Chap 1
Chap 1
1 Structures algébriques 2
1.1 Notion de K-espace vectoriel . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2
1.2 Sous-espaces vectoriels . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
1.3 Applications linéaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4
1.4 Autres structures algébriques usuelles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5
1.5 Une pincée de géométrie affine . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
2 Projecteurs et symétries 12
2.1 Somme de deux sous-espaces . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12
2.2 Somme directe de deux sous-espaces . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12
2.3 Sous-espaces supplémentaires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
2.4 Projecteurs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
2.5 Symétries . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15
4 Représentations matricielles 22
4.1 Représentations matricielles . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
4.2 Interprétation géométrique canonique des matrices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23
4.3 Changement de bases . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23
4.4 Matrices semblables . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24
4.5 Trace d’un endomorphisme . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24
5 Rang 25
5.1 Rang d’une famille de vecteurs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25
5.2 Rang d’une application linéaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25
5.3 Rang d’une matrice . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 27
Dans tout le chapitre, K désigne le corps R des réels ou celui C des complexes.
1. Structures algébriques
Remarque 1.2 Souvent, on utilise seulement la lettre E pour désigner un espace vectoriel (E, +, ·) et
on omet la mention de · dans les calculs, comme cela a été fait dans la définition précédente : on note
λx plutôt que λ · x pour λ ∈ K et x ∈ E.
Exemple 1.3 L’ensemble Kn est muni d’une structure de K-espace vectoriel pour les lois
(xi )ni=1 , (yi )ni=1 7−→ (xi + yi )ni=1
λ, (xi )ni=1 7−→ (λxi )ni=1 .
Plus généralement, si E1 , . . . , En sont des K-espaces vectoriels, alors les formules précédentes mu-
nissent le produit cartésien E = E1 × · · · × En d’une structure de K-espace vectoriel appelée espace
vectoriel produit des Ei , 1 6 i 6 n.
Exemple 1.5 L’ensemble K[X] des polynômes à une indéterminée à coefficients dans K est un K-
espace vectoriel pour les lois usuelles.
Exemples 1.10 • L’ensemble des suites bornées à termes dans K, l’ensemble des suites convergentes
à termes dans K sont deux sous-espaces vectoriels de KN .
• L’ensemble C (I, K) des fonctions continues sur un intervalle I donné de R et à valeurs dans K est
un sous-espace vectoriel de KI .
Exemple 1.11 Pour n ∈ N donné, l’ensemble Kn [X] des polynômes de degré inférieur ou égal à n est
un sous-espace vectoriel de K[X]. L’ensemble des polynômes de degré égal à n n’en est pas un !
Lemme 1.12 Soient ETun K-espace vectoriel et (Fi )i∈I une famille de sous-espaces vectoriels de E.
Leur intersection F = i∈I Fi est un sous-espace vectoriel de E.
Démonstration. On applique le théorème de caractérisation des sous-espaces vectoriels.
Le vecteur nul appartient à chaque sous-espace vectoriel Fi , i ∈ I, donc à leur intersection F.
Soient λ ∈ K et x, y ∈ F. Pour i ∈ I donné quelconque, x et y sont deux éléments du sous-espace
vectoriel Fi donc λx + y ∈ Fi . On a donc λx + y ∈ F et F est un sous-espace vectoriel de E.
est alors un sous-espace vectoriel de E d’après le lemme précédent qui contient bien sûr A. En outre,
si F est un sous-espace vectoriel de E contenant A, alors il contient F0 par construction.
Ainsi F0 est le plus petit sous-espace vectoriel de E contenant A (pour l’inclusion).
Démonstration. Il s’agit de vérifier que l’ensemble F1 des combinaisons linéaires d’éléments de A (i.e.
le second membre de la formule précédente) est le plus petit sous-espace vectoriel de E contenant A.
4 – Algèbre linéaire & géométrie affine élémentaires Année 2010/2011
Exemple 1.15 Dans un K-espace vectoriel E, le sous-espace vectoriel engendré par un vecteur x 6= 0
est l’ensemble des vecteurs de la forme λx, λ ∈ K, appelé droite vectorielle dirigée par x et noté
Vect(x) = Kx.
(ii) Soit E1 un sous-espace vectoriel de E. Son image directe F1 = f (E1 ) contient le vecteur nul car
f (0) = 0 et 0 appartient au sous-espace E1 . Puis, si λ ∈ K, x, y ∈ F1 , alors il existe x′ , y ′ ∈ E1
tels que x = f (x′ ), y = f (y ′ ) ; on a alors λx + y = λf (x′ ) + f (y ′ ) = f (λx′ + y ′ ) ∈ F1 car λx′ + y ′
appartient au sous-espace E1 .
Autrement dit, f est injective si, et seulement si, son noyau est réduit au vecteur nul : Ker f = {0} ;
(ii) f est surjective si, et seulement si, son image est égale à F : Im f = F.
