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Frou Frou Les Bains - Version Parlée

Theâtre

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Frou Frou Les Bains - Version Parlée

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Frou-Frou-les-Bains

• Edmond : directeur de Frou-Frou les Bains, veuf, père de Juliette. Il est rigide envers ses
employés, cherche la perfection dans le fonctionnement de son établissement qu’il a repris
après la mort de sa femme. Il essaye de trouver le mari parfait pour sa fille.
• Mathilde Moulin : curiste, célibataire à la recherche d’un mari, dépressive après la mort de
son chien Kiki. Elle a eu un fiancé qui s’est finalement marié avec sa mère et s’est éprise
de Baptistin, employé de la station thermale lors d’un voyage à Paris, celui-ci s’est fait
passer pour un légionnaire pour s’en débarrasser.
• La Baronne de Morton la Garenne : curiste, mère de Charles. Elle est une baronne décalée
avec son titre nobiliaire, libertine aux allures nymphomanes, elle semble venir à la cure à
la recherche d’aventures amoureuses, plus que pour les vertus thérapeutiques de
l’établissement.
• Baptistin : employé de la station thermale, amant de Juliette. Éternel gaffeur, Baptistin est
épris de la fille du directeur mais n’ose pas aller demander la main de sa bien-aimée à celui-
ci.
• Ferdinand Gronsard : curiste, amoureux de Mathilde Moulin. Agent financier rondouillard
à la recherche de l’âme sœur (qu’il trouve avec Mathilde Moulin), il est pris par Baptistin
pour le plombier chargé de faire revenir l’eau à Frou-Frou les Bains.
• Charles de Morton la Garenne : curiste, fils de la Baronne de Morton la Garenne, amant de
Madeleine Grumeaux. Grand benêt entretenu par sa mère, on cherche à lui imposer une
union maritale avec Juliette alors qu’il aime en secret Madeleine Grumeaux, employée de
la station thermale.
• Juliette : employée de Frou-Frou les Bains, fille du directeur, amante de Baptistin. Elle
aime Baptistin qui n’est pas de son rang social alors que son père cherche à la marier à
Charles de Morton la Garenne, bien qu’ils ne soient pas amoureux l’un de l’autre.
• Madeleine Grumeaux : employée de la station thermale, amante de Charles de Morton la
Garenne. Elle aime Charles par intérêts, n’étant qu’une simple employée de la cure.
• Saturnin Duguet : employé de Frou-Frou les Bains. Personnage absent de cette version. Il
est symboliquement remplacé par un assistant virtuel.

1
Acte I
La scène présente le hall d’entrée de la station thermale « Froufrou-les-Bains ». Il y a trois
entrées :
- côté Jardin au troisième plan, une porte tournante ;
- côté Cour, au troisième plan, des escaliers ;
- côté Cour, au premier plan, une porte à double battants.
Côté Jardin, une fontaine se situe au premier plan et un banc sans dossier est collé au mur au
deuxième plan.
Côté Cour, un comptoir se situe au deuxième plan. Sur le comptoir, un appareil technologique
visible est posé. Derrière celui-ci, un panneau portant les clés de l’établissement est accroché au
mur. Il est mal accroché et ne tient fermement que par le bas, plaçant le panneau dans une position
de « 45° » par rapport au mur.
À l’ouverture des rideaux, Baptistin, Juliette et Madeleine se tiennent côte-à-côte, chacun un balai
à la main. La chanson « Frou-frou les bains » se fait entendre et ils entament chorégraphie.
Rapidement, Edmond entre par les escaliers.
- Edmond : (criant, mécontent) Stop ! Stop! On arrête tout!
Les trois autres cessent la chorégraphie mais la musique continue.
- Edmond : (se tournant vers la machine située sur le comptoir) Saturnin, arrête la musique.
La musique se poursuit.
- Edmond : Saturnin, arrête la musique !
La musique se poursuit.
- Edmond : Saturnin, ça suffit, oui ?
La musique s’arrête.
- Edmond : Maudite technologie ! Dans la publicité, tout fonctionne toujours parfaitement.
« Achetez notre assistant virtuel spécial cure thermale » qu’ils disaient. « Vous serez aussi détendu
que vos clients ! ». Jusqu’à maintenant, ce Saturnin est juste bon à me mettre les nerfs en pelote
… (aux trois autres) Bon, ben ça va vraiment pas, hein ! Faudra encore répéter. Bon allez, allez,
disparaissez ! Ne restez pas dans le hall, enfin ! Les premiers curistes vont arriver et rien n’est
encore prêt ! Allez, allez ! Dépêchez-vous ! Et n’oubliez pas de vérifier chaque chambre.
Baptistin et Juliette sortent par la porte côté Cour.
- Edmond : Ce lieu doit être d’une propreté impeccable. Voilà … Raaaah ! (il fait peur à
l’employée qui fuit par l’escalier). (au public) Ah oui, ça, directeur de cure thermale n’est pas un
métier de tout repos. Surtout que maintenant, je me retrouve bien seul à diriger cet établissement
… Depuis la mort de ma pauvre femme, j’ai bien du chagrin … et peu de cœur à l’ouvrage ! Ça,

2
il faut dire aussi que je suis mal secondé. Baptistin ! Baptistin ! (agitant une clochette présente sur
le comptoir) Il n’est jamais là quand on a besoin de lui !
- Baptistin (off) : Voilà ! Voilà ! On arrive ! (entrant par la porte Cour) Vous m’avez appelé,
Monsieur le directeur ?
- Edmond : Alors là pas du tout, non : je criais ton nom par plaisir …
- Baptistin : Bah ça c’est gentil, alors ! (ressort par la porte Cour)
- Edmond : Reviens ici, imbécile !
Baptistin revient par la porte Cour.
- Edmond : Combien de fois t’ai-je dit de réparer ce tableau ?
- Baptistin : (se dirigeant vers le tableau, derrière le comptoir) Ho là là !
- Edmond : Là, tu attends qu’il se décroche complètement ?
- Baptistin : Non, je le fais tout de suite, Monsieur le directeur.
- Edmond : Mais enfin, un petit coup de marteau, c’est tout de même pas la mer à boire, que diable !
- Baptistin : Oui, Monsieur le directeur.
- Edmond : Non, parce que je te rappelle que tu as les chaises longues et les parasols.
- Baptistin : Oui, Monsieur le directeur.
- Edmond : Tu sais, Baptistin, la concurrence est de plus en plus dure. Si notre lieu n’est pas
impeccable, les curistes iront se faire curer ailleurs. Soyons vigilants !
- Baptistin : Oui, Monsieur le directeur.
Edmond s’écarte du comptoir et s’adresse au public. Pendant ce temps, Baptistin regarde le
panneau, cherche un peu dans le comptoir puis se dirige vers la porte Cour.
- Edmond : Oui, enfin grâce au ciel, notre eau de source a des vertus thérapeutiques uniques au
monde. Ah, ma défunte femme disait toujours : « notre eau, c’est notre fonds de commerce » !
- Baptistin (prêt à sortir par la porte Cour) : Ah oui, d’accord, oui (il sort par la porte Cour en
riant).
- Edmond : Bah, elle savait de quoi elle parlait : elle a tenu cette cure pendant vingt ans. Je vous
ai déjà raconté comment nous fîmes connaissance ?
Baptistin revient précipitamment par la porte Cour.
- Baptistin : Vingt fois !
Baptistin se penche et cherche quelque chose derrière le comptoir et commence à poser dessus
une boite contenant des clous et plusieurs marteaux de tailles différentes.

3
- Edmond : Clin d’œil du destin : c’était lors du mariage de ma cousine Raymonde !
- Baptistin : (occupé par ses marteaux) Tiens donc ?
- Edmond : Je m’étais endimanché comme il est de coutume pour un mariage. Et, alors que je
saluais des proches, nos yeux se sont croisés. Et nos âme ont fusionné ! Immédiatement, j’aurais
pu dire ce qu’elle pensait …
- Baptistin : (tenant un gros marteau) Il est bien trop gros celui-là, ça n’ira jamais.
- Edmond : Mais j’étais un jeune homme timide …
- Baptistin : Comment ?
- Edmond : (criant) Je vous dis que j’étais timide !
- Baptistin : Ah, oui, bien sûr.
- Edmond : Et plutôt que de prendre mon courage à deux mains, j’ai détourné le regard. Mais
quelques minutes plus tard, alors que l’orchestre avait commencé à jouer, c’est elle qui ai fait le
premier pas et s’est présentée à moi. Mon monde s’est illuminé et je n’ai plus eu qu’une seul idée
en tête …
- Baptistin : (qui a trouvé un marteau et plaque le panneau au mur) Alors toi, je te colle au mur et
je te fais ton affaire …
Madeleine entre en nettoyant, elle s’arrête et écoute, toute émue par le récit romantique de
Edmond.

- Edmond : Valser, valser, valser encore avec ce petit oiseau de paradis. Je voulais que notre
étreinte ne finisse jamais. Avons-nous dansé quelques minutes ou plusieurs heures ? Je ne saurais
le dire. Mais nous décidâmes de nous éclipser de la soirée, devenue trop bruyante à notre goût. Et,
une fois dehors, seuls et dévorés par la passion …
- Baptistin : (frappant bruyamment trois coups pour faire entrer un clou) Ah, quel plaisir quand
ça rentre tout seul, comme ça !
- Edmond : (nostalgique) Nous échangeâmes notre premier baiser …
- Baptistin : (regardant le panneau à présent collé au mur) Voilà, ça a l’air de tenir !
Edmond, dans ses souvenirs, n’écoute pas Baptistin.
-Edmond : Ah Madeleine, activez-vous, faut que ça blinque, les premiers clients vont arriver et
certains très importants comme la Baronne de Morton de la Garenne
Madeleine : (qui s’émerveille) Elle arrive aujourd’hui !
Edmond fait oui de la tête

4
Madeleine : avec Charles…..( voyant la surprise de Edmond et Baptistin, elle se reprend)….de
Morton de la Garenne, son fils je pense ( elle nettoye dans un pas quasi de danse)
Edmond : ah j’espère, je le souhaite, je l’exige
Madeleine est de plus en plus heureuse
Edmond : il faut qu’il vienne.. je peux vous le dire. Je pense qu’il vient ici rejoindre une personne
qu’il souhaiterait épouser.
Madeleine (surprise, elle ralenti son mouvement de nettoyage)/…vous…..
Edmond : non, pas moi, enfin qu’est ce qui vous prends Madeleine
Madeleine : je ne disais pas vous , vous .. mais vous, vous… êtes au courant de quelque chose.
Edmond : Diriger c’est prévoir, anticiper, c’est deviner, lire entre les lignes. Et concernant Charles,
j’ai bien lu son amour pour ma petite Juliette.
Baptistin s’arrête et regarde Edmond
Madeleine ( soudain énervée, elle fait la tête et frotte le sol avec énergie) : Vous devriez acheter
des lunettes.
Baptistin : c’est vrai ça !
Edmond : Des lunettes, pourquoi faire
Baptistin et madeleine : Pour mieux lire entre les lignes
Edmond : hein, bon occupez vous de vos affaires, vous ( à Madeleine) vous frottez) et vous (à
Baptistin) vous réparez
Madeleine ( poussant son balai comme une arme) : c’est la guerre, (elle sort)

- Baptistin : (quittant le comptoir pour venir parler à Edmond, insistant) Ça y est, j’ai réparé le
panneau, hein !
- Edmond : Ah ben ça, on a entendu … Et ça tient au moins ?
- Baptistin : Je vais vous dire : c’est du solide !
Le panneau se décroche et tombe sur le comptoir.
- Baptistin (époussetant Edmond) : ça va ? Vous n’êtes pas blessé ? (retournant vers le panneau)
Il manquait juste un petit clou, ça va aller tout de suite !
- Edmond : Vous n’allez quand même pas passer la matinée sur ce tableau ? Non, rassurez-moi.
Non, parce que je vous rappelle que vous avez les chaises longues et les parasols !
- Baptistin : Oui, Monsieur le directeur.

5
- Edmond : C’est fini les vacances ! Vous n’êtes pas en balade à Paris, ici !
Edmond sort par l’escalier.
- Baptistin : (saisissant le marteau) Bien, Monsieur le directeur. (voulant imiter le geste militaire,
il approche la main de sa tête et se frappe le crâne) Aïe ! (au public) Parlons-en de ma ballade à
Paris ! Ouf ! Un véritable cauchemar. Je suis tombé sur une folle qui ne m’a pas lâché d’une
semelle. Elle voulait se jeter du pont de l’Alma par désespoir d’amour. Manque de pot : je passais
par là et je l’ai sauvée … (imitant la femme) « C’est un signe du destin que vous soyez intervenu.
Vous êtes mon sauveur ! Nous sommes faits l’un pour l’autre ! ». J’aurais dû la pousser : elle m’a
gâché mon week-end. Alors pour m’en débarrasser, je lui raconté que j’étais légionnaire et que je
devais rejoindre mon unité. Autrement, j’y serais encore. Remarquez, ça ne m’aurait pas dérangé
parce que …
Juliette entre à toute vitesse par la porte Cour. Elle tient un couteau
- Juliette : Coucou ! Hahaha ! (elle se jette sur Baptistin et l’embrasse, laissant tomber son couteau
au sol)
- Baptistin : (cherchant à éviter les baisers de Juliette) Non, arrête ! Juliette ! Pas ici !
Baptistin tombe à la renverse et se retrouve sur le dos. Juliette est à califourchon sur lui.
- Juliette : Ho, bha il n’a pas envie de faire un gros câlin à sa petite Juliette adorée ? (elle tient
Baptistin par les joues) Oh oui, il aime ça, les câlins ! (elle donne des coups de poing dans le ventre
de Baptistin) Hein que tu aimes ça ?
- Baptistin : Arrête ! Arrête ! Non, relève-toi !
Juliette se penche pour l’embrasser.
- Baptistin : Ton père est dans les parages.
- Juliette : Oh, mais qu’est-ce que ça peut faire ? Puisque c’est aujourd’hui le grand jour !
- Baptistin : Ah oui, le grand jour ! Oui, justement, je voulais t’en parler ! Ce ne serait pas possible
de remettre ça à un petit peu plus tard ? Parce que là, il m’a l’air d’une humeur …
- Juliette : (énervée) Comment ?
- Baptistin : Si on pouvait décaler le grand jour de deux-trois jours …
- Juliette : Tu te fous de moi ?
- Baptistin : Non, ça m’arrangerait deux-trois jours.
- Juliette : (saisissant le couteau et le posant sur son visage) Je te demande si tu te fous de moi. Ça
fait des semaines que tu me dis « le jour de l’ouverture de la cure, je demande ta main à ton père ».
Et le jour venu, vlan : tu te défiles.
- Baptistin : Mais non, heu …

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- Juliette : Baptistin, tu en aimes une autre !
- Baptistin : Oh bha, t’es bête, mon poussin ! Tu sais bien que je t’aime.
- Juliette : Non, parce que soyons clairs : tu me trompes, je te saigne.
- Baptistin : Oui, oui, c’est pour ça que je t’aime, mon poussin. (Juliette se redresse, toujours à
califourchon sur Baptistin, couché) Bah alors ? Alors, à qui c’est le poussin à son canard, hein ?
(chatouillant ses côtés) Le coincoin ?
- Juliette : Arrête, tu me chatouilles.
- Baptistin : (touchant sa poitrine) Le pioupiou ?
- Juliette : Arrête, je te dis !
- Baptistin : (recommençant) Oh, il y a deux pioupious !
- Juliette : (se relevant) Arrête ! Plus de pioupiou ! C’est fini, les pioupious ! Parle à mon père,
d’abord !
- Baptistin : Oh, écoute, on n’est tout de même pas à deux jours près, quand même !
- Juliette : Tu sais que la baronne de Morton la Garenne vient ici comme chaque année ?
- Baptistin : Oui.
- Juliette : Avec son fils, Charles.
- Baptistin : Et alors ?
- Juliette : Mon père a l’intention de nous marier. Et le plus vite possible. Il serait très fier que sa
fille devienne un de Morton la Garenne.
- Baptistin : (amusé) Toi avec ce grand benêt ?
- Juliette : (le menaçant avec le couteau) Pourquoi pas ? C’est un garçon intelligent, délicat et plein
de charme.
- Baptistin : Ah ? On ne doit pas parler du même, alors.
- Juliette : Et puis je ne vais pas attendre toute ma vie que tu te décides à faire ta demande.
- Baptistin : Mais je vais la faire ma demande, mon poussin. Mais si je te dis que ce n’est pas le
moment, ce que ce n’est pas le moment.
- Juliette : Mais avec toi, c’est jamais le moment ! La vérité, c’est que tu as peur de mon père.
Voilà le problème.
- Baptistin : Ho, pas du tout. Du tout, du tout, du tout … C’est vrai que c’est pas un garçon facile
facile mais … j’ai besoin d’établir une certaine complicité avec lui. Tu comprends : si j’arrive à
me rendre indispensable, à être son bras droit, bah il n’aura plus aucune raison de me refuser ta

