Croissance et inégalités en Afrique subsaharienne
Croissance et inégalités en Afrique subsaharienne
et Développement International
Abdoulaye MILLOGO
Croissance et Inégalités de Revenus en Afrique Subsaharienne
Abdoulaye Millogo
Novembre 2020
ABSTRACT
This study determines the link between growth and income inequality in a sample of 31 Sub-Saharan
Africa (SSA) countries over the period of 20 years (1992–2011). It focused on the usefulness of
inclusive growth which is desirable for a prosperous and egalitarian region. Notionally, the study
reviews the economic literature on the determinants of inequality and growth. This analysis shows up
that the twice relationship and transmission channels have different effects which led to the
formulation and estimation of two structural models with two equations. The results achieved by the
generalized method of moments show that economic growth has an increasing inequality effect of
income, but it could help to reduce income inequality through human capital investment. Moreover, it
reveals that the reduction in income inequality has a non-negative significant effect on growth as well
as income inequality does not charge the promotion of growth through trade liberalization.
Therefore, unequal fatalist’s growth of Kuznets (1955) could not be taken as universal and systematic.
Keywords: economic growth, income inequality, index of Gini, Gross Domestic Product.
RÉSUMÉ
La présente étude détermine l’interaction entre la croissance et les inégalités de revenus dans un
échantillon de 31 pays de l’Afrique subsaharienne (ASS) sur la période 1992 à 2011. Elle s’interroge
sur l’existence d’une croissance inclusive, souhaitable pour une région prospère et plus égalitaire. Sur
le plan théorique, l’étude revisite la littérature économique portant sur les déterminants des inégalités
et de la croissance. Cette analyse exploratoire, en révélant l’existence d’une relation bidirectionnelle,
et des canaux de transmission des différents effets conduit à la formulation et à l’estimation de deux
modèles structurels à deux équations. Les résultats estimés par la méthode des moments généralisés
montrent que la croissance économique a certes un effet d’accentuation des inégalités de revenus, mais
peut contribuer à réduire les inégalités de revenus à travers les investissements en capital humain. En
outre, il apparait que la réduction des inégalités de revenus est sans effet négatif sur la croissance tout
comme les inégalités de revenus ne remettent pas en cause la promotion de la croissance via
l’ouverture commerciale. Ainsi, le fatalisme inégalitaire de la croissance de Kuznets (1955) est loin
d’être universel et systématique.
~1~
I. Introduction
L’interaction entre les inégalités de revenus et la croissance économique est parmi les
relations les plus controversées de la littérature sur le développement. Ainsi, l’analyse
dichotomique de la relation a longtemps prévalu. C’est pourquoi la croissance économique fut
intégrée dans les analyses positives et les inégalités dans les analyses normatives. Dans cette
perspective, la théorie classique n’intégrait aucunement les inégalités de revenus, aussi bien
dans le modèle de concurrence pure et parfaite que dans le modèle parétien d’allocation des
ressources. Dans de tels cadres d’analyse, les inégalités relèvent plus des mécanismes de
distribution des revenus assurés par les prix. Étant donné que ce sont les prix qui déterminent
les parts de revenus des agents économiques, la prise en compte des inégalités de revenus
dans la maximisation du produit national est sans importance, au nom du principe de
l’optimalité économique et d’absence de comparaison des utilités des agents économiques.
Cependant, le développement des analyses d’externalités a fait entrer les inégalités, dans les
années 1950, dans l’analyse économique du développement. Cette intégration des inégalités
divise quant au lien vertueux ou pas entre ces deux objectifs de développement. La théorie
néoclassique reconnaît les inégalités comme des éléments d’analyse de l’optimalité
économique. Elles sont de nature à être favorables et endogènes au processus de la croissance
économique de sorte que toute économie en développement est naturellement inégalitaire
dans la distribution des revenus (Kuznets, 1955 ; Kaldor 1956). Cette ligne de pensée de la
théorie du ruissellement, longtemps dominante est cependant remise en cause par les tenants
des effets négatifs des inégalités sur la croissance.
Le conflit entre les inégalités et la croissance peut paraître alors persistant dans le temps, mais
plus récemment les travaux de Dollar et Kraay (2002) soutiennent que la croissance et les
inégalités sont mutuellement compatibles en ce sens qu’une croissance économique peut
~2~
réduire les inégalités par ses effets externes positifs ; et ces réductions supplémentaires
exercent un effet feed-back sur le processus de croissance. Ces résultats postulent la
possibilité de l’existence d’une croissance strictement inclusive dans les économies en
développement et initialement inégalitaire. Une telle croissance remet, d’une part en cause le
caractère systématiquement inégalitaire de la croissance et d’autre part, l’impérieuse nécessité
des inégalités pour la croissance.
La relation entre les inégalités et la croissance est loin de faire l’objet de consensus dans
l’analyse économique et, ce même à une période où la tendance des orientations de politiques
économiques est la quête de croissances économiques plus inclusives. À cet effet, la
croissance économique continue, mais modérée et la persistance des inégalités de revenus en
Afrique au sud du Sahara (ASS) interpellent une fois de plus sur la relation entre la croissance
et les inégalités de revenus.
En effet, les taux de croissance du produit intérieur brut ont été positifs durant les deux
dernières décennies en ASS. Ces performances économiques la classent comme la deuxième
région mondiale la plus performante après l’Asie. La décennie est même qualifiée de « celle
de l’Afrique ». Elle émerge par rapport à elle-même, ses taux de croissance ont rarement
atteint ces niveaux. Et cela parce que le taux de croissance réel du Produit intérieur brut (PIB)
a été en moyenne de 5,5 % de 1990 à 2010 (Fonds Monétaire International1, 2013). Cette
croissance du PIB commence par supplanter l’accroissement démographique. Selon toujours
le FMI (2013), le taux de croissance du PIB réel par tête, quoique faible, fut en moyenne de
3,8 % entre 1990 et 2010. Cependant, ces performances économiques ne vont pas de pair avec
une réduction significative des inégalités de revenus. La création de richesse en ASS semble
n’avoir pas profité à une grande partie des populations. C’est pourquoi, le taux de pauvreté,
initialement élevé, a certes baissé, mais à un rythme plus lent par rapport à l’objectif fixé à
2015 et au rythme des autres régions du monde. Selon le rapport du Programme des Nations
Unies pour le Développement 2(2013), le taux de la pauvreté à moins 1,5 $ par jour en ASS
est passé de 56,5 % en 1990 à 47,5 % en 2010 avec un écart de 20,25 % par rapport à la cible
de 2015. Ainsi, sur une vingtaine d’années, le taux de pauvreté a baissé de 8 % en ASS contre
une baisse de 80 % en Chine. Ce dernier pays a, en effet, réduit son taux de pauvreté extrême
de 60 % à 12 %. L’Asie du Sud a également ramené sa pauvreté de 51 % en 1990 à 30 % en
2010 avec un écart de 4,1 % (PNUD, 2013). La croissance asiatique paraît plus inclusive que
1
FMI
2
PNUD
~3~
celle de l’ASS dans la mesure où les performances asiatiques sont allées avec une sortie
impressionnante de certaines classes de la pauvreté que celles de l’ASS. La baisse modérée du
pourcentage des pauvres interpelle une fois de plus sur la relation croissance et inégalités de
revenus, et ce parce que les revenus des classes pauvres, voire moyennes, semblent n’avoir
pas connu une plus grande convergence vers les revenus des classes les plus nanties.
Parallèlement, l’ASS a enregistré des progrès certes mitigés dans la réduction des inégalités
durant les deux décennies. Selon le rapport de la Banque Mondiale 3(2012) portant sur les
inégalités au monde, l’indice de Gini a diminué de 3,8 % de 1990 à 2008. Pendant que les
régions aussi inégalitaires que l’ASS en l’occurrence l’Amérique latine et l’Asie induisaient
une hausse de leur indice de Gini respectivement de 1,5 % et de 4 %. Elle demeure la région
la plus inégalitaire au monde après l’Amérique latine. Dans les années 2010, son indice de
Gini est estimé à 44,2 % contre 40,4 %, 35,5 %, 39,2 % et 48,3 %, respectivement en Asie, en
Europe de l’Est, au Moyen-Orient, en Amérique latine et Caraïbes.
Par ailleurs, la persistance des inégalités de revenus semble se traduire par des taux de
croissance instables et modérés. De 1990 à 2010, la baisse des inégalités de revenus de 3,8 %
est allée de pair avec un taux moyen de croissance de 3,8 % du PIB par tête en ASS.
Contrairement à l’ASS, la Chine et l’Inde, en réduisant leurs inégalités respectivement de
12,2 % et de 4,8 %, se sont retrouvées avec des taux de croissance relativement plus
importants de leur PIB par habitant de l’ordre de 10,1 % pour la première et de 6,3 % les
deuxièmes (BM, 2012). La croissance en ASS a donc été relativement moins élevée et peu
soutenue, en dessous de son potentielle de 7 % BM (2012) à l’inverse de la chine, dont la
croissance annuelle moyenne est de deux chiffres.
L’accroissement modéré du PIB par tête, la persistance des inégalités de revenus en ASS et au
regard des controverses de l’analyse économique, quelle est l’interaction entre ces deux
phénomènes économiques en ASS ? La détermination de cette interaction passe par la réponse
aux deux questions spécifiques suivantes : la croissance a-t-elle réduit les inégalités de
revenus ? Les inégalités de revenus ont-elles soutenu la croissance économique ?
