Mutation de l'habitat à Abidjan
Mutation de l'habitat à Abidjan
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Abidfa augmente de 40 à 50 000 habitants par an. Ceci signifie que, en plus du renouvellement
du patri&ve immobilier, qui commence à être nécessaire; 8 à 10 000 logements sont à cons-
truire chaque année pour la seule population nouvelle." et que les terrains correspondants (de
l'ordre de 200'k minimum), doivent être mis à la disposition de ces actions d'habitat.
Ceci représentkun effort considérable, d'autait que la politique du Gouvernement ivoirien est
nettement orientéehers un habitat sain e t durable.
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Dans le même tempsyles particuliers investissent de plus en plus dans la construction.
L'étude des dépenses d a v s é e s dans le domaine de l'habitat, permet de constater :
- que les dépenses par tête sont plus élevées dans les villes qu'à l'intérieur : 2.5 milliards
étaient dépensés en 1965 pdr> citadins, soit 3750 F par personne, 4.8 milliards par
/
3 300 O00 ruraux;
- que ces dépenses-vont la dépense d'habitat en Côte-d'Ivoire représente
4,5 % de la consommation des ménages (I-VO F par personne); en 1975, on estime qu'elle repré-
sentera 7 % de,la consommation des ménagesJ4 500 F par habitant), 25 milliards consacrés à la
construction (1).
Comment cette masse monétaire est-elle utilisée?\,
M. Haeringer dresse ici un tableau de la problématique urbaine.
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(1) Les chiffres ne tiennent pas compte des dépenses de I'État et des entpprises.
G*RS.P.O.M.
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Alors que souvent les grandes villes africaines n e sont que d'énormes
villages, Abidjan cherche sa voie à un niveau de vie urbaine relativement
1- - élevé. On y voit notamment -les- pouvoirs publics prendre résolument
en charge un€ évolution d'où a disparu tout laisser-faire, toute noncha- Habitat spuntang Lotissements cono^ Principaux campe-
existant. miques à lots indiwi- ments ruraux anciens
lance. Mais la nonchalance, sous les tropiques, arrange souvent bien les duels.
choses. Les responsables du développement d'Abidjan ont cru devoir y de population alloch-
Ensembles immobi- tone.
renoncer. Ce faisant ils ont ouvert la voie à des progrès qui s'inscrivent Habitat spontané di. liers iconomiques.
guerpi au cours des
déjà sur le terrain, mais en mÉime temps, en infléchissant le cours naturel six derniiras années. Grandes plantations,
des choses, ils ont pris le risque de provoquer de graves déséquilibres. Autres espaces Ur-
C'est précisément ce grand jeu de quitte ou double dans lequel Abidjan, bains.
Habitat spunlane re-
par sa volonté de modernisation, s'est engagé, que j e voudrais ici évo- structuré. F o r b classies.
quer (1). Communaur6s villa-
u geoises autochtones.
-
I LA GRANDE M U T A T I O N DE L'HABITAT
DANS LES LOTISSEMENTS OFFICIELS
Depuis un peu plus d'une décennie on assiste àAbidjan à une mutation
très spectaculaire de l'habitat africain dans les quartiers légalement
lotis (2). Aux matériaux périssables ont succédé le ciment et la tôle, et
l'anarchie dans la mise en valeur des lots a fait place à des agencements
agréés par les services dù permis de construire. II faut voir deux raisons à "
cette évolution : d'une part l'accroissement du niveau de vie consécutif - -
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au percement du canal de Vridi et la mise en service du nouveau port,
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d'autre part la volonté des pouvoirs publics, qui s'est notamment traduite
sur le plan de la réglementation foncière.
a) L'évolution du cadre juridique
Le point de départ de cette évolution est l'ancien régime foncier du
(( permis d'habiter D, commun à toute l'Afrique franqaise d'autrefois.
Concu à une époque où la ville n'était encore qu'un poste adminis-
tratif et commercial européen autour duquel se groupait une population
africaine encore étrangère au mode de vie urbain, ce permis d'habiter
laissait à ceux qui en bénéficiaient toute latitude pour la construction des
habitations. Ce droit était acquis gratuitement mais, par contre, ne valait
pas propriété.