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main. Hein ? Et puis … (joueur) qui c’est qui fera coincoin à son pioupiou ? Hein ? Le pioupiou à
son coincoin ? Le coincoin et la pioupiou ? Alors ?
- Juliette : (amusée) Mon dieu !
- Baptistin : Quoi ?
- Juliette : Rien, tu me fais penser aux amies que j’ai vues ce week-end !
- Baptistin : (se regardant) Ah bon ?
- Juliette : On a parlé de toi …
- Baptistin : (curieux et un peu fier) Ah oui ? Elles ont dit quoi ?
- Juliette : Elles m’ont demandé ce que je faisais avec toi …
- Baptistin : (déçu) Ah oui ? Tu as dit quoi ?
- Juliette : Que, quand j’étais jeune fille, je rêvais d’un homme fort, beau, brillant et riche. Et que
c’est en te rencontrant que j’ai changé d’avis.
- Baptistin : Ah ?
- Juliette : Oui ! Que l’amour, ça ne se choisissait pas. Et qu’un homme mou, un peu idiot et
maladroit, tant qu’on l’aime, il nous rend heureuse !
- Baptistin : Le coincoin au pioupiou, il a de la chance !
- Juliette : (menaçante avec son couteau, elle pousse Baptistin jusqu’au canapé situé à Jardin) Je
l’aime, mon pioupiou, je l’ai dans la peau, mais il va falloir qu’il tienne sa promesse et parle à mon
père !
- Baptistin : (effrayé, tombant dans le canapé) Je préférais quand tu me parlais de ta soirée avec
tes copines.
- Juliette : (revenant au centre de la scène) Je suis sérieuse, Baptistin. On ne rit pas avec les
sentiments d’une femme amoureuse !Edmond entre par les escaliers Cour. Baptistin ne le voit pas.
- Edmond : (voyant Baptistin sur le canapé et sarcastique) Monsieur désire autre chose ?
- Baptistin : Merci, mon vieux.
Découvrant que c’est Edmond, Baptistin se lève promptement.
- Edmond : Allez-y, surtout ne vous gênez pas ! Alors il suffit que je m’absente trente secondes
pour que vous en profitiez pour vous pavaner !
- Baptistin : Non, ce n’est pas ça …
- Edmond : Bravo ! Belle mentalité !
- Baptistin : Juliette …

8
- Edmond : Taisez-vous ! (se tournant vers Juliette et devenant mielleux) Tu vas bien, ma chérie ?
(il l’embrasse sur la joue puis se retourne vers Baptistin) Faites attentions, mon garçon, faites très
attention ! Vous êtes sur la mauvaise pente. Ici, on n’accepte pas les musards. C’est clair ?
- Baptistin : Oui, Monsieur le directeur.
- Edmond : Bon …
Baptistin se rassoit sur le canapé.
- Edmond : Allez ! Reprenez votre travail !
Baptistin se relève promptement et se promène sur la scène en rangeant des choses. Il commence
à s’intéresser à leur discussion dès qu’il est question de demander la main de Juliette.
- Edmond : (à Juliette) Alors, ma chérie, prête à cueillir ton futur fiancé ? Ho, quand je pense que
j’ai connu ce baron tout petit et qu’il va venir aujourd’hui me demander la main de ma fille. Mais
alors, je n’ose y croire !
- Juliette : (à Edmond) Tu penses que Monsieur Charles fera sa demande pendant son séjour ?
- Edmond : Mais comment, si je le crois ? Mais j’en suis certain, oui ! Héhé … Ah, je me suis
laissé dire qu’il était impatient de venir à la cure ! Je doute fort que ce soit pour les bienfaits de
notre eau ! (il rit) Non, ce qui m’inquiète, c’est la mère. On n’en a jamais véritablement parlé,
qu’est-ce que tu veux … Ah, j’espère qu’elle ne s’opposera pas à ce mariage.
- Juliette : Mais non, ne te fais pas de soucis, mon papounet. Elle m’adore ! Bon, je te laisse : j’ai
du travail en cuisine. (elle l’embrasse sur la joue) Baptistin a quelque chose à te demander.
Baptistin, occupé à regarder ses mains, n’entend pas la réplique le concernant.
- Edmond : C’est ça, à plus tard, ma chérie !
Juliette sort par la porte Cour
- Edmond : (s’élançant après elle, joueur) Allez, allez ! Elle est mignonne, hein ? (à Baptistin,
très agressif) Qu’est-ce que vous me voulez ?
Surpris et toujours occupé à regarder ses mains, Baptistin se tourne vers Edmond sans
comprendre.
- Baptistin : (poli) Je vous demande pardon ?
- Edmond : Bah ma fille m’a dit que vous vouliez me parler. Je vous écoute.
- Baptistin : (mal à l’aise) Ah oui, d’accord, oui … héhéhé … Remarquez : j’ai mis les gants, hein !
Héhéhé …
- Edmond : Ben dépêchez-vous, mon vieux : moi, j’ai pas que ça à faire, hein !
- Baptistin : (très timide) Non, non, oui, je comprends bien … Bon, ben, voilà … Voilà …
(cérémonieux, parlant très fort et cherchant à se donner de la contenance) Monsieur le directeur !

9
J’ai l’honneur de vous demander … le … le … (mal à l’aise, il traverse la scène en faisant des
bruits) Non, non, c’est pas ça … je vais vous expliquer … (montrant la porte Cour) C’est parce
qu’elle était là, (montrant le centre de la scène) elle est rentrée là, et là, elle a fait le coincoin et le
pioupiou, alors heu … Moi, je lui ai dit « Attention, le coincoin et le pioupiou ! » hein … Puis elle
est sortie avec ses amies. Enfin, ce week-end. Mais elles ont dit que moi j’étais … (mettant sa
main à l’horizontale et la faisant pivoter de gauche à droite) Mais elle n’était pas d’accord … Et
vous, ça va ?
- Edmond : (agressif et avançant vers Baptistin) Vous vous fichez de moi, non ?
- Baptistin : (se réfugiant derrière le comptoir) Non ! C’est au sujet de votre fille.
- Edmond : Ma fille ? Qu’est-ce qu’elle a, ma fille ?
- Baptistin : Beau morceau, hein ?
- Edmond : (agressif, avançant vers le comptoir) Pardon ?
- Baptistin : Non, non ! Belle fille ! Vous l’avez pas loupée, hein ! (souriant) Intelligente avec ça

- Edmond : (froid) Avec quoi ?
- Baptistin : (ne souriant plus) Avec ça.
- Edmond : On vous a demandé quelque chose ?
- Baptistin : Pas du tout.
- Edmond : Vous avez un problème avec ma fille ?
- Baptistin : Pas du tout !
- Edmond : Alors laissez-la tranquille !
- Baptistin : Oui, Monsieur le directeur.
- Edmond : Et occupez-vous un petit peu de vos affaires, non ?
- Baptistin : Oui, Monsieur le directeur.
- Edmond : Vous n’allez quand même pas passer une matinée sur ce tableau.
- Baptistin : (fouillant dans la boîte à outils et prenant un tournevis) Non, non, non …
- Edmond : (si dirigeant vers la fontaine, à Jardin) Non, parce que je vous rappelle que vous avez
les chaises longues !
- Baptistin : Et les parasols !
Juste après cette réplique, Baptistin se cache sous le comptoir. Edmond se retourne vivement vers
lui. Puis il reprend sa marche vers la fontaine et Baptistin se relève et se tourne vers le tableau,
son tournevis en main. Il commence à tourner aux coins du panneau.

10
- Edmond : (ouvrant le robinet) Ah bah tiens : le robinet qui ne coule pas. (criant) Baptistin !
- Baptistin : (sur le même ton) Monsieur le directeur !
- Edmond : Bon bah, faut me réparer ça tout de suite, hein ! Ca la ficherait mal devant la clientèle.
Un robinet qui ne fonctionne pas dans une cure thermale. Où allons-nous ?
- Baptistin : Je le fais tout de suite, Monsieur le directeur.
Baptistin revient au comptoir pour prendre sa boîte à outil. Edmond tente d’ouvrir un second
robinet.
- Edmond : Bah tiens ! Celui-ci non plus ! Mais que signifie cette farce ?
- Baptistin : (arrivant avec sa caisse) Permettez, Monsieur le directeur ?
- Edmond : C’est pas possible !
- Baptistin : Pardon, excusez-moi !
- Edmond : (se retournant et la voyant avec sa caisse et lui laissant la place) Ah c’est pas possible :
dites-moi que je rêve !
- Baptistin : Laissez-moi faire, c’est rien du tout ! Pardon ! (posant la caisse au sol et tournant les
deux robinets) Voilà ! Et voilà ! (à Edmond) Y’a plus d’eau !
- Edmond : Catastrophe ! Ho, c’est une catastrophe !
Un bruit de klaxon retentit en off.
- Edmond : (paniqué) Tiens, du monde ! Une cure thermale sans eau : je suis foutu !
- Baptistin : Non, ce n’est peut-être qu’un problème de tuyaux !
- Edmond : Va vérifier s’il y a de l’eau ailleurs.
- Baptistin : Oui.
- Edmond : Et appelle le plombier. Qu’il vienne le plus vite possible !
- Baptistin : Bien, Monsieur le directeur !
Baptistin sort avec la caisse à outils par la porte Cour.
- Edmond : Ho, si ma pauvre femme était encore de ce monde, elle saurait quoi faire, elle !
(s’adressant aux robinets) Ho mais coulez, mes petits, coulez !
Un nouveau coup de klaxon résonne en off.
- Edmond : (s’approchant de la porte Jardin) Rhooo … (regardant à travers la fenêtre de la porte)
C’est la baronne ! (se dirigeant au bas de l’escalier Cour et criant) Répétition ! C’est la baronne !
(à Saturnin) Saturnin : régler le début de la musique sur l’ouverture de la porte !

11
Entrée de Juliette (par la porte Cour) et Madeleine (par l’escalier). Elles reprennent la
chorégraphie du début de la pièce. Un gag est lié à l’entrée de la baronne : lorsqu’elle entre, ils
lancent la musique et commencent à danser. Mais à chaque fois, Charles la pousse en activant la
porte tournante et elle se retrouve dehors. Charles, restant dans la porte se retrouve dehors
également er recommence un tour. À chaque fois, ils reprennent le début de la chanson et de la
chorégraphie lorsque la baronne apparaît et l’interrompent lorsqu’elle sort.

- Baronne : (quittant enfin la porte tournant et entrant sur scène) Charles ! Charles ! Mais vous
êtes complètement idiot, mon chéri !
Ils reprennent la chorégraphie.
Charles finit par quitter la porte tournante, lui aussi. Il a une minerve autour du coup et le mollet
droit dans le plâtre.
- Baronne : Quel accueil ! Ça donne envie de chanter !
- Edmond : Ho, merci chère amie, merci ! Mais quelle joie de vous avoir enfin à la maison !
- Baronne : (tendant les deux mains en direction d’Edmond, qui vient les saisir) Cher, très cher
ami, je suis enchanté de vous revoir.
- Edmond : Ho, merci beaucoup. Mais alors, qu’est-il arrivé à votre grand fils ?
- Baronne : Charles a fait une mauvaise chute de cheval.
- Edmond : Ah, saut d’obstacle !
- Baronne : Non, Foire du Trône. Il était sur un manège, le truc s’est emballé.
- Charles : (penaud) J’ai été éjecté sur le stand de tir.
- Baronne : Dieu soit loué : il y a eu plus de peur que de mal.
- Charles : Non, il y a eu les deux.
- Baronne : (à Edmond) Au fait, nous avons appris pour votre femme. Sincères condoléances.
- Edmond : Merci beaucoup.
- Baronne : Qu’est-ce qui emporta notre grande et chère amie ?
- Edmond : Les pompes funèbres Delaville. Des gens charmants.
- Baronne : Non, je voulais dire : de quoi souffrait-elle ?
- Edmond : Ah, oui. Alors ça, ça a été terrible : suite à sa maladie, elle s’est totalement déshydratée.
- Baronne : Non ? Vous admettrez tout de même : directrice de cure thermale et mourir de soif,
c’est drôle, non ?

12
Charles part dans un fou-rire. Il rit à la façon d’un âne.
- Baronne : Enfin, que voulez-vous : ce sont toujours les pharmaciens les plus mal chaussés.
(découvrant Juliette) Ho, mais c’est notre petit Julien !
- Edmond : (corrigeant) Juliette.
- Baronne : C’est vrai, Juliette ! Pourquoi dites-vous Julien ? Est-il bête ? Elle est mignonne ! Elle
a grossi, elle va bientôt rattraper son papa.
Edmond est enchanté du commentaire.
- Baronne : (à Charles) Dites bonjour, elle ne va pas vous mordre !
- Charles : Bonjour, elle ne va pas vous mordre.
- Edmond : Bon, et à part ça, vous avez fait un beau voyage ?
- Baronne : Je dirais même mieux : nous avons fait un beau voyage.
- Tous : Ah !
Saturnin lance la chanson « Nous avons fait un beau voyage » (Reynaldo Hahn, « Ciboulette »).
Paniqué, Edmond se précipite vers la machine pour la faire taire.
- Edmond : Saturnin, arrête la musique … (la musique continue) Saturnin, arrête la musique ! …
(la musique continue) Bon, Saturnin, tu la boucles ou je te débranche !
La musique s’arrête.
- Baptistin : (en off, paniqué) Monsieur le directeur ! Monsieur le directeur ! (entrant par la porte
Cour) Ah, Monsieur le directeur, c’est terrible ! J’ai vérifié partout : il n’y a plus une seule goutte
d’eau dans toute la maison.
Edmond fait mine de se racler la gorge pour couvrir les paroles de Baptistin tout en lui faisant
des signes pour lui faire comprendre que les curistes sont présents et ne doivent pas apprendre la
nouvelle.
- Baptistin : Alors j’ai fait appeler le plombier.
Edmond l’interrompt à nouveau en mimant de se racler la gorge.
- Baptistin : (à Edmond) Ça va ? Vous voulez un verre d’eau ? (réalisant sa bourde) Je suis bête
hein : il n’y a plus d’eau.
- Baronne : Comment ?
- Edmond : Non, non ! Il veut dire qu’il n’y a plus d’eau-de-vie pour les digestifs.
- Barone : Ah bon ! Je craignais qu’il n’y ait plus d’eau à la station.
- Edmond : Ho bah ne parlez pas de malheur.

13
- Baronne : Parce qu’une cure thermale sans eau, c’est comme sauter à parachute sans parachute :
ça ne sert à rien.
Charles part dans un nouveau fou-rire ridicule.
- Baronne : Alors, cette année, j’aimerais que mon grand garçon fasse un peu de sport. De la lutte
ou du catch, par exemple. C’est physique et pas dangereux.
- Charles : Vous croyez, maman ? Dans mon état ?
- Baronne : Au contraire, ça peut vous débloquer en deux coups de cuillère-à-pot. Ou bien du
tennis, si vous préférez ?
- Charles : Je ne sais pas jouer.
Juliette s’approche et saisit Charles par le bras.
- Baronne : On ne vous demande pas de jouer mais de faire du sport. Si vous ne bougez pas un
peu, vous allez finir par vous empâter.
- Juliette : Si vous le permettez, je pourrais donner quelques leçons de tennis à Monsieur Charles.
Baptistin entend la proposition et est triste.
- Baronne : Quelle bonne idée, mon petit Julien !
Edmond veut corriger la baronne mais elle ne fait pas attention.
- Baronne : N’hésitez pas à me le faire courir, ce grand chien fou : il en a besoin.
- Juliette : (prenant Charles par la main) Vous venez, Monsieur Charles ?
- Charles : (surpris) Tout de suite ?
- Juliette : Oui : il faut tordre le cou au canard pendant qu’il est chaud.
Juliette entraîne Charles et ils sortent par l’escalier Cour. Baptistin, penaud, marche jusqu’au bas
de l’escalier et regarde les marches.
- Baronne : Elle est charmante, cette jeune fille !
- Edmond : Oui. (saisissant la main de la Baronne et l’emmenant vers l’escalier Cour) Je vous ai
fait préparer la chambre bleue. Baptistin s’occupera de vos bagages.
- Baptistin : (saluant à la façon d’un majordome) Oui.
- Baronne : (se dirigeant vers l’escalier) Merci mon a … (son pied heurte la première marche et
elle tombe en avant).
- Baptistin : (alors qu’elle est déjà tombée) Attention à la marche.
Edmond attrape la baronne par les fesses et l’aide à se redresser.
- Baronne : Elle n’était pas là, l’année dernière ?

