Avertissement
Les calculatrices et documents sont interdits. La qualité de la rédaction sera un facteur important
d’appréciation des copies. On invite donc le candidat à produire des raisonnements clairs, complets
et concis. Le candidat peut utiliser les résultats énoncés dans les questions ou parties précédentes; il
veillera toutefois à préciser la référence du résultat utilisé.
Ce problème est consacré à l’étude de propriétés spectrales d’une classe d’opérateurs compacts,
dont on rappelle plus bas la définition, jouissant de certaines propriétés de positivité. Cette étude est
illustrée à travers des exemples en dimension finie (partie 1) et sur des espaces de fonctions (partie 3)
ou de suites (partie 6).
Les différentes parties du problème peuvent être traitées de façon indépendante. La partie 1 permet
de se familiariser avec le sujet en se restreignant au cadre matriciel. La partie 4 démontre un théorème
de point fixe (Théorème 2) qui est exploité dans la partie 5. La partie 6 repose en partie sur des notions
évoquées dans les parties 2 et 5 ; elle peut encore être abordée indépendamment, quitte à faire une
référence claire et précise aux résultats des parties précédentes.
Le sigle signale l’introduction dans le texte d’une définition, d’une notation, d’une hypothèse ou
d’un rappel.
Notations et définitions
• Les espaces vectoriels considérés dans le texte sont définis sur R ou sur C.
• Soit n ∈ N \ {0}. On note Mn (R) l’ensemble des matrices carrées de taille n × n à coefficients
réels. Pour A ∈ Mn (R) on note AT la matrice transposée.
• Pour deux vecteurs a et b de Rn (resp. Cn ), on note (a|b) = nj=1 aj bj (resp. (a|b) = nj=1 aj bj ).
P P
• En désignant par I ou bien l’ensemble des entiers naturels N ou bien l’ensemble des entiers
relatifs Z, on note
n X o
`2 (I) = un n∈I tel que un ∈ C et |un |2 < ∞ .
n∈I
sX
On rappelle que `2 (I) muni de |un |2 est un espace de Hilbert.
un n∈I 2
=
n∈I
• Dans un espace vectoriel normé (E, k · k), on note B(x, r) la boule fermée de centre x ∈ E de
rayon r > 0 : B(x, r) = {y ∈ E tel que kx − yk ≤ r} et B̊(x, r) = {y ∈ E tel que kx − yk < r}
la boule ouverte correspondante.
• Soit C une partie d’un espace vectoriel normé E. On désigne par C l’adhérence
de cet ensemble
et par C̊ son intérieur. Si C 6= Ø, pour x ∈ E on note d(x, C) = inf kx − ck, c ∈ C .
• Soit E et F deux espaces de Banach. On désigne par L(E, F ) l’ensemble des applications
linéaires et continues (ou opérateurs) de E dans F . Pour A ∈ L(E, F ) on note Ker(A) = {x ∈
2
E tel que Ax = 0} et Im(A) = {Ax ∈ F, x ∈ E}. Lorsque F = C, on note E 0 = L(E, C)
l’espace des formes linéaires continues sur E. Lorsque F = E, on écrit simplement L(E) et 1
désigne l’opérateur identité ; on rappelle que L(E) est une algèbre de Banach pour la norme
kAkL(E) = sup kAxk, x ∈ B(0, 1) .
En plusieurs occasions, l’énoncé fait appel à la définition suivante.
Définition 1. Soient E et F deux espaces vectoriels normés. On dit qu’une application (linéaire ou
non) f : A ⊂ E → F est compacte si pour tout ensemble borné B ⊂ A, f (B) est un compact de F .
Autrement dit, de toute suite xn n∈N bornée dans A on peut extraire une sous-suite xnk k∈N telle
que f (xnk ) k∈N converge dans F .
1 Dimension finie
Les questions qui suivent ont pour objet de démontrer le
Théorème 1. Soit A ∈ Mn (R) une matrice à coefficients ak,j positifs. On suppose de plus que pour
tout x ∈ Rn \ {0} à coordonnées positives, le vecteur Ax est à coordonnées strictement positives. Alors
i) le rayon spectral ρ := sup |λ| où λ ∈ C est valeur propre de A est valeur propre simple de A,
ii) il existe un vecteur propre v de A associé à la valeur propre ρ dont les coordonnées sont stricte-
ment positives,
iii) toute autre valeur propre λ de A vérifie |λ| < ρ,
iv) de même il existe un vecteur propre φ de AT associé à la valeur propre ρ dont les coordonnées
sont strictement positives.
