La Responsabilite Du Fait Personnel Et Du Fait D'autrui
La Responsabilite Du Fait Personnel Et Du Fait D'autrui
Remerciement :
2
PLAN:
Introduction
CONCLUSION
3
Introduction
Être responsable, c'est assumer les conséquences de ses actes, de ses choix et en rendre
compte, Certains faits sont à l'origine d'un dommage. 1
Tout système juridique organisé comprend un système de responsabilité plus ou moins
complexe et plus ou moins diversifié. Selon une première définition synthétique, la
responsabilité juridique est l'obligation de répondre d'un dommage devant la justice, d'en
assumer les conséquences civiles, pénales et disciplinaires, soit envers la victime, soit envers
la société.
L'idée de la responsabilité vécue est commune à toutes les civilisations. Dans le langage
juridique, l'expression « Responsabilité civile » désigne « L'ensemble des règles qui obligent
l'auteur des dommages à autrui à réparer ce préjudice en offrant à la victime une
compensation » • De manière générale, « La responsabilité civile est l'obligation de répondre
devant la justice d'un dommage causé à autrui, contraire à l'ordre juridique, et donc de réparer
les conséquences en indemnisant la victime ». La responsabilité civile tente d'effacer les
conséquences du fait perturbateur de ce désordre.
Son objectif principal est la réparation consistant à rétablir l'équilibre qui avait été
interrompu par l'auteur du dommage entre son patrimoine et celui de la victime. En général
responsabilité civile délictuelle indique l'existence de trois facteurs : une faute, un dommage
et une relation de cause à effet entre la faute et le dommage. Il en résulte que la responsabilité
civile présente un double aspect : - Un aspect préventif d'une part, conduisant les citoyens à
agir avec prudence afin d'éviter d'engager leur responsabilité par la crainte légitime de la
sanction pécuniaire qu'elle engendre. - D'autre part, la responsabilité civile présente un aspect
punitif, notamment en obligeant l'auteur d'un dommage causé à autrui de réparer ce préjudice
en indemnisant la victime. Ce dernier caractère apparente la responsabilité civile à la
responsabilité pénale qui est une obligation de répondre d'une infraction commise et de subir
la peine prévue par le texte qui la réprime. Lorsqu'un même fait constitue une infraction
pénale et une faute civile, la victime peut profiter de ce que l'auteur du dommage compare
devant le juge pénal pour demander à celui réparation de son préjudice.
La responsabilité civile vise de nombreuses situations juridiques. Ainsi, elle peut être soit
délictuelle, soit quasi délictuelle, soit contractuelle : - La responsabilité est contractuelle si le
dommage causé résulte d'une inexécution d'un contrat liant le responsable et la victime. 2Cette
situation est prévue par l'article 60 du DOC3 qui prévoit expressément l'obligation de réparer
l'inexécution d'un contrat. Tel est le cas lorsqu'un acheteur reproche à son vendeur de lui avoir
vendu quelque chose non conforme à ce qui est commandé, ou bien encore si des travaux ont
été mal exécutes. - La responsabilité est délictuelle lorsque le dommage résulte d'une faute
intentionnelle, c'est-à-dire, si le dommage est causé volontairement. - Enfin, la responsabilité
est quasi délictuelle si le dommage résulte d'une faute non intentionnelle, exemple : un enfant,
un salarié ou encore une chose dont on doit répondre. Ces situations sont prévues par les
1
Marjorie Brusorio Ailaud, Droit des obligations, 11° édition, 2021
2
Rémi Raher, JONATHAN POUGET, Responsabilité civile, 2021
3
Dahir du 9 ramadan 1331 formant Code des obligations et des contrats, B.O. 12 septembre 1913
4
articles 77, 85 et 86 du DOC. Le droit Marocain de la responsabilité vise de nombreuses
situations4.
Historiquement, La Responsabilité Civile n'existait pas de manière distincte. Il y avait une
responsabilité unique, « responsabilité mixte » (mi- pénale/mi- civile). À l'époque, tout ça n'a
pas de sens. Le mot « responsabilité » ne date que du XIXème siècle La sanction ne
s'exprimait que par la vengeance privée. On punissait et on réparait en même temps.
La responsabilité était très objective. On ne recherchait pas qui était coupable, qui était
fautif : la vengeance était aveugle. Celui qui était puni n'était pas forcément le coupable.
C'était par ex un membre de la tribu adverse. Elle était aussi généralement collective. On
cherchait à sanctionner une collectivité adverse, le clan, celle censée être à l'origine du mal.
Peu à peu, des règles ont élaboré des sanctions précises. Avec ce progrès du droit, on va
petit à petit distinguer deux types de dommage : les délits publics et les délits privés. Les
délits publics correspondent grosso modo à nos délits pénaux. Les délits privés sont les
dommages causés par une personne à une autre. C'est l'origine de la distinction entre la
Responsabilité Pénale et la RESPONSABILITE CIVILE.
Au XVIème siècle : Le fer auteur qui affirme en termes clairs et nets le concept de la
Responsabilité Civile (sans en utiliser le nom) est JEAN DOMAI. Toute personne qui cause
un dommage à autrui à cause d'une faute oblige son auteur à réparer. La responsabilité est
subjective car on exige qu'une faute soit à l'origine d'un dommage. Elle devient individuelle.
LE CODE CIVIL : Énonce parfaitement le principe énoncé au plus grand article du code,
reprenant le travail de DOMAT. Tout fait quelconque de l'Homme qui par sa faute cause à
autrui un dommage s'oblige à le réparer.
PERIODE XIXème siècle jusqu'à la première moitié du XXème siècle : Évolution qui va
dans le sens d'une plus grande objectivité, plus de socialisation. Deux causes l'objectivation de
la responsabilité civile : le développement de la société industrielle et le développement des
assurances. Au niveau de la responsabilité délictuelle, certains opposaient la responsabilité
délictuelle qui résulte des délits, c'est à dire de faits illicites volontaires et la responsabilité
quasi-délictuelle qui résulte de faits illicites mais involontaires (représentation traditionnelle,
du XIX). 5Aujourd'hui, on considère que les responsables se confondent. On parle tout
simplement de responsabilité délictuelle. Distinction délits/q-d quasiment tombée en
désuétude. On parle aujourd'hui plus volontiers de responsabilité extracontractuelle.
L'intérêt de ce sujet se révèle également au stade de l'analyse du mode de structuration de
la responsabilité civile délictuelle, et de la mise en œuvre d'un encadrement juridique stricte
qui tend l'indemnisation de la victime soit par la conclusion avec le responsable ou
fréquemment son assureur un contrat qui fixe le montant des dommages et intérêts, soit à
défaut d'accord sur la responsabilité ou sur le montant de la réparation, elle peut engager une
action en justice.
La question qui se pose dans ce cadre est la suivante :
Quels sont les différents domaines d'application de la responsabilité civile délictuelle ?
4
Philippe Conte, La Responsabilité civile délictuelle, 4e édition, 2015
5
Thèses - Bibliothèque de droit privé, Vol. 588
5
Pour répondre à cette problématique, notre travail sera divisé en deux parties, la première
traite La responsabilité du fait personne (PARTIE I ), et la deuxième fonde sur La
responsabilité du fait d'autrui et La responsabilité du fait de la chose (PARTIE II)
6
Dahir du 9 ramadan 1331 formant Code des obligations et des contrats, B.O. 12 septembre 1913
7
Aurélien Bamdé, In Droit de la responsabilité, Droit des obligations, Responsabilité extracontractuelle Posted
Oct. 19, 201
6
Section 1 : la faute comme acte illicite imputable à son auteur :
1. Un acte matériel dommageable :
Il faut envisager ce terme dans un sens assez large il peut s'agir d'une commission mais
également, dans certains cas, d'une omission.
a) Faute par commission
(Délit) prévue par l'article 77 du DOC
Il s'agit d'une faute qui résulte d'un acte ou d'un comportement positif, que la loi ou les usages
commandent de ne pas commettre et dont l'accomplissement cause un dommage à autrui. Il en
est ainsi par exemple le cas d'un automobiliste qui provoque un accident mortel à cause de sa
conduite en état d'ivresse.
Ce dernier cas constitue d'ailleurs une faute pénale en même temps que civile (C. pén. fr,
art. 63), car il s'agit de l'inexécution d'une obligation légale (Les cas d'application des
infractions d'omission prévues par le Code pénal marocain sont, à titre d'exemple : L'omission
de témoigner en faveur d'un innocent art. 378 du Code pénal marocain, l'abandon de famille
art 480 du Code pénal marocain).8
Or, peut concevoir qu'une simple abstention puisse constituer une faute, s'il y a intention de
nuire : par exemple, la concierge qui refuse de donner les bons renseignements qu'elle possède
sur un locataire à propos duquel est effectuée une enquête de moralité, un historien qui omet
sciemment de citer le nom de Branly dans une Histoire de la TSF'° (En 1939, Branly estima
que l'auteur d'une histoire de la T.S. F9. Qui omettait volontairement de citer son nom et ses
travaux, avait commis une faute 10).
8
Abdelaziz El Idrissi, cours de droit penal général, s2 2020
9
Civ, 27 févr.1951, Brandly c/turpain, D,1951,329, note Desbois.
10
John GILISSEN ? LA Responsabilité civile et pénale de l’historien (2e partie), revue belge de Philologie et
d’histoire, 1960.
