
nourrissent de métaux précieux, de sang et de prisonniers
et donner naissance à des dynasties régnantes.
vivants. Ensuite, le dragon se retire dans sa demeure dans
le monde spirituel. La plupart des États civilisés de l’histoire du continent
occidental se construisirent sur la puissance et la sagesse

22
le nou v e au monde

de souverains descendant de dragons ; la plupart d’entre L’ H I S TO I R E


eux furent abandonnés en même temps que leurs dragons L’histoire des dragons et des mortels est aussi longue
protecteurs renonçaient au monde mortel. que leur existence en ce monde. Chaque culture en a sa
Initialement, les dragons dirigeaient en personne les version et ses détails propres. Tous les mythes et légendes
États qu’ils protégeaient ; puis ils perdirent peu à peu leur s’accordent cependant sur un point : ils parlent tous de
intérêt dans les affaires des mortels après la perte de leurs dragons et d’êtres humains.
êtres chers, surtout quand leur partenaire humain était
une femme. Ils quittèrent finalement leurs sujets pour re- LE S MYTHE S DE CRÉ A TION
tourner dans le monde spirituel. D’après plusieurs récits de création de ce monde, un
Mais même alors, leurs descendants, appelés les Coatlacas grand dragon figurait parmi les esprits qui se réunirent
dans l’Anahuac, restèrent sur place pour y régner. pour donner naissance aux mortels. Une fois que les autres
esprits eurent créé la vie, les animaux et les plantes, vint
Les Coatlacas sont les enfants de ces unions entre des un dragon qui donna aux humains le langage et l’intelli-
mortels et des dragons métamorphes. Ils deviennent sou- gence. Ainsi débuta l’histoire de l’humanité.
vent des héros célébrés, des chefs d’État ou des grands
prêtres. Ce sont des humains touchés par la magie, béné- Après avoir aidé à créer les êtres humains, ce dragon
ficiant d’une grande longévité, et qui, grâce au pouvoir de demanda à la Première Femelle de leur enseigner ses arts
leur sang draconique, excellent dans tous les domaines. magiques. Ceci incita les premiers humains à quitter le
Bien qu’ils ne présentent pas d’aspects ni d’apparence jardin originel et à se disperser dans le monde entier.
draconiques, ils vieillissent presque deux fois moins vite Cette histoire est racontée dans le récit biblique d’Ève et
que les humains normaux. Certains vécurent des siècles du serpent, ainsi que dans la légende mexica de Cipactonal
entiers. et Oxomoco, le premier couple humain à apprendre la
magie, sur le site sacré de Tamoanchan.
Les peuples nahuas et mayas sont très conscients de l’in-
fluence des dragons sur leurs grandes civilisations, mais Les autres esprits se querellèrent avec le dragon à pro-
le sang draconique peut aussi être entré dans des lignages pos du don de la magie et du savoir aux mortels, et cer-
européens via des dragons comme le nordique Fafnir, tains récits parlent même des dragons comme des ennemis
qui prit l’apparence d’un géant pour séduire la guerrière de la création, à cause de « l’erreur » que représenterait le
Brunehilde ; certains des descendants de Quetzalcoatl qui don de l’intelligence aux humains imparfaits.
allaient par voie de mer jusqu’en Atlantide ; ou les reje- Les mythes nahuas évoquent la rivalité entre
tons du grand Seth, qui s’accouplèrent à l’aube de l’His- Tezcatlipoca, le premier magicien, et Quetzalcoatl, le Roi
toire avec des prêtresses égyptiennes. Peut-être le grand des dragons. Quand l’un créait un monde, l’autre le dé-
magicien Myrdin n’était-il pas l’enfant d’un démon, mais truisait par la magie et remplaçait l’ancien Soleil par un
celui du Dragon rouge de Bretagne, comme certaines nouveau. Le monde actuel, le Nahui Ollin, est le Cinquième
sources le suggèrent. Les catholiques rejettent cette idée, Soleil. Tous les peuples de l’Anahuac savent qu’il peut
et aucun héros doté de sang draconique ne figure dans au- prendre fin à tout moment, par le caprice d’un dragon,
cune légende européenne. d’un magicien ou d’un autre esprit tout aussi dangereux
De nos jours, des siècles ont passé depuis que les dra- et inconstant.
gons métamorphes ont foulé pour la dernière fois le L’histoire des Cinq Soleils est peut-être un mythe ou
monde mortel, et leurs lignées déclinent, le sang coatlaca une exagération de la vérité, mais Tezcatlipoca autant
se diluant à chaque génération qui passe. Les seigneurs ac- que Quetzalcoatl existent bien, eux ; tous deux sont très
tuels des Mexicas et des autres peuples nahuas descendent actifs et aiment s’ingérer dans les affaires des mortels
certes des Coatlacas, mais sont nés simple mortels. Au d’aujourd’hui.
Mayapan, les lignées draconiques disparurent il y a des
siècles de cela, et aucune trace d’entre elles ne subsistent LE S PE UPLE S A NCIE NS
en Europe, pour peu qu’elle y aient jamais été présentes. Tout au long des premiers millénaires, les tribus hu-
À notre époque, très peu d’États ont des souverains ou maines se répandirent dans le monde entier, fondant les
des héros coatlacas, et certains, comme les Mexicas, chez sites sacrés qui seraient un jour vus comme les berceaux
lesquels les droits à la royauté dépendaient de la posses- de la civilisation. Certains de ces peuples, convaincus par
sion de sang draconique, ont commencé à adorer leurs an- les esprits jaloux qui voulaient que les humains demeurent
cêtres humains plutôt que les dragons. Ceci pourrait être dociles et éloignés de la magie, rejetèrent l’influence des
la fin de l’âge des dragons et le début d’une nouvelle ère dragons. D’autres adoraient les dragons et les invitèrent
qui verra les humains régner sur toutes les autres créa- à prendre la tête de leurs tribus. Alors les dragons prirent
tures, y compris les dragons. forme humaine et engendrèrent des lignées draconiques
qui régnèrent sur les mortels.

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Les légendes de ces temps immémoriaux parlent dilution progressive du sang draconique dans les lignées
d’« hommes-dragons » ou de « femmes-serpents », dé- humaines.
peints soit comme les ennemis de l’humanité, soit comme
ses aïeux, mais toujours impliqués dans l’émergence de LE DE UXIÈ ME Â GE DE S DRA GONS
vastes royaumes et de grandioses cultures. Ce fut en Le retour des dragons dans le monde spirituel inaugura
cette période que l’Atlantide émergea de l’océan qui dé- l’ère connue de nos jours comme le Moyen Âge, qui vit les
sormais porte son nom. C’était l’âge d’or du Kandamu et humains oublier les grands progrès de leurs prédécesseurs
du Gondwana, d’Agharta et de Thulé, et de toutes les tri- et se tourner vers la guerre, la conquête et l’isolement.
bus perdues des légendes anciennes.
Les peuples occidentaux eurent recours aux sacrifices
Furieux du niveau de savoir et de pouvoir atteint par les humains pour tenter d’attirer de nouveau les dragons
mortels, les esprits noyèrent le monde sous un immense mixcoatls sur Terre, et le culte des dragons put ainsi se
déluge qui engloutit la plupart de ces brillantes civilisa- perpétuer, bien que les dragons eux-mêmes restent la ma-
tions et mit ainsi fin au précédent « Soleil », ou ère du jeure partie du temps dans le monde spirituel et que les li-
monde. gnées de sang draconique continuent de s’affaiblir en l’ab-
L’ère actuelle commença quand les esprits menèrent les sence de leurs fondateurs. La Ligue de Mayapan, le plus
quelques survivants pour repeupler la Terre une nouvelle grand héritier de la prestigieuse culture de Sian Kaan, se
fois, en commençant par les régions entourant la mer désagrégea en de multiples États indépendants et querel-
Méditerranée. Là, les survivants renouèrent avec le culte leurs, et la Triple Alliance des puissants Mexicas émergea
des dragons, en adorant le grand Seth, le dragon tlacoatl dans la région du lac Texcoco, élargissant sa domination
du Nil, et bientôt des images de dragons apparurent en à tout l’Anahuac.
Mésopotamie et à Babylone. Dans le même temps, les chevaliers chrétiens pourchas-
Puis les tribus aryennes descendirent du Nord-Est, mas- sèrent presque jusqu’à leur extinction les derniers rares
sacrant les dragons et leurs adorateurs, avant de s’impo- dragons européens, désormais guère plus que des ani-
ser sur toute l’Europe, où les dragons furent condamnés maux. Cela prit fin quand sainte Sabra de Silène commen-
comme des créatures diaboliques. Ceci mena aux civilisa- ça à convertir les dragons à la foi chrétienne ; bientôt,
tions indo-européennes archaïques et à des millénaires de tous les États issus de l’ancien Empire romain se mirent à
sanglantes chasses aux dragons. renforcer leur puissance militaire avec des flottes de dra-
gons. Les unités de dragons chrétiens mirent Jérusalem à
De l’autre côté de l’océan, Quetzalcoatl en personne prit sac pendant les Croisades et chassèrent les Maures d’Es-
la tête des survivants de l’Atlantide, qui érigèrent les civi- pagne. Des armées de dragons s’affrontèrent dans le ciel
lisations d’Aztlan et de Tollan ainsi que le royaume draco- de France pendant la guerre de Cent Ans, qui vit plus de
nique de Sian Kaan. Ce fut un autre âge d’or de réalisations dragons périr que dans n’importe quel autre conflit, entre
humaines, avec la Grèce, Rome et l’Égypte prospérant d’un humains ou même entre dragons.
côté de l’Atlantique, tandis que de l’autre côté les civilisa-
tions des Aztèques et des Ka’ans atteignaient leur apogée. Enfin, Christophe Colomb persuada les Rois très catho-
liques (les souverains d’Espagne) de financer son voyage
Puis les seigneurs dragons désertèrent soudain l’huma- vers l’ouest, et la suite, comme le veut le dicton, appar-
nité. Nul n’en connaît la véritable raison. Une explication tient à l’Histoire.
courante est que les dragons étaient tombés amoureux
de mortels (surtout de femmes mortelles, qui, depuis la DE NOS J OURS
Première Femelle, détenaient sur eux un certain pouvoir)
Avant l’arrivée des Européens dans le Nouveau Monde,
mais se désintéressèrent de l’humanité quand ces mortels
tant l’Europe que le continent occidental avaient atteint
moururent de vieillesse.
une sorte d’équilibre dynamique, où les royaumes se dis-
D’autres récits avancent que les autres esprits, n’ayant putaient le contrôle de la terre mais demeuraient plus ou
jamais renoncé à leur guerre contre le culte des dragons, moins stables.
semèrent la zizanie entre les dragons et les mortels, ou
Mais la sorcière Tlacaelli, la dernière dirigeante mexica
massacrèrent les adorateurs des dragons comme les
dotée de sang draconique, est morte. Par ses derniers édits,
Aryens l’avaient fait. Une légende affirme que Tezcatlipoca
elle avait décrété la fin du culte des dragons. Désormais,
convainquit Quetzalcoatl, par la ruse, de quitter le monde
au lieu de compter sur la protection des dragons, les cités
mortel. Certaines fables des chrétiens laissent entendre
mexicas se tourneraient vers leurs ancêtres, les esprits du
que la naissance de Jésus-Christ effraya suffisamment les
monde souterrain. Tlacaelli espérait garantir la survie de
dragons pour qu’ils se réfugient dans le monde spirituel.
la caste régnante mexica malgré la disparition des lignées
Quelle qu’en soit la raison, la disparition des dragons de Coatlacas.
entraîna la disparition soudaine et simultanée de toutes
Les Mexicas se sont ainsi peu à peu détournés du culte
les grandes cultures anciennes du Cinquième Soleil, et la
des dragons, dont les effigies sont progressivement

24
le nou v e au monde

remplacées par des chapelles dédiées aux saints et aux créatures qui avaient interdiction de pénétrer le monde
ancêtres des humains. Les dragons n’ont pas puni les hu- mortel, comme les résidents morts-vivants de Tlalocan
mains en retour, comme beaucoup des détracteurs de ou de Mictlan, n’hésitent plus désormais à mener des in-
Tlacaelli s’y attendaient ; mais ils ont retiré leur protec- cursions dans les terres humaines et à en ramener par la
tion à plusieurs des cités coupables et certains n’assistent contrainte des captifs vers le royaume des morts.
plus aux sacrifices, désormais rendus aux saints et à d’an-
Les éléments les plus nombreux et les plus effrayants de
ciens chefs de guerre décédés. Le plus grand de ces saints
la Nahui Miquiztli sont les tzitzimitls, les démons volants
est Huitzilopochtli, le Colibri gaucher, connu de son vi-
des étoiles, et leurs terrifiants maîtres, les cihuateotls, qui
vant sous le nom de Mexi, et fondateur de la tribu mexica.
prennent la tête des armés célestes de la nuit contre les
D’aucuns voient là-dedans la main de Tezcatlipoca l’in- cités mortelles.
trigant, l’ancien rival de Quetzalcoatl. Il a toujours été
Pour solidifier leur emprise dans le monde mortel, ces
là,attendant son heure, avant de frapper un dernier coup
armées s’emparent souvent d’une cité non pour la dé-
fatal aux dragons et à leur influence dans les affaires des
truire, mais afin de mettre un seigneur mort-vivant sur
mortels. Mais Tezcatlipoca a, comme de coutume, deux
son trône ; ces tyrans asservissent alors les mortels et les
coups d’avance sur tout le monde.
lancent à l’attaque d’autres cités voisines. Les incursions
À part Tezcatlipoca lui-même et les plus éminents des provenant des cités conquises ou menées par d’autres
nobles mexicas – et peut-être ceux-ci l’ont-ils même déjà hordes du Sixième Soleil ne sont jusqu’ici pas plus qu’une
oublié –, personne ne sait que la réforme religieuse de épine dans le pied de la Triple Alliance ; mais bientôt,
Tlacaelli a eu un prix très lourd. Pour garantir que les an- elles deviendront une menace sérieuse pour les Aztèques
cêtres récompenseraient le nouveau culte des Mexicas, elle et pour les vies de tous les citoyens de l’Anahuac. La Nahui
avait conclu un pacte ténébreux avec les esprits du monde Miquiztli n’obéit à aucun pacte ni à aucun maître.
souterrain, leur offrant les âmes de tous les peuples mexi-
Bien entendu, tous les résidents du monde spirituel ne se
cas en échange du maintien de la domination de la Triple
sont pas joints à cette armée maudite. Certaines grandes
Alliance sur l’Anahuac.
prêtresses cihuateotls et même quelques cohortes de tzit-
Tlacaelli avait exigé que les saints et ancêtres mexicas zimitls se sont dressées contre la Nahui Miquiztli et la
servent son peuple dans la vie ; pour cela, tous les sacri- combattent dans le monde spirituel. Parfois, ces forces du
fices célébrés par les Mexicas et toutes les âmes de tous les « Bien » recrutent des guerriers mortels pour participer
citoyens de la Triple Alliance décédés iraient servir les an- à la bataille contre la ténébreuse armée, bataille qui fait
cêtres et grossir leurs rangs. La protection de son peuple donc rage jusqu’à nos jours. Mais bientôt d’autres joueurs
était donc assurée, puisque chaque Mexica mort devien- se joindront à ce terrible jeu : une nouvelle force inatten-
drait un autre ancêtre qui protégerait les vivants et ren- due va surgir sur le champ de bataille et semer le désarroi
forcerait ainsi l’État. dans les deux camps.
Mais Tlacaelli, quand elle a signé le pacte, n’avait pu an- Des colonies espagnoles prospèrent à Cuba et sur
ticiper les conséquences de sa propre mort. En rejoignant d’autres îles. La découverte par Amerigo Vespucci d’un
les résidents du monde souterrain à sa mort, l’esprit de continent entier, plus à l’ouest encore, a attiré l’atten-
Tlacaelli elle-même s’est retrouvé lié par le pacte, et en se tion de l’Europe entière vers l’Occident. La course pour la
mettant au service des ancêtres, elle les a libérés de toute conquête est lancée.
obligation. Ils pouvaient désormais agir à leur guise.
Les dragons européens survolent les territoires des an-
Certains résidents du monde souterrain se tiennent de ciens mixcoatls, ce qui pourrait enfin forcer les serpents à
bon gré aux clauses du pacte, ayant compris qu’il sert les plumes à sortir de leur isolement.
intérêts tant des morts que des vivants ; mais d’autres
Parmi les humains, les États soumis à l’oppression mexi-
ont vu la mort de Tlacaelli comme une faille leur permet-
ca se préparent à la révolte depuis près d’un siècle ; la
tant de s’introduire et de mener des raids dans le monde
moindre étincelle peut déclencher une guerre civile qui
mortel. Ces esprits déloyaux ont formé une armée pour
réduira la Triple Alliance aztèque en cendres.
envahir les terres des vivants. Ils s’appellent la Nahui
Miquiztli, l’armée du Sixième Soleil, et comptent bien dé- Que va-t-il désormais advenir ? Seul Tezcatlipoca le sait.
truire l’humanité pour entamer un nouveau cycle. Et, derrière son Miroir de fumée, il sourit.
Depuis la création de la Nahui Miquiztli, des créatures
depuis longtemps disparues du monde mortel y resur-
gissent ; des ogres quinametzins parcourent les cam-
pagnes, massacrent les familles et pillent le bétail, et de
gigantesques bêtes difformes, comme des jaguars cor-
nus ou des singes ailés, ont été aperçues, se livrant des
combats acharnés dans la brume. Pire encore, d’autres

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AnahuaC

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a na huac

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N O U S A P P A R T E N O N S A U monde en mouvement, au monde double, au monde
dual. Nous aussi sommes duaux. Nous sommes l’intérieur et l’extérieur. Nous sommes les
Chichimèques qui devinrent les Toltèques, les barbares qui érigèrent la civilisation. Nous
sommes les nomades qui se sédentarisèrent. Nous sommes le conflit, nous sommes le mas-
sacre ; nous sommes la fleur, nous sommes la chanson. Nous sommes morts depuis que le
jour est né ; nous naissons 400 fois avant de mourir. Nous sommes la chair solide, et nous
sommes le sang liquide. Nous donnons aux saints, nous leur rendons hommage ; et les saints
ne sont autres que nous. Voilà ce que nous sommes, voilà ce qu’est le monde ; la façon dont
le monde est ce que nous sommes.

A NAHUAC EST LE nom nahua d’origine pour cet


immense continent que les Européens appellent le
Nouveau Monde. Le mot signifie « entre les eaux », et fait LE MONDE
probablement référence aux mers Occidentale et Orientale,
mais aussi aux eaux qui entourent l’île de Tenochtitlan, la
plus grande cité du monde, capitale de l’Anahuac. Mais
il pourrait aussi vouloir dire « là ou sont les Nahuas » ;
NAHUA
il existe beaucoup d’autres tribus dans la région, qui lui
donnent beaucoup d’autres noms, mais les Nahuas et les
Les tribus nahuas étaient jadis des barbares des ste-
lignages qui leur sont liés y sont la puissance dominante et
ppes du nord du continent, qui s’emparèrent progressive-
la plupart des autres tribus ont au moins en partie adopté
ment des ruines d’autres civilisations plus méridionales,
leur langage et leurs coutumes, dont le nom « Anahuac ».
et devinrent à leur tour des civilisés, des « Toltèques ».
C’est en ces lieux que se déroule Dragons Conquer Les Nahuas chassèrent une grande partie des esprits et
America. Pour les envahisseurs, il s’agit en effet d’un des fantômes qui régnaient sur ces ruines, mais accep-
Nouveau Monde, ressemblant par nombre d’aspects aux tèrent aussi d’en vénérer beaucoup d’autres, en échange
collines et aux vallées européennes qu’ils ont laissées der- de leur protection et de la permission de s’installer sur
rière eux, mais aussi d’une terre étrangère abritant des leurs terres ancestrales. Ainsi, les cités nahuas sont soit
forces et des peuples inconnus. Pour les natifs, l’Anahuac inspirées des ruines laissées par les peuples anciens, soit
est la terre ancestrale ; ses steppes, ses jungles, ses vol- construites directement sur ces ruines, de même que la
cans et ses lacs représentent la totalité du monde. civilisation nahua a soit conquis ces terres et expulsé ses
habitants, soit adopté le culte de leurs esprits ancestraux.
Comme chaque région du monde, l’Anahuac abrite d’in-
nombrables nations aussi différentes les unes des autres Les Nahuas ne savent pas comment s’appelaient eux-
qu’elles ne le sont des envahisseurs européens. Les tri- mêmes les anciens natifs de l’Anahuac, et ont donc donné
bus nahuas, comme il a été dit, sont la puissance princi- leurs propres noms aux plus grandes de ces tribus – par
pale, en particulier dans la partie centrale du continent – exemple, les Olmèques, ou « peuple des arbres à sève »,
l’Anahuac à proprement parler. Mais elles dominent aussi ou les Toltèques, « les civilisés ». En outre, certaines des
d’autres terres et localités de la région. Cette section dé- cités les plus anciennes, comme la grande Cuicuilco ou
crit la partie de l’Anahuac habitée et gouvernée par les Teotihuacan, n’avaient pas été construites par des hu-
Nahuas et leurs voisins les plus proches. mains mais par des saints du monde spirituel.
Toutes ces anciennes tribus, cependant, possédaient un
trait en commun : le culte des dragons. Leurs souverains
étaient des mortels dotés d’une exceptionnelle longévité,
dont les lignages s’étaient mélangés à ceux des dragons
mixcoatls eux-mêmes : ces lignées sacrées, mi-humaines
mi-draconiques, appelées les Coatlacas par les Nahuas,
semblaient avoir déjà depuis longtemps disparu quand ces
derniers conquirent leurs antiques cités.
Mais peu après, alors que les Nahuas s’installaient sur
leurs nouvelles terres et en découvraient les secrets, les

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a na huac

dragons revinrent et exigèrent que les nouveaux occu- l’Empire tarasque à l’ouest, et les territoires indomptés
pants les vénèrent et leur payent un tribut. Ils se mêlèrent des aïeux barbares des Nahuas, les tribus chichimèques, au
de nouveau aux êtres humainsrelançant les lignées de sou- nord. Partout ailleurs, les seules frontières de l’Anahuac
verains semi-draconiques, et de nos jours la plupart des sont constituées des mers Occidentale et Orientale. Les
cités nahuas ont un dragon protecteur officiant aux côtés, nombreuses tribus non nahuas qui vivaient jadis dans ces
ou à la place, du saint protecteur originel de la nation. régions ont aujourd’hui disparu ou sont tombées, culturel-
lement et politiquement, sous la coupe des Nahuas.
Les Nahuas ne constituent pas une seule nation, mais
un ensemble de nations qui se livrent d’ailleurs souvent Plus les tribus nahuas sont proches du lac Texcoco, site
la guerre. Chaque grande cité affronte ses voisins, jusqu’à de la Triple Alliance aztèque et centre de gravité tant
les avoir absorbés ou avoir placé ses propres dirigeants à géographique que politique de l’Anahuac, plus elles sont
leurs têtes ; c’est ainsi que fonctionne depuis des siècles fortes et nombreuses. Autour de cet immense lac vivent
la politique nahua. trois différentes nations, les trois plus puissants des États
nahuas ; tout le commerce, toutes les guerres et tout le
Le règne du spirituel savoir de l’Anahuac émanent de ses rives ou y reviennent.

Les saints patrons d’une nation se battent souvent aux


côtés de leurs adorateurs ; il n’est pas rare d’apercevoir
une manifestation de Huitzilopochtli à la tête d’armées
LA CULTURE DE
L’ANAHUAC
mexicas, ou un avatar de Tezcatlipoca semant la confusion
dans le camp ennemi. Les nations qui ont un même saint
protecteur s’affrontent donc rarement. La plus faible pré-
fèrera se joindre à la plus puissante, comme tributaire.
C’est pourquoi la doctrine religieuse est si importante
dans les guerres des Nahuas. Tous les peuples de l’Anahuac partagent certains traits
culturels hérités de leurs prédécesseurs teotihuacas ou tol-
Cependant, les dragons ne prennent pas part à ces tèques. Ils érigent des pyramides, offrent des sacrifices ri-
conflits. Ils confèrent aux peuples qu’ils protègent leur sa- tuels à un panthéon de saints patrons, et, pour la plupart,
gesse et une partie de leurs pouvoirs, et défendent la cité adorent les dragons. Cependant, certains aspects moins
quand ils sont invoqués pour ce faire – et qu’ils ont reçu connus de la culture nahua méritent d’être présentés, afin
le tribut approprié –, mais ils ne se combattent pas les uns qu’il soit possible de jouer un personnage dans ces sociétés.
les autres, du moins pas à propos des affaires des mortels.
Les traits culturels suivants sont valables également
Le monde nahua reste donc une région de cités-États féo- pour beaucoup de tribus non nahuas, mais décrivent sur-
dales, où chaque nation s’articule autour d’une grande métro- tout les civilisations descendant des cultures toltèques,
pole, dotée de son propre dragon et de ses propres saints pa- dont les peuples aztèques et la plupart de leurs tributaires.
trons, et combat les autres nations pour le contrôle de la terre.
Pour les Nahuas, les saints et les dragons représentent Philosophie
l’autorité suprême. Ils révèrent les souverains de leurs
cités respectives, qu’ils soient Coatlacas ou humains, La culture nahua suit un principe unique et fondamen-
prêtres ou aristocrates, mais seulement parce que ces sou- tal : la dévotion. L’archétype nahua, l’idéal culturel, est la
verains sont leurs intermédiaires avec le monde spirituel. volonté de se dévouer entièrement à son « calpolli », à son
Les décideurs ultimes pour ce qui concerne le gouverne- clan et à sa foi.
ment d’une cité sont ses saints patrons. Ils conseillent
les souverains et les prêtres, conduisent leur peuple Le citoyen lambda de l’Anahuac reconnaît et respecte
à la guerre et exigent d’être payés en retour par les ci- le monde spirituel et sa relation ordonnée avec le monde
toyens. Les sacrifices, les tributs et les autres pratiques physique. Il n’a aucun doute ni questionnement quant à la
culturelles associées sont simplement la manière dont les nature de l’univers : l’ordre cosmique est clair, la nature
Nahuas payent leurs impôts et se soumettent à l’autorité. fonctionne d’une certaine façon, de même que les esprits,
et les mortels sont censés se comporter d’une manière qui
Les territoires de l’Anahuac s’adapte à cet ordre.
Un personnage de l’Anahuac est donc censé à tout ins-
L’Anahuac proprement dit, c’est-à-dire la portion du tant négliger tout besoin ou désir personnel, endurer le
continent directement sous le contrôle des Nahuas, en- froid, la faim ou la fatigue, abandonner les êtres qui lui
globe les plaines et steppes centrales ainsi qu’une grande sont chers ou renoncer à sa liberté, voire se mutiler ou
partie des jungles méridionales et des déserts du nord. se tuer sans hésitation, et ce afin d’assumer ses obliga-
L’Anahuac est entouré par les royaumes mayas au sud-est, tions envers le monde. Pour les peuples de l’Anahuac, le

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sacrifice de soi est une vertu, et le sacrifice de soi au bé- Les rôles sociaux présents dans le système hiérarchique
néfice de la loi, de la multitude ou de l’ordre spirituel est de la plupart des cités nahuas sont listés ci-dessous par
la plus noble des aspirations. ordre approximatif d’importance :
Cependant, contrairement à la plupart des autres, les ■ Le dirigeant doit servir de porte-parole de la volonté
sociétés de l’Anahuac sont très rares à éduquer leurs de son peuple.
membres dans la dévotion aveugle aux rois ou à l’aristo-
■ Les prêtres doivent servir de voix aux esprits et de
cratie. Bien que la plupart des titres de noblesse soient hé-
voie de communication entre les saints patrons de la cité
réditaires, les habitants de l’Anahuac croient majoritaire-
et le peuple, y compris le dirigeant.
ment à la méritocratie ; un souverain est censé répondre
de ses actes devant son peuple et abdiquer s’il est inapte ■ Un conseiller doit servir de bras exécutif du souve-
à régner. L’autorité des rois et des prêtres ne vient pas rain, l’aidant à organiser les multiples niveaux du gouver-
de leur statut, mais de leur fonction de porte-parole du nement et de la hiérarchie sociale.
monde spirituel. Ce sont aux esprits qu’obéissent les ci-
■ Le conseil de la cité doit servir la cité elle-même, su-
toyens de l’Anahuac, la caste dirigeante n’ayant pour tra-
pervisant son bien-être et veillant à ce que ses besoins
vail que d’être leur intermédiaire.
soient pris en compte.
En fait, ils ne voient pas la religion comme une phi-
■ Les sociétés militaires doivent servir la sécurité du
losophie à part ; ils ne distinguent pas les visions sécu-
peuple et accroître la puissance de l’État.
laire et religieuse du monde. Le monde spirituel est par-
tie intégrante de leur culture, de leur société, de leur loi ■ Les soldats doivent servir le peuple et donner leur vie
et de leur bureaucratie ; il règne sur leur médecine, sur pour lui.
leurs sciences et sur leurs arts. Il accompagne au quoti-
■ Les enseignants doivent servir leurs étudiants et en
dien leurs moindres pensées et se manifeste dans tous les
faire de bons citoyens.
aspects de leur organisation sociale. Tous les citoyens de
l’Anahuac sont capables – et ne se privent pas – d’utili- ■ Les fermiers doivent nourrir le peuple.
ser magie, malédictions et bénédictions dans leur vie de
■ Les chefs des calpollis, ou quartiers, doivent faire of-
tous les jours ; certains sorts, comme les bénédictions de
fice de porte-parole de leurs voisins et remonter leurs
Nonotza ou certains rituels magiques utilitaires de base,
préoccupations aux autorités supérieures.
telles l’auto-saignée ou la nécrophagie, sont à la disposi-
tion de presque tous. Les prêtres et les nobles ont accès à ■ Les chefs de famille doivent veiller à la sécurité et à la
des sorts plus puissants : invocation climatique ou guéri- subsistance de leur famille, et obéir à la volonté des esprits
son des maladies, par exemple. telle qu’elle leur est signifiée par les dirigeants de la cité.
■ Les aînés d’une famille doivent guider et conseiller le
La société chef, en le faisant profiter de leur expérience et en aidant
à l’éducation des plus jeunes.
Les sociétés nahuas sont fortement hiérarchisées et
■ Les enfants doivent servir leurs parents et leurs ensei-
sont organisées en systèmes de classes complexes qui dé-
gnants et obéir aux lois que leurs aînés leur ont inculquées.
finissent la place de chacun dans le monde.
■ Les esclaves doivent servir leurs maîtres jusqu’à ce
Ces systèmes de classes distinguent les riches des
que leur dette ait été acquittée.
pauvres, mais aussi les hommes des femmes, les vieux des
jeunes, les soldats des paysans, les grands prêtres des gué- Dans cet ordre social, les seuls considérés comme véri-
risseurs, et ainsi de suite. Se conformer à son statut est le tablement inférieurs sont les enfants par rapport à leurs
devoir de chacun vis-à-vis de l’ordre cosmique, pas une aînés, car ils sont jusqu’à l’âge adulte la propriété de leurs
simple question de subsistance. parents auxquels ils sont censés obéir sans discussion.
Tous les autres membres de la société ne sont censés obéir
HI É RA RCHI E qu’aux devoirs que leur impose leur position sociale, de-
Les classes sociales et les rangs définissent la société voirs d’ailleurs souvent interchangeables, autant son mé-
nahua. Ils ne représentent pas une chaîne de comman- rite personnel peut valoir à tout citoyen de changer de rôle.
dement, mais un ensemble de responsabilités acceptées.
Bien que les Aztèques ne considèrent pas que la place de
Ainsi, votre rang dans la hiérarchie ne détermine pas qui
chacun dans la hiérarchie soit de droit divin ou imposée
est votre chef, mais vos tâches dans le contexte général.
par le destin, ils savent que la hiérarchie elle-même ré-
Les prêtres sont donc supérieurs aux généraux ; cela ne
pond aux exigences du monde spirituel, et la respectent
signifie pas qu’ils puissent leur donner des ordres, mais
et l’idéalisent, même si tel ou tel individu peut librement
que les tâches d’un prêtre, auxquelles il doit être aussi dé-
grimper ou descendre ses échelons.
voué qu’un domestique doit l’être à son maître, sont prio-
ritaires sur celles du général. En Anahuac, une hiérarchie stricte n’implique pas une
société oppressive. Le paysan le plus dévot est considéré

30
a na huac

comme un citoyen libre, et le tlatoani le plus puissant est un militaires, économiques et judiciaires. Selon la cité, il peut
servant de sa communauté. Les seules exceptions sont les es- y avoir plus d’un noble en charge de chaque rôle, ou au
claves, les criminels et les prisonniers de guerre, et ces trois contraire un seul noble responsable de plusieurs domaines.
classes sociales proches partagent souvent un statut et des
Puis viennent les nobles représentant les cités ou loca-
conditions de vie similaires. Cependant, même les esclaves
lités mineures et tributaires de la cité-État principale. Les
et les prisonniers peuvent redevenir des citoyens libres une
peuples nahuas les appellent les « teuctlis », ce qui signi-
fois qu’eux, ou leur peuple, ont payé leur dette, que celle-ci
fie « seigneur ». Ils représentent en général une tribu ou
soit envers un maître ou envers la société. Quand une telle
un groupe ethnique unique.
dette doit être payée par un sacrifice, voire par la mort, un
citoyen nahua lambda s’y résignera loyalement, car cela re- Après les teuctlis viennent les chefs de calpollis ou
présente pour lui une chance d’expier ses péchés passés et les chefs locaux. Ils ne sont pas considérés de naissance
de recouvrer fièrement sa place dans l’ordre cosmique. noble, mais ils parlent au nom de toutes les familles sous
leur juridiction.
L E PO UV O I R ET LA LOI
Toutes les sociétés de l’Anahuac sont gouvernées par
un monarque unique, en général héréditaire mais par-
fois élu. Les tribus nahuas les appellent les « tlatoanis »
ou « porte-parole », ce qui signifie qu’ils représentent la
volonté et les intérêts de tous les sujets de leur cité-État.
Certains tlatoanis, en particulier ceux qui dirigent des
États plus faibles ou isolés, exercent un pouvoir absolu et
incontesté qu’ils ne partagent qu’avec leurs conseillers et L’ O R GA NI S A TI O N M I LI TA I R E
leurs prêtres, lesquels devront de toute façon se plier aux
Les armées de l’Anahuac ne sont pas organisées selon le
décisions du tlatoani. Mais la plupart des tlatoanis for-
grade, mais selon l’expérience.
ment des confédérations ou des alliances avec ceux des ci-
tés-États voisines, constituant ainsi une sorte de gouver- Les recrues les plus récentes et celles en cours de forma-
nement républicain où chaque tlatoani parle au nom de tion sont tout en bas de l’échelle et prennent leurs ordres
son propre peuple, et qui prend des décisions conjointes de ceux dont la formation est plus avancée et des instruc-
pour le bien de la communauté. Ces groupements forment teurs militaires.
les États les plus vastes et les plus puissants de l’Anahuac,
Au-dessus d’eux se placent les conscrits civils, qui re-
dont les tlatoanis réunis jugulent autant qu’ils maxi-
présentent le gros des armées et ne prennent leurs ordres
misent la puissance de chacun d’entre eux.
que de leurs pairs plus expérimentés : d’autres civils, qui
La plupart des tlatoanis ont un grand conseiller, ou ont survécu à plusieurs guerres. L’expérience est ici mesu-
cuauhtlatoani, responsable des affaires provinciales ou rée par le nombre d’ennemis qu’un combattant a capturés
locales. Les Mexicas nomment ce conseiller leur « cihua- ou vaincus sur le champ de bataille.
coatl », en l’honneur de leur prêtresse-sorcière Tlacaelli.
À l’échelon supérieur se trouvent les sociétés militaires
Le cuauhtlatoani ou cihuacoatl détient le plus grand pou-
qui ne comprennent que des soldats de carrière à plein
voir exécutif au sein de la cité-État, et en use pour faire
temps. Elles forment l’élite de toute armée, et, comme
respecter la volonté du tlatoani.
les troupes de moindre qualité, n’obéissent qu’à leurs
Après le tlatoani et son grand conseiller vient la caste des membres les plus expérimentés.
prêtres. Chaque temple dispose de sa propre hiérarchie, le
Dans les sociétés aztèques, les chefs de ces unités sont
prêtre principal du saint patron ou du dragon supervisant
les fameux guerriers-aigles ou jaguars, qui pratiquent la
tous les prêtres mineurs de ce temple et étant soumis à son
magie nahualotl en plus de leur entraînement martial.
tour au grand prêtre unique de la cité. Celui-ci peut, et doit,
donner son avis sur les affaires économiques et militaires. Le commandant unique des sociétés militaires d’une
cité, appelé « tlaccatecatl » par les Nahuas, dirige les trois
Quelle que soit la taille ou la puissance de la cité, le tla-
composantes des armées : recrues en cours de formation,
toani et ses grands conseiller et prêtre en sont les auto-
milices civiles et troupes de carrière. Le tlaccatecatl n’a
rités suprêmes, portant la parole des saints et la volonté
pour supérieur que le conseiller militaire de la cité.
des résidents du monde spirituel ; tout le monde doit s’en
remettre à leur jugement. Certaines cités importantes, comme Tenochtitlan, dis-
posent de plusieurs sociétés militaires chargées de dif-
Après ces dirigeants suprêmes vient le haut conseil des
férentes tâches : campagnes extérieures, défense de la
nobles de la cité, dont les membres peuvent être tout sim-
cité ou garde du palais. Les gardes des palais mexicas,
plement les parents les plus proches du tlatoani, ou des
les cuahchiquehs, sont des soldats d’élite à l’entraîne-
fonctionnaires élus démocratiquement qui se répartissent
ment surhumain, universellement reconnus comme les
divers rôles. Ces rôles concernent en général les affaires
plus terribles combattants du monde.

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Le langage langages tribaux étant mutuellement
inintelligibles.
Il y a plus d’un millier de langues Seuls les Tarasques refusent de par-
différentes parlées en Anahuac, ler nahua. Ils enseignent leur langue,
chaque cité-État et chaque tribu le p’orhé, à tous leurs sujets, quelle
ayant la sienne. que soit leur origine.
Prononciation
Pour faciliter la communication, nahua
LISTE D E S LA NGUE S D E
les Aztèques ont imposé la langue
L’ANAH UA C
nahua dans toutes les zones qu’ils
ont conquises. Tous les peuples de En plus des dialectes distincts Comme la plupart des lan-
l’Anahuac, y compris les ennemis propres à chaque ville ou cité, l’Ana- gues parlées avant leur adop-
des Aztèques, parlent au moins un huac a quelques langues communes tion de l’alphabet moderne,
peu nahua ; même les tribus chi- principales, parlées sur toute une ré- le nahua ne se prononce pas
chimèques que les Aztèques n’ont ja- gion ou par des fédérations tribales. exactement comme il se lit. Si
mais soumises communiquent entre La liste suivante donne les langues vous désirez le prononcer plus
elles en nahua, beaucoup de leurs les plus parlées en Anahuac. correctement, suivez les règles
ci-dessous :
■ Le nahua est une langue
LANGAGE LOCUTEURS sans tons.

Membres de la fédération aztèque, Acolhuas, A, E, I, O, U se prononcent A,


Mexicas, Otomis. Tépanèques, Tlaxcaltèques, É, I, O, OU
Nahua Caxcans, Texueces, membres de la fédération gua- ■ Tous les mots sont ac-
maré, tous les peuples chichimèques, tous les tri- centués sur l’avant-dernière
butaires des Aztèques syllabe.

Cahita Peuples yoemes ■ CH se prononce TCH,


comme dans « Tchèque ».
Did’zé Zapotèques (Bini’zá), Mixtèques (Nhu’sahui) ■ Le H seul (hors des combi-
naisons CH, UH ou HU)
Dza´ha Mixtèques, Zapotèques
représente une brève pause
Membres de la fédération guamaré, peuples de entre les syllabes.
Guamaré l’Aigle rouge ■ Le QU se prononce KOU,
sauf dans QUE et QUI,
Otomi (Hnanhu) Otomis, Nhumus, Xi’uis
où il se prononce K.
Naayerits, Caxcáns, Tecuexes, Chichimèques du ■ UH et HU se prononcent
Naayerit nord-ouest W, comme dans « Waouh ! ».
■ UC et CU
O’dam Fédération o’dam, Chichimèques du nord-ouest
se prononcent K, avec une
O’deput Zoocs, Ayuuks, Totonaques (Tutunacu) pause syllabique.
■ Z est prononcé S comme
Peuples tarasques (Tzintzuntzanis) ou hua-
dans « son ».
P’orhé cuse’echas, peuples p’urhépechas sujets des
Tarasques ■ TL se prononce TT à la fin
d’un mot.
Huaxtèques, Chichimèques du nord-ouest,
Huaxtèque (Te’enek) ■ X se prononce comme un
Totonaques
SH léger.
Totonaque Totonaques, Ayuuks, Zoocs
(Tutunacu)
Uza Peuples chichimèques centraux

Yok’atan Chontals / Yokat’ans, Ayuuks, Zoocs

32
a na huac

Noms nahuas Ci-dessous figurent quelques mots typiquement utili-


sés dans les noms nahuas, avec leur sens en français, pour
Les noms nahuas sont descriptifs, comme « bras fort » aider les joueurs et les meneuses à concevoir leurs propres
ou « aigle en piqué », et souvent poétiques, par exemple noms personnels ou de lieux.
« fleur de pierre » ou « voix du vent ». De même pour
les noms de lieux, auxquels se rajoutent les suffixes -co Par exemple, le nom Xochitl signifie « fleur » tan-
(« proche de, dans »), -tlan (« site de ») ou -an (« lieu de »). dis que Cueponixochitl signifie « fleur éclose ». De
même, Coyotl signifie « loup », tandis que Tizcoyotl si-
Les habitudes nahuas en matière de noms n’ont pas d’à gnifie « loup blanc ». Enfin Coyoacan est un nom
priori de genre ; il n’est pas rare qu’un homme s’appelle de lieu, signifiant « là où vivent des loups ».
« belle fleur » ou qu’une femme soit nommée « bête puis-
sante ».

FRANÇAIS NAHUA FRANÇAIS NAHUA FRANÇAIS NAHUA

Ancien Huehue Dansant Itotiani En mouvement Ollin

En colère Cualani Sombre Yohua Nuit Yohuan

Flèche Mitl La mort Miquiztli Hibou Tecolotl

Artiste Ihcuilo Dragon Coatl De passage Quizah

Cendres Nextli Aigle Cuauhtli Repentant Nezahualli

Porteur Mamatl Terre Tlalli Pluie Quiahuitl

Bête, animal Tecuanitl Résistant Manic Rouge Tlapalli

Beau Xochic Plume Ihuitl Émergeant Ehua

Oiseau Tototl Feu Tlatlatl Hurlant Oyohualli

Noir Tlilli Fleur Xochitl Brillant Tona

Lame Itztli Volant Patlani Ciel Ilhuicatl

Sang Eztli Suivant, en suivant Tocatl Fumée Poctli

Florissant, éclos Cueponi Honoré Tzin Étoile Citlalli

Chassant, en
Né Tlacati Matla Pierre Tetl
chasse

Courageux Tlacauh Jaguar Ocelotl Soleil Tonatiuh

Déferlante Xaxamacatl Sachant Mati Vérité Nelli

Brûlant, en flammes Tlatla Riant, rieur Huetzca Eau Atla

Nuage Mixtli Lumière Tlahui Blanc Tizatl

Froid Cehua Magie, magique Teotl Dedans, intérieur Itic

Maïs Elotl Métal Tepoztli Loup Coyotl

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brutal. La couleur de l’Est est le rouge. Dans le monde spi-

LA RELIGION rituel, l’Est est Tlatlayan, le royaume du Feu, où résident


les victimes et les morts dépecés.
En se déplaçant et en se tournant vers le Nord, on va
vers l’automne et la mort, mais aussi vers la sagesse, le
Comme expliqué plus haut, les cultures de l’Anahuac as- vent et la mémoire. C’est la direction de la fin de toutes
similent la religion à la société, la croyance à la vérité, les choses. Sa couleur est le noir. Dans le monde spirituel,
saints patrons au gouvernement. Le fait est tout simple- le Nord est Mictlan, le monde souterrain, résidence des
ment que le monde spirituel gouverne le monde mortel. morts errants.
Les peuples de l’Anahuac, contrairement à d’autres En se déplaçant et en se tournant vers l’Ouest, on trouve
cultures, ne connaissent pas le concept du « Dieu » l’hiver, l’ordre, la science, la pluie, le ciel et la vie organi-
unique. Pour eux, le monde spirituel est partie intégrante sée. L’Ouest est la direction de la civilisation. Sa couleur
de l’ordre naturel, qu’ils ont appris à comprendre comme est le blanc. Dans le monde spirituel, l’Ouest est Ilhuicatl,
ils ont appris les mathématiques ou la médecine. royaume du Ciel, résidence de ceux qui meurent avec hon-
neur ou en se sacrifiant.
Teotl et la matière
En se déplaçant et en se tournant vers le Sud, on trouve
la vie, le printemps, la terre, les fleurs, ainsi que l’épui-
L’essence originelle du cosmos est Teotl, qui reste inexpli- sement et la lutte. C’est la direction de la naissance, et
quée, invisible et intangible. Teotl n’est pas une entité, mais sa couleur est le bleu. Dans le monde spirituel, le Sud est
une force ; une force de magie et d’enchantement, certes, Tlalocan, la mer sans fin, résidence des noyés et des en-
mais tout aussi réelle que la chaleur ou le froid, que la douleur fants morts.
et le sang. C’est de Teotl qu’est né l’univers, c’est-à-dire la ma-
tière. Teotl est la volonté dont la matière est la forme. Teotl Le centre est toujours là où l’on se trouve, où la vie hu-
est l’impulsion créatrice et la matière en est l’œuvre achevée. maine se déroule en cet instant précis, et est toujours le
monde mortel, ou Tlacticpac.
Les mortels ne peuvent percevoir Teotl. Eux-mêmes
faits de matière solide, ils ne peuvent en voir que les ré-
sultats solides, les créations de Teotl : le ciel, le soleil, les
tempêtes, les êtres humains, tous les êtres vivants, les
roches... sont tous différents aspects physiques de Teotl.
Le sacrifice, même le sacrifice humain, est indispensable
à l’équilibre entre les mondes mortel et spirituel, comme Dragons et esprits
la pluie l’est aux récoltes ou le petit bois au feu. De même
que Teotl donne vie à la matière solide, les êtres solides Les premiers êtres créateurs jaillirent hors de Teotl
doivent fournir à Teotl de la vie pour préserver l’ordre par eux-mêmes, car ils étaient des manifestations de ses
cosmique et la réalité. forces primales. Ces êtres étaient les saints ancestraux du
Toutes les tribus de l’Anahuac savent que le monde a été ciel, de la mer et de la tempête. Bien que les humains les
créé par un conseil de dragons et d’esprits ancestraux, qui révèrent sous des formes humanoïdes et qu’ils soient par-
ont tenté à plusieurs reprises de créer les êtres humains au faitement capables de ressembler à des êtres humains, ils
cours d’âges ou soleils successifs, collaborant parfois ou ri- n’ont pas d’existence dans le monde mortel et n’ont donc
valisant d’autres fois. Cependant, les dragons et esprits ont pas de forme physique. Même si l’on rencontrait en per-
eux-mêmes été créés à partir de Teotl, et leurs essences spiri- sonne un esprit ancestral, on ne ferait que percevoir l’un
tuelles sont également des aspects de la Grande Force cachée. des aspects masqués de sa véritable essence.
Quand des mortels ayant accompli de grands exploits
Les Quatre Directions meurent, leurs esprits deviennent à leur tour des ancêtres
et des aspects de la force cosmique, vénérés comme des
Les Quatre Directions représentent les quatre aspects de esprits saints, ou « saints teotls ».
Teotl ; l’ordre cosmique est mouvement, et Teotl est défi- Ci-dessous figurent les plus puissants, les plus connus
ni par le chemin que l’on prend, pas par l’endroit où l’on ou les plus vénérés des saints et dragons de l’Anahuac.
est. C’est pourquoi les directions, toujours par rapport au
centre qui est la position que l’on occupe, sont au cœur de Q UE TZ A LC O A TL
Teotl et de son pouvoir. Fils aîné de Mixcoatl et de Cihuacoatl, le père et la mère
En se déplaçant (et en se tournant) vers l’Est, on trouve de tous les dragons, Quetzalcoatl est le plus grand et le
l’été, le feu, la force, la puissance absolue et le changement plus puissant de tous les serpents à plumes, et le premier
dragon à avoir tenté de créer la vie. Il représente une force

34
a na huac

bienveillante de paix et de sagesse et Huitzilopochtli demeure à ce jour le « miroir de fumée », désigne une
n’exige jamais de sacrifice, même s’il le saint principal des Mexicas, leur réflexion opaque, une révélation ca-
se réjouit de voir des mortels verser patron de la guerre, de l’espoir et de chée. Tezcatlipoca porte aussi des
leur sang pour le monde spirituel. la victoire. titres qui tous attestent de son carac-
tère ambigu : l’Unique qui est double,
Quetzalcoatl vit depuis des millé- TLALO C le Donneur qui reprend, l’Ennemi des
naires et assista à l’émergence et à la
Également adoré sous les noms deux camps, et beaucoup d’autres
disparition de toutes les civilisations.
de Donneur de pluie ou de Seigneur encore.
Il contribua d’ailleurs aux débuts de
des monstres, Tlaloc est un serpent
certaines de ces civilisations, en pre- Après la création du premier soleil,
à plumes immense et très puissant,
nant forme humaine et en devenant Tezcatlipoca prit une part active à la
le seigneur de tous les tlacoatls, ou
le souverain ou le conseiller de ces création, ou plutôt, il s’activa à dé-
dragons de l’eau. Il est plus féroce
États antiques. faire les créations des autres esprits.
que Quetzalcoatl et conserve cer-
Ses hauts faits les plus célèbres sont
Il fut le premier dragon à aimer une tains aspects physiques bestiaux des
ses rencontres avec Quetzalcoatl, qui
femme mortelle. Ses descendants de- dragons, même sous forme humaine.
les virent parfois coopérer, parfois
vinrent les Coatlacas, des lignages Quand son frère Quetzalcoatl créait
s’opposer ouvertement, et créer de
d’humains bénis des dragons et dotés de nouveaux mondes ou de nouvelles
nouveaux mondes en détruisant les
de longue vie, qui gouvernaient jadis formes de vie, Tlaloc les mettait à
précédentes créations de l’autre. La
toutes les grandes sociétés. Beaucoup l’épreuve en déversant sur eux ton-
rivalité entre les deux esprits engen-
croient que c’est en raison de l’amour nerre et tempêtes monstrueuses.
dra les ères cosmiques connues sous
de Quetzalcoatl pour les femmes mor-
Les créations de Tlaloc com- le nom des Cinq Soleils, et coûta à
telles que les dragons, de nos jours
prennent toutes les créatures féroces Tezcatlipoca son pied gauche quand
encore, s’y attachent et les écoutent.
comme le jaguar et les animaux ma- Cipactli, le dragon primal, le lui ar-
Quetzalcoatl est si puissant et sacré rins protégeant les océans contre racha alors qu’il l’avait attiré dans
que son souffle en lui-même, appe- ceux qui recherchent sa résidence se- un piège dans le but de façonner le
lé Ehecatl, le vent, est adoré en tant crète dans Tlalocan. monde à partir de son corps.
qu’aspect de ses pouvoirs.
XIUH TE C UH TLI De nos jours, Tezcatlipoca vit
HUI T ZI L O PO CH TLI toujours dans sa résidence cachée
Le Vieux Saint, le Magicien du feu, le
quelque part dans le monde spiri-
Également nommé Mexi, le « Colibri Dompteur de dragons : Xiuhtecuhtli
tuel, d’où il observe les mortels et
gaucher » s’éleva jusqu’au monde fut l’un des premiers humains, voire
exerce une influence subtile sur leurs
spirituel pendant la pérégrination le tout premier, à rejoindre le monde
affaires. Il leur apparaît parfois en
de sa tribu de l’île mythique d’Aztlan spirituel. Il est révéré en tant que tel
personne, prodigue ses conseils ou
vers les territoires de l’Anahuac. comme patron du temps, des cycles
pose des énigmes pour aider ou gêner
et de la vie après la mort.
Né sous le nom de Mexi, il était de leurs entreprises. Ses aspects favo-
sang draconique et descendant de la De son vivant, il était un grand ris sont d’humbles vieillards bossus,
mère des dragons elle-même. Encore magicien du feu, et les dragons xiu- d’étranges magiciens, des jaguars na-
très jeune, il tua sa demi-sœur dra- hcoatls lui parlaient comme à un ami. hualotls ou des nuages de fumée.
gon et combattit également d’autres Il invoqua le premier serpent xiu-
Tezcatlipoca est la lune et la nuit,
dragons qui lui contestaient son héri- hcoatl du feu et lui conféra la forme
mais dans des mondes passés il fut
tage. Puis il devint le teuctli des gens d’une lance, qu’il offrit ensuite à
aussi parfois le soleil. Il est en même
du commun de la grande cité d’Azt- Huitzilopochtli comme tribut à sa
temps vie et mort ; il est l’enne-
lan, prit plus tard la tête d’une ré- puissance – et comme preuve de la
mi créateur, le seigneur malveil-
volte contre les seigneurs de la cité, sienne propre.
lant, celui qui connaît la magie, les
avant de mener son peuple vers le
TE ZC A TLI PO C A mystères et les secrets, une source
sud pour établir son propre État dans
à la fois de grands mensonges et de
ces terres bénies. Personne ne sait si Tezcatlipoca, le
grandes vérités.
premier magicien, fut jadis un mor-
Il mourut à mi-chemin, mais son
tel, le premier d’entre eux à jamais Il apprécie et appréciera toujours
peuple fit immédiatement une effigie
apprendre la magie, ou s’il est un es- la dévotion et la frayeur des mortels,
de lui et l’adora comme un saint. Il ac-
prit ancestral remontant à l’ère pri- sans bien sûr en avoir réellement be-
compagna ainsi les Mexicas jusqu’au
male d’avant l’apparition des êtres soin ou y être particulièrement atta-
bout de leur périple, les guida pour
humains. Peut-être est-il l’être le ché… car, de toutes les créatures de
ériger la grande Tenochtitlan, et veil-
plus ancien de la création. l’univers, lui seul comprend Teotl
la sur eux alors qu’ils devenaient le
dans son entièreté, et lui seul sait ce
peuple le plus puissant de l’Anahuac. À vrai dire, nul n’en sait beaucoup à
qu’il adviendra.
son sujet. Même son nom, qui signifie

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Les tribus de
l’Anahuac
L E S N A T I F S D E l’Anahuac rassemblent avant tout les
divers États nahuas, aussi bien les plus civilisés, qui
possèdent les cités les plus puissantes au centre du conti-
Au-delà du monde nahua, la plus grande nation non
nahua indépendante de l’Anahuac est l’Empire tarasque,
dans lequel les lignages anciens de rois-dragons gou-
nent, que les plus barbares qui se battent pour le contrôle vernent toujours, et qui résiste à la domination nahua de-
du nord chichimèque indompté. Viennent ensuite les tri- puis un demi-millénaire.
butaires, peuples soumis par les Nahuas, comprenant les
Les pages suivantes présentent les plus importantes tri-
belliqueux Otomis et Huaxtèques au nord-est, les paisibles
bus de l’Anahuac.
Botunás et Totonaques à l’est, les Zoocs et les Mixtèques
mystiques au sud-est, enfin la grande culture zapotèque
au sud.
Les barbares chichimèques des steppes septentrionales,
bien qu’apparentés aux Nahuas, sont très divers en termes
de lois, de culture et de niveau technologique, mais tous
refusent de se plier à un quelconque contrôle extérieur.
Les nations chichimèques sont nombreuses. Les plus im-
portantes sont la confédération guamaré, les féroces tri-
bus de l’Aigle rouge toujours assoiffées de sang et les pers-
picaces peuples xi’uis.