Démonstration. (i) On a tout d’abord f (0) = f (0 + 0) = f (0) + f (0) d’où f (0) = 0 par simplification
par f (0). Si f est injective, il s’ensuit aussitôt que Ker f = {0}. Réciproquement, si Ker f = {0}
et si x, y ∈ E sont tels que f (x) = f (y), alors par linéarité f (x − y) = 0, i.e. x − y ∈ Ker f = {0},
ce qui entraı̂ne x = y et établit l’injectivité de f .
(ii) est immédiat.
Remarque 1.25 En général, pour désigner un groupe abstrait (G, ⋆), on utilise seulement le symbole
G et l’on adopte la notation additive (loi +, neutre 0, symétrique ou opposé de x noté −x) ou
multiplicative (loi ×, neutre 1, symétrique ou inverse de x noté x−1 ). Par défaut, on utilise la notation
multiplicative, alors que la notation additive est réservée aux groupes abéliens.
Exemples 1.26 • (Z, +), (Q, +), (R, +) et (C, +) sont des groupes abéliens.
• Il en est de même de (Q∗ , ×), (R∗ , ×) et (C∗ , ×), ainsi que de (Q∗+ , ×) et (R∗+ , ×).
• Pour n ∈ N∗ donné, l’ensemble Gln (K) des matrices carrées d’ordre n à coefficients dans K qui
sont inversibles est un groupe pour la multiplication des matrices.
6 – Algèbre linéaire & géométrie affine élémentaires Année 2010/2011
Exemples 1.30 • (Z, +) est un sous-groupe de (Q, +), qui est lui-même un sous-groupe de (R, +),
qui est lui-même un sous-groupe de (C, +).
• (Q∗ , ×) est un sous-groupe de (R∗ , ×), qui est lui-même un sous-groupe de (C∗ , ×).
• Les similitudes du plan affine euclidien P forment un sous-groupe S (P) de S(P) ; les isométries
de P forment un sous-groupe I (P) de S (P).
Les similitudes directes du plan affine euclidien P forment un sous-groupe S + (P) de S (P) ; les
isométries directes de P forment un sous-groupe I + (P) de S + (P).
Exemple 1.32 Si E est un espace vectoriel euclidien, les automorphismes orthogonaux de E forment
un sous-groupe de Gl(E) : le groupe orthogonal de E, noté O(E).
Remarque 1.34 Pour une liste des propriétés élémentaires des morphismes de groupes (entre autres :
l’image de l’élément neutre est l’élément neutre, l’image de l’inverse est l’inverse de l’image, l’image
(réciproque) d’un sous-groupe est un sous-groupe, noyau et image d’un morphisme, caractérisation
de l’injectivité d’un morphisme par la trivialité de son noyau), on renvoie au cours de première année.
Exemples 1.35 • exp et ln sont deux isomorphismes de groupes réciproques l’un de l’autre. Ainsi,
les groupes (R, +) et (R∗+ , ×) sont isomorphes.
• L’application τ qui, à tout a ∈ C, associe la translation τa du plan euclidien P de vecteur d’affixe
a, d’écriture complexe z 7−→ z + a, est un isomorphisme du groupe (C, +) sur le groupe T (P), ◦
des translations de P : pour tous a, b ∈ C, τa ◦ τb = τa+b .
• En revanche, l’application qui, à (a, b) ∈ C∗ × C, associe la similitude directe sa,b de P d’écriture
complexe z 7−→ az + b est une bijection du groupe C∗ × C – muni de la loi produit (direct) :
(a, b)(a′ , b′ ) = (aa′ , b + b′ ) – sur le groupe S + (P), ◦ des similitudes directes de P, mais ce n’est
pas un morphisme et donc pas un isomorphisme de groupes : pour tous (a, b), (a′ , b′ ) ∈ C∗ × C et
z ∈ C,
(sa,b ◦ sa′ ,b′ )(z) = a(a′ z + b′ ) + b = (aa′ )z + (ab′ + b) = saa′ ,ab′ +b (z)
de sorte que sa,b ◦ sa′ ,b′ = saa′ ,ab′ +b est en général distinct de saa′ ,b+b′ .
(a + b) × c = (a × c) + (b × c) et a × (b + c) = (a × b) + (a × c).
Exemple 1.37 • Z, Q, R, C sont des anneaux commutatifs pour les lois usuelles.
• Mn (R), Mn (C) sont des anneaux pour les lois matricielles usuelles. Ils ne sont pas commutatifs
lorsque n > 2.
Remarque 1.38 Un anneau (A, +, ×) est souvent noté plus simplement A. De plus, la mention de ×
est fréquemment omise dans les calculs : le produit de deux éléments a et b est alors noté ab.
Exemple 1.43 Z, Q, R et C sont intègres. Ce n’est pas le cas de Mn (R) dès que n > 2.
Exemples 1.46 • Z est un sous-anneau de Q, qui est lui-même un sous-anneau de R, qui est lui-même
un sous-anneau de C.
• Mn (R) est un sous-anneau de Mn (C).
Définition 1.47 On appelle corps tout anneau K non nul et commutatif dans lequel tout élément
non nul est inversible.
