PROCÉDURES COLLECTIVES
INTRODUCTION
Les procédures collectives peuvent être définies comme des procédures faisant
intervenir la justice lorsque le commerçant personne physique ou personne
morale n'e connaît de sérieuses difficultés financières en vue d'assurer le
paiement des créanciers et dans la mesure du possible le sauvetage de
l'entreprise ou de l'activité.
Section 1 : Évolution historique
I- Au moyen âge
Au moyen âge, la faillite, procédure unique, trouve son origine la plus ancienne
au Moyen Age, précisément dans les statuts des villes italiennes à la fin du I5 e
siècle, notamment dans les statuts de Gênes de 1498, réformés en 1588, et dans
ceux de Florence, de Milan et de Venise.
La procédure avait un caractère corporatiste et pénal.
Elle était réservée aux commerçants lesquels faisant l'objet d'un
emprisonnement. La procédure avait aussi un caractère vexatoire et humiliant :
le banc du commerçant sur lequel il s'asseyait pour faire son commerce était
solennellement brisé à l'assemblée des marchands d'où le nom de banqueroute
(« banca rotta ») qui signifie littéralement « banc brisé » ou « banc rompu ».
On liquidait les biens du débiteur dans le respect de l'égalité entre les créanciers
et on procédait au vote du "concordat" en d'autres termes au vote sur les
modalités du règlement des créanciers (délai de paiement, remise de dette).
II- En France
En France, les premiers textes en matière de procédures collectives sont
constitués des ordonnances royales de 1536, de 1560 et de 1673.
Un titre entier de l'ordonnance de 1673 réglementait la faillite et la banqueroute.
Le concordat était prévu pour les commerçants malchanceux qui déposent leur
bilan. Les débiteurs qui déposaient eux-mêmes leur bilan pouvait obtenir du Roi
des lettres de répit leur permettant d'échapper aux rigueurs de la fai11ite.
Certains en profitaient pour disparaître ou pour organiser leur insolvabilité.
L'aspect répressif, au moins officiel, était très marqué puisque la banqueroute
frauduleuse était punie de sanctions sévères allant des galères à la peine capitale.
Par ailleurs, des déclarations royales provisoires, notamment celle de 1716,
avaient accordé compétence aux tribunaux consulaires pour tout ce qui concerne
les faillites.
Le Code de commerce de 1807, applicable pour compter de 1808, s'est
largement inspiré de l'Ancien droit.
Il mettait en avant le paiement des créanciers et la punition du débiteur. Outre
les nombreuses déchéances, le débiteur devait être incarcéré dès le jugement
d'ouverture et était passible des sanctions de la banqueroute.
Au plan patrimonial, les scellés étaient apposés sur ses biens, lesquels étaient
liquidés en faveur des créanciers.
Cependant, le système mis en place s'est révélé trop sévère, trop rigoureux pour
le débiteur, mais en plus inefficace pour les créanciers.
Avec la multiplication des scandales financiers consécutifs à la crise de 1929, le
législateur français s'est senti obligé de revenir à la sévérité avec les décrets-lois
de 1935.
Le décret-loi du 8 août 1935 étend les déchéances de la faillite et les sanctions
de la banqueroute aux dirigeants sociaux, ce qui à l'époque fut une révolution.
Un autre décret-loi, également du 8 août 1935, a ajouté un alinéa à l'ancien
article 437 du Code de commerce pour permettre de déclarer la faillite d'une
société commune à toute personne qui, sous le couvert de la société masquant
ses agissements, a fait dans son intérêt personnel des actes de commerce et
disposé des biens sociaux comme des siens propres. Auparavant, les dirigeants
sociaux invoquaient le fait que seule la société a la qualité de commerçant ainsi
que leur responsabilité limitée pour échapper à toute sanction ou responsabilité.
C'est dans ce mouvement qu'il faut situer l'institution de l'action en comblement
du passif social pesant sur les dirigeants sociaux par la loi du 18 septembre
1940, rapidement remplacée par celle du 16 novembre 1940, de même que
l'adoption de la loi du 30 août 1947 interdisant l'exercice des professions
commerciales et la gestion des sociétés aux faillis non réhabilités, ce qui
constituait une excellente mesure d'assainissement.
Avec le décret n°55-583 du 20 mai 1955, la faillite est maintenue. Elle débouche
sur la liquidation totale de l'entreprise et conduit à sa disparition. Le règlement
judiciaire, qui désormais remplace la liquidation judiciaire, est réservé au
commerçant de bonne de foi.
La loi du 13 juillet 1967 applique les procédures collectives aux commerçants
personnes physiques et aux personnes morales de droit privé même non
commerçantes. Elle soumet l'entreprise redressable au règlement judiciaire et
l'entreprise non redressable à la liquidation des biens. Quant au débiteur et aux
dirigeants sociaux, ils encourent les déchéances et interdictions de la faillite
personnelle ainsi que les sanctions pénales de la banqueroute et/ou des sanctions
patrimoniales s'ils sont fautifs.
Cette législation, très critiquée, ne convenait plus dans une conjecture
économique moins favorable. La plupart des procédures se terminaient par une
liquidation de biens.
La loi n°85-98 du 25 janvier 1985 est relative au redressement et à la liquidation
judiciaire des entreprises. Elle fixe comme objectif prioritaire aux procédures
collectives, le redressement de l'entreprise et la sauvegarde de l'emploi et réduit
en conséquence les droits des créanciers qui ne sont plus réunis en une masse.
Avec cette loi, le législateur français décide que toute procédure collective est
de redressement judiciaire et commence nécessairement par une période
d'observation de 6 mois à l'issue de laquelle seulement la liquidation judiciaire
pourra être prononcée si l'entreprise n'est susceptible d'être sauvée.
La loi du 26 juillet 2005 de sauvegarde des entreprises a été prise en
considération du nombre élevé de procédures de liquidation judiciaire par
rapport à celles de redressement judiciaire.
Elle permet d'anticiper le traitement des difficultés en ouvrant la procédure
avant la cessation des paiements et en accordant le bénéfice en plus des
justiciables habituels à toutes les personnes physiques professionnels
indépendants, y compris les professions libérales. Elle prévoit une participation
plus grande des créanciers publics qui peuvent accorder des remises portant sur
le principal de la créance.
L’ordonnance du 18 décembre 2008 constitue la première réforme de la loi du
26 juillet 2005, à l’épreuve de la pratique. Cette réforme a eu pour but :
-d’améliorer les mesures de prévention ;
-de favoriser la procédure de sauvegarde et celle de la liquidation judiciaire
simplifiée ;
-d’apporter des précisions sur la définition de la cessation des paiements, du
comblement du passif ;
-de réformer sur certains points, les responsabilités et les sanctions encourues.
III- La situation des Etats africains
Dans la plupart des États africains membres de l'OHADA dont la Côte d'Ivoire,
la législation applicable quelque peu éparpillée, était composée principalement :
-du code du commerce de 1807 tel qu'il a été refondu par la loi du 28 mai 1838 ;
-la loi du 4 mars 1889 sur la liquidation judiciaire ; -les
décrets loi du 8 août et du 30 octobre 1935.
L'Acte Uniforme portant organisation des procédures collectives d'apurement du
passif (AUPCAP) a été adopté le 10 avril 1998 à Libreville au Gabon. Il entré
en vigueur, le 1er janvier 1999.
Cet acte uniforme a réformé et remplacé la législation en vigueur en matière de
procédure collective dans les États signataires ou États parties du traité OHADA
adopté à Port Louis en Île Maurice, le 17 octobre 1993.
En la forme, l'AUPCAP comprenait 258 articles regroupés en 8 titres d'inégales
dimensions.
Au fond, il mettait en place 3 procédures collectives :
-le règlement préventif avant la cessation des paiements et qui constitue à ce
titre l'une des pièces maîtresses de la prévention ;
-le redressement judiciaire et la liquidation des biens après la cessation des
paiements visant respectivement le sauvetage de l'entreprise ou sa liquidation.
Le 10 septembre 2015 Grand-Bassam, le Conseil des Ministres de l’OHADA a
adopté un nouvel Acte Uniforme portant organisation des procédures collectives
d’apurement du passif à Grand Bassam. Entré en vigueur, le 24 décembre 2015,
cet acte uniforme, qui abroge l'AUPCAP du 10 avril 1998, n’est applicable
qu’aux procédures collectives ouvertes après son entrée en vigueur. Le nouvel
AUCPCAP contient 258 articles tout comme celui de 1998.
L’article 1er de l’AUPCAP de 2015 dispose : « Le présent Acte uniforme a pour
objet :
- d'organiser les procédures préventives de conciliation et de règlement
préventif ainsi que les procédures curatives de redressement judiciaire et de
liquidation des biens afin de préserver les activités économiques… » Ce texte
institue quatre types de procédures collectives :
-deux procédures préventives destinées à sauvegarder les entreprises en
difficulté et à apurer leur passif avant la cessation des paiements : la conciliation
et le règlement préventif ;
-deux procédures curatives ouvertes à tout débiteur après la cessation des
paiements : le redressement judiciaire et la liquidation des biens.
L’une des réformes majeures de ce texte est l’élaboration d’un statut des
mandataires judiciaires auxquels est consacré le Titre I de l’AUPCAP.
Les mandataires judiciaires sont des auxiliaires de justice. Ils reçoivent mandat
du tribunal pour intervenir dans les moments où l’entreprise est en difficultés.
Ils doivent disposer d’excellentes connaissances en droit, en gestion, en finance
et faire preuve de psychologie.
L’article 4-1 de l’AUPCAP prévoit quatre types de mandataires judiciaires :
- L’expert au règlement préventif ;
- Le syndic au règlement préventif ;
- Le syndic au règlement au redressement judiciaire ; - Le syndic de la
liquidation des biens.
Nul ne peut être désigné en qualité de mandataire judiciaire s’il n’est inscrit sur
la liste nationale des mandataires judiciaires, au besoin en mettant en place à cet
effet, une autorité nationale dont il fixe l’organisation, la composition et le
fonctionnement.
L’AUPCAP impose à chaque Etat partie d’adopter des règles pour la régulation
et la supervision des mandataires judiciaires agissant sur son territoire. En Côte
d’Ivoire, la Commission Nationale de Contrôle des Mandataires Judiciaires a été
créée par Décret N°2016-48 du 10 février 2016.
Section II : Les caractères des procédures collectives
Les traits caractéristiques des procédures collectives sont principalement
au nombre de quatre. Celles- ci revêtent un caractère collectif,
conflictuel, judiciaire et impliquent un débiteur ayant la qualité de
commerçant.
I- L'aspect collectif des procédures collectives
Les créanciers sont regroupés et soumis à un ensemble de règle destinée
à les discipliner afin que leur paiement se fasse dans l'égalité et la
justice.
II- L'aspect conflictuel des procédures collectives
Un conflit d'intérêt existe d'une part entre le créancier et le débiteur ou
l'entreprise, d'autre part à l'intérieur du groupe des créanciers entre les
créanciers chirographaires, les créanciers munis de sûreté ainsi que les
créanciers qui vont se prévaloir d'un droit de préférence, en l'occurrence
le droit de propriété qui apparaît comme la meilleure des garanties.
III- Le caractère judiciaire des procédures collectives
L’AUPCAP donne compétence en la matière à la juridiction compétente en
matière commerciale.
En Côte d'Ivoire, les Tribunaux de Commerce sont compétents pour
connaître des procédures collectives conformément aux dispositions de
l’article 7 de la loi organique n°2016-1110 du 8 décembre 2016 portant
création ; organisation et fonctionnement des juridictions de commerce.
L'intervention judiciaire est essentielle dans le domaine des procédures
collectives. Elle est destinée à protéger les intérêts en présence et à
assurer l'efficacité et la moralité des procédures. Son intensité varie
selon suivant qu'il y a ou non cessation de paiement et suivant qu'il s'agit
du redressement judiciaire ou de la liquidation des biens.
IV- L'exigence de la qualité du commerçant en la personne du débiteur.
Cette exigence est classique et explique pourquoi le droit des procédures
collectives est une branche caractéristique du droit commercial. Mais
elle tend à être partiellement ou totalement abandonnée.
Ainsi pour les personnes physiques assujetties aux procédures
collectives, le nouvel AUPCAP a élargi la catégorie. Alors que dans le
précédent texte, seules les personnes physiques commerçantes étaient
soumises aux procédures collectives, le nouveau texte s’ouvre à toute
personne exerçant une activité professionnelle indépendante, civile,
commerciale, artisanale ou agricole.
S’agissant des personnes morales de droit privé, l’AUPCAP s’applique,
par principe, à celles-ci. L’alinéa 2 de l’article 1-1 dudit Acte Uniforme
réserve une possible restriction pour certaines d’entre elles. Cet alinéa
fait référence aux « personnes morales de droit privé qui exercent une
activité soumise à un régime particulier ». Il s’agit, notamment, des
établissements de crédit au sens de la loi bancaire, des établissements de
micro finance et des acteurs des marchés financiers ainsi que celles des
sociétés d'assurance et de réassurance des États parties au Traité de
l'OHADA. Pour ces personnes morales, les procédures instituées par
l’Acte uniforme seront inapplicables si la réglementation spécifique
régissant leurs activités prévoit un régime différent de celui retenu par
l’Acte uniforme.
L’utilisation de l’adverbe « notamment » montre que la liste des établissements
fournie par le texte n’est pas exhaustive.
Section 3 : Objectifs des procédures collectives
Ils sont au nombre de trois :
-obtenir le paiement des créanciers dans les meilleures conditions
possibles en instaurant entre eux une discipline collective et une certaine
égalité et solidarité. Mais il s'agit d'une solidarité et une égalité relatives.
-punir et éliminer le commerçant qui n'honore pas ces engagements. On
assimile le commerçant aux dirigeants sociaux fautifs des personnes
morales.
- sauver les entreprises redressables même au prix d'une certaine entorse au droit
des créanciers.
Le droit des entreprises en difficultés pose deux grandes catégories de
questions :
-d’une part, la prévention des difficultés des entreprises afin d'éviter que ces
difficultés ne conduisent à la cessation des paiements ;
-d'autre part, le traitement des difficultés des entreprises qui n'ont pas
recouru à la prévention ou dont la prévention a échoué et qui sont en état
de cessation des paiements.
PARTIE I: LA PREVENTION DES DIFFICULTES DES ENTREPRISES
Les difficultés des entreprises peuvent résulter de causes liées à
l’exploitation de celles-ci (comptabilité non tenue, mal tenu ou non
élaboré, personnel pléthorique ou avantage salariaux exorbitants,
dépenses somptuaires, inadaptation de la politique commerciale,
confusion patrimoniale, incurie ou la mauvaise gestion des
dirigeants…).
Certaines difficultés découlent de causes liées à l'évolution de
l'environnement et de la conjoncture internationale. Il en est ainsi en cas
d'accroissement de la concurrence et de transformation de facteurs
locaux de commercialité, l'accroissement du coût des entrants, de la
modification de la réglementation dans un sens défavorable, défaillance
d'un partenaire important.
D’autres difficultés ont des causes purement accidentelles telles que le
décès d'un dirigeant influent, le sinistre non couvert par une assurance
adéquate, les malversations, les grèves longues ou répétées ou la baisse
de la productivité du travail.
L’inadéquation de la forme juridique choisie et d'une manière générale,
la non maîtrise des questions d'ordre juridique que l'on pourrait résoudre
par un audit juridique peuvent être aussi sources des difficultés des
entreprises.
Celles-ci se manifestent par signes ou clignotants. Par exemple, le
report renouvelé de l'échéance d'un effet de commerce, la notification
d'un protêt au non-paiement d'un effet de commerce ou d'un chèque, le
non-paiement des impôts ou des cotisations sociales depuis un certain
temps, la non convocation ou la non tenue dans les délais des réunions
des organes, le refus de certification des comptes par le commissaire aux
comptes ou le refus de l'approbation de ceux-ci par l'assemblée des
actionnaires etc.
Le recours aux moyens préventifs de traitement des difficultés des
entreprises suppose que l'entreprise n'ait pas encore cessé ses paiements.
Dans le cas contraire, seule la procédure de redressement ou de
liquidation des biens peut être ouverte.
L'objectif est de détecter les difficultés des entreprises pour pouvoir les
traiter avant que ne survienne la cessation des paiements qui déclenche
l'ouverture d'une procédure collective.
L'on estime que la solution des difficultés des entreprises doit passer par une
intervention précoce.
L’article 1er de l’AUPCAP de 2015 dispose que : « Le présent Acte uniforme a
pour objet :
- d'organiser les procédures préventives de conciliation et de règlement
préventif ainsi que les procédures curatives de redressement judiciaire
et de liquidation des biens afin de préserver les activités économiques…
» Ce texte institue deux procédures préventives destinées à sauvegarder
les entreprises en difficulté et à apurer leur passif avant la cessation des
paiements : la conciliation et le règlement préventif.
CHAPITRE I : La procédure de conciliation
L’article 2 de l’AUPCAP définit la conciliation comme une procédure
préventive, consensuelle et confidentielle, destinée à éviter la cessation des
paiements de l'entreprise débitrice afin d'effectuer, en tout ou partie, sa
restructuration financière ou opérationnelle pour la sauvegarder. Cette
restructuration s'effectue par le biais de négociations privées et de la conclusion
d'un accord de conciliation négocié entre le débiteur et ses créanciers ou, au
moins ses principaux créanciers, grâce à l'appui d'un tiers neutre, impartial et
indépendant dit conciliateur.
Deux points méritent d’être examinés :
-l’ouverture de la conciliation ;
-le déroulement et l’issue de la conciliation.
Section 1 : L’ouverture de la conciliation
La conciliation est ouverte à toute personne physique exerçant une activité
professionnelle indépendante, civile, commerciale, artisanale ou agricole, à
toute personne morale de droit privé ainsi qu'à toute entreprise publique ayant la
forme d'une personne morale de droit privé, qui connaissent des difficultés
avérées ou prévisibles mais qui ne sont pas encore en état de cessation des
paiements. (Article 5-1 AUPCAP).
Elle a pour objectif de trouver un accord amiable avec les principaux créanciers
et cocontractants du débiteur, en vue de mettre fin à ses difficultés.
Toute personne qui a connaissance de la conciliation est tenue à la
confidentialité.
Le président de la juridiction compétente est saisi par une requête du débiteur ou
par une requête conjointe de ce dernier avec un ou plusieurs de ses créanciers.
Cette demande expose ses difficultés ainsi que les moyens d'y faire face.