1. (1) Soit (w1 , ..., wn ) ∈ Cn tel que |w1 + ... + wn | = |w1 | + ... + |wn |. Montrer que pour j, ` dans
{1, ..., n} distincts, on a Re(wj w` ) = |wj | |w` |. En déduire qu’il existe θ ∈ [0, 2π[ tel que pour tout
j ∈ {1, ..., n} on a wj = eiθ |wj |.
Jusqu’à la fin de cette partie A ∈ Mn (R) est une matrice qui vérifie les hypothèses du théorème 1.
On note aussi A l’opérateur de Cn associé.
1. (2) Montrer que les coefficients de A sont strictement positifs.
1. (3) Pour z = zj 1≤j≤n ∈ Cn , on note |z| le vecteur de coordonnées |zj | 1≤j≤n . Montrer que
A|z| = |Az| si et seulement si il existe θ ∈ [0, 2π[ tel que zj = eiθ |zj | pour tout j ∈ {1, ..., n}.
1. (4) On introduit l’ensemble C = x = xj 1≤j≤n ∈ Rn tel que xj ≥ 0 pour tout j ∈ {1, ..., n} .
Soit x ∈ C ; en notant e le vecteur de Rn dont toutes les coordonnées valent 1, montrer que
n
X
0 ≤ (Ax|e) ≤ (x|e) max ak,j .
j∈{1,...,n}
k=1
3 Tournez la page S.V.P.
1. (5) On pose E = {t ≥ 0 tel qu’il existe x ∈ C \ {0} vérifiant Ax − tx ∈ C}. Montrer que E est un
intervalle non réduit à {0}, fermé et borné.
1. (6) On pose ρ = max E > 0. Montrer que si x ∈ C \ {0} vérifie Ax − ρx ∈ C alors on a en
fait Ax = ρx. (On pourra observer que si y = Ax − ρx 6= 0 alors on peut exhiber > 0 tel que
Ay − Ax ∈ C.) En déduire que ρ est valeur propre de A et qu’il existe, pour cette valeur propre, un
vecteur propre v à coordonnées strictement positives.
1. (7) Soit z ∈ Cn ; à l’aide de la question 1.(3), montrer que si Az = ρz et (z|v) = 0 alors z = 0. En
déduire que Ker(A − ρ1) = Vect{v} et que toute autre valeur propre λ ∈ C de A vérifie |λ| < ρ.
1. (8) Montrer que tout vecteur propre de A à coordonnées positives est proportionnel à v. (On
pourra exploiter le fait que AT admet un vecteur propre à coordonnées strictement positives associé à
la valeur propre ρ.)
Le théorème 1 peut être exploité pour étudier le comportement asymptotique de certains systèmes
différentiels linéaires. Soit A ∈ Mn (R) une matrice vérifiant les hypothèses du théorème 1. Il existe
donc un couple (v, φ) ∈ Rn × Rn tel que les coordonnées de v et φ sont strictement positives, et
vérifiant (v|φ) = 1, Av = ρv et AT φ = ρφ, où ρ est le rayon spectral de A. On considère le problème
de Cauchy
d
y = Ay, y(0) = yInit ∈ Rn . (1)
dt
1. (9) Soit yInit ∈ Rn un vecteur à coordonnées positives. Justifier que (1) admet une unique solution
t 7→ y(t) ∈ Rn définie sur R, et que pour tout t ≥ 0, les coordonnées yj (t) 1≤j≤n de y(t) sont
positives.
1. (10) Montrer que (y(t)|φ) e−ρt = (yInit |φ) pour tout t ∈ R.
1. (11) En déduire que pour tout j ∈ {1, ..., n}, la fonction t 7→ e−ρt yj (t) est bornée sur [0, +∞[.
1. (12) On rappelle que la décomposition de Dunford permet d’écrire A = D + N , avec D diagonalis-
able sur C, N nilpotente et DN = N D. En notant σ(A) l’ensemble des valeurs propres complexes de
A, en déduire que, pour tout j ∈ {1, ..., n}, il existe des fonctions polynomiales {t 7→ Pλ,j (t), λ ∈ σ(A)}
telles que X
yj (t) = Pλ,j (t)eλt .
λ∈σ(A)
1. (13) Établir que pour tout j ∈ {1, ..., n}, la fonction polynomiale t 7→ Pρ,j (t) est constante.
1. (14) En déduire finalement que e−ρt y(t) admet une limite quand t → +∞ qu’on exprimera en
fonction de yInit , φ et v.
