Terminale 2013
Terminale 2013
DISSERTATION LITTERAIRE
EXEMPLE DE MANIPULATION
Soit le sujet 1 : De nombreux auteurs utilisent l’humour pour faire passer leurs idées auprès des
lecteurs. Vous vous demanderez dans quelle mesure l’humour convient à l’expression d’un message
sérieux.
Vous organiserez vos idées dans un développement composé, en vous appuyant sur vos lectures
personnelles d’œuvres littéraires.
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Chapitre III : Elaboration du plan
Le plan est la structure détaillée du développement. Il est constitué de deux à, trois parties symétriques
comprenant chacune des arguments et des exemples. Deux étapes sont nécessaires : la recherche des
idées et la conception du plan définitif.
II – L’humour, moyen peu considéré par les lecteurs comme outil de transmission demessages graves.
2-1 Genre populaire jugé peu sérieux par les lecteurs élitistes
Ex :
2-2 Prédominance du comique sur le message
Ex : La dérision des femmes dans Les femmes savantes ou celle de d’Hippolyte dans L’école des femmes
de Molière.
2
2-3 Peu d’effet sur le lecteur
Ex :
I - Introduction
Les circonstances pathétiques ou tragiques de la vie laissent peu de place à la réflexion et à la
concentration. Ainsi pour faire passer leurs messages,leurs idées, certains auteurs utilisent le
divertissement comme moyen susceptible d’attirer l’attention de leurs destinataires (amorce du
sujet).C’est le cas de l’utilisation de l’humour, considéré comme « expression d’un message d’un
message séreux ». Dès lors, comment l’humour convient-il à la transmission d’une information
capitale ?Ne rencontre- t-on pas des lecteurs qui n’apprécient pas ce genre populaire ? Telles sont les
questions qui orienterons notre étude sur l’humour en littérature.
Introduction 2
La littérature, une activité demandant beaucoup d’effort et de réflexion, repousse parfois certains
lecteurs [Link] de cet état d’esprit de quelques lecteurs, les artistes dont les écrivains, les
dramaturges et les poètes font recours à des moyens capables de captiver ces lecteurs(amorce du sujet).
C’est ainsi qu’ils choisissent l’humeur comme mode d’expression le plus adapté dans la transmission des
informations importantes (reprise du libellé reformulé).Cela dit, l’humour parvient-il à transmettre les
messages à tout le lectorat potentiel (annonce de la problématique : question centrale) ? Nous
étudierons comment ce genre arrive à captiver l’attention des lecteurs, et donc de véhiculer les idées
des auteurs, puis nous montrerons que ce mode de transmission des informations rencontre également
un lectorat réfractaire (annonce du plan détaillé).
II - Conclusion
La littérature, à travers sa fonction de divertissement parvient à capter l’attention des lecteurs sur les
idées que veulent transmettre les auteurs (1e idée). Malheureusement, ce moyen se trouve marginalisé
par d’autres lecteurs plus sérieux et élitistes (2e idée). Au demeurant, ne serait-il pas judicieux de
valoriser ce genre qui intéresse plus de personnes si l’objectif premier d’un écrivain est de faire passer
son message au plus grand nombre d’individu ? (ouverture).
Sujet 2 : Quels plaisirs et quels profits pensez-vous qu’on puisse tirer de la lecture d’un bon roman ?
(seconde)
Compréhension du sujet :
« Plaisirs » : bonheurs, joie, aisance mentale ou spirituelle, oublie aux tracas de la vie, ce qui est source
d’émotion et de sensation agréable que procurerait la lecture d’un roman.
« Profits » : bénéfices, gain, avantages, retombées, intérêts ressentis ou obtenus ausortir de la lecture
d’un roman.
« Un bon roman » : récit intéressant, émouvant, captivant, abordant des thèmes trouvant l’adhésion
des lecteurs,…
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Problématique : (le sujet se présente sous la forme d’une problématique : « Quels plaisirs et quels
profits pensez-vous qu’on puisse tirer de la lecture d’un bon roman ? »
Consigne : « quels plaisirs et quels profits… » ? Le sujet convie les candidats à n’énumérer que les
plaisirs et les profits de la lecture d’un bon roman. Le plan sera donc inventaire, énumération des plaisirs
et des profits.
Plan du devoir
Introduction :
Le roman est le genre le plus lu et le plus publié de tous les genres littéraires. Cet attrait et cette
préférence auraient pour causes les plaisirs et les profits qu’en tireraient les lecteurs au sortir de leur
lecture de roman. La question qu’il convient de se poser est celle de savoir quels sont ces plaisirs et ces
profits. Notre réflexion consistera donc à énumérer d’abord quelques-uns de ces plaisirs puis certains
profits tirés par les lecteurs de roman.
Conclusion
Le roman, à l’instar d’autres genres littéraires, contient une infinité de thèmes qui accrochent souvent
les lecteurs en fonction de leurs attentes : les cas des plaisirs et des profits qu’en tire le lecteur d’œuvres
[Link] on se demandera si le roman n’a que des avantages.
Sujet 3 : « Lire un roman, pour moi, c’est une expérience à mi-chemin de sensualité, de la quête et de
l’exercice intellectuel. »
Vous commenterez librement cette opinion du romancier contemporain Yukio Mishima. (p217, Organi-
bac) (Plan disponible)
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III – Le roman, une entreprise de réflexion
3-1 Développement de l’imagination
3-2 Développement de l’esprit critique en se forgeant sa propre vision du monde
3-3 Affirmation de soi.
Sujet 4 : Dans la revue, «Notre librairie, Moussa Konaté écrit :« je ne cherche pas à changer la société.
Ce ne sont pas les romans qui vont changer le monde… Mais ce qui me déplaît, je le dénonce. J’écris
pour ne pas sombrer, nous vivons dans une telle situation que chacun se doit de posséder sa propre
bouée de sauvetage, et moi c’est à mes livres que je m’accroche. »
Que pensez-vous de cette déclaration de Moussa Konaté ?
Sujet 5 : Dans l’Anthologie de la littérature gabonaise, p134, on peut lire : « Les personnages des
œuvres littéraire sont des modèles à suivre ou des exemples à fuir. »
Vous analyserez ces propos en vous appuyant sur des exemples précis tirés des œuvres littéraires
gabonaises et étrangères que vous avez lues. (Proposer en 1e)
I – compréhension du sujet :
1- explication des termes clés :
Personnages littéraires : des acteurs de l’œuvre littéraire qui n’ont d’existence que dans l’œuvre et qui
mettent en scène les réalités de la vie réelle ; ils sont imaginaires.
Modèles à suivre : caractéristiques exemplaires, admirables, attirants, plaisants qui pousseraient des
personnes à les imiter.
Exemples à fuir : ce ne sont pas de gens recommandables, ils sont une contre-valeur, contre
témoignage. Ils repoussent au lieu d’attirer.
2- Thème et thèse :
Thème : Les caractéristiques des personnages littéraires
Thèse : Les personnages des œuvres littéraires sont des modèles à suivre ou des exemples à fuir.
Reformulation de la thèse : Le comportement des personnages littéraires pourrait amener certains
lecteurs à les imiter ou à les repousser.
3- Problématique : Qu’est – ce qui fait que Le comportement des personnages littéraires amène
certains lecteurs à les imiter ou à les détester?
En quoi sont-ils des modèles ? Pourquoi feraient-ils fuir d’autres lecteurs ?
Bons ou in exemplaires, ne reflètent-ils pas la société ?
Sujet 6 : Etes-vous de ceux à qui la littérature a encore quelque chose à dire face aux nouvelles formes
d’expression (cinéma, télévision, internet…) qui la concurrencent aujourd’hui ?
Compréhension du sujet
1 – clarification des termes clés et difficiles :
Littérature : ensemble de production écrite imaginaire avec incidence sur les problèmes de la vie de
l’homme et du monde.
Formes d’expression : autres moyens évoquant les problèmes de la vie de l’homme et du monde. Ces
moyens apparaissent plus accessibles que la littérature.
2 – Thème et thèse du sujet :
2-1 Thème : littérature et autres formes d’expression.
2-2 Thèse : La littérature a encore quelque chose à dire face aux nouvelles formes d’expression qui la
concurrence.
3 - Problématique :
- Le rôle de la littérature aujourd’hui face aux nouvelles formes d’expression.
- La littérature a encore quelque chose à dire aujourd’hui face aux nouvelles formes d’expression ?
4 – analyse de la consigne : « Etes-vous de ceux qui… = pensez-vous comme ceux à qui … ? = partagez-
vous… ? Cette consigne invite à discuter la thèse du sujet. Le plan peut être binaire ou dialectique.