Exemples 1.48 Q, R, C sont des corps. L’ensemble K(X) des fractions rationnelles à coefficients dans
K et en l’indéterminée X a une structure de corps pour les lois usuelles.
(c) K-algèbres
Définition 1.53 On appelle K-algèbre tout quadruplet (A, +, ×, ·) formé d’un ensemble A, de
deux lois de composition interne + et × sur A et d’une loi externe · : K × A −→ A à domaine
d’opérateurs K tel que :
10 – Algèbre linéaire & géométrie affine élémentaires Année 2010/2011
Exemples 1.54 • L’ensemble KN des suites à coefficients dans K est une K-algèbre commutative en
prenant pour produit interne le produit usuel
(xn )n∈N , (yn )n∈N 7−→ (xn yn )n∈N
Exemples 1.55 • L’ensemble K[X] est une K-algèbre commutative pour les lois usuelles +, × et ·.
• L’ensemble Mn (K) est une K-algèbre pour les lois matricielles usuelles, non commutative si n > 2.
Remarque 1.57 Pour un K-espace vectoriel E, Gl(E) est le groupe des inversibles de l’anneau L(E).
les points sont généralement notés par des lettres majuscules (A, B, ...) – en particulier, le point O
correspond au vecteur 0 – et les vecteurs par des lettres minuscules surmontées d’une flèche (~u, ~v , ...).
Avec ces conventions, on a pour tous points A, B, C et tout vecteur ~u :
# — # —
(i) A = B ⇐⇒ AB = 0 ; (iii) B = A + ~u ⇐⇒ AB = ~u ;
# — # — # — # — # —
(ii) AB = −BA ; (iv) relation de Chasles : AB + BC = AC.
Remarques 1.59 • La composée de deux translations est une translation ; plus précisément, pour
deux vecteurs ~u et ~v , on a t~u ◦ t~v = t~u+~v = t~v ◦ t~u .
• Une translation t~u est bijective, de réciproque t−~u .
• Une translation t~u n’est par linéaire, à moins que ~ u = 0.
Définition 1.60 On appelle sous-espace affine de E tout partie F de E pour laquelle il existe
un point Ω de E et un sous-espace vectoriel F de E tels que :
F = Ω + F = {Ω + ~u}~u∈F .
Dans ces conditions, on dit que F est le sous-espace affine de E passant par Ω et dirigé par F.
Remarques 1.61 • Les sous-espaces affines de E sont donc les translatés des sous-espaces vectoriels
de E : le sous-espace affine passant par un point Ω de E et dirigé par un sous-espace vectoriel F
# —
de E est l’image de F par la translation de vecteur OΩ.
• Inversement, les sous-espaces vectoriels de E sont les sous-espaces affines de E contenant le point O.
• Soient Ω un point de E, F un sous-espace vectoriel de E et F le sous-espace affine de E passant
par Ω et dirigé par F. On a bien sûr Ω ∈ F . Réciproquement, pour tout point A de F , on montre
que F = A + F. Ainsi, le sous-espace vectoriel
# —
F = ~u ∈ E : ∃(A, B) ∈ F 2 , ~u = AB
Exemples 1.62 • On appelle droite affine de E tout sous-espace affine de E dirigé par une droite
vectorielle, i.e. toute partie D de E de la forme D = A + K~u = {A + λ~u}λ∈K pour un point A de
E et un vecteur ~u non nul donnés.
• L’ensemble P = {(x, y, z) ∈ R3 : x+y+z = 1} est un sous-espace affine de R3 : c’est le sous-espace
affine passant par le point (1, 0, 0) et dirigé par le plan vectoriel d’équation x + y + z = 0.
Une telle application linéaire ϕ est alors unique ; elle est notée f~ et appelée partie linéaire de f .
En effet, si (1.1) est satisfaite, alors (1.2) aussi par spécialisation en M = Ω choisi quelconque.
Réciproquement, on récupère (1.1) en appliquant (1.2) à M puis à N et en soustrayant membre à
membre les deux relations obtenues.
12 – Algèbre linéaire & géométrie affine élémentaires Année 2010/2011
• Un peu abusivement, une application affine f est donc simplement la somme d’une constante et
d’une application linéaire, la partie linéaire de f .
# —
Exemples 1.65 • Pour un vecteur ~u, la translation t~u : M 7−→ M + ~u = (O + ~u) + OM est une
application affine de partie linéaire idE .
# —
• Pour un point Ω de E et un réel k > 0, l’application M 7−→ Ω + k ΩM est affine ; c’est l’homothétie
de centre Ω et de rapport k. Sa partie linéaire est l’homothétie vectorielle k idE : x 7−→ kx.
2. Projecteurs et symétries
Proposition 2.2 L’application ϕ : F1 × F2 −→ E, (x1 , x2 ) 7−→ x1 + x2 est linéaire. Son image est
F1 + F2 , qui est donc un sous-espace vectoriel de E.
Démonstration. Vérification immédiate.
Définition 2.4 On dit que les sous-espaces F1 et F2 sont en somme directe, et on note alors
F1 ⊕ F2 la somme F1 + F2 , si l’application linéaire ϕ : F1 × F2 −→ E, (x1 , x2 ) 7−→ x1 + x2 est injective,
i.e. induit un isomorphisme de F1 × F2 sur F1 + F2 .
