Actual Antimicrobial Chemotherapy Prescription in Infant
Actual Antimicrobial Chemotherapy Prescription in Infant
Résumé
L’antibiothérapie chez l’enfant s’inscrit dans un contexte qui conduit à évaluer : 1) les critères de définition et de
diagnostic (le plus souvent cliniques) précis des pathologies infectieuses concernées ; 2) la justification de ce
traitement ; 3) la confirmation d’une étiologie infectieuse bactérienne (démarche actuellement facilitée dans certaines
circonstances par le recours devenu possible à des tests de diagnostic rapide) ; 4) un rationnel de choix antibiotique
validé ; 5) des modalités de prescriptions « encadrées » par des instances officielles (recommandations Afssaps).
© 2007 Publié par Elsevier Masson SAS.
Abstract
Antimicrobial chemotherapy prescription should take into account the following items: 1) accurate diagnosis
(most often clinical) and definition criteria of infectious diseases; 2) treatment justification; 3) confirmation of a
bacterial etiology (now facilitated in some clinical situations by broadly available easy-to-use rapid diagnosis tests);
4 evidence-based antimicrobial choices; 5) modalities of prescriptions guided by official authorities (guidelines from
French agency of medicinal products).
© 2007 Publié par Elsevier Masson SAS.
Mots clés : Antibiothérapie de l’enfant ; Pathologie respiratoire ; Pathologies digestives et urinaires ; Pathologies cutanées
etostéoarticulaires ; Rationnel et recommandations
Keywords: Antimicrobial chemotherapy in children; Respiratory diseases; Digestive and urinary tract infections; Skin bone and
jointinfections; Evidence based choices and guidelines
cefpodoxime proxétil : cinq jours) assurant une meilleure compte de la prévalence de la résistance vis-à-vis de cette
observance. Leur indication doit être limitée aux seuls classe d’antibiotiques. Le traitement antibiotique sera
enfants ayant une allergie aux pénicillines sans contre- alors entrepris dès la réalisation du prélèvement, rééva-
indications aux céphalosporines ; lué et éventuellement adapté après réception des résul-
• les macrolides ne doivent plus actuellement être réservés tats de l’antibiogramme [5]. Les macrolides susceptibles
qu’aux enfants ayant une contre-indication aux bêtalacta- d’être utilisés sont alors : l’azithromycine (trois jours), la
mines après qu’ait été réalisé un prélèvement bactériolo- clarithromycine (cinq jours), la josamycine (cinq jours),
gique (pour culture et antibiogramme) afin de tenir voire après l’âge de six ans, mais sans preuve clinique
démontrée, la pristinamycine (au moins huit jours) et
Tableau 2
Traitements antibiotiques courts recommandés pour les angines de l’enfant après l’âge de 12 ans, la télithromycine (six jours).
(Streptocoque bêtahémolytique du groupe A) Dans tous les cas, ne sont actuellement pas ou plus
Principes actifs Durée Posologie
recommandés la pénicilline V, les céphalosporines de pre-
de traitement mière génération (C1G), l’amoxicilline–acide clavulanique, le
Bêtalactamines cefixime ou certains macrolides (érythromycine, roxithro-
Amoxicilline 6 jours > 30 mois : 50 mg/kg/j mycine, spiramycine).
en 2 prises La persistance des symptômes évocateurs d’angine au-
Céphalosporines delà de deux ou trois jours après le début du traitement doit
de 2e génération : 4 jours 30 mg/kg/j en 2 prises
conduire à un réexamen clinique de l’enfant.
cefuroxime axétil (< 500 mg/j)
de 3e génération : 5 jours 8 mg/kg/j en 2 prises
L’intérêt des antibiotiques administrés par voie locale
cefpodoxime– n’est pas démontré. Ceux-ci ne sont donc plus recomman-
proxétil dés.