~4~
croissance dépend de l’effet de l’interaction directe entre les deux processus et celle de
certains de leurs déterminants. Ainsi, si la croissance des pays développés, axée sur
l’industrialisation, a été marquée par la montée des inégalités de revenus, cela ne saurait
constituer une systématisation du caractère inégalitaire de la croissance comme le prétend
Kuznets (1955). Une croissance économique est strictement inclusive si elle est à la fois
participative et plus distributive de revenus. Le caractère participatif étant évalué à l’aune des
effets des inégalités sur la croissance et celui d’une meilleure distribution de revenus à l’aune
de ceux de la croissance sur la réduction des inégalités (Dollar et Kraay, 2002).
L’objectif de cette étude est alors de déterminer l’interaction entre la croissance économique
et les inégalités de revenus tout en mettant en évidence certains canaux de cette interaction en
ASS de1992 à 20114. De façon plus spécifique, il s’agit de déterminer (i) les effets directs et
réciproques entre les inégalités de revenus et croissance économique et (ii) les effets indirects
et réciproques via certains canaux. La présente étude permet de comprendre à la fois les
sources de la relation conflictuelle et vertueuse entre les inégalités de revenus et la croissance
économique.
Afin d’atteindre de tels objectifs, l’étude se fonde sur deux hypothèses. La première table sur
un effet négatif des inégalités de revenus sur la croissance économique, et ce parce que les
inégalités sont peu souhaitables pour une croissance stable et continue (Humberto, 2003). La
deuxième, quant à elle suppose un effet positif de la croissance économique sur les inégalités
de revenus, car les différences de productivités sectorielles semblent caractériser les pays en
ASS.
La suite de l’étude est organisée comme suit. La section 2 présente les approches théoriques et
empiriques. La section 3 est consacrée à l’analyse empirique de la relation entre la croissance
économique et les inégalités en ASS. La section 4 conclut l’étude.
4
Le choix de cette période tient à la disponibilité des données.
~5~
II. Approches théoriques de la relation croissance-inégalités
À ce titre, la présente section présente dans une première partie les deux notions, et dans une
deuxième partie une revue théorique et empirique succincte de leur interaction. L’objectif à
travers ce chapitre est de faire l’état des analyses de la relation entre croissance et inégalités
de revenus dans la littérature économique.
~6~
mal, l’économie informelle. En outre il ne prend pas en compte l’activité de production
domestique. Malgré cela, le PIB traduit une certaine productivité économique et demeure un
indicateur fiable de création de richesse économique.
Ces déterminants soulèvent par ailleurs des controverses. On peut cependant distinguer les
principaux déterminants qui sont : les richesses naturelles, la population, l’innovation,
l’investissement et le capital humain. En outre, Salai-i-Martin (2002), en confirmant qu’il n’y
a pas seulement un déterminant simple de la croissance économique, pense que le niveau
initial du PIB est la variable la plus importante et la plus robuste. Il montre que, plus un pays
est riche, moins il croît vite en raison des rendements marginaux décroissants du capital. Cette
hypothèse est connue sous le nom de convergence conditionnelle. Il considère également que
la taille du gouvernement n’a que peu d’importance. En revanche sa qualité a beaucoup
d’importance : les gouvernements qui causent l’hyperinflation, la distorsion des taux de
change, des déficits excessifs ou une bureaucratie inefficace ont de très mauvais résultats. Il
ajoute que les économies les plus ouvertes tendent à croître plus vite. Enfin, l’efficience des
institutions est très importante. Les marchés efficients, la reconnaissance de la propriété
privée et l’État de droit sont essentiels à la croissance économique.
Les théories explicatives de la croissance économique, dans une perspective de long terme,
mettent en avant le rôle primordial du progrès technique. Le progrès technique est capable de
rendre plus productive une économie. Toutefois, ces théories divergent sur la provenance du
progrès et la durabilité de la croissance. Ainsi, l’école classique, au commencement de la
révolution industrielle, pensait qu’aucune croissance ne pouvait être durable, car toute
production devait, selon eux, inexorablement converger vers un état stationnaire.
~7~
rendements décroissants des facteurs de production, les économies vont atteindre un point où
toute augmentation des facteurs de production n’engendre plus l’augmentation de la
production. Ce point correspond à l’état stationnaire. Cependant il note que cette troisième
prédiction est irréaliste. En fait, les économies n’atteignent jamais ce stade, en raison du
progrès technique qui accroît la productivité des facteurs. Ce progrès est supposé exogène :
« manne tombée du ciel ». Au regard de l’objectif de notre étude, nous prenons la croissance
du PIB par tête comme un indicateur de mesure d’accroissement de la productivité globale
d’une économie dans le temps.
L’analyse de la croissance à court terme est également présentée dans la littérature. En effet,
Schumpeter (1939), en mettant l’accent sur l’effet perturbateur de l’innovation souligne le
caractère cyclique de la croissance. Il considère que l’innovation est la force motrice de la
croissance, elle permet à un modèle productif nouveau de se remplacer à un ancien. Le
modèle de (Harrod, 1939 ; Domar, 1946) a permis aussi de faire ressortir le caractère
fortement instable de tout processus d’expansion. En particulier, il montre que pour qu’une
croissance soit équilibrée, il faut qu’elle respecte un taux précis, fonction du taux de l’épargne
et du coefficient du capital et de la quantité de capital utilisée pour produire une unité dans
une économie. Or, il n’y a aucune raison que la croissance, qui dépend des décisions
individuelles, respecte ce taux. De plus, si la croissance est inférieure à ce taux, elle aura
tendance non pas à le rejoindre, mais à s’en éloigner davantage, diminuant progressivement.
L’inégalité de revenus peut être définie comme une différence relative de situation entre des
agents économiques, au regard de la dotation de revenus, qu’elle résulte des mécanismes du
marché ou de l’action publique. Elle se distingue de l’équité qui, elle, mesure une différence
de traitement ou de position entre les agents économiques placés face à une situation
d’allocation des ressources données. L’équité renvoie à deux dimensions dans la théorie
économique : la première est relative au fonctionnement effectif des règles de la concurrence
pure et parfaite et la seconde à la question implicite des transferts de ressources. L’équité est
une notion procédurale, elle s’intéresse aux différences de traitement alors que l’inégalité est
une notion substantielle, s’intéressant aux différences de dotations de ressources. Elle relève
d’une conception distributive. L’équité est une notion assez bien intégrée dans l’analyse
économique, à travers des notions comme l’équité horizontale et verticale alors que l’analyse
de l’égalité est relativement moins ancrée dans celle économique dans sa dimension positive.
~8~
En effet, l’analyse économique dans le cadre du modèle qu’elle retient essentiellement
positive. Cette analyse décrit l’économie telle qu’elle est et non telle qu’elle serait souhaitable
qu’elle soit, alors que la question des inégalités est par hypothèse essentiellement normative,
prescrivant des actions susceptibles de modifier l’existant.
L’analyse objective de la question des inégalités de revenus passe par la mesure des inégalités
de revenus. Ces mesures à leur tour, passent par la mise en évidence d’une distribution
statistique des revenus dans l’économie nationale. En règle générale, la mesure des inégalités
fait intervenir l’ensemble des indicateurs de dispersion et de concentration de revenus. De
sorte que le profil du revenu concerné peut être défini par sa moyenne, sa médiane, sa médiale
et son écart-type. Le profil de revenu peut être aussi appréhendé sous la forme d’un
diagramme divisé en quantiles de classes d’effectifs égaux. Les quantiles les plus couramment
utilisés sont les quartiles, regroupant le quart de la population ; les cinq quintiles ; les dix
déciles et les cent centiles. Les rapports des quantiles sont par ailleurs utilisés afin de traduire
la concentration des revenus. Les rapports les plus courants sont le rapport inter décile,
rapport entre la valeur moyenne du neuvième décile et la moyenne du premier décile, et le
rapport inter centile, rapport entre la valeur moyenne du quatre-vingt-dixième décile et la
valeur moyenne du dixième décile.
L’analyse de la distribution de revenus peut se faire aussi par une représentation graphique en
l’occurrence la courbe de Lorenz. Elle est construite par la représentation, en abscisse, des
quantiles de la population et, en ordonnée la valeur cumulée de revenus des quantiles.
Lorsque la courbe est linéaire, la distribution est parfaitement égalitaire. L’inégalité croît avec
la convexité de la courbe. À partir de cette courbe sont dérivés les indices de Gini et de Theil.
Le coefficient de Gini est principalement utilisé pour mesurer les inégalités de revenus.
Il existe donc plusieurs techniques pour apprécier les inégalités de revenus. Cette étude choisit
de mesurer ces inégalités par l’indice Gini en dépit de ses insuffisances. En effet, cet ’indice
est un indicateur d’inégalités complexe et synthétique. Il fournit des informations condensées
sur la distribution des revenus sans mettre en évidence les caractéristiques de localisations et
de formes. Il a été élaboré par Gini en 1912 sur la base de la courbe de Lorenz. De façon
particulière, il mesure le ratio entre l’aire située entre cette courbe et la première bissectrice.
Plus formellement, l’indice de Gini est le ratio entre l’aire de concentration observée et l’aire
de concentration maximale. Cette aire correspond à une distribution où un seul individu
détient la totalité des revenus. La distance entre cette aire et une distribution quelconque de
~9~
revenus traduit l’inégalité caractéristique. L’indice de Gini est un nombre variant entre 0 et 1,
où 0 signifie l’égalité parfaite (tout le monde a le même revenu) et 1 l’inégalité totale (une
personne a tout le revenu, les autres n’ont rien). Ainsi, si le coefficient est proche de 1,
l’économie apparaît inégalitaire, sinon elle est plus égalitaire.
Les concepts de croissance économique et d’inégalités de revenus ont été certes analysés
indépendamment, mais la littérature économique en a aussi fait une analyse combinée afin
d’en saisir l’interaction. Une analyse exploratoire de la littérature permet de mieux saisir toute
la question et de mieux apprécier celle qui prévaut en ASS.
