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Matière Organique Et Transformations Structurales Superficielles Dans Un Sol Ferrallitique Rouge de La Zone Forestière Du Cameroun

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Matière Organique Et Transformations Structurales Superficielles Dans Un Sol Ferrallitique Rouge de La Zone Forestière Du Cameroun

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Matière organique et transformations structurales

superficielles dans un sol ferrallitique rouge de la zone forestière du Cameroun

Jean KOTTO SAME (l), Dieudonné BITOM (2) et Boris VOLKOFF (3)

(1) Centre national des sols, BP 5578, YaoundP (Cameroun). (2) Faculte des Sciences, Universite de Yaounde, BP $12, Yaounde
(Cameroun). (3) ORSTOM, BP 1857, Yaounde (Cameroun).

RÉSUMÉ

Les sols ferrallitiques rouges modaux de la zone forestiére du Sud-Cameroun presentent, dans le mètre superieur
de leur profil, un horizon plus compact que les horizons sus- et sous-jacents. Cet horizon résulte de la degradation
de la structure initiale en microagrégats et d’une illuviation de l’argile. Une autre transformation caracterisée par
une décoloration du plasma argileux, vient se surimposer au lessivage. La matière organique est presente sur toute
la partie du profil transformée ; elle est essentiellement liée à la fraction fine du sol, et sa composition varie avec
la profondeur. L’horizon grumeleux superficiel, l’horizon appauvri et l’horizon plus compact ont chacun un type
d’humus caractérisé par la prédominance d’une fraction humique particulière : acides humiques, acides fulviques
liés, acides fulviques libres. Rien n’indique cependant que la matière organique intervienne directement dans ces
processus de transformation. Le pH accompagne ces modtfications structurales et biochimiques concordantes, l’aci-
dite augmentant considérablement de bas en haut. Il semble donc que la matière organique agisse indirectement
en developpant une acidité qui favorise le lessivage de l’argile lorsqu’elle est faible, l’altération de l’hematite et
des argiles lorsqu’elle est plus élevée.
MOTS-CLÉS : Sols ferrallitiques - Microstructure du sol - Matière organique du sol.

ABSTFCACT

Oxisols in the rain forest of south Cameroon show within the first meter of the profile an horizon more compact
than the overlying and underlying horizons. This horizon results from the degradation of the initial microaggregate
structure and from a clay leaching. Another transformation characterized by a Iighter clay plasma is added to
leaching. The composition of organic matter which is essentially Iinked with the fine fraction of the soil, varies
with depth. This organic matter is always observed in the transformated part of the profile. The surface blocky
horizon, the leached horizon, and the more compact horizon have each a humus characterized by the predominance
of one particular humic fraction : humic acids, or related fulvic acids, or free fulvic acids. There is no evidence
however that the organic matter is directly invoived in the transformation processes. The pH is observed along
with these structural and biochemical modifications by increasing considerably the acidity from the bottom to the
top. The organic matter may therefore have an indirect effect increasing soi1 acidity. Lt contributes to the clay
leaching when low, and to hematite and clay weathering when higher.

KEY WORDS : Ferrallitic soils - Soi1 microstructure - Soi1 organic matter.

Cah. ORSTOM, sér. Pedol., vol. XXV, no 3, 1989-1990 : 231-241 231


J. KOTTO SAME. D. BITOM. B. VOLKOFF

RESUMEN
MATER~A ORGANICA Y TRANSFORMACIONESESTRUCTURALESSUPERFICIALES EN UN SUELO FERRAL~TICOROJO DE LA
ZONA FORESTAL DE CAMERUN
Los oxisuelos de la zona forestal de Camertin del sur presentan, dentro del primer metro de su perfil, un hori-
zonte mds compacto que 10s horizontes suprayacentes y subyacentes. Este horizonte resulta de la degradacidn de
la estructura initial de microagregados y de una iluviacidn de la arcilla. Otra transformacidn caracterizada por
un descoloramiento dei plasma arcilloso se aïïade a la iixiviaciOn. La materia organica se observa en la parte trans-
formada del perfii, estando unida sobre todo, con la fraccidn fina dei suelo y su composicidn varia con la profundi-
dad. El horizonte angular superficial, el horizonte lixiviado y el horizonte mds compacto tienen un tipo de humus
caracterizado por el predominio de una fraccidn humica especial : dcidos humicos, dcidos ftilvicos ligados o dcidos
ftilvicos livres. Sin embargo, no hay ninguna prueba de que la materia orgdnica intervenga directamente en esos
processos de transformacidn. Esas modificaciones estructurales y bioquimicas se acompanan por el pH aumentando
considerablemente la acidez desde la parte inferior hasta la parte superior. Por consiguiente, la materia orgdnica
parece ejercer una influencia indirecta aumentando la acidez 10 que favorece la lixiviacidn de la arcilla cuando
es baja y la alteracion de la hematites y de las arcillas cuando es mds elevada.
PALABRAS ~LAVES : Suelos ferralliticos - Microestrutura del suelo - Materia organica del suelo.

