Rappels sur l'intégration de Lebesgue
Rappels sur l'intégration de Lebesgue
Rappels d’intégration
On commence par rappeler la définition et les propriétés de base des fonctions conti-
nues par morceaux.
Définition 1.1. Soient [a, b] un segment de R et f une fonction de [a, b] dans E. On
dit que f est continue par morceaux s’il existe n ∈ N∗ et x1 , . . . , xn ∈ [a, b] tels que
a = x0 < x1 < · · · < xn = b,
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et pour tout j ∈ J1, nK la restriction de f à ]xj−1 , xj [ est continue et admet des limites
finies en xj−1 et xj .
L’ensemble des fonctions continues par morceaux est stable par somme, produit et
multiplication par un scalaire. D’autre part, une fonction continue par morceaux sur un
segment est bornée.
On rappelle par ailleurs qu’une fonction continue sur un segment est uniformément
continue (théorème de Heine).
Quelle que soit la définition choisie, l’idée de l’intégrale de Riemann est d’approcher
une fonction par des fonctions en escalier (constantes par morceaux) de plus en plus
fines.
Définition 1.2. Soit [a, b] un segment de R. On appelle subdivision pointée σ de [a, b]
la donnée
— d’un entier n ∈ N∗ ,
— de x0 , . . . , xn ∈ [a, b] tels que a = x0 < x1 < · · · < xn = b,
— et de ξ1 ∈ [x0 , x1 ], ξ2 ∈ [x1 , x2 ], . . ., ξN ∈ [xn−1 , xN ].
En outre on dit que le pas de cette subdivision σ est inférieur ou égal à δ > 0 si
Cela revient à approcher f par la fonction qui vaut f (ξj ) sur ]xj−1 , xj [ pour tout j ∈
J1, nK.
Proposition 1.3. Soit f une fonction continue par morceaux de [a, b] dans E. Alors il
existe un unique élément I(f ) de E vérifiant la propriété suivante. Pour tout ε > 0 il
existe δ > 0 tel que pour toute subdivision pointée σ de [a, b] de pas inférieur ou égal à
δ on a
|Sσ (f ) − I(f )| 6 ε.
On note alors Z b
I(f ) = f (x) dx.
a
Typiquement, un choix naturel pour avoir une subdivision de plus en plus fine du
segment [a, b] est de choisir une subdivision uniforme. Étant donné N ∈ N∗ on pose,
pour tout j ∈ J0, nK
j
xj = a + (b − a).
n
Et des choix naturels pour choisir ξj dans [xj−1 , xj ] sont de prendre ξj = xj−1 ou ξj = xj .
On obtient alors, pour tout fonction f continue par morceaux sur [a, b] :
n−1 Z b
b−aX j
f a + (b − a) −−−−→ f (x) dx
n j=0 n n→+∞ a
ou
n Z b
b−aX j
f a + (b − a) −−−−→ f (x) dx.
n j=1 n n→+∞ a
et Z b Z b
(λf )(x) dx = λ f (x) dx.
a a
alors Z b Z b
f (x) dx 6 g(x) dx.
a a
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(bien définie sur [a, b[) admet une limite quand x tend vers b. Dans ce cas on note
Z b Z x
f (t) dt = lim f (t) dt.
a x→b a
Z +∞
1
Proposition 1.14 (Intégrales de Riemann). — L’intégrale généralisée dt est
1 tα
convergente si et seulement si
α > 1,
et dans ce cas on a Z +∞
1 1
α
dt = .
1 t α−1
Z 1
1
— L’intégrale généralisée dt est convergente si et seulement si
0 tα
α < 1,
et dans ce cas on a Z 1
1 1
α
dt = .
0 t 1−α
Proposition 1.15 (Comparaison d’intégrales généralisées). Soient a ∈ R et b ∈]a, +∞[∪{+∞}.
Soient f une fonction continue par morceaux de [a, b[ dans E et g une fonction continue
par morceaux de [a, b[ dans R+ . On suppose que pour tout x ∈ [a, b[ on a
|f (x)| 6 g(x).
Rb Rb
Alors si l’intégrale g(t) dt est convergente, l’intégrale a f (t) dt l’est également.
a
Rb Rb
On dit que l’intégrale a f (t) dt est absolument convergente si l’intégrale a |f (t)| dt
est convergente. La proposition précédente implique en particulier qu’une intégrale abso-
lument convergente est en particulier convergente. La réciproque est fausse, par exemple
l’intégrale Z +∞
cos(x)
dx
1 x
est convergente sans être absolument convergente.