Streptogramines (synergistines)
Pristinamycine > 8 jours > 6 ans : 50 mg/kg/j en
2 prises
4. PATHOLOGIES PLUS RARES DES VOIES
Si macrolides (indications restreintes : allergies)
AÉRIENNES SUPÉRIEURES
Azythromycine 3 jours > 3 ans : 20 mg/kg/j en
1 prise unique journa-
lière (< 500 mg/j) 4.1. Sinusite maxillaire aiguë [5]
Clarithromycine 5 jours 15 mg/kg/j en 2 prises
(< 500 mg/j) Elle ne s’observe qu’après l’âge de trois ans et est très
Josamycine 5 jours 50 mg/kg/j en 2 prises rarement sévère avec hyperthermie, céphalées, rhinorrhée
Référence Afssaps octobre 2005 [5]. purulente, voire œdème périorbitaire.
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L’antibiothérapie rationnelle est adaptée à l’épidémiolo- contexte infectieux (fébricule à 38 °C) et épidémique. L’ori-
gie : H. influenzae, pneumocoque ou B. catharralis. gine virale habituelle (VRS) rend inutile toute prescription
L’amoxicilline–acide clavulanique (en trois prises) ou le initiale d’antibiotiques.
cefpodoxime proxétil (en deux prises) sont les antibiotiques Les seules indications de l’antibiothérapie sont :
de premier recours. La pristinamycine peut être prescrite en • la durée anormale de la symptomatologie infectieuse
cas de contre-indications aux bêtalactamines, mais unique- (fièvre supérieure ou égale à 38,5 °C durant plus de trois
ment au-delà de l’âge de six ans. La durée de traitement est jours) ;
de sept à dix jours. • l’association d’une otite moyenne aiguë purulente ;
Les macrolides, les céphalosporines de première généra- • la coexistence d’une pneumonie ou d’une atélectasie
tion et le cotrimoxazole ne sont, compte tenu de l’épidé- confirmée par la radiographie du thorax.
miologie bactérienne actuelle, pas recommandés. La prescription antibiotique doit alors être adaptée aux
bactéries de surinfection de portage des voies aériennes
4.2. Éthmoïdite purulente aiguë [5] supérieures (H. influenzae, S. pneumoniae, B. catarrhalis) et à
leurs niveaux de résistance aux bêtalactamines.
Le diagnostic est suspecté devant une fièvre associée à un L’association amoxicilline–acide clavulanique, le céfu-
œdème palpébral supéro-interne douloureux. Les germes roxime axétil et le cefpodoxime proxétil sont, comme dans
habituellement responsables sont H. influenzae b et Staphy- les otites moyennes aiguës (même épidémiologie), par voie
lococcus aureus et/ou parfois les anaérobies. orale, les antibiotiques les mieux adaptés [10].
La sévérité du tableau clinique et de ses risques (diffusion
5.3. Pneumonies aiguës communautaires (acquises
systémique) justifie d’une antibiothérapie parentérale hospi-
hors du milieu hospitalier)
talière par céfotaxime ou ceftriaxone associée à la vancomy-
cine pendant les cinq à sept premiers jours. Les pneumonies sont liées à une atteinte infectieuse du
Le relais antibiotique est habituellement assuré par parenchyme pulmonaire.
l’amoxicilline–acide clavulanique par voie orale, pendant huit Le diagnostic suspecté sur l’association d’une fièvre éle-
à dix jours. vée, d’une tachypnée (avec ou sans signes de lutte), d’une
toux parfois retardée et de signes auscultatoires pulmonai-
res (crépitants, sous-crépitants) sera confirmé par l’examen
5. PATHOLOGIES DES INFECTIONS DES VOIES radiographique thoracique de face (image typique d’opacités
RESPIRATOIRES BASSES COMMUNAUTAIRES parenchymateuses alvéolaires systématisées).