INTRODUCTION et LASSERE, 1977). Le modelé est en collines à som-


met et pentes légèrement convexes séparées par de lar-
ges bas-fonds plus marécageux. La végétation est une
Les sols ferrallitiques modaux (CPCS, 1967), ou oxi- forêt dense semi-caducifoliée (LETOUZEY, 1985). Dans
sols (Soi1 Survey Staff, 1975), se caractérisent par un la région d’Abong Mbang, elle est la plupart du temps
épais horizon microagrégé, poreux et très friable. A la secondarisée. Le sol dominant en position de bon drai-
partie supérieure du profil et sur une épaisseur varia- nage est un sol ferrallitique rouge modal argileux for-
ble, les organisations microstructurales subissent tou- tement désaturé (tableau II).
jours une dégradation qui se traduit par une densifica-
tion et s’accompagne d’un appauvrissement en argile
(HUMBEL, 1974 ; MULLER, 1977, 1978). Sous forêt, MATÉRIEL ET MÉTHODES
bien que les apports de carbone par la végétation se
L’étude a été faite sur la station expérimentale de
fassent en surface par la litière, on trouve du carbone
l’Institut de la recherche agronomique (IRA) à Oboul II,
sur une épaisse tranche de sol (HUMBEL et al., 1977 ;
près d’Abong Mbang (fig. 1). Le secteur choisi se trouve
CERRI et VOLKOFF, 1987).
sous une forêt secondaire. Deux sites ont été sélection-
On peut alors se demander si les transformations nés, l’un sous forêt de 15 ans, l’autre sous forêt de
structurales des horizons supérieurs de ces sols ne
25 ans.
seraient pas dues à des interactions entre constituants
organiques et minéraux. Protocole de prékvemeot sur le terrain
Pour tenter de vérifier cette hypothèse, une étude a
Sur chacun des 2 sites, les prélèvements ont été faits
été entreprise sur un sol ferrallitique rouge modal sous
à raison de 4 répétitions par site, dans des carrés de
forêt tropicale humide du Sud-Cameroun. Elle vise à
1 m de côté, jusqu’à 4-5 cm de profondeur, puis sur
établir les relations entre les différenciations morpho-
les parois d’une tranchée spécialement creusée : les pré-
logiques et organiques de la partie supérieure des profils.
lèvements sur la tranchée ont été effectués par couches
successives tous les 10 cm jusqu’à 1 m, puis tous les
LE CADRE GÉOGRAPHIQUE 50 cm jusqu’à 2 m.
Des échantillons non perturbés ont également éte pré-
La région fait partie du plateau sud-camerounais. levés pour études micromorphologiques.
L’altitude à Abong Mbang est de 750 m. Le climat est
du type subéquatorial chaud et humide, caractkrisé par Méthodes d’analyse au laboratoire
deux saisons sèches alternant avec deux saisons des MATIÈRE ORGANIQUE
pluies d’inégale intensité (tabl. 1). Le substratum géo- Les matières organiques grossières, feuilles et tiges ver-
logique est constitué de gneiss précambrien (BESSOLES tes, charbons, feuilles entières et racines moyennes

232 Cah. ORSTOM, sér. Pkdol., vol. XXV, no 3, 1989-1990 : 231-241


Mat&e organique et transformations structurales superficielles dans un sol

TABLEAU 1
Moyennes mensuelles des pluies et des températures à Abong-Mbang
(période de 1961-1977)
Monthiy means of rains and temperatures in Abong-Mbang
(from 1961 to 1977)

