Les Anciens Et Nouveaux Ksour: Etude Comparative. Cas Du M'Zab
Les Anciens Et Nouveaux Ksour: Etude Comparative. Cas Du M'Zab
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RÉSUMÉ
En dépit des conditions contraignantes du site d’implantation, les mozabites ont toujours implanté leurs établissements
humains selon leurs références culturelles, à partir d’éléments dominants et ordonnateurs, et le milieu naturel dans lequel ils
vivent. Tout le long de leur histoire, les établissements humains du M’zab ont toujours préservé leur identité incarnée dans
leur typologie, le climat, le site et leurs réalités sociales. Même les ksour nouvellement édifiés font perdurer la tradition
millénaire sans pour autant renier les exigences de la vie contemporaine. Le langage architectural, qui sous-tend cette
production, n’a pas connu de profonds bouleversements. Les mozabites ont tiré avantage de leur patrimoine. La tradition
ancestrale, qui a jadis présidé à la constitution d’un domaine bâti très particulier, demeurerait puissante.
L’article annonce une réflexion sur les nouveaux ksour dans un contexte physiquement contraint où la tradition séculaire, qui a
jadis présidé à la constitution d’un domaine bâti très particulier, demeurerait puissante. En effet, la production locale de
l’espace, après avoir connu le discrédit, a repris spectaculairement vigueur depuis une décennie. Le travail consiste à faire une
étude comparative entre les caractéristiques urbaines et architecturales qui sous-tendent la mise en œuvre des nouveaux
quartiers et celles des anciens noyaux.
ABSTRACT
In spite of the constraining conditions of the site, the mozabites always established their human settlements according to their
cultural references, starting from dominant and directing elements, and the natural environment in which they live. All along
their history, the human settlements of the Mzab always preserved their identity incarnated in their typology, the climate, the
site and their social realities. Even the lately built ksour combine the thousand-year-old tradition with the requirements of the
contemporary life. The architectural language, which underlies this production, did not know deep upheavals. The mozabites
drew favors of their heritage. The ancestral tradition, which formerly governed the constitution of a very particular built field,
would remain powerful.
The article announces a thought on new ksour in a physically constrained context where the secular tradition, which formerly
governed the constitution of a very particular built field, would remain powerful. Indeed, the local production of space, after
having known discredit, has spectacularly taken again strength for one decade. Work consists in making a comparative study
between the urban and architectural characteristics which underlie the implementation of the new districts and those of the old
cores.
à l'origine de la formation de la communauté mozabite et de d’un ensemble d’entités sociales et spatiales homogènes
la création de ses villes. Elle a façonné, son mode de vie, habitées majoritairement par les Mozabites, était autarcique
son mode de pensée, son idéal social, culturel et politique. et autonome où son économie était principalement basées
[Les Mozabites, connus aussi comme Ibadites, font partie sur l’agriculture et les échanges commerciaux. Aujourd’hui,
du groupe ethnique berbère Zenata. Ils ont occupé la région malgré l’uniformisation liée aux logiques économiques, la
du M’zab depuis le XIe siècle suite à la destruction de leur standardisation des modes de vie et des formes d’habitat, la
ville natale Sédrata. Cette population forme une vallée du M’zab reste intéressant par sa spécificité, liée à
communauté particulière en Algérie, qui dans le passé, a son histoire et ses structures sociales, le mode de
choisi de vivre dans une région désertique vraiment fonctionnement de ces réseaux oasiens et sa typologie
inaccessible appelée Chebka en vue de pratiquer leur rite en architecturale. Selon Ravéreaux (1980), au M’zab, il y a eu
toute quiétude (Marçais 2004 : 150) convergence d’une culture spécifique, d’un climat excessif,
d’un puritanisme à vocation égalitaire, communautaire, et
d’une grande aridité de moyens. Les processus actuels qui
agissent sur l’ensemble de la société locale sont une
illustration des vicissitudes d’une longue histoire urbaine
jalonnée par des périodes de grandeur et de déclin, de
discontinuités et de ruptures. Pourtant à travers cette
histoire agitée, les cités du M’zab font figure d’exception en
traversant les siècles avec une remarquable pérennité.