DE L’ENFANT L’orientation probabiliste étiologique clinique, radiologi-
que, hématologique et biologique vers l’agent infectieux
Les infections des voies respiratoires basses sont évo- présumé responsable est le plus souvent mise en défaut et la
quées chez l’enfant devant la coexistence d’une fièvre, d’une confirmation bactériologique (hémocultures) limitée contri-
toux et de signes fonctionnels respiratoires (polypnée, si- bue aux difficultés d’établir des études épidémiologiques de
gnes de lutte selon les cas), et en cas de sévérité, de référence [10,11].
difficultés à la prise des biberons chez le nourrisson. La justification de l’antibiothérapie est liée aux risques de
Trois tableaux doivent être autonomisés. complications locales (extension de la pneumonie, épanche-
ment pleural) ou générales (diffusion systémique) avec haut
5.1. Bronchites aiguës risque de mortalité, notamment dans les pays en voie de
développement, chez les enfants âgés de moins de trois ans.
Elles sont liées à une inflammation de l’arbre bronchique, Le rationnel épidémiologique doit être évalué selon l’âge
d’origine virale dans la quasi-totalité des cas et d’évolution (avant trois ans : virus et pneumocoque ; après l’âge trois
spontanément favorable. La survenue de secrétions muco- ans : pneumocoque et Mycoplasma pneumoniae).
purulentes n’est pas synonyme de surinfection bactérienne. Le pneumocoque a, en France, dans près de 50 % des cas,
L’antibiothérapie n’est indiquée qu’en cas de fièvre supé- une sensibilité diminuée à la pénicilline et une résistance
rieure à 38,5 °C durant plus de trois jours et/ou de signes élevée aux macrolides [12].
cliniques ou radiologiques associés, évoquant une atteinte M. pneumoniae a une résistance naturelle aux bêtalacta-
alvéolaire [10]. mines liée à l’absence de paroi bactérienne.
Ainsi, en l’absence de confirmation bactériologique (sen-
5.2. Bronchiolites aiguës sibilité faible des hémocultures pour le pneumocoque : 3 à
10 %), aucune antibiothérapie ne peut prétendre à une
Elles sont liées à une obstruction aiguë à la fois endolumi- efficacité bactériologique totale [5]. Dans tous les cas, le
nale (œdème et hypersécrétion muqueuse) et murale (in- pneumocoque est, du fait de sa létalité potentielle, le germe
flammation pariétale) d’origine virale. le plus redouté qui guide l’antibiothérapie initiale.
Le diagnostic est clinique (polypnée avec freinage expira- Les modalités de prescription doivent être évaluées selon
toire et râles sibilants) survenant chez les nourrissons en le contexte clinique (Fig. 2).
A. Bourrillon et al. / Archives de pédiatrie 14 (2007) 932–942 937
Fig. 2. Schéma thérapeutique devant une pneumonie communautaire chez un enfant sans facteur de risque [10].
• en l’absence de signes de sévérité, l’éventualité d’une Les diarrhées à Campylobacter jejuni ne relèvent d’un
infection à mycoplasmes justifie au terme de 48 à 72 heu- traitement antibiotique que dans les seules formes prolon-
res une substitution de l’amoxicilline par un macrolide ; gées au-delà de huit jours ou récidivantes ou chez les enfants
• en cas de permanence d’un processus infectieux et d’une en collectivité avec diarrhées fébriles. Le traitement antibio-
évolutivité des images radiologiques sous traitement anti- tique repose alors sur les macrolides.
pneumococcique initial bien conduit, l’éventualité d’infec- Les diarrhées à E. coli entérohémorragiques (ex. E. coli
tions bactériennes beaucoup plus rares mais sévères O157H7) ne justifient pas d’une antibiothérapie qui pourrait
(S. aureus ou Streptococcus pyogenès [SGA]) conduirait à accroître le risque de développer un SHU (syndrome hémo-
une réévaluation de l’antibiothérapie avec association à lytique et urémique) par une production accrue de shiga-
une C3G injectable et selon le germe redouté de vanco- toxines. Il en est de même pour les rares diarrhées à
mycine (S. aureus) ou de rifampicine ou clindamycine Shigella dysenteriae de type 1.
(streptocoque du groupe A). Les antiseptiques intestinaux n’ont aucune place dans le
traitement des diarrhées aiguës de l’enfant.