Au fil des années le permis d'habiter évolua. II devint cessible, ce qui
permis aux attributaires de vendre, en cas de départ, les constuctions qu'ils
y avaientfaites. Puis, en 1943, dans le principal quartier africain d'Abidjan,
Treichville, l'administration donna aux titulaires du permis d'habiter la
possibilité de transformer ce droit d'usage en titre de propriété. C'était
N.D.L.R. Etude, carte et photos de Ph. HAERINGER, charge de recherches à l'Office
de la Recherche Scientifique et Technique outre-mer.
(1) II ne sera question dans cet article que de ce qui a trait à l'habitat, à l'exclusion de
toutes les autres fonctions qui échoient à la capitale. Comme on le verra par ailleurs dans
cette brochure, Abidjan assume fort bien son rôle de capitale.
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(2) Je n'aborderai que les questions relatives au logement du pluSIgrand nombre.
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matériaux légers ont considérablement régressé, les constructions ont plus LOTISSEMENTS RÉCENTS
de finí, les agencements sont plus géométriques, mais les concessions ))
ou (( cours )) ont souvent conservé une structure tourmentée. Nord d'Adjamé : toutes les constructions se référent B un modele type qui
Plus éclairant sur l'habitat nouveau est l'examen des lotissements ré- allie l a formule devenue traditionnelle du bâtiment long B usage locatif au
cents (350 ha, depuis 1958) qui ont été directement mis en valeur selon respect des normes minimales du permis de construire. Si l a viabilité s'en
les normes administratives. Ici, cent pour cent des constructions sont trouve améliorée, on aboutit toutefois 5 une certaine monotonie.
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conformes sinon toujours rigoureusement à ces normes- les installations
sanitaires notamment sont souvent escamotées -, du moins au style
qu'elles ont engendré. Certes ce style s'inspire largement du modèle
devenu traditionnel de la ((cour )) urbaine : en particulier, il prévoit la co-
habitation de nombreux ménages dans un même lot et conserve leur
organisation autour d'une cour centrale. Mais il interdit une exploitation
abusive, pléthorique de l'espace et, bien sûr, il exige une certaine qualité
de construction.
Le modèle le plus courant est le suivant. Deux bandes de logements
s'allongent sur deux côtés du lot : facade rue et fond de cour. Sur les
deux autres côtés de la cour s'alignent cuisines (4), douchières el commo-
dités. La cour proprement dite est libre de tout bâtiment, sinon d'abris
ouverts où une bonne part des travaux ménagers se font. Comme dans le
modèle dit traditionnel, l'unité d'habitation reste soit la chambre simple
soit une chambre double dite (( chambre-salon )). Chacun de ces compar-
timents s'ouvre sur la cour. Une seule entrée fait communiquer l'ensemble
avec la rue.
Mais une évolution se fait sentir dans les secteurs les plus récemment
construits. Sur beaucoup de lots, des modèles plus élaborés apparaissent,
le bâtiment de facade prenant de l'importance au détriment des autres
jusqu'à prendre parfois la forme d'une villa. Le logement n'est donc plus
toujours une simple cellule. On ne cherche plus toujours à réaliser le plus
grand nombre de mini-logements : une clientèle plus exigeante - et plus
aisée - est apparue. Dans cette ligne, un phénomène intéressant se pro-
duit en deux ou trois points de la ville et notamment à Marcory, où de
nombreuses villas habitées par des Européens ont pour propriétaires des
Africains.
La villa n'est pas le seul sommet de I'évolution. L'habitat en hauteur Cette vue d'une ((cour)) toute neuve de Koumassi montre mieux l a facon dont
représente une transformation au moins aussi radicale des habitudes. l a disposition ((traditionnelle)) a BtB revue par l e service de l'habitat. Seules
Même quand une cour demeure, les activités ménagères ne peuvent plus deux bandes de logements subsistent : en général (1 chambre-salon)) en facade
aisément s'y porter. Si la (( chambre-salon )) se perpétue dans une cer- e t chambres simples au fond de l a cour. A chaque fenêtre correspond un lo-
taine mesure dans les immeublesà étages, elle cède le pas, de plus en plus, gement et les portes donnent sur l a cour, sauf ici, celles de deux futures
à de véritables appartements. Cette mutation ne signifie pas seulement une boutiques.
différence de niveau de vie. La notion de logement change de sens : de
lieu de dépôt des biens personnels et de gîte pour le repos nocturne, il
devient cadre de vie, ainsi qu'on le comprend en Europe.