Elaboration du plan
Introduction
La littérature a toujours constitué un moyen privilégié de communication entre les hommes de
tous les âges et de tous les siècles. Mais le XXe siècle a connu une révolution extraordinaire en matière
d’innovation en mettant au point des outils perfectionnés permettant un accès facile à l’information. A
cet effet, la littérature a-t-elle encore sa place dans l’univers médiatique ? Avant de montrer qu’elle se
fait de plus en plus larguer pas les nouveaux moyens d’information, nous nous attèlerons à défendre
son importance dans la société actuelle, puis à la complémentarité de ces outils.
I – La littérature a encore quelque chose à dire aujourd’hui face aux nouvelles formes d’expression
1-1 Des connaissances intemporelles disponibles en tout lieu contrairement au net
1-2 La formation de l’esprit humain par l’effort de réflexion qu’il suscite
1-3 Son rôle ludique et divertissant toujours d’actualité
II – La littérature perd du terrain face aux nouvelles formes d’expression
2-1 Le nombre de lecteurs diminue considérablement au profit d’autres formes d’expression
2-2 Elle exige plus d’effort intellectuel que les autres formes d’expression
2-3 Elle demande plus de temps que les autres formes d’expression.
2-4 Les autres formes vont directement à l’essentiel par rapport à la littérature.
III – La complémentarité des deux outils
3-1 Les nouveaux moyens d’informations aident à vulgariser les œuvres littéraires
3-2 Les nouveaux moyens se servent aussi des œuvres littéraires
3-3 Leurs apports conjoints dans les affaires commerciales
Conclusion
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La littérature est toujours indispensable tant qu’il y aura des lecteurs qui y trouvent leur compte.
Mais il est évident qu’elle perd du terrain aujourd’hui au profit de nouveaux outils de communication.
Au demeurant, les deux moyens ont beaucoup à gagner en se complétant. A la longue, l’un deux ne
ferait-il pas disparaitre l’autre ?
Sujet 7 : « La vocation essentielle de l’écrivain réside dans une croisade contre l’hypocrisie, la
dissimulation et le mensonge » déclare André Brink dans le Journal Le Monde le 26 octobre 1984.
Vous examinerez et discuterez cette opinion de l’écrivain Sud-africain André Brink en vous référant à
des exemples littéraires bien précis.
A/ Compréhension du sujet
1 – Clarification des termes clés ou expressions et mots essentiels
Vocation essentielle : mission première, rôle principal, …
Croisade : guerre, attaque, dénonciation,…
Hypocrisie : le fait de masquer sa nature ou ses sentiments véritables. Synonyme : duplicité,
dissimulation, mensonge.
Reformulation du sujet : la mission principale de l’écrivain est de dénoncer toutes les formes de
mensonges et de fourberie.
2– Thème et thèse :
Thème : La vocation de l’écrivain
Thèse : La vocation essentielle de l’écrivain réside dans une croisade contre l’hypocrisie, la dissimulation
et le mensonge.
4- Problématique :
- La vocation de l’écrivain, est – ce seulement de dénoncer toutes les formes de mensonges et de
fourberie?
- Qu’est – ce qui préside à la vocation d’un écrivain ?
- Pourquoi la vocation d’un écrivain réside essentiellement dans une croisade contre l’hypocrisie,
la dissimulation et le mensonge ?
4– Analyse de la consigne : « Vous examinerez et discuterez… = expliquez d’abord le bien-fondé de
cette opinion, puis dégager ses limites. Le plan sera soit binaire soit dialectique.
5 - Elaboration du plan
I – La dénonciation de toutes les formes de mensonges
1-1 Le mensonge des politiciens (Les mains sales de SARTRE)
1-2 L’amour hypocrite de certains personnages ex : L’amour hypocrite de l’oncle de Tsiana dans le
roman Tsiana de Sylvain NZAMBA
1-3 La duplicité de l’homme dans certaines actions non recommandables.
II – Les autres vocations de l’écrivain
2-1 La vocation d’enseigner la société. Dans Trois prétendants, Un mari, Guillaume OYONO MBIA donne
une leçon aux vieux qui vendent leurs filles au fin de se faire de l’argent.
2-2 La vocation de transmettre des connaissances importantes. Ex : Le roman Racine d’Alex HALEY dans
lequel on apprend l’histoire de la traite négrière.
2-3 La vocation de divertir le lecteur. Ex : A propos de la lecture d’œuvres littéraire, MONTESQUIEU
écrivait qu’il n’avait jamais eu de chagrin qu’une heure de lecture ne lui avait ôté.
III – Les limites de l’impact des missions de l’écrivain
3-1 La surdité des dirigeants et responsables aux problèmes soulevés par les écrivains
3-2 Le public visé limité
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3-3 L’immobilisme au niveau de la transformation des conditions de vie des populations
Sujet 8 : Un héros de roman déclare : « Je n’ai jamais aimé les livres. Chaque fois qu’on les ouvre, on
s’attend à quelques révélations, mais chaque fois qu’on les ferme on se sent plus découragé (…) Les
livres ne contiennent pas la vie ; ils n’en contiennent que la cendre. »
Vous expliquerez et discuterez les propos désabusés de ce personnage en illustrant votre argumentation
d’exemples précis tirés de vos lectures ou connaissances littéraires. (Plan disponible).
Sujet 9 : « A la fois document sur notre temps et énoncé des problèmes de l’homme, le roman doit
blesser la conscience de la société avec le désir de l’améliorer ».
Commentez cette remarque de P. h. Simon et dites si selon vous, le roman ne se limite qu’à ces
fonctions.
A/ Compréhension de sujet
1 – Clarification des termes et expressions clés :
Document sur notre temps : ensemble de connaissances en rapport avec notre temps
Enoncés des problèmes de l’homme : évocation des problèmes existentiels de l’humanité
Roman : moyen d’expression utilisé par les écrivains pour faire passer leurs messages
Blesser la conscience de la société : toucher, bousculer, heurter, secouer avec violence la raison sociale
collective
Désir de l’améliorer : envie ardente de faire changer la réalité quotidienne,
Reformulation du sujet : le roman est un moyen d’expression dont les missions sont celles d’exposer les
connaissances de l’homme et du monde, d’une part, et de secouer le raison humaine en vue d’améliorer
l’existence et la vie quotidienne, d’autre part.
2 – Thème et thèse :
- Thème : le rôle du roman dans la société
- Thèse : A la fois document sur notre temps et énoncé des problèmes de l’homme, le roman doit
blesser la conscience de la société avec le désir de l’améliorer.
3 – Analyse de la consigne : « Commentez … = expliquez d’abord ce point de vue, puis
éventuellement le discuter. Le plan sera donc binaire.
4 – Problématique :
- Quel rôle joue le roman dans la société ?
- Le rôle du roman se réduit – il à l’étalage des connaissances et à l’évocation des problèmes de
l’homme ?
5 – Elaboration du plan.
Sujet 10: Un critique contemporain déclare : « A côté du plaisir qu’elle procure, la lecture reste
fondamentalement un moyen de découverte et de dépassement de soi ».
Commentez cette assertion en vous appuyant sur votre expérience littéraire.
Exercice d’approfondissement
Sujet 2 : « L’artiste est celui qui nous montre du doigt une parcelle du monde. » Jean Marie Le CLEZIO,
L’extase matérielle.
Expliquez et commentez ce jugement en vous référant aux œuvres que vous avez étudiées depuis la
classe de seconde.
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Plan détaillé
La consigne est le deuxième élément le plus important en plus de la thèse dans un sujet de
dissertation. Elle est la piste qui permet au candidat d’orienter sa réflexion et ainsi lui évite un hors
sujet. Diverses, on peut relever quelques-unes les plus courantes.
I - Le sujet de type : « Exposez votre opinion » ou « Estimez-vous que… ?», « comment appréciez-
vous… ? »
Ici, vous devez exprimer vos idées sans nécessairement peser le pour et le contre. A vous d’examiner si
le sujet l’exige. Mais il est souhaitable que vous nuanciez l’opinion.
Ex : Estimez-vous que les descriptions romanesques contribuent ou nuisent à l’intérêt de la
lecture ?
Présentez votre opinion de manière organisée en vous fondant sur les œuvres que vous avez
étudiées.
Le sujet exige d’envisager l’intérêt et les inconvénients des descriptions, puisque le libelle présente
une alternative (« ou »).
Sujet 2 : « Si le livre que nous lisons ne nous réveille pas d’un coup de poing sur le crâne, à quoi bon
lire ? écrit Kafka.
Parmi les œuvres que vous avez étudiées ou lues, lesquelles vous semblent particulièrement
stimulantes ? En quel sens et pour quelles raisons ? Envisagez une nuance apporterait plus de crédit à
votre réflexion.
II – Le sujet de type: « commenter ce jugement…» : Deux cas se présentent :
- Expliquer le jugement (uniquement)
- Discuter le jugement à condition que vous ayez des arguments pour le nuancer.
Synonyme : « que vous inspire … », « Etudiez et appréciez… »
Ex 1 : « Lire un roman, pour moi, c’est une expérience a mis chemin de sensualité, de quête et de
l’exercice intellectuel. »
Vous commenterez librement cette opinion du romancier contemporain Yukio Mishima.