5.4. Diarrhées bactériennes
conduisant en cas de positivité de l’un ou de l’autre des enfants suspects d’infection systémique sévère ou d’uropa-
paramètres à la réalisation d’un ECBU avec culture et anti- thie grave. Les autres enfants peuvent être traités en ambu-
biogramme. latoire.
À l’inverse, leur valeur prédictive négative est excellente L’ECBU de contrôle est inutile 48 heures après le début
(95 % avant deux ans ; 100 % au-delà) rendant inutile la du traitement comme à l’arrêt de celui-ci. Il reste indiqué en
culture d’un échantillon urinaire lorsque ces deux tests sont cas d’évolution clinique non satisfaisante (persistance de la
négatifs. fièvre ou de signes fonctionnels urinaires) ou si la bactérie
La justification de l’antibiothérapie précoce est d’éviter la isolée est résistante au traitement initial.
diffusion bactérienne systémique (20 à 30 % au-dessous de Dans tous les cas, une surveillance étroite s’impose pour
l’âge de trois mois), la constitution d’abcès rénaux et surtout vérifier la bonne évolution clinique (notamment la dispari-
la survenue de cicatrices rénales définitives à risque poten- tion de la fièvre dans les 48 heures) et pour adapter s’il y a
tiel d’hypertension artérielle et d’insuffisance rénale chroni- lieu le traitement antibiotique selon les données de l’antibio-
que à l’âge adulte. gramme.
Le choix de l’antibiothérapie est guidé par l’épidémiologie Le traitement antimicrobien prophylactique des réinfec-
microbiologique : E. coli est le germe le plus fréquemment tions urinaires est généralement indiqué s’il y a des facteurs
identifié. Il est à haut niveau de résistance pour l’amoxicilline de risque de diffusion dans le parenchyme rénal (malforma-
(60 %), l’amoxicilline + acide clavulanique (45 %) ou le tion obstructive du haut appareil urinaire ; reflux vésico-
triméthroprime + sulfaméthoxazole (40 %). Proteus mirabilis urétéral). Dans ces cas, le céfaclor (Alfatil® : 3 à 5 mg/kg par
est le second germe responsable des pyélonéphrites aiguës jour en une prise) est habituellement prescrit au-dessous de
(5 à 10 %). Il est AmpiS dans 75 % des cas. Klebsiella pneumo- l’âge de six semaines. Au-delà de cet âge, la prescription
niae (100 % AmpiR) est plus rarement en cause [19]. préventive habituelle repose sur le sulfaméthatoxazole–tri-
métroprime (Bactrim® : 5 à 10 mg/kg par jour de SMZ en
6.1. Modalités de prescription une prise quotidienne) ou nitrofurantoïne (1 à 2 mg/kg par
jour en une prise vespérale).
6.1.1. Pyélonéphrites aiguës [20,21]
Il convient de recourir à des antimicrobiens bien tolérés, 6.1.2. Infections urinaires basses (cystites aiguës)
peu toxiques diffusant bien dans les urines et dans le sang (si [20,22]
bactériémie) et le parenchyme rénal (pour limiter le risque E. coli est l’agent pathogène le plus fréquent.
de cicatrices rénales). Ce risque est d’autant plus réduit que L’objectif de l’antibiothérapie est de permettre une stéri-
le traitement antibiotique a été administré précocement lisation rapide des urines. Celle-ci doit avoir une bonne
(délai inférieur à quatre jours par rapport au début des élimination urinaire et être adaptée à la sensibilité du germe
signes cliniques). en cause.
Les antibiotiques de recours sont avant tout, compte tenu Il est recommandé d’utiliser le cotrimoxazole (30 mg/kg
de l’épidémiologie bactérienne actuelle, les céphalosporines par jour de sulfaméthoxazole et 6 mg/kg par jour de trimé-
de troisième génération injectables : ceftriaxone ou céfo- thoprime) en deux prises quotidiennes (contre-indiqué
taxime. avant l’âge d’un mois) ou le céfixime 8 mg/kg par jour en
Le céfixime n’est pas prescrit en première intention car il deux prise quotidiennes (indication AMM à partir de trois
a une sensibilité inférieure à celles des C3G injectables et n’a ans), notamment en cas de résistance, d’intolérance ou de
pas d’AMM dans le traitement de première intention des contre-indication au cotrimoxazole.
pyélonéphrites.
