Les Cahiers d’Outre-Mer
Revue de géographie de Bordeaux
271 | Juillet-Septembre 2015
Ressources en milieu sec
Espèces ligneuses du Ferlo-Nord, Sénégal : état
actuel et usage
Woody species in Ferlo-North, Senegal : current state and usage
Aissatou Thiam Ndong, Ousmane Ndiaye, Madiara Ngom Faye, Didier
Galop et Aliou Guissé
Édition électronique
URL : [Link]
DOI : 10.4000/com.7557
ISSN : 1961-8603
Éditeur
Presses universitaires de Bordeaux
Édition imprimée
Date de publication : 1 juillet 2015
Pagination : 401-422
ISBN : 978-2-86781-978-0
ISSN : 0373-5834
Référence électronique
Aissatou Thiam Ndong, Ousmane Ndiaye, Madiara Ngom Faye, Didier Galop et Aliou Guissé, «
Espèces ligneuses du Ferlo-Nord, Sénégal : état actuel et usage », Les Cahiers d’Outre-Mer [En ligne],
271 | Juillet-Septembre 2015, mis en ligne le 01 juillet 2018, consulté le 02 janvier 2020. URL : http://
[Link]/com/7557 ; DOI : 10.4000/com.7557
© Tous droits réservés
Les Cahiers d’Outre-Mer, 2015, n° 271, p. 285-462
Espèces ligneuses du Ferlo-Nord,
Sénégal : état actuel et usage
Aissatou Thiam Ndong, Ousmane Ndiaye, Madiara Ngom
Faye, Didier Galop et Aliou Guissé1
Introduction
Au Sahel, en provoquant la raréfaction du tapis herbacé et la quasi
disparition des graminées pérennes, les sécheresses récurrentes ont mis
en évidence l’importance du rôle des ligneux dans les écosystèmes (Le
Houerou, 1980). Or l’économie de la plupart des pays sahéliens est basée
sur l’exploitation de ces ligneux, qui fournissent le pâturage naturel pour
l’alimentation du bétail (Niang, 2009) et permettent aux populations rurales
de subvenir à leurs besoins (Lykke, 2000). Cependant, ces ligneux connaissent
aujourd’hui une importante régression sous l’effet combiné de la pression
humaine et de la péjoration climatique (Diouf et al., 2002). Les manifestations
de cette détérioration sont observées au Ferlo-Nord, zone sahélo-sénégalaise
située au sud de la vallée du fleuve Sénégal, où les enjeux de cette évolution
1. Aissatou Thiam Ndong, département Biologie végétale, Faculté des Sciences et techniques,
Université Cheikh Anta Diop de Dakar, B.P. 5005, Dakar-Fann (Sénégal) et Laboratoire GEODE-UMR
5602-CNRS, Maison de la recherche, Université Jeans Jaurès, Toulouse II, Boite postale 31058, Toulouse,
France. Auteur correspondant, Mèl : assyndong@[Link]/assyndong@[Link]
Ousmane Ndiaye, département Biologie végétale, Faculté des Sciences et techniques, Université
Cheikh Anta Diop de Dakar, B.P. 5005, Dakar-Fann (Sénégal).
Madiara Ngom Faye, département Biologie végétale, Faculté des Sciences et techniques, Université
Cheikh Anta Diop de Dakar, B.P. 5005, Dakar-Fann (Sénégal).
Didier Galop, Laboratoire GEODE-UMR 5602-CNRS, Maison de la recherche, Université
Jeans Jaurès, Toulouse II, Boîte postale 31058 Toulouse, France et Observatoire Hommes-Milieux
(OHM-Téssékéré), Université Cheikh Anta Diop de Dakar, B.P. 5005, Dakar-Fann (Sénégal).
Aliou Guissé, département Biologie végétale, Faculté des Sciences et techniques, Université Cheikh
Anta Diop de Dakar, B.P. 5005, Dakar-Fann (Sénégal) et Observatoire Hommes-Milieux (OHM-Téssékéré),
Université Cheikh Anta Diop de Dakar, B.P. 5005, Dakar-Fann (Sénégal).
401
Les Cahiers d’Outre-Mer
commencent à être mieux cernés grâce aux nombreux travaux de recherche
menés depuis près de 30 ans (Ndiaye et al., 2014 ; Diallo et al., 2011 ; Akpo,
1995 ; Boudet, 1989 ; Barral et al., 1983 ; Klug, 1982 ; Gaston et al., 1982 ;
Valenza, 1981 ; Poupon, 1980). Toutes ces études, ont fortement contribué
à éclairer l’avancement de cette dégradation mais elles ont aussi soulevé
de nouveaux questionnements. La question de la perception locale de cette
dynamique du milieu a particulièrement été posée.
L’objectif de la présente étude est de contribuer à une meilleure
connaissance de l’état actuel des espèces ligneuses du Ferlo-Nord et des
différents usages dont elles font objet.
C’est à travers des observations directes faites sur le terrain et d’entretiens
auprès des populations locales que cette étude a été abordée.
I - Matériel et méthodes
1 - Zone d’étude et ses caractéristiques biophysiques
L’étude a été menée dans le Ferlo-Nord, situé au cœur du Sahel sénégalais,
approximativement entre les latitudes 16°15’ à 14°30’ Nord et les longitudes
12°50’ et 16° Ouest.
Les sites sélectionnés comprennent le lac de Guiers (Keur Momar Sarr,
Syer et Mbar Toubab), siège d’activités agro-pastorales, et la zone des six
forages (Widou Thiengoly, Téssékéré et Labgar), essentiellement marquées
par le pastoralisme (fig. 1).
De type sahélien le climat est caractérisé par l’alternance d’une saison
longue sèche de neuf mois pendant laquelle souffle l’harmattan et d’une
saison humide de trois mois soumise au passage de la mousson. Pour les deux
stations les plus proches (Louga et Linguère), la pluviométrie enregistrée
est habituellement comprise entre 100 et 500 mm (ANAMS, 2013) avec
une répartition irrégulière des précipitations. Les moyennes pluviométriques
de 1978 à 2012 enregistrées dans ces stations sont respectivement 295,3 et
405,5 mm/an. Cela traduit un gradient pluviométrique décroissant d’est en
ouest. Entre 1934 et 2012 la variation interannuelle pluviométrique de la zone
montre l’alternance de deux périodes (fig. 2) : de 1934 à 1969 une période
excédentaire par rapport à la moyenne 1978-2012 puis de 1970 à 2008 une
période déficitaire. Cependant, les années 2010, 2011 et 2012, sont marquées
par une nette amélioration des cumuls annuels.
402
Espèces ligneuses du Ferlo-Nord, Sénégal...