La requête est accompagnée des documents suivants, datant de moins de trente
(30) jours :
1°) une attestation d'immatriculation, d'inscription ou de déclaration d'activité à
un registre ou à un ordre professionnel ou, à défaut, tout autre document de
nature à prouver la réalité de l'activité exercée par le débiteur ;
2°) le cas échéant, les états financiers de synthèse comprenant le bilan, le
compte de résultat, un tableau financier des ressources et des emplois, l'état
annexé et, en tout état de cause, le montant du chiffre d'affaires et des bénéfices
ou des pertes des trois derniers exercices ;
3°) un état de la trésorerie et un état chiffré des créances et des dettes avec
indication des dates d'échéance ;
4°) un document indiquant le nombre de travailleurs déclarés et immatriculés, à
la date de la demande ;
5°) une attestation émanant du débiteur par laquelle il déclare sur l'honneur ne
pas être en état de cessation de paiements et précise, en outre, qu'il n'est pas
soumis à une procédure de règlement préventif, de redressement judiciaire ou de
liquidation des biens qui ne serait pas clôturée ;
6°) si le débiteur propose un conciliateur, un document indiquant les noms,
prénoms, qualités et domicile de la personne proposée et une attestation de cette
dernière indiquant ses compétences professionnelles ;
7°) le cas échéant, un document indiquant les noms, prénoms et domicile des
créanciers qui se joignent à la demande du débiteur et le montant de leurs
créances et des éventuelles sûretés dont elles sont assorties.
Ces documents sont datés, signés et certifiés conformes et sincères par le
requérant. Dans le cas où l'un des documents visés ci-dessus ne peut être fourni,
ou ne peut l'être qu'incomplètement, la requête doit contenir l'indication des
motifs de cet empêchement.
La procédure de conciliation est ouverte par le président de la juridiction
compétente, statuant à huis clos, pour une durée n'excédant pas trois (3) mois
mais qu'il peut, par une décision spécialement motivée, proroger d'un mois au
plus à la demande du débiteur, après avis écrit du conciliateur.
A l'expiration de ces délais, la conciliation prend fin de plein droit et il ne peut
être ouvert une nouvelle procédure de conciliation avant expiration d'un délai de
trois (3) mois.
La décision ouvrant la conciliation ou rejetant la demande d'ouverture ne fait
l'objet d'aucune publicité.
Dans la décision d'ouverture, le président de la juridiction compétente désigne
un conciliateur. L’article 5-4 AUPCAP fixe les conditions nécessaires à remplir
pour être conciliateur ainsi que les hypothèses de cessation de sa mission.
Naturellement, si le conciliateur ne remplit plus les conditions requises pour
l’exercice de sa mission, celle-ci prend fin. De même, à défaut d’accord sur la
revalorisation de sa rémunération, la mission du conciliateur prendra fin.
Les modalités de rémunération du conciliateur sont déterminées par le président
de la juridiction avec l'accord du débiteur au jour de l'ouverture de la
conciliation. Les critères sur la base desquels elle est arrêtée, son montant
maximal chiffré et le montant des provisions sont précisés dans un document
signé par le débiteur et le conciliateur et annexé à la décision d'ouverture.
Si au cours de sa mission, le conciliateur estime que le montant initialement
déterminé est insuffisant, il doit en informer sans délai le président de la
juridiction qui fixe les nouvelles conditions avec l'accord du débiteur. A défaut
d'accord, il est mis fin à la mission du conciliateur.
La rémunération du conciliateur est à la charge du débiteur et fait l'objet d'une
ordonnance de taxe.
SECTION II : Le déroulement et l’issue de la conciliation
I- Le déroulement de la conciliation
Aux termes de l’article 5-5 de l’AUPCAP, le conciliateur a pour mission de
favoriser la conclusion, entre le débiteur et ses principaux créanciers ainsi que,
le cas échéant, ses cocontractants habituels, d’un accord amiable destiné à
mettre fin aux difficultés de l’entreprise. Le conciliateur peut, à cette fin, obtenir
du débiteur tous renseignements utiles.
Il en résulte que le conciliateur n’a aucun pouvoir de coercition, ni de décision.
Sa mission consiste essentiellement à favoriser l’aboutissement d’un accord
entre le débiteur et ses créanciers.
Le conciliateur rend compte régulièrement, au président de la juridiction
compétente, de l'état d'avancement de sa mission et formule toutes observations
utiles.
S'il a connaissance de la survenance de la cessation des paiements, il en informe
sans délai le président de la juridiction compétente.
En cas de survenance de la cessation des paiements, le débiteur en informe sans
délai le président de la juridiction compétente.
A tout moment, s'il est informé de la survenance de l'état de cessation des
paiements dans les conditions prévues par les deux alinéas précédents ou par
tout autre moyen, le président de la juridiction compétente met fin sans délai à la
conciliation et à la mission du conciliateur, après avoir entendu le débiteur et le
conciliateur.
Si le débiteur est mis en demeure ou poursuivi par un créancier appelé à la
conciliation pendant la période de recherche de l'accord, dont la durée est
prévue par les dispositions de l'article 5-3 AUPCAP, le président du tribunal
peut, à la demande du débiteur, et après avis du conciliateur, reporter le
paiement des sommes dues et ordonner la suspension des poursuites engagées
par un créancier.
Ces mesures prennent fin de plein droit lorsque la conciliation prend fin et, en
tout état de cause, à l'expiration du délai de trois mois sus indiqué.
L'ordonnance du président du tribunal prononçant ces mesures est déposée au
greffe et ne fait l'objet d'aucune publicité. Elle est communiquée au créancier
concerné, sans délai, et elle rappelle l'obligation de confidentialité à laquelle
celui-ci est tenu.
II- L’issue de la conciliation
En cas d'impossibilité de parvenir à un accord, le conciliateur présente sans délai
un rapport écrit au président. Celui-ci met fin à sa mission et à la conciliation,
après avoir entendu le débiteur. À tout moment, en l'absence de cessation des
paiements, le débiteur peut demander à ce qu'il soit mis fin à la mission du
conciliateur et à la conciliation, auquel cas le président de la juridiction
compétente y met fin sans délai. (Article 5-8 AUPCAP).
La décision mettant fin à la conciliation et à la mission du conciliateur en
l'absence d'accord est notifiée au débiteur, au conciliateur ainsi qu'aux
créanciers et cocontractants appelés à la conciliation, sans délai. Elle ne fait
l'objet d'aucune publicité.
Lorsque le débiteur et ses créanciers parviennent à un accord, il est signé par les
parties.
A la requête de la partie la plus diligente, l'accord signé peut être déposé au rang
des minutes d'un notaire ou homologué ou exequaturé par la juridiction ou
l'autorité compétente statuant à huis clos.
L’homologation ou l'exequatur est de droit et ne peut être refusé que si l'accord
est contraire à l'ordre public ; le greffier appose la formule exécutoire ; des
copies valant titre exécutoire peuvent être délivrées aux parties à l'accord.
La décision d'homologation ou d'exequatur ne fait l'objet d'aucune publicité et
ne reprend pas le contenu de l'accord qui reste confidentiel.
La décision homologuant ou exequaturant l'accord n'est pas susceptible de
recours. Elle met fin à la conciliation.
La décision d'homologation ou d'exequatur de l'accord ne reprend pas le contenu
de l'accord, mais elle mentionne ledit privilège et les montants garantis.
Elle doit être notifiée par le greffe au ministère public ainsi qu'aux créanciers et
cocontractants signataires de l'accord. Elle est publiée dans les conditions
prévues par les articles 36 et 37 AUPCAP.
Pendant la durée de son exécution, l'accord interrompt ou interdit toute action en
justice et arrête ou interdit toute poursuite individuelle, tant sur les meubles que
les immeubles du débiteur, dans le but d'obtenir le paiement des créances qui en
font l'objet.
L'accord interrompt, pour la même durée, les délais impartis aux créanciers
parties à l'accord à peine de déchéance ou de résolution des droits afférents aux
créances mentionnées par l'accord.
La juridiction ou l'autorité compétente ayant connu de la conciliation est seule
compétente pour connaître de toute inexécution de l'accord et pour en prononcer
la résolution. Elle est saisie par l'une des parties à l'accord.
Si la résolution est prononcée, les créanciers recouvrent l'intégralité de leurs
créances, déduction faite des sommes perçues.
L'ouverture d'une procédure de règlement préventif, de redressement judiciaire
ou de liquidation des biens met fin de plein droit à la conciliation et, le cas
échéant, à l'accord.
Dans ce cas, les créanciers recouvrent l'intégralité de leurs créances, déduction
faite des sommes perçues. (Article 5-14 AUPCAP)
SCHEMA DE LA PROCEDURE DE CONCILIATION
Requête du débiteur ou requête conjointe du débiteur et d’un ou plusieurs créancières
adressées au Président de la juridiction compétente. Cette requête expose les difficultés
du débiteur ainsi que les moyens d’y faire face. Elle est accompagnée de documents.
Ouverture de la procédure de conciliation par le président de la juridiction compétente
statuant à huis clos. Dans cette décision d’ouverture, le président de la juridiction
compétente désigne un conciliateur. La procédure de conciliation est ouverture pour
une durée de trois (03) mois pouvant être prorogé d’un (01) mois au plus par une
décision spécialement motivée. A l’expiration de ces délais, la conciliation prend fin de
plein droit.
Mission du conciliateur : favoriser la conclusion entre le débiteur et ses principaux
créanciers d’un accord amiable destiné à mettre fin aux difficultés de l’entreprise.
Issue de la mission du conciliateur
En cas d’accord : les
Impossibilité de parties signent l’accord.
parvenir à un accord: L’accord signé peut
être soit déposé au rang
le conciliateur
des minutes d’un notaire ;
présente sans délai soit homologué ou
un rapport écrit au exequaturé par la
président de la juridiction ou l’autorité
compétente statuant à huis
juridiction clos. Interruption ou
compétente qui met interdiction de toute action
fin à sa mission après en justice en justice ou de
audition du débiteur. toute poursuite individuelle
pendant toute la durée
d’exécution de l’accord.
CHAPITRE II : La procédure de règlement préventif
Aux termes de l’article 6 AUPCAP, le règlement préventif est ouvert au
débiteur qui, sans être en état de cessation des paiements, justifie de difficultés
financières et économiques sérieuses.
La procédure de règlement préventif comprend trois grandes phases qui sont :
-la saisine de la juridiction compétente ;
-la décision du président de la juridiction compétente ; -la
décision de la juridiction compétente.
Section I : La saisine de la juridiction compétente
I- La saisine
A- L’auteur de la saisine et la forme de l’acte de saisine
La juridiction compétente est saisie par une requête du débiteur ou par
une requête conjointe de ce dernier avec un ou plusieurs de ses
créanciers, déposée au greffe contre récépissé.
La requête du débiteur est accompagnée des documents suivants, datant de
moins de trente (30) jours :
1°) une attestation d'immatriculation, d'inscription ou de déclaration
d'activité à un registre ou à un ordre professionnel ou, à défaut, tout
autre document de nature à prouver la régularité de l'activité exercée par
le débiteur ;
2°) les états financiers de synthèse comprenant le bilan, le compte de
résultat, un tableau financier des ressources et des emplois, l'état annexé
et, en tout état de cause, le montant du chiffre d'affaires et des bénéfices
ou pertes des trois (03) derniers exercices.
3°) un état de la trésorerie et un état chiffré des créances et des dettes
avec indication des noms, qualités et adresses des créanciers et des dates
d'échéance ;
4°) un document indiquant le nombre de travailleurs et le montant des
salaires et des charges salariales à la date de la demande ou, à défaut,
tout autre document de nature à permettre d'identifier et de dénombrer
les travailleurs du débiteur et d'estimer le montant des salaires et des
charges salariales si la requête est introduite par un débiteur répondant à
la définition de la petite entreprise conformément à l'article 1-3
cidessus ;
5°) une attestation émanant du débiteur par laquelle il déclare sur l'honneur ne
pas être en état de cessation des paiements ;
6°) l'état détaillé, actif et passif, des sûretés personnelles et réelles données ou
reçues par l'entreprise et ses dirigeants ;
7°) une attestation du débiteur indiquant qu'il ne bénéficie pas d'un
accord de conciliation en cours d'exécution et, en tout état de cause, qu'il
n'est pas soumis à une procédure de règlement préventif, de
redressement judiciaire ou de liquidation des biens, qui ne serait pas
clôturée et qu'il remplit les conditions du dernier alinéa de l'article 6 ci-
dessus ;
8°) l'inventaire des biens du débiteur avec indication des biens mobiliers
soumis à revendication par leurs propriétaires et de ceux affectés d'une
clause de réserve de propriété ou, à défaut, un inventaire provisoire si la
requête est introduite par un débiteur répondant à la définition de la
petite entreprise conformément à l'article 1-3 AUPCAP ;
9°) un document indiquant les noms, prénoms et adresses des représentants du
personnel ;
10°) s'il s'agit d'une personne morale, la liste des membres solidairement
responsables des dettes de celle-ci, avec indication de leurs noms,
prénoms et domiciles, ainsi que des noms et adresses de ses dirigeants ;
11°) si le débiteur propose une personne à la désignation en qualité
d'expert au règlement préventif conformément au premier alinéa de
l'article 8 ci-dessous, un document indiquant les noms, prénoms,
qualités et domicile de cette personne et une attestation de cette dernière
précisant qu'elle remplit les conditions prévues aux articles et 4-1 et 4-2
ci-dessus ;
12°) le cas échéant, un document indiquant les noms, prénoms, qualités
et domiciles des personnes qui envisagent de consentir un nouvel apport
en trésorerie ou de fournir un nouveau bien ou service dans les
conditions de l'article 11-1 ci-dessous, avec l'indication du montant de
l'apport ou de la valeur du bien ou du service ;
13°) un projet de concordat préventif ;
14°) le cas échéant, un document indiquant les noms, prénoms et
domiciles des créanciers qui se joignent à la demande du débiteur, et le
montant de leurs créances et des éventuelles sûretés dont elles sont
assorties.
Tous ces documents doivent être datés, signés et certifiés conformes et
sincères par le requérant.
Les documents visés aux numéros 1° à 5° ainsi qu'aux numéros 7°, 8°,
10° et 13° doivent être fournis à peine d'irrecevabilité de plein droit de la
requête.
Dans le cas où l'un des documents visés aux numéros 6°, 9° et 11° ne
peut être fourni, ou ne peut l'être qu'incomplètement, la requête doit
contenir l'indication des motifs de cet empêchement.
Le projet de concordat préventif susvisé (article 6-1-13° AUPCAP) doit
préciser les mesures et conditions envisagées pour le redressement de
l'entreprise et pour l'apurement de son passif. L'AUPCAP fournit en son
article 7 à titre indicatif des exemples de mesures ou conditions de
redressement de l'entreprise. Il s’agit :
-des modalités de continuation de l'entreprise (demande de délai ou de
remise, cession partielle d'actifs avec indication précise des biens à
céder etc.);
-l'indication des personnes tenues d'exécuter le concordat et l'ensemble
des engagements souscrivent par elle et nécessaire au redressement ;
-des licenciements pour motif économique qui doivent intervenir dans
les conditions prévues par les dispositions du code du travail ; -du
remplacement des dirigeants.
Au total, l'offre de concordat doit prévoir d'une part les mesures tendant à
la continuation de l'entreprise et à son assainissement et d'autre part les
modalités et garanties de règlement de son passif.
B- Contenu de l’acte de saisine
La requête adressée au président de la juridiction compétente par le débiteur doit
:
-exposer les difficultés financières ou économiques du débiteur ;
- présenter les perspectives de redressement de l’entreprise et d’apurement du
passif ;
II- La juridiction compétente
A- La juridiction matériellement compétente
L’AUPCAP donne compétence à la juridiction compétente en matière
commerciale.
En Côte d'Ivoire, les Tribunaux de Commerce sont compétents pour
connaître des procédures collectives conformément aux dispositions de
l’article 9 de la loi organique n°2016-1110 du 8 décembre 2016 portant
création, organisation et fonctionnement des juridictions de commerce.
A l’heure actuelle, il n’existe qu’un seul tribunal de commerce à savoir,
le Tribunal de Commerce d’Abidjan dont le ressort s’étend aux ressorts
territoriaux des Tribunaux de Première Instance d’Abidjan et de
Yopougon.
En dehors de ce tribunal, les tribunaux de première instance et les
sections détachées des tribunaux de première instance connaissent des
procédures collectives relevant de leur ressort puisqu’ils continuent de
statuer en matière commerciale.
C- La juridiction territorialement compétente
C’est la juridiction dans le ressort de laquelle le débiteur a son principal si ce
débiteur est une personne physique.
Si ce débiteur est une personne morale, c’est la juridiction du lieu du
siège social. A défaut de siège social sur le territoire national, ce sera la
juridiction du principal établissement. Si le siège est à l’étranger, la
juridiction du principal centre d’exploitation sera territorialement
compétente.
Section II : La décision du président de la juridiction compétente
Si le projet de concordat préventif lui paraît sérieux, le président de la
juridiction compétente ouvre la procédure en rendant une ordonnance qui
comporte une double décision :
1° la suspension des poursuites individuelles ;
2°la désignation d’un expert.
I- La décision de suspension des poursuites individuelles
A- Domaine de la suspension des poursuites
La décision d'ouverture du règlement préventif suspend ou interdit toutes
les poursuites individuelles dirigées contre le débiteur tendant à obtenir le
paiement des créances et nées antérieurement à ladite décision pour une
durée maximale de trois (03) mois, qui peut être prorogée d'un (01) mois.
Il en est de même des voies d’exécution et des mesures conservatoires.
En revanche, la suspension ne s'étend pas :
-aux actions tendant à la reconnaissance de créance ou de droit contesté
ni aux actions cambiaires dirigées contre les signataires d'effet de
commerce ou de chèque autre que le bénéficiaire de la suspension des
poursuites individuelles ;
-aux créanciers de salaire à raison du caractère alimentaire de leur créance ;
-aux poursuites pénales, en raison de l'autonomie du droit pénal ;
-aux créances nées régulièrement après la décision de suspension, celles-ci
seront payées à leur échéance.
Sauf remise par les créanciers, les intérêts légaux et conventionnels ainsi
que les intérêts moratoires continuent de courir, mais ne sont pas
exigibles.
D- Les effets de la décision de suspension
Par rapport aux créanciers, l’effet de la décision est de suspendre
toute action en paiement, toutes voies d’exécution ou mesures
conservatoires déjà initiées mais non terminées avant la décision de
suspension ou d’interdire toute action ou voie d’exécution qui sera
déclenchée postérieurement à cette décision.
Par rapport au débiteur, en contrepartie des limitations qui frappent
les créanciers, il voit sa liberté d'action limitée. C'est pourquoi, sauf
autorisation motivée du président de la juridiction compétente, il est
interdit au débiteur, sous peine de nullité :
-de payer en tout ou en partie les créances nées antérieurement à la
décision d’ouverture du règlement préventif ; ce serait rompre l'égalité
entre les créances antérieures ;
-de faire un acte de disposition étranger à l'exploitation normale de l'entreprise
ou de consentir une sûreté ;
-de désintéresser les coobligés et les personnes ayant consenti une sûreté
personnelle ou ayant affecté ou cédé un bien en garantie lorsqu’elles ont
acquitté des créances nées antérieurement à la décision d’ouverture.
(Article 11 AUPCAP).
L'expert signale à la juridiction compétente les manquements aux interdiction
sus indiquées.
La violation de ces interdictions expose le débiteur à des sanctions
pénales et les tiers bénéficiaires de ces avantages interdits à la sanction
de l’inopposabilité.
II- La décision de désignation d’un expert
L’ordonnance qui prend la décision de suspension des poursuites individuelles
désigne également un expert au règlement préventif.