Définition 2.7 On dit que les sous-espaces F1 et F2 sont supplémentaires dans E lorsque leur
somme est directe et égale à E : F1 ⊕ F2 = E.
Remarque 2.9 Dans R2 , dès que deux vecteurs u et v ne sont pas colinéaires, ils engendrent des
sous-espaces vectoriels Ru et Rv de R2 supplémentaires. Il n’y a donc pas unicité du supplémentaire.
On verra plus tard qu’il y a toujours existence en dimension finie.
Exercice 2.10 • Pour P ∈ K[X] polynôme de degré n > 1 donné, montrer que les sous-espaces
Kn−1 [X] et PK[X] sont supplémentaires dans K[X].
• Pour n ∈ N∗ , montrer que les sous-espaces Sn (K) et An (K) des matrices respectivement symé-
triques et antisymétriques de Mn (K) sont supplémentaires dans Mn (K).
14 – Algèbre linéaire & géométrie affine élémentaires Année 2010/2011
2.4 Projecteurs
Dans cette section, F et G désignent deux sous-espaces vectoriels supplémentaires d’un K-espace
vectoriel E donné.
Remarque 2.13 Cette définition est correcte car, puisque F et G sont supplémentaires dans E, l’ap-
plication L(E) −→ L(F, E) × L(G, E), f 7−→ (f |F , f |G ) est bijective.
L’image par cette projection d’un vecteur x ∈ E se décomposant sous la forme x = y + z avec
(y, z) ∈ F × G est donc p(x) = y.
G G G
x
z z
b
F b
F b
F
0 y = p(y) 0 = p(z) 0 y = p(x)
Remarque 2.15 Si p est la projection sur F parallèlement à G, alors q = idE −p est la projection sur
G parallèlement à F. En effet, q est un endomorphisme de E dont la restriction à F est nulle et la
restriction à G est x 7−→ x.
On a les relations p + q = idE , q ◦ q = q et p ◦ q = q ◦ p = 0.
On dit que p et q sont les projections associées à la décomposition E = F ⊕ G : ils fournissent les
composantes p(x) et q(x) de tout vecteur x respectivement sur F et G.
Démonstration. (i) Un élément x ∈ (Im p) ∩ (Ker p) donné s’écrit x = p(x0 ) pour x0 ∈ E et vérifie
donc 0 = p(x) = p2 (x0 ) = p(x0 ) = x, ce qui montre d’abord que les sous-espaces Ker p et Im p
sont en somme directe. Puis, pour x ∈ E donné, on a x = p(x) + x − p(x) et l’on vérifie que
p(x) ∈ Im p et x − p(x) ∈ Ker p. D’où le résultat.
(ii) On vient de voir que la composante de x ∈ E sur Im p dans la décomposition E = (Im p)⊕(Ker p)
est p(x), de sorte que p est bien le projecteur sur Im p parallèlement à Ker p.
(iii) résulte alors de la proposition précédente.
2.5 Symétries
Dans cette section, F et G désignent deux sous-espaces vectoriels supplémentaires d’un K-espace
vectoriel E donné.
Remarque 2.20 Cette définition est correcte car, puisque F et G sont supplémentaires dans E, l’ap-
plication L(E) −→ L(F, E) × L(G, E), f 7−→ (f |F , f |G ) est bijective.
L’image par cette symétrie d’un vecteur x ∈ E se décomposant sous la forme x = y + z avec
(y, z) ∈ F × G est donc s(x) = y − z.
G G G
x
z z
0 0 0
b
F b
F b
F
y = s(y) y
s(z)
s(x)
Définition 2.23 On appelle involution linéaire de E tout endomorphisme de E tel que s◦s = idE .
Remarque 2.24 La symétrie par rapport à F parallèlement à G est une involution linéaire de E.
Réciproquement, ...
Démonstration. (i) Un élément x ∈ Ker(s − idE ) ∩ Ker(s + idE ) vérifie x = s(x) = −x d’où x = 0, ce
qui montre que les sous-espaces Ker(s − idE ) et Ker(s + idE ) sont en somme directe. Puis on peut
écrire, pour x ∈ E donné,
x + s(x) x − s(x)
x= +
2 2
avec x + s(x) /2 ∈ Ker(s − idE ) et x − s(x) /2 ∈ Ker(s + idE ). D’où le résultat.
(ii) Comme on vient de le voir,un élément x ∈ E donné s’écrit x = y + z avec y = x + s(x) /2 ∈
Ker(s − idE ) et z = x − s(x) /2 ∈ Ker(s + idE ). On a donc y − z = s(x) et s est bien la symétrie
par rapport à Ker(s − idE ) parallèlement à Ker(s + idE ).
Exemple 2.26 L’application T : A 7−→ t A est une involution linéaire de Mn (K). Puisque
Ker(T − idE ) est le sous-espace Sn (K) des matrices symétriques et Ker(T + idE ) celui An (K) des
matrices antisymétriques, on retrouve la décomposition Mn (K) = Sn (K) ⊕ An (K).