Figure 1 - Localisation des sites
Figure 2 - Écarts annuels à la moyenne de la pluviométrie (de 1978 à 2012)
Sur le plan morphopédologique, la zone appartient aux formations
sédimentaires du Continental terminal. Les sols sont sableux, sablo-argileux et
argilo-sableux et supportent une végétation composée de ligneux à dominance
arbustive, avec un tapis herbacé en majorité composé de graminées annuelles,
plus ou moins continu, pouvant atteindre 0,5 à 1 m de hauteur (Akpo, 1992) à
la fin de la saison des pluies.
La zone est peuplée de Peuls (85 %), de Wolofs, de Maures et de Sérères
(Santoir, 1973). À cette population s’ajoutent des transhumants venus du
403
Les Cahiers d’Outre-Mer
bassin arachidier, de la vallée du fleuve Sénégal mais aussi des autres pays
voisins (Mauritanie et Mali, notamment).
2 - Observations directes
L’échantillonnage a consisté à répartir de manière aléatoire 120 placettes
de 2 500 m2 chacune géoréférencée, soit 20 placettes par site. Cette surface
correspond à l’aire minimale pour l’étude de la végétation ligneuse au Sahel
(Boudet, 1984, in Akpo et al., 2003a).
Sur chaque placette préalablement délimitée, la liste floristique a été
établie et des mesures dendrométriques effectuées sur tous les individus
ayant une circonférence à 0,30 m supérieure à 10 cm, car tout individu dont
la circonférence du tronc à 0,30 m du sol est inférieure à 10 cm est considéré
comme rejet.
Les paramètres mesurés sont : la hauteur totale, le diamètre du tronc et
celui de la couronne des arbres dans les deux directions et la distance entre
les individus.
3 - Entretien avec la population locale
Le contenu du questionnaire a abordé des sujets liés à la composition
floristique, l’état actuel et l’usage des ligneux de la zone. Des personnes-
ressources âgées de 40 à 90 ans ont été questionnées, afin de bénéficier
de leur bonne connaissance du milieu. Ces personnes ressources (chefs de
campements, bergers, agriculteurs, groupements féminins, autorités locales,
etc.) ont été choisies avec les agents du développement (Service de l’élevage,
Service des Eaux et forêts, etc.) de la localité.
La dénomination des espèces a été effectuée sur la base de la Flore
du Sénégal (Berhaut, 1967), de l’ouvrage Noms vernaculaires des plantes
(Adam, 1970) et du catalogue des plantes vasculaires du Sénégal (Lebrun et
Stork, 1997).
4 - Traitement des données floristiques
Les données collectées à partir des relevés de végétation ont été analysées,
la liste des espèces inventoriées et leurs taxonomies dressées afin d’évaluer
la composition floristique. D’autres paramètres écologiques (fréquences de
présence, densité, surface terrière, couvert aérien, taux de régénération et
404
Espèces ligneuses du Ferlo-Nord, Sénégal...
d’anthropisation du milieu) essentiels à la caractérisation et à la connaissance
de l’état actuel des ligneux ont été évalués.
La fréquence de présence a permis d’apprécier la distribution des espèces
à travers les relevés. Elle est donnée par la formule suivante :
F = Nri = 100
Nr
F = fréquence de présence exprimée en pourcentage (%)
Nri = nombre de relevés où l’on retrouve l’espèce i
Nr = nombre total de relevés
La densité observée ou réelle permet d’apprécier l’abondance par site et
par espèce. Elle se calcule par le rapport du nombre d’individus obtenu sur
la surface échantillonnée. Théoriquement, elle est calculée par le rapport de
la surface d’un hectare (en m2) sur le carré de la distance moyenne entre les
arbres (Wouters et Notelaers, 1999).
La dominance des espèces se traduit par leur surface terrière (Ste)
exprimée en m²/ha (Rondeux, 1993). La surface terrière de chaque espèce est
obtenue en faisant la somme des surfaces terrières de tous ses individus dont
la circonférence basale (C) est supérieure ou égale à 10 cm :
Ste = ∑ C2
4π
Le couvert aérien correspond à la surface de la couronne en m²/ha. Il peut
aussi exprimer la dominance et s’obtient pour une espèce en faisant la somme
de la surface de couronne de tous ses individus calculée à partir du diamètre
moyen de leurs houppiers (D) :
Sc = ∑ πD2
4
Les capacités de régénération de la zone et des sites d’étude ont été
appréciées par le calcul du taux de régénération du peuplement (TRP) qui
est donné par le rapport en pourcentage entre l’effectif total des jeunes plants
et l’effectif total du peuplement (Poupon, 1980). Le caractère juvénile est
attribué à tout individu dont la circonférence à la base du tronc (30 cm du sol)
est inférieure à 10 cm (Diallo et al., 2011).
405
Les Cahiers d’Outre-Mer
5 -Traitement des données de l’enquête
Un dépouillement manuel des questionnaires a été effectué puis suivi d’une
saisie des réponses à l’aide du logiciel Sphinx Plus² qui génère directement les
résultats en fonction des variables de saisie. Le traitement des données a été
effectué avec le tableur Excel de Microsoft Office 2007.
Nous avons ensuite évalué la valeur usuelle (UV) des espèces pour chaque
catégorie d’usage afin de montrer l’importance que la population accorde à
une espèce donnée dans la localité (Sarr et al., 2013). Elle est obtenue par la
formule suivante :
UV = ∑ U / N
U : nombre de fois qu’une espèce est citée pour une catégorie d’usage
N : nombre total d’enquêtés
Enfin, nous avons calculé le niveau de fidélité (FL, Cheikhyoussef et al.,
2011) qui permet de dégager l’importance que les populations accordent à une
espèce pour son rôle. Il est calculé par la formule suivante :
FL (%) = Np / N × 100
Np : nombre de citations d’une espèce pour son rôle
N : nombre total d’utilisations à toutes fins.
II - Résultats
Les échantillonnages écologiques et ethnobotaniques ont permis d’obtenir
un certain nombre de résultats sur l’état de la flore ligneuse et quelques
services écosystémiques offerts par ces espèces ligneuses.
1 - État actuel de la végétation ligneuse
Par observation directe, nous avons inventorié au total 42 espèces ligneuses
réparties dans 33 genres et 18 familles (tabl. 1). Fabacées et Combrétacées
sont les familles les plus représentées avec 18 espèces. Les sites de Widou
Thiengoly et Labgar renferment le plus grand nombre d’espèces (23 espèces),
suivis de Téssékéré (22 espèces), Mbar Toubab (20 espèces), Syer (18 espèces)
et Keur Momar Sarr (13 espèces).
406
Espèces ligneuses du Ferlo-Nord, Sénégal...