7
Il peut s'agir, aussi, de la violation de l'obligation d'information, entérinée en matière
médicale par le législateur (Code de déontologie du 6 septembre 1995, article 35, et intégré
dans le Code de la santé publique). La Cour de cassation française, dans une décision du 5
juin 201011 , a ainsi 'écarté le fondement contractuel de la responsabilité médicale en cas de
manquement à l'obligation d'information et de fonder la responsabilité sur l'article 1240 du
Code civil.
Dans cet arrêt de principe, figurant au Rapport de la Cour de cassation, la première chambre
civile a fondé en effet le devoir d'information du médecin directement sur les articles 16 et 16-
3 du Code civil 'donc sur une obligation légale et non sur le contrat) et elle a de contractualisé
l'obligation d'information, en visant l'article 1240 du Code civil pour considérer que le défaut
d'information cause au patient un préjudice qui doit nécessairement être réparé (n. ss 2862 s.).
La solution a été depuis confirmée, notamment dans une décision de la première chambre
civile du 12 juin 2012'. C'est donc un nouveau champ ouvert à la responsabilité du fait
personnel.
Dans le cadre de la relation médecin-malade, l'information du patient est une condition
indispensable à son consentement libre et éclairé, elle constitue pour tout médecin une
obligation morale, déontologique et légale.
Le législateur marocain n'a pas prévu cette obligation, la jurisprudence marocaine s'est
inspirée des dispositions réglementaires et légales françaises, ainsi que les recommandations
institutionnelles françaises. Selon le code de la santé publique français dans son article L1111-
2, toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Le code de déontologie
médicale dans son article 35, rappelle cette obligation.
2. Un acte illicite
La faute constitue toujours un acte illicite en ce sens qu'elle est la « méconnaissance d'un
devoir ou d'une obligation imposée par l'ordre juridique » « un manquement à une obligation
préexistante » 12
Il y a acte illicite lorsque l'auteur du dommage a transgressé une règle de conduite : règle
contractuelle, règle légale, règle coutumière : usage, bonnes mœurs, ou lorsqu'il a abusé d'un
droit. De toute façon, il faut effectuer un jugement de valeur sur la conduite d'un individu.
a) Violation d'une règle de conduite
- L'acte illicite peut être constitué par la violation de différentes règles ; La transgression
d'une règle légale doit être entendue, en effet, dans un sens large, qu'il s'agisse d'une loi ou
d'un règlement (par exemple, la violation d'un article du Code de la route).
Dès lors qu'une telle violation est constatée, une faute est commise : faute pénale si la
règle était assortie d'une sanction pénale, faute civile, si un dommage a été commis à
l'encontre d'autrui. Il faut, toutefois, relever que la Cour de cassation est parfois laxiste en la
matière et écarte l'existence d'une faute alors même que le comportement peut s'analyser en la
transgression d'une règle légale. Ainsi admet-elle « que le seul fait d'entretenir une liaison
avec un homme marié ne constitue pas une faute de nature à engager la responsabilité de son
11
Civ. 1, 28 janv. 2010 ; Civ. 1", 3 juin 2010, D. 2010. 1522, note P. Sargos.
12
Yvraine BUFFELAN-LANORE, Virgine LARRIBEAU-TERNEYRE, Droit civil : les obligations, 15 édition, 2017
8
auteur à l'égard de l'épouse », dès lors qu'il n'est pas prétendu que la maîtresse « aurait, par
son attitude, créé le scandale ou cherché à nuire spécifiquement au conjoint de son amant » 13
Bien que l'adultère ne constitue plus un délit pénal en France, il restait admis, jusque-là,
qu'en tant que « délit civil, l'adultère engage la responsabilité civile de ceux qui le commettent
envers l'époux trompé, même en l'absence d'intention dolosive caractérisée ».
L'affaiblissement du devoir de fidélité, pourtant légalement affirmé dans l'article 212 du Code
civil français, qui ne semble plus peser qu'entre les époux et dont la violation ne constitue plus
désormais qu'une cause facultative de divorce, s'est étendu au complice. Désormais, l'adultère,
violation du devoir de fidélité, n'est plus considéré, en soi, comme une faute, encore faut-il
aujourd'hui, que cette faute soit « caractérisée », 14que l'on puisse constater une attitude créant
le scandale ou une intention de nuire spécifiquement au conjoint.
Outre la loi, il existe des règles qui sont édictées par la coutume, les usages, et dont la
violation peut également constituer une faute : par exemple, violation des usages d'une
profession (souvent réunis dans des codes de déontologie), règles du jeu en matière sportive,
atteinte aux bonnes mœurs15.
- Ainsi que l'acte illicite peut être le manquement à l'obligation générale de prudence,
négligence ; on a l'obligation générale de ne pas nuire à autrui
Cependant un arrêt de la Cour de cassation qui va encore plus loin et affirme, sans état
d'âme, que « le fait de provoquer la chute d'un autre grimpeur [au cours d'une escalade non
encordée] >> constitue une faute16. Au-delà même de l'imprudence ou de la négligence, elle
érige en faute une simple maladresse, révélatrice d'une conception large de la faute de nature à
engager la responsabilité.
b) Exercice abusif d'un droit
Selon les dispositions de l'article 94 du D.O.C: « Il n'y a pas lieu à responsabilité civile,
lorsqu'une personne, sans intention de nuire, a fait ce qu'elle avait le droit de faire.
Cependant, lorsque l'exercice de ce droit est de nature à causer un dommage notable à autrui
et que ce dommage peut être évité ou supprimé, sans inconvénient grave pour l'ayant droit, il
y a lieu à responsabilité civile, si on n'a pas fait ce qu'il fallait pour le prévenir ou pour le faire
cesser. »17
- L'exercice d'un droit peut causer un préjudice à autrui sans, pour autant, constituer une faute.
Par exemple, le commerçant qui s'installe à proximité d'un concurrent lui cause un préjudice
en lui prenant une partie de sa clientèle, mais il n'y a pas faute, c'est une conséquence du
principe de libre concurrence.
En revanche, si c'était ce commerçant qui avait vendu le fonds a son concurrent et qu'il
avait souscrit une obligation de non-concurrence, il commettrait une faute contractuelle en se
réinstallant à côté de lui. Concernant la liberté d'expression, citons un arrêt intervenu à propos
de l'émission Les Guignols de l'info". 18Cette affaire concernait les sociétés Peugeot et Citroën
13
CIV . 2E ; 5 juill.2001, JCP 2002
14
G Corn, la famille, 7 e éd, Montchrestien,2001, n 361
15
16 Ibid., p. 847
16
Civ. 2°, 18 mai 2000, Gaz. Pal. 21-23 avr. 2002, et la note
17
Dahir du 9 ramadan 1331 formant Code des obligations et des contrats, B.O.12 SEPTEMBRE 1913
18
Ass. Plén. 12 juill. 2000 <deux arrêts >>, JCP 200
9
qui demandaient réparation du préjudice que leur auraient causé les propos de la marionnette
de leur directeur général dénigrant la marque.
- Mais, il peut y avoir faute s'il y a exercice abusif d'un droit ; Il y a abus du droit lorsqu'il y a
intention malveillante, lorsqu'on cherche à nuire à autrui sans intérêt sérieux pat soi-même.
Selon Josserand, il y a abus du droit quand on exerce un droit subjectif dans des conditions
contraires aux règles du droit objectif.
3. Un acte volontaire imputabilité à son auteur
Enfin, pour qu'il y ait faute, il faut normalement qu'il y ait eu manifestation de volonté de
la part d'un individu conscient de ses actes. La faute est en effet toujours un comportement
volontaire (y compris dans le cas d'une imprudence ou d'une négligence, s'il s'agit d'une
abstention et même s'il n'est pas intentionnel). La question est de savoir si cette volonté doit,
en outre, avoir des qualités particulières.
Traditionnellement, il devait s'agir, en effet, d'une volonté capable, émanant d'une
personne consciente, et une volonté libre, ce qui se traduisait par l'exigence de l'imputabilité
de la faute et la condition du discernement de l'auteur de l'acte).
Selon les articles 96 et 97 du DOC : « les mineurs, infirmes et sourds-muets ne répondent des
dommages résultant de leur fait ou de leur faute, que s'ils possèdent le degré de discernement
nécessaire pour apprécier les conséquences de leurs actes »19
Il en résulte que la personne dépourvue de discernement ne peut être responsable du fait de
ses actes préjudiciables, parce que le discernement est un élément fondamental pour
l'existence de la faute et celui qui en est privé ne peut être responsable 20
Cette règle est donc applicable en doit marocain à toute personne dépourvue de discernement.
19
Dahir du 9 ramadan 1331 formant Code des obligations et des contrats, B.O.12 SEPTEMBRE 1913
20
MOUMMI SAAD, Droit civil, Droit des obligations, ELBADIL édition 2015, p 355
21
Marojories Brusorio Aillaud, Droit des obligations, 11 éditions, 2021
10
conscience de la probabilité du dommage et son application téméraire, sans raison valable 22)
et la faute lourde (c'est une faute particulièrement grossière, commise par professionnel). La
distinction présente un intérêt en matière d'assurances et en matière contractuelle, pour écarter
les clauses limitatives de responsabilité. Elle peut également présenter un certain intérêt en
matière délictuelle, notamment pour faciliter la preuve du lien de causalité.
22
Rémy Carbrillac, Droit des obligations, 13e édition, Dalloz
23
https://jurismaroc.vraiforum.com/t559-Les-fondements-La-responsabilite-civile-delictuelle-DOC.htm
24
André Tunc, Conclusion : la cour suprême idéale, Revue internationale de droit comparé, 1978.