’ Mois J F M A M J J A s 0 N D

T(‘C) 22,8 23,9 24,l 24,2 23,7 22,9 22,3 22,5 22,8 22,9 23,0 22,7

Plmm) 24,5 56,2 137,5 56,l 201,6 155,o 110,2 107,7 248,4 295,5 10,9 47,5

Total pluviométrique annuel : 1642,lmm

TABLEAU II
Principales caracttristiques analytiques des sols ferrallitiques sous forêt de la région cl’Abong-Mbang
(moyennes calculkes sur 5 profils)
Main anaiytic characteristics of ferrallitic soils in the Abong-Mbang forested region
(calculated means from 5 profiles)

CranUlO. Pli
Ilor. Prof. c N C/N AlJ’ s 1’ v
a lf s Mz 0 KC1

_-cm__ ____%____ ____%___


--meq/lOOg--

Al 00-10 45 4 51 4,5 3,7 3,o 0,30 10 1,5 4,0 7,0 57


131 40-50 60 4 36 5,0 4,l 0,9 0,lO 9 2,0 0,2 3,6 6
u2 140-150 57 4 39 5,4 4,4 0,4 0,06 7 Os5 0,l 0,l 4

a: argile ; If: limons fins ; st: sables totaux ; V=lOO.S/T

(tabl. III) ont été recueillies manuellement. Les débris ANALYSES PHYSIQUES ET PHYSICO-CHIMIQUES
végétaux plus fins (petits fragments de feuilles, brindil- Granulométrie : méthode internationale ?t la pipette de
les, fines racines) ont été séparés de la terre fine Robinson, après destruction de la matière organique par
< 2 mm par tamisage. HzOz, agitation mécanique en présence d’héxaméta-
Chaque fraction végétale a été séchée à l’étuve à
60 “C, pesée et analysée (carmhograph).
phosphate de sodium.
Une séparation granulométrique suivant la méthode Argile dispersable à l’eau : même procédé que pour
de FELLER (1979), adaptée aux conditions des sols argi- l’analyse granulométrique mais sans destruction de la
leux (tabl. III), a été faite sur la terre fine < 2 mm. matière organique et sans hexamétaphosphate de sodium.
L’humus a été fractionné par une méthode chimique Azote : méthode Kjeldahl sur la terre < 2 mm broyée
(DABIN, 1971) sur la terre < 2 mm et sur la fraction à 0,l mm.
granulométrique < 50 prn (tabl. IV). pH : pH(H20) et pH(KC1) : rapport sol/solution
Le carbone des fractions de l’humus a été dosé par 1 : 23.
oxydation au bichromate de K en milieu sulfurique.
AP+ : Extraction par KCI N et dosage par colorimé-
trie de l’aluminium à l’aluminon.

Cah. ORSTOM, s&. Pgdol., vol. XXV, no 3, 1989-1990 : 231-241 233


J. KOTTO SAME, D. BITOM, B. VOLKOFF

.-\A Limita Forêt-Savane

FIG. 1. - Carte de situation.


Location map.

RÉSULTATS - de 90 cm à 300 cm, parfois 400 cm, un horizon B2 microa-


grégé, aliatique (CHATELIN et MARTIN, 1972), rouge sombre
Caractéristiques macro et micromorphologiques (10R 4/8), poreux et trés friable. Il se différencie progressive-
ment à partir d’un niveau rouge compact surmontant un niveau
PRINCIPAUX HORIZONS
,... . à gravillons ferrugineux que l’on trouve à des profondeurs
Les sols présentent un prorrl qtu comporte : variables, mais jamais à moins de 4 m (BIToM, 1988).
- une litière ;
- des horizons humiféres subdivisés en : ORGANISATIONS MICROMORPHOLOGIQUES
00-01 cm : horizon Ao/AI, grumeleux, brun-foncé,
01-04 cm : horizon AI, brun, à structure polyédrique L ‘horizon Bz microagrégé
subanguleuse,
Il se caractérise par sa structure microagrégée très
04-20 cm : horizon A3, rouge-brun, à structure polyédrique
développées, mais on y observe quelques phases denses
subanguleuse très peu développée.
- de 20 à 90 cm un horizon Br plus cohérent, qui sera ou à micropeds peu différenciés.
dénommé « horizon Br de consistance », rouge (10R 4/6) à Les micropeds sont connectés les uns aux autres et
structure massive ; forment une trame continue et poreuse (fig. 2). Ils sont