Globalement, Balanites aegyptiaca (75 %), Boscia senegalensis (75 %),
Leptadenia hastata (58 %), Calotropis procera (51 %) et Acacia tortilis var.
raddiana (50 %) sont les espèces les plus fréquentes de la zone.
La densité réelle de la zone est de 100,22 individus à l’hectare. Elle varie
d’un site à l’autre : 121 ind./ha à Téssékéré, 119 ind./ha à Widou Thiengoly,
107 ind./ha à Labgar, 99 ind./ha à Mbar Toubab, 77 ind./ha à Syer et 76 ind./
ha à Keur Momar Sarr. Balanites aegyptiaca, Boscia senegalensis, Calotropis
procera et Acacia tortilis var. raddiana sont les espèces les plus abondantes
de la zone (tabl. 1). Elles regroupent à elles seules 80 % des 2 998 individus
recensés, avec des densités respectives de 24,5 ; 23 ; 21,5 et 10,3 ind./ha.
La distance moyenne entre individus varie aussi ; elle est de 7 m à Keur
Momar Sarr, 6,9 m à Syer, 6,8 m à Widou Thiengoly, 6,1 m Labgar, 5,3 m à
Téssékéré et 5,2 m à Mbar Toubab, donnant ainsi respectivement des densités
théoriques de 204,1 ind./ha, 210 ind./ha, 216,3 ind./ha, 268,7 ind./ha, 356 ind./
ha et 365 ind./ha.
La surface terrière de la zone est de 27,5 m²/ha mais varie en fonction
des sites : 5,4 m²/ha à Labgar, 5 m²/ha à Widou Thiengoly, 4,8 m²/ha à Keur
Momar Sarr, 4,6 m²/ha à Téssékéré, 4,45 m²/ha à Mbar Toubab et 3,2 m2/ha à
Syer. Par rapport à ce paramètre, les espèces qui dominent le peuplement sont
Adansonia digitata, Balanites aegyptiaca, Boscia senegalensis, Calotropis
procera et Leptadenia hastata.
Le couvert aérien de la zone est de 7 112,66 m²/ha. Il est de 1 273,4 m²/ha
à Keur Momar Sarr soit une couverture de 13 % de la surface échantillonnée.
Par contre, il est de 750 m²/ha et de 857,35 m²/ha respectivement à Syer et Mbar
Toubab, où seulement 9 % de la surface échantillonnée est couverte. Il en est
de même à Téssékéré où seulement 10 % sont couverts, soit un recouvrement
de 951,31 m²/ha. Enfin, à Widou Thiengoly et Labgar, les valeurs sont un
peu plus élevées (1 926,3 et 1 354,3 m²/ha) avec des couvertures ligneuses
respectives de 16,5 et 14 % de la superficie totale échantillonnée. En fonction
des espèces, cette surface aérienne a varié de 0,5 m²/ha (Acacia pennata) à
1 826,10 m²/ha (Balanites aegyptiaca) avec une moyenne de 181,53 m²/ha.
Donc, sur les 42 espèces recensées, seulement neuf ont une couverture aérienne
supérieure à la moyenne. Il s’agit de Balanites aegyptiaca (1 826,10 m²/ha),
Acacia tortilis var. raddiana (993,46 m²/ha), Boscia senegalensis (614,74 m²/
ha), Sclerocarya birrea (551,2 m²/ha), Adansonia digitata (453,15 m²/ha),
Calotropis procera (415,36 m²/ha), Dalbergia melanoxylon (296,2 m²/ha),
Leptadenia hastata (250,85 m²/ha) et Acacia senegal (204,96 m²/ha).
La distribution des jeunes plantes dans la zone montre que les ligneux
régénèrent à plus de 47 %. Ces jeunes plantes sont constituées majoritairement
407
Les Cahiers d’Outre-Mer
de Balanites aegyptiaca (26 %), Calotropis procera (25 %), Boscia senegalensis
(18 %), Acacia tortilis var. raddiana (17 %) et Leptadenia hastata (10 %).
À travers les entretiens, 35 espèces reparties en 29 genres et 17 familles
ont été mentionnées par les populations (tabl. 2). Donc, seulement sept espèces
inventoriées sur le terrain n’ont pas été citées, il s’agit de Acacia pennata,
Cocculus pendulus, Combretum nigricans, Tamarix senegalensis, Maerua
cracifolia, Terminalia avicennioides et Jatropha chevalieri.
Balanites aegyptiaca (7,3 %) est la plus fréquemment citée, suivie de
Boscia senegalensis (7,1 %), Calotropis procera (6,3 %), Acacia senegal
(6,1 %), Acacia tortilis var. raddiana (6,1 %), Adansonia digitata (6,1 %) et
Sclerocarya birrea (5,7 %).
7 % des enquêtés soulignent une augmentation de la densité des espèces
ligneuses et exceptionnellement, les sites de Widou Thiengoly (10 %) et
Téssékéré (9 %) ont les taux de réponse les plus élevés. Les espèces ligneuses,
pour lesquelles les populations observent une augmentation de la densité sont :
Balanites aegyptiaca, Boscia senegalensis et Calotropis procera.
Noms d’espèces Kms Sr Mt Wt Ts Lr Familles
Sclerocarya birrea ([Link].) Hochst. + + + + + + Anacardiaceae
Calotropis procera (Aiton) [Link] + + + + + Asclepiadaceae
Leptadenia hastata (Pers.) Decne. + + + + + +
Leptadenia pyrotechnica (Forssk.) + + + +
Decne.
Balanites aegyptiaca (L.) Delile + + + + + + Balanitaceae
Stereospermum kunthianum Cham. + Bignoniaceae
Adansonia digitata L. + + + + + +
Bombacaceae
Adenium obesum (Forssk.) Roem. & + + + +
Schult.
Boscia senegalensis (Pers.) Lam. ex + + + +
Poir. Capparaceae
Cadaba farinosa Forssk. + +
Maytenus senegalensis (Lam.) Exell + + + Celastraceae
Piliostigma reticulatum L. + Cesalpiniaceae
408
Espèces ligneuses du Ferlo-Nord, Sénégal...
Anogeissus leiocarpus (DC.) Guill. & + +
Perr.
Combretum aculeatum Vent. + +
Combretum glutinosum auct. + + + + + Combretaceae
Combretum micrantum [Link] + +
Combretum nigricans Lepr. ex Guill. +
& Perr.