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Cette dernière condition cache une subtilité importante et doit être précisée. On ne
peut pas demander que la mesure d’une union quelconque de parties de Rd soit la somme
des mesures des parties en question. Déjà, il faudrait être clair sur ce qu’est une somme
quelconque. Mais surtout, un singleton est une partie de mesure nulle et toute partie
de Rd est union de singletons deux à deux disjoints, donc toute partie de Rd serait de
mesure nulle.
On peut restreindre la condition aux unions finies. Cela fonctionne, mais cela ne
donne pas une définition suffisament souple (en gros, cela définit la mesure de Jordan,
qui correspond en fait à l’intégrale de Riemann).
Le bon compromis, qui typiquement donnera de bonnes propriétés vis-à-vis des pas-
sages à la limite, est d’imposer la troisième condition pour les unions dénombrables de
parties de Rd deux à deux disjointes. La sommes des mesures de ces parties n’est alors
rien d’autre qu’une série à termes positifs.
Une façon usuelle de construire la mesure de Lebesgue (disons sur R2 qui est le cas
le plus simple à visualiser) est d’approcher un ensemble par une l’union d’une suite de
petits rectangles et d’approcher la mesure de l’ensemble par la somme des aires des
rectangles. Plus précisément on définit
X
λ∗ (A) = inf Aire(Rn ),
n∈N
où (Rn )n∈N est une suite de rectangles recouvrant A, et l’infimum est pris sur l’ensemble
de ces suites.
Malheureusement l’application λ∗ ainsi définie ne convient pas, on peut avoir A∩B =
∅ et λ∗ (A) + λ∗ (B) > λ∗ (A t B). On restreint alors l’application λ∗ à certaines parties
de Rd seulement, qui constituent ce qu’on appelle la tribu de Lebesgue.
On retient donc qu’on n’est pas capable d’étendre de façon raisonnable la notion
d’aire ou de volume à toutes les parties de Rd . Mais l’ensemble des parties mesurables
est en fait tellement large qu’en pratique on ne rencontre jamais de partie de Rd qui ne
l’est pas.
1.4 Mesures
La surface ou le volume d’un ensemble n’est pas forcément une donnée pertinante
pour mesurer sa « taille ». Par exemple, si on veut comparer la taille des pays du monde,
on peut s’intéresser à leur surface (on n’est plus sur un plan, mais la notion de surface
s’étend aux parties de surfaces plus générales) mais aussi au nombre d’habitants, au PIB,
ou encore au nombre de victoires en coupe du monde. Certaines sont plus pertinantes que
d’autres, cela dépend du contexte. Cependant, beaucoup de propriétés sont communes
à toutes les façons de mesurer, ce qui explique l’introduction d’un cadre abstrait.
Définition 1.16. Soit X un ensemble. On appelle tribu sur X une famille M de parties
de X vérifiant les propriétés suivantes.
(i) X ∈ M.
(ii) Si A ∈ M alors X \ A ∈ M.
(iii) Si (An )n∈N est une suite d’éléments de M alors
[
An ∈ M.
n∈N
Les éléments de M sont appelés parties mesurables de X. On dit alors que (X, M) est
un espace mesurable.
Définition 1.17. Soit (X, M) un espace mesurable. On appelle mesure (positive) sur
(X, M) une application µ : M → [0, +∞] = [0, +∞[∪{+∞} vérifiant les propriétés
suivantes.
(i) µ(∅) = 0,
(ii) Si (An )n∈N est une suite d’éléments de M deux à deux disjoints alors on a
!
G X
µ An = µ(An ).
n∈N n∈N
Un exemple important de tribu non triviale est la tribu borélienne. Elle fait le lien
avec la topologie de l’ensemble considéré.
Définition 1.20. Soit X un espace topologique. On appelle tribu borélienne sur X la
plus petite tribu 1 contenant tous les ouverts de X. On la note B(X).
1. il est facile de vérifier que cela a un sens
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Sur R (muni de sa topologie usuelle), un critère utile en pratique est que la tribu
B(R) est la plus petite tribu contenant tous les intervalles de la forme ]a, +∞[ avec
a ∈ R. On a d’autres caractérisations de ce type sur R ou sur Rd , d > 2.