14
- Edmond : Si.
- Baronne : Elle a grandi !
- Baptistin : Puis-je me permettre de demander à Madame la baronne si Madame la baronne a fait
un bon voyage ?
- Baronne : Je dirais même mieux : nous avons fait un bon voyage.
- Tous : Ah !
Saturnin lance à nouveau la chanson « Nous avons fait un bon voyage ». Edmond interrompt la
chanson.
- Edmond : Silence Saturnin !
- Baronne : (surprise) Bah tiens, c’était plus court.
- Edmond : Ho non, il l’a jouée plus vite, c’est tout. (il emmène la baronne jusqu’aux escaliers)
Attention : il y a la petite marche !
La baronne sort par l’escalier Cour.
- Edmond : (à Baptistin, paniqué) Des nouvelles du plombier ?
- Baptistin : Toujours pas. J’ai fait appeler son remplaçant : le nôtre est parti en voyage.
Saturnin lance la chanson « Nous avons fait un beau voyage ».
- Edmond : Rideau ! Rideau !
Noir. Rideau. Fin de l’acte I.

15
Acte II
Les pleurs de Mathilde se font entendre avant l’ouverture du rideau. Lorsque la scène se découvre,
celle-ci est assise sur le canapé. Derrière elle, Ferdinand la tient par les épaules. Il est en sous-
vêtements, ses chaussettes sèchent sur le comptoir et ses cheveux sont mouillés.
- Ferdinand : Mais calmez-vous, voyons : ça ne sert à rien de vous mettre dans cet état.
- Mathilde : (pleurant) Mon Kiki ! Mon Kiki !
- Ferdinand : Mais on va le retrouver, votre Kiki, ne vous inquiétez pas !
- Mathilde : Non, c’est trop tard. Je suis sûre que le pauvre s’est noyé.
- Ferdinand : (allant chercher ses chaussettes sur le comptoir) Mais non, mais ça sait nager, un
Kiki.
- Mathilde : Oui mais là, la courant l’aura emporté. Il est si petit.
- Ferdinand : Petit et rapide. Je n’ai même pas eu le temps de le voir sauter par la portière du taxi,
alors …
- Mathilde : Vous êtes sûr qu’il n’était pas sur l’autre rive ? Je l’ai entendu aboyer au moment où
vous avez glissé dans l’eau.
- Ferdinand : Ah ben je n’ai rien entendu. J’étais trop occupé à me raccrocher à cette branche pour
essayer de refaire surface. Non seulement le courant est rapide mais en plus, ça m’a l’air profond

- Mathilde : (terrifiée) Profond ?
- Ferdinand : Houlà !
- Mathilde : Ho mon Dieu, mon Kiki ! (se précipitant vers la porte Jardin) Mon Kiki !
- Ferdinand : (le retenant) Non mais attendez, attendez ! Quand je dis « profond », je veux dire
profond pour moi. (la collant à lui) Peut-être que Kiki, il a pied, lui.
- Mathilde : Ca m’étonnerait ! (montrant de ses mains) Kiki, il est tout petit comme ça et vous,
vous êtes gros comme ça !
- Ferdinand : Bah, il se sera agrippé à un rocher et il aura attendu le passage d’une branche pour
sauter sur la rive.
- Mathilde : (retournant s’asseoir sur le canapé) Vous êtes sûr ?
- Ferdinand : (en remettant ses chaussettes) Ah, j’en suis sûr ! Ne vous inquiétez pas, vous verrez :
je suis certain qu’on le retrouvera, votre Kiki. (regardant ses pieds avec ses chaussettes) Ah ben
voilà, ça va mieux.
- Mathilde : Oui, merci. Je suis désolée pour votre costume.

16
- Ferdinand : Ce n’est pas grave. Ça va sécher. Une chance que le chauffeur ait eu ces guenilles à
me prêter ! Pas très propres, je vous l’avoue, mais bien pratiques. Sans elle, j’arrivais en eau à la
cure. Remarquez : en eau dans une cure thermale, j’étais dans le ton, hein ? (il rit) Je me présente :
je m’appelle Gronsard, Ferdinand Gronsard. Agent financier.
- Mathilde : (présentant sa main) Mathilde Moulin. Dépressive.
- Ferdinand : (se précipitant sur sa main pour l’embrasser) Alors comme ça, vous venez souvent
ici ?
- Mathilde : Non, c’est la première fois.
- Ferdinand : Moi aussi ! Oui, chaque année, je fais une petite cure pour surveiller ma ligne. (se
massant le ventre) Enfin, bon, rien de grave.
- Mathilde : C’est le docteur Radousseau qui m’a recommandé cet endroit. Je sors tout juste d’une
grave dépression. Un chagrin d’amour. Le docteur m’a conseillé du repos et, surtout, pas
d’émotions fortes. (se remettant à pleurer) J’arrive ici et vlan ! Je perds mon Kiki, voilà !
- Ferdinand : Ho ! Allons ! Allons, allons, allons ! C’est fini ! (lui tendant un mouchoir plein de
cambouis) Tenez, séchez vos larmes.
- Mathilde : (essuyant ses larmes tout en s’étalant le cambouis sur la figure) Merci !
- Ferdinand : (tout en regardant les fesses de Mathilde) Vous savez ce qu’on dit dans mon métier ?
Une affaire qui coule, dix qui se montent.
- Mathilde : (tout en pleurant et en rendant le mouchoir à Ferdinand) Oui.
- Ferdinand : (récupérant le mouchoir et découvrant le cambouis étalé sur le visage de Mathilde)
Ah bah vous avez un peu de …
- Mathilde : (pleurant toujours) Hein ?
- Ferdinand : Non mais c’est rien, ça va passer. (se levant, se dirigeant vers le comptoir et parlant
fort) Il y a quelqu’un ? (il agite la sonnette du comptoir et saisit son haut, un habit de plombier).
Bon, alors, il n’y a personne ou quoi ?
Ferdinand sort par la porte Jardin.
- Baptistin : (en off) Voilà, voilà, voilà ! (entrant par la porte Cour) On arrive, on arrive ! (voyant
Mathilde) Bonjour Madame. (s’arrêtant net, paniqué) Ah, la folle de Paris !
Baptistin s’enfuit et sort par la porte Cour. Mathilde, qui ne l’a pas vu, est surprise par le bruit de
porte et regarde autour d’elle. Revenant, Baptistin passe sa tête par l’entrebâillement de la porte
Cour.
- Baptistin : (au public) La folle de Paris, la suicidée du Pont de l’Alma, c’est elle ! Qu’est-ce
qu’elle fait là, cette cinglée ?
Ferdinand entre par la porte Jardin.

17
- Ferdinand : (à Mathilde) Personne …
- Baptistin : Le plombier !
Ferdinand vient s’asseoir à côté de Mathilde et passe un bras par-dessus son épaule.
- Baptistin : Ah bah il ne se gêne pas : il fait la causette à la cinglée.
Baptistin avance discrètement sur scène et, par divers bruits, cherche à attirer l’attention de
Ferdinand. Lorsque Ferdinand et Mathilde se retournent en direction du bruit, Baptistin se cache
derrière la porte Cour. Les deux autres regardent à nouveau devant eux et Mathilde recommence
à pleurer. Baptistin revient et recommence le même jeu. Cette fois, seul Ferdinand le voit et répond
pas les mêmes bruits en direction de Baptistin. Baptistin, choqué, lui fait signe de le rejoindre.
Ferdinand quitte le canapé et le rejoint.
- Baptistin : (à voix basse) Hé, dites, mon vieux, faut pas rester là !
- Ferdinand : Ah bon ?
- Baptistin : Non, vous auriez dû passer par la porte de service.
- Ferdinand : Ah, c’est à cause du costume, c’est ça ?
- Baptistin : Oui. Si on vous trouve ici, les clients vont se poser des questions.
Baptistin veut emmener Ferdinand par la porte Cour. Mais Mathilde recommence à pleurer et
Ferdinand revient vers elle pour la consoler.
- Ferdinand : Ho, alors, alors, alors ? On avait dit que c’était fini ?
- Mathilde : (pleurant) Oui.
- Baptistin : Laissez, c’est une cinglée, laissez …
- Ferdinand : D’ailleurs, à ce propos, j’aurais bien aimé me changer. Si vous aviez pu me passer
un peignoir, ce serait quand même plus de circonstance, non ?
- Baptistin : Un peignoir ? Ça va pas, non ? Pourquoi pas avec vue sur la mer ? Allez, par ici.
Baptistin se dirige vers la porte Cour.
- Ferdinand : (à Mathilde) A tout de suite ! (à Baptistin, se dirigeant vers la porte Cour) Ravissant !
Peut-être un peu trop maquillée …
Baptistin et Ferdinand sortent par la porte Cour.
Edmond entre par la porte Jardin.
- Edmond : Bonjour chère madame et bienvenue dans notre établissement. Je me présente : je suis
le directeur de la cure. (voyant la cambouis sur sa figure) Ah bah tiens, vous avez du …
- Mathilde : Pardon ?

18
- Edmond : (se rendant derrière le comptoir) Ce n’est rien, ça va passer. Vous êtes Madame … ?
- Mathilde : Mathilde Moulin.
- Edmond : (se corrigeant) Ho, Mademoiselle Mathilde Moulin !
- Mathilde : De Paris.
- Edmond : Moulin de Paris. (il rit) Bon, comme c’est la première fois que vous venez dans notre
établissement, nous allons remplir une petite fiche. Puis-je savoir comment vous avez eu
connaissance de l’hôtel ?
- Mathilde : C’est le docteur Radousseau qui m’a recommandé votre établissement.
- Edmond : Ho, ce cher docteur Radousseau !
- Mathilde : Vous le connaissez ?
- Edmond : Ho bah, je pense bien ! Un excellent médecin : c’était le médecin de ma femme. Elle
est morte. Ah bah, que voulez-vous : on ne peut pas plaire à tout le monde ! On n’est pas louis
d’or. Et à part ça, vous avez fait un beau voyage ?
Saturnin lance la chanson « Nous avons fait un beau voyage ». Les autres personnages entrent
précipitamment sur scène pour danser. La baronne et Madeleine par l’escalier Cour. Charles et
Juliette par la porte jardin, ils ont chacun une raquette de tennis. Edmond sort par la porte Cour,
revient avec un rouleau à pâtisserie, se précipite vers Saturnin et la musique s’arrête soudain.)
- Edmond : (aux autres personnages) Allez, c’est fini, c’est fini !
Tous les autres, sauf la baronne et Mathilde, sortent pour où ils sont entrés.
- Baronne : C’était bien, non ?
- Edmond : Parfait ! On vous écrira. (il prend la baronne par la main en l’entraîne vers l’escalier
Cour) Attention, là, il y a une petite marche.
- Baronne : Oui.
La baronne sort par l’escalier Cour.
- Edmond : (à Mathilde) Hé bien, c’était le « bon voyage ». Ah, il est vrai que le paysage est
magnifique. Et vous avez sans doute remarqué que tout au long du voyage, on suit cette magnifique
rivière qui coule jusqu’à la cure.
- Mathilde : Oui.
- Edmond : Voilà, écoutez, j’ai tout. Nom, prénom, adresse … Vous avez pris une pension
complète ?
- Mathilde : Oui.
- Edmond : Très bien, la pension complète ! Vous avez des animaux ?

19
Mathilde fond en larmes.
- Edmond : (surpris) Mademoiselle Meunier, ça va ?
- Mathilde : (le corrigeant) Moulin.
- Edmond : Mademoiselle Moulin, ça va ?
- Mathilde : (pleurant toujours) Excusez-moi, ça va passer. Vous n’auriez pas un verre d’eau, s’il
vous plait ?
- Edmond : (prenant un verre posé sur le comptoir et se dirigeant vers la fontaine) Ah mais bien
entendu. (réalisant que c’est impossible, il s’arrête) Ah, vous ne préférez pas une petite liqueur ?
- Mathilde : Un verre d’eau suffira, merci.
- Edmond : Ou une glace à la vanille napée de chocolat ?
- Mathilde : Non, merci.
- Edmond : Avec une larme de cointreau ?
- Mathilde : Non.
- Edmond : Non ? Juste de l’eau ?
- Mathilde : Oui.
Mathilde prend un verre vide et se dirige vers la fontaine.
- Edmond : (alors que Mathilde arrive à la fontaine, il saisit le vase posé sur le comptoir) Tenez !
Celle-ci est plus fraîche !
Alors que Mathilde ne le voit pas, il retire les fleurs du vase et les cache dans son dos. Il verse
l’eau du vase dans le verre de Mathilde.
- Mathilde : Merci.
Mathilde boit le verre d’eau pendant qu’Edmond place les fleurs dans un vase vide.
- Mathilde : Ah ! On sent bien la différence avec l’eau de Paris.
- Edmond : Aucune comparaison.
- Mathilde : Je vais vous dire : l’eau à Paris est tellement calcaire que, certains jours, j’hésite à me
laver. Enfin, c’est façon de parler …
- Edmond : (faisant référence à son cambouis) Pas tant que ça …
- Mathilde : Excusez-moi pour tout à l’heure mais je viens de perdre mon Kiki.
- Edmond : Qui ?
- Mathilde : Kiki.

20
- Edmond : Kiki ? C’est qui, Kiki ?
- Mathilde : Quoi ?
- Edmond : C’est qui, Kiki ?
- Mathilde : « Kikiki » ? C’est quoi ?
- Edmond : C’est quoi, quoi ?
- Mathilde : Quoi « quoiquoi » ?
- Edmond : « Kiki », c’est quoi, quoi ?
- Mathilde : Non, pas « Kwakwa », « Kiki » !
- Edmond : (perdu) « Kwakwakwakiki » … C’est qui, « Kwakwakwakiki » ?
- Mathilde : Qui ?
- Edmond : Bon, écoutez, si ça vous dérange pas, là, on va reprendre depuis le début. Parce que
j’ai l’impression que … Vous avez des animaux ?
Mathilde recommence à pleurer.
- Edmond : Mademoiselle Meunier, ça va ?
- Mathilde : Moulin !
- Edmond : Mademoiselle Moulin, ça va ? Ensuite : le verre d’eau, l’eau de Paris, le vase, tout ça
on a compris.
- Mathilde : Après je vous ai dit que j’avais perdu mon Kiki !
- Edmond : Kiki ? C’est qui, « Kiki » ?
- Mathilde : Quoi ?
- Edmonde : C’est qui « Kiki » ?
- Mathilde : « Kikiki », c’est quoi ?
- Edmond : C’est quoi, quoi ?
- Mathilde : Quoi « Kwakwa » ?
- Edmond : Stop ! Là, on est repartis pour un tour. Allez-y toute seul pour voir, parce que là, moi,
je …
- Mathilde : (récitant leur échange) J’ai perdu mon Kiki. Kiki, c’est qui ? Quoi ? C’est qui, Kiki ?
« Kikiki », c’est quoi ? C’est quoi, quoi ? Quoi « Kwakwa » ? « Kwakwa » ? C’est qui ? C’est
Kwakwa ? Non : Kiki, c’est mon chien. Il est tombé dans la rivière en venant ici.

21
- Edmond : Ah, désolé … Remarquez, ne désespérez pas : l’année dernière, une de nos clientes a
perdu son chat angora.
- Mathilde : Et ?
- Edmond : C’est tout. Nous vous souhaitons néanmoins un agréable séjour dans notre
établissement.
Edmond agite la clochette et Madeleine arrive par l’escalier Cour.
- Madeleine : Vous avez appelez, Monsieur le directeur ?
- Edmond : Montez les bagages de Mademoiselle Meunier dans la chambre jaune.
- Mathilde : (le corrigeant) Moulin.
- Edmond : (sermonnant Madeleine) Moulin ! C’est Moulin !
Madeleine sort par l’escalier Cour sans prendre les bagages de Mathilde.
- Edmond : Et veillez à ce qu’elle ne manque de rien.
Mathilde prend son panier et se dirige vers l’escalier Cour.
- Edmond : Attention : il y a une petite marche.
- Mathilde : Merci.
Mathilde sort par l’escalier Cour.
- Edmond : (voyant que les bagages sont toujours là, il s’énerve, les saisit et les lance dans les
escaliers) Ah ! Et les bagages ?! C’est moi qui les monte, aussi ?
Baptistin entre par la porte Cour. Il reste dans l’entrebâillement de la porte.
- Edmond : (voyant Baptistin et allant à lui) Ah ! Des nouvelles du plombier ?
- Baptistin : Le plombier ? Oui, il vient d’arriver.
- Edmond : Ho, c’est parfait. Bon, vous me prévenez dès que l’eau est rétablie.
- Baptistin : Très bien, Monsieur le directeur.
Ferdinand arrive derrière Baptistin et le pousse sur scène, puis entre à son tour par la porte Cour.
- Ferdinand : Bon, alors, mon vieux, vous m’oubliez ou quoi ?