Le langage architectural qui sous-tend la production de
nouveaux ksour n’a pas connu de profonds
bouleversements. C’est une volonté de recycler la tradition
en tentant de préserver la typologie architecturale et les
réalités sociales particulières. A l’inverse de ce qui se
produit ailleurs en Algérie, depuis les années 1990 la
typologie de l’architecture traditionnelle dans les nouveaux
Figure.1 : Le M’zab est situé dans la wilaya de Ghardaïa
ksour de la vallée du M’zab est toujours de rigueur et leur
espace de pensée est encore régi par le contenu culturel. Les
habitants d’aujourd’hui n’ont pas transposé intégralement
L’ensemble géomorphologique dans lequel s’inscrit le tout ce qu’ont pu produire leurs aïeux. En quelque sorte, les
M’zab est un plateau rocheux : la hamada, dont l’altitude solutions basées sur les données de la modernité n’ont pas
varie entre 300 à 800 m. Dépourvue de toute végétation (à totalement imposé aux habitants un cadre de vie loin de leur
l’exception des palmerais), de sources d’eau et de milieu socio-culturel et naturel.
précipitation (50mm par ans), cette région se classe parmi Ce présent article s’appuie sur l’hypothèse qui soutient que
les régions les plus chaudes de cette frange septentrionale à ces nouveaux ksour sont une tentative d’adaptation au
cause de son climat particulier (six mois de chaleur, vents contexte local sans pour autant recopier intégralement le
froid en hiver, vents chaut en été, vents de sable en modèle ksourien traditionnel. Sont-ils alors les héritiers des
printemps). La vallée du M’zab est sillonné par un réseau villes traditionnelles de la pentapole ? Ont-ils des traits
complexe d’oueds le long duquel s’égrainent des villages communs ? Comment sont-ils fabriqués ? Comment les
formant la pentapole. habitants des anciens ksour perçoivent ceux des nouveaux
Cependant, en dépit de ces conditions contraignantes, les quartiers et inversement ? Comment transforment-ils leurs
individus ont pu transformer cet endroit inhospitalier en un demeures ? Comment se projettent-ils dans ces lieux? En
environnement vivable et structuré (ksour, oasis de jardins optant pour l’étude comparative de la forme l’habitat aux
et palmiers-dattiers organisés dans le lit de l’oued, système nouveaux ksour avec les anciennes villes de la pentapole, ce
de captage d’eau particulièrement conçu). La vallée du travail tente de démontrer comment ces nouveaux quartiers
M’zab, classée patrimoine mondial par l’UNESCO en traduisent la volonté de la communauté mozabite à rester
1982, a été aussi choisie comme un cas d’étude, étant donné fidèle aux valeurs traditionnelles locales en analysant ce qui
l’importance historique, économique et social qui la se fabrique à travers la collection de ces nouvelles entités
caractérise. Il y a dans la littérature savante une quantité urbaines.
d’études sur les ksour historiques mais très peu sur les
développements urbains récents.
2 APPROCHE MÉTHODOLOGIQUE
La pentapole2, une autre appellation de la vallée, constituée
Pour recueillir les informations nécessaire pour
entreprendre ce travail, notre approche consistait à consulter
morale rigoriste, condamnent tout luxe. d’une part la littérature décrivant les structures sociales
2 Pentapole signifie les cinq anciens ksour de la vallée du M’zab traditionnelle mozabite, d’autre part à interviewer les
au Sud de l’Algérie habitants des anciens et des nouveaux ksour ainsi que les
notables, les acteurs publiques et privés sur les questions
d’ordre sociétal, financier et administratif. Les documents
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1972 (khoudja, 2006 :191) dans le ksar Ghardaïa de valeur assez élevée, 420-480
Habitants/ha, par rapport aux autres tissus de la ville,
Le mouvement frénétique de la production de logements est
valeur moyenne inférieure à 340 h/ha ) (Direction de la
à l’origine du changement fondamental de la typologie
planification de Ghardaïa, 2007), la dégradation du cadre
architecturale ancienne. L’hétérogénéité et la pauvreté
bâti, l’exiguïté du logement (Taux d’occupation de
architecturale des constructions extra-muros ont participé à
logement de 6.6, valeur assez élevée par rapport la valeur
la dégradation de la qualité urbaine. Les anciens noyaux ont
nationale de 6) et la perte d’intimité des ksour
quelque peu perdu leur caractère traditionnel originel.