La deuxième approche, quant à elle, axée sur les théories d’imperfection des marchés,
d’économie politique et d’instabilités sociales, met en évidence une relation allant des
inégalités de revenus vers la croissance. Ces théories postulent pour un effet négatif des
inégalités par leurs effets externes négatifs sur les facteurs de production. Ces analyses
théoriques ont fait plus ou moins l’objet d’analyse empirique dont il convient également de
faire la synthèse.
~ 10 ~
2.2.1.1. Effet de la croissance économique sur les inégalités de revenus
Étant donné que les riches épargnent davantage, de fortes inégalités signifient de plus hauts
niveaux d’épargne, d’investissement et de croissance future. Le maintien de ces inégalités
rend flexible le marché du travail. Cette flexibilité maintient les salaires bas et encourage les
investissements. L’absence d’une forme de redistribution autre que le mécanisme du marché
limite la taxation des groupes de revenus supérieurs et permet de maximiser la part du revenu
disponible pour l’investissement. Car la propension marginale à épargner des riches est plus
élevée que celle des pauvres et vu l’existence des coûts irrécupérables, certains
investissements nécessitent une accumulation du capital. Par conséquent, il existe une
antinomie entre efficience et égalité dans les économies (Kaldor, 1956).
Il en résulte que ce sont les détenteurs de capitaux et les travailleurs à forte productivité qui
bénéficient davantage des retombées de la croissance (Kaldor, 1956). L’économie en
expansion est de plus en plus inégalitaire jusqu’au point où les différences de productivités
s’estompent par le biais des immigrations sectorielles, ces déplacements se traduisant par le
déplacement des agents économiques des secteurs les moins productifs vers les plus
productifs. Par la suite, l’économie devient plus égalitaire lorsque les différentes productivités
relatives sont dans une phase décroissante (Lewis, 1954). D’où la courbe en « U inversé »
traduisant le phénomène du Trickle down effect 5 ou du ruissellement. L’enseignement qui
5
La croissance finit par réduire les inégalités ou encore la marée montante emporte toutes les embarcations.
~ 11 ~
résulte de ce cadre d’analyse est que le progrès technique, source de productivité et par
ricochet de la croissance du PIB, est le déterminant principal des inégalités de revenus. Par
conséquent, un mécanisme de distribution autre que le marché, qui joue le rôle de distribution
à travers les prix, est de nature à compromettre l’évolution de la production nationale. En
effet, la redistribution par la fiscalité ou par des systèmes de contrôle des prix n’est pas à
même de réduire substantiellement les inégalités, et les dépenses qui en résultent peuvent
décourager les investissements productifs. La redistribution est sans importance, à moins de
supposer qu’il existe des agents économiques passifs dans l’économie. Dans le cas contraire,
une réallocation des revenus est sans effet significatif sur le produit national. Toutes les
économies en développement sont systématiquement et fatalement inégalitaires.
Il convient cependant de souligner que ces arguments sont des extensions portant sur l’analyse
factuelle de relation croissance-inégalité à une époque d’industrialisation marquée par
l’importance du secteur traditionnel qui de toute évidence paraît assez singulière. Cette
singularité ne saurait permettre une généralisation de la relation. Puisque, les secteurs ne sont
pas nécessairement égalitaires, les inégalités caractérisent à la fois le secteur industriel et le
secteur agricole ou ceux rural et urbain. Même s’il est admis qu’à cette époque les inégalités
concernaient le partage des revenus entre le capital et le travail. Le secteur industriel étant
intensif en capital, une économie fortement industrielle peut apparaître structurellement
inégalitaire (Piketty, 2004). Cependant, le progrès technique est capable d’induire des
externalités positives pour la quasi-totalité des secteurs et une économie peut éventuellement
être productive et inclusive. Les inégalités ne seraient pas nécessairement fatales, tout
dépendrait de la nature du progrès technique et de sa propension à exercer des effets
structurants sur les autres secteurs. Dans un tel contexte, une économie inégalitaire a tendance
à écarter une partie de sa population de l’adoption des nouvelles technologies de production
(Deininger et Squire, 1998).
L’approche des inégalités et de la croissance dans le cadre de l’économie politique est basée
sur les modèles du vote médian. Ces modèles démontrent que la relation entre les décideurs et
les populations sur la base des votes détermine l’incidence des inégalités sur la croissance. Le
vote médian est l’électeur représentatif des préférences de la population. Lorsque la
distribution des revenus est inégalitaire, situation où le revenu médian est inférieur à celui du
revenu moyen, le vote médian induit la mise en place de politiques de redistribution sur la
base de la hausse des impôts. La hausse des impôts déprime les investissements par
l’introduction de distorsions dans les décisions d’épargne des agents à capacités de
financement (Alesina et Rodrick, 1994). Ces distorsions s’expliquent, d’une part, par le fait
que le taux de rentabilité des investissements publics est inférieur à celui des investissements
privés et, d’autre part, par l’effet d’éviction des dépenses publiques sur les investissements
privés. Par conséquent, les fortes inégalités induisent des pressions sur les décideurs
politiques en faveur d’une plus grande redistribution des revenus, chose qui affecte
négativement la croissance économique. Il apparaît que les inégalités déterminent la
croissance via ses effets dépressifs sur l’investissement (Person et Tabelleni, 1994).
Ces modèles d’économie politique sont pertinents, certes dans les économies démocratiques,
mais ils ont des limites dans l’explication, universellement, la relation croissance et inégalités,
dans la mesure où toutes les économies ne sont pas par définition démocratiques. En plus, la
relation négative entre interventionnisme et croissance économique n’est pas une vérité
universelle. À ce propos, la redistribution keynésienne suppose qu’une augmentation du
revenu des classes moyennes par des transferts publics est susceptible d’accroître la demande
globale et par la suite l’offre globale. La relation entre interventionnisme et croissance
économique serait d’ailleurs positive dans les pays en développement (Perotti, 1994). Les
dépenses de redistribution sont alors déterminantes pour la réduction des inégalités.
Les approches par la théorie de l’instabilité politique, quant à elles, établissent une relation
entre la croissance et les inégalités sur la base des instabilités politiques et sociales.
L’inégalité latente peut générer ce type d’instabilités qui, par la suite, réduisent les
investissements, et par ricochet la croissance est sous-optimale (Rodrick, 1999). Les effets
~ 13 ~
négatifs des chocs externes sur la croissance sont importants lorsque les conflits sociaux
prennent la forme de clivages ou des disparités profondes dans la distribution des richesses
entre les couches sociales. Ces conflits latents peuvent se transformer en violence et remettre
en cause la stabilité économique et politique. Les coûts d’opportunités de la gestion des
conflits sociaux augmentent considérablement et les ressources sont de plus en plus destinées
à la gestion des crimes au détriment des investissements productifs (Bourguignon, 1998). Par
ailleurs, les inégalités ont tendance à empêcher la mise en place des réformes structurelles en
incitant les moins nantis à prendre l’économie en otage (Banerjee et Dufflo, 2004).
La thèse du conflit social comme mobile de l’effet négatif des inégalités sur la croissance
économique via les investissements n’est valable que dans les pays à économie peu
démocratique et à faible niveau institutionnel.
Les approches de la relation sur l’hypothèse d’imperfections des marchés rejettent les
postulats des effets non négatifs des inégalités sur la croissance économique. Les
imperfections des marchés sont de plusieurs natures : il s’agit des questions d’asymétrie
d’informations des distorsions sur les marchés des capitaux, du travail et des biens et services.
En présence des distorsions sur les marchés, les prix sont incapables de jouer effectivement
leur rôle d’allocation des ressources. La primauté de l’offre sur la demande n’est plus de
rigueur de sorte que les structures de consommation des biens et services déterminent les
investissements des entreprises. La demande est un facteur déterminant des décisions
d’investissement et d’innovation des entreprises, lesquelles influencent la production
effective. Une économie structurellement inégalitaire se caractérise par une faiblesse de la
demande effective. Des transferts de revenus vers les moins nantis améliorent la demande et
subséquemment la croissance. Cependant, il convient de souligner que cette thèse n’est
valable que sous l’hypothèse de la propension marginale à consommer plus élevée d’une
classe par rapport à une autre. Si l’on convient de l’inexistence de pouvoir d’achat dormant,
l’effet escompté de la redistribution peut paraître limité. Outre ces distorsions, celles sur le
marché du crédit peuvent affecter les capacités productives des agents économiques. En
pratique, l’octroi du crédit est conditionné par la rentabilité et le risque de l’investissement.
Les problèmes d’antisélection et d’aléa moral rendent contraignant l’accès au crédit des
pauvres et expliquent donc leur exclusion des projets de financement des investissements
physiques et de formation en capital humain. Il en est ainsi parce qu’ils sont dans
l’impossibilité de fournir les hypothèques, préalables à l’octroi du crédit. Les investissements
ainsi réalisés sont nettement en dessous de leur niveau optimal et la croissance est par ricochet
~ 14 ~
moindre. Une meilleure distribution des revenus pourrait alors accroître les capacités
productives de l’ensemble des populations (Galor et Zeira, 1993).
Les travaux empiriques sur la relation croissance-inégalités sont issus de l’étude pionnière de
Kuznets (1955). En rappel, les extensions des conclusions de cette étude connue sous le nom
de « théorie du ruissellement » estiment que la promotion de la croissance économique doit
être la priorité et qu’elle est la condition suffisante et nécessaire pour résorber, tout
naturellement les inégalités. Elles seraient neutres et irréversibles au processus de la
croissance. Pour ce faire, il regroupe des données portant sur les distributions des parts de
revenus, des quintiles avant redistribution suivant les étapes de développement de trois pays,
aujourd’hui développés et plus récemment moins inégalitaires dans un passé récent (États-
Unis d’Amérique, Grande-Bretagne et Allemagne) sur environ un siècle (19e siècle). Ces
parts relatives sont analysées suivant le secteur agricole et celui industriel. Il en résulte une
forte concentration des revenus dans le secteur industriel.