- Dans cette évolution les promoteurs de grands ensembles ont certaiz
nement joué un rôle important. Leurs réalisations parsèment la ville
(300 ha) et représentent une suite d'expériences très riche. De formules
très simples, expérimentées dans les années 1950, on s'est rapproché
peu à peu de l'appartement moderne en suivant plusieurs voies : logements
en bande avec cours individuelles, partis à patio, formules duplex, im-
meubles à plusieurs niveaux, villas (5).
II - LA RÉPLIQUE DES MOUVEMENTS SPONTANÉS
..
Les pouvoirs publics ont donc misé sur la qualité e t ont réussi à donner
aux habitants le goût de celle-ci. Et l'on remarque volontiers que la Côte
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d'Ivoire est en avance sur nombre de ses voisins africains. Mais n'est-elle
pas aussi un peu en avance sur elle-même?
Abidjan n'est pas encore parvenu à éliminer ce qui tournente bien des
villes du tiers-monde : l'habitat illégal, les mouvements d'urbanisation
spontanés (450 ha). Ce phénomène dont d'autres villes s'accomodent
paisiblement, les responsables d'Abidjan lui ont déclaré la guerre pour
deux raisons : par idéal d'abord, car il engendre un habitat qui n'a pas
sa place dans une ville moderne; puis par souci de garder l'initiative en
matière de croissance urbaine. Mais, en engageant la lutte contre l'habitat
spontané, l'administration a profondément modifié les formes sous les- . . .. . . . . . .%-.
quelles il se manifeste.
La modernisation de l'habitat est déjà en un certain sens une forme de Dans cette rue de Marcory, on a oublié les normes minimales e t l a diversité
lutte contre l'habitat spontané. Elle s'attaque en effet à ce qu'on pour- réapparaît. La Chéreté des terrains de ce lotissement privé a trié les acqué-
rait appeler un habitat spontané légal, puisqu'avant qu'elle ne soit imposée reurs. Ceux-ci sont généralement africains, mais il n'est pas rare que leurs
les habitants pouvaient, sur un lot officiel et en toute légalité, construire locataires soient européens.
comme ils l'entendaient, e t notamment au moindre coût. Jusqu'ici les
quartiers spontanés reflétaient seulement l'insuffisance de l'effort public
en matière de lotissement. Désormais, à ce facteur il s'en ajoute un autre :
l'incapacité financière d'une importante couche de la population à assu-
mer l'habitat nouveau, soit en qualité de propriétaire, soit en qualité de
locataire. Célibataire, un manœuvre peut s'offrir une chambre en dur
qu'il partagera avec un ou plusieurs camarades. Marié et père de famille
il ne le peut plus et se tourne vers les locations en planches ou en argile
des quartiers spontanés (6). Locations en planches ou en argile, oui, car
l'habitat spontané lui aussi s'est densifié à outrance : planter sa maison
hors des lotissements officiels n'est plus une chose simple.
Les pouvoirs publics se montrent en effet vigilants. Tout établissement
-
111 ATOUTS ET PÉRILS DE LA CROISSANCE ABIDJANAISE :
A Marcory 3. sur I'lle de Petit-Bassam, il n'y a p a s d'argile. Par LA DIFFICILE RECHERCHE D'UN ÉQUILIBRE
contre on e s t près du Port, oc les matériaux de récupération s o n t
nombreux. Mais cette situation a u cœur des zones d'emploi est Plus encore que les succès obtenus dans les lotissements récents'
aussi précaire que commode. Aussi n'a-t-on p a s à l'esprit d e et dans une certaine mesure dans les quartiers anciens, le dernier phé-
s'installer durablement et les dépenses d'habitat s o n t réduites au nomène analysé donne la mesure de l'étonnante chance dont Abidjan
minimum. dispose : compter dans sa population un nombre important de citadins
- désireux et capables de bâtir des habitations modernes, à f i n de location
autant que pour y habiter. Voilà un avantage exceptionnel en Afrique.
