Linguistique 2
Linguistique 2
MODULE
LINGUISTIQUE 2
Semestre 4
Année universitaire: 2023-2024
Pr : D. AHAJJI 1
Présentation du programme
I. Introduction aux courants de recherche en études françaises et romaines
A. Principes épistémologiques et méthodologiques
B. Panorama des approches contemporaines en linguistique française et romaine
1. Approche structurale
2. Approche comparative
3. Approche historique
4. Approche variationniste
II. Approches contemporaines en linguistique
1. Le structuralisme
2. Le fonctionnalisme
3. Distributionnalisme de L. Bloomfield
4. Glossématique de L. Hjelmslev
5. Le générativisme Pr : D. AHAJJI
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I. Introduction aux courants de recherche en études
françaises et romanes
Qu’est-ce que la recherche ?
D’après Le Grand Robert la recherche est :
o « action de chercher, de rechercher. » ;
o « effort de l’esprit pour trouver (une connaissance, une vérité…) » ;
o « ensemble des travaux, des activités intellectuelles qui tendent à la
découverte de connaissances nouvelles (sciences), de moyens d’expression
(arts, lettres). »
• La recherche est un processus qui vise à explorer de nouvelles connaissances, à les
développer et à les diffuser auprès d’un large public, en priorité la communauté
scientifique. Son objectif consiste à élargir l’ensemble des connaissances de
l’humanité dans les domaines physique, biologique et social, au-delà de ce qui est
déjà connu.
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Pr : D. AHAJJI
En d’autres termes, la recherche est une démarche méthodique et organisée qui a
pour but de générer de nouvelles connaissances, de résoudre des problèmes
existants ou d’explorer des domaines inconnus. Elle comprend la collecte,
l’analyse et l’interprétation d’informations pertinentes afin de répondre à des
questions de recherche spécifiques ou d’atteindre des objectifs définis.
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Pr : D. AHAJJI
Les courants de recherche en études françaises et romaines sont très variés, couvrant
un large éventail de sujets. Ils s’appuient sur différentes méthodologies afin
d’approfondir notre compréhension de la langue, de la littérature, de la culture et de
l’histoire de la France et de la Rome antique. Nous focaliserons notre intention sur
les principaux courant de recherche liés à ces trois disciplines :
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Pr : D. AHAJJI
La linguistique
La linguistique est l'étude scientifique du langage humain.
La linguistique est une science qui a pour objet l'étude des
phénomènes linguistiques en général ; c'est une science de
la langue et des langues.
Ferdinand De Saussure, linguiste considéré comme
fondateur de la linguistique, l'a définie comme une
« science qui a pour objet la langue envisagée en elle-
même et pour elle-même » (P. Robert 1991).
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Pr : D. AHAJJI
Il s'agit donc de considérer la langue comme objet
d'analyse scientifique qui s'éloigne de tout contexte
social qui peut lui accorder des jugements de valeur.
Domaines internes
La forme Le sens
La
phonologie La La La
/ La La syntaxe sémantique pragmatique
morphologie
phonétique
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Pr : D. AHAJJI
Domaines internes
La psycholinguistique
La sociolinguistique
L’ethnolinguistique
L’aménagement linguistique
La lexicologie / La lexicographie
La neurolinguistique
L’analyse de discours
La dialectologie
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Pr : D. AHAJJI
Principes épistémologiques et
méthodologiques de la linguistique
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La littérature
Selon Le Grand Robert, la littérature désigne :
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Pr : D. AHAJJI
La littérature fait référence à toutes les créations artistiques ou intellectuelles, qu’elles soient
écrites ou orales, dans une langue spécifique. Elle englobe un large éventail d’œuvres et est
caractérisée par son expression de l’imagination, de la créativité et de l’esthétique. La littérature joue
un rôle essentiel dans la transmission des idées, des émotions et des expériences humaines.
La littérature se présente sous diverses formes, telles que les romans, les poèmes, les pièces de
théâtre, les essais, les nouvelles, les biographies, les mémoires, etc. Chacune de ces formes
littéraires possède ses propres caractéristiques et conventions, et elle peut être appréciée à la fois
pour son contenu et pour les qualités stylistiques et artistiques de son écriture.
La littérature est communément perçue comme une forme artistique qui offre un miroir et une
interprétation de notre réalité. Elle se plonge dans des sujets universels tels que l'amour, la mort,
la justice, la société, la nature humaine, etc. Elle peut également servir de véhicule des idées
politiques, sociales ou philosophiques, et pour remettre en question les normes et les valeurs établies
en les critiquant.
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Pr : D. AHAJJI
Principes épistémologiques et
méthodologiques de la littérature
Analyse formelle
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Pr : D. AHAJJI
• La métaphores.
littérature
peut être
analysée
sur le plan
formel, en
examinant
la structure,
le style, la
rhétorique
et les
techniques
littéraires
utilisées.
Cela inclut
l'étude des
éléments
tels que la
narration,
les
personnage
s, les
dialogues,
les figures
de style, les
motifs
récurrents,
les
symboles et
les
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Pr : D. AHAJJI
Approches • Différentes approches théoriques sont utilisées pour
analyser la littérature, telles que le formalisme, le
structuralisme, le poststructuralisme, le féminisme, le
théoriques marxisme, etc. Ces approches fournissent des cadres
conceptuels et des outils d'analyse spécifiques pour
examiner les œuvres littéraires.
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La philologie
« La philologie est une science historique qui a pour objet la connaissance des
civilisations passées par des documents écrits qu’elles nous ont laissés : ceux-ci
nous permettent de comprendre et d’expliquer ces sociétés anciennes. » (Jean
Dubois, 1973 : 358).
Il s’agit d’une science qui étudie les langues et les textes anciens dans le dessein
de comprendre leur origine, leur évolution et leur signification. Elle s’intéresse
principalement à la littérature, à la linguistique, à la grammaire, à l’histoire
et à d’autres aspects culturels des langues et des textes anciens.
« La philologie […] étudie surtout les témoignages écrits littéraires, elle est
donc d’abord une science auxiliaire de l’histoire. » (Jean Dubois, 1973 : 358).