Une des limites de ce travail est la non-prise en compte de certaines variables explicatives,
observables ou inobservables dans la distribution des revenus, une négligence qui est
susceptible de créer un biais d’omission de variables. En ce sens que les spécificités des pays
peuvent avoir un effet sur la croissance. En outre, la qualité des données, constamment remise
en cause dans la littérature, car jugée peu fiable nuance les résultats de Kuznets (Deininger et
Squire, 1996). En effet, en procédant ainsi, l’étude suppose que les pays sont similaires alors
~ 15 ~
qu’ils peuvent avoir suivi des trajectoires différentes de développement. Malgré ces
insuffisances, les travaux de cet auteur vont donner naissance à la théorie du « trickle down
effects6 ». La force de ce travail précurseur réside cependant dans l’explication de la relation
croissance-inégalités. Les arguments s’inscrivant à ce propos dans le paradigme néolibéral de
la croissance avec son corollaire de marchés optimaux pour déterminer l’équilibre.
L’hypothèse de cette relation en forme d’U inversée a fait donc l’objet de vérifications
empiriques aussi bien sur les données en cross section que celle en panel.
Ahluwalia et al. (1976), en régressant le revenu national sur les différents percentiles pour
60 pays sur la période 1955 à 1972, valide l’hypothèse de Kuznets. Il trouve que la relation est
significative aussi bien pour les pays en développement que les pays développés. Cependant,
Deninger et Squire (1996), sur la base de données 108 pays (pays développés et en
développement de1960 à 1974), trouvent que la relation entre croissance et inégalités est non
systématique et universelle. En effet, ils notent que des périodes de hausse du revenu moyen
sont associées à une hausse des inégalités dans 43 pays et de baisse dans 55 pays. Et que les
périodes de baisse des revenus moyens s’accompagnent de la hausse des inégalités dans
5 pays et de leur baisse dans 2 pays. Ces auteurs estiment que la prise en compte des
spécificités des pays, riches ou pauvres, égalitaires ou inégalitaires, par la régression de la
forme logarithme du coefficient de Gini et du taux de croissance ne permet pas de conclure à
une significativité de la relation entre la croissance et les inégalités. Ils concluent à une
fragilité de l’hypothèse de Kuznets dans l’effet de la croissance sur les inégalités. L’avantage
de cette étude par rapport à celle de Kuznets (1955) est de permettre une meilleure mesure des
inégalités et du revenu au plan national. Les données ont été estimées sur la base des
statistiques nationales au lieu des enquêtes auprès des ménages. Cependant ces données,
quoique de meilleures qualités sont d’enseignements limités pour les pays d’ASS. Car la base
de données contenait en moyenne deux observations pour les pays de cette région du monde.
Bien avant ces travaux, Perotti (1994) sur un panel de 70 pays (ASS compris) de 1970 à1985
conclut à l’effet négatif des inégalités initiales sur la croissance économique à partir d’un
modèle linéaire estimé par les Moindres Carrés Ordinaires (MCO) et les Double Moindres
Carrés (DMC).
Cependant, Forbes (2000) trouve que les contradictions dans les résultats tiennent soit à la
spécificité des pays ou à la qualité des données de la période considérée. Des omissions dans
6
La théorie du ruissellement ; la croissance finit par bénéficier à toute la population.
~ 16 ~
ces aspects sont éventuellement à l’origine des biais enregistrés. Pour y remédier, l’auteur
utilise un échantillon de 45 pays de 1965 à 1995. En partant d’une spécification linéaire, les
estimations par les Méthode des Moments Généralisés (MMG) et les effets aléatoires
conduisent l’auteur à la conclusion selon laquelle l’effet de la croissance sur les inégalités est
négatif à long terme et positif à court terme. Ces résultats corroborent la thèse de Kuznets.
Deininger et Squire (1998), un peu plus tôt, estiment que la faiblesse des résultats obtenus
précédemment découle de l’utilisation des inégalités de revenus comme proxy des inégalités
de richesses. Ils choisissent de prendre comme indicateur des inégalités la distribution ou les
inégalités dans les dotations de terres dans une économie agricole. Ils justifient leur choix par
deux arguments : (i) les dotations en terre sont les déterminants clés de la capacité productive
et des décisions d’investissements individuels et (ii) l’évaluation des dotations n’est pas sous-
jacente à de multiples hypothèses issues du calcul des revenus. Ils concluent alors à
l’existence d’une corrélation négative entre les inégalités de distribution dans les terres et la
croissance. En outre, la redistribution des revenus n’affecte pas cette corrélation. Cependant,
l’utilisation des terres comme indicateurs paraît limitée pour évaluer les revenus au plan
national, l’économie n’étant pas la somme des agriculteurs.
Barro (2000), en utilisant des données de 84 pays issues de la base de données de Deininger et
Squire (1996), estime que les résultats sont fortement fonction du choix des pays. En ce sens
que les inégalités influencent de toute évidence, négativement, la croissance économique dans
les pays en développement. Par ailleurs, il estime qu’en plus de leur sensibilité à l’échantillon,
les résultats controversés tiennent à la diversité des sources portant sur les inégalités et aux
différences de spécification et de technique d’estimation. Ainsi, en scindant son échantillon en
deux sous-échantillons : un de pays riches et l’autre de pays pauvres, l’auteur utilise les triples
moindres carrés sur un modèle à effet fixe afin d’éliminer les variations temporelles dans les
échantillons. Les résultats tablent pour effet négatif, pour les pays pauvres et positif pour les
pays riches. Ces résultats corroborent, ceux obtenus par Forbes (2000). Les inégalités de
revenus dans les pays en développement sont corrélées négativement avec leur dynamique de
croissance. Certains auteurs estiment qu’un tel résultat s’explique par les imperfections sur les
marchés de crédit dans ces pays et non par des approches économétriques. Plus récemment,
Banerjee et Dufflo (2004), à partir d’un panel statique, concluent à l’existence d’une courbe à
la Kuznets sur la base d’une estimation avec les MMG.
~ 17 ~
Outre ces travaux, des analyses ont été menées par certains économistes. Galor et Zeira
(1993), sur la base des asymétries d’informations et la faiblesse des institutions du marché du
crédit, source de difficultés de recouvrement des prêts bancaires et d’obtention du crédit par
les agents, postulent un volume d’investissement relativement moins important et donc une
croissance moindre. Il en résulte une exclusion d’une frange des agents économiques du
processus de création de richesses. Cet argumentaire est également soutenu par Aghion et
Bolton (1997), selon qui le rationnement du crédit issu des asymétries d’information limite les
capacités d’investissement des pauvres et de la classe moyenne. Ce rationnement augmente
les inégalités dans la redistribution des revenus et induit une baisse des taux de croissance
économique in fine. Selon ces derniers, les inégalités peuvent ainsi durer indéfiniment,
entraînant une production inefficiente des pauvres et de la classe moyenne en raison de leur
incapacité à fournir les biens en garantie telles les terres pour obtenir des prêts.
En somme, les travaux empiriques sur l’interaction entre croissances-inégalités sont sujets, au
plan économétrique à deux biais : le biais sélection et celui d’endogénéité. La présence de ces
biais tient à l’inexistence d’une base complète de données sur les inégalités de revenus à notre
connaissance. Même la base de Deininger et Squire (1996), considéré comme la plus fiable
comporte des ruptures pour certains pays. Il en découle une surreprésentation de certains pays
et une sous-représentation d’autres lors des études à la fois internationales et régionales. Les
bases internationales, plus spécifiquement celle de Deininger et Squire (1996) sont, en
général, des panels non cylindrés, où les pays de l’ASS sont faiblement représentés. Par
ailleurs, la dimension longitudinale est très souvent limitée de sorte que la dimension
intertemporelle s’avère inférieure à la dimension interindividuelle. La sensibilité des résultats
aux sous-échantillons lors de l’étude de Barro (2000) illustre les éventuels biais de sélection.
En rapport avec le biais dû à la présence d’effets fixes individuels, Barro (2000) estime que
les études transversales négligent la corrélation des variables explicatives avec les spécificités
individuelles non observées. Par ailleurs, les techniques de correction du biais d’endogénéité
demeurent sensibles aux erreurs de mesure. Ce d’autant plus que les données internationales,
surtout celles sur les pays en développement sont sources, parfois de multiples erreurs de
mesure. Cependant, de tels problèmes ont connu depuis certains temps une résolution avec le
développement de la méthode des moments généralisés (MMG). Les estimateurs MMG pour
les panels dynamiques ayant été vulgarisés par Arellano et Bond (1991). Cette technique
permet de remédier aux biais d’endogénéité et de multi-colinéarité inhérentes à l’analyse des
déterminants de la croissance et des égalités de revenus. Afin de saisir les effets directs et
~ 18 ~
indirects entre croissance et inégalités de revenus, une analyse économétrique en équation
simultanée permet d’élucider cette interaction, tant controversée en ASS.
La présente étude entend inscrire l’analyse de la relation controversée entre les deux
processus dans une perspective de croissance inclusive par la dérivation des effets directs et
indirects des différents effets entre croissance et inégalités de revenus.
Cette section entend déterminer l’interaction aussi directe qu’indirecte entre la croissance et
les inégalités de revenus en ASS. Il est organisé de la manière suivante : la première partie fait
l’analyse descriptive et la deuxième partie l’analyse économétrique.