36
a na huac

LES AZTÈQUES
L E S A Z TÈ Q U ES R EGR OU PENT en fait trois tri-
bus distinctes : les Mexicas, les Acolhuas et les
Tépanèques, dont la Triple Alliance règne sur l’Anahuac
L’Alliance aztèque contrôle la vie et la politique de
centaines d’États, de cités et de tribus moins importants
répartis sur tout l’Anahuac ; beaucoup contestent ou-
depuis les rives du grand lac Texcoco. De ces trois tribus, vertement ce contrôle, sans avoir la puissance qui leur
les Mexicas, chefs de l’Alliance, sont les plus puissants permettrait de réellement s’opposer à l’Alliance.
politiquement et militairement ; les Acolhuas sont les
Bien que l’Excan Tlahtoloyan soit censée être une al-
plus pieux et les plus versés dans la magie et les arts ; les
liance entre égaux, les Mexicas en sont les chefs incon-
Tépanèques sont les plus doués en agriculture et en mé-
testés, en bonne voie de devenir à eux seuls la puissance
decine et connaissent le mieux le monde naturel. Quand
suprême du territoire. Ainsi, quand les gens parlent de
le texte mentionne les « Aztèques », il désigne les trois
l’Alliance, en interne ou en externe, la plupart pensent en
membres de l’Alliance dans leur ensemble.
réalité aux Mexicas, que les autres tribus associent à leur
Peuple civilisé et théocratique, les Aztèques ont sou- oppression.
mis la plupart de leurs voisins et dominent leurs États
Les dirigeants de la Triple Alliance portent le titre de
vassaux par la force militaire et l’interventionnisme
tlaotani, « porte-parole », ce qui signifie qu’ils sont la
politique. Ils représentent la puissance dominante en
voix de leur peuple dans les affaires du gouvernement.
Anahuac, à laquelle toutes les autres nations payent un
tribut sous une forme ou une autre ou doivent au mini-
mum un certain respect, même forcé. Cela signifie aussi Les Mexicas
que la plupart des tribus de l’Anahuac ont adopté au
moins quelques aspects des lois et de la culture aztèque. Les Mexicas constituent la plus vaste des tribus nahuas
et la nation la plus puissante de l’Anahuac ; maîtres incon-
En termes de roleplay, un personnage aztèque est l’ar- testés du continent, ils y sont aussi les derniers arrivés.
chétype de l’humain « moyen », auquel sont comparés
les personnages issus de toutes les autres cultures na- Les Mexicas suivirent leur chef de guerre Mexi pendant
tives ou étrangères. l’exode des Nahuas depuis le nord lointain ; ils furent le
dernier des peuples nahuas à atteindre les rives du lac
Les cités-États aztèques, ou altepetls, sont de grands Texcoco, et trouvèrent donc toutes les ruines antiques
centres urbains composés de plusieurs calpollis (des déjà réoccupées, toutes les bonnes terres déjà prises.
quartiers dirigés par des chefs de clans ou de famille),
qui obéissent à un gouvernement central formé d’un mo- Mais, sous la férule de leur ancêtre Mexi, les Mexicas
narque désigné, le tlatoani, et d’une caste de prêtres abri- prospérèrent, d’abord comme mercenaires au service
tés dans de grands temples pyramidaux. Les cités-États d’autres tribus nahuas, puis grâce à leurs propres armées
s’étalent autour de ces pyramides dont les dirigeants conquérantes capables de faire et défaire les alliances, ai-
prennent tous les calpollis les entourant sous leur aile. dant les cités-États altepetls les unes contre les autres,
jusqu’à devenir les plus puissants de tous.
Les Aztèques ne se désignent pas par ce nom. Ils utilisent
plutôt le nom de chaque peuple : Mexicas, Acolhuas ou La première et la plus importante altepetl des Mexicas
Tépanèques, voire souvent les noms locaux : Tenochcas, fut Tenochtitlan, à l’origine une colonie précaire dans les
Tlatelolcas ou Chalcas. Parmi eux, les Mexicas tenochcas marécages, aujourd’hui la plus vaste métropole de l’Ana-
sont les plus nombreux et les plus puissants. huac et la capitale du monde connu.

H UI TZ I LO PO C H TLI
La Triple Alliance
Le saint teotl principal des Mexicas est Huitzilopochtli,
le patron de la guerre et de la lutte.
L’immense État aztèque est une triple alliance entre les
Mexicas, les Acolhuas et les Tépanèques ; son nom officiel De son vivant, Huitzilopochtli était le gaucher Mexi,
est Aztecatl Excan Tlahtoloyan, soit « le Règne des trois surnommé le Canari, un chef de guerre talentueux qui, à
États aztèques ». Le nom d’Aztèque est une référence à lui tout seul, fit des Mexicas, une tribu de nomades mépri-
Aztlan, une ancienne cité dont la tribu mexica est origi- sés, les maîtres du monde ; d’abord comme dirigeant de
naire. Ce nom n’est cependant porté par aucune nation chair et de sang, puis comme présence spirituelle qui s’ex-
individuelle. primait par la voix des prêtres mexicas.

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Nul ne conteste que les Mexicas doivent leur essor à l’in- Motecuzoma ne peut prétendre, à l’instar de son oncle
fluence et aux conseils de Huitzilopochtli, qu’ils révèrent et prédécesseur Ahuitzotl le grand conquérant, disposer
en conséquence. Son nom et son effigie sont présents sur encore de sang draconique dans ses veines, aussi est-il de
tous les temples principaux de Tenochtitlan, y compris sur son intérêt bien compris de cimenter autant que faire se
la Pyramide du soleil. La plupart des sacrifices humains peut son pouvoir et son autorité. Il a donc publié des édits
pratiqués par les Mexicas – c’est-à-dire la majeure partie interdisant aux gens du commun les charges et positions
des sacrifices humains en Anahuac – lui sont dédiés. naguère accessibles par les mérites individuels, et leur in-
terdisant aussi l’entrée à certains immeubles ou zones dé-
T L ACA EL LI , LA CIH UACOATL sormais réservés à la noblesse.
La dirigeante mexica la plus illustre des dernières dé-
Beaucoup de gens s’opposent à ses réformes, en parti-
cennies, voire de tous les temps, est Tlacaelli, conseillère
culier chez les marchands et les fermiers, mais il a d’ores
des quatre derniers souverains mexicas et porte-parole de
et déjà commencé à faire assassiner les aristocrates et
Huitzilopochtli. Cette prêtresse-sorcière avisée orches-
conseillers qui se dressent devant lui.
tra en coulisses les quatre dernières passations de la cou-
ronne mexica, ainsi que les campagnes militaires et les ré-
formes politiques qui donnèrent aux Mexicas et à la Triple
Alliance le contrôle absolu de l’Anahuac.
Tlacaelli était la fille du roi mexica Huitzilihuitl, un
Coatlaca ou descendant de dragons, et disposait des dons
naturels indispensables à une prêtresse du culte des dra-
gons. Bien que princesse, elle soutint la rébellion qui
donna naissance à la Triple Alliance et qui fit de son oncle
Les Acolhuas
Izcoatl le tlatoani des Mexicas. Elle créa alors la charge
de cihuacoatl, obligeant tous les tlatoanis mexicas à avoir
une prêtresse des dragons comme conseillère, et devint la Premiers Nahuas à entrer en Anahuac, les Acolhuas ar-
puissance derrière le trône de quatre générations de sou- rivèrent du Nord sous la direction de Xolotl, le chien-dra-
verains mexicas. gon, frère cadet de Quetzalcoatl, qui prit forme humaine
pour devenir leur chef et fonder leur dynastie régnante.
Non seulement elle conçut les tactiques militaires grâce
auxquelles son peuple subjugua le monde, mais elle fo- Quand ils atteignirent le grand lac où ils s’installèrent
menta aussi les complots politiques internes qui confé- enfin, ils se mélangèrent aux tribus otomis locales, et ces
rèrent aux Mexicas le contrôle ultime de la Triple Alliance lignages draconiques mixtes otomis/nahuas soumirent
elle-même. La gloire et le pouvoir qu’elle acquit dans tous les autres peuples locaux et fondèrent la cité ances-
sa charge furent tels qu’aujourd’hui encore, toutes les trale de Coatlinchan, puis plus tard la grande métropole
prêtresses des dragons sont nommées, en son honneur, de Texcoco sur la rive orientale du lac qui en porte au-
des cihuacoatls. jourd’hui le nom.

Paradoxalement, Tlacaelli avait renié son identité de Après de nombreux conflits avec les États nahuas voi-
prêtresse des dragons et œuvré toute sa vie à minorer le sins, les Acolhuas les surpassèrent grâce à leur alliance
culte des dragons et à faire de Huitzilopochtli le seul vrai avec les Mexicas, qui donna naissance à la Triple Alliance
saint patron de la civilisation mexica. et consacra la prééminence des deux nations pour un
siècle, jusqu’à nos jours.
Tlacaelli mourut il y a vingt ans de cela, léguant aux
Mexicas l’État le plus puissant que le monde ait connu. Au sein de la Triple Alliance, les Acolhuas ne le rendent
Mais elle n’a pas cessé de veiller sur eux, car elle est fré- en puissance qu’aux Mexicas, mais leur maison régnante
quemment invoquée par les prêtres mexicas et son ombre s’est affaiblie et beaucoup craignent de la voir devenir une
morte-vivante leur prodigue toujours ses conseils d’outre- marionnette aux mains des Mexicas après la mort de leur
tombe depuis le monde spirituel. monarque, Nezahualpilli.

M O TECUZO M A LE S D R A GO NS D E S A C O LH UA S
Motecuzoma Xocoyotzin « le Jeune », récemment cou- Les Acolhuas pratiquent toujours le culte des dragons.
ronné tlatoani de Tenochtitlan et donc seigneur des Ils sacrifient aux dragons tlacoatls, dont Tlaloc lui-même,
Mexicas et de la Triple Alliance, est un diplomate et qui se rend chaque année à Coatlinchan pour y recevoir
homme d’État pragmatique, qui compte rétablir un règne un grand tribut.
purement héréditaire à la place de la méritocratie. Ils adorent aussi leur ancêtre Xolotl le chien-dragon,
saint protecteur de Texcoco, qui défend la cité en per-
sonne, ce que bien peu de dragons s’abaissent à faire.

38
a na huac

L E G RA ND NE ZAH U ALCOYOTL Nezahualpilli est aussi réputé pour la lutte perpé-


Les légendes acolhuas mentionnent un autre person- tuelle qu’il mène afin de protéger l’indépendance de son
nage très important. Bien que les Acolhuas ne lui aient royaume des machinations des Mexicas, les soi-disant al-
dédié aucun temple ni sacrifice, ils lui accordent au moins liés de Texcoco. C’est un tlatoani juste et sage, mais il sait
autant de respect qu’aux dragons et aux saints. Il s’agit que le sang des Coatlacas est raréfié dans ses veines et il
du grand Nezahualcoyotl, le « Loup repentant », un ancien s’inquiète de l’avenir de son peuple une fois que l’un ou
tlatoani de Texcoco et champion des Acolhuas. l’autre de ses enfants, le bouillant Ixtlixóchitl ou le timide
Cacamac, aura hérité de son trône.
Nezahualcoyotl était un seigneur coatlaca en ligne
directe qui excellait dans tous les domaines, témoi-
gnant d’un talent surhumain pour la guerre ou la poé-
sie comme pour l’athlétisme ou la philosophie. Chassé
de ses terres après la mort de son père au combat contre
les Tépanèques, Nezahualcoyotl revint et rallia à sa cause
toutes les tribus nahuas contre ces usurpateurs, ce qui fut Les Tépanèques
le point de départ de la Triple Alliance régnant actuelle-
ment sur l’Anahuac.
Les peuples tépanèques arrivèrent en Anahuac juste
Après avoir sacrifié de ses propres mains le fils de celui après les Acolhuas et ne furent autorisés à s’y installer
qui avait tué son père, Nezahualcoyotl monta sur le trône qu’avec la bénédiction de Xolotl et de ses partisans. Mais
de Texcoco, en réécrivit à lui seul les lois, et s’entoura ils crûrent rapidement et devinrent bientôt une force avec
des plus grands sages, ou tlamatinimes, du monde nahua. laquelle il fallait compter.
Nezahualcoyotl et son élite de tlamatinimes rebâtirent
Il y a à peine cent ans, les Tépanèques étaient la plus
Texcoco avec des jardins, des canaux et des fortifications ;
puissante nation de l’Anahuac et leur cité d’Azcapotzalco
il transforma également son propre palais et érigea le
pouvait exiger un tribut de tous les altepetls autour du
Temple vide, où aucun culte ni sacrifice n’est permis, sauf
lac Texcoco. Mais quand leur monarque décéda, des luttes
l’adoration de Teotl lui-même.
fratricides entre ses enfants divisèrent la nation tépa-
À la guerre, Nezahualcoyotl aimait marcher en première nèque et Maxtla l’usurpateur, le nouveau tlatoani, se re-
ligne et braver l’ennemi du regard avant de lui asséner trouva confronté à une alliance de Mexicas, d’Acolhuas
le coup fatal. Il écrivit des centaines de poèmes et d’es- et d’autres Tépanèques, que Nezahualcoyotl de Texcoco
sais sur la nature du monde et engendra plus d’une cen- avait rassemblés contre lui.
taine d’enfants, dont il en tua quatre sans aucune hésita-
Quand les Mexicas et les Acolhuas rasèrent Azcapotzalco,
tion pour avoir enfreint les lois qu’il avait rédigées pour
les Tépanèques survivants se virent forcés d’intégrer
son peuple.
la Triple Alliance naissante dans un rôle subalterne et
Nezahualcoyotl demeure à ce jour un modèle de vertu durent s’établir à Tlacopan, une cité-État plus faible qui
et d’art du gouvernement dans tout l’Anahuac, aussi bien est aujourd’hui contrôlée de facto par les Mexicas.
chez les Acolhuas et les Mexicas que parmi les tribus non
Les Tépanèques ont presque complètement adopté la
nahuas ou les États ennemis comme celui de Tlaxcallan,
culture mexica, dont le culte des dragons et des saints
qui haïssent la Triple Alliance mais le révèrent, lui. À son
patrons. Leur cité de Tlacopan est actuellement sous
décès il y a un peu plus de trente ans, tout l’Anahuac porta
la protection d’un dragon mixcoatl puissant qu’ils ap-
le deuil. Il est toujours considéré comme le plus grand tla-
pellent Ehecatl, en l’honneur du souffle tempétueux de
toani de tous les temps.
Quetzalcoatl.
N E ZA HUA LPI LLI
TO TO Q UI H UA TZ I N LE D E UXI È M E
Nezahualpilli, fils de Nezahualcoyotl, seigneur actuel
Totoquihuatzin est le dernier des souverains de l’État
de Texcoco et dernier d’un lignage coatlaca affaibli, est
soumis de Tlacopan, des nobles mineurs qui chérissent la
un aristocrate hautain très conscient de la légende qui
mémoire d’une lignée perdue tandis que leur nation est
entoure son père et des responsabilités qu’elle entraîne.
lentement absorbée par les Mexicas. Bien qu’il soit un vas-
Comme son illustre géniteur, il célèbre la culture et la
sal loyal de ses alliés plus puissants, sa famille se rappelle
science acolhuas en invitant des sages, des devins et des
que les Tépanèques régnaient sur les Mexicas comme sur
lettrés de tout l’Anahuac à s’installer à sa cour.
les Acolhuas avant la fondation de la Triple Alliance.
Malgré le statut inférieur de son peuple, tributaire au
sein d’une alliance censée être entre égaux, Totoquihuatzin
conserve la hautaine fierté de la noblesse et se comporte
toujours selon les plus strictes exigences de l’étiquette et
de la diplomatie.

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LES PEUPLES TRIBUTAIRES
DES AZTÈQUES
L A T R I PL E A LLIANCE a soumis ou annexé des di-
zaines de nations dans tout l’Anahuac, nahuas ounon
nahuas. Quelle que soit leur culture passée, ces peuples
main de sa propre fille. Cet acte a scellé la paix entre les
deux nations et permis aux Mexicas d’exercer un contrôle
fragile sur les territoires des Zapotèques.
asservis ont plus ou moins adopté la culture et les cou-
Les Zapotèques (en langue nahua, « peuple du fruit té-
tumes aztèques, surtout dans les domaines de la religion
nébreux »), étaient riches d’une civilisation qui fleuris-
et de l’économie. Pour certains, ce processus est terminé
sait déjà des millénaires avant que les Nahuas ne des-
et ils ont même choisi des noms nahuas pour leurs cités
cendent des plaines du Nord, et furent parmi les premiers
et pour leur propre peuple. Ceux qui ne pratiquaient pas
à frayer avec les dragons mixcoatls, qu’ils appelaient les
les sacrifices rituels doivent maintenant s’y livrer, et ceux
beenda’zás. Ces mixcoatls enseignèrent l’écriture aux
qui les pratiquaient déjà doivent désormais les dédier aux
Zapotèques, qui furent ainsi les premiers mortels à ap-
saints et dragons mexicas.
prendre les mots et la magie des dragons, et fondèrent
Ci-dessous sont listés les principaux tributaires de la l’une des plus vieilles lignées de Coatlacas, qui fut parmi
Triple Alliance. leurs premiers dirigeants.
Les Zapotèques sont au moins aussi sanguinaires que les
Les Otomis Mexicas, mais ne sacrifient qu’aux dragons et aux esprits
de la nature. Le protecteur principal des Zapotèques est
Les Otomis constituaient la tribu la plus nombreuse de Gzio, un vieux dragon tlacoatl gigantesque ; leur souverain,
l’Anahuac avant l’arrivée des Nahuas ; ils menaient une Gzio’pi, en est d’ailleurs un lointain descendant coatlaca.
vie simple dans les champs et les vallées, invoquaient les
esprits de la nature qui leur avaient appris à semer et à Les Mixtèques, un peuple moins ancien et moins belli-
récolter, à construire, et à fabriquer les meilleures armes queux que leurs alliés et voisins les Zapotèques, formaient
de l’Anahuac. néanmoins jadis une vaste, grandiose et ancienne civilisa-
tion. Les Mixtèques (ce qui signifie en langue nahua « peuple
Alors que d’antiques civilisations érigeaient leurs cités des hauteurs ») adoraient aussi les esprits de la nature et
et se mêlaient aux dragons, les Otomis parcouraient déjà les dragons mixcoatls, qui leur enseignèrent l’écriture, la
tranquillement leurs champs, se livraient au commerce et magie climatique et l’orfèvrerie. Aujourd’hui encore, les
à l’agriculture et gardaient profil bas. Mixtèques sont les meilleurs bijoutiers de l’Anahuac.
Quand les peuples nahuas arrivèrent, ils chassèrent les
Otomis qui durent soit se soumettre, soit s’enfuir vers des Les Huaxtèques
régions plus sauvages pour continuer à vivre sobrement
loin des Mexicas et de leurs alliés. Bien que vivant dans le Nord, entourés de Chichimèques,
les Huaxtèques constituent une nation entièrement à part,
Les Otomis et leurs cousins montagnards, les Nhumus,
composée de courageuses tribus guerrières. Ils érigent des
servent de mercenaires ou de forgerons pour les Mexicas.
temples-pyramides et fabriquent des outils métalliques.
Les Nahuas ont beaucoup d’estime pour leurs talents de
Les Mexicas ne les soumirent qu’à grand-peine, au point
guerriers et d’armuriers, en l’honneur desquels ils nom-
que nombreuses sont les tribus et localités huaxtèques qui
ment même leurs unités d’élite les « guerriers otomis ».
leur résistent encore. Mais plus nombreuses encore sont
celles qui plièrent devant la Triple Alliance et adoptèrent
Les Zapotèques et les Mixtèques les langues nahuas, ainsi que leur nom ethnique en nahua
de Huaxtèques.
Les plus récemment soumis des sujets mexicas, les
Zapotèques et leurs voisins les Mixtèques se sont inclinés Les Huaxtèques adorent les dragons mixcoatls ; leur
devant la Triple Alliance il y a deux ans à peine, accep- protecteur est le grand Xiuhcoatl aux écailles turquoises,
tant la domination des Mexicas après une longue guerre ce qualificatif permettant de le distinguer d’un autre
au cours de laquelle ces derniers avaient pourtant été in- Xiuhcoatl qui protège la cité mexica de Tenochtitlan.
capables d’envahir leurs terres. Le monarque zapotèque, Malgré leur nature guerrière, les Huaxtèques ne sont pas
Gzio’pi, avait résisté aux attaques mexicas presque une aussi sanguinaires que les Nahuas ou les Chichimèques,
décennie, jusqu’à ce que le tlatoani mexica lui offre la et n’offraient pas de sacrifice humain à Xiuhcoatl avant
d’être asservis par les Mexicas.

40
a na huac

Les Totonaques

Les Totonaques, une autre nation non nahua


présente bien avant l’arrivée des Nahuas, do-
minaient la côte est, ou Ttonacapan, depuis
des millénaires. La Triple Alliance n’a annexé
cette région qu’il y a quelques décennies,
quand les Mexicas ont réussi à y édifier plu-
sieurs avant-postes militaires. Même ainsi, le
Totonacapan comporte de nombreuses cités
densément habitées dont les Mexicas ont du
mal à garder le contrôle, devant constamment
envoyer des renforts pour s’imposer.
Comme d’autres nations de l’Anahuac orien-
tal, les Totonaques ne pratiquaient pas de sa-
crifices humains avant l’arrivée des Mexicas.
Cependant, ils adoraient les dragons depuis
toujours. Leurs protecteurs sont des dragons
tlacoatls donneurs de pluie, et bien sûr Tlaloc
lui-même, qu’ils appellent Aktziní.

Les Zoocs et les Ayuuks

Les nations voisines et alliées des Zoocs


et des Ayuuks ne sont pas encore entiè-
rement soumises aux Mexicas, mais leur
chute face à la puissance de la Triple
Alliance n’est désormais plus qu’une
question de temps. Les deux peuples
descendent des Mocayas (au-
jourd’hui appelés les Olmèques),
des résidents ancestraux du sud-
est de l’Anahuac.
Les Zoocs ont été réduits à
l’état de tributaires il y a une
dizaine d’années, même si
beaucoup de leurs locali-
tés résistent encore à la
domination mexica ;
les Ayuuks sont res-
tés invaincus pendant
des siècles et sont
toujours indépen-
dants, tant des Mexica
à l’ouest que des Yokot’ans
à l’est.
Les deux peuples
adorent les dragons tla-
coatls des tempêtes et
leur sacrifient.
Le plus grand de ces
dragons, Poh’iní, protège
la capitale encore insoumise
des Ayuuks, Anyuk Ohm.

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LES TLAXCALTÈQUES
L A TL A X CA L L AN T LAH T OLOYAN, ou Fédération
des États tlaxcaltèques, est une jeune nation nahua,
composée de plusieurs petites cités-États qui se sont al-
Leurs cités n’ont pas de protecteurs dragons, mais ils
ont bâti sur la colline de Cuaitlapanca un grand temple
géré par des prêtres de Tlaloc, où des dragons tlacoat-
liées pour résister à la domination mexica/aztèque. La ls font des visites régulières pour y recevoir un tribut et
Tlaxcallan Tlahtoloyan est gouvernée par un Conseil des veiller sur la population.
orateurs, où se réunissent les seigneurs représentant
Les Quatre États sont également réputés pour leur cui-
chaque cité-État pour décider ensemble des politiques à
sine. Leurs galettes de maïs, les « tlaxcalli », sont une
mener.
telle source de fierté culturelle que les Tlaxcaltèques ont
Les plus puissantes de ces cités-États, appelées collec- nommé leur fédération d’après elles, et ont également
tivement Nanahualtepemeh ou les « Quatre États », se rebaptisé « Tlaxcallan » la colline de Cuaitlapanca où ils
voient comme un contrepoids à l’hégémonie des trois s’étaient d’abord installés, pour marquer leur arrivée.
États aztèques, et exercent leur autorité sur toutes les
autres cités de la Fédération.
Tepeticpac, situé dans une idyllique vallée de rivières
et de collines à la frontière de la province aztèque de
Texcoco, est le plus ancien et le plus traditionaliste des
Quatre États.
Ocotelulco en est le plus vaste et le plus peuplé, et Les politiques tlaxcaltèques
son dirigeant, Maxixcatzin, est le Premier Orateur de la
Tlaxcallan Tlahtoloyan. Même si ses véritables chefs sont Maxixcatzin d’Oco-
Tizatlan est le plus puissant des Quatre États et constitue telulco et les deux Xicotencatls, père et fils, de Tizatlan, la
le bras armé de la Fédération. C’est l’armée de Tiztlan, sous Fédération est une société essentiellement démocratique
les ordres de ses courageux chefs, les deux Xicotencatls, dans laquelle les représentants de chaque État ont le droit
qui a repoussé à de multiples reprises les Aztèques hors de parler et d’être entendus.
des frontières de Tlaxcallan. Les gouvernements des Quatre États ne sont pas hérédi-
Quiahuiztlan, le plus récent et le moindre des Quatre taires mais méritocratiques, bien que les quatre dynasties
États, a tenté plusieurs fois de quitter la Fédération, mais régnantes se soient arrangées pour garder le pouvoir en
la peur des Mexicas garantit qu’il reste désormais loyal attribuant assez de « mérites » à leurs descendants et leur
et qu’il resserre les rangs. Quiahuiztlan ne doit pas être parentèle.
confondu avec la cité totonaque du même nom, plusieurs Quoi qu’il en soit, malgré quelques conflits internes oc-
centaines de kilomètres plus à l’est. casionnels, la Tlaxcallan Tlahtoloyan est une entité poli-
tique solide et stable qui résiste au contrôle aztèque de-
La culture tlaxcaltèque puis sa fondation il y a un peu plus d’un siècle.
À l’ouest, la Fédération est abritée par les trois mon-
Les Tepeticpacas, Ocotelulcas, Tizatecas et Quiahuiztecas tagnes sacrées, Popocatepetl, Iztaccihuatl et Matlalcueitl ;
sont tous nahuas, et se sont imposés aux peuples otomis à l’est, elle a érigé une immense muraille de pierre pour
pendant l’expansion nahua. Ils disposent de grandes cités, protéger son territoire, qu’elle domine depuis la citadelle
de hauts temples et d’une structure sociale complexe, et fortifiée de Cacaxtla. Les Tlaxcaltèques résistent ainsi en-
ont fait des progrès importants en mathématiques, méde- core et toujours à l’envahisseur aztèque.
cine et architecture.
Plutôt que de tenter une offensive d’ampleur pour écra-
Comme d’autres nations nahuas, les peuples tlaxcal- ser la Fédération, les Mexicas ont choisi de l’encercler et
tèques sacrifient aux esprits ancestraux. Leur saint patron de contraindre les Tlaxcaltèques à un régime de « guerre
principal est Camaxtli le Chasseur, leur chef de tribu an- des fleurs », une série de « batailles amicales » dont le
cestral qui les a menés hors des déserts du Nord il y a deux perdant doit procurer esclaves et tribut au vainqueur. Ces
siècles de cela. Camaxtli ayant lui-même du sang draco- mesures ont fait des Tlaxcaltèques des tributaires de facto
nique dans les veines, comme beaucoup de dirigeants na- des Aztèques, prisonniers sur leurs propres terres, et ce
huas de ce temps, les Tlaxcaltèques pratiquent aussi le bien qu’ils n’aient jamais plié devant les Mexicas.
culte des dragons.

42
a na huac

L’EMPIRE TARASQUE
E N F I N , I L Y a les Tarasques.
L’Empire tarasque, sans aucun doute la plus puis-
sante de toutes les nations non nahuas de l’Anahuac, do-
de nombreuses nations se sont pliés à ces règles et ont
rejoint la mystérieuse civilisation tarasque, renonçant à
leur ancienne nationalité – en général otomi, nahua or te-
cuexe – pour devenir des P’urép’echas.
mine le nord-ouest de la région, entre les territoires
aztèques et chichimèques, et constitue un obstacle infran-
chissable à l’expansion des Aztèques vers l’ouest. De tous Le pouvoir
leurs voisins, qu’ils soient alliés, rivaux, tributaires ou to-
talement asservis, les Tarasques sont les seuls contre les- Les Huacuse’echas vénèrent les grands dragons élé-
quels les Mexicas n’ont jamais réussi à gagner une seule mentaires des quatre royaumes du monde spirituel, qu’ils
guerre ni à conquérir une seule ville. appellent des tire’pemes. Tous les mondes, les Quatre
Directions et le monde mortel, ont leur propre gardien
L’Empire tarasque appartient aux peuples huacuse’echas, tire’peme. Curica’hueri est le père de tous les tire’pemes
que les Nahuas appellent les Michuacas, des tribus sans et le plus puissant des esprits auxquels les Huacuse’echas
lien ni avec les Nahuas, ni avec les Chichimèques. adressent leurs prières et leurs sacrifices. Curica’hueri
Malgré sa puissance et sa culture avancée, l’Empire ta- est le nom en langue huacuse’echa du dragon mixcoatl
rasque ne prend quasiment aucune part aux jeux de pou- originel.
voir en Anahuac, sauf pour contenir les incursions mexi- Les rituels sacrificiels huacuse’echas sont très sem-
cas sur ses frontières orientales et pour gérer, au nord, les blables à ceux des Mexicas, bien qu’ils ne soient pas aussi
conflits frontaliers avec les Chichimèques. Bien qu’il soit fréquents et concernent surtout des prisonniers de guerre
frontalier de la moitié des nations de l’Anahuac, ce qui se ou des ennemis de l’État, dont les têtes sont exposées en
déroule en son sein demeure inconnu même pour ses voi- guise d’avertissement après que leurs corps ont été don-
sins les plus proches. Les Huacuse’echas et leur culture nés aux dragons.
restent ainsi aussi étrangers et distants que s’ils avaient
vécu sur un autre continent, sauf pour les rares individus Le fondateur de la tribu des Huacuse’echas était
qui ont acquis l’une de leurs armes magiques en métal – ou Tariacuri, un dragon tire’peme ayant pris forme humaine
pour ceux qui en ont été victimes. – peut-être était-ce Quetzalcoatl lui-même ? – dont le li-
gnage gouverne encore l’Empire de nos jours.
Les Huacuse’echas Sous le règne de Tariacuri, les Huacuse’echas apprirent
l’écriture, l’architecture, la navigation et l’agriculture ;
Les Huacuse’echas, ou « peuple des aigles », prétendent il apprirent aussi l’art de forger des armes de tiamu, un
que leurs ancêtres, émanations du Vent et de l’Eau, quit- métal sacré, bien qu’on ne sache pas si Tariacuri le leur
tèrent le monde spirituel pour s’installer sur les terres enseigna ou s’ils en apportèrent le secret de leur terres
des mortels. Cela pourrait certes expliquer l’intraitable ancestrales.
puissance des Tarasques ; cependant, tous les Mexicas
Tariacuri construisit les cités de Patzcuaro et de
vous confirmeront que les Huacuse’echas, comme tout le
Tzintzuntzan pour y abriter son peuple afin qu’il puisse
monde, saignent et crient comme des gorets quand on les
régner de là sur toutes les nations voisines. Quand il quit-
écorche vifs.
ta ce monde, la capitale fut déménagée à Tzintzuntzan.
Mais quelle qu’eût été leur origine, quand les
Avant de s’élever jusqu’au monde spirituel, Tariacuri
Huacuse’echas arrivèrent en Anahuac, ils s’installèrent
portait le titre d’Ire’echa, ou « Maître de toutes les
sur les rives du lac Patzcuaro et rassemblèrent tous les
terres », que tous ses descendants conservèrent.
peuples natifs en un seul empire, sous leur domination.
L’Ire’echa actuel de l’Empire tarasque est Tzitzi
Tous les dirigeants tarasques sont de nos jours des
Pandaquare, un vieux conquérant au sang draconique,
Huacuse’echas. Les autres tribus de la région sont qua-
dont le nom est synonyme de décennies ininterrompues
lifiées collectivement de P’urép’echas, ou « gens du
de victoires. Il est désormais très âgé et son fils, Tzan Cua,
commun ».
est sur le point de lui succéder.
Les Huacuse’echas ont accueilli sur leurs terres des
gens de toutes origines ethniques, à la condition qu’ils y
vivent comme leurs sujets p’urép’echas et acceptent de
sacrifier leur vie pour la défense de l’Empire. Des gens

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LES TRIBUS CHICHIMÈQUES
A U N O R D D E l’Anahuac s’étendent de vastes ste-
ppes et déserts, peu favorables à l’habitat humain,
voire parfois hostiles à toute vie. Les seuls résidents de
La fédération guamaré

Cette alliance de tribus chichimèques, nommée d’après


ces terres arides sont les peuples féroces et rustiques que ses dirigeants les Guamarés, naquit quand quatre nations
les Nahuas regroupent sous le nom de Chichimèques, les voisines s’unirent pour résister à la domination aztèque.
« barbares ».
La fédération regroupe les Guamarés en propre, une vaste
En réalité, ce nom désigne des centaines de tribus dif- tribu nomade bien organisée composée de nombreux clans
férentes, souvent sans aucun lien entre elles. Les Nahuas mineurs plus ou moins liés entre eux ; des Huacuse’echas
eux-mêmes, fondateurs de la Triple Alliance et de l’Ana- errants ayant choisi l’exil hors des frontières du puissant
huac, descendent de certaines de ces tribus qui avaient Empire tarasque au sud pour trouver leur indépendance
quitté leurs déserts pour s’emparer des vieilles cités de dans les étendues sauvages et inhospitalières du nord ; et
nations plus anciennes. même de quelques tribus de l’Aigle rouge, ayant tempéré
Bien qu’en nahua « Chichimèque » signifie « barbare », leurs traditions guerrières pour mieux défendre, au sein
ces peuples ont atteint divers niveaux de civilisation, al- de l’alliance, leur territoire contre les Aztèques.
lant des pilleurs véritablement barbares aux construc- Tous sont des chasseurs-cueilleurs nomades, aux ar-
teurs éclairés de pyramides, des chasseurs-cueilleurs pai- mements et tactiques inférieurs à ceux des Mexicas, mais
sibles aux peuples capables de lever de puissantes armées malgré tout assez bien organisés pour repousser les incur-
organisées. sions de la Triple Alliance sur leurs terres.
Ci-après figurent les plus grandes ou plus puissantes tri- Les Guamarés et leurs alliés n’adorent que les esprits de
bus « chichimèques ». la nature et ne pratiquent pas le sacrifice humain, mais en
revanche ils dévorent leurs ennemis tombés pour absor-
Les Caxcáns et les Tecuexes ber leur force, comme beaucoup d’autres tribus du nord.
Outre leur férocité, la raison principale qui a permis
La rivalité entre les Caxcáns et les Tecuexes est l’une à la fédération guamaré de tenir à distance les Aztèques
des plus anciennes en Anahuac. Ces deux confédérations pourtant plus puissants, est la tenue aux moments op-
féodales de cités-États civilisées se mirent à former des portuns de conseils de guerre au cours desquels les alliés
États et à lever des armées en imitation de la culture az- s’accordent sur les stratégies à suivre avant d’aller livrer
tèque, et s’affrontent depuis en un conflit incessant pour bataille.
le contrôle d’un morceau de terrain taillé entre les fron-
tières de l’Empire tarasque et les territoires chichimèques
Les tribus de l’Aigle rouge
du nord-ouest.
Les deux peuples ont du sang nahua dans les veines ; Les plus redoutables des tribus chichimèques sont les
leur langue et leur culture ressemblent à celles des autres peuples quauhchichitls, de « l’Aigle rouge ». Les Mexicas
Nahuas. Ils ont moins de cités et ont conservé un mode inventèrent ce surnom en l’honneur de la peinture écar-
de vie plus nomade que les Mexicas ou les Acolhuas, mais late dont les Quauhchichitls s’enduisent le corps avant
sont mieux organisés et plus sédentaires que la plupart d’aller au combat, pour avoir l’air sauvage et terrifiant.
des autres nations « chichimèques ». Cependant, les Quauhchichitls se dénomment par le nom
Comme ces derniers, ils adorent les esprits de la nature de leurs tribus respectives, comme « Ceux-qui-bondissent-
plus que les dragons ou les saints. haut » ou « Ceux-qui-lancent-des-crânes », plutôt que par
un seul nom collectif. Beaucoup ont adopté leur surnom
Ils se désintéressent largement du reste de l’Anahuac, d’Aigles rouges avec joie, pour mieux encore épouvanter
car leur seul souci est de protéger leurs terres des at- les Mexicas.
taques de leur rival tout en s’efforçant de s’étendre au-
tant que possible, c’est-à-dire fort peu, sur celles des Quand ils ne sont pas en guerre contre d’autres nations
Tarasques et de leurs voisins chichimèques. Leurs fron- ou entre eux-mêmes, les Aigles rouges sont des nomades
tières en perpétuel conflit sont aussi changeantes que le stoïques et perspicaces, qui adorent les esprits de la
paysage politique de leur région, qui évolue presque quo- nature et s’élargissent l’esprit par la consommation
tidiennement en fonction de quelle ville a été conquise en d’herbes sacrées. Ils pratiquent la magie nahualotl et la
dernier, et par qui. plupart de leurs guerriers utilisent les pouvoirs d’un es-
prit animal pour se battre.

44
a na huac

Au combat, les Aigles


rouges sont d’impitoyables
cannibales qui torturent leurs
ennemis avant de les tuer et de
s’en repaître ; mourir de leurs
mains est devenu, assez naturel-
lement, une peur largement ré-
pandue dans les rangs des armées
aztèques. Cela suffirait à tenir
celles-ci éloignées de leurs
terres, mais les Aigles rouges
sont en outre très nombreux,
peut-être le plus nombreux de
tous les peuples chichimèques,
et leur contrée est une éten-
due rocheuse infranchissable,
presque aussi rude et impi-
toyable que ses habitants.

Les tribus du
Nord-Est

Les tribus de la côte du


Nord-Est, dont les Xi’uis et
les nombreuses nations des
Tam’holipas, sont comme les
autres Chichimèques, de fa-
rouches nomades animistes.
Mais elles sont en général moins san-
guinaires que les Guamarés ou les Aigles
rouges, voire que les Aztèques, peut-être
en raison de leur proximité avec les
peuples huaxtèques éclairés, certes
également belliqueux, mais pas as-
soiffés de sang.
Le trait commun principal de
toutes ces tribus est leur lien étroit
avec les esprits de la nature, qu’elles
vénèrent presque fanatiquement, et
qui leur ont accordé de grandes béné-
dictions et de vastes pouvoirs magiques
afin de défendre leurs terres.
Les Aztèques mènent actuelle-
ment une campagne pour asservir
les Xi’uis, mais ont du mal à surmonter
leurs puissantes défenses spirituelles, lesquelles
émanent de la terre elle-même. Les Tam’holipas
restent hors d’atteinte des Aztèques, inconnus
et insoumis.

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Principales localités
C ’ E S T D A N S L ’ EXCAN TLAHTOLOYAN que s’élèvent
la plupart des cités-États de l’Anahuac, et les plus
puissantes, des nombreuses altepetls bordant les rives
Le Grand Tenochtitlan

Plus vaste cité de l’Anahuac et peut-être du monde,


du lac Texcoco, à celles des vastes nations que la Triple Tenochtitlan est la capitale des Mexicas, le centre de la
Alliance a assujetties, en passant par les villes en ruine civilisation et du pouvoir de la Triple Alliance aztèque.
qu’elle a occupées dans tous les territoires voisins.
Située sur un lac, Tenochtitlan est en tous points une île
Comme toutes les cités-États du monde, les altepetls de artificielle, construite jadis par les prêtres mexicas avec
l’Anahuac ont une durée de vie limitée ; après quelques l’aide des esprits des eaux. De grandes chaussées émer-
siècles, même celles qui ont survécu aux guerres et à la gées la relient à la terre ferme et elle est entourée de jar-
révolution succombent à la surpopulation et sont aban- dins flottants à usage agricole, les chinampas. La cité est
données à cause des famines, des maladies ou des change- considérée comme un endroit magique tant par ses habi-
ments environnementaux. Beaucoup des grandes capitales tants que par les visiteurs.
des temps anciens sont ainsi aujourd’hui à peine plus que
des haltes le long des chemins, tandis que les plus grandes Elle s’étend en quatre secteurs représentant les quatre
cités modernes étaient jadis tributaires d’autres cités qui directions du monde autour d’une place centrale dotée de
semblaient bien plus grandes, ne serait-ce qu’il y a deux cinq temples pyramidaux dédiés à ses saints protecteurs.
siècles de cela. Ces secteurs sont appelés Cuepopan, Aztacalco, Moyotla
et Zoquiapan. Chacun d’entre eux est à son tour divi-
Les pages suivantes présentent les localités les plus im- sé en vingt quartiers, les calpollis, dirigés par l’une des
portantes du monde nahua, à l’apogée de la Triple Alliance, éminentes familles paysannes de la cité. Certains de ces
pendant le règne de Motecuzoma Xocoyotzin.

46
a na huac

calpollis sont sur l’île elle-même, quelques-uns sont pure- Texcoco


ment des installations flottantes.
La moitié nord de l’île de Tenochtitlan est constituée La deuxième plus grande cité de l’alliance aztèque,
par la cité de Tlatelolco, naguère une altepetl à part, qui a Texcoco, est la capitale des Acolhuas et des cités qu’ils
récemment été rattachée de force à Tenochtitlan en tant contrôlent.
que cinquième secteur. Tlatelolco conserve toutefois son C’est une vaste et belle métropole dotée de grand temples
propre tlatoani, qui n’est à peu près qu’une marionnette blancs, de palais somptueux, de refuges pour les animaux
aux mains des monarques tenochcas, et jouit d’une cer- et d’un jardin botanique grand comme une petite ville.
taine indépendance, surtout parce que tout le commerce Texcoco a l’allure d’une cité classique des temps anciens,
mexica, et donc celui de tous les États aztèques, dépend avec ses sages déambulant et ses poètes méditant sur les
des routes commerciales qui y convergent et de sa légen- vertus humaines et les affaires spirituelles. Ces sages, les
daire place du marché, la tianquiztli. tlamatinimes, ont valu à la cité la réputation d’être la plus
cultivée et la plus avancée de l’Anahuac. Texcoco est cé-
lèbre aussi pour ses immenses aqueducs qui alimentent en
eau la cité, ses fontaines et ses bains publics, et pour ses
magnifiques statues de dragon et d’animaux.

S A I NTS P A TR O NS D E LA C I TÉ
Le protecteur de Texcoco est Xolotl, le chien-dragon,
S A I NT S PA T RONS DE LA CITÉ
un mixcoatl de petite taille mais de grande sagesse, de-
Le principal saint patron de Tenochtitlan est mi-frère de Quetzalcoatl et fondateur de la lignée souve-
Huitzilopochtli, l’ancêtre chef de tribu qui guida les raine acolhua. Contrairement aux autres dragons, Xolotl
Mexicas hors des arides étendues du Nord. Le Grand part souvent à la bataille aux côtés des Acolhuas et les
Temple de la cité lui dédie des sacrifices rituels mensuels. aide volontiers à conquérir et pacifier d’autres territoires.
Tenochtitlan rend également hommage à un ancêtre Texcoco bénéficie aussi du patronage de Tlaloc, le sei-
magicien que les Mexicas appellent Xiuhtecuhtli. De son gneur suprême de tous les dragons des pluies, qui veille
vivant, ce magicien fut le premier mortel à commander sur toutes les localités acolhuas. Bien que la protection
aux dragons. Il offrit à Huitzilopochtli sa lance-dragon, le personnelle de Tlaloc soit réservée à la cité ancestrale de
serpent du tonnerre Xiuhcoatl. Coatlinchan, il a affecté ses quatre plus puissants tlacoatls
Tenochtitlan bénéficie aussi de la protection de trois à la garde de Texcoco, en échange du sacrifice d’animaux,
dragons mixcoatls et d’un dragon tlacoatl, lesquels exi- de prisonniers de guerre et de criminels condamnés.
gent toujours un tribut des Mexicas malgré l’élévation de
Huitzilopochtli au rang de protecteur de la cité, et veillent Cholollan
sur celle-ci au nom de leurs seigneurs, respectivement
Quetzalcoatl et Tlaloc. Cholollan est la plus vieille cité de l’Anahuac et aussi
Les quatre secteurs de Tenochtitlan disposent chacun de la seule à n’avoir jamais été abandonnée, conquise ou re-
leur sainte patronne locale, leur « marraine protectrice ». construite. Le « lieu sûr » est la colonne vertébrale spiri-
Ces quatre marraines sont l’Arrière-grand-mère, sainte tuelle de la culture et de l’identité nahuas.
de la médecine et des herbes ; Chicomecoatl, la sainte de Construite par des dragons aux premiers jours du
l’agriculture et de la maternité, au sang draconique ; la Cinquième Soleil, Cholollan n’a jamais appartenu à une
Princesse des fleurs, sainte de la beauté, de l’amour et nation en propre et a toujours servi de centre commer-
des fêtes (son frère, le Prince des fleurs, a droit égale- cial et religieux commun à tous les États nahuas, à tra-
ment à certaines dates à un hommage et un sacrifice) ; et vers toutes les guerres et toutes les alliances, et de terrain
Cihuacoatl elle-même, la Mère des dragons, qui ne veille neutre où les citoyens de partout sont bienvenus, et ce
pas en personne sur la cité mais envoie des mixcoatls fe- depuis que les mortels ont foulé ce monde pour la pre-
melles pour recevoir les sacrifices en son nom. mière fois.
Tlatelolco a son propre dragon tlacoatl gardien, que Cholollan est et a toujours été un centre essentiellement
les locaux appellent Tlaloc bien qu’ils sachent qu’il n’est religieux, régi par un système de théocratie tournante ou,
qu’un envoyé de Tlaloc lui-même. Ce dragon protège l’al- en ses heures les plus sombres, par de dévots seigneurs de
tepetl seul et sans discontinuer depuis sa fondation, et la guerre. La cité revendique 360 temples, un pour chaque
continue à le faire en échange du sacrifice régulier d’en- jour du tonalpohualli et pour chaque saint patron connu
fants tlatelolcas malades ou invalides. de chaque nation de l’Anahuac.