Les aminosides (gentamycine), traitement de référence 6.1.3. Méningites bactériennes communautaires
dans de nombreux pays, ont une sensibilité voisine des C3G [23]
avec un rapport PK/PD favorable. Les méningites bactériennes communautaires sont défi-
Ainsi la stratégie thérapeutique doit conduire à prescrire nies par l’envahissement du liquide céphalorachidien (LCR)
en première intention, la ceftriaxone (50 mg/kg) en une par une bactérie qui s’y développe. Le diagnostic est facile
injection par jour pendant deux à quatre jours suivie d’une chez le grand enfant devant la coexistence d’un syndrome
antibiothérapie orale (cotrimoxazole ou céfixime) après infectieux et de signes méningés francs (céphalées, vomisse-
confirmation de la sensibilité de la bactérie. La durée totale ments, raideur de la nuque, signe de Kernig) [24].
du traitement est de 10 à 14 jours. Le diagnostic est le plus difficile chez le nourrisson habi-
Les aminosides peuvent être proposés en association tuellement grognon, geignard, somnolent ou ayant eu une
dans les pyélonéphrites sévères (nouveau-né et nourrisson convulsion fébrile. La tension de la fontanelle, une hypo- ou
âgés de moins de trois mois ; uropathie malformative hypertonie, des signes neurologiques de localisation de sur-
connue ; forme septicémique) et pour une durée limitée (un venue brutale ou rapide en contexte fébrile sont très évoca-
à quatre jours). teurs du diagnostic.
L’hospitalisation initiale est recommandée chez le Celui-ci sera confirmé par l’examen du LCR : nombre de
nouveau-né et le nourrisson de moins de trois mois, les cellules supérieur à 5/mm3 avec prédominance de polynu-
940 A. Bourrillon et al. / Archives de pédiatrie 14 (2007) 932–942
cléaires, protéinorachie élevée (supérieure à 0,45 g/l), rap- n’est justifié de façon systématique (48 heures après le début
port glucose/LCR dans le sang inférieur à 0,40. L’identifica- du traitement) qu’au cours des seules méningites à pneumo-
tion du germe précise l’origine bactérienne de la méningite coque ou en l’absence de signes d’amélioration clinique quel
purulente : cocci Gram+ : pneumocoque ; diplocoques que soit le germe (permanence de la fièvre ou de signes
Gram– : méningocoque ; exceptionnellement bacille neurologiques).
Gram– : H. influenzae (le plus souvent de sérotype b) chez La prévention immédiate réservée aux contacts proches
les enfants non vaccinés. des sujets atteints de méningites à méningocoque repose sur
L’antibiothérapie doit être débutée dans tous les cas de la rifampicine (20 mg/kg par jour en deux prises) pendant
méningite purulente avant même l’identification du germe. deux jours chez le nourrisson et l’enfant pour le méningo-
Elle est justifiée par la sévérité de cette pathologie infec- coque ; 20 mg/kg par jour en une prise pendant quatre jours
tieuse notamment chez le nourrisson (10 % de décès et 30 % si H. influenzae b.
de séquelles si méningite à pneumocoque qui est la première À cette antibioprophylaxie s’associe, en cas de méningite
cause de surdité acquise chez l’enfant, retards de dévelop- à sérogroupe C, A, W135 ou Y, une vaccination de l’entou-
pement psychomoteur) [25]. rage.