L'administration peut, si elle veut, s'appuyer sur les particuliers pour
l'aider à construire le parc de logements dont la ville a besoin.
Abidjan peut aussi, grâce au niveau relativement élevé des revenus,
compter sur l'aide étrangère en matière d'investissements immobiliers :
témoins les grands ensembles déjà réalisés et ceux qui sont projetés.
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U R E
DIRECTEUR FOlUDATEUR : J E A N ROYER
V U E F R rl N Ç kl I
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SOMMAIRE
Abidjan Côte d'Ivoire
3 Présentation
4 Un bref a p e r p de la Côte-d'Ivoire :
8 Structures administratives et moyens d'études - 9 Législation de
l'urbanisme et de la construction - 10 Régime domanial et foncier -
11 Les droits coutumiers.
Abidjan 12 Introduction.
14 Caractéristiques du site.
16 Densités.
18 Donnees sociologiques sur les immigrants récents,
a
20 Plans d'urbanisme :
20 Un peu d'histoire - 22 Les précédents plans d'urbanisme, 7952
et 1960 - 26 Les enquêtes de 1962 à 1967 - 28 Le plan
d'aménagement 1969. - 35 Etude de /bssainissement. - 35 Etude
des circulations.
37 Infrastructures :
37 Grands axes et ouvrages d'art - 42 Le port d'Abidjan et son hinter-
land - 44 Aéroport d'Abidjan - 46 Zones industrielles.
48 Quelques équipements urSains :
48 Une Université prévue pour 12 O00 étudimts en 1975 - 50 Centre
Hospitalier Universitaire - 51 Hôpital de Treichville - 52 Equi-
pements commerciaux - 54 Espaces verts - 56 Loisirs.
58 Services publics :
58 Mairie dAbidjan - 58 Alimentation en eau - 59 Electricité
_-60 Hygiène Publique - 60 Transports.
62 Etude des quartiers :
62 Le Plateau - 74 Le sud des Deux Ponts - 80 COCOdy -
83 Riviéra - 86 Plateau du Banco - 88 Plateau d'Abobo.
89 L'Habitat à Abidjan :
89 Quitte ou double :les chances de l'agglomération abidjanaise - 94
Les Sociétés immobilières.
Cete d'lvoirehl05 L'effort d'urbanisation.
105 Villes de l'intérieur. - 111 Habitat rural.
115 Aménagement régional :
115 Méthodes d'approche - 118 Deux grands projets : San Pedro et
Kossou - 125 Les incidences régionales.
1 26 Développement touristique.
3 8 e ANNEE (1969) No 1 7 1 /I12 XIX Informations Q X X l V Cinquante ans... taper sur le clou, par Jean Royer.
R é g i s s e u r de la P u b l i c i t é :
R E G I R E X - F R A N C E
62, rue Ampère - Paris-17" Phuios AURA, Biauijcautl. C;trval. Cultnar Du1irar. Fadeuillie, GALT. Gross. Minisrère de I'lnlormation. Normand.
T é l é p h o n e : 2 6 7 - 4 3 - 1 3 -F L
Plioro-Ciné-Poblicit8. SICOGI, SItICI, SOGEIEC.
Relations extérieures : Nicole MAISONNEUVE
Comitb d e Rédaction : C h a r l e s D E L F A N T E , J e a n O U M I N Y , C h a r l e s G R O S S E T - G R A N G E , M a r c e l L A T H U I L L I E R E . G é r a r d P E R P E R E ,
Maurice-Francois ROUGE
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A D M I N I S T R A T I O N - R E D A C T I O N : 6 2 , r u e A m p è r e , P a r i s ( 1 7 c )- T é l é p h o n e : 2 6 7 - 4 3 - 1 3 -1.
R. C. Seine 57 I3 7017 - C.C.P. Paris 7490-48 - L'abonnement ( 6 numéros) : France 100 F., Etranger 110 F. - Prix de ce numéro : 40 F.