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La Grande Pyramide de Cholollan, Après le déclin des Toltèques, les Cempoallan sont dédiés aux saints
la Tlachihualtepetl, est le plus grand natifs totonaques de la région s’em- mexicas, lesquels exigent des sacri-
temple jamais construit. Érigée à parèrent de leurs centres de pou- fices humains de la population toto-
l’origine par Quetzalcoatl lui-même voir, dont Cempoallan. Imitant les naque assujettie.
quand il créa le Cinquième Soleil, elle Toltèques et se servant de leurs
fut plus tard agrandie et rehaussée connaissances, les Totonaques re- Tzintzuntzan
par des prêtres et monarques coatla- firent de Cempoallan une merveille
cas de toutes les nations, des antiques architecturale, pleine de palais, de Tzintzuntzan, ou la « Maison des
Mokayas aux Toltèques, des Seigneurs temples, d’arches, de jardins et de colibris », est la capitale du mysté-
des esprits de Teotihuacan aux archi- cours d’eau. Cempoallan acquit une rieux Empire tarasque, dans les terres
tectes mexicas d’aujourd’hui. telle prééminence que les anciens inexplorées s’étendant à l’ouest du
Totonaques en firent leur capitale. monde nahua.
L’ancien ordre de l’Azur, un culte
de grands prêtres et prêtresses des Peut-être la plus grande ville hors La cité, naguère un centre cérémo-
dragons (et probablement le premier des territoires mexicas, Cempoallan niel construit surtout pour accueil-
de ce type dans le monde), veille sans tomba cependant sous contrôle mexi- lir le culte des dragons et des pèleri-
interruption depuis des millénaires ca quand ses maîtres totonaques se nages, est devenue le centre politique
sur Cholollan et ses temples, consa- rendirent à l’alliance aztèque. de l’ancien empire huacuse’echa il
crant et bénissant les tlatoanis de y a quelques décennies seulement,
Quand les Mexicas s’emparèrent
tous les grands États qui se succèdent quand les héritiers du héros draco-
de la cité, même eux furent impres-
depuis avant même que l’homme ait nique Tariacuri y déménagèrent le
sionnés par ses canaux, fontaines et
su se dresser sur ses deux jambes. siège de leur pouvoir, auparavant
aqueducs. Ils s’en inspirèrent pour
S A I NT S PA T R ONS DE LA lui donner son nom actuel, lequel si- situé dans l’ancienne capitale décli-
CI T É gnifie « Vingt canaux » en nahua. nante de Pátzcuaro.
Cholollan est le seul endroit du Malgré la domination mexica, Tariacuri avait jadis ordonné que
monde mortel placé directement Cempoallan reste l’axe du pouvoir l’empire reste de toute éternité cen-
sous la protection de Quetzalcoatl, le totonaque et le principal centre tré sur Pátzcuaro, mais au moment
seigneur des dragons, ce qui explique de civilisation de l’est de l’Ana- de sa mort, Tzintzuntzan était déjà
pourquoi la cité n’a jamais été vain- huac. Chicomecoatl, le tlatoani des devenue aussi vaste que toutes les
cue ni détruite. En outre, Cholollan Totonaques, y a son palais, d’où autres cités huacuse’echas réunies,
est un refuge pour d’autres saints il règne sur toutes les villes de ce et la plupart des nations mineures de
patrons, en particulier ceux qui ont peuple. la région en étaient tributaires. Il ap-
été oubliés des mortels, ou dont les parut alors tout naturel d’en faire le
Outre les Totonaques, Cempoallan siège de l’empire.
peuples sont éteints ou dispersés ; ils
abrite aussi des représentants de
se retirent à Cholollan et se joignent La source de la renommée de
dizaines d’autres tribus, y compris
à l’armée d’esprits mineurs qui main- Tzintzuntzan était son centre de cé-
des envahisseurs mexicas et des
tiennent une veille incessante sur le rémonies, le Tariarán. Des milliers
Zapotèques.
site. de pèlerins se rendent chaque jour
Seul Tezcatlipoca, le magicien im- SAINTS P A TR O NS D E LA dans l’un de ses cinq temples pour y
mortel, n’a pas de temple dans la cité CITÉ adorer les grands dragons des Quatre
sacrée ; il a fait le vœu de ne jamais y Les Totonaques adorent trois divi- Directions et leur père Curica’hueri.
poser le pied sauf pour la voir un jour nités majeures, toutes trois des es- C’est donc à Tzintzuntzan que le
sombrer dans la guerre et périr dans prits de la nature. Leurs ancêtres vieillissant Tzitzi Pandaquare, grand
les flammes. vénéraient le Vieux Tonnerre, es- Ire’echa de l’Empire tarasque, sei-
prit de la tempête ; la cité septen- gneur coatlaca des Huacuse’echas et
Cempoallan trionale de Papantla adore la Terre- arrière-petit-fils du héros fondateur
Mère ; Cempoallan est dédiée à la Tariacuri, a son trône.
Cempoallan, la cité des eaux plus grande de ces divinités, l’Esprit
nombreuses, ne fut pas fondée du Soleil lui-même, protecteur ances- S A I NTS P A TR O NS D E L A
par les Nahuas mais par les an- tral de dizaines de cités et de nations C I TÉ
ciens Toltèques, un peuple gouver- sur le continent. Tzintzuntzan est dédiée aux quatre
né par les dragons qui construisit Le Soleil, comme d’autres divini- dragons tire’pemes, seigneurs des
les plus grandes cités des débuts du tés de la nature, rejette les sacri- Quatre Directions et gardiens des
Cinquième Soleil. fices humains et n’accepte que les quatre sentiers menant au monde
offrandes animales et de nourri- spirituel. Toutefois, le protecteur
ture ; mais beaucoup de temples dans principal de la cité est Curica’hueri,

48
a na huac

le Père de tous les dragons, appe- Les ruines de Teotihuacan, au nord- dragons prenaient encore forme hu-
lé Mixcoatl par les Mexicas. Chaque est du lac Texcoco, sont encore de nos maine pour s’unir aux mortels.
année, Curica’hueri visite la cité sous jours un site sacré pour les Aztèques,
Dani Baán domina le sud-est de
forme humaine, entouré d’un nuage qui le surveillent et y conservent une
l’Anahuac pendant un millénaire,
de colibris messagers. Beaucoup de chapelle dédiée aux Vieux Saints.
au point de rivaliser en importance
paysans, aussi bien mexicas que ta-
TOLL A N avec Teotihuacan elle-même. Après
rasques, croient pour cette raison
que sa puissance eut déclinée et que
qu’il existe un lien entre Curica’hueri Ancienne cité des Toltèques, les
les Zapotèques eurent bâti d’autres
et Huitzilopochtli, le saint colibri descendants des seigneurs-esprits de
cités ailleurs, la montagne du Jaguar
mexica de la guerre – à ceci près Teotihuacan, Tollan est le berceau de
devint un lieu hanté et magique, où
qu’ils sont rivaux et le contraire l’un la civilisation sous sa forme actuelle.
fantômes et esprits franchissaient
de l’autre. C’est là que furent élaborées les mé-
les frontières entre les mondes pour
thodes actuelles dans les domaines
chanter la mémoire d’un empire
Les ruines sacrées de la monnaie, de l’architecture, des
disparu.
mathématiques et de la médecine.
En plus de ses cités pleines de vie, La Mictlan zapotèque est désor-
Quand les sept tribus nahuas fui-
le monde nahua possède certains mais une nécropole en ruine à l’at-
rent les terres des anciens Aztèques
sites en ruine de grande importance, mosphère étrange et inquiétante
et émigrèrent des déserts nordiques
qu’il n’a pas entièrement délaissés. dont les voyageurs se détournent,
pour l’Anahuac, Tollan et ses secrets
Ces ruines sont toujours entretenues mais que les Zapotèques vénèrent.
étaient le prix qu’elles convoitaient.
et surveillées, souvent pour des rai- Les Dani Beedze, un ordre ancestral
sons religieuses, mais aussi dans le Cette même migration nahua signa de prêtres, veillent sur le site depuis
but d’exploiter leurs ressources ou de cependant la fin de l’âge d’or de la des siècles. Mais une ténébreuse et
les fouiller pour y retrouver des tré- cité, car la grande métropole cultivée corruptrice affliction les a récem-
sors perdus. et éclairée fut incapable de supporter ment frappé ; ils adorent désormais
une telle vague d’occupants nomades les esprits du monde souterrain et
T EO T I HUA CA N et s’effondra peu après leur arrivée. proclament l’arrivée de l’Armée des
Cette cité antique est l’endroit où morts. Ceci indiquerait que la Nahui
Emportant ce qu’ils pouvaient de
les Anciens Saints se rassemblèrent Miquiztli, l’armée du Sixième Soleil,
la culture toltèque, les Nahuas conti-
et construisirent la première civilisa- s’est emparée des ruines de la mon-
nuèrent leur périple, s’installant fi-
tion du Quatrième Soleil. Ses ruines tagne du Jaguar.
nalement autour du lac Texcoco pour
traversèrent les âges et la nouvelle fonder les États qui deviendraient A Z TLA N
espèce humaine les occupa, sous la di- un jour la Triple Alliance, sur le mo-
rection de ses propres saints patrons. Cité d’origine semi-mythique des
dèle de la culture et la splendeur de
tribus nahuas, Aztlan était le site
Teotihuacan dominait encore Tollan.
de la première civilisation aztèque
l’Anahuac il y a mille ans, et c’est L’emplacement originel de Tollan à l’aube du Cinquième Soleil. Selon
d’elle que les sciences de l’écriture, fut oublié, et les étendues sauvages la légende, tous les peuples nahuas
de l’architecture et de la guerre se qui entouraient les ruines se rem- viennent des terres autour d’Aztlan
propagèrent vers toutes les autres plirent d’esprits et de créatures ma- et ont brisé le joug de leurs maîtres
tribus et nations. Finalement, les giques. Pire encore, c’est là que la aztèques pour partir vers le sud et
habitants de Teotihuacan partirent Nahui Miquiztli, l’armée du monde s’installer en Anahuac.
peupler d’autres lieux, emportant souterrain, a récemment établi sa
partout leur culture et leur science, Le peuple aztèque originel est
première tête de pont dans le monde
et laissant derrière eux la ville en té- éteint depuis des siècles, mais les
mortel. Aujourd’hui, Tollan renaît
moignage du passage des Saints sur Mexicas, à maintes reprises, se sont
comme l’ombre ténébreuse de son
cette terre. lancés à la recherche de la cité légen-
glorieux passé.
daire de leurs ancêtres. Aujourd’hui
Les hommes-esprits de Teotihuacan LA MO NTA GNE D U J A GUA R encore, ces ruines restent cachées.
érigèrent les cités de Cholollan, Peut-être n’existent-elles même
Aztlan et Tollan, ainsi que les Les plus importantes ruines non
plus... mais le mystère, lui, demeure.
grandes localités des Zapotèques et nahuas de l’Anahuac sont celles de
Qu’est-il advenu des Aztèques ori-
des Mokayas, des Mixtèques et des Dani Baán, l’ancienne capitale des
ginels ? Où se trouve leur glorieuse
Totonaques, des Chontals et des Itzás Zapotèques, sur le site légendaire de
capitale ? Si Aztlan est toujours là,
– en somme, de toutes les grandes ci- la montagne du Jaguar. Connue des
quelque part, elle a sûrement les ré-
vilisations qui leur succédèrent. Nahuas comme la Mictlan zapotèque,
ponses à maintes questions – et abrite
cette cité fut construite avant la chute
maints secrets
de Teotihuacan, à une époque où les

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L’armée du
Sixième Soleil
V O I L À U N E AU T R E puissance montante de l’Ana-
huac, qui prend sa place, lentement et discrète-
ment, parmi celles déjà en place ; non pas une nation de
importants, mais moindres toutefois que ceux de la pié-
taille de Mictlan. Elles se distinguent par certaines capa-
cités spéciales, comme des attaques élémentaires ou l’ap-
mortels, mais une armée d’esprits envahisseurs. Appelée titude au vol.
la Nahui Miquiztli, ou Sixième Soleil, cette force cherche à
prendre pied sur les terres mortelles, à les conquérir et à S O LD A TS D ’ É LI TE
les faire siennes, et à massacrer et à asservir tous les êtres Les troupes de choc et capitaines de la Nahui Miquiztli
humains. comprennent des chasseurs cihuateotls, des prêtres et
magiciens de Mictlan, et les unités spéciales les plus puis-
La Nahui Miquiztli est une coalition d’esprits ancestraux
santes, faites de cadavres noyés, brûlants ou trébuchants.
mexicas, naguère obligés de servir les peuples nahuas en
Ils sont souvent placés à la tête d’unités de soldats infé-
échange de sacrifices, et tenus à peu près sous contrôle
rieurs, ou constituent quelques équipes d’élite, déployées
par les pouvoirs et la vigilance de la prêtresse-sorcière
pour des opérations spécifiques : se placer à la pointe d’un
Tlacaelli. Quand elle mourut, ils se déclarèrent libérés de
assaut, détruire des ressources de l’ennemi ou assassiner
leurs engagements et, se retournant contre leurs alliés
ses chefs.
mortels, osèrent franchir les frontières du monde spiri-
tuel pour lancer l’invasion de l’Anahuac. LE S C O M M A ND A NTS
Les premiers esprits rebelles ne se permirent d’abord Les généraux et commandants de l’armée du Sixième
que quelques incursions isolées. Puis ils constituèrent des Soleil chargés de mener les sièges ou les razzias, sont les
troupes plus importantes, plus audacieuses, enfin de vé- plus vieux et les plus puissants des morts-vivants, comme
ritables hordes qui s’emparèrent des cités en ruine des des cihuateotls de haut rang ou des grands prêtres du
anciens peuples mortels. Désormais, l’armée du Sixième monde spirituel. Ils ne se montrent que quand la Nahui
Soleil est une force immense et organisée qui s’étend len- Miquiztli déploie sur le terrain une légion entière, voire
tement mais sûrement et menace toutes les nations de une force plus vaste encore, et leur simple présence
l’Anahuac. peut entraîner la reddition ou la débandade paniquée de
l’ennemi.
Hiérarchie de la Nahui Miquiztli Les commandants de l’armée du Sixième Soleil servent
aussi de gouverneurs des cités conquises ; ils n’ont pas le
Voici comment se présente, grossièrement, l’ordre de titre de seigneur, mais supervisent les territoires pris aux
bataille de l’armée du Sixième Soleil : mortels au nom de la Nahui Miquiztli, en l’absence de ses
vrais seigneurs.
L A PI ÉT A I L LE
Le gros des troupes de la Nahui Miquiztli est constitué LE S NE UF S O M B R E S S A I NTS
d’esprits insatisfaits venus de Mictlan, pour la plupart des Les chefs suprêmes de l’armée du Sixième Soleil sont
ancêtres nahuas. Ce sont des cadavres ambulants, armés, ses esprits les plus anciens et les plus sombres, appelés
qui n’ont d’autre but que de s’approprier les terres des les Neuf Sombres Saints. Il s’agit de neuf archimages de
vivants. Mictlan, assez puissants pour tordre les forces de la na-
ture elle-même, et mus par la volonté de fouler aux pieds
U N IT ÉS SPÉCI ALE S le monde mortel.
L’échelon supérieur de la hiérarchie est constitué des
Le plus grand des Neuf Sombres Saints est Hueyohuapilli,
unités mortes-vivantes de tous les royaumes du monde
le prince sombre du monde souterrain. Hueyohuapilli n’est
spirituel, dont l’infanterie de noyés de Tlalocan, les lan-
pas un ancêtre mort, mais un esprit de la mort natif de
ceurs de feu de Tlatlayan et les hordes volantes tzit-
Mictlan, qui prétend être le propre fils de Mictlantecuhtli
zimitls d’Ilhuicatl. Les effectifs de ces unités sont très

50
a na huac

« La Mort unique », le seigneur de Mictlan. Hueyohuapilli en ruine, enchanté et préservé, où seuls résidaient de pe-
est un maître en politique et en diplomatie ; c’est lui qui a eu tits ordres religieux et des mendiants errants.
l’idée de réinterpréter le pacte de Tlacaelli pour permettre
Cela prit fin l’année dernière, quand la Nahui Miquiztli
à la Nahui Miquiztli de pénétrer le monde des mortels.
s’en saisit et y établit sa base d’opérations. Le site de
Les huit autres Sombres Saints sont : Mictlancolli, le Tollan est lourd de noirs nuages et de choses plus sombres
grand général qui règne sur les territoires conquis de encore ; les seigneurs de la Nahui Miquiztli s’y sont instal-
Tollan ; Huenahualotl, maître de la magie noire et sei- lés et dominent les villes humaines avoisinantes.
gneur du Sixième Mictlan en terres zapotèques ; Coateotl,
La présence des Mexicas dans la région de Tollan avait
le dragon mort, mixcoatl sombre du chaos ; Micteyaotl,
toujours été limitée, car ils éprouvaient envers le pays
le héraut noir de la Mort, porteur de la Masse fatale ;
de leurs prédécesseurs toltèques une crainte supersti-
Nenhuecihuatl, l’esprit d’une reine coatlaca, maîtresse de
tieuse, et voyaient depuis cinq siècles Tollan comme un
l’infortune ; Tlazolteotl, le Saint du vice et de la maladie,
pays hanté. Maintenant qu’une puissance vraiment téné-
plus puissant même que Hueyohuapilli ; Mictemic, l’esprit
breuse émerge là, Motecuzoma et ses généraux ont été
des cauchemars et de la terreur, et Tonehuizteuctli, le sei-
forcés de regarnir les vieilles garnisons et de rallumer les
gneur des tourments, plus jeune frère de Hueyohuapilli.
feux d’alarmes oubliés. Bientôt la guerre fera rage dans
Les Neuf Sombres Saints ne doivent pas être confondus ces étendues hantées, et les puissances de Tollan et de
avec les Neuf Seigneurs de Mictlan, les maîtres du monde Tenochtitlan s’y affronteront.
souterrain, encore plus puissants. Ils croient d’ailleurs
être les avatars ou les représentants des Neuf Seigneurs, LE S TE R R E S D E S O R C E LLE R I E
mais ceux-ci n’ont rien à voir avec l’armée du Sixième Entre Tollan et Tenochtitlan s’étendent des terres arides
Soleil et se contentent de l’observer du haut de leurs et ravinées, des marécages et des landes habitées par des
trônes, sans encourager ni condamner ses actes. esprits errants et des bêtes en maraude. Les Mexicas nom-
ment cette région Teotlalpan, les Terres de sorcellerie.
Les Neuf Sombres Saints commandent chacun leur
propre légion, mais prennent rarement part aux com- Teotlalpan a toujours constitué un passage entre les
bats car les armées mortelles n’en valent que rarement la mondes spirituel et mortel, et c’est probablement par
peine : même le saint protecteur d’une cité, voire son dra- là que l’armée du Sixième Soleil s’est engouffrée en
gon mixcoatl, ne peut surpasser un seul d’entre eux. Anahuac. Désormais, alors que les seigneurs ténébreux se
sont installés à Tollan, Teotlalpan grouille de fantômes et
Pour la plupart, ils supervisent donc toutes les opéra-
de démons, prêts à suivre les armées des esprits dans leurs
tions de la Nahui Miquiztli depuis leurs forteresses dans
raids sur le monde mortel.
le monde spirituel, sauf quelques-uns qui ont pris posses-
sion d’une cité conquise et dirigent de là leurs forces dans Les cités les plus proches de Teotlalpan – Atotonilco,
le monde mortel. Axocopan, Cuauhtitlan, Xilotepec et Xocotitlan – ont choi-
si de ne pas résister à la Nahui Miquiztli et sont désormais
Les territoires de la Nahui tributaires des maîtres de Tollan. Elles ont toutes accueilli
Miquiztli des ambassadeurs ou intendants du Sixième Soleil, et ont
de facto fait allégeance à la Nahui Miquiztli. Bien que peu-
plées d’êtres humains vivants, elles sont désormais consi-
L’armée du Sixième Soleil n’a pas encore pris de cité hu-
dérées comme membres de l’armée du Sixième Soleil.
maine majeure, parce qu’elle souhaitait d’abord établir
une tête de pont sur les terres mortelles avant de déclarer LE S I XI È M E M I C TLA N
la guerre à l’Excan Tlahtoloyan et aux autres puissances
Une fois que le Sixième Soleil eut établi une première
de ce monde.
base dans le nord de l’Anahuac, il tourna ses regards vers
La Nahui Miquiztli s’est donc pour l’instant contentée de le sud et s’empara des ruines antiques de la première cité
s’emparer de ruines anciennes, de les fortifier et de terro- zapotèque sur la montagne du Jaguar, que les Mexicas ap-
riser les villes les plus proches. Cependant, le total de ses pelaient la Mictlan zapotèque. Les seigneurs de la Nahui
conquêtes couvre une superficie aussi grande qu’une pe- Miquiztli la rebaptisèrent le Sixième Mictlan, comptant
tite nation. Le temps est venu pour elle d’une première of- en faire leur principal centre de pouvoir dans le monde
fensive contre les plus vastes cités mortelles de l’Anahuac. mortel.
L’assaut redouté peut débuter d’un jour à l’autre.
Les ruines de la montagne du Jaguar avaient toujours
T O L LA N eu la réputation d’être un chemin d’accès au monde sou-
terrain. Les prêtres zapotèques de l’ordre sacré de Dani
Berceau de la civilisation de l’Anahuac, la grande mé-
Beedze surveillaient le site de très près. Mais les Dani
tropole de Tollan, fondée par les esprits ou leurs descen-
Beedze furent plus ou moins corrompus et séduits par la
dants et dernier siège du pouvoir de Quetzalcoatl quand il
sombre puissance du Sixième Soleil. Ils sont aujourd’hui le
régnait parmi les humains, resta des siècles durant un site
premier ordre religieux humain à adorer la Nahui Miquiztl

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a na huac

le Mayapan

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O M B R E S E T M O N S T R E S se cachent parmi les pierres. Des dragons se dis-
simulent derrière le tonnerre, des esprits ricaneurs chevauchent le vent. Jaguars et
singes rugissent dans les denses feuillages. Imprégnez-vous de cette atmosphère.
Encrez votre peau de la nuit la plus noire, drapez votre corps dans les plis des fan-
tômes. Agrafez cette cape d’horreur à votre cou, tissez un collier de clameurs de sor-
cières. Maniez la foudre, revêtez-vous de la livrée du jaguar. Inutile de se cacher, de
s’enfuir ou de lutter : embrassez le torrent furieux et laissez-le se déverser dans vos
veines, faites-en votre eau, laissez-le couler dans la rivière sur votre dos. Plantez le
crâne du seigneur de la mort, cultivez l’arbre qui en poussera, mangez de ses fruits.
Taillez une lance dans les bras des géants. Parez-vous des plumes des dragons et de
l’odeur de la mort. Et surtout chantez et dansez ! Car vous êtes désormais un dieu.

L A R É G I O N Q U E les Yokot’ans appellent le Mayapan,


« la terre des élus », fait partie du continent occi-
dental, désigné « Anahuac » par les envahisseurs nahuas LES ROYAUMES
et « Nouveau Monde » par ceux venus d’Europe. Pour les
nombreuses nations mayas, ce continent est simplement
Kaab, « le monde ». Mais chacune des régions qui le com-
posent possède sa propre identité, et est désignée du nom
SERPENTS
du peuple qui l’habite : Quichés, Ch’ols ou Itzás.
Mayapan, le nom dont usent les nombreux peuples yo- Le Mayapan n’est que l’une des nombreuses régions ap-
kot’ans répandus dans cette vaste région, est aussi le pelées dans les temps anciens les « royaumes serpents »,
nom sous lequel les étrangers comme les Aztèques la parce que leurs monarques, des Coatlacas semi-draco-
connaissent, et le plus proche de la façon dont nous dési- niques de divers lignages, se flattaient d’être des hu-
gnons cet ensemble de nations : la civilisation maya. C’est mains-dragons ou les égaux des dragons. Ces souverains
un monde vaste et divers, une mosaïque d’écosystèmes, coatlacas étaient appelés des Kaan Maaks et adoraient les
de types de terrains, de nations et de cultures que seules chaa’kaans, nom local des serpents à plumes.
unissent la proximité géographique et quelques langues
Ces terres jadis sauvages et non cultivées étaient libre-
communes.
ment parcourues de monstres immenses et les humains
Comme les peuples de l’Anahuac, les nations du Mayapan survivaient tant bien que mal, regroupés en tribus no-
s’inspirèrent des réussites culturelles des anciennes ci- mades qui s’adaptaient à leur milieu respectif : marais,
vilisations de Tollan et de Teotihuacan, centres ances- montagnes, jungles ou prairies. Puis des messagers et ex-
traux de la culture du Nouveau Monde. Sur ces bases, plorateurs d’anciennes civilisations – les Toltèques, les
les peuples mayas développèrent leur propre religion, Zapotèques, les Mokayás –, menés par des prêtres des dra-
leurs temples-pyramides et leurs arts. Cependant, dans le gons, pénétrèrent ces terres sauvages et enseignèrent la
Mayapan, aucune tribu ne prit l’ascendant sur les autres ; magie et les savoirs draconiques à leurs habitants.
quand une cité-État conquérait ses voisins, elle finissait
Ainsi, les peuples du Mayapan et des régions avoisi-
par se heurter à d’autres puissances égales, qui résistaient
nantes érigèrent leurs premières cités, prirent des souve-
ou contre-attaquaient jusqu’à l’affaiblissement ou la dé-
rains kaan maaks et adorèrent des dragons chaa’kaans. Ce
bandade de l’agresseur. Même la Ligue de Mayapan, une
fut l’aube des royaumes serpents.
coalition gigantesque de douzaines d’États, s’effondra
sous son propre poids après la rébellion des Tutul Xius, il Les premiers de ces royaumes serpents furent souvent
y a moins d’un siècle de cela, et se désagrégea en plusieurs gouvernés par de vrais chaa’kaans ayant pris forme hu-
entités mineures. maine. Le grand Quetzalcoatl, ou tout au moins l’un de
ses proches parents, était l’un d’entre eux. Il arriva avec
La raison, comme les envahisseurs européens vont vite
les premiers prêtres des dragons et constructeurs, devint
l’apprendre à leurs dépens, en était simple : les peuples
Kukul Kaan, le Père dragon des natifs auxquels il enseigna
mayas ne se soumettent jamais.
les secrets des peuples anciens.

54
l e m a y a pa n

Depuis la fondation des premières maisons souveraines Les régions du Mayapan


kaan maaks des royaumes serpents par les prêtres et les
dragons chaa’kaans, les cités-États sont toujours restées Le Mayapan en lui-même est une vaste zone de marais
indépendantes les unes des autres. Aucune nation ou tribu et de prairies abritant des centaines de cités-États de di-
du Mayapan n’a jamais acquis de prééminence au-delà vers groupes culturels, surtout des peuples yokot’ans et
d’une région relativement limitée. À l’inverse de ce qui itzás, réputés pour leurs talents de constructeurs et leurs
s’est passé en Anahuac, les guerres de voisinage n’ont ja- savoirs magiques. Les jungles commencent plus au sud ;
mais permis suffisamment d’annexions pour constituer cette région n’a pas de nom unique, mais appartient aux
de très vastes domaines. Certaines cités-États exigeaient peuples ch’ols et lakan tums, descendants des premiers
un tribut de la part de certaines autres, ou scellèrent des royaumes serpents. Au-delà de cette zone enchantée de
alliances pour affronter des adversaires plus puissants, ruines réoccupées et de jungle sauvage s’étendent les
mais l’équilibre des forces empêche depuis deux mille ans hauts-plateaux boisés des Quichés et des Kak’chikels, en
l’émergence d’une identité nationale unique. même temps alliés ancestraux et rivaux, qui évoluèrent à
Comme ailleurs sur le continent, les lignages kaan part des peuples mayas.
maaks s’affaiblirent et disparurent au fil du temps, et, à de Les peuples de ces régions n’appellent d’ailleurs pas
rares exceptions près, les seigneurs du Mayapan sont de- leurs terres le Mayapan, mais lui donnent le nom de leur
puis cinq siècles des mortels. Ils se targuèrent alors d’un propre peuple : le Ch’ol, le Lakam Tun, le Quiché. Comme
statut divin plutôt que de leur ascendance draconique, et de toute éternité, ils refusent d’adopter le nom ou le lan-
leurs lignages furent appelés des k’uhul ahaus, ou « sei- gage d’un autre peuple. Certains s’allient avec d’autres
gneurs divins ». Cependant, les dragons veillent toujours pour contrer un ennemi plus puissant, ce qui peut donner
sur la région et font bénéficier leurs enfants de pouvoirs naissance à un empire ou une fédération, mais rapidement
et de savoirs magiques venus du monde spirituel. ces États se séparent de nouveau. De nouvelles alliances se
Ainsi, depuis l’ère des royaumes serpents, le Mayapan forgent entre anciens ennemis, d’anciens alliés se font la
abrite des dizaines de cités-États aux langues différentes, guerre, et tout recommence comme avant.
dont aucune ne s’étend ou ne se répand jamais plus que

LA CULTURE
les autres pour plus de quelques décennies. Mais toutes
ces cités-États sont gouvernées par des seigneurs k’uhul
ahaus, descendants des Kaan Maaks, et toutes vénèrent

MAYA
les dragons chaa’kaans et les esprits de la nature dans de
grands temples pyramidaux.

Les ancêtres dragons

Après deux millénaires de lignages draconiques entre- Malgré leur diversité et leur indépendance, les peuples
croisés, d’alliances humaines, de guerres, de migrations, mayas partagent de nombreux traits culturels hérités de
d’émergence et de déclin d’innombrables États, les saints leurs ancêtres communs et des dragons fondateurs. Leurs
patrons des peuples mayas sont un salmigondis de dra- coutumes doivent leur forme finale à l’extrême variété
gons, d’ancêtres immortels, de seigneurs kaan maaks et des milieux physiques de la région – hauts-plateaux boi-
de leurs époux, épouses, sœurs, frères, enfants et cousins. sés, jungles, prairies et marais – mais toutes émanent de
La ligne séparant la nature draconique et l’humanité est la même source.
mouvante et floue. Le gardien d’une cité peut être un dra- Les sections qui suivent contiennent quelques directives
gon ou un dragon à visage humain, un ancêtre humain pour comprendre et jouer des personnages élevés dans le
doté de traits draconiques, un esprit hybride, ou changer Mayapan.
d’une catégorie à une autre en l’espace de quelques gé-
nérations. Certains ancêtres sont à l’origine de plusieurs Philosophie
cités-États, dont certaines les commémorent sous leur
forme draconique et d’autres sous leur forme humaine.
La plupart des nations mayas descendent des royaumes
Mais tous exigent et reçoivent le sacrifice et accordent en
serpents, fondés par les kaans (draconiques) de Tollan
échange à leurs sujets de grands pouvoirs magiques.
et de Teotihuacan. Les seigneurs kaan maaks décidèrent
Bizarrement, malgré ce complexe assemblage de saints d’appliquer le concept de « diviser pour mieux régner »
patrons, la religion maya est restée beaucoup plus stable aux tribus de la région, et leur enseignèrent une stricte
que celle de l’Anahuac. Chaque État a sa propre lignée de philosophie basée sur le Suhuy ah, soit le concept kaan
saints patrons et tous ou presque l’adorent de façon inin- maak de pureté ou plus exactement de « préservation de
terrompue depuis l’époque des royaumes serpents. la supériorité ».

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Les peuples mayas croient fermement aux castes et à la et bon et que c’est ainsi que l’univers fonctionne. Dans le
notion de supériorité innée. Leurs croyances religieuses, même temps, il n’y a pas pour eux d’idéal plus élevé que
rituels magiques, structures politiques et coutumes so- d’appartenir à un groupe plus vaste, de se fondre dans sa
ciales dérivent toutes de l’idée que certaines personnes communauté. Cette contradiction apparente a permis à
sont indéniablement meilleures que d’autres. Cette su- des États stables et des cultures légendaires de prospérer
périorité, cependant, ne vient pas de l’appartenance eth- au cours des millénaires d’histoire du Mayapan.
nique ou de la richesse d’un individu, mais de ses relations
familiales, ou, plus précisément, de la proximité de sa fa- L’ A M O UR E T LA B E A UTÉ
mille avec le monde spirituel. Puisque les classes sociales sont immuables dans les so-
ciétés mayas, et que les sciences, relevant également du
Pour eux, les mondes mortel et spirituel ne sont qu’une
Suhuy ah, sont un savoir réservé aux élites, la meilleure
seule et même chose et s’influencent l’un l’autre comme
façon pour un yalba winic de « s’élever », de se rendre
le vent et la mer, les animaux et les plantes, les humains
« supérieur », est de s’embellir. En conséquence, les soucis
et la nature le font. Cette dualité du monde s’exprime en
esthétiques que d’autres cultures jugent « superficiels »
deux termes : K’uyel, le subtil, l’éthéré et l’intemporel, et
sont pour les Mayas des vertus et des ambitions nobles.
Baal kah, le solide, le grossier et le périssable. Le travail,
L’hygiène personnelle, les tenues et les modifications cor-
l’artisanat, les couleurs, la nourriture et le sexe relèvent
porelles de nature esthétique sont admirées et respectées
de Baal kah ; le savoir, la science, la beauté et la pensée
au même titre que le courage, la loyauté et le sacrifice.
relèvent de K’uyel et appartiennent au monde spirituel.
Même dans les États où les standards de beauté sont
Puisqu’il est impossible d’atteindre K’uyel par les
également réservés aux classes supérieures, les roturiers
sens physiques, la pensée maya croit que Baal kah est la
ont inventé des façons discrètes de transformer physi-
« peau », ou barrière physique, qui le renferme et em-
quement leurs enfants selon certains critères de beauté
pêche d’y accéder. Les choses qui permettent aux humains
mayas : pierres suspendues pour les faire loucher, lourdes
d’entrevoir K’uyel à travers le domaine physique – comme
coiffures pour leur aplatir le crâne.
la beauté esthétique, les arts et les sciences – sont donc
considérées comme des « arts parachevants », c’est-à-dire Le concept d’amour romantique est absent de la plupart
qui « mènent à » la perfection, par le contact entre Baal des sociétés mayas. Les mariages sont des accords de na-
kah et K’uyel. ture sociale qui tiennent toujours compte des intérêts des
tierces parties.
Puisqu’ils permettent d’entrevoir de façon physique
le monde non physique, les descendants des esprits et Cependant, l’importance accordée à la beauté et au sexe
les prêtres, les scientifiques et les personnes douées de est telle que nombreux sont les récits d’amants passion-
beauté sont considérés comme meilleurs, plus grandioses nés qui défièrent la loi par désir mutuel. Ces histoires pré-
et plus complets que ceux qui ne sont que de « simples sentent toujours l’amour comme une chose interdite mais
mortels ». sont assez populaires, ce qui semble refléter au moins par-
tiellement les aspirations secrètes des gens.
Par conséquent, dans les États mayas, être noble revient
à être « réel », à être un « véritable » individu, tandis Il n’y a pas de tabou placé sur le sexe dans les sociétés
qu’un roturier, être inférieur et incomplet, n’est « qu’un mayas, et les actes purement sexuels, non liés à l’amour
parmi la multitude », une « abeille » insignifiante dans ou au mariage, sont fréquents et acceptés culturellement
une ruche mystérieuse. Et pourtant, alors que les rotu- et en pratique. Les relations homosexuelles sont nor-
riers sont individuellement insignifiants, ils constituent males et même encouragées dans certaines situations,
collectivement l’élément le plus important de la société ; par exemple entre soldats du même sexe. Avoir de nom-
la foule, ou ruche, est le moteur de la civilisation, le bras breux partenaires sexuels est une pratique vertueuse et
qui transforme les pensées et l’inspiration k’uyels des n’est pas considéré comme gênant ou nuisible aux accords
classes supérieures en matière baal kah solide. matrimoniaux.
Cette vision élitiste est aussi naturelle et automatique
chez les Mayas que ne l’est l’alternance du jour et de la La société
nuit. Très peu la remettent en question et la plupart des
gens du commun, les yalba winics, acceptent l’irréfutabi- Comme d’autres sociétés du Nouveau Monde, les peuples
lité de leur infériorité. du Mayapan et des régions voisines fonctionnent selon un
système de classe strict, où tout un chacun connaît son
C’est ainsi que la dualité essentielle de la pensée maya se rôle dès l’enfance et s’y tient.
traduit concrètement dans la société, où les idéaux collec-
tivistes cohabitent avec l’élitisme et le classicisme les plus Les lois du monde spirituel et leur symbolisme, en par-
aigus. Tous les roturiers croient qu’existent en effet des ticulier celui des quatre directions cardinales et celui des
êtres spéciaux et supérieurs qui disposent du droit de les esprits associés à chaque jour et à chaque cycle temporel,
gouverner parce qu’ils sont meilleurs, que cela est juste

56
l e m a y a pa n

forment le fondement des rôles sociaux, des coutumes, de Le dirigeant d’une tribu locale ou d’une plus petite ville,
la religion, des saisons et des rituels du monde maya. sujet du ahau voisin, est un batab. Eux ne doivent pas pas-
ser les tests de Suhuy ah, mais appartiennent toutefois en
HI ÉR A R CHI E général au cercle familial proche d’un ahau. La responsa-
Aucune société du Nouveau Monde n’est égalitaire ; ce- bilité d’un batab est de diriger la main-d’œuvre de sa ba-
pendant, la plupart des cultures natives laissent un étroit tabil, la communauté.
espace de mobilité sociale, un roturier pouvant au moins
Les officiels locaux se chargent des affaires civiles de
en théorie devenir un noble de niveau inférieur, ou un
la cité ou de la communauté, et leurs rôles et responsa-
haut fonctionnaire, par ses mérites et son travail person-
bilités varient selon la production et les besoins locaux.
nels. Les sociétés mayas sont cependant beaucoup plus
Leurs titres peuvent être très expressifs : « seigneur du
restrictives.
feu sacré », « maître du sang » ou « fournisseur des ra-
Les citoyens des classes supérieures sont en général liés cines de jade ».
les uns aux autres, et les familles privilégiées conservent
Les officiers militaires protègent le peuple et le mènent
leur pouvoir en ne fréquentant et ne travaillant qu’avec
à la guerre sous les ordres directs des almehenos. Officiers
ceux qui leur sont déjà proches. C’est un concept profon-
et généraux dirigeant les opérations de guerre sont les
dément enraciné dans l’aristocratie maya, celui de Suhuy
sahals, tandis que les policiers et gardes de la cité sont
ah ou « pureté ».
les tupils.
Pour être anobli ou promu à un poste officiel, il faut
Le rang le plus bas, et le plus fourni, de la société
réussir un test de Suhuy ah, en prouvant son apparte-
maya, est formé des yalba winics, ou « petites gens ». Ils
nance à une lignée autorisée, par la connaissance de cer-
constituent la plus importante ressource d’un État maya
taines coutumes, de l’étiquette et du langage suhuy ah,
et peuvent être convoqués et dirigés pour appliquer les
lequel n’est enseigné qu’aux nobles, et en nommant ses
décisions des monarques et satisfaire aux besoins de la
ancêtres. Les individus étiquetés Suhuy ah ne sont autori-
communauté.
sés à se marier et à s’associer qu’entre eux.
Les esclaves ne sont pas considérés comme partie inté-
Par le concept du Suhuy ah, les maisons nobles mayas
grante de la société maya. Comme dans d’autres civilisa-
justifient leur règne, maintiennent l’identité tribale et
tions du Nouveau Monde, ils sortent presque exclusive-
conservent leur hégémonie depuis des siècles.
ment des rangs des criminels et des prisonniers de guerre.
Ci-dessous figurent les rangs de la hiérarchie sociale Cependant, si nécessaire, il arrive qu’un chef de famille
maya : vende ses enfants comme esclaves.
Le monarque d’une cité est un ahau, ou seigneur. L’ahau La hiérarchie maya repose sur la notion selon laquelle
doit prouver qu’il est suhuy ah et gouverner la cité-État. les gens du commun ne constituent qu’une main-d’œuvre,
Ceci implique de diriger la main-d’œuvre dans les tâches une ressource, que les souverains emploient au bénéfice
nécessaires, des grandes constructions à la guerre, et de de la communauté. Ainsi, le seigneur, les nobles et les offi-
représenter le peuple devant les autres ahaus. ciels de la cité peuvent décider que celle-ci a besoin d’une
nouvelle route, mais ce sont les roturiers, les yalba winics,
Parfois, plusieurs cités-États rendront hommage ou
qui mettent la décision en pratique. Le peuple peut dési-
paieront un tribut à un même État plus important. Dans
rer défricher un nouveau champ, mais ce ne sera qu’après
ce cas, elles forment une province, ou kuch kabal. L’ahau
décision du monarque qu’il s’organisera pour mettre en
le plus puissant de la kuch kabal en est le halach winic,
œuvre la volonté commune. De même, c’est un sahal qui
ou « personne véritable ». Un halach winic doit prouver
gagne la guerre, mais ce sont les soldats qui ont combattu.
son ascendance divine, kuhul ahau, et régner sur tous les
ahaus de son domaine. Certaines tribus utilisent les termes LE P O UV O I R E T LA LO I
d’ahau et de halach winic de façon interchangeable.
Les sociétés mayas sont des monarchies plutôt que des
Les prêtres de la cité, ou ah kins, communiquent avec bureaucraties. Un monarque unique détient l’autorité et a
les ancêtres et jouent les intermédiaires entre le peuple et le destin de tous les citoyens en son pouvoir, nomme les
le monde spirituel. Ce sont eux également qui font passer prêtres, les officiels et les seigneurs locaux (les batabs), en
les tests de Suhuy ah pour garantir la noblesse des futurs général en les choisissant au sein de sa parentèle. Affirmer
monarques et officiels. Les ix ah kaans, ou prêtresses des son appartenance à un lignage venu du monde spirituel ou
dragons, sont chargées d’invoquer les dragons chaa’kaans d’un ancien seigneur dragon kaan maak, suffit à légitimer
et de leur offrir les sacrifices. le pouvoir absolu du souverain.
Les nobles de la cité, ou almehenos, ayant tous dû réus- Une batabil – cité, ville ou bourg – dirigée par un batab
sir les tests de Suhuy ah, conseillent le monarque sur les est la plus petite unité constitutive d’un État maya. Elle
affaires civiles, militaires, religieuses ou agricoles. consiste en plusieurs clans, ou groupements familiaux,

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qui ne sont reconnus par l’État que s’ils appartiennent à « Maître du rideau de sang » ou « Gardien de la lance de
une batabil et sont donc sous l’autorité d’un batab. jade ».
Toutes les batabils d’une région obéissent à la plus
LA SOCIÉ TÉ ROTURIÈ RE
grande cité et à son ahau, lequel règne sur plusieurs sei-
gneurs batabs locaux. Le concept selon lequel le peuple forme une entité
unique est central dans la hiérarchie et la société maya.
Quand plusieurs cités-États se rassemblent en un État Les yalba winics ou « petites gens » sont les travailleurs et
unique plus vaste, celui-ci est une kuch kabal, une « pro- les outils vivants qui mettent en œuvre la volonté des sei-
vince », et leurs souverains sont alors les sujets d’un mo- gneurs, et en tant que tels ils constituent la colonne verté-
narque unique, le halach winic. brale de l’État. Un roturier unique est certes « inférieur »,
mais l’entité collective est la ressource la plus précieuse
H AL A CH W I N I CS , AH AU S ET BAT ABS de l’État, aussi indispensable et aussi respectée que les
La plupart des citoyens mayas ne rencontrent jamais, nobles « supérieurs » qui la dirigent.
même à distance, leur ahau ou halach winic. Leur batab
gère tout et décide de tout à l’échelle locale, et se rend L’organisation militaire
parfois à la cité centrale pour rencontrer les autres batabs
et leur ahau. Même les gens qui vivent dans la même cité Les armées mayas présentent une hiérarchie simple et
que l’ahau ou le halach winic le voient rarement, car les directe. Un sahal unique commande à toute la milice de
monarques ne quittent presque jamais leurs palais. sa batabil, de sa localité ou de son quartier, et obéit à son
Beaucoup de régions sont dépourvues d’halach winic et batab ou à son ahau.
leurs nombreux ahaus s’affrontent alors en des luttes sans Certaines localités n’ont pas de sahal, ou donnent ce
fin pour le pouvoir. En certains endroits il n’y a même pas titre directement au batab, qui les commande donc sans
d’ahau, et les batabs gouvernent leur localité comme ils intermédiaire.
l’entendent.
Quand un État maya part en guerre, les sahals de chaque
À l’inverse, certains kuch kabals sont si vastes et leurs cité ou batabil se rassemblent sous la bannière de leur
cités-États si complexes qu’une seule d’entre elles peut ahau ; si l’État est plus vaste, de nombreux ahaus mar-
avoir plusieurs ahaus, chacun chargé d’un secteur diffé- cheront avec leurs propres batabs qui auront eux-mêmes
rent. Mais, nous l’avons dit plus haut, ces vastes fédéra- leurs sahals derrière eux. L’autorité sociale et le comman-
tions durent rarement longtemps dans le Mayapan, et ont dement militaire sont confondus dans quasiment tous les
tendance à se désagréger après quelques décennies. États mayas, et la plupart des nobles sont aussi les meil-
Les critères qui font que l’autorité suprême régionale leurs guerriers de leurs sociétés respectives.
soit un halach winic ou un ahau varient de tribu en tribu
et de région en région. Mais il y aura toujours des batabs,
qui gouvernent au plus près du peuple dans leur localité.
De même que le monarque est l’autorité suprême de l’État,
le batab est le despote absolu de la batabil et a le dernier
mot pour tout ce qui ressort de la loi.

L E P O U VO I R CI VIL
Toutes les cités ne disposent pas d’une autorité civile.
Certaines batabils, en particulier les plus petites, laissent
toute la gestion locale au batab. Les bureaux spécialisés Le langage
apparaissent quand la complexité d’une cité ou d’un dis-
trict les rend nécessaires. Les fonctions les plus courantes
sont le lakam, ou « chef des taxes », responsable de la ges- La plupart des langues du Mayapan appartiennent à une
tion des tributs des sujets et tributaires, et le tupil. Les branche commune, remontant aux langues des natifs de la
tupils sont chargés de faire respecter la loi dans leur juri- région avant l’arrivée des Kaan Maaks. Dans certains cas,
diction et de percevoir les taxes et tributs, que la région les langages de différentes nations sont compréhensibles
dispose d’un lakam ou pas. entre eux.

Moins courants, certains officiels peuvent avoir à gérer Il n’y a cependant pas de « langue commune » maya,
l’irrigation, les stocks de nourriture ou les routes ; ils bien que la plupart des peuples mayas, en particulier
n’ont pas besoin de prouver leur pureté Suhuy ah, mais ceux des Dix-sept États, parlent le yokot’an ou l’un de ses
en pratique sont souvent de proches parents des nobles proches dialectes. Mais les locuteurs yokot’ans pourront
locaux. Chaque cité donne des titres différents à ces fonc- avoir du mal à communiquer avec les habitants des ré-
tions, souvent avec des connotations poétiques, comme gions quichés.

58
l e m a y a pa n

L I ST E DES LANGAGE S DU MAYAPAN


Les langues les plus répandues dans le Mayapan sont listées ci-dessous.
Certaines d’entre elles sont assez proches pour être compréhensibles, mais la
plupart ne le sont pas. La liste indique également quels peuples sont les plus
susceptibles de parler ou comprendre les locuteurs de tel ou tel langage.
La section « Tribus », page 64, décrit la plupart des peuples listés ici. Ceux
qui figurent en gras sont les locuteurs natifs du langage correspondant. Prononciation
Le langage Suhuy ah est une langue secrète enseignée seulement à la no-
maya
blesse maya, surtout dans les Dix-sept États. Apprendre la langue à un roturier
est un acte de trahison punissable de mort. Si votre groupe de joueurs
est intéressé par la pronon-
ciation correcte des langues
mayas, vous pouvez utiliser
les indications suivantes :
■ Le maya est une langue
LANGAGE LOCUTEURS sans tons. A, E, I, O, U se pro-
noncent A, É, I, O, OU. Les
Yokot’ans, Mayas 1, Ch’ols, Chiapas, Itzás, natifs 2, diphtongues Ay, Ey, Oy, et Uy
Yokot’án Huaxtèques 3 se prononcent AÏE, EÏE, OÏE
et OUÏ.
Itzá Itzás, Mayas 1, natifs 2, Yokot’ans
■ CH est prononcé TCH.
Ainsi, « Chan » se prononce
Ch’ols, Ch’oltis, Chiapas, Lencas, Mams, Mayas , 1
Ch’ol « Tchan ».
Pipils, Yokot’ans
■ Une apostrophe après
Chiapa Chiapas, Ch’ols, Mams, Yokot’ans une lettre (B’, K’) représente
une courte pause entre les
Q’anjobal Natifs 2, Mams, Ch’ols, Chiapas, Quichés syllabes.
■ Ainsi « Ch’en » se pro-
Mam Mams, Ch’ols, Quichés nonce « Tch EN ».

Quichés, Ch’ols, Chiapas, Lencas, Itzás, Pipils, ■ TZ est prononcé TS.


Quiché Mams, Xinkas, natifs 2 ■ Ainsi, « Tz’ak » est pro-
noncé « ts AK ».
Lenca Lencas, Ch’ols, Chiapas, Quichés, Pipils, Xinkas
■ X est prononcé SH ;
Pipils, Tutul Xius, Chiapas, Quichés, Mayas¹, « yax » donne « YASH ».
Nahua Huaxtèques 3, Xinkas, Yokot’ans ■ Tous les mots mayas ont
l’accent tonique sur la der-
Xinka Xinkas, Chiapas, Quichés, Lencas, natifs 2 nière syllabe.
■ « Kelem » donne
Huaxtèque (Te’enek) Huaxtèques 3, Yokot’ans, natifs 2
« keLEM », « payil » donne
« paYIL », et « yax mutul »
Suhuy ah Mayas 1 (réservé à l’aristocratie) est prononcé « YAHSH
mouTOUL ».
■ Enfin, B à la fin d’un mot
1
Dont tous les Dix-sept États. est presque muet. « Wayob »
2
Fait référence aux centaines de tribus non listées ici qui habitaient la région avant l’avènement est prononcé « huaYOH ».
de la civilisation kaan maak.
3
La tribu huaxtèque vit dans l’Anahuac.

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L E S NO M S M A YAS aristocrates rajoutent leur titre à leur nom. Par exemple
Tous les noms mayas sont porteurs de symboles et « B’aakul Ahau Bolon Balam » signifie « Neuf jaguars, sei-
sont composés de deux éléments comme « vent de jade » gneur de B’aakul ».
ou « patte de jaguar ». Les noms avec plus de deux élé- Ci-dessous sont indiqués les mots les plus utilisés de la
ments existent mais sont très rares. Il est fréquent que nomenclature maya, triés selon leur sens français, pour
l’un des deux éléments soit un chiffre, ce qui donne des aider les meneuses et les joueurs à forger leurs propres
noms comme « neuf tonnerres » ou « cinq maïs ». Les noms de personnages et de localités.

