Séquence 4: la longue marche vers l'unité et le classicisme
LE THEATRE CLASSIQUE
TRAGEDIE - COMEDIE
Voici quelques résumés de comédies et de tragédies du XVIIe siècle. Ils vont vous
permettre de différencier ces deux genres du théâtre classique. Pour ce faire, vous
compléterez le tableau de comparaison. Ensuite, vous prendrez connaissance des extraits
théoriques sur le théâtre classique : ils vous permettront de découvrir les règles classiques et
de peaufiner le tableau comparatif.
Molière
L’Avare
Cléante et Elise, les deux enfants de l’avare Harpagon, craignent chacun pour leurs amours
respectifs. La ladrerie de leur père fait obstacle à leurs projets de mariage. Pour la fréquenter,
Valère, le galant d’Elise, a dû s’engager incognito comme intendant d’Harpagon, et Cléante n’a pas
le sou pour tirer de son dénuement la jeune Mariane, qu’il aime. Pis encore : Harpagon a l’intention
de marier ses deux enfants à de riches vieillards et d’épouser lui-même Mariane. La rivalité entre le
père et le fils éclate finalement au grand jour : l’avare déshérite et chasse Cléante. Mais Harpagon
découvre le vol d’une cassette contenant une importante somme d’argent. La recherche du
coupable lui fait découvrir la liaison d’Elise et de Valère, lequel est accusé du vol par Maître
Jacques, le cuisinier factotum d’Harpagon. L’arrivée d’Anselme, le vieillard promis à Elise, dénoue
la situation : il se révèle être le père de Valère et de Mariane, jadis perdus lors d’un naufrage ; il n’y
a donc plus d’obstacles aux mariages. En échange de Mariane, Cléante remet à Harpagon la
cassette que son valet, La Flèche, avait volée.
L’Ecole des femmes
Arnolphe se vante d’être à l’abri du cocuage ; de fait, se croyant plus malin que ses
concitoyens, il se propose d’épouser sa pupille qu’il a fait élever, dès l’âge de quatre ans, dans
l’absence de toute instruction : il espère s’être préparé ainsi une femme qui lui sera fidèle et
aveuglément soumise. Mais la précaution se révèle inutile. Le fils d’un de ses amis, Horace, lui
confie avoir séduit une certaine Agnès, innocente pupille sous la coupe d’un barbon, Monsieur de
La Souche. Arnolphe, qui a reconnu son deuxième nom, s’efforce en vain de mettre un terme à la
relation des deux jeunes gens. Devenue lucide et rusée à l’école de l’amour, Agnès finit par
s’évader, mais, Horace, pour ne pas ternir sa réputation, la confie à Arnolphe. C’est alors qu’arrive
d’Amérique le père disparu d’Agnès. Il unit sa fille à Horace.
CORNEILLE
Horace
Pour éviter l’horreur d’une guerre qui décimerait Rome et Albe, chaque ville décide de
choisir trois champions chargés de la représenter. L’honneur de défendre leur ville revient aux trois
Horaces, pour Rome, et aux trois Curiaces, pour Albe. Mais c’est un devoir déchirant pour ces
champions unis par des liens d’amour et de parenté : l’aîné des Horaces est l’époux de Sabine,
sœur des Curiaces, et l’aîné des Curiaces doit épouser Camille, sœur des Horaces. La victoire
revient à l’aîné des Horaces, seul survivant du combat. C’est la joie chez les Romains, mais le
désespoir pour Camille : celle-ci excite la colère de son frère en insultant Rome et Horace la tue.
Son statut de héros, sauveur de l’Etat, lui permet d’échapper au châtiment judiciaire.
Suréna
En vertu d’un traité, la princesse d’Arménie Eurydice doit épouser le fils du roi des
Parthes, Pacorus, mais elle aime Suréna, grand seigneur parthe auréolé de sa victoire sur les
Romains de Crassus, et que le roi Orode voudrait s’attacher définitivement en le mariant à sa fille
Mandane. Alarmé par la froideur d’Eurydice, Pacorus obtient d’elle l’aveu qu’elle en aime un
autre. De son côté, Orode, devant la réticence de Suréna à épouser Mandane, se sent menacé par ce
héros trop puissant : de plus, il apprend qu’Eurydice refuse d’épouser son fils Pacorus. Bien que de
lourdes menaces pèsent désormais sur Suréna, les deux amants, malgré l’impasse de leur situation,
refusent de céder aux exigences de la politique. A l’annonce de la mort de Suréna, assassiné par
une flèche anonyme, Eurydice succombe au désespoir.