Le plan discussion est possible.
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III - « Commentez et discutez ce jugement … » :
Vous devez absolument discuter le jugement, c’est-à dire expliquer d’abord ce jugement, puis le
nuancer et même entrevoir une synthèse.
Ex : « L’artiste est celui qui nous montre du doigt une parcelle du monde. » Jean Marie Le CLEZIO,
L’extase matérielle.
Expliquez et commentez ce jugement en vous référant aux œuvres que vous avez étudiées depuis la
classe de seconde.
IV - « Dans quelle mesure …. » :
Cette consigne exige une discussion obligatoire.
Ex 1 : De nombreux auteurs utilisent l’humour pour faire passer leurs idées auprès des lecteurs. Vous
vous demanderez dans quelle mesure l’humour convient à l’expression d’un message sérieux.
Vous organiserez vos idées dans un développement composé, en vous appuyant sur vos lectures
personnelles d’œuvres littéraires.
Sujet 2 : Paul Tieghem écrit dans Le romantisme et dans la littérature européenne :« L’esprit
classique cherche à dégager du particulier le général ; l’esprit romantique cherche à dégager du général
le particulier. D’où l’intérêt nouveau pour la couleur locale, l’exotique, le passé lointain ou le présent
comme tels, l’original et le lyrique, l’exceptionnel et même l’anormal. »
Dans quelle mesure cette appréciation vous semble-t-elle s’appliquer à l’œuvre romantique que
vous avez étudiée ?
Sujet 3 : « Vladimir Nabokov estimait qu’un grand écrivain combine en lui « conteur, pédagogue,
enchanteur ». Dans quelle mesure Voltaire vous semble-t-il mériter cette définition ?
Présentez votre réflexion de façon organisée et en vous référant précisément à l’œuvre que vous
avez étudiée.
Sujet : Tirant les conclusions d’une analyse critique, Maryse CONDE écrit : « Enfin de compte, on
assiste à ce phénomène surprenant : une œuvre qui se veut africaine mais s’exprime en une langue
non africaine appréhendée par un regard, qui, se veut africain, mais jugée, analysée en fonction
d’une esthétique et des concepts européens. »
Après avoir expliqué et illustré ces propos, vous argumenterez votre vision de la littérature
africaine.
Thème du sujet : La littérature africaine et les langues étrangères
Thèse reformulée : La littérature
Niveau : Terminale
Soit le sujet : Dans la Préface de la vie littéraire, Anatole France écrit : « Ceux qui lisent beaucoup de
livres sont comme des mangeurs de hachisch. Ils vivent dans un rêve. Le poison subtil qui pénètre
leur cerveau les rend insensible au monde réel et les jettent en proie à des fantômes terribles ou
charmants. » Etes-vous de ceux-là qui estiment que la lecture d’œuvres littéraires soit une activité
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nocive pour les lecteurs ? Dans un développement organisé, répondez à cette question en vous
appuyant sur votre expérience de lecteurs d’œuvres littéraires.
Introduction
Les histoires narrées dans certaines œuvres littéraires paraissent plus vraies que nature, parfois
frisent la démence. Elles pourraient avoir des conséquences regrettables sur le lecteur (amorce du
sujet). Allant dans ce sens, beaucoup de critiques littéraires comme Anatole France le
reconnaissent et y voient un danger. Il écrit même dans Préface de la vie littéraire que la lecture
d’œuvres littéraires était une drogue pour les lecteurs. Cela dit, quels effets néfastes produit la
lecture sur les lecteurs ? Ceux-ci n’en tirent-t-ils pas profits ?
Développement
La lecture des œuvres littéraires est nocive pour le lecteur parce qu’elle l’entraine dans un univers
onirique éloigné de la vie réelle,lui transmet certaines contre valeurs et le rend même insensible
aux réalités quotidiennes de la société (introduction partielle annonçant les arguments à
développer).
(Premier argument développé)
1-1 le lecteur vit dans un monde illusoire, onirique (autre que celui dans lequel il vit.)
L’illusion se dit de ce qui est éloigné de la réalité (annonce de l’argument). En effet, les récits
littéraires sont des histoires imaginaires qui font rêver le lecteur à partir des merveilles vécues par
les personnages qu’Anatole France désigne par « fantômes terribles ou charmants ». Par
mimétisme, le lecteur s’identifie à eux et se voit en train de vivre ces instants féeriques et
paradisiaques ou sombres et ténébreux (explication de l’argument). « L’Eldorado », cette ville
imaginaire dans Candide de Voltaire apparait comme un paradis terrestre car rien ne laisse
présager une crise ou une guerre, mais que la prospérité abonde quelles que soient les activités qui
s’y produisent. C’est pour cela que Pangloss, l’un des personnages centraux de ce conte
philosophique, affirme que tout allait bien dans le meilleur des mondes, comme pour dire cette ville
est exceptionnelle si l’on considère qu’il ne manque jamais de problèmes là où vit l’homme. Or
l’Eldorado ne connait point cette condition humaine, celle-là même dont évoque André MALRAUX
dans son roman, La condition humaine (deux auteurs, deux œuvres et un exemple développé).
(Deuxième argument développé)
1-2 La lecture transmet des contre valeurs sociales et morales
La lecture d’œuvres littéraires transmet aussi aux lecteurs et partant à la société des contre-valeurs
sociales et morales (annonce de l’argument). Certes la création littéraire s’appuie sur la société,
mais il y a des réalités qui ne sauraient être publiées car une fois aux mains des lecteurs
inconscients, elles pourraient troubler toute la société et l’exposer à des dérives comportementales
incommensurables de certains de ses membres dénués du sens de probité morale (explication de
l’argument). Plusieurs écrivains et romanciers ont fait parler d’eux de manière négative à cause de
leurs publications jugées immorales, donc dangereuses pour la société, cette société qui lutte pour
transmettre son lourd héritage des valeurs humaines. C’est le cas de la lecture de Les infortunés de
la vertu du Marquis de SADE. Le titre de ce roman déjà évocateur laisse supposer que la pratique de
la vertu pourrait entrainer celui qui l’observe dans le malheur car les bonnes gens sont rarement
récompenser de leur bonne conduite. Aussi pouvons-nous ajouter les textes indécents et immoraux
de Charles BAUDELAIRE dans Les Fleurs du Mal où le poète procède à faire l’éloge de Satan comme
un dieu salvateur des hommes, car, dit-il, Satan résoudrait immédiatement des problèmes de
l’infortuné qui le lui demande alors Dieu lui ferait entendre, parfois en vain. C’est-ce révèle Samuel
BEKETT dans En attendant Godot, où les personnages interpellent Le Tout-Puissant mais qui n’arrive
pas (trois œuvres et trois auteurs sont cités pour un exemple littéraire : la perversion des valeurs
sociales et morales).
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(Troisième argument développé)
1-3 La lecture rend l’homme insensible au monde
La lecture empêche l’homme de s’apercevoir de ce qui se passe autour de lui (annonce de
l’argument), en l’occurrence la souffrance des autres et surtout la tragédie dans laquelle se trouve
la société du XXe siècle au regard de la misère et des guerres qui l’assaillent. En conséquence il est
difficile de prévoir des lendemains meilleurs. Égoïste et même narcissique, le lecteur ne s’occupe
que de son bonheur que lui procure le livre qu’il est en train de parcourir. Plus cruel encore le fait
qu’il oublie sa propre condition (explication de l’argument). C’est le sens du divertissement au sens
pascalien qui met le lecteur dans une position de bonheur temporaire tout en lui faisant croire que
ses tracas sont épurés alors que dans la réalité, les problèmes demeurent et même l’enfoncent
dans un précipice dont il risque de ne point s’en sortir, car sa conscience est désormais inhibée par
l’effet magique de l’histoire du livre qu’il parcourt. (Un auteur cité et un exemple développé).
Transition en un paragraphe : Les contenus d’œuvres littéraires comportent des faits nocifs qui
pourraient marquer négativement et indélébilement certains lecteurs (conclusion partielle).
Toutefois, ce qui y est nocif pour le lecteur est marginal par rapport au trésor immense que
présente l’économie d’une œuvre littéraire (annonce de la partie suivante).
La lecture d’œuvres littéraires est avantageuse à plus d’un titre car elle contribue énormément à la
formation des hommes et à la transmission des connaissances et des savoirs de l’humanité et à la
purgation des passions des lecteurs (deuxième introduction partielle).
2-1 La lecture joue un rôle purgatoire des passions des maux du lecteur
Ex : « Pour chasser définitivement des idées noires, vous avez ce qu’il faut faire : ouvrir un livre. »
écrit Olivia MARSAUD dans Afrique Magazine no 281 à propos de la présentation du roman, Black
Bazar d’Alain MABANCKOU ;
2-2 La lecture transmet des savoirs et des connaissances au lecteur
Ex : « L’étude des lettres n’est autre que l’étude des hommes », Claude ROY dans Défense de la
littérature.