FRANÇAIS MAYAPAN FRANÇAIS MAYAPAN FRANÇAIS MAYAPAN

Un Hun Nuage Muyal Brume Mayuy

Deux Kah Dansant Ak’ta Montagne Witz

Fléchette,
Trois Ox Hul Bouche Chi’
trait

Quatre Chan Aube Ahal Présage Mut

Cinq Hoh La mort Cham Hibou Kuh

Six Wak Dragon Kaan Pur Suhuy

Sept Wuk ub Tambour Chun k’ul Quetzal K’uk

Huit Waxak Enchanté Itz Pluie Chac

Neuf Bolon Œil Ich Arc-en-ciel Chel

Dix Lahun Fleur Hanab Resplendissant Sak

Fourmi Say Renard Ch’amak Racine Wi

Tatou Ib’ach Guide Payil Sacré K’uhul

Divinisé T’ab Faucon Ih Bouclier Pakal

Cendreux Kob Cœur Ki Chantant K’ayom

Balle Ol Miel Chab Fumée Butz’

Beau Pitzil Chasseur Ah chih Trancher Hatz’

Aimé, adoré Huntan Iguane Itzam Pierre Tun

Oiseau Chik Jaguar B’alam Fort, puissant Kelem

Pécari Chitam Lineage Olom Soleil K’in

Né de Siy Lézard Ayin Tonnerre Chahuk

Griffe Ich ak Masque K’oh Eau Hah

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l e m a y a pa n

LES QUATRE DIRECTIONS


LA RELIGION Les peuples mayas vénèrent les Quatre Directions exac-
tement comme ceux de l’Anahuac, et leur donnent de
même une signification liée au mouvement plutôt qu’à un
La foi des peuples mayas est essentiellement une affaire emplacement. Ils connaissent les quatre mêmes royaumes
locale. Chaque cité possède ses propres saints patrons et spirituels : l’eau, le feu, le ciel et le monde souterrain.
esprits protecteurs, souvent choisis parmi les ancêtres Mais les Mayas et les Nahuas n’assignent ni les mêmes
tribaux du peuple ou, plus rarement, parmi les esprits de couleurs ni les mêmes royaumes spirituels aux directions.
la nature locaux. Dans la religion maya, l’Est désigne l’apparition, l’au-
À la mort d’un grand héros, ou quand un esprit gardien rore, la sortie, le début d’un voyage. L’Ouest symbolise
d’une cité (comme un dragon) retourne dans sa résidence l’arrivée, la fin, la rentrée, le retour au domicile. Le Nord
surnaturelle, il arrive que les citoyens leur adressent des est le zénith, la culmination, la phase la plus active, tandis
prières pour leur demander de protéger la cité depuis le que le Sud représente le point le plus bas, le sommeil, le
monde spirituel. Un esprit ainsi honoré se rajoute aux domicile ou le fait d’être sous terre.
saints patrons de la cité, et ensemble ils en protègent les Pour les Mayas, le monde spirituel est le Soleil. Le mot
murs et confèrent des sorts à ses prêtres, en échange d’un yokot’an pour « Soleil » signifie aussi « Œil des quatre
tribut sous forme d’objets précieux ou de nourriture ou du endroits », ce qui veut dire que le Soleil et son déplace-
sang des victimes sacrificielles. ment permettent d’entrevoir les quatre aspects du monde
Seuls les esprits les plus grands et les plus puissants font spirituel. À l’aube, nous voyons l’Est et le royaume spi-
l’objet d’un culte dans plus d’une cité. Il s’agit souvent rituel rouge du feu ; à midi, le Nord et le royaume spiri-
alors des saints qui ont fondé plusieurs tribus, ou dont les tuel blanc du ciel ; au crépuscule, l’Ouest et le royaume
descendants ont conquis de nombreuses cités. Ces grands spirituel jaune de la mort. Enfin, la nuit, nous ne voyons
saints vénérés dans tout le Mayapan comprennent Kukul rien du monde spirituel puisque le soleil se repose dans le
Kaan, le Père dragon, fondateur de tous les lignages kaan royaume spirituel noir de l’eau et du sommeil le plus pro-
maaks ; Tohil, la fondatrice de la tribu quiché ; et les Neuf fond, en dessous du monde mortel. Ainsi, pour les Mayas,
Seigneurs de la mort, souverains du monde souterrain, que « Nord » est synonyme de « haut, dessus » et « Sud » de
les peuples mayas, comme ceux de l’Anahuac, vénèrent « bas, dessous ».
par peur et par précaution, plutôt que par dévotion. Les mammifères quadrupèdes sont sacrés pour l’Est ; les
Toutes les cités et batabils mayas ont au moins un saint reptiles et amphibiens, qui rampent, le sont pour l’Ouest ;
patron, mais peuvent en avoir beaucoup plus, dont les pro- les oiseaux, vivant au-dessus de nous, sont sacrés pour
tecteurs de chaque quartier, clan, maison ou famille. La plu- le Nord tandis que les poissons le sont pour le Sud. Ceci
part des ahaus et des halach winics deviennent des saints dictera aussi les préférences sacrificielles d’un saint pa-
patrons après leur mort, ce qui fait que les sépultures de la tron, les méthodes rituelles d’un chasseur ou les formes
noblesse maya jouent souvent aussi le rôle de temples, où la spirituelles animales d’un magicien. Les dragons, en tant
cité rend un culte aux souverains et grands prêtres décédés. que reptiles volants qui contrôlent l’eau et soufflent du

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feu, sont sacrés pour les quatre ■ Imix : le monde, la terre, les nom de jour et d’un chiffre (par ex.
directions. grands dragons qui dorment sous la 13 Eb’, 7 Chuen, etc.) possède son
terre. propre sens mystique, qui jouera sur
Les cultures mayas croient que le
la vie, le destin et les rituels de tous
centre correspond au calme, à la ma- ■ Ik’ : la force, le vent et la violence.
les êtres vivants du Mayapan.
tière solide et au monde mortel. Ses
■ Ak’b’al : le monde souterrain, la
créatures sacrées sont les humains, LE C A LE ND R I E R S É C U L I E R
résidence de la nuit et de l’obscurité,
ses couleurs le vert et le bleu (que les
le Premier Magicien. Il s’agit du calendrier « civil »
peuples mayas considèrent comme
des nations mayas, de 360 jours. Il
deux nuances de la même couleur). ■ K’an : le maïs, l’abondance et
consiste en 18 mois de 20 jours qui
Quand ils pratiquent un sacrifice hu- l’agriculture ; récolter les fruits de
suivent les cycles naturels et re-
main, les prêtres mayas peignent la ses efforts.
couvrent les noms sacrés des jours du
victime en bleu, indiquant ainsi son
■ Chaa’kaan : les dragons à plumes, Compte sacré.
statut sacré.
le ciel.
La combinaison des noms de jours
Le destin dans les ■ Kimi : la mort, les cadavres et la des calendriers sacré et séculier en-
étoiles fin de toute chose. gendre une lecture extrêmement
précise et juste de ce que le monde
■ Manik : les cerfs, la chasse.
spirituel réserve aux mortels au quo-
Puisque les peuples mayas ne voient
■ Lamat : le mouvement, les lapins, tidien. Par exemple, le symbole du
pas les quatre directions comme
l’Étoile du matin. premier jour d’une année civile in-
des éléments fixes d’une carte mais
fluencera les forces et les destinées
comme des combinaisons de direc- ■ Muluk : les poissons, l’océan et le
pour l’année entière.
tion et de mouvement, ils ont acquis monde spirituel de l’eau.
une grande connaissance des constel- À la naissance d’un individu, la po-
■ Ok : les chiens, les guides ; af-
lations et une grande maîtrise de la sition des étoiles et du soleil, com-
fronter les dangers en toute sécurité.
lecture des trajectoires des étoiles. binée à la date dans les deux calen-
Ils ont créé un calendrier qui suit les ■ Chuen : les singes, l’artisanat et driers sacré et séculier, peut augurer
mouvements des corps célestes et les les arts. de son avenir, de sa personnalité et
fait correspondre à des évènements de ses esprits privilégiés. Il est donc
■ Eb’ : la nature, l’herbe, les pluies
dans le monde mortel, et peuvent très important qu’un prêtre veille de
et le climat.
faire des prédictions magiques en près sur l’âme du nouveau-né.
comparant la rotation de la Terre à ■ B’en : la croissance, la maturité
celle du firmament. et la multiplication des graines ou LE S S E I GNE UR S D E L A N U I T
des mortels. Enfin, il y a le cycle des seigneurs
À la naissance d’un individu, la po-
de la nuit, qui assigne un nom, cor-
sition des étoiles et du soleil, combi- ■ Ix : les jaguars, les prédateurs, la
respondant à l’un des Neuf Seigneurs
née à la date calendaire, peut augurer grossesse.
du monde souterrain, à chaque nuit
de son avenir, de sa personnalité et ■ Men : les aigles, la sagesse, le de l’année. En sus de la symbologie
de ses esprits privilégiés. Il est donc vol ; le jour de la Lune. des calendriers sacré et séculier, le
très important qu’un prêtre veille de
seigneur qui préside à une nuit spé-
près sur l’âme du nouveau-né. ■ K’ib’ : les oiseaux charognards,
cifique influera aussi sur les affaires
les insectes et les âmes égarées.
L E C O M PT E SA C RÉ humaines et le lancement des sorts.
■ Kab’an : les séismes, les forces
Le calendrier le plus important massives et les changements de
pour les nations mayas, de fait la base DRAGONS ET ANCÊTRES
saison.
de l’essentiel de leur divination et
de leur magie céleste et élémentaire ■ Etz’nab’ : le couteau, l’obsidienne La plupart des saints patrons sont
depuis la période des royaumes ser- et le sacrifice. des héros ancestraux et des person-
pents, est le Compte sacré, qui pré- nages historiques, qui veillent désor-
■ Kawak : les dragons des tem-
cise quel sens spirituel est associé à mais sur les mortels depuis le monde
pêtes, le tonnerre et la foudre ; le
chaque jour, par l’analyse de la posi- spirituel. Certains de ces saints sont
monde spirituel du feu.
tion des étoiles et des forces les plus cependant des dragons, qui ne sont
actives du monde spirituel à chaque ■ Ahau : le jour du Soleil, des mo- pas morts mais sont retournés dans
instant. narques et des jumeaux. le monde spirituel (alors que d’autres
mouraient), et peuvent être adorés
Le Compte sacré a vingt noms de Chaque série de vingt jours se ré-
soit sous leur forme humaine, soit sous
jours, chacun riche d’un symbolisme pète treize fois, pour un cycle total
leur forme draconique. Cela fait qu’un
surnaturel différent. de 260 jours. Chaque combinaison de
grand nombre d’ancêtres dragons sont

62
l e m a y a pa n

confondus ou assimilés à d’autres saints. En résumé, il est LE S GR A ND S A NC Ê TR E S


très difficile de déterminer si le dragon ou le saint qui pro- Le plus célèbre et vénéré des ancêtres du Mayapan est
tège une cité est le même que celui qui en protège une autre. Itzam Na, le premier prêtre de la région et fondateur de
L E S SEI G NEURS BOLON CH AME H S la tribu des Itzás. Itzam Na, un magicien de l’eau semi-im-
mortel, créa l’île de Nohpeten et en fit don aux Itzás pour
Les Neuf Seigneurs du monde souterrain, les Bolon qu’ils y vivent, et gouverna le domaine de Chichen Itzá
Chamehs, sont adorés à divers degrés dans toutes les cités pendant ses dernières années dans le monde mortel. Il
mayas, des Dix-sept États aux Quichés. Certaines tribus était, comme Kukul Kaan, un dragon sous forme humaine ;
les voient comme des démons ou des esprits malfaisants, cependant, lui n’était pas un chaa’kaan, mais un dra-
d’autres comme d’illustres aïeux. Mais ils sont toujours gon sans ailes, vivant sur terre – d’où son nom d’Itzam,
présents, attendant que les mortels décèdent et rejoignent « iguane ».
leur royaume infini.
Ix Chel est une autre ancêtre légendaire. Elle est la
Les noms des Bolon Chamehs sont leurs numéros : Un femme arc-en-ciel, l’Arrière-grand-mère. Elle était de son
Mort, Deux Mort, etc. Les plus populaires sont Un Mort vivant une sorcière « way », capable de se transformer
(Hun Chameh) et Sept Mort (Vukub Chameh), car ils en esprit jaguar. Elle engendra des milliers d’esprits ani-
étaient de leur vivant les jumeaux Hun Hunapu et Vukub maux, et devint donc la sainte patronne de la naissance.
Hunapu, inventeurs de l’architecture, de l’agriculture et
de la guerre. Neuf Mort (Bolon Chameh) est vénéré en tant K’inich Ahau, seigneur des yeux brillants, fonda beau-
que saint patron de la mort dans beaucoup de tribus du coup des tribus yokot’ans qui formeraient plus tard les
Mayapan et de l’Anahuac. Dix-sept États du Mayapan. Lui et Yum Kaax, saint patron
de la chasse, sont les deux ancêtres les plus populaires et
K UKUL K A A N E T LE S DRAGONS les plus vénérés dans toutes les kuch kalabs du Mayapan.
Kukul Kaan, le grand ancêtre et Père dragon de toutes Enfin il y a Ek Chuah, le magicien immortel, l’homme
les tribus mayas, créa les êtres humains à partir du maïs à de la route, qui représente peut-être l’une des multiples
l’aube du Quatrième Soleil. Il est un saint patron de la plu- identités de Tezcatlipoca. Personne ne connaît ni sa pro-
part des cités mayas depuis les débuts de l’humanité. La venance ni ses motivations, mais il aime se mêler des af-
plupart des gens pensent qu’il est l’incarnation humaine faires des mortels et on peut encore le voir de temps à
de Quetzalcoatl, mais il pourrait aussi être un autre dra- autre parcourir le Mayapan. Ek Chuah prend fréquem-
gon, qui partit vers l’est pour fonder la civilisation maya ment l’allure d’un vieillard ordinaire pour s’incarner
alors que son parent créait Tollan et Aztlan. parmi les mortels, et maudit ou récompense les voyageurs
Tohil, l’ancêtre patron des Quichés, chevauchait un dra- selon leur degré de vertu… ou selon son humeur. De nom-
gon qu’elle appelait Kuk Umatz. Ce dragon a deux têtes breuses tribus lui rendent un culte comme le patron du
et quand elle s’en servait comme monture, il utilisait une commerce et de la richesse.
de ses têtes pour voler vers l’est et l’autre quand il volait
vers l’ouest. LE S S A I NTS Q UI C H É S
Les tribus quichés ont leur propre liste d’ancêtres, dont
Les bakabs sont quatre gigantesques dragons chaa’kaans le culte s’est répandu dans tout leur domaine, y compris
qui contrôlent la pluie et le climat sur le Mayapan. Ils sont chez les Kak’chikels, les Mams, les Ch’ols et les Xinkas.
directement subordonnés à Kukul Kaaan, qui a affecté cha-
cun d’entre eux à un royaume spirituel différent et à l’une Le plus grand de ceux-ci est Tohil, la grande ancêtre fon-
des Quatre Directions. Si un bakab meurt, Kukul Kaan dé- datrice de leur tribu. Elle est la patronne du soleil et de la
signe immédiatement un remplaçant choisi parmi les plus lumière du jour, et toutes les cités quichés ont un temple
grands et les plus puissants des dragons chaa’kaans du ciel. qui lui est dédié. Tohil, son frère Hakawitz l’homme-mon-
tagne et sa sœur Awilitz la femme-lune engendrèrent tous
K’awil est le chaa’kaan le plus immense et le plus brutal les lignages quichés et figurent dans d’innombrables lé-
de la création, plus fort même que Kukul Kaan, mais pas gendes et récits de hauts faits.
aussi sage ni doté d’autant de pouvoir. Alors que le souffle
de Kukul Kaan a droit à son culte séparé comme esprit du Les Quichés adorent aussi Ix Mukané, la première
vent, celui de K’awil est la foudre elle-même. Quand K’awil femme, et son mari Ix Piakok, pour avoir inventé la nour-
prend forme humaine, il ressemble à un vieux magicien riture et en avoir fait don à l’humanité à sa création. Ils
qui frappe le sol du pied et ricane comme un maniaque résident tous deux dans le monde spirituel comme gar-
quand les tempêtes balayent la terre. diens du Jardin infini, où fleurs et maïs poussent sans in-
terruption. Les jumeaux singes Hun Batz et Hun Chuen,
Un autre dragon faisant l’objet d’un culte est Zipaxc deux esprits animaux qui firent partie des premiers ma-
Na, un cipactli monstrueux qui dort sous le Mayapan. giciens ways et inventèrent les arts, l’artisanat et la mu-
Beaucoup de tribus lui offrent des sacrifices dans l’espoir sique, font l’objet d’un culte très répandu en tant que pa-
qu’il reste endormi et satisfait, car il pourrait briser en trons de la civilisation.
deux le continent au cours d’une crise de fringale.

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Les tribus du
Mayapan
L E S N O M B R E U SES T R IBU S et nations du Mayapan
ont résisté à la conquête et à l’assimilation bien mieux
que ceux de l’Anahuac, et la plupart ont conservé leur LES ÉTATS
culture inchangée depuis l’âge des royaumes serpents.
Il existe plusieurs tribus principales, qui occupent des
régions plus ou moins définies, au sein desquelles toutes
MAYAS
les cités-États appartiennent au même groupe ethnique.
Ci-dessous sont listées les tribus les plus importantes ou
les plus répandues du Mayapan ; il vaut la peine de répé- Les territoires les plus vastes et les plus peuplés du
ter qu’aucune ne constitue une entité politique unique, et Mayapan sont ceux des Dix-sept États. Comme le nom l’in-
que toutes sont divisées en dizaines, voire centaines de ci- dique, cette zone consiste en dix-sept grandes kuch ka-
tés-États indépendantes. bals, des États complexes appartenant chacun à une tribu
différente sous la domination de son propre halach winic.
Les Dix-sept États sont également qualifiés de « restes
du Mayapan », car ils formaient jadis la puissante Ligue de
Mayapan, une alliance de cités-États qui régnait sur toute
la région. Après la chute de la Ligue, celle-ci se désagrégea
en États indépendants l’un de l’autre, qui commerçaient et
coopéraient souvent entre eux mais se combattaient aussi
parfois.

64
l e m a y a pa n

Les dix-sept peuples par les cités kupuls voisines, qui lui payent un tribut.
Personne ne sait plus si les seigneurs de Calotmul refu-
Bien que le terme de Dix-sept États s’applique à l’en- sèrent d’être sous l’allégeance des autres Tutul Xius, ou
semble de la région, ces États sont séparés et les membres s’ils en furent séparés après la chute de la Ligue par la
de chaque kuch kalab s’identifient uniquement par le nom formation d’un territoire peuplé de Kupuls entre eux et le
de leur tribu ou de leur cité-État principale. reste des Tutul Xius. Quoi qu’il en soit, ce clan a droit au
respect et aux égards qui seraient normalement dus à un
L E S T UT UL XIUS État indépendant bien plus vaste.
Les Tutul Xius étaient une tribu d’immigrants venus
LE S C H A A K K A A NS
de la cité sacrée de Tollan elle-même, avec à leur tête le
prêtre-roi Kukul Kaan. Ils conquirent la cité bénie d’Ux- Cette nation, dont le nom dérive du dragon natif, est
mal en une seule nuit. Bien que derniers arrivés dans le une sorte de modèle des Dix-sept États, à une plus petite
Mayapan, ils furent pourtant les premiers à rapidement échelle : elle consiste en effet en plusieurs cités-États dont
établir leur suprématie sur toutes les tribus avoisinantes, les ahaus sont en conflit perpétuel pour la domination de
grâce à leurs puissants prêtres-seigneurs kaan maaks la kuch kabal. Elle n’a donc ni halach winic ni capitale
nobles, descendants de Kukul Kaan lui-même. unique. Les Chaak Kaans vivent dans des cités modernes
mais aussi dans quelques vieilles ruines itzás.
Les Tutul Xius furent les fondateurs de l’alliance connue
sous le nom de la Ligue de Mayapan, qui rassembla la LE S C H A K A N PUTUM S
plupart des États mayas sous sa domination pendant des Il s’agit d’une tribu yokot’an qui rejoignit la Ligue de
siècles. Mais ils furent aussi ceux qui causèrent la chute Mayapan au départ des Itzás, il y a des siècles de cela.
finale de la Ligue par leurs luttes de pouvoir internes et Quand la Ligue fut dissoute, les Yokot’ans conservèrent le
leur rivalité avec la tribu cocom. territoire des Chakan Putums et le nom tribal associé. Ce
sont des gens sans prétentions, rustiques, souvent mépri-
L E S CO CO M S
sés par leurs voisins. Les Chakan Putums forment cepen-
Les Cocoms sont une branche de la tribu itzá et étaient dant une grande tribu et une force à ne pas négliger.
la seconde tribu la plus puissante au sein de la Ligue de
Mayapan, ainsi que les fondateurs de la cité-État qui porte LE S C H E LS
le nom de Mayapan. Leur supériorité résidait dans leurs Les peuples chels, eux aussi issus des Itzás, émergèrent
grandes compétences militaires et politiques. Leurs ri- quand une importante prêtresse itzá épousa un noble de
vaux, les Itzás, furent forcés d’accepter une alliance juste caste inférieure il y a environ deux siècles. Ils constituent
pour éviter la conquête par les Cocoms. une nation arrogante et spirituelle rivale des Cocoms, les-
Mais en fin de compte, les Cocoms furent presque anéan- quels harcèlent les frontières sud des Chels par leurs pa-
tis par leur révolte ratée contre les Tutul Xius, qui mena à trouilles et leurs blocus. En retour, les Chels empêchent
la chute de la Ligue. De nos jours, une seule lignée majeure les Cocoms de s’étendre vers le nord. La kuch kabal des
des Cocoms survit, dans leur cité de Tibolom. Leur kuch Chels est aussi désignée sous le nom d’Ah kin chel, ou « le
kabal, une petite zone au nord de celui des Tutul Xius, sceptre du prêtre », en raison de l’origine religieuse de la
n’est même plus appelé Cocom, mais Sotutah, ce qui signi- tribu.
fie « les eaux tournantes ». Les habitants de Sotutah de-
LE S C H ’ I K I N C H E LS
meurent cependant de fiers guerriers, et des chasseurs et
forestiers exercés. Les « Chels orientaux » forment une nation plus prag-
matique, plus terre-à-terre que leurs cousins de l’Ah kin
L E S A H CA N U LS chel, bien qu’ils soient tout aussi fiers et raffinés. Les cités
La région des Ah Canuls est une mosaïque de diverses ch’ikin chels fonctionnent comme des conglomérats com-
tribus occidentales restées sans dirigeants après la disso- merciaux qui tentent de produire et de vendre plus que
lution de la Ligue de Mayapan. Elles appartiennent à plu- leurs homologues. Leur territoire, une vaste étendue de
sieurs groupes ethniques, dont les natifs Ah Canuls d’ori- plages et de marais, est une source abondante de sel, et la
gine, des immigrants nahuas et des peuples des jungles capitale des Ch’ikin Chels, Chauac Ha, est l’un des plus im-
méridionales. Ils servent de mercenaires et de protecteurs portants centres commerciaux du monde.
à d’autres tribus, et tout le monde craint et respecte leurs
LE S E K A B S
neufs seigneurs, les batabs des Ah Canuls.
Les tribus ekabs ont différentes origines : itzá, cocom,
L E S CA L O T M U LS putum, etc. Elles n’ont pas d’halach winic unique, mais
La cité-État de Calotmul, habitée par un important plusieurs batabs rivaux. Leur plus grande localité est la
clan sécessionniste de Tutul Xius, est si puissante qu’elle cité-État de Zamá, mais leur île sacrée de Cuzaam Lumil
constitue une kuch kabal indépendante à elle seule, et que est également fameuse ; des femmes venues de tout le
son ahau est traité comme un halach winic à part entière

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continent la visitent à chaque saison pour prier la sainte appelaient le Chaak Tem’al. Ils n’ont que peu souffert de
mère Ix Chel. l’essor et de la chute de la Ligue, et le Chaak Tem’al est
resté globalement stable depuis l’ère des royaumes dra-
L E S K A A N PECHS gons. Il se dit même que certains seigneurs putums pré-
La région des Kaan Pechs, qui partage son nom avec la sentent encore des traits de Kaan Maaks draconiques. Les
cité-État qui la gouverne et la dynastie régnante, possé- Putums restent toutefois une puissance relativement mi-
dait il y a des siècles, à l’époque des royaumes serpents, neure, malgré leur diversité ethnique et leurs fortes cités.
plusieurs cités glorieuses. Après la chute de la Ligue de
Mayapan, la tribu pech s’empara des ruines de ces cités, LE S TA TS E H S
avec l’intention de fonder une nouvelle dynastie de sang La tribu des Tatsehs est la moins puissante du Mayapan,
draconique. Les Pechs se renommèrent les Kaan Pechs, et leur kuch kabal, une petite région coincée entre les
« serpent des Pechs », en référence à leur ambition de re- frontières ekab et ch’ikin chel, est l’une des plus petites.
devenir un nouveau royaume serpent de l’ère moderne. Ils n’ont pas de halach winic, mais leurs batabs obéissent
à Nahua Chan, l’ahau de Chan Tzonot.
L E S K EH-PECHS
Il s’agit de deux tribus, les Kehs (le peuple des cerfs) et LE S WA YM I LS
les Pechs (le peuple des tiques), qui unirent leurs forces L’immense marécage qui constitue le territoire des
après la chute de la Ligue. Ces Keh-Pechs réunis prirent Waymils est presque inhabité, mais la difficulté du terrain
possession de Mutul, une cité itzá en ruine, et en firent la présente l’avantage de garder les autres tribus à l’écart.
capitale de leur nouvel État, sous les ordres d’un halach Le Waymil est une vaste étendue sauvage avec de rares
winic unique appartenant aux deux tribus. cités ou batabils qui ne communiquent presque pas entre
elles, comme dans un véritable kuch kabal.
L E S K O CH W A S
Les Koch Was sont indépendants et belliqueux, et s’op- La Ligue de Mayapan
posent à toute tentative de les envahir ou de les rassem-
bler sous une tutelle unique. Leur capitale, Ho Otzuc, doit Les Dix-sept États sont tout ce qui reste de la Ligue de
en permanence réaffirmer son pouvoir sur des cités mi- Mayapan, le plus grand État ayant jamais existé dans la
neures qui ne peuvent certes rivaliser avec sa puissance région. Elle consistait en une alliance de plus de vingt na-
mais la défient par pur entêtement. La région des Koch tions différentes, rassemblées par Kukul Kaan lui-même à
Was est une région de jungle avec relativement peu de l’époque des royaumes serpents.
cités, mais chacune d’entre elles pourraient tenir en échec
une force militaire deux fois plus importante. Il y a des siècles de cela, Kukul Kaan, monarque des
Tutul Xius, réunit les seigneurs rivaux de Chichén Itzá,
L E S K UPULS de Mayapan et d’Uxmal, et les força à se jurer alliance
La tribu des Kupuls est l’une des plus nombreuses et des mutuelle.
plus influentes des Dix-sept États, issue de ce qui était La Ligue de Mayapan qui naquit de cette alliance unit
peut-être le plus grand clan itzá de la Ligue de Mayapan. les Itzás et les Cocoms, jusqu’alors toujours ennemis, et
Leur site antique de Chichén Itzá, jadis l’une des capitales conféra aux Tutul Xius un statut supérieur à celui de ces
des royaumes serpents, est toujours le centre le plus sacré deux tribus. Des milliers de nouveaux venus, des tribus
et le plus populaire de tout le Mayapan. Leur capitale, Ek et des royaumes entiers rejoignirent ou se soumirent à
Balam, est également une métropole rebâtie sur des ruines la Ligue, qui resta pendant deux siècles la puissance su-
datant des royaumes serpents. Les Kupuls sont aussi puis- prême incontestée du Mayapan.
sants que civilisés. Si une nouvelle alliance comme la Ligue
de Mayapan émerge un jour, ils feront partie de ceux qui Le long déclin de la Ligue commença quand le sang et
sont les plus susceptibles d’en devenir les meneurs. le pouvoir issus de Kukul Kaan se tarit dans les lignages
mortels, et beaucoup de grandes cités entrèrent en conflit
L E S L UW I T S les unes avec les autres. Des peuples émigrèrent vers de
Les Luwits descendent d’immigrants nahuas. Ils gou- nouveaux territoires, le commerce et les contacts s’inter-
vernent les cités jumelles de Ho’kabah et Homun dans rompirent entièrement entre certaines régions. Seules
la kuch kabal de Ho’kabah, mais leur domaine comprend les cités qui formaient le cœur de la Ligue – Chichén Itzá,
aussi des gens et des cités cocoms, pechs, chaak kaans et Mayapan et Uxmal, et les batabils sous leur pouvoir direct
de nombreuses autres tribus mineures. – fonctionnaient encore en tant qu’entité unifiée, alors
même qu’elles complotaient les unes contre les autres. En
L E S PUT UM S fin de compte, les Cocoms attaquèrent une fois de trop les
Les Putums sont une ancienne branche des peuples Tutul Xius, ce qui décida ces derniers à tenter de les éra-
yokot’ans du sud-ouest. Ils furent parmi les premiers diquer et à dissoudre la Ligue.
peuples à s’établir dans le Mayapan, dans la région qu’ils

66
l e m a y a pa n

Cependant, la gloire perdue de la Ligue est toujours vive Tabscoob


dans les mémoires de ses anciens membres, et chacun des
Dix-sept États est fier d’en avoir été membre. Tous les ha- Le plus grand ahau des Yokot’ans est Tabscoob, seigneur
lach winics du Mayapan revendiquent leur droit à régner de la cité-État de Putum Chan (à ne pas confondre avec
par leur appartenance à des lignages remontant à la Ligue. l’État maya de Chan Putum, lui aussi peuplé de Yokot’ans).
Sa tribu domine le cours de la Tabscoob, le plus grand

LES YOKOT’ANS
fleuve des terres yokot’ans, qui porte le nom de son clan.
Tabscoob et Putum Chan sont les principales forces em-
pêchant l’avance des peuples nahuas dans les territoires
yokot’ans. Les Nahua Xicalancos se livrent à de fréquentes
Les peuples mayas voient les Yokot’ans comme une tribu incursions dans les terres dépendant de Putum Chan, et
mineure, un voisin rustique qui ne peut se targuer d’un sont toujours férocement repoussés par les armées de
passé glorieux ou de dynasties illustres. Mais en réalité, Tabscoob. Ces raids frontaliers sont ce qui se rapproche le
les Yokot’ans sont un peuple très ancien et très sage, et il plus d’un conflit ouvert pour les Yokot’ans, et pourraient
est probable que les tribus mayas soient en fait leurs loin- bientôt dégénérer en véritable guerre.
tains descendants.
Les Yokot’ans sont eux-mêmes les descendants des
Mokayás, le dernier peuple du Quatrième Soleil, une ci-
vilisation antérieure à Aztlan, à Tollan ou aux royaumes
serpents. Les Mokayás furent les premiers dans l’histoire
du monde à avoir des lignages de sang draconique, mais
ils adoraient les créatures nahuals, et leurs rois et prêtres
pouvaient prendre la forme d’esprits animaux.
La civilisation des Mokayás fut submergée par le dé-
luge qui mit fin au Quatrième Soleil. Ils laissèrent leur
statut de berceau de la civilisation aux Zapotèques et aux
peuples draconiques d’Atlantis et de Tollan, descendants
de Quetzalcoatl. Ils retournèrent alors à un mode de vie
nomade primitif, puis donnèrent naissance à de nouvelles
tribus et nations, dont trois peuples modernes affirment
descendre : les Ayuuks et les Zoocs en Anahuac, et les
Yokot’ans dans le Mayapan.
Le territoire des Yokot’ans est une étendue sauvage tro-
picale de collines, de plaines, de marais, de mangroves
et de jungles ; les cités sont rares et éloignées les unes
des autres, toujours situées près de rivières ou de lacs.
Beaucoup d’entre elles dépendent du flux et du reflux des
inondations saisonnières.
Certaines tribus yokot’ans ont déjà affronté des ar-
mées mexicas et payent un tribut à la Triple Alliance.
Mais à part cela, et quelques heurts frontaliers mineurs,
les autres nations laissent les Yokot’ans à peu près tran-
quilles. La taille du territoire et la rareté de leurs cités
font qu’il y a très peu de conflits armés, ce qui n’empêche
pas les Yokot’ans d’être assez féroces, voire sanguinaires,
quand ils se battent.
Les cités-États yokot’ans, construites essentiellement en
bois et en briques, sont de petite taille par rapport à celles
des civilisations mayas ; leurs plus grandes cités sont les
ruines des peuples ch’ols, qui régnaient sur les Yokot’ans
à l’époque des royaumes serpents. Les batabils yokot’ans
ont peu de contact entre elles, au-delà d’un commerce à
petite échelle et d’escarmouches de faible ampleur.

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les plus avancées du Mayapan, et acceptent de la partager.

LES ITZÁS Leur ancienne capitale de Chichén Itzá est encore de nos
jours vénérée et visitée par toutes les tribus de la région
qui la voient comme un site sacré, quels que soient leurs
rapports d’alliance ou d’inimitié avec les Itzás eux-mêmes.
Les principaux autochtones du Mayapan et des terri- Cela ne signifie pas que les Itzás soient pacifiques, bien
toires avoisinants sont les Itzás, ou « magiciens de l’eau ». au contraire. Comme la plupart des peuples mayas, ils
La tribu vient de Petén Itzá, « l’île des eaux magiques », sur sont prêts à tout pour s’opposer à la soumission ou à l’ab-
le lac du même nom, où elle vivait dès l’ère des royaumes sorption dans une autre culture, et infligeront châtiments
serpents. Elle fut la première à recevoir les seigneurs et et tortures atroces à ceux qui enfreignent leurs lois ou
magiciens draconiques de Tollan et Teotihuacan. menacent leur souveraineté.
Les Itzás, sages et civilisés, ont conservé la mémoire
de tous les enseignements des fondateurs kaan maaks, Les kan eks
y compris des notions avancées en mathématiques, ar-
chitecture et astronomie. Leur première grande cité fut Les monarques de Noh Petén, la principale cité-État des
Mutul, au nord du lac Petén Itzá, et de là ils se répan- Itzás, portent le titre de « ahau kan ek », car ils appar-
dirent dans toutes les directions, s’installant sur le site tiennent tous à des lignées régnantes ancestrales kaans et
sacré de Chichén Itzá, probablement la métropole la plus eks. Certains ahaus et halach winics d’autres cités-États
importante jamais construite dans le Mayapan. Les Itzás itzás ont également adopté ce titre, même s’ils ne sont pas
construisirent des routes menant de cette glorieuse cité à liés à la maison régnante de Noh Petén. Le kan ek Paxbolon
toutes les autres cités du pays, exigeant le tribut de tous, Nachan, souverain itzá d’une cité-État en territoire yo-
Yokot’ans, Quichés, Chols ou Nahuas. kot’an et l’un des plus puissants seigneurs de guerre de la
région, en est un bon exemple.
Finalement, les Cocoms, eux-mêmes une branche des
Itzás, s’allièrent avec les peuples putums du Sud-Ouest, se Bien que le sang des dragons et des esprits ait depuis
rebellèrent contre les seigneurs draconiques de Chichén longtemps disparu des lignages du Mayapan, un kan ek est
Itzá et les chassèrent de la capitale et d’autres cités. Ceci toujours considéré comme un être divin, et on lui attri-
força les Itzás à vivre comme des nomades dans la jungle bue une nature spirituelle. Tous les seigneurs kan eks sont
pour un temps, jusqu’à ce qu’ils fondent de nouvelles ci- pourtant purement mortels, sauf pour de rares cas d’en-
tés-États et scellent de nouvelles alliances. Ce furent ces fants nés de dragons, mais ils manient de grands pouvoirs
Itzás en pleine réémergence qui firent la paix avec les magiques ; seul un puissant sorcier, connaisseur du mou-
Cocoms à la demande des envahisseurs Tutul Xius venus vement des étoiles et de la volonté du monde spirituel,
de l’ouest, lesquels prétendaient descendre en droite ligne peut occuper la fonction de kan ek.
de Tollan. La Ligue de Mayapan amena une ère d’alliance
et de paix sur les terres itzás.
Après l’effondrement de la Ligue, les Itzás réoccupèrent
les rives du lac Peten Itzá où les attendait depuis toujours
LES PEUPLES
QUICHÉS
leur ancienne capitale, et recommencèrent à s’étendre,
établissant de nouveaux domaines et de nouvelles lignées
régnantes dans les terres ch’ols, k’ekchis et yokot’ans.

Les Itzás de nos jours


Loin dans le sud du Mayapan, au-delà des terres des
Ch’ols et des Chiapas, se trouve une autre grande nation,
Les peuples itzás modernes sont parmi les plus puis-
également fondée par les seigneurs serpents de l’Ouest,
sants et les plus largement répandus du Mayapan, avec
qui est restée néanmoins à l’écart des guerres et de la
des cités-États et des ahaus dans chaque sous-région, bien
vie politique du Mayapan. C’est la nation des Quichés,
qu’ils ne dominent réellement aucune autre tribu. Leur
les seigneurs des montagnes méridionales, et de leurs
territoire s’étend jusqu’aux terres des Yokot’ans à l’ouest,
tributaires.
et à celles des Ch’ols et des K’ekchis au sud. Au nord et à
l’est, il se confond peu à peu avec les Dix-sept États issus Les natifs quichés d’origine étaient des peuples mon-
de la Ligue du Mayapan, dont beaucoup ont des ahaus et tagnards nomades, vivant comme des chasseurs-cueil-
halach winics itzás. leurs, qui n’éprouvèrent pendant mille ans aucun besoin
de vastes cités ou d’États. Puis les Sept Ancêtres arri-
Les cités gouvernées par les Itzás sont prospères et éclai-
vèrent il y a trois siècles de cela, au crépuscule de l’ère des
rées, car ceux-ci disposent du savoir et des technologies

68
l e m a y a pa n

royaumes serpents. Le plus grand de ces ancêtres, Dame Le déclin des maisons régnantes n’empêche pas les
Tohil, disait descendre du Ciel lui-même, et ses compa- Quichés de continuer à adorer Tohil et Kuk Umatz, leurs
gnons étaient tous de sang draconique. saints patrons, protecteurs divins de tout l’État.
En réalité, les Sept Ancêtres étaient des seigneurs kaan
maaks venus de Tollan et d’autres cités sacrées, et il fon- Les Kak’chikels
dèrent les États quichés encore présents de nos jours, avec
leurs dynasties régnantes. Sous le règne des Sept Ancêtres Les Kak’chikels, un groupe quiché dissident, sont la se-
et de leurs descendants, les Quichés établirent leur do- conde nation la plus puissante des hauts-plateaux du Sud.
mination sur les autres peuples des hauts-plateaux et Jadis les vassaux les plus importants des Quichés, ils ont
construisirent de nombreuses grandes cités-États sur le crû en puissance après leur sécession de l’État central.
modèle de celles des seigneurs dragons de Tollan. Leur principale cité-État est Ixim Che, parfois simple-
Quand ces lignages draconiques s’affaiblirent, comme ment appelée « la grande cité ».
dans tous les autres États kaan maaks et coatlacas, les sei- Les monarques kak’chikels appartiennent à quatre clans,
gneurs quichés commencèrent à se disputer entre eux, créés après que leurs familles furent anoblies pour leurs
et bientôt le clan guerrier des Iokabs se révolta contre le services guerriers rendus aux Quichés. Cet anoblissement
clan régnant des Nimas. En réaction, les Nimas imposèrent fut d’ailleurs la cause de la jalousie et de la rébellion des
une autorité beaucoup plus stricte aux six autres clans, en nobles quichés, lesquels mirent fin à l’alliance entre les
particulier à leurs voisins kak’chikels qui devinrent des Quichés et les Kak’chikels. Les quatre clans issus de ce
vassaux des Quichés. schisme sont les Xahils, les Tzotzils, les Tukuches et les
Après la mort de Kuk Umatz, le dernier seigneur kaan Ajabals. En théorie, Ixim Che est gouvernée par un conseil
maak des Quichés, son fils mortel Ki Q’ab fut incapable de de quatre seigneurs, ou ahpos, venus des quatre clans. En
maintenir l’unité de l’État. La révolte des nobles fut suivie pratique, le souverain principal est Hu’niq, l’ahpo tzotzil.
de celle des Kak’chikels, pourtant les plus proches alliés Les Kak’chikels ne sont plus vassaux de personne, mais
des Quichés. ont des contacts et des liens commerciaux avec la Triple
Ki Q’ab mourut il y a 40 ans, laissant derrière lui un État Alliance aztèque. Un ambassadeur nahua, Huitzitzilin, est
fractionné, qui est toujours en guerre contre ses anciens actuellement en résidence à Ixim Che, et a prévenu les
alliés à l’est et qui perd ses tributaires de l’ouest à cause Kak’chikels que des étrangers au visage velu ont été aper-
des incursions mexicas. Motecuzoma, le monarque mexi- çus dans les mers de l’Est.
ca, a récemment envoyé des émissaires à Q’umarkah, la Comme les tribus mayas, les Kak’chikels ne forment pas
capitale quiché, et a donné deux de ses filles en mariage à un État parfaitement unitaire, mais plusieurs provinces se-
son seigneur, Wukub Noh. Depuis, Q’umarkah est sujette mi-indépendantes, chacune dirigée par une cité majeure.
de l’État mexica et son pouvoir sur le reste du territoire La fraction la plus importante des Kak’chikels est la tribu
quiché est au plus bas. des Akuhul Winacs, qui a développé sa propre culture et
son propre langage sur les sites de Och’al Kab’awil et de
Les Quichés Saqik Ahol.

Le terme Quiché, qui désignait jadis les natifs de la ré- Les Mams
gion, est aujourd’hui appliqué au clan régnant de l’État
quiché et à ses vassaux directs. Cela comprend les clans Les Mams forment le seul peuple indépendant descen-
des Nimas, des Iokabs et des Tamubs, qui s’étaient emparés dant des véritables natifs des hauts-plateaux méridio-
de vastes territoires pour créer de nouveaux États mais ne naux. Bien qu’ils soient pour la plupart sujets des sei-
se mêlèrent pas aux véritables autochtones quichés. Quoi gneurs quichés, ils ont construit plusieurs grandes cités,
qu’il en soit, les membres de ces trois clans contrôlent certes inspirées de la culture et des savoirs quichés, mais
toujours toute la région et ses maisons régnantes, et se gouvernées par des maisons régnantes de leur propre
sont réservé le nom de Quichés. sang. Les plus grandes d’entre elles sont les villes jumelles
De nos jours, l’État quiché gouverne tous les hauts-pla- de Xinabahul et Zac Uleu, construites par les seigneurs
teaux méridionaux, sauf les territoires de leurs anciens kaan maaks de Teotihuacan. Les deux cités ont été tribu-
alliés, les Mams et les Kak’chikels, des tribus fondées par taires des Quichés pendant des siècles mais ont toujours
les mêmes ancêtres mais désormais ennemies de l’hégé- gardé leurs souverains et leurs coutumes mams.
monie quiché.
La capitale quiché est Q’umarkah, fondée par Kuk Umatz,
descendant direct de Kukul Kaan de Tollan, et est désor-
mais dirigée par son petit-fils mortel Wukub Noh.

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AKAB
Le grand prestige et la relative indépendance des
Mams est surtout due aux souverains de la dynas-
tie akab, descendants dMais ce manque d’identi-
té politique les laisse aussi sans protection contre
l’expansionnisme des États voisins. La plupart des
peuples ch’ols ont pu rester indépendants et même
arrêter les incursions sur leurs territoires, en se
cachant dans leurs collines brumeuses et leurs
jungles, mais beaucoup de leurs tribus proches des
frontières sont désormais asservies par des Mayas ou
des Quichés.

LES CH’OLS
Loin des États mayas, au sud des domaines itzás
autour du lac de Petén, s’étendent entre les terres
des Yokot’ans et des Quichés de vastes territoires
sauvages et brumeux, où esprits et monstres
règnent encore et où les localités
des mortels se cachent les unes des
autres. C’est la terre des Ch’ols, fé-
roces, rudes au travail, authentiques.
Les peuples ch’ols sont là depuis que
le monde a été créé, mais n’ont jamais
construit d’empire. En revanche, ils ont
toujours été utilisés pour servir les inté-
rêts des empires qui les entouraient. Leur
territoire est un espace tampon entre les
territoires des Itzás au nord et les États qui-
chés au sud, qui tous exigent un tribut des
Ch’ols et veulent s’emparer de leurs terres.
Ils y réussissent parfois, et des seigneurs
de la guerre itzás ou putums prennent
alors des milliers de Ch’ols sous leur
aile ; mais ils échouent aussi souvent,
et se perdent dans les brumes à force
de chercher les Ch’ols, toujours dis-
simulés au-delà du prochain maré-
cage ou derrière la prochaine col-
line. Et parfois ces conquérants
potentiels tombent dans une em-
buscade tendue par les Ch’ols et pé-
rissent de façon sanglante pour solde
de tout compte.
Les Ch’ols sont les moins civilisés des
peuples du Mayapan, n’ayant jamais eu
de souverain ou de grand prêtre doté
de sang draconique. Mais ils vivent
au plus près des arbres et des brumes,
construisant de petites villes qui ne dérangent ni
les esprits, ni les bêtes sauvages, lesquelles baissent
juste assez leur garde pour pouvoir être chassées. Ils

70
l e m a y a pa n

sont cependant plus sédentaires que nomades, préférant dans des villages semi-permanents le long des rivières et
l’agriculture à la chasse et à la cueillette, et assez lucides sur les îles au plus profond de la jungle ; leur plus grande
pour préférer les petits chefs aux grands seigneurs. ville, aussi nommée Lakam Tun, sur une île secrète au
beau milieu d’un lac qu’aucun de leurs ennemis n’a jamais
Mais ce manque d’identité politique les laisse aussi sans
découvert, est protégée par les esprits ancestraux de la
protection contre l’expansionnisme des États voisins. La
tribu.
plupart des peuples ch’ols ont pu rester indépendants et
même arrêter les incursions sur leurs territoires, en se ca- Les Lakam Tuns adorent le sak balhan, le jaguar blanc,
chant dans leurs collines brumeuses et leurs jungles, mais et beaucoup d’autres protecteurs nahuals. Leurs chefs
beaucoup de leurs tribus proches des frontières sont dé- peuvent parler aux bêtes et recevoir directement les
sormais asservies par des Mayas ou des Quichés. conseils du monde spirituel. Comme la nature au sein de
laquelle ils se meuvent, les Lakam Tuns sont farouches,
Les Manches furtifs et sans pitié.

Les Manches sont la tribu ch’ol la plus civilisée et la plus Les Ch’oltis
nombreuse. Ce nom signifie « ceux qui fabriquent des ob-
jets » en langue ch’ol. Ce sont leurs talents en outillage Les Ch’oltis sont les peuples ch’ols originaux et for-
ou en architecture qui le leur ont valu. Leur plus grande maient l’une des plus importantes cultures des royaumes
ville est aussi appelée Manche, de même que la famille ré- serpents. Leur capitale, Ox Wiltic, fondée par celui des
gnante à laquelle appartiennent leurs batabs. Les Ch’ols kaan maaks de Tollan qui s’était aventuré le plus loin,
Manches n’ont ni ahau ni seigneurs de rang plus élevé. était il y a mille ans la plus grande cité des hauts-plateaux
Leurs villes ne sont reliées entre elles par aucune route. méridionaux. Mais Ox Wiltic tomba, vaincue par des cités
kaan maaks rivales, bien avant que les lignages draco-
Elles occupent la majeure partie du sud et de l’ouest du
niques ne dépérissent ; de nos jours, les descendants de
territoire ch’ol, aux frontières des terres ch’oltis et xincas
ses habitants, les Ch’oltis, ont établi une fédération de vil-
en dehors du Mayapan. Leur réseau commercial est le plus
lages de montagne autour de ce site ancien, dont ils usent
étendu de toutes les tribus ch’ols, et va de leurs villes au
encore comme d’un centre cérémoniel.
plus profond de la jungle aux localités des Dix-sept États
en bord de mer. Les Ch’oltis sont civilisés, paisibles et bien organi-
sés, mais entretiennent une milice nombreuse et coura-
Les Manches produisent des gousses de vanille et de
geuse. Leurs batabs conservent fièrement les noms des an-
cacao, qui poussent plus aisément dans la jungle que dans
ciennes familles régnantes d’Ox Wiltic, bien qu’ils soient
les zones humides ouvertes des autres tribus. Les Manches
aujourd’hui à peine plus que des chefs de village. Ils
vassaux d’autres nations donnent ces ressources rares en
ont renoncé depuis longtemps à toute idée de conquête,
tribut ; ceux qui sont restés libres les échangent contre du
que les abondantes ressources de leurs terres privilé-
sel, des métaux et d’autres biens. Certains chefs de guerre
giées et riches en eau leur autoriseraient pourtant. Ils se
itzás ou yokot’ans ont d’ailleurs choisi de laisser des com-
contentent de nos jours de vivre une vie tranquille autour
munautés manches tranquilles au lieu de les conquérir,
de leurs ruines antiques, dans le culte de leurs glorieux
parce qu’il est plus rentable, commercialement parlant, de
ancêtres kaan maaks.
disposer de voisins libres qui produisent vanille et cacao
plutôt que d’avoir à dépenser ses propres ressources pour
asservir les fermiers ou faire les récoltes soi-même.
Malgré leur sédentarité et leur acceptation occasion-
nelle du tribut payé à tel ou tel seigneur étranger, les
Manches sont comme les autres tribus ch’ols, férocement
indépendants et résisteront, jusqu’à la mort de leur der-
nier membre, à toute menace contre leur terre.

Les Lakam Tuns

De toutes les tribus descendant des Mayas, les Ch’ols


Lakam Tuns, un peuple de la jungle, sont les plus proches
du monde primitif et des temps d’avant la civilisation.
Depuis des siècles ils vivent juste au-delà de l’influence
des États et empires qui ont émergé puis se sont effondrés
autour de leurs terres sauvages. Les Lakam Tuns vivent

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Mankemes restent invaincus et exigent même le tribut de

AUTRES TRIBUS certaines cités proches. Malgré leur isolation, ils forment
la tribu la plus puissante de leur sous-région, et seules
leurs connaissances relativement primitives les ont empê-
ché de s’étendre davantage.
Certaines des tribus aux confins du Mayapan ne sont en
aucune façon liées aux grands peuples de la région. Ces Les Lencas
tribus « étrangères », bien que vivant à proximité de leurs
voisins mayas, peuvent venir de terres ou de cultures très Nation la plus importante des passes du Sud-Est, la tribu
éloignées dans l’espace ou dans le temps. Leurs relations lenca revendique pour elle-même les espaces continen-
avec les peuples du Mayapan oscillent entre indifférence, taux au-delà du Mayapan et de ses peuples. Peu de gens
diplomatie ou hostilité, selon les circonstances à un mo- ont poussé explorations ou conquêtes dans les terres
ment donné : qui a la plus grande armée, qui présente les au-delà de leur domaine, et il est probable que peu le fe-
meilleures perspectives commerciales... ront jamais.
Les Lencas sont un peuple civilisé et vivant sur une vaste
Les Mankemes région de plusieurs provinces dotées de grandes cités, en-
globant les passes du Sud-Est qui relient les continents du
Les Mankemes ou « enfants de la Lune » sont des immi- nord au sud.
grants venus de très loin au sud-est du Mayapan, au-delà
des collines des Ch’oltis et des vallées xincas. Leurs guer- Ils dominent ces terres depuis plusieurs millénaires
riers nus géants, porteurs d’armes et d’ornements aussi et apprirent l’artisanat et les techniques de construc-
terrifiants les uns que les autres, s’emparèrent des ruines tion de seigneurs kaan maaks à l’époque des royaumes
anciennes des Mokayás entre les terres ch’ols, zoocs et na- serpents. Après le déclin des souverains kaan maaks, les
huas. Les Mankemes s’installèrent dans les vallées autour Lencas développèrent leurs propres cultures et nations
des ruines, prirent l’ascendant sur les peuples zoocs et indépendantes.
ayuuks voisins, en arrachant même certaines villes tribu- Les nations lencas sont des fédérations au sein des-
taires aux Aztèques. Leur plus grande cité, Napiniacá, est quelles plusieurs tribus unissent leurs forces sous le pou-
une ancienne ruine mokayá réoccupée. Elle résiste depuis voir d’un unique conseil des chefs. Il existe plusieurs de
des décennies aux attaques des Zoocs, des Ayuuks ou des ces fédérations, chacune rassemblant plusieurs centaines
Aztèques. de cités et villages. Les dirigeants lencas, comme les sei-
Ils vouent un culte à leurs ancêtres, qui vivent au sein gneurs mayas, ont des titres héréditaires et traitent les
des forces naturelles que sont le soleil et la lune. Leur roturiers comme une simple main-d’œuvre. Les fédéra-
sainte mère est Chia, l’esprit de la lune, la première sor- tions lencas s’attaquent les unes les autres pour capturer
cière de leur tribu. Ils adorent aussi leur ancien seigneur esclaves et ressources, plongeant la région dans un état de
Nandiumé, qui les mena hors de leurs vallées et fonda guerre perpétuelle.
Napiniacá pour son peuple. La plus forte des provinces lencas, et celle dont les chefs
Les sages et prêtres mankemes affirment que leur sont les plus belliqueux, est Piraera, « les collines bru-
peuple venait à l’origine de très loin dans le nord et que meuses ». La nation piraera empêche depuis des siècles les
la conquête de Napiniacá n’est que la première étape d’un avancées des Mayas, des Quichés ou des Aztèques vers le
long voyage de retour. Certains savants nahuas croient que continent méridional.
les Mankemes seraient les légendaires habitants originels
de Cholollan, la cité sacrée construite par Quetzalcoatl à Les Pipils
l’aube du Premier Soleil, et seraient donc un peuple de
sang draconique, ce qui expliquerait leur grande taille et Les Pipils, ou « nobles » en nahua, qui se nomment eux-
leurs étonnants succès. Les Nahuas appellent donc offi- mêmes ainsi, sont une tribu nahua qui arriva sur les terres
ciellement les Mankemes les Cholultèques. des Xinkas à l’apogée des royaumes serpents. Comme tous
les aïeux de lignages kaan maaks, ils descendaient des sei-
Que cela soit vrai ou non, les Mankemes sont sans aucun
gneurs dragons toltèques. Les tribus pipils conquirent
doute une tribu bénie, ayant réussi à se bâtir un petit em-
de vastes étendues de côtes sur les Xincas, les Lencas et
pire malgré leur nombre réduit et leur arrivée récente.
d’autres tribus plus lointaines encore et oubliées de l’his-
D’autres Nahuas les appellent les Chiapanèques, toire nahua ou maya.
« peuples des terres du Chili », un surnom dont se sa-
Après avoir assis leur pouvoir en territoire xinka et as-
tisfont la plupart des Mankemes, car cela leur rappelle
sujetti plusieurs tribus, nombre de Pipils partirent plus
leur mère Chia. Bien qu’entourés de nations hostiles, les

72
l e m a y a pa n

loin encore. Ils s’établirent sur le conti-


nent méridional, au-delà même des terres
des Lencas, qu’ils contournèrent par
voie de mer en longeant les côtes sur de
longs navires. Mais nul ne sait exacte-
ment où ils arrivèrent ni quel fut leur
destin. Le plus connu des domaines pi-
pil-xinka, au sud de ceux des Quichés
et des Mayas, appartient aux Pipils
qui restèrent sur place et dévelop-
pèrent là une culture avancée.
Comme d’autres peuples nahuas,
les Pipils sont civilisés, arrogants et expan-
sionnistes. Ils commercent largement avec les
Quichés, avec lesquels ils partagent nombre
de traits culturels, religieux ou architectu-
raux, en plus de leurs origines toltèques.
Leur cité-État la plus grande est Cozcatlan,
fondée par Kukul Kaan lui-même ou l’un de
ses proches descendants. Cette grande capi-
tale exige le tribut de plusieurs localités pi-
pils ou xinkas.

Les Xinkas

Les Xinkas forment une tribu de jungle iso-


lée, le long de la côte au sud des terres qui-
chés. La plupart des localités xinkas payent
un tribut à leurs voisines quichés, ayuuks ou
pipils, plus puissantes qu’elles. Cependant, de
nombreux territoires des Xinkas demeurent
indépendants, comme Atik Ipak, leur plus
grande agglomération.
Les Xinkas sont passés maîtres dans
les arts du bois, de la chasse et de la
pêche. Au combat, ils se servent de
flèches empoisonnées et de sarba-
canes, comme les tribus plus méridio-
nales du continent. Cependant, ils ne
sont pas liés à d’autres peuples, et ha-
bitent probablement leurs terres de-
puis avant même le Cinquième Soleil.
Les envahisseurs pipils de la ré-
gion traitent tous les Xinkas
comme leurs vassaux, bien
qu’ils ne dominent pas complè-
tement le territoire xinka.

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Principales
localités
L E S P R I N CI PALES CIT ÉS- ÉT AT S du Mayapan à
l’époque des Dix-sept États, alors qu’aucune puis-
sance n’impose sa loi unique à l’ensemble des nombreuses
Chichén Itzá

La grande cité de Chichén Itzá est peut-être la plus im-


nations de la région, sont décrites dans cette section. portante cité maya de tous les temps. Elle fut fondée par
Certaines de ces cités sont plus puissantes et ont plus de les grands ancêtres de Tollan quand les royaumes ser-
tributaires que d’autres, mais de nos jours aucune n’est pents étaient au plus haut de leur gloire. Toutes les tribus
assez importante pour être considérée comme significati- du Mayapan s’y rendaient en visite, s’installaient et prati-
vement supérieure aux autres. quaient leur culte à Chichén Itzá, centre incontesté de la
culture maya des mille dernières années.
Toutefois, les cités ci-après se démarquent sur les plans
culturel, religieux ou politique, soit en tant que centres La cité fut construite par les sept premiers grands mo-
densément habités soit comme grandes ruines du passé. narques draconiques arrivés avec Kukul Kaan des sept
cités sacrées de l’Anahuac. Ils l’appelèrent « les Sept

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l e m a y a pa n

Après la guerre, Chichén Itzá perdit de son pouvoir et


de son importance, et ses anciens maîtres rejoignirent la
Ligue de Mayapan, qui ne dura pas très longtemps mais
fut le plus grand des États unifiés à jamais émerger dans
le Mayapan. Malgré ce déclin, Chichén Itzá resta un site
majeur et nombreux étaient ceux qui désiraient vivre à
proximité de ses ruines, que la Ligue restaura pour en
faire un centre religieux toujours actif et respecté de nos
jours.

S A I NTS P A TR O NS D E LA C I TÉ
Le saint patron de Chichén Itzá est Itzam Na, le dragon
sans ailes, le seigneur lézard. Il est nommé ainsi car il
était le seul dragon sans ailes parmi les sept fondateurs
des royaumes serpents. Ce fut grâce à lui que les Itzás
créèrent la plus grande civilisation de leur temps et que
la cité devint la plus glorieuse du Mayapan.
Itzam Na est pour Chichén Itzá le patron de la magie,
de la médecine, de la culture et de la civilisation. Il veille
toujours sur la cité et sur les autres communautés itzás
depuis son sanctuaire du monde spirituel.