25
Dahir du 9 Ramadan 1331 formant des obligations et des contrats, B.O.12 Septembre 1913
26
André Tunc, Enigmatique maladresse, p 169
11
virtuelle répare un dommage non indemnisable causé par un fait non fautif 27». La Cour de
cassation crée, en quelque sorte, une présomption de faute, tout en continuant à se référer à
l'article 1240 du Code civil français qui consacre la notion de faute prouvée et cette
présomption de l'homme se rapproche d'une présomption légale irréfragable car elle ne laisse
au fautif virtuel aucun moyen de s'exonérer de cette responsabilité. En réalité, il ne s'agit pas
d'une vraie responsabilité pour faute : on glisse vers une forme de responsabilité objective
essentiellement destinée à assurer l'indemnisation des victimes.
Preuve de la faute extracontractuelle
Il ne suffit pas qu'il y ait une faute, encore faut-il la prouver et il s'agit donc de savoir à qui
incombe la charge de la preuve. La responsabilité du fait personnel reposant sur les articles 77
et 87 du D.O.C a pour fonctionnement, nous l'avons vu, la faute, mais cette faute doit
normalement être prouvée par la victime du dommage.
27
Civ. 2e ,mai 2000
28
Rémy CABRILLA ? DROIT DES OBLIGATION ?13 é, DALLOZ
12
On sait que dans la responsabilité contractuelle, seule la faute du contractant à l'exclusion
du simple fait peut-être exonérait pour le débiteur ou entraine un partage de responsabilité.
Or il en est de même pour la responsabilité délictuelle fondée sur articles 77 et 78 du D.O.C,
le fait de la victime n'est pas exonératoire, à moins de présenter les caractères de la force
majeure. La même solution doit être donnée pour le fait d'un tiers.
S'il n'est pas fautif, ce fait n'intervient, pour exonérer l'auteur du dommage, que dans la
mesure où il était imprévisible et irrésistible-
On en revient toujours à la force majeure, comme seule cause d'exonération, au cas où il n'y a
faute ni de la victime ni d'un tiers.
Or la question se pose de savoir si cette force majeure (ou cas fortuit) a toujours pour effet
une exonération complète, ou si, en cas de faute de l'auteur du dommage, elle ne pourrait
entraîner un simple partage de responsabilité.
C'est cette dernière solution qui a été adoptée, à un moment donné, par la Cour de
Cassation française29. Pour qu'il y ait cas de force majeure au sens du droit il faut que
l'évènement présente trois conditions cumulatives Ça peut être un fait de la nature, comme un
cyclone ou une tempête. En général on appelle ça le « cas fortuit ». Mais le cas de force
majeure ça peut être aussi le fait d'un tiers.
Trois caractères de la force majeure
- Imprévisibilité
- Irrésistibilité
- Extériorité
• Imprévisible ça signifie qu'on ne pouvait pas prévoir l'événement, on ne pouvait pas
s'y attendre.
• Irrésistibilité « un événement irrésistible est un événement impossible à éviter »
• Extériorité C'est-à-dire que l'événement doit être extérieur à la sphère du débiteur qui
l'invoque. Extérieur à la personne ou aux biens de celui qui l'invoque. Sinon on doit
assumer.
Par exemple la grève d'une entreprise n'est pas extérieure à l'entreprise. Si c'était une grève
nationale, ça échappait à l'employeur et donc il peut dire que c'est un cas de force majeure.
Il y a eu des évolutions sur l'ensemble de ces conditions.
Section 2 : la faute de la victime
S'il s'avère que la victime a contribué à la production de son propre dommage, par une
faute les juridictions pour y remédier et pour punir la victime exclus ou réduisent son
indemnisation en mettant à sa charge une part de responsabilité (art 88 DOC). Cette situation
nous amène à déduire que le principe de la réparation intégrale est mis en échec.
La faute de la victime doit être appréciée conformément aux critères usuels de la faute.
Ainsi, la personne à laquelle le dommage est imputé doit établir un comportement illicite soit
la violation d'une norme ou d'un devoir préexistant (manquement à une règle normative ou
non- conformité du comportement avec celui attendu d'une « personne raisonnable »). On
parle de l'élément objectif de la faute.
29
Cass. Civ 13/03/1957
13
L'élément subjectif de la faute, correspondant au discernement de l'auteur du dommage, a été
abandonné par la Cour de cassation française 30
Ça peut être un fait de la victime qui engage la responsabilité de la victime sur un autre
fondement, par exemple la victime est partiellement responsable parce qu'elle est responsable
du fait d'une chose. On parle de fait de la victime de nature à entrainer sa responsabilité.
Ça peut conduire à une exonération partielle de l'auteur du dommage.
Exemple de Derguini Lemaire. Jamais exonération totale sauf si la faute de la victime remplie
les conditions de la force majeure. Donc si le fait non fautif de la victime remplie les
caractères de la force majeure il y a exonération totale de l'auteur. En revanche sinon il faut
que la victime soit partiellement responsable, il faut que le fait de la victime engage sa
responsabilité, pour qu'on puisse diminuer la responsabilité
Ainsi, « la faute d'un mineur peut être retenue à son encontre, pour diminuer son
indemnisation, même s'il n'est pas capable de discerner les conséquences de son acte ». 31
La faute retenue doit être en relation de causalité avec le dommage.
On distingue deux grandes théories auxquelles recourt la jurisprudence à savoir la théorie
de l'équivalence des conditions (est une cause du dommage tout fait qui a participé de façon
nécessaire à sa réalisation) et la théorie de la causalité adéquate (parmi les causes éventuelles
Du dommage il ne faut retenir que celles qui contenaient en elles-mêmes la réalisation
prévisible du résultat).
Si la faute de la victime ne présente pas les caractères de la force majeure, elle sera
partiellement libératoire. On parle d'exonération partielle. Concrètement, il y aura une
diminution de l'indemnisation de la victime.
Exemple de faute de la victime ne présentant pas les caractères de la force majeure : Un
voyageur descend d'un train à la gare d'arrivée de son voyage puis tente d'y remonter pour
récupérer un bagage qu'il avait oublié. Il se blesse à cette occasion, car le train avait déjà
redémarré.
30
Arrêts Derguini et Lemaire - Ass. Plén. 9 mai 1984
31
Civ 2ème., 28 février 1996
14
Nous n'envisagerons évidemment pas ici la responsabilité pénale des personnes morales,
désormais parfaitement admise, indépendamment de celle de leurs dirigeants. Nous laisserons
également de côté le cas où le dommage est dû à la faute d'un ouvrier ou d'un employé, c'est-
à-dire d'un préposé, car il y a la responsabilité du fait d'autrui, et celui où le dommage est dû à
une chose soumise à la garde de la personne morale, car il la responsabilité du fait des choses.
N'envisageons que le cas où le dommage est dû à une décision de l'assemblée générale ou du
président-directeur général ou du secrétaire général, bref d'un des organes de direction de la
personne morale agissant ès qualités, sans qu'on puisse faire jouer sa impersonnelle, et ayant
commis un fait ou un acte susceptible d'engager la responsabilité la personne morale ; c'est
contre la personne morale que l'action en responsabilité es dirigé. Sur quel fondement le sera-
t-elle ?
Peut-on vraiment parler d'une « faute » de la personne morale ?
La Cour de cassation française, après une assez longue période d'hésitation, consacre, elle
aussi, cette solution en reconnaissant l'existence d'une « faute dans l'organisation » un
Clinique privée, pour retenir sa responsabilité32. Il y a constatation d'un écart entre le niveau
de qualité ou de sécurité effectivement procuré à l'usager et celui qu'il procuré à l'usager et
celui qu'il pouvait attendre du service public ou de l'organisme privé, c'est-à-dire, là encore,
de son « attente légitime »
On pourrait, toutefois, parfaitement admettre, ici, une responsabilité sans faute : la personne
morale endossant directement une responsabilité qui lui est propre sans que la victime soit
obligée de prouver la faute d'un individu déterminé. Mais on ne parvient pas à effacer le rôle
joué par « l'organe ». Un arrêt de la deuxième chambre civile de la Cour de cassation du 17
juillet 196733, relève qu’« une personne morale répond des fautes dont elle s'est rendue
coupable par ses organes, sans qu'il soit nécessaire de mettre en cause sur le fondement de
l'article 1384, alinéa 5 (devenu l'art. 1242, al. 5), lesdits organes pris comme préposés 34».
De plus, la responsabilité de la personne morale peut parfaitement coexister avec la
responsabilité personnelle de l'auteur physique du délit qui est d'ailleurs double, puisqu'à côté
de la responsabilité de droit commun fondée sur la faute prouvée, existe une responsabilité
aggravée visant les seuls dirigeants d'une personne morale en état de redressement ou de
liquidation judiciaires.
32
Civ. 19, 15 déc. 1999, Bull. civ. I, n 351
33
Bull.civ II, n 261, p181.
34
Civ. 3e ,24 oct.1990, Bull. civ III, n 105
15
Le DOC distingue deux autres catégories de responsabilité : - Deux responsabilités qui sont
prévues par l'article 85 du DOC qui dispose que : « On est responsables non seulement du
dommage que l'on cause par son propre fait, mais encore de celui qui est causé par le fait des
personnes dont on doit répondre ». - Une 3éme responsabilité est prévue par l'article 88 du
DOC qui dispose : « Chacun doit répondre du dommage causé par les choses qu'il a sous sa
garde ».