Sa mission consiste à faire au président de la juridiction compétente un
rapport sur la situation financière et économique de l'entreprise débitrice
et les perspectives de redressement, compte tenu des délais et remises
consentis ou susceptibles de l'être par les créanciers et toutes autres
mesures contenues dans le projet de concordat préventif.
L'expert désigné est informé sans délai de sa mission par le président de
la juridiction compétente par lettre au porteur contre récépissé ou par
lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou par tout moyen
laissant trace écrite.
A-Statut personnel de l’expert
Le président de la juridiction compétente peut accorder à l’expert dans sa
décision de désignation, une provision sur sa rémunération.
Dès qu'il est informé de sa désignation, l'expert au règlement préventif
atteste qu'il remplit les conditions énoncées par les articles 4-4 et 4-5
AUCPAP relatifs aux conditions d’exercice des fonctions de mandataire
judiciaire.
A tout moment, durant le déroulement du règlement préventif, s'il lui
apparaît qu'il ne remplit plus ces conditions, il en informe sans délai le
président de la juridiction compétente, qui met fin à sa mission et
nomme un remplaçant.
Le débiteur ou tout créancier peut demander, à tout moment, au
président de la juridiction compétente le remplacement de l'expert qui
tombe sous le coup de l'une des incompatibilités énoncées aux articles 4-
4 et 4-5 sus indiqués, ou qui n'agit pas avec diligence dans l'exercice de
sa mission.
L'expert qui cesse ses fonctions rend compte sans délai à son successeur
et lui remet tous documents dont il serait en possession en présence du
débiteur et du président de la juridiction compétente.
B- Les obligations spécifiques de l’expert
L'expert au règlement préventif rend compte régulièrement, au président
de la juridiction compétente, de l'état d'avancement de sa mission et
formule toutes observations utiles. S'il a connaissance de la survenance
de la cessation des paiements, il en informe sans délai le président de la
juridiction compétente.
En cas de survenance de la cessation des paiements, le débiteur en informe
sans délai le président de la juridiction compétente.
Tout intéressé qui aurait connaissance de la cessation des paiements du
débiteur peut en informer le président de la juridiction compétente.
À tout moment, s'il est informé de la survenance de l'état de cessation
des paiements, le président de la juridiction compétente met fin sans
délai au règlement préventif et à la mission de l'expert, après avoir
entendu ou dûment appelé ce dernier ainsi que le débiteur et toute
personne qu'il juge utile d'entendre.
S'il lui apparaît que l'adoption d'un concordat préventif est impossible,
l'expert au règlement préventif en informe le président de la juridiction
compétente. Après l'avoir entendu ainsi que le débiteur et, s'il le juge
utile, les créanciers ou certains d'entre eux, le président de la juridiction
compétente décide de poursuivre la procédure ou d'y mettre fin.
C- Dépôt du rapport de l’expert
En cas d’adoption du concordat, l'expert établit un rapport contenant
l'accord conclu entre le débiteur et ses créanciers ainsi que le projet de
concordat préventif.
Ce rapport doit être établi dans les trois (03) mois de la décision
d'ouverture du règlement préventif, ce délai pouvant être prorogé, à titre
exceptionnel, une seule fois pour une durée d'un (01) mois, sur décision
spécialement motivée du président de la juridiction compétente à la
demande de l'expert ou du débiteur.
L'expert est tenu de respecter les délais prévus à l'alinéa précédent, sous
peine d'engager sa responsabilité auprès du débiteur ou des créanciers.
Dans le délai précité, l'expert remet un exemplaire de son rapport au
débiteur et en dépose deux au greffe de la juridiction compétente. Un
des deux exemplaires déposés est transmis au ministère public par le
greffe.
Section III : La décision de la juridiction compétente
Elle est prise dans le cadre d’une audience non publique qui a lieu dès le
dépôt du rapport de l’expert. Le président de la juridiction compétente
saisie est en effet tenu de convoquer sans délai le débiteur ainsi que tout
créancier à comparaître.
Le débiteur peut saisir lui-même la juridiction compétente.
La juridiction saisie doit se prononcer immédiatement ou au plus tard
dans un délai de trente (30) jours à compter de sa saisine. un délai de
trente (30) jours à compter de sa saisine. Le règlement préventif continue
de produire ses effets, en particulier concernant la suspension des
poursuites individuelles des créanciers, jusqu'à ce que la juridiction
statue. Si celle-ci n'est pas saisie dans les conditions suis indiquées ou si
elle ne se prononce pas dans les trente (30) jours à compter de sa saisine,
le règlement préventif prend fin de plein droit, les créanciers recouvrant
l'exercice de tous leurs droits et le débiteur recouvrant la pleine
administration de ses biens. (Article 15 AUPCAP).
A l’issue de cette audience, la juridiction compétente est appelée à dire si
elle confirme la décision de règlement préventif et si elle homologue le
concordat préventif
I- La confirmation de la décision de règlement préventif A- Le caractère
facultatif de la confirmation
La juridiction compétente n’est pas obligée de confirmer la décision de
règlement préventif puisque la loi lui offre une option :
-prononcer le redressement judiciaire ou la liquidation si elle constate la
cessation des paiements ;
-confirmer la décision de règlement préventif si la situation le justifie ; -
annuler la décision de règlement préventif si elle estime que la situation
du débiteur ne relève d’aucune procédure collective ou si elle rejette le
concordat préventif.
Cette option offerte à la juridiction compétente démontre que la requête
en règlement préventif n’aboutit pas forcément à une décision de
règlement préventif.
B- La justification de la confirmation
Cette justification invite la juridiction compétente à constater que la
situation du débiteur justifie un règlement préventif. Elle doit démontrer
que celui-ci est dans une situation économique et financière difficile mais
n’est pas en cessation des paiements, relever ces difficultés et justifier que
le règlement préventif est nécessaire à la résolution des difficultés.
II- L’homologation du concordat préventif
L’homologation est une procédure judiciaire d’approbation d’un acte de
nature privée.
Dans le cadre de la procédure de règlement préventif, l’acte privé soumis
à homologation est le concordat préventif et l’homologation elle-même
est soumise à des conditions. A- Le concordat préventif
Avec les bons offices de l'expert au règlement préventif, et dans les trois
ou quatre mois de la nomination de celui-ci, le débiteur doit parvenir à la
conclusion d'un accord avec ses créanciers appelé concordat préventif.
Le concordat préventif requiert que le débiteur parvienne avec chacun
des créanciers à un accord sur les délais et/ou les remises qu'ils
consentent étant entendu que le créancier se prononcera en fonction des
mesures que le débiteur entend prendre pour parvenir à l'assainissement
rapide de l'entreprise et garantir le paiement des créanciers.
Tel ou tel créancier peut donc refuser tout délai et/ou remise sans que cela
empêche la formation du concordat.
Pour produire les effets que l'Acte Uniforme y attache, l'accord entre le
débiteur et ses créanciers doit faire l'objet d'une homologation judiciaire.
B- Les conditions de l’homologation du concordat préventif
La juridiction ne peut homologuer le concordat que si les conditions suivantes
sont réunies :
-les conditions de validité du concordat sont remplies. L’AUPCAP étant peut
explicite sur ce point, l'on pourrait se référer aux dispositions régissant le
concordat de redressement judiciaire ainsi qu'aux conditions de validité de tout
contrat ;
-aucun motif tire de l'intérêt collectif ou de l'ordre public ne parait de nature à
empêcher le concordat ;
-le concordat offre des possibilités sérieuses de redressement de
l'entreprise, de règlement du passif et des garanties suffisantes
d’exécution ;
-les délais consentis n'excédant pas trois (3) ans pour l'ensemble des créanciers
et un (1) an pour les créanciers de salaire.
Si ces conditions sont remplies et que la situation du débiteur le justifie, la
juridiction homologue le concordat préventif, en constatant les délais et
remises consentis par les créanciers et en donnant acte au débiteur des
mesures proposées pour le redressement de l'entreprise. Les délais et
remises consentis par les créanciers peuvent être différents.
Au cas où des créanciers auraient refusé de consentir des délais ou
remises au débiteur, le président de la juridiction compétente fait ses bons
offices entre ces créanciers et le débiteur. Il entend ces derniers sur les
motifs de leur refus et provoque une négociation entre les parties en vue
de leur permettre de parvenir à un accord.
Si malgré les bons offices du président, les parties ne parviennent pas à
trouver un accord et dans le cas où le concordat préventif comporte
seulement une demande de délai n'excédant pas deux (02) ans, la
juridiction compétente peut rendre ce délai opposable aux créanciers qui
ont refusé tout délai et toute remise sauf si ce délai met en péril
l'entreprise de ces créanciers. Cependant, les créanciers de salaires et ceux
d'aliments ne peuvent consentir aucune remise, ni se voir imposer un
délai qu'ils n'ont pas consenti eux-mêmes.
Si des personnes bénéficient du privilège de l'article 11-1 ci-dessus, la
juridiction qui homologue le concordat préventif vérifie qu'il répond aux
conditions prévues audit article et que l'octroi de ce privilège ne porte pas
atteinte aux intérêts des créanciers. Elle mentionne dans sa décision ledit
privilège et les montants garantis.
III- La non homologation du concordat préventif
Selon l'article 15 de l'AUPCAP, le concordat préventif n'est pas homologué
dans les cas suivants :
-si le débiteur est en état de cessation de paiement ; dans ce cas, la
juridiction compétente prononce d'office à tout moment la liquidation des
biens du débiteur en lui laissant la possibilité de faire sa déclaration de
paiement et de déposer sa proposition de concordat ; -si les conditions
mises à l'homologation ne sont pas remplies ;
-si la juridiction estime que la situation du débiteur ne relève d'aucune
procédure collective. Par exemple, le débiteur n'est pas en état de
cessation de paiement et ses difficultés financières ne sont pas sérieuses
ou suffisamment graves pour justifier sa mise sous redressement
préventif. Dans ce cas, la juridiction rejette le concordat préventif propose
par le débiteur et annule la décision de suspension provisoire des
poursuites. Ce qui remet les parties à l'état antérieur à cette décision. La
décision de règlement préventif et d'homologation du concordat entraîne
d'importantes conséquences.
Section IV : Les organes et les effets du concordat préventif
I- Les organes mis en place
Le jugement de règlement préventif met ou peut mettre en place les organes
suivants :
-un juge commissaire ;
-un syndic et ou des contrôleurs.
La désignation d'un syndic et ou des contrôleurs est facultatif. Il est
simplement prévu que ces organes sont chargés de surveiller l'exécution
du concordat dans les mêmes conditions que celle prévue pour le
concordat de redressement judiciaire.
La juridiction compétente peut désigner l'expert au règlement préventif en
qualité de syndic.
Le syndic ou le ou les contrôleurs désignés contrôlent l'exécution du
concordat préventif. Ils signalent sans délai tout manquement au juge-
commissaire.
Ils rendent compte par écrit, tous les trois (03) mois, au jugecommissaire du
déroulement des opérations et en informent le débiteur. Ce dernier dispose d'un
délai de quinze (15) jours pour formuler, s'il y a lieu, ses observations et
contestations (article 20 alinéa 2 AUPCAP).
Le syndic ou le ou les contrôleurs qui cessent leurs fonctions déposent
leurs comptes au greffe dans un délai de trente (30) jours suivant ladite
cessation.
La rémunération du syndic est fixée par la juridiction qui l'a nommée selon le
barème établi conformément à l'article 4-19 de l’AUPCAP.
Quant au juge commissaire, sa nomination est obligatoire dans tous les
cas. Celui-ci contrôle les activités du syndic ou des contrôleurs chargés
de surveiller l'exécution du concordat préventif homologué, s'il en a été
nommé, et rédige un rapport à l'intention de la juridiction compétente
tous les trois (03) mois et à tout moment à la demande de cette dernière.
En principe, le concordat homologue s'exécute tel quel sans aucune
modification. Toutefois l'article 21 AUPCAP autorise la juridiction
compétente à décider toutes modifications de nature à abréger ou à
favoriser cette exécution, à la demande du débiteur et sur rapport du
syndic chargé de l'exécution du concordat préventif, s'il en a été désigné
un.
Le concordat préventif peut être inexécuté ou mal inexécuté ou avoir été
irrégulièrement forme.
II-Les effets du règlement préventif
A- Les effets du règlement préventif sur l'expert, les créanciers et le
débiteur.
S'agissant de l'expert, la décision de règlement préventif ou d'homologation
du concordat met fin à la mission de l'expert.
Toutefois, l'article 17 le charge de procéder à la vérification de la
publicité légale. Celle-ci est effectuée au registre du commerce et du
crédit mobilier dans un journal d'annonce légal et au journal officiel
dans les mêmes conditions que pour le jugement de redressement
judiciaire ou de liquidation des biens conformément aux dispositions des
articles 36 et 37 de l'Acte Uniforme.
L'expert rend compte de sa mission au président de la juridiction
compétente dans le délai d'un mois à compter de la décision
homologuant le concordat préventif. Le président vise le compte rendu.
Les papiers et effets remis à l'expert doit être retiré par le débiteur. A
défaut de retrait, l'expert en est dépositaire seulement pendant deux (2)
ans à compter de son compte rendu.
S'agissant du créancier, le concordat homologué s'impose à tous les
créanciers qu'ils soient chirographaires ou munis de sûreté dans les
conditions de délai et remise qu'ils ont consentis au débiteur ou qui leur
ont été imposées en application des dispositions de l
Les cautions qui ont acquitté les dettes du débiteur nées antérieurement à
la décision de suspension des poursuites sont soumises au concordat (la
caution va prendre la place du créancier et aura un recours contre le
débiteur).
S'agissant du débiteur, sa situation est très simple. Il recouvre la liberté
d'administration de son entreprise et la libre disposition de ses biens dès
que la décision du règlement préventif est passé en force de chose jugée
sous réserve cependant du respect de ces engagements concordataires
auxquels veille les organes mis en place.
B- Les vicissitudes dans l’exécution du concordat préventif
1-La modification du concordat préventif
Le concordat préventif n’est pas immuable. Il se peut que certaines
circonstances postérieures à son homologation rendent plus facile ou
plus difficile son exécution par le débiteur. C’est pour tenir compte de
ces circonstances que l’AUPCAP prévoit que la juridiction décider toute
mesure de nature à abréger ou à favoriser l’exécution du concordat, à la
demande du débiteur et sur rapport du syndic s’il en a été désigné.
Le débiteur peut s’appuyer cette règle pour demander de nouvelles
mesures ou de nouveaux délais mais à condition que ces délais
respectent les limites légales.
2-L'annulation et la résolution du concordat préventif
Les articles 139 à 143 de l'AUPCAP relatifs à l'annulation et la
résolution du concordat du redressement judiciaire sont déclarés
applicables à la résolution et l'annulation du concordat préventif.
La résolution attrait à la résolution du concordat régulièrement formé :
l'inexécution grave par le débiteur de ces engagements concordataires
comme le non-paiement de ces dettes dans les délais stipulés ;
l'interdiction d'exercer une activité commerciale frappant le débiteur etc.
L'annulation est encourue en cas de dol résultant d'une dissimulation
d'actifs ou d'une exagération du passif si le dol a été découvert après
l'homologation du concordat.
La résolution et l'annulation produisent des effets quasi identiques. Si le
tribunal constate la cessation des paiements il a le choix, au regard des
conditions d'ouverture, de prononcer le redressement judiciaire ou la
liquidation des biens. Si le débiteur n'est en état de cessation de paiement
l'annulation ou la résolution entraîne l'annulation de la décision de
suspension des poursuites individuelles, ce qui remet les parties en l'état
intérieur de cette décision.
L'annulation est susceptible d'entraîner des sanctions contre le débiteur ou les
dirigeants de la personne morale (article 197 AUPCAP).
SCHEMA DE LA PROCEDURE DE REGLEMENT PREVENTIF
Requête du débiteur ou requête conjointe du débiteur et d’un ou plusieurs créancières
adressées au Président de la juridiction compétente. Requête accompagnée de documents.
Ouverture de la procédure de règlement préventif par le Président de la juridiction
compétente si le projet de concordat lui paraît sérieux et désignation d’un expert au règlement
préventif. Décision d’ouverture suspend ou interdit toutes les poursuites individuelles tendant à
obtenir le paiement des créances nées antérieurement à ladite décision pour une durée maximale de
trois (03) mois pouvant être prorogée d’un (01) d’un mois.
Rapport de l’expert au règlement préventif contenant l’accord conclu entre le débiteur et ses
créanciers ainsi que le projet de concordat préventif dans un délai de trois mois à compter de la
LES COURS
THEMIS décision d’ouverture du règlement préventif pouvant être prorogé à titre exceptionnel, une
seule fois Structure de préparation des examens et concours
DIEU fait l’histoire des hommes travailleurs
31
pour une durée d’un (01) mois. Dépôt du rapport au greffe. Convocation sans délai du débiteur par le
0707757226/ 0747415341
président de la juridiction compétente à comparaître à une audience non
publique. Possibilité pour le débiteur lui-même de saisir la juridiction compétente.
Section V : Le règlement préventif simplifié
Il s’agit de l’une des innovations de l’AUPCAP de 2015.
Aux termes de l’article 24-4 dudit Acte Uniforme, Tout débiteur répondant à la
définition de la petite entrepris peut demander l'application de la procédure de
règlement préventif simplifié.
Il faut entendre par « petite entreprise », toute entreprise individuelle, société ou
autre personne morale de droit privé dont le nombre de travailleurs est inférieur
ou égal à vingt (20), et dont le chiffre d'affaires n'excède pas cinquante millions
(50.000.000) de francs CFA, hors taxes, au cours des douze (12) mois précédant
la saisine de la juridiction compétente.
La procédure de règlement préventif simplifié est soumise aux règles applicables
au règlement préventif, sous réserve des dispositions particulières à cette
procédure prévue aux articles 24-2 à 24-5 AUPCAP.
Le débiteur souhaitant bénéficier du règlement préventif simplifié doit soumettre
une requête dans les conditions fixées par l'article 6 AUPCAP, en tenant compte
notamment des dérogations accordées aux petites entreprises aux points 2°, 3°,
4° et 8° de l’article précité.
A la différence de la procédure de règlement préventif, le règlement préventif
simplifié peut être ouverte même si aucun projet de concordat préventif n'a été
fourni.
Conjointement à la requête prévue à l'article 6 ci-dessus, le débiteur qui remplit
les conditions d'application du règlement préventif simplifié produit une
déclaration sur l'honneur l'attestant.
La décision de la juridiction compétente de faire application du règlement
préventif simplifié n'est susceptible d'aucun recours. (Article 24-3 AUPCAP).
Dans la procédure de règlement préventif, les poursuites individuelles sont
interdites ou suspendues pendant un délai de trois (03) mois qui peut être
prorogé d’un (01) mois à compter de la décision d’ouverture. Ce même délai est
accordé à l’expert au règlement préventif pour déposer son rapport.