Théorème 1.21. Soit d ∈ N∗ . Soit µ une mesure sur (Rd , B(Rd )) invariante par trans-
lation et finie sur les bornés. Alors il existe une constante C > 0 telle que µ = Cλ.
d d
En particulier, la mesure Qd mesure sur (R , B(R )) telle que la
Qd de Lebesgue estd l’unique
mesure d’un pavé P = j=1 [bj − aj ] de R est j=1 (bj − aj ).
Pour finir on introduit la notion de propriété vraie presque partout. Une propriété
P(x) dépendant de x ∈ X est presque toujours vraie (ou vraie pour presque tout x ∈ X)
s’il existe une partie mesurable E ∈ M telle que µ(E) = 0 et P(x) est vraie pour tout
x ∈ X \ E.
Définition 1.22. Soient (X, M) et (Y, N ) deux espaces mesurables et f une fonction
de M dans N . On dit que f est mesurable si
∀B ∈ N , f −1 (B) ∈ M.
On commence par définir l’intégrale pour une classe de fonctions pour lesquelles la
définition est évidente. Le but sera ensuite d’approcher une fonction mesurable quel-
conque par ces fonctions simples (c’est le rôle des fonctions en escalier pour l’intégrale
de Riemann). Pour la suite on fixe un espace mesuré (X, M, µ).
La propriété suivante est d’abord vérifiée pour les fonctions étagées puis, vue la
définition, elle est alors vraie pour toute fonction à valeurs positives.
Proposition 1.25. Soient f, g : X → [0, +∞] mesurables et telles que f 6 g. Alors on
a Z Z
f dµ 6 g dµ.
X X
La linéarité de l’intégrale se montre également « à la main » pour les fonctions
étagées. Dans le cas général, on utilise le fait que toute fonction mesurable à valeurs
positives est limite simple d’une suite de fonctions étagées, et le théorème de convergence
monotone (énoncé ici dans le paragraphe suivant, mais qui peut être démontré à ce
stade).
Proposition 1.26. Soient f et g deux fonctions mesurables sur X et λ ∈ R. Alors on
a Z Z Z
(f + λg) dµ = f dµ + λ g dµ.
X X X
On peut maintenant définir les intégrales de fonctions de signe variable (dans ce cas
on ne peut plus inclure les intégrales infinies).
Définition 1.28. Soit f une fonction de X dans R. On dit que f est intégrable (sur X
par rapport à µ) si elle est mesurable et
Z
|f | dµ < +∞.
X
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Pour faire le lien avec l’intégrale de Riemann des fonctions continues par morceaux,
on note qu’une fonction continue par morceaux sur un segment est intégrable au sens de
Lebesgue (avec la mesure de Lebesgue !), et les deux définitions de l’intégrale coïncident.
Une fonction continue par morceaux sur un intervalle quelconque de R est intégrable
au sens de Lebesgue si et seulement si l’intégrale au sens de Riemann est absolument
convergente. La terminologie de l’intégrale de Lebesgue ne s’embarasse pas des intégrales
semi-convergentes. Mais, bien entendu, la limite
Z A
cos(x)
lim dx
A→+∞ 1 x
existe toujours, et sa valeur est la même, si l’intégrale sur [1, A] est comprise au sens de
Lebesgue.
Théorème 1.31 (Lemme de Fatou). Soit (fn )n∈N une suite de fonctions mesurables de
X dans [0, +∞]. Alors on a
Z Z
lim inf fn dµ 6 lim inf fn dµ.
X n→∞ n→∞ X
Ce dernier théorème est celui qui est le plus souvent utilisé. On note tout de même
que, contrairement au théorème de convergence monotone, le théorème de convergence
dominée ne permet jamais de conclure qu’une suite d’intégrales tend vers l’infini.
Définition 1.33. On dit que la suite (fn )n∈N converge simplement presque partout vers
f si fn (x) tend vers f (x) pour presque tout x ∈ X.
Après les suites définies par des intégrales, on s’intéresse aux fonctions définies par
une intégrale. Soit I un intervalle non trivial de R. On considère une fonction f : X ×I →
R (on peut aussi considérer f à valeurs dans C). Lorsqu’elle est bien définie, on s’intéresse
à la régularité de la fonction F : I → R définie par
Z
F (λ) = f (x, λ) dµ(x).