RACINE
Andromaque
Roi d’Epire, Pyrrhus, le fils d’Achille et le vainqueur de Troie, s’est épris de sa captive,
Andromaque, veuve du chef troyen Hector, tué par Achille. Il délaisse Hermione, qu’il doit épouser
et qui, par amour pour lui, avait éconduit Oreste, roi d’Argos. Andromaque, elle, n’aime pas
Pyrrhus et veut rester fidèle à son défunt époux. Cependant, pour sauver son fils, Astyanax,
qu’Oreste est venu demander, au nom des Grecs, elle consent à épouser Pyrrhus, avec le projet
secret de se tuer aussitôt la cérémonie nuptiale terminée. Devant ce revirement et la perspective du
mariage proche de Pyrrhus avec Andromaque, Hermione, folle de rage amoureuse, demande à
Oreste de tuer Pyrrhus. Oreste s’exécute, mais Hermione, désespérée par son geste, rejette Oreste.
Elle se tue sur le cadavre de Pyrrhus, Oreste sombre alors dans la folie, Andromaque devient reine.
Bérénice
Titus, fils de Vespasien, vient de monter sur le trône. Depuis cinq ans, il aime Bérénice, reine de
Palestine, qui l’a suivi à Rome. Rome, d’habitude hostile à l’Orient et aux reines, garde le silence
sur leur union présumable. Bérénice, naïvement, voit dans ce silence un consentement, malgré les
appréhensions de sa confidente. Mais Titus sait bien que le silence de Rome est, en fait, lourdement
réprobateur. Dès sa première entrée en scène, il paraît ferme et résolu à faire passer ses devoirs
avant ses sentiments. Il a alors une première entrevue avec Bérénice, au cours de laquelle il se
montre incapable de dire la vérité. Après cet échec, Titus se résout à lui faire connaître sa décision
par l’intermédiaire de son ami Antiochus, roi de Comagène - lequel avait auparavant déclaré sans
succès sa flamme à Bérénice -, qu’elle refuse de croire et accable même de reproches haineux. Une
seconde fois, Titus tente de parler lui-même, et trouve enfin la force de dire – certes, encore
mollement – la vérité. Bouleversé par cet échange et déchiré par les appels de Bérénice, Titus est
même en larmes et pense au suicide. Mais, fortifié par une séance du Sénat qui lui fait entendre la
voix de Rome, il confirme à Bérénice, après un ultime revirement, que son amour pour elle est
certes plus fort que jamais, mais que la raison d’Etat exige d’eux une rupture. Bérénice finit par se
résigner à la séparation d’envers Titus.
LA COMEDIE LA TRAGEDIE
Cadre temporel
Condition sociale des
personnages
Sujets
Dénouement
Ecriture
Sentiments suscités
chez le spectateur
Textes théoriques sur le théâtre classique.
Nicolas Boileau (1636-1711), dans son Art poétique, énonce les règles que le théâtre doit
respecter.
Que dès les premiers vers l’action préparée
Sans peine du sujet aplanisse l’entrée.
Je me ris d’un acteur qui, lent à s’exprimer,
De ce qu’il veut d’abord ne sait pas m’informer,
Et qui, débrouillant mal une pénible intrigue,
D’un divertissement me fait une fatigue.
J’aimerais mieux encor qu’il déclinât son nom
Et dît : « Je suis Oreste, ou bien Agamemnon »,
Que d’aller, par un tas de confuses merveilles,
Sans rien dire à l’esprit, étourdir les oreilles :
Le sujet n’est jamais assez tôt expliqué.
Que le lieu de la scène y soit fixe et marqué.