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Pr : D. AHAJJI
« La philologie est critique des textes ; elle cherche à " établir le
texte " au moyen des critères internes et externes qui lui sont fournis à la
fois par ses techniques propres (comparaison des textes, des variantes,
histoires des manuscrits) et par des données externes que lui fournissent
d’autres techniques : la statistique linguistique pour la datation des
documents ou l’histoire littéraire, économique, sociale, etc. » (Jean
Dubois, 1973 : 358).
L’objectif principal des philologues est bel et bien la publication des
textes. « Le texte à éditer a été longtemps l’écrit originel, considéré
comme l’unique source des copies ultérieures, d’où l’idée qu’il faudrait
corriger les écarts, les fautes dues aux scribes successifs. » (Jean Dubois,
1973 : 359).
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Pr : D. AHAJJI
Elle cherche à reconstituer et à interpréter les textes
anciens en utilisant des méthodes rigoureuses de
recherche.
Critique textuelle
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Pr : D. AHAJJI
• La l'original.
philologie
utilise des
méthodes
de critique
textuelle
pour établir
le texte le
plus fiable
possible.
Cela
implique
l'examen
attentif des
manuscrits
et des
variantes
textuelles,
ainsi que
l'application
de principes
de
reconstructi
on pour
déterminer
le texte
original ou
le plus
proche
possible de
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Principe de • La philologie compare les textes entre eux, ainsi
qu'avec d'autres sources d'information
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Pr : D. AHAJJI
Les liens unissant la linguistique, la
littérature et la philologie
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Pr : D. AHAJJI
Panorama des approches contemporaines en linguistique
française et romaine
1. L’approche structurale :
Primauté des relations entre les éléments sur les éléments eux-mêmes, « la langue est
envisagée en elle-même et pour elle-même. »
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Pr : D. AHAJJI
Le linguiste étudie la langue. Son objectif est de faire l’inventaire de ses
unités constitutives et d’en dégager les règles de fonctionnement à
différents niveaux de structures (phonologiques, morphologiques,
syntaxiques). La linguistique structurale est toujours taxinomique.
Pour cela, il faut travailler sur ce qui est commun aux usagers d’une
langue donnée. La langue est sociale et indépendante de l’individu. La
parole, au contraire, est la partie individuelle de la langue. Elle est
soumise à diverses variations (régionales, idiosyncrasiques, etc.).
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Pr : D. AHAJJI
C’est pour cela que certains linguistes structuralistes dépassent le
principe de l’immanence et considèrent qu’une langue naturelle est un
système de communication par excellence. Le locuteur utilise un
système restreint de signes vocaux –phonèmes- commun à tous les
membres de la communauté linguistique. La combinaison des phonèmes
selon les règles propres à la langue permet de former des unités de rang
supérieur –morphèmes-. La combinaison des morphèmes en « mots »
engendre des syntagmes qui se combinent en phrases.
Ces linguistes considèrent que la fonction première de la langue est de
permettre la transmission de messages entre les membres d’une même
communauté linguistique.
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Pr : D. AHAJJI
2. L’approche comparative :
L’approche comparative (ou encore linguistique comparée ou grammaire comparée) est l’une des branches de
la linguistique.
Son élaboration commença avec J. G. HERDER, J. VON HUMBOLDT, qui en jetèrent les bases théoriques,
mais surtout avec F. BOPP, A. SCHELEICHER et la découverte de la parenté des langues indo-européennes.
« La grammaire comparée confronte les mots (surtout le vocabulaire usuel) de deux langues ou de plusieurs
langues données. » (Jean Dubois, 1973 : 102).
Il peut y avoir ressemblance pour la forme et le sens entre certains mots, comme en anglais et en allemand :
On pose alors pour chacun de ces mots l’hypothèse qu’ils remontent à une forme unique qui a évolué de deux
manières différentes.
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Pr : D. AHAJJI
C’est là qu’on a fait intervenir les lois phonétiques qui contribuent à retracer les phases successives par
lesquelles la forme unique est passée pour aboutir aux formes modernes.
C’est ainsi qu’on a établi la parenté qui permet de dire que deux langues se sont développées à partir
d’une même langue (parenté générique).
Il est important de noter que : « la famille indo-européenne, représentée par la plupart des langues
d’Europe (famille de langue), a fourni à la grammaire comparée la meilleure matière de recherche. »
(Jean Dubois, 1973 : 102).
En appliquant à l’étude des langues indo-européennes les méthodes éprouvées, les linguistes
comparatistes ont pu se passer de tout texte ancien pour établir d’autres parentés.
Les linguistes utilisent la comparaison entre les langues pour différentes raisons :
Elle peut être pratiquée afin de mettre en évidence une éventuelle parenté
historique entre plusieurs langues, qui remonteraient ainsi à une même
proto-langue commune dont elles représenteraient, chacune, un
développement évolutif dans un contexte historique particulier.
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Pr : D. AHAJJI
La grammaire comparée s’intéresse particulièrement au problème de la parenté
entre les langues, avec la découverte du sanskrit par l’Anglais sir William Jones
(1746-1794).
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Pr : D. AHAJJI
Conditions de la comparaison :
En somme :
o l’approche comparative est une méthode d’analyse qui consiste à comparer les langues entre
elles afin de déterminer leurs similitudes et leurs différences. Cette approche permet aux
linguistes de mieux comprendre les structures et les caractéristiques des langues, ainsi que les
processus de changement linguistique.
o Elle implique généralement l’identification de correspondances phonétiques, lexicales et
grammaticales entre les langues étudiées.
o Les linguistes examinent les similarités et les différences dans la prononciation des mots, la
signification des mots et les règles grammaticales afin de déterminer les relations entre les
langues.
o Elle est utilisée également pour classer les langues dans des familles linguistiques, regroupant
ainsi les langues apparentées.
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Pr : D. AHAJJI
3. L’approche historique :
C’est au Danemark avec Rasmus Rask (1787-1832) et en Allemagne avec Jacob Grimm
(1785-1863) que se précise l’exigence d’une analyse méthodique et historique des faits de
langues.
Des travaux sont entrepris également sur les langues romanes par Friedrich Diez (1794-
1876).