Les délais de trois (03) mois et d'un (01) mois sus indiqués, fixés par les articles
9 alinéa 1er et 13 alinéa 2 de l’AUPCAP, sont respectivement réduits à deux
32
(02) mois et à quinze (15) jours en ce qui concerne la procédure de règlement
préventif simplifié. (Article 24-4 AUPCAP).
Si le projet de concordat préventif n'a pas été déposé par le débiteur au moment
de la demande d'ouverture, il est établi par ce dernier avec le concours de
l'expert au règlement préventif.
Ce projet précise les mesures et conditions envisagées pour le redressement de
l'entreprise débitrice, notamment les modalités d'apurement du passif et, en
particulier, la demande de délais et de remises, les personnes tenues d'exécuter le
concordat préventif, ainsi que, s'il y a lieu, les garanties fournies pour en assurer
l'exécution.
En tout état de cause, ce projet précise les éléments permettant d'établir la
viabilité financière et économique du débiteur.
PARTIE II LE TRAITEMENT DES DIFFICULTES DES ENTREPRISES
Il y a lieu d'appliquer un traitement de choc lorsque le mal est profond ou que la
prévention a échoué, en d'autres termes, lorsque l'entreprise est en état de
cessation des paiements. A ce moment s'appliquent les procédures collectives
que sont le redressement judiciaire et la liquidation des biens.
Le redressement judiciaire est une procédure destinée à la sauvegarde de
l’entreprise et à l’apurement de son passif au moyen d’un concordat de
redressement.
La liquidation des biens est une procédure qui a pour objet la réalisation de
l’actif du débiteur pour apurer son passif
Cependant, malgré leurs finalités différentes, à savoir d’un côté le redressement
et de l'autre la disparition de l’entreprise, l’AUPCAP organise conjointement ces
deux procédures. La raison principale de cette méthode réside dans le fait que
bon nombre de règles sont communes aux deux
procédures. Toutefois, l’AUPCAP ne néglige pas, lorsque cela est nécessaire de
prendre en compte les spécificités de chaque procédure en édictant des règles
qui leur sont propres.
L’organisation conjointe du redressement judiciaire et de la liquidation des biens
est en conséquence établie sur la coexistence de règles communes et de règles
spécifiques.
Cette coexistence se manifeste principalement dans les conditions d'ouverture et
les organes ainsi que relativement aux effets sur le débiteur et sur les créanciers
et beaucoup moins pour ce qui est des solutions qui y mettent fin.
33
TITRE 1 : Les conditions d'ouverture et les organes du redressement
judiciaire et de la liquidation des biens
CHAPITRE 1 : Les conditions d'ouverture du redressement judiciaire et de
la liquidation des biens
Les procédures collectives de redressement judiciaire et de liquidation des
biens produisent des conséquences graves : elles restreignent les droits des
créanciers et limitent les pouvoirs du débiteur. Elles produisent des
conséquences économiques et sociales. Dans une certaine mesure, ce sont des
procédures de sacrifice. C'est pourquoi, elles ne peuvent être ouvertes que si
des conditions précises de fond et de forme sont réunies.
Section 1 : Les conditions de fond
Elles tiennent, d'une part, à la qualité du débiteur et à sa situation économique.
I- La condition juridique : la qualité de justiciable A- Les personnes
physiques
Dans l’ancien AUPCAP, seules les personnes physiques commerçantes étaient
soumises aux procédures collectives.
Le nouvel AUPCAP a élargi la catégorie et s’applique désormais, en plus des
commerçants, à toute personne physique exerçant une activité professionnelle
indépendante, civile, artisanale ou agricole.
B- Les personnes morales
Pour les personnes morales, l’AUPC vise à toute personne morale de droit privé
ainsi que toute entreprise publique ayant la forme d'une personne morale de droit
privé.
La formule comprend d'abord les personnes morales commerçantes : sociétés
commerciales par la forme (SA, SARL, SNC, SCS).
34
Elle comprend ensuite les autres personnes morales de droit privé. Celles-ci se
distinguent des personnes morales de droit public (Etat, collectivités territoriales,
établissements publics, groupement d’intérêt public) qui échappent aux
procédures collectives en raison de l’insaisissabilité de leurs biens et des
personnes morales de droit privé qui sont commerciales par leur seule forme.
Ainsi en relèvent ou pourraient en relever les sociétés coopératives et
groupements pré coopératifs, les associations et ONG, les sociétés civiles
(immobilières, agricoles ou professionnelles), les groupements d'intérêt
économique (GIE), les syndicats, les comités d'entreprise, les fondations, les
ordres professionnels.
Lesdites personnes morales doivent jouir effectivement de la personnalité morale
et donc, pour la plupart, être immatriculées au RCCM.
Enfin, l'AUPC vise de façon expresse « toute entreprise publique ayant la forme
d'une personne morale de droit privé ».
II- La condition économique : la cessation des paiements
La cessation des paiements est une notion importante pour l'ouverture des
procédures de redressement judiciaire et de liquidation des biens.
Conformément au droit commun de la prevue, la cessation des paiements doit
être établie par le demandeur à la procedure collective de redressement judiciaire
ou de liquidation des biens.
Cette notion de droit est contrôlée par la juridiction de cassation qui vérifie que
les faits souverainement constatés par les juridictions du fond sont constitutifs de
la cessation des paiements.
A- Les composantes de la cessation des paiements
Aux termes de l’article 25 AUPCAP, la cessation des paiements est l'état où le
débiteur se trouve dans l'impossibilité de faire face à son passif exigible avec son
actif disponible, à l'exclusion des situations où les réserves de crédit ou les délais
de paiement dont le débiteur bénéficie de la part de ses créanciers lui permettent
de faire face à son passif exigible.
La notion de cessation des paiements, telle qu’ainsi définie par l’AUPCAP,
comprend, dune part, l'actif disponible et, d'autre part, le passif exigible. Elle
exclut cependant certaines situations.
35
1- Les éléments compris dans la cessation des paiements
A- L’actif disponible
D'un point de vue juridique, la notion d'actif se définit, selon le vocabulaire
Capitant, comme « l’ensemble des biens et droits évaluables en argent qui
constituent les éléments positifs du patrimoine d'une personne et forment le gage
de ses créanciers. Il s'oppose en cela à la notion de passif ».
L'actif disponible qui doit être ici envisagé est la trésorerie de l’entreprise. Il
comprend toutes les sommes dont l’entreprise peut disposer immédiatement soit
parce qu’elles sont liquides, soit parce que leur conversion en liquide est
possible à tout moment: caisse, soldes créditeurs provisoires des comptes
bancaires à vue, ouvertures de credit non utilisées, les effets de commerce échus
ou escomptables, les valeurs cotées en bourse etc.
Par définition, les immobilisations, les stocks et le réalisable à court terme sont
donc exclus de l'actif disponible. La chambre commerciale de la Cour de
cassation, dans un arrêt du 27 février 2007, a affirmé qu'un immeuble non
encore vendu ne constitue pas un actif disponible.
A- Le passif exigible
Le passif exigible s'entend de l'ensemble des dettes qui sont arrivées à terme et
qui doivent être payées.
Ainsi, les dettes litigieuses, contestées dans leur montant ou dans leur principe,
ne sont pas prises en compte dans la détermination du passif exigible, ainsi que
les dettes non susceptibles d'être évaluées en argent, puisqu'elles ne sont ni
certaines ni liquides. De plus, le passif exigible ne comprend pas les dettes non
échues et les dettes échues mais qui bénéficient d’un délai de paiement.
Le passif exigible comprend les dettes de toute nature (civile ou commerciale,
chirographaires ou privilégiés, ou encore professionnelles ou familiales) et leur
nombre sont indifférents.
B- L’impossibilité de faire face au passif exigible avec l’actif disponible
C’est une impossibilité qui résulte du rapprochement de deux postes, et qui
permet de relever que l’actif disponible est insuffisant pour apurer le passif
exigible. L’insuffisance de l’actif disponible qui traduit cette impossibilité
apparaît comme une réalité objective, mathématique qui doit être constatée sans
avoir à rechercher si le débiteur peut ou veut payer le passif exigible.
36
1- Les situations exclues de la cessation des paiements
Selon la jurisprudence, la cessation des paiements est une notion de trésorerie
dans laquelle doivent être intégrés les éléments dynamiques de la vie de
l’entreprise dont aucune trace ne figure éventuellement au bilan.
L’AUPCAP en a tenu compte dans la définition de la notion de cessation des
paiements. En effet, suivant les dispositions de l’article 25 dudit Acte Uniforme,
il n’y a pas cessation des paiements lorsque le débiteur dispose d’une réserve de
crédit s'ajoutant à l'actif disponible, lui permettant de faire face au passif
exigible.
Ainsi, la réserve de crédit fait partie de l'actif disponible. La notion de reserve de
crédit doit être opposée à celle de passif exigible, en ce qu'elle constitue un actif
disponible, dès lors qu'elle permet de payer les dettes échues. Elle empêche ainsi
la caractérisation de l'état de cessation des paiements si elle est d'un montant au
moins égal au passif exigible. De même l'existence d'une facilité de caisse à due
concurrence du passif échu empêchera la détermination de l'état de cessation de
paiements.
Aux termes de l’article 25 AUPCAP, il n’y a pas non plus cessation des
paiements lorsque le débiteur bénéficie de délais de paiement de la part de ses
créanciers lui permettent de faire face à son passif exigible. Dans ce cas ce n’est
pas l'actif disponible qui s'accroît, mais bien l'exigibilité du passif qui est
retardée ; un délai supplémentaire étant accordé au débiteur par le créancier pour
payer sa dette. Dès lors, ce moratoire doit résulter d'une manifestation expresse
du créancier, voire écrite. Mais les délais de paiements ne doivent pas être
seulement hypothétiques. Autrement dit, le simple fait pour un créancier d'être
passif dans le recouvrement de sa créance sera insuffisant.
C- La constatation de la cessation des paiements
Celui qui demande l’ouverture d’un redressement judiciaire ou d’une liquidation
des biens doit prouver la cessation des paiements. Cette preuve est facile à
rapporter s’il s’agit du débiteur lui-même et difficile à mettre en œuvre s’il s’agit
des créanciers puisque ceux-ci ne disposent pas des mêmes informations que le
débiteur.
Cette preuve se fait par tous moyens : procédures ou voies d’exécution
vainement engagées pour le recouvrement d’une créance, protêts d’effets de
commerce, chèques sans provision etc….
37
Concrètement et sur la base des moyens de preuve mis à sa disposition ou qu’il a
pu lui-même recueillir, la mission du juge va consister à caractériser
l’impossibilité de faire face au passif exigible avec l’actif disponible.
C-La distinction de la cessation des paiements des notions voisines
En raison de sa définition dynamique, la cessation des paiements se distinguent
de certaines notions voisines.
1- Cessation des paiements et insolvabilité
La cessation des paiements doit en premier lieu être distinguée de l’insolvablité.
L'insolvabilité est l'état d'une entreprise dont l'ensemble du passif est supérieur
l'ensemble des éléments d'actif. Concrètement, cette situation est caractérisée par
l'absence de ressources ou de biens saisissables propres à l'entreprise permettant
d'apurer l'ensemble de ses dettes, ne serait-ce que de façon échelonnée. Parvenir
au constat d'insolvabilité revient donc à apprécier la situation de l'entreprise à
l'aune de son entier patrimoine, c'est-à-dire en fonction de la totalité de ses
créances et biens (principalement, de ses biens meubles et immeubles, corporels
et incorporels) formant son entier actif, par rapport à la totalité de ses obligations
ou dettes contractées, formant son entier passif.
En revanche, déterminer si une entreprise est ou non en état de cessation des
paiements revient à comparer entre elles non pas les deux masses entières du
passif et de l'actif de l'entreprise formant son patrimoine, mais deux
sousensembles de ces masses, à savoir la partie de l'actif dite « immédiatement
disponible » à la partie du passif dite « immédiatement exigible ».
Par consequent, la notion d'insolvabilité se différencie nettement de celle de
cessation des paiements:
• une enterprise peut être solvable, c'est-à-dire disposer d'un patrimoine
incluant un actif d'ensemble supérieur à son entier passif, lui permettant
de
le couvrir complètement, mais être en cessation des paiements. C'est le
cas, si face à un passif exigible sur le champ, l'actif est long à réaliser
(convertir en argent) et n'est donc pas immédiatement disponible pour être
mobilisable instantanément, ce qui correspond par exemple à la situation
des actifs résultant de la propriété d'immeubles, dont la vente ne peut
avoir lieu à très bref délai;
• une entreprise peut, à l'inverse, être insolvable car l'ensemble de son
passif excède nettement son entier actif, sans que cette situation soit
suffisante à identifier un état de cessation des paiements, parce que, par
38
exemple, celleci peut éventuellement bénéficier d'un prêt permettant de
couvrir la fraction de son passif immédiatement exigible.
2- Cessation des paiements et gêne momentanée
Le constat de la gêne momentanée, qui ne nécessite pas de constatation
judiciaire, vise une interruption passagère ou un décalage provisoire du paiement
des dettes, en raison d'une simple panne temporaire de trésorerie.
Elle se distingue ainsi de la cessation des paiements, qui requiert une décision
judiciaire et correspond à un état persistant de l'arrêt des paiements.
3- Cessation des paiements et poursuite d’une exploitation
déficitaire
L'observation de la poursuite par une entreprise d'une exploitation déficitaire
résulte du constat répété de pertes sur plusieurs exercices écoulés, et au moins
les deux derniers.
Pour sa part, la détection de la cessation des paiements se fonde sur une échelle
de temps plus courte et nécessite une évaluation sur une période à venir à très
court terme, généralement située à l'intérieur d'un même exercice (l'exercice en
cours), de l'actif disponible et du passif immédiatement exigible.
A cet égard, la poursuite d'une exploitation déficitaire n'est pas automatiquement
synonyme de cessation des paiements. Ainsi, la continuité de l'exploitation
même déficitaire d'un exercice sur l'autre peut être assurée par la fourniture de
moyens abusifs, ruineux, voire frauduleux. C'est le cas, par exemple, de l'usage
détourné de crédits bancaires aux seules fins de masquer l'insuffisance d'actif
réellement disponible et donc une cessation des paiements parfois assez
ancienne.
4- Cessation des paiements et situation irrémédiablement
compromise
Le constat de cessation des paiements résulte essentiellement d'un examen des
échéances immédiates, c'est-à-dire des dettes à régler sur le très court terme et
des créances à encaisser dans les mêmes délais, et ne fournit par conséquent
aucune indication sur la pérennité de l'entreprise.
A l'inverse, la situation irrémédiablement compromise de l'entreprise procède
d'une analyse prospective de ses résultats. Elle vise, en effet, le cas de
l'entreprise dont la situation est complètement obérée et sans issue ou qui se
trouve dans l'impossibilité manifeste d'être redressée.
39
La continuité de son exploitation, projetée dans un avenir prévisible, ne peut
plus être assurée dans des conditions normales de fonctionnement.
Section 2: La condition de forme ou de procédure : l’exigence d’un
jugement
Cette question d'importance mérite d'être approchée en examinant
successivement les règles de compétence et de saisine ainsi que les règles
relatives au jugement.
I- Les règles de compétence et de saisine
A- Les règles de compétence
S'agissant de la compétence d'attribution, elle est confiée à la juridiction
compétente en matière commerciale.
Pour la juridiction territorialement compétente, c'est celle dans le ressort de
laquelle le débiteur personne physique a son principal établissement ou la
personne morale a son siège social ou, à défaut, son principal établissement ou, à
défaut, son principal centre d'exploitation.
B- Les modes de saisine
Concernant les modes de saisine, l’AUPCAP en retient quatre.
1°La juridiction compétente peut être saisie sur déclaration du débiteur par voie
de requête dans les 30 jours de la cessation des paiements. C'est ce que l'on
appelle le dépôt de bilan qui devrait être le mode saisine habituel dans la mesure
où le débiteur connaît mieux sa situation que quiconque et où l'AUPCAP lui fait
obligation de faire une telle déclaration (art. 25). La non-déclaration dans les
délais est sanctionnée par la banqueroute simple obligatoire (art. 228-3°).
2°La juridiction compétente peut être saisie sur assignation d'un créancier
possédant une créance certaine, liquide et exigible. Aux termes de l'article 28,
l'assignation doit préciser la nature et le montant de la créance et viser le titre sur
lequel elle se fonde.
3°La juridiction compétente peut se saisir d'office, notamment sur la base des
informations fournies par le Ministère Public, les commissaires aux comptes des
personnes morales de droit privé, les membres de ces personnes morales ou les
40
institutions représentatives du personnel qui indiquent les faits de nature à
motiver cette saisine. (article 39 AUPCAP).
4°La juridiction compétente peut également être saisie par le Ministère Public. •
Dans ce cas, il fournit les éléments motivant sa demande. (article 29 AUPCAP).
Il s’agit d’une innovation du nouvel Acte Uniforme car la saisine de la
juridiction compétente n’était pas ouverte au Ministère Public.
II- Les règles relatives au jugement d'ouverture
A- La préparation de la décision
La juridiction compétente statue à la première audience utile sur l’ouverture de
la procédure de redressement judiciaire ou de liquidation des biens, après avoir
entendu ou dûment appelé le débiteur, les délégués ou représentants du
personnel au sens de la loi de l’Etat partie concerné, le Ministère Public et, le cas
échéant, le créancier demandeur.
Lorsque le débiteur exerce une profession libérale soumise à un statut
règlementé, la juridiction compétente statue après avoir entendu ou dûment
appelé le représentant de l’ordre professionnel ou de l’autorité compétente dont
elle relève.
La juridiction compétente peut entendre toute autre personne dont l’audition lui
paraît utile.
En tout état de cause, elle doit rendre sa décision de manière diligente, d'où
l'interdiction d'inscrire l'affaire au rôle général, ce qui risquerait de retarder son
examen.
Toutefois, avant de prononcer sa décision, la juridiction compétente peut
désigner un juge du siège ou tout autre personne qu’elle estime qualifiée afin de
lui remettre un rapport sur la situation économique et sociale du débiteur dans un
délai qu’elle détermine, et qui ne peut excéder un mois. (Article 32 AUPCAP).
B- Le choix de la procédure idoine
La juridiction compétente qui constate la cessation des paiements prononce soit
l’ouverture de la procédure de redressement judiciaire, soit l’ouverture de la
procédure de la liquidation des biens.
41
Elle prononce l’ouverture du redressement judiciaire :
-s’il lui apparaît que le débiteur a proposé un concordat sérieux ou qu’un tel
concordat a des chances sérieuses d’être obtenu ; -ou si une cession globale est
envisageable.
Dans le cas contraire, elle prononce l’ouverture de la liquidation des biens.
(Article 33 AUPCAP).
Les critères du choix entre le redressement judiciaire et la liquidation des biens
sont donc :
- d’une part, le fait de proposer ou de ne pas proposer, dans les délais, un
concordat sérieux ou l’existence ou non de chances sérieuses d’obtenir un tel
concordat ; le concordat sérieux étant celui qui, tout en préservant l'entreprise et
en permettant son assainissement, assure le paiement des créanciers dans des
conditions acceptables ;
- d’autre part, la possibilité d’une cession globale d’actif ; le concordat de
redressement judiciaire pouvant comporter une offre de cession totale d’actif
suivant les dispositions de l’article 131 AUPCAP.