Contrairement à la responsabilité du fait personnel, qui est en principe, fondée sur une
faute à prouver, avec ces différentes responsabilités de plein droit, compte tenu de l'évolution
jurisprudence, et sauf dans le cas des institutions, de responsabilités de plein droit, dont le
fondement peut d'ailleurs varier selon les cas.
La responsabilité du fait d'autrui et du fait des choses sont conçus comme des cas d'exception.
Il s'agit d'un régime particulier de responsabilité civile délictuelle qui trouve son fondement
dans les articles 85 du D.O.C et 1384.1 du Code civil français.
La responsabilité du fait d'autrui est regroupée selon la catégorie des personnes : il s'agit soit
d'enfants ou d'adolescents, soumis à la garde et à la surveillance d'adultes chargés de leur
éducation : parents, artisans ou instituteurs, soit de majeurs liés par un lien de subordination :
les préposés35.
La responsabilité du fait d'autrui est prévue par l'article 1384 du Code civil marocain. Cet
article dispose que l'on est responsable non seulement du dommage que l'on cause par son
propre fait, mais également de celui qui est causé par le fait des personnes dont on doit
répondre, ou des choses que l'on a sous sa garde. Il énumère également différents cas de
responsabilité du fait d'autrui, tels que la responsabilité des parents, des maîtres et
commettants, des artisans et des instituteurs. Contrairement à la responsabilité du fait
personnel, qui est en principe une responsabilité fondée sur une faute à prouver, la
responsabilité du fait d'autrui est, dans certains cas, une responsabilité de plein droit, dont le
fondement peut varier selon les cas. On peut regrouper ces cas selon la catégorie des
35
François Terré, Pour une réforme du droit de la responsabilité civile, Dalloz, 2011
16
personnes dont on doit répondre, qu'il s'agisse d'enfants ou d'adolescents soumis à la garde
et à la surveillance d'adultes chargés de leur éducation, tels que les parents, les artisans ou
les instituteurs, ou de majeurs liés par un lien de subordination, tels que les préposés. Un
arrêt de principe de la Cour de cassation française, l'arrêt Blieck, a admis que d'autres cas de
responsabilité du fait d'autrui pouvaient être fondés sur le principe général posé par l'article
1384. Il a ainsi rendu responsable une association recevant des handicapés mentaux du
dommage causé par l'un d'eux. Ce principe de responsabilité pour autrui, inspiré du droit
administratif, semble fondé sur l'idée de sanction d'un devoir de surveillance lié à l'état de la
personne surveillée
36
Crim. 6 janv. 1963, 5. 1964. 1.9, note Blanc
17
La preuve contraire réservée à l'artisan se situe uniquement sur le plan de la surveillance
diligente.
Il n'est pas chargé de parfaire l'éducation de l'apprenti, mais seulement de lui apprendre un
métier.
37
37
Arrêt de la cour de cassation française, cass.civ.13 décembre 2002.
38
Crim. 6 janv. 1963, 5. 1964. 1.9, note Blanc
18
Section 3 : la responsabilité des instituteurs
La législation marocaine a prévu ce type de responsabilité dans l'article 85 bis du D.O.C,
en s'inspirant en grande partie des dispositions de la loi française du 05 Avril 1937.39
On entend par instituteurs non seulement, au sens strict, les enseignants de l'enseignants
primaire, mais également ceux de l'enseignement secondaire et technique à l'exclusion de
ceux du supérieur, car ces derniers n'ont pas à assumer de tâches à surveillance.
Toutefois, la Cour de cassation et le Conseil d'État française ont admis la responsabilité
d'enseignas du supérieur dans des cas exceptionnels, notamment quand l'enseignant procède à
« expérience présentant certains risques, il peut être tenu d'une telle obligation, même en
présence d'étudiants majeurs"40
Cela concerne également, au sens large, l'ensemble des personnels dont les obligations
statuaires incluent la surveillance des élèves (chefs d'établissement, conseillers d'éducation,
surveillants...).
Ce type de responsabilité est même, désormais, étendu aux employés de la ville mis à la
disposition des écoles : il s'agissait, en l'espèce, d'un moniteur d'éducation physique mis à la
disposition des écoles de la ville en qualité d'aide pédagogiques et qui participait à
l'encadrement de la classe41.
Cette décision suit une décision du Tribunal des conflits en France, dans le même sens, à
propos d'un moniteur d'une classe de neige, un simple employé d'une commune.
Qu'il s'agisse de dommages causés par un élève ou à un élève, l'instituteur n'est, désormais,
responsable, selon l'art 85 bis du D.O.C et le droit commun des articles 1240 ou 1241 du Code
civil français, que si la victime fait la preuve d'une faute commise par lui dans son éducation
ou dans sa surveillance.
• Le dommage : On ne fait aucune distinction selon qu'il s'agit d'un dommage matériel,
corporel ou moral ; selon qu'il s'agit d'un dommage causé par un élève à un autre élève ou
d'un dommage causé à un élève, du fait d'un tiers ou même du fait de l'instituteur lui-même.
La seule condition requise est que ce soit « pendant le temps qu'ils sont sous leur surveillance,
c'est-à-dire, non seulement pendant les cours, mais encore pendant les réactions ou les sorties
accompagnées.
Au terme de l'art 85 bis que ce soit pendant la scolarité ou en dehors de la scolarité dans un
but d'éducation morale ou physique non interdit par les règlements.
• Exigence d'une faute à prouver : Il s'agissait, le plus souvent, d'un défaut de surveillance, par
exemple Pour un enseignant accompagnateur d'une sortie éducative qui s'abstient de
soumettre à un examen médical un élève ayant fait une chute grave 42
39
El Kouzbari M, Théorie générale des obligations à la lumière du DOC. 1E édition en langue arabe ; casa, 1979,
p.437.
40
Civ ,2e, 15 avril .1961, Bull. civ. II, n 202
41
Civ. 2e, 13 déc. 2001, D. 2002.
42
CIV. 1E ,12 nov. 1999, Bull. CIV. I, N 291
19
Selon les dispositions de l’article 85 du D.O.C, la responsabilité des membres de
l'enseignement public et des fonctionnaires du service de la jeunesse est engagée à
la suite ou à l'occasion d'un fait dommageable commis par les enfants ou jeunes gens
qui leur sont confiés à raison de leurs fonctions, la responsabilité de l'Etat sera
substituée à celle de ces agents. L'action en responsabilité exercée par la victime, ses
parents ou ses ayants droit, intentée contre l'Etat ainsi responsable du dommage,
sera portée devant le tribunal de première instance ou le juge de paix du lieu où le
dommage a été causé. La charge de la preuve de la faute de l'instituteur incombe,
dans les conditions de droit commun, à la victime. L'État dispose éventuellement
d'une action récursoire contre l'instituteur, mais cette action n'est possible qu'en cas
de "faute personnelle détachable des fonctions". Si l'instituteur n'a pas commis de
faute et si l'établissement d'enseignement n'a pas commis non plus de faute dans
l'organisation de la surveillance, il n'y a pas lieu à cette responsabilité.
Section 4 : La responsabilité de plein droit des maitres et commettants
La responsabilité du fait d'autrui est prévue dans l'article 85 du DOC qui pose un principe
général : « on est responsable non seulement du dommage que l'on cause par son propre fait,
mais encore de celui qui est causé par le fait des personnes dont on doit répondre. » Ensuite,
le même article, dans son alinéa 3 dispose : « les maîtres et les commettants, du dommage
causé par leurs domestiques et préposés dans les fonctions auxquelles ils les ont employés ».
Delà, il doit exister entre le commettant et le préposé un lien de préposition 43, qui pour la
jurisprudence, tient dans la possibilité pour le commettant de donner des ordres au préposé,
c'est-à-dire dans l'existence d'un rapport de subordination. Cette subordination expresse ou
tacite, peut découler d'un contrat de travail, mais peut également se déduire des circonstances
de fait
Le préposé est une personne qui agit pour le compte de quelqu'un et se trouve à un moment
donné sous la subordination juridique de cette autre personne, le commettant, qui peut lui
donner des ordres, qui a sur elle un droit de direction, de surveillance et de contrôle. À la
limite, ce peut être le cas d'un ami, d'un enfant, d'une épouse à qui le chef de famille demande
de remplir telle tâche déterminée, dans son propre intérêt, en lui donnant des directives ou des
instructions : ce sont des préposés occasionnels44
À titre de remarque liminaire, il peut être observé que la responsabilité des commettants du
fait de leurs préposés partage deux points communs avec la responsabilité parentale • Ces
deux cas particuliers de responsabilité du fait d'autrui sont des responsabilités de plein droit en
ce sens que le gardien ne peut pas s'exonérer de sa responsabilité en rapportant la preuve qu'il
n'a commis aucune faute
• Tant la responsabilité des commettants du fait de leurs préposés que la responsabilité
parentale reposent sur l'idée que le gardien exerce un pouvoir de direction et de contrôle sur
son préposé.
43
L. leveneur << le lien d subordination >>, in Responsabilité civile : le fait du préposé, colloque Paris Sus, tenu
à la Cour de cassation.
44
Crim. 7 nov.1968, D 1969. Somm .34
20
Aussi, cela justifie-t-il qu'ils engagent leurs responsabilités respectives toutes les fois que
celui sur qui ils exercent leur autorité cause un dommage à autrui.