Les linguistes qui ont formulé les principes théoriques de la linguistique historique sont bel
et bien August Leskien (1840-1916) et Hermann Paul (1846-1921). La langue pour eux :
« un organisme vivant qui se développe, croît et meurt indépendamment des hommes qui la
parlent. On doit l’étudier comme n’importe quel autre organisme soumis à des
transformations, elles-mêmes dues à un processus historique. La connaissance qu’on peut en
avoir dépend de la description des changements qui l’ont affectée au cours des siècles. »
(Dubois et al., 1977 : 9).
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Pr : D. AHAJJI
La linguistique historique, s’appuyant sur les résultats fournis par la méthode
comparée, interprète les changements manifestés par les langues comme
dépendants du contexte que constitue l’histoire des civilisations humaines.
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Pr : D. AHAJJI
On peut déduire alors de ce qui précède :
Elle étudie le développement de la langue sur la base du fait qu'elle change de génération
en génération, et de temps en temps, au fur et à mesure que des mots naissent et que
d'autres s'éteignent à la suite du développement historique de la langue.
Les sources dont la méthode historique tire son matériel, ce sont l'héritage linguistique
ancien des manuscrits, des textes linguistiques et autres.
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Pr : D. AHAJJI
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Pr : D. AHAJJI
4. L’approche variationniste :
La variation langagière obéit à des régularités relevant de :
contraintes linguistiques
facteurs historiques et
sociaux (extralinguistique)
entretiens questionnaires
enregistrements
de parole
spontanée
Ils analysent ensuite ces données pour déterminer les modèles de variation et identifier
les facteurs qui influencent les choix linguistiques des locuteurs.
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Pr : D. AHAJJI
Labov distingue les variations stables des changements en cours dans une communauté. Dans le
premier cas, les facteurs sociaux ne jouent en aucun cas sur les phénomènes linguistiques. Ce sont
des contraintes linguistiques, et non la diversité sociale, qui conditionnent la variation. Au contraire,
les changements en cours au sein d'une communauté tendent à démontrer une variation linguistique
dépendante des différences sociales (sexe, âge, classe sociale, etc.) entre les locuteurs.
La méthode variationniste met en relation directe des variables linguistiques (par exemple,
l'utilisation partielle ou non de la négation « ne... pas », l'utilisation du tutoiement, etc.) et des
variables extralinguistiques (le sexe, l'âge ou encore la classe sociale des individus) de manière
quantitative.
Les variables linguistiques sont sélectionnées et réparties au sein d'une communauté de locuteurs, et
tiennent compte des diverses situations discursives.
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Pr : D. AHAJJI
Une stratification en classes sociales indique une hiérarchie de valorisation de
certaines formes langagières.
Les enquêtes de Labov lui ont permis dégager des comportements gestuels, des
habitudes langagières et phonétiques qui sont soumises à des variations en
fonction des milieux sociaux.
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Pr : D. AHAJJI
Afin de valider son hypothèse, Labov envoie des observateurs chargés d'interviewer les
employés des trois magasins ciblés.
Les contraintes sociales que Labov retient sont respectivement : le magasin, l'emploi du
répondant, l'étage du magasin, le sexe, l'âge, la race, puis l'accent étranger, si présent
dans la prononciation du sujet.
• Les différences entre ces trois magasins sont flagrantes. Le magasin qui représente les
classes sociales élevées, affiche un taux de production de /r/ nettement supérieur aux
deux autres. Les résultats obtenus pour le magasin représentant les classes moyennes, se
situent tel que prédits dans l'hypothèse générale, c'est-à-dire entre les classes supérieures
et les classes inférieures.
• L'hypothèse de Labov est vérifiée et les conclusions paraissent très claires : l'emploi du
/r/ à New York est effectivement stratifié en fonction des classes sociales. Plus on
grimpe dans l'échelle sociale, pour le /r/ rétroflexe est présent et plus on descend, plus
il tend à s'amenuiser.
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Pr : D. AHAJJI
La notion cruciale dans l'approche variationniste est la
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Pr : D. AHAJJI
Approches contemporaines en linguistique
(Ecoles linguistiques
1. Le structuralisme (rappel) :
Le structuralisme est une approche théorique qui a émergé au début du
XXe siècle, principalement grâce aux travaux de Ferdinand de Saussure.
Cette approche met l'accent sur l'étude de la structure interne des systèmes
linguistiques et sur les relations qui existent entre les différentes parties de
ces systèmes.
Selon le structuralisme linguistique, la langue est considérée comme un
système autonome, indépendant des facteurs externes tels que la
psychologie individuelle des locuteurs ou les aspects sociaux de
l'utilisation de la langue. L'objectif principal du structuralisme est de
découvrir les règles et les principes sous-jacents qui régissent le
fonctionnement des langues.
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Pr : D. AHAJJI
Une idée fondamentale du structuralisme est celle de la langue comme un système
de signes. Saussure a introduit la distinction entre le signifiant (la forme acoustique
ou graphique) et le signifié (le concept ou l'idée associée au signifiant). Selon lui, le
lien entre le signifiant et le signifié est arbitraire, c'est-à-dire qu'il n'y a pas de
relation intrinsèque entre la forme du mot et son sens. Au lieu de cela, le sens d'un
mot est déterminé par sa position et ses relations au sein du système linguistique.
Pour les structuralistes, « l’énoncé est étudié comme une série de rang hiérarchisés où
chaque éléments est déterminé en fonction de ses combinaisons avec le rang supérieur.
Les phonèmes sont considérés par leurs combinaisons au rang du morphème et les
morphèmes par leurs combinaisons dans la phrase. » (Jean Dubois, 1973 : 453).
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Pr : D. AHAJJI
La méthode du structuralisme est inductive :
La linguistique structurale se définit également par la recherche des différences qui aboutit au
binarisme. Les oppositions peuvent être d’ordre :
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Pr : D. AHAJJI
Exercices d’application
Pr : D. AHAJJI 55
1. Définissez le signe linguistique selon Saussure et présentez ses caractéristiques.
Selon Saussure, le signe linguistique unit, « non pas un nom et une chose, mais un
concept et une image acoustique». Le signe est donc formé de deux parties :
Le signifiant et le signifie(le Sa /le Sé) sont les deux faces du signe linguistique. Elles
sont indissociables comme les faces d’une même pièce de monnaie ou le recto verso
d’une feuille de papier.