Mayapan

La grande métropole de Mayapan fut fondée par les


Cocoms, une branche des Itzás, quand ceux-ci s’impo-
sèrent à Chichén Itzá. Les Cocoms voulaient construire
une cité capable de rivaliser avec Chichén Itzá en puis-
sance, en taille et en influence ; ils s’emparèrent de plu-
sieurs localités de la région et les réunirent en une seule
grande cité, dotée d’aqueducs, de vastes champs et d’un
temple dédié à Kukul Kaan, qui avait choisi en personne
Portes », car ils comptaient fonder un empire éternel qui
les Cocoms pour qu’ils s’installent et prospèrent sur ce
s’agrandirait à partir de ce site. Pendant deux siècles, la
site.
cité des Sept Portes fut le centre des royaumes serpents,
ses prêtres et soldats conquérant et unissant toutes les na- Mayapan mit progressivement en place tant de routes
tions sous sa bannière, et répandant le culte des seigneurs commerciales avec tant de nations variées et parfois très
kaan maaks. Leurs sujets venaient de tout le Mayapan lointaines que son poids politique dépassait de loin celui
pour présenter leurs respects aux sept seigneurs dragons de Chichén Itzá, faisant de la cité la capitale du Mayapan.
et sacrifier aux sept puits sacrés répartis dans la cité. Alors, les Cocoms envahirent Chichén Itzá et en bannirent
Peu à peu, les Itzás de Noh Petén, enfants favoris d’Itzam les Itzás, qui errèrent dans la jungle pendant des décen-
Na, le dragon sans ailes, devinrent la population majori- nies. Puis les Tutuls Xius arrivèrent de l’ouest, porteurs
taire ; ils renommèrent la cité Chichén Itzá, « les Puits des des ordres de Kukul Kaan de pacifier la région. Ils tinrent
Itzás ». Ils renforcèrent le statut de la cité comme centre conseil avec les seigneurs des Itzás et des Cocoms, suite à
politique et culturel des royaumes serpents. quoi les trois nations convinrent d’une alliance. Ce fut le
début de l’ère appelée la Ligue de Mayapan, qui vit l’union
La suprématie de Chichén Itzá dura encore trois siècles,
des trois nations en une fédération unique qui contrôlait
jusqu’à ce que Hunac Kel de la cité de Mayapan s’offre
la totalité du Mayapan, et l’âge d’or de la prééminence de
lui-même en sacrifice au septième puits et y survive, re-
la cité du même nom.
vendiquant alors le pouvoir. Chichén Itzá sombra dans
une grave crise. Beaucoup de prêtres et de roturiers af- La Ligue – et la splendeur de Mayapan – prit fin quand
firmaient que l’événement était un signe des dieux, tan- les Cocoms attaquèrent les Tutuls Xius, qui détruisirent
dis que d’autres ridiculisaient les prétentions de Hunac Mayapan en représailles et décimèrent les Cocoms, les
Kel. En fin de compte, Mayapan attaqua Chichén Itzá et forçant à déménager vers Sotutah.
la vainquit, beaucoup d’autres États ayant prit le parti de
Hunac Kel.

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Aujourd’hui, seulement peuplée de Pourtant, Q’umarkah est toujours S A I NTS P A TR O NS D E L A
quelques garnisons tutul xius et en- la cité la plus grande et la plus peu- C I TÉ
tourée de villes plus petites, Mayapan plée, et les Quichés demeurent la Noh Petén dispose de plusieurs
est un monument à la brièveté de plus puissante nation unifiée sur les saints patrons, dont les ancêtres kan
la paix et au caractère éphémère de confins du Mayapan. eks et Chaak, l’esprit de la pluie. Il
l’amitié entre mortels. y a également des temples dédiés à
SAINTS P A TR O NS D E LA
S A I NT S PA T R ONS DE LA CITÉ Itzam Na, mais ce dernier est surtout
CI T É vu comme un « saint mort », dont on
Le saint patron de Q’umarkah est porte le deuil de la puissance bien
Le saint patron de Mayapan est Kuk Umatz, le serpent à plumes des qu’il ait fait son temps.
toujours Kukul Kaan, bien que plus Quichés. Ceux-ci adorent Kuk Umatz
personne ne pratique le culte à son sous une double identité ; celle du
temple. Kukul Kaan voulait que grand ancêtre dragon fondateur de
Les ruines sacrées
Mayapan réussisse là où Chichén Itzá, leurs lignages, et celle du descen-
la cité des Sept Portes, avait échoué : dant de ce dernier, le grand seigneur Des centaines de cités en ruine par-
réaliser son rêve d’unité entre les qui les mena à la suprématie sur les sèment le Mayapan, certaines redé-
peuples. Ce second échec le rendit royaumes des montagnes il y a cent couvertes et occupées par les peuples
amer et le dissuada d’intervenir plus ans de cela, et qui portait le même modernes, d’autres toujours ou-
avant dans les affaires des mortels, nom. bliées, cachées sous les frondaisons
mais il veille toujours mélancolique- de jungles lointaines. Ces ruines sont
ment sur le site abandonné, ne se- Noh Petén les restes des royaumes serpents qui
rait-ce que pour songer à ce qui au- dominaient jadis la région et dissi-
rait pu être. mulent toujours secrets inouïs, pou-
Noh Petén est la capitale des Itzás, voirs et artéfacts de cette civilisation
la plus grande tribu maya, et l’a été ancestrale.
Q’umarkah depuis l’aube de l’humanité. Les pre-
miers arrivés dans la région étaient La plupart des ruines des royaumes
Q’umarkah, la grande capitale de des prêtres et magiciens primitifs qui serpents se reconnaissent par leur
la région quiché, était jadis une glo- apprirent à parler aux bêtes et aux système inhabituel de voies de com-
rieuse métropole, mais elle subit esprits de l’eau entourant l’île qu’ils munication : les sak bes, ou « chemins
un déclin régulier depuis la rébel- appelaient Petén Itzá, « l’île des ma- blancs ». Les seigneurs kaan maaks
lion des nobles et la sécession des giciens de l’eau ». Les premières construisirent ces plateformes suré-
Kak’chikels. villes des Itzás se trouvaient sur l’île, levées de pierres blanches pour voya-
et le site de ce qui est aujourd’hui ger entre les cités sans être gênés par
Le seigneur Kuk Umatz, descendant le terrain difficile de la jungle. Les sak
Noh Petén a toujours été occupé par
de Kukul Kaan en personne, fonda la bes devinrent ensuite une marque de
au moins une ville itzá.
cité des siècles après le début de la distinction pour les cités et beaucoup
domination des Quichés, parce que La cité telle qu’elle est de nos d’États mayas se servent encore de
le site était plus facile à défendre jours fut fondée quand les Itzás ces routes ou de leurs vestiges, sinon
que celui de Pis Machí, la précédente furent vaincus, chassés de la Ligue pour voyager, du moins pour pouvoir
capitale. de Mayapan et forcés de retourner se vanter d’une glorieuse filiation les
dans leurs terres du Sud. Ils se réins- reliant aux royaumes serpents.
Q’umarkah était la troisième ca-
tallèrent sur leur île ancestrale et la
pitale des Quichés, mais comme les
précédentes n’étaient pas abandon-
gloire de Noh Petén rejaillit. O X TE TUUN, LE R OY A U ME
nées mais confiées à des intendants, C’est de nos jours l’une des plus S E R PE NT
la puissance des Quichés croissait à grandes villes du monde maya, gou- La plus grande cité et capitale des
chaque déplacement. C’est la der- vernée par de puissants magiciens royaumes serpents était Ox Te Tuun,
nière en date des capitales ; elle a vu du climat qui subjuguent et règnent l’endroit du Mayapan où arrivèrent et
l’apogée de la puissance des Quichés, sur des tribus mineures grâce à leurs s’installèrent les premiers seigneurs
ainsi que leur premier déclin, la na- impressionnants pouvoirs magiques. kaan maaks venus de Teotihuacan. À
tion étant sujette aux disputes entre Ces souverains, les kan eks, sont son apogée, Ox Te Tuun en tant qu’en-
nobles et perdant actuellement terres une longue lignée d’élite de nobles tité politique était constituée de plus
et tributaires au profit de ses anciens itzás avec une puissante tradition de vingt cités, dont proviennent
alliés les Kak’chikels, maintenant ses de magie de l’eau. Il y a des tribu- toutes les dynasties des Kaan Maaks.
ennemis. taires de Noh Petén partout dans le
Mayapan, des terres yokot’ans aux
cités kak’chikels.

76
l e m a y a pa n

Les monarques d’Ox Te Tuun portaient tous le titre de qui ne permettait aucun doute quant à sa nature magique.
kuhul kaan ahau, ou « seigneur serpent béni », et étaient Des siècles plus tard, quand les dynasties draconiques dis-
de purs descendants kaan maaks des grands dragons. Leur parurent et que les seigneurs mortels des Tutuls Xius re-
règne forme le premier royaume serpent, le seul d’ailleurs joignirent la Ligue de Mayapan, la cité perdit sa magie et
à avoir officiellement porté ce nom. Toutes les cités, des devint un site mortel comme n’importe quel autre.
jungles aux plaines, des montagnes aux plages, arboraient
Après la chute de la Ligue, les Tutuls Xius poursuivirent
le glyphe prouvant leur allégeance à ce royaume serpent.
leur expansion et Uxmal déclina de plus en plus. Elle est
Celui-ci tomba quand les lignages de sang draconique aujourd’hui une cité relativement mineure dont la popu-
commencèrent à s’affaiblir, et ses maisons régnantes s’ef- lation diminue d’année en année, car il se dit que les go-
fondrèrent quand elles ne donnèrent plus naissance qu’à belins sont de retour, hantant les rues de la cité à la nuit
de simples mortels. Les dynasties déposées allèrent fon- tombée et harcelant les mortels pour les chasser d’Uxmal
der de nouvelles cités-États au nord comme au sud du et rapporter la cité dans le monde spirituel.
Mayapan, et Ox Te Tuun fut oubliée du monde, ses ruines
entourées de petites tribus qui ne connaissaient pas, ou LA K A M H A
choisissaient d’ignorer, le passé glorieux de la cité. Lakam Ha était l’un des principaux royaumes serpents
antiques. Fondée il y a plus de mille ans par la lignée de
Y AX M UT UL souverains kaan maaks du jaguar quetzal, la cité brilla de
La grande cité de Yax Mutul était la principale rivale mille splendeurs et richesses, malgré de nombreuses ba-
d’Ox Te Tuun dans la course à la suprématie à l’époque tailles perdues contre Ox Te Tuun.
des royaumes serpents. Ce fut au début de cette ère que
Lakam Ha est surtout renommée pour avoir été le siège
les seigneurs esprits de Teotihuacan en prirent possession
du plus grand ahau de l’ère des kaan maaks : le seigneur
et qu’ils en firent une grande et puissante métropole très
draconique K’inich Janaab B’akal. Durant son règne, qui
capable de contester à Ox Te Tuun le titre de « royaume
commença alors qu’il était encore enfant et dura toute sa
serpent » unique – et ce, bien qu’elle ne l’ait pas reven-
longue vie, Lakam Ha surmonta ses nombreuses défaites
diqué. Quand, de nos jours, lettrés et historiens men-
des mains de ses voisins et devint assez puissante pour, à
tionnent les royaumes serpents, ils font en fait référence,
son apogée, éclipser même Yax Mutul.
qu’ils en aient ou non conscience, aussi bien à Yax Mutul
qu’à Ox Te Tuun. La cité fut progressivement abandonnée et la zone dé-
peuplée après le déclin des dynasties kaan maaks. Comme
Chacune des deux cités se servait des cités-États voi-
d’autres grandes cités de cette époque, Lakam Ha fut bien-
sines comme de pions dans un jeu de stratégie dont la ga-
tôt recouverte de jungle et de lianes.
gnante serait celle qui contrôlerait le plus d’alliés dans
la région. Le conflit ne vit jamais de vainqueur et prit fin O X WI TI C
quand Yax Mutul et Ox Te Tuun tombèrent toutes les deux
Ce site fut jadis un centre de pouvoir illustre des jungles
alors que leurs dynasties régnantes perdaient leur sang
ch’ols du Sud-Est à l’époque des royaumes serpents. La
draconique et l’obéissance de leur peuple.
cité vit les longues dynasties draconiques des ancêtres
Les ruines de Yax Mutul furent recouvertes d’arbres et des peuples Ch’olti régner de là sur un État hégémonique
de lianes et disparurent complètement après quelques stable.
siècles. Très peu de gens ont jusqu’ici osé partir à la re-
Fondée par les ancêtres vivants venus de Teotihuacan,
cherche de ce site perdu, et encore moins l’ont trouvé. Là,
Ox Witic fut toujours un endroit enchanté et plein de pou-
l’héritage des royaumes serpents attend, enseveli sous un
voirs, avec d’étranges machines et constructions qui sem-
millénaire de jungle.
blaient surnaturelles même à ses habitants.
U XM A L Malgré la magie dont elle disposait, Ox Witic tomba de-
La mystérieuse cité d’Uxmal ne fut pas construite par vant la force militaire de ses voisins plus guerriers, mais
des mortels mais par des magiciens gobelins de la jungle, ses ruines gardent encore beaucoup de leurs anciens pou-
qui voulaient construire une grande cité pour accueillir voirs magiques. Le site d’Ox Witic est un chemin bien
comme il se devait les seigneurs de Tollan et Teotihuacan. connu vers le monde spirituel, où d’étranges esprits et
Les gobelins édifièrent la cité en une seule nuit et en firent démons recréent l’ancienne splendeur du royaume déchu
don aux kaan maaks quand ils passèrent par là. avec les fantômes des grands seigneurs kaan maaks de la
cité.
Les seigneurs de Tollan acceptèrent l’offrande et ce fut
l’origine des Tutul Xius, qui essaimèrent ensuite dans tout Le site resta habité et demeura un but de pèlerinage
le Mayapan en gardant la langue nahua de leurs ancêtres. longtemps après sa chute il y a sept cents ans, et au-
jourd’hui encore plusieurs villes et fermes ntourent les
À son apogée, Uxmal était une cité pavée de jade brillant
ruines qui témoignent du passé glorieux des Ch’oltis
dont chaque immeuble brillait d’un éclat vert surnaturel

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les quatre régions
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les quatr e r égions

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L E M O N D E E S T une étoffe, tissée selon des motifs complexes, et brillant de
vives couleurs. Les fils de la création s’entremêlent des lacs aux montagnes, du ciel à
la moindre ferme. Nous en sommes les fibres, nous sommes les dessins du tissu, nous
sommes les tisserands. Nous nous exprimons par les fils, par les lignes et les nœuds
de la fibre, par les motifs de couleur. L’étoffe parle et nous parlons à travers l’étoffe.
Nous en lisons le sens en même temps que nous en traçons les motifs. Le monde lui-
même est un motif, un arrangement. Les choses sont périssables ; les roches tombent
en poussière, l’eau part en fumée, les êtres humains deviennent des squelettes qui
retournent à la terre ; mais le monde, lui, se perpétue. Fibres et fils vieillissent et
sont remplacés, mais le motif demeure. Nous décédons, mais nous demeurons.

L ’ É T A T CO N N U SOU S le nom des Quatre Régions,


ou Tahuantinsuyu, est le plus vaste empire hégémo-
nique du continent. Cette immense fédération est dirigée
vivants. Il n’ont que très peu besoin de faire respecter
leur loi et se contentent d’envoyer des prêtres ou des of-
ficiels pour faire bénéficier les terres tributaires de la
par les Incas, la dynastie toute-puissante des Enfants du culture inca. Même quand ils ont dû écraser la résistance
Soleil, les plus puissants prêtres de ce monde. par la force armée, ils préfèrent se mêler le moins pos-
sible des affaires des peuples assujettis et les laissent se
Les seigneurs incas gouvernent les Quatre Régions de-
gérer comme ils l’entendent- tant qu’ils reconnaissent et
puis leur citadelle dorée de Qosqo. De là, ils contrôlent
adorent les Incas comme leurs maîtres divins.
la destinée de centaines de peuples et nations différentes
entre la mer du Sud-Ouest et la chaîne d’Antikuna, grâce à Partout où les Incas s’imposent, ils abolissent la mon-
un immense et subtil réseau d’influence culturelle et à la naie et le commerce. Le gouvernement des Tahuantinsuyu
force brute de leur héritage divin. Ils sont les maîtres in- gère tous les biens et services à travers ses bureaux lo-
contestés de toute ces terres. caux, et le seul tribut que les sujets des Incas sont cen-
sés fournir se compte en adoration et en corvées. C’est
un cycle d’échange sans fin, au sein duquel les Incas four-
LE DOMAINE nissent la prospérité, et le peuple fournit le labeur.

Les Incas
INCA La caste des Incas, seigneurs de Qosqo et souverains des
Quatre Régions, ne forme ni un peuple ni une nation, ou
du moins plus de nos jours. Une fois que leur pouvoir se
La dynastie inca descend des esprits célestes, du moins fut étendu au-delà de Qosqo, les Incas devinrent un sym-
c’est ce qu’elle prétend - sans avoir jusqu’ici été contes- bole, un ensemble de coutumes et de dogmes, qui façonna
tée. Son fondateur, le Fils du Soleil Manqu Qapaq, fit la civilisation des Quatre Régions. Ils sont la bannière qui
construire la citadelle de Qosqo par son peuple après que entraîne la nation, l’esprit qui conçoit le motif. Les vrais
sa famille sacrée fut descendue du monde spirituel. De citoyens des Tahuantinsuyu sont d’une immense diversité
Qosqo, la caste inca se répandit, portant la parole sacrée d’origines ethniques, et n’ont qu’une chose en commun :
à chaque nation, à chaque peuple, et les convertissant au la culture des Fils du Soleil.
culte des seigneurs incas.
Les Incas sont donc à mi-chemin d’une caste régnante et
La plupart de leurs sujets acceptèrent l’offre pacifique d’une classe sociale supérieure ; tous les chefs suprêmes
d’annexion des seigneurs incas. Ceux qui la refusèrent des Quatre Régions et de leurs provinces constitutives ap-
servirent d’exemple rapide et brutal. Ainsi, le pouvoir de partiennent à la même famille, qui est tout ce qui reste de
Qosqo crût et s’étendit, faisant de chaque territoire visité la tribu bénie qui jadis fonda Qosqo.
un nouveau tributaire.
Chaque seigneur inca est un Saint puissant, maniant
Les Incas ne sont pourtant pas des envahisseurs ni des des pouvoirs magiques qui rivalisent avec ceux des plus
conquérants. Simplement, ils enseignent aux autres tri- puissants esprits célestes. Les Incas prétendent que ces
bus leurs coutumes, garantissant que tous perpétuent pouvoirs leur viennent de leur sang divin, et s’en servent
leur culture et adorent leurs dirigeants comme des dieux pour renforcer leurs revendications de supériorité sur les

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les quatr e r égions

autres nations. Bien entendu, même au sein des Incas il y LA C H I NC H A YS UYU


a différents niveaux de pouvoir, et beaucoup de seigneurs La plus glorieuse des Quatre Régions, la Chinchaysuyu,
de la dynastie sont à peine plus forts qu’un prêtre ou ma- lieu de naissance de l’Inca suprême, est la deuxième plus
gicien moyen, tandis que les plus faibles d’entre eux sont, vaste des Tahuantinsuyu.
sauf en nom, de simples mortels. Quoi qu’il en soit, la plu-
part des prêtres incas peuvent contrôler jusqu’à un cer- La Chinchaysuyu doit son nom à la tribu des Chinchas, le
tain point les phénomènes climatiques et astronomiques, « Peuple de l’ocelot », une nation de marins qui ont accep-
et leur présence majestueuse impose d’emblée une cer- té pacifiquement la domination inca et ont de nos jours la
taine révérence. On peut raisonnablement postuler que mainmise sur les plus importantes routes commerciales
les esprits célestes eux-mêmes respectent et coopèrent des Quatre Régions. Ils représentent les Tahuantinsuyu à
presque d’égal à égal avec les seigneurs incas. l’étranger, de même que leurs navires de commerce sont
la première chose que voient les étrangers arrivant aux
Le grand Antikuna Quatre Régions en provenance du Nord.
La Chinchaysuyu et l’Antisuyu forment ensemble le
Le domaine des Incas a crû et s’est étendu autour de l’An- Hanan, c’est-à-dire la moitié « moderne » des Quatre
tikuna, la plus grande chaîne de montagnes du monde. La Régions, celle qui est associée à la dynastie inca Hanan à
présence de ce massif façonna les Tahuantinsuyu et leur laquelle appartiennent les monarques actuels de Qosqo.
civilisation, à tous les niveaux. Des pics infranchissables
Dans la Chinchaysuyu vivent également les Quitos, tribu
entre les régions donnèrent naissance à des cultures iso-
éponyme de la capitale et centre politique de la région,
lationnistes ; des températures mortelles et des hauteurs
et la glorieuse nation chimú de Chan Chan, qui pratiquait
inimaginables engendrèrent un peuple coriace et stoïque ;
le culte du soleil bien avant d’être subjuguée par les sei-
les paysages de montagnes enneigées encouragèrent une
gneurs de Qosqo. Ces deux nations sont aujourd’hui des
philosophie calme et réfléchie. Tous ces traits propres aux
sujets satisfaits des Incas et contribuent autant qu’elles
Quatre Régions ne viennent non pas des Incas, de leurs lois
bénéficient du prestige et de la gloire des Quatre Régions,
ou de leurs coutumes, mais des montagnes, et l’Antikuna
et en particulier de la Chinchaysuyu.
est autant le maître et un acteur des Quatre Régions que
les seigneurs incas eux-mêmes. Quito, sa capitale, ne le rend en taille et en prestige
qu’à Qosqo. C’est là qu’est né Huayna Qapaq, actuel mo-
Les Quatre Régions narque des Incas, juste après la soumission des Quitos
par son père, Tupac Yupanki le béni. En raison de cela, la
Chinchaysuyu est non seulement le joyau de la couronne
Les Quatre Régions (ou suyus) qui donnent leur nom à la
des Quatre Régions, mais aussi la région favorite des sei-
fédération furent établies après que Qosqo eut asservi les
gneurs incas, dans tous les domaines.
terres avoisinantes. Leur taille et leurs frontières furent
décidées en fonction des peuples qui les habitaient. L’ A NTI S UYU
Chacune des Quatre Régions est gouvernée par un apu L’Antisuyu est une région petite mais densément peu-
inca, un prince, enfant ou descendant du Sapa Inca, le mo- plée située à l’est de Qosqo. C’est la terre d’origine des
narque suprême de Qosqo. Elles sont divisées en dizaines Hauts Aymarás, les « gens de la montagne ». Elle constitue
de wamanis, ou provinces, elles aussi tracées en fonction la frontière orientale des Quatre Régions avec les jungles
des tribus ou nations qui les habitent. Chaque wamani est sauvages au-delà de l’Antikuna.
dirigée par un chef de guerre toqricoc, lequel relève de
Le nom « Antisuyu » vient d’ailleurs d’Antikuna, la
l’apu inca de sa région.
chaîne de montagnes sacrées qui borde chacune des
Chaque suyu abrite des nations différentes aux lan- Quatre Régions et a influencé toutes les tribus et cultures
gages différents diversement imprégnées de culture inca. qui l’entourent. L’Antikuna est la plus grande chaîne de
Parfois, certaines des Quatre Régions s’affrontent entre montagnes du monde et couvre presque toute la surface
elles, mais de tels conflits restent rares et s’éteignent ra- de l’Antisuyu.
pidement, l’animosité cédant à la loyauté commune, plus
L’Antisuyu et la Chinchaysuyu forment ensemble le
puissante et répandue, envers la couronne de Qosqo.
Hanan, c’est-à-dire la moitié « moderne » des Quatre
Régions, associée à la dynastie inca Hanan régnante.
Les montagnards haut aymarás sont les alliés les plus fi-
dèles de l’hégémonie inca et étaient déjà sujets des Incas
avant même la fondation des Quatre Régions.

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De nombreuses autres tribus peuplent l’Antikuna et la civilisation inca en quatre grandes parties. De nos jours,
la jungle sur son versant oriental ; elles sont soumises à la Kuntisuyu est toujours, malgré sa taille réduite, une ré-
divers degrés aux Tahuantinsuyu, mais les plus rebelles gion active, cosmopolite et peuplée.
d’entre elles tuent à vue les émissaires incas. Les seigneurs
incas ont lancé à plusieurs reprises des incursions contre
les tribus forestières les plus belliqueuses, mais sans suc-
cès : l’Antisuyu constitue aujourd’hui comme depuis des LA CULTURE
siècles la limite orientale de l’expansion inca.

L A Q UL LA SUY U
La Qullasuyu est l’équivalent au sud de la Chinchaysuyu
INCA
au nord ; c’est la plus vaste des Quatre Régions, occupée
par les nations des Aymarás méridionaux et des Quichuas Le territoire des Quatre Régions, malgré sa taille et sa
et par de nombreuses tribus nomades des plaines et des puissance, ne représente pas une nation unique ni homo-
rivières. La population de la Qullasuyu est peu dense et gène. Le seul trait commun unifiant les centaines de na-
parsemée, mais la région est presque aussi étendue que les tions différentes sous la même bannière est leur loyauté
trois autres réunies et couvre à elle seule toute la moitié envers les Incas et le respect de leur culture et de leurs
méridionale du domaine inca. coutumes. Or les Incas eux-mêmes se sont mélangés pen-
La Qullasuyu et la Kuntisuyu forment ensemble le dant des siècles à d’autres peuples ; ceux qui observent les
Hurin, c’est-à-dire la moitié plus « ancienne » des Quatre lois des Incas aujourd’hui ne sont donc plus les mêmes qu’il
Régions, associée aux antiques fondateurs traditionalistes y a mille ans de cela, lorsque Manqu Qapaq fonda la lignée
de la dynastie inca. inca. Par conséquent, la seule identité immuable et in-
changée, commune à toutes les tribus des Tahuantinsuyu,
C’est autour du lac Titicaca, l’un des plus importants est la culture inca.
sites des Quatre Régions, que la population de la Qullasuyu
est la plus dense. Les nations qui entourent le lac forment Cette culture est cependant diversement présente et
une grande fédération, qui rappelle celle des Aztèques au- s’affirme plus ou moins fortement parmi toutes ces na-
tour du lac de Texcoco ou celle des Itzás dans la région tions. Si certains peuples ne sont aujourd’hui plus que des
du lac de Petén, avec des cités-États riveraines distinctes clones culturels des Incas, d’autres se contentent d’utili-
partageant la même culture et le même langage. Les Incas ser certaines étoffes ou de vénérer certaines idoles, en sus
les appellent les Qullas, d’où le nom de la région. Eux, ce- de leurs coutumes locales souvent extrêmement variées.
pendant, se nomment les Aymarás, le « peuple qui pos- On ne peut donc dire qu’il existe une « culture des Quatre
sède la terre en commun ». Les Aymarás n’opposèrent pas Régions » unique, en dehors du culte des Incas.
de grande résistance aux Incas, qu’ils laissèrent traverser
leurs terres et agrandir le Qullasuyu bien au-delà, jusqu’à Pas un État, mais un domaine
la rivière Maulewu, des centaines de kilomètres plus au
sud. Les seigneurs de Qosqo ne s’identifient pas à une ethnie
C’est également dans le Qullasuyu que l’on trouve les ou à un peuple mais se voient comme les membres d’une
ruines de Tiwanucu, l’antique cité des grands ancêtres, famille aristocratique privilégiée. Pour les Incas, l’expan-
construite par les esprits quand ils se posèrent pour la sionnisme n’est pas un acte politique mais l’affirmation
première fois parmi les mortels au cours de l’âge précé- de leur supériorité spirituelle. Ils ne s’emparent pas de
dent du monde. Ce sont les habitants de Tiwanucu qui, des nations, mais invitent les peuples de ces nations à accep-
millénaires plus tard, formeraient la caste des Incas et re- ter leur qualité d’êtres supérieurs et donc à être bénis par
viendraient un jour sur leurs terres ancestrales pour les association.
réintégrer à leur domaine. Ainsi, la culture inca ne caractérise pas vraiment un
État, mais plutôt un domaine privé : une sorte de hacienda
L A KUNT I SUY U richissime dotée d’un propriétaire bienveillant, conscient
La plus petite et la plus faible des Quatre Régions. La des différences de classes mais magnanime envers ses do-
Kuntisuyu est un territoire côtier regroupant les terres mestiques. Les Incas voient le monde comme leur proprié-
de dizaines de nations différentes, dont les Chancas, les té et ses habitants comme leur suite. Cela implique qu’ils
Quechuas occidentaux, les Huancas et les Bas Aymarás. n’interfèrent ni dans l’identité, ni dans les coutumes ou la
Le Kuntisuyu appartient comme le Qullasuyu au Hurin. société des autres nations : ils comptent simplement être
Quand le seigneur inca Pachacútec établit la domination reconnus comme les maîtres du domaine, pour lesquels
inca sur les territoires conquis des Quichuas nazcas, il or- tout le monde travaille.
donna que leur région soit repeuplée de sujets venant de En conséquence, dans les Quatre Régions la plupart
tous le domaine inca, ce qui fut l’ébauche de la division de des concepts normalement associés à la notion d’identité

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les quatr e r égions

nationale unique - style architectu- LE M I T’ A même au moindre paysan de jouir


ral, langage ou système de troc com- La conséquence la plus évidente de certains biens et services de luxe,
mun - sont absents. En fait, il n’y de l’absence d’identité nationale certes de façon régulée par le gouver-
a même pas de monnaie dans les commune est le fait que la fédéra- nement, et ce malgré la séparation
Tahuantinsuyu, et les quelques États tion des Quatre Régions fonctionne de classe très marquée au sein des
qui s’en servaient y ont peu à peu re- sans aucune forme de monnaie. Quatre Régions.
noncé au fur et à mesure que leurs C’est aussi sa caractéristique la plus La hiérarchie gouvernementale et
voisins le faisaient. impressionnante. les postes officiels sont bien plus en-
On attend des sujets des Quatre Bien que le troc soit courant et en- cadrés et complexes que les classes
Régions qu’ils remplissent deux de- couragé, l’essentiel du commerce sociales, chaque dirigeant étant res-
voirs distincts : adorer les Incas, ce des Tahuantinsuyu prend l’aspect du ponsable d’un certain nombre de di-
qui n’est pas difficile à faire respec- service public obligatoire. D’autres rigeants subordonnés.
ter, vu que les Incas sont, pour ainsi biens et services sont échangés libre- Au sommet de cette hiérarchie se
dire, des êtres divins ; et travailler ment entre les paysans dans toutes trouve le Sapa Inca, l’« Inca véri-
pour eux, ce qui comprend aussi être les Quatre Régions, mais de tels table », qui gouverne la cité-État de
mobilisés pour participer aux guerres échanges ne jouent aucun rôle dans Qosqo. Le Sapa Inca est un être très
et aux énormes travaux d’ingénierie le système économique officiel de la puissant dans les veines duquel coule
organisés par leur suyu. Voilà à quoi fédération. le sang des esprits célestes dont le
se résume la culture inca, en tout et
Les seuls échanges que les sei- culte est la charpente de l’État.
pour tout.
gneurs de Qosqo autorisent et super- Puis, à la tête de chacun des quatre
Quelques traits culturels incas se visent sont les corvées paysannes au suyus, se trouve un apu inca ou
sont toutefois répandus tout natu- profit des Quatre Régions. En contre- « prince inca ». Les apu incas repré-
rellement dans les Quatre Régions, partie, les dirigeants de chaque ville sentent l’autorité suprême de leur
comme l’usage des quipus, les corde- ou cité garantissent que les besoins région respective et ne relèvent que
lettes de comptage, et certains motifs basiques de chacun soient satisfaits : du Sapa Inca.
textiles, ainsi que la lingua franca des nourriture, logement et vêtements.
Tahuantinsuyu, le runa simi ou « lan- Ils ont sous leurs ordres les toqri-
gage des paysans », que les Incas en- Ce système est connu sous le nom cocs de chaque wamani ou province,
seignent à leurs sujets non par per- de « mit’a », ou « tour de corvée ». correspondant aux nations distinctes
ception d’une identité commune mais Les fonctionnaires gouvernementaux au sein de chaque région. Chaque sei-
dans un objectif purement pratique supervisent le mit’a, les percepteurs gneur de guerre toqricoc a en général
de communication. d’impôts en sont les recruteurs, et la responsabilité d’une seule tribu ou
les paysans qui participent au ser- nation, mais certaines nations plus
En dehors de ces quelques aspects vice public obligatoire « payent leur importantes peuvent être réparties
culturels facultatifs, de la vénéra- mit’a ». en plusieurs wamanis et dépendent
tion et de la corvée dues, chaque na-
donc de plusieurs toqricocs. Ceux-ci
tion des Tahuantinsuyu conserve ses CLAS S E S S O C I A LE S sont des chefs militaires dont le rôle
propres coutumes, religions et styles, L’appartenance d’une personne à est de mener leurs sujets à la guerre.
et même ses propres lois. une classe sociale dépend des tâches Tous les apu incas et toqricocs appar-
qui lui sont assignées. Les gens du tiennent à la caste inca et sont pa-
La société commun devant payer leur mit’a - rents, ne serait-ce que de loin, des
en quelque sorte, les contribuables - seigneurs de Qosqo.
Les Quatre Régions sont largement forment une première classe sociale.
pacifiques et indifférentes au reste Les fonctionnaires gouvernementaux Sous les ordres des toqricocs
du monde, ne serait-ce qu’en raison chargés de les superviser en forment opèrent les curacas, seuls dirigeants
de leur isolation relative. Il y a bien une autre. Les classes les plus éle- non incas autorisés dans les Quatre
entendu de grandes différences so- vées sont constituées des dirigeants Régions. Un curaca supervise une
ciétales entre chaque région ou d’une de chaque cité et wamani, qui tous seule ville ou cité, ou bien un groupe
cité à l’autre, mais le règne inca et la appartiennent à la caste des Incas fixe de travailleurs paysans. Il a pour
prospérité qu’il a apportée, en même et sont liés les uns aux autres. Les charge concrète de faire respecter le
temps que l’absence de soucis écono- membres de chaque classe n’ont pas paiement du mit’a et de satisfaire les
miques et la réduction des conflits le droit de se marier ou de se repro- besoins de base de la population.
militaires, font que la plupart des ha- duire, ni en certains cas d’interagir, Un curaca vient toujours de la no-
bitants des Quatre Régions baignent avec des membres d’autres classes. blesse de son propre peuple, gou-
dans une sorte d’état général de sa- verne selon les lois et coutumes de
Cette organisation simple fonc-
tisfaction et d’insouciance. ce peuple et gère les affaires locales
tionne étonnamment bien et permet

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comme il l’entend. Son devoir envers occasions spéciales, et les momies LE S TR O I S D I R E C TI VE S
les Quatre Régions se résume à ga- l’accompagnent cérémonieusement à Il n’existe pas de système de lois
rantir la participation à la corvée des chaque déménagement. commun aux Quatre Régions. Chaque
travailleurs et à veiller au bonheur wamani est gouvernée selon les lois
Les momies sont vues et traitées
de ces derniers. et coutumes propres aux nations qui
comme des membres vivants du clan,
Le pouvoir d’un curaca dépend du réellement présents. Elles sont même l’habitent. Cependant, le gouverne-
nombre de travailleurs dans sa juri- respectées pour les avis qu’elles ment inca impose à ses sujets trois
diction, c’est-à-dire du nombre d’ha- donnent. Elles servent de moyen de directives. Ceux qui les enfreignent
bitants de sa cité. Une nation plus po- communication avec l’esprit du dé- méritent la peine de mort. Elles re-
puleuse confère à son curaca plus de funt, qui peut ainsi continuer à par- présentent ce qui se rapproche
pouvoir et d’influence. ler à ses descendants et contribuer à le plus d’un code pénal pour les
la prise de décision au sein du clan. Tahuantinsuyu.
Certains paysans ont eux aussi des
Les momies des nobles prennent part Ces trois directives sont :
tâches plus importantes, comme les
aux conseils gouvernementaux, re-
yanas, qui forment la suite et la do- ■ Ama sua : « Ne pas voler » ;
çoivent des repas rituels quotidiens
mesticité des seigneurs de Qosqo et
et sont l’objet du culte des ancêtres. ■ Ama illula : « Ne pas mentir » ;
de chaque wamani. Ils sont censés
Certaines ont acquis une grande puis-
couper tout lien avec leurs familles ■ Ama qella : « Ne pas fainéanter ».
sance dans le monde spirituel et sont
et en viennent à former une classe
devenues des saints vénérés dans Elles signifient, fondamentale-
sociale entièrement neuve. Une autre
l’ensemble des Quatre Régions. ment, que le gouvernement de Qosqo
catégorie de fonctionnaires paysans
est formée des camayus, des bureau- LE MIT M A Q considère que le vol, le mensonge et
crates chargés d’aider à l’accomplis- la paresse dans l’accomplissement de
La pratique du mitmaq est un en- la corvée sont des crimes capitaux,
sement des fonctions gouvernemen-
semble de coutumes, d’expérimenta- punissables de mort ou de mutilation
tales - travaux publics ou tenue des
tions sociales et de politiques gouver- - quelles que soient les lois locales.
archives - dans une cité.
nementales liées aux classes sociales
Enfin, tout en bas de la hiérarchie et unique aux Quatre Régions.
Le langage
se trouvent les paysans « contri-
Quand les seigneurs d’une wa-
buables », les mit’ayus ou « travail-
mani estiment que leur province Il existe des centaines de langues
leurs du mit’a ». Ils forment la classe
manque des travailleurs adéquats diverses, apparentées ou non, dans
sociale la plus nombreuse mais la
ou au contraire que leurs citoyens les Quatre Régions. Cependant, les
moins puissante des Quatre Régions.
sont trop indisciplinés, ils peuvent Incas ont enseigné à leurs sujets un
Chaque ayllu, clan ou communauté de
demander le mitmaq, c’est-à-dire le dialecte commun, le runa simi, ou
mit’ayus, a un chef unique ou « chef
transfert de citoyens loyaux d’une « langage des paysans ». La plupart
de famille » responsable du compor-
autre province à la leur. Les familles des gens le parlent en plus de leurs
tement de ses membres, et qui leur
soumises au mitmaq sont forcées de propres langues maternelles, dont
sert de porte-parole auprès de leur
se déplacer et de se réinstaller ail- certaines ,en particulier dans le
curaca ou des camayus.
leurs, devant ainsi changer entiè- Qullasuyu autour du lac Titicaca, en
Les ayllus sont des familles élargies rement de patrie, de province ou de sont de toute façon très proches.
qui constituent la cellule de base de cité, et ce afin que leurs travailleurs
l’organisation des Quatre Régions ; de la mit’a soient en mesure de par- Les Incas disposent d’une autre
une ville est formée de plusieurs ayl- ticiper à un projet spécifique ou que langue secrète et réservée à la no-
lus, plusieurs villes forment un wa- leur présence réduise l’acuité de tel blesse inca et à leurs domestiques
mani, et plusieurs wamanis rassem- ou tel problème, comme la dépopula- yanas : le qapaq simi. Seuls les
blées forment un suyu - l’une des tion ou des troubles sociaux. Les ci- membres de la caste inca sont auto-
Quatre régions. toyens transférés de cette manière risés à enseigner ce langage, et seuls
sont des « transportés », les mitmaq d’autres Incas ainsi que leurs servi-
L E S M O M I ES ayuks, et doivent se distinguer des teurs yanas le sont à l’apprendre.
Contrairement à la plupart des locaux pour faciliter le recensement.
cultures du monde, les Incas et leurs
Les Incas et les toqricocs des Quatre
sujets accordent aux momies, les
Régions ont tendance à résoudre les
morts ancêtres d’une famille une
problèmes sociaux via l’usage du mit-
classe sociale à part. Dans certaines
maq, ce qui présente l’avantage in-
nations, les momies vivent même au
duit d’intégrer des populations diffé-
sein de la famille tout au long de l’an-
rentes sous une règle sociale unique.
née. La famille les nourrit pour les

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les quatr e r égions

L I ST E DES LANGUE S DE S QU ATRE RÉ GI O NS


Tous les sujets des Quatre Régions sont supposés connaître le runa simi. Prononciation
Cette liste comprend en outre certains des langages des autres tribus locales du runa simi
les plus répandus, dont plusieurs sont très similaires au runa simi ou entre
eux, tandis que d’autres sont mutuellement inintelligibles. Le runa simi n’est pas un
La section « Tribus », page 89, décrit la plupart des peuples mentionnés dans langage écrit, il n’y a donc
cette liste. pas de façon « correcte » de
le transcrire. Cependant, vous
pouvez le prononcer correcte-
ment si vous suivez ces lignes
LANGAGE LOCUTEURS
directrices :
■ Les voyelles sont mono-
Runa simi Les Incas tones. A, E, I, O, U se pro-
noncent A, É, I, O, OU.
Qapaq simi Les Incas (l’aristocratie seulement) ■ Le HU et le W sont in-
terchangeables et se pro-
Aymará Les Aymarás noncent toujours W :
TaHUAtinSOUyou.
Quichua Les Quichuas
■ Le Q et le K sont inter-
changeables et se prononcent
Huanca Les Huancas
toujours K :

Chanca Les Chancas ■ KApak SImi pour Qapaq


simi.
Qingnam Les Chimús ■ Prononcez le LL comme
un J : KOUjahSOUyou pour
Chincha Les Chinchas Qullasuyu.

Les Asháninkas 1 ■ Le CH se prononce comme


Asháninka
en français (CH et non pas
TCH) : chinCHA.
Mapudungun Les Mapuches 1
■ Prononcez le Ñ comme le
Lenca Les Lencas 2 GN français : POUygnou.
■ Prononcez le R comme
Muysc cubun Les Muiscas 2
le R français ou un H dur :
ROUna SImi.
¹ Cette nation a une frontière commune avec les Quatre Régions mais n’en fait pas vraiment partie.
² Nation du Nord, voisine des Quatre Régions, mais sans lien avec elles.

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N O MS DES Q UATRE RÉ GIONS Ce tableau indique les mots les plus couramment utili-
Dans la culture inca, les noms sont descriptifs. Par sés dans les noms en runa simi, dans l’ordre de leur sens
exemple : « Celui qui marche d’un pas léger » ou « Celle français. Il peut aider la meneuse et son groupe de joueurs
qui veut se battre ». Cette coutume s’est répandue dans les à choisir des noms pour les personnages ou les endroits.
Quatre Régions en même temps que le runa simi.

FRANÇAIS RUNA SIMI FRANÇAIS RUNA SIMI FRANÇAIS RUNA SIMI

En colère Piñasqa Luciole Tutakuru Sentier Ñan

Flèche Chuki Poing Saqma Patient Muchuq

Automne Chirawa Volant P’awaq Fier Qusisca

Fléau Soq ana Or (le métal) Qori Pur Ch’uya

Grand,
Ours Ukuku Hatun Pluie Para
grandiose

Oiseau Wallpa Gardien Qahuac Émergeant Hatariq

Saignant, personne Beau,


Yawarchaq K’acha Coureur Pawaq
qui saigne séduisant

Courageux Sinchi Guérisseur Hanpiq Chercheur Masqaq

Déferlante Ch’eqtaq Cœur Sonqo Brillant K’anchaq

Brillant Illachiq Jaguar Uturuqu Chanteur Takiq

Chéri, adoré Muchayasqa Justice Qusqachay Petit Huch uy

Choisi, élu Aqllasqa Feuille Rap’i Serpent Machaqway

Condor Quntur Vie Kawsay Neige Rití

Cramoisi, pourpre Sansi Lumière K’ancha Printemps Tarpuy pacha

Obscurité Tutayaq Éclair, foudre Illapá Pierre Rumi

Dragon Amaru Long Suni Été Poqoy

Amant,
Crépuscule Inti hayquy Munaq Arbre Mallki
amante

Séisme Pachaquyuy Marqué Sanan pasca Marcheur Pureq

Dévoreur Mikuuq Puissant Atipaq Fortuné, riche Qolqeyoc

Murmurant,
Élégant Qachay Miroir Lirpu Chiwi wiwiq
chuchotant

Braise Sansa Brume P’uyu Ocelot Les Chinchas

Ennemi Awka Lune Qilla Sage Hamut’aru

86
les quatr e r égions

Les dieux
LA RELIGION Bien que les seigneurs incas personnifient la religion
des Quatre Régions, ils ne doivent leur suprématie qu’à la
grâce d’un être encore plus puissant qu’eux : Wiracocha,
Les Incas sont le seul peuple du continent à adorer les le dieu créateur suprême.
dieux dans le même sens que dans l’Ancien Monde : des Tous les peuples qui adorent les Incas doivent aussi
entités créatrices intemporelles relevant de la nature cos- vénérer les dieux qui les ont mis là, en premier lieu
mique plutôt que de la légende héroïque. Wiracocha et Inti, le Soleil. D’ailleurs la plupart des na-
Cependant, comme les autres tribus du Nouveau Monde, les tions des Quatre Régions adoraient déjà ces dieux avant
Quatre Régions vénèrent aussi des saints semi-divins et les an- l’arrivée des Incas. La Pachamama, déesse et incarnation
cêtres. Chaque cité et chaque famille des Tahuantinsuyu a un du monde mortel, est la divinité favorite du peuple, par-
saint protecteur, en général une momie ou un autre ancêtre tout dans les Quatre Régions.
défunt. Ces esprits protègent la communauté en échange de
cette vénération et d’offres modestes de nourriture. WI R A C O C H A
C’est le nom que donnent les Incas à l’esprit tout-puis-
Mais le culte rendu aux Incas eux-mêmes est primor- sant de l’univers et de la magie. Les larmes de Wiracocha
dial. Le règne des Incas ne repose que sur leur statut divin. sont la pluie, ses poings apportent le tonnerre et son
Tous les habitants des Quatre Régions ont pour obligation souffle donne vie à tous les êtres. Il vint de la mer pri-
d’adorer les Incas et de les reconnaître comme des êtres su- male avant la naissance du monde et ordonna aux saints et
prêmes, ce qui fait d’eux des « ancêtres vivants », des saints aux esprits de créer celui-ci. D’après les Incas, les Quatre
que vous pouvez voir et écouter - ou, si vous ne le pouvez Soleils des temps anciens vinrent et repartirent par ordre
pas, vous savez du moins qu’ils sont là, quelque part, fou- de Wiracocha. Tezcatlipoca lui-même n’est peut-être que
lant le même sol que vous et prêts à vous envoyer des sol- l’un de ses nombreux aspects.
dats à tout moment, si vous leur en donnez une raison.
Certaines tribus du Mayapan, comme les Quichés, le
Presque aucun habitant des Quatre Régions n’adore les connaissent sous le nom de Tepeu, et admettent qu’il
dragons, bien que leur grande puissance soit reconnue. ait pu « s’avérer utile » en aidant Kukul Kaan à créer le
Les dragons n’ont pas jugé bon de se mêler des affaires monde. Pour les Incas, tous les dragons, esprits et forces
des sujets des Incas, étant donné la puissance divine sans de la nature ne sont que de simples exécutants de la vo-
rivale de ces derniers - à moins que ce ne soit une autorité lonté de Wiracocha, des extensions de son être.
supérieure qui leur ait ordonné de s’en abstenir.
Manqu Qapaq et les Ayars, ses enfants, furent les seuls
Le culte des Incas survivants de la disparition du dernier soleil. Ils sont les
esprits envoyés par Wiracocha pour repeupler le monde
après que ce soleil eut été détruit par le déluge.
Le coeur et la base de la religion des Quatre Régions sont
les seigneurs incas, semi-immortels eux-mêmes, au point Les plus grands temples et effigies de Wiracocha se
que la plupart des étrangers voient les Quatre Régions trouvent à Qosqo et dans les cités où les Incas ont une pré-
simplement comme « la civilisation inca ». Le Sapa Inca sence effective, puisqu’il est considéré comme le protec-
et les Incas de chaque suyu ont des statues et des cha- teur de leur lignage.
pelles qui leur sont dédiées dans la plupart des villes des
Tahuantinsuyu, et chaque citoyen sait qu’il a un devoir I NTI
de loyauté envers ces êtres semi-divins, en même temps Inti, le Soleil, ou plus précisément, le Cinquième Soleil,
proches et si lointains, dont dépend sa subsistance. actuel soleil de la création, est le fils aîné de Wiracocha.
C’est sous ses ordres qu’il voyage d’est en ouest pour éclai-
Les seigneurs incas méritent amplement leur statut
rer le monde. Puisque Wiracocha s’est servi de la lumière
d’êtres divins, vu que leurs pouvoirs égalent souvent ceux
d’Inti pour guider les ancêtres des Incas jusqu’à ce monde
des saints eux-mêmes. Ils prétendent d’ailleurs descendre
mortel, ils se qualifient tous d’« enfants du Soleil », car
directement d’esprits célestes, via leurs ancêtres fonda-
leur essence contient un peu de la lumière céleste d’Inti.
teurs, les frères Ayar, enfants du dieu créateur Wiracocha.
Toutes les cités des Tahuantinsuyu révèrent Inti à tra-
Comme le veut la légende, le clan des Ayars prit pied dans
vers leur art, leur imagerie et leur architecture.
le monde mortel pour fonder un lignage destiné à régner
sur l’humanité au nom de Wiracocha. Le plus illustre d’entre I LLA PA
eux, Ayar Manqu, qui prendra plus tard le titre de Manqu
Illapa est le dieu du tonnerre, de la foudre, de l’arc-en-
Qapaq (« Seigneur Manqu »), fut le premier Inca. Tous les
ciel. Il est le maître de la grêle et de la pluie. Il est asso-
Incas, seigneurs de la tribu inca et désormais de l’ensemble
cié au puma. Il est parfois un messager du Soleil. Il peut
des Quatre Régions, sont ses descendants en ligne directe.

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se montrer tout aussi bienveillant que destructeur. Dans la magie émanant des mondes du Feu, de l’Eau ou de la
ses représentations, il porte des vêtements brillants, tient Mort sont vus comme des païens ou des êtres mauvais. Il va
une lance dans une main et une fronde dans l’autre. sans dire que tous les Incas héritent leurs pouvoirs du Ciel.

M A MA Q UI LLA Les huakas


La mère Lune, soeur et épouse d’Inti, reçut également
l’ordre d’éclairer le monde, et ce fut son utérus qui porta C’est la dénomination collective des esprits des choses et
les Ayars avant qu’ils ne soient envoyés dans le monde des lieux, des esprits de la nature et des saints ancestraux.
mortel. Elle créa toute la beauté, tout le mystère et tout Ils jouent le rôle de protecteurs particuliers à chaque cité,
l’amour, toujours sous les ordres de Wiracocha. chaque tribu ou chaque monument des Quatre Régions. Le
Il existe peu d’idoles ou d’images de Mama Quilla, mais huaka d’une fleur est frêle et éphémère, mais celui d’une
ses temples sont très populaires auprès des femmes de montagne est colossal et antique. L’ancêtre d’une famille
toutes les nations et de toutes les classes sociales. de basse extraction devient un huaka faible, tandis que
celui d’une dynastie inca est aussi puissant qu’un saint.
PA C HA M A M A
Tous les sujets des Quatre Régions sont obligés d’adorer
Pachamama est le monde ; elle est en fait la créatrice du les Incas et leurs dieux, mais chaque nation est autorisée
monde mortel lui-même, la mère de tous les êtres vivants. à vénérer en outre ses propres saints, ancêtres et huakas.
De la même façon qu’Inti et Mama Quilla donnèrent nais-
sance aux esprits ayars et aux Incas, Pachamama donna
naissance aux humains mortels, tout comme aux oiseaux,
Le sacrifice
aux arbres, aux fleurs et aux bêtes, à partir de graines
que Wiracocha avait planté en elle. Les enfants de Mama Les peuples des Quatre Régions pratiquent le sacrifice
Quilla sont peut-être les favoris de Wiracocha, mais c’est humain, mais pas de façon aussi répandue ni aussi régu-
Pachamama qu’Il aime le plus. lière que d’autres. Les sacrifices ne sont organisés qu’en
de rares occasions spéciales, comme un désastre naturel
La magie céleste ou la mort du Sapa Inca. Les victimes sont en général
des enfants choisis pour leur beauté et leur pureté.
Pour les Incas, il n’y a qu’un seul au-delà : le Ciel. Les esprits exigent ces sacrifices pour compléter
Inti, Mama Quilla et les légendaires Ayars viennent leurs effectifs après de tels événements monumentaux
tous du Ciel, de même que s’y rendent à leur - sécheresse, famine, séisme ou éruption volcanique -
mort tous les ancêtres vénérés et que de là- lesquels ont sur le monde spirituel un impact sou-
haut, ils s’adressent aux mortels. Toute
la magie des prêtres incas vient du Ciel

et de ses forces et se mani-


feste en effets célestes, liés au climat, au vent aussi fort que sur le monde mortel.
firmament, aux étoiles et à la lumière. L’ordre des prêtres aqllas, également appe-
Les Incas reconnaissent l’existence d’autres lés les Vierges du Soleil, recrute dans les fa-
au-delàs dans des mondes souterrains mais milles locales garçons et filles sur des critères
les évitent consciemment, et exigent de de beauté. Ils passent le reste de leur vie en
leurs sujets de ne pas brûler ni noyer les « se sacrifiant aux esprits » dans des temples
victimes de sacrifices, car elles risqueraient où on leur enseigne à « épouser les esprits ».
alors de ne pas « monter au Ciel ». Certes, Quand ils atteignent l’âge adéquat, quelques
les « autres » mondes spirituels existent, rares apprentis aqllas sont choisis pour le
mais il est préférable de n’avoir aucun sacrifice humain et offerts aux dieux, aux
contact avec eux. Les magiciens pratiquant Incas ou aux esprits huakas.