2-3 La lecture éduque le lecteur
Ex : Les frasques d’Ebinto d’Amadou KONE. La lecture de ce roman pourrait amener le lecteur qui
affichait le même comportement qu’Ebinto de se responsabiliser.
Les œuvres littéraires sont un trésor inestimable. Pour cela, lecteur ne peut que s’en réjouir
(dernièreconclusion partielle).
Conclusion générale.
Toutes les lectures apportent toujours quelque chose au lecteur. Mais cet apport peut s’avérer
négatif s’il va à l’encontre des règles sociales et morales établies (1e idée développée). Activité
intellectuelle indéniable, la lecture apporte aussi beaucoup de profits si l’on s’en tient aux fonctions
de la lecture (2e idée développée). Pour cela, ne vaut-il pas mieux de lire que de demeurer sans
lecture, et donc ignorant des trésors qu’offrent les livres ?(Ouverture)
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Littérature : ensemble de productions écrites imaginaires avec incidence sur les problèmes de la vie de
l’homme et du monde.
Formes d’expression : autres moyens de communication évoquant les problèmes de la vie de l’homme
et du monde. Ces moyens apparaissent plus accessibles que la littérature.
3- Problématique :
- La place de la littérature aujourd’hui face aux nouvelles formes d’expression.
- La littérature a-t-elle encore quelque chose à dire aujourd’hui face aux nouvelles formes
d’expression ? ou La littérature a-t-elle encore une place dans un monde de plus en plus dominé
par les nouveaux moyens de communication ?
II - Elaboration du plan
I – La littérature a encore quelque chose à dire aujourd’hui face aux nouvelles formes d’expression
1-4 Des connaissances intemporelles disponibles en tout lieu contrairement au net
1-5 La formation de l’esprit humain par l’effort de réflexion qu’il suscite
1-6 Son rôle ludique et divertissant toujours d’actualité
II – La littérature perd du terrain face aux nouvelles formes d’expression
2-1 Le nombre de lecteurs diminue considérablement au profit d’autres formes d’expression ;
2-2 Elle exige plus d’effort intellectuel que les autres formes d’expression ;
2-3 Elle demande plus de temps que les autres formes d’expression ;
III – La complémentarité des deux outils
3-4 Les nouveaux moyens d’informations aident à vulgariser les œuvres littéraires ;
3-5 Les nouveaux moyens se servent aussi des œuvres littéraires pour attirer des clients ;
3-6 Leurs apports conjoints dans les affaires commerciales.
Rédaction du devoir
Introduction
La littérature a toujours constitué un moyen privilégié de communication entre les hommes de tous les
âges et de tous les siècles. Mais le XXe siècle a connu une révolution extraordinaire en matière
d’innovation en mettant au point des outils perfectionnés permettant un accès facile à l’information. Ce
constat suscite donc la préoccupation suivante : la littérature a-t-elle encore sa place dans un univers
médiatique très modernisé ? Avant de montrer que la littérature se fait de plus en plus larguer pas les
nouveaux moyens d’information, nous nous attèlerons à défendre d’abord son importance dans la
société actuelle, pour terminer en nous intéressant à la nécessaire complémentarité de ces outils de
communication pour le bien de tous les destinataires de ces informations et des intérêts recherchés.
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Développement
La littérature est une forme d’expression privilégiée pour plusieurs personnes à vides de lectures et
d’informations pour ses connaissances intemporelles, la formation de l’esprit des lecteurs et son éternel
rôle ludique (introduction partielle).
D’abordles connaissances proposées par l’œuvre littéraire transcendent le temps, elles n’appartiennent
pas aux individus d’une seule époque, mais à tous les hommes, car tous ses messages intéressent tous
lecteurs. C’est pour cela que Stendhal, en écrivant ses romans, dit en 1839 qu’il espérait « être lu en
1935 », donc dans un siècle comme pour montrer la dimension à la fois universelle et atemporelle de
l’œuvre littéraire. En effet, cet écrivain estimait que le XIXe siècle n’était pas prêt à recevoir et même à
comprendre ses œuvres (1e argument développé).
Ensuitela littérature constitue un puissant instrument pédagogiquecar elle participe pleinement à la
formation de l’homme sur le plan intellectuel. La lecture permet au lecteur de confiner sa réflexion et
même son esprit critique car il lui revient de discerner entre ce qui est bien et ce qui ne l’est pas. En
d’autres termes, l’œuvre littéraire lui donne cette capacité intellectuelle de distinguer le bon grain de
l’ivraie. Dans l’enseignement, qu’il soit scolaire ou universitaire, l’acquisition des savoirs et des
connaissances se fait par le biais de la lecture dans la mesure où toutes les disciplines ont toujours une
littérature, même en science. C’est par la littérature que les élèves apprennent à écrire en adoptant le
style des grands écrivains. René DESCARTES n’a-t-il pas dit que toute lecture était une communication
entre les lecteurs et les écrivains (2e argument développé).
Enfin, la littérature est et demeura un moyen d’épanouissement car elle permet de fuir les tracas de la
vie, la monotonie des événements factices. En effet, par le divertissement, l’œuvre littéraire contribue
au bien-être social et psychologique des individus peut-être plus que ne le font les autres moyens
d’expression. En Occident où ces nouvelles technologies de l’information sont quasiment uniformisées,
où la majorité des foyers en possède, les gens trouvent toujours et encore du plaisir en se rendant dans
les salles de spectacles pour y regarder des scènes théâtrales. La littérature joue là son rôle purgatoire
des passions des lecteurs et des spectateurs (3e argument développé).
Au regard de ces atouts, nous sommes en droit de soutenir que la littérature a encore quelque à chose à
dire aujourd’hui comme le font des nouveaux moyens de communication (conclusion partielle de toute
la partie).
Si l’œuvre littéraire est toujours d’actualité en matière de diffusion d’informations et pour son côté
ludique, il faut reconnaitre que son rôle, autrefois prépondérant dans la communication et la diffusion
des valeurs, périclite aujourd’hui par rapport aux autres outils d’information plus modernes (1e
transition).
La littérature rencontre une concurrence rude avec les nouvelles technologies de la communication et
de l’information car son public diminue, ses efforts sont épuisants et de surcroît fait perd beaucoup de
temps au lecteur (introduction partielle de la seconde partie).
D’abordla littérature n’attire plus un grand public comme ce fut le cas il y a quelques décennies où elle
constituait un des outils les plus usités de tous les temps dans la transmission des connaissances et la
formation de l’individu. Aujourd’hui, l’univers médiatique est inondé de nouveaux outils de
communication qui présentent aux lecteurs parfois des sommes d’informations immédiatement sans
s’attarder sur l’économie sémantique d’une longue histoire ou d’un poème hermétique qui finit par le
rebuter. Le livre est relégué au second plan. Les gens préfèrent s’abonner à un canal audiovisuel,
acheter des appareils de communication haut de gamme au détriment du livre. Beaucoup de librairies
ont fermé faute de clients, d’autres connaissent des fortunes diverses et ne sont pas loin de mettre la
clé sous le paillasson.
15
Aussi parce qu’elle est très exigeante, la lecture d’œuvres littéraires est une activité délicate en ce
qu’elle nécessite quand même un certain niveau intellectuel pour non seulement comprendre ce qui est
dit mais surtout pour avoir la dextérité de ne prendre que ce qui est convenable à la vie communautaire
car le livre est un concentré de tout ce qui se produit en bien ou en mal dans la société. Les textes des
poétiques symbolistes ne peuvent que peu intéresser les lecteurs moins outillés car les idées pourtant
importantes n’y sont quasiment point accessibles au public à qui elles sont destinés. « Un poème est un
mystère dont chaque lecteur doit chercher la clé » écrit Stéphane MALLARME, car le style qu’adoptent
certains auteurs rend leurs textes hermétiques : les constructions des phrases et la syntaxe sont
savantes, en conséquence elles ne s’adressent qu’à un public initié, marginal. L’autre public majoritaire
va donc choisir d’autres formes de communication ou de divertissement pour soit se former, soit se
faire plaisir.
Enfin la littérature demande plus de temps que d’autres moyens d’expression car au lieu d’aller droit au
sens ou au message qu’elle entend faire passer, elle contraint d’abord le lecteur à parcourir un long récit
par exemple, pour dégager l’intérêt du livre ; parfois il parcourt tout le livre ou tout un poème sans
même comprendre le message qui lui est destiné. A l’inverse, en moins de deux heures, le public,
intéressé par l’histoire d’un livre, choisit de suivre l’adaptation cinématographique faite sur ce livre ;
facilement il connait non seulement la trame du récit mais aussi il tire en peu de temps le message du
livre dont il fallait plus de temps à la lecture. C’est le cas de Les Bouts de bois de Dieu de Sembene
Ousmane, un roman que beaucoup d’élèves préfèrent regarder à la vidéo que de le lire sous prétexte
qu’ils économisent le temps.