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Pr : D. AHAJJI
3. Que signifie le caractère linéaire du signifiant ?
Les éléments des signifiants se présentent donc obligatoirement les uns après les autres, selon une
succession linéaire : ils forment une chaîne. Deux unités se présentent toujours l’une après l’autre, donnant
ainsi vie à la chaîne parlée.
En linguistique structurale et distributionnelle la linéarité, soulignée par Saussure, est une des propriétés
fondamentales du langage.
Une phrase viendra toujours avant ou après une autre phrase, un mot avant ou après un autre mot, un
phonème (ou une lettre, dans la langue écrite) toujours avant ou après un autre phonème (ou lettre).
Dans l’ensemble des manifestations du langage, il faut distinguer ce qui relève de l’action individuelle,
variable, unique, imprévisible, abstraite que Saussure nomme la parole, de ce qui est constant, commun
aux sujets parlants, concret, la langue.
Opposée à la parole, la langue est un phénomène social, le code commun à tous les membres d’une
communauté linguistique (bien qu’il ne soit jamais totalement représenté chez un individu), une pure
passivité (un « trésor » déposé chez les sujets).
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Pr : D. AHAJJI
Dichotomie langue/parole
Saussure (structuralisme)
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6. Commentez l’extrait suivant :
• « La langue est notre « outil » de communication privilégié. Chaque langue est un système
de signes conventionnels et de règles de combinaison de ces signes, qui forment un tout
complexe et structuré. »
On donne aussi le nom de système à tout ensemble de termes étroitement co-reliés entre
eux à l'intérieur du système général de la langue.
Le terme système recouvre tout ensemble de règles reliées entre elles ou tout groupe de
termes associés entre eux.
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Pr : D. AHAJJI
7. Selon Saussure, l’opposition « langue vs parole » peut aussi s’envisager comme une opposition :
Social vs Individuel.
8. Précisez à quelle approche (synchronique ou diachronique) on a affaire dans les cas suivants :
a. Le substantif français « chef » vient du latin « caput » où il signifiait « tête ». En ancien français, le
mot « chieef » avait conservé le sens latin. Aujourd’hui, le mot « chef » renvoie à la notion d’autorité
ou de perfection (par ex. chef d'État, chef d'orchestre, chef de file, chef-d'œuvre…) mais le sens primitif
a survécu dans l’expression « couvre-chef. »
b. La langue française possède de nombreuses expressions pour désigner la quantité : un kilo de, un
nombre de, un bon nombre de, la plupart de, une foule de, une multitude de, une myriade de, une
bouchée de, une gorgée de, etc. Toutefois, contrairement aux linguistes anglais, les linguistes français
ne rangent pas ces éléments de la langue dans la classe des « quantifieurs » mais dans la classe de
« déterminants indéfinis », auprès d’autres éléments de la langue aussi variés que : aucun, nul, pas un,
plus d’un, maint, beaucoup de, peu de, chaque, tout, certain, plusieurs, autre, même, quelque,
différents...
Synchronie désigne l’étude d’un état de langue, tel qu’on peut l’isoler à un moment déterminé (exemple 2),
et diachronie l’étude de l’évolution historique de cette même langue (exemple 1).
Pr : D. AHAJJI
9. Comment expliquez-vous le caractère arbitraire du signe ?
Par exemple, le choix du mot "bureau" ne repose sur aucun critère qui aurait pu
favoriser le choix d'un tel mot plutôt qu'un autre.
Le mot arbitraire appelle aussi une remarque. Il ne doit pas donner l'idée que le
signifiant dépend du libre choix du sujet parlant. Il n'est pas au pouvoir de
l'individu de modifier un signe une fois établi dans un groupe linguistique.
Le signe est arbitraire signifie qu'il est immotivé, c'est-à-dire arbitraire par rapport
au signifié, avec lequel il n'a aucune attache naturelle dans la réalité.
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Pr : D. AHAJJI
10. Les signes linguistiques sont-ils tous arbitraires ?
Dans le cas des onomatopées, les mots utilisés sont relativement proches
du son que l'on veut décrire, et ce, dans toutes les langues.
Les onomatopées auraient été, avec le langage gestuel, une des premières
manifestations des potentialités de communication linguistique de
l'homme.
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Pr : D. AHAJJI
11. Dites si les mots suivants sont motivés ou arbitraires en justifiant vos réponses :
Glouglou ; verre ; gargouiller ; toit ; queue (de lettre) ; redevenir ; lave-vaisselle ;
éducation.
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Pr : D. AHAJJI
12. « Le rapport syntagmatique est in praesentia ; il repose sur deux ou plusieurs termes
également présents dans une série effective. Au contraire le rapport associatif
(paradigmatique) unit des termes in absentia dans une série mnémonique virtuelle. »
Ferdinand de Saussure a montré que tout signe linguistique entrait dans deux sortes
de rapports qu’il appelait “rapports syntagmatiques” et “rapports
paradigmatiques.”
• Elle ……………………………………………………
• Tu prépares…………………………………………...
• Je révise ………………………………………………
• Je travaille…………………………………………….
• Je……….difficile+ment………………………………
• Je……….courageuse+ment………………………….
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Pr : D. AHAJJI
2. Le fonctionnalisme :
1. Fonction sémantique (agent / patient / récepteur / etc.), qui décrit le rôle des unités
dans la situation ou l’action exprimée ;
2. Fonction syntaxique (sujet / objet), qui définit les différents points de vue
dans la
présentation d’une expression linguistique ;
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Pr : D. AHAJJI
Principes fondateurs :
A. Martinet a défini la langue comme : « un instrument de communication selon lequel
l’expérience humaine s’analyse différemment dans chaque communauté (…), en unités
douées d’un contenu sémantique et d’une expression phonique : les monèmes ; cette
expression phonique s’articule à son tour en unités distinctives et successives ; les
phonèmes, en nombres déterminé dans chaque langue, dont la nature et les rapports
mutuels diffèrent eux aussi d’une langue à l’autre. » (Martinet, 1974, p. 20).