4
2 Quelques éléments d’analyse spectrale
Soit E un espace de Banach complexe non réduit à {0}. On admet que E 0 6= {0}. Pour T ∈ L(E), on
introduit l’ensemble Res(T ) des éléments λ ∈ C tels que (λ1 − T ) est une bijection de E dans E et
Rλ (T ) = (λ1 − T )−1 ∈ L(E).
On définit σ(T ) le spectre de T par σ(T ) = C \ Res(T ). En particulier si λ est une valeur propre de
T on a Ker(λ1 − T ) 6= {0} et donc λ ∈ σ(T ) (mais σ(T ) peut contenir des éléments qui ne sont pas
valeurs propres).
P∞
2. (1) On suppose que kT kL(E) < 1. Montrer que dans ce cas 1 ∈ Res(T ) et que (1−T )−1 = k=0 T
k.
2. (2) Montrer que si |λ| > kT kL(E) alors λ ∈ Res(T ) et que de plus on a
lim kRλ (T )kL(E) = 0.
|λ|→∞
2. (3) Établir que Res(T ) est un ouvert de C et que pour tout x ∈ E et ` ∈ E 0 , l’application
Φ : λ 7→ ` Rλ (T )x est développable en série entière au voisinage de tout point λ0 ∈ Res(T ).
2. (4) En déduire que, pour tout T ∈ L(E), σ(T ) est un ensemble compact non-vide. (On rappelle
qu’une fonction de C dans C holomorphe et bornée sur C est constante.)
À partir de maintenant et jusqu’à la fin de cette partie, on suppose que E est de dimension infinie
et T ∈ L(E) est un opérateur compact.
2. (5) Soit M 6= E un sous-espace fermé. Justifierqu’il existe u ∈ E tel que kuk = 1 et d(u, M ) ≥ 21 .
En déduire que l’on peut construire une suite xn n∈N de vecteurs de E telle que pour tout n ∈ N,
kxn k = 1 et kxn − xm k ≥ 12 lorsque n 6= m.
2. (6) Montrer que 0 ∈ σ(T ) et que pour toute valeur propre λ 6= 0 de T , Ker(λ1−T ) est de dimension
finie.
2. (7) Soit λ ∈ C \ {0} tel que λ1 − T est injectif.
i) En raisonnant par l’absurde, montrer qu’il existe α > 0 tel que pour tout x ∈ E, k(λ1 − T )xk ≥
αkxk. En déduire que pour tout fermé F ⊂ E, l’ensemble (λ1 − T )(F) est fermé.
n+1 ⊂
ii) On suppose que Im(λ1 − T ) 6
= E. Montrer alors que pour tout n ∈ N, on a Im (λ1 − T )
Im (λ1 − T )n , l’inclusion étant stricte.
iii) En déduire qu’alors il existerait une suite de vecteurs xn n∈N telle que : kxn k = 1, xn ∈
Im (λ1 − T )n et d(xn , Im (λ1 − T )n+1 ) ≥ 21 .
iv) Conclure que (λ1 − T ) est surjectif, puis que le spectre de T n’est composé que de 0 et
d’éventuelles valeurs propres de T .
5 Tournez la page S.V.P.
3 Exemple et contre-exemple sur un espace de fonctions
Pour traiter cette partie, on pourra utiliser, sans justification supplémentaire, l’énoncé suivant.
Théorème (Théorème d’Arzela-Ascoli). Soit I un intervalle fermé et borné de R. Soit F un ensemble
de fonctions continues sur I à valeurs dans C. On suppose que
i) F est uniformément borné c’est-à-dire qu’il existe M > 0 tel que pour tout f ∈ F et tout x ∈ I
on a |f (x)| ≤ M .
ii) F est équi-continu c’est-à-dire que pour tout > 0 il existe η > 0 tel que si x ∈ I, y ∈ I vérifient
|x − y| ≤ η alors pour tout f ∈ F on |f (x) − f (y)| ≤ .
Alors F est compact dans l’ensemble des fonctions continues C 0 (I) muni de la norme de la convergence
uniforme k · k∞ .
3. (1) Sur l’ensemble C 0 ([0, 1]) des fonctions continues sur [0, 1] à Rvaleurs complexes, muni de la norme
x
k · k∞ , on considère l’application linéaire I définie par I[f ](x) = 0 f (t) dt, pour x ∈ [0, 1].
i) Montrer que I est une application continue, compacte et telle que I[f ] ≥ 0 lorsque f est à
valeurs réelles avec f (x) ≥ 0 pour tout x ∈ [0, 1].
ii) Montrer cependant que I n’admet pas de valeur propre.