Un rimeur, sans péril, delà les Pyrénées,1
Sur la scène en un jour renferme des années :
Là souvent le héros d’un spectacle grossier,
Enfant au premier acte, est barbon au dernier.
Mais nous, que la raison a ses règles engage,
Nous voulons qu’avec art l’action se ménage ;
Qu’en un lieu, qu’en un jour, un seul fait accompli
Tienne jusqu’à la fin le théâtre rempli.
Jamais au spectateur n’offrez rien d’incroyable :
Le vrai peu quelquefois n’être pas vraisemblable.
Une merveille absurde est pour moi sans appas :
L’esprit n’est point ému de ce qu’il ne croit pas.
Ce qu’on ne doit point voir, qu’un récit nous l’expose :
Les yeux en le voyant saisiraient mieux la chose ;
Mais il est des objets que l’art judicieux
Doit offrir à l’oreille et reculer des yeux.
Que le trouble, toujours croissant de scène en scène,
A son comble arrivé se débrouille sans peine.
L’esprit ne se sent point plus vivement frappé
Que lorsqu’en un sujet d’intrigue enveloppé
D’un secret tout à coup la vérité connue
Change tout, donne à tout une face imprévue.
Boileau précise les sentiments que doit susciter la tragédie.
Que dans tous vos discours la passion émue
Aille chercher le cœur, l’échauffe et le remue.
Si d’un beau mouvement l’agréable fureur
Souvent ne nous remplit d’une douce terreur,
1
Allusion critique au théâtre espagnol
Ou n’excite en notre âme une pitié charmante,
En vain vous étalez une scène savante :
Vos froids raisonnements ne feront qu’attiédir
Un spectateur toujours paresseux d’applaudir,
Et qui, des vains efforts de votre rhétorique
Justement fatigué, s’endort ou vous critique.
Le secret est d’abord de plaire et de toucher :
Inventez des ressorts qui puissent m’attacher.
Il donne aussi des indications sur la comédie. Dans cet extrait, vous trouverez une règle générale
concernant le théâtre.
Que la nature donc soit votre étude unique,
Auteurs qui prétendez aux honneurs du comique.
Quiconque voit bien l’homme et, d’un esprit profond,
De tant de cœurs cachés a pénétré le fond,
Qui sait bien ce que c’est qu’un prodigue, un avare,
Un honnête homme, un fat, un jaloux, un bizarre,
Sur une scène heureuse, il peut les étaler,
Et les faire à nos yeux vivre, agir et parler.
(…)
Ne faites point parler vos acteurs au hasard,
Un vieillard en jeune homme, un jeune homme en vieillard.
Etudiez la cour et connaissez la ville :
L’une et l’autre est toujours en modèles fertile.
C’est par là que Molière, illustrant ses écrits,
Peut-être de son art eût remporté le prix,
Si, moins ami du peuple, en ses doctes peintures
Il n’eût point fait souvent grimacer ses figures,
Quitté, pour le bouffon, l’agréable et le fin,
Et sans honte à Térence2 allié Tabarin3.
Dans ce sac ridicule où Scapin s’enveloppe,
Je ne reconnais plus l’auteur du Misanthrope.
Le comique, ennemi des soupirs et des pleurs,
N’admet point en ses vers de tragiques douleurs ;
Mais son emploi n’est pas d’aller, dans une place,
De mots sales et bas charmer la populace.
Que reproche-t-il à Molière ?
Il distingue deux genres de comédie. Précisez.
2
Poète comique latin, cité comme modèle par tous ceux qui préfèrent le sourire fin au rire franc
3
Le plus célèbre bateleur du Pont-Neuf. Ce qui est exagéré car, même dans ses farces, Molière est resté
bien loin de la grossièreté de Tabarin.
Deux grandes pièces du XVIIe
CORNEILLE, Le Cid
RACINE, Phèdre
1. Le professeur raconte le début de la pièce jusqu’à l’extrait.
2. Lecture et analyse de l’extrait.
3. La suite de la pièce.
Certains éléments du tableau comparatif devront être donnés aux élèves : par exemple dans
« Ecriture » ( où doivent figurer les règles théâtrales), comédie = 3 ou 5 actes, vers ou prose –
tragédie = 5 actes en vers.