Le rationnel du choix de l’antibiothérapie est lié aux
données épidémiologiques actualisées : 7. INFECTIONS CUTANÉES
• Streptococcus pneumoniae (pneumocoque) prédominant
entre l’âge de deux mois et celui d’un an (60 %) avec 50 % L’impétigo est la plus fréquente et la plus superficielle des
d’entre eux de sensibilité diminuée à la pénicilline en pyodermites. Il survient le plus souvent sur des lésions
2003 ; cutanées préexistantes. Deux germes sont habituellement
• Neisseria meningitidis (méningocoque) prédominant au- responsables : avant tout, le streptocoque du groupe A,
delà de cet âge (60 %) avec 28 % de sensibilité diminuée à parfois S. aureus.
la pénicilline en 1998 ; Le diagnostic est avant tout clinique devant une bulle au
• H. influenzae b devenu exceptionnel depuis la généralisa- contenu devenant rapidement purulent, puis se couvrant
tion de la vaccination contre cette bactérie (40 % ampi- d’une croûte jaunâtre se détachant en quelques jours pour
cilline R). laisser place à une surface érythémateuse.
Le choix de l’antibiotique est orienté avec l’objectif pre- L’absence de risques de diffusion systémique dans les
mier de permettre une bactéricidie rapide dans le LCR [26]. formes peu sévères (lésions cutanées inférieures à 20 % de la
Cet objectif est assuré par la prescription d’une céphalospo- surface corporelle, nombre de sites lésionnels actifs infé-
rine de troisième génération injectable (céfotaxime ou cef- rieur à cinq, absence d’extension rapide) conduit à un trai-
triaxone) en monothérapie pour les méningites à méningo- tement symptomatique local. La place des antibiotiques
coque [27], le pneumocoque sensible à la pénicilline et locaux (mupirocine) [deux fois par jour pendant une durée
H. influenzae b. de cinq à dix jours] est discutée [28]. L’acide fucidique
Lorsque le germe a été identifié à l’examen direct ou (Fucidine®) est moins active in vitro sur le streptocoque A.
suspecté sur la positivité des résultats des antigènes solu- L’antibiothérapie par voie générale ne se justifierait qu’en
bles, l’antibiothérapie peut être immédiatement adaptée : cas de lésions cutanées étendues (supérieure à 5 % de la
• méningocoque : céfotaxime 200 mg/kg par 24 heures en surface corporelle, plus de cinq sites lésionnels actifs, exten-
quatre perfusions ou ceftriaxone 100 mg/kg par jour en sion rapide). L’amoxicilline + acide clavulanique (qui n’a pas
une ou deux injections intraveineuses lentes ; l’AMM dans cette indication) ou la pristinamycine (après
• H. influenzae b (enfants non vaccinés) : céfotaxime l’âge de six ans) sont alors les antibiotiques de choix. Les
200 mg/kg par jour en quatre perfusions ou ceftriaxone macrolides du fait des résistances acquises du streptocoque
100 mg/kg par jour en deux injections IV lentes ; du groupe A à cette classe d’antibiotiques ne doivent plus
• S. pneumoniae (pneumocoque) ou en cas d’absence de être utilisés en première ligne [10].
germe au Gram chez un nourrisson : céfotaxime L’érysipèle est une dermohypodermite aiguë (non nécro-
(300 mg/kg par jour en quatre perfusions) ou ceftriaxone sante) d’origine reliée habituellement au streptocoque SGA.
100 mg/kg par jour en une ou deux injections intraveineu- Le diagnostic typique est porté en contexte fébrile devant un
ses lentes associées à la vancomycine 60 mg/kg par jour placard inflammatoire, à bords nets et douloureux, souvent
en quatre injections IV lentes d’une heure [27]. localisé aux membres inférieurs.
L’antibiothérapie sera ultérieurement réduite en une mo- Le traitement est le plus généralement débuté par voie
nothérapie par céfotaxime (200 mg/kg par jour) ou cef- parentérale, les bêtalactamines demeurant le traitement de
triaxone (75 à 100 mg/kg par jour) si la CMI du pneumoco- référence avant relais par voie orale (amoxicilline pendant 10
que au céfotaxime est inférieure à 0,5 mg/l (E-test). à 20 jours ou pristinamycine en cas d’allergie).