Le premier trait définitoire de la linguistique fonctionnelle est que la fonction est le
facteur déterminant de la structure linguistique ; c’est elle qui donne forme à la
substance, et qui crée un objet complexe unissant forme et substance.
Une langue est, selon A. Martinet, instrument de communication doté d’une double
articulation, auquel correspond une organisation particulière des données de
l’expérience.
Martinet propose que la langue contienne des unités minimales significatives (les
monèmes) et des unités distinctives (les phonèmes).
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Pr : D. AHAJJI
Pour mieux comprendre la fonction de ces unités significatives et distinctives on pose la
question suivante :
Un monème est une petite unité qui présente un sens et une forme vocale ou graphique. Un
énoncé est une succession d’unités minimales de signification qu’on appelle des
monèmes. Chaque monème à une face formelle (le signifiant) et une face significative (le
signifié). Ces unités minimales peuvent être des noms, des verbes, des adjectifs…
(Montagne, acheter, beau…) ou un groupe de mots (boites-aux-lettres).
Un monème peut comporter une partie lexicale : le lexème et un morphème à valeur
purement grammaticale. Exemple : Dans la forme achètera. Achèt↔lexème
Era↔morphème, Martinet établit le découpage suivant des monèmes.
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Pr : D. AHAJJI
Les monèmes • Les adverbes sont des monèmes autonomes car
ils peuvent figurer en toutes positions :
autonomes • Ex : Nous organisons une fête aujourd’hui.
Nous organisons aujourd’hui une fête.
Aujourd’hui, nous organisons une fête.
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Pr : D. AHAJJI
Monèmes
Unité minimale de sens
Lexèmes Morphèmes
(renvoient à un (renvoient à une
concept empirique ou catégorie grammaticale
abstrait, comme des exprimant le nombre,
noms, des verbes et le temps, le genre, le
des adjectifs. La liste mode, l’aspect ou les
en est ouverte). connexions logiques).
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Pr : D. AHAJJI
Exercices d’application
Pr : D. AHAJJI 74
1. Commentez ces propos d’André Martinet en définissant clairement les concepts suivants : phonème, monème,
première articulation du langage, deuxième articulation du langage et économie du langage.
« Les unités que livre la première articulation, avec leur signifié et leur signifiant, sont des signes, et des signes
minima puisque chacun d’entre eux ne saurait être analysé en une succession de signes. Il n’existe pas de terme
universellement admis pour désigner ces unités. Nous emploierons ici celui de monème.
Comme tout signe, le monème est une unité à deux faces, une face signifiée, son sens ou sa valeur, et une face
signifiante qui la manifeste sous sa forme phonique et qui est composée d’unités de deuxième articulation. Ces
dernières sont nommées des phonèmes. […]
Le type d’organisation que nous venons d’esquisser existe dans toutes les langues décrites jusqu’à ce jour. Il
semble s’imposer aux communautés humaines comme le mieux adapté aux besoins et aux ressources de l’homme.
Seule l’économie qui résulte des deux articulations permet d’obtenir un outil de communication d’emploi général et
capable de transmettre autant d’information à son bon compte.
Si la première articulation […] n’existait pas, toute émission correspondrait à un type défini d’expérience de telle
sorte qu’une expérience nouvelle, inattendue, serait incommunicable.»
• André Martinet, Éléments de linguistique générale, 1970.
Les monèmes constituent la première articulation du langage. Ce sont les plus petits éléments linguistiques qui
possèdent à la fois une forme et un sens. Les phonèmes constituent la deuxième articulation du langage. Ce sont les
éléments non significatifs. Ils ont une forme mais aucun sens.
Le concept d’économie de la langue désigne le fait que toutes les langues permettent de construire à partir d’un
nombre limité d’éléments de la 2ème articulation (phonèmes) un nombre illimité d’éléments de la 1ère articulation
(morphèmes, mots, syntagmes, phrases). Ces concepts nous aident à comprendre que la langue est un système
combinatoire dont la spécificité est de permettre à partir d’un nombre limité d’éléments la construction d’un nombre
illimité de mots et de phrases.
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Pr : D. AHAJJI
2. Quels sont les types de monèmes ? Citez-les en les définissant.
Pr : D. AHAJJI
3. Etudiez les unités de la première articulation dans les énoncés
suivants :
3. L’enfant dormira.
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Pr : D. AHAJJI
3. Le distributionnalisme :
Origine : Cette école tire son nom de la « distribution » des unités que l’on
étudie.
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Pr : D. AHAJJI
Les linguistes qui en sont spécialistes sont appelés américanistes. Cette école est issue du
béhaviorisme avec l’idée du comportement langagier, autrement dit, Bloomfield est
influencé par la théorie du comportement appelée béhaviorisme (de « béhaviour » ; le
comportement).
La tâche du linguiste sera de décrire les rapports entre stimulus et réponse. En effet, dans
la perspective béhavioriste, un stimulus donné correspond à une réponse donnée. Or, le
sens est une chose instable pour les distributionnalistes, qui dépend de la situation, et qui
n’est pas observable. Il doit donc être éliminé comme élément d’analyse de la langue.
79
Pr : D. AHAJJI
La caractéristique fondamentale du distributionnalisme concerne le rejet total du
sens. Alors la plupart des linguistes considèrent que la langue met en relation
forme phonique (signifiant selon Saussure) et sens (signifié).
Pour Bloomfield, la tâche immédiate à laquelle doit s’attacher le linguiste est une
description des langues, description qui doit éviter tout mentalisme et ne pas tenir
compte du sens des énoncés considérées.
80
Pr : D. AHAJJI
Présupposés théoriques du distributionnalisme : Qu’ils soient explicites ou implicites, les
présupposés théoriques du distributionnalisme sont très comparables à ceux que Ferdinand de
Saussure a formulés :
L’objet de la langue, par opposition à la parole est la langue (elle est souvent appelée code).
Cette étude doit être synchronique (on a surtout affaire à des langues sans écriture,
dont le passé est inconnu).
Les éléments se définissent par leurs relations à l’intérieur d’un système, c’est –à-
dire leurs rapports avec les autres éléments, mais le distributionnalisme insiste
surtout sur les relations syntagmatiques.