0 l’espace des fonctions continues sur R et 1−périodiques
À partir de maintenant on désigne par C#
à valeurs complexes, qu’on munit de la norme k · k∞ . À une fonction f ∈ C# 0 on associe la suite des
coefficients de Fourier Z 1
2
fb(n) = e−2iπnx f (x) dx, n ∈ Z.
− 12
0 et x ∈ R, on pose
Soit a > 0. Pour f ∈ C#
X e2iπnx b
T [f ](x) = f (n).
a2 + 4π 2 n2
n∈Z
0 ).
3. (2) Montrer que f 7→ T [f ] définit un opérateur T ∈ L(C#
3. (3) Établir que pour tout x ∈ R on a
Z 1
2
T [f ](x) = k(x − y) f (y) dy,
− 12
où, J étant une constante positive qu’on déterminera, la fonction k est définie sur [− 12 , 12 ] par k(x) =
1 −a|x| + Jch(ax) et est prolongée sur R par 1−périodicité.
2a e
3. (4) En déduire que T est un opérateur fortement positif au sens où si f ∈ C# 0 , non identiquement
nulle, vérifie f (x) ≥ 0 pour tout x ∈ [0, 1], alors T [f ](x) > 0 pour tout x ∈ [0, 1].
6
0 ) est un opérateur compact.
3. (5) Montrer que T ∈ L(C#
3. (6) Soit λ ∈ C ; montrer que si f ∈ C# 0 \ {0} vérifie T [f ](x) = λf (x) pour tout x ∈ R alors il
existe n ∈ Z tel que λ = b k(n). Montrer que b k(0) = 1/a2 est l’unique valeur propre de T de module
maximal, caractériser l’espace propre associé et calculer kT kL(C 0 ) .
#
Z 1
2
n o
0
3. (7) On pose V = g ∈ C# tel que g(t) dt = 0 . Montrer que V est un sous-espace fermé de
− 12
0
C# tel que T [V ] ⊂ V .
0 n’appartenant pas à V et x ∈ R, T n [f ](x) est équivalent à
3. (8) Montrer que pour tout f ∈ C#
1 b
a2n f (0) quand n → +∞.
4 Un théorème de point fixe
Cette partie vise à étendre au contexte de la dimension infinie l’énoncé suivant qui pourra être exploité
sans démonstration.
Théorème (Théorème de Brouwer). Soit F un espace vectoriel normé de dimension finie. Soit C ⊂ F
un ensemble convexe, fermé, borné et non–vide. Soit f : C → C une application continue. Alors f
admet un point fixe dans C.
4. (1) Dans `2 (N) muni de . 2 , on considère l’application suivante
f : B(0, 1) ⊂ `2 (N) −→ `2 (N) q
2
x = xn n∈N 7−→ f (x) = ( 1 − x 2 , x0 , x1 , x2 , ...).
Montrer que f est continue, à valeurs dans la sphère unité de `2 (N) mais que f n’admet pas de point
fixe.
4. (2) Soit E un espace vectoriel normé, B un fermé borné et non vide de E et f : B → E une
application (éventuellement non linéaire) compacte.
i) Soit n ∈ N \ {0}. S
On peut donc recouvrir f (B) par un nombre fini Nn ∈ N \ {0} de boules de
rayon n1 ; f (B) ⊂ N 1
i=1 B̊(yi , n ) avec yi ∈ f (B) pour tout i. Pour y ∈ E, on pose
n
1
n − ky − yi k si y ∈ B(yi , n1 ),
ψi (y) =
0 sinon.
N
Pn
Montrer que Ψ : y ∈ f (B) 7→ ψi (y) est continue et qu’il existe δ > 0 tel que pour tout
i=1
y ∈ f (B) on a Ψ(y) ≥ δ.
ii) On introduit l’application fn : B → E définie par
Nn
X Nn
−1 X
fn (x) = ψj (f (x)) ψi (f (x)) yi .
i=1 i=1
Montrer que pour tout x ∈ B on a kf (x) − fn (x)k ≤ n1 .
7 Tournez la page S.V.P.
4. (3) Cette question vise à établir le théorème de point fixe suivant
Théorème 2. Soit B un convexe non-vide, fermé et borné dans un espace vectoriel normé E. Soit
f : B → B une application continue et compacte. Alors f admet un point fixe dans B.
i) En utilisant les notations de la question précédente, montrer que pour tout n ∈ N \ {0} il existe
xn ∈ B tel que fn (xn ) = xn .
ii) En déduire l’existence d’un point fixe de f dans B.