~ 19 ~
convient, avant toute analyse économétrique, de mettre en évidence la structure inégalitaire
des revenus et le décollage économique en ASS. Ainsi, le développement des indices de Gini
entre les régions durant les deux dernières décennies place l’ASS comme l’une des régions les
plus inégalitaires au monde après l’Amérique Latine et les Caraïbes (voir tableau 1). Ces faits
corroborent l’idée de la théorie du ruissellement, toute économie en décollage est
naturellement inégalitaire. Toutefois, les inégalités de revenus ont connu en moyenne une
légère baisse sur la période. A priori, la croissance ne se serait pas traduite par une hausse des
inégalités même si la tendance est à l’inertie. L’ASS, région en décollage, est cependant la
seule à avoir réalisé des progrès, en termes de réduction des inégalités, de 5 points au regard
des données du tableau 1. L’ASS est au demeurant inégalitaire malgré ses performances
économiques.
Sur la période d’étude (1992-2011), de durée quasi similaire à celle du tableau 1 précédent, le
tableau 2 présente l’évolution moyenne du PIB par habitant et des variations moyennes des
inégalités de revenus en ASS. La croissance moyenne du PIB par habitant a été de 8,29 % et
la réduction moyenne des inégalités de 0,34 %. La tendance à la baisse est loin d’être
continue. De1992 à 2006, la hausse du PIB de 2,32 % a coïncidé avec une réduction des
inégalités de revenus de 1,8 %. La baisse des inégalités de revenus s’est poursuivie de 1997 à
2001 et de 2002 à 2007, avec des hausses de PIB par tête. Des fortes périodes de croissance
(1997-2001) et (2002-2006) vont de pair avec de fortes baisses des inégalités. Cependant, la
hausse des taux de croissance de 2007 à 2011 ne s’est pas accompagnée d’une réduction des
inégalités de revenus. Une relation entre croissances-inégalités peine à se dégager de cette
7
Standardized World Income Inequality Database.
~ 20 ~
analyse statistique. La croissance serait-elle productrice et réductrice des inégalités ? La
relation entre les deux processus ne serait pas univoque, l’interaction dépendrait de certains
canaux de transmission des éventuels effets.
L’analyse de l’évolution des PIB par tête et des inégalités de revenus dans les différents pays
de l’ASS à travers le tableau 3 laisse apparaître des situations de coïncidences statistiques
assez controversées. La première ligne, la deuxième et la troisième ligne du tableau montrent
des situations marquées par un accroissement des PIB par habitant accompagné
respectivement par un accroissement des inégalités, une réduction des inégalités et le maintien
des inégalités de revenus. Les deux dernières lignes se caractérisent plutôt par une baisse du
PIB par tête suivie respectivement d’une hausse des inégalités et une réduction des inégalités.
Une fois de plus, l’interaction entre la croissance et les inégalités est loin d’être univoque et
probablement systématique, elle dépendrait de certains facteurs spécifiques aux pays ou à la
période.
~ 21 ~
Tableau 3 : Variation du PIB par habitant et des inégalités de 1992 à 2011
La variabilité temporelle est relativement plus importante que la variabilité spatiale dans le
processus de croissance. Ce qui témoigne d’une certaine instabilité du processus de
croissance. Les inégalités en revanche, sont plus stables dans le temps que dans l’espace des
pays ASS.
~ 22 ~
Tableau 4 : Statistiques sur les PIB/ habitant et les inégalités en ASS de 1992-2011
En somme, l’analyse descriptive des données montre que la croissance en ASS s’est
accompagnée d’une légère baisse des inégalités sur la période d’étude. Cependant, les
inégalités ont presque tendance à se maintenir, si bien qu’il semble peu probable que la
croissance ait été inclusive. Il apparait que la dynamique de croissance reste viable, peu
importe l’évolution des inégalités. Il est cependant difficile de conclure, sur la base de ces
statistiques à un effet insignifiant des inégalités sur la croissance. Mais au regard des
différences spatiales et temporelles en termes d’évolution des inégalités, l’évolution du PIB
pourrait avoir une part de responsabilité. Cette responsabilité pourrait dépendre d’un certain
nombre de facteurs déterminants pour son évolution.
8
World Development Indicator
~ 23 ~
3.2.1. Spécification du modèle
Ce modèle est issu de la version étendue des modèles de croissance néoclassique présentée
par Barro (2000). Le modèle se présente comme suit :
y = F(Y, X)
Selon Barro (2000), le niveau du PIB initial d’une économie prédétermine par exemple la
redistribution des revenus, le niveau des investissements et de l’éducation de cette économie.
En retour, ces facteurs déterminent le niveau du PIB de la période suivante. Ce cadre permet
de saisir la dynamique de court terme du processus de la croissance. Sur la base des
arguments théoriques, postulant l’effet des inégalités de revenus sur la croissance par
l’investissement en capital physique et humain, Barro (2000), intègre les inégalités dans le
modèle de croissance.
Compte tenu du caractère prédéterminé du PIB initial par tête, les variations du PIB par tête se
formulent selon la fonction ci-dessous :
𝑦 = 𝐹(𝑠, ℎ, 𝑔),
~ 24 ~
Puisse que la théorie du commerce international met en évidence les effets distributifs de
l’ouverture à l’échange via les effets prix des biens et sur les revenus des facteurs de
production. Les facteurs les plus abondants voient leur demande et rémunération relative
s’accroître et par suite le revenu national par tête. Le modèle de croissance de Barro (2000)
augmenté des inégalités se présente ainsi :
Ce modèle s’inspire de celui de Lundberg et Squire (2003). Il est également adapté pour
l’analyse des variations à court terme des inégalités. Il s’apparente à celui du modèle de
croissance de Barro (2000).
𝑔 = 𝐾 (𝐺, 𝑍),
avec 𝑔,G, et Z, la variation des inégalités, le niveau initial des inégalités, et Z le vecteur des
autres déterminants. Ainsi, le niveau initial des inégalités prédétermine les variations des
inégalités via ses effets sur les autres facteurs Z.
Kuznets (1955) postule que les inégalités sont déterminées par le progrès technique à travers
ses effets sur le développement économique donc par le revenu. Par conséquent, la variation
du PIB par tête détermine essentiellement la distribution des revenus via les mécanismes des
marchés. La formation du capital humain est également un mécanisme de production de
revenus via ses effets positifs sur les productivités du facteur travail.
~ 25 ~
Le modèle structurel
𝑦 = 𝑠′⍺ + 𝑋’(1)
{
𝑔=𝑠 +
′
𝑍’(2)
Avec X, Z les matrices respectives des facteurs spécifiques à la croissance et aux inégalités
conformément à la littérature. S, étant le vecteur des facteurs explicatifs à la fois du modèle de
la croissance et des inégalités.
Par ailleurs, les modèles standards de la croissance supposent que la matrice des facteurs
explicatifs X ne détermine pas les inégalités. Il en est de même pour le vecteur des facteurs
explicatifs Z, qui ne détermine pas les variations de la croissance économique. Ces hypothèses
assurent l’identification de ces formes structurelles.
La détermination simultanée des variables endogènes et leur effet direct et indirect l’une sur
l’autre dans chaque équation sous le contrôle des facteurs spécifiques et communs se
formulent comme suit :
𝑦 = 𝑀’ + 𝑔 (3)
{
𝑔 = 𝑀’ + 𝑦(4)
~ 26 ~
des inégalités. La présente analyse empirique examine aussi quelques canaux explicatifs de
l’interaction entre la croissance économique et les inégalités conforment au modèle structurel.
Une telle spécification permet de prendre en compte les variabilités constatées dans les
données, dans le temps et dans l’espace. Ainsi, les spécificités individuelles sont
appréhendées par le terme d’erreur afin d’améliorer l’efficacité des estimateurs par le contrôle
d’éventuelle hétérogénéité. Cette spécification permet d’obtenir les effets directs et
réciproques entre les inégalités et la croissance en présence de certaines variables de contrôle.
Avec 𝑝𝑖𝑏, 𝑔𝑖𝑛𝑖, 𝑥, le logarithmique du PIB réel par tête, de l’indice de Gini et des variables de
contrôles communes et spécifiques aux deux équations. 𝑝𝑖𝑏𝑟, 𝑔𝑖𝑛𝑖𝑟, représentent le niveau
initial du PIB et de l’indice de Gini au début de la période de référence. Les coefficients et
étant des paramètres à estimer.les effets spécifiques individuels les effets spécifiques
temporels identiques aux pays et les erreurs identiquement et indépendamment distribuées.
baisse des inégalités ou plus d’égalité dans la distribution des revenus est défavorable à la
croissance économique. Si1 < 0, la baisse des inégalités est source d’externalités positives
pour le processus de croissance. Ce processus est alors participatif d’une large partie des
populations. Dans cette équation, la convergence relative à la Barro et Sala-i-Martin (1995)
devrait induire2 0.
~ 27 ~
Dans la deuxième équation, celle des inégalités,1 est l’élasticité de la croissance sur les
Outre, l’interaction directe, cette étude tient à déterminer certains canaux par lesquels
transitent la croissance et les inégalités de revenus pour agir indirectement l’une sur l’autre.
Une telle spécification permet de mesurer le degré de nuisance ou pas de certaines options de
politique économique sur la croissance en présence d’inégalités d’une part et l’effet des fruits
de la croissance sur les inégalités via ces mêmes options d’autre part. À ce titre, l’intégration
des variables croisées permet la décomposition des effets des inégalités et de la croissance en
des effets directs et indirects.