Pour cette théorie, le comportement humain, dans tous les domaines, peut-être décrit à
partir de la relation fondamentale stimulus-réponse.
81
Pr : D. AHAJJI
Sémantique distributionnelle
pinson
merle
Pr : D. AHAJJI 83
Le behaviorisme (ou psychologie du comportement) :
Stimulus Réponse
Jill et Jack se promènent dans le jardin. Jill voit la pomme et en a envie. Mais au lieu d’aller
chercher la pomme, elle demande à Jack d’aller la chercher pour elle. Donc Jill transforme le
stimulus d’origine en une réponse en langage qui deviendra le stimulus dont la réponse sera
l’obtention de la pomme pour Jill. Cela veut dire que le stimulus-réponse incrusté est le
comportement linguistique observable.
84
Pr : D. AHAJJI
L’antimentalisme :
Selon lui, le sens d’un message n’est observable que comme étant un élément de
l’ensemble de la situation dans laquelle le locuteur emploie cette forme et dans
laquelle apparait la réponse manifestée par l’auditeur.
Pour lui, parler du signifié c’est parler de quelque chose qui n’est pas mesurable.
Dans son analyse, le linguiste ne peut utiliser le sens.
85
Pr : D. AHAJJI
Le corpus :
La notion de « corpus » est utilisée par les tenants de la théorie distributionnaliste dans la
perspective de « description » des langues autochtones amérindiennes.
Un corpus est un ensemble d’énoncés recueillis auprès des « locuteurs natifs » d’une langue en
vue de la description de cette langue.
Ces énoncés sont considérés comme caractéristiques du type de langue à étudier, et sont donc
réunis pour servir de base à la description et, éventuellement, à l’élaboration d’un modèle
explicatif de cette langue.
Le corpus ouvert est un corpus auxquels sont ajoutés de nouveaux documents chaque fois que
l’analyse en cours l’exige.
Le corpus fermé obéit à des critères définis au préalable comme, par exemple, les limites de
temps et de lieu. Au-delà de ces limites, le corpus est fermé à toute modification et ne peut pas
recevoir d’ajout de documents.
86
Pr : D. AHAJJI
La distribution :
La distribution est la somme des environnements linguistiques dans lesquels peut apparaître un
élément analysé. Chaque élément va ainsi dégager son identité en fonction des restrictions qui
gouvernent son apparition dans tel ou tel environnement. Certains éléments « n’acceptent pas
n’importe quelle relation de contiguïté. »
Elle a été développée par Z. Harris. Elle tire son principe de la constatation empirique que les parties
d’une langue ne se rencontrent pas arbitrairement les unes par rapport aux autres ; chaque élément se
rencontre dans certaines positions particulières par rapport aux autres.
C’est une approche formelle qui écarte toute considération relative au sens. Enfin, cette méthode se
veut purement descriptive et inductive.
Son principe repose sur la constatation que les unités constitutives d’une langue peuvent être
caractérisées par les positions qu’elles occupent les unes par rapport aux autres :
Classe distributionnelle est formée par les éléments qui ont une même distribution
et qui sont considérés comme équivalents.
88
Pr : D. AHAJJI
L’analyse en Constituants Immédiats :
La théories des Constituants Immédiats est une méthode d’analyse distributionnelle dont
l’objet est la première articulation du langage.
Elle est basée sur le principe suivant : « Tout énoncé peut être analysé, à plusieurs
niveaux, en éléments constituants de chaque niveaux, depuis la phrase jusqu’au
morphème, considéré comme la plus petite unité de première articulation, donc
analysable. »
Les niveaux sont déterminés par les segmentations successives de l’analyse. Chaque
segmentation sépare généralement deux constituants immédiats.
89
Pr : D. AHAJJI
Les règles syntagmatiques :
La phrase a été analysée en constituants immédiats en quatre niveaux. Cette analyse est la
plus simple : elle peut aussi se compliquer selon le degré de complexité de la phrase.
Nous pouvons remarquer que l’analyse selon les boîtes de Hockett est beaucoup plus
lisible que la précédente.
91
Pr : D. AHAJJI
Exercices d’application
Pr : D. AHAJJI 92
1. En quoi consiste l’analyse distributionnelle ?
93
Pr : D. AHAJJI
2. Représentez les différents niveaux d’analyse des phrases suivantes à l’aide
du procédé des boîtes de Hockett :
Nous
achetions Une grande maison
94
Pr : D. AHAJJI
3. Appliquer un des trois modes de description syntagmatique (La boîte de
Hockett, l’arbre syntagmatique et la parenthèse) sur les phrases suivantes :
{Ph{SN{Dét. Le } {N. frère} {SP{Dét. de} {N. Jack}}} {Sv{V. possède} {SN{Dét. un}
{N. cheval}}}}
de Jack un cheval
Le frère possède
de Jack un cheval
95
Pr : D. AHAJJI
Ce père est très fier de son fils.
{Ph{SN {Sadj {Dét. Ce } {N. père}} {Sv{V. est} {Sadv{Adv. très} {Adj. fier} {SP{Dét.
de} {adj. son} {N. fils}}}}}
de son fils
96
Pr : D. AHAJJI
4. La glossématique :
La glossématique est un mot créé par Hjelmslev d’après le grec « glossa » signifiant
langue pour désigner la théorie linguistique qui se donnerait la langue comme un but en
soi et non pas comme moyen.
La glossématique implique une critique rigoureuse de la linguistique antérieure qui serait
transcendantale, se fonderait sur des données extérieures à la langue elle-même et se
ramènerait à la connaissance des faits historiques, physiques, sociaux, littéraires,
philosophiques ou psychologiques.
La glossématique préconise une connaissance immanente du langage ; la langue est
considérée comme unité fermée sur elle-même.
Cette théorie veut déterminer tout ce qui est commun à toutes les langues humaines et ce
qui fait qu’à travers divers changements une langue reste toujours identique à elle-même.
Pour être acceptables, les résultats de la théorie doivent concorder avec les données de
l’expérience. Fondée sur le « principe d'empirisme », la description doit être sans
contradictions, exhaustive et la plus simple possible.