- Baptistin : (à Edmond) Ah bah, tenez, justement, le voilà.

- Edmond : (à Ferdinand) Ah bon alors ça y est ? C’est réparé ?

- Ferdinand : Réparé ? Qu’est-ce qu’il y a à réparer ?

- Baptistin : Non, non, vous pouvez parler sans crainte : Monsieur est le directeur de la cure.

22
- Ferdinand : Ah bah tout de même. Cher Monsieur, ravi de faire votre connaissance. (il attrape la
main d’Edmond pour le saluer) Gronsard. Ferdinand Gronsard.

- Edmond : Ah oui ? Ah bah très bien. Très très bien, mon ami, très bien. (il s’essuie les mains
dans la tenue de Ferdinand) Dites-moi, ce problème d’eau, ce n’était pas grave ?

- Ferdinand : Ce problème d’eau ? Ah, vous voulez parler de la rivière ?

- Edmond : Ah oui, la rivière. (à Baptistin) Ce n’est pas un rapide votre plombier.

- Ferdinand : Rassurez-vous, tout va bien. Enfin, quand je dis « tout va bien » … on a quand même
perdu Kiki !

- Edmond : (énervé) Pas le Kiki Kwakwa ?

- Ferdinand : Non, le Kiki tout court.

- Edmond : Ah bah j’aime mieux ça.

- Baptistin : C’est qui, Kiki ?

Edmond fusille Baptistin du regard.

- Ferdinand : J’ai fait ce que j’ai pu pour le sauver mais je n’y suis pas arrivé.

- Edmond : Aucune importance : vous le mettrez sur la facture.

- Ferdinand : La facture ? Quelle facture ?

- Edmond : Bon, écoutez, le principal c’est que l’eau soit rétablie. Mon ami, j’ai beaucoup de
travail. Hélas, je ne pourrai pas m’occuper de vous. (désignant Baptistin) Alors Baptistin va le
faire. Vous passerez par la cuisine, merci beaucoup.

- Ferdinand : Ho, non, s’il vous plaît ! (à Edmond) Vous penserez à mon peignoir ?

- Edmond : (surpris) Un peignoir ? Pour quoi faire, mon vieux ?

- Ferdinand : Pour me changer. Mes valises sont restées à la gare, je ne les aurais qu’en fin d’après-
midi.

- Edmond : Les valises ? Mais quelles valises ?

- Ferdinand : Hé bien, mes bagages. Etant donné que je dois rester une quinzaine de jours, j’ai
quand même pris quelques affaires.

- Edmond : (effaré) Une quinzaine de jours ? Mais alors les dégâts sont énormes !

23
- Ferdinand : (regardant son ventre) Ho ! « Enorme » … n’exagérons rien ! Disons qu’il faut que
je fasse un petit peu attention, c’est tout.

- Baptistin : (à Edmond, désignant Ferdinand) Hé, dites, il ne va pas pouvoir se balader comme
ça : on va finir par se poser des questions.

- Edmond : Alors là, vous avez raison.

- Baptistin : On n’a qu’à dire que c’est un curiste. Avec un peignoir, ça devrait faire l’affaire.

- Edmond : Vous croyez ça, vous ?

- Baptistin : Oui.

- Edmond : (à Ferdinand) Bon, écoutez, mon vieux, on va être obligés de vous faire passer pour
un client normal.

- Ferdinand : Comment ça, « un client normal » ?

- Edmond : Bah oui, faut pas affoler les autres curistes …

- Ferdinand : (regardant son ventre) Non mais … c’est à ce point-là ?

- Edmond : Soyez le plus discret possible. Et si on vous demande pourquoi vous êtes là, hé bien
dites que vous avez des problèmes rénaux.

- Ferdinand : D’accord …

- Edmond : Bon, sur ce, on va vous donner une chambre et de quoi se changer rapidement.

- Baptistin : (se dirigeant vers l’escalier Cour, à Edmond) Par ici, mon vieux, par ici. Autrement,
vous avez fait un beau voyage?

Saturnin lance la chanson « Nous avons fait un bon voyage ». La baronne entre par l’escalier,
enchantée d’entendre la chanson.

- Edmond : (interrompant la chanson en criant vers Saturnin) Ah non ! Ah non ! Ça suffit ! Il a


dit « une bonne route » : « avez-vous fait une bonne route ? ».

Saturnin lance la chanson « Sur ma route ».

- Edmond : (énervé) Baptistin, arrête-moi ce machin ! C’est insupportable ! Indigne du standing


de notre établissement !

- Baptistin : (à Saturnin) Saturnin, arrête la musique.

La musique s’arrête.

24
- Baronne : (à Edmond) Ho, j’aimais bien, moi ! C’est vivant, comme musique !- Edmond : Mais
oui, c’est très vivant ! (à Baptistin, s’énervant) Baptistin, pourquoi arrêtez-vous une musique aussi
vivante ?

- Baptistin : Bah … Heu … Sauf votre respect, c’est vous qui …

- Baronne : Quel endroit merveilleux, calme, paisible. Je revis. Cette année, pour ma cure,
j’aimerais exercer d’autres activités. Que me conseillez-vous ? C’est bien, ces histoires de bains
de boue ?

- Edmond : Oui …

- Baptistin : (interrompant Edmond) C’est formidable. Ça vous donne une peau aussi douce que
celle d’un bébé.

- Baronne : Ce n’est pas un peu salissant ?

- Baptistin : Non, pas du tout, non, non : c’est de la boue propre.

- Baronne : Ah, très bien ! (à Edmond) Et ce système aux algues, ça consiste en quoi, exactement ?

- Edmond : Hé bien, écoutez …

- Baptistin : (Interrompant Edmond) Hé bien, écoutez, c’est très simple : on vous recouvre
entièrement le corps d’algues marines. (montrant le haut du cou) Jusque-là, à peu près. Et on vous
laisse mariner pendant deux jours.

- Baronne : Ce n’est pas dangereux, au moins ?

- Baptistin : Non, ce sont des algues apprivoisées.

- Baronne : Alors en avant pour les algues !

- Baptistin : (à Edmond) Deux séances d’algues pour Madame la baronne.

- Baronne : (à Baptistin) Mettez-moi aussi quelques séances de massage. Je me sens un peu rouillée
en ce moment.

- Baptistin : Madame la baronne manque un peu d’exercice ?

- Baronne : Oui : cette année, j’ai dû arrêter le taekwondo. Ça me pesait trop.

- Baptistin : Non ? Hé bien c’est comme moi la natation. Vous savez : à cause de mon dos.
(montrant son dos) J’ai une douleur qui part de là jusque-là …

- Edmond : (s’énervant et l’interrompant) On s’en fout ! (poussant Baptistin vers la porte Jardin)
Ici, vous vous occupez des chaises longues et des parasols !

25
Baptistin sort par la port Jardin.
- Edmond : (à la baronne) Chère amie, je profite que nous soyons pour la première fois réunis
pour vous entretenir au sujet de nos deux charmants enfants.
- Baronne : Ah !
Baptistin entre par la porte Jardin. Il tient une enveloppe à la main.
- Edmond : (à Baptistin) Qu’est-ce que vous foutez là, vous ? Et les chaises longues ?
- Baptistin : J’y allais. Mais j’ai trouvé ça (montrant l’enveloppe) et c’est pour …

- Edmond : Qu’est-ce que c’est ?

- Baptistin : Une enveloppe pour Madame la baronne.

- Edmond : Vous êtes facteur, vous, maintenant ?

- Baptistin : Pas du tout, c’était par terre, dehors, devant la porte et …

- Edmond : Et elle est de qui cette lettre ?

- Baptistin : Soit d’un type qui s’est fait désintégré juste devant la porte, soit de quelqu’un qui n’a
pas voulu qu’on connaisse son identité …

– Edmond : Je ne comprends rien à votre charabia.

- Baptistin : C’est une lettre anonyme pour Madame la baronne.

- Baronne : (choquée) Pour moi ? Une lettre anonyme ? (heureuse) De qui ?

- Edmond : (à Baptistin) De qui ?

- Baptistin : (au mur) De qui ? (se retournant vers Edmond) Pas de réponse …

- Baronne : (impatiente) Peu importe : donnez-la moi !Baptistin se dirige vers la baronne.

- Edmond : Attendez !

Baptistin se fige.

- Edmond : C’est peut-être une lettre piégée !

- Baronne : (s’écartant) Vous croyez ?

26
- Edmond : On ne sait jamais ! La moindre explosion peut vous défigurer !

- Baronne : Ho !

- Edmond : Je vous en supplie : laissez-moi le faire.

- Baronne : (partant se réfugier derrière le comptoir) Quel homme ! Quel courage !

Baptistin approche la lettre d’Edmond. Edmond s’en approche lentement et la saisit avec
précaution. Baptistin part à son tour se réfugier derrière le comptoir. Edmond commence à
l’ouvrir en la tenant loin de lui.

- Baptistin : (pour faire une blague) Boum !

- Tous : (prenant peur) Ah !

Baptistin rit. Edmond s’approche de lui, fâché.

- Edmond : Ça vous amuse ?

- Baptistin : Non, c’était pour rigoler.

- Edmond : (tendant la lettre à Baptistin) Rigolez.

- Baptistin : Non, non, continuez.

- Edmond : (impératif) Rigolez !

Baptistin quitte sa cachette, prend la lettre et Edmond part, lui aussi, se réfugier derrière le
comptoir.

- Edmond : Ouvrez !

Tous deux s’agenouillent et disparaissent derrière le comptoir.

- Baronne : Quelle ambiance ! On croirait un Hitchcock !

Une musique stressante commence à retentir, diffusée par Saturnin.

- Baptistin : Saturnin ! Saturnin !Tu n’aurais pas une autre musique, là, par hasard ?

La musique stressante est remplacée par un roulement de tambour. Baptistin sort la lettre de
l’enveloppe. Il la déplie, la lit et rit.

- Baptistin : (vers la comptoir, récitant) Je brûle d’amour pour vous. Mon cœur saigne de ne
pouvoir battre à vos côtés. J’aimerais tant vous déclarer mon amour. Vous embrasser partout.

27
La baronne réapparait derrière le comptoir.

- Baptistin : (poursuivant la lecture) Vous prendre comme un fou. Inventer des positions.

Edmond réapparait derrière le comptoir.

- Baptistin : (poursuivant la lecture) Tenter la brouette chinoise.

- Baptistin : (aux autres) Il n’y a pas de plan, hein. (reprenant la lecture) Mais le courage me
manque. Signé : un amoureux timide.

- Baronne : Mon dieu, quelle horreur !

- Edmond : Quelle horreur !

- Baptistin : Quelle horreur !

- Baronne : Si je m’attendais à ça, par exemple … C’est terrifiant !

- Edmond : Terrifiant !

- Baptistin : Terrifiant !

- Edmond : (à Saturnin) Imbécile !

- Baptistin : (répétant stérilement) Imbécile !

Edmond rejoint Baptistin, prend la lettre et la lit en silence.

- Baronne : Comment peut-on écrire ce genre de chose … et rester anonyme ?! On perd du temps,
là ! (à la cantonade) Je suis d’accord ! Houhou ! Je suis d’accord ! Houhou ! Je suis d’accord !

- Baptistin : (l’interrompant en faisant des signes) Excusez-moi de vous interrompre, Madame la


baronne, mais il a dit que c’était un timide. Vaudrait mieux ne pas l’effrayer.

- Baronne : Oui, vous avez raison ! Restons discrète et ouvrons l’œil. Il va bien finir par se couper,
ce grand fou.

- Edmond : (les yeux toujours rivés sur la lettre) La brouette chinoise !

- Baronne : Il y a tellement longtemps que je n’ai pas fait cela !

- Edmond : Soyez assurée, chère amie, que nous ferons notre maximum pour découvrir et punir le
coupable. Ça, je m’insurge énergiquement contre ce genre de pratique.

28
- Baronne : (reprenant la lettre) C’est votre problème.

- Edmond : Pardon ?

- Baronne : Si vous n’aimez pas ça, n’en dégoûtez pas les autres.

- Baptistin : Madame la baronne a raison : c’est tout comme moi. Je trouve qu’il faut savoir sortir
des sentiers battus et s’essayer aux expériences originales ! D’ailleurs, ça me fait penser à une
chanson qui traite de la question. (à Saturnin) Saturnin, musique !

Les premières notes d’une mélodie résonne.

Edmond : Non mais vous vous croyez où, ici ? Dans un music-hall ? (à Saturnin) Saturnin,
silence !

La musique s’arrête.

- Edmond : (à Baptistin) Et vous, dehors : vous vous occupez des chaises longues …

- Baptistin: Et des brouettes !

- Edmond : Ho !

Baptistin sort par la porte Cour.

Madeleine entre avec un vase et des fleurs qu’elle vient disposer sur une table elle écoute la
conversations

- Edmond : (à la baronne, amenant le canapé au milieu de la scène) Chère amie, revenons à notre
préoccupation. C’est-à-dire l’avenir de nos deux charmantes têtes blondes.

Mathilde s’assied sur le canapé.

- Edmond : Ecoutez, je crois pouvoir dire sans me vanter que Juliette est un excellent parti.

- Baronne : Vous voulez rire ?

Madeleine éclate de rire . Edmond la regarde surpris, la baronne la regard amusée

- Edmond : Pardon ?

- Baronne : Juliette est plus que ça ! C’est une fille ravissante, vive, intelligente. Elle a du caractère,
du tempérament. Ho, c’est une perle, cette petite.

Madeleine : plus que cela, la baronne a raison, c’est la huitième merveille du monde, si j’étais un
homme, je décrocherai la prune pour elle….euh ( montrant du poing ) ..ca veut dire que je casserai

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la figure à tous les minables qui s’approcherait d’elle pour la mettre sous cloche… C’est un reine
et une reine ça mérite un roi..pas un baron…

- Edmond : Bon ça ira Madeleine (lui faisant signe de partir) Ah mais votre fils n’a rien à lui
envier ! On sent que c’est un jeune homme sérieux.

- Baronne : Demeuré.

- Madeleine ( qui s’est éloignée mais s’est rapprochée) : Bas de plafond

- Edmond : Cultivé.

- Baronne : Stupide.

- Madeleine :ignare

- Edmond : D’une grande sensibilité.

- Baronne : Complètement abruti et mou comme une huitre.

- Madeleine : vif comme un poulpe

- Edmond : Ah bah non, faut pas dire ça !

- Baronne : Ah si, c’est un abruti. Un abruti mou, mais un abruti quand même. Comme empoté, on
ne fait pas mieux.

- Edmond : Mais il est jeune, il va murir.

- Baronne : Il serait temps, à trente-sept ans.

- Madeleine : non c’est trop tard

- Edmond : Bah écoutez, pour ma part, je serais ravi d’avoir un gendre comme Charles.

- Baronne : Ah non ! Croyez-moi : votre fille mérite mieux que ça ! Je serais à sa place, j’irais voir
ailleurs … Du reste, je doute que cette petite soit amoureuse.

- Madeleine : Et lui, il est amoureux, ? On lui a demandé son avis ?

- Edmond :Non et à vous non plus, on n’a pas demandé votre avis. Bon, ils ont l’air de bien
s’entendre.

- Baronne : Ah bon ? Si vous le dites … En tout cas, de vous à moi, tout à fait entre nous, mon fils
Charles … il n’a rien dans la culotte. Nada ! Niet ! Nichts ! Niente ! Nothing ! Nothing in la
culotta ! Que voulez-vous : il n’a jamais connu son père. Je l’ai élevé toute seule.

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- Edmond : C’est vrai que ce n’est pas facile pour une faible femme d’élever seule un enfant.

- Baronne : (lui mettant une claque dans le dos) Et vous ? Ça va ? Cette année, pour ma cure, mon
médecin m’a conseillé de boire huit litres d’eau par jour.

- Edmond : Holàlà, ça c’est peut-être un petit peu excessif.

