VALEURS ASPECTUELLES DU PRESENT DE
L’INDICATIF DANS LA TRIADE DE SANG DE
DRAMANE KONATE
VOL 3 N ° 7 / Avril 2024
Bernadin KOUMA
Université Joseph KI-ZERBO, Ouagadougou, Burkina Faso
koumabernadin71@[Link]
Roselyne COMPAORÉ
Université Joseph KI-ZERBO, Ouagadougou, Burkina Faso
roselynecompaore38@[Link]
Résumé :
Cet article traite des valeurs aspectuelles du présent de l’indicatif dans La
Triade de sang du Burkinabè Dramane Konaté. Les valeurs aspectuelles du
présent sont soit intrinsèques au sémantisme du verbe (l’aspect lexical), soit
données par l’environnement phrastique (aspect grammatical). Toutefois, le
sémantisme du verbe ainsi que sa construction grammaticale sont autant
d’indices qui permettent d’apprécier les valeurs aspectuelles des temps
verbaux. De l’analyse de la nouvelle, il en ressort que les présents de
l’indicatif employés par l’écrivain expriment deux types de valeurs
aspectuelles. Les premiers sont d’ordre grammatical et les seconds relèvent
de la sémantique lexicale. L’objectif de cette réflexion vise à appréhender les
valeurs aspectuelles du présent de l’indicatif dans La Triade de sang du
Burkinabè Dramane Konaté. Nous partons de l’hypothèse que les valeurs
aspectuelles grammaticales et la sémantique lexicale du présent sont les deux
valeurs qui permettent à Dramane Konaté de présenter avec précision les
réalités tristes du terrorisme dans La Triade de sang. En nous appuyant sur
la grammaire énonciative, il ressort que l’auteur s’insurge contre les actes
ISBN : 978-2-493659-12- 5
cruels dans le recueil de nouvelles.
Mots clés : Valeurs aspectuelles, présent de l’indicatif, sémantique lexicale
Abstract :
This article deals with the aspectual values of the present tense of the in La
Triade de sang by Burkinabè Dramane Konaté. The aspectual values of the
present tense are either intrinsic to the semantics of the verb (the lexical
aspect) or given by the phrastic environment (grammatical aspect). However,
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the semanticism of the verb as well as its grammatical construction are all
clues that allow us to appreciate the aspectual values of verb tenses. From
the analysis of the short story, it emerges that the present tenses of the
indicative used by the writer express two types of aspectual values. The
former are grammatical and the latter are lexical semantics. The objective of
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this reflection is to understand the aspectual values of the present indicative
in La Triade de sang by Burkinabè Dramane Konaté. We start from the
hypothesis that grammatical aspectual values and the lexical semantics of the
present tense are the two values that allow Dramane Konaté to accurately
present the sad realities of terrorism in La Triade de sang. Based on the
enunciative grammar, it appears that the author protests against cruel acts
in the collection of short stories.
Keywords : Aspectual values, indicative present, lexical semantics
Introduction
Avec la grammaire traditionnelle, les études portant sur le verbe
se sont le plus souvent limitées au temps, et l’on ne s’intéresse
qu’aux différentes formes que prend le verbe selon le temps, le
mode, et la personne auxquels ce verbe est conjugué. Mais à
présent, la grammaire dite moderne mentionne dans l’étude des
temps verbaux ce qu’on appelle l’aspect.
Pour mieux appréhender la notion de l’aspect, il convient de
définir celle du temps. Ainsi dans la grammaire française, le
concept de temps est-il très ambigu. Il peut désigner aussi bien
le temps chronologique ou temps vécu que les formes de
conjugaison du verbe ou le temps grammatical. Certaines
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langues distinguent ces deux principaux types de temps par deux
termes distincts. Le temps chronologique qui désigne la date,
l’époque ou la durée, est appelé en anglais « time » et le temps
grammatical qui désigne le temps des verbes est appelé
« tense ». En français, nous n’avons qu’un seul mot pour dire
tout cela, ce qui n’est pas sans entrainer des confusions. Cette
pensée d’É. Benveniste (1996, p. 69) confirme cette ambiguïté
en ces mots : « Des formes linguistiques révélatrices de
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l’expérience subjective, aucune n’est aussi riche que celles qui
expriment le temps, aucune n’est aussi difficile à explorer. »
Dans le mode indicatif, la plupart des temps sont ceux du passé.