234 Cah. ORSTOM, s&. Pkdol., vol. XXV, no 3, 1989-1990 : 231-241


Mat&e organique et transformations structurales superficielles dans un sol

TABLEAU III
Protocole de fractionnement granulométrique de la matière organique du sol
Granulometric fractionation guidance of soi1 organic matter

Mode de
Nature de la Craction
fractionnement

Charbons............ ___--_____--
séparation manuelle
Racines............. ______-_____ t
tamisage à 2mm
r --- >2mm --- 1

1
Fragments végétaux -200-200Opm-
(+Sables)
- SO-200um - séparation granulométrique

Complexe argilo-hum.[ -- <50pm ---


(argile+ limons)

TABLEAU IV
Fractionnement chimique de I’humus
Humus chemical fractionation

Mode d'extraction Fraction extraite

liaPO4 ,2M Acides fulviques libres, AFL

r Acides fulviques totaux, APT


Pz07Na2, 0,lM puis NaOH, 0,lN 1
L Acides humiques, AH

Les acides fulviques liés sont obtenus par calcul : APT - APL

Cah. ORSTOM, se?. Ppdol., vol. XXV, no 3, 1989-1990: 231-241 235


J. KOTTO SAME, D. BITOM, B. VOLKOFF

rouges a rouge foncé en lumière naturelle et faiblement 1 @Jodu total ; ils sont localisés dans la litière et l’hori-
biréfringents en lumière polarisée ; certains montrent des zon Ao/Ar. Les fragments plus fins (compris entre
séparations plasmiques à leur périphérie. 50 pm et 2 mm) ne se rencontrent que dans Ao/Ai et
As. La plus grande partie du carbone est associé à la
L’horizon BI de consistance
fraction granulométrique > 50 ,um (tabl. VI). Dans cette
Il est marqué par la présence de nombreux cutanes
fraction, le carbone est essentiellement sous forme
d’illuviation, par la dégradation des micropeds et par
d’humus et est lié à l’argile (complexe argilo-humique).
des imprégnations de matière organique qui
l’assombrissent. VARIATION DES TAUX DE CARBONE DANS LE PROFIL
Les cutanes sont orangés en lumière naturelle et for- Si l’on suit la décroissance des taux de carbone de
tement biréfringents en lumière polarisée. Leur struc- la terre fine (< 2 mm) en fonction de la profondeur
ture est litée, et leurs limites avec le fond matriciel (fig. 5), on peut distinguer 4 segments qui correspon-
encaissant sont diffuses. Ce sont des cutanes d’argile dent respectivement à l’horizon Ao/Ai (60-4 cm), l’hori-
et de fer, ou ferriargilanes, colmatant les vides et empri- zon A3 (4-20 cm), l’horizon BI (20-90 m) et l’horizon
sonnant les micropeds (fig. 3). Bz (90-200 cm).
En même temps que se développent les ferriargilanes
dans les vides, l’ensemble du fond matriciel semble se LE RAPPORT C/N
tasser par effacement des vides interpédiques ; il se La décroissance de C/N avec la profondeur n’est pas
transforme alors en une matrice dense, localement hété- régulière. Il y a un minimum marqué entre 8 et 20 cm
rogène là où les cutanes sont abondants. La porosité (horizon A3) correspondant donc à un enrichissement
peut être a 15-20 % du fond matriciel. en azote (fig. 6).
La partie supérieure de l’horizon est aussi marquée par
LES FRACTIONS DE L’HUMUS
la présence de nombreuses taches de décoloration. Ces
La composition de l’humus associé à la fraction gra-
taches, qui apparaissent dès la base de l’horizon, se géné-
ralisent à son sommet où elles occupent près de la moitié nulométrique < 50 prn n’est pas constante (fig. 7).
du fond matriciel. Elles affectent le fond matriciel rouge On constate que l’horizon Ao/At est, par rapport aux
sombre et les cutanes, en préservant leurs structures res- autres horizons, pauvre en acides fulviques libres mais
pectives (fig. 4). Elles sont orangé pâle a brun-jaune riche en acides humiques. L’horizon A3 se caractérise
orangé, et se caractérisent par une densité optique très par un humus riche en acides fulviques liés. Les pro-
faible. Leurs dimensions sont de quelques millimètres ; portions d’acides humiques y décroissent avec la pro-
leurs limites irrégulières sont diffuses. Des quartz s’obser- fondeur alors que celles des acides fulviques libres aug-
vent quelquefois à cheval entre ces fonds matriciels déca- mentent. L’humus de l’horizon Bi est le plus riche en
lorés et le fond matriciel rouge sombre encaissant. acides fulviques libres. Les proportions d’humine y aug-
mentent avec la profondeur alors que celles des acides
L ‘horizon A3
fulviques liés diminuent.
Il se caractérise micromorphologiquement par :
Les autres caractères physiques et physico-chimiques
- Un squelette très abondant (plus de 45 070du fond
matriciel), constitué de quartz hétérométriques, fissu- VARIATIONS DES TAUX D’ARGILE ET D’ARGILE + LIMONS
rés et à contours subarrondis, associ& A quelques miné- FINS DANS LE PROFIL