- Baronne : Je peux me permettre : le reste de l’année, je ne bois pas.

- Edmond : Ah bah oui, alors dans ce cas-là, évidemment …

- Baronne : Allez, hop, c’est parti : un verre d’eau !

- Edmond : (se levant et se dirigeant vers le comptoir) Allez, hop, c’est parti ! Allez …
(s’interrompant) Ah non ! Ça, ce n’est pas possible !

- Baronne : Et pourquoi ?

- Edmond : Parce … parce que nos verres sont à la cuisine ! Pour le grand nettoyage de printemps.

- Baronne : Le nettoyage de printemps ?

- Edmond : Ben oui. Attention, ça, une maison comme la nôtre se doit d’avoir une hygiène
impeccable ! Une fois par an, nous passons tout à l’eau de javel. Et c’est aujourd’hui. Alors voilà
… Enfin, rassurez-vous : ce n’est l’affaire que de quelques heures. Dès cet après-midi, tous nos
verres seront à votre disposition.

Baptistin entre avec un plateau sur lequel repose une pyramide de verres.

- Baptistin : Attention ! Chaud devant !

- Baronne : Nous voilà sauvés.

- Edmond : (heureux, à Mathilde, tout en se dirigeant vers Saturnin) Ah, bha oui, nous voilà
sauvés ! (bas, énervé, à Saturnin) Imbécile ! Et les chaises longues, alors ? (à Mathilde) Vous
permettez, chère amie ?

- Baronne : Faites, mon ami, faites.

- Edmond : (à Saturnin, à voix haute, regardant les verres) Mais que vois-je ? Vous appelez ça
des verres propres, vous ?

- Baptistin : Oui.

- Edmond : (saisissant un verre) Non mais regardez-moi ça, il y a des traces partout !

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- Baronne : Où ça ?

- Edmond : (tournant le verre comme pour le montrer tout en mettant clairement ses doigts dessus)
Bah là, partout ! Des petites traces ! Des petites traces partout !

- Baronne : Ah non, je ne vois rien.

- Baptistin : (il se penche vers le verre que tient Edmond tout en penchant son propre plateau à
90°, néanmoins, les verres ne tombent pas et restent accrochés au plateau dans la forme
pyramidale) Moi non plus, je ne vois rien.

- Edmond : (à Baptistin, agressif) Garde à vous !

Baptistin redresse le plateau et se tient droit.

- Edmond : (poussant Saturnin vers la porte Cour, agressif) Ramenez-moi ça à la cuisine et que
ça soit impeccable ! C’est compris ?

- Baptistin : Et les chaises longues ?

- Edmond : (énervé) En cuisine !

Baptistin sort par la porte Cour.

- Edmond : Excusez-moi, chère amie, de ce petit contre-temps mais je suis très strict sur les
questions d’hygiène.

- Baronne : C’est tout à votre honneur.

- Edmond : (à part) Il faut absolument que je l’éloigne de la fontaine. (à Mathilde) Que diriez-
vous d’une petite balade en barque ?

Edmond saisit la clochette sur la comptoir et l’agite.

- Baronne : (s’avançant au premier plan, à part) Une balade en barque ? Serait-ce lui, mon
amoureux timide ?

Edmond rejoint Mathilde au premier plan pendant que Baptistin, Saturnin et Madeleine arrivent
par l’escalier Cour.

- Baronne : (à Edmond) Pourquoi pas ? (complice) Vous ne préférez pas un petit tour de brouette ?

- Edmond : (ne comprenant pas) Pardon ?

- Baronne : Un tour de brouette, ça ne vous tente pas ?

- Edmond : Ho non. Moi, je trouve que la barque c’est plus commode.

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- Baronne : (à part) Il fait semblant de ne pas comprendre, ça ne peut être que lui ! (à Edmond) Va
pour la barque. Mais … c’est moi qui rame.

- Edmond : Ho mais je n’en ferai rien.

- Baronne : Mais si : j’adore ça ! J’ai toujours eu un faible pour ces galères remplies d’esclaves.
D’ailleurs, si vous souhaitez que j’aille plus vite, n’hésitez pas à me fouetter. Et à me menotter,
naturellement …

- Edmond : (polisson) Ho !

- Baronne : Je plaisante, mon ami, je plaisante … je n’ai pas mon fouet sur moi !

- Edmond : Larguez les amarres !

Noir. Rideau. Fin de l’acte II.

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Acte III
Juliette se tient près de la porte Jardin. Elle s’acharne à essayer d’en faire sortir Charles, coincé
dedans mais qu’on ne voit pas.
- Juliette : Allez ! Avancez !
Elle parvient à le décoincer et ils se retrouvent tous deux au milieu de la scène. Charles a une
raquette enfoncée sur la tête, jusqu’au cou. Le filet lui recouvre le visage et une balle est coincée
au sommet de son crâne.
- Charles : Aïe ! Aïe ! Aïe ! Ça fait mal !
- Juliette : Mais non, ce n’est rien du tout.
- Charles : Mais si, ça fait mal ! Aïe !
- Juliette : Chochotte ! (elle le pousse jusqu’au canapé et l’y assied) Tenez, mettez-vous là. Voilà,
ça va.
- Charles : Non !
- Juliette : Faites-voir ? (après l’avoir regardé, elle se dirige vers le comptoir) Vous avez de la
chance : la balle est ressortie ! (elle revient vers lui avec un couteau) Bougez pas : je vais vous
retirer ça !
- Charles : (paniqué) Ah ! Avec ce truc ? Ça va pas, non ?
- Juliette : (en commençant à essayer de couper le filet) Ho, quoi ? Je m’en sers pour dépecer mes
lapins …
- Charles : Je ne vois pas le rapport alors laissez-moi tranquille !
- Juliette : Allez, ne soyez pas douillet. Je vous retire ça et après, on fait du cheval.
- Charles : Ah non, hein ! Pas de cheval.
- Juliette : (le menaçant avec le couteau) Arrêtez de bouger ou vous allez finir par vous blesser.
(elle saisit la raquette et tire dessus mais elle reste bloquée autour de le minerve de Charles) Ah,
c’est bien coincé ! Ben … faut couper la tête …
- Charles : (paniqué) Quoi ? Bon, allez, ça suffit : ne me touchez plus !
- Juliette : Enfin, vous n’allez pas rester toute la journée avec cette raquette autour du cou : c’est
ridicule !
- Charles : M’en fiche !
- Juliette : (pointant le couteau dans sa direction, menaçante) Laissez-moi couper le filet !
Baptistin entre par l’escalier Cour.

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- Charles : Non mais je suis très bien comme ça !
Pendant l’échange qui suit entre Baptistin et Juliette, Juliette tire sur la raquette. Il y a donc un
mouvement de balancier avant-arrière pour Charles.
- Baptistin : Ah, Juliette, il faut que je te voie !
- Juliette : Tu as parlé à mon père ?
- Baptistin : Non, toujours pas, non, non. Figure toi …
- Juliette : Alors nous n’avons rien à nous dire.
- Baptistin : Si, c’est très important !
- Juliette : Parle à mon père, d’abord !
- Baptistin : Figure-toi qu’il y a une jeune femme qui vient d’arriver. Il faut surtout pas que tu crois
que … (découvrant enfin le drôle de mouvement de Charles) Qu’est-ce que tu as attrapé ?
- Juliette : (arrêtant de tirer et mettant fin au mouvement de balancier de Charles) Rien.
- Charles : Comment ça, « rien » ? Elle m’a flanqué sa raquette à travers la figure !
- Juliette : (menaçant Charles de son couteau) Je ne vous l’ai pas flanquée, j’ai smaché !
- Charles : C’est pareil ! Et puis, elle m’a mordu. Deux fois !
- Baptistin : Mais tu ne peux pas le laisser tranquille cinq minutes, ce pauvre garçon ? Tu ne vois
pas dans quel état il est, déjà, non ?
- Juliette : (lâchant Charles et se tournant vers Baptistin) Mêle-toi de tes affaires. Je fréquente qui
je veux et comme je veux.
- Baptistin : Mais arrête, ça ne marche pas, ton manège. Je n’y crois pas une seule seconde.
- Juliette : (revenant derrière Charles pour à nouveau essayer de couper le filet) Ah oui. Bah tu as
tort : Charles et moi, nous nous entendons très bien ! Et nous avons plein de choses en commun !
- Baptistin : Mais c’est ridicule : tu disais toi-même ce matin que c’était un abruti.
- Charles : Comment ?
- Juliette : Bah … oui ! C’est un abruti ! Un débile. Un demeuré. Mais c’est toujours mieux qu’un
lâche !
Charles part dans un nouveau fou-rire ridicule. Juliette le contourne et vient s’asseoir sur ses
genoux.
- Juliette : Et dès ce soir, il sera mon amant.
- Charles : (mal à l’aise) je vous demande pardon ?
- Juliette : On va se faire un nuit d’amour comme jamais !

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- Charles : Comme qui ?
- Juliette : (à Baptistin) C’est un vrai ! Un dur ! Pas un dégonflé comme toi ! Il n’a peur de rien.
- Charles : (désignant le couteau) Non, je n’ai pas peur mais faites attention avec votre …
- Juliette : On sent l’homme, derrière la raquette. Ho, mon grand fauve, arrête ! Laisse-moi ! Tu
me rends complètement folle !
- Baptistin : (allant derrière le comptoir et fouillant dans celui-ci) Mais enfin, Juliette, laisse ce
couteau ! Nous sommes équipés pour ce genre de situation …
Baptistin sort une arbalète et vise la balle de tennis.
- Charles : (effrayé, se cachant derrière Juliette) Ah ! Non mais le couteau, ça me convient très
bien, tout bien réfléchi !
- Juliette : (se levant et avançant vers Baptistin) Tu veux éliminer ton concurrent ? Tu es jaloux ?
- Baptistin : Pas du tout : j’essaie d’aider ce pauvre garçon.
Charles se tient derrière Juliette.
- Juliette : Il n’a pas besoin de ton aide : il sait se débrouiller tout seul !
Sur cette phrase, Juliette veut désigner Charles de la main, le pensant loin d’elle. Etant juste
derrière elle, il prend la main en pleine tête.
- Charles : Aïe !
- Juliette : (à Baptistin, comme si c’était lui qui avait frappé Charles) Hé bien bravo, hein ! Regarde
ce que tu as fait ! (attrapant la raquette de Charles et le traînant vers l’escalier Cour) Allez, venez,
Charles : nous serons plus à l’aise dans ma chambre pour vous soigner.
Juliette et Charles sortent par l’escalier Cour.
- Baptistin : C’est ça ! Va dans ta chambre, va ! Si tu crois me rendre jaloux en minaudant avec
ton baron, tu te mets le doigt dans l’œil. Et jusqu’au genou ! (il déplace le canapé au premier plan,
au milieu de la scène) Parce que, bientôt, je n’aurai plus besoin de la faire, ma demande. Parce que
je n’aurai plus envie. (criant vers l’escalier) Puis je vais te dire un truc : si tu crois que ça me …
(il s’interrompt et court au premier plan) Ah ! La folle de Paris !
Baptistin court se réfugier derrière le comptoir, où il se cache. Mathilde et Ferdinand entrent par
l’escalier Cour.
- Ferdinand : (saisissant la main de Mathilde pour l’embrasser) Mais je vous assure, chère amie :
vous devriez vous changer les idées !
Mathilde et Ferdinand se dirigent vers le canapé.
- Baptistin : (à part) Mais qu’est-ce qu’elle fait avec le plombier ?

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- Ferdinand : Ça ne sert à rien de se ronger les sangs.
- Mathilde : Je le sais bien, mais que voulez-vous ? C’est plus fort que moi : je ne peux pas
m’empêcher de penser à mon Kiki !
- Baptistin : (à part) C’est qui, Kiki ?
- Mathilde : Quoi ?
- Ferdinand : Quoi, « quoi » ?
Ils s’assoient sur le canapé.
- Ferdinand : Voulez-vous que nous fassions tous les deux une petite promenade en barque ?
- Mathilde : Non ! J’aurais trop peur de tomber sur son petit corps flottant à la surface de l’eau.
- Ferdinand : Un petit tour en forêt, alors ?
- Mathilde : Voir tous ces arbres où il aurait pu marquer son territoire …
- Ferdinand : Et une petite partie de criquet ?
- Mathilde : Ah non !
- Ferdinand : Quoi ? Le criquet aussi vous le rappelle ?
- Mathilde : (recommençant à pleurer) Non mais je ne sais pas jouer.
- Ferdinand : Ah non, vous n’allez pas recommencer ! Je ne veux plus vous voir pleurer ! Jamais !
Voulez-vous boire un petit verre d’eau ?
- Baptistin : (vers Ferdinand mais sans être entendu) Non, elle ne veut pas, non.
- Mathilde : S’il vous plait …
- Ferdinand : Vous savez, la vie, c’est comme les affaires : il y a des hauts et puis il y a des bas.
En ce moment, vous êtes dans le creux de la vague. Mais ça ne va pas durer. Je vous garantis que,
bientôt, le soleil va briller de nouveau pour vous.
- Mathilde : Vous croyez ?
- Ferdinand : Ho, j’en suis sûr ! Et puis … qui vous dit que vous n’allez pas rencontrer le grand
amour pendant votre séjour ici ? Un homme seul. Charmant. Elégant. Mince. Après sa cure. Qui
sait … peut-être qu’il vous a déjà remarqué, lui !
- Mathilde : Le grand amour, je n’y crois plus. Le dernier s’est engagé dans la légion une semaine
après notre rencontre.
- Baptistin : (à part) C’est moi. (il rit)
- Mathilde : Et le précédent m’a quitté le jour où je l’ai présenté à ma mère.
- Ferdinand : Elle lui a fait peur ?

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- Mathilde : Non. Ils se sont mariés (elle se met à pleurer)
- Ferdinand : Ah … Non, non, non, je vous en supplie : n’y pensez plus ! (sortant un mouchoir de
sa poche) Tenez, tenez, tenez : mouchez-vous ! (vérifiant qu’il est bien propre) Oui, mouchez-
vous. (il remet le canapé à sa place initiale) Et nous allons faire un petit tour dans le parc.
- Mathilde : (continuant à pleurer) Merci.
- Ferdinand : Faut cesser de ressasser le passé sans cesse : ça sert à rien ! (ouvrant grand les bras)
Tournez-vous vers l’avenir !
Mathilde lui rend son mouchoir et prononce une phrase incompréhensible.
- Ferdinand : Pardon ?
- Mathilde : Je veux bien que vous m’ameniez mon petit verre d’eau.
- Ferdinand : Ah, oui, le petit verre d’eau, oui ! (se dirigeant vers la porte Cour) Je reviens dans
deux minutes. Ne bougez pas.
- Mathilde : Non.
- Ferdinand : Ne bougez pas !
- Mathilde : Non !
Ferdinand sort. Mathilde se promène sur scène. Baptistin fait un bruit derrière le comptoir,
attirant son attention.
- Mathilde : (surprise) Il y a quelqu’un ?
Sans réponse, Mathilde recommence à se promener. Baptistin provoque un nouveau bruit.
- Mathilde : (insistant) Il y a quelqu’un ?
- Baptistin : (caché derrière le comptoir) Non, non.
La scène qui suit est muette et accompagnée d’une musique légère. Baptistin déplace le comptoir
et cela ne peut pas échapper à Mathilde. Mathilde va chercher à voir qui se cache derrière mais
Baptistin contourne le comptoir sans être vu. Mathilde disparaît derrière le comptoir comme si
elle descendait un escalier et Baptistin réapparait derrière le comptoir comme s’il en montait un.
Mathilde réapparait à son tour. L’un et l’autre revienne à l’avant du comptoir en marche arrière
et se percute « par le dos ». Tous deux poussent un cri de surprise.
- Baptistin : Ah ! Chopé !
- Mathilde : Mon légionnaire ? Ho, est-ce possible ? Je rêve ?
- Baptistin : Ah non, non, vous ne rêvez pas : c’est bien moi.
- Mathilde : Mais que faites-vous là ? Je vous croyais dans le désert de Gobi !
- Baptistin : Je suis rentré : il pleuvait trop.