Au vue de ce qui précède, la littérature a perdu du terrain au profit des nouvelles formes d’expression
dont les avantages sont reconnus par tous.
Si la place de la littérature est menacée par les nouvelles formes d’expression, ces deux moyens de
communication ne peuvent-ils pas se compléter? (2e transition)
Conclusion
La littérature est toujours indispensable tant qu’il y aura des lecteurs qui y trouvent leur compte. Mais il
est évident qu’elle perd du terrain aujourd’hui au profit de nouveaux outils de communication et de
l’information. Au demeurant, les deux moyens ont beaucoup à gagner en se complétant. Une inquiétude
demeure : à la longue, ne craint-on pas que ce soit la littérature qui disparaisse ?
16
Proposition de corrigé
Sujet : Le XXe siècle connait diverses crises (crise des valeurs sociale et morale, crise de foi en Dieu
et en l’homme lui-même.) Dites dans quelle mesure le roman d’Albert CAMUS, L’Etranger, reflète
cette réalité existentielle.
Le thème du sujet est : les crises au XXe siècle.
La thèse du sujet est : L’histoire du roman d’Albert CAMUS, L’étranger, reflète les crises qui ont
secoué le XXe siècle.
La consigne est dans la question du sujet, c’est-à dire : Dites dans quelle mesure le roman d’Albert
CAMUS, L’Etranger, reflète cette réalité existentielle. Elle invite le candidat à n’expliquer que cette
opinion, c’est-à-dire à énumérer certaines crises qu’aborde le roman. Déjà, le sujet aide les
candidats car il donne même quelques-unes de ces crises, particulièrement, les crises sociales et
morales, la crise de foi. A ce niveau, un élève ne peut plus se perdre.
Aussi, cette même consigne définit le domaine des exemples, c’est-à dire, uniquement le roman,
L’étranger.
La problématique peut donc être formulée comme suit : Comment l’histoire racontée dans le
roman, L’étranger, présente-t-il ces crises ? Ou encore : quelles crises existentielles nous raconte le
roman, L’étranger ?
Le plan découle facilement de cette problématique :
D’abord les crises des valeurs : 1 – Sociale ; 2 – Morale.
Enfin la crise de la foi : 1 – En l’homme ; 2- En Dieu.
Introduction
Le XXe siècle a connu des avancées extraordinaires en matière du respect des valeurs humaines, de
l’affermissement de la foi religieuse, de mise en valeur de l’homme. Pourtant, c’est dans cette
période que ces mêmes acquis ont été bafoués en dépit des gardes fous mis en place pour les
sauvegarder. Comme pour laisser des traces indélébiles, certains écrivains, en l’occurrence Albert
CAMUS, en ont fait un sujet d’écriture littéraire. Ainsi, son roman, L’étranger, présente-t-il
quelques-unes de ces crises existentielles. Dès lors, comment y sont évoquées ces crises ? Nous
analyserons d’abord la crise des valeurs, puis nous nous intéresserons à la perte de la foi. (1)
La littérature se veut le témoin des événements existentiels de la société. C’est pour cela que la
production romanesque, notamment celle d’Albert CAMUS dans L’étranger, rend vivantes les crises
qui ont secoué le XXe siècle. Ainsi, comment ce roman présente-t-il ces crises ? Pour répondre à
cette question, nous aborderons d’abord la crise des valeurs, puis nous nous focaliserons sur celle
de la foi. (2)
Conclusion
Le roman, L’étranger d’Albert CAMUS présente le XXe siècle comme une période dans laquelle
l’homme se retrouve perdu et se cherche une âme pour essayer de donner un sens à sa vie.
Meursault n’est rien d’autre que l’Homme du XXe siècle. Au regard de cette sombre réalité, la
littérature peut-elle apporter une aide à cette société sans repères?
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ETUDE D’UN TEXTE ARGUMENTATIF
18
-termes de modalisations (adverbes « assurément », « peut-être », « sans doute », « jamais »,
« toujours »,…) ; les temps verbaux (conditionnel, subjonctif)
-Le lexique dépréciatif ou appréciatif
-La ponctuation et les types de phrases (interrogatif, exclamatif, impératif)
Ces indices de jugement, aussi appelés indices de subjectivité révèlent la position du locuteur par
rapport aux opinions exprimées dans l’énoncé. Ils sont visibles, y compris lorsque le texte est à la 3 e
personne.
Tout texte est ainsi considéré comme le résultat d’une énonciation.
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- Autoritaire : le locuteur se sert d’une autorité pour faire accepter son opinion. Il peut s’agir d’un
personnage célèbre, un groupe de personnes, une institution qui imposent la confiance, le
respect, l’obéissance) pour justifier sa thèse en soulignant que celle-là partage les mêmes
convictions que lui. Cependant, il faut que le lecteur reconnaisse cette autorité. Ce procédé
s’adresse à la culture du lecteur.
- L’analogie : le locuteur l’utilise pour établir un rapport de ressemblance entre deux réalités, deux
opinions, deux thèses… ce procédé s’appuie sur la comparaison.
1-2 Les exemples
Un exemple est un fait réel, un cas particulier et concret qui sert à illustrer une thèse ou un
argument.
On distingue trois types d’exemples ;
- L’exemple illustratif : c’est un fait réel ou concret qui illustre une thèse ou un argument. Il est
relié à l’argument ou à la thèse par un connecteur logique de conséquence (« ainsi », « c’est le
cas de », « on peut penser notamment à », « par exemple », « comme », « tel que »…)
- L’exemple démonstratif : ce n’est pas une simple illustration d’une thèse, il contient
implicitement un argument qui n’est pas formulé dans le texte. Il est relié à la thèse par un lien
logique explicite ou implicite exprimant la cause.
- Le récit par l’exemple : c’est lorsque le locuteur utilise un récit (mythe, conte, fables,
paraboles…), son expérience personnelle.
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Exemple : la culture est en crise (proposition1). Or l’école transmet la culture (proposition 2). Donc
l’école est en crise (conclusion).
Le raisonnement par concession : le locuteur semble admettre un fait ou un argument qui
s’oppose à sa thèse mais maintient finalement son point de vue.
Le raisonnement absurde : le locuteur critique ou réfute la thèse opposée à la sienne.
Exemple : Si l’homme était raisonnable, il ne tuerait pas son prochain.
2-3 le plan d’un texte argumentatif
De manière générale, il évolue de la thèse réfuté à la thèse défendue, c’est le plan classique. Mais
tous les textes ne suivent pas cette progression.
3- Les stratégies argumentatives
Une stratégie est une orientation tactique adoptée par le locuteur afin d’attirer l’adhésion du
lecteur à son opinion.
Pour y parvenir, le locuteur utilise plusieurs moyens dont les indices de conviction et les indices de
persuasion.
3-1 Les moyens de conviction
Les moyens de conviction sont les procédés de démonstrations ou outils rationnels qui s’adressent
à la raison du destinataire. Ce sont :
- Les thèses réfutée ou défendue qui sont le point de départ de toute démonstration
- Les arguments rationnels et les exemples
- Les connecteurs logiques et les modes de raisonnement
- Le circuit argumentatif (la disposition des thèses et des exemples dans le texte)
- L’organisation d’ensemble ou le plan est un élément essentiel de la démonstration.
3-2 Les moyens de persuasion
Ils s’adressent à la sensibilité du lecteur. Ce sont :
- Les moyens lexicaux (lexique appréciatif, dépréciatif, opposition lexicale, les registres de langue
(soutenu/familier))
- Les tonalités : ironique et pathétique
- Les figures de style : antithèse, euphémisme, raisonnement par l’absurde
- Les arguments autoritaires et analogiques.
21
3- Dans le deuxième paragraphe, le locuteur développe un raisonnement concessif. En effet, deux
points de vue y sont évoqués : le premier, celui des adversaires du locuteur, est favorable au travail
des enfants car, dans la misère, ceux-ci n’ont pas de choix que de chercher à travailler pour
survivre ; situation que comprend certes le locuteur. Mais il ne la partage pas car, pour lui, ces
enfants risquent de ne point connaitre ni école, ni liberté ; ils vivent donc en « servitude ». C’est
pourquoi il condamne donc le travail des enfants.
4- Dans les paragraphes trois, quatre et cinq, la progression s’établit comme suit :
Le paragraphe trois développe une des idées expliquant le travail des enfants, c’est-à dire « la
misère » et ses conséquences ;
Le quatrième ajoute d’autres arguments favorables au travail des enfants, notamment la
recherche absolue du profit « L’appât du gain » ; la domination de certaines classes sociales sur
d’autres ; l’irresponsabilité des gouvernants qui laissent faire ; la faiblesse de ces enfants ;
Dans le cinquième paragraphe, le locuteur propose des solutions au problème de l’exploitation
des enfants. D’abord il est important que les gouvernants dénoncent publiquement ce
phénomène ; ensuite que les Etats fassent respecter les Droits de l’Homme, notamment ceux
des enfants ; enfin la création des conditions qui permettent à ces jeunes de ne pas s’adonner ou
de se faire enrôler dans une activité qui dépasse leur âge ; et surtout d’être scolarisés.