particulièrement celui de Ghardaïa, capitale du M’zab, sont
L’agriculture au sein de la palmeraie, qui est une activité vivement ressentis par les habitants. Le statut de
ancestrale, ne suffit plus à assurer à elle seule la survie du propriétaire est aussi devenu une forte revendication car
groupe. Les principales ressources en eau sont celles des dans les noyaux traditionnels le statut des biens immobiliers
nappes phréatiques, aujourd’hui dégradée, et de l’Albien. est ambigu. Ce désir d’indépendance vis-à-vis des anciens
Le prolongement de cette tendance engendrerait la perte noyaux exprime trois tendances. Les habitants qui veulent
définitive de ressource liée à la nappe. Par exemple à El- vivre selon la tradition mais souhaitent avoir un cadre de
Atteuf, un des ksour traditionnel, tous les puits sont pollués. vie plus conforme aux nouveaux besoins à l’instar des
D’où un schéma directeur d’approvisionnement en eau habitants de Tinemmirine, Twanza et Tafilelt (quartiers
potable a été élaboré pour atténuer les insuffisances en eau réservés uniquement pour la communauté mozabite) et ceux
(khelil, 1998: p 115). Cette occupation de l’espace peu qui rejettent carrément l’hégémonie de l’organisation
reluisante ne remette-elle pas en cause le savoir-faire local sociale traditionnelle. Ils sont en quête de liberté et
qui a produit un urbanisme rigoureux communément cité d’anonymat. Le choix dénote un début d’affaiblissement de
en exemple d’architecture et d’urbanisme pour la la cohésion à base tribale et religieuse. Cette catégorie
fonctionnalité de son organisation spatiale et la beauté de nouvellement installée, qui n’a pratiquement aucun savoir
son habitat ? faire ni rattachement aux vieux ksour et à la palmeraie,
représente généralement les émigrants du nord et les
Sur un autre registre, l’idéologie ibadite s’est habitants mozabites qui ont vécu à l’extérieur de la vallée
progressivement vidée de son contenu politique, surtout
du M’zab pendant un moment donné de leur vie. On assiste
après l’avènement de l’Etat national, pour ne garder qu’une
souvent à l’émergence d’une hiérarchie de plus en plus
règle de conduite sociale. Aussi, la djemaâ, bien qu’elle basée sur la richesse participant à la nouvelle configuration
exerce encore une influence sur les habitants en veillant au urbaine. Comme elles se détachent franchement du ksar,
respect de la tradition, a subi le contrecoup des choix leurs habitations, sises entre les espaces inter-ksouriens,
politiques au lendemain de l’indépendance, surtout à partir
portent les stigmates du changement. Ces habitations, qui
de 1967 date d’entrée en vigueur des assemblées populaires
ne sont pas conformes à la typologie locale, sont plus
communales (Memmour, 1997). La montée de
spacieuses et extraverties avec des baies vitrées, et reflétant
l’individualisme et l’émergence des Associations libres,
le statut social de l’occupant. De ce fait, l’esprit égalitaire,
suite à l’ouverture politiques des années 1980, a réduit un des fondements de la pensée mozabite, est apparemment
davantage le rôle de cette instruction sociale. Il est plus reconnu. Dans les deux cas de figure, l’impact de cette
important de signaler que chaque ksar est doté de sa propre volonté de changer d’espace est nettement visible à
djemaâ dont la mission principale consiste à assurer la
l’intérieur des ksour et des habitations d’où dénaturation du
cohésion du groupe. Elle joue le rôle du conseil municipal patrimoine local. L’aspiration des habitants à un meilleur
dans lequel chaque tribu du ksar est représentée. Elle confort eu des conséquences directes sur l’aspect extérieur
s’intéresse à toutes les affaires de la cité à savoir la sécurité, des façades, autrefois assez homogène. Aussi, le parpaing
la gestion de l’immobilier et l’entretien des ressources en remplace les matériaux locaux, les constructions se
eau ainsi que les opérations de construction.