38
Mathilde saisit Baptistin par les épaules, ce dernier recule jusqu’à être accolé au mur.
- Mathilde : Et vous avez accouru tout de suite vers moi ?
- Baptistin : Oui, dès que j’ai pu, oui.
- Mathilde : (poussant un grand cri de joie et sautant sur place) Je le savais ! Je le savais ! Vous
ne pouviez pas m’abandonner après tout ce que nous avions vécu ! Après tout ce que nous avons
traversé ensemble ! Les bons comme les mauvais moments, toujours main dans la main.
- Baptistin : Excusez-moi … on n’a vécu qu’une journée, hein !
Ils recommencent le jeu jusqu’à ce que Baptistin soit accolé au mur.
- Matilde : Mais c’est suffisant ! Le temps n’a rien à voir là-dedans, seule l’intensité compte. Ho,
c’est votre cœur qui vous a ramené jusqu’à moi. L’amour a été plus fort que la Légion !
- Baptistin : (à Mathilde) Oui, beaucoup plus fort. (à part) Mais elle est complètement givrée …
- Mathilde : Nous sommes faits l’un pour l’autre. C’est comme ça. La nature nous a faits comme
ça. Il ne faut pas essayer de résister.
- Baptistin : Même pas un petit peu ?
- Mathilde : Mais non ! À quoi bon lutter contre son destin ? Viens là ! (elle plonge la tête de
Baptistin dans sa poitrine) Certaines personnes passent leur vie entière à se chercher sans jamais
se trouver. Et nous, ça y est : c’est fait !
Mathilde pousse Baptistin sur le panneau des clés, qui se décroche et leur tombe dessus.
- Baptistin : Si Juliette l’apprend, je sais un canard mort …
- Mathilde : Profitons ensemble de cet instant magique.
- Baptistin : Oui, bon, ben, j’ai une clé dans le dos, moi, hein …
- Baptistin : (Mathilde s’approchant, il se recule derrière le comptoir) Ecoutez, le mieux serait de
rester discrets. Parce que le directeur …
Dans un cri, il chute derrière le comptoir, là où il avait mimé la présence d’un escalier. Il mime
de remonter l’escalier, son chapeau de travers.
- Baptistin : … le directeur de la cure est du genre pas commode. Et s’il me trouve avec vous, ça
risque de barder pour mon matricule.
- Mathilde : Ho, en plus vous souffrez pour être à mes côtés. Comme c’est romantique !
- Baptistin : Voilà, on va dire ça. Je vous propose de nous retrouver une fois mon service terminé.
- Mathilde : Tout ce que tu voudras, mon Touareg.
- Baptistin : (prenant une grosse voix) A bientôt, ma douce.

39
- Mathilde : A tout de suite, mon amour.
- Baptistin : Je m’enlise, je m’enlise …
Ferdinand entre par la porte Cour. Baptistin se cache derrière le comptoir.
- Ferdinand : (énervé) Impossible d’avoir un verre d’eau, ils trempent tous dans l’eau de javel.
- Mathilde : (heureuse, légère, riant) C’est pas grave !
- Ferdinand : (heureux de la voir de meilleure humeur) Ah, ben voilà ! Je préfère vous voir avec
le sourire ! Ça va mieux ?
- Mathilde : Oh oui ! Beaucoup mieux ! C’est vous qui aviez raison : il ne faut jamais désespérer.
Je me suis tourné vers l’avenir et j’ai retrouvé l’amour ! Hahaha !
- Ferdinand : Est-ce possible ? Mademoiselle Meunier ?
- Baptistin : (toujours caché derrière le comptoir) Non, c’est Moulin.
- Ferdinand : Mademoiselle Moulin. Et moi qui vous croyais inconsolable !
- Mathilde : L’amour est un mot prodigieux qui fait des miracles.
- Ferdinand : Pour sûr ! Hé bien je peux vous garantir qu’avec votre capital et ma petite entreprise,
on va faire sauter la banque !
- Mathilde : Sauter quoi ?
- Ferdinand : Je peux vous assurer qu’on va faire décoller nos intérêts.
- Mathilde : Vous avez des problèmes d’argent ? Vous avez fait de mauvais placements ?
- Ferdinand : Je ne vous parle pas d’argent, je vous parle de nous.
- Mathilde : Parce que je dois vous avouer que je suis complètement ignorante en la matière.
- Ferdinand : Non ?
- Mathilde : Si !
- Ferdinand : Vous n’allez quand même pas me faire croire que vous n’avez jamais boursicoté le
gros chanoine ?
- Mathilde : Pas une seule fois.
- Ferdinand : Je ne vous crois pas.
- Mathilde : Je vous jure !
Mathilde part dans un fou-rire.
- Ferdinand : On va réparer ça tout de suite. Je vous confierai mon portefeuille et vous vous
occuperez du mien.

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Les deux parlent près du comptoir. On voit apparaître la main de Baptistin qui tâte le pantalon de
Mathilde puis celui de Ferdinand.
- Mathilde : Mais non ! Monsieur Gronsard, ne pensez plus à vos affaire. Laissez-vous aller. Prenez
du plaisir. Et puis, vous savez ce qu’on dit : malheureux en affaires, heureux en amour.
Mathilde sort par les escaliers Cour en chantant.
- Ferdinand : (se plaçant au bas des escaliers, à part) J’ai l’impression qu’elle n’a rien compris.
J’ai pourtant été très clair ! (criant vers l’escalier) Je suis preneur ! Je suis preneur !
Baptistin se relève derrière le comptoir et quitte celui-ci pour rejoindre Ferdinand.
- Baptistin : Faites gaffe, mon vieux : vous allez finir par vous faire prendre. Dites, j’ai l’impression
qu’elle ne vous déplait pas, la petite dame.
- Ferdinand : La petite dame ? Vous voulez parler de mademoiselle Meunier ?
Plusieurs personnages apparaissant soudainement et crient « Moulin ». Il ressortent aussi vite.
- Ferdinand : Moulin ?
- Baptistin : Oui.
- Ferdinand : Disons que mon cœur s’est emballé aussi fort que pour la grimpée d’une action.
Quand je la vois, j’ai l’Indosuez qui s’embrase.
- Baptistin : Ho, ça doit être bien, ça ! Alors allez-y, mon vieux : déclarez-vous ! Moi, ça
m’arrangerait …
- Ferdinand : C’est déjà fait. Seulement, j’ai l’impression de ne pas me faire comprendre. C’est
comme si je parlais chinois à un aveugle.
- Baptistin : Vous voulez que je vous donne un tuyaux ? Le meilleur moyen de déclarer ses
sentiments à une femme, c’est de les lui chanter.
- Ferdinand : Comment n’y ai-je pas pensé plus tôt ? Musica, Maestro !
- Baptistin : C’est Saturnin, pas « Maestro ».
- Ferdinand : Musica, Saturnin !
Une musique se lance, Ferdinand prend le tempo comme pour se préparer à chanter.
- Baptistin : (interrompant la musique) Saturnin, silence ! Attendez ! Qu’est-ce que vous allez lui
chanter ?
- Ferdinand : Il n’est ni rond, ni carré, ni pointu. Quoi donc, quoi donc ? Le trou de mon …
- Baptistin : (l’interrompant) Non ! C’est beaucoup trop tôt !
- Ferdinand : Ah oui …

41
- Baptistin : Une chanson d’amour, par exemple. Permettez ?
- Ferdinand : J’achète !
- Baptistin : Saturnin, une chanson d’amour, s’il te plait.
« Ti amo » d’Umerbto Tozzi démarre. Baptistin danse sur la chanson comme s’il s’agissait d’une
véritable déclaration d’amour à destination de Ferdinand, se mettant à genoux, l’enlaçant, etc.
Edmond entre par Jardin et découvre le tableau, effaré. Il s’enfuit aussitôt par la porte Cour.
Baptistin et Ferdinand entament une valse. Mathilde entre par les escaliers Cour. Ferdinand et
Baptistin cessent leur danse et Ferdinand entame une valse avec Mathilde alors qu’elle cherche à
danser avec Baptistin. Edmond entre par la porte Cour. La Baronne descend les escaliers avec
une éventail, découvre la scène et se met à danser seul. Ferdinand lâche Mathilde et se dirige vers
Edmond, avec qui il entame une valse. Mathilde se dirige vers Baptistin pour danser avec lui mais
Juliette arrive rapidement par les escaliers Cour, la dépasse et entame une valse avec Baptistin.
Les personnages finissent de profil, collé les uns aux autres, au premier plan à l’extrême-Cour.
Edmond est le seul à se trouver à Jardin. Il court dans la direction du groupe et les pousse, ce qui
les fait sortir par la porte Cour.
Noir. Rideaux. Fin de l’acte 3.

42
Acte IV
Seuls sur scène, Charles et Madeleine font des exercices. Les mouvement de Madeleine sont
souples et dynamiques. Ceux de Charles, coincés. Charles regarde autour du lui puis, constatant
qu’ils sont seuls, s’approche de Madeleine.
- Charles : (amoureux) Ho, Madeleine ! Ho, enfin seuls ! (il tente de l’enlacer) Mon civet, mon
gros civet à moi !
- Madeleine : Continuons comme si de rien n’était !
Charles s’écarte et ils reprennent leurs mouvements.
- Madeleine : Pourquoi tu n’es pas venu me rejoindre dans ma chambre, hier soir ? Je t’ai attendu
toute la nuit …
- Charles : Je suis venu ! Mais je n’ai pas trouvé d’échelle …
- Madeleine : J’avais mis une corde lisse à ma fenêtre.
- Charles : Oui, une corde lisse … ta chambre est tout de même sous les toits. Ça ne serait pas plus
simple par la porte ?
- Madeleine : (s’approchant de Charles) Non, passe par la fenêtre : c’est plus romantique. Et c’est
bon pour ton dos !
Elle lui assène un coup sur le dos qui fait crier Charles. Elle va chercher le canapé, au fond.
- Madeleine : (amenant le canapé devant) Ce soir, pour t’aider, je mettrai une corde à nœuds,
d’accord ?
- Charles : Ho, merci ma colombe ! Je t’…
Il est interrompu lorsque Madeleine le pousse sur le canapé. Il y tombe sur le ventre. Madeleine
saisit sa jambe non-plâtrée et entame des exercices d’étirement.
- Madeleine : Elle te veut quoi, la fille du patron ?
Madeleine change de jambe et étire la jambe plâtrée. Les mouvements font mal à Charles.
- Charles : Je ne sais pas ! Elle ne le me lâche plus d’une semelle. En plus, c’est une vraie sauvage !
(montrant son poignet droit) Regarde : elle m’a mordu.
- Madeleine : (lâchant la jambe et s’approchant du poignet) Ho ! Pauvre raton ! (elle saisit les
deux poignets et fait de mouvement de haut en bas, qui font mal à Charles) On lui fait des misères !
Faut pas te laisser faire, je te l’ai déjà dit. Tu es trop gentil. Il ne faut pas te laisser faire.
- Charles : (alors que les mouvements de Madeleine et le font décoller du canapé) : J’ai envie de
toi, ma pouliche.
- Madeleine : Oh non, non, non, non, non ! Ne t’arrête pas, continue !

43
- Charles : Mais je m’en fiche ! Je suis un homme maintenant. J’ai envie que tu sois ma femme.
- Madeleine : (se jetant dans ses bras) Ho, mon thon !
- Charles : Ho, ma bouillote ! Tu souviens-tu de notre premier rendez-vous ? Dans le champ d’à-
côté, il y avait un âne qu’on avait baptisé « Marcel ».
- Madeleine : Depuis, à chaque fois que je vois un âne, je pense à toi, mon petit trésor.
- Charles : Et combien de temps allons-nous encore devoir nous cacher ?
- Madeleine : Tu sais comment est ta mère. Quand elle va apprendre que tu fréquentes quelqu’un
qui n’est pas de ton rang, elle va être furieuse.
- Charles : Oui : elle a peur que j’attrape des maladies …
- Madeleine : Je vais lui parler. Je lui montrerai mes vaccins. Elle comprendra. C’est une femme.
- Charles : Non !
- Madeleine : Si, je t’assure : c’est une femme.
- Charles : Je veux dire : non, c’est à moi de le faire. Même si elle doit me déshériter, je m’en fous !
Ce qui compte, c’est notre amour !
- Madeleine : Comment ça, « déshériter » ?
- Charles : Oui, elle serait capable de me répudier. Ou de me jeter à la rue, peut-être. Mais
qu’importe : le principal, c’est que nous soyons ensemble, hein ?
- Madeleine : Ah oui, oui … Mais non ! Attends, ça change tout, là !
- Charles : (penaud) Si j’étais ruiné, tu ne m’aimerais plus ?
- Madeleine : Ho, si, je t’aimerais ! Mais tu me manquerais beaucoup …
On entend le directeur chantonner en off, en provenance des escaliers.
- Charles : (se réfugiant à Cour) Ho ! Attention !
Madeleine déplace le canapé à Jardin et, penchée en avant, l’époussète. Edmond entre par
l’escalier cour, va vers Madeleine et lui claque les fesses de la main.
- Madeleine : (surprise, se redressant) Ho ! Monsieur le Directeur !
- Edmond : (voyant Charles et se dirigeant vers lui) Ah, Monsieur Charles ! Tout va comme vous
voulez ? Vous n’avez besoin de rien ?
- Charles : Ça va, merci !
- Edmond : (à Madeleine, désignant Charles) Il faut me le soigner, ce grand garçon. Ce n’est pas
tous les jours qu’on a l’honneur d’accueillir des pensionnaires de marque ! Et sportif avec ça !
- Charles : Heu … non, pas vraiment.

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- Edmond : Ah si, quand même ! Je vous ai surpris tout à l’heure en train de faire du catch avec
ma fille.
- Charles : C’était du tennis !
- Edmond : C’est pareil. (à Madeleine, en portant à nouveau sa main à ses fesses) Prenez-en bien
soin !
- Madeleine : Oui, Monsieur le Directeur.
Madeleine, en riant, sort par les escaliers Cour.
- Edmond : Ah, le petit personnel … pas facile ! (montrant son poignet) Vous leur donnez ça et …
(montant jusqu’à son coude) ils en veulent trop. Enfin … vous avez vu ma fille ?
- Charles : (paniqué) Ou ça ?
- Edmond : Je vous demande si vous l’avez vue.
- Charles : Heu … non.
- Edmond : Elle est mignonne, hein ? Un vrai petit ange. Je ne sais pas ce que vous lui avez fait
mais alors … elle ne me parle plus que de vous. Et Monsieur Charles par ci, et Monsieur Charles
par là. Il n’y a pas à dire : elle est mordue !
- Charles : Ah non ! C’est elle qui m’a mordu !
- Edmond : Déjà ? Veinard, va ! Alors, surtout, si vous désirez quoi que ce soit, n’hésitez pas : je
suis à votre entière disposition !
- Charles : Justement : je n’ai pas d’eau dans ma chambre.
- Edmond : (abrupt) C’est normal : c’est pas la saison.
- Charles : (satisfait de l’explication) Ah !
Edmond va pour sortir par les escaliers Cour. Baptistin entre par la porte Jardin et, pressé,
s’adresse à lui.
- Baptistin : Monsieur le directeur, je peux vous parler trente secondes ?
- Edmond : (énervé, désignant Charles) Non ! Vous voyez bien que je suis occupé ! Foutez-moi
le camp, imbécile !
Edmond sort par les escaliers Cour. Ferdinand entre par la porte jardin, il a entendu la fin de
l’échange précédent.
- Baptistin : (à Ferdinand) Vous voyez : on ne veut pas m’écouter …
- Ferdinand : Mais c’est normal, mon vieux : vous êtes hésitant, timide … Il faut être beaucoup
plus sûr de vous ! On a l’impression que vous avez peur.
- Baptistin : Bah, c’est ça : j’ai peur.

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- Ferdinand : (se dirigeant vers Charles, qui s’est assis sur un tabouret devant le comptoir) Il a
peur !
- Baptistin : (saisissant Ferdinand par l’épaule et l’éloignant de Charles) Non, non, non, non,
laissez : ça n’intéresse pas Monsieur. Puis, il est pas normal-normal.
- Ferdinand : Mais si, mais si ! (se dirigeant à nouveau vers Charles) Imaginez-vous que ce jeune
Adonis veut faire sa demande en mariage. Seulement, beau-papa lui fait peur. Qu’en pensez-vous ?
- Charles : Bah, la peur vient souvent de la méconnaissance de l’autre. Le mieux serait de répéter
pour ne pas perdre vos moyens.
- Baptistin : (surpris) Répéter ?
- Charles : (le disant exactement de la même manière) Le peur vient souvent de la méconnaissance
de l’autre. Le mieux serait de répéter pour ne pas perdre vos moyens.
- Baptistin : (comprenant) Ah, répéter !
- Charles : (idem) La peur vient souvent de …
- Ferdinand : (l’interrompant) Oui, c’est bon, c’est bon : on a compris ! (à Baptistin) Monsieur a
raison. Envisager toutes les réponses possibles de votre interlocuteur et anticiper ses réactions. Je
suis le directeur et vous venez me faire votre demande.
- Baptistin : Ah, d’accord.
- Ferdinand : (à Charles) Voulez-vous faire la jeune promise ?
- Charles : Ah, non merci !
- Ferdinand : Dommage.
Ferdinand va se placer derrière le comptoir. Baptistin se place à jardin et lui tourne le dos.
- Baptistin : Un, deux, trois, soleil ! (il se tourne vers le comptoir) Ah, Monsieur le directeur ! Je
peux vous parler trente secondes ?
- Ferdinand : (criant comme Edmond et faisant sursauter Charles) Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ?
Vous ne voyez pas que je suis occupé ? Foutez-moi le camp, imbécile !
Baptistin, perplexe, se dirige vers la porte Jardin.
- Ferdinand : (à Baptistin, allant le chercher pour le retenir sur scène) Mais qu’est-ce que vous
faites ? C’est à ce moment-là qu’il faut insister, justement. (à Charles) Comment allez-vous traiter
une affaire si vous ne faites pas une offre ?
Charles ne réagit pas.
- Ferdinand : Non, je disais : comment allez-vous traiter une affaire si vous ne faites pas une offre ?