C- Le contenu du jugement d’ouverture
1- La date de la cessation des paiements
Le jugement d'ouverture doit fixer provisoirement la date de cessation des
paiements, faute de qui, celle-ci est réputée avoir lieu à la date de la décision qui
la constate.
En tout état de cause, la date de cessation des paiements ne peut antérieure de
plus de 18 mois au prononcé de la décision d’ouverture.
En outre, la date de cessation des paiements ne peut être reportée à une date
antérieure à la décision définitive ayant homologué le concordat préventif sauf
cas de fraude. La juridiction compétente peut modifier la date de cessation des
paiements, dans les limites sus indiquées, par une décision postérieure à la
décision d’ouverture qui doit être spécialement motivée.
2- Le prononcé du redressement judiciaire ou de la
liquidation des biens.
42
Le jugement d’ouverture prononce le redressement judiciaire ou la liquidation
des biens.
Aux termes de l’article 33 alinéa 4, la décision d’ouverture d’un redressement
judiciaire ou d’une liquidation des biens d’une personne morale produit ses
effets à l’égard de tous les membres indéfiniment et solidairement responsables
du passif de celle-ci et prononce, contre chacun d’eux, soit le redressement
judiciaire, soit la liquidation des biens, en fonction de leur situation.
a) Le redressement judiciaire
Lorsque la procédure de redressement judiciaire est ouverture, à toute époque, la
juridiction compétente peut la convertir en liquidation des biens lorsque les
conditions prévues à l’article 33 alinéa 2 AUPCAP, justifiant l’ouverture du
redressement judiciaire, ne sont pas remplies.
En tout état de cause, à l'expiration d'un délai de six (06) mois à compter de la
décision d'ouverture du redressement judiciaire, qui peut être prorogé une seule
fois par la juridiction compétente, d'office ou à la demande du débiteur ou du
syndic pour une durée de trois (03) mois, ladite juridiction convertit le
redressement judiciaire en liquidation des biens, d'office ou à la demande de tout
intéressé.
Lorsque la procédure de redressement a été convertie en liquidation des biens,
les personnes qui avaient consenti dans le concordat de redressement judiciaire
un nouvel apport en trésorerie au débiteur en vue d'assurer la poursuite de
l'activité de l'entreprise débitrice et sa pérennité sont payées au titre du privilège
selon les rangs prévus par les articles 166 et 167 AUPCAP. Les personnes qui
fournissent un nouveau bien ou service en vue d'assurer la poursuite de l'activité
de l'entreprise débitrice et sa pérennité bénéficient du même privilège pour le
prix de ce bien ou de ce service. Toutefois, les dispositions de l’article 33-1
AUPCAP qui prévoient le privilège sus indiqué ne s'appliquent pas aux apports
consentis dans le cadre d'une augmentation du capital social du débiteur.
Par ailleurs, les créanciers du débiteur ne peuvent en aucun cas bénéficier de ce
privilège pour des créances nées antérieurement à l'ouverture du redressement
judiciaire.
b) La liquidation des biens
Dans la décision prononçant la liquidation des biens, la juridiction compétente
fixe le délai au terme duquel la clôture de la procédure est examinée, sans que ce
délai puisse être supérieur à dix-huit (18) mois après l'ouverture de la procédure.
43
Si la clôture de la procédure ne peut être prononcée au terme de ce délai, la
juridiction compétente peut proroger le terme de six (06) mois, une seule fois,
après avoir entendu les justifications du syndic, par une décision spécialement
motivée. A l'expiration de ce délai, la juridiction compétente prononce la clôture
de la liquidation des biens, d'office ou à la demande de tout intéressé (article 33
AUPCAP).
3- La nomination des organes de la procédure
collective
Le jugement d’ouverture nomme un juge-commissaire parmi les juges de la
juridiction saisie, à l’exclusion de son président, sauf si celui-ci est juge unique.
Cette décision désigne également le ou les syndics sans que leur nombre puisse
excéder trois (03). L’expert désigné pour le règlement préventif d’un débiteur ne
peut être désigné comme syndic d’une procédure de redressement judiciaire ou
de liquidation des biens ouverte par la suite contre ledit débiteur.
4- La publicité de la décision d’ouverture
Le jugement d’ouverture indique que la décision doit être publiée conformément
aux dispositions de l'AUPC.
Le jugement d'ouverture fait l'objet de publicités au RCCM, dans un journal
d'annonces légales et au Journal officiel, conformément aux dispositions des
articles 36 et 37 AUPCAP.
CHAPITRE 2
Les organes de la procédure
Les procédures collectives ne peuvent réaliser les finalités poursuivies qu'avec le
concours des organes mis en place par le jugement d'ouverture ou à compter de
celui-ci. Ainsi, on distingue à cet égard les organes judiciaires, les organes
ambivalents et les organes des créanciers.
44
Section 1 : Les organes judiciaires
Ils sont au nombre de trois : la juridiction compétente elle-même, le
jugecommissaire e le Ministère Public.
I- La juridiction compétente
La juridiction compétente, celle qui a ouvert la procédure, a reçu deux fonctions
essentielles de l'AUPC.
La première est une fonction de haute administration de la procédure qui l'amène
à nommer et à révoquer les autres organes, à autoriser les opérations les plus
importantes ou les plus dangereuses, comme l'apposition des scellés, la
continuation d'activité en cas de liquidation des biens, l'homologation du
concordat, la conversion du redressement judiciaire en liquidation des biens, le
prononcé de la clôture des opérations quelle que soit la procédure.
La seconde est une fonction de centralisation des contestations dont l'objectif est
d'assurer une bonne administration de la procédure. Ainsi, elle est habilitée à
connaître de toutes les contestations nées de la procédure collective, de celles sur
lesquelles la procédure collective exerce une influence juridique, ainsi que de
celles concernant la faillite personnelle et les autres sanctions, à l'exception de
celles qui sont exclusivement attribuées aux juridictions administratives, pénales
ou sociales (article 3 AUPCAP). II- Le juge-commissaire
Il est nommé par le jugement d'ouverture parmi les juges de la juridiction saisie,
à l’exclusion de son président, sauf si celui-ci est juge unique. La juridiction
compétente peut à tout moment procéder à son remplacement.
Son rôle est essentiel dans le déroulement des opérations et dans l'avancement de
la procédure. Placé sous l'autorité de la juridiction, il veille au déroulement
rapide de la procédure et à la préservation des intérêts en présence.
Pour bien remplir sa mission, il a droit à une information large auprès des
banques, de divers organismes et administrations nonobstant toute disposition
législative ou réglementaire contraire, y compris celles prévoyant le secret
professionnel.
Le syndic doit, dans le mois de son entrée en fonction, lui faire rapport de la
situation du débiteur. Par la suite, le juge-commissaire est tenu informé par le
syndic du déroulement des opérations selon périodicité qu'il fixe lui-même.
D'une manière générale, il contrôle ou surveille l'action du syndic ; il autorise les
opérations ou prend les décisions qui excèdent la compétence du syndic sans
requérir l'intervention du tribunal (nomination des contrôleurs, choix du mode et
45
fixation des conditions de vente des immeubles, cession globale des biens,
admission des créances ...).
Il bénéficie de nombreux chefs de compétence en matière contentieuse et
gracieuse, généralement à charge d'opposition devant la juridiction compétente.
Il en est ainsi pour les réclamations concernant les opérations du syndic et de
toute difficulté survenant dans le déroulement de la procédure, du moment que
la loi n'a pas attribué compétence à un autre organe. Dans ce cadre, le juge-
commissaire prend des ordonnances généralement susceptibles d'opposition dans
les 8 jours.
Les décisions par lesquelles la juridiction compétente statue sur les recours
formés contre les décisions rendues par le juge-commissaire dans les limites de
ses attributions ne sont susceptibles ni d'opposition ni d'appel, à l'exception de
celles statuant sur les revendications et sur les décisions prévues aux articles 162
et 164 AUPCAP. (article 216 AUPCAP ).
III- Le Ministère Public
Aux organes judiciaires classiques sus indiqués, s'ajoute le Ministère public qui
prend une importance croissante dans les procédures collectives du fait qu'elles
revêtent un caractère d'ordre public et concernent l'intérêt général.
L'AUPC prévoit seulement un droit de communication réciproque entre le
Ministère Public et le juge commissaire. D'ailleurs, le défaut de communication
d'un document au Ministère Public ne peut être invoqué que par le représentant
de celui-ci.
Bien que doté de peu de prérogatives, le Ministère public peut contribuer,
directement ou surtout indirectement, à accélérer la procédure, à la rendre
efficace et à assurer sa moralité.
Section 2 : Les organes non judiciaires
I- Le syndic
Le syndic joue un rôle de premier plan dans le déroulement et dans le
dénouement des procédures collectives, surtout avec la réduction du rôle des
créanciers. Son statut, sa fonction et sa responsabilité appellent quelques
précisions.
A- Le statut
Le syndic est un mandataire de justice.
Le jugement d'ouverture désigne un à trois syndics que la juridiction compétente
peut révoquer ou remplacer sur proposition du juge-commissaire.
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Les syndics sont choisis sur la liste nationale des mandataires judiciaires. (article
4-1 AUPCAP). Dès qu'il est informé de sa désignation, le syndic atteste qu'il
remplit les conditions énoncées aux articles 4-4 et 4-5 AUPCAP.
Lorsque la procédure fait suite à un règlement préventif, il est interdit de
désigner l'expert comme syndic, sans doute pour traduire la rupture entre les
deux procédures.
La rémunération des syndics est régie par les articles 4-19 et 4-20 AUPCAP.
B- La fonction
La fonction du syndic consiste à assister le débiteur dans le redressement
judiciaire et à le représenter dans la liquidation des biens. Le syndic représente
également la masse des créanciers et agit en tant que mandataire de justice, si
bien qu'il peut y avoir un conflit de fonctions.
Dans les deux procédures, il initie ou prend, avec ou sans le débiteur, toutes les
décisions relatives à l'administration et aux solutions de la procédure, à charge,
pour les décisions importantes, d'obtenir l'autorisation du juge-commissaire ou
du tribunal.
En cas de redressement judiciaire, le syndic conduit la procédure de vérification
des créances et prépare le vote du concordat en essayant de rapprocher les
positions du débiteur et des créanciers. En cas d'adoption du concordat, le syndic
peut être maintenu en fonction pour en surveiller l'exécution. Il peut accomplir
seul les actes conservatoires. En cas de mauvaise volonté du débiteur ou des
dirigeants, il peut être autorisé à accomplir seul certains actes.
Dans la liquidation des biens, outre la vérification des créances, il accomplit les
opérations liquidatives : recouvrement des créances du débiteur, vente des biens
meubles ou immeubles, celle des immeubles requérant le respect d'une
procédure lente et lourde, séparément ou en bloc, paiement des créanciers selon
leur rang...
mais il a souvent besoin de l'autorisation du juge-commissaire.
Quelle que soit la procédure, il revient au syndic d'engager les actions en justice :
en recouvrement des créances du débiteur, en responsabilité civile, en
responsabilité civile, en comblement du passif, en vue de l'extension de la
procédure aux dirigeants sociaux… C- La responsabilité
Le syndic, à l’instar des autres mandataires judiciaires, engage sa responsabilité
civile à l’égard du débiteur, des créanciers et des tiers, sans préjudice de sa
responsabilité pénale. (article 4-12 AUPCAP).
Le syndic engage sa responsabilité civile vis-à-vis du débiteur, de la masse des
créanciers, d'un créancier pris individuellement pour un préjudice qui lui est
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propre ou d'un tiers. Les possibilités de responsabilité sont nombreuses. A titre
d'exemple, l'on note que :
- le syndic est tenu de vérifier si les mentions et publicités, prévues aux articles
36 et 37 AUPCAP, ont été accomplies ;
- il doit rendre compte de sa gestion au juge-commissaire ;
- il doit vendre les biens du débiteur sujets à dépérissement ou à dépréciation
rapide, recouvrer les créances du débiteur et verser les sommes recueillies sur
un compte bancaire ;
- il répond de l'accomplissement régulier de l'ensemble des opérations que la loi
lui confie.
Lorsque le mandataire judiciaire sollicite, dans l'exercice de ses attributions,
l'intervention d'un tiers, il demeure solidairement responsable des fautes et
négligences commises par ce dernier.
L'action en responsabilité civile engagée à l'encontre du syndic relève de la
compétence de la juridiction de l'État partie en charge des procédures collectives
du lieu où ce mandataire est établi. Cette action est exercée au cours de la
procédure ou dans un délai de trois (3) ans à compter de la clôture de la
procédure ou de la fin de l'exécution du concordat.
Aux termes de l’article 4-14, toute personne inscrite sur la liste nationale des
mandataires judiciaires est tenue de contracter, auprès d'une compagnie
d'assurance régulièrement établie dans l'État partie concerné, une assurance
destinée à garantir la réparation des préjudices causés dans l'exercice de ses
fonctions. Elle doit pouvoir justifier à tout moment de la validité et de
l'effectivité de cette assurance.
Sur le plan pénal, l'infraction qui vise principalement le syndic est prévue à
l'article 243 AUPCAP.
Cette disposition punit des peines prévues par le droit pénal en vigueur dans
chaque Etat partie pour la commission de l’infraction ci-dessous, tout
mandataire judiciaire d’une procédure collective qui :
- exerce une activité personnelle sous le couvert de l'entreprise du débiteur
masquant ses agissements ;
- dispose du crédit ou des biens du débiteur comme des siens propres ;
- dissipe les biens du débiteur ;
- poursuit abusivement de mauvaise foi, dans son intérêt personnel, soit
directement, soit indirectement, une exploitation déficitaire de l'entreprise du
débiteur ;
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- en violation des dispositions de l'article 51 AUPCAP, se rend acquéreur pour
son compte, directement ou indirectement, des biens du débiteur.
II- Les contrôleurs
A- Les attributions
Les contrôleurs ont pour effet d’assister le juge-commissaire dans sa mission de
surveillance du déroulement de la procédure et de veiller aux intérêts des
créanciers.
Ils ont toujours le droit de vérifier la comptabilité et l'état de situation présentés
par le débiteur, de demander compte de l'état de la procédure, des actes
accomplis par le syndic ainsi que des recettes faites et des versements effectués.
Les contrôleurs sont obligatoirement consultés pour la continuation de l'activité
de l'entreprise au cours de la procédure de vérification des créances et à
l'occasion de la réalisation des biens du débiteur.
Toutes ces attributions leur donnent le droit de formuler des réclamations ou des
contestations que le juge-commissaire est tenu d’apprécier dans les conditions de
l’article 40 dudit AUPCAP.
B- Le statut personnel
Les contrôleurs sont exclusivement des créanciers du débiteur.
A toute époque de la procédure de redressement judiciaire ou de liquidation des
biens, un (01) à cinq (05) contrôleurs peuvent être désignés par le
jugecommissaire parmi les créanciers non-salariés.
Dans le délai d'un (01) mois à compter de la décision d'ouverture et à la
demande des créanciers représentant au moins un tiers du total des créances
même non vérifiées, la nomination de créanciers contrôleurs est obligatoire.
A l'expiration de ce délai, tout créancier peut demander à être désigné
contrôleur, sans que le nombre total des contrôleurs puisse dépasser cinq (05).
Les contrôleurs nommés par le juge-commissaire peuvent être révoqués par la
juridiction compétente sur demande de celui-ci ou du ministère public. Après
révocation, leurs remplaçants sont désignés selon les modalités prévues aux
alinéas 1 à 3 du présent article.
Lorsque le débiteur exerce une profession libérale soumise à un statut
réglementé, l'ordre professionnel ou l'autorité compétente est de droit contrôleur,
sans préjudice de la désignation de cinq (05) créanciers contrôleurs et d'un
contrôleur représentant du personnel.
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Les fonctions de contrôleurs sont gratuites et doivent être exercées
personnellement.
Les contrôleurs ne répondent que de leurs fautes lourdes.
TITRE 2 : LES EFFETS DE LA PROCEDURE COLLECTIVE
La procédure collective produit des effets sur le débiteur et sur les créanciers et
doit aboutir à une solution qui peut préserver l'entreprise ou entraîner sa
disparition.
CHAPITRE 1
LES EFFETS DE LA PROCEDURE COLLECTIVE SUR LE DEBITEUR
Il s’agit de l’ensemble des mesures qui vont s’appliquer au débiteur soumis à un
redressement judiciaire ou à une liquidation des biens. Section 1 : Les
restrictions des droits du débiteur
Avant la décision d’ouverture de la procédure collective, le débiteur jouit d’une
liberté d’action pour prendre toutes les décisions relatives au fonctionnement de
son exploitation. Avec la décision d’ouverture, cette liberté subit des restrictions.
Ces restrictions sont différentes selon la procédure choisie par la juridiction
compétente. Elles s’intensifient avec les pouvoirs spéciaux qui sont accordés au
syndic.
I- Les restrictions des droits du débiteur soumis à un redressement
judiciaire A- Le principe des restrictions
Selon l’article 52 AUPCAP, la décision qui prononce le redressement judiciaire
emporte de plein droit assistance obligatoire du débiteur pour tous les actes
concernant l’administration et la disposition de ses biens.
Cette assistance obligatoire est assurée par le syndic. Ainsi, un débiteur soumis à
un redressement judiciaire ne peut accomplir seul des actes d’administration ou
de disposition. Il doit les accomplir avec le consentement nécessaire du syndic.
Cette exigence de l’assistance traduit un doute quant à la capacité du débiteur à
conduire seul le redressement de l’entreprise et le règlement des créanciers.
50
B- Mise en œuvre des restrictions
L’assistance est limitée dans le temps. Elle court à partir de la date de la décision
d’ouverture et prend fin à la date du concordat ou à la date de conversion du
redressement judiciaire en liquidation des biens.
L’assistance est aussi limitée dans son domaine d’application. Le débiteur peut
accomplir valablement et seul non seulement les actes conservatoires mais les
actions de gestion courante entrant dans l’activité habituelle de l’entreprise,
conformément aux usages de la profession. Dans ces deux cas, il est toutefois
tenu de rendre compte au syndic.
L’assistance est aussi aménagée relativement au désaccord qui peut survenir
entre le débiteur et le syndic. Ainsi, le syndic peut procéder seul à
l’accomplissement d’un acte nécessaire à la sauvegarde du patrimoine du
débiteur si celui-ci refuse cet acte. Il pourra donc prendre seul les mesures
conservatoires, procéder au recouvrement des effets et des créances exigibles,
vendre les biens dispendieux à conserver ou soumis à dépérissement prochain ou
à dépréciation imminente, intenter ou suivre une action mobilière ou
immobilière. Mais le syndic ne peut agir seul qu’à condition d’avoir été autorisé
par le juge-commissaire. A l’opposé, le syndic qui refuse son assistance peut y
être contraint à la demande du débiteur ou des contrôleurs par une décision du
juge-commissaire.
L’assistance est enfin aménagée dans sa section. Aux termes de l’article 52
alinéa 1er AUPCAP, l’acte passé en violation de l’assistance obligatoire est
inopposable.