Certains auteurs fondent néanmoins la responsabilité des commettants du fait de leurs préposés
sur la théorie du risque estimant que le commettant doit garantir les tiers des dommages
occasionnés dans le cadre de l'exercice de son activité45.
La responsabilité des commettants du fait de leurs préposés s'applique lorsque le
commettant exerce un pouvoir de direction et de contrôle sur son préposé. Cette
responsabilité est de plein droit, c'est-à-dire que le commettant ne peut pas s'exonérer de sa
responsabilité en démontrant qu'il n'a commis aucune faute. La mise en œuvre de cette
responsabilité nécessite la réunion de deux conditions cumulatives
1. Un lien personnel existant entre le commettant et le préposé, comme un employeur et un
employé.
2.Le préposé ayant commis une faute susceptible d'engager la responsabilité de son
commettant. -
Si le préposé agit sans autorisation du commettant, à des fins étrangères à ses attributions
ou hors des fonctions des missions fixées, la responsabilité du commettant ne sera pas
engagée
Chapitre 2 : LA RESPONSABILITE DU FAIT DES CHOSES
La responsabilité civile a pendant longtemps été considérée comme l'obligation pour toute
personne de réparer les conséquences dommageables de ses actes. Pourtant, de cette logique
de responsabilité, on est passé peu à peu vers une logique d'indemnisation, voire de «
compensation », 46
Le Dahir portant Code des Obligations et Contrats (DOC) envisage deux cas très
particuliers de responsabilité du fait des choses : la responsabilité du fait des animaux (art. 86
et 87) et la responsabilité du fait des bâtiments (art. 89). En revanche, le principe même de la
responsabilité du fait des choses qui se dégage incontestablement de son article 88, lequel est,
en partie, une reproduction de l'article 1384 al. 1 du Code civil français, a été le fruit d'une
évolution particulière.
Le législateur marocain a établi dans l'article 88 du DOC le principe général selon lequel
« chacun doit répondre du dommage causé par les choses qu'il a sous sa garde, lorsqu'il est
justifié que ces choses sont la cause directe du dommage... ». Aujourd'hui il existe plusieurs
régimes particuliers de responsabilité du fait des choses tel que la responsabilité du fait des
produits défectueux, la responsabilité en cas de dommage nucléaire...Cependant nous nous
sommes proposé d'analyser l'évolution de la jurisprudence marocaine sur le régime général
posé par l'article 88 du DOC.
Les difficultés dans la réalisation d'un tel travail n'ont pas manqué. Premièrement, il nous
a été difficile d'entrer en possession des publications récentes de la Cour de cassation en
raison du fait que depuis 1965 au moins, 47il n'y a plus eu que très peu de publications
jurisprudentielles en langue française. Ce qui nous a conduits à utiliser plusieurs arrêts datant
des années 1960.
45
Patrice Jourdain, Les principes de la responsabilité civile, 10e édition
46
Daniel MAINGUY ET JEAN-LOUIS RESPAUD ? Droit des obligations, éd. Ellipses 2008, p 259.
47
Effet certain de la loi sur l'arabisation de la justice.
21
De plus, un certain nombre de cas ont été tranchés par les tribunaux avant la création de la
Cour suprême qui n'a vu le jour qu'en septembre 1957. C'est pour cette raison que le lecteur
pourra rencontrer des arrêts de la Cour d'appel de Rabat, notamment, évoqués comme
jurisprudence. Mais tous ces arrêts traitent des questions qui ont été par la suite tranchées par
la Cour de cassation, soit en confirmant la position déjà existante soit en créant des
revirements jurisprudentiels. Il sera alors question de savoir comment les juridictions
marocaines ont apprécié les conditions de mise en œuvre (par. I) et d'exonération (par. II) de
la responsabilité du fait des choses.
Section : I/ Conditions de mise en œuvre de la responsabilité du fait des choses
Pour le législateur tout comme pour la jurisprudence, la victime d'un dommage qui
demande réparation sur la base de l'article 88 du DOC n'est pas tenue de prouver une faute
quelconque commise par le civilement responsable. Il lui suffit de démontrer que le dommage
est causé par une chose (a), ou plus exactement par le fait de la chose(b) dont celui-là avait la
garde(c).
a) LA CHOSE
Quelle est la nature de la chose dont il est question dans l'article 88 du DOC ? S'agit-il d'une
chose mobilière ou immobilière ? Dans un arrêt du 28 novembre1936 48la Cour d'appel de
Rabat avait, en application des articles 88 et 89 du DOC, retenu une notion assez curieuse de
la chose. Elle avait décidé que « le principe de responsabilité du fait des choses (art.88 DOC)
basé sur une présomption de faute de celui qui en a la garde ne concerne que les meubles et ne
saurait être étendu aux immeubles. La responsabilité du fait des immeubles étant régie par
l'art.89 du DOC, en dehors des cas limitativement fixés par cet article, c'est dans les articles
77 et 78 du DOC que doit être recherchée la responsabilité quasi-délictuelle du propriétaire ou
du gardien d'un immeuble... ». De cette décision, on retient que pour la Cour d'appel, la
responsabilité du fait des immeubles ne peut jamais être présumée, sauf si le préjudice est dû à
l'écroulement ou à la ruine partielle de l'immeuble, tel qu'il ressort de l'article 89 du DOC,
encore faut-il que la victime prouve que cette ruine est due à la vétusté, à un défaut d'entretien
ou à un vice de construction de l'immeuble. En dehors de ces cas la responsabilité du fait des
immeubles ne peut être présumée.
Bien qu'émanant d'une juridiction de fond, cette décision ne pouvait manquer de susciter
de la curiosité. Elle était peu opportune pour les victimes qui, renvoyées aux articles 77 et 78
du DOC, devraient alors dans la plupart des cas prouver la faute du gardien si elles voulaient
obtenir réparation. Elle était certainement aussi contraire à la volonté du législateur. Il a fallu
une vingtaine d'années pour que la Cour de cassation, au lendemain de sa création, se
prononce sur cette question dans le sens où l'on devrait normalement s'attendre :" Edictant en
termes généraux la règle selon laquelle chacun doit répondre du dommage causé par les
choses qu'il a sous sa garde, l'article 88 du Code des obligations et contrats s'applique aussi
bien aux immeubles qu'aux meubles, quelles que soient les causes du dommage, sous réserve
des cas particuliers prévus à l'article 89 du même Code. Ainsi, le gardien d'un immeuble dans
lequel a pris naissance un incendie dont la cause est demeurée inconnue est à bon droit
48
G.T.M., 1937, n°714, pp.45, Voir François-Paul Blanc, DOC annoté, art.88 note 106.
22
déclaré responsable des dommages causés aux tiers par la communication de cet incendie aux
immeubles voisins".
Cependant, alors qu'elle retient que l'article 88 doit s'appliquer « quelles que soient les
causes du dommage »,
b) LE FAIT DE LA CHOSE
Dans quelle mesure une chose, c'est-à-dire un objet inanimé, peut-elle être cause d'un
dommage ? Les juridictions marocaines entendent par « fait de la chose » la « participation »
de celle-ci à la réalisation du dommage. Dans un arrêt de la Cour d'appel de Rabat de 1940, il
a été décidé que faute pour la victime de « démontrer la participation matérielle de la chose au
dommage dont elle demande réparation, son action ne peut être admise contre le gardien 49.
Ainsi, ne suffit-il pas que la chose ait été à l'occasion du dommage 1150, mais qu'elle « ait
joué un rôle actif dans la réalisation du dommage, par un heurt, un choc reçu ou donné 12 51"
» par exemple.
Cette exigence comportait également des difficultés pour les victimes, tel que dans les cas
où la chose n'a joué qu'un rôle passif ou qu'il n'y a pas de contact direct et matériel entre la
victime et la chose dommageable. C'est pourquoi elle a été très vite écartée par la Cour de
cassation qui décida que la participation de la chose à la réalisation du dommage ne nécessite
pas forcément un contact matériel. Il suffit que l'intervention cette chose ait été déterminante
dans la cause du dommage.
Ainsi, « justifie légalement la participation d'une voiture automobile à la réalisation d'un
accident, l'arrêt qui constate que cette voiture, dont la présence sur les lieux résulte des
éléments d'un dossier pénal, a, en circulant sur sa gauche, provoqué une collision entre deux
autres véhicules ». 52Cette position est généralement approuvée par la doctrine et elle est
admise également par la jurisprudence française qui a à plusieurs reprises retenu la
responsabilité du gardien dans des cas similaires53. Cependant, même si l'article 88 du DOC
n'exige pas la matérialité du contact, encore faut-il que la chose ait participé réellement au
dommage, c'est-à-dire que le rapport de causalité entre les faits allégués et le dommage
définitif ait joué la condition nécessaire. Il ne suffit pas, pour que la responsabilité du gardien
soit engagée, que la chose ait pu ou ait exercé une influence psychologique sur la victime au
moment de l'accident. (C.A. de Rabat, 22/6/1956, R.M.D., 1956, p.364).
c) LA GARDE DE LA CHOSE :
L'article 88 du DOC évoque de façon laconique la « garde » des choses sans préciser en
quoi consiste-t-elle. Deux conceptions doctrinales ont été avancées à ce propos. L'une
consistant à faire de la garde un élément de fait, considère comme gardien celui qui a l'usage
de la chose au moment où le dommage est survenu. L'autre consiste à faire de la garde un
élément de droit et par conséquent faire du propriétaire le gardien de la chose. La Cour de
cassation a adopté une position mixte. « Le gardien d'une chose est celui qui a sur elle les
49
C.A DE RABAT, 4/10/1940 in R.A.C.A.R., tome X, p.533, cité F-PBLANC in DOC annoté, article 88, note 13.