X
(iii) il existe g : X → R+ intégrable telle que pour tout λ ∈ I on a, pour µ-presque tout
x ∈ X,
|f (x, λ)| 6 g(x). (1.2)
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Pour tout s > 0 la fonction x 7→ xs−1 e−x est continue (et donc borélienne) et à valeurs
positives. Soient a, b > 0 tels que a < b. Pour x > 0 et s ∈ [a, b] on a
(
xa−1 e−x si x 6 1,
xs−1 e−x 6 g(x) =
xb−1 e−x si x > 1.
La fonction g est continue sur ]0, +∞[, on a g(x) ∼ xa−1 et, par croissance comparée,
x→0
x
g(x) = O (e− 2 ). La fonction g est donc intégrable sur ]0, +∞[. Par le théorème
x→+∞
de continuité sous l’intégrale, Γ est intégrable sur [a, b]. Ceci étant valable pour tout
segment de ]0, +∞[, on obtient que Γ est continue sur ]0, +∞[.
Pour x > 1 la fonction s 7→ xs−1 e−x est positive et croit vers +∞, donc par le
théorème de convergence monotone on a
Z +∞
Γ(s) > xs−1 e−x dx −−−−→ +∞.
1 s→+∞
De même, Z 1
Γ(s) > xs−1 e−x dx −−→ +∞
0 s→0
(si sn > 0 décroît vers 0 alors xsn −1 e−x croît vers +∞ pour tout x ∈]0, 1[).
Théorème 1.37 (Théorème de dérivation sous l’intégrale). On suppose que
(i) pour tout λ ∈ I la fonction x 7→ f (x, λ) est intégrable,
(ii) pour µ-presque tout x ∈ X la fonction λ 7→ f (x, λ) est dérivable,
(iii) il existe g : X → R+ intégrable telle que pour µ-presque tout x ∈ X on a
∂f
∀λ ∈ I, (x, λ) 6 g(x).
∂λ
∂ s−1 −x
x e = ln(x)xs−1 e−x 6 g(x),
∂s
où on a noté (
ln(x)xa−1 e−x si x ∈]0, 1],
g(x) =
ln(x)xb−1 e−x si x ∈ [1, +∞[.
Comme précédemment on obtient que g est intégrable sur ]0, +∞[. Par le théorème de
dérivation sous l’intégrale, on obtient que Γ est dérivable sur ]a, b[ et pour tout x ∈]a, b[
on a Z +∞
Γ0 (s) = ln(x)xs−1 e−x dx.
0
Ceci étant valable pour tous a, b > 0, cela prouve que γ est de classe C 1 sur ]0, +∞[ et
l’expression de Γ0 est bien valable sur ce domaine. On montre alors par récurrence que
Γ est en fait dérivable à tout ordre et les dérivées successives sont obtenues en dérivant
sous l’intégrale.
Tous ces résultats font intervenir deux variables qui jouent des rôles complètement
différents, attention à ne pas tout mélanger dans les hypothèses (d’autant qu’en général
X est R ou un intervalle de R, ce qui augmente les possibilités de confusion).
Il est important de se rappeller que la continuité et la dérivabilité sont des propriétés
locales. Il suffit donc de les vérifier au voisinage de chaque point. On note dans l’exemple
de la fonction Γ qu’on n’est pas capable de vérifier l’hypothèse de domination unifor-
mément pour tout s ∈]0, +∞[, mais qu’on travaille sur [a, b] pour n’importe quels a, b
tels que 0 < a < b < +∞. Cela suffit car tout point de ]0, +∞[ a un voisinage de cette
forme. Par contre on ne peut pas toucher au domaine d’intégration...
Avant d’énoncer des théorèmes généraux, il faut introduire les structures adéquates.
Si on veut ramener une intégrale sur X × Y à des intégrales simples sur X et Y , il
faut que la structure d’espace mesuré sur X × Y soit compatible avec celles sur X et
Y . Par exemple, la mesure de Lebesgue sur R2 est construite à partir des mesures des
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rectangles, celle sur R à partir des mesures des intervalles, et la mesure d’un rectangle
est exactement le produit des mesures de ses deux côtés (qui sont des intervalles de R).
C’est ce schéma que l’on reproduit dans le cas général.
Définition 1.39. Soient (X1 , M1 ) et (X2 , M2 ) deux espaces mesurables. On appelle
rectangle mesurable de X1 × X2 un ensemble de la forme A1 × A2 avec A1 ∈ M1 et
A2 ∈ M2 . On appelle tribu produit et on note M1 ⊗ M2 la plus petite tribu de X1 × X2
contenant les rectangles mesurables.