Commiphora africana ([Link].) Engl. + +
Guiera senegalensis [Link]. + + + +
Terminalia avicennioides Gill. & Perr. + +
Euphorbia balsamifera Ait. +
Euphorbiaceae
Jatropha chevalieri Beille + +
Maerua crassifolia Forssk. +
Acacia nilotica (L.) Delile + + + + +
Acacia pennata auct. +
Acacia tortilis var. raddiana Forssk. + + + + + Fabaceae
Acacia senegal (L.) Willd. + + + + + +
Acacia seyal auct. + + + + +
Bauhinia rufescens Lam. + +
Dalbergia melanoxylon Guill. & Perr. + +
Faidherbia albida (Delile) [Link] +
Prosopis glandulosa Torr. + + + +
Tamarindus indica L. + +
Cocculus pendulus (J. R. Forst. & +
[Link].) Menispermaceae
Tinospora bakis ([Link].) Miers + + +
Ziziphus mauritiana auct. + Rhamnacées
Feretia apodanthera Delile +
Rubiaceae
Mitragyna inermis (Willd.) K. Schum. +
Salvadora persica L. + + Salvadoraceae
Sterculia setigera Delile + Sterculiaceae
Tamarix senegalensis DC. + Tamaricaceae
Grewia bicolor Juss. + + + Tiliaceae
Kms : Keur Momar Sarr ; Sr : Syer ; Mt : Mbar Toubab ; W.T : Widou Thiengoly ; Ts :
Téssékéré ; Lr : Labgar)
Tableau 1 - Liste des espèces recensées au Ferlo-Nord suivant les sites
échantillonnés
409
Les Cahiers d’Outre-Mer
Concernant la diversité floristique, 62 % des enquêtés estiment la
végétation ligneuse actuelle moins diversifiée qu’auparavant. Les taux de
réponses les plus importants sont obtenus dans les sites de Keur Momar Sarr
et Syer situés en bordure du lac de Guiers.
Seulement sept espèces sont citées par les populations comme taxons qui
régénèrent bien dans la zone. Il s’agit de Balanites aegyptiaca, Acacia tortilis
var. raddiana, Boscia senegalensis, Acacia senegal, Calotropis procera,
Leptadenia hastata et Leptadenia pyrotechnica.
Aussi 27 espèces parmi les 35 citées, sont considérées comme menacées
de disparition (tabl. 2). Les plus importantes sont : Sclerocarya birrea
(16,5 %), Grewia bicolor (14,2 %), Dalbergia melanoxylon (7,8 %), Adansonia
digitata (7,7 %), Sterculea setigera (7,3 %) et Ziziphus mauritiana (5,4 %).
Les causes énumérées sont multiples ; on peut citer entre autres la rareté des
pluies (70 %), les coupes répétitives (68 %), les feux de brousses (34 %), le
surpâturage (30 %), l’absence de régénérations (28 %), le vieillissement des
individus (20 %), les vents (4 %) et les termitières (2 %).
Enfin, 88 % des populations enquêtées ont cité six espèces comme
totalement disparues dans la zone (tabl. 2). Il s’agit de : Lannea acida,
Dichrostachys glomerata, Securidaca longipedunculata, Acacia ataxacantha,
Capparis tomentosa et Pterocarpus erinaceus.
410
Espèces ligneuses du Ferlo-Nord, Sénégal...
Noms d’espèces Kms Sr Mt Wt Ts Lg
Balanites aegyptiaca (L.) Delile r r r r r r
Acacia tortilis var. raddiana Forssk. r r r r r
Adansonia digitata L. m m m m m m
Ziziphus mauritiana auct. m m m m m m
Sclerocarya birrea ([Link].) Hochst. m m m m m m
Boscia senegalensis (Pers.) Lam. ex Poir. r r r r r r
Guiera senegalensis [Link]. m m m m m m
Acacia senegal (L.) Willd. r r r r r r
Calotropis procera (Aiton) [Link] r r r r r r
Grewia bicolor Juss. m m m m m
Combretum glutinosum auct. m m m m
Acacia nilotica (L.) Delile m m m d m m
Anogeisus leiocarpus (DC.) Guill. & Perr. m m m m m m
Acacia seyal (L.) Willd. m m
Commiphora africana ([Link].) Engl. d d d m m
Sterculea setigera Delile m m m m
Dalbergia melanoxylon Guill. & Perr. d d m m m
Mitragyna inermis (Willd.) [Link]. m d d d
Adenium obesum (Forssk.) Roem. & Schult. d m m m
Bauhinia rufescens Lam. d m m m m
Leptadenia hastata (Pers.) Decne. r r r r r r
Combretum micrantum [Link] d m m m
Leptadenia pyrotechnica (Forssk.) Decne. r r r
Faidherbia albida (Delile) [Link] m m m d m d
Ferretia apodanthera Delile d m d m
Stereospermum kunthianum Cham. d m m m m m
Combretum aculeatum Vent. m m m m m m
Maytenus senegalensis (Willd.) [Link] m m m
Piliostigma reticulatum L. m d d d
Prosopis glandulosa Torr. m
Cadaba farinosa Forssk. m m d
Euphorbia balsamifera Ait. m m
Tamarindus indica L. d m m d d
Salvadora persica L. d d m
Tinospora bakis ([Link].) Miers d d d m
(Kms : Keur Momar Sarr, Sr : Syer, Mt : Mbar Toubab, Wt : Widou Thiengoly, Ts : Téssékéré, Lg :
Labgar)
(r : régénère bien dans la zone, m : menacé de disparition, d : disparue et case vide : pas de réponse)
Tableau 2 - Perception locale sur l’état actuel des ligneux
411
Les Cahiers d’Outre-Mer
2 - Usage des ligneux
Comme dans toutes les zones à vocation agropastorale, les ressources
ligneuses jouent un rôle important dans la vie des populations. Elles
nourrissent la quasi-totalité des troupeaux, surtout des petits ruminants grâce
à leurs feuilles, fruits et fleurs.
Au total, 25 espèces ont été citées comme taxons intervenant dans
divers domaines d’usages de la zone. Les niveaux d’intervention sont le
fourrage, l’alimentation humaine, la pharmacopée, la construction et l’énergie
domestique – charbon de bois et bois de chauffe.
Parmi celle-ci, 21 ont un rôle fourrager (tabl. 3). En considérant leur
valeur usuelle, les plus appétées par le bétail sont Balanites aegyptiaca (0,80),
Boscia senegalensis (0,66) et Sclerocarya birrea (0,58). Les feuilles sont les
parties les plus consommées. Les fleurs, les fruits et l’écorce de certaines
espèces sont aussi utilisés. Pour mettre à la disposition des animaux certaines
parties qui leur sont inaccessibles, les populations ont recours à l’émondage
(52 %), l’écorchage (21 %), l’effeuillage (16 %) et l’abattage (11 %). Ces
types d’exploitation s’effectuent en général pendant la période sèche, après
épuisement du fourrage herbacé.
412
Espèces ligneuses du Ferlo-Nord, Sénégal...