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Charles ne réagit toujours pas. Ferdinand passe une main devant ses yeux, toujours pas de
réaction. Ferdinand abandonne.
- Ferdinand : (à Baptistin) Bon, reprenons. Je suis le directeur. (il se place à nouveau derrière le
comptoir puis, une fois installé, tape violemment des mains sur celui-ci. Il parle en criant) Qu’est-
ce que vous voulez ?
- Baptistin : (mouvement ridicule puis timidement et désignant la porte derrière lui) Je voudrais
épouser la fille du directeur …
- Ferdinand : Mais … c’est moi, le directeur.
- Baptistin : (riant, content d’avoir enfin compris) Ah, mais oui, d’accord ! (à Charles, qui rit
également) Oh mais il le fait bien !
Charles rit en levant le pouce.
- Baptistin : Bon … (rapidement, se tournant vers le mur jardin) Soleil ! (se tournant vers le
comptoir) Monsieur le directeur, …
- Ferdinand : Qu’est-ce que c’est ?
- Baptistin : J’ai l’honneur de vous demander …
- Ferdinand : (agressif) De quoi ?
Ferdinand quitte le comptoir et s’approche lentement et l’air énervé de Baptistin.
- Baptistin : (mal à l’aise) … de vous demander gentiment …
- Ferdinand : (agressif) Quoi ça ?
- Baptistin : (mal à l’aise et reculant au fur et à mesure que Ferdinand approche) Le … la …
(montrant sa main) Ce qu’il y a au bout du bras, là. La main de …
- Ferdinand : (agressif) Qui ça ?
- Baptistin : (mal à l’aise) Je vais vous le dire, je vais vous le dire … (dans un murmure) La main
de … (il parle à l’oreille de Ferdinand et on n’entend pas ce qu’il dit).
- Charles : Il devrait parler encore plus bas … Parlez plus fort, mon vieux : on n’entend rien du
tout.
- Ferdinand : Bah oui, mon vieux : faut parler plus fort en prenant un air supérieur.
- Charles : Oh ! Faites voir votre air supérieur.
- Baptistin : (se plaçant au milieu de la scène, très gentil et poli) Bonjour ! (réalisant que ça ne
fonctionne pas) Non, ça c’est pour autre chose … (cherchant son air supérieur) Ah oui !
Baptistin prend une pose ridicule. Cela fait partir Charles dans un fou rire tout aussi ridicule.
- Ferdinand : (à Charles) Déjà que c’est pas facile, mais là …

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Charles se tait et s’excuse.
- Baptistin : Ah mais j’ai celui-là qui est pas mal, aussi.
Baptistin prend une autre pose ridicule et cela fait à nouveau partir Charles dans un fou rire
grotesque.
- Ferdinand : Bon, vous n’avez pas autre chose comme air supérieur ?
- Baptistin : Non, je n’en ai que deux.
- Ferdinand : Bon, on va faire avec. (avançant vers Charles d’un air sûr de lui) Ensuite, vous
avancez vers le directeur en le fixant droit dans les yeux. (à Chalres) « Monsieur, j’ai l’honneur
de vous demander la main de votre fille ! ».
Charles pousse un petit cri ravi et approuve en lui serrant la main.
- Ferdinand : (se tournant vers Baptistin) A vous.
- Baptistin : (avançant vers Charles d’un air ridicule) Monsieur, j’ai l’honneur de vous demander
(désignant Ferdinand) la main de sa fille.
Charles pousse à nouveau son petit cri ravi et tend la main. Baptistin va pour la lui serrer. Mais
Ferdinand attrape la main de Baptistin et commence à le sermonner.
- Ferdinand : Quoi ? Vous ? Un minable ? Un moins que rien ? Un petit employé de rien du tout ?
Vous osez jeter votre dévolu sur ma fille ? Jamais, vous entendez ? Jamais ! Vous êtes renvoyé !
- Baptistin : (surpris) Je ne finis pas la saison ?
Charles et Ferdinand poussent tous deux un soupir, désespérés.
- Ferdinand : On ne va jamais s’en sortir hein … Le mieux serait que je tâte le terrain pour connaître
la tendance du marché.
- Baptistin : (heureux) Oh, vous feriez ça pour moi ?
Ferdinand écarte les bras pour confirmer.
- Baptistin : (à part) Bah il est sympa le plombier !
On entend la voix du directeur en off.
- Charles : Ho ! prenez garde : le directeur !
Baptistin va derrière le comptoir. Edmond entre par les escaliers cour, une bouteille de
champagne et deux flutes à la main.
- Edmond : (voyant Ferdinand, embêté, à part) Ah, le plombier !
- Ferdinand : (voyant Edmond, content, à part) Ah, le directeur !
- Edmond : (à Ferdinand) Alors, vous en êtes où, mon vieux ? Ça avance notre affaire ?

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- Ferdinand : (surpris) Notre affaire ? (croyant qu’il lui parle de Mathilde) Ah, vous voulez parler
de …
- Edmond : (l’interrompant et l’emmenant à l’écart) Chut ! Nous ne sommes pas seuls ! Surtout,
je veux un tuyauterie impeccable. Eliminez-moi toutes les impuretés.
- Ferdinand : (portant ses mains à son ventre) Ah, je suis là pour ça.
- Edmond : Il faut que ça coule à grande eau. Utilisez un goupillon si nécessaire.
- Ferdinand : (surpris) Un goupillon ?
- Edmond : Allez ! Remuez-vous un peu, mon vieux !
- Ferdinand : Enfin quand même … un goupillon ! Enfin bon, en parlant : j’ai une requête à vous
soumettre. C’est au sujet de votre fille Juliette. J’ai un acquéreur !
- Edmond : Un acquéreur ?
- Ferdinand : Oui. Enfin … un prétendant si vous préférez.
Ferdinand désigne Baptistin, qui se trouve derrière le comptoir. Mais Charles se trouve devant le
comptoir et Edmond pense que c’est ce dernier qui est désigné.
- Ferdinand : Qu’en pensez-vous ? N’est-ce pas un beau parti pour votre fille ?
- Edmond : Je pense bien. J’attends ça depuis le début !
- Ferdinand : Le début ?
- Edmond : Le début de la pièce !
- Ferdinand : Seulement le pauvre garçon est intimidé. Il n’ose pas faire sa demande auprès de
vous.
- Edmond : Allons donc, c’est ridicule !
- Ferdinand : Vous lui faites peur.
- Edmond : Oh ?!
- Ferdinand : C’est pourquoi il m’a demandé de venir en éclaireur pour faciliter sa démarche.
- Edmond : Je m’en vais le rassurer et dissiper tout malentendu.
- Ferdinand : (lui donnant une grande tape dans le dos) Merci pour lui ! (se dirigeant vers les
escaliers cour et s’arrêtant au niveau du comptoir. À Baptistin) Allez-y, foncez, mon vieux ! C’est
dans la poche !
Edmond muse la marche nuptiale en regardant Charles et dépose la bouteille et les flutes sur le
comptoir.

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- Edmond : (à Charles, mielleux) Alors, tout se passe comme vous voulez ? Vous n’avez besoin
de rien ?
- Charles : Ça va, je vous remercie.
- Baptistin : Monsieur le directeur …
- Edmond : (à Baptistin, agressif) Plus tard ! Plus tard !
Pendant qu’Edmond parle à Charles, Baptistin quitte le comptoir et adopte la démarche ridicule
qu’il considère comme un air supérieur.
- Edmond : (à Charles) Si vous avez quelque chose à me demander, n’hésitez pas : je suis à votre
entière disposition.
- Baptistin : (à Edmond) Excusez-moi, Monsieur le directeur, mais je me permets d’insister …
- Edmond : Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ?
- Baptistin : Patron, là, je ne sais pas trop comment vous dire la chose … (montrant l’endroit où
Edmond et Ferdinand se tenaient juste avant) Mais je crois que vous êtes au courant de la situation,
là.
- Edmond : Ah oui, c’est vrai ! On vient de me prévenir ! (à Charles, mielleux) Ne bougez pas : je
reviens tout de suite. (entraînant Baptistin à distance et lui parlant de façon à ne pas être entendu
de Charles) Ecoutez, le mieux serait de le faire vous-même.
- Baptistin : Ah oui … Ah non ! Oui, c’est ça : je veux le faire moi-même ! Mais j’ose pas …
- Edmond : C’est pas compliqué : vous la prenez, vous la retournez, vous la bougez dans tous le
sens et le tour est joué.
- Baptistin : (surpris) Je vous demande pardon ?
- Edmond : Plus vous seriez violent et brutal et mieux ce sera.
- Baptistin : Ah, d’accord ! Hé bien, je ne savais pas que ça plairait à votre fille mais je vais m’en
occuper, hein !
- Edmond : Ma fille ? Mais qu’est-ce que ma fille a à voir là-dedans ? Je vous parle des séances de
massage de la baronne ! Je lui ai dit que vous étiez masseur.
- Baptistin : Votre sœur ?
- Edmond : Mais non, pas « ma sœur », « masseur ». (imitant un massage) « Masseur » !
- Baptistin : Ah non, mais moi je n’y connais rien à tout ça !
- Edmond : Pffff, aucune importance : vous apprendrez sur le tas.
- Baptistin : Sur la baronne ?
- Edmond : Oui ! Oui, oui, allez ! Ne discutez pas. Faites ce que je vous dis.

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- Baptistin : Non mais, autrement, vous n’avez rien d’autre à me dire, là ?
- Edmond : (criant) Non ! Vous pouvez disposer !
Edmond se dirige à nouveau, sympathique, vers Charles. Baptistin recommence sa marche ridicule
qu’il prend pour son air supérieur.
- Baptistin : (tapotant l’épaule d’Edmond) Vous êtes sûr ?
- Edmond : (se retournant et criant) Foutez-moi le camp, imbécile !
Baptistin s’enfuit par l’escalier cour, poursuivi par Edmond qui s’arrête au bas des escaliers.
Charles est amusé et rit comme un idiot. Charles regarde le panneau derrière et le comptoir et
Edmond vient se placer derrière lui.
- Edmond : (fort, faisant sursauter Edmond) Alors ? On a rien à me demander ?
- Charles : (ne comprenant pas) Non …
- Edmond : (agressif, criant) Vous en êtes bien sûr ? Vous n’avez rien à dire au gentil directeur ?
- Charles : Ben non …
- Edmond : (continuant à éructer, alors que Charles se couche sur le comptoir pour s’éloigner de
lui) Tout gentil, il est, le directeur ! Tout doux ! Tout mignon ! Allez, que diable, un peu de
courage ! Je ne suis pas aussi terrible que ça ! (se calmant et se reculant, permettant à Charles de
se relever du comptoir) Du reste, je suis au courant.
- Charles : Au courant ? Au courant de quoi ?
- Edmond : Pour vous et la petite.
- Charles : (pensant qu’il parle de Madeleine) Non ? C’est elle qui vous en a parlé ?
- Edmond : Entre autres.
- Charles : (paniqué, faisant les cent pas dans la pièce) Oh ! Je lui avais pourtant bien dis de se
taire ! Si maman l’apprend, elle va être furieuse !
Charles va pour sortir par la prote jardin. Edmond le rattrape et la garde sur scène.
- Edmond : Au contraire ! Votre mère est ravie !
- Charles : (abasourdi) Quoi ? Maman est au courant ?!
- Edmond : Parfaitement ! Maman est au courant ! C’est moi-même qui lui en ai parlé ce matin.
- Charles : Vrai ?
- Edmond : Vrai.
- Charles : Et elle vous a dit qu’elle était ravie ?

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- Edmond : Oui. Je ne vous dirai pas qu’au début elle n’était pas un peu … réticente. Mais j’ai
parlé en votre faveur.
- Charles : (très heureux) Ho … (tendant une main en direction d’Edmond) Merci ! Merci mille
fois !
- Edmond : Oh, dans mes bras mon garçon !
Les deux s’étreignent en poussant des cris de joie.
Noir. Rideau. Fin de l’acte IV.

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ACTE V

Mathilde se trouve dans une baignoire à Jardin. La baronne est allongée sur le comptoir, un drap
par-dessus elle. Baptistin la masse.
- Baronne : (à Mathilde) Madame, comment vous sentez-vous ?
- Mathilde : Ah, bien ! L’odeur des algues est un peu forte mais sinon c’est bien.
- Baronne : On s’y fait, vous verrez. (à Baptistin) : Dites, c’est un peu mou, là, jeune homme.
N’hésitez pas à m’écarteler. Ah, j’aime ça …
- Mathilde : Après, ça sera à mon tour jeune homme. Vous viendrez me masser dans ma chambre

- Baptistin : Comme Madame voudra.
- Baronne (alors que Baptistin appuie plus fort) Là, voilà ! Oui, c’est mieux ! (Baptistin attrape
son pied et tire vers le haut) Oui ! Oui ! Oui ! Oui ! Oui !
Baptistin se retrouve avec la jambe (en plastique) en main. Ne sachant qu’en faire, il sort
rapidement la cacher par la porte cour.
- Baronne : (à Mathilde) Vous semblez d’humeur joyeuse. Auriez-vous retrouvé votre Cucu ?
- Mathilde : Kiki ! Et non, malheureusement …
- Baronne : Alors que nous vaut cette joie ?
- Mathilde : Mais c’est l’amour, baronne ! L’amour qui remplit mon cœur et me donne des ailes !
- Baronne : Ah, mais figurez-vous que moi aussi, je suis amoureuse ! Mais je ne sais pas de qui …
Si je trouve la brouette, mon homme est au bout.
- Mathilde : Le mien est légionnaire. Je l’ai rencontré sur le pont de l’Alma.
- Baronne : Un légionnaire ? Mais racontez-moi ça : vous m’excitez, là !
- Mathilde : Il est parmi nous …
- Baptistin : Non …
- Mathilde : C’est quelqu’un qui vous touche de près.
- Baptistin : Qui me touche de près ? Mon fils ?
- Mathilde : Non …
- Baronne : Ah bha, ça m’étonnait aussi. Ils l’ont réformé : il n’a rien dans la culotte. Rien !
- Mathilde : Allez, je vous donne un indice : il est juste au-dessus de vous.

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- Baronne : (regardant Baptistin) Non, vous ne voulez pas dire que … (à Baptistin) C’est vous le
légionnaire du pont de l’Alma ?
- Baptistin : Oui, Madame la Baronne.
- Baronne : Oh, bah je ne l’aurais pas deviné toute seule.
Charles entre par la porte jardin.
- Charles : Mère !
- Baronne : Qu’est-ce qui se passe, fils ?
- Charles : Justement, je vous cherchais.
- Baronne : Mon grand Charles, vous avez l’air d’humeur joyeuse.
- Charles : Ah mais je le suis : j’explose de joie ! J’ai rencontré Monsieur le directeur qui m’a fait
part de votre consentement au sujet de notre amour.
- Baronne : C’est donc vrai ? Cette petite vous aime ?
- Charles : Oh bah oui ! Si je l’aime ? Je l’aime de toute mon âme !
- Baronne : Vous, je sais que vous l’aimez. Moi, je vous parle de vous. Est-elle vraiment amoureuse
de vous ?
- Charles : Mais oui ! Enfin … je crois.
- Baronne : Ah ! Vous croyez ou vous en êtes sûr ?
- Charles : Oh, j’en suis sûr, mère : elle me l’a dit ! Elle me l’a juré !
Cela énerve Baptistin qui fait mal à la Baronne. Elle pousse un cri de douleur.
- Baronne : Aïe ! Doucement, la légion ! C’est tout de même un corps de femme. Bon, si tel est
votre choix, vous épouserez cette petite.
- Charles : (très ému) Oh, merci, mère ! Mère ! (se dirigeant vers les escaliers cour) Je cours la
rejoindra pour lui annoncer la bonne nouvelle !
Charles sort par les escaliers cour.
- Mathilde : Votre fils m’a l’air très amoureux.
- Baronne : Oui, il va se fiancer avec la fille du directeur.
- Mathilde : Oh, c’est un bon parti, cette petite. Elle est sérieuse et adorable.
On entend, en off, les cris d’âne de Charles. Il entre par les escaliers cour.
- Charles : (à la cantonade) Pas trouvée !
Poursuivant ses cris, il sort par la porte jardin.