Définition 3.1 • On appelle famille d’éléments de E indexée par un ensemble I donné toute
application x : I −→ E. Pour i ∈ I, on note xi plutôt que x(i) et on désigne la famille x par (xi )i∈I .
• L’image d’une famille (xi )i∈I d’éléments de E est notée {xi }i∈I ; c’est une partie de E.
• Une famille (xi )i∈I est dite finie lorsque l’ensemble I est fini.
Définition 3.3 Soit (λi )i∈I une famille de scalaires indexée par un ensemble I.
On dit que la famille (λi )i∈I est presque nulle si l’ensemble {i ∈ I : λi 6= 0} est fini.
Remarque 3.4 L’ensemble des familles presque nulles de scalaires indexées par un ensemble I est noté
K(I) . C’est un sous-espace vectoriel de KI .
(ii) génératrice si, et seulement si, tout élément de E est combinaison linéaire de x i.e. si, et seulement
si, le sous-espace vectoriel engendré par {xi }i∈I est égal à E ;
P
(iii) une base si, et seulement si, tout élément y ∈ E s’écrit de façon unique sous la forme y = i λi xi
avec (λi )i∈I ∈ K(I) . On dit alors que les λi , i ∈ I, sont les coordonnées du vecteur y dans la base x.
Démonstration. Seul (i) n’est pas complètement évident. Comme fx est linéaire, on y exprime son
injectivité par la nullité de son noyau.
Exemples 3.9 • N’importe quel vecteur non nul d’une droite vectorielle en forme une base.
• Les vecteurs (1, 0, . . . , 0), (0, 1, 0, . . . , 0), . . . , (0, . . . , 0, 1) forment une base de Kn dite canonique.
• Les matrices Ei,j , 1 6 i 6 n, 1 6 j 6 p, dont tous les coefficients sont nuls sauf le (i, j)-ième qui
vaut 1, forment une base de Mn,p (K), dite canonique.
• La famille (1, X, X2 , . . . , Xn ) est une base de Kn [X], appelée base canonique de cet espace.
• La famille (Xn )n∈N est une base de K[X], appelée base canonique de cet espace.
Remarque 3.10 Comme une relation de liaison ne fait intervenir qu’une sous-famille finie de x, on
voit qu’une famille est libre si, et seulement si, chacune de ses sous-familles finies est libre.
Définition 3.11 On dit que la famille x est liée si elle n’est pas libre.
Remarque 3.12 Une famille est liée si, et seulement si, il en existe une sous-famille finie qui est liée.
Définition 3.13 Les vecteurs composant une partie A de E sont dits linéairement indépendants
(resp. linéairement dépendants) si la famille (a)a∈A est libre (resp. liée).
Proposition 3.14 Toute sous-famille d’une famille libre est libre. Toute sur-famille d’une famille
liée est liée. Toute sur-famille d’une famille génératrice est génératrice.
Démonstration. C’est évident !
Remarque 3.16 Attention : l’énoncé précédent exprime que l’un des vecteurs d’une famille liée est
combinaison linéaire des autres, mais il n’en va pas de même de tous les vecteurs de la famille en
général.
18 – Algèbre linéaire & géométrie affine élémentaires Année 2010/2011
Corollaire 3.18 Toute famille de polynômes non nuls et de degrés deux-à-deux distincts est libre.
Démonstration. D’après une remarque précédente, il suffit de démontrer ce résultat dans le cas d’une
famille finie. On raisonne par récurrence sur le nombre r > 1 de polynômes de la famille. Le résultat
est évidemment vrai pour r = 1 puisque le polynôme est supposé non nul. Si le résultat est acquis
pour les familles de r polynômes et si P1 , . . . , Pr+1 sont r + 1 polynômes vérifiant les hypothèses de
l’énoncé, que l’on peut supposer ordonnés par ordre de degré croissant (deg P1 < · · · < deg Pr+1 ),
alors la famille (P1 , . . . , Pr ) est libre et pour des raisons de degré, le polynôme Pr+1 n’appartient
pas au sous-espace engendré par P1 , . . . , Pr , de sorte que la famille (P1 , . . . , Pr+1 ) est libre d’après le
théorème précédent.
Proposition 3.19 Soient E et F deux K-espaces vectoriels rapportés respectivement à des bases
(εi )i∈I et (ej )j∈J .
Les vecteurs (εi , 0), i ∈ I, avec les vecteurs (0, ej ), j ∈ J, forment une base de E × F.
Démonstration. • La famille est libre : si (λi )i∈I et (µj )j∈J sont des familles presque nulles de scalaires
telles que
P P
λi (εi , 0) + µj (0, ej ) = 0,
i∈I j∈J
alors P P P
P
λi εi , µj e j = λi εi , 0 + 0, µj ej = 0,
i∈I j∈J i∈I j∈J
P P
ce qui implique i λi εi = 0 et j µj ej = 0. Puisque les familles (εi )i∈I et (ej )j∈J sont libres, on en
tire λi = 0 pour tout i ∈ I et µj = 0 pour tout j ∈ J.