Espèces Usages
Balanites aegyptiaca (L.) Delile Fourrage, alimentation humaine, médecine traditionnelle,
construction, énergie domestique
Acacia tortilis var. raddiana Fourrage, médecine traditionnelle, construction
Forssk.
Adansonia digitata L. Fourrage, alimentation humaine, médecine traditionnelle
Ziziphus mauritiana auct. Fourrage, alimentation humaine, médecine traditionnelle
Sclerocarya birrea ([Link].) Fourrage, alimentation humaine, médecine traditionnelle,
Hochst. construction, énergie domestique
Boscia senegalensis (Pers.) Lam. Fourrage, alimentation humaine, médecine traditionnelle,
ex Poir. construction, énergie domestique
Anogeisus leiocarpus (DC.) Alimentation humaine
Guill. & Perr.
Guiera senegalensis [Link]. Fourrage, médecine traditionnelle ; construction ; énergie
domestique
Acacia senegal (L.) Willd. Fourrage
Cadaba farinosa Forssk. Alimentation humaine
Calotropis procera (Aiton) Médecine traditionnelle, construction, énergie domestique
[Link]
Grewia bicolor Juss. Fourrage, médecine traditionnelle, construction, énergie
domestique
Combretum glutinosum auct. Fourrage, médecine traditionnelle, énergie domestique
Acacia nilotica (L.) Delile Fourrage
Acacia seyal (L.) Willd. Fourrage, alimentation humaine
Commiphora africana ([Link].) Fourrage ; alimentation humaine
Engl.
Sterculea setigera Delile Fourrage, alimentation humaine
Mitragyna inermis (Willd.) Médecine traditionnelle
[Link].
Bauhinia rufescens Lam. Fourrage
Combretum micrantum [Link] Fourrage, alimentation humaine, médecine traditionnelle ; énergie
domestique
Faidherbia albida (Delile) Fourrage
[Link]
Ferretia apodanthera Delile Fourrage
Maytenus senegalensis (Willd.) Fourrage
[Link]
Piliostigma reticulatum L. Fourrage, médecine traditionnelle ; construction
Tamarindus indica L. Fourrage, alimentation humaine, médecine traditionnelle
Tableau 3 - Usages de chaque espèce ligneuse citée
413
Les Cahiers d’Outre-Mer
Nous avons 62 % des essences fourragères avec un niveau de fidélité supérieur
ou égal à 50 %, ce qui montre le rôle fourrager considérable des ligneux.
Au regard de l’importance relative que les populations accordent à chacune
d’entre elles, nous avons identifié cinq groupes classés en fonction de leur
niveau de fidélité :
- Groupe 1 : constitué d’espèces avec un niveau très élevé de fidélité
(100 %) avec des espèces comme Balanites aegyptiaca, Sclerocarya birrea et
Boscia senegalensis.
- Groupe 2 : constitué d’espèces avec un niveau de fidélité compris entre
80 et 100 %. Il regroupe des espèces comme Guiera senegalensis, Combretum
micrantum et Grewia bicolor.
- Groupe 3 : avec un niveau de fidélité compris entre 60 et 80 % regroupant
Adansonia digitata, Acacia tortilis var. raddiana, Ziziphus mauritiana, Guiera
senegalensis, Combretum glutinosum, Piliostigma reticulatum et Tamarindus
indica.
- Groupe 4 : avec un niveau de fidélité compris entre 40 et 60 % avec
Calotropis procera, Acacia seyal et Commiphora africana.
- Groupe 5 : avec un niveau de fidélité inférieur ou égal à 20 % associant des
espèces comme Acacia senegal, Cadaba farinosa, Acacia nilotica, Mitragyna
inermis, Bauhinia rufescens, Faidherbia albida et Maytenus senegalensis.
Douze espèces ont aussi été citées comme étant utilisées par les humains
comme supplément alimentaire (tabl. 3). Les deux espèces les plus consommées
sont Balanites aegyptiaca et Adansonia digitata. Elles apparaissent comme
étant les espèces à usage alimentaire les plus importantes de la zone avec des
valeurs usuelles respectives de 0,84 et 0,80. Elles sont suivies par Ziziphus
mauritiana (0,48), Sclerocarya birrea (0,40) et Boscia senegalensis (0,40). Les
espèces devenues rares (Tamarindus indica et Combretum micrantum) dans
la localité présentent des valeurs usuelles faibles : en effet la consommation
d’une espèce dépendrait de sa disponibilité.
Concernant le domaine de la pharmacopée, 12 espèces ont été citées (tabl.
3). Les plus mentionnées sont : Balanites aegyptiaca, Adansonia digitata,
Ziziphus mauritiana et Acacia tortilis var. raddiana avec des valeurs usuelles
respectives de 0,62 ; 0,60 ; 0,52 et 0,48. Toutes les parties de la plante peuvent
être utilisées, mais certaines sont réputées comme étant plus efficaces. Les
maladies traitées sont le diabète, le rhume, l’ulcère, la diarrhée, la bouffée de
chaleur, la constipation, les maladies cardio-vasculaires et d’autres « maladies
surnaturelles ».
414
Espèces ligneuses du Ferlo-Nord, Sénégal...
Les ligneux de la localité fournissent également aux populations du bois
d’œuvre nécessaire à la réalisation de leurs habitats (tabl. 3). Seulement huit
espèces ont été mentionnées et les plus fréquemment citées sont Balanites
aegyptiaca (UV = 0,64), Calotropis procera (UV = 0,46), Sclerocarya birrea
(UV = 0,24) et Acacia tortilis var. raddiana (UV = 0,22).
Ces ligneux pourvoient également les populations en bois de chauffe et en
charbon de bois (tabl. 3), qui représentent plus de 90 % de la consommation
énergétique de la zone. Les populations utilisent le plus souvent du bois de
Calotropis procera (UV = 0,62). Elles utilisent également des bois de Balanites
aegyptiaca (UV = 0,26), Boscia senegalensis (UV = 0,22), Sclerocarya birrea
(UV = 0,20) et Guiera senegalensis (UV = 0,16).
III - Discussion
Au total, le cortège floristique est riche de 42 espèces avec une forte
dominance de la famille des Fabacées et des Combrétacées qui regroupent à
elles seules 43 % des espèces recensées. Selon la classification de Daget &
Poissonet (1997), cette flore demeure assez riche.
La composition floristique varie selon les sites. Elle est plus élevée à Widou
Thiengoly, Labgar et Téssékéré (zone des six forages) et plus faible à Mbar
Toubab, Syer et Keur Momar Sarr (zone du lac de Guiers). La composition
floristique est donc plus riche en zone des six forages (à l’est). En dehors du
gradient pluviométrique croissant d’ouest en est, cela pourrait s’expliquer par
le développement intense d’activités de maraîchage et d’agriculture sous pluie
accompagnées d’élevage, surtout de petits ruminants dans la zone du lac de
Guiers (à l’ouest).