88
les quatr e r égions

Les tribus des


Quatre Régions
L E S Q U A TR E R ÉGIONS sont peut-être la fédération
la plus ethniquement diverse du monde. Des cen-
taines de différentes tribus et nations coexistent sous le
Au-delà des frontières des Quatre Régions, les tribus
asháninkas et mapuches résistent encore et toujours au
joug inca. Certaines de leurs cités sont déjà tombées aux
règne des seigneurs incas, mêlant leurs langues et leurs mains des seigneurs des Quatre Régions, mais la plupart
coutumes à celles que leur imposent les Incas. défendent encore leurs frontières contre l’annexion. Plus
au nord, les Lencas et les Muiscas sont les plus proches
Il n’y a pas, au sein des Quatre Régions, d’« États indé-
États indépendants connus des Quatre Régions, bien que
pendants ». La plupart des tribus disposent d’un certain
le commerce ou les contacts avec eux soient rares et d’am-
degré d’autonomie, mais toutes appartiennent aux Incas
pleur limitée.
et aux Tahuantinsuyu et doivent obéissance à la volon-
té suprême des saints vivants incas. Elles conservent ce- Ci-après sont décrites les plus importantes tribus des
pendant leur nom et leur identité. En outre, certaines na- Quatre Régions ou voisines de celles-ci.
tions subordonnées aux Incas, comme les Aymarás et les
Chimús, sont manifestement plus puissantes que d’autres.

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LES INCAS
F O R M A N T L A NAT ION LA PLUS PUISSANTE des
Tahuantinsuyu, les Incas sont issus des Puqinas, une
petite tribu de la région du lac Titicaca. Après une guerre
des Ayars, emmenée par l’Inca appelé Roca, qui déposa
l’usurpateur Qispe Yupanki et établit la nouvelle lignée
inca, les Hanans, ou « nouvelle dynastie ». Ce furent les
perdue contre des tribus aymarás, les Puqinas furent for- Hanans qui, récompensés par Wiracocha Lui-même, ren-
cés à émigrer vers le nord, mais le clan béni des Ayars, forcèrent le pouvoir suprême des Incas et créèrent la fé-
incarnations d’esprits célestes, les accompagna et prit dération des Quatre Régions.
leur tête. Sous le règne d’Ayar Manqu, le Premier Inca, les
Les seigneurs incas ne peuvent pas se marier en dehors
Puqinas érigèrent la cité sacrée de Qosqo, qui dès lors de-
de la caste et encore moins en dehors de la tribu, et cer-
vint leur capitale. De Qosqo, ils entreprirent leur expan-
tains d’entre eux, chez lesquels le sang venu des esprits ou
sion lente mais régulière, absorbant d’abord leurs voisins
des ancêtres incas s’est trop dilué, se sont vus interdire de
les plus faibles, puis vainquant et conquérant des États
se reproduire.
plus puissants, non pas tellement par la force des armes
que par la conversion à leur mode de vie et au culte des H UA YNA Q A P A Q
seigneurs incas. Le temps passant, les Incas subjuguèrent
Huayna Qapaq, le Sapa Inca actuel, Vrai Souverain, Fils
la plupart des villes voisines et acquirent assez de puis-
aîné du Soleil, Grand Souverain de Qosqo, Dieu vivant et
sance pour rivaliser même avec les Aymarás de Titicaca.
chef suprême des Quatre Régions, est un puissant mo-
C’est ainsi que la tribu des Puqinas disparut et que com-
narque qui a agrandi les Quatre Régions en ordonnant la
mença le règne des Incas.
conquête des territoires méridionaux jusqu’aux rives de
Les Incas sont civilisés, fiers et respectueux de la loi. la Maulewu.
Ils pratiquent fanatiquement le culte de leurs seigneurs,
Comme tous les Sapa Incas, ses prédécesseurs, Huayna
qui aujourd’hui encore sont tous, ainsi que leurs familles,
Qapaq jouit d’un immense pouvoir sur le ciel, le climat et
issus de la tribu. Ils furent les premiers à pratiquer la cor-
les corps célestes, comme en témoignent ceux qui ont osé
vée mit’a, le système de réinstallation obligatoire mitmaq
le défier, s’ils se sont remis de la terreur qui les a frap-
et le culte des Incas en tant que saints vivants ; ce furent
pés. L’illustre aïeul de Huayna, Inca Pachacútec, « Celui
eux également qui développèrent les mathématiques et
qui ébranle le monde », fut le fondateur et l’organisateur
l’astronomie, les techniques complexes de tissage et de
des Tahuantinsuyu et le plus puissant Sapa Inca de mé-
teinture, les cordes nouées quipu pour le comptage, et
moire d’homme.
les rites de communication avec les momies des ancêtres.
Ils enseignèrent tout ceci aux tribus qu’ils rencontraient, Huayna Qapaq a hérité du trône de son père Tupac
dont la plupart se joignirent librement à eux, reconnais- Yupanki alors qu’il était encore enfant, mais s’est rapide-
sant la supériorité de leur civilisation - ou se soumettant ment attiré le respect de ses sujets en tant que souverain
à la puissance supérieure des demi-dieux incas. sage et décidé à la fois. Descendant fidèle et loyal de la dy-
nastie inca, il éprouve toutefois une réelle affection pour
Les seigneurs incas la wamani de Tomebamba, dans la Chinchaysuyu. D’aucuns
disent qu’il serait même né là-bas, pendant les conquêtes
Bien entendu, aussi avancés qu’ils soient sur les plans de son père. Quoi qu’il en soit, Tomebamba est aussi le site
scientifiques et culturels, il est hors de doute que le pou- de sa propre grande victoire contre les rebelles quitos. Il
voir et la supériorité des Incas soient dus surtout à leurs a fait rebâtir la ville, en en faisant une capitale secondaire
seigneurs. des Tahuantinsuyu, et y passe le plus clair de son temps.
Toutes les Quatre Régions le vénèrent comme une divinité
Maîtres incontestés de Qosqo et des Quatre Régions de- suprême, mais les plus grands temples et statues qui lui
puis un demi-millénaire, les seigneurs incas forment une sont dédiés se trouvent à Tomebamba.
caste issue de croisements entre des chefs incas et des
membres du clan des Ayars, venu du monde spirituel. Les LA C O UR D E S I NC A S
individus nés de ces unions sont des demi-esprits dotés Les Incas sont conseillés et assistés par un cercle res-
d’un immense pouvoir divin et de la capacité à susciter la treint d’individus choisis, eux-mêmes tous de sang inca.
loyauté par leur simple apparition. Ces grands aristocrates résident tous à Qosqo et la plu-
Il y eut deux dynasties de monarques incas : les Hurins, part y sont nés, bien qu’ils représentent tous les peuples
ou « ancienne dynastie », qui régnèrent de l’époque de et provinces des Tahuantinsuyu.
Manqu Qapaq à celle de la guerre civile entre Incas, il y a D’abord vient la coya, ou Mama Coya, l’épouse du Sapa
deux siècles de cela ; puis une autre faction de descendants Inca et la mère de ses enfants. Certaines coyas ont été plus

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les quatr e r égions

puissantes que leurs maris et se sont af-


fublées elles-mêmes du titre d’Inca. En
tout cas, leur autorité et leur prestige sont
aussi grands que ceux de l’Inca, même si
elles n’ont pas toujours le pouvoir déci-
sionnel en dernier ressort.
Puis vient l’Inkap Rantin, premier
conseiller de l’Inca, habilité à lui succé-
der en cas de mort sans descendance, et
le Willaq Umu, grand prêtre ou grande
prêtresse chargés de diriger le culte de
l’Inca et des dieux ainsi que de communi-
quer avec les esprits et les ancêtres.
Viennent ensuite les autres membres
du conseil, des nobles incas représentant
les quatre quartiers de Qosqo, les Quatre
Régions et les deux dynasties (Hanan et
Hurin). Ils parlent au nom de leurs peuples
respectifs et en défendent les inté-
rêts, avant et après chaque déci-
sion de l’Inca. Tous ces nobles
sont de sang inca, ce qui signi-
fie qu’ils ont un pied dans le
monde des esprits. Les apu incas,
les chefs de guerre toqricocs et les gé-
néraux des Quatre Régions relèvent tous
de ce conseil.
Les mallki - les momies des glorieux an-
cêtres de l’Inca - prennent parfois part
au conseil, prodiguant leurs précieux
conseils d’outre-tombe.

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LES PEUPLES SUJETS
C O M M E D I T PLU S HAUT, il existe des centaines
de tribus et cultures différentes dans les Quatre
Régions. Beaucoup sont plus puissantes que les Incas eux-
La coca sacrée confère aux humains des pouvoirs mentaux
et physiques accrus, dont la capacité à supporter le froid
extrême et le rude terrain des montagnes de l’Antikuna.
mêmes, bien qu’elles leur soient soumises ; d’autres en Les Aymarás l’ont exportée aux quatre coins de la fédé-
revanche ne possèdent qu’une seule cité, voire aucune. ration et même les seigneurs incas s’en servent fréquem-
Si la plupart ont conservé leurs coutumes et leur identi- ment dans leurs rites.
té, quelques-unes ont cependant perdu quasiment toute
particularité culturelle en s’éparpillant parmi les autres Les Chinchas
peuples des Quatre Régions.
La description des plus grandes et plus importantes tri- Les Chinchas, « Peuple de l’ocelot » ou « Peuple des ra-
bus vivant sous la domination inca figure ci-dessous. deaux », sont des marchands et marins talentueux dont
les routes commerciales s’étendent des Quatre Régions
Les Aymarás aux terres des Lencas, loin au nord. Ils étaient connus
et appréciés de la plupart des nations riveraines de la
mer Occidentale des siècles avant la création des Quatre
Seuls véritables rivaux des Incas pour le pouvoir su-
Régions et le restèrent après l’essor de Qosqo, ayant pu
prême au sein des Quatre Régions, les peuples aymarás
conserver le droit d’échanger librement même avec des
se répartissent sur un territoire couvrant toute la chaîne
tribus hors de la juridiction inca.
de l’Antikuna, la plupart des vallées avoisinantes et le lac
sacré de Titicaca, berceau de la civilisation. Ils formaient Ils vivent le long de la côte, entre la vallée de Chincha
la principale puissance politique de l’Antikuna avant l’es- (au nord) et celle de Yauca (au sud), et sur les îles Chincha
sor de Qosqo, mais leurs tribus étaient si diverses et in- de la mer Occidentale, d’où ils pratiquent le commerce
dépendantes qu’elles furent incapables de s’unir pour des coquillages, l’une des ressources les plus demandées
résister à leur soumission par les Incas. Cette même di- des Quatre Régions. Ils contrôlent une flotte de milliers
versité est pourtant aujourd’hui leur force principale. Les de radeaux de transport mus à la voile - une technologie
Aymarás et leurs coutumes sont en effet présents dans presque inconnue sur le continent -, leur permettant de
chaque province, au sein de chaque armée, de chaque couvrir de vastes distances. Grâce à leurs activités mar-
communauté et groupe de mitmaq réinstallé, dans tout le chandes et à leur mainmise sur la plupart des ressources
domaine. Il existe fort peu d’endroits des Tahuantinsuyu en coquillages, les Chinchas sont en bons termes avec
qui ne possède son ayllu ou sa ville aymará, et bien qu’il toutes les nations côtières tant amies qu’ennemies des
leur soit toujours virtuellement impossible de se rassem- Tahuantinsuyu, dans un rayon de 500 km à partir de leurs
bler en un seul État, cela coûte aux Incas des efforts de îles.
ségrégation titanesques. Si jamais la nation aymará par-
En raison de la puissance diplomatique et économique
venait à s’unir, ce ne serait pas simplement une menace,
des Chinchas, le gouvernement des Quatre Régions ac-
mais la fin certaine de la fédération des Quatre Régions. Et
corde à leur province divers privilèges. Son chef de guerre
les Incas en sont conscients.
toqricoq est un des plus respectés, après les Incas eux-
Les Aymarás occupent toujours sept puissantes ci- mêmes. Aussi puissants dans le domaine spirituel qu’ils
tés-États autour du lac Titicaca, au coeur de la Qullasuyu. ne le sont dans celui du commerce, ils rendent un culte
Elles commercent entre elles ou se font la guerre comme aux étoiles du Ciel et aux esprits animaux. La plupart des
elles l’ont fait pendant des siècles, indifférentes à la vie prêtres chinchas sont des magiciens nahuals jaguars ou
politique globale des Tahuantinsuyu. Via le mitmaq, les ocelots.
Incas ont déplacé beaucoup de leurs habitants afin d’éro-
der l’unité de la tribu et sa concentration en un endroit,
mais le lac Titicaca reste malgré tout le centre de la
culture aymará.

L A F EUI L LE SACRÉ E
Les montagnards aymarás furent les premiers à décou-
vrir et à utiliser les feuilles de la plante sacrée de la coca
comme ingrédient alchimique d’innombrables recettes de
potions, rites magiques, boissons et aliments revigorants.

92
les quatr e r égions

Les Chimús Les Huancas

Nation la plus nombreuse des vallées du nord du À mi-chemin de la côte et des régions de l’intérieur,
Chinchaysuyu, formant l’une des plus glorieuses cultures une vaste vallée dissimulée, protégée des Aymarás et des
des Quatre Régions, les Chimús de Chan Chan, adorateurs Qullas, en vue de l’Antikuna et des ruines de Tiwanaku,
du tonnerre, étaient sur le point de devenir la puissance s’étend entre les terres des Chimús et celles des Incas.
dominante du Nord quand les Incas les assujettirent. Les C’est la vallée de la Hatunmayu, la plus grande rivière du
Chimús furent les seuls à jamais opposer une résistance massif de l’Antikuna. Elle abrite les terres les plus fertiles
sérieuse à la puissance de Qosqo. Ils ne se soumirent connues de l’humanité.
qu’après avoir été témoins de première main des pouvoirs
Dans cette vallée paradisiaque où toutes les récoltes
des conquérants incas.
poussent comme par magie, atteignant des tailles et une
Ils étaient pionniers dans les domaines de l’hydraulique, diversité dont nulle part ailleurs on n’oserait même rêver,
de la joaillerie avancée et de l’organisation économique. la tribu des Huankas construisit ses cités, peuplées de gens
Ils possédaient une administration du tribut déjà puis- prospères et dirigées par des chefs fortunés, tous aimant
sante et structurée avant leur rencontre avec les Incas ; leur terre et aimés d’elle. Les Huancas vivaient à l’ombre
leur grand monarque Minchan Qaman arrêta presque la de tous les grands États conquérants qui les entouraient.
progression de ces derniers, jusqu’à ce que les Incas eux- Jadis, ils commerçaient avec l’ancien État de Tiwanaku,
mêmes se présentent, capturent son âme et l’emmènent à puis plus tard avec les tribus du Titicaca et même avec les
la Citée sacrée. Elle y est toujours, en tant que porte-pa- sauvages Asháninkas des jungles orientales.
role de son peuple désormais sujet des Incas.
Ils avaient appris qu’ils devaient révérer leur terre et
Les dieux des Chimús sont Mama Quilla, la Lune (Shi pour deviendraient des esprits de la nature après leur mort. Ils
les Chimús), la mer (Ni), la constellation des Pléiades et les adorent donc leurs ancêtres en tant qu’esprits des arbres,
esprits du tonnerre ; après avoir été vaincus par les Incas, des rivières, des lacs et de la montagne, s’intéressant au
les Chimús acceptèrent le culte des Incas, quoiqu’avec ré- monde vivant plutôt qu’au ciel.
ticence, et comme foi secondaire. De nos jours encore, en
Quand les armées incas descendirent dans la vallée de
pays chimú les temples d’Inti (Jiang pour les Chimús) et
la Hatunmayu, elles laissèrent aux Huancas le choix d’une
des Incas sont plus petits que ceux dédiés à la Lune.
annexion pacifique aux Quatre Régions. Les Huancas dé-
La capitale des Chimús est la grande cité de Chan Chan, fièrent ces étrangers exigeants et résistèrent, convaincus
qui ne le rend en taille qu’à Qosqo elle-même. À l’arri- que leur vallée bénie les protègerait. Mais les Incas étaient
vée des Incas, toutes les tribus des vallées septentrionales beaucoup trop forts ; la vallée tomba entre les mains des
payaient un tribut aux Chimús ; certaines le font toujours, Incas et fut réduite au rang de simple province wamani
même si toutes les nations du Nord forment désormais des des Tahuantinsuyu. Ses champs devinrent des terres agri-
wamanis tributaires du Chinchaysuyu. coles pour les Incas, tandis que les Huancas étaient sé-
parés et dispersés dans toute la fédération. Cependant,
Les Chancas les Incas éprouvent toujours un certain respect envers la
Hatunmayu. Ils y ont déployé une puissante armée, autant
Les Chancas sont un peuple d’agriculteurs et de guer- pour sauvegarder la vallée bénie que pour se protéger de
riers de la côte nord vénérant le puma. Hostiles à la pro- ses esprits anciens - qui de temps à autre les maudissent
gression inca, ils entrèrent en conflit avec ces derniers. pour avoir chassé les Huancas de leurs propres terres.
Au terme du siège de Qosqo en 1438, ils furent vain-
cus par Pachacútec qui les incorpora ensuite au sein du
Tahuantinsuyu. Ils surent à la fois mettre en valeur leur
culture guerrière (un corps de gardes chancas protège ef-
ficacement le Sapa Inca) et leur artisanat réputé (orfèvres,
tisseurs, potiers, etc.).
Ils acceptent la domination inca, et suivent librement les
croyances incas. Ils procèdent comme eux à la séparation
de leur peuple en deux communautés : les Hanan Chancas
et les Hurin Canacas. En tant que grands architectes, ils
ont construit des villages et des cités fortifiées (avec des
temples, des palais de formes circulaires) dont les murs
d’enceinte et les douves qui sont aisées à défendre.

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LES TRIBUS FRONTALIÈRES
L E S Q U A T R E RÉGIONS entretiennent des contacts
avec plusieurs nations indépendantes, voisins res-
pectueux ou belliqueuses tribus frontalières, qui ont à di-
Les Mapuches

Peuple nomade des plaines, les Mapuches forment de


vers degrés résisté à l’annexion. vastes tribus dont les clans sont présents sur une bonne
Ci-dessous figurent les principales de ces tribus vivant partie du continent. Mais c’est dans le sud lointain des
aux frontières des Tahuantinsuyu. Quatre Régions que leur peuplement est le plus dense, et
c’est là que, pour la première fois, ils furent confrontés à
Les Asháninkas un grand État expansionniste, quand les Incas tentèrent
de s’établir sur leurs terres.
Cette hardie tribu de la jungle, parente des Taínos des Les Mapuches s’habillent de vêtements de cuir, élèvent
îles de la mer Orientale et des Lokonos de la grande forêt des animaux domestiques et passent l’essentiel de leur
sauvage, est la principale épine dans le pied des autori- vie dans des campements temporaires. Ce sont des chas-
tés des Quatre Régions, qui ne les désignent que comme seurs-cueilleurs émérites et, quand le besoin s’en fait sen-
les « gens de l’Est ». C’est à cause de la résistance des tir, de farouches guerriers. Leur relation frontalière avec
Asháninkas que les Incas n’ont pu poursuivre leur expan- les Quatre Régions est tendue, car les Incas ont établi plu-
sion vers l’est au-delà de la chaîne de l’Antikuna. Même si sieurs avant-postes militaires près de certains de leurs
certaines de leurs tribus ont dû se soumettre aux Incas, la lieux de campement, et ont asservi plusieurs des clans ma-
plupart luttent toujours contre les Tahuantinsuyu, qui en- puches septentrionaux les plus isolés.
voient expédition sur expédition dans leurs jungles sans Les peuples mapuches adorent leurs ancêtres, le Vieux
plus jamais en recevoir de nouvelles... Couple et le Jeune Couple, qui survécurent au Grand
Les Asháninkas sont les enfants chéris de leurs terres. Déluge du Soleil précédent et fondèrent l’humanité. Ils
Tous les esprits de la nature les aident et leur donnent admettent l’existence du monde spirituel, en particulier
de la force. Ils ne voient pas leur relation avec ces esprits des esprits de la nature, dont leurs sorcières matchis ap-
comme un culte, mais plutôt comme un échange fructueux prennent à interpréter les messages et à invoquer les pou-
pour les deux parties, le monde spirituel fournissant ses voirs au profit de la tribu.
pouvoirs et les mortels protégeant les sanctuaires natu- Tous leurs clans dépendent de plus vastes tribus chacune
rels. Les protecteurs tribaux des Asháninkas comprennent aux ordres d’un chef, mais ces tribus ne se sont jamais
des esprits jaguars ou singes et des esprits des arbres. Mais rassemblées en une entité plus large car les Mapuches ne
en réalité, toutes les choses naturelles, des roches aux pensaient même pas que cela soit possible avant d’avoir
dragons en passant par les lianes, appartiennent à l’en- rencontré les Incas. Désormais, la menace que font peser
vironnement sacré qui protège les Asháninkas en contre- les Quatre Régions sur les Mapuches méridionaux a amené
partie de leur respect et de leurs soins. ceux-ci, en particulier ceux des rives de la Maulewu, à
Les Asháninkas vivent en général nus, mais se décorent songer à mettre sur pied une grande fédération multi-tri-
de parures sinistres prélevées sur leurs proies ; pour bus pour résister à la progression des Tahuantinsuyu.
les combats contre les envahisseurs, ou entre eux, ils se
servent d’armes à lames de bronze ou de projectiles em- Les Muiscas
poisonnés. Puisqu’ils partagent tout ce que leur offre la
nature, ils ne combattent jamais pour des ressources, mais Située à mi-chemin des Incas et des Lencas, la grande
seulement par esprit de rivalité tribale - ou pour leur li- nation muisca a pourtant peu de contacts avec eux, ni
berté. Celle-ci est la principale des vertus des Asháninkas, avec aucune autre nation majeure du continent. Ainsi,
la conserver est leur objectif majeur ; ils peuvent faire les Muiscas, formant une civilisation ancienne de grands
preuve d’une inconcevable cruauté envers ceux qui la me- prêtres et d’artisans raffinés, pourraient être la plus riche
nacent, et se revêtent des os, de la peau ou d’autres restes nation du monde... sans même en avoir conscience.
de leurs ennemis tombés, après les avoir dévorés et écor-
chés vifs. Ils ne savent pas se battre en terrain libre mais Ils n’ont pratiquement aucun contact avec les Quatre
sont passés maîtres dans l’art de la guérilla et de l’embus- Régions mais en sont plus proches que de n’importe quel
cade, comme pourraient en témoigner les puissantes ar- autre grand État décrit dans ce livre. Ceci explique qu’ils
mées incas si elles y avaient survécu. soient évoqués dans ce chapitre, bien que leur civilisation
se soit développée à l’écart de celles des Aztèques, des
royaumes serpents ou des Incas.

94
les quatr e r égions

Les peuples muiscas forment une alliance d’États sans LE RITE DE MNYÁ
chef suprême ; toutes leurs tribus respectent leurs fron- Pour les Muiscas, la magie en elle-même, l’énergie qui
tières internes, ce qui ne les empêche pas de se battre meut le monde, est représentée par le mnyá, qui prend
parfois entre elles quand aucune menace extérieure ne les dans le monde mortel la forme de l’or et la couleur jaune.
rassemble. Les seigneurs et prêtres muiscas se revêtent d’habits de
Le territoire muisca est une étroite étendue de hauts-pla- mnyá et embellissent leurs cités de décorations en or.
teaux reliés à l’extrémité nord de l’Antikuna, jouissant de Pendant leurs rites d’initiation, les dirigeants muiscas
vallées agricoles fertiles et de riches mines de sel. Ceci doivent se revêtir d’habits et de bijoux en or et apporter
a permis à toutes les nations muiscas de prospérer et de plusieurs objets de ce métal à un lac sacré dans lequel ils
croître sans conflits internes. seront jetés, en sacrifice à Chiminigawa.

Les principales nations muiscas sont les Bacatás et LES JIVAROS


les Hunzas. Zipa Nymy Cuyne, monarque des Bacatás,
est un fier chef de guerre qui, bien qu’il convoite les
terres des Hunzas, se consacre à la lutte contre les tri- Ces tribus peuplent la jungle du Pérou et de l’Équateur.
bus envahisseuses venues des jungles orientales. Zoque Ils se déplacent régulièrement entre les côtes et les mon-
Qymuyn Chatoca, monarque des Hunzas, a cherché à s’al- tages, allant parfois jusqu’à se heurter aux frontières des
lier avec ces mêmes tribus pour contenir les Bacatás. Il Incas.
existe d’autres seigneurs muiscas, comme Suwamuch ou Ils regroupent plusieurs branches : les Shuars, les
Tundama. Cependant, aucun d’entre eux ne paye un tribut Ashuars et les Shiwiars en Équateur, les Aguarunas et les
à aucun autre. Huambisas au Pérou. Ils vivent de la chasse, de la pêche et
Les dirigeants muiscas se comportent comme des êtres de la cueillette. Les tribus sont constituées de plusieurs
suprêmes, non pas de nature divine comme les Incas, mais familles et sont égalitaires : il n’y a pas de distinctions
tout de même très supérieurs au commun des mortels. Les de droits et de devoirs entre les hommes et les femmes.
paysans ont interdiction de lever les yeux sur les nobles, Lorsque le besoin s’en fait sentir, ils nomment un chef qui
lesquels ont tout pouvoir sur la vie de leurs sujets. Les prendra les décisions de manière unilatérale. Sinon, elles
Muiscas suivent des règles morales très strictes ; tous les résultent d’un commun accord.
vices de personnalité et dérives de conduite sont punis de Ils ont la réputation d’être de féroces combattants ne
mort ou, peine souvent pire à leurs yeux, d’infamie. faisant aucun prisonnier. Certains disent même qu’ils ont
un don lorsqu’il s’agit de chasser les humains. Ils déca-
L A REL I GI O N MU ISCA pitent leurs adversaires et réduisent leurs têtes selon le
Tous les dirigeants muiscas sont aussi de grands prêtres rituel complexe du tsantsa. Capturant ainsi l’âme de leurs
commandant aux cieux et aux éléments. Ils adorent un ennemis, ils les asservissent et se servent d’eux lors des
dieu suprême nommé Chiminigawa, peut-être Teotl lui- batailles. Affronter un Jivaro est donc très difficile, car
même, à moins qu’il ne s’agisse simplement d’un autre on ne sait jamais s’il a réellement épuisé toutes ses res-
nom pour Wiracocha ou Tezcatlipoca. sources. Ils utilisent très peu d’armures. De plus, ils en-
L’ancêtre commun des Muiscas est Bahué, une grande duisent leurs armes d’un poison capable de corrompre le
prêtresse célèbre pour les dizaines d’enfants qu’elle mit corps de leurs adversaires. Dès leur mort, ceux-ci se re-
au monde, si nombreux qu’il est admis que toutes les na- lèvent, prêts à répondre aux ordres de leurs nouveaux
tions muiscas en descendent. maîtres. Ils sont craints même de l’Empire inca, auquel ils
font la guerre régulièrement.
Pendant le Soleil précédent, avant le Grand Déluge, un
prêtre mystérieux, arrivé seul des plaines orientales à dos
de lama, civilisa les Muiscas en leur enseignant l’archi-
tecture et le langage. Ce prêtre, vraisemblablement un
dragon sous forme humaine, se nommait Bojica. Sous son
règne, les Muiscas renoncèrent à la sauvagerie, construi-
sirent fermes, cités et temples et bâtirent leur culture.
Quand Bojica repartit là d’où il était venu, les Muiscas re-
tombèrent cependant dans le péché et la plupart périrent
dans le Grand Déluge qui noya le Soleil mourant.
Les rares qui survécurent devinrent les saints ances-
traux des tribus muiscas modernes et les fondateurs des
cinq grandes nations muiscas d’aujourd’hui.

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Les agglomérations
des Quatre Régions
E N R A I S O N D E S montagnes inhospitalières qui com-
posent leurs rudes paysages, les Quatre Régions n’ont
pas atteint le même impressionnant développement ur-
grande cité des Quatre Régions fut ainsi bâtie dans la
pierre de la montagne, résultat d’une vision céleste et de
labeur humain.
bain que le Mayapan ou l’Anahuac. Leurs plus grandes
Qosqo est une merveille architecturale ; ses rues reliées
cités restent modestes en comparaison de celles de ces
entre elles par des volées de marches ou des plateformes
États de même niveau de civilisation. Elles n’en sont pas
s’étagent sur de nombreux niveaux, encadrées de magni-
moins de vastes centres urbains dotés de grands temples
fiques arches de pierre et décorées de fanions que nul
et de palais à couper le souffle, pleines de statues dorées
autre peuple ne saurait teindre et broder de telle manière.
et de bannières multicolores battant dans le vent.
Les symboles et icônes dorés d’Inti et de Wiracocha ornent
chaque rue et chaque place, de même que les effigies des
Qosqo anciens seigneurs incas.

La capitale Qosqo (Cuzco pour les Espagnols) est le Qosqo est divisée comme les Tahuantinsuyu en quatre
centre géographique et administratif des Quatre Régions, quartiers, rassemblés deux par deux en un district supé-
que les Incas ont créées et délimitées à partir du site de rieur hanan correspondant à la Chinchaysuyu et à l’An-
leur grande cité. tisuyu, et en un district inférieur hurin correspondant à
la Kuntisuyu et à la Qullasuyu. Chaque quartier n’est ac-
D’abord une petite forteresse d’un peuple mineur, cessible que par la route venant de la région correspon-
la citadelle qui deviendrait un jour Qosqo était appelée dante. La cité sert donc de point de contrôle pour tous les
Sacsayhuamán, le « Rocher du faucon ». Elle surplombait déplacements entre les régions. Chacun des quatre quar-
plusieurs fermes et bourgs en contrebas, et ce fut sur ce tiers abrite également l’apu inca de la région correspon-
site que le Premier Inca mena son peuple et lui ordon- dante, et une suite composée de nobles représentant les
na d’y construire Qosqo, sous la garde du rocher. La plus seigneurs provinciaux des wamanis. Pour être autorisé à

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les quatr e r égions

vivre à Qosqo, un Inca doit posséder des terres habitées Tupac Yupanki et plus tard son fils Huayna finirent par
dans les Tahuantinsuyu. De même, tout noble qui ne dirige soumettre toutes les cités des Quitos, mais épargnèrent
pas sa propre province doit en conquérir une pour gagner par respect leur capitale et en firent une cité importante
sa place à Qosqo, élargissant ainsi le domaine inca. des Quatre Régions.
Le plus grand monument de la cité est le palais de l’In-
ca (également appelé le Temple du Soleil, ou Qorikancha), Chan Chan
construit par la dynastie céleste des Ayars il y a des siècles
de cela afin d’y loger éternellement ses descendants. Ce Chan Chan, la Cité de lumière, est la capitale des Chimús
palais compte des dizaines de logements pour le Sapa et l’ancien centre de pouvoir des vallées septentrionales.
Inca, sa coya, ses nombreuses concubines, la caste des Les Chimús contrôlaient à partir de là le domaine le plus
prêtres, le Conseil des nobles et les momies ancestrales, vaste avant l’essor des Incas. Toutes les vallées du Nord
auxquels se rajoutent les quartiers des domestiques et les payaient un tribut à Chan Chan.
salles de garde. Rares sont les citoyens des Tahuantinsuyu C’est une très grande cité dotée de plusieurs complexes
qui ont l’honneur de visiter le palais de l’Inca, et ils s’en de pyramides, de places et de citadelles où résident les
souviennent leur vie durant. nobles et d’où ils gèrent les affaires de l’État, selon leur
M A CHU PI CCHU rang. La cité ne fut prise par les Incas qu’après un long et
rude combat.
Le palais de Machu Picchu est l’exemple le plus gran-
diose d’architecture inca inspirée par le divin. Construite Elle a toujours été sous la protection des esprits de la
par Inca Pachacútec, « Celui qui ébranle le monde », fon- lune, des êtres célestes qui protègent les dirigeants chimús
dateur de l’État des Quatre Régions, Machu Picchu est le et les aident dans la bataille. Quand les Incas arrivèrent,
plus beau site des Tahuantinsuyu, et le plus exclusif. Sa ils affrontèrent les esprits de la lune un à un, jusqu’à ce
seule fonction est de procurer à la caste des Incas une ré- que les gardiens de Chan Chan cèdent devant les pouvoirs
sidence à l’écart de la paysannerie, un paradis de murs plus grands des enfants d’Inti. Les esprits lunaires, dé-
dorés et de tapisseries magiques accessibles seulement à sormais soumis à la volonté des Incas, habitent toujours
ceux de pur sang inca. Pendant des générations, les sei- la cité, toujours fidèles à leurs adorateurs chimús. Chan
gneurs incas des Quatre Régions s’en sont servis comme Chan demeure donc un site de grande puissance magique.
d’un lieu de villégiature et de fêtes, ou pour tenir leurs Quand Chan Chan tomba, son monarque Minchan Qaman
hauts conseils ; en dehors de ces visites occasionnelles, s’offrit en sacrifice aux Incas, qui capturèrent son âme et
ses seuls résidents permanents appartiennent à l’ordre l’emmenèrent à Qosqo, d’où en tant qu’esprit il gouverne
spécial des domestiques yanas, élevés dès l’enfance pour toujours Chan Chan par l’intermédiaire de ses prêtres.
servir à la Citadelle sacrée sans jamais la quitter. D’autres
serviteurs les rejoignent pour préparer les temples et les
logements quand les nobles sont attendus, mais autre-
Les ruines de Tiwanaku
ment la Citadelle sacrée reste isolée, inaccessible et qua-
siment mythique. L’antique cité de Tiwanaku, près des rives du lac
Titicaca, était la capitale d’une civilisation du Soleil pré-
Quito cédent, qui régnait en paix sur toutes les tribus voisines.
Toutes les nations visitaient Tiwanaku et lui payaient un
tribut. Ses grands seigneurs partageaient leurs technolo-
Capitale de la nation du même nom, la cité de Quito gies avancées, leur magie et leurs connaissances en archi-
tomba aux mains des envahisseurs incas sous le règne de tecture avec tout le monde. Ce fut Tiwanaku qui la pre-
l’Inca Tupac Yupanki ; son fils Huayna Qapaq, Sapa Inca mière enseigna aux autres le culte du Soleil, de la Lune et
régnant, rebâtit la cité et la rendit plus grandiose encore, de Pachamama, et les esprits célestes lui accordaient leur
avec de grands temples, des observatoires et des écoles de bénédiction et leur protection.
magie.
Cependant, Tiwanaku finit par succomber à la jalousie
Quito étant à l’ombre de deux volcans en activité, ses ha- de ses voisins, et les nombreuses tribus qu’elle abritait se
bitants ont plusieurs fois dû la quitter, mais ils sont tou- dispersèrent sur le continent. Les seigneurs de Tiwanaku
jours revenus et l’ont reconstruite si besoin était. Cette formèrent la tribu des Puqinas, des nomades qui bien plus
tradition reste tout aussi valable sous le règne des Incas tard établiraient la dynastie inca quand les esprits célestes
qu’elle ne l’était à l’époque de la suprématie quito. ayars chercheraient à leur rendre leur gloire passée. Mais
Jadis, les Quitos gouvernaient une vaste étendue de col- la gloire des Incas est aujourd’hui dix fois plus grande que
lines et de vallées, d’où ils résistèrent aux Incas pendant celle de Tiwanaku, et leurs domaines actuels dix fois plus
des décennies ; Quito était leur plus puissante place-forte, vastes : ils ont en conséquence oublié l’antique cité...
qui changea plusieurs fois de mains au cours des longues
années de l’interminable guerre entre les deux peuples.

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L’Ancien Monde

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l ’a n c i e n m o n d e

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À M O I , H O M M E S de Dieu ! Par ma foi, oncques mon regard ne se posa sur
terres si fertiles ! La Gloire nous appelle ! Que la Sainte Vierge m’en soit témoin : soit
nous porterons le Verbe jusqu’aux confins de la Terre, à la pointe de nos épées et
avec l’aide de sainte Sabra, soit nous périrons dans cette entreprise ! Morbleu, tout
est-il déjà terminé ? Par la barbe de mon aïeule et par l’arbre qui donna le bois pour
la hampe de notre bannière, non seulement ce n’est point la fin, mais ce n’est que le
début ! Que la Sainte Lumière nous guide : nous irons en Enfer et en reviendrons, et
que ceux qui tardent soient maudits ! Pour l’Espagne et pour la Couronne ! Oh, bénis
soyons-nous ! En avant, vers de nouvelles merveilles, en route pour le triomphe ! Et
si les légions damnées s’avisent de se dresser contre nous et de tenter de nous empê-
cher d’accomplir notre saint devoir, alors que saint Pierre bénisse ceux que Dieu ap-
pellera à lui ! Aucune autre voie ne nous est plus ouverte que la bataille !

É TR A N G E R S AR R IVÉS DE TERRES inconnues, en-


vahisseurs venus d’un empire conquérant, aventu-
riers avides de terres et de fortune quel qu’en soit le prix, L’ANCIEN
les premiers colonisateurs européens débarquèrent peu
de temps après la découverte par Colomb des îles dites
Caraïbes, il y a vingt ans de cela. Avant même que les na-
tions continentales n’eussent remarqué leur présence, ils
MONDE
dominaient déjà la mer Orientale, avaient établi des têtes
de pont, exploré les routes stratégiques, asservi les popu-
L’apport le plus notable des envahisseurs est leur culture
lations locales et commencé le pillage des ressources.
foncièrement étrangère : leurs langues, leurs technolo-
Aujourd’hui, les explorateurs européens se sont rendu gies et leurs idées politiques sont inconnues des natifs du
compte qu’un continent entier s’étale à l’ouest de leurs co- Nouveau Monde... de même que les maladies dont ils sont
lonies, et qu’il ne s’agit pas de la façade orientale de l’Asie porteurs. Les effectifs, l’organisation et le degré de civi-
comme ils l’avaient d’abord pensé. Certains d’entre eux ont lisation des nations du continent sont certes égaux, voire
demandé à la couronne d’Espagne le droit d’explorer ce nou- supérieurs, à ceux des forces européennes, mais la simple
veau continent et de s’y établir au nom des Rois catholiques, différence entre les deux mondes est en soi un facteur
mais ils demeurent prudents : ils n’ont aucune idée de ce crucial pouvant jeter tout le monde dans la confusion.
qui les attend sur ces terres. Les insulaires étaient tombés
Alors que les nations locales croient dur comme fer en
aisément devant les dragons, les miracles catholiques et les
leur supériorité spirituelle, sont fiers de leurs différences de
moyens supérieurs des envahisseurs, mais s’emparer d’un
caste et adorent de puissants esprits, dragons et ancêtres,
continent entier serait une tout autre affaire.
les envahisseurs cultivent des philosophies matérialistes,
L’autorisation de la conquête et de l’exploitation du se servent des dragons et d’animaux inférieurs comme de
continent occidental par les royaumes d’Europe risque montures, utilisent des technologies bruyantes et n’adorent
d’être l’étincelle déclenchant conflits de civilisation, aucun ancêtre, mais un dieu qu’ils ne peuvent voir.
guerres et conquêtes à une échelle sans précédent.
Les natifs du Nouveau Monde ont le plus grand mal à
L’équilibre des forces en vigueur dans ce Nouveau Monde
comprendre pourquoi les Européens accordent une impor-
aux frontières mouvantes est fragile, et le facteur incon-
tance démesurée à de simples minerais, comme l’or, tout
nu que constituent les colonisateurs européens est sus-
en faisant montre de manières irrespectueuses, d’un com-
ceptible d’entraîner un effondrement cataclysmique.
portement humiliant envers les esprits et les animaux, et
Ces nouveaux arrivants viennent surtout de l’Empire es- d’un sens moral si lamentable qu’ils en rejettent les sacri-
pagnol, car les monarques d’Aragon et de Castille ont été fices rituels et la consommation de chair humaine... sans
les premiers à croire en Christophe Colomb et à investir parler de leur hygiène corporelle douteuse.
dans son expédition et dans les colonies ultérieurement
Quoi qu’il en soit, les envahisseurs forment désormais
créées. Il y a aussi des colons du Portugal ou de Venise,
une nation plus ou moins indépendante ; séparés physi-
tandis que d’autres nations européennes s’intéressent aux
quement de leur patrie d’origine, ils le sont aussi de sa
richesses potentielles de ces terres insoumises.
société et de la culture et font désormais partie de ce

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l ’a n c i e n m o n d e

Nouveau Monde, où ils resteront pourtant éternellement La couronne d’Espagne


des étrangers.
La couronne d’Espagne, nation duale née d’une alliance
L’Europe entre les royaumes d’Aragon et de Castille, est le prin-
cipal artisan de la colonisation du Nouveau Monde. À la
L’Europe, le continent dont proviennent ces colonisa- recherche de ressources pour soutenir leur nouvelle mo-
teurs, est une terre de superstitions, de guerres de reli- narchie en pleine expansion, les Rois catholiques ont fi-
gion et de conflit perpétuel entre l’humanité et tout le nancé les premières expéditions, d’abord dans l’espoir
reste de la création, des animaux aux êtres spirituels en d’ouvrir de nouvelles routes commerciales exclusives,
passant par l’environnement lui-même. mais désormais dans une ruée frénétique pour s’adjuger
le nouveau continent découvert par leurs explorateurs.
Durant des millénaires, alors que fées, géants et autres
êtres surnaturels régnaient sur le monde mortel, l’huma- Issue de plusieurs siècles de conflit avec les envahis-
nité n’a pu prospérer que dans les failles du monde spiri- seurs musulmans, les Maures, la couronne d’Espagne est
tuel. Nombreuses étaient les tribus qui devaient sacrifier une nation cimentée par l’unité religieuse plutôt que par
leurs enfants aux monstres dont elles étaient les vassales. une langue ou un territoire. De fait, elle est toujours com-
Les humains qui résistaient parvenaient parfois à arracher munément appelée « la Monarchie catholique », et l’une
le contrôle de leurs terres au monde spirituel, à moins de ses premières décisions fut d’exiger que les non-catho-
qu’ils ne meurent sous le souffle des dragons. D’autres liques se convertissent ou quittent le pays. Ceci mit fin à
peuples, plus rares et depuis longtemps oubliés, vivaient la présence des communautés juive et musulmane dans le
décemment, en paix et en harmonie avec les esprits qui les royaume et renforça l’hégémonie de la chrétienté, pas seu-
aidaient pour leurs récoltes et guérissaient leurs maladies. lement sous la couronne d’Espagne, mais dans toute l’Eu-
rope. Le prochain objectif de la Couronne est de conver-
Puis Rome émergea, envahit et soumit la plupart des tir tous les peuples du nouveau continent, afin de donner
terres habitées par les esprits, et l’Europe devint une naissance à un monde chrétien dans lequel la lumière de
terre appartenant aux humains. Nombre de mortels n’ap- la foi unique règnera des deux côtés de l’Atlantique.
préciaient pas ce nouvel état des choses ; aux confins de
la civilisation, certains peuples osaient évoquer les temps La plupart des colons du Nouveau Monde, ceux d’ailleurs
meilleurs où les humains n’étaient qu’une espèce parmi qui l’ont baptisé ainsi après avoir compris qu’il n’était pas
d’autres. Beaucoup blâmaient l’Empire romain, puis son une partie de l’Asie comme ils le croyaient d’abord, sont
successeur, l’Empire de Dieu, ou plutôt de son fils Jésus- des sujets de la couronne d’Espagne et parlent le castillan,
Christ, pour les mauvaises récoltes et les mauvais maîtres. à l’exception de quelques-uns, originaires du Portugal, de
Gênes ou d’ailleurs.
Après la chute de Rome, l’Europe sombra un moment
dans la folie. Les esprits anciens revinrent, des créa- Bien entendu, la couronne d’Espagne a ses propres pro-
tures que l’on croyait mortes resurgirent, toute normalité blèmes domestiques, car d’autres maisons régnantes,
avait disparu. Mais beaucoup ne souhaitaient pas parta- en particulier celles de France ou du Portugal, lui dis-
ger la Terre. En conséquence, la foi chrétienne, seul héri- putent la terre, les ressources ou les droits de succession.
tage restant du plus grand empire des hommes, prospéra L’Europe demeure un continent divisé ; la couronne d’Es-
contre toute attente. pagne est loin d’être aussi unie qu’elle le prétend, certains
royaumes comme celui de Navarre demeurant indépen-
Mais ce ne fut qu’avec sainte Sabra que la chrétienté dants, et, en pratique, hostiles.
réussit à reprendre le contrôle du continent. Les dragons,
jadis les pires ennemis de la civilisation, étaient désor- LES IMMORTELS MONARQUES CATHOLIQUES
mais son arme la plus puissante. Isabelle de Castille et Ferdinand d’Aragon, qui règnent
Aujourd’hui, la chrétienté progresse d’une façon qui en commun sur la monarchie catholique, sont toujours
semble inexorable – et insatiable. La découverte du jeunes, pleins de vie et très impliqués dans les affaires du
Nouveau Monde constitue un appel qu’elle ne peut igno- gouvernement, alors qu’ils sont censés avoir de loin dé-
rer. Par l’entremise des Rois très catholiques de Castille et passé la soixantaine.
d’Aragon, elle entend convertir un continent entier – le Les évêques de la couronne d’Espagne prétendent que
plus grand défi qu’une religion ait jamais relevé. cette longévité est un don de Dieu accordé à ces défen-
Mais alors même que les rois et reines des plus grands seurs de la vraie foi, mais la rumeur en va autrement.
royaumes européens tournent leur regard vers un nou- Certains évoquent une découverte extraordinaire dans le
veau continent, leurs propres domaines sont toujours ins- Nouveau Monde, une fontaine de jouvence dont les eaux
tables. Les vieilles religions ne s’éteignent pas de bon gré, auraient la particularité de rajeunir les plus méritants. On
les géants combattent pour chaque montagne, quelques raconte que chaque année, le plus grand galion castillan
dragons demeurent indomptés, les forêts sont toujours appareille pour le Nouveau Monde avec une grande es-
dangereuses et les diables rôdent, attendant leur heure... corte et revient quasi vide, ne transportant presque rien

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d’autre qu’une minuscule fiole d’eau magique pour le roi LE NO R D
et la reine. Une autre rumeur évoque un pacte secret entre Sur les terres des hommes du Nord, plusieurs royaumes
les Rois catholiques et une cabale de vampires, la même ont juré allégeance aux géants, d’autres les servent en
qui était derrière l’essor de la foi chrétienne, il y a mille contrepartie de leur aide pour expulser le Christ et ses
ans de cela. prêtres romains de leurs terres ancestrales. Leur reli-
Quoi qu’il en soit, le règne prolongé d’Isabelle et de gion, certes réprimée, affaiblie par la mort de la plupart
Ferdinand a permis à leurs royaumes de jouir d’une rare de ses prêtres des mains des armées catholiques, est tou-
stabilité. Il est toutefois de notoriété publique que ceux jours bien vivante dans les forêts et les montagnes où les
qui vivent plus longtemps ont tendance à se préoccuper chrétiens n’osent pénétrer, de peur d’avoir à affronter les
de l’avenir plus que du présent, à comploter plus qu’à géants et autres créatures du Diable.
chasser... ce qui signifie qu’une grande guerre pourrait Quelques cupides seigneurs du Nord ont embrassé la foi
bien se déclencher au cœur même de l’Europe. chrétienne pour conserver leur pouvoir et rester indépen-
dants tant des géants que des royaumes chrétiens. La bataille
Les domaines des païens fait toujours rage. Les vaillantes dragonnières ont mené moult
croisades pour extirper les dernières traces de la vieille foi. Il
L E S A R M ÉES F É E RIQUE S est probable que Rome l’emporte un jour, mais à quel prix ?
Le roi Arthur, l’Ennemi de Dieu, le Seigneur des fées,
le Champion des druides, est mort depuis des siècles. Du
moins, il est censé l’être. LA CULTURE
Mais rumeurs et légendes vont bon train. Beaucoup pré-
tendent que les attaques contre les églises de Grande-
Bretagne, dans le Nord lointain, sont de son fait. Il lan-
cerait ses assauts depuis Avalon, la contrée magique,
EUROPÉENNE
chevauchant aux côtés de guerriers fées ou d’autres
monstres. Après l’essor, la chute puis la renaissance de l’empire
Pour beaucoup, il est le mal ; pour d’autres, il est un des mortels en Europe, d’abord sous les traits de Rome
héros. Tout le monde n’est pas satisfait de l’ordre mondial puis sous ceux de la chrétienté, la culture européenne se
imposé par les rois et les églises. Alors que la monarchie caractérise par deux aspects principaux : l’ambition et la
britannique est en compétition avec les Rois catholiques suprématie humaine.
pour la colonisation du Nouveau Monde, il semble donc Les Européens prisent avant tout le gain matériel, l’ex-
qu’une révolte couve en son sein... pansion, la richesse et la conquête, sous forme de terres,
Les rois anglais ne craignent rien, car ils ont déjà vain- de statut social ou de réussite personnelle. Ensuite, ils ont
cu Arthur et ses alliés jadis ; Dieu était à leurs côtés, et il juré une guerre éternelle au monde spirituel, résistent
n’y a pas de raison qu’il en aille autrement aujourd’hui. À courageusement aux pouvoirs des esprits, rejettent tout
moins que ?... culte de ces créatures et pourchassent leurs adorateurs
ainsi que les sorcières ou prêtres qui cherchent à entrer
L E S SEI GN EUR S VAMPIRE S en contact ou à tisser des liens d’amitié avec elles. Même
En Europe orientale, les seigneurs vampires règnent sur la spiritualité des Européens est conçue, aussi contradic-
l’humanité. L’Église en est parfaitement consciente mais toire que cela puisse paraître, pour dénoncer le monde
fait semblant d’ignorer la véritable nature des vampires, spirituel, en affirmant que Dieu et le Ciel ne s’intéressent
car seul le règne de terreur de ces créatures peut contenir et n’appartiennent qu’aux humains et à leur âme, tan-
l’avancée des royaumes musulmans et les maintenir hors dis que toutes les autres créatures, naturelles ou surna-
d’Europe. turelles, sont vues au mieux comme inférieures, au pire
comme franchement maléfiques.
Les vampires savent qu’ils sont protégés par cette si-
tuation et en profitent. Certains ont d’ailleurs la réputa- Autre contradiction : bien que tous les Européens as-
tion d’être de meilleurs monarques que les rois humains pirent à la fortune et aux privilèges, il tiennent honnête-
ne l’ont jamais été, tandis que d’autres ne sont notoires ment le travail et l’effort individuel en haute valeur. Un
que pour leur soif de pouvoir et de sang. individu qui rêve de vivre un jour dans le luxe et l’oisiveté
n’hésitera pourtant pas à trimer de toutes ses forces pour y
Plusieurs seigneurs vampires ont exprimé le désir de se arriver. Les Européens n’ont donc peur ni de la saleté, ni du
convertir au christianisme, et l’Église craint le jour où elle sang, ou du danger, et sont même enclins à risquer leur vie
ne pourra plus le leur refuser, si elle veut maintenir son par simple caprice : par exemple, en affrontant des obsta-
contrôle religieux sur le vieux continent. cles insurmontables dans l’espoir d’un gain fort mince, ou
en se battant en duel à mort pour la moindre offense.

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l ’a n c i e n m o n d e

Vertu et pénitence

Puisqu’elle privilégie le bien-être matériel et re-


jette le monde spirituel, la culture européenne est
devenue adepte des résultats concrets, des ambi-
tions solides et des vérités cruelles. Pour un
Européen, ce qui compte c’est la quantité de
ses possessions, et la façon dont il en jouit.
Il est assez étrange qu’en parallèle, cette
culture possède une religion très abstraite,
sans idoles ni manifestations magiques ni
aucune preuve concrète pour l’étayer, et où
les récompenses ne sont accordées qu’après la mort.
L’Européen lambda croit au Paradis comme en un idéal
qui ne se réalisera qu’après sa mort, et passera sa vie à re-
chercher les plaisirs tangibles et la sécurité, même si cela
contredit ou menace parfois sa condition spirituelle.
La religion européenne en est donc venue à assimiler la
vertu à la pénitence et le plaisir au vice, les gens recherchant
les satisfactions les plus terre-à-terre alors que leur foi leur
enseigne qu’elles sont impures. Même l’image du person-
nage principal de leur religion, Jésus-Christ, incarnation sur
terre du Dieu unique, est avant tout associée à la pauvreté,
à la torture et au sacrifice – alors même que son clergé
baigne dans l’or, les privilèges et les faveurs politiques.