Il s’agit du passé composé, de l’imparfait, du passé simple, du
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plus-que-parfait, du passé antérieur et du conditionnel passé. Il
existe donc diverses manières d’exprimer le passé. La notion
d’aspect contribue en ce sens à éclairer cette ambiguïté. L’aspect
recouvre une opposition (accompli/inaccompli,
perfectif/imperfectif, sécant/non sécant…). En fait, l’aspect du
verbe, c’est la façon dont l’action est envisagée : Quelle durée a-
t-elle ? Est-on au début de cette action ou à la fin ? Cette action
est-elle achevée ou non ? Se répète-t-elle ? Quelles sont les
bornes de son déroulement ?
Et C. Cherdon (1992, p. 70) d’adjoindre en ces mots : « L’aspect
précise comment le déroulement d’un fait est présenté par
l’émetteur. Quelle que soit l’époque, un événement se fait, va se
faire ou s’est fait. » Pour lui, l’aspect indique les différentes
phases du déroulement du procès. Quant à D. Leeman-Bouix
(1994, p. 50), elle le définit comme la « saisie du procès en tant
qu’il occupe un espace temporel qui lui est inhérent ».
Notre étude porte sur les valeurs aspectuelles du présent de
l’indicatif dans La Triade de sang du Burkinabè Dramane
Konaté. Ce recueil est composé de trois nouvelles : Bouktou,
L’Avenue panafricaine et Las Basmas. Chacune de ces
nouvelles retrace des scènes d’attaques terroristes. Cette œuvre
s’inspire de la réalité terrifiante des menaces terroristes qui
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endeuillent régulièrement plusieurs familles en Afrique en
général et le Burkina Faso en particulier. L’objectif de cette
réflexion est d’appréhender les valeurs aspectuelles du présent
de l’indicatif dans le recueil de nouvelles La Triade de sang du
Burkinabè Dramane Konaté. Nous partons de l’hypothèse que
les valeurs aspectuelles grammaticales et la sémantique lexicale
du présent sont les deux valeurs qui permettent à Dramane
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Konaté de présenter avec précision les réalités tristes du
terrorisme dans La Triade de sang.
L’outil d’analyse à laquelle nous recourons dans cette étude est
la grammaire énonciative. La grammaire énonciative peut se
définir comme une grammaire qui ne se contente pas d’analyser
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la structure grammaticale de la phrase, mais qui explore
également les intentions, le contexte et la situation dans laquelle
l’énoncé est produit. En d’autres termes, c’est une grammaire
qui prend en compte la situation d’énonciation. « Tout énoncé,
avant d’être ce fragment de langue naturelle que le linguiste
s’efforce d’analyser est le produit d’un événement unique, son
énonciation, qui suppose un énonciateur, un destinateur, un
moment et un lieu particulier. Cet ensemble d’éléments définit
la situation d’énonciation. », écrit D. Maingueneau (2001, p. 1).
Cette réflexion s’organise autour de deux parties. La première se
consacre à l’analyse des valeurs aspectuelles grammaticales du
présent de l’indicatif. Quant à la seconde, elle examine la
sémantique lexicale du présent dans le recueil de nouvelles de
Dramane Konaté.
1. Les valeurs aspectuelles grammaticales du présent de
l’indicatif
Le présent est comme un temps verbal qui sépare le passé du
futur. Il est à cheval sur le passé qui vient de s’écouler et le futur
qui s’amorce. À cet effet, pour G. Guillaume et alii (1987, p.
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336), le présent a « un pied dans le futur, un pied dans le passé ».