Globalement, seules deux espèces apparaissent dans les trois quarts des
relevés et sont aussi les plus fréquemment cités par les populations : il s’agit
de Balanites aegyptiaca et Boscia senegalensis. La forte fréquence de ces
espèces témoigne de leur adaptation aux conditions climatiques et édaphiques
du Sahel (Konaté, 1999). De plus, Poupon (1980) leur avait attribué un degré
de sclérophyllie élevé : 1,24 pour Boscia senegalensis et 0,84 pour Balanites
aegyptiaca.
Faible à l’échelle de la zone ? La densité réelle du peuplement ligneux
est variable d’un site à l’autre (plus élevée à Téssékéré et plus faible à Keur
Momar Sarr). Parallèlement, la densité théorique est deux fois plus élevée que
la densité réelle dans tous les sites avec des coefficients de variation très élevés
donnant ainsi une distribution agrégative des individus. Cette distribution en
415
Les Cahiers d’Outre-Mer
agrégats a été signalée par d’autres études antérieures menées dans la même
zone (Diallo et al., 2011 ; Niang 2009 ; Akpo et al., 2003a ; Diouf et al., 2002).
La surface terrière aussi varie selon les sites et les espèces. Elle est plus
élevée à Labgar et Widou Thiengoly et plus faible à Keur Momar Sarr et Syer.
Il faut noter l’importante contribution des espèces à grande circonférence
comme Adansonia digitata et Faidherbia albida, malgré leurs faibles densités.
Cela confirme donc l’absence de corrélation entre densité et surface terrière.
Le recouvrement aérien est aussi faible dans la zone en raison du pâturage
et des défrichements qui entraîneraient un effet dépressif sur le développement
des arbres (Akpo et al., 2003b). Seule Balanites aegyptiaca représente plus de
la moitié du couvert ligneux à Widou Thiengoly, Labgar et Téssékéré ; alors
qu’à Keur Momar Sarr elle est associée à Acacia tortilis var. raddiana.
Les caractéristiques écologiques actuelles des ligneux sont parfaitement
corrélées à la perception des populations locales de ces écosystèmes. Ces
dernières parviennent à caractériser avec le minimum de biais la flore actuelle
de leur terroir. Ainsi, sur les 42 espèces inventoriées, seules sept n’ont pas été
mentionnées lors de l’enquête.
Les espèces considérées comme meilleures contributrices au potentiel de
régénération des six sites ont aussi été toutes citées par les populations locales
comme taxons qui régénèrent bien dans leur localité. Cette régénération
se présente sous différents aspects selon elles. Cette différence est liée à la
variabilité du type d’activité exercée dans la zone mais aussi aux caractères
d’adaptation des espèces face à la sécheresse. Ainsi, à Keur Momar Sarr et
Syer où l’agriculture sous pluie, le maraîchage et l’élevage des petits ruminants
dominent, les espèces qui régénèrent mieux sont : Acacia tortilis var. raddiana,
Balanites aegyptiaca et Leptadenia pyrotechnica. En revanche, dans les autres
sites où le pastoralisme domine, Balanites aegyptiaca, Calotropis procera et
Boscia senegalensis présentent des taux de régénération plus importants.
L’anthropisation du peuplement ligneux la plus importante a été
observée à Mbar Toubab et la plus faible à Widou Thiengoly. Elle entrave
considérablement les processus naturels d’évolution et de renouvellement
de cet écosystème (Ngom, 2008). Dès lors, un certain nombre d’espèces ont
été citées comme menacées de disparition. Les facteurs responsables sont
selon les populations : la rareté des pluies, les coupes répétitives, les feux de
brousses, le surpâturage, les mauvaises régénérations, le vieillissement des
individus, les vents et les termitières. Donc, plus que la péjoration climatique,
la forte exploitation peut entraîner la raréfaction voire la disparition totale
des espèces. Selon Gillet et Depierre (1971), parmi toutes les causes de
destruction des arbres, l’action humaine, même si elle demeure souvent
416
Espèces ligneuses du Ferlo-Nord, Sénégal...
localisée, reste plus radicale parce que plus rapide. L’homme coupe ce dont il
a besoin pour lui ou son bétail, et détruit tout ce qui le gêne. Ainsi, Le Houerou
(1980) soutient-il que la surexploitation est plus néfaste que la sécheresse.
Cette exploitation temporaire ou permanente n’est pas sans conséquence
sur la pérennité des espèces. Ainsi, les populations disent ne plus rencontrer
dans la zone, des espèces comme Lannea acida, Dichrostachys glomerata,
Securidaca longipedunculata, Acacia ataxacantha, Capparis tomentosa et
Pterocarpus erinaceus.
Dans la zone, l’arbre est au centre de toutes les activités des populations.
Un total de 25 espèces ligneuses est noté, intervenant à la fois dans tous les
domaines d’activité (l’alimentation des hommes et du bétail, la pharmacopée,
la construction…).
Parmi ces 25 espèces, 21 sont utilisées dans le fourrage. Ce qui montre
que le rôle fourrager des ligneux est prépondérant par rapport aux autres types
d’usages dans la localité. Cela est dû à l’importance de l’élevage dans la zone.
Cette importante utilisation fourragère des ligneux est aussi notée par Lykke
et al., (2004). Ces derniers, en étudiant 56 espèces ligneuses dans le Sahel,
notent que 95 % d’entre elles sont des fourrages importants. Cependant,
on constate une certaine hiérarchisation de ces fourrages ligneux. En effet,
12 espèces sur les 21 fourragères présentent un niveau de fidélité supérieur
ou égal à 50 % et la plupart d’entre elles sont présentées comme étant les
fourrages préférés : Balanites aegyptiaca, Boscia senegalensis, Sclerocarya
birrea, Adansonia digitata, Grewia bicolor, Guiera senegalensis, Calotropis
procera, Acacia tortilis var. raddiana et Ziziphus mauritiana. La préférence
de ces espèces peut être liée à leur concentration en nutriments digestibles
(Niang, 2009), mais aussi à leur disponibilité. Cependant, la faible fidélité
des espèces comme Acacia nilotica, Sterculea setigera, Mytragyna inermis,
Bauhinia rufescens, Faidherbia albida, Feretia apodanthera et Maytenus
senegalensis relèveraient plus de leur rareté voire de leur absence. Ce qui
laisse croire que les populations accordent plus d’attention aux espèces les
plus abondantes dans la zone.
Les ressources ligneuses sont aussi utilisées par les populations comme
denrées alimentaires (fruits, condiments, corps gras, etc.) pour l’homme.