5 Application en théorie spectrale
Cette partie va utiliser les définitions suivantes.
Définition 2. Soit E un espace de Banach réel. On dit que C ⊂ E est un cône dans E si
• C est un ensemble fermé contenant 0,
• Pour u, v dans C et α, β réels positifs on a αu + βv ∈ C,
• Si u ∈ C et (−u) ∈ C alors u = 0.
Définition 3. Soit C un cône dans un espace de Banach E. On peut définir une relation d’ordre sur
E en posant
u ≥ v si et seulement si u − v ∈ C.
On dit alors qu’un opérateur T ∈ L(E) est positif si pour tout u ∈ C on a T (u) ∈ C. Si de plus C
est d’intérieur C˚ non vide, on dit que T ∈ L(E) est fortement positif si pour tout u ∈ C \ {0} on a
˚
T (u) ∈ C.
5. (1) Soient a et b deux réels, a < b. Dans l’espace C 0 ([a, b]; R) muni de la norme de la convergence
uniforme, montrer que l’ensemble des fonctions à valeurs positives ou nulles est un cône C d’intérieur
C˚ = f ∈ C 0 ([a, b]; R) tel que pour tout x ∈ [a, b], f (x) > 0 .
Les questions suivantes ont pour objectif, en exploitant le théorème 2, de démontrer l’énoncé
suivant, ”analogue“ en dimension infinie du théorème 1.
Théorème 3. Soit C un cône d’intérieur C˚ non vide dans un espace de Banach réel E 6= {0}. Soit
T ∈ L(E) un opérateur compact et fortement positif. Alors
i) ρ := sup |ρ0 | où ρ0 ∈ R est valeur propre de T est valeur propre de T ,
ii) il existe un unique φ ∈ C˚ de norme 1 tel que T φ = ρφ,
iii) le sous-espace propre associé est de dimension 1: dim Ker(T − ρ1) = 1,
iv) si ρ0 ∈ R est une autre valeur propre de T alors on a |ρ0 | < ρ.
8
˚
Existence d’un vecteur propre dans C.
On fixe un élément x ∈ C \ {0}.
5. (2) Montrer qu’il existe ω > 0 tel que ωT x ≥ x.
Sans perte de généralité on supposera à partir de maintenant que ω = 1.
5. (3) Soit > 0. Supposons qu’il existe M ≥ 0 et y ∈ C tels que y = M T (y + x). Établir que pour
tout entier n ≥ 1 on a y ≥ M n x. En déduire que M ≤ 1.
5. (4) Soit > 0 et R > 0. On pose
1
C = y ∈ C tel que y ≥ x, kyk ≤ R , T : y ∈ C 7→ T (y) = T (y + kykx).
kyk
i) Montrer que C est un convexe fermé, borné ne contenant pas 0.
ii) Montrer que pour R suffisamment grand, C est non-vide et T est une application de C dans C
continue et compacte.
On suppose dorénavant que R satisfait cette condition.
iii) En déduire l’existence de y ∈ C vérifiant y = T (y ). On pose M = 1/ky k et z = y /ky k de
sorte que z = M T (z + x). Montrer que 0 ≤ M ≤ 1.
iv) Montrer qu’il existe une suite n n∈N de réels strictement positifs tendant vers 0 telle que
Mn n∈N converge vers λ ∈]0, 1] et zn n∈N converge vers z ∈ C˚ vérifiant z = λT z et kzk = 1.
Unicité.
Jusqu’à la fin de la partie λ et z sont ceux définis en 5.(4)-iv).
5. (5) On suppose qu’il existe z 0 ∈ C˚ et µ > 0 tels que z 0 = µT z 0 . Soit A = {s ≥ 0 tel que z −sz 0 ∈ C}.
i) Montrer que A est un intervalle fermé, borné, non réduit à {0}.
ii) En déduire que µ = λ.
5. (6) Soit ν ∈ R et z 0 ∈ E tels que z 0 ∈
/ C ∪ (−C) et z 0 = νT z 0 . En considérant les ensembles
B+ = {s ≥ 0 tel que z + sz 0 ∈ C} et B− = {s ≥ 0 tel que z − sz 0 ∈ C} montrer que λ < |ν| et que
Ker(λT − 1) = Vect{z}.