Et C. Baylon et P. Fabre (1995, p. 108) de renchérir en ces
termes : « Définir la notion de présent n’est pas chose facile :
l’expression « moment de la parole », dont on se sert
généralement, reste approximation commode, mais un peu
lâche, dans la mesure où ce moment, difficile à délimiter, nous
fuit sans cesse. »
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De façon théorique, le présent est défini comme une forme
verbale « au moyen de laquelle le locuteur narrateur exprime
tout ce qui constitue son actualité, tout ce qui s’y rattache »,
soutiennent R.-L. Wagner et J. Pinchon (1991, p. 364). Le
présent est donc le temps de l’énonciation : il exprime une action
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ou un état qui existe au moment où l’on parle.
L’aspect grammatical varie en fonction de la conjugaison du
verbe ou de sa construction. Il est lié au temps du verbe et non à
son sens. Il est exprimé par l’opposition binaire, notamment le
couple accompli/inaccompli, semelfactif/itératif, sécant/non
sécant, etc. Selon les propos de l’auteur de Éléments de
linguistique pour le texte littéraire :
L’aspect grammatical désigne un système d’opposition
morphologique fermé qui touche tous les verbes. C’est
ainsi que l’opposition entre le passé simple et l’imparfait
implique une opposition aspectuelle entre le perfectif (où
le déroulement se réduit à une sorte de « point » qui fait
coïncider début et fin d’un procès). (D. Maingueneau, op.
cit., p. 118).
Pour corroborer cette assertion de D. Maingueneau, D. Leeman-
Bouix laisse entendre ceci :
Dans chacun des modes, le verbe connaît deux ensembles
de formes, soit simples, soit composés […]. Dans tous les
cas un terme, le verbe conjugué (forme simple) s’oppose
à une unité formée de deux termes, l’auxiliaire conjugué
et le verbe au participe passé (forme composée). Cette
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opposition marque l’aspect du verbe : la forme simple
montre le procès en cours et la forme composée montre le
procès achevé. (D. Leeman-Bouix, op. cit., p. 48).
Dans le recueil de nouvelles de Dramane Konaté intitulé La
Triade de sang, ce qui attire l’attention et fascine le plus, c’est
l’emploi que fait l’auteur du présent de l’indicatif dans cette
œuvre. En effet, l’écrivain, par le biais du présent, montre le
caractère répétitif des actes inhumains dans l’œuvre. Cet emploi
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sort ainsi des sentiers battus pour lui insuffler des valeurs
aspectuelles grammaticales particulières que sont les aspects
inaccompli, itératif et semelfactif.
1.1. L’aspect inaccompli
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Le mot inaccompli est formé du préfixe « in - » qui exprime
l’idée de négation, de contraire, et du radical « - accompli ». Le
mot inaccompli désigne une forme verbale exprimant l’aspect et
indiquant que l’action est envisagée comme achevée. Autrement
dit, l’aspect inaccompli envisage le procès en cours de
réalisation. C’est le cas dans La Triade de sang, dans lequel un
certain nombre d’actions sont en train d’être réalisés dans le
temps et dans l’espace. Observons, à cet effet, les passages
suivants extraits du recueil de nouvelles :
(1) Le soleil, d’une couleur de feu magnétique, apparaît
mordant, monte au zénith, s’y accroche ardemment,
puis disparaît derrière les regs. (p. 13)
(2) Al-Nibal dévisage un à un les otages. (p. 59)
(3) Il pointe le canon sur le front de Donald, met le doigt
sur la gâchette. (p. 63)
(4) Kèlètigui s’installe confortablement sur la terrasse
face à la plage, où s’étale l’océan bleu. (p. 88)
À travers ces extraits, l’auteur met en lumière les présents de
l’indicatif (« dévisage », « apparaît », « monte »,
« s’accroche », « disparaît », « pointe », « met », « s’installe »
et « s’étalle »). Ainsi ces présents montrent-ils de manière
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précise les différents faits décrits dans le recueil de nouvelles La
Triade de sang. En d’autres termes, tous ces verbes peignent les
actions en cours d’exécution, de réalisation, voire
d’accomplissement. Il s’agit dans les illustrations ci-dessus du
regard de Al-Nibal, du braquage du canon et de la mise du doigt
sur la gâchette. À en croire A. Meillet et J. Vendryes :
Le verbe exprime essentiellement un procès. Il peut
l’exprimer activement ou passivement suivant que l’on se
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place au point de vue de l’objet qui le subit ou du sujet qui
l’accomplit ; mais il peut l’exprimer aussi abstraction faite
de tout objet, même de tout sujet. Les diverses modalités du
procès, suivant qu’on le constate, qu’on l’imagine, qu’on le
désire, qu’on le souhaite, qu’on le commande, etc.,
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s’expriment par autant de formes spéciales. Il y a, en outre,
des formes variées pour marquer les modalités de la durée,
suivant qu’on le suppose inachevé ou achevé, limité à lui-
même ou prolongé dans un résultat, etc. La réunion des
formes exprimant ces diverses catégories constitue ce que
l’on appelle le système du verbe. (A. Meillet et J. Vendryes,
1924, p. 168).