II- Les restrictions des droits du débiteur soumis à une liquidation des
biens
A- Restrictions communes à tous les débiteurs
1- Le principe des restrictions
La décision qui prononce la liquidation des biens emporte de plein droit
dessaisissement pour le débiteur de l’administration et de la disposition de ses
biens présents et de ceux qu’il peut acquérir. Il en résulte que le débiteur en
liquidation des biens ne peut effectuer des actes ou exercer des droits ou actions
concernant son patrimoine.
Ces actes, droits et actions seront exclusivement effectués ou exercés par le
syndic agissant seul en représentation du débiteur. Avec le dessaisissement, le
débiteur est totalement évincé de la gestion courante de son entreprise au profit
51
du syndic qui se voit conférer une qualité de représentant obligatoire du
débiteur.
2- Mise en œuvre des restrictions
Le dessaisissement commence à courir de plein droit à partir de la décision
d’ouverture de la liquidation des biens et pendant toute la durée de la
liquidation.
Il ne concerne ne concerne pas les actes conservatoires qui peuvent être
effectués pas le débiteur. Celui-ci peut par ailleurs contraindre le syndic à agir
s’il refuse d’accomplir un acte concernant son patrimoine. Pour cela, le débiteur
doit obtenir une décision du juge-commissaire. Cette faculté de contrainte est
aussi accordée aux contrôleurs.
Enfin, la violation du dessaisissement par le débiteur est sanctionnée par
l’inopposabilité de l’acte aux tiers.
B-Restrictions particulières aux débiteurs, personnes morales
Les personnes morales soumises à une liquidation des biens sont de plein droit
dissoutes. Elles ne peuvent donc espérer continuer leur existence au-delà de la
décision de liquidation des biens même si leurs statuts prévoient une durée de
vie qui se prolonge au-delà de cette décision. Toutefois conformément aux
règles sur la liquidation, la personnalité morale de ces débiteurs va survivre pour
les besoins de la liquidation.
III- Les pouvoirs spéciaux du syndic
A- Pouvoirs spéciaux liés aux restrictions des droits du débiteur
Le syndic est tenu de faire tous les actes nécessaires pour la conservation des
droits du débiteur contre ses propres débiteurs. Il est tenu de requérir, au nom de
la masse, les inscriptions de sûretés soumises à publicité qui n’ont pas été
requises par le débiteur lui-même.
Il reçoit la correspondance du débiteur en cas de liquidation des biens sauf celle
qui a un caractère personnel.
Le syndic est tenu de coopérer avec les administrations fiscale, douanière ou de
sécurité sociale.
Le syndic dispose aussi certains pouvoirs dans la procédure des scellés. C'est
une mesure qui peut être prescrite par le jugement d'ouverture. Elle porte sur les
caisses, coffres, portefeuille, livres, papiers, meubles, effets, magasins et
comptoirs du débiteur.
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L'AUPCAP comporte une innovation consistant dans la possibilité de prescrire
l'apposition des scellés sur les biens des dirigeants des personnes morales. Cette
mesure contribue à une plus grande efficacité des sanctions patrimoniales qui
pourraient être prononcées contre les dirigeants de ces personnes morales
(article 59 AUPCAP).
Sur proposition du syndic, le juge-commissaire peut le dispenser de faire placer
sous scellés ou autoriser le syndic à en extraire :
- les objets mobiliers et effets indispensables au débiteur et à sa famille sur l'état
qui lui est soumis ;
- les objets soumis à dépérissement prochain ou à dépréciation imminente ;
- les objets nécessaires à l'activité professionnelle du débiteur ou à son entreprise
quand la continuation de l'exploitation est autorisée.
La mise sous scellés des biens du débiteur a un caractère provisoire puisqu'elle
prend fin dès que commence l'inventaire des biens.
B- Pouvoirs spéciaux liés à la poursuite de la procédure collective
L'inventaire des biens du débiteur a lieu en sa présence ou tout au moins celui-ci
dûment appelé par lettre recommandée ou par tout moyen laissant trace écrite.
Lorsque le débiteur exerce une profession libérale soumise à un statut
règlementé, l’inventaire est dressé en présence d’un représentant de l’ordre
professionnel ou l’autorité compétente dont il relève. En aucun cas, l’inventaire
ne peut porter atteinte au secret professionnel si le débiteur y est soumis (article
63 alinéa 2
AUPCAP).
Le représentant du ministère public peut assister à l'inventaire.
Les opérations d’inventaire ont pour but de déterminer l’actif du débiteur. Elle se
terminent par la rédaction d’un acte en double exemplaire : l'un est
immédiatement déposé au greffe de la juridiction compétente, l'autre reste entre
les mains du syndic.
Le syndic peut se faire aider par toute personne qu'il juge utile pour la rédaction
de l'inventaire comme pour l'estimation des biens.
La procédure collective, dès son prononcé, produit d'importantes conséquences
sur le débiteur. Les conséquences du jugement d'ouverture touchent
particulièrement son patrimoine c'est l'élément qui intéresse ses créanciers.
53
Section 2 : La remise en cause des actes passés par le débiteur
Si les restrictions des droits du débiteur concernent les actes qu’il peut faire à
partir de la décision d’ouverture, la remise en cause de ses actes concerne ceux
passés avant la décision d’ouverture.
Pour remettre en cause, ces actes l’AUPCAP a choisi la technique de
l’inopposabilité, déterminé les actes inopposables et précisé le régime des
actions en inopposabilité.
I- Le choix de la technique de l’inopposabilité
L’article 67 dispose que sont inopposables de droit ou peuvent être inopposables
à la masse des créanciers, les actes passés par le débiteur pendant la période
suspecte ; la période suspecte débutant à la date de la cessation des paiements et
finissant à la date de la décision d’ouverture de la procédure collective.
L’idée qui sous-tend cette disposition est constituée par l’idée de fraude. On a
toujours considéré que le débiteur en cessation des paiements est une personne
qui commet ou peut commettre des actes en fraude des droits de ses créanciers.
Dès lors, il s’est imposé la nécessité de protéger les créanciers contre les actes
frauduleux commis par un débiteur soumis à une procédure collective.
Ainsi, ces créanciers peuvent attaquer ces actes par le biais d’une action en
inopposabilité. Cette action en inopposabilité ne peut pas être cependant
diligentée contre tous les actes antérieurs à la décision d’ouverture. La loi a
limité le déclenchement de l’action à certains actes faits pendant la période
suspecte, c’est-à-dire une période s’écoulant entre la date de cessation des
paiements et la date de la décision d’ouverture.
II- La détermination des actes inopposables
Certains actes accomplis pendant la période suspecte sont soumis à une
inopposabilité de plein droit, d’autres à une inopposabilité facultative. A- Les
inopposabilités de plein droit
Ce sont des actes des actes frauduleux sans possibilité de preuve contraire.
Lorsqu’ils sont accomplis par le débiteur pendant la période suspecte, le juge est
tenu de les déclarer inopposables à la masse des créanciers.
Il s’agit de :
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1°Tous les actes à titre gratuit translatifs de propriété mobilière ou immobilière.
Sont visées en fait les donations puisque les bénéficiaires de libéralités pour
cause de mort passent toujours après les créanciers.
Le fondement de cette inopposabilité est simple : il n'est pas normal que le
débiteur, incapable de payer ses dettes, choisisse de faire des donations. Toutes
les donations quelle qu'en soit la forme sont visées.
2°Tout contrat commutatif dans lequel les obligations du débiteur excèdent
notablement celles de l'autre partie.
Il s'agit de neutraliser les libéralités déguisées ou tout au moins les déséquilibres
prononcés au détriment du débiteur et, par voie de conséquence, de ses
créanciers. Le déséquilibre doit s'apprécier en se plaçant au jour de la formation
du contrat.
3°Tout paiement, quel qu'en soit le mode, de dettes non échues, sauf s'il s'agit du
paiement d'un effet de commerce.
Il y a une anomalie, une volonté de rupture d'égalité entre les créanciers, à payer
des dettes non échues pendant que l'on ne paye pas les dettes exigibles.
4° Tout paiement de dettes échues fait autrement qu'en espèces, effet de
commerce, virement, prélèvement, carte de paiement ou de crédit ou
compensation légale, judiciaire ou conventionnelle de dettes ayant un lien de
connexité entre elles ou tout autre mode normal de paiement.
L'inopposabilité concerne les modes ou procédés anormaux de paiement, comme
la cession de créance, la délégation, la dation en paiement... Afin de tenir
compte de l’évolution, l'Acte Uniforme étend la liste des modes de paiements
normaux et opère une ouverture en visant expressément « tout autre mode
normal de paiement ».
5°) Toute sûreté réelle conventionnelle constituée à titre de garantie d'une dette
antérieurement contractée, à moins qu'elle ne remplace une sûreté antérieure
d'une nature et d'une étendue au moins équivalente ou qu'elle soit consentie en
exécution d'une convention antérieure à la cessation des paiements ;
6°) Toute inscription provisoire d'hypothèque judiciaire conservatoire ou de
nantissement judiciaire conservatoire. Il s'agit de rendre inutile la manœuvre du
créancier habile qui, sentant approcher l'ouverture de la procédure collective,
solliciterait à titre conservatoire l'inscription d'une sûreté.
B- Les actes soumis à l’inopposabilité facultatives
Peuvent être déclarés inopposables à la masse des créanciers, s’ils lui ont causé
un préjudice :
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1°) les actes à titre gratuit translatifs de propriété mobilière ou immobilière faits
dans les six (06) mois précédant la période suspecte ;
2°) les actes à titre onéreux si ceux qui ont traité avec le débiteur ont eu
connaissance de la cessation des paiements du débiteur au moment de leur
conclusion ;
3°) les paiements volontaires de dettes échues si ceux qui les ont perçus ont eu
connaissance de la cessation des paiements du débiteur au moment des
paiements.
Par dérogation au 3° du paragraphe 1, le paiement fait au porteur diligent d'une
lettre de change, d'un billet à ordre ou d'un chèque est opposable à la masse, sauf
dans les cas suivants où une action en rapport est possible (article 69 alinéa 2
AUPCAP).
III- Le régime de l’action en inopposabilité
A- Le titulaire de l’action en inopposabilité
L’action en inopposabilité appartient au groupement des créanciers que constitue
la masse. Mais seul le syndic, à l’exclusion de toute autre personne peut
déclencher l’action en inopposabilité. Toutefois, en cas de carence du syndic,
tout créancier contrôleur peut agir dans l'intérêt collectif, après une mise en
demeure du syndic restée infructueuse.
À peine d'irrecevabilité, cette action ne peut être exercée après l'homologation
du concordat de redressement judiciaire ni après la clôture de la liquidation des
biens. B- La juridiction compétente
La juridiction compétente pour connaître de l’action en inopposabilité est celle
qui a prononcé le redressement judiciaire ou la liquidation des biens. Les
pouvoirs de cette juridiction sont fonction de la nature de l’inopposabilité.
S’il s’agit d’une inopposabilité de droit, la juridiction compétente est tenue de la
prononcer si elle constate que l’acte fait partie de la liste légale des actes
inopposables de plein droit.
S’il s’agit d’une inopposabilité facultative, la juridiction dispose d’un d’un
pouvoir d’appréciation. Elle peut par conséquent constater que l’acte attaqué fait
partie de la liste légale des actes soumis à une inopposabilité facultative et dire
cependant que l’acte demeure opposable à la masse de créanciers. Mais l’action
est subordonnée à l’existence d’un préjudice. Si ce préjudice n’existe pas,
l’action sera jugée irrecevable.
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C- Les résultats de l’action en inopposabilité
L’action en inopposabilité appartient à la masse des créanciers. Si elle est jugée
fondée, l’inopposabilité profite à la masse.
1-Sûretés déclarées inopposables
La masse est colloquée à la place du créancier dont la sûreté est déclarée
inopposable.
2- Actes à titre gratuit déclarées inopposables
Si cet acte n’a pas encore été exécuté, il est privé d’effet. Celui qui devait
bénéficier de la libéralité ne pourra plus en bénéficier.
Si cet acte a été exécuté, le bénéficiaire de la libéralité doit rapporter le bien dont
la propriété a été transférer gratuitement.
En cas de sous-aliénation à titre gratuit, le sous-acquéreur, même de bonne foi,
est soumis à l'inopposabilité et au rapport du bien ou au paiement de sa valeur, à
moins que le bien ait disparu de son patrimoine par suite d'un cas de force
majeure.
En cas de sous-aliénation à titre onéreux, le sous-acquéreur n'est soumis au
rapport ou au paiement de sa valeur que si, au moment de l'acquisition du bien
par lui, il avait connaissance de la cessation des paiements du débiteur.
En tout état de cause, le bénéficiaire principal de l'acte à titre gratuit reste tenu
du paiement de la valeur du bien si le sous-acquéreur ne peut ou ne doit pas
rapporter le bien.
3-Paiement déclaré inopposable
Le créancier qui a reçu ce paiement doit le rapporter c’est-à-dire le rembourser et
produire au passif du débiteur.
4-Contrat commutatif déclaré inopposable
S’il n’a pas été exécuté, il ne peut plus l’être.
S’il a été exécuté, le créancier peut seulement produire au passif du débiteur
pour la juste valeur de la prestation qu’il a fournie. Le créancier doit rapporter le
bien ou le paiement reçu en vertu du contrat commutatif déséquilibré.
5-Acte à titre onéreux déclaré inopposable
L’acte est privé d’effet s’il n’a pas été exécuté.
Si l’acte a été exécuté, l’acquéreur doit rapporter le bien et produire sa créance
au passif du débiteur.
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S'il s'agit d'une aliénation exécutée, l'acquéreur doit rapporter le bien et produire
sa créance au passif du débiteur.
S'il y a eu sous-aliénation à titre gratuit, le sous-acquéreur est tenu de restituer le
bien sans recours contre la masse.
S’il y a eu sous-aliénation à titre onéreux, le sous-acquéreur est tenu de rapporter
le bien et de produire sa créance au passif du débiteur si, au moment de
l'acquisition du bien par lui, il avait connaissance du caractère inopposable de
l'acte de son auteur.
Si le débiteur a reçu tout ou partie de la prestation du cocontractant qui ne peut
être r être restituée en nature, le créancier doit produire sa créance pour la valeur
de la prestation fournie.
Section 3 : La continuation de l’activité de l’entreprise du débiteur
La décision d’ouverture d’une procédure collective de redressement judiciaire ou
de liquidation des biens ne met pas fin systématiquement à la poursuite de
l’activité de l’entreprise.
Cette règle se comprend bien dans l’hypothèse d’un redressement judiciaire
puisqu’il s’agit de sauver l’entreprise. Elle n’est pas évidente en matière de
liquidation des biens puisqu’il s’agit de faire disparaître l’entreprise. Mais il peut
paraître utile de maintenir provisoirement l’activité de l’entreprise appelée à
disparaître ne serait-ce que pour les besoins d’une bonne liquidation ou de
cession à un tiers repreneur.
L’AUPCAP précise les modes de continuation de l’activité du débiteur, le sort
des contrats en cours d’exécution ainsi que le sort des dettes nées de la
continuation de ladite activité.
I- Les modes de continuation de l’activité de l’entreprise du débiteur
Il existe deux modes de continuation de l’activité de l’entreprise du débiteur :
-la continuation par gestion directe ;
-le continuation par location-gérance.
A- La continuation par gestion directe 1-Le cas du redressement
judiciaire
Le principe est que l’activité est continuée avec l’assistance du syndic pour une
durée déterminée sauf décision contraire du juge-commissaire. Le syndic
communique au juge-commissaire les résultats de l’exploitation et au moins tous
les trois mois, les résultats des deniers déposés au compte qu’il a ouvert au nom
de la procédure collective.
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Le débiteur ou les dirigeants de la personne morale participent à la continuation
de l'exploitation, sauf décision contraire de la juridiction compétente qui statue à
la requête du syndic, par une décision spécialement motivée et après avis du
ministère public.
S'ils participent à la continuation de l'exploitation, le juge-commissaire fixe les
conditions dans lesquelles ils sont rémunérés. 2- Le cas de la liquidation
des biens
En principe, la liquidation des biens met fin à l’activité de l’entreprise débitrice.
A titre exceptionnel, si l'intérêt public ou celui des créanciers l'exige, la
juridiction compétente peut autoriser, dans la décision prononçant la liquidation
des biens, une poursuite provisoire de l'activité pour une durée maximale de
soixante (60) jours. Elle peut renouveler une (01) fois cette période, pour la
même durée, à la demande du syndic et après avis du ministère public.
Ainsi, la continuation est autorisée par la juridiction compétente seulement si
elle est justifiée par les besoins de la liquidation, par exemple pour transformer
un stock de matières premières en produits finis ou pour maintenir en bon état
une unité de production dont la cession est envisagée.
La continuation de l’activité est assurée par le syndic. Il doit remettre un rapport
chaque mois au juge-commissaire et au ministère public. C- La continuation
par la location gérance
La location-gérance est un contrat par lequel un commerçant loue son fonds de
commerce à un autre commerçant qui l’exploite à ses risques et périls
moyennant le versement d’une redevance.
Dans le cadre du redressement judiciaire, il est fréquent que ce mode de gestion
soit utilisé pour assurer la continuation de l’entreprise.
Toute location-gérance dans le cadre d’un redressement judiciaire doit être
autorisée par la juridiction compétente. L'article 115 AUPCAP n'admet la
location-gérance que si la disparition ou la cessation d'activité, même provisoire,
de l'entreprise est de nature à compromettre son redressement ou de causer un
trouble grave à l'économie nationale, régionale ou locale dans la production et la
distribution de biens et de services
La location-gérance peut constituer une heureuse solution d'attente, surtout si la
cause des difficultés tient essentiellement à la mauvaise gestion du débiteur ou
des dirigeants sociaux.
La location-gérance présente des avantages car elle fait courir peu de risques aux
créanciers puisque le locataire-gérant est tenu de payer leurs créances et doit en
59
outre payer une redevance qui pourra, le cas échéant, être affectée à leur
paiement.
Pour le débiteur et le syndic, elle est solution commode car ils sont déchargés
d’une gestion directe. En outre, les dettes nées de l’exploitation du locataire
gérant restent exclusivement à sa charge sans solidarité avec le propriétaire du
fonds.
Cependant, elle présente des inconvénients tenant au fait que les
locatairesgérants, souvent ne disposent pas de fonds propres suffisants et
peuvent être tentés de « vider la substance de l’entreprise » ou de permettre au
débiteur de reprendre son entreprise en sous-main.
A toute époque, la résiliation du contrat de location-gérance peut être décidée
par la juridiction compétente, soit d’office, soit à la demande du syndic ou du
Ministère Public, soit à la demande d’un contrôleur, et sur rapport du
jugecommissaire, lorsque le preneur ne respecte pas ses engagements ou
diminue les garanties qu’il avait données ou compromet la valeur du fonds.
II- Le sort des contrats en cours d’exécution
Ce sont les contrats conclus avant la décision d’ouverture dont l’exécution se
poursuit après la décision d’ouverture et notamment dans la période de
continuation de l’activité.