9 Tournez la page S.V.P.
6 Un exemple sur un espace de suites
Soit H un espace de Hilbert complexe dont on note h·, ·i le produit scalaire (linéaire en la seconde
variable) ; on rappelle le
Théorème (Théorème de représentation de Riesz). Pour toute forme linéaire continue λ sur H, il
existe un unique xλ ∈ H tel que λ(y) = hxλ , yi pour tout y ∈ H.
∈ `2 (Z) ; pour p ∈ N \ {0}, on définit x(p) ∈ `2 (Z) par : ∀n ∈ Z, si
6. (1) Soit x = xn n∈Z
(p) (p)
xp = − p1 . Évaluer x − x(p) 2 . En déduire que dans `2 (Z), . 2 , l’ensemble des
n 6= p, xn = xn et
suites à termes réels positifs ou nuls est un cône d’intérieur vide.
Soit κn n∈Z une suite de réels positifs telle que limn→±∞ κn = +∞. On désigne par hκ l’espace
des suites complexes u = un n∈Z telles que
2 X
N (u) = (1 + κn )|un |2 < ∞.
n∈Z
6. (2) Montrer que (hκ , N ) est un espace de Hilbert.
6. (3) Soit µ > 0 ; on pose, pour u = (un )n∈Z ∈ hκ et v = (vn )n∈Z ∈ hκ :
X
a(u, v) = (µ + κn )un vn + (un+1 − un )(vn+1 − vn ) .
n∈Z
Montrer que cette quantité est bien définie, et qu’il existe deux constantes α, β strictement positives
telles que
∀u ∈ hκ , αN (u)2 ≤ a(u, u) ≤ βN (u)2 .
Justifier que hκ muni du produit scalaire a est encore un espace de Hilbert.
6. (4) On se donne f = fn n∈Z ∈ `2 (Z). Montrer que u = (un )n∈Z ∈ hκ vérifie
∀n ∈ Z, µun + κn un − (un+1 − 2un + un−1 ) = fn (2)
si et seulement si X
pour tout v = (vn )n∈Z ∈ hκ , a(u, v) = fn vn . (3)
n∈Z
Prouver alors l’existence et l’unicité de u ∈ hκ solution de (2).
6. (5) Soit (u(p) )p∈N une suite d’éléments de hκ , bornée dans hκ , N ; il existe donc M ≥ 0 tel que
pour tout p ∈ N, N (u(p) ) ≤ M. Montrer qu’on peut en extraire une sous-suite u(pk ) k∈N convergente
dans `2 (Z), . 2 . En déduire que l’application S : f 7→ u, avec u ∈ hκ solution de (2), définit un
opérateur compact appartenant à L `2 (Z) .
6. (6) Montrer que si (fn )n∈Z est à valeurs réelles, alors u = (un )n∈Z avec u ∈ hκ solution de (2) est
aussi à valeurs réelles. En utilisant (3) avec vn = min(0, un ), établir que S est un opérateur positif au
sens où si fn ≥ 0 pour tout n ∈ Z, alors un ≥ 0 pour tout n ∈ Z.
10
6. (7) Montrer que S est un opérateur fortement positif au sens où si fn ≥ 0 pour tout n ∈ Z et s’il
existe n0 ∈ Z tel que fn0 > 0 alors un > 0 pour tout n ∈ Z.
= 1 . On considère une suite u(p)
6. (8) On note m = inf a(u, u), u ∈ hκ , u 2
d’éléments de hκ
p∈N
(p) (p)
u(p) = 1. Montrer qu’il existe une sous-suite u(pk ) k∈N
telle que lim a(u , u ) = m et ∀p ∈ N, 2
p→+∞
de u p∈N qui converge dans ` (Z), . 2 vers un élément u(∞) de hκ tel que a(u(∞) , u(∞) ) = m et
(p) 2
u(∞) 2
= 1.
2
6. (9) En exploitant la relation a(u(∞) + tv, u(∞) + tv) ≥ m u(∞) + tv 2
pour tout v ∈ hκ et pour
1 (∞)
tout t ∈ R, montrer que Su(∞) = m u .
1
6. (10) Soit λ ∈ σ(S). Montrer que 0 ≤ λ ≤ m.
1
6. (11) Montrer que l’espace propre de S associé à la valeur propre m est une droite vectorielle
engendrée par une suite dont les composantes sont
strictement positives. (Si v appartient à ce sous-
espace, on pourra introduire la suite |v| = |vn | n∈Z .)
11