1.2. L’aspect itératif
À la lecture de l’œuvre de Dramane Konaté, ce qui captive le
plus c’est sans doute la répétition de certaines actions. En effet,
La Triade de sang est parsemée de faits itératifs. Selon R. V.
Kaboré (2017, p. 403) : « Sous des formes variées, la répétition
est un moyen de construire le discours en s’appuyant sur une
reprise plus ou moins instante, partielle ou totale. » Ressasser les
mêmes mots ou les mêmes expressions est une stratégie
discursive adoptée par l’homme de lettres burkinabè Dramane
Konaté pour condamner avec véhémence les tueries de masse en
Afrique en général et au Burkina en particulier. Les illustrations
suivantes l’attestent :
(1) La mitrailleuse tue encore et encore. (p. 57)
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(2) Ce silence d’angoisse, de mort et de désolation qui
accompagne toujours les grandes tragédies. (p. 27)
(3) La kalachnikov crépite encore et encore. (p. 76)
(4) Partout dans le monde, la kalachnikov a crépité et elle
fait toujours des victimes. (p. 68)
(5) Tous les jours, ceux-ci distillent des mots d’ordre.
(p. 70)
55
(6) La révolution, comme à son habitude, mange
toujours ses enfants. (p. 74)
(7) Il repasse le titre kalachnikov love, et plonge à
nouveau dans ses souvenirs. (p. 74)
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À scruter attentivement les passages 1 et 3, l’on constate que les
présents de l’indicatif « tue » et « crépite » suivis de l’adverbe
de temps « encore » indiquent la persistance du carnage et du
crépitement d’armes automatiques. En ce qui concerne les
extraits 2, 4 et 6, les présents de l’indicatif « accompagne »,
« fait » et « mange », suivis de l’adverbe de temps « toujours »,
traduisent l’idée de continuité des actions décrites dans lesdits
passages. Autrement dit, ces événements, à savoir le silence
d’angoisse, de mort et de désolation, le bruit de la kalachnikov
et la révolution, se déroulent en tout temps, c’est-à-dire de façon
continuelle dans La Triade de sang. Quant aux passages 5 et 7,
les verbes « distillent » et « plonge » sont tous conjugués au
présent de l’indicatif. Dans le premier extrait, le verbe
« distillent » est précédé d’un syntagme nominal complément
circonstanciel de temps « tous les jours ». La présence de ce
syntagme nominal exprime le caractère quotidien des tueries.
Pour ce qui est du second extrait, « plonge » est immédiatement
suivi du syntagme prépositionnel « à nouveau » ce qui traduit
des procès en répétition. Grâce aux indicateurs (« encore »,
« tous les jours », « toujours »), les extraits présentent la
répétition des actions entreprises, à savoir l’aspect itératif des
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faits.
1.3. L’aspect semelfactif
Du latin « semel » qui signifie « une fois, une seule fois » et
« factif » qui est un terme linguistique qui se rapporte à
l’expression du devenir, c’est-à-dire la transformation ou le
changement d’un état à un autre, le semelfactif est ce qui ne se
produit qu’une seule fois dans la durée considérée,
56
éventuellement de manière absolue. Ainsi, en linguistique,
semelfactif indique un aspect principalement verbal désignant
les procès comme significatifs, au sens de non répétitifs, et
caractérisés par plusieurs types d’unicité. Dans La Triade de
sang, il est des actions qui se passent une seule fois l’œuvre. Ces
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faits se produisent à un intervalle de temps bien précis.