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- Baronne : Je ne sais pas ce qu’elle lui trouve, à ce grand benêt. Si j’étais à sa place, j’irais voir
ailleurs.
Juliette entre par la prote Jardin en poussant de grands cris. En la voyant, Baptistin lui tourne le
dos et reprend son massage sur la Baronne, en lui faisant mal.
- Juliette : Ah ! Baptistin ! Baptistin ! Papa m’a dit ! Papa m’a tout raconté ! Ta demande ! Son
consentement !
- Baptistin : Oui, bah, je suis au courant.
- Juliette : (arrachant Baptistin à sa tâche) Ah, je t’aime !
Elle l’embrasse et il tombe au sol. Elle monte à califourchon sur lui et l’embrasse. Mathilde est
horrifiée
- Baptistin : Arrête ! Arrête ! Arrête ! Il y’a du monde, là !
- Juliette : (aidant Baptistin à se relever) Viens, mon canard ! Viens faire des piou-pious à ta
Juliette : tu l’as bien mérité !
Juliette, tenant la main de Baptistin, l’entraîne dehors par la porte cour.
- Mathilde : Mon Baptistin !
- Baptistin : (s’arrêtant juste avant la sortie) Je reviens : je vais faire des piou-pious avec Juliette
dans la cuisine.
Baptistin sort par la porte cour.
- Mathilde : (désespérée) Hoooo !
Mathilde tombe inconsciente dans la baignoire.
- Baronne : J’ai dû rater quelque chose … (apercevant Mathilde endormie dans la baignoire, se
levant pour la rejoindre) Mathilde ! Mathilde ! (lui saisissant la tête) Enfin, réveillez-vous,
Mathilde !
- Mathilde : (reprenant conscience) Qu’est-ce qui se passe ?
- Baronne : Rien, c’est fini : ils sont partis. Juliette et Baptistin sont allés faire des piou-pious dans
la cuisine !
Mathilde recommence à pleurer.
- Baronne : Mais ne pleurez pas, voyons. Ce ne sont pas les légionnaires qui manquent. Je vous
prêterai mon chinois, si vous voulez.
- Edmond : (off) Je le savais ! Je le savais ! (entrant par les escaliers cour, à Mathilde) Chère amie,
je suis heureux et fier de vous annoncer les fiançailles de votre fils et de ma petite Juliette. (à
Mathilde, qui continue à pleurer, agressif) Mais oui, on va le retrouver, votre Kiki ! (à la Baronne)
Ah, Baronne, quel bonheur ! On peut chanter, si vous voulez !

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- Baronne : Oh, oui !
- Edmond : Avez-vous fait un bon voyage ?
Les premières notes de la chanson commence à résonner. La Baronne se prépare à chanter.
- Baronne : Attendez ! Attendez ! Attendez ! (la musique s’interrompt) Juste une petite précision :
votre fille, c’est bien cette ravissante personne, un peu brutale mais néanmoins charmante, qui se
nomme Juliette ?
- Edmond : (surpris) Oui, pourquoi ?
- Baronne : Rien. Pour rien. Elle est partie avec Baptistin pour faire des piou-pious dans la cuisine.
- Edmond : Hein ?
- Baronne : Votre fille, Juliette, est partie avec Baptistin, le légionnaire du pont de l’Alma qui se
trouve être également l’amant de (désignant Mathilde) Madame.
- Edmond : Quoi ?
- Mathilde : (en pleurant) Oui …
- Edmond : Deux minutes ! On ne s’entend plus !
Edmond recouvre Mathilde d’un drap.
- Edmond : C’est impossible : il doit s’agir d’un malentendu !
- Baronne : Pourtant ils avaient l’air de bien s’entendre.
Edmond se précipite vers la cuisine.
- Baronne : (l’interrompant) Et, dites, toujours pas de brouette à l’horizon ?
- Edmond : (agressif) Non, ce n’est pas le moment !
Edmond sort par la porte cour. Ferdinand entre à toute vitesse par la porte jardin et se dirige vers
l’escalier cour.
- Ferdinand : Mademoiselle Meunier !
- Mathilde : Moulin !
Ferdinand s’arrête au bas des escaliers et se retourne vers la baignoire.
- Baronne : (la désignant) Elle trempe !
- Ferdinand : (s’approchant de la baignoire) Mademoiselle Moulin ! Laissez-moi vous chanter
mon amour.
- Mathilde : Mais qu’est-ce que c’est ?
- Ferdinand : C’est moi, Gronsard.

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- Mathilde : Gros lard ?
- Ferdinand : Mais non : Gronsard ! (à la Baronne) Mais qu’est-ce qu’elle a ?
Mathilde retire le drap.
- Baronne : Elle vient d’apprendre que l’amant du légionnaire et mon fils Charles sont partis faire
des piou-pious dans la cuisine avec Juliette, la fille du pont de l’Alma.
- Ferdinand : Non ?
- Baronne : Si !
- Ferdinand : Mathilde, écoutez-moi. Mon cœur saigne de ne pouvoir battre à vos côtés. Je voudrais
tant vous embrasser partout. Vous prendre comme un fou. Mathilde ! La brouette chinoise !
- Baronne : (à part) Mais c’est mon chinois ! (à Ferdinand) Dites, l’intrépide du sommier ! Le
Casanova de la brouette ! C’est vous ?
- Ferdinand : Ben oui, c’est moi.
- Baronne : Mais moi … c’est moi ! C’est moi ! (prenant une pose et parlant chinois). C’est moi !
- Ferdinand : Oui … Mais moi, (désignant Mathilde) c’est elle ! Mathilde, laissez-moi vous dire
ce que mon cœur voudrait vous chanter. (chantant très faux) Je t’ai donné mon cœur, tu tiens en
toi tout mon bonheur. Sans ton baiser, il meurt. Car sans soleil, meurent les fleurs. (se dirigeant
vers La Baronne, qui lui tournait le dos, et hurle dès qu’elle entend Ferdinand chanter près d’elle.
Puis elle s’appuie sur le comptoir et couvre les oreilles de ses mains) A toi, mon beau chant
d’amour. Et pour toi seul, il fleurira toujours. Toi que j’adore ! Ô, toi, ma douceur ! Redis-le moi,
je t’ai donné mon cœur.
Mathilde, allongée dans la baignoire, rayonne de joie. Dès la fin de la chanson, des hurlements
se font entendre depuis Cour. Baptistin entre par la porte Cour, suivi de Juliette puis de Edmond,
un couteau à la main.
- Edmond : (alors que les deux autres poussent des cris) Viens ici, salopard !
- Juliette : (effrayée) Papa !
- Edmond : Oser toucher à ma fille ! Crapule !
Baptistin se réfugie derrière le comptoir. Juliette fait barrage entre lui et Edmond.
- Juliette : Enfin, papa, tu étais d’accord !
- Edmond : Avec ce vaurien ? Jamais, tu m’entends ? Jamais ! (désignant Ferdinand) Pourquoi
pas avec le plombier, pendant que tu y es ?
- Ferdinand : (surpris) Le plombier ? Quel plombier ?
Mathilde sort par les escaliers Cour.

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- Edmond : Comment ça, « quel plombier » ? Bah vous, mon vieux ! (aux autres) Ah, oui, je ne
vous l’avais pas dit. Hé bien, c’est le plombier. Voilà.
- Ferdinand : Comment ? Mais je ne suis pas plombier !
- Edmond : Pas plombier ?
- Ferdinand : Je suis Gronsard. Ferdinand Gronsard. Agent financier.
- Baptistin : (amusé) Ah bah, je vous avais pris pour le plombier.
- Ferdinand : Auriez-vous des problèmes d’eau ?
- Edmond : (catégorique) Non ! Pas du tout !
- Baptistin : Nous n’avons plus d’eau tarie.
- Edmond : (énervé, à Baptistin) Ça suffit. D’ailleurs, je vous chasse. Vous ne faites plus partie de
la maison. Dehors !
- Juliette : Papa !
- Edmond : J’ai dit « dehors » !
- Baronne : Mais attendez : on n’a pas chanté le bon voyage !
- Edmond : Un point c’est tout !
- Baptistin : Mais attendez … si je suis renvoyé, il n’est plus mon patron !
- Edmond : Il a tout compris.
- Baptistin : Mais alors … ça change tout ! (il va chercher Juliette par la main et vient se
positionner devant Edmond. Il est hésitant en parlant) Monsieur, j’ai l’honneur de vous demander
la main de votre fille Juliette.
Juliette pousse un cri de joie. Edmond, effondré, s’apitoie sur le comptoir.
- Baptistin : (fier) Ah ! Ca y est ! Je l’ai fait ! C’était l’image du patron qui me bloquait !
Baptistin tape les fesses d’Edmond qui se retourne, choqué.
- Juliette : Dans mes bras, mon homme !
Juliette et Baptistin s’enlacent.
- Edmond : (choqué, les désignant, à Baronne) Non mais … regardez-les !
- Baronne : (légère) Ben acceptez, mon ami, acceptez. Regardez comme ils s’aiment et comme ils
sont souples.
- Edmond : C’est impossible : je me suis déjà engagé auprès de votre fils.

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- Baronne : Ce n’est pas grave, il s’en remettra. Du reste, où est-il ce grand garçon ? (criant à la
cantonade) Charles ? Charles ?
Charles entre par les escaliers Cour, suivi de Madeleine, qui vient se pendre à son bras.
- Charles : Mère ! J’ai l’honneur de vous présenter … votre future belle-fille. Madeleine
Grumeaux.
- Baronne : (s’effondrant sur le comptoir) Ah mon Dieu, quelle horreur ! (se reprenant) Je veux
dire : quel bonheur ! Elle est charmante, cette petite ! (à Madeleine) Je vous préviens : il n’a rien
dans la culotte !
Mathilde entre par les escaliers Jardin. Une corde passe autour de son cou et est attachée à une
grosse pierre, qu’elle tient à la main. Elle se dirige vers la baignoire et monte sur un escalier
dissimulé derrière celle-ci et lui permet d’être en hauteur. Comme si elle allait plonger dans la
baignoire. Surpris, Ferdinand et Baptistin, placés de part et d’autre de la baignoire, en regarde
l’intérieur.
- Ferdinand : (se relevant) Mademoiselle Meunier ?!
- Mathilde : (énervé, le cognant avec la pierre) Moulin ! « Mademoiselle Moulin », c’est pourtant
pas compliqué ! Moulin ! Comme un meunier ! (triste) La vie n’a plus aucun sens pour moi.
Personne ne m’aime. Je vais retrouver mon Kiki au paradis des chiens. Adieu, cure cruelle !
Mathilde lâche la pierre vers la baignoire. Tout le monde a un mouvement dans sa direction et
Baptistin et Ferdinand retiennent la pierre.
- Tous : (dans le mouvement vers Mathilde) Non !
- Ferdinand : Ne faites pas ça !
- Baptistin : (désignant la baignoire, laissant Ferdinand porter la pierre) Surtout que là, elle n’a
pas pied !
- Ferdinand : Les discours, ça n’est pas mon fort. Pas plus que les sérénade, d’ailleurs. Alors, pour
vous prouver mon amour, j’ai décidé d’agir. Et c’est au péril de ma vie que j’ai retrouvé … votre
Kiki !
Ferdinand lâche la pierre, récupérée par Baptistin. Baptistin retire la corde du cou de Mathilde.
Ferdinand sort une peluche de chien de sa poche et la tend à Mathilde.
- Mathilde : Ah, c’est le Kiki à sa maman !
- Baronne : Tout est bien qui finit bien ! Musica, Maestro !
Ils entament la chanson du début. Edmond l’interrompt.
- Edmond : Non ! (se dirigeant vers Baptistin) Il est hors de question que ma fille épouse ce
dégénéré.
- Juliette : Je t’en supplie !

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- Baronne : De toute façon, votre fille ne peut pas épouser Charles.
- Edmond : Pourquoi ça ?
- Baronne : Parce que Charles … est son frère !
Trois accords de piano accentuent la révélation alors que les personnes se dévisagent
mutuellement.
- Baronne : Enfin … son demi-frère. Edmond, tu ne te souviens pas ? Nous étions jeunes, beaux
et fous. (portant ses mains à sa poitrine) Nous croquions la vie à pleines mains ! En ces temps-là,
on m’appelait Froufrou. Tu m’as prise, abandonnée et trois mois plus tard, j’accouchais de
jumeaux. Deux garçons. Charles, qui n’a rien dans la culotte. Et l’autre, que j’ai perdu une veille
de Noël au rez-de-chaussée d’un grand magasin.
- Baptistin : Attendez … Ce garçon que vous avez perdu …
- Mathilde : (à la peluche) C’est mon Kiki !
- Tous : (exaspérés) Ho !
- Baptistin : Ne portait-il pas autour du cou un chaîne en argent avec une médaille en or ?
Baptistin sort de sous sa chemise une chaîne en argent avec une énorme médaille en or.
- Baronne : (découvrant la médaille) Mon fils !
- Baptistin : Maman !
Baptistin et la Baronne s’enlacent.
- Baronne : (désignant Edmond) Va embrasser ton père.
- Baptistin : (se jetant au cou d’Edmond) Papa ! Mon papa !
- Edmond : Il ne manquait plus que ça …
- Juliette : Mais alors … notre amour est impossible, si tu es mon frère.
- Baptistin : Je perds un amour pour un amour de père !
- Edmond : Non ! (à Juliette) Car je dois bien te l’avouer, maintenant. Tu n’es pas ma fille ! Ta
mère t’avais eue avant qu’on ne se rencontre. En vérité, ton père est un gros marin qui partit en
mer et ne revint jamais.
- Ferdinand : (sur le même ton que Baptistin) Attendez … Ce marin, qui n’est pas si gros, d’ailleurs,
ne portait-t-il pas autour du cou une ancre de marine avec la date de naissance de sa fille gravée
au dos ?
Ferdinand sort une ancre de marine de sous sa chemise et la présente à Juliette qui vient lire.
- Juliette : Ah non, c’est pas ça.

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- Ferdinand : Attendez ! (retournant l’objet) Et comme ça ?
- Juliette : (revenant lire) Papa ?
- Ferdinand : Ma fille !
Juliette et Ferdinand s’enlancent.
- Baptistin : (à Charles) Alors, tu es mon frère jumeau ? Ça te fait quel âge ?
- Charles : 37 ans. Et toi ?
- Baptistin : 34 !
Heureux, Charles et Baptistin s’enlacent.
- Baronne : Tout est bien qui finit bien ! Musica, Maestro !
- Baptistin : C’est Saturnin, pas « Maestro » !
- Baronne : Musica, Saturnin !
Ils entament la chanson 1. Edmond les interrompt.
- Edmond : Non ! J’ai une terrible nouvelle à vous annoncer !
- Baptistin : Vous êtes une femme ?
- Edmond : La source qui alimentait notre station est complètement à sec. Il n’y a plus une seule
goutte d’eau.
- Baptistin : Mais ce n’est pas grave, maman … papa ! Nous boirons du vin …
- Baronne : Edmond, les gens ne viennent pas ici pour votre eau mais pour l’ambiance. Abondez
dans leur sens : faites des animations, le soir donnez des spectacles …
- Ferdinand : Je pourrais chanter !
- Tous : Ah non !
- Baptistin : (désignant le public) Tout le monde pourrait chanter : il suffirait d’inscrire les paroles
sur des cartons.
- Edmond : C’est ridicule. Ça ne marchera jamais.
- Baronne : On peut toujours essayer. En attendant … Musica Maestro !
- Tous : C’est Saturnin !
- Baronne : Musica, Saturnin !
Baptistin va derrière le comptoir et ramène des grosses pancartes. Tous chantent la chanson
« Amusez-vous » d’Albert Prejean avec des cartons pour que le public puisse suivre.
Saluts

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Noir. Rideaux.

FIN

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