Proposition 1.40. On a B(R2 ) = B(R) ⊗ B(R). Plus généralement, on a B(Rn+m ) =
B(Rn ) ⊗ B(Rm ) pour tous n, m ∈ N∗ .
On note X = X1 × X2 et M = M1 ⊗ M2 . Pour A ⊂ X et x1 ∈ X1 on notera
A(x1 , ·) = {x2 ∈ X2 | (x1 , x2 ) ∈ A} ⊂ A2 .
Pour x2 ∈ X2 on notera également
A(·, x2 ) = {x1 ∈ X1 | (x1 , x2 ) ∈ A} ⊂ A1 .
Définition 1.41. On dit que l’espace mesuré (X, M, µ) est σ-fini si X est union dé-
nombrables de parties de mesures finies.
Ainsi la mesure de Lebesgue sur Rd n’est pas finie (λ(Rd ) = +∞) mais elle est σ-finie
(R est union des [−n, n]d qui sont tous de mesure finie).
d
Le résultat suivant officialise l’idée que la surface d’une partie de R2 doit être la
« somme continue » des longueurs des « tranches » horizontales ou verticales.
Théorème 1.42. On suppose que (X1 , M1 , µ1 ) et (X2 , M2 , µ2 ) sont σ-finis. Alors il
existe une unique mesure µ1 ⊗ µ2 sur (X, M) telle que
∀A1 ∈ M1 , ∀A2 ∈ M2 , (µ1 ⊗ µ2 )(A1 × A2 ) = µ1 (A1 )µ2 (A2 ). (1.3)
En outre pour A ∈ M les fonctions x1 7→ µ2 (A(x1 , ·)) et x2 7→ µ1 (A(·, x2 )) sont mesu-
rables (de X1 dans [0, +∞] et de X2 dans [0, +∞], respectivement) et on a
Z Z
(µ1 ⊗ µ2 )(A) = µ2 (A(x1 , ·)) dµ1 (x1 ) = µ1 (A(·, x2 )) dµ2 (x2 ). (1.4)
X1 X2
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(ii) Soit f : Y → R une fonction mesurable. Alors f est intégrable sur Y si et seulement
si (f ◦ ϕ) est intégrable sur X, et dans ce cas on a
Z Z
f dν = (f ◦ ϕ) dµ.
Y X
(ii) Soit f : V → R une fonction mesurable. Alors (f ◦ ϕ) |Jϕ| est une fonction me-
surable sur U . En outre f est intégrable sur V si et seulement si (f ◦ ϕ) |Jϕ| est
intégrable sur U et dans ce cas on a
Z Z
f (y) dλ(y) = f (ϕ(x)) |Jϕ(x)| dλ(x).
V U
JΦ(r, θ) = r.
JΦ(r, θ) = r2 cos(ϕ).
Pour p ∈ [1, +∞] on note Lp (X, M, µ) (ou Lp (X) s’il n’y a pas d’ambiguïté) l’ensemble
des fonctions mesurables f : X → C telles que
kf kp < +∞.
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L1 n’est rien d’autre que l’ensemble des fonctions intégrables, tandis que L∞ est
l’ensemble des fonctions essentiellement bornées (bornées si on oublie un ensemble de
mesure nulle). On définit maintenant les exposants conjugués, qui joueront un rôle im-
portant dans l’analyse des espaces de Lebesgue. On note que 1 et +∞ sont conjugués,
tandis que 2 est conjugué à lui-même.
Définition 1.54. Soient p, q ∈ [1, ∞]. On dit que p et q sont des exposants conjugués
si
1 1
+ =1
p q
(avec la convention 1/∞ = 0).
Théorème 1.55 (Inégalité de Hölder). Soient p, q ∈ [1, +∞] des exposants conjugés.
Alors pour f ∈ Lp (X, M, µ) et g ∈ Lq (X, M, µ) on a f g ∈ L1 (X, M, µ) et
kf gk1 6 kf kp kgkq .
kf + gkp 6 kf kp + kgkp .
Avec l’inégalité de Minkiwski, on obtient que Lp (X, M, µ) est un espace vectoriel sur
lequel l’application k·kp est une semi-norme. Mais pas une norme, puisqu’une fonction
f qui est non nulle mais presque partout nulle (ce qui est typiquement possible avec
la mesure de Lebesgue) est telle que f 6= 0 et kf kp = 0. Pour palier ce défaut, on va
considérer comme nulles les fonctions qui sont presque partout nulles. Pour cela, on
considère sur l’espace des fonctions mesurables de X dans R la relation d’équivalence R
définie par
f R g ⇐⇒ f (x) = g(x) pour presque tout x,
puis on note Lp (X, M, µ) l’espace obtenu en quotientant Lp (X, M, µ) par la relation
d’équivalence R.