surélèvent. L’enquête a révélé qu’une maison sur deux a
subi des transformations mineures et d’envergure
Ces mutations participent activement à la perte du
(installation de climatiseurs, cheminées du chauffage,
patrimoine local à cause de sa mauvaise prise en charge,
transformation des espaces intérieurs et opérations de
bien qu’il existe des associations indépendantes de
destruction-construction des habitations). Bisson et Jarir
l’emprise de la tribu (achira: terme utilisé localement) qui
(1986) disaient déjà en sens que les mutations
s’occupent de la protection et de la remise en valeur des
architecturales oasiennes, perçue tant à l’échelle du ksar
ksour. Rappelons que même si elles jouissent d’une assez
que de la maison, traduit le bouleversement qui affecte des
grande liberté, les associations, surtout celles fonctionnant
sociétés sahariennes. (Bissson p331, Gourarar, tafilelt). La
indépendamment de la mosquée, sont sous la surveillance
troisième catégorie représente les strates sociales
de la direction religieuse. Celle-ci est de tout temps
appartenant en même temps aux deux premières tendances
vigilante par rapport à leurs activités qui ne devront pas être
mais elles n’ont pas les moyens financiers pour accéder à
à l’encontre des préceptes ibadites.
un logement. Ils sont logés dans le cadre d’un projet de
Selon notre enquête menée dans les anciens ksour,
lotissements Bouhraoua, situé à 3 km de la vallée, en
l’installation extra-muros est désormais le souhait de la
dehors du périmètre urbain de Ghardaïa C’est un
majorité des ksouriens (72% des gens enquêtés), même
programme gouvernemental de logements individuels et
ceux qui restent les plus attachés aux règles de la vie
semi-collectifs à court et moyen terme destiné à toutes les
collective et à la tradition. Les inconvénients de la
communautés de la vallée.
concentration due à l’excédent démographique (Densité
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pour les autres ils refusent ou éprouvent des difficultés à 3.2.1 Montages financiers
travailler en groupe. Pour cette raison, en 2003, presque la Le ksar Tinemmirine (1995-2003) s’adresse aux catégories
fin du chantier il resta 15 habitants qui n’ont pas terminé le sociales défavorisées choisis par le conseil de l’ashira de la
nombre de touiza requises pour recevoir les clefs de leurs ville mère de Beni-Isguen et approuvé ensuite par la
maisons. Ceci montre clairement que l’adhésion à un municipalité après une délibération. Toutes les habitations
groupe de travail n’est évidente même si l’entraide au sont sous la supervision de président de l’Association
M’zab est une pratique courante. Pourtant l’opinion de la Touiza. Les missions de cette dernière consistent
majorité des habitants, qui vont jouir du statut de essentiellement à mobiliser les fonds, à acheter les
propriétaire, était que vivre dans les nouveaux quartiers matériaux de construction et recruter la main-d’œuvre
représentait une sorte promotion sociale. Celle-ci était un permanente. A l’inverse des anciens noyaux dont la gestion
vrai levier dans la mobilisation des bénéficiaires. dépend uniquement de la communauté, les nouveaux ksour
Il important de signaler que les deux ksour cités ci-avant, sont dotés d’un montage financier où les différents apports
n’ont pas la même approche dans le choix des bénéficiaires. financiers sont explicitement mis en évidence dans le
Bien que la majorité des habitants s’y plaisaient, certains montage financier étant donné que l’Etat est un partenaire
acteurs publics et habitants des anciens ksour reprochent au incontournable dans cette opération. Ainsi, le coût d’une
ksar de Tinemmirine d’être une cité populaire car elle n’est maison est largement inférieur à celui d’un logement social
habitée que par des familles à bas revenus. Par contre dans produit par l’Etat. En comparant le m² de la surface
Tafilelt les pauvres et les nantis y vivent en ensemble. habitable du logement social (13 500 à 16000 DA/m², 100 €
Selon le promoteur, en vivant sur ce même espace, des liens =12 000 Dinars environ) et promotionnel (18 000 DA à 20
d'amitié, de solidarité et d'échange vont se tisser entre les 000 DA/m²), avec celle du Ksar Tinemmirine (4 500 DA/m,
différentes catégories sociales. Cela contribuera sûrement à 37 €/m²). Tableau 1.
