Livre de Ruth
John Nelson Darby
Le livre de Ruth nous parle aussi de l’époque des Juges, quand il n’y avait pas de rois
en Israël; mais il nous en montre le beau côté dans l’opération de la grâce de Dieu,
qui n’a jamais manqué d’agir au milieu du mal, son nom en soit béni! comme aussi
dans le progrès assuré des événements vers l’accomplissement de ses promesses
dans le Messie, quel qu’ait été d’ailleurs le progrès simultané du mal général.
Ruth, étrangère, venant se placer par la foi sous les ailes du Dieu d’Israël, est reçue
en grâce; et la généalogie de David, roi sur Israël selon la grâce, lui est rattachée.
C’est la généalogie du Seigneur Jésus lui-même, selon la chair.
Comme type, ce livre nous présente, il me semble, l’histoire de la réception en grâce
du Résidu d’Israël aux derniers jours, son Rédempteur (celui qui a droit de rachat)
ayant pris en main sa cause.
Élimélec (Dieu le Roi) étant mort, Naomi (mon agrément, mes délices) devient veuve,
et par la suite perd aussi ses enfants. Elle est le type de la nation juive, qui, ayant
perdu son Dieu, est comme veuve et sans héritier. Mais il y aura un Résidu, dépourvu
de tout droit aux promesses (c’est pourquoi il est préfiguré historiquement par une
femme étrangère), et qui sera reçu en grâce, comme les Gentils et l’Église (comp.
Michée 5:3, deuxième partie), qui s’attachera fidèlement, et de tout son cœur, au sort
d’Israël désolé. Dieu reconnaîtra ce Résidu, qui, pauvre et désolé lui-même, suivra de
cœur les commandements donnés au peuple.
Naomi, figure du peuple en général, dans sa position de délaissement, reconnaît être
dans cet état; elle prend le nom de Mara (amertume).
Celui qui était le plus proche parent, qui aurait bien voulu prendre l’héritage, ne le
veut plus, s’il s’agit de le prendre avec Ruth. La loi (ni l’Église) n’a jamais pu rétablir
Israël dans son héritage, et n’a jamais pu relever en grâce le nom du défunt.
Boaz (en lui est la force), sur lequel le Résidu n’avait pas de droit immédiat, (et qui
typifie Christ ressuscité, en qui sont les saintetés assurées de David), entreprend de
relever le nom du défunt et de rétablir l’héritage d’Israël. Agissant en grâce et en
bonté, et encourageant la douce et humble piété du Résidu, de ces débonnaires de la
terre, il montre sa fidélité pour accomplir les desseins et la volonté de Dieu à l’égard
de cette pauvre famille abandonnée. Rien de plus touchant et de plus exquis que les
détails donnés ici. Le caractère de Ruth, cette pauvre femme d’entre les Gentils, est
d’une grande beauté.
Naomi reçoit dans ses bras le fils qui lui est né; et l’on dit: «Un fils est né à Naomi».
En effet, l’héritier des promesses naîtra à Israël, comme nation, quoique de fait cette
promesse concerne le Résidu seul, qui, s’identifiant pleinement avec les intérêts du
peuple de Dieu, n’a cherché ni riche, ni pauvre, mais a suivi, par la foi et l’obéissance,
le témoignage de Dieu au milieu de ce peuple, dans le chemin qu’Il lui traçait.
Ainsi, d’un côté, si les Juges nous montrent la décadence du peuple d’Israël et la
manière dont il a manqué à sa responsabilité, lors même que le secours de Dieu fût
avec lui; d’un autre côté, ce livre touchant et précieux nous présente, comme l’aurore
de meilleures choses, la grâce agissant à travers toutes les difficultés, assurant
l’accomplissement des promesses, et embellissant cette scène de misère et de péché
par les doux et beaux traits de la foi, fruits précieux de la grâce, soit en faiblesse et
en dévouement, soit en force et en bonté, et toujours selon la volonté parfaite de
Dieu; et assurant par cette histoire touchante, en figure, la restauration complète
d’Israël aux bénédictions selon la promesse. Le tableau en est doux et rafraîchissant
pour le cœur, au milieu de l’endurcissement et des afflictions d’Israël.
Dans les livres qui suivent, nous verrons la prophétie et l’histoire des voies de Dieu
développant l’ensemble des faits qui tendaient à l’accomplissement de ses desseins,
dont les premiers principes, les éléments, sont posés en ce qui nous est montré dans
ce livre. Car Ruth fournit une espèce de lien intermédiaire entre la chute d’Israël sous
le gouvernement direct de Dieu, et l’accomplissement de ses conseils dans l’avenir.
La prophétie qui déploie ces conseils, et constate moralement cette chute, commence
avec Samuel; c’est ce que nous apprenons de la bouche du Sauveur qui est lui-même
l’objet de la prophétie.
Éli, dernier juge et sacrificateur, s’en va; sa famille doit être retranchée; l’Arche de
l’alliance est prise par les Philistins, et Samuel, consacré à Dieu d’une manière
nouvelle et extraordinaire, intervient avec le témoignage spécial de l’Éternel.