• La famille est génératrice : pour (x, y) ∈ E × F, il existe des familles presque nulles (λi )i∈I et
P P
(µj )j∈J de scalaires telles que x = i λi εi et y = j µj ej car les familles (εi )i∈I et (ej )j∈J sont
respectivement génératrices de E et F. Dès lors,
P P P P
(x, y) = λi εi , µj e j = λi (εi , 0) + µj (0, ej ).
i∈I j∈J i∈I j∈J
Exemple 3.21 Pour n ∈ N donné, l’ensemble des polynômes unitaires de degré n est un sous-espace
affine de Kn [X] : c’est le sous-espace affine passant par Xn et dirigé par Kn−1 [X]. Il peut être rapporté
au repère (Xn ; Xn−1 , Xn−2 , . . . , X, 1).
Théorème 3.24 Soient E et F deux K-espaces vectoriels. Soient e = (ei )i∈I une base de E et (xi )i∈I
une famille de vecteurs de F indexée par le même ensemble I.
(i) Il existe une application linéaire, et une seule, f : E −→ F telle que f (ei ) = xi pour tout i ∈ I.
(ii) f est injective si, et seulement si, la famille (xi )i∈I est libre.
(iii) f est surjective si, et seulement si, la famille (xi )i∈I est génératrice.
(iv) f est un isomorphisme si, et seulement si, la famille (xi )i∈I est une base de F.
Démonstration. (i) • Unicité.
P Soient x ∈ E et (λi )i∈I la famille (presque nulle) de ses coordonnées
sur la base e : x = i λi ei . On a nécessairement
P P P
f (x) = f λi e i = λi f (ei ) = λi xi ,
i i i
d’où l’unicité de f .
• Réciproquement, la formule précédente peut servir de définition pour f (x) puisque la décompo-
sition de x sur la base e est unique. On vérifie que l’application f ainsi définie est bien linéaire.
(ii) On a vu à la proposition précédente que si f est injective, alors (xi )i∈I est une famille libre de F.
Réciproquement,
P Psi x ∈ E est tel que f (x) = 0 alors, décomposant
si la famille (xi )i∈I est libre et
x = i λi ei sur la base e, il vient 0 = f (x) = i λi xi d’où λi = 0 pour tout i ∈ I, ce qui entraı̂ne
x = 0 et assure l’injectivité de f .
(iii) On a déjà vu que la condition
P est nécessaire. Réciproquement, si (xi )i∈I est génératrice alors tout
élément y ∈ F s’écrit y = i λi xi pour une Pfamille (λi )i∈I presque nulle de scalaires et apparaı̂t
donc comme l’image par f du vecteur x = i λi ei ∈ E.
(iv) est conséquence de (ii) et (iii).
Remarque 3.25 Le théorème précédent est fondamental ; il est à rapprocher du théorème 2.11. On
retiendra en particulier que deux applications linéaires sur E sont égales si, et seulement si, elles
prennent les mêmes valeurs sur les vecteurs d’une base de E.
20 – Algèbre linéaire & géométrie affine élémentaires Année 2010/2011
Remarque 3.27 Étant donnés deux sous-espaces vectoriels F et G supplémentaires d’un K-espace
vectoriel E, on appelle base adaptée à la somme directe E = F ⊕ G toute base de E obtenue par
concaténation d’une base de F et d’une base de G.
Définition 3.28 On dit qu’un K-espace vectoriel est de dimension finie s’il admet une famille
génératrice finie ; dans le cas contraire, on dit qu’il est de dimension infinie.
Théorème 3.29 (de la base incomplète) Soient E un K-espace vectoriel de dimension finie et
(ei )i∈I une famille génératrice de E.
Si L est une partie de I telle que la sous-famille (ei )i∈L soit libre, alors il existe une partie J de I
contenant L telle que la famille (ei )i∈J soit une base de E.
Corollaire 3.30 Tout espace vectoriel de dimension finie admet une base.
Démonstration. Il suffit de considérer la famille génératrice (x)x∈E , sa sous-famille libre indexée par
l’ensemble vide et d’appliquer le théorème de la base incomplète.
Théorème 3.36 Deux K-espaces vectoriels de dimension finie sont isomorphes si, et seulement si,
ils ont même dimension.
Démonstration. Soient E et F deux K-espaces vectoriels de dimension finie.
• Un isomorphisme de E sur F envoie une base de E sur une base de F ; les deux espaces E et F ont
donc même dimension s’ils sont isomorphes.
• Réciproquement, si E et F sont de même dimension n et si ε = (εi )n n
i=1 et e = (ei )i=1 en sont
respectivement des bases, alors l’unique application linéaire f de E dans F telle que f (εi ) = ei
pour tout i ∈ J1, nK est un isomorphisme de E sur F.
Remarques 3.37 • Ainsi la dimension permet de classifier les K-espaces vectoriels de dimension finie.