la naissance d’une vie communautaire durable et prospère
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de logement (CNL). Le prêt bancaire avec intérêt est d’adaptation au site. L’assiette d’implantation de ksar, qui
prohibé par la doctrine Ibadite, tableau. (27). Dans tous les était au départ un monticule, a subi une opération de
cas de figure, la surface bâtie revient à la somme de 7 000 terrassement en vue de prévoir des voies carrossables au
Dinars/m² (58 €/m²) du plancher y compris le prix du cœur même du tissu urbain (Figure 9). Le tracé orthogonal
terrain et la viabilisation. Du fait de la vocation caritative en damier du plan constitue déjà l’élément qui tranche avec
de l’Association Amidoul, le coût de revient est équivalent la configuration spatiale des ksour traditionnels.
au prix de cession.
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Les anciens et nouveaux ksour : étude comparative Cas du M’Zab
Malgré les tentatives de réajustement des modèles socio- Les façades présentent une introversion légèrement
culturels traditionnels à la nouvelle réalité urbaine et différente de celle des anciennes cités. Des petites
sociale, l’absence de la mosquée et du souk affecte l’esprit ouvertures très discrètes donnent sur l’espace extérieur,
de ces nouveaux ksour et les rend dépendants totalement elles permettent l’éclairage et l’aération mais aussi une vue
des anciens noyaux. Pour cela que les habitants se limitent sur les espaces limitrophes à la maison (Figures 14 et 15).
ainsi à renouer des relations beaucoup plus mesurées
(Figures 18 et 19). Le rapport avec l’ancien noyau de Béni-
Isguen, qui garde toujours son rôle de centre, demeure assez 3.2.3 CONCEPTION DE L’HABITATION
fort car dans l’esprit de la population celui-ci est un lieu de
Symbolisant la féminité et dépouillée de toute ostentation,
mémoire et d’accrochage de significations diverses,
l’habitation se construit matériellement et rituellement : elle
d’émotion et de symboles. Pour cela qu’une ligne de bus
se présente comme une entité ayant un sens et un symbole
est prévue afin d’assurer le va-et-vient incessant entre les
et porte les marques du sacré et de la tradition. Les
deux entités urbaines.
anciennes relations et les codes de conduite sont maintenus
A l’instar des anciens noyaux, tous ces quartiers, conçus dans les nouveaux ksour. (Figures 21 et 22). La maison, qui
pour répondre à la solidarité entre individus, sont ceinturés est un espace introverti, hiérarchisé (allant du public vers le
par des murs de rempart pour éviter toute opération privé) et polyvalent, est conçue autour du west eddar (patio
d’extension horizontale illicite et le transit des étrangers central) qui s’ouvre sur le tizafri (espace réservé pour les
(Figure 10). La muraille du ksar qui assurait la défense face invités femmes) (figure 3). Elle obéit à des règles et des
à l’étranger, garantit aujourd’hui un strict contrôle social. normes sociales : discrétion, réception, travaux ménagers.
L’accès à l’intérieur se fait par l’intermédiaire des portes En outre, elle est articulée à l’espace semi-public (la ruelle)
sans vantaux (Figure 11). La hiérarchisation des espaces par une entrée en chicane (skiffa), dont le rôle consiste à
est toujours de rigueur (rue, placette, ruelle, impasse, seuil, préserver l’intimité du patio central des regards étrangers
habitation). (figure 4). Celui-ci est le lieu des réunions familiales.
Les murs de certaines habitations sont jalonnés par les
encorbellements qui permettent la récupération de l’espace
au-dessous de la rue ou de la ruelle au profit de la maison
au premier niveau et la création espaces ombragés (Figures
12 et 13)
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4 CONCLUSION
A l’issue de cette étude, on peut dire que l’hypothèse
avancée au départ « les nouveaux ksour sont une tentative
Figure 14 : Liberté dans l’aménagement du salon (ksar Tafilelt) d’adaptation au contexte local sans pour autant recopier
intégralement le modèle ksourien traditionnel » est en
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partie vérifiée. Ces ksour ont beaucoup de traits communs [2] Benyoucef Brahim (2009), Les nouvelles villes,
avec les anciens noyaux. Ils témoignent de la nouvelle Autopsie d’une expérience locale, Vies de Villes,
conception urbanistique oasienne, plus respectueuse des n°18, p 61.