5- Dans l’avant dernier paragraphe, trois principaux connecteurs logiques se distinguent : « D’abord »,
« ensuite » et « surtout ». Tous les trois ont une valeur énumérative car ils permettent d’aligner de
façon logique les arguments favorables à l’interdiction du travail des enfants. Le dernier « surtout »
semble plus important que les autres car il introduit l’argument phare des trois, celui qui
permettrait aux enfants de se scolariser, et même d’exercer une activité lucrative moins
contraignante.
N.B : Avant de répondre à une question, posez-vous les interrogations suivantes : Dans quelle partie
du cours avons-nous abordé tel ou tel aspect ? Qu’est-ce qui en a été dit ? Comment appliquer ce qui
a été dit au cours dans le texte que j’étudie ? C’est après avoir répondu à ces questions que je rédige
mes réponses aux questions ; cela éviterait que je m’égare.
Texte2
« Le premier qui compara la femme à une rose était un poète, le second était un imbécile. » Cette
proposition, qu’on attribue à Nerval, formule exactement le mérite suprême qu’il est commun de
consentir à l’originalité. Elle affirma sans nuance que l’invention fait le talent. Il suit que pour apprécier
bien la valeur d’une œuvre d’art, il est nécessaire de la situer exactement dans la chronologie : précède-
t-elle, on doit l’admirer ; et la mépriser si elle suit. C’est peut-être trop accorder à l’histoire. Je reconnais
volontiers la gloire des novateurs, mais elle n’est pas la plus durable. Une invention vient. On l’améliore
bientôt et on oublie le premier et balbutiant essai, qui demanda pourtant le plus d’ingéniosité. Rien
n’échappe à cette loi plus rigoureuse qu’équitable : l’important n’est pas d’inaugurer, c’est d’exceller.
De fait, il n’y a pas de certitude dans la nouveauté, sinon qu’elle est passagère. Aussi je ne vois que les
talents médiocres pour fuir tout modèle et mettre leur effort à chercher l’inédit. Un génie a plus
d’audace : il peint une millième Descente de croix, sculpte une autre Vénus et choisit pour la tragédie
qu’il rêve d’écrire le sujet le plus souvent traité. L’écrivain sûr de lui ne redoute pas la banalité. Il
provoque à la comparaison, précisément parce qu’il se sent ou se sait incomparable. Il excède peut-être
ses forces, mais au moins il joue le grand jeu. Quant à vous, que vous sert de n’avoir imité personne, si
l’on peut facilement vous imiter, et vous dépasser même dans la voie que vous avez ouverte ?
Roger CAILLOIS, Vocabulaire esthétique, « Originalité », Gallimard.
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A- LES TRAVAUX D’ECRITURE
La deuxième partie de l’étude d’un texte argumentatif est consacrée aux travaux d’écriture. Leur
objectif est de vérifier les capacités d’écriture des candidats et leur esprit de synthèse. Parmi ces
travaux, seuls seront abordés : l’étayage ou la réfutation d’une thèse, la discussion d’une opinion.
I- L’étayage et la réfutation
L’étaiement et la réfutation ont quasiment les mêmes exigences au niveau de la forme, c’est-à dire
l’introduction, le développement et la conclusion. C’est sur le fond qu’apparaissent les divergences,
particulièrement les consignes qui sont opposées.
– l’étayage
L’étayage est le fait de prouver qu’une opinion est vraie, qu’elle repose sur des arguments forts. Il s’agit
donc d’expliquer, de justifier la justesse d’une thèse (il n’y a pas de nuance ou de rejet de l’opinion
soumise à la réflexion).
- La réfutation
La réfutation est le fait de montrer qu’une opinion n’est pas recevable ou qu’elle admet des limites
criantes. Il s’agit, en fait, de rejeter la thèse soumise à la réflexion à l’aide des contre-arguments.
II – Structure de ces deux travaux d’écriture
L’étaiement et la réfutation comportent chacun trois parties principales comme dans une dissertation :
une introduction, un développement et une conclusion.
1-l’introduction : Comme toutes les introductions en essai, celle de l’étayage et de la réfutation
comporte trois manchettes : une amorce, une reprise de l’opinion et une annonce de plan. Mais
l’annonce du plan a une particularité, celle de n’annoncer que l’opinion à défendre ou à rejeter dans une
phrase simple.
a) Exemple : soit le sujet :
-Pour l’étayage :
Dans son texte, Junior OUATTARA affirme : « Il revient toutefois aux dirigeants actuels d’entendre les
vœux de la diaspora qui ne demande qu’à aider les 53 pays, « leur bien commun », à se développer ».
Dans un développement organisé et argumenté, montrer que les dirigeants africains sont prêts à
accorder une attention soutenue à l’aide de la diaspora.
Introduction 1 : L’article de Junior OUTTARA paru dans le journal, NewAfrican, de janvier-février 2010
traite de l’apport de la diaspora africaine dans le développement du continent(amorce du sujet en
s’appuyant sur le texte). A cet effet, l’auteur de ce texte voudrait que les dirigeants africains saisissent
cette opportunité pour développer leurs Etats respectifs (reprise de la thèse du sujet). Nous nous
attèlerons à montrer que les responsables des pays africains n’attendent que ce genre d’initiatives
salvatrices et prometteuses de croissance et de bien-être social (phrase faisant office d’annonce de
plan).
Introduction 2 : Des millions d’Africains vivant en Occident se préoccupent des problèmes de
développement de leur continentet entendent y apporter de l’aide dans plusieurs secteurs d’activité
(amorce par contextualisation). C’est l’information que donne Junior OUATTARA, dans son article paru
dans le journal NewAfrican de janvier-février 2010. Seulement, il se demande si les dirigeants africains
sont prêts à accepter cette aide proposée par la diaspora (reprise de l’opinionsous forme
problématique). Nous verrons que ces dirigeants africains n’entendent que de telles initiatives
salvatrices et prometteuses de développement.
- Pour la réfutation :
Dans son texte, Junior OUATTARA affirme : « Il revient toutefois aux dirigeants actuels d’entendre les
vœux de la diaspora qui ne demande qu’à aider les 53 pays, « leur bien commun », à se développer ».
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Dans un développement organisé et argumenté, montrer que les dirigeants africains sont prêts à
accorder une attention soutenue à l’aide de la diaspora.
Introduction 1 : L’article de Junior OUTTARA paru dans le journal, NewAfrican, de janvier-février 2010
traite de l’apport de la diaspora africain dans le développement du continent (amorce du sujet en
s’appuyant sur le texte). A cet effet, l’auteur de ce texte voudrait que les dirigeants africains saisissent
cette opportunité pour amorcer le développement de leurs Etats respectifs (reprise de la thèse du
sujet). Nous nous attèlerons à montrer que les responsables des pays africains ne sont pas prêts à
accepter l’aide de la diaspora (phrase faisant office d’annonce de plan).
2- Le développement : très particulier, il n’est constitué que des arguments favorables (pour l’étayage)
ou défavorables (pour la réfutation).
Pour l’étayage :
I - Premier paragraphe : Argument favorable1+ des exemples
II - Deuxième paragraphe : Argument favorable 2 + des exemples
III - Troisième paragraphe : Argument favorable 3 + des exemples
Pour la réfutation :
I - Premier paragraphe : 1e Argument défavorable ou contre-argument + des exemples
II - Deuxième paragraphe : 2eArgument défavorable ou contre-argument + des exemples
III - Troisième paragraphe : 3e Argument défavorable ou contre-argument + des exemples
3- La conclusion : Elle est identique à celle d’une dissertation, c’est-à dire qu’elle comporte un bilan de
la démonstration et une ouverture.
Pour l’étaiement
L’histoire montre que les dirigeants africains cupides sont prêts à accepter toutes les opportunités
d’investissement dans leurs Etats si elles apportent le développement. Nous estimons que c’est une
excellente occasion à saisir dans la mesure où tous les Africains devraient apporter leur contribution au
développement de leur continent de quelle que manière que ce [Link], ne peut-on pas voir dans
cette volonté de la diaspora d’œuvrer développement un danger pour les systèmes politiques établis ?
Pour la réfutation
L’argent et la matière grise sont deux données qui menacent certains dirigeants africains car ils
constituent un pouvoir indéniable. Craignant l’effritement de leur magistère certains responsables
refusent la main tendue de la diaspora. Seulement, le refus de cette aide ne retarde-t-il pas le
développement du continent ?
II-La discussion
La discussion est un sujet de réflexion qui obéit aux mêmes exigences que la dissertation de
l’introduction à la conclusion. Les seules distinctions sont à retrouver dans la rédaction de l’introduction.