50
Ibid.
51
TPI de rabat ,31 mars 1937, R.L.J.M. ?1937, p.127, cité par F-P-BLANC in DOC à noté sous l’article 88, note 11.
52
Cour suprême, chambre civile, 15 décembre 1964 in www.juricaf.org
53
Voir notamment : Civ. 22 janv. 1940, D.C 1941.101 note savatier ; Civ.30 mai 1944, D.A 1944.105. CIV II 12
janv. 1966, B. 42.
23
Pouvoirs d'usage, de direction et de contrôle 54». Ainsi, «caractérise suffisamment ces
pouvoirs et donne une base légale à sa décision, la Cour d'appel qui, pour condamner sur le
fondement de l'article 88 du Code des obligations et contrats un garagiste à réparer les
conséquences d'un accident causé par un camion poussé à la main, constate que ce garagiste
s'était chargé d'amener ce véhicule en remorque dans un dépôt, que cette opération comportait
toutes les manœuvres nécessaires pour la mener à bien, y compris sa phase finale consistant à
ranger le camion le long d'un bâtiment, et que peu importait que ledit garagiste ait estimé
préférable de ne pas utiliser le véhicule remorqueur pour cette ultime manœuvre opérée sous
la surveillance de son chauffeur et alors que son graisseur était au volant du camion
manœuvré. 55>>
De même, « lorsqu'une personne a fait une chute dans la cage de l'ascenseur d'un
immeuble en voie d'achèvement, l'entrepreneur chargé de l'installation de cet appareil est à
bon droit déclaré seul responsable du dommage en qualité de gardien, dès lors que l'accident
s'est produit avant la fin des travaux et avant leur réception par le propriétaire et que, n'étant
pas entrepreneur général, ce dernier n'avait pas la direction et le contrôle de l'ouvrage56 ».
Cependant, les pouvoirs d'usage, de direction et de contrôle sur la chose étant les
attributions habituelles du droit de propriété, le propriétaire d'une chose doit en être présumé
le gardien s'il ne prouve, non pas seulement qu'il en a perdu la maîtrise, mais encore que la
chose soit passée sous la garde d'autrui. Un arrêt du 20 février 2002 rendu par la chambre
pénale de la Cour de cassation, bien que ne visant pas expressément l'article 88 du DOC, est
particulièrement intéressant dans ce sens. Il ressort de cet arrêt que le propriétaire d'un
véhicule automobile qui vent ce dernier à un tiers n'en demeure pas moins le gardien tant que
l'enregistrement du véhicule au nom du nouveau propriétaire n'est pas achevé. La Cour de
cassation ayant affirmé que « le but de l'enregistrement du véhicule au nom du nouveau
propriétaire vise à mettre fin au transfert de la carte grise en son nom et la simple
reconnaissance de l'achat de la voiture par son propriétaire d'origine ne dégage pas la
responsabilité de celui-ci en tant que gardien de la chose 57
Néanmoins, la présomption de l'article 88 du DOC, malgré sa force, n'est qu'une présomption
et peut totalement disparaître58 Pour cela le gardien devra prouver une double condition.
54
Cour suprême, Chambre civile, 02 nov 1965, in www.juricaf.org
55
Cour suprême, Chambre civile, 02 nov 1965, in www.juricaf.org
56
Cour suprême, Chambre civile 17 nov., 1964, in www.jurica.org
57
Cour suprême, Chambre penal 20 février 2002 in www.jurivaf.org
58
CA de rabat, 29 avril 1930, R.L.J.M., 1931, p 122, cité par F-P-BLANC in DOC annoté, article 88, note 4.
59
L’arrêt Teffaine du 16 juin 1869 avait admis sur le fondement de l’article 1384du code civile français, la
responsabilité de l’employeur pour un accident de travail causé par l’explosion de la chaudière d’une
remorque. Pour la première fois, la cour de cassation a déduit de l’article 1384, un principe autonome de
24
Suite au développement du machinisme. Le développement des dommages par des choses
inanimées était nombreux. Ainsi, la victime n'arrivait pas à établir la faute de l'employeur.
Donc, pour des raisons de justice sociale, l'indemnisation de ces victimes s'imposait sur la
base non plus de la faute mais la responsabilité de non faute.
L'arrêt JAND'HEUR du 13 février 1930, a affirmé l'existence d'un principe général de
responsabilité du fait des choses fondés sur l'article 1384, alinéa 1 du Code Civil français, et
qui oblige le gardien à indemniser le préjudice causé par une chose, indépendamment de toute
preuve de faute.
. LA RESPONSABILITE DU FAIT DES ANIMAUX :
La responsabilité du fait des animaux est un cas très ancien de responsabilité du fait des
choses, réglé par l'article 1385 du Code civil en droit français. Cette responsabilité a été
organisée par la suite, en droit marocain dans les articles 86 et 87 du D.O.C.
• Les animaux soumis à la garde :
Ce sont les animaux domestiques dans le sens traditionnel du terme, mais aussi et plus
largement tous les animaux appropriés, qui sont généralement immeubles par destination, tels
que les abeilles, des ruches, ou les lapins des garennes.
Il doit s'agir d'un animal approprié se trouvant sous la garde d'une personne en sa qualité de
propriétaire ou d'utilisateur. Celui-ci, en cas d'accident, est présumé responsable du dommage
causé par l'animal. Il suffit que l'animal ait joué un rôle actif dans la production du dommage,
un contact matériel n'étant d'ailleurs pas requis. La responsabilité demeure même si l'animal
s'est échappé ou s'est égaré.
Les animaux sauvages sont exclus sauf si les conditions de l'article 87 du DOC sont réunies.
En effet, les animaux sauvages ne sont soumis à aucune obligation de garde, ce qui ne signifie
pas que les propriétaires des terrains où ils vivent ne peuvent pas être responsables des dégâts
qu'ils causent aux tiers, à moins qu'il n’ait rien fait pour les y attirer ou les y maintenir.60
• La détermination du gardien responsable :
Le responsable de l'animal est, dit l'article 86 du D.O.C. Le propriétaire ... ou celui qui s'en
sert', et ceci que l'animal soit sous sa garde ou qu'il soit égaré ou échappé. L'animal perdu, où
Qui a "pris le large", par ses propres moyens, reste donc sous la responsabilité de son
"gardien". Et ceci est valable aussi bien en droit français qu'en droit marocain.
En effet, l'article 86 du D.O.C. dispose que 61: « Chacun doit répondre du dommage causé par
l'animal qu'il a sous sa garde, même si ce dernier s'est égaré ou échappé. »
Mais du propriétaire la garde peut avoir été transférée à celui qui se sert de l'animal, c'est-à-
dire à celui qui, par lui-même, ou par ses préposés, en fait l'usage que comporte l'exercice de
sa profession.
responsabilité du fait des choses. Donc le régime déroge à celui de l’article 1382, puisqu’il autorise à
condamner le gardien d’une chose, sans avoir établit la faute de ce dernier, la seule preuve du fait de la chose
suffit à établir la responsabilité.
60
Article 87 du dahir des obligations et des contrats<< le propriétaire, fermier ou possesseur du fonds n’est
responsable du dommage causé par les animaux sauvages ou non sauvages provenant du fonds, s’il n’a rien fait
pour les y attirer ou les y maintenir il y a eu lieu à responsabilité : 1 s’il existe dans le fonds une garenne, un
bois, un parc ou les ruches destinés à élever ou à entretenir certaines animaux, soit pour le commerce, soit
pour la chasse, soit pour l’usage domestique ; 2 : si l’héritage est spécialement destiné à la chasse >> .
61
Article 86 du dahir des obligations et des contrats.
25
En fait, le problème du transfert de la garde de l'animal se pose, la plupart du temps, au sujet
des chevaux confiés à des maréchaux-ferrants, et quelquefois pour les animaux remis à des
vétérinaires pour les soigner.
Comme en matière de responsabilité du fait des choses, il s'agit de savoir si les pouvoirs de
surveillance, de direction et de contrôle ont été transmis par les propriétaires.
On en déduit donc, qu'en droit français il s'agit d'une présomption de responsabilité ; et d'une
présomption irréfragable, qui ne cède que devant la preuve de la cause étrangère : force
majeure, cas fortuit, fait ou faute de la victime.
En revanche, le législateur marocain a préféré être un peu souple au regard de la
responsabilité du gardien des animaux, et considère par conséquent qu'il ne s'agit là que d'une
présomption simple qui peut être combattue par la preuve contraire. C'est pourquoi l'alinéa 2
de l'article 86 du D.O.C. précise : « S'il ne prouve :
1) qu'il a pris les précautions nécessaires pour l'empêcher de nuire ou pour le surveiller.
2) ou que l'accident provient d'un cas fortuit ou de force majeure, ou de la faute de celui qui
en a été victime. »
5. LA RESPONSABILITE DU FAIT DE LA RUINE DES BATIMENTS :
Cette responsabilité est réglementée par les articles 89 et 90 du DOC. Cet article vise les
dommages causés par l'écroulement ou la ruine. La jurisprudence a défini la notion de
bâtiments, ces derniers signifient « tout édifice ou toute autre construction en matériaux
durables élevés par l'homme et fixés au sol »
Les conditions d'application des articles 89 et 89 du DOC :
Pour que les articles 89 et 90 du D.O.C reçoivent application, il faut que l'on soit en présence
d'un bâtiment, qu'il y ait eu ruine de ce bâtiment, et enfin que le dommage provienne de cette
ruine.