traditions sociales et de l’hiérarchie de l’espace et de la [3] Bisson, J. et Jarir M. (1986), Ksour du Gourara et du
typologie architecturale locale, en totale rupture avec celle Tafilelt, de l’ouverture de la société oasienne à la
qui a sévit durant les années postindépendances (années fermeture de la maison, Éditions du CNRS, Annuaire
1970-1980). Cette idée de nouveaux ksour a pénétré la de l’Afrique du Nord, Tome XXV.
sphère politique principalement à travers la modification [4] Côte Marc (2005) La ville et le désert, le bas-Sahara
des politiques publiques locales par la promulgation de la algérien, édition IREMAM- KARTHALA,Paris, Aix-
formule Ghardaia. Désormais, les politiques publiques, en-Provence, p123.
leurs moyens ne sont plus les seuls à offrir les conditions
[5] Donnadieu Pierre et al (1977), Habiter le désert, les
favorables pour la mise en œuvre opérationnelle de la Maisons mozabites, édit. Pierre Mardaga, Bruxelles.
fabrication de la ville. En ce qui concerne les anciens ksour, p91
depuis les années 1980, les politiques locales sont
confortées par des législations d’action suite à la [6] KHELIL A. dir. (1998), Les villes du Sud, dans la
reconnaisse de l’UNESCO de la vallée en tant que vision du développement durable, Ministère de
l’équipement et de l’Aménagement du Territoire.
patrimoine mondial.
[7] khoudja Ali (2006), perspectives pour un patrimoine
Néanmoins, cette tentative de recycler la tradition n’est pas en crise: cas de la vallée du M’zab, séminaire sur le
totalement en conformité avec l’urbanisme traditionnel. En patrimoine des villes du sud et le monde rural,
effet, ces nouveaux établissements humains, qui ne organisé par le labo villes et patrimoine, université de
disposent pas de structures urbaines spécifiques aux Constantine.
anciennes villes notamment la mosquée et le souk, sont
[8] Marçais Georges (2004), villes et campagnes
beaucoup plus des quartiers périphériques à vocation d’Algérie, édition du Tell, Paris, 150p
résidentielle où l’activité commerciale est totalement
absente. De ce fait, ils entretiennent des rapports très étroits [9] Memmour H (1997)., la préservation du patrimoine
avec les anciens noyaux. Cette manière de faire la ville, qui dans la stratégie de la planification territoriale,
Colloque international, Ghardaïa.
exprime une certaine originalité, a mobilisé d’associations
locales, les autorités locales. Mais aussi, elle a suscité [10] Nouh Ahmed (2007), promoteur immobilier de
l’intérêt d’un large spectre de chercheurs, de professionnels l’Association Amidoul), ksar Tafilelt.
et des politiciens. C’est une volonté réelle d’ouvrir une ère [11] Ravéreaux André (1980), Construire au M’zab, André
nouvelle dans la vie civique locale, celle de la prise en Ravéreaux et la tradition, tiré de Techniques
charge des vraies préoccupations de la population. Les d’architecture n°329, Amenhis n°14, 2007, p30.
nouveaux ksour constitueront probablement l’épine dorsale
[12] Universelle Algérie (2006), les sites inscrits au
des débats et des initiatives au cours des prochaines années.
Patrimoine Mondial de l’UNESCO et sept autres sites
En dix ans, il y a eu la multiplication des événements, des du patrimoine national à découvrir, Zaki Bouzid
décisions et des acteurs autours des nouveaux ksour. Editions-CPS Editions, Alger, p312.
Cependant, il est à souligner que les montages financiers ne
cessent de soulever quelques interrogations chez les experts
et les critiques d’une partie des professionnels. En effet, ils
sont très compétitifs par rapport à ceux de l’Etat.
REFERENCES
[1] Adad Med Chérif (2005), Production des nouveaux
ksour: Entre Rôle de l’Etat et Action Communautaire:
cas de la vallée du M'zab, séminaire international,
université d’Oran.
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