raux opaques. Les taux de limons fins sont sensiblement les mêmes
- Un plasma brun fonce, rendu isotique par la matière et toujours très faibles (moins de 5 070en poids) à tou-
organique. Il est peu abondant et ne forme plus que tes les profondeurs. La courbe de variations de la frac-
des ponts entre les grains du squelette. Le squelette et tion argile seule (fraction < 2 prn) est donc parallèle
le plasma définissent donc ici un assemblage a celle de l’argile + limons fins (fraction O-20 p). On
intertextique. constate (fig. 8) un net appauvrissement en
- Une porosité élevée (30 (70 du fond matriciel). argile + limons fins, donc en argile, en surface et une
légère, mais très perceptible, accumulation d’argile vers
La matière organique 50 cm de profondeur. Au-delà de 90 cm les taux res-
QUANTITÉS ET NATURE DE LA MATIÈRE ORGANIQUE DES tent constants.
DIFFÉRENTS HORIZONS DU SOL Dans les 20 premiers centimètres du profil, 15 % de
Si l’on considère la tranche des deux mètres supé- l’argile totale est dispersable, à l’eau. L’argile dispersa-
rieurs du sol, on trouve près de 200 t de C/ha (tabl. V). ble s’annule ensuite rapidement en profondeur.
Cette matière organique est constituée de fragments de L’analyse granulométrique faite sans dispersant ni des-
différentes natures et de différentes tailles. Les frag- truction de la matière organique met ainsi en évidence
ments végétaux grossiers (> 2 mm) ne représentent que la fragilité des organisations structurales dans la

236 Cah. ORSTOM, sér. Pedol., vol. XXV, no 3, 1989-1990 : 231-241


FIG. 2. - Organisation microscopique de l’horizon
aliatique. Microagrégats subarrondis et interconnectés,
séparés par des vides anastaomosés.
Microscopic structure of the aliatic horizon. Subroun-
ded and interconnected microaggregates separated by
anastomosed voids.

Fond matriciel rouge

FIG. 3. - Organisation microscopique de l’horizon BI


de consistance. Ferriargilanes colmatant partiellement
les vides entre les microagrégats.
Microscopic structure of the dense BI horizon. The
spaces between the microaggregates are partially filled
by ferriargillans.

m Quartz m Ferriargilanes

0 Vides Fond matriciel rouge

FIG. 4. - Organisation microscopique de la partie


sommitale de l’horizon BI de consistance. Taches de
dkcoloration à limites diffuses se développant au sein
d’un fond matriciel initial rouge.
Microscopic structure of the top part of the dense BI
horizon. Lighter spots with diffuse borders deveiop in
a reddish tnatrk

m Quartz Fond matrlciel rouge

0 Vides m Tachea de dbcoloraticm jaMe-Oran+


J. KOTTO SAME, D. BITOM, B. VOLKOFF

TABLEAUV
Quantités de carbone dans les différents horizons ‘du sol
Carbon amounts inside the various soil horizons

frag.
terre racines charbons total
Horizons végétaux

< 2mm > 2mm

g de carbone par m2

Litière 0 272 0 0 272


Ao/AI CO-4cm) 1653 19 99 76 1849
AS (4-20cm) 4133 0 71 0 4204
BI [ 20-90cm) 8329 0 76 0 8405
Uz (90-200cm) 4974 0 19 0 4993

Total 19089 291 265 78 19723

TABLEAUVI
Répartition du carbone sur les fractions granulométriques de la terre < 2 mm des différents horizons du sol
Carbon distribution in the granulometric fractions of (.< 2 mm size) soi1 material throught the various horizons

fraction

Horizons total

200-200011m 50-200pm O-50ym

g de carbone par m2

AO /AL (O-4cm.l 123 155 1375 1653


A3 (4-20cm) 114 161 3858 4133
BI (20-90m) 44 320 7965 8329
Uz ( 90-200cm 1 0 308 4666 4974