Un bâtiment : Les articles 89 et 90 du D.O.C. parlent d'édifice, de construction. Le bâtiment,
l'édifice, la construction, sont un immeuble, mais pas n'importe quel immeuble.
Il s'agit de tout ce qui est construit de la main de l'homme, et construit de façon durable.
L'origine du dommage, il faut, pour que les articles 89 et 90 s'appliquent, que le dommage
résulte bien de la ruine, de l'effondrement, l'écroulement de l'immeuble, c'est-à-dire des
matériaux ruinés.
• Le mécanisme des articles 89 et 90 :
Les articles 89 et 90 du D.O.C. marocain, rendent responsable le seul propriétaire de
l'immeuble.
Il n'est pas question ici de garde ni de gardien. A l'égard de ce propriétaire existe une
présomption de mauvais état de l'immeuble.
En conséquence, le demandeur n'aura à prouver, outre le dommage, que le vice de
construction, ou le défaut d'entretien, moyennant quoi la responsabilité du propriétaire sera
établie.
Il ne pourra s'en dégager que par la preuve de la force majeure ou de la faute de la victime.
26
Toutefois, l'article 769 du DOC 62tient la responsabilité de l'architecte ou l'ingénieur et
l’entrepreneur : Ces derniers sont chargés en cas de vice de construction à faire face à la
responsabilité édictée par l'article 769 du DOC
62
Article 769 du dahir des obligations et des contrats : « L'architecte ou ingénieur, et l'entrepreneur chargés
directement par le maître sont responsables, lorsque, dans les cinq années à partir de l'achèvement de l'édifice
ou autre ouvrage dont ils ont dirigé ou exécuté les travaux, l'ouvrage s'écroule, en tout ou en partie, ou
présente un danger évident de s'écrouler, par défaut des matériaux, par le vice de la construction ou par le vice
du sol. »
27
dommage, non seulement au moment de l'accident, mais dans les instants qui l'avaient
précédé.63
Le fait pour le gardien d'une chose dommageable de n'avoir commis aucune faute ne
signifie pas qu'il a fait tout le nécessaire afin d'éviter le dommage. Ainsi « l'acquittement du
conducteur d'un véhicule par la juridiction répressive devant laquelle il était poursuivi du chef
d'homicide involontaire implique seulement que ce conducteur n'a commis aucune faute mais
n'établit pas qu'il a fait tout ce qui était nécessaire afin d'éviter le dommage. Par suite, manque
de base légale l'arrêt qui se fonde sur ce seul acquittement pour exonérer le gardien du
véhicule de la présomption prévue à l'article 88 du Code des obligations et contrats ». 64
Il faut déduire des deux arrêts précités que la Cour de cassation (ex Cour suprême) apprécie
Avec sévérité la responsabilité du gardien, certainement dans le but de faciliter
l'indemnisation des victimes. La responsabilité du gardien ne peut être écartée que s'il est
établi par des faits précis et positifs que celui-ci avait véritablement pris toutes les précautions
nécessaires afin d'éviter le dommage.
Ainsi, « lorsqu'un accident de la circulation s'est produit au cours d'un dépassement en
troisième position, déclare à bon droit que le conducteur qui effectuait le premier dépassement
a fait tout le nécessaire pour éviter le dommage, la décision qui constate que ce conducteur
circulait à 75 km à l'heure sur une route rectiligne et qu'avant de commencer sa manœuvre il a
actionné son bras de changement de direction et a fait signe de ralentir au conducteur qui le
suivait. ».65
De même, lorsque circulant normalement à leur droite sur leur scooter, des époux ont été
renversés et blessés par un véhicule dont le conducteur fait valoir pour sa défense que
l'apparition en face de lui d'un tiers véhicule qui circulait sur sa gauche l'avait contraint
d'abandonner sa droite, provoquant ainsi l'accident, ce dernier est à bon droit exonéré de la
présomption de responsabilité établi par l'article 88 du DOC. En effet, la Cour de cassation a
considéré que circulant sur sa droite il « ne pouvait prévoir la venue sur ce côté de la route
d'un autre véhicule et que, vu le peu de temps dont il disposait et la rapidité de manœuvre qui
s'imposait, il avait, en obliquant sur sa gauche, pris la seule mesure que les circonstances lui
permettaient ;
[...) d'où il résulte qu'il avait rapporté la double preuve exigée par l'article 88 du Code des
obligations et contrats pour être exonéré de la présomption de responsabilité mise à sa charge
».66
2. L'USAGE DE LA CHOSE PAR LA VICTIME :
Deux situations méritent ici d'être soulevées : il s'agit d'une part des cas où la victime tire
profit de la chose comme dans le cas d'un transport bénévole, et d'autre part, des cas où le
gardien de la chose avait intérêt à ce que celle-ci soit utilisée par la victime.
-Usage de la chose par la victime : La jurisprudence marocaine a évolué en deux étapes
notamment en qui concerne le transport bénévole.
63
Cour suprême, cham.civ.19fev 1963, in www.juricaf.org
64
Cour suprême, chambre civile, 15 juillet 1964, in www.juricaf.org
65
Cour suprême, chambre civile 28 octobre 1958, in www.juricaf.org
66
Par conséquent, l’entière responsabilité du dommage revient au conducteur du véhicule qui roulant à sa
gauche en violation des règles de la circulation. CF. cour suprême, chambre civile, 15 décembre 1964, in
www.juricaf.org
28
Dans un premier temps, les tribunaux avaient décidé que la présomption de faute édictée
par l'article 88 du DOC à l'encontre du gardien d'une chose inanimée se justifie par la
nécessité de garantir les tiers qui n'ont pas participé à l'usage de cette chose contre les dangers
qu'elle peut faire courir, mais qu'elle ne saurait être invoquée par celui qui a accepté de
participer à l'usage de cette chose connaissant les dangers qu'elle pouvait présenter. 67Il s'agit
là d'une application du principe général selon lequel le tiers qui participe gratuitement à
l'usage d'une chose inanimée n'est pas protégé par la présomption de responsabilité pesant sur
le gardien. Certains auteurs ont voulu fonder juridiquement cette règle purement
jurisprudentielle sur l'acceptation des risques par la victime ou sur la renonciation tacite de
cette dernière à invoquer la présomption, mais aucune de ces théories n'est pleinement
satisfaisante et la règle ne se justifie que par l'équité 68.
Mais il faut bien reconnaître qu'une application satisfaisante d'un tel principe nécessite un
système de réparation prévoyante, au risque pour les victimes de se retrouver sans aucun
dédommagement.
Par exemple, lorsqu'un accident de circulation met en cause deux véhicules et qu'aucune
faute n'a pu être établie contre l'un ou l'autre des conducteurs, dans quelles limites le passager
transporté à titre gratuit pourrait-il être dédommagé, et qui devra supporter la réparation de
son préjudice ? Par application du principe ci-dessus évoqué, le transporteur bénévole ne doit
rien avoir à payer, ni directement à la victime, ni par l'effet d'une action récursoire exercée par
le gardien de l'autre véhicule, sauf s'il arrive à prouver une faute contre le transporteur
bénévole69 . Mais reste à savoir si ce gardien doit réparer l'intégralité du préjudice subi par le
passager ou si ce dernier doit en supporter une partie. Dans un arrêt rendu le 16 mars 1960, la
chambre civile de la Cour de cassation avait adopté la première solution, celle qui consiste à
faire reposer la charge de la réparation entièrement et uniquement sur le gardien. Au contraire,
par quelques arrêts récents la Cour de cassation française a opté pour la seconde en ordonnant
un partage de responsabilité.
Dans un deuxième temps, il y aura un revirement de jurisprudence au Maroc, d'abord par
un arrêt de la chambre civile de la Cour de cassation en date du 20 décembre 1967puis 70par
un autre arrêt de la chambre civile toujours du 11 juin 1969 dans lequel la Cour décide « qu'il
s'agisse de transport bénévole ou à titre onéreux, le propriétaire de la voiture demeure
responsable conformément aux dispositions de l'article 88 du DOC tant qu'il n'a pas établi
l'existence d'une cause d'exonération »". 71
En droit marocain, le fait pour la victime d'être transporté à titre bénévole ne dispense pas
le voiturier de la présomption de responsabilité édictée par l'article 88 du DOC ; la généralité
des termes des arrêts sus mentionnés laisse croire que la jurisprudence marocaine ne prévoit
aucune exception à ce principe.