La continuation d'activité, automatique en cas de redressement judiciaire, fait
l'objet d'une réglementation restrictive et prudente, dictée par l'intérêt des
créanciers en cas de liquidation des biens.
Elle doit être autorisée par la juridiction compétente seulement si elle est
justifiée par les besoins de la liquidation, par exemple pour transformer un stock
de matières premières en produits finis ou pour maintenir en bon état une unité
de production dont la cession est envisagée.
A- Le régime général des contrats en cours d’exécution 1-
Le principe
L’article 107 AUPCAP dispose que : « Nonobstant toute disposition légale ou
toute clause contractuelle ou indivisibilité, aucune résiliation ou résolution d’un
contrat en cours ne peut résulter du seul fait de l’ouverture du redressement
judiciaire ou de la liquidation des biens.»
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Ce texte pose le principe du maintien des contrats en cours d’exécution en cas
d’ouverture d’un redressement judiciaire ou d’une liquidation des biens. 2-
La mise en œuvre du principe a) L’option laissée au syndic
La continuation des contrats en cours est décidée par le syndic seul en fonction
de l'intérêt de l'entreprise et/ou des créanciers.
La continuation des contrats en cours est décidée par le syndic seul en fonction
de l'intérêt de l'entreprise et/ou des créanciers.
Toutefois afin de ne pas laisser le cocontractant dans l’incertitude, celui-ci peut
mettre le syndic en demeure par lettre au porteur contre récépissé ou par lettre
recommandé avec demande d’avis de réception ou par tout moyen laissant trace
écrite, de prendre parti sur la poursuite des contrats en cours.
Si le syndic ne répond pas dans un délai de 30 jours à compter de la réception de
la mise en demeure, le juge-commissaire constate la résiliation de plein droit du
contrat, à la demande du cocontractant.
b) Les conséquences de la levée de l’option
Si le syndic exige l’exécution la poursuite d'un contrat en cours, il doit fournir la
prestation promise au cocontractant et ce dernier doit remplir ses obligations
malgré le défaut d'exécution par le débiteur d'engagements antérieurs à la
décision d'ouverture de la procédure collective. Le contrat est exécuté aux
conditions en vigueur au jour de l'ouverture de la procédure collective
nonobstant toute clause contraire.
Si le syndic, après avoir exigé la poursuite du contrat, ne fournit pas la prestation
promise au cocontractant ou en cas de défaut de paiement d'une échéance s'il
s'agit d'un contrat à exécution ou paiement échelonnés dans le temps, le
jugecommissaire constate la résiliation de plein droit du contrat, à la demande du
cocontractant.
B- Le régime spécial des contrats de travail
Bien qu’ils soient des contrats en cours, le contrat de bail et le contrat de travail
ne sont pas soumis au régime général sus indiqué prévu par les article 107 et 109
AUPCAP.
Le syndic a la faculté d’exiger ou de refuser la continuation des contrats de
travail en cours. S’il veut refuser la continuation de certains contrats de travail et
procéder à des licenciements pour motif économique, le syndic doit respecter
une procédure spécifique.
La procédure de licenciement pour motif économique fait intervenir le syndic
qui établit l'ordre des licenciements.
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Sont proposés, en premier lieu, les licenciements des travailleurs présentant les
moindres aptitudes professionnelles pour les emplois maintenus et, en cas
d'égalité d'aptitudes professionnelles, les travailleurs les moins anciens dans
l'entreprise débitrice, l'ancienneté étant calculée selon les dispositions du droit
du travail applicable.
En vue de recueillir leur avis et leurs suggestions, le syndic informe, par écrit,
les délégués du personnel et le contrôleur représentant du personnel des mesures
qu'il a l'intention de prendre en leur fournissant la liste des travailleurs dont il
envisage le licenciement et en précisant les critères qu'il a retenus. Les délégués
du personnel et le contrôleur représentant du personnel doivent répondre par
écrit, dans un délai de huit (08) jours à compter de la réception de cette
demande.
Le syndic doit communiquer à l'inspection du travail ses lettres de consultation
des délégués du personnel et du contrôleur représentant du personnel, ainsi que
leur réponse écrite, ou préciser que ceux-ci n'ont pas répondu dans le délai de
huit (08) jours sus indiqué.
L'ordre des licenciements établi par le syndic, l'avis des délégués du personnel et
celui du contrôleur représentant du personnel, s'ils ont été donnés, et la lettre de
communication à l'inspection du travail sont remis au juge-commissaire.
Le juge-commissaire autorise les licenciements envisagés ou certains d'entre eux
s'ils s'avèrent nécessaires au redressement de l'entreprise débitrice par décision
signifiée aux travailleurs dont le licenciement est autorisé et au contrôleur
représentant du personnel s'il en est nommé.
La décision autorisant ou refusant les licenciements est susceptible d'opposition
dans les quinze (15) jours de son prononcé devant la juridiction ayant ouvert la
procédure, laquelle doit rendre sa décision sous quinzaine.
III-Le sort des dettes nées de la continuation de l’activité
La continuation de l’activité fait nécessairement naître des dettes postérieures à
la décision d’ouverture.
A- Le principe
Toutes les dettes nées régulièrement, après la décision d'ouverture, de la
continuation de l'activité et de toute activité régulière du débiteur ou du syndic
sont des créances de la masse.
B- L’exception au principe
Elle concerne la location-gérance. En effet, suivant les dispositions de l’article
117 AUPCAP, les dettes nées de l'exploitation du locataire-gérant qui restent
62
exclusivement à sa charge sans solidarité avec le propriétaire du fonds. Les
créanciers de ces dettes ne sont pas les créanciers contre la masse. Cs sont les
créanciers du locataire-gérant et à ce titre, ils ne peuvent pas prétendre se faire
payer sur le patrimoine du débiteur.
CHAPITRE 2
LES EFFETS DE LA PROCEDURE COLLECTIVE A L’EGARD DES
CREANCIERS
Section 1 : La constitution de la masse
La décision d’ouverture de la procédure collective constitue les créanciers en
une masse représentée par le syndic qui, seul, agit en son nom et dans l’intérêt
collectif des créanciers et peut l’engager.
I- La nature de la masse
A- Formation de la masse
La masse en tant que groupement des créanciers d’un débiteur soumis à
redressement ou une liquidation des biens est créée dès la décision d’ouverture
par l’effet de la loi. C’est un groupement légal obligatoire institué en vue
d’instaurer une discipline collective et d’assurer une certaine égalité entre les
créanciers dans le cadre du déroulement de la procédure.
La masse dans sa composition est aussi déterminée par la loi. Elle est constituée
par tous les créanciers dont la créance est antérieure à la décision d’ouverture,
même si l’exigibilité de cette créance était fixée à une date postérieure à
condition que cette créance ne soit pas déclarée inopposable.
En premier lieu, il doit s’agir d’une créance née avant la décision d’ouverture
sans qu’il soit nécessaire de faire une distinction entre les créances exigibles au
jour de la décision d’ouverture et les créances exigibles après cette décision.
Ainsi, les créanciers dont la créance est née après la décision d’ouverture ne font
pas partie de la masse.
En second lieu, cette créance née avant la décision d’ouverture ne doit pas être
une créance déclarée inopposable, faute de quoi le créancier perd toute vocation
à être membre de la masse.
B- La personnalité juridique de la masse
La jurisprudence française a proclamé la personnalité juridique de la masse en
s'inspirant de l'arrêt de principe de la Cour de cassation en date du 28 janvier
1954 selon lequel, «la personnalité morale n'est pas une création de la loi; elle
63
appartient en principe à tout groupement pourvu d'une possibilité d'expression
collective pour la défense d'intérêts licites, dignes, par suite, d'être
juridiquement reconnus et protégés».
La masse a un patrimoine dont l’actif est composé notamment des actions en
inopposabilité et l’hypothèque légale de la masse. Le passif est constitué
essentiellement par les frais d’administration de la masse et par les frais de
justice résultant des actions intentées par le syndic au nom et pour le compte de
la masse.
II- L’incidence de la constitution de la masse sur les droits individuels
des créanciers A- L’incidence sur le contenu des droits individuels
1- L’arrêt du cours des inscriptions de droits individuels
Il se peut que des sûretés aient été constituées avant la décision d’ouverture mais
n’aient pas encore fait l’objet d’inscription au moment où cette décision a été
prise. Le créancier titulaire d’une telle sûreté ne pourra pas la faire inscrire à
cause de la procédure collective qui est ouverte. Cette interdiction est guidée par
le souci de respecter une égalité entre les créanciers.
2- L’exigibilité des créances à terme
La décision d’ouverture rend exigibles les créances à terme. Cela signifie qu’un
créancier dont le terme de la créance se situe normalement après la décision
d’ouverture est en droit de réclamer le paiement de sa créance, dès cette décision
sans attendre la survenance du terme. Cette règle s’applique exclusivement en
faveur des créanciers à terme d’une procédure de liquidation des biens.
Elle ne joue pas donc pour les créanciers à terme d’une procédure de
redressement judiciaire. Leurs créances ne sont pas exigibles au jour de la
décision d’ouverture. Ils sont dans la masse mais doivent attendre les termes
respectifs de leurs créances pour se faire payer.
3- L’arrêt des cours des intérêts
La décision d’ouverture arrête le cours des intérêts légaux et conventionnels, de
tous intérêts et majorations de retard de toutes les créances.
Cette règle ne vaut qu’à l’égard de la masse. Cela signifie que seule la masse est
fondée à se prévaloir de cette règle pour paralyser la demande d’un créancier qui
voudrait se faire payer des intérêts postérieurs à la décision d’ouverture. Ensuite
en ce qui concerne la procédure de redressement judiciaire, cette règle ne joue
pas si les intérêts en cause résultent d’un contrat de prêt conclu pour une durée
égale ou supérieure à un (01) an ou de contrats assortis d'un paiement différé
d'un (01) an ou plus. Dans ce cas, le cours des intérêts se poursuit.
64
B- L’incidence sur l’existence des droits individuels
La décision d'ouverture du redressement judiciaire ou de la liquidation des biens
interrompt ou interdit toute action en justice de la part de tous les créanciers
composant la masse, qui tend :
1° à la condamnation du débiteur au paiement d'une somme d'argent ;
2° à la résolution d'un contrat pour défaut de paiement d'une somme d'argent.
La décision d'ouverture arrête ou interdit également toute procédure d'exécution
de la part de ces créanciers tant sur les meubles que sur les immeubles ainsi que
toute procédure de distribution n'ayant pas produit un effet attributif avant la
décision d'ouverture.
La décision d ‘ouverture suspend également les délais impartis aux créanciers à
peine de déchéance, de résolution ou de prescription de leurs droits et ce,
pendant toute a durée de la prescription.
Section 2 : L’admission effective dans la masse
C'est l'admission de la créance qui permet au créancier de postuler ou de
prétendre aux dividendes. Pour être admise, la créance doit être produite et
vérifiée. I- La production
C’est une étape importante car elle vise non seulement à déterminer les
créanciers qui peuvent recevoir paiement mais aussi le passif réel du débiteur.
La production consiste à faire une déclaration du montant des sommes réclamées
accompagnée d'un bordereau récapitulatif des pièces remises constituant titre.
Même les créanciers sans titre doivent produire.
La production des créances auprès du syndic commence à partir de la décision
d'ouverture et prend fin à l'expiration d'un délai de 60 jours suivant la deuxième
insertion dans un journal d'annonces légales, sous peine de forclusion.
La même obligation est faite au créancier qui a introduit, avant la décision
d'ouverture, une procédure en condamnation en vertu d'un titre ou, à défaut de
titre, pour faire reconnaître son droit.
Les créanciers domiciliés hors du territoire national où la procédure a été ouverte
bénéficient d'un délai de quatre-vingt-dix (90) jours pour produire leurs
créances.
65
Les productions des créances du Trésor, de l’Administration des douanes et des
Organismes de sécurité et de prévoyance sociale sont toujours faites sous réserve
des créances non encore établies et des redressements ou rappels individuels.
Les créanciers qui n'ont pas produit dans les délais et aux conditions ou dans les
15 jours de l'avertissement sont forclos. Ils peuvent être relevés de forclusion
dans des conditions strictes de délai (avant l'arrêté et le dépôt de l'état des
créances) et de fond {preuve de l'absence de faute) avec une limitation des droits
des intéressés qui ne peuvent concourir que pour les répartitions de dividendes
postérieures à leur demande.
Les créanciers qui n'ont pas produit dans les délais et qui n'ont pas été relevés de
forclusion ne sont pas admis dans les répartitions et les dividendes. Leurs
créances sont inopposables à la masse et au débiteur pendant la procédure de
redressement judiciaire ou de liquidation des biens, y compris durant la période
d'exécution du concordat de redressement judiciaire. Ils devront attendre la
clôture de la procédure collective pour poursuivre le débiteur.
II- La vérification
La vérification est obligatoire quelle que soit l'importance de l'actif et du passif.
Elle a lieu dans les quatre (04) mois suivant la deuxième insertion de la décision
d'ouverture de la procédure dans un journal d'annonces légales.
La vérification est faite par le syndic au fur et à mesure des productions, en
présence du débiteur et des contrôleurs, s'il en a été nommé, ou en leur absence,
s'ils ont été dûment appelés par lettre au porteur contre récépissé ou par lettre
recommandée avec demande d'avis de réception ou par tout moyen laissant trace
écrite.
La vérification porte à la fois sur l'existence de la créance, son quantum et la
validité des sûretés qui en garantissent le paiement.
L'état des créances est déposé au greffe après signature par le juge-commissaire
qui mentionne pour chaque créance : le montant et le caractère provisoire ou
définitif de l’admission ; sa nature chirographaire ou garantie par une sûreté en
précisant laquelle ; si une instance est en cours ou si la contestation ne relève pas
de sa compétence.
Le juge-commissaire ne peut rejeter en tout ou en partie une créance ou une
revendication ou se déclarer incompétent qu'après avoir entendu ou dûment
appelé le créancier ou le revendiquant, le débiteur et le syndic.
L'état des créances est déposé et publié dans un journal d'annonces légales et au
journal officiel dans le but d'informer les créanciers afin que ceux-ci, le cas
échéant, puissent le contester.
66
Les co*47stations introduites dans les délais (15 jours) de la publication de l'état
des créances sont tranchées par la juridiction de la procédure ou par la
juridiction dont relève l'affaire.
En attendant la décision, les créances concernées sont admises par provision.
III- L’admission
L'admission s'analyse comme un contrat judiciaire qui produit les conséquences
d'une décision de justice à laquelle est attaché l'irrévocabilité, ce qui met la
créance à l'abri de toute contestation ultérieure. Elle ne joue que dans la mesure
de ce qui a été vérifié et admis. Il n'y a pas d'effet novatoire : la créance va
subsister avec l'ensemble de ses caractéristiques. En cas de clôture de l'union ou
de clôture pour insuffisance d'actif, les créanciers dont les créances sont admises
recevront un titre exécutoire.
CHAPITRE III : LES SOLUTIONS
La solution désigne la décision prise par la juridiction compétente en vue de
fixer le sort définitif de l’entreprise et de permettre l’apurement de son passif.
Section 1 : Les solutions du redressement judiciaire
L’ouverture et le déroulement d’une procédure de redressement judiciaire sont
mis en œuvre dans la perspective d’une solution que doit arrêter la juridiction
compétente :
-homologuer un concordat ;
-convertir le redressement judiciaire en liquidation des biens ; -clôturer
le redressement judiciaire pour extinction du passif.
I- Le concordat de redressement judiciaire
Solution propre au redressement judiciaire, le concordat peut être défini comme
une convention conclue entre le débiteur et ses créanciers, avec homologation de
justice destinée à garantir son sérieux, par laquelle le débiteur présente un plan
de règlement du passif et de redressement de l'entreprise qu'il exécutera une fois
remis à la tête de ses affaires.
D- Procédure de formation du concordat
1- Le vote du concordat a) Les opérations préalables
au vote
L’offre concordataire, déposée par le débiteur au moment de l’ouverture de la
procédure doit être communiquée au syndic par le greffier.
67
Le greffier avise les créanciers de ce projet par insertion dans un journal
d'annonces légales en même temps que du dépôt de l'état des créances. En outre,
le greffier avertit immédiatement les créanciers munis d'une sûreté réelle
spéciale d'avoir à faire connaître à l'expiration d’un délai de 15 jours à compter
de la réception de l’avertissement, s'ils acceptent ces propositions concordataires
ou entendent accorder des délais et des remises différents de ceux proposés et
lesquels.
Le syndic met à profit les délais de production et de vérification des créances
pour rapprocher les positions du débiteur et des créanciers sur l'élaboration du
projet de concordat et pour établir le bilan économique et social de l’entreprise.
Dans ce cadre, il transmet au juge-commissaire, avant la convocation de
l'assemblée concordataire, un rapport indiquant, pour chaque créancier : s'il a été
effectivement contacté et à quelle date ; s'il apprécie positivement le projet de
concordat et est favorable à son adoption ; s'il y est défavorable, la raison qu'il
invoque.
Dans les15 jours qui suivent l’expiration du délai prévu par pour faire opposition
à l’état des créances, le juge-commissaire saisit le président de la juridiction
compétente qui fait convoquer, par le greffier, les créanciers dont les créances
ont été admises.
b) Les conditions du vote
Les différents participants à l'assemblée concordataire y prennent tous partent
effectivement et en personne : le juge-commissaire et le représentant du
ministère public ; le débiteur et les dirigeants de personnes morales appelés à
l’assemblée ; seuls les créanciers admis sont libres de se n’y présenter en
personne ou de se faire représenter par un mandataire muni d’une procuration
spéciale régulière. Au cours de cette assemblée et avant le vote, le syndic doit
faire un rapport sur l’état du redressement judiciaire, les formalités qui ont été
remplies, les opérations qui ont eu lieu ainsi que les résultats obtenus depuis la
décision d’ouverture. A l'appui de ce rapport, est présenté un état de situation
établi et arrêté au dernier jour du mois écoulé. Cet état mentionne l'actif
disponible ou réalisable, le passif chirographaire et celui garanti par une sûreté
réelle spéciale ou un privilège général.
Le rapport du syndic est remis signer à la juridiction compétente qui le reçoit
après avoir entendu le juge-commissaire en ses observations sur les caractères
du redressement judiciaire et sur l'admissibilité du concordat.
Le ministère public est entendu en ses conclusions orales ou écrites.
Le concordat est considéré comme voté s’il obtient une double majorité :
68
-majorité en nombre des créanciers admis ;
-majorité représentant au moins la moitié (50%) du total des créances.
Si une seule des majorités est acquise, le vote est reporté sous huitaine mais il ne
concernera que la majorité non acquise.
Si aucune des majorités n'est acquise ou si la majorité manquante n'est pas
obtenue, il n'y a pas de concordat.