97
Pr : D. AHAJJI
Dans cette école, le linguiste abandonne la méthode inductive, qui prétend aller du particulier (les
données) au général (les lois). La glossématique sera donc une méthode déductive, qui procède
d’un nombre restreint d’axiomes (lois) rigoureux à la détermination des classes.
La langue est une forme est non une substance : C’est cette phrase de Saussure qui inspire
Hjelmslev pour construire sa théorie du signe. Aucune idée ni aucun objet ne précèdent à
l’organisation de la langue.
Le matériel non structuré (les idées, les sons) n’est pas considéré comme faisant partie
de la langue jusqu’à ce qu’il soit structuré et organisé dans le cadre de cette langue,
c'est-à-dire selon des lois phonétiques, et des règles syntaxiques, grammaticales,
morphologiques, etc.
Le signe selon Hjelmslev : Hjelmslev comme Saussure définit la langue comme un
98
système de signe. Pr : D. AHAJJI
Le signe est une fonction dont les deux termes sont le contenu et l’expression.
Chacun de ces deux termes a une forme et une substance.
Contenu
Signe
Expression
99
Pr : D. AHAJJI
Le métalangage c’est à Hjelmslev que l’on doit la
théorie du métalangage. Il s’agit d’un lexique qui permet de parler du
langage lui-même. Dans la phrase « Le cheval est un mammifère »,
cheval est le sujet de la phrase. La deuxième utilisation parle de la
première, ce qui permet de la qualifier d’un point de vue grammatical.
On se situe à un niveau de langage différent de celui qui parle du monde.
La grammaire générative est une théorie linguistique élaborée par Noam Chomsky entre
1950 et 1965. Critiquant le modèle distributionnel de la linguistique structurale qui décrit
seulement les phrases réalisées et ne peut expliquer un grand nombre de données
linguistiques (l’ambiguïté, les constituants discontinus), Chomsky définit une théorie
capable de rendre compte de la créativité du sujet parlant, sa capacité à émettre et à
comprendre des phrases inédites.
Il formule l’hypothèse que le langage repose sur des structures universelles innées qui rend
possible l’acquisition / apprentissage par l’enfant de systèmes particuliers qui sont les
langues.
Dans cette perspective, la grammaire est un mécanisme fini qui permet de générer
(engendrer) l’ensemble infini des phrases grammaticales d’une langue. Cette grammaire
est formée de règles qui définissent les suites de mots et de sons permis, elle constitue le
savoir linguistique des sujets parlant une langue, c’est-à-dire leur compétence, l’utilisation
particulière que chaque locuteur fait de la langue dans une situation particulière relève de
la performance.
101
Pr : D. AHAJJI
1. Les concepts de base de la grammaire générative :
A. Compétence / performance :
Chomsky substitue à la dichotomie saussurienne langue /parole les deux concepts de compétence /
performance.
La compétence du sujet parlant est le système intériorisé de règles qui lui donne la capacité de produire et de
comprendre des phrases nouvelles et qui lui permet d’émettre des jugements de grammaticalité et
d’acceptabilité à propos de phrases produites dans des mots de sa langue maternelle.
La compétence linguistique est commune à tous les locuteurs d'une même langue, et permet d'interpréter
les phrases dotées de sens, les phrases ambiguës, etc.
Elle permet en théorie à un locuteur de produire des phrases d'une longueur infinie, ce que ne permet
pas la performance linguistique en raison de notre limite mémorielle.
Pour Chomsky, la compétence est un héritage biologique, quelque chose d’inné par opposition à
quelque chose d’acquis.
De plus, la description de la compétence doit indiquer non pas simplement le système de règles
propres à chaque langue, mais les universaux du langage (les propriétés universelles communes à
toutes les langues).
102
Pr : D. AHAJJI
N. Chomsky distingue une compétence universelle et une compétence particulière. Il établit cette
distinction en observant l’accès de l’enfant au langage.
L’apprentissage de la langue par l’enfant n’est pas opéré par imitation de modèles linguistiques ou
répétitions. L’enfant est capable de percevoir les principes de la langue et de produire lui-même des
phrases nouvelles. Pour ainsi dire, l’enfant va construire « sa propre grammaire » qui va l’aider à
comprendre et à construire de nouveaux énoncés autres que ceux qu’il a déjà entendus.
L’homme possède, dès sa naissance, une structure mentale innée qui le prédispose au langage. Il
existe un système complexe de structures innées qui fait partie de l’équipement mental
intrinsèque de l’enfant et dont il se sert.
Toutes les langues, malgré leurs diversités et leurs différences, reposent sur un système de lois
communes, universelles, sous-jacentes aux grammaires particulières à chacune d’elles. Ces lois
universelles sont ce que Chomsky appelle les « universaux du langage ».
103
Pr : D. AHAJJI
Ainsi se trouve défini le concept de compétence universelle : elle est l’aptitude de
l’homme à saisir d’emblée les règles linguistiques fondamentales qui sous-tendent les
grammaires des diverses langues. Parmi ces règles fondamentales, on pourrait citer, par
exemple, la distinction entre le syntagme nominal et le syntagme verbal, la différence
entre le lexème et le morphème, le principe du phonème comme unité distinctive et le
fonctionnement de la double articulation.
La compétence particulière est le savoir linguistique qui concerne les lois particulières
caractérisant telle ou telle langue et par lesquelles elles se différencient. Ces lois
particulières ne peuvent être qu’apprises grâce à l’environnement linguistique.
La compétence universelle est innée alors que la compétence particulière est apprise. La
première est la condition de l’apprentissage de la seconde. La seconde est le lieu de
l’exercice de la première.
Les deux compétences sont intuitives : le sujet n’est pas nécessairement conscient des
règles universelles ou particulières qu’il met en œuvre lorsqu’il parle.
104
Pr : D. AHAJJI
La performance est la mise en application de cette compétence dans une situation de communication
concrète par un sujet parlant déterminé.
La performance est l’exercice concret dans des situations précises de la compétence. La performance devient
alors la mise en œuvre de la compétence. Elle est l’acte par lequel la compétence est effectivement exercée
dans une suite d’énoncés.
