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Explication Linéaire 1 Acis

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Lecture linéaire N°1.

La Bruyère. Remarque 7. Livre V. « De la société et de la conversation ».

Que dites-vous ? Comment ? Je n’y suis pas ; vous plairait-il de recommencer ? J’y suis
encore moins. Je devine enfin : vous voulez, Acis, me dire qu’il fait froid ; que ne disiez-
vous : " il fait froid " ? Vous voulez m’apprendre qu’il pleut ou qu’il neige ; dites : " il pleut,
il neige. " Vous me trouvez bon visage, et vous désirez de m’en féliciter : dites : " Je vous
trouve bon visage. " - Mais répondez-vous, cela est bien uni et bien clair ; et d’ailleurs qui ne
pourrait pas en dire autant ? – Qu’importe, Acis ? Est-ce un si grand mal d’être entendu quand
on parle, et de parler comme tout le monde ? Une chose vous manque, Acis, à vous et à vos
semblables les diseurs de Phoebus, vous ne vous en défiez point et je vais vous jeter dans
l’étonnement : une chose vous manque, c’est l’esprit. Ce n’est pas tout : il y a en vous une
chose de trop, qui est l’opinion d’en avoir plus que les autres ; voilà la source de votre
pompeux galimatias, de vos phrases embrouillées, et de vos grands mots qui ne signifient rien.
Vous abordez cet homme, ou vous entrez dans cette chambre ; je vous tire par votre habit, et
vous dis à l’oreille : " Ne songez point à avoir de l’esprit, n’en ayez point, c’est votre rôle ;
ayez, si vous pouvez, un langage simple, et tel que l’ont ceux en qui vous ne trouvez aucun
esprit : peut-être alors croira-t-on que vous en avez.
Introduction (éléments):
En 1688, paraît les Caractères ou les mœurs de ce siècle de la Bruyère. Le moraliste qui a
vécu à la cour du Grand Condé, décrit les vices de hommes de son temps.
Dans le livree V, de la société et des hommes et de la conversation, il brosse le portrait de
plusieurs de ses contemporains dont il fait la satire. C’est le cas de la remarque 7 dans
laquelle il décrit un personnage précieux et imbu de sa personne, Acis.
Problématiques possibles
- Comment La Bruyère en faisant la satire d’Acis dénonce-t-il la préciosité ?
- Montrer comment le moraliste brosse un portrait satirique d’un précieux.
Plans possibles :
- Un dialogue pris sur le vif. - Critique « d’un vice » de langage (L1 à 5)
- La caricature du précieux- du pédant (L5 à 11)
- Les conseils du moraliste- savoir être « un honnête homme » (L11 à la fin)

« Que dites-vous ? Comment ? » « Vous plairait-il de recommencer ? »


Succession d’interrogatives. Le locuteur ne comprend pas Acis, d’ailleurs, le lecteur en est au même
point. Début in medias res qui fait penser à une scène d’exposition au théâtre : Qui parle à qui ? la
situation d’énonciation n’est pas claire… A qui s’adresse La Bruyère ? Acis est apostrophé (l2) le nom
de l’interlocuteur est enfin dévoilé. Le verbe « plaire » au conditionnel attenue la demande et marque
une certaine courtoisie.
« je n’y suis pas »
Négation totale. Le locuteur ne comprend pas d’ailleurs, le lecteur en est au même point :
incompréhension générale. « J’y suis encore moins. Je devine enfin »
Toutes les répliques d’Acis sont ainsi passées sous silence par un effet d’ellipse « : le comparatif
« moins» suggère qu’une deuxième formulation a été proposée par Acis dont le sens est encore
plus obscur. Registre ironique. Le point marque une pause mimétique et traduit l’effort de
réflexion du locuteur qui s’entretient avec Acis. Le verbe « deviner » et l’adverbe « enfin »
renforcent l’idée de difficulté à comprendre Acis : il faut savoir déchiffrer, décrypter ses paroles.

« froid » « neige » « pleut », « bon visage » Champs lexicaux de la météo et de la santé.


Ces mots mettent en valeur la banalité du propos, rendant ainsi surprenant le fait que le locuteur ne
comprenne pas Acis. Nouvelle ellipse de la parole d’Acis :La Bruyère prive encore Acis de sa voix par
des jeux de reformulation et de discours narrativisé ; elle est incompréhensible…sans doute emploie-t-
il des métaphores ou des périphrases qui transforment son discours en « galimatias prétentieux »
« vous voulez, Acis, me dire qu'il fait froid : que ne disiez-vous : Il fait froid ? […] visage »
Corrélation entre le fond et la forme « Il fait froid » Phrase simple, proposition sjt/v/cplt
Le locuteur s’exprime de manière claire et nette, on a ainsi la mise en opposition avec le « pompeux
galimatias » d’Acis, ce qui accentue sa préciosité. Deux procédés différents pour les deux personnages
qui mettent en exergue des comportements et langages différents : complexes et pompeux pour Acis,
simple et naturel pour La Bruyère.
Le verbe « dites » à l’impératif confère à cet extrait une tonalité jussive : La Bruyère donne une leçon
de « bon français » à Acis qui
Critique à son tour cette manière de s’exprimer est « uni[e] » et « clair[e] » ; une telle objection
introduite par l’adverbe adversatif, « mais » le ridiculise car le but premier visé lorsque l’on parle est
d’être compris ! Boileau le disait dans son Art poétique (1674) « ce qui se conçoit bien s’énonce
clairement »

« est d’ailleurs qui ne pourrait pas en dire autant ? » Phrase interro-négative. Question
rhétorique. Acis veut se distinguer, il est mû par la vanité et l’orgueil, deux défauts qui l’opposent à ce
que doit être un honnête homme.