Ceci confirme les propos de Le Houerou (1980), qui avancent qu’outre ce
rôle fourrager, les ligneux des parcours sahéliens jouent des rôles multiples et
essentiels tant dans l’équilibre des écosystèmes que dans la vie des populations.
Bekker (1983) et Lykke (2000) font le même constat et notent l’importance de
l’arbre dans l’alimentation humaine. En effet, les espèces les plus consommées
sont des essences fruitières comme Balanites aegyptiaca, Adansonia digitata,
Ziziphus mauritiana, Sclerocarya birrea et Boscia senegalensis. Leurs feuilles
417
Les Cahiers d’Outre-Mer
et fruits sont souvent consommés ou vendus dans les marchés hebdomadaires.
Ces fruits sont soit ramassés, soit récoltés après maturation par abattage ou
secouement des branches.
Outre un service alimentaire et fourrager, la pharmacopée, à l’origine de
guérisons aussi bien de maladies humaines qu’animales, se fait essentiellement
à base d’espèces ligneuses. Les plus citées sont Balanites aegyptiaca,
Sclerocarya birrea, Calotropis procera et Adansonia digitata. Toutes les
parties de la plante peuvent être utilisées mais certaines sont réputées comme
plus efficaces. Le recours systématique des agro-éleveurs et pasteurs à l’arbre
pour se soigner explique le nombre de tradipraticiens (Ndiaye et al., 2010).
L’utilisation des ligneux dans la construction est aussi fréquente. Chaque
espèce est choisie en fonction du rôle qu’elle peut jouer. Selon les enquêtés,
les cases d’hivernage sont construites avec des branches de Grewia bicolor,
de Sclerocarya birrea et de Boscia senegalensis. Les clôtures des champs et
des habitations, ainsi que les enclos des animaux sont faits dans la plupart des
cas de branches de Guiera senegalensis, Grewia bicolor, Calotropis procera
et Balanites aegyptiaca.
Enfin, la collecte du bois mort pour l’usage combustible (bois ou charbon)
n’a qu’un impact secondaire sur l’écosystème de la zone lorsqu’il alimente
les besoins des populations rurales. L’impact s’aggrave lorsque le marché est
urbain et que les prélèvements ne se réduisent pas à du bois mort, mais qu’ils
s’accompagnent de coupes plus ou moins sévères.
Conclusion
Ce travail met en évidence l’état actuel et les usages multiples des espèces
ligneuses du Ferlo-Nord. L’analyse de l’importance spécifique a révélé une
dominance nette de Balanites aegyptiaca, Boscia senegalensis, Calotropis
procera et Acacia tortilis var. raddiana. Ces dernières sont utilisées dans tous
les domaines d’activité, plus particulièrement dans l’alimentation animale et
humaine ou encore dans la pharmacopée. Cependant, ces ligneux sont victimes
de leur propre utilité. Leur état de dégradation avancé révèle leur statut
extrêmement précaire et leur déclin rapide sous l’influence de perturbations
anthropiques incontrôlées (défrichement, incendies, drainage, pollution…)
418
Espèces ligneuses du Ferlo-Nord, Sénégal...
Remerciements
Nous adressons nos sincères remerciements à l’Observatoire Hommes-
Milieux (OHM) Téssékéré et la Fondation Veolia-Environnement qui ont
financé ces travaux.
Bibliographie
Adams J.G., 1970 - Noms vernaculaires des plantes du Sénégal, J. Agric.
Tropic. Bot. Appl., CNRS, n° 17, p. 7-9.
Akpo L.E., F. Bada et Grouzis M., 2003a - Diversité de la végétation
herbacée sous arbre : variation selon l’espèce ligneuse en milieu sahélien,
Candollea, n° 58, p. 515-530.
Akpo L.E. et al., 2003b - Les modes d’occupation des terres et la gestion
des ressources forestières en zone soudanienne d’Afrique de l’Ouest. L’exemple
du bassin-versant de la Néma au Sénégal. In : Organisation spatiale et gestion
des ressources et des territoires ruraux : Actes du colloque international, 25-27
février 2003, UMR Sagert, Montpellier, France, 9 p.
Akpo L.E., Gaston A. et Grouzis M., 1995 - Structure spécifique d’une
végétation sahélienne : cas de Widou Thiengoly (Ferlo, Sénégal), Adansonia
Bull. Mus. Hist. Paris, 17 (Section B), p. 39-52.
Akpo, L.E., 1992 - Influence du couvert ligneux sur la structure et le
fonctionnement de la strate herbacée en milieu sahélien. Les déterminants
écologiques. Thèse de Doctorat de 3e cycle, Département de biologie végétale,
Université Cheikh Anta Diop de Dakar-Faculté des Sciences et techniques
(UCAD-FST), 142 p.
Agence nationale de météorologie du Sénégal (ANAMS), 2013 - Données
climatologiques (précipitations) des stations de Louga et Linguère de 1978 à
2012.
Barral H. et al., 1983 - Systèmes de production d’élevage au Sénégal dans
la région du Ferlo, Bondy, ORSTOM, 162 p.
Becker B., 1983 - The contribution of wild plants to human nutrition in the
Ferlo (Northern Senegal), Agroforestry systems, vol. 1, n° 3, p. 257-267.
Berhaut J., 1967 - Flore du Sénégal, deuxième édition plus complète avec
les forêts humides de Casamance, Dakar, Éditions Clairafrique, 487 p.
Boudet G., 1989 - Évolution de la végétation des parcours sahéliens et
possibilités de réhabilitation, Fourrages, n° 120, p. 401-415.
Cheikhyoussef A.H.M. et al., 2011 - Ethnobotanical study of indigenous
knowledge on medicinal plant use by traditional healers in Oshikoto
region Namibia, Journal of Ethnobiology and Ethnomedicine, n° 7, 10 p.,
[en ligne, 9 mars 2011], [Link]
es/10.1186/1746-4269-7-10, DOI : 10.1186/1746-4269-7-10
419
Les Cahiers d’Outre-Mer
Daget P. & Poissonet J., 1997 - Biodiversité et végétation pastorale, Revue
Élev. Méd. vét. Pays trop., vol. 50, n° 2, p. 141-144.
Diallo A., Faye M.N. et Guisse A., 2011 - Structure des peuplements
ligneux dans les plantations d’Acacia Sénégal (L.) Willd dans la zone de Dahra
(Ferlo, Sénégal), Rev. Écol. (Terre Vie), vol. 66, n° 4, p. 415-427.
Diouf, M., 2002 - Dynamique du peuplement ligneux d’une végétation
sahélienne au Nord-Sénégal (Afrique de l’Ouest), Journal of Science, vol. 2,
n° 1, p. 1-9.