Autrement dit, un élément de Lp est une classe d’équivalence d’éléments de Lp .
Quand on parle d’une « fonction » de Lp on parle en fait de n’importe quelle fonction
dans la même classe d’équivalence. En particulier, avec la mesure de Lebesgue, on ne
peut pas parler de la valeur en un point d’une fonction de Lp , puisqu’on ne change pas la
fonction en changeant la valeur en ce point (on reste dans la même classe d’équivalence).
En général on identifiera une fonction de Lp avec sa classe d’équivalence dans Lp , ce
qui peut être source de maux de tête tant qu’on n’en a pas l’habitude.
L’intérêt de travailler avec des classes d’équivalence de fonctions plutôt qu’avec les
fonctions elle-mêmes est d’avoir un espace vectoriel normé avec de bonnes propriétés.
On a dit que lorsqu’on parle d’une « fonction » f de L1 (R, B(R), λ), cela n’a pas
de sens de parler de la valeur de f en un point, puisque f représente toute une famille
de fonctions qui n’ont pas la même valeur en ce point. Par contre on peut parler de
l’intégrale de f sur R, puisque cette quantité est commune à toutes les fonctions que f
représente.
Théorème 1.58 (Inégalité de Hölder, le retour). Soient p, q ∈ [1, +∞] des exposants
conjugés. Alors pour f ∈ Lp (X, M, µ) et g ∈ Lq (X, M, µ) on a f g ∈ L1 (X, M, µ) et
kf gk1 6 kf kp kgkq .
Les éléments des espaces Lp sont compliqués. Les fonctions Lp sont déjà potentiel-
lement très désagréables, et on devra de plus gérer le passage au quotient identifiant
les fonctions égales presque partout. Mais tous ces efforts ne sont pas vains, puisqu’on
obtient au final des espaces de fonctions intégrables qui eux sont très agréables :
Proposition 1.60. Soit p ∈ [1, +∞[ et (fn )n∈N une suite de Cauchy dans Lp (X, M, µ).
Alors il existe une sous-suite (fnk )k∈N qui converge simplement presque partout.
Parmi tous les espaces Lp , le cas p = 2 jouera un rôle particulier, du fait que l’expo-
sant 2 est conjugué à lui-même.
On note qu’en général il n’y a pas d’inclusion entre les espaces de Lebesgue. Par
exemple, pour p, q ∈ [1, ∞] tels que p < q et q ∈]p, q[ on a
1
x− q 1[1,+∞[ ∈ Lq (R, B(R), λ) \ Lp (R, B(R), λ)
et 1
x− q 1]0,1] ∈ Lp (R, B(R), λ) \ Lq (R, B(R), λ).
Néanmoins, pour un espace de mesure fini on a les inclusions suivantes.
Proposition 1.62. On suppose que µ(X) < ∞. Alors pour tous p, q ∈ [1, +∞] tels que
p < q on a
Lq (X, M, µ) ⊂ Lp (X, M, µ),
et pour f ∈ Lq (X, M, µ) on a
1 1
kf kp 6 µ(X) p − q kf kq .
En particulier, sur un espace de mesure fini, les espaces Lp sont constitués de fonc-
tions intégrables. Sur Rd on n’a pas ce type de résultat, sauf si on se restreint à un
compact (qui est lui de mesure finie). Ainsi une fonction Lp est au moins localement
intégrable :
Définition 1.63. On note L1loc (R, B(R), λ) l’ensemble des fonctions mesurables f : R →
R telles que pour tout compact K de R on a f 1K ∈ L1 (R, B(R), λ).
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On note que sur N, muni de la mesure de comptage (ou sur tout espace mesuré tel
que tout ensemble est soit de mesure nulle soit de mesure plus grande qu’un certain
ν > 0), on a des inclusions inverses entre les espaces de Lebesgue par rapport à la
proposition précédente.
Pour p ∈ [1, ∞] on note lp (N) l’espace Lp (N, P(N), µ), où µ est la mesure de comptage
sur N. Pour a = (an )n∈N on a alors
∞
! p1
X
kakp = |an |p , pour p ∈ [1, +∞[,
n=0
et
kak∞ = sup |an | .
n∈N