2- L’homologation du concordat
Une fois adopté, le concordat est soumis à l'homologation de la juridiction
compétente, qui ne l'accorde que si :
-les conditions de validité du concordat sont réunies ;
-l'intérêt collectif ou l'ordre public ne s'y oppose pas ;
-le concordat offre des possibilités sérieuses de redressement de l'entreprise et de
règlement du passif, c'est-à-dire est viable ;
-les dirigeants dont le remplacement a été proposé dans les offres concordataires
ou par le syndic ne sont plus en fonction ou le débiteur ou les dirigeants ne sont
pas frappés de faillite personnelle ;
La juridiction compétente ne peut qu’homologuer ou refuser d'homologuer le
concordat
E- Effets et exécution du concordat
1- Les effets
a) A l’égard des créanciers
L’homologation du concordat le rend obligatoire pour tous les créanciers
antérieurs à la décision d’ouverture quelle que soit la nature de leurs créances.
Ces créanciers antérieurs sont soumis au concordat. Il en est de même pour ceux
qui n’ont pas produit, qui n’ont pas été présents à l’assemblée concordataire ou
qui ont voté contre le concordat.
Toutefois :
-l’Administration ne peut se voir imposer, par le concordat, des délais ou des
remises que la loi lui interdit de consentir ;
- Les créanciers munis de sûretés réelles spéciales ne sont obligés que par
les remises et délais particuliers qu'ils ont consentis, sauf dans le cas où le
concordat ne comporte qu'une demande de délais n'excédant deux ans ; ces
délais peuvent leur être opposés si ceux qu'ils ont consentis sont inférieurs ;
69
- Les travailleurs ne peuvent se voir imposer aucune remise ni des délais
excédant deux ans.
b) A l’égard du débiteur
Le concordat met fin à la procédure collective de redressement judiciaire dès que
le jugement d'homologation a acquis force de chose jugée. Il en résulte que le
débiteur retrouve la libre administration et disposition de son patrimoine à
l’exception de ceux qui ont fait l’objet qui ont fait l’objet d’une cession totale ou
partielle d’actifs.
c) A l’égard des organes de la procédure
Le syndic rend compte de sa mission d'assistance au juge-commissaire. A cet
effet, il établit un rapport écrit sur l’accomplissement de sa mission qu'il remet
au juge-commissaire.
2- L’exécution du concordat a) L’exécution par les
parties
Le débiteur, bien que remis seul à la tête de ses affaires, doit exécuter le
concordat c’est-à-dire respecter les engagements et les délais consentis ou
imposés et payer les dividendes concordataires en cas de remise.
Quant aux créanciers, ils doivent se conformer aux droits qui résultent pour eux
du concordat homologué.
b) La surveillance de l’exécution
La juridiction compétente peut désigner ou maintenir en fonction les contrôleurs
pour surveiller l'exécution du concordat (ils deviennent des contrôleurs à
l'exécution du concordat) ou, à défaut de contrôleurs, le syndic.
Leur mission consiste à faire rapport au président de la juridiction compétente de
toit retard ou autre manquement à l’exécution du concordat. A la suite de ce
rapport, le président de la juridiction compétente peut ordonner une enquête
effectuée par le syndic.
c) Les vicissitudes dans l’exécution du concordat
À tout moment de l'exécution du concordat de redressement judiciaire, le
débiteur, le juge-commissaire sur rapport du syndic ou les créanciers
représentant plus de la moitié de la valeur des créances totales peuvent
demander au président de la juridiction compétente la modification du concordat
en vue d’en favoriser l’exécution. Le président entend le syndic qui présente son
rapport, le débiteur et les créanciers avant de rendre sa décision. La décision de
modification du concordat de redressement judiciaire vaut homologation.
70
Le concordat prend fin normalement par sa complète exécution, c'est-à-dire par
le règlement de la dernière échéance concordataire.
Le concordat prend également fin, mais de façon anormale par :
- l'annulation en cas de dol découvert depuis l'homologation, dol résultant
d'une dissimulation d'actif ou d'une exagération du passif ;
- résolution en cas d'inexécution du concordat ou en cas d'interdiction
frappant le débiteur ou les dirigeants de la personne moral, à moins qu'une
solution n'ait été trouvée (article 139 AUPCAP).
L'annulation et la résolution du concordat produisent des effets quasi identiques :
elles mettent fin au concordat et entraînent la conversion du redressement
judiciaire en liquidation des biens.
III- La clôture pour extinction du passif
Après l'arrêté des créances et tant que la procédure de redressement judiciaire
n'est pas close par une décision d'homologation du concordat de redressement
judiciaire, la juridiction compétente prononce, à toute époque, à la demande du
débiteur, d'un créancier contrôleur ou du syndic, ou même d'office, la clôture de
la procédure collective lorsqu'il n'existe plus de passif exigible ou lorsque le
syndic dispose de deniers suffisants ou lorsque sont consignées les sommes dues
en capital, intérêts et frais.
Le fondement de ce mode de clôture est simple : la procédure est ouverte parce
qu'il y a cessation des paiements, autrement dit impossibilité de faire face au
passif exigible avec l'actif disponible. Il paraît donc raisonnable que la procédure
soit clôturée s'il n'y a plus de passif exigible.
IV- La conversion du redressement judiciaire en liquidation des
biens
La conversion a lieu dans les cas suivants :
-concordat non voté par les créanciers ou non homologué par la juridiction
compétente (article 126 AUPCAP) ;
-annulation ou résolution du concordat (article 141AUPCAP) ;
-redressement judiciaire non close après 09 mois à compter de la décision
d’ouverture ;
Section 2 : Les solutions de la liquidation des biens Trois
solutions sont possibles :
-l’union ;
71
-la clôture pour insuffisance d’actif ;
-la clôture pour extinction du passif ;
I- L’union
L'union est la solution par excellence de la liquidation des biens. Selon l'article
146 AUPCAP, « Dès que la liquidation des biens est prononcée, les créanciers
sont constitués en état d'union ».
Elle se distingue de la masse des créanciers car elle se définit plutôt comme une
solution qui tend à liquider tous les biens du débiteur et en distribuer le prix aux
créanciers. Comme le concordat pour le redressement judiciaire, elle clôture la
procédure collective mais elle s’en distingue par le fait qu’elle ne comporte ni
délais, ni remises accordés au débiteur.
A- L’existence de l’union
1- La réalisation de l’actif du débiteur
Réaliser un actif, c’est le rendre liquide à travers la vente des biens et le
recouvrement des créances constituant cet actif.
Le syndic, qui supplante complètement le débiteur, doit réaliser l'actif, c'est-à-
dire recouvrer ses créances et vendre ses biens.
Il n'y a pas de formalisme en ce qui concerne la vente des meubles.
Pour les immeubles, la vente peut se faire de trois façons : vente sur saisie
immobilière, vente par voie d'adjudication amiable, vente de gré à gré.
Le juge-commissaire fixe le prix ou la mise à prix ainsi que les conditions ou
modalités essentielles de la vente. Il en est de même de la cession globale de
l'actif qui fait appel à des offres d'acquisition permettant un choix éclairé.
2- L’apurement du passif
Il va consister à répartir entre les créanciers le produit de la vente des biens et du
recouvrement des créances du débiteur.
Il appartient au juge-commissaire d’ordonner cette répartition en veillant à ce
que tous les créanciers soient avertis. Dès que la répartition est ordonnée, le
syndic adresse à chaque créancier admis un chèque représentant sa part de
dividende. Ce chèque est tiré sur le compte ouvert pour recueillir les deniers de
la procédure collective.
Le juge-commissaire apprécie souverainement, s’il y a lieu, d’effectuer plusieurs
répartitions au cours de la procédure ou une seule à la fin des opérations de
liquidation
72
Il cependant tenu de distinguer entre la répartition des deniers de l’actif mobilier
et la répartition des deniers de l’actif immobilier.
a) L’ordre de paiement en matière immobilière
Il faut rappeler les principes qui régissent la question avant de fournir une
illustration.
Principes
Selon l'article 166 de l'AUPC, les deniers provenant de la réalisation
d’immeubles sont distribués dans l'ordre suivant :
Les deniers provenant de la réalisation des immeubles sont distribués dans
l'ordre suivant :
1°) aux créanciers bénéficiant du privilège prévu par les articles 5-11,11-1 et 33-
1 (privilège de l’argent frais) ;
2°) aux créanciers des frais de justice engagés pour parvenir à la réalisation du
bien vendu et à la distribution du prix ;
3°) aux créanciers de salaires super privilégiés en proportion de la valeur de
l'immeuble par rapport à l'ensemble de l'actif ;
4°) aux créanciers titulaires d'une hypothèque conventionnelle ou forcée et aux
créanciers séparatistes inscrits dans le délai légal, chacun selon le rang de son
inscription au livre foncier ;
5°) aux créanciers de la masse tels que définis par l'article 117 ci-dessus ;
6°) aux créanciers munis d'un privilège général selon l'ordre établi par l'Acte
uniforme portant organisation des sûretés, à savoir, aux créanciers munis d'un
privilège général soumis à publicité, chacun selon le rang de son inscription au
Registre du commerce et du crédit mobilier, et aux créanciers munis d'un
privilège général non soumis à publicité selon l'ordre établi par l'article 180 de
cet Acte uniforme ;
7°) aux créanciers chirographaires munis d'un titre exécutoire ;
8°) aux créanciers chirographaires non munis d'un titre exécutoire.
En cas d'insuffisance des deniers pour désintéresser totalement les créanciers de
l'une des catégories désignées aux 1°, 2°, 3°, 5°, 6°, 7° et 8° du présent article
venant à rang égal, ceux- ci concourent aux répartitions dans la proportion de
leurs créances totales, au marc le franc.
Concernant l'application de cette disposition, il faut savoir que :
73
-les créanciers d'un rang supérieur doivent être intégralement payés avant les
créanciers du rang suivant et ainsi de suite.
-certains rangs peuvent comprendre des créanciers qui eux-mêmes font l'objet
d'un classement particulier. Ainsi en est-il, par exemple, de la sixième catégorie
consacrée « aux créanciers munis d'un privilège général selon l'ordre établi par
l'Acte uniforme portant organisation des sûretés ». Au sein de cette catégorie
viennent d'abord les créanciers munis d'un privilège général soumis à publicité
chacun selon le rang de son inscription au registre du commerce et du crédit
mobilier, puis les créanciers munis d'un privilège général non soumis à publicité
selon l'ordre établi par l'article 107 de l'Acte uniforme portant organisation des
sûretés. Illustrations
Le montant des créances réclamé est le suivant : rang 1 : 5 millions ; rang 2 : 10
millions ; rang 3 : 20 millions ; rang 4 : 6 millions ; rang 5 : 18 millions, rang 6 :
33 millions ; soit un total de 92 millions de F.
Première hypothèse : En supposant que la réalisation de l'actif immobilier du
débiteur donne un montant de 35 millions, les créanciers des rangs 1, 2 et 3
seront intégralement payés mais ceux des autres (rangs 4,5 et 6) ne percevront
rien puisqu'il n'y a pas de reliquat.
N.B : Le montant retenu pour le rang 3 est celui déterminé en proportion de la
valeur de l'immeuble par rapport à l'ensemble de l'actif. Autrement dit, et à titre
d'exemple, si l'immeuble concerné représente 20% de l'ensemble de l’actif : il
doit contribuer au règlement de 20% du montant des créances de salaires super
privilégiés.
Deuxième hypothèse : Si la réalisation de l'actif donne un montant de 39
millions, les créanciers des rangs 1, 2 et 3 seront intégralement payés comme
dans la première hypothèse mais cette fois avec un reliquat de 4 millions. Ce
reliquat servira exclusivement aux créanciers du rang 4. Leurs créances s'élevant
à 6 millions ne seront pas intégralement épongées. Chaque créancier recevra un
paiement au marc le franc c'est-à-dire proportionnel au montant de sa créance
déterminé comme suit: somme disponible divisée par le montant total des
créances = 4M/6M = 2/3. Chacun des créanciers du rang 4 recevra 2/3 du
montant de sa créance. Par exemple, si la créance d'un des créanciers du rang 4
s'élève à 1,2M, il encaissera : 1,2M x 2/3= 0,8 M.
b) L'ordre de paiement en matière mobilière
Sans préjudice de l’exercice d’un éventuel droit de rétention ou d’un droit
exclusif au paiement, les deniers provenant de la réalisation des meubles sont
distribués dans l'ordre suivant :
1°) aux créanciers bénéficiant du privilège prévu par les articles 5-11,11-1 et 33-
74
1 ci-dessus ;
2°) aux créanciers des frais de justice engagés pour parvenir à la réalisation du
bien vendu et à la distribution du prix ;
3°) aux créanciers de salaires super privilégiés en proportion de la valeur de
l'meuble par rapport à l'ensemble de l'actif ;
4°) aux créanciers titulaires d'une hypothèque conventionnelle ou forcée et aux
créanciers séparatistes inscrits dans le délai légal, chacun selon le rang de son
inscription au livre foncier ;
5°) aux créanciers de la masse tels que définis par l'article 117 ci-dessus ;
6°) aux créanciers munis d'un privilège général selon l'ordre établi par l'Acte par
l'article 180 de cet Acte uniforme ;
7°) aux créanciers chirographaires munis d'un titre exécutoire ;
8°) aux créanciers chirographaires non munis d'un titre exécutoire.
En cas d'insuffisance des deniers pour désintéresser totalement les créanciers de
l'une des catégories désignées aux 1°, 2°, 3°, 5°, 6°, 7° et 8° du présent article
venant à rang égal, ceux- ci concourent aux répartitions dans la proportion de
leurs créances totales, au marc le franc.
B- La clôture de l’union
Elle coïncide avec la fin des opérations de liquidation. Lorsque les opérations de
liquidation sont terminées, le syndic rend ses comptes au juge-commissaire qui
constate par un procès-verbal la fin des opérations.
Le procès-verbal est ensuite communiqué à la juridiction compétente qui
prononce la clôture de la liquidation des biens. L'union est dissoute de plein
droit et les créanciers recouvrent leurs droits de poursuites individuelles.
La décision de clôture prononcée par la juridiction compétente est publiée dans
les conditions prévues aux articles 36 et 37 de l'AUPCAP.
II- La clôture pour insuffisance d’actif
Réglementée par les articles 173 à 177 AUPCAP, la clôture pour insuffisance
d'actif, qui est statistiquement le mode de clôture le plus fréquent, peut intervenir
à toute hauteur de la procédure.
Cette clôture s'explique par la finalité de la procédure collective : elle tend au
paiement des créanciers dans les meilleures conditions possibles.
75
Si le paiement devient impossible, il n'y a pas d'intérêt à maintenir la procédure
ouverte. A le faire, on risque d'accroître le passif (frais d'administration de la
procédure).
Ainsi, si les fonds manquent pour entreprendre ou terminer les opérations de
liquidation des biens (notamment payer les honoraires du syndic), la juridiction
compétente, sur le rapport du juge-commissaire, peut, à quelque époque que ce
soit, prononcer, à la demande de tout intéressé ou même d'office, la clôture des
opérations pour insuffisance d'actif (article 173 AUPCAP). III- La clôture
pour extinction du passif
Après l'arrêté des créances et tant que l’union n'est pas close par une décision de
la juridiction compétente prononce, à toute époque, à la demande du débiteur,
d'un créancier contrôleur ou du syndic, ou même d'office, la clôture de la
procédure collective lorsqu'il n'existe plus de passif exigible ou lorsque le syndic
dispose de deniers.
CHAPITRE IV :
LES PROCEDURES DE REDRESSEMENT JUDICIAIRE ET DE
LIQUIDATION DES BIENS SIMPLIFIEES
Ces procédures s’appliquent à la petite entreprise définie à l’article 1-3 de
l’AUPCAP. Elles sont soumises aux règles applicables au redressement
judiciaire et à la liquidation des biens, sauf dérogation.
Section 1 : Le redressement judiciaire simplifié
La petite entreprise en situation de cessation de paiements qui souhaiterait
bénéficier de la procédure de redressement judiciaire simplifiée, doit faire la
déclaration prévue aux articles 25 et 26. Elle doit l’accompagner d’une
déclaration sur l’honneur attestant qu’elle remplit les conditions d’application du
redressement judiciaire simplifié, et déposer en même temps ou au plus tard
dans les 45 jours, avec le concours du syndic, un projet de concordat.
Aux termes de l’article 145-4, le projet de concordat de redressement judiciaire
peut se limiter à des délais de paiements, des remises de dettes ainsi qu’aux
garanties éventuelles que le chef d’entreprise doit souscrire pour en assurer
l’exécution. Ici, il n’est pas dressé de bilan économique et social comme dans le
redressement judiciaire ordinaire.
Il convient de relever que si la décision d’appliquer au débiteur le redressement
judiciaire simplifié n’est pas susceptible de recours, elle n’est pas non plus
irrévocable dans la mesure où, au regard de l’article 145-7, à tout moment,
jusqu’à l’homologation du concordat de redressement judiciaire, la juridiction
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compétente peut décider, par décision spécialement motivée, ce à la demande du
débiteur, du syndic, du ministère public ou même d’office, de ne plus appliquer
la procédure simplifiée.
Préalablement à l’homologation du concordat, précisément dans les quinze jours
qui précèdent ladite homologation, le syndic doit en communiquer le projet à
tous les créanciers par tout moyen laissant trace écrite. Si le projet de concordat
comporte des remises de dettes et des délais de paiement au-delà de deux ans,
l’accord de chaque créancier concerné est nécessaire, le défaut de réponse dans
les quinze jours suivant la réception étant considéré comme un refus. Ces
réponses sont nécessaires pour la finalisation du projet de concordat définitif qui
sera homologué dans les mêmes conditions que s’agissant du redressement
judiciaire ordinaire.
Section 2 : la liquidation des biens simplifiée
La petite entreprise éligible à la procédure simplifiée de liquidation des biens ne
peut en bénéficier que s’il n’est pas propriétaire d’un actif immobilier. Cela
revient à dire que la réalisation d’actifs portera essentiellement sur les meubles.
Il n’est pas prévu l’intervention du juge-commissaire dans la liquidation
simplifiée. De la sorte, dans la décision qui ordonne la liquidation simplifiée,
sont déterminés les biens devant faire l’objet de la vente de gré à gré. Le syndic
procède à ladite vente dans un délai de 90 jours à l’issue duquel il faudra
obligatoirement procéder à la vente aux enchères publiques.
La vérification des créances est allégée, car il n’est vérifié que celles
susceptibles de venir en rang utile, ainsi que les créances salariales.
Aux termes de l’article 179-8, à l’issue des vérifications et admissions de
créances, ainsi que la réalisation d’actifs, le syndic établit un projet de
répartition qui est déposé au greffe. Tout intéressé peut en prendre connaissance
et même le contester dans un délai de 10 jours à compter de la publicité. Le
juge-commissaire statue sur les contestations élevées par une décision
insusceptible de recours qui est notifiée aux créanciers intéressés. Puis suit la
répartition par le syndic. Dans les 120 jours au plus tard qui suivent la décision
d’ouverture ou de liquidation simplifiée, la juridiction compétente rend une
décision de clôture de la liquidation des biens, le débiteur entendu ou appelé. Ce
délai peut, par décision spécialement motivée de la juridiction compétente, être
prorogé pour une durée n’excédant pas 60 jours.
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