Gaston, A. et Boerwinkel E., 1982 - Essai de méthode de suivi continu du
couvert ligneux, Dakar, Rome/PISCEPS, FAO, 61 p.
Gillet H. et Depierre D., 1971 - Désertification de la zone sahélienne du
Tchad (bilan de dix années de mise en défens), Bois et forêts des tropiques,
n° 139, p. 3-25.
Konaté P. S., 1999 - Structure, composition et distribution de quelques
ligneux dans les provinces du Seno et du Yagha : proposition d’application à
leur gestion, Mémoire de fin d’études d’ingénieur du développement rural,
Département de biologie végétale, Université de Ouagadougou, Burkina Faso,
76 p.
Klug S., 1982 - Inventaire et suivi de la végétation dans la parcelle d’élevage
à Widou-Thiengoly (Ferlo, Sénégal), Rapport final, Gesellschaft für technische
Zusammenarbeit (GTZ) 134 p.
Lebrun J.P. et Stork A.L., 1997 - Énumération des plantes à fleurs
d’Afrique tropicale. Genève, Éditions des conservatoires et jardin botaniques,
p. 341 et 712.
Le Houerou H.N., 1980 - L’inventaire du potentiel fourrager des arbres et
arbustes d’une région du Sahel malien. Méthodes et premiers résultats. In : Le
Houerou H.N., Les fourrages ligneux en Afrique : État actuel des connaissances.
Addis Abeba, Centre international pour l’élevage en Afrique (CIPEA), 1980,
481 p.
Lukke A.M., 2000 - Local perceptions of vegetation change and priorities for
conservation of woody-savanna vegetation in Senegal, Journal of Environmental
Management, n° 59, p.107-120.
Lukke A.M., Kristensen M.K. et Ganaba S., 2004 - Valuation of local use
and dynamics of 56 woody species in the Sahel, Biodiversity and Conservation,
vol. 13, n° 10, p. 1961-1990.
Ndiaye M., Akpo L.E. et Dione M.E., 2010, Caractéristiques des ligneux
fourragers dans les terroirs pastoraux de Ranérou (Région de Matam, Nord-
Sénégal), Journal of Science, vol. 10, n° 3, p. 12-27.
Ndiaye O. et al., 2014 - Diversité floristique des peuplements ligneux du
Ferlo, Sénégal, Vertigo, vol. 13, n° 3, 12 p.
Ngom D., 2008 - Définition d’indicateurs de gestion durable des ressources
sylvo-pastorales au Ferlo (Nord-Sénégal), Thèse de doctorat de 3e cycle
420
Espèces ligneuses du Ferlo-Nord, Sénégal...
en Biologie végétale, option Écologie, Faculté des Sciences et Techniques,
Université Cheikh Anta Diop de Dakar (FST/UCAD), 148 p.
Niang K., 2009 - L’arbre dans les parcours communautaires du Ferlo-Nord
(Sénégal), Mémoire de DEA, Faculté des Sciences et Techniques, Université
Cheikh Anta Diop de Dakar (FST/UCAD), 67 p.
Poupon H., 1980 - Structure et dynamique de la strate ligneuse d’une
steppe sahélienne au Nord du Sénégal, Paris, ORSTOM, 351 p.
Rondeux J., 1993 - La mesure des arbres et des peuplements forestiers,
Gembloux, Les presses agronomiques de Gembloux, p. 16 et 59.
Sarr O. et al., 2013 - Importance des ligneux fourragers dans un système
agropastoral au Sénégal (Afrique de l’Ouest), Revue Méd. Vét., vol. 164, n° 1,
p. 2-8.
Santoir C., 1973 - Les sociétés pastorales du Sénégal face à la sécheresse,
Dakar, ORSTOM, 56 p.
Valenza J., 1981 - Surveillance continue de pâturages naturels sahéliens
sénégalais : résultats de 1974 à 1978. Revue Elev. Méd. Vét. Pays Trop., vol. 34,
n° 1, p. 83-100.
Wouters P. et Notelaers V., 1999 - L’espace entre les arbres et la densité
des peuplements, Sylva et Belgica, vol. 106, n° 2, 4 p.
Résumé
Au Sahel, les ligneux jouent un rôle important dans l’alimentation du cheptel, en toute
saison. La présente étude est une analyse de l’état actuel et de l’usage de ces espèces
ligneuses dans six villages (Keur Momar Sarr, Syer, Mbar Toubab, Widou Thiengoly,
Téssékéré et Labgar) du Ferlo-Nord suivant un gradient de facteur écologique
est-ouest. Elle combine une approche écologique et des enquêtes ethnobotaniques
auprès des populations locales. Les 120 relevés dendrométriques menés sur le terrain
et les 52 entretiens, ont permis de répertorier 42 espèces réparties en 33 genres et 18
familles. Les Fabacées et les Combrétacées sont les familles les plus représentées.
Certaines espèces (Balanites aegyptiaca, Boscia senegalensis, Calotropis procera
et Acacia tortilis var. raddiana) sont prépondérantes dans la zone malgré l’intérêt
porté par la population (fourrage, alimentation, médecine traditionnelle et énergie
domestique). La richesse floristique, le couvert aérien ainsi que la densité réelle sont
plus importants à Widou Thiengoly, Téssékéré et Labgar (situés à l’est dans la zone
des six forages) comparés aux autres sites situés à l’ouest dans la zone du lac de
Guiers.
Mots-clés : Espèces ligneuses, relevé floristique, enquête ethnobotanique, usages,
Ferlo-Nord, Sénégal, Afrique
421
Les Cahiers d’Outre-Mer
Abstract
Woody species in Ferlo-North, Senegal: current state and usage
In the Sahel, woody species play an important role in feeding livestock in any season.
This study is an analysis of the current status and the use of these woody species in
six villages (Keur Momar Sarr, Syer, Mbar Toubab, Widou Thiengoly, Téssékéré and
Labgar) of Ferlo-North along an east-west ecological gradient factor. It combines
an ecological approach and ethno-botanical surveys of local populations. The
120 dendrometric field surveys and the 52 interviews, allowed us to list 42 species
belonging to 33 genera and 18 families. Fabaceae and Combretaceae are the most
represented families. Some species (Balanites aegyptiaca, Boscia senegalensis,
Calotropis procera and Acacia tortilis var. raddiana) despite their interest for the
population (fodder, food, traditional medicine and household energy) are predominant
in the area. Floristic richness, aerial cover and the actual density are more important
in Widou Thiengoly, Téssékéré and Labgar (east of the area of six holes) compared to
other sites located west of Lake Guiers area.
Keywords : woody species, plants sampling, floristic readings, ethno-botanical
survey, uses, North-Ferlo, Senegal, Africa
422