• Si E est un K-espace vectoriel de dimension finie n, chaque choix d’une base e = (ei )n i=1 de E
P
fournit un isomorphisme de Kn sur E : (xi )ni=1 7−→ i xi ei .
Le choix d’une base de E permet donc d’identifier E à Kn (cette identification n’étant pas canonique
puisqu’elle dépend du choix d’une base de E).
4. Représentations matricielles
Définition 4.2 Soient E et F deux K-espaces vectoriels de dimension finie rapportés respectivement
à des bases u = (uj )pj=1 et v = (vi )ni=1 .
• On appelle matrice représentative d’une application linéaire f : E −→ F dans les bases u et v, et
on note Mat(f ; u, v), la matrice de Mn,p (K) représentative du p-uplet f (u1 ), . . . , f (up ) dans la
base v.
• On appelle matrice représentative d’un endomorphisme f de E dans la base u, et on note Mat(f ; u),
la matrice de Mn (K) représentative de l’application linéaire f dans les bases u et u.
Exemple 4.3 L’application linéaire C3 −→ C2 , (x, y, z) 7−→ (x − iy − 2z, 2ix + z) est représentée dans
les bases canoniques par la matrice
1 −i −2
∈ M2,3 (C).
2i 0 1
Proposition 4.4 Soient E et F deux K-espaces vectoriels de dimension finie rapportés respective-
ment à des bases u et v. Soit f : E −→ F une application linéaire.
La matrice A représentant f dans les bases u et v est caractérisée par la propriété suivante : pour
tous vecteurs x ∈ E et y ∈ F et leurs matrices représentatives X et Y dans les bases u et v, on a
y = f (x) ⇐⇒ Y = AX.
Exemple 4.6 L’endomorphisme de R3 [X] représenté dans la base canonique par la matrice
0 0 1 −1
−1 1 1 −1
0 2 1 −2 ∈ M4 (R)
−1 2 1 −2
est la symétrie par rapport à Vect(X + X2 + X3 , 1 + X2 ) parallèlement à Vect(1 + X + X3 , X2 + X3 ).
PC – Lycée Chrestien de Troyes Algèbre linéaire & géométrie affine élémentaires – 23
Remarques 4.9 • Cette association justifie qu’on parle parfois abusivement du noyau ou de l’image
d’une matrice A ∈ Mn,p (K) ou qu’on évoque son injectivité, sa surjectivité, etc. Il s’agit en fait
des notions correspondantes pour l’application linéaire canoniquement associée à A.
• Les espaces Md,1 (K) et Kd étant canoniquement isomorphes, on considère parfois l’application
linéaire canoniquement associée à une matrice A ∈ Mn,p (K) comme application linéaire de Kp
dans Kn .
Proposition 4.11 Soient E un K-espace vectoriel de dimension finie, e, e′ et e′′ trois bases de E, P
la matrice de passage de e à e′ et P′ la matrice de passage de e′ à e′′ .
(i) La matrice P est inversible ; son inverse est la matrice de passage de e′ à e.
(ii) Le produit PP′ est la matrice de passage de e à e′′ .
Proposition 4.13 Soient E, F deux K-espaces vectoriels de dimension finie, u, u′ deux bases de
E et v, v ′ deux bases de F. Soient f : E −→ F une application linéaire et A (resp. A′ ) la matrice
représentant f dans les bases u et v (resp. dans les bases u′ et v ′ ).
Si P et Q désignent respectivement les matrices de passage de u à u′ et de v à v ′ , alors
A′ = Q−1 AP.
24 – Algèbre linéaire & géométrie affine élémentaires Année 2010/2011
A′ = P−1 AP.
Remarque 4.16 D’après les formules de changement de base, deux matrices représentant un même
endomorphisme dans des bases différentes sont semblables.
Réciproquement, si deux matrices carrées A et B de Mn (K) sont semblables et si E est un K-espace
vectoriel de dimension n rapporté à une base e, alors il existe une base e′ de E et un endomorphisme
de E qui est représenté par la matrice A dans la base e et par la matrice B dans la base e′ .
Remarque 4.21 La définition précédente est licite d’après le corollaire précédent, selon lequel deux
matrices représentant f dans des bases différentes, semblables d’après les formules de changement
de base, ont même trace ; ainsi la définition de tr f est indépendante du choix de la base intervenant
dans la définition.
PC – Lycée Chrestien de Troyes Algèbre linéaire & géométrie affine élémentaires – 25
Exemples 4.22 • Dans un espace euclidien orienté de dimension 2, la rotation d’angle θ ∈ R a pour
trace 2 cos θ.
• Dans un espace euclidien orienté de dimension 3, une rotation d’angle θ ∈ R a pour trace 1+2 cos θ.
5. Rang
Proposition 5.2 Soient E un K-espace vectoriel de dimension finie et (xi )i∈I une famille d’éléments
de E.
Le rang de la famille (xi )i∈I est le plus grand entier parmi les cardinaux des sous-familles libres de
(xi )i∈I .
Démonstration. On peut d’abord noter que le plus grand entier r parmi les cardinaux des sous-
familles libres de (xi )i∈I est bien défini : c’est le plus grand élément d’une partie non vide (puisque
contenant 0) et majorée (puisque E est de dimension finie) de N.