- Lorsque que le gardien tire profit de l'usage que la victime fait de la chose dommageable :
Cependant il n'y a aucune hésitation lorsque le gardien tire profit de l'usage que faisait la
victime de la chose cause du dommage. Dans un arrêt du 20 avril 1960, dont l'autorité n'est
67
C.A de rabat, 17 mars 1923 G.T.T ? 1923, N° 544p,165 par F-P BLANC in DOC annoté, article 88 note 1 ;
68
Sur cette question, voir notamment H. et I, MAZEAUD, Traité de la responsabilité civile, N° 607 et s
69
Cour suprême, chambre civile, 23 février 1965, et cham, civ, 16 mars 1960, arrêts publiés in www.juricaf.org
70
C.S.cham.civ.20 déc. 1967, G.T.M ? mars-avril 1968, p 23 ;
71
C.S CIV, 11/06/1669, JCS 1971 ? N° 22 ? P 18 cité par F-P-BLANC IN DOC annoté, art 88, note 161 ;
29
pas des moindres, puisque rendu par les chambres réunies de la Cour de cassation, il a été
décidé que « la responsabilité du fait des choses, telle qu'elle est définie par l'article 88 du
DOC, peut être invoquée par la victime d'un dommage, bien que celle-ci ait participé à l'usage
de la chose qui en est la cause, lorsqu'il est démontré que le gardien présumé responsable a
tiré profit de l'activité déployée par la victime, et qu'il existait un intérêt commun entre le
propriétaire de la chose d'une part et la victime d'autre part ». 72
3. LA FAUTE DE LA VICTIME :
Selon la tendance générale de la jurisprudence et en vertu de l'article 88 du DOC, la faute
de la victime est de nature à exonérer le gardien, totalement ou partiellement, de la
présomption de responsabilité qui pèse sur lui. En effet, pour la Cour de cassation « l'article
88 du Code des obligations et contrats ne met pas obstacle à un partage de responsabilité entre
la victime dont la faute a concouru à la réalisation du dommage et le gardien de la chose qui
ne démontre pas avoir accompli tout le nécessaire pour éviter l'accident. 73»
Pour que le gardien soit entièrement exonéré, il lui faudra démontrer d'une part que la faute
de la victime est la cause exclusive du dommage et d'autre part qu'il a fait tout ce qui était
nécessaire afin d'éviter le dommage. La faute de la victime présente ce caractère d'exclusivité
lorsqu'elle est déterminante dans la réalisation du dommage, imprévisible et insurmontable
par le gardien. « La faute de la victime, lorsqu'elle ne présente pas les caractères de la force
majeure, exonère partiellement de la présomption mise à sa charge par l'article 88 du Code
des obligations et contrats, le gardien de la chose ayant concouru à la réalisation du dommage,
et entraîne par voie de conséquence un partage de responsabilité entre la victime et le gardien.
Par suite, lorsque deux véhicules sont entrés en collision et que leurs gardiens respectifs se
sont assignés réciproquement en réparation de leur dommage, une Cour d'appel ne peut sans
violer l'article susvisé les condamner chacun à réparer l'intégralité du préjudice subi par
l'autre, dès lors qu'il résulte de ses constatations de fait qu'ils ont tous deux commis une faute.
» 74Encore ne suffit-il pas au gardien de démontrer « la faute de la victime, déterminante et
imprévisible » mais aussi de « prouver néanmoins qu'il a fait tout ce qui était en son pouvoir
pour éviter le dommage ».75
72
Cour suprême, chambres réunies, 20 avril 1960, cité par F-P BLANC in DOC annoté article 88 note 29
www.juricaf.org
73
Cour suprême, chambre civile, 6 décembre1960, 30 nov. 1965 in www.juricaf.org
74
Cour suprême, chambre civile, 30 novembre 1965 in www.juricaf.org
75
C.S. civ.30 juin 1964, R.A.C.A.R. ? tome 22, pp.445-447 ;
30
CONCLUSION :
31
Bibliographie
Ouvrages généraux
• BLANC (F.-P.), Les obligations et les contrats en droit marocain (DOC annoté),
Sochepress, 2001
• EL Kouzbari M., Théorie générale des obligations à la lumière du D. O. C., lère édition,
rédigé en langue arabe ; Casa, 1979.
• John GILISSEN, La responsabilité civile et pénale de l'historien (2e partie), Revue belge de
Philologie et d'Histoire, 1960.
Ouvrages spéciaux
• Abdelaziz EL IDRISSI, cours de droit pénal général, $2, 2020
• André Tunc, Conclusions : La Cour suprême idéale, Revue internationale de droit comparé,
1978.
• André TUNC, Enigmatique maladresse
• EWALD (F.), GARAPON (A.), J. MARTIN (G), MUIR WATT (H), MATET (P),
MOLFESSIS (N.), NUSSEMBAUM (M.), Les limites de la réparation du préjudice, Dalloz,
2009 sous l'égide de la Cour de Cassation (français), du Conseil d'Etat (français), de l'IHEI, de
l'ENSSS et du CHEA
• François Terré, Pour une réforme du droit de la responsabilité civile, Dalloz, 2011
• MAINGUY (D) et RESPAUD (J.-L.), Droit des obligations, ellipses 2008
• Marjorie Brusorio Ailaud, Droit des obligations, 11° édition, 2021
• MOUMMI SAAD, Droit civil, Droit des obligations, EL BADII, édition 2015
• Patrice Jourdain, Les principes de la responsabilité civile, 10e édition
• Philippe Conte, La Responsabilité civile délictuelle, 4e édition, 2015
• Rémi Raher, JONATHAN POUGET, Responsabilité civile, 2021
• Yvaine BUFFELAN-LANORE, Viginie LARRIBAU-TERNEYRE, Droit civil, les
obligations, 15° édition, 2017
Articles et revue
• Aurélien Bamdé, In Droit de la responsabilité, Droit des obligations, Responsabilité
extracontractuelle Posted Oct 19, 201
Thèse
• Thèses - Bibliothèque de droit privé, Vol. 588
Texte juridique
• Dahir du 9 ramadan 1331 formant Code des obligations et des contrats, B.O. 12 septembre
1913
Jurisprudences
• 12éme Ch., sect. 2, BICC n°553 du ler avril 2002
• Arret Bertrand, Civ. 2°, 19 févr. 1997.
• Arrêt de la cour de cassation française, cass.civ. 13 décembre 2002.
• Arrêts de la chambre civile, éd. 2007, publication de la Cour de cassation (ex-Cour
suprême),
• Arrêts Derguini et Lemaire - Ass. plén. 9 mai 1984
32
• Bull. civ. II, n 261, p. 181.
• Cass. civ. 13/03/1957
• Cass. civ., 2°, 19 février 1997, La Semaine Juridique 1997, JCP, Ed G, n°22, p. 247.
• Civ 2ème., 28 février 1996
• Civ, 2°, 15 avr. 1961, Bull. civ. II, n 202
• Civ, 29,3 mars 1998, Bull, civ. II, n 58
• Civ. 1,28 janv. 2010; Civ. 1°, 3 juin 2010, D. 2010. 1522, note P. Sargos.
• Civ. 12 oct. 1995. 301, note Rodière ; Crim. 18juin.
• Civ. 1°, 12 nov. 1999, Bull. Civ. I, N 291.
• Civ. 1°, 15 déc. 1999, Bull. civ. I, n 351
• Civ. 27 févr. 1951, Brandly c/ Turpain, D. 1951. 329, note Desbois
• Civ. 2° ; 5 juill. 2001, JCP 2002.
• Civ. 2°, 13 déc. 2001, D. 2002.
• Civ. 2°, 18 mai 2000, Gaz. Pal. 21-23 avr. 2002, et la note.
• Civ. 2°, 18 mai 2000.
• Civ. 3°,24 oct. 1990, Bull. civ. III, n 105
• Crim. 6 janv. 1963, S. 1964. 1. 9, note Blanc
• Crim. 7 nov. 1968, D. 1969. Somm. 34.
• Crim. 8 déc. 2004.
• La jurisprudence de la Cour de cassation française concernant les arrêts de la Cour d'appel
de Rabat, tomes Il et IV, publication de la Cour de cassation (ex-Cour suprême),
• V. Civ, 2°, 25 janv. 1989, Bull. civ. II, n22, p. 10
• V. Civ. 2°, 10 mai 2001, cité au n 1178.
Webographie
https://jurismaroc.vraiforum.com/t559-Les-fondements-La-responsabilite-civile-delictuelle-
DOC.htm
https://www.dictionnaire-juridique.com/definition/force-majeure.php
33
Table des matières
Partie I : La responsabilité du fait personnel………………………………………….........................6
CHAPITRE1 : Les fondements de la responsabilité du fait personnel ..................................................... 6
Section 1 : la faute comme acte illicite imputable à son auteur : ....................................................... 7
1. Un acte matériel dommageable : ................................................................................................ 7
2. Un acte illicite .............................................................................................................................. 8
3. Un acte volontaire imputabilité à son auteur ........................................................................... 10
Section 2 : les différentes sortes de fautes ...................................................................................... 10
Chapitre 2 : les exonérations de la responsabilité du fait personnel .................................................... 12
Section 1 : la notion de force majeur .............................................................................................. 12
Section 2 : la faute de la victime ....................................................................................................... 13
Section 3 : La responsabilité des personnes morales........................................................................ 14
PARTIE II: la responsabilité du fait d'autrui et la responsabilité du fait de la chose………………………………16
CHAPITRE 1 : la responsabilité du fait d'autrui ..................................................................................... 16
Section 1 : La responsabilité des père et mère du fait de leurs enfants mineurs ................................. 17
Section 2 : la responsabilité des artisans du fait de leurs apprentis ..................................................... 18
Section 3 : la responsabilité des instituteurs......................................................................................... 19
chapitre 2 : Conditions de mise en œuvre de la responsabilité du fait des choses .............................. 22
Section 1 : Les principaux cas de responsabilité du fait des choses :.................................................... 24
Section 2 : Les conditions d'exonération de la responsabilité du fait des choses : .............................. 27
Conclusion ……………………………………………………………………………………………………………………………………….31
34