Considérons ces deux illustrations ci-dessous :
(1) Il se relève d’un bond. (p. 81)
(2) Le lourd portail grince et s’ouvre tout d’un coup. (p.
82)
À l’analyse de ces passages, il en ressort que les verbes « se
relève » et « s’ouvre » sont conjugués tous au présent de
l’indicatif à la troisième personne du singulier. Ces verbes sont
accompagnés de groupes nominaux compléments
circonstanciels de manière « d’un bond » et « tout d’un coup ».
Leur présence dans ces extraits montre que les actions effectuées
par ces verbes n’est pas répétitive. En d’autres termes, ces
actions se produisent qu’une seule fois dans le texte de La Triade
de sang.
2. La sémantique lexicale du présent de l’indicatif dans le
recueil de nouvelles
En tant que branche de la linguistique, la sémantique est l’étude
du sens des mots et du langage. Autrement dit, c’est l’étude des
langues au niveau de la signification des mots. Ainsi un mot
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peut-il avoir une panoplie de sens. La sémantique a pour objectif
donc la prise en compte des éléments qui gravitent autour de ce
mot pour comprendre sa signification. Selon L. Tesnière (1959,
p. 57), « La sémantique lexicale est l’étude linguistique des
mots. Le sens d’un mot donné est un potentiel de référence, codé
et représenté dans le lexique mental. » Dans La Triade de sang,
plusieurs noyaux des passages phrastiques, à savoir les verbes
57
assument un certain nombre d’aspects dans l’œuvre de D.
Konaté. Il s’agit des aspects inchoatif, itératif et progressif.
2.1. L’aspect inchoatif
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Étymologiquement, le terme inchoatif vient du latin
« inchoare » qui veut dire commencer. Selon les auteurs de
Grammaire méthodique du français : « L’aspect inchoatif saisit
le procès immédiatement à son début. » M. Riegel et al. (2011,
p. 295). Par le terme inchoatif, on désigne « une forme verbale
qui indique le début d’une action ou d’un état », soutient R.
Hechmati-Ashori (1984, p. 107). Nous entendons par inchoatif,
une forme verbale qui indique que l’action est envisagée soit
dans son commencement, soit dans sa progression. Le récit des
trois nouvelles que contient La Triade de sang de D. Konaté
tourne tous autour des scènes d’attaques terroristes. En effet, ces
scènes sont des lieux privilégiés où sont utilisées toutes sortes
d’armes de guerre comme le relève cet extrait : « Cette nuit-là la
kalachnikov commence à crépiter abondamment. » (p. 83)
En décryptant ce passage, il en ressort qu’il se revendique
inchoatif en ce que le noyau de l’extrait « commence à » est un
verbe d’action. Dans la mesure où il exprime l’action faite par le
syntagme nominal sujet (la kalachnikov) de la phrase. Dans un
premier temps, du point de vue syntaxique, cette construction
prend un complément infinitif introduit par la préposition « à
crépiter abondamment » et elle ne peut pas être suivie par une
proposition subordonnée complétive. Dans un second temps, au
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plan sémantique, cette illustration exprime la phase initiale du
carnage, c’est-à-dire le début du crépitement de la kalachnikov.
2.2. L’aspect itératif
La dérivation permet de passer d’une unité lexicale à une autre.
Le plus souvent, il arrive que nombre de verbes par dérivation
affixés expriment l’apparence itérative. En d’autres termes, la
dérivation par affixation de certains verbes traduit le
58
ressassement de bien des actions. Selon M. Riegel et al. (op. cit.,
p. 542) :
Les [affixes de dérivation] jouent, sémantiquement, le
double rôle de constituant d’une forme constituant et
d’opérateur constructeur de sens par rapport à la base à
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laquelle ils s’ajoutent. En effet, en vertu de leur sens codé,
ils véhiculent une instruction sémantique qui spécifie le
type d’opération sémantique à effectuer sur le sens de la
base pour construire le sens global de la forme dérivée.