Rois et empereurs

L’Europe est dans son entièreté un puzzle


constitué de plusieurs dizaines de royaumes
de toutes tailles. Même la plus petite des
nations se targue d’avoir un roi à sa tête,
et les plus grands royaumes le sont de-
venus en absorbant des royaumes plus
petits, par la force ou par l’intrigue
diplomatique. Le résultat en est un
inextricable imbroglio d’escar-
mouches, d’intrigues de palais, de
manœuvres politiques, d’assas-
sinats et de mariages arrangés,
qui décide de quelle famille
contrôle quel territoire. Des
querelles sanglantes éclatent
même – voire le plus souvent
– entre les enfants d’une
seule famille.
Mais la puissance à laquelle
toutes les maisons régnantes
doivent obéissance est l’Église
catholique, connue officiellement sous
le nom de Saint Empire romain germanique, sur
lequel règne un pape qui supervise la foi chrétienne dans
tous les royaumes. Le Pape est un prêtre chrétien extraor-
dinairement puissant, pouvant bénir ou maudire des ar-
mées ou des dynasties entières. Bien qu’il n’exerce en

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théorie aucun pouvoir temporel, le pape peut mettre en
L ES O RI GI NE S DE S DRAGONNIÈ RES place ou déposer des rois, par son soutien ou sa désap-
La ville était proche d’un petit lac où s’était ins- probation, et ne s’en prive pas. Ainsi, l’adhésion au chris-
tallé un dragon qui répandait sa pestilence alentour. tianisme est devenue l’un des outils les plus puissants du
Pour l’apaiser, les habitants de Silène devaient lui paysage politique européen.
sacrifier deux moutons par jour. Quand ils n’eurent Les familles les plus puissantes d’Europe sont les
plus d’ovins, ils se mirent à le nourrir d’enfants choi- Habsbourgs, qui contrôlent les maisons régnantes de la
sis par tirage au sort. Un jour, le sort désigna la fille plupart des royaumes grâce à leur influence sur le Saint
du roi. Le roi, dans son chagrin, dit à ses sujets qu’ils Empire romain germanique, en particulier en Europe du
pouvaient avoir tout son or et tout son argent, ainsi Nord ; les Trastamares, qui règnent sur la Castille, l’Aragon,
que la moitié de son royaume, si la princesse était Barcelone, la Navarre, Naples, la Sicile, et désormais sur
épargnée. Ils refusèrent. La jeune fille fut envoyée l’Empire espagnol naissant ; les Valois, qui règnent sur la
sur les rives du lac, habillée en jeune mariée, pour France ; et les Tudors, une maison plus petite mais indomp-
être offerte au dragon. table qui tient les îles britanniques d’une main de fer et est
Le hasard fit que saint Georges passait à cheval souvent à couteaux tirés avec la Sainte Église elle-même.
au même moment près du lac. La princesse tenta
de l’éloigner, en vain : il jura de ne pas s’enfuir. Le Orgueil et préjugés
dragon émergea des profondeurs du lac alors qu’ils
se parlaient. Saint Georges fit le signe de la croix Tout compte fait, s’il ne fallait nommer qu’un seul trait
et chargea le dragon, le blessant grièvement de sa de caractère commun à toutes les nations européennes,
lance. Puis il demanda à la princesse de lui confier sa c’est le refus de l’unité.
ceinture, qu’il passa autour du cou du dragon. Alors
Tous les peuples d’Europe sont chauvins au plus haut
celui-ci suivit la jeune fille docilement, comme un
degré, convaincus tant de leur propre supériorité que
animal en laisse.
des faiblesses de leurs voisins. Les Français savent que
La princesse et saint Georges menèrent le monstre les Français sont les meilleurs en tout ce qu’ils entre-
sous les murs de Silène, derrière lesquels s’abri- prennent, les Anglais, que les Anglais sont sans égaux,
tait la populace terrifiée. Saint Georges leur offrit les Vénitiens, que Venise est le pays le plus fantastique
de tuer le dragon s’ils acceptaient de se faire bapti- de tous, et ainsi de suite. « L’Europe est le pays de Dieu,
ser. Quinze mille hommes, dont le roi de Silène, se mais mon pays est Son favori » : telle semble être la devise
convertirent à la foi chrétienne. commune à toutes les contrées du continent. De même,
chaque royaume d’Europe est associé à des stéréotypes
Alors que saint Georges allait tuer le dragon
que les autres nations répercutent en s’en moquant : les
comme promis, la princesse lui barra le chemin et
Français sont d’élégants fanfarons, les Autrichiens ont
déclara que si le dragon consentait à se convertir
tous un balai dans le cul, les Vénitiens sont d’infâmes ruf-
également, il devait être épargné. Abasourdi, saint
fians, les Anglais d’irascibles rustres, etc.
Georges ne put qu’accepter.
Et bien que tous les Européens plaisantent ainsi de leurs
Le dragon se convertit donc, plus par amour pour
voisins tout en rivalisant avec eux pour tout et n’importe
la fille du roi que par crainte pour sa propre vie. Il
quoi, ils tomberont toujours d’accord sur un point : les
devint ainsi le gardien de Silène et le premier des
païens leur sont indéniablement et universellement in-
dragons à protéger la chrétienté. Il périt bien des
férieurs, et de beaucoup. Pour l’Église catholique tradi-
années plus tard, en affrontant des hérétiques en
tionnelle, la supériorité des humains ne vaut que pour
Palestine ; la princesse, qui le montait, mourut avec
les chrétiens. Beaucoup d’Européens ne voient les sujets
lui. Immortalisée par les circonstances de son décès,
d’autres nations, ou professant d’autres fois, que comme
elle est vénérée de toutes les femmes qui marchent
des ramassis de sous-hommes, au point de se demander
sur ses traces et montent les descendants du dragon
s’ils ont bien une âme.
pour la plus grande gloire du Christ : sainte Sabra
reste dans les mémoires comme la première des
dragonnières. Les dragonnières

L’Église considère la plupart des dragons comme des ser-


pents malfaisants au service de Satan, sauf la progéniture de
la monture de sainte Sabra qui a suivi le Christ, comme elle.
De nos jours, la plupart des royaumes d’Europe ont une pe-
tite unité de dragons qui servent Dieu et leur roi, s’en servant
parfois pour se battre entre eux, car différents rois peuvent
avoir des avis différents sur ce que Dieu veut. Les royaumes

104
l ’a n c i e n m o n d e

musulmans ont eux aussi leurs propres dragons, que les catho- De même, les dragons chrétiens ne sont pas les seuls à
liques jugent aussi malfaisants que ceux de Satan, ou pire en- avoir été domptés. Peu après que sainte Sabra eut dompté
core. Il se dit que l’empereur de Chine est lui-même un dragon. son dragon, les royaumes musulmans, imitant leurs ad-
versaires, en firent de même avec les quelques dragons
Il y a beaucoup d’espèces de dragons européens. La lignée
survivants sur leurs terres.
du dragon de Sabra comprend les plus énormes d’entre
eux, aussi grands que les plus grands vaisseaux, leurs ailes
plus vastes que des voiles. Ces dragons sont des cracheurs Le langage
de feu et sont parmi les plus puissantes des créatures ter-
restres. Mais ils sont incapables de voler très longtemps, L’Europe abrite d’innombrables peuples, tous dotés
et encore moins de traverser l’océan jusqu’au Nouveau de leur propre langage ou dialecte. Le latin demeure la
Monde. Ils sont très rares : l’Empire espagnol en possède langue commune à toute la chrétienté, mais n’est ensei-
trois, la France cinq, l’Autriche quatre, et les ordres de gné qu’aux lettrés ou à l’aristocratie. La plupart des gens
Croisés en ont un nombre inconnu. Ils peuvent parler et doivent apprendre au moins une langue étrangère pour
sont largement considérés comme étant aussi intelligents communiquer avec des sujets d’autres royaumes.
qu’un être humain. Ils sont si gigantesques que leur équi-
page est composé de plus d’une vingtaine de dragonnières. LI S TE D E S LA NGUE S E UR O PÉ E NNE S
Dans DCA, la plupart des Européens viennent de l’Em-
Les dragons bleus sont en revanche très courants. pire espagnol, et parlent donc le castillan, qui est la lingua
Grands comme plusieurs chevaux, ils transportent en franca de leur fédération, ou une autre langue ibérique
général une seule nonne dragonnière, ou deux novices. comme le catalan ou l’aragonais. La plupart des langues
Certains peuvent cracher du feu, ils sont tous courageux espagnoles sont mutuellement compréhensibles avec le
et peuvent voler six heures d’affilée sur 200 kilomètres. castillan, mais beaucoup ne le sont pas et les personnages
Plus intelligent qu’un cheval ou un chien, un tel dragon européens de DCA ont tendance à être polyglottes.
ne peut cependant pas parler. Chaque grand royaume pos-
sède en général plusieurs centaines de ces animaux.
Les deux espèces qui précèdent sont les plus connues, LANGAGE LOCUTEURS
mais il en existe des dizaines sinon des centaines moins
courantes, de toutes tailles et aptitudes.
Castillan Les Espagnols de Castille
Les dragons ont tous une chose en commun : s’ils sont
domptés, ils n’obéiront qu’aux ordres d’une femme, jamais à Aragonais Les Espagnols d’Aragon
ceux d’un homme. La raison en est inconnue, mais cela a sen-
siblement changé la façon dont la société traite les femmes, Les Espagnols, Arabes et juifs
surtout en ce qu’elles peuvent désormais servir dans les ar- Arabe andalou d’Andalousie
mées et monter en grade, puisqu’elles sont indispensables
pour commander les unités de dragons. Mais dans la classe Basque Les Basques
paysanne, cela ne change en rien les discriminations dont
elles sont victimes, sauf qu’en plus d’être données en ma- Catalan Catalan
riage ou envoyées au couvent, elles ont désormais la pos-
sibilité d’être envoyées à l’armée. Si les dragons étaient Galicien Les Galiciens et les Portugais
vraiment beaucoup plus nombreux, une proportion impor-
tante de femmes devrait être entraînée à les monter, ce qui Les Romains
Latin
changerait alors le rapport des forces au profit de toutes les
femmes, y compris celles qui n’ont pas vocation à devenir Les natifs de la tribu des Lucairis
Taino
dragonnières. C’est ce que compte promouvoir la Société
des éleveuses de dragons, par exemple. Toujours est-il qu’en Dialectes arabes Les Arabes
Europe aujourd’hui, les femmes, à part les nobles et les dra- (darija)
gonnières, restent pour l’essentiel des citoyens au rabais,
Anglais Les Anglais
malgré quelques avancées sociétales en leur faveur.
Les dragons européens furent les premiers domptés, Français Les Français
mais pas les premiers à appartenir à une civilisation ; avant
sainte Sabra, d’autres sociétés humaines avaient noué des Toscan et ses dialectes Les Toscans, Corses et Florentins
liens d’un autre ordre avec les races draconiques ; pour
beaucoup, les dragons étaient des êtres divins, dignes Vénitien Les Vénitiens
d’adoration. Certains royaumes étaient directement sous
la domination des dragons, d’autres acceptaient leur pro- Zeneize (génois) Les Génois
tection en contrepartie d’offrandes de nourriture, etc.

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N OM S CA ST I LLANS Beaucoup de Castillans prennent un second nom de fa-
Les prénoms et noms de famille castillans étaient déjà mille, celui de leur mère ou d’un autre ancêtre. Ces deux
très variés au moment de l’arrivée des Espagnols dans le noms de famille sont parfois séparés par « y », qui signifie
Nouveau Monde. « et ». Exemples : « Pérez y Díaz », « De Avila y Gutiérrez ».

La plupart des noms de famille ont un rapport avec la Les nobles, gentilshommes et marchands espagnols
profession d’un ancêtre ou avec son lieu d’origine. Mais adoptent souvent le titre « Don » ou « Doña », placé avant
certains comprennent le suffixe -ez, signifiant « descen- le nom, en signe de distinction.
dant de ». Ainsi, Gómez signifie « descendant de Gomar », Ci-dessous figurent quelques-uns des noms et noms de
López signifie « descendant de Lope », etc. « De » avant un famille les plus courants, afin d’aider la meneuse et son
nom signifie que la famille utilise comme nom son origine groupe de joueurs à choisir des noms pour les person-
géographique. nages ou les endroits.

NOMS FÉMININS NOMS FÉMININS NOMS MASCULINS NOMS MASCULINS PRÉNOMS PRÉNOMS

Águeda Juana Agustín Jaime de Aguilar González

Ana Juliana Alonso Jerónimo de Alvarado Gutiérrez

Andrea Leonor Álvaro Juan de Espinosa Hernández

Angela Lucia Andrés Lope de Herrera Jiménez

Antona Luisa Antonio Lorenzo de la Cruz Juárez

Antonia Magdalena Baltasar Lucas de la Fuente López

Barbola Margarita Bartolomé Luis de León Martín

Beatriz María Carlos Manuel de Medina Martínez

Catalina Mariana Cristóbal Marcos de Mendoza Méndez

Clara Marina Diego Martín de Montoya Muñoz

Constanza Mayor Esteban Mateo de Ribera Núñez

Cristina Melchora Felipe Matías de Rojas Ortiz

Damiana Mencía Francisco Miguel de Salazar Pérez

Elvira Olalla Gabriel Nicolás de Torres Ramos

Floriana Quiteria Gaspar Pedro de Trujillo Rodríguez

Francisca Sancha Gonzalo Rodrigo del Valle Ruiz

Inés Susana Gregorio Santiago Díaz Sánchez

Isabel Teresa Hernán Sebastián García Suárez

Jerónima Úrsula Hernando Tomás Gómez Vázquez

106
l ’a n c i e n m o n d e

Des miracles catholiques, pas de la


LA RELIGION magie

Les Européens ne perçoivent pas leurs rituels comme


« magiques ». D’ailleurs, le catholicisme, ayant relégué
Officiellement, la seule chose commune aux cultures eu- toutes les créatures non mortelles au statut de diables, de
ropéennes est leur adoption de la foi chrétienne, basée démons ou de monstres, condamne toute forme de sorcel-
sur les paroles de l’antique prêtre Yeshua de Nazareth, lerie ou de contact avec les esprits. Seul Dieu en personne
que les Européens modernes connaissent sous le nom de peut accorder aux prêtres européens des sorts, qui ne sont
Iesus Christus à propos du Dieu unique. Comme le concept pas désignés par ce terme mais par celui de « miracles ».
nahua du teotl, le « Dieu » des chrétiens englobe la tota- Le panthéon catholique, outre le Dieu unique et Son Fils
lité de la création, en revanche il est représenté comme véritable, Jésus-Christ, fondateur de son Église, n’est com-
une entité dotée d’un nom, d’un visage et de caractéris- posé que de saints : des prêtres ou des martyrs chrétiens
tiques humaines. C’est une entité omnipotente, très sage dont les actes méritants justifient le culte qu’on leur voue,
et omnisciente, plus puissante que n’importe quelle force ainsi que l’Église en a officiellement jugé.
et plus grande que n’importe quelle divinité. C’est l’archi-
Le catholicisme est donc monothéiste, bien qu’il auto-
tecte de l’univers tout entier. Même les principales reli-
rise le culte des saints ; il condamne la sorcellerie, bien
gions non chrétiennes, comme le judaïsme ou l’islam, re-
qu’il autorise des miracles magiques directement inspirés
connaissent et adorent le même dieu en tant que Créateur
par Dieu ; et il nie posséder un quelconque pouvoir poli-
suprême de tout ce qui existe, et rejettent toutes autres
tique, alors qu’il mène les plus puissantes monarchies du
figures ou entités divines. Quasiment tous les Européens
monde par le bout du nez.
sont persuadés de l’existence de Dieu et du fait qu’Il gou-
verne toutes les actions, pensées et destinées humaines.
Les ténèbres de Satan
Christus, ou Jésus-Christ, était un prêtre juif du pays de
Canaan sous domination romaine, qui vécut quatre siècles
L’Ennemi, l’Adversaire, le Diable, l’Imposteur. Satan rôde
avant saint Georges et sainte Sabra. Il prêchait l’austérité,
et attend de toute éternité, car il n’est rien, sinon ruse et
l’humilité, la dévotion discrète, le pardon et la paix même
patience. Ceux qui manient les pouvoirs miraculeux consti-
entre ennemis ; ces enseignements furent vus comme ra-
tuent ses cibles favorites, car ils apprécient la puissance ;
dicaux, voire dangereux : l’Empire romain persécuta les
seuls les plus clairvoyants d’entre eux peuvent distinguer si
sectes chrétiennes et en bannit ou en exécuta les membres
celle-ci émane des ténèbres plutôt que de la lumière.
jusqu’à l’époque de sainte Sabra.
Personne ne sait qui est ou ce qu’est Satan. Peut-être est-
Après la conversion du dragon de Silène, l’Église catho-
il un serviteur de Dieu tombé en disgrâce, comme l’affirme
lique émergea à Rome, laquelle adopta la doctrine de Jésus
l’Église. Ou peut-être est-il un esprit ancien, qui se souvient
et reconnut celui-ci comme le Fils de Dieu, sans doute
des temps d’avant l’Âge des mortels et aspire à se venger des
parce que les dragons chrétiens s’avéraient très utiles
humains et de leur prise du pouvoir. À moins qu’il ne soit
au combat – ou parce qu’une cabale de puissants prêtres,
qu’un aspect sombre et malveillant de Dieu lui-même. Quelle
voire un dragon sous forme humaine, promouvait le culte
que soit sa vraie nature, il s’est donné pour objectif d’entra-
chrétien en coulisses.
ver et de corrompre les prêtres chrétiens, partout dans le
Quelle que fut la raison de la propagation du christia- monde, et ce depuis des siècles. Bien que l’Église le dénie, il
nisme, celle-ci se fit très rapidement et le catholicisme y a bien une ombre, une souillure, qui s’étend en son sein,
devint la seule religion officielle de tous les royaumes eu- même dans ses rangs les plus élevés ou les plus vertueux.
ropéens, ce qu’il est resté depuis plus d’un millénaire. Ce
Beaucoup d’ordres religieux ont succombé devant les té-
règne d’une seule religion instaura la suprématie des mor-
nèbres et devraient être purgés. Des villes entières sont
tels sur le continent, permit les plus longues périodes de
possédées par des démons, et leur population devrait être
stabilité de l’histoire humaine, établit des lois communes
exterminée avant qu’ils aient terminé leurs rituels d’invo-
et un langage commun, le latin, et donna une même finali-
cation. Le nombre d’évêques, de nobles ou d’autres notables
té à des millions d’Européens, dont les vies, les pensées et
qui adorent Satan en secret est inconnu, et il revient à Rome
les libertés dépendent toujours aujourd’hui d’une petite
seule de les démasquer et de les purger aussitôt que possible.
citadelle dans Rome : la cité du Vatican, siège de la papau-
té et capitale de la chrétienté
Les terres de Gaia

Au plus profond des campagnes, partout en Europe, les


traditions changent difficilement et les rites chrétiens se
mêlent à de plus anciennes croyances.

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Les paysans protègent leurs sorcières, leurs satyres, Les Indes
leurs esprits et leurs fées en les cachant aux prêtres. Ils
prient tous la Sainte Mère du Christ mais n’oublient ja- Les « Indes » est la désignation d’une série de colonies
mais d’offrir de menus sacrifices aux créatures des an- situées dans la mer Orientale du continent. Entièrement
ciens dieux. sous contrôle européen et officiellement sous gouver-
Celles-ci sont pour beaucoup le plus grand danger nance espagnole, elles sont en réalité gérées par des en-
pour le christianisme. Tout le monde s’accorde pour dire trepreneurs et des « encomenderos », exploiteurs des
que les dragons indomptés ne sont que vermine ; mais natifs.
les dames des champs et autres créatures surnaturelles La première de ces colonies, San Salvador, fut fondée
semblent offrir plus que l’Église aux gens du commun qui, par Colomb lui-même, au moment de la découverte des
dans leur ignorance, sont prêts à renoncer à l’entrée dans terres qu’il croyait situées en Asie orientale. De nos jours,
le Royaume des cieux pour une plus abondante récolte. après deux décennies, des centaines d’autres aventuriers
espagnols se sont installés dans l’archipel, au nom de

FACTIONS ET
l’Espagne.
Le gouverneur et vice-roi des Indes est le fils de
Christophe Colomb, Diego. Toutefois, il a plus à cœur les

FORCES EN intérêts de ses amis et alliés que ceux de la monarchie es-


pagnole, ce qui le met en porte-à-faux vis-à-vis des émis-
saires de la Couronne. Ceci est dû à ses revendications sur

PRÉSENCE les îles, dont il estime qu’elles lui reviennent de droit.

Hispaniola

Comme déjà mentionné, la plupart des colons européens Ce fut la première des îles de l’archipel entièrement
du Nouveau Monde viennent de l’Empire espagnol, c’est-à- conquise par les Européens, qui exploitent ses ressources
dire des royaumes de Castille et d’Aragon. Il y a cependant au profit de la couronne d’Espagne via le système des
beaucoup de marins, aventuriers et explorateurs venus « encomiendas », après en avoir asservi les natifs lucai-
d’autres nations, et même les sujets de la couronne d’Es- ris. Il existe à ce jour sur l’île des dizaines de haciendas
pagne ont en général leurs propres priorités, distinctes de indépendantes, et trois dragons espagnols au moins pa-
celles des royaumes. trouillent ses cieux pour surveiller les autochtones.

Les Européens du Nouveau Monde se divisent en deux L’île était auparavant nommée Ayiti et abritait cinq dif-
classes : les représentants désignés, qui gèrent officiel- férentes tribus de Lucairis. Elles tombèrent sous les coups
lement les affaires et sont censés rendre compte à la des avides envahisseurs européens cherchant à s’empa-
Couronne, et les propriétaires et prospecteurs indépen- rer des richesses du Nouveau Monde, et l’île, rebaptisée
dants, subventionnés par la Couronne pour entreprendre Hispaniola, devint le centre du pouvoir des Européens,
et investir dans la conquête et la colonisation. Ces colons d’où ils dominent les nouvelles colonies.
indépendants sont soumis à l’autorité des représentants Santo Domingo, la forteresse de Diego Colomb et capi-
officiels mais en tiennent rarement compte, car les colo- tale des Indes, se trouve sur Hispaniola, sur la côte sud-
nies ont encore très peu de moyens de l’imposer. est de l’île.
La population native des colonies européennes est en-
LA M A LÉ D I C TI O N D E S O R I S H A S
core nombreuse. Elle appartient surtout aux tribus tainos/
lucairis, qui habitaient les îles avant l’arrivée de Colomb. Comme l’asservissement a épuisé les natifs d’Hispaniola
Les Lucairis, que la plupart des Européens qualifient tou- et a diminué leur nombre, les Européens se sont mis à im-
jours d’« Indiens » bien qu’ils sachent désormais que le porter des centaines d’esclaves africains pour exploiter les
Nouveau Monde n’est pas l’Asie, comme ils le pensaient ressources locales, ce qui a eu pour résultat la propagation
naguère, sont forcés de fournir du travail manuel aux co- silencieuse de certaines malédictions africaines anciennes
lons, qui ont établi des « encomiendas », c’est-à-dire des dans l’île, lesquelles ont affecté également colons et au-
établissements et plantations où une poignée d’Européens tochtones. Les premiers récits de morts-vivants ambu-
gèrent une main-d’œuvre de centaines d’Indiens. lants ont entraîné l’abandon de certaines plantations par
leurs propriétaires et leurs serviteurs, en attendant que
Ci-dessous figurent les principales factions politiques des inquisiteurs chrétiens ne viennent les débarrasser de
au sein des colonies européennes du Nouveau Monde. ce fléau. Mais les orishas, ou esprits africains, n’ont qu’à
peine commencé à exercer leur magie au sein des popu-
lations locales, et la lutte promet d’être longue et féroce.

108
l ’a n c i e n m o n d e

Cuba Les peuples lucairis

Cuba, ou Isla Juana en l’honneur de Juan de Trastamare, Les Lucairis, que les Européens désignent sous le nom
prince des Asturies, la plus grande de ces îles appelées d’Indiens, ou Tainos, comme se nomment les chefs locaux,
les Indes, est dotée d’une importante population native sont les habitants originels des « Indes », cet archipel à
non encore totalement soumise aux Européens. La pre- l’est du Nouveau Monde.
mière colonie permanente sur Cuba, Baracoa, est la tête
Les Lucairis formaient un peuple pacifique et tolérant,
de pont d’un effort lent mais régulier de conquête de l’île,
avec des chefs indulgents, entretenant de bons rapports
sous le commandement du gouverneur Diego Velázquez
avec les esprits de la nature. Les premiers envahisseurs
de Cuéllar, un hidalgo castillan blanchi sous le harnois,
européens furent accueillis avec une curiosité amusée.
et l’un des favoris du vice-roi Diego Colomb. Bien que les
Mais Colomb et ses successeurs trahirent la confiance des
Lucairis de Cuba soient toujours belliqueux, leur chute
natifs, les asservirent et capturèrent leurs seigneurs et
devant les Espagnols et la conquête de l’île entière n’est
leurs magiciens par surprise. Les Lucairis furent décimés
qu’une question de temps.
et leur nation frappée de quasi-disparition en moins d’une
HERN Á N CO RTÉ S décennie. Même les doux esprits de la nature qui proté-
geaient les îles lucairis tombèrent, furent chassés ou mis
Un homme, un hidalgo intelligent et entreprenant,
en déroute par les miracles chrétiens.
il s’est distingué au cours des premiers raids contre les
Indiens, sous le commandement de Diego Velázquez. Son À ce jour, la plupart des tribus autochtones ont été
nom est Hernán Cortés, et les sentiments de Velázquez réduites en esclavage dans les haciendas et colonies
envers lui oscillent entre admiration et malaise. Le jeune européennes.
hidalgo est aussi courageux qu’ingénieux, et le gouver-
neur hésite à l’employer au mieux de ses talents en le pro- LE P O UV O I R
mouvant, ou à s’en débarrasser sans autre forme de pro- Les Lucairis se divisaient en un système de classes très
cès avant que ses considérables facultés intellectuelles ne simple : les gens du commun appartenaient à la classe des
tournent à l’ambition dangereuse. naborias, les dirigeants et prêtres à celle des tainos. Les
prêtres tainos pouvaient converser avec le vent et les va-
Cortés semble pour l’heure se contenter de terres et
gues, mais leurs esprits gardiens tombèrent devant la puis-
d’esclaves, mais Velázquez ne peut s’empêcher de penser
sance de la magie chrétienne et la plupart perdirent à peu
que le jeune capitaine risque d’entraîner la débâcle abso-
près tous leurs pouvoirs, sauf quelques-uns qui se battent
lue de l’expédition – ou son triomphe.
encore dans les dernières localités natives rebelles.
Autres colonies
Les Kalinas
Quelques autres petites colonies européennes sont ins-
Un conflit de longue durée existe entre les Lucairis et
tallées sur les îles San Juan et Sevilla La Nueva, toutes sous
les Kalinas, une féroce tribu continentale au sud de l’ar-
le contrôle de gouverneurs que Colomb y a placés au cours
chipel. Les Kalinas ont longtemps affronté les Lucairis
de ses derniers voyages. Elles font aussi partie des Indes,
pour le contrôle de leur territoire et ont réussi à les chas-
bien que relativement à l’écart d’Hispaniola, la plus forte
ser des îles les plus méridionales.
implantation européenne.
Les Kalinas professent une religion cruelle et sangui-
Enfin, quelques colons européens ont d’ores et déjà
naire, pour laquelle tous les esprits et toutes les forces
réussi à atteindre le continent, au sud d’Hispaniola. Ils
surnaturelles sont des monstres, les mortels ne pouvant
n’ont pas osé entrer en contact avec les autochtones len-
que les combattre ou les amadouer. Les meilleurs guer-
cas, mais subsistent tant bien que mal grâce aux Lucairis
riers et prêtres kalinas ont donc appris à devenir aussi
ou aux Africains qui ont été amenés pour travailler sur
cruels et acharnés que les démons de la nature afin de
les plantations. Ces établissements, les premiers avant-
pouvoir les affronter sur un pied d’égalité.
postes européens sur le continent, ne sont guère plus que
des comptoirs commerciaux ou des bases de ravitaille- Les peuples kalinas sont encore presque inconnus des
ment, mais ont prouvé qu’il y avait bien un continent au Européens, qui les appellent les Caraïbes. Quelques chocs
sud-ouest des Indes et que le Nouveau Monde n’était fina- sanglants avec ces autochtones violents ont convaincu les
lement pas l’Asie. Européens que les Kalinas ne plaisantaient pas, ne pre-
naient pas de prisonniers et ne faisaient pas de quartiers.
De leur côté, les Kalinas voient les Européens comme des
démons marins et les traitent comme tels.

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les règles

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les r ègles

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Aperçu du jeu
D RAGONS CONQUER AMERICA
utilise un système de jeu de
rôle singulier, appelé MCJDR, pour La règle d’or
contraire de tout donner pour garan-
tir le succès, et toutes les situations
intermédiaires.
« Moteur (ou Motorisé par) Cartes
pour Jeu De Rôle » (il est en fait éga- Si, au cours d’une session, la Les actions
lement possible de se servir de dés meneuse de jeu juge nécessaire,
à six faces, nous y reviendrons). En dans l’intérêt de la narration,
L’action, ou « le fait ou processus
raison du nombre de cartes dans d’adapter, modifier ou ignorer
d’accomplir quelque chose, en géné-
chaque paquet utilisé dans cette ver- une règle décrite dans ce livre,
ral pour atteindre un objectif » (si
sion du système, celle-ci est appelée les joueurs devront respecter
vous êtes porté sur les définitions du
« MCJDR25 » sa décision. En revanche, avant
dictionnaire), est au cœur de la façon
d’entamer une campagne ou à
Ce système, assez différent de ceux de jouer à Dragons Conquer America.
la fin d’une session, les joueurs
qui vous sont peut-être plus fami- Le fait d’accomplir une action, ou,
sont encouragés à discuter en
liers, peut donc s’avérer un peu ma- pour être plus exact, de tenter de
groupe du genre d’aventures
laisé à maîtriser au début. Nous vous l’accomplir, est le moteur de la nar-
qu’ils souhaitent jouer et de la
garantissons qu’une fois que vous ration. Marcher, manger, boire, com-
façon d’utiliser les règles de ce
vous y serez fait, il comblera vos at- battre, voler quelque chose, lancer
manuel pour que tout le monde
tentes et vous procurera un degré de un sort, sauter d’une falaise... il y a
s’amuse le plus possible.
contrôle très gratifiant sur les his- autant d’actions (ou presque) qu’il y
toires que vous créerez et sur les ac- a de verbes dans le langage.
tions de vos personnages. La MJ se servira de mécaniques de
Pour faciliter votre apprentissage Les aspects les plus importants des résolution différentes pour détermi-
du système, vous trouverez ci-des- règles concernent donc les actions, ner le résultat des actions, selon ce
sous un bref aperçu des règles clés. c’est-à-dire ce que font les person- que le personnage cherche à réaliser,
Ce système n’est en rien exhaustif et nages, la façon de les résoudre, et les et selon la présence ou non d’une op-
sa seule lecture sera probablement conséquences qui pourraient résul- position à l’action.
insuffisante pour vous lancer d’em- ter de la réussite ou de l’échec de ces
actions. Si le joueur veut accomplir quelque
blée ; cependant, il devrait vous don- chose d’infaisable (« Je veux voler
ner une bonne vision d’ensemble, Dans le système de résolution jusqu’à Jupiter ! »), la MJ n’aura qu’à
indispensable quand vous vous plon- MCJDR25, chaque joueur dispose de ignorer poliment la demande.
gerez plus avant dans les règles sa propre main de cartes à jouer (ou
détaillées. d’une main de dés à six faces), re- Si le joueur tente une action fai-
présentant l’endurance de leur per- sable, la MJ aura plusieurs outils à sa
Narration et roleplay sonnage. Il vous revient de décider disposition pour déterminer ce qui va
quand jouer chacune de ces cartes se passer.
Dragons Conquer America est fon- pour réussir ; par conséquent, le jeu Les actions triviales, comme de
damentalement un jeu de rôle tradi- est plus stratégique que s’il suffisait marcher ou respirer, devraient réus-
tionnel. Chaque règle dans ce livre de lancer des dés pour déterminer sir automatiquement et la MJ devrait
n’a donc qu’un objectif : faciliter la les résultats d’une rencontre quel- les autoriser sans se poser de ques-
création de vos propres histoires lu- conque. Cependant, ne voyez pas cela tion. Il en va de même pour les ac-
dico-rôlistes, peuplées de vos person- comme du « jeu meta », ni comme si tions un peu plus compliquées, mais
nages uniques, dans un monde que cela constituait un jeu dans le jeu, auxquelles rien ou personne ne s’op-
vous construisez au fur et à mesure mais comme la modélisation par pose (« Nous devons escalader cette
que vous jouez. le système MCJDR25 des décisions falaise, je grimpe en tête. ») ; ce
que nous prenons chaque jour de genre d’actions devraient aussi être
notre vie, comme d’éviter consciem- automatiquement réussies, du moins
ment de nous fatiguer, de décider au dans la plupart des cas.

112
les r ègles

Ainsi, pour peu que votre personnage n’en soit pas fran- Mécaniques de résolution
chement incapable, il pourra toujours dans ce jeu escala-
der toutes les falaises et ouvrir toutes les malles au trésor Toutes les mécaniques de résolution citées ci-dessus
qu’il découvrira. Cela pourra peut-être exiger beaucoup de (épreuves et confrontations) servent à déterminer d’une
temps ou d’efforts, mais cela marchera en fin de compte et part si un personnage réussit ou rate, et à quel degré,
ne vous demandera ni épreuve, ni confrontation, ni poser d’autre part les éventuelles conséquences imprévisibles
de carte ou lancer de dé. de la tentative (page 128).
Cependant, il arrive souvent que les personnages Pour ce faire, les joueurs devront consulter leurs feuilles
doivent accomplir des choses difficiles dans un délai res- de personnages, jouer des cartes (ou lancer des dés) de
treint. Qu’ils aient à fuir un adversaire dangereux, à sur- leur main ou du paquet selon le cas, et tenir compte des
vivre à une avalanche sur le point de les engloutir ou à valeurs et signes des cartes jouées. De façon générale,
gérer toutes sortes de circonstances aux conséquences po- des valeurs hautes les aideront à réussir, tandis que des
tentiellement tragiques, alors la MJ utilisera un Test d’Op- valeurs basses et des signes adéquats leur permettront
position Passive, ou TOP (page 134). Si les personnages de tirer de nouvelles cartes pour rester en forme (page
font face à d’autres gens, à des monstres, des esprits ou 130). Pour apprendre à résoudre les confrontations, voir
des dragons, la MJ leur opposera alors des personnages page 122 ; pour les épreuves, voir page 124.
non joueurs, ou PNJ.
Ces deux types de situations seront résolues par des Mise en page et présentation
confrontations (page 122). Les confrontations diffèrent
des mécaniques de résolutions normales utilisées dans Les règles de base et le cadre du jeu sont rédigés dans le
d’autres jeux en ce qu’elles sont toujours à « double même format que ce paragraphe. Ces sections contiennent
sens » : elles ne servent pas seulement à décider du succès les éléments essentiels de ce manuel. Voyez ces règles
ou de l’échec d’un personnage, mais déterminent, au cours comme la colonne vertébrale du moteur CJDR : si vous ne
d’un combat contre un PNJ ou dans un TOP, qui réussit ou les avez pas assimilées à fond, vous ne pourrez pas jouer
échoue. Ceci vient de ce que les personnages peuvent ré- à DCA.
agir à ce qui leur arrive ou se passe autour d’eux, en uti-
lisant des contre-actions : esquiver une flèche, contre-at-
taquer, se mettre à l’abri pour survivre à l’avalanche, Les règles additionnelles ou optionnelles,
arriver au sommet de la falaise avant qu’elle ne s’écroule, ainsi que les règles plus avancées, sont présen-
ou quoi que ce soit qui leur paraisse utile ou leur vienne à tées sous ce format. Nous vous suggérons de ne pas
l’esprit. Cela signifie également qu’échouer dans une ten- en tenir compte au début, et de ne commencer à les
tative donne en général à l’adversaire une chance de réus- intégrer à votre jeu que quand vous serez à l’aise
sir ce qu’il tentait d’accomplir. avec les règles de base ; vous ne devriez vous servir
que des plus pertinentes pour votre groupe et pour
Parfois, la MJ peut vouloir souhaiter dissimuler aux votre propre campagne : ce n’est pas la peine de
joueurs certaines informations (« La falaise est parcourue toutes les utiliser.
de crevasses et risque de s’écrouler si quelqu’un essaye
de l’escalader, je me demande si le personnage va le re-
marquer avant de commencer l’ascension finale. »). Elle
peut alors utiliser une épreuve (page 124) afin de déter�-
Vous trouverez sur fond gris les règles qui exi-
miner si un personnage découvre l’information adéquate
gent que vous leur prêtiez une attention particu-
ou s’il va subir les conséquences de son ignorance. Les
lière, et qu’il vaut mieux éviter d’oublier de lire
épreuves diffèrent des TOP en ce que les personnages ne
quand vous feuilletez le manuel.
savent pas forcément s’ils les ont réussies ou non ; ce sont
d’excellents outils pour permettre à la MJ d’entretenir le
suspense.
Vous trouverez également dans le livre de nombreux
Enfin, quand dans l’une ou l’autre de ces situations le exemples d’application des règles, qui sont formatés en
timing est crucial, ou s’il est important de savoir qui fait italique pour vous aider à les repérer dans l’ouvrage.
quoi en premier, la MJ devrait lancer une passe d’armes
(page 132), ce qui aidera le groupe à déterminer l’ordre Enfin, vous verrez de nombreuses sections du livre en texte vert,
dans lequel chaque personnage pourra agir. comme celle-ci. Elles contiennent des trucs, astuces et conseils qui
vous aideront probablement à comprendre la finalité initiale des
règles et vous donneront des idées sur la manière de les mettre
effectivement en œuvre au cours de vos parties.

113

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Les outils
CO NF LI T nécessaire au jeu

A VANT DE COM ME NCE R à jouer à


Dragons Conquer America, il vous faut
rassembler plusieurs outils et vous familiari-
Mais, contrairement à d’autres JDR, dans
DCA la meneuse de jeu dispose aussi de sa
propre feuille. Elle peut y noter les traits
ser avec leur usage : ce manuel, des feuilles positifs ou négatifs des personnages, la cor-
de personnages, et des cartes à jouer ou des ruption qu’ils risquent d’avoir accumulée en
SO CI A L dés à six faces. usant de leurs pouvoirs magiques, et tout ce
qu’elle estime pouvoir servir au bon dévelop-
Oui, vous avez bien lu : ce jeu peut être
pement de son histoire.
joué soit avec des cartes, soit avec des dés.
Différentes personnes au sein d’un même
groupe peuvent employer l’une ou l’autre Les cartes à jouer
méthode, voire en changer au début d’une
session, avec l’accord de la MJ. Les cartes à jouer sont l’une des deux mé-
thodes que les joueurs peuvent employer
Ce manuel pour déterminer le résultat de leurs actions.
Ces cartes sont jouées chaque fois que les per-
sonnages sont confrontés à des difficultés ;
L’outil le plus important pour jouer à DCA
E X PL O R A T I O N est ce manuel, sous forme physique ou nu-
leur valeur est ajoutée à la valeur d’action du
personnage, et leur signe peut procurer un
mérique. Vous y trouverez non seulement les
petit avantage.
règles (page 110), les personnages (page 138)
et l’équipement (page 218), mais aussi une LE S P A Q UE TS D E C A R TE S D E D C A
description détaillée du cadre du jeu (page 8)
Pour jouer à DCA avec des cartes, vous aurez
et une palanquée de conseils pour construire
besoin de cartes spéciales DCA ou de jeux de
vos propres aventures et campagnes
cartes normaux. Pour utiliser un jeu de cartes
(page 396). Ce livre abonde en exemples, en
normal, suivez les instructions ci-dessous :
trucs et en astuces dont vous pouvez vous
inspirer pour améliorer vos sessions de jeu. Ne conservez que les as (valeur de 1), les
cartes numérotées de 2 à 6, et un seul joker.
DI V I N Les feuilles des personnages Puis appliquez les correspondances sui-
et de la meneuse vantes : Pique vaut pour « Conflit », Cœur
pour « Social », Trèfle pour « Exploration » et
Comme dans la plupart des jeux de rôle, Carreau pour « Divin ».
dans DCA chaque joueur joue des person-
Un paquet par joueur (dont la MJ) sera né-
nages, décrits par une feuille de personnage.
cessaire, et il faudra veiller à ne pas mélan-
Les feuilles de personnage contiennent les
ger les paquets entre eux. Ceci procurera les
compétences du personnage, ses traits et
mêmes chances à tous les joueurs.
talents, son équipement et tout ce qui, en
somme, peut être couché sur le papier à pro- Si vous n’avez pas assez de paquets de
pos du personnage. Vous trouverez les règles cartes, mélangez tous ceux dont vous dispo-
JO KER de création de personnage à partir de la sez et formez un paquet commun à tous les
page 138 et une feuille de personnage vierge, joueurs ; ou bien, utilisez un paquet pour la
prête à être photocopiée, page XXX. MJ et un autre pour l’ensemble des autres

114
les r ègles

joueurs (qui ne devra pas comprendre moins de paquets paquet est piochée, la pile de défausse est alors mélangée
de base que la moitié du nombre de joueurs). pour former un nouveau paquet.

L E S V A L EUR S De même, les joueurs n’ont pas le droit de consulter les


mains des autres joueurs, ni de leur indiquer les valeurs
Les valeurs des cartes de DCA vont de 1 (l’as) à 6, sauf
des cartes dans leur propre main. Ils sont cependant libres
pour le joker qui n’a pas de valeur spécifique et dont la
d’évoquer leur degré de fatigue, au vu de leur main, sans
fonction est d’influer sur les conséquences de l’action
mentionner de valeurs précises.
(voir page 128).

L E S SI GN ES Par ex. : « Je me sens en pleine forme aujourd’hui », « Je pour-


rais continuer comme ça toute la journée », ou au contraire
Les cartes de DCA sont de l’un des quatre signes diffé- « Je ne crois pas pouvoir survivre à un autre combat », ou
rents : Conflit, Social, Exploration et Divin. Il est possible « J’ai une forte envie de me réfugier dans un coin et de
de jouer une carte de n’importe quel signe pour n’im- me rouler en boule jusqu’à ce que le danger soit passé ».
porte quelle action, mais l’emploi intelligent des signes et
des valeurs permettra aux personnages de préserver leur Enfin, les cartes ne peuvent pas être jouées, défaussées
énergie (voir Piocher des cartes, page 128, pour plus de ni piochées à n’importe quel moment : les joueurs doivent
détails). toujours respecter les règles pertinentes.
■ « Conflit » englobe le combat, les poursuites, les duels,
J O UE R S E S C A R TE S
etc.
Quand les personnages sont soumis à une confrontation,
■ « Social » recouvre la conversation, la persuasion, la c’est-à-dire qu’ils font face d’une manière ou d’une autre
diplomatie, le mensonge, etc. à un PNJ ou à un TOP, ils jouent des cartes. Ce sont tou-
■ « Exploration » recouvre l’investigation, la recherche jours des cartes de leur main, tandis que pour les PNJ et
d’indices, l’escalade, la nage, le suivi de traces ou de les TOP, la MJ doit jouer la carte qui se trouve au sommet
pistes, le départ vers l’inconnu, etc. de son paquet.

■ « Divin » regroupe toutes les actions impliquant l’em- D É FA US S E R D E S C A R TE S


ploi de la magie, quel que soit leur type (conflit, social Les cartes sont défaussées pour activer certaines capaci-
ou exploration). Exception notable : ne relèvent pas tés, résoudre des épreuves, ou pour d’autres effets préci-
du divin les rencontres avec des créatures magiques et sés dans les règles. Défausser une carte signifie qu’elle est
l’usage d’objets magiques, sauf si la magie a été utilisée placée directement sur la pile de défausse, sans être jouée.
par ailleurs.
En règle générale, les cartes défaussées doivent venir de
L A M A I N DE C ARTE S la main d’un joueur. Cependant, certains effets ou capaci-
À DCA, tous les joueurs sauf la MJ disposent d’une main tés peuvent en décider autrement, ou donner aux joueurs
de cartes. La main d’un joueur représente l’endurance de le choix entre défausser une carte de leur main ou du som-
son personnage, combien il en a encore « sous le pied », met de leur paquet. Si un joueur doit défausser une carte
sa capacité à déployer de grands efforts, à accomplir des de sa main, il peut choisir laquelle, sauf si une règle pré-
exploits. cise en dit autrement.

L’endurance maximum d’un personnage est reflétée par Un PNJ ne peut pas défausser de cartes. Il subira en re-
la taille maximum de la main du joueur, déterminée par vanche, lors de la confrontation suivante, autant de désa-
l’âge du personnage (soit 8 cartes pour un personnage vantages qu’il aurait eu de cartes à défausser.
jeune, 7 pour un adulte, 6 pour un personnage âgé). À Les tests d’opposition passive ne peuvent pas non plus
tout moment, si un joueur pioche un nombre de cartes qui défausser de cartes.
amène sa main au-delà de la taille maximum autorisée, il
devra défausser assez de cartes pour revenir au maximum.
Les personnages ne pouvant dépenser que les forces
qu’ils ont, les joueurs ne peuvent donc jouer que les cartes
de leur main, sauf si une autre règle les y autorise. Un
joueur peut choisir quelle carte de sa main jouer.
L’endurance est délicate à mesurer. Les joueurs n’ont
donc pas le droit de consulter leur paquet ni la pile de dé-
fausse, ni de mélanger ou de réintroduire les cartes déjà
utilisées dans leur paquet. Dès qu’une carte est utilisée,
elle est placée dans la défausse. Quand la dernière carte du

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Les dés ■ Chaque fois que vous êtes censé piocher
une carte et la placer dans votre main, pui-
Bien que ce manuel ait été rédigé en suppo- sez un dé de la réserve et ajoutez-le à votre
sant que vous choisirez d’utiliser les cartes, main de dés.
le MCJDR25 peut être joué avec des dés au lieu ■ Chaque fois que vous êtes censé jouer
de cartes ; il faut des dés à six faces (D6) de une carte, choisissez un dé de votre main et
cinq couleurs différentes, soit une par signe lancez-le.
plus une pour les jokers.
CO NF LI T ■ Après avoir lancé un dé et résolu l’action,
Les mêmes règles sont appliquées avec les replacez le dé dans la réserve.
dés qu’avec les cartes, sauf qu’il y aura une
étape supplémentaire pour la résolution des LA R É S E R V E D E D É S
confrontations (voir page 122). Les dés qui ne sont pas dans la main d’un
Pour interpréter correctement ce que dit joueur sont dans la réserve, de même que les
ce manuel, il vous suffit de vous souvenir des cartes non encore piochées sont dans le pa-
équivalences suivantes : quet d’un joueur. Cependant, vous n’avez be-
soin que d’une seule réserve, partagée entre
■ Jouer une carte = lancer un dé tous les joueurs se servant de dés.
■ Piocher une carte = puiser un dé dans la La réserve devrait se trouver dans un en-
SO CI A L réserve droit facile à atteindre pour tous les joueurs,
■ Main de cartes = main de dés mais de sorte qu’ils ne puissent pas voir les
dés ; par exemple, un sac opaque qui empêche
■ Paquet de cartes = réserve de dés les joueurs de savoir quels dés ils puisent.
LE S DÉ S DCA Chaque fois qu’un dé est défaussé ou lancé
Pour jouer à DCA avec des dés, il vous fau- et l’action résolue, il est replacé dans la ré-
dra soit des dés spéciaux DCA, soit des D6 serve ; chaque fois qu’un dé doit être puisé, il
normaux de cinq couleurs différentes. Dans est tiré de la réserve.
ce dernier cas, voici comment faire :
La différence principale entre les deux méthodes de
Pour chaque groupe de trois joueurs maxi- jeu est qu’avec les cartes, vous connaissez à l’avance
E X PL O R A T I O N mum ayant choisi cette méthode, vous devrez la valeur de la carte que vous jouez, tandis qu’avec les
disposer de 25 dés, soit six dés dans quatre dés, cette valeur est décidée au moment du lancer de
couleurs différentes et un d’une cinquième dé. Lors des confrontations, ceci est compensé par le
couleur représentant le joker. Il est préfé- fait que vous êtes autorisé à retourner l’un de vos dés
rable que les dés soient de la même taille et (voir page 123)
de la même matière, afin qu’ils ne puissent
pas être distingués au toucher.
Nous vous conseillons les correspondances
couleur de dé / signe des cartes suivantes :
rouge pour Conflit, blanc pour Social, vert
pour Exploration, jaune pour Divin et noir
DI V I N pour le joker.
Enfin, vous placerez la réserve de dés dans
un quelconque récipient opaque, de façon à
ce que vous ne puissiez pas voir quel dé vous
puisez ; par exemple, une bourse avec une
cordelette.

LA MAIN DE DÉ S
Les joueurs utilisent chacun une main de
dés, de la même manière qu’ils auraient cha-
cun une main de cartes. Pour jouer avec des
dés plutôt qu’avec des cartes, vous n’aurez
JO K ER
besoin que de suivre ces règles simples :

116
les r ègles

LE TEMPS
A U CO U R S DU JEU , le temps
peut être divisé en quatre caté-
gories différentes de durées : les ses-
La main de cartes d’un joueur repré-
sente l’endurance de son PJ, ce qui signi-
fie qu’un PJ dont le joueur a une main de
Quand les personnages accomplissent
des actions sans opposition, l’ambiance
autour de la table reste en général déten-
sions, les scènes, les passes d’armes cartes complète est en forme et proac- due, comme dans une conversation. La
et les tours. tif, tandis qu’un PJ dont le joueur n’a que meneuse doit veiller à ce que le temps de
peu ou plus de cartes est épuisé et pro- jeu soit réparti de façon équitable entre
Sessions bablement démoralisé. Quand les per- tous les joueurs, et que ceux-ci puissent
sonnages peuvent se reposer suffisam- tous décrire ce que fait leur personnage
Une session correspond à la durée ment longtemps pour recouvrer leur pendant leur temps de parole.
réelle consacrée au jeu, sur une par- énergie, cela signifie en général que la
■ Si l’action implique une forme
tie d’une journée. scène est terminée, et les joueurs auront
quelconque de conflit — un combat,
alors la possibilité de piocher à nouveau
un échange d’arguments, une pour-
Par ex. : vous êtes tous tom- (jusqu’à la taille maximum de la main).
suite, ou toute autre situation tendue
bés d’accord pour jouer toute Une scène n’a pas de durée déter- au cours de laquelle certains person-
l’après-midi de ce dimanche. minée à l’avance, ni d’événement nages cherchent à prendre le dessus
type qui l’interromprait automati- sur d’autres —, alors il faut lancer
Certains événements et capacités sont quement. Il revient à la MJ de déci- une passe d’armes, qui fixe l’ordre
valides pour une durée correspondant au der quand elle se termine. Allonger la dans lequel les personnages peuvent
temps écoulé dans le jeu pendant la session. durée des scènes (ce qui les rend plus déclarer leurs actions ou utiliser des
Ceci suppose que la plupart des sessions ne « difficiles ») ou les raccourcir (pour contre-actions pour éviter les effets
représenteront que de relativement courtes les rendre plus « faciles ») est un bon de celles de leurs adversaires.
périodes dans le jeu, sans temps morts trop outil à la disposition de la MJ pour
longs à l’intérieur de ces périodes. Si une ses- ajuster la difficulté du jeu. Passes d’armes
sion s’avère très longue (par ex., si vous jouez
6 heures d’affilée), ou qu’elle couvre une très Par ex. : les PJ décident de s’intro-
longue durée dans le jeu (par ex., les person- Les passes d’armes sont de brefs pa-
duire dans un temple de la cité de
nages traversent un désert pendant un mois, roxysmes d’activité au cours desquels
Tenochtitlan. Ils attendent la tombée
mais cela ne prend que quelques minutes à de la nuit pour éviter les foules, pé- les personnages tentent de l’emporter
jouer), la MJ peut décider à n’importe quel nètrent silencieusement dans l’édifice sur d’autres ou d’atteindre leur objec-
moment, pour des raisons de jeu, qu’une et le fouillent à la recherche de trésors. tif au plus vite. Elles constituent, avec
session a pris fin et qu’une nouvelle session Ils tombent sur deux gardes du temple, les confrontations qu’elles englobent,
commence immédiatement. et après les avoir vaincus, ils s’em- la partie la plus purement mécanique
parent de l’or et prennent la poudre du MCJDR25, et seront détaillées plus
Scènes d’escampette. Cette suite d’événe- loin dans ce manuel.
ments peut être jouée en une seule
Au début de chaque scène, tous les
scène ou divisée par la MJ en plusieurs. Tours
Ainsi, entrer dans le temple sans être
joueurs sauf la MJ piochent des cartes
vus pourrait constituer une scène, le
sur leur paquet, jusqu’à atteindre le Un tour est un instant durant le-
combat contre les gardes une autre, la
nombre maximal autorisé de cartes fuite une troisième et dernière scène. quel un personnage tente d’accom-
dans leur main. plir quelque chose, tandis que ceux
Les actions effectuées pendant une qui seraient affectés par cette tenta-
Une scène est une séquence d’évé-
scène peuvent être résolues de deux tive essayent de l’en empêcher ou de
nements pendant lesquels la MJ dé-
façons : l’arrêter. Au cours de chaque passe
crit ce à quoi les personnages sont
d’armes, chaque personnage ne dispo-
confrontés et ce qui leur arrive. Au ■ Si l’action ne déclenche pas de passe sera en général que d’un seul tour (et
cours d’une scène, les personnages d’armes ou que rien ne s’y oppose, elle parfois même d’aucun !), mais pourra
agissent constamment, sans repos est considérée comme une action sans participer à plusieurs des tours de ses
(ou très peu) entre deux actions, le opposition et est réussie par défaut. adversaires, si ceux-ci l’affectent.
plus souvent en un seul endroit.

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Les actions
L E S A CTIONS SONT des activités conscientes, qui
durent un court moment (un tour) : attaquer, courir,
parler, esquiver, marchander, etc. Tout ce qu’un person-
nage accomplit de manière active constitue une action en
termes de règles. Dans DCA, les actions sont effectuées en
utilisant une valeur de compétence et un focus qui repré-
sentent le savoir du PJ dans ce domaine précis.
Beaucoup d’actions, soit parce qu’elles sont triviales
(comme manger), soit parce que rien ni personne ne s’y
oppose (comme frapper un personnage endormi), sont
réussies par défaut : les déclarer suffit à les accomplir.
Cependant, quand vous tentez une action, énormément
de choses sont susceptibles de mal tourner ; la MJ doit in-
tégrer les critères suivants pour décider de ce que les PJ
peuvent accomplir ou non, et avec quel degré de succès :
1. Si une action prend pour cible ou affecte directe-
ment un autre personnage, lequel est conscient de
l’action, celui-ci peut décider une contre-action, ce
qui déclenche une confrontation ;

Par ex. : Amoxtli veut décocher une flèche sur une


chauve-souris géante à proximité, mais le monstre
est assez proche pour tenter de lui plonger dessus
et l’attaquer. Le résultat d’un tel affrontement
sera résolu par une confrontation.