La spécification ci-dessous permet d’identifier ces canaux par le biais des variables croisées :
présence des inégalités, les inégalités ne sont pas un frein pour la poursuite de la croissance
via ces variables. Si, 3 0 , la croissance réduit les inégalités via la variable 𝑥. Par suite la
~ 28 ~
Modèle structurel empirique à estimer
Les modèles empiriques à estimer sont formulés comme suit, en référence à la question
principale de l’étude et au cadrage théorique. Sous l’hypothèse d’absence d’omission de
variables pertinentes, le modèle structurel à estimer se présente ainsi :
Avec 𝑝𝑖𝑏, 𝑔𝑖𝑛𝑖 le logarithmique du PIB par habitant et de l’indice de Gini ; 𝑝𝑖𝑏𝑟, 𝑔𝑖𝑛𝑖𝑟 le
niveau initial du PIB et de l’indice de Gini ; 𝑖𝑛𝑣, 𝑑𝑒𝑝, 𝑒𝑑𝑢 𝑒𝑡 𝑡𝑟𝑎𝑑 respectivement le
logarithme des indicateurs de l’investissement, des dépenses publiques, la formation du
capital humain et l’ouverture commerciale ; i eti les effets individuels et i,t eti,t les
~ 29 ~
Dans cette analyse, cette accumulation est représentée par l’investissement domestique
rapporté au PIB.
La formation en capital humain : Elle est un des déterminants les plus importants de la
croissance à long terme. Le capital humain est le complément le plus approprié des autres
facteurs de production en facilitant l’adoption des nouvelles techniques et innovations. Par
ailleurs, en tant que facteur, source de productivité, le capital est un déterminant important des
inégalités de revenus. Dans la mesure où les agents instruits ont des revenus relativement plus
importants que les moins instruits et ont plus de chance de bénéficier des opportunités
structurant le développement.
Dans le modèle, la formation en capital humain est désignée par le taux de scolarisation au
secondaire. Ce dernier de convenance avec le modèle Barro (2000) des effets plus significatifs
sur la productivité des agents de production. En ASS, pour mieux apprécier les effets de la
formation en éducation, il convient d’aller au-delà de l’éducation de masse dont l’accès des
éduqués au marché du travail n’est pas assuré.
L’étude utilise l’indicateur le plus fréquent dans la littérature pour apprécier l’effet de
l’ouverture sur la croissance et la distribution des revenus. Il s’agit du volume des
importations plus celui des exportations rapportées au PIB. En ASS, des études ne cessent de
souligner l’importance des exportations des produits de base, des métaux, du pétrole et de l’or
pour le développement actuel de la région.
Dépenses publiques : l’effet de ces dépenses sur les inégalités est loin de faire l’unanimité
dans la littérature économique. Les biens et services offerts par les gouvernements sont
susceptibles de transférer le pouvoir d’achat aux agents à faible productivité.
Les dépenses publiques sont représentées par le ratio des dépenses de consommation publique
des gouvernements. En ASS, les dépenses publiques ont une importance capitale dans la mise
en œuvre des mécanismes de distribution.
~ 30 ~
Identification du modèle
Les modèles en équation simultanée doivent être identifiés pour se prêter à des estimations.
Le modèle est dit identifié si l’on dispose d’un ensemble unique de valeurs de ses coefficients.
Les conditions d’identification se déterminent équation par équation. Ainsi, une équation sera
identifiable si et seulement si le rang de la matrice 𝑃∅𝑖 est égal à𝑛′ + 𝑛" − 1. Avec 𝑃 la
matrice des structures formées par juxtaposition des matrices des variables endogènes et
exogènes, ∅𝑖 est la matrice relative à l’équation i, 𝑛′ le nombre d’équations véritables et 𝑛" le
nombre d’identités. Cette condition est nécessaire et suffisante pour l’identification. Il s’agit
de la condition de rang. Le modèle structurel à estimer réécrit en tenant compte des
restrictions linéaires selon l’ordre structurel 𝑦, 𝑔, 𝑌, 𝐺, 𝐼, 𝐷, 𝐻, 𝑂 se présente :
1 1 2 0 3 0 4 5
𝑃=( )
1 1 0 2 0 3 4 5
La construction des matrices ∅𝑖 obéis au principe suivant : le nombre de lignes est déterminé
par le nombre total de variables (endogènes et exogènes) du modèle et le nombre de colonnes
est égal au nombre de variables endogènes et exogènes absentes. Chaque colonne est
constituée de 0 et d’un seul 1 dans la mesure où notre modèle ne comporte pas de restriction
linéaire. Le 1 marque l’absence d’une variable, on obtient ainsi ∅1 et ∅2
0 0 0 0
0 0 0 0
0 0 1 0
∅1 = 1 0 Et ∅ = 0
2
0
0 0 0 1
0 1 0 0
0 0 0 0
(0 0 ) ( 0 0)
~ 31 ~
0 0 3
On obtient 𝑃∅1 = ( ) et 𝑃∅2 = ( 2 )
2 3 0 0
Les données utilisées sont des séries annuelles qui proviennent en intégralité de la base de
données de la banque mondiale (WDI, 2012). En effet, le PIB par tête, l’indice de Gini, le
taux de scolarisation secondaire, l’investissement domestique rapporté au PIB, les dépenses
de consommation publique, la valeur (exportation plus importation) sur le PIB,
respectivement proxy dans cette étude, de la croissance économique, des inégalités, du capital
humain, le capital physique, la redistribution et l’ouverture commerciale sont issus de cette
base.
A partir de cette base, un premier panel constitué de 48 pays et portant sur la période 1992-
2011 a été constitué (voir la liste des pays en annexe). Ce panel fut fortement non cylindré, de
sorte qu’il comportait des données absentes pour plusieurs pays sur au moins trois à cinq ans
pour les indices de Gini et, dans une moindre mesure, le taux de scolarisation secondaire. Un
second panel a alors été constitué par regroupement des données autour de leurs valeurs
moyennes sur une période de cinq ans. La dimension temporelle de notre étude a été
reconstituée en quatre périodes quinquennales c'est-à-dire de 1992 à 1996, de 1997 à 2001, de
2002 à 2006 et de 2007 à 2011. Cette reconstitution a permis de réduire la taille des données
manquantes. Cependant, ce panel continuait à être peu cylindré. Ainsi, les pays ne disposant
que d’une donnée sur les périodes quinquennales ont été éliminés de la base. Par conséquent,
les pays comme la République Démocratique du Congo, le Tchad, les Comores, la Guinée
~ 32 ~
Equatoriale, l’Erythrée, le Gabon, le Liberia, Sao Tome et Principe, la Somalie, le Soudan du
Sud, le Soudan, le Congo Brazzaville, le Kenya, la Guinée et le Djouba furent exclus du
panel. Le Nigéria et l’Afrique du Sud ont été exclus pour les écarts relativement importants de
leurs données par rapport à la moyenne des autres pays. Après ces exclusions, le panel ayant
constitué la base des estimations fut formé. Ce panel comporte désormais les données des
variables de 31 pays sur la période 1992-2011.
Dans les modèles à équations simultanées, la spécification est telle que certaines variables
figurent dans plusieurs équations. Une variable peut être dépendante dans une équation et
exogène dans une autre. La variable PIB/tête et l’indice de Gini sont illustratifs de cet état de
fait. Ces deux variables sont déterminées simultanément par le modèle comme fonction de
variables exogènes, de variables prédéterminées et d’aléas.
Les équations de notre modèle étant dynamiques, l’usage de la méthode généralisée des
moments offre des instruments bien adaptés pour parer aux problèmes d’endogénéité et de
multi-colinéarité. Ce d’autant plus que, les méthodes classiques (SUR, DMC et TMC) sont
des cas particuliers de la technique MMG (Baltagi, 1995 et Wooldrige, 2002). Elle permet à
9
Seemingly Unrelated régressions : système d’équations apparemment non lié
~ 33 ~
ce titre d’exploiter les conditions d’orthogonalité qui subsistent entre la variable endogène et
les termes d’erreurs. Au regard de ce qui précède et de la spécification empirique, nous
choisissons d’utiliser la MMG. En effet, la structure des erreurs composées (i + i,t ) rends
la matrice de covariance des perturbations non scalaire. Les modèles standards basés sur une
structuration sphérique de la matrice des perturbations ne sont plus valides.
Ainsi, depuis Arellano et Bond (1991), la MMG permet de traiter correctement aussi bien du
problème de corrélation ainsi que l’endogénéité potentielle des variables explicatives. Les
modèles dynamiques se caractérisent par la présence d’une ou de plusieurs variables
endogènes retardées parmi les variables explicatives. Nos deux équations, celles de la
croissance et des inégalités, sont toutes dynamiques et se structurent selon la forme suivante.
Pour i= 1,…N t= 1,…T ; avec y la variable endogène et x les variables exogènes, (𝜆, 𝛽) les
paramètres à estimer, 𝜇𝑖 l’hétérogénéité individuelle et𝜈𝑖,𝑡 le bruit blanc de 𝜇𝑖 et des variables
explicatives. Par construction, la perturbation 𝜇𝑖 est potentiellement corrélée aux variables
explicatives et l’application des MCO ne permet pas d’obtenir des estimateurs convergents en
raison du caractère non sphérique des erreurs. Les auteurs montrent alors que la MMG permet
de contrôler les effets spécifiques individuels et temporels et de pallier les biais d’endogénéité
des variables. La méthode repose sur les conditions d’orthogonalité entre les variables et le
terme d’erreur, aussi bien en différence première qu’en niveau. À ce titre, il existe deux types
d’estimateurs MMG :(i) l’estimateur en différence première ou MMG d’Arellano et Bond
(1991) et (ii) l’estimateur MMG en système. En outre, l’utilisation de ces deux estimateurs
suppose la quasi-stationnarité des variables de l’équation à niveau et l’absence
d’autocorrélation des résidus.