Sujet : Dans son texte, Junior OUATTARA affirme : « Il revient toutefois aux dirigeants actuels d’entendre
les vœux de la diaspora qui ne demande qu’à aider les 53 pays, « leur bien commun », à se développer ».
Dans un développement organisé et argumenté, dites si vous pensez que les dirigeants africains sont
prêts à accorder une attention à l’aide de la diaspora.
Introduction
Introduction 1 : L’article de Junior OUTTARA paru dans le journal, NewAfrican, de janvier-février 2010
traite de l’apport de la diaspora africain dans le développement du continent (amorce du sujet en
s’appuyant sur le texte). A cet effet, l’auteur de ce texte voudrait que les dirigeants africains saisissent
cette opportunité pour amorcer le développement de leurs Etats respectifs (reprise de la thèse du
sujet). Après avoir montré que beaucoup des dirigeants du continent n’attendent que ce genre
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d’initiatives salvatrices pour développer leurs pays respectifs, nous nous intéresserons aux
conséquences négatives de cette aide.
Introduction 2 : Des millions d’Africains vivant en Occidents sont très soucieux des problèmes de
développement de leur continent et y apportent de l’aide sur plusieurs secteurs d’activité (amorce par
contextualisation). C’est l’information que donne Junior OUATTARA, dans son article paru dans le
journal NewAfrican de janvier-février 2010. Seulement, ils se demandent si les dirigeants africains sont
prêts à accepter cette aide proposée par la diaspora (reprise de l’opinion sous forme problématique).
Cela dit, nous verrons que ces dirigeants africains n’entendent que de telles initiatives salvatrices et
prometteuses de développement. Toutefois cette générosité de la diaspora est parfois refusée par
certains chefs d’Etats.
Structure du développement
A – L’apport de la diaspora au développement du continent
a) L’apport intellectuel (idées) sur le développement du continent
b) L’apport financier sur le développement du continent
B – Les dessous de l’aide de la diaspora (nuance)
a) L’influence négative de cet apport extérieur sur le pays bénéficiaire
b) La perte d’intégrité des pays receveurs de cette aide
Conclusion
Le développement d’un pays est une affaire de tous ses ressortissants quel que soit l’endroit où ils
trouvent. Ainsi la contribution des africains vivant et travaillant à l’extérieur du continent est à solliciter.
Seulement, que cette initiative ne débouche pas sur un diktat de ces mécènes sur les dirigeants.
Toutefois, une interrogation retient notre attention : cette aide servira-t-elle franchement l’intérêt
général dans ces pays sachant la cupidité de nos dirigeants ?
27
Lycée privé Les Aiglons REPUBLIQUE GABONAISE
Département de français UNION-TRAVAIL-JUSTICE
Professeur : Jean-Noël MAGANGA
Feu le tabac
Il est, pour chaque époque, plusieurs façons de tirer sa révérence. La disparition du tabac dans
les lieux publics en est une, moins anodine qu’il paraît. Car le tabac, prisé, chiqué, fumé, fut un de
ses bonheurs qui accompagnèrent quelques-uns de nos siècles. Et qui s’évanouissent l’un après
l’autre devant les oukases de la santé.
Je n’ai rien contre sa proscription publique. Le tabac m’a pris de chères affections. Et le simple
refus d’infliger à autrui des dommages avérés sonne son glas sans contestation ni appel. Pourtant,
qu’on me permette de saluer une dernière fois le plaisir défunt de ces siècles de tabagisme,
enveloppés des aimables fumées de l’ignorance. Comme ces Romains qui édifièrent l’Empire sans
savoir que le plomb de leur vaisselle les condamnait au saturnisme, nos fumeurs séculaires ne
savaient pas qu’ils allaient en mourir. Les voici avertis. Et de surcroît proscrits par ceux qui ne savent
pas, eux, qu’ils mourront-mais un peu plus tard d’autre chose…
Le tabac dispensait un certain bonheur de vivre ; ses cendres portent aujourd’hui un parfum de
mort. Un philosophe dirait qu’avec le progrès on ne change guère que d’illusions. Il y a quatre cents
ans, le joyeux Saint-Amant s’en était déjà aperçu : « Non, je ne trouve pas beaucoup de différence/
De prendre du tabac à vivre d’espérance/ Car l’un n’est que fumée et l’autre n’est que vent… »
Comme l’espérance – et le vin-, le tabac aidait à vivre. Le vin est, chez nous, de fondation. Le
tabac, comme le café ou le chocolat, fut un immigré tropical vite adopté, chéri, chanté, encensé. « Il
n’est rien d’égal au tabac, dit le Sganarelle de Molière : c’est la passion des honnêtes gens… Ne
voyez-vous pas, dès qu’on en prend, de quelle manière obligeante on en use avec tout le monde… »
Ainsi Molière cernait-il déjà la convivialité du tabac : un plaisir d’échange lié au plaisir de pétuner.
En quatre siècles, dans les cafés – salons du pauvre -, la fumée engourdit la solitude, entretient
brèves de comptoir et parties de belote. Pas de cabaret, estaminet ou bistrot sans que la fumée des
bouffardes – qu’on voit peintes partout de Teniers à Cézanne ou Picasso – ne dispense sa
consolation brumeuse.
Amusons-nous de penser que les premiers tabacs (à priser) de l’ambassadeur Nicot furent d’abord
des médicaments contre la migraine… Très vite la pipe – calumet occidental – se flatte
d’accompagner une certaine sagesse méditative. J’ai connu un professeur de philosophie qui, sur
son estrade, attendait, comme Baudelaire, que les volutes de sa pipe – « dans le réseau mobile et
bleu / qui monte de (sa) bouche en feu » - nous découvrent Socrate ou Spinoza. En Italie, pas
d’artistes florentins sans le redoutable tire – bouchon du cigare toscan ! En Espagne, à Séville, près
de la manufacture des Carmen cigarières, le cigare cubain _ le puro – s’affiche encore avec orgueil
dans les arènes de la Maestranza. Il appartient au rituel taurin, lui-même menacé par les nouvelles
décences…
Plus tardives, plus légère et folle, la cigarette perdra les sages lenteurs de la pipe ou du cigare. Passe
encore pour celle qu’on fait soi-même (« du gris qu’on prend dans ses doigts et qu’on rou-oule… » !
Avec les autres, le fumeur devient un vieux bébé tétant sa drogue. Comme le vin du soldat, il y eut
la cigarette patriote des poilus. Mais ce n’est qu’après la dernière guerre, avec les « blondes », que
vint le déferlement de masse. Des modes s’installent que le cinéma répand. On fume « à la
Bogart ». la cigarette virilise le séducteur, fait rêver l’adolescent, donne une contenance aux
timides, séduit les premières lionnes, un siècle après Georges Sand. La cigarette est partout, chez le
clochard qui la quémande, chez le président Pompidou qui la laisse pendouiller à ses lèvres, chez
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Sartre qui a le mégot fébrile. Sa consommation frénétique n’évite plus le compulsif, la nervosité du
zapping. Et la médecine l’épinglera sans peine comme un fléau avéré.
Chez nous, depuis Colbert, la puissance publique fit sans vergogne sa pelote sur ce plaisir captif du
monopole d’Etat. Elle reconnaissait, jusque sous la guillotine, l’ultime droit au « clope » pour les
éclopés de la vie. Elle n’a plus ces égards : elle fait du tabac, plaisir collectif, un vice solitaire…
Une époque nous quitte. Avec plusieurs de ses parfums. Elle emporte le miel épicé des blonds
mélanges anglo-hollandais. Elle emporte le Scaferlati, les Gitanes, Boyart et autres lourdes brunes
françaises. On ne caresse plus que chez soi les voluptueux havanes
Oui, je sais, chers lecteurs, on buvait trop, mangeait trop, fumait trop… Nous voulons des pensées
correctes, du bio, du fitness et des bronches limpides. Pour mieux respirer, dites-vous, sous le gaz
carbonique. Au fait, à quand la fin de l’effet de serre ?
I - QUESTIONS (10points)
1- Quelle opinion défend Claude IMBERT ? (2Points)
2- Quel paradoxe peut-on relever à la lecture du texte ? Pour répondre à cette question, appuyez-
vous sur les figures d’opposition. (3 points)
3-Etudiez l’évolution de l’argumentation du texte. (3 points)
4- Quel type de raisonnement est utilisé dans le deuxième paragraphe ? Dans quel but ? Quelle
tonalité s’y dégage ? (2 points)
II - TRAVAUX D’ECRITURE : (10points)
1- Résumer les deuxième et troisième paragraphes du texte en 67 mots (une marge de plus ou
moins 10% est autorisée) (3 points)
2- Dites pourquoi la communauté scientifique, particulièrement la médecine interdit-elle l’usage du
tabac. Vous organiserez votre argumentation illustrée d’exemples précis. (7 points)
Proposition de corrigé
Devoir de composition, terminale A1, Aiglons.