Total 281 944 17864 19089

partie superficielle du profil. Les taux de limons fins diatement au dessous de l’horizon Ao/At. Ses valeurs
obtenus par cette méthode sont nuls dans l’horizon B2 ; croissent ensuite régulièrement avec la profondeur
ils atteignent dans Bl un taux maximum correspondant (fig. 9) jusqu’à la base de l’horizon BI ; le pH ne varie
à 20 % du taux argile + limons fins obtenus par plus dans l’horizon B2.
analyse granulométrique normale. Le taux d’aluminium échangeable, nul en surface et
PH ET ALUMINIUM ÉCHANGEABLE dans l’horizon B2, présente un maximum au sommet
Le pH, pH(H20) et pH (KCI), est minimum immé- de l’horizon Bi (fig. 10).

238 Cah. ORSTOM, s&. Pédol., vol. XXV, no 3, 1989-1990 : 231-241


0 0,5 1 1.5 2 3% 4 6 14
0 2.5
v * 0 : P_’6 10
.H
12
*
c. c* GIN
c‘r Carbone .Y..
0. \
c9 \
‘r
/*
!
l Carbone de la fraction 4 2mm
./
0 Carbone de la tractlon < 50pm

I
Profondeur Profondeur
(m) lm)

FIG. 5. - Variations des teneurs en carbone du sol en fonc- FIG. 6. - Variations du rapport UN sur la terre < 2 mm
tion de la profondeur. en fonction de la profondeur.
Changes in soi1 carbon content with depth. Changes in fine earth C/N ratio with depth.

% du Carbone de la fraction 4 50 flrn


40 60 60
0

03

1.5

20 40 60 60 % Profondeur
0 lm)
h.0 .0. *
:: .D
.0 l:0
.O

.O FIG. 7. - Proportions relatives des fractions de l’humus à


0,5
.a
différentes profondeurs.
.O
Change in humic fractions with depth.
.O
1
1 2 3
.o 0 *
‘Y meq IlOOg

.D
1,5
)
0.5
.D

2
1
Profondeur
(ml

. 1 .2 .3 04
1.5

FIG. 8. - Variations des taux d’argile et . 0


1,5 ‘.
de limons fins : (1) et (2) argile et
pH fH20) 2
argile + limons fins dispersables a l’eau ; i
0 Profondeur
(3) et (4) argile et argile + limons fins

1
pH IKCI).’ l fm)
2
obtenus par analyse granulométrique +
normale. Profondeur
(m)
Changes in clay and fine silt content : (1) FIG. 10. - Variations de l’aluminium
and (2) ciay and clay + fine silt disper- échangeable (AP+) en fonction de la
sed in water ; (3) and (4) clay and FIG. 9. - Variations du pH en fonction profondeur.
clay + fine silt obtained by normal gra- de la profondeur. Changes in exchangeable aluminium
nulometric analysis. Changes in pH with depth. (AP+) with depth.
J. KOTTO SAME, D. BITOM, B. VOLKOFF
-