Ainsi, le suffixe – ier de pommier sélectionne dans le sens
de la base de pomme le fruit pour construire celle de
l’arbre qui produit ce fruit.
Dans La Triade de sang de Dramane Konaté, il est des actions
qui se répètent dans l’œuvre. Cette itérativité des faits est rendue
possible grâce à l’emploi par l’auteur des verbes dérivés. Les
extraits suivants en sont une parfaite illustration :
(1) Par l’ouverture de leur masque sur les commissures des
lèvres, trois individus sirotent ce liquide au fond étrange.
(p.46)
(2) Il revoit les attentats ainsi que toutes les guerres dans le
monde. (p.65)
(3) Il revoit la séance de torture qu’il a subie dans le sinistre
sous-sol d’un immeuble désaffecté. (p. 78)
Dans le passage 1, le présent de l’indicatif « sirotent » est formé
du radical « sir - » et du suffixe « - otent ». En effet, la
sémantique de « sirotent » dans cet extrait laisse entrevoir la
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consommation répétitive du liquide. En disséquant les extraits
2 et 3, nous remarquons que les deux propositions principales
« Il revoit les attentats ainsi » et « Il revoit la séance de torture »
ont le même noyau phrastique conjugué mis en gras. Ainsi ce
noyau est-il un syntagme verbal dérivé composé du préfixe
« ré - » qui veut dire la répétition ou le changement dans l’état
de l’objet et du radical « - voit ». La présence de ce préfixe revêt
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une signification particulière en ce sens qu’il montre l’itérativité
des événements dans le recueil de nouvelles.
2.3. L’aspect progressif
La nouvelle est une œuvre de fiction en prose racontant un récit
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centré sur l’histoire de personnages engagés dans des aventures.
L’auteur y peint généralement les mœurs, les caractères et le
fonctionnement de la société, etc. Dans la peinture des faits
sociaux, on constate très souvent une progression des
événements. C’est exactement ce qui ressort de l’illustration
suivante extraite à la page 64 de La Triade de sang de Dramane
Konaté : « Al-Nibal lui tourne le dos et s’en va gaillardement à
la rencontre de la mort. ». La sémantique du verbe « s’en va »
exprime l’idée de progression de l’action. Autrement dit, le
procès exprimé par le verbe « s’en va » est en cours
accomplissement, de réalisation, voire de production.
Conclusion
En somme, nous retenons que le recueil de nouvelles La Triade
de sang tire sa source de la réalité du terrorisme qui trouble le
monde entier. En témoignent ces propos de l’auteur dans Note
de l’auteur : « Cette œuvre s’inspire de la réalité brûlante de la
menace terroriste qui plane comme l’épée de Damoclès sur tous
les peuples et toutes les nations » (D. Konaté, 2017, p. 9). Le
présent de l’indicatif dans La Triade de sang de Dramane
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Konaté comporte aussi bien des valeurs aspectuelles
grammaticales que la sémantique lexicale du présent. De
l’analyse, l’on retient d’une part que les valeurs aspectuelles
grammaticales du présent s’expriment par trois aspects. Il s’agit
des aspects inaccompli, itératif, semelfactif. Et d’autre part,
l’analyse du texte de La Triade de sang a permis de montrer que
la sémantique lexicale du présent se fonde sur bon nombre
d’aspects ce sont : les aspects inchoatif, itératif et progressif.
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L’utilisation de ce temps verbal, à savoir le présent de l’indicatif
par l’écrivain est une manière pour le nouvelliste burkinabè
d’exposer les maux dont souffrent la société africaine, voire
burkinabè actuelle : les coups d’État à répétition, le terrorisme,
la corruption entre autres. À travers cette œuvre, Dramane
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Konaté veut indexer les attaques perpétuelles des terroristes qui
endeuillent tant les peuples du monde qu’en particulier le
Burkina Faso.
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