La structure profonde fait référence à l'organisation sous-jacente des phrases dans l'esprit d'un locuteur. Elle
représente les concepts et les relations sémantiques qui sont exprimés par une phrase donnée. La structure
profonde est souvent considérée comme universelle, car elle est censée refléter les aspects innés et universels
du langage humain.
La structure de surface se réfère à la forme linéaire ou à l'ordre des mots dans une phrase telle qu'elle est
prononcée ou écrite. La structure de surface est influencée par des facteurs tels que la syntaxe, la grammaire
et les contraintes linguistiques spécifiques à une langue donnée. Elle peut varier d'une langue à l'autre et
même au sein d'une même langue.
106
Pr : D. AHAJJI
Structure de surface
Filtres
Structure profonde
107
Pr : D. AHAJJI
2. Les composantes de la grammaire :
109
Pr : D. AHAJJI
• Les règles de transformation sont des opérations qui convertissent les structures
profondes en structures de surface. Les transformations comptent deux étapes :
110
Pr : D. AHAJJI
Projet de la grammaire générative et transformationnelle :
a. .
La grammaire générative et transformationnelle se propose d’étudier la compétence. Son
projet est de rendre explicite le savoir linguistique implicite du locuteur.
Pour Chomsky, en élaborant cette théorie, il s’agira plus d’édicter des règles et des normes
à respecter et à ne pas transgresser, mais de mettre au point les lois que le sujet parlant
applique intuitivement. La grammaire générative ne se présente donc pas comme une
grammaire normative. On ne prescrit plus des normes, mais on fait prendre conscience de
ce qui est mis en œuvre dans l’activité linguistique.
111
Pr : D. AHAJJI
b.
Une grammaire générative d’une langue donnée est toujours une construction
hypothétique perfectible : le théoricien, à partir de l’observation, projette des
hypothèses et ensuite entame des procédures de vérification de ces hypothèses.
C’est dans cette relation dialectique entre la projection des hypothèses et leur
vérification que se constitue et se perfectionne la grammaire.
Celui qui rend compte du plus grand nombre de phénomènes observés (critère
d’adéquation).
Elle est composée de quatre (4) séries de règles. Les deux premières constituent la
composante de base, les deux autres séries la composante transformationnelle.
1. Composante de base :
Les premières règles sont appelées règles de réécriture car il s’agit de réécrire un symbole
en d’autres symboles qui en constituent les branches. On part du symbole le plus abstrait ∑
(sigma désigne l’ensemble des règles de la grammaire non encore différenciées) jusqu’aux
symboles terminaux qui ne sont pas susceptibles de réécriture.
114
Pr : D. AHAJJI
Les règles qui constituent une grammaire générative sont de deux types :
115
Pr : D. AHAJJI
Soit par exemple, la phrase « le vent agite la mer ». L’application des règles syntagmatiques donne
d’abord l’indicateur syntagmatique suivant :
Règles syntagmatiques :
P SN + SPréd
SN Art + N
SPred SV + SN
SV V (Présent/Ind.)
SN Art + N
SN SPred
SV SN
Art N V Art N
117
Pr : D. AHAJJI
Principales règles de réécriture :
∑ MOD + P
interrogatif
impératif
P SN + SV + (SN prép.)
SV Aux + GV
Aux Tps + Pers. + No
GV copule + SN
SA
SN prép.
Adv.
V
V + SN
V + SN prép.
V + SN + SP
118
Pr : D. AHAJJI
SN prép. Prép. + SN.
SN No + GN
No sing.
Plur.
GN Dét. + N + (Adj.) + (C de N)
Aux : désigne les différents morphèmes du verbe : temps, personne, nombre.
GV (groupe verbal) se réalise de manières très diverses : le chien est un animal – est tout content – est
sur la table – marche – mange une poire – donne un livre à son camarade – court après le lièvre.
SN prép. (Syntagme nominal prépositionnel) s’insère dans la phrase à différents niveaux. Il fait partie
du groupe verbal : l’oiseau est sur la branche.
Il dépend immédiatement du symbole P dans l’énoncé suivant : Dès l’apparition du soleil, l’oiseau
quitte son arbre.
Les éléments mis entre crochets et disposés verticalement sont exclusifs les uns des autres. Par
exemple, si le constituant est énonciatif, il exclut les autres constituants interrogatif et impératif.
Les règles de réécriture présentées ci-dessus sont incomplètes car la question des phrases complexes
n’est pas abordée.
119
Pr : D. AHAJJI
b. Les règles lexicales et les règles de sous-catégorisation :
Cela suppose que l’on analyse en traits syntaxiques et sémantiques le lexique de telle sorte
que les insertions lexicales se fassent à bon escient. Les règles analysent le lexique en ses
différents traits sémantiques ou syntaxiques, c’est ce que l’on appelle les règles de sous-
catégorisation.
Exemple :
Les règles qui analysent le lexique en ses différents traits syntaxiques ou sémantiques sont
dites « règles de sous – catégorisation ».
Il va considérer :
a. Les phrases de base qui sont susceptibles de générer un nombre infini de phrases
grammaticalement correctes et également susceptibles de transformation.
b. Les phrases de surface, c’est- à –dire celles ayant subit une transformation.
Il s’agit d’une ambiguïté syntaxique qui réside dans le fait que les termes « porte » et « masque »
peuvent être caractérisés soit comme des verbes, soit comme des noms.
1. Si la forme « porte » est un nom, le syntagme « la vieille porte » est interprété comme sujet du
verbe « masquer », et le morphème « le » est pronom personnel, complément d’objet direct du
verbe « masquer ».
2. Si, par contre, la forme « porte » est un verbe, conjugué ici au présent de l’indicatif, alors le
syntagme « la vieille » est son sujet et le constituant « masque » son complément d’objet direct,
le morphème « le » est par conséquent article défini.
122
Pr : D. AHAJJI
Exercices d’application
Pr : D. AHAJJI 123
1. Réécrivez la phrase suivante en structure de base, puis appliquez les
règles syntagmatiques :
124
Pr : D. AHAJJI
3. Analysez les phrases suivantes selon les principes de la grammaire générative
transformationnelle (G.G.T) :
b. Dans le jardin public, les bancs sont occupés par des jeunes gens qui devisent
gravement.
125
Pr : D. AHAJJI