~ 34 ~
Les différences premières des variables explicatives sont ensuite instrumentées par les valeurs
en niveau des variables retardées de deux périodes et plus. L’objectif est de réduire le biais de
simultanéité et le biais introduit par la présence de la variable dépendante retardée en
différence à gauche de l’équation. L’estimation de l’équation en différence (3) se fait sous
l’hypothèse que les variables explicatives sont faiblement exogènes, c’est-à-dire qu’elles
peuvent être influencées par les valeurs passées de la variable dépendante retardée, mais
restent non corrélées avec les termes d’erreurs :
𝐸[𝑦𝑖,𝑡−𝑠 ∆𝜈𝑖,𝑠 ] = 0 𝑠 ≥ 2 𝑒𝑡 𝑡 = 3, … 𝑇
𝐸[𝑥𝑖,𝑡−𝑠 ∆𝜈𝑖,𝑠 ] = 0 𝑠 ≥ 2 𝑒𝑡 𝑡 = 3, … 𝑇
L’estimateur en système proposé par Arellano et Bover (1995) et Blundell et Bond (1998)
permet de remédier aux problèmes dont souffre l’estimateur en différence première. Cette
technique combine l’équation en première différence (équation 3) et l’équation à niveau (1).
Les deux équations sont estimées simultanément :
L’estimation des coefficients du système sous hypothèse de stationnarité des variables sous
les conditions :
10
Panel de 31 pays sur la période 1992-2011
~ 35 ~
𝐸[𝑦𝑖,𝑡−𝑠 ∆𝜈𝑖,𝑠 ] = 0 𝑠 ≥ 2 𝑒𝑡 𝑡 = 3, … 𝑇
𝐸[𝑥𝑖,𝑡−𝑠 ∆𝜈𝑖,𝑠 ] = 0 𝑠 ≥ 2 𝑒𝑡 𝑡 = 3, … 𝑇
𝐸[∆𝑦𝑖,𝑠 𝜈𝑖,𝑡−𝑠 ] = 0 𝑠 = 1
Les instruments en différence première sont les valeurs à niveau de la variable dépendante
retardée et ceux de l’équation à niveau les valeurs de la différence première. D’autres
variables du modèle peuvent éventuellement être instrumentées. En règle générale, les
variables sont instrumentées selon le principe suivant : (i) pour les variables exogènes, leurs
valeurs courantes sont utilisées comme instruments (ii), pour les variables prédéterminées ou
faiblement exogènes, leurs valeurs retardées d’au moins une période peut être utilisées comme
instrument et (iii) pour les variables endogènes, leurs valeurs retardées de deux périodes et
plus peuvent être des instruments valides.
Les auteurs proposent donc d’user du test de sur-identification Sargen-Hansen pour juger de
la validité des instruments utilisés. Ce test permet de confirmer ou d’infirmer la justesse des
instruments. Il se trouve également que les termes d’erreur peuvent être corrélés au premier
ordre, mais ils ne devraient pas être corrélés au second ordre. Pour ce faire Arellano et Bond
(1991) proposent un test d’autocorrélation de second ordre des termes d’erreurs. Ces tests
conditionnent la robustesse des coefficients estimés des paramètres. En effet, la MMG repose
sur l’hypothèse d’absence de corrélation entre les erreurs et les variables explicatives au
second ordre, ces derniers pouvant être corrélés au premier ordre, mais pas au second.
L’hypothèse de validité des instruments n’est pas remise en cause si la p-value de la
statistique de Chi2 est supérieure à 5 %, sinon les instruments ne sauraient être valides.
~ 36 ~
Ainsi, pour estimer notre modèle par la MMG en système, nous optons d’instrumenter la
valeur du PIB par tête retardée et le niveau initial des inégalités sur les différences premières
des autres variables explicatives. Ce choix s’explique d’une part, par le fait que notre cadre
théorique soutient que ces valeurs prédéterminées affectent l’évolution des inégalités et du
PIB par ses effets sur d’autres facteurs. Il s’agit de la condition de cohérence externe, et
d’autre part par le fait que la différenciation première permet d’assurer l’orthogonalité entre
les instruments et les termes d’erreurs, il s’agit de la condition de cohérence interne. Le
caractère simultané de notre modèle nous autorise à instrumenter les deux variables
communes (capital humain, ouverture commerciale) en leurs valeurs courantes sur les valeurs
spécifiques, dépenses publiques pour les inégalités et l’investissement pour le PIB. Dans cette
perspective, la MMG ne nécessite pas impérativement la transformation du modèle structurel
en forme réduite ; elle permet d’obtenir les effets directs des variables explicatives sur la
variable endogène et les effets de retour s’exerçant entre les différentes variables endogènes
des équations.
Cette présentation porte sur les résultats du test de Ramsey-Reset, le test de spécification du
modèle à effets spécifiques, le test d’endogénéité de Nakaruma Nakaruma et les tests de
corrélation entre les variables
Test de Ramsey-Reset
~ 37 ~
Test de spécification de Fisher
Par ailleurs, le PIB par tête et les inégalités de revenus se trouvent positivement et
significativement corrélés avec leurs principaux déterminants. Il ressort aussi du tableau
une corrélation significative entre certaines variables supposées exogènes dans les
équations du modèle. Ce qui témoigne de la présence de multi-colinéarité. Cependant ces
coefficients de corrélation n’établissent pas de relation de cause à effet entre les
variables. Pour établir une telle relation, il convient de procéder à l’estimation des
modèles économétriques.
~ 38 ~
Tableau 5 : Corrélation entre les variables principales du modèle
Équation de la croissance
L’estimation de l’équation de la croissance par la MMG donne les résultats dont les
principaux sont mentionnés dans les tableaux6.Les deux tests fondamentaux, inhérents, à cette
technique ne permettent pas de remettre en cause la robustesse et la stabilité des coefficients
estimés des paramètres. En effet, ces tests sont relatifs à l’absence ou pas de l’autocorrélation
des erreurs et à la validité des instruments. Au regard des valeurs des p-values des statistiques
d’Arellano-Bond, pour l’autocorrélation, et de Sargan-Hansen, pour la validité des
instruments, il en découle une non-remise en cause des hypothèses nulles. Les erreurs sont
non corrélées au second ordre et les instruments choisis pour l’estimation de l’équation sont
valides au seuil de 5 %.
Les résultats de l’équation de la croissance montrent que l’effet des variations des inégalités
de revenus sur celles du PIB par habitant est statistiquement insignifiant. À cet effet, il est
évident que l’idée d’effet positif des inégalités de revenus sur la croissance est difficilement
plausible. La thèse de Kuznets (1955) tablant sur l’effet structurant des inégalités sur la
croissance pour les pays en développement est alors infirmée. Le maintien des inégalités dans
les économies d’ASS n’engendre pas plus de croissance économique.
Cependant, les variations du PIB par habitant sont déterminées par celles de l’investissement,
de la formation du capital humain et l’ouverture commerciale. En effet, lorsqu’un
investissement supplémentaire de 1 % est réalisé, le PIB par habitant s’accroît de 0,263 %. Un
~ 39 ~
accroissement de 1 % du taux de scolarisation et du volume commercial permet également
d’accroître le PIB par habitant, respectivement de 0,407 % et 0,173 %. Une plus grande
ouverture au commerce international a des effets structurants sur la croissance, tout comme la
richesse initiale. Plus le PIB initial est important, plus le PIB par habitant l’est dans le futur.
L’effet de convergence des économies vers un niveau stationnaire de revenus par tête est peu
probable, les productivités des facteurs de production ne seraient pas dans une tendance
décroissante.
Il en découle que le processus de croissance est générateur d’inégalités : plus le produit par
tête augmente, plus la distribution à tendance à être inégalitaire. Un accroissement du PIB par
tête de % se traduit par un1e distribution inégalitaire des revenus de 0,042 %. La croissance
économique en ASS est non distributive de revenus vers les classes moyennes ou pauvres.
Comme le souligne Kuznets (1955), les inégalités vont de pair avec l’accroissement de la
~ 40 ~
productivité des facteurs de production et donc avec l’accroissement des revenus par tête. La
croissance économique n’a pas d’effet négatif sur les inégalités, elle n’est pas de nature à
favoriser une distribution plus égalitaire des revenus.
Les autres déterminants des inégalités de revenus sont l’ouverture commerciale et l’éducation.
L’éducation contribue à la réduction des inégalités de revenus, et l’autre a des effets positifs
sur les inégalités. Un accroissement de 1 % du volume des transactions commerciales entraîne
une hausse des inégalités, respectivement de 0,228 %.
~ 41 ~
Les tableaux 8 et 9 synthétisent les résultats des spécifications économétriques 9 et 10
incluant les variables croisées.
Il apparait alors dans le tableau 8 la présence de deux effets indirects et l’absence d’effet
direct des inégalités sur la croissance. Ces résultats sont conformes à ceux des effets directs
sans variables croisées. Ainsi, les effets directs et indirects se renforcent mutuellement au
regard des signes des variables croisées.
~ 43 ~
inégalitaire, et l’inertie des inégalités de revenus n’a pas induit une large participation au
processus de la croissance. Une telle configuration s’explique par les effets directs et indirects
de la croissance et des inégalités l’une sur l’autre. Ces effets admettent des mobiles théoriques
et contextuels.
Ainsi, la neutralité statistique des inégalités sur la croissance, similaire au résultat trouvé par
Dollar et Kraay (2002) et Kuznets (1955) s’explique théoriquement, par le fait que dans des
économies de marché, même en construction, les variations du produit national peuvent
paraître peu sensibles à la nature de la distribution des revenus entre les détenteurs des
différents facteurs de production. Ce d’autant plus que dans une économie le système des
prix, en allouant les facteurs de production, détermine la distribution des revenus et par suite
le revenu. Au niveau macroéconomique, le choix des quantités des différents facteurs à
utiliser dans le processus de production est fonction de leurs productivités marginales et
également de leurs prix. Les détenteurs des facteurs utilisés sont alors rémunérés aux
productivités marginales de leurs facteurs et, quels que soient les prix payés aux uns et aux
autres, le volume de la production sera insensible à de telles distributions et sera entièrement
déterminé par la combinaison des stocks de facteurs de production. Fondamentalement, que
l’on redistribue le revenu national vers le travail en augmentant le salaire versé par les
entreprises par le biais d’un salaire minimal légal ou par la hausse des impôts pesant sur le
capital, les prix des biens, donc les revenus versés aux détenteurs des facteurs, n’ont qu’un
rôle distributif du revenu.