La durée totale du traitement antibiotique est de cinq à Les fasciites nécrosantes également reliées en premier
sept jours pour les méningites à méningocoque ; sept jours lieu au streptocoque A associent, à un degré de sévérité
pour les méningites à H. influenzae b ; au moins dix jours locale (placards confluents, pustules), une nécrose rapide-
pour les méningites à pneumocoque. Le contrôle du LCR ment extensive, dans un contexte septique sévère.
A. Bourrillon et al. / Archives de pédiatrie 14 (2007) 932–942 941
Le traitement de ces infections invasives à streptocoque par un traitement administré par voie orale.
A (S. pyogenes) repose sur une antibiothérapie de type L’amoxicilline + acide clavulanique a les meilleurs critères
bêtalactamines (à l’exclusion des pénicillines M) + clindamy- PK/PD vis-à-vis de S. aureus méthi-S. et K. kingae.
cine (si souche sensible à l’érythromycine) ou bêtalactami- Les paramètres pharmacocinétiques de la pristinamycine
nes + rifampicine parfois associés au métrodinazole (Flagyl®) (prescrite à la dose de 50 mg/kg par jour) doivent être
si les anaérobies sont redoutés. précisés. Elle est alors prescrite en association avec la rifam-
picine dont les paramètres PK/PD sont excellents en cas de
S. aureus méthi-R [30].
8. INFECTIONS OSTÉOARTICULAIRES [29] La durée totale du traitement antibiotique est d’environ
six semaines pour les arthrites et de deux mois pour les
Elles sont consécutives à une atteinte bactérienne héma- ostéomyélites.
togène de l’os et/ou de la synoviale. Les bactéries les plus
fréquemment impliquées sont variables selon l’âge.
Le S. aureus est la forme la plus habituellement identifiée 9. CONCLUSION
dans les arthrites septiques comme dans les ostéomyélites ;
plus rarement, S. pyogenes, S. pneumoniae, voire Salmonella Nous avons rapporté les données actuelles des indica-
spt. (enfants drépanocytaires). tions et stratégies antibiotiques au cours des principales
La place de Kingella kingae est en voie d’identification infections bactériennes de l’enfant, en les appuyant sur les
croissante chez des enfants de moins de trois ans. recommandations déterminantes de l’Afssaps, mais toujours
Le diagnostic d’ostéomyélite est clinique et évoqué de- légitimement évolutives compte tenu des modifications épi-
vant l’association d’un syndrome infectieux franc et d’une démiologiques bactériennes souvent très actives.
douleur intense localisée, d’une impotence fonctionnelle et Réduire les résistances bactériennes par un changement
des signes inflammatoires locaux à localisation préférentielle des pratiques est un enjeu prioritaire de santé publique mais
au niveau de l’extrémité inférieure du fémur ou supérieure dont les résultats peuvent ne pas être assurés (du fait des
du tibia. mécanismes génétiques impliqués dans l’adaptation des bac-
Des signes inflammatoires locaux, une limitation de la téries à l’environnement). Cet objectif peut cependant lais-
mobilité articulaire et l’identification d’un épanchement ser entrevoir de façon conjointe, avec des stratégies vacci-
intra-articulaire évoquent l’arthrite septique. nales nouvelles (notamment antipneumococciques) des
La stratégie d’ordonnance d’imagerie (radiographie os- perspectives thérapeutiques modifiées laissant espérer la
seuse), échographie si suspicion d’épanchement, scintigra- permanence de stratégies antibiotiques efficaces reliées à
phie osseuse, scanner ou IRM, est à évaluer de manière des pathologies infectieuses bien ciblées.
séquentielle et selon les cas. Le syndrome inflammatoire (VS,
CRP) est généralement franc.
L’identification du germe peut se faire par hémoculture RÉFÉRENCES
ou par ponction intra-articulaire (ostéoarthrite), voire ponc-
tion osseuse métaphysaire. La PCR ARN 16 S est, si néces- [1] Bourrillon A. Infections des voies respiratoires. In: Begue P, Astruc J,
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