DISCUSSION CONCLUSION

A partir d’un horizon B2 rouge poreux et microa- Si on superpose ces différenciations structurales, orga-
grégé se différencie donc un horizon compact et cohé- niques et physico-chimiques, on constate :
rent, ou horizon Bi de consistance, qui se caractérise - qu’il y a dégradation des microagrégats et lessivage
par : après une légère acidification ; l’argile migre associée
au fer et aux acides fulviques libres. Il en résulte un
- la dégradation des micropeds individualisés dans
colmatage de la porosité ;
l’horizon sous-jacent ; cette dégradation s’accompagne
- qu’il y a décoloration et probablement appauvrisse-
d’une densification de l’horizon ;
ment en éléments fins lorsque l’acidification est plus
- la présence des ferriargilanes qui colmatent certains
poussée. Cette seconde évolution se fait en présence
vides, ce qui accentue la densification de l’horizon ;
d’acides fulviques liés.
- le développement, à partir de la base vers le som-
met, de taches de décoloration au sein de la matrice Rien ne permet d’établir des relations de cause à effet
rouge argileuse, où l’on observe une augmentation rela- entre les transformations structurales et les transforma-
tive du squelette aux dépens du plasma. tions organiques, mais chacune pourrait être determi-
née par un abaissement du pH.
Tout se passe donc comme si l’horizon Bl subissait
Les mécanismes de la microagrégation n’ont pas
un tassement consécutif à la dégradation de la struc-
encore été établis (SCHWERTMANN, 1988), mais on sait
ture microagrégée et un colmatage par apport d’éléments
qu’interviennent les charges négatives, qui dans la kao-
fins, puis une accumulation relative d’éléments grossiers
linite, minéral argileux des sols ferrallitiques, sont dépen-
à son sommet.
dantes du pH. Un abaissement du pH réduisant la
Les observations micromorphologiques montrent que
charge des argiles peut donc conduire à une déstabili-
ces transformations se font en 2 étapes successives :
sation de l’organisation structurale initiale. Les parti-
- il y a d’abord une dégradation de la microstructure cules d’argile peuvent être mobilisées en présence de
et entraînement concomitant des éléments fins qui substances organiques telles que les acides fulviques
s’accumulent sous forme de ferriargilanes dans l’hori- libres, toujours abondants dans les sols ferrallitiques
zon Bl de consistance. Il s’agit donc d’un lessivage ; désaturés (VOLKOFF, 1988).
- il y a ensuite une décoloration et un appauvrisse- Dans l’humus des forêts équatoriales il y a toujours
ment en éléments fins ; ces phénomènes sont d’autant très peu d’acides humiques. Ces acides sont alors des
plus marqués que l’on est proche de la surface du sol. agglomérats lâches d’acides fulviques (VOLKOFF et af.,
1988). Tout se passe donc comme si l’acidité inhibait
L’horizon de consistance se caractérise aussi par une
la polymérisation des acides humiques et entraînait le
imprégnation diffuse de matière organique. Ce n’est
maintien d’importantes proportions d’acides fulviques
qu’a la base de cet horizon (90 cm) que les taux de car-
liés dans la partie supérieure du profil.
bone deviennent très faibles (0,s vo).
Un pH bas favorise la gœthite aux dépens de l’héma-
D’une façon générale, la matière organique est en
tite (SCHWERTMANNet MURAD, 1983). Cet effet du pH
relation, tant par son abondance que par sa nature, avec
peut se cumuler avec celui de la matière organique qui
toutes les differenciations structurales du profil. Il y a
agirait dans le même sens (K~PF et SCHWERTMANN,
ainsi concentration relative en acides humiques dans 1982). La décoloration observée serait donc liée a une
Ao/Ar, en acides fulviques liés dans A3, en acides ful-
transformation de l’hématite en gœthite.
viques libres dans Bl. Les acides fulviques libres sem-
L’appauvrissement serait, quant à lui, la conséquence
blent accompagner l’argile ; les acides fulviques liés sont, d’une dégradation chimique de la kaolinite comme
eux, surtout abondants la où se manifeste l’atteste I’aluminisation marquée de la partie supérieure
l’appauvrissement. du profil.
Enfin, parallélement & la décroissance du carbone, L’acidification paraît donc commander toutes les
il y a toujours une remontée régulière du pH avec la transformations superficielles. Elle est très certainement
profondeur. Le pH est minimum près de la surface, d’origine organique et conséquence d’une humification
a la base de l’horizon Ao/Ar : il reste très bas dans réalisée en l’absence de bases échangeables ; les bases
l’horizon A3, qui est la partie du profil la plus riche échangeables ne sont en quantités appréciables que dans
en acides fulviques lits. L’horizon A3 est le niveau le très mince horizon superficiel (Ao/Al) où il y a une
d’accumulation de l’azote et de maximum de AP+. remontée du pH.

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Mat&e organique et transformations structurales superficielles dans un sol

En définitive la matière organique n’agirait donc associée qu’elles interviennent sur. la dégradation struc-
qu’indirectement sur les différenciations structurales. Les turale, les transformations minéralogiques des oxydes
sols ferrallitiques rouges de la forêt sud-camerounaise de fer et la dégradation chimique des argiles.
sont pauvres en bases, l’humus y est riche en fractions
fulviques. Ces fractions peuvent participer au lessivage
de l’argile, mais c’est surtout par l’acidité qui leur est Manuscrit accepte par le Comitb de Rédaction le 30 mai 1990.

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