Le caractère générateur de la croissance des inégalités, quant à lui, peut être imputable
théoriquement au rôle distributif et allocatif des prix, qui naturellement génère des
distributions inégales des revenus dans les économies à productivité sectorielle ou factorielle
différentes. En effet, dans un processus de production à facteurs substituables, les quantités
sont utilisées en fonction de leurs prix et productivité marginale relatifs. Chaque facteur étant
rémunéré à sa productivité marginale, le comportement optimisateur conduit à une utilisation
inégale des facteurs et par conséquent à une distribution inégale des revenus en faveur de
certains détenteurs de facteurs de production. En supposant que chaque facteur est choisi tant
qu’il rapporte plus d’argent qu’il ne coûte et donc lorsque sa productivité marginale est
supérieure à son prix, les détenteurs de facteurs de production des secteurs à productivité
relativement plus élevée se développeront plus rapidement que ceux des secteurs à
productivité relativement faible. En fait, la demande des biens des secteurs à haute
productivité augmentera en raison du bas niveau des prix, les revenus du produit national
~ 44 ~
seront alors plus concentrés entre les mains des personnes issues de ces secteurs porteurs de la
croissance.
Par ailleurs, si l’évidence empirique remet en cause l’effet direct des inégalités de revenus sur
la croissance, elle révèle que l’éducation et l’ouverture commerciale sont des canaux de
transmission des effets des inégalités de revenus sur la croissance économique. Les inégalités
ne sont pas un frein pour la promotion d’une croissance axée sur de telles orientations.
L’éducation et l’intensification commerciale sont source d’accroissement de la productivité
et/ou d’innovations et donc d’une meilleure participation des agents économiques au
processus de la croissance. Ces dernières contribuent à fortifier le tissu économique par le
biais d’importantes économies d’échelle. Elles contribuent à asseoir des marchés plus
flexibles, des transferts technologiques importants et des investissements productifs. Un
marché de travail à forte productivité des travailleurs est synonyme d’effet accompagnateur
de ces innovations. Et plus, le revenu national par tête devient important plus les perspectives
de croissance sont meilleures et ce sur la base de l’absence de convergence des économies
africaines vers un niveau stationnaire de croissance.
Cependant, l’ouverture commerciale telle que prônée en ASS débouche sur une distribution
inégalitaire des revenus. Un tel effet s’explique par l’effet distributif mitigé des produits
constituant l’essentiel du commerce des pays africains. Ces produits sont les métaux, l’or et le
pétrole. L’option d’ouvrir les économies africaines aux marchés mondiaux bien que propice à
la croissance est un axe d’accroissement des inégalités de revenus.
Cependant, des efforts dans la formation du capital humain via la formation au jusqu’au
niveau secondaire, sont favorables à une réduction des inégalités de revenus. Ce niveau de
formation permet d’accroître le niveau de productivité des agents économiques, toute chose
qui assure leur insertion aisée sur le marché de l’emploi et par suite leur garantit un revenu
proche du revenu moyen par tête. Comme le souligne Piketty et Saez (2004), l’éducation
contribue à diversifier les structures sociales et à diffuser la richesse à des couches de plus en
plus larges des sociétés. L’éducation est vertueuse pour la croissance et la réduction des
inégalités de revenus. Elle est un pan de la croissance plus participative et mieux distributive
et donc plus inclusive.
La croissance économique en plus de son positif sur les inégalités de revenus, permet de
réduire les inégalités indirectement via l’investissement des fruits de la croissance dans
~ 45 ~
l’éducation. Cela s’explique par le fait que l’éducation a des effets structurants sur la
productivité et par suite sur les revenus des agents économiques.
Enfin, l’évidence empirique table sur un effet improductif des investissements dans un
contexte inégalitaire. Ainsi, les marchés peuvent avoir des difficultés à orienter les
investissements dans les secteurs où il y a besoin d’investir, de produire des biens et de
personnes à employer. Il en de même pour les dépenses de consommation publique, intégrant
par définition les dépenses de transferts de revenus et donc de redistribution des revenus.
L’investissement des fruits de la croissance dans de telles dépenses est sans effet significatif
sur la réduction des inégalités de revenus. La convergence quant à elle, est loin d’être
systématique aussi bien sur le plan de la croissance et des inégalités de revenu.
IV. Conclusion
Les théories économiques classique et néoclassique dans le cadre des marchés concurrentiels
et d’optimum parétien font abstraction des inégalités de revenus et des politiques de
redistribution dans un souci d’allocation optimale des ressources. Il appartient au marché et à
lui seul de fixer les prix des facteurs, des biens et des services et de rémunérer les détenteurs
de ces derniers au prorata de leur productivité relative. Ainsi, toute redistribution des revenus
autre que le marché ayant pour objet d’augmenter le revenu d’un agent ou d’une catégorie
d’agents au prix d’une diminution du revenu d’un agent ou d’une catégorie d’agents est
exclue par le principe de neutralité d’une telle forme de redistribution sur le produit national.
~ 46 ~
Les inégalités sont endogènes au processus de développement et exogènes à ce dernier ; elles
finissent par s’estomper avec le développement des économies au nom du principe de
convergence des productivités. Les inégalités apparaissent orthogonales à l’efficacité
économique.
Cette approche de la relation entre développement et inégalités, confirmée par les travaux
empiriques de Paukert (1973), fut toutefois remise en cause par d’autres travaux. Barro (2000)
souligne que si la courbe de Kuznets constitue une régularité empirique indiscutable, il s’agit
davantage d’une coïncidence historique que d’une relation de causalité.
Au regard de ces controverses et vu que l’ASS est une des régions du monde en
développement qui connait depuis les années 1990 des taux de croissance économique non
négligeables de son PIB par habitant, et ce malgré la persistance des inégalités de revenus, la
présente étude avait pour objectif de déterminer l’interaction entre lesdits phénomènes de
1992 à 2011 en ASS. De façon spécifique, il s’est agi de déterminer, premièrement,
l’interaction directe entre la croissance et les inégalités de revenus et deuxième, leur
interaction indirecte via certains de leurs déterminants. À cet effet, l’étude s’est inscrite dans
une perspective de croissance inclusive. Ainsi, elle s’est construite sur deux hypothèses pour
affiner l’analyse. La première, supposent un effet négatif des inégalités de revenus sur la
croissance économique et la seconde table sur un effet positif de la croissance sur les
inégalités de revenus. Ces effets pouvant être directs ou indirects.
Afin de dériver ces effets directs et indirects, deux modèles économétriques ont été construits
et estimés tous par la méthode des moments généralisés en système. Le premier modèle a
permis la dérivation des effets directs des deux processus. Il en a découlé un effet non
significatif des inégalités sur la croissance économique et un effet positif de la croissance sur
les inégalités de revenus. Le second modèle a permis d’esquisser certains canaux par lesquels
~ 47 ~
transitent les effets des deux processus. Ainsi, il apparait que l’éducation et l’ouverture
demeurent des facteurs de promotion de la croissance, et ce malgré le contexte inégalitaire des
pays d’ASS. En outre, l’investissement des fruits de la croissance dans l’éducation permet de
réduire les inégalités de revenus par l’accroissement de la productivité des agents
économiques.
Il s’en est suivi une remise en cause de l’une des deux hypothèses. En effet, la présente
évidence empirique remet en cause l’effet négatif des inégalités sur la croissance. Par
conséquent il est possible pour les pays d’ASS de promouvoir la croissance économique
malgré l’importance des inégalités. La crainte pour ces pays était de voir de telles inégalités
enrayer leurs processus de croissance. Toutefois, ces résultats ne sauraient cautionner le
maintien des inégalités de revenus. Et ce parce que la théorie qui table sur leur maintien
estime qu’elles ont des effets structurants sur la croissance, toute chose qui n’est établie de
façon empirique dans cette étude. Par contre, le caractère inégalitaire de la croissance est loin
d’être remis en cause. Cependant, l’investissement des fruits de cette croissance dans le
secteur éducatif permet de réduire les inégalités de revenus.
Dans la mesure où les inégalités de revenus ne sont pas de nature à soutenir la croissance
économique, le maintien des inégalités de revenus ne saurait se justifier pour une plus grande
efficacité économique. Par ailleurs, le fait que la réduction des inégalités de revenus peut
provenir des investissements des fruits de la croissance dans le secteur éducatif il importe de
trouver un Trade-off entre les inégalités et la croissance. La croissance peut être à la fois
participative et plus distributive.
Cette étude entend s’écarter des solutions traditionnelles consistant à proposer la réduction
des inégalités via la redistribution par le mécanisme des transferts de revenus destinés à la
consommation. Et ceci parce que les dépenses publiques de consommation ne réduisent pas
fondamentalement les inégalités de revenus.
~ 48 ~
structurants notables et certains que la promotion de l’éducation de masse. Ainsi, l’octroi des
bourses d’études aux enfants des pauvres ou les plus nécessiteux depuis leurs écoles primaires
jusqu’au secondaire est à ressusciter.
Par suite, l’étude montre qu’une croissance peut être inclusive via le canal de l’éducation et
non inclusive selon le type d’ouverture commerciale. Ces deux cas illustrent la nécessité de
connaitre davantage les canaux par lesquels interagissent les inégalités et la croissance
économique. Ainsi, une limite de cette étude est de n’avoir pas questionné davantage les
modèles de production des pays d’ASS à l’aune des inégalités de revenus. Une telle
perspective axée sur les économies minières serait d’un apport constructif pour une croissance
plus inclusive en ASS.
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