Au cours d’un conflit, tous les ennemis sont


considérés comme conscients des actions des
PJ qui ont déjà été repérés, et ils peuvent donc
tous entreprendre une contre-action si les PJ les
ciblent.
2. Si une action consiste en quelque chose que le per-
sonnage serait en mesure d’accomplir s’il avait assez
de temps ou s’il pouvait réessayer autant de fois que
nécessaire, MAIS que le temps lui est compté ou
qu’il veut réussir d’emblée, la MJ peut déclarer un
test d’opposition passive (TOP) (voir page 134), ce
qui déclenchera une confrontation (voir page 122).

Par ex. : Fernando décide d’escalader le mur d’une forte-


resse inca. C’est un assez bon grimpeur, ce qui signifie qu’il
réussirait très probablement de toute façon, mais il doit y
arriver rapidement (car il n’y a plus que quelques heures
d’obscurité et il risque d’être aperçu par les gardes quand

118
les r ègles

l’aube poindra) et veiller à ne faire au- vous agrippe, d’agir sur les sens de
cun bruit, afin de ne pas être détecté. quelqu’un, de le faire trébucher... Les actions en
La MJ déclare donc que Fernando doit coopération
Pour éviter les effets d’une ac-
être soumis à un TOP s’il veut atteindre
tion, il est par exemple possible de
son objectif à temps et en silence.
se mettre à couvert, d’esquiver un Une action en coopération est
coup d’épée, de semer un adver- une action unique entreprise
3. Si une action est considérée par saire qui tente de vous rattraper...
la MJ comme impossible à ac- par plusieurs personnages. Tous
complir dans les circonstances les personnages participants
Les seules vraies différences entre jouent comme un seul person-
présentes, quels que soient une action et une contre-action sont
l’effort fourni, le temps passé, nage, en utilisant la valeur de
que cette dernière ne peut être dé- compétence et le focus de l’un
la volonté ou le désir, elle clarée qu’en réaction à une action,
peut annuler entièrement l’ac- d’entre eux. Ils obtiennent un
et ne peut affecter que le seul per- avantage par participant au-de-
tion, et le personnage pourrait sonnage dont elle tente d’empêcher
subir les conséquences d’avoir là du premier, et peuvent jouer
ou d’éviter l’action. Cela signifie que des cartes de n’importe laquelle
tenté quelque chose d’impos- les contre-actions ne peuvent pas dé-
sible. Le jugement et le pou- des mains des joueurs de per-
clencher de contre-actions supplé- sonnages participants.
voir dissuasif exercés par la MJ mentaires en retour, et qu’il est im-
doivent servir à faire avancer possible de s’y opposer. Si, pour une Souvenez-vous qu’une action
le jeu, et le joueur devrait être raison quelconque, un personnage en coopération doit toujours
prévenu que les actions infai- accomplit une contre-action qui de- constituer une action unique.
sables risquent de nuire à son vrait normalement cibler ou affecter Enfoncer une porte afin qu’un
déroulement. plusieurs personnages, elle n’affecte- ami puisse tirer dans la pièce ne
ra que le personnage dont l’action est constitue pas une action en coo-
Par ex. : Isabel, tentant d’échapper à pération, mais une suite d’ac-
la cause de la contre-action.
une volée d’oiseaux agressifs, saute du tions qui s’enchaînent ; si les
haut d’une immense falaise. Il est ab- Cependant, pour tout le reste, les personnages qui tentent cela ne
solument impossible qu’elle atterrisse contre-actions sont des actions nor- gèrent pas intelligemment leur
saine et sauve sans aide de la magie, males et en suivent les règles, ce qui ordre d’initiative, ils risquent
et elle va donc se blesser, voire se tuer. signifie que si elles sont réussies, de ne pas pouvoir atteindre leur
elles auront les mêmes effets que les objectif.
actions normales correspondantes :
Contre-actions Pour déterminer si quelque
infliger des dégâts, accorder à un
personnage la possibilité de se dépla- chose peut constituer une ac-
Les contre-actions sont des actions cer ou de convaincre quelqu’un, etc. tion en coopération, exami-
effectuées en réaction à d’autres ac- nez l’objectif le plus immédiat
tions, dans le but d’en éviter les ef- Les actions qui infligent des dé- des actions entreprises. Dans
fets ou de les faire tout simplement gâts peuvent servir de contre-ac- l’exemple précédent, il y a deux
échouer. Une contre-action ne peut tions contre d’autres attaques, et si objectifs immédiats : ouvrir la
être déclarée qu’après qu’un per- elles réussissent elles seront résolues porte et décocher une flèche
sonnage a été ciblé ou affecté d’une comme si le personnage avait été at- dans la pièce. En revanche, si
façon quelconque par l’action d’un taqué en premier, mais avait réussi à deux personnages tentent de
autre personnage, et seulement dans éviter l’attaque de l’adversaire et à le maintenir une porte fermée
le but de l’empêcher ou d’en éviter frapper en premier. pour empêcher une énorme
les effets. En outre, une contre-ac- Les personnages peuvent s’opposer créature de les atteindre, ou
tion ne peut affecter que le person- au cours d’une passe d’armes à au- tentent de soulever leur cama-
nage dont on essaye d’empêcher ou tant d’actions les ciblant ou les affec- rade blessé pour le mettre à
d’éviter l’action. tant directement qu’ils le veulent ou l’abri, ils partagent le même ob-
en sont capables. Cependant, un per- jectif immédiat et peuvent donc
Pour faire échouer une action, il est sonnage qui accomplit une ou plu- entreprendre une action en
par exemple possible de tirer sur coopération.
sieurs contre-actions devient engagé
la personne qui vous prend pour
et renonce à son propre tour, si ce-
cible, de tenter d’aveugler celle qui
lui-ci n’est pas encore passé.

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Valeur d’action de quand et comment octroyer les avantages ou désavan-
tages aux joueurs.
Il s’agit d’une valeur numérique qui sert à déterminer
le résultat d’une action d’un personnage au cours d’une Des exemples de situation avantageuses :
confrontation. Trois éléments peuvent la modifier : la va- Repousser des attaquants en se tenant der-
leur de compétence, les cartes jouées grâce au focus de rière un mur. Prendre quelqu’un par surprise
compétence, et les avantages ou désavantages affectant quand l’on n’a pas encore été repéré.
l’action.
Avoir des jambes plus longues dans une course.
L A V A L EUR DE COMPÉ TE NCE Employer tous les termes et idées appro-
Elle indique la valeur d’action initiale d’un personnage priés à un discours diplomatique.
au cours de la confrontation pendant laquelle il utilise la Connaître des détails secrets de la vie d’un individu quand
compétence en question. on essaye de le convaincre qu’on peut parler à ses ancêtres.
L E FO CUS DE COMP É TE NCE Des exemples de situation désavantageuses :
Le focus de compétence est le nombre de cartes qu’un Tirer sur quelque chose de partiellement abri-
personnage peut jouer au cours de la confrontation pen- té, ou plongé dans une demi-pénombre.
dant laquelle il utilise la compétence en question. Les va-
Combattre en étant maintenu.
leurs des cartes jouées au cours de la confrontation sont
ajoutées à la valeur de compétence et à d’autres modifica- Explorer un endroit dans le noir.
teurs pour déterminer la valeur d’action finale du person-
Essayer d’impressionner quelqu’un alors que l’on est
nage. Rappelez-vous que : vêtu de haillons ou de vêtements bon marché.
■ Les joueurs doivent jouer des cartes de leur main. Ne pas parler le même langage que les gens
■ La MJ (jouant les PNJ ou les TOP) doit jouer des cartes avec lesquels on tente de communiquer.
prises sur le sommet de son paquet.

A VA NT A GES ET DÉ SAVANTAGE S
Les avantages ou désavantages regroupent tous les E S S O UFFLE M E NT
autres facteurs pouvant affecter le résultat d’une action :
Bien que les personnages ne puissent accomplir
le positionnement, l’usage d’équipements appropriés (ou
qu’une seule action à leur tour, il leur est possible
pas !), l’interprétation cohérente et crédible de leur per-
d’effectuer plusieurs contre-actions au cours d’une
sonnage par les joueurs, des mots soigneusement choisis,
seule passe d’armes, s’ils sont pris pour cible par
le temps favorable ou hostile... ces facteurs peuvent affec-
plusieurs actions d’autres personnages.
ter aussi bien les PJ que les PNJ, les TOP que les épreuves,
et sont toujours accordés ou approuvés par la MJ. Pour représenter l’effort supplémentaire néces-
saire pour faire face à autant de défis sur une si
Les avantages (symbolisés par un « + ») représentent
courte durée, un personnage se verra infliger un
une circonstance ou un élément favorable au personnage ;
désavantage supplémentaire chaque fois qu’il ten-
chaque avantage rajoute trois points à la valeur d’action
tera d’utiliser une compétence qu’il a déjà utilisée
initiale du personnage.
au cours de la même passe d’armes. Ceci est cumu-
Les désavantages (symbolisés par un « - ») représentent latif : la troisième fois qu’il utilisera la même com-
une difficulté ou une entrave gênante pour le personnage pétence au cours d’une passe d’armes, il subira
qui entreprend l’action ; chaque désavantage retire trois deux désavantages, trois la quatrième fois, et ainsi
points à la valeur d’action initiale du personnage. de suite.

Notez que la valeur d’action initiale d’un personnage peut être néga- E SSOUFFLE ME NT DE S PNJ
tive après avoir pris en compte tous les désavantages ! Les PNJ n’ont pas autant de compétences dis-
Avantages comme désavantages peuvent provenir de tinctes que les PJ, et il revient donc à la MJ de juger
l’équipement, de talents, de certaines capacités, ou de si la règle d’essoufflement doit leur être appli-
l’interprétation de la situation. Un personnage peut ob- quée, et comment. Nous vous suggérons de le faire
tenir plusieurs avantages de plusieurs sources en même chaque fois qu’un PNJ accomplit un type d’action
temps, ou même plusieurs avantages d’une seule source, similaire, au-delà de la première fois : attaquer plus
si celle-ci est particulièrement favorable. Les possibili- d’une fois, esquiver plus d’une fois, etc.
tés sont nombreuses, et il revient à la meneuse de décider

120
les r ègles

Il y aura parfois des


situations qui pourraient
Attaquer Formations
conférer un avantage à
un personnage ou un
désavantage à son adver- Les actions offensives réussies in- Quand, au cours d’une rencontre, plu-
sieurs personnages sont groupés, il y a
saire (par ex., si vous êtes fligent le nombre de points de dé-
à l’abri, vous pourriez des chances qu’ils soient en mesure de
gâts indiqué dans la description de
avoir un avantage pour s’aider les uns les autres à surmonter les
l’arme utilisée pour attaquer. Les at- divers obstacles rencontrés. Ce genre de
esquiver, et à votre ad-
versaire un désavantage taques sans armes infligent un point situations peut se résoudre avec la règle
pour attaquer). Puisque de dégâts. des formations.
l’effet est le même de
Pour en savoir plus sur les dégâts et Une formation est automatiquement
toute façon, l’important
est d’éviter de doubler la façon d’y résister, voir page 148. En établie quand, à un quelconque mo-
l’impact de ces situations outre, certains personnages risquent ment, deux personnages alliés (ou plus)
sur le résultat de l’action, de subir des blessures plus sévères, se trouvent côte à côte. Les personnages
et donc il ne faut appli- également abordées à la page 148. qui chevauchent la même monture ou
quer que l’avantage ou se trouvent dans le même véhicule for-
que le désavantage, s’ils Les règles de détérioration du maté- ment probablement aussi une forma-
viennent de la même riel vous donnent des options supplé- tion, et si vous jouez avec des figurines,
source. mentaires. Voir page 222 à ce sujet. c’est le cas quand elles sont dans des
carrés adjacents ou que leurs bases se
Quand vous entrepre- Veuillez noter que le terme de jeu touchent.
nez une action, ne vous « attaquer » regroupe sous une règle
limitez pas à simplement unique tout ce qui se passe quand on Les personnages quittent leur forma-
tion s’ils s’éloignent d’elles de plus de
déclarer ce que vous lance une attaque, sans entrer dans le
tentez d’accomplir, mais 2,5 mètres, si leur état de santé n’est
détail de la façon dont on le fait. Une
expliquez comment vous plus « actif », ou s’ils sont attaqués sur
attaque peut donc être décrite comme le flanc ou par-derrière. Ceci peut en-
le faites et pourquoi,
et ce afin d’obtenir des une frappe unique, comme une combi- traîner l’apparition de formations plus
avantages grâce à votre naison de coups de taille, comme une petites de chaque côté du personnage
interprétation. Tentez feinte suivie d’un coup d’estoc inatten- ayant quitté la formation d’origine, du
de trouver la manière la du, etc. moins s’il y a assez de personnages.
plus efficace d’accomplir
cette action, en vous ba- Mais la façon dont vous la narrez ne Tous les membres d’une forma-
sant sur votre environne- détermine pas les effets de l’attaque. tion agissant avec la même initiative
ment et en étant créatif Ce sont les règles pour l’attaque et peuvent se déplacer simultanément
et amusant – faites pour l’arme utilisée qui le font. Par (soit de la brève distance autorisée en
en sorte qu’il soit plus sus d’une autre action, soit avec une ac-
conséquent, déclarer : « J’attaque le
facile à votre MJ de vous tion de course). En outre, les formations
serpent géant d’un coup d’épée pour
accorder ce précieux peuvent déclencher des capacités ve-
avantage ! lui trancher la tête ! » ne représente nant d’autres sources (talents ou armes
que votre intention, pas ce qui arrive par ex.).
en effet si vous réussissez. Si vous in-
fligez 3 points de dégâts mais que le
serpent a 10 points de vie, vous ne lui
aurez pas coupé la tête.
En revanche, si les joueurs décrivent
une action de façon ingénieuse ou sur-
prenante, ceci peut leur procurer des
avantages, à la discrétion de la MJ.
Il est donc hautement recommandé,
tant aux joueurs qu’à la meneuse, d’en
profiter autant qu’ils le souhaitent,
car cela encourage l’implication des
joueurs dans le jeu et peut se révéler
très gratifiant pour tout le monde.

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Les confrontations
L E S CO N F R O N TAT IONS SONT l’outil principal du
MCJDR25 pour déterminer le succès ou l’échec des ac-
tions des personnages. Chaque fois qu’un personnage en-
contre-actions et des compétences est soumise à
l’approbation de la MJ).

treprend une action et, soit qu’un autre personnage tente Les contre-actions ne peuvent cibler ou affecter que le personnage
de l’en empêcher ou d’en éviter les effets, soit qu’il soit déclencheur. À part cela, elles sont aussi efficaces que des actions
forcé par les circonstances à l’accomplir rapidement et ef- normales. Ainsi, contrer une attaque par une autre attaque réussie
ficacement, il y aura une confrontation pour déterminer infligera le même nombre de points de dégâts qu’une attaque menée
ce qui va se passer. à votre tour.

Au cours d’une confrontation, les parties impliquées 4. Détermination des avantages et/ou des désavan-
compareront leur valeur de compétences, ajouteront tages et leur source. Les joueurs décrivent leur plan
quelques modificateurs et joueront des cartes dont ils et pourquoi, selon eux, leur personnage devrait bé-
ajouteront les valeurs à la valeur de compétence et aux néficier d’avantages ou ses adversaires subir des dé-
modificateurs. En règle générale, le personnage avec le savantages. La MJ décide alors qui obtient avantages
plus haut total réussira tandis que les autres échoueront. ou désavantages et pourquoi.

Une confrontation implique en général soit un person- Au cours d’une confrontation entre plus de deux personnages, il est
nage et un TOP, soit deux personnages, auquel cas elle en- possible d’avoir des avantages ou désavantages contre certains adver-
globera une action et sa contre-action. Cependant, dans saires, mais pas contre d’autres. Dans ce cas, calculez séparément les
certains cas, une action affecte plus d’une cible : tir au modificateurs contre chaque adversaire et déterminez séparément
canon, avalanche tombant sur un groupe... Dans ces cas- valeurs d’action, vainqueur et conséquences pour chaque paire d’ac-
ci, tous les personnages ciblés peuvent être impliqués tions en opposition.
dans la confrontation qui s’ensuit.
Rappelez-vous la règle d’essoufflement (page 120) : un personnage
Pour simplifier l’explication qui suit, le personnage qui subit un désavantage chaque fois qu’il utilise une compétence qu’il a
entreprend l’action qui déclenche la confrontation sera déjà utilisée au cours de la même passe d’armes.
appelé le personnage déclencheur, et cette action sera
l’action « déclencheuse ». 5. À cette étape, les joueurs peuvent jouer des cartes
de leur main pour augmenter leur valeur d’action.
Résolution d’une confrontation Le joueur qui, à un moment donné, a la valeur d’ac-
tion la plus basse, décide soit de passer, soit de jouer
une carte. Dès qu’un joueur passe ou qu’il atteint la
Pour résoudre une confrontation, les joueurs doivent limite du nombre de cartes qu’il peut jouer au cours
toujours procéder dans l’ordre suivant : d’une confrontation (son focus de compétence), ne
1. Le joueur d’un personnage déclencheur déclare une peut plus jouer de cartes et n’est plus pris en compte
action (l’action déclencheuse), explique quelle com- pour déterminer qui a la valeur d’action la plus
pétence est utilisée (à approuver par la MJ), et dé- basse pour la suite de l’étape.
signe la ou les cibles le cas échéant.
S’il y a plusieurs joueurs avec la valeur d’action la plus basse, ceux
2. La MJ décide si un test d’opposition passive (TOP) d’entre eux qui décident de jouer doivent jouer leur carte face
s’oppose à l’action, et si c’est le cas elle déclare la cachée et la retourner simultanément (ou lancer les dés en même
nature et la difficulté du TOP ainsi que les consé- temps).
quences d’un éventuel échec.
Afin de fluidifier le jeu, il est important que chaque participant à une
3. Tout personnage affecté par l’action déclencheuse
confrontation déclare sa nouvelle valeur d’action chaque fois qu’il
(et qui a conscience qu’elle a lieu) a maintenant
joue une nouvelle carte. Ainsi, personne n’a à calculer la valeur d’ac-
la possibilité de déclarer sa contre-action et d’ex-
tion de ses adversaires pour décider s’il doit jouer ou pas.
pliquer la compétence utilisée (la validité des

122
les r ègles

ÉT A PE SPÉCIFIQUE POU R LE JE U
A V EC DES D É S
Une fois par confrontation, vous pouvez retour-
ner un et un seul des dés lancés pour montrer la
face opposée au résultat initial (1 deviendra 6, 2 de-
viendra 5, 3 deviendra 4 et vice-versa). Si vous utili-
sez cette possibilité, ne tenez compte que du résul-
tat final pour tout calcul nécessaire, comme pour
appliquer la règle de maîtrise ou pour déterminer
qui est le joueur avec la plus basse valeur d’action.

6. L’étape 5 est répétée jusqu’à ce que plus aucun


joueur ne puisse ou ne veuille jouer de carte.
7. Déterminez alors le succès ou l’échec de l’action dé-
clencheuse et de toutes ses contre-actions. L’action
déclencheuse est réussie si sa valeur est supérieure
ou égale à celles de toutes les contre-actions suscep-
tibles de la faire échouer, tandis qu’une contre-ac-
tion est réussie si sa valeur est supérieure à celle de
l’action déclencheuse.

L’action déclencheuse est un échec si au moins une


des contre-actions susceptibles de la faire échouer
réussit (par opposition aux contre-actions qui n’ont
pour but que d’en éviter les effets) ; toute contre-ac-
tion dont la valeur est inférieure ou égale à celle de
l’action déclencheuse échoue.
Même si l’action déclencheuse réussit, certaines contre-actions
peuvent réussir et éviter ses effets aux personnages qui les ont ac-
complies. Seuls les personnages dont la contre-action est un échec,
ou qui n’en ont pas tentée, subissent les effets d’une action déclen-
cheuse réussie !

Par ex. : Aapo coupe l’extrémité d’un pont de corde qu’il


vient de traverser, alors qu’il est poursuivi par un conquis-
tador et un arbalétrier. Ces derniers tentent de s’oppo-
ser à cette action en retournant sur l’autre rive le plus
vite possible. Au cours de la confrontation qui s’ensuit,
l’arbalétrier obtient la plus haute valeur d’action, sui-
vi d’Aapo puis du conquistador. L’arbalétrier arrive donc
à sauter du pont avant que celui-ci ne tombe, mais pas
le conquistador. Si l’arbalétrier avait tenté de tirer sur
Aapo, il aurait pu lui infliger des points de dégâts et en-
traîner l’échec de son action. Le pont serait alors resté
intact, et le conquistador ne se retrouverait pas au fond
du ravin ou suspendu dans le vide au bout des cordes !

8. Appliquez les conséquences des actions et contre-ac-


tions réussies.

123

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Les épreuves
L E S É PR E U VE S SONT l’outil privilégié pour trai-
ter d’une part certaines situations dont la résolution
exige une certaine discrétion que ne permet pas le carac-
■ Il faut soumettre un personnage à une épreuve s’il ne
doit pas avoir conscience des éventuelles conséquences
d’une réussite ou d’un échec. Par exemple, si la MJ
tère ouvert d’une confrontation, d’autre part les situa- veut décider si elle doit dévoiler telle information à tel
tions qui n’ont pas de raison de fatiguer les personnages, personnage.
mais dont l’issue reste incertaine.
Par ex. : Hernando, un prêtre catholique, pénètre dans
Pour une épreuve, la meneuse de jeu choisit en secret un antique temple maya. Va-t-il, avant d’entrer, perce-
une difficulté et indique au joueur quelle compétence doit voir la magie ténébreuse qui suinte des vieilles pierres ?
être soumise à épreuve. Le joueur défausse alors une ou
plusieurs cartes de son paquet (et non pas de sa main), et ■ Il faut soumettre un personnage à une épreuve s’il
selon la valeur totale à laquelle il arrive, il réussit ou rate ne doit pas savoir si quelque chose qu’il a accompli l’a
l’épreuve. La MJ décrit alors le résultat comme elle l’en- été correctement ou pas. Cela peut arriver dans le cadre
tend, ce qui signifie qu’un joueur pourrait en fait ne ja- d’une interaction sociale dont les protagonistes ont des
mais savoir s’il a réussi ou échoué ! desseins inavoués ou de l’exploration d’un endroit incon-
Une épreuve n’est pas une action ; elle n’exige pas que le nu (vous ne regretterez pas d’avoir raté quelque chose
joueur déclare une intention. La MJ peut en demander une dont vous n’avez jamais su l’existence !)
dès qu’elle l’estime nécessaire, et aussi souvent qu’elle
l’estime nécessaire. Un joueur qui passe une épreuve ne Par ex. : Cualanimitl, une exploratrice mexica, parle à un
devient pas engagé. Aucun temps supplémentaire n’est ancien de village d’un trésor caché, qu’il affirme avoir été
considéré s’être écoulé. volé de nombreuses années auparavant par une tribu en-
nemie. Détectera-t-elle le mensonge dans son expression ou
Les épreuves interviendront fréquemment en réponse se fera-t-elle berner par le vieillard, ce qui la lancerait à la
à certaines activités des personnages, comme de fouiller recherche de l’autre tribu au cours d’aventures ultérieures ?
un endroit, traverser un endroit dangereux, ou accomplir
un rituel. Cependant, la MJ n’est pas obligée de dire aux ■ Il faut soumettre un personnage à une épreuve s’il
joueurs pourquoi leur personnage est soumis à épreuve, ni n’y pas de raison que son activité le fatigue (c.-à-d. que
s’il a réussi ou échoué, et peut-être ne sauront-ils jamais sa main de cartes soit réduite). Par exemple, s’il cherche
de quoi il retourne. brièvement quelque chose ou s’il tente de rester caché.
Il existe beaucoup de situations qui peuvent exiger une
Par ex. : Cetetl, un marchand maya, se dit que les
épreuve ; elles peuvent être regroupées en quatre caté- gardes du temple vont bien finir par parler de leur
gories. Ce qui suit n’est en aucun cas une liste exhaustive programme entre eux. Il essaye d’écouter leur conver-
mais devrait donner aux MJ une bonne idée des critères sation sans être remarqué. Sera-t-il là au bon mo-
permettant de décider s’il faut lancer une épreuve ou dé- ment pour les entendre s’exprimer à voix assez haute
clencher une confrontation. pour être intelligible, sans éveiller les soupçons ?

■ Il faut soumettre un personnage à une épreuve quand


une règle spécifique l’exige, par exemple quand il tente
de transcender après avoir accompli un certain rituel.

Par ex. : María Isabel a sauvé un chrétien des mains


d’un fantôme maléfique. Elle estime mériter une ré-
compense pour avoir protégé un fidèle,
aussi essaye-t-elle de transcender. Bénéficiera-t-elle
de points d’esprit supplémentaires, ou va-t-elle être
victime de corruption à cause de son orgueil ?

124
les r ègles

Résolution d’une épreuve sur un esprit maléfique. Si elle échoue, la MJ pourrait lui
dire qu’elle entend un bruit bizarre, mais qu’elle le met sur
le compte d’un oiseau se posant un peu trop lourdement
Pour résoudre une épreuve, les joueurs doivent procé-
sur une branche. Dans les deux cas, le joueur ne devrait pas
der dans l’ordre suivant :
être absolument certain d’avoir réussi l’épreuve ou non !
1. La MJ demande à un personnage ou à un groupe
de personnages de se soumettre à une épreuve, ou
bien un personnage demande à se soumettre à une
Difficulté d’une épreuve
épreuve et ceci est approuvé par la MJ.
2. La MJ pose secrètement la difficulté de l’épreuve en
tenant compte des circonstances qui la motivent.
3. Elle détermine les avantages ou désavantages à ap-
pliquer ou pas au personnage. Si le joueur ne devrait
pas en être conscient, elle peut en tenir compte
et modifier en secret la difficulté de l’épreuve.
Autrement, elle peut informer le joueur des modi-
ficateurs, positifs ou négatifs, qu’elle applique à sa
valeur de compétence.
4. La MJ indique au joueur quelle compétence de son
personnage sera utilisée, selon la nature des cir-
constances appelant à l’épreuve.
5. Le joueur pioche alors sur le sommet de son paquet La difficulté d’une épreuve est sa valeur numérique. Les
un nombre de cartes égal à son focus de compétence. difficultés d’épreuves sont indiquées sous forme d’une
Puis il ajoute la valeur de la plus haute carte à sa va- paire de valeurs : X(Y). X indique la valeur initiale, tan-
leur de compétence et défausse toutes les cartes. dis que Y indique le nombre de cartes jouées du paquet
de la MJ. Pour calculer la valeur finale de la difficulté de
Les joueurs sont autorisés à piocher et défausser les cartes une à l’épreuve, la MJ additionne la valeur de la plus haute carte
une, et à s’arrêter avant d’atteindre la limite indiquée par le focus, s’ils jouée et la valeur initiale, et défausse le reste des cartes
piochent une carte haute assez tôt et ne souhaitent pas risquer de en veillant à ce que personne ne les voit.
défausser d’autres cartes hautes.
Il y a trois niveaux habituels de difficultés : facile, dif-
Rappelez-vous qu’une épreuve n’est pas une action, et qu’elle ne ficulté de 3(1) ; normal, difficulté de 6(1) ; et difficile,
cause donc ni essoufflement ni engagement du PJ. difficulté de 9(1). Dans certains cas, les PJ passeront une
épreuve contre un PNJ, auquel cas la difficulté de l’épreuve
6. Si la valeur finale atteinte par le joueur est supé- aura comme valeur initiale la valeur de compétence du
rieure ou égale à la difficulté de l’épreuve, alors son PNJ, et la MJ jouera un nombre de cartes égal au focus
personnage réussit l’épreuve. Sinon, le personnage de compétence du PNJ. Enfin, les PJ passeront parfois des
échoue. épreuves demandées par une règle ou une capacité spéci-
7. Enfin, la MJ décrit les résultats de l’épreuve. Elle n’a fique, auquel cas la difficulté sera précisée par la règle ou
pas besoin de dire si c’est une réussite ou un échec, la capacité.
mais seulement de décrire ce qui se passe après ; ce
qui signifie, si les personnages ont raté l’épreuve, Recommencer des épreuves ratées
qu’elle a le droit de faire en sorte qu’ils croient vrai
quelque chose qui est en réalité faux. Une épreuve ratée ne peut pas être répétée, sauf si les
circonstances ont radicalement changé.
Par ex. : Maria Isabel progresse à travers une jungle très
dense. Elle ignore qu’un esprit dangereux rôde aux alen- Par ex. : Aapo n’a pas réussi à détecter de danger au
tours d’un arbre particulièrement ancien. La MJ lui de- bout du tunnel principal du temple. Il ne peut pas se
mande de se soumettre à une épreuve de Survivre, sans lui soumettre de nouveau à la même épreuve, à moins qu’il
dire pourquoi. Maria Isabel se doute qu’il se passe quelque ne lance un sort pour s’aider, ne lance une torche al-
chose, bien sûr (c’est bien normal, après quelques heures lumée dans le tunnel ou ne se débrouille autrement
de crapahut dans la jungle hostile, sans que rien de grave pour changer la situation de façon significative.
ne se soit passé, et alors qu’un silence suspect s’installe...).
Si elle réussit l’épreuve, la MJ lui signalera qu’elle sent une
énergie ténébreuse rôder autour d’elle, et lui conseillera de
changer de chemin car il est très probable qu’elle tombe

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Distinguer une épreuve d’une
confrontation La peur

Il peut arriver que la même situation, au vu des in- À de nombreuses reprises au cours
formations disponibles, puisse être résolue soit par une de leurs aventures, les personnages
épreuve, soit par une confrontation. Dans ce cas, il revient peuvent rencontrer des créatures, vivre
à la MJ de décider lequel de ces deux outils de résolution des situations ou découvrir des lieux ef-
s’applique pour déterminer la suite des événements. frayants, voire terrifiants. Parfois, ils
feront face à ces dangers comme les
La meilleure façon de choisir entre les deux est de se vaillants aventuriers qu’ils sont, mais
demander quels personnages sont impliqués dans la si- d’autres fois, ils risquent de se laisser
tuation, à quel point ils le sont, et s’ils devraient être submerger par leurs instincts primitifs
conscients de tous les détails de cette situation. et se voir contraints de s’enfuir. Ces si-
Si toutes les parties impliquées ont conscience de ce qui tuations peuvent être résolues grâce
se passe et tentent d’agir sur cette situation, alors c’est aux épreuves de Peur.
la confrontation qui est l’outil approprié. En revanche, Les épreuves de Peur sont entreprises
quand la MJ ne souhaite pas révéler la nature de ce qui à la fin de toute passe d’armes au cours
va se passer aux personnages impliqués, il vaut probable- de laquelle les personnages ont été ex-
ment mieux utiliser une épreuve. posés à un élément suscitant la peur ou
De plus, si la meneuse pense que la situation peut être lorsque la meneuse estime que la situa-
résolue sans épuiser les PJ, elle peut opter pour une tion s’y prête. Comme à l’accoutumée,
épreuve (n’oubliez pas que la main d’un PJ représente son avantages et désavantages peuvent in-
endurance). fluer sur ces épreuves.
Voici quelques exemples d’éléments
Par ex. : Cetetl traverse une zone reculée à proximité de
pouvant modifier une épreuve de Peur :
la côte caribéenne, sans se douter le moins du monde
la supériorité ou l’infériorité numé-
que des explorateurs espagnols lui ont tendu une em-
buscade. Dans cette situation, la meneuse peut utili-
rique, l’évolution du combat (votre
ser une épreuve, car Cetetl ne doit pas se douter de camp gagne-t-il ou non ?), les créatures
ce qui l’attend en cas d’échec. Si elle optait pour une qui causent plus d’un niveau de Peur
confrontation, elle devrait annoncer quel PNJ affronte (chaque niveau infligé en plus du pre-
Cetetl, et même en cas d’échec, ce dernier saurait qu’il mier imposant un désavantage), ainsi
y a au moins un adversaire qui l’attend sur la route. que toute situation que la meneuse juge
appropriée (vous pouvez obtenir un
En revanche, si l’embuscade est tendue par Cetetl, la me-
avantage si vous vous battez pour sau-
neuse peut tout à fait décider qu’il s’agit d’une confron-
ver vos proches, ou subir un désavan-
tation mettant à profit la Discrétion du héros, car il
tage si vous savez que des renforts en-
est forcément au courant de ce qu’il se passe. De plus,
essayer de se cacher est un acte volontaire, tandis que nemis arrivent).
découvrir par hasard une embuscade ne demande au- Les épreuves de Peur sont des épreuves
cun effort conscient : soit on la repère, soit non. de Discipline 6(1). Réussir cette épreuve
indique que le personnage se montre
assez déterminé pour faire face à la si-
tuation ; en cas d’échec, en revanche,
il perd son sang-froid et doit faire tout
son possible pour se mettre en sécurité
au plus vite. La meneuse prend alors son
contrôle jusqu’à ce qu’il se mette en lieu
sûr ou retrouve ses esprits.

126
les r ègles

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Conséquences
P A R FO I S , L O R SQU E LES personnages tentent
D’entreprendre des actions et de prendre part à des
confrontations, ils réussissent ; d’autres fois, ils échouent.
■ Si vous infligez une blessure à un autre personnage,
choisissez-en l’emplacement ;
■ Désarmez votre adversaire au cours d’une attaque ;
Cependant, toutes les réussites, comme tous les échecs,
ne se valent pas. Il arrivera qu’un personnage accom- ■ Blessez votre adversaire tout en esquivant son
plisse de véritables exploits... ou échoue lamentablement. attaque ;
Ces résultats sont représentés par les conséquences, qui
■ Faites trébucher et tomber votre adversaire tout en
peuvent être positives ou négatives selon la valeur finale
esquivant son attaque ou en le distançant ;
de chaque action et de ses contre-actions respectives.
■ Un personnage avec qui vous êtes en train de négocier
Dans certains cas, des conséquences positives et négatives peuvent ou de marchander vous offre un petit présent ;
affecter la même action. Elles ne s’annulent pas les unes les autres,
cependant : résolvez simplement les effets de toutes les consé- ■ Quelqu’un s’entiche de vous, de sorte que cette per-
quences avant de narrer l’issue définitive de l’action. sonne s’efforcera de vous aider ;
■ Découvrez quelque chose d’inattendu et utile en cher-
Conséquences positives chant absolument tout autre chose.

Les actions et les contre-actions engendrent une consé-


quence positive par tranche complète de six points au-de-
là de la valeur de l’action à laquelle elles s’opposent. De
plus, une conséquence positive peut survenir : en défaus-
sant un joker ; lorsqu’une capacité ou un effet le stipule ;
ou encore lorsque la meneuse l’estime approprié, dans le
cadre d’actions sans opposition ou qui réussissent par dé-
faut et ne disposent donc pas de valeur. Conséquences négatives
Les joueurs sont invités à créer les conséquences posi-
tives de leurs propres actions, mais elles ne s’appliquent Les actions et les contre-actions engendrent une consé-
qu’avec l’accord de la meneuse. S’ils ne parviennent pas à quence négative si elles ne réussissent que de deux points
trouver un accord avec cette dernière, ou s’ils ne trouvent ou moins. De plus, une conséquence négative survient si
aucune conséquence positive intéressante ou raisonnable, un adversaire défausse un joker, si une capacité ou un
c’est alors à la meneuse de décider de ce qu’il se passe. effet le stipule, ou encore si la meneuse l’estime appro-
Voici quelques exemples de conséquences positives dont prié à l’histoire.
vous pouvez vous saisir (vous ne pouvez choisir chaque Tout comme pour les conséquences positives, les joueurs
effet qu’une seule fois, sauf mention contraire) : sont encouragés à définir les conséquences négatives des
■ Doublez la valeur numérique d’un effet, comme in- confrontations auxquelles ils participent ; en revanche,
fliger des points de dégâts ou gagner des points d’esprit la meneuse doit décider quelles conséquences néga-
(s’applique après tous les autres modificateurs, comme tives s’appliquent à ces actions, afin de s’assurer qu’elles
la soustraction de l’Armure). Vous pouvez choisir cette conviennent à l’histoire et restent cohérentes avec celle-
conséquence plusieurs fois ; ci. Voici quelques exemples de conséquences négatives
que pourrait engendrer une action (vous ne pouvez choi-
■ Ignorez l’Armure de votre cible ; sir chaque effet qu’une seule fois) :
■ Infligez à une pièce d’équipement de votre adversaire ■ La pièce d’équipement que vous utilisez pour accomplir
un nombre de niveaux de détérioration égal à la valeur de votre action subit un ou deux niveaux de détérioration ;
dégâts de base de votre arme, ou infligez un effet de dété-
rioration à un PNJ ; ■ Votre attaque n’inflige que la moitié des points de dé-
gâts normaux ;
■ Ignorez la détérioration que devrait subir votre équi-
pement à la suite de votre action ;

128
les r ègles

■ L’équipement que vous utilisez perd un effet spécial


(comme Perforant ou Contondant) pour cette action ;
■ Votre arme se coince dans le bouclier adverse, et
aucun des deux ne peut plus être utilisé tant que vous ne
dépensez pas une action pour la débloquer ;
■ Votre cible parvient à se mettre à l’abri après avoir
été touchée ;
■ Vous tombez à court de munitions ;
■ Vous chutez en essayant de fuir ou d’esquiver une
attaque ;
■ Vous tuez par accident quelqu’un que vous essayiez
simplement d’intimider ;
■ Vous parvenez à convaincre votre interlocuteur de
votre mensonge, mais un témoin de la scène vous perce
à jour.
■ Votre adversaire n’est pas engagé pour cette passe
d’armes.

Jokers

Les jokers n’ont aucune valeur numérique, et


vous ne pouvez donc pas les jouer comme les autres
cartes. Vous devez les utiliser de l’une des deux fa-
çons suivantes :
Tout d’abord, vous pouvez les jouer durant une
confrontation. Après avoir calculé l’issue de la
confrontation, mais avant de la résoudre, tout per-
sonnage impliqué peut défausser un joker pour
ajouter une conséquence positive à son action ou
contre-action, ou une conséquence négative à l’ac-
tion ou contre-action de son adversaire. De plus,
il peut défausser un joker pour ignorer les effets
d’une conséquence négative.
Ensuite, quiconque pioche un joker de son paquet
l’utilise immédiatement pour bénéficier des effets
décrits ci-dessus avant de le défausser et de pio-
cher une nouvelle carte sur le dessus du paquet.
Dans tous les cas, les jokers ne comptent pas
dans la limite de cartes qu’il est possible de jouer
lors d’une action, et les joueurs peuvent jouer au-
tant de jokers qu’ils le souhaitent au cours d’une
confrontation.

Si votre dernière carte est un joker, vous ne pourrez pas le


jouer avant la fin de la confrontation, avant que l’issue ne soit
déterminée.

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Piocher des cartes
T O U T A U L O N G d’une session de DCA, les joueurs
disposeront d’une main de cartes qui représente
l’endurance de leur alter ego. Nous avons déjà vu com-
Par ex. : Achcauhtli est un chasseur local qui a rencontré
un groupe d’Espagnols fraîchement débarqués à proximi-
té de son village. Ils échangent quelques mots et décident
d’aller chasser ensemble plutôt que de s’entretuer, mais
ment jouer et défausser ces cartes lorsque les personnages
entreprennent des actions et essaient de réaliser toutes un jaguar redoutable les attaque. Après avoir réussi à le
sortes d’exploits. À présent, nous allons voir comment les terrasser, ils montent le camp et réfléchissent à la suite.
Ils enchaînent les tours de garde toute la nuit, et lorsque
récupérer, ce qui se produit lorsque les héros ont l’occa-
tout le monde se réveille au matin, le groupe est prêt
sion de se reposer ou de gérer efficacement leurs énergies.
à commencer l’exploration de la jungle environnante.
Il existe quelques mécanismes différents pour piocher Une nouvelle scène commence, et chaque joueur pioche
des cartes, ainsi que deux principes simples que vous de- donc des cartes afin d’atteindre sa main maximale.
vrez respecter : Si une situation déclenche plusieurs mé-
canismes de pioche à la fois, le joueur doit choisir lequel
Jouer les bons signes
appliquer et ignorer les autres ; aussi, les PNJ ne piochent
jamais de cartes, puisqu’ils n’ont pas de main.
Lorsqu’un PJ joue une carte dont le signe correspond
Début d’une scène au type d’action qu’il entreprend, il agit de manière effi-
ciente : il parvient à préserver ses énergies et ses forces
pour accomplir d’autres actions plus tard. Dans ce cas, il
Au début de chaque scène, les PJ sont bien reposés et peut immédiatement piocher une nouvelle carte et l’ajou-
ont eu l’occasion de reprendre leur souffle après toutes ter à sa main.
les épreuves précédentes. À ce moment, ils conservent
les cartes dont ils disposent et piochent jusqu’à atteindre Par ex. : Achcauhtli suspecte que ces Espagnols trament
leur main maximale (8 cartes pour les personnages jeunes, quelque chose : il essaie donc de les convaincre de partir
7 cartes pour les adultes et 6 cartes pour les anciens). dans une autre direction, car il ne veut pas qu’ils atteignent
son village. Il discute avec leur chef pour essayer de le duper.
Lors de la confrontation qui s’ensuit, il joue le 5 de Social
et peut donc piocher une nouvelle carte dans le paquet.

130
les r ègles

A FF I N I T É court de cartes. À présent, un arquebusier a rechargé


son arme et lui tire dessus ! Achcauhtli décide de jouer
Chaque personnage possède une affinité avec l’un des sa dernière carte pour esquiver, ce qui lui permet de pio-
quatre types d’action représentés par les signes des cartes, cher de suite une nouvelle carte. Cependant, il ne peut
ce qui correspond aux actions avec lesquelles il est le plus pas s’en servir pour augmenter la valeur d’action de son
à l’aise. Lorsqu’il joue une carte dont le signe correspond esquive, et il doit accepter l’issue de cette confrontation :
à la fois au type d’action ET à son affinité, il pioche deux il s’est fatigué à trop combattre et courir en tous sens.
cartes au lieu d’une et choisit laquelle conserver. Il place
la seconde carte soit sur le dessus du paquet, soit dans la
défausse.

Par ex. : malheureusement, Achcauhtli fait preuve d’une


affinité avec l’Exploration, une aubaine pour son rôle
La fatigue
de chasseur, mais qui, ici, ne lui sert pas à grand-chose.
S’il avait une affinité avec le Social, il aurait pioché deux La vie d’un explorateur n’est pas dépourvue de
cartes au lieu d’une et aurait choisi laquelle conserver et risques et de sacrifices, et les personnages de-
laquelle remettre sur le dessus du paquet ou défausser. vront plus qu’à leur tour faire face à toutes sortes
d’épreuves. Parfois, ils feront face à cette adversité
avec toute la résilience dont font preuve des héros
Maîtrise aussi extraordinaires qu’eux, mais il arrivera que la
fatigue les rattrape et qu’ils ressentent ses effets.
Jouer une carte dont la valeur est inférieure ou égale au C’est ce que représentent les épreuves de Fatigue.
focus dans la compétence utilisée par le PJ représente un
Chaque fois qu’un personnage rencontre des dif-
moindre effort de sa part : il ne risque pas de s’essouffler.
ficultés telles que plusieurs jours de privation de
Par conséquent, il peut immédiatement piocher une nou-
nourriture, d’eau ou de repos, des poursuivants in-
velle carte et l’ajouter à sa main.
fatigables, une longue marche à haute altitude, une
Par ex. : le focus en Charisme d’Achcauhtli est de 2 : tenue inadaptée à son environnement, ou une charge
il peut donc jouer deux cartes lors d’une confronta- trop lourde (plus d’une seule feuille d’équipement,
tion dans laquelle il se sert de cette compétence. Il a par exemple !), la meneuse peut le soumettre à une
déjà joué un 5, qui s’ajoute à sa valeur de 5 en Charisme épreuve de Fatigue. Elle en fixe la difficulté, qui
pour donner une valeur d’action totale de 10. Le chef doit représenter l’ampleur de la privation ou de la
des Espagnols dispose d’une valeur d’action de 11 après contrainte. De plus, certains sorts, capacités ou équi-
avoir joué toutes ses cartes ; Achcauhtli décide donc pements peuvent déclencher une épreuve de Fatigue,
de jouer une autre carte, un 2 d’Exploration, pour le voire infliger des points de fatigue sans épreuve.
battre. Ici, le signe ne l’avantage pas, mais la valeur est
égale à son focus en Charisme : le héros peut donc pio- Les épreuves de Fatigue sont des épreuves de
cher une nouvelle carte et parvient à convaincre les Survivre ou d’Athlétisme, au choix du personnage af-
maraudeurs espagnols de prendre une autre route. fecté. En cas de réussite, ce dernier fait face au coup
dur sans aucune conséquence ; en cas d’échec, en re-
vanche, il subit 1 point de fatigue.
Tomber à court de cartes
Chaque point de fatigue dont souffre un PJ réduit
de 1 sa main maximale. Si celle-ci est réduite à 0, le
Lorsqu’un PJ tombe à court de cartes, il marque une personnage meurt.
courte pause pour reprendre son souffle et peut se rendre
compte qu’il lui reste quelques forces. Dans ce cas, il peut Si un PNJ subit de la fatigue, il est essoufflé jusqu’à
piocher une nouvelle carte dans le paquet. Néanmoins, si avoir éliminé tous ses points de fatigue.
cela se produit durant une confrontation, il doit malgré
tout reprendre son souffle, ce qui signifie qu’il ne peut
S E R E M E TTR E D E LA FA TI GUE
pas jouer cette carte avant de résoudre la confrontation. Les personnages éliminent 1 point de fatigue
par jour passé à se reposer s’ils sont dans un état
Par ex. : plus tard au cours de son aventure, Achcauhtli de santé actif, pourvu que la cause de la fatigue ait
se retrouve dans le pétrin. Il a éloigné les maraudeurs disparu (par exemple, si la fatigue était due à un
espagnols, mais ces derniers ont compris la superche- manque de nourriture, ils doivent avoir mangé pour
rie et fait demi-tour : ils ont retrouvé sa trace alors qu’il se remettre).
traquait une proie. Il a réussi à vaincre deux adversaires
au combat et à s’enfuir, mais ce faisant, il est tombé à

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Passe d’armes
L E S P A S S E S D ’ AR M ES SONT de courtes séries d’ac-
tions au cours desquelles les personnages tentent de
surpasser leurs adversaires et font de leur mieux pour
Quoi qu’il en soit, et en fonction du personnage qui agi-
ra en premier, Jose ne sera pas obligé de fuir lorsque
viendra son tour sous prétexte qu’il l’a instinctivement
déclaré avant le début de la passe d’armes. Une autre
atteindre leurs objectifs au plus vite. Il s’agit du méca-
nisme utilisé par le MCJDR25 pour établir le tour de jeu de idée peut lui venir après l’annonce de l’ordre d’ac-
chaque personnage face à ses opposants. tion, ou les circonstances peuvent même le contraindre
à faire tout autre chose après le début du conflit.
Au cours d’une passe d’armes, les personnages entre-
prennent une action chacun leur tour, par ordre décrois-
sant d’initiative. Entreprendre une action peut déclen- Actions durant une passe d’armes
cher une confrontation, en général si l’action cible un
autre personnage. Il faut alors résoudre la confrontation Au cours d’une passe d’armes, les actions doivent être
avant de poursuivre le déroulement de la passe d’armes. formulées à l’aide d’une phrase contenant un unique
verbe. Si celle-ci contient le mot « et » pour lier au moins
L’un des aspects les plus importants des passes d’armes
deux verbes, le personnage essaie probablement d’accom-
est l’engagement : si un personnage prend part à une
plir au moins deux actions distinctes liées entre elles, et
contre-action avant son propre tour, il devient alors en-
il devra probablement consacrer plusieurs tours à réaliser
gagé et perd son tour pour cette passe d’armes. Il n’est
son objectif. Voici un modèle simple pour formuler une
pas inutile de rappeler qu’une contre-attaque est une
action :
contre-action valable : un personnage qui perd ainsi
son tour peut malgré tout avoir l’occasion d’accomplir « Je [verbe] [préposition si nécessaire] [cible]. »
quelque chose d’utile, au même titre que ses compagnons.
Il ne choisit peut-être pas sa cible, mais il peut très bien Par ex. : j’attaque le garde. Je me mets à l’abri.
essayer d’abattre celui qui le cherche ! J’esquive en direction de la porte.

Par ex. : le groupe pénètre dans une antique tombe maya Afin de rendre le jeu réaliste et vivant, les personnages
et se détend après avoir échappé au piège dans l’entrée. sont autorisés à se déplacer jusqu’à 2,5 mètres tout en en-
Ses membres traversent quelques couloirs abandonnés, treprenant une action.
mais sont surpris par les momies de soldats qui gardent la
chambre centrale. Avant que quiconque puisse agir, une Par ex. : j’entre dans la pièce et j’attaque le
passe d’armes commence : elle établit l’ordre dans lequel garde. Je saute à cheval et pars au galop.
les momies et les PJ agissent et sert de cadre aux confronta-
tions à venir, qui vont déterminer la suite des événements.

Toutes les actions qui demandent du temps au cours Dégainer une arme
d’un conflit doivent être déclarées et résolues dans le
contexte d’une passe d’armes ; aucune déclaration anté- Utilisez la règle suivante afin de représenter le
rieure au début d’une passe d’armes n’est valide. temps nécessaire pour tirer une épée de son four-
reau, attraper son arc sur l’épaule, encocher une
Par ex. : dans l’exemple précédent, Mark, qui interprète flèche, etc.
Jose, un prêtre catholique, déclare qu’il s’enfuit juste après
l’annonce du réveil des momies. La meneuse l’arrête : l’action Au cours de la première passe d’armes d’une ren-
de Jose doit être déclarée et entreprise au tour de celui-ci, contre, les personnages ne peuvent pas utiliser une
lors de la passe d’armes sur le point de commencer, ce qui arme qu’ils ne tiendraient pas déjà en main, sauf si
peut permettre à une momie de l’attaquer avant qu’il ait elle dispose de la propriété dégainement rapide. De
eu l’occasion de filer. Bien entendu, il peut tout à fait être plus, tous les personnages obtiennent :
assez rapide pour s’échapper avant que les momies ne réa- RÉACTION : après avoir effectué une action, dégai-
gissent, mais ce sont leurs valeurs d’initiative respectives qui
nez un objet que vous portez.
le détermineront, et non le fait de l’annoncer en premier.

132
les r ègles

Personnages actifs et 2. Avant de déclarer une quel-


engagés conque action, les PJ peuvent Embuscades
décider de se précipiter. Par
Pendant une passe d’armes, les per- ordre décroissant d’initiative, Parfois, les rencontres des
sonnages sont soit actifs, soit enga- chaque joueur peut défausser personnages avec un autre
gés. Les personnages actifs n’ont pas l’une de ses cartes et ajouter la groupe prendront l’un des
encore agi, tandis que les person- valeur de cette dernière à son camps par surprise. C’est le cas
nages engagés ont déjà fait quelque initiative. L’ordre d’initiative si les PJ tendent une embuscade
chose et ne pourront donc plus entre- établi au préalable peut s’en pour piéger une patrouille en-
prendre que des contre-actions. trouver altéré. nemie, ou s’ils traversent une
zone dangereuse de la jungle
Au début d’une passe d’armes, tous Les PNJ ne peuvent pas se précipiter. dans laquelle des adversaires
les personnages impliqués sont actifs. camouflés les attendent, ou en-
Au fil de la passe d’armes, les person- N’oubliez pas : défausser une carte ne dé- core s’ils ne s’attendaient pas
nages sont engagés s’ils remplissent clenche aucun mécanisme de pioche.
aux mœurs et aux coutumes
l’une des conditions suivantes : de la fête où ils sont invités.
3. Puis le personnage actif doté de
■ Ils entreprennent une action à la valeur d’initiative modifiée Une liste de règles exhaustives
leur tour ; la plus élevée choisit d’entre- pour représenter toutes ces si-
prendre une action (et donc de tuations serait soit trop longue
■ Ils entreprennent une contre-ac- pour être utile, soit trop courte
s’engager pour le reste du tour)
tion en dehors de leur tour ; pour être assez générale. Voici
ou d’attendre.
■ Ils subissent un effet qui les rend néanmoins quelques idées pour
4. Si le personnage entreprend gérer ces embuscades :
engagés.
une action, résolvez-la à l’aide
d’une confrontation si l’un des Au combat, les armes des
Étapes d’une passe personnages affectés effectue personnages pris en embus-
d’armes une contre-action ou si la me- cade sont rengainées, et ils ne
neuse déclare un TOP. peuvent pas attaquer durant la
Quand la meneuse a expliqué le première passe d’armes ; la co-
conflit ou la situation qui a déclenché Si l’action ne déclenche pas une confronta- lonne de soldats en marche est
la passe d’armes, vient le moment de tion, il s’agit d’une action sans opposition : désorganisée, et ses membres
déterminer qui agit en premier et ce elle est automatiquement réussie, avec une ne peuvent pas se mettre en
qu’il advient ensuite. Pour cela, sui-