« Qu’importe Acis ?... » à « comme tout le monde » Ton ironique employé par le moraliste
notamment dans l’expression « un si grand mal ». Il faut être compris par tous, avoir une rigueur de
pensée et user d’une expression juste. Interrogations rhétoriques. Critique de ce discours qui se
veut intelligent et mais qui ne l’est absolument pas
Le ton de La Bruyère se fait désapprobateur « Vous et vos semblables, « les diseurs de Phoebus ». Il
critique les précieux, ceux qui utilisent des périphrases alambiquées ou sophistiquées pour parler des
choses simples. Critique de la préciosité : périphrase emphatique et ironique : « les diseurs de
Phébus » Satire d’Acis, élargie à tous les précieux, La Bruyère ne cherche pas à évoquer une
personnalité singulière, un individu précis et identifiable, mais un type social que l’on réduit à une
seule de ses caractéristiques les plus saillantes. Ici, il s’agit de dénoncer la complexité outrée et
ridicule de la langue des Précieux : il y a caricature.

A savoir : Phœbus est le nom latin du dieu Apollon. Dans l’Antiquité, le culte à Apollon était réputé pour être une
religion à mystères car reposant sur une série de rituels complexes et secrets ; ainsi, les réponses données aux
fidèles par les oracles dispensés dans ses temples étaient souvent particulièrement énigmatiques. Un « phébus »
désigne par ailleurs une figure de style qui consiste à obscurcir un propos en en travaillant trop la forme. On voit à quel
point l’expression «diseurs de phœbus», par cet effet de polysémie, constitue une périphrase efficace pour décrire les
Précieux.
Acis : Acis et Galatée (Idylle de Théocrite-Métamorphoses d’Ovide) jeune berger, fils du dieu Pan.

« Une chose vous manque » répétition qui crée un effet d’attente. La chute sera d’autant plus cinglante
pour Acis. « c’est l’esprit ». Présentatif qui met en relief le mot. C’est la chute : Acis qui pense avoir
plus d’esprit que les autres n’en aurait aucun pour le moraliste.« ce n’est pas tout » Négation. Deuxième
critique : « Une chose de trop » Acis est toujours dans un excès ou un autre, soit par défaut, soit par
abondance. Il n’est pas dans la modération la « mediocritas » qui caractérise l’honnête homme.

« voilà la source de votre pompeux galimatias… » Présentatif et rythme ternaire.


Enumération qui insiste sur le fait qu’Acis en fait trop, il use d’un langage amphigourique.
C’est parce qu’il se croit supérieur qu’il utilise un langage « pompeux ». La Bruyère lui reproche
d’être un brillant causeur dans la forme, pour briller en société mais en réalité sa conversation est
dénuée d’intérêt, il n’y a pas de fond (parle de la pluie et du beau temps)

« Vous abordez cet homme, ou vous entrez dans cette chambre ; je vous tire par votre habit et
vous dis à l'oreille » par l’emploi des déictiques « cet homme » et «cette chambre», L Bruyère recrée
un dialogue de théâtre. Les «comédiens» en scène interagissent: «vous abordez cet homme» (l. 54),
« je vous tire par votre habit » (l. 55), «[je] vous dis à l’oreille »(l. 56). Plus frappant encore, La
Bruyère se fait lui-même acteur de cette saynète. Le «vous » qu’il emploie s’il se réfère bien sûr à
Acis, peut aussi donner l’illusion que c’est au lecteur qu’il s’adresse..

Le moraliste met Acis en situation, dans laquelle il le guide et agit en censeur.

« Ne songez point à avoir de l’esprit » « ayez, si vous pouvez, un langage simple » Impératifs qui
expriment la défense puis l’ordre. Complément implicite de la critique du locuteur : il se sent obligé
de répéter deux fois la même chose, pour tenter de faire comprendre son défaut à Acis. Il le considère
ainsi comme quelqu’un de peu intelligent « c’est votre rôle » Présentatif Au 17 e siècle : « jouer » un
rôle est synonyme d’être hypocrite (<grec hypocrites, les acteurs). Thème de la comédie sociale : chacun
incarne un personnage en société (être et paraître)
« tel que l’ont ceux en qui vous ne trouvez aucun esprit » Périphrase Représente les Honnêtes Gens,
qui savent parler simplement, intelligemment, sans se mettre en avant.
« peut-être alors croira-t- on que vous en avez. »
Discourt direct « si », « peut-être » et « croire » expriment une hypothèse : il y a trop d’incertitudes,
on n’est même pas sûrs qu’Acis puisse donner l’illusion d’avoir de l’esprit. ! Pointe finale portée
parle moraliste, « coup de grâce »…

Conclusion :

Ce texte est donc un portrait d'un homme pédant et précieux, un courtisan au langage alambiqué,
incompréhensible, qui se croit un homme d'esprit… le moraliste fait comprendre à son lecteur
dans un dialogue fictif, au rythme enlevé et sur un ton sévère, les nécessités et les avantages
d'une expression claire et d'un comportement plus modeste.

Ouvertures :

remarque 77.

Contre la préciosité : Molière- La Fontaine

Question de grammaire possible :

Analysez toutes les propositions interrogatives lignes 1 à 3.

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