• Puis on a bien sûr rg(xi )i∈I > r : il existe une sous-famille libre (xj )j∈J0 de (xi )i∈I avec J0 de
cardinal r, et on a alors
r = dim Vect{xj }j∈J0 6 dim Vect{xi }i∈I = rg(xi )i∈I .
• Réciproquement, la famille (xi )i∈I engendre le sous-espace vectoriel F = Vect{xi }i∈I de dimension
finie ; on peut donc en extraire une base d’après le théorème de la base incomplète : il existe une
partie J1 de I telle que la sous-famille (xj )j∈J1 soit une base de F. On a alors r > #J1 = dim F =
rg(xi )i∈I , ce qui achève la démonstration.
Proposition 5.7 Le rang d’un projecteur d’un K-espace vectoriel de dimension finie est égal à sa
trace.
Démonstration. Soit p la projection sur F parallèlement à G. Puisque Im p = F, on a rg p = dim F.
Dans une base adaptée à la décomposition E = F ⊕ G, la matrice de p s’écrit par blocs
Ir 0
M=
0 0
Démonstration. Soient s = p−dim(Ker f ) et (us+1 , . . . , up ) une base de Ker f , que l’on peut compléter
en une base u = (u1 , . . . , us , us+1 , . . . , up ) de E.
Les vecteurs v1 = f (uP 1 ), . . . , vs = f (us ) sontP linéairement indépendants dans F : en effet, pour
λ1 , . . . , λs ∈ K tels que j λj f (uj ) = 0, on a j λj uj ∈ (Ker f ) ∩ Vect(u1 , . . . , us ) = {0} ; puisque la
famille u est libre, il s’ensuit λ1 = . . . = λs = 0.
Dès lors, la famille libre (v1 , . . . , vs ) peut être complétée en une base v = (v1 , . . . , vs , vs+1 , . . . , vn ) de
F. Par construction, l’application linéaire f est représentée dans les bases u et v par la matrice Js .
Il ne reste plus à remarquer que r = s. Or les vecteurs f (u1 ) = v1 , . . . , f (us ) = vs , f (us+1 ) =
0, . . . , f (up ) = 0 engendrent un sous-espace de F de dimension s puisque la famille (v1 , . . . , vs ) est
libre, de sorte que rg f = s, d’où le résultat.
Théorème 5.9 (du rang) Soient E et F deux K-espaces vectoriels et f : E −→ F une application
linéaire.
(i) Si E est de dimension finie, alors f est de rang fini
Théorème 5.11 Soient E, F deux K-espaces vectoriels de dimension finie tels que dim E = dim F.
Pour une application linéaire f : E −→ F, on a équivalence entre :
(i) f est injectif ;
(ii) f est surjectif ;
(iii) f est bijectif ;
(iv) il existe g ∈ L(F, E) tel que g ◦ f = idE ;
(v) il existe h ∈ L(F, E) tel que f ◦ h = idF .
Démonstration. L’équivalence entre (i), (ii) et (iii) est une compilation des résultats précédents. De
plus, (iii) implique (iv) et (v), (iv) implique (i) et (v) implique (ii), ce qui boucle la boucle.
Méthode 5.15 Le pivot de Gauss fournit une méthode effective de calcul du rang d’une matrice par
opérations élémentaires sur les lignes et les colonnes. Voir le cours de première année pour les détails.
Proposition 5.16 Une application linéaire entre deux K-espaces vectoriels de dimension finie a
même rang que chacune des matrices qui la représentent.
En particulier, une matrice A ∈ Mn,p (K) a même rang que l’application linéaire qui lui est canoni-
quement associée.
Les résultats de la section précédente prennent alors la forme suivante en termes matriciels.
f |F : F −→ E, x 7−→ f (x),
Proposition-Définition 6.1 On dit que le sous-espace vectoriel F est stable par f si f (F) ⊂ F,
i.e. si, pour tout x ∈ F, f (x) ∈ F.
Dans ces conditions, on appelle endomorphisme induit par f sur F l’application définie par :
fF : F −→ F, x 7−→ f (x).
C’est un endomorphisme de F.
Remarques 6.2 • On ne peut définir l’endomorphisme fF que si F est stable par f . Dans ce cas, il
s’agit de la restriction f |F de f dont on a modifié l’espace d’arrivée pour en faire un endomorphisme.
• Une étude plus systématique de la notion de sous-espace stable avec de nombreux exemples sera
menée dans le chapitre Réduction des endomorphismes et des matrices carrées.
PC – Lycée Chrestien de Troyes Algèbre linéaire & géométrie affine élémentaires – 29
dès que les nombres de colonnes de A et de B sont respectivement égaux aux nombres de lignes de
A′ et C′ (bref, dès que la formule a un sens). On aurait un énoncé similaire avec davantage de blocs.
Remarque 6.5 Il convient de faire attention à l’ordre des produits intérieurs puisque le produit ma-
triciel n’est pas commutatif !