Texte : Feu le tableau
1 – La thèse défendue par Claude IMBERT est celle que le tabac est un produit vitalisant qui a rendu
l’homme heureux pendant des siècles.
2 – La façon dont le tabac est traité dans le texte est paradoxale, ou du moins les effets du tabac sur
l’être humain est paradoxal : le paradoxe entre d’un côté les vertus du tabac (« le tabac…fut un de ses
bonheurs qui accompagnèrent quelques-uns de nos siècles», « les plaisirs défunts de ces siècles de
tabagisme »), « le tabac aidait à vivre », « c’est la passion des honnêtes gens » …, de l’autre ses effets
néfastes sur l’être humain (« Le tabac m’a pris de chères affections », « la disparition du tabac… », « Ses
cendres portent aujourd’hui un parfum de mort »…
Les antithèses verbales entre le passé et le présent « le tabac dispensait un certain bonheur/ ses
cendres portent aujourd’hui un parfum de mort » ; « on buvait trop, on mangeait trop, fumait trop… »
/ Nous voulons des pensées correctes, du bio, du fitness et des bronches limpides. »
La concession « Je n’ai rien contre sa proscription publique. Le tabac m’a pris des chères affections.»
II – Travaux d’écriture
1 – Le résumé des paragraphes deux et trois. (34≤x≤38)
Je comprends l’interdiction publique du tabac car il était à l’origine de pertes de vie. Mais je suis
également séduit par tant de bonheur que ce produit a procuré aux fumeurs pendant des siècles. (36
mots.)
2 – Travail d’étayage
Sujet : Dites pourquoi la communauté scientifique, particulièrement la médecine, interdit l’usage du
tabac. Vous organiserez votre argumentation illustrée d’exemples précis.
Introduction
Claude IMBERT, dans son éditorial du journal Le point de janvier 2008, fait une analyse
panoramique du tabagisme dans le monde. Sur ce, il estime que le tabac a procuré beaucoup de
bonheur à l’homme pendant des siècles et malheureusement il est interdit aujourd’hui dans les lieux
publics. Notre réflexion se focalisera sur les raisons qui ont amené certaines autorités à demander la
proscription du tabac.
Développement
L’usage du tabac est interdit aujourd’hui pour diverses raisons liées à la santé et même aux
nombreux problèmes qu’il apporte dans la société. (En étayage ou en réfutation, le développement
commence par la reprise de la thèse. C’est après que sont développés les arguments ou contre-
arguments).
D’abord, le tabac constitue un sérieux problème de santé publique non seulement pour les
tabagiques mais aussi pour les non-fumeurs qui aspirent la fumée dégagée par les fumeurs. En France et
aujourd’hui au Gabon, la prise en charge des malades liés au tabac coûte cher au contribuable. Des
études médicales récentes ont montré que l’usage du tabac est à l’origine de certains cancers qui soient
les plus redoutables. Le nombre des cas tués par le tabac est énorme. Le célèbre chanteur Jamaïcain,
Bob Marley était mort du cancer des poumons à l’usage du tabac. (1e argument développé).
Ensuite, si les cas de décès dus au tabac sont innombrables aujourd’hui, il va de soi que ses
conséquences touchent aussi l’espérance de vie des individus alors même que la science crée des
conditions pour la rallonger. Dans le monde des artistes et le milieu des fumeurs, le constat fait révèle
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que la durée de vie des gens peuplant ce monde régresse. Très tôt les gens tombent malade et tôt ils
meurent aussi. (2e argument développé).
Enfin, le tabac est responsable de quelques déstabilisations des familles dans la société. En effet,
la perte d’un membre dans une cellule familiale entraine une désorganisation de celle-ci. Admettons
que ce soit le chef de famille qui disparaisse, la femme et les enfants innocents dans ce coup traversent
une existence difficile. Les enfants orphelins rencontrent des problèmes financiers, d’autres ne sont
plus scolarisés. (3e argument développé).
Conclusion
Le tabac constitue un problème de santé publique. La société, particulièrement les responsables
politiques et économiques, doivent prendre conscience de ce fléau dont on sait aujourd’hui les
conséquences. Il est plus urgent que sa consommation soit contrôlée, et même interdite. Avec la crise
économique, les Etats et les grandes firmes spécialisées dans la culture du tabac seront – ils courageux
de prendre des mesures fortes allant dans le sens d’abandonner sa production ?
31
LE COMMENTAIRE COMPOSE
B –1Centre d’intérêt II :
a) – sous-axe 1 + trois outils d’analyse + repérages + interprétés
b) - sous-axe 2 + trois outils d’analyse + repérages + interprétés
c) - sous-axe 3 + trois outils d’analyse + repérages + interprétés
1 -4 Conclusion
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Elle comporte deux mouvements :
D’abord la synthèse des deux centres d’intérêt développés
Puis l’élargissement du texte vers d’autres textes du même auteur ou d’autres auteurs traitant le même
thème.
II - Exemple pratique
Le détaillé du plan
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Après avoir dégagé les centres d’intérêt, il convient maintenant de trouver les sous-axes de lecture
et les procédés d’écriture qui les sous-tendent. Seuls ces procédés ainsi que leurs interprétations
donnent accès aux différentes significations du texte. On peut ainsi proposer des sous axes suivant :
Introduction
L’Afrique est un continent où se manifestent des faits mystérieux, où se produisent de manière
récurrente des actes irrationnels telle que l’influence des esprits dans la vie quotidienne des gens.
C’est ce genre de situation que présente Ahmadou Kourouma, dans son texte, « la case du fétiche »,
extrait du roman, Les soleils des indépendances. En effet, Salimata sortait d’une cérémonie rituelle
d’excision. Quelques heures seulement, elle est violemment abusée sans qu’elle n’ait une idée sur le
coupable, elle n’a aperçu qu’une ombre fuyant lorsqu’elle avait crié. Après avoir montré comment le
narrateur décrit cet acte ignoble, nous nous intéresserons à l’univers mystérieux de cette scène.
Développement
Salimata est victime d’une barbarie humaine orchestrée par des gens animé d’un esprit animal.
Cette barbarie est rapportée par le narrateur en deux moments pathétiques : le viol cruel et les
douleurs de la victime (introduction partielle).
Tout acte sexuel non consentant par l’un des protagonistes est un viol. En effet, Salimata,
quelques heures seulement après son arrivée dans la case du féticheur, Tiécoura, a été abusée. La
répétition du verbe « violer » en plusieurs occurrences (« avait été violée » ; « viola » ; « l’avait
violée ») exprime la volonté du narrateur d’insister sur cet acte barbare comme pour dénoncer le
comportement animalier des hommes. Cela est également renchéri par la connotation des groupes
de mots tels que « le soleil commençait à alourdir ses paupières » ; « le sommeil avait vaincu les
paupières de Salimata » ; « la lampe avait été soufflée » comme pour développer l’idée que l’acte
s’est produit dans l’inconscience totale de la victime qui se trouvait en ce moment dans le sommeil.
Enfin la récurrence du verbe d’opinion au passé et à la forme négative (« ne savait » ; « n’a jamais
su » ; « ne savait pas ») exprime le point de vue du narrateur qui insiste sur le fait que la victime ne
connaissait pas son bourreau, et par conséquent elle n’était pas consentant. Le viol a donc bien eu
lieu (premier sous-axe développé).
L’acte subit par Salimata revêt aussi un caractère odieux et cruel au regard du calvaire que la
victime a connu semblable à la passion christ. Cela se donne à lire à travers plusieurs procédés,
entre autres, la gradation ascendante (« elle connut la douleur » ; « poussa un cri » ; « ses yeux se
voltigèrent » ; « tournèrent » ; « elle perdit connaissance ») qui met en évidence le degré d’intensité
de la douleur au point où Salimata ne pouvait plus résister. De même cet état second dans lequel
s’est retrouvée la victime est traduit par la périphrase « elle perdit connaissance » comme pour
montrer non seulement son évanouissement mais surtout que la douleur avait atteint un stade
qu’un être humain ne peut supporter. C’est pour cela que le narrateur, très marqué par la cruauté de
l’action, raconte en détail les faits et le pathétique de situation dans cette longue phrase complexe
comportant une abondance des propositions subordonnées juxtaposées et coordonnées .(« C’était
34
là, au moment où le soleil commençait à alourdir les paupières, que la natte s’écarta, quelque chose
piétina ses hanches, quelque chose heurta sa plaie et elle entendit et connut la douleur s’enfoncer et
la brûler et ses yeux se voilèrent de couleurs qui voltigèrent et tournèrent en vert, en jaune et en
rouge, et elle poussa un cri de douleur et elle perdit connaissance dans le rouge du sang. ») afin que
le lecteur se sente non seulement dans la peau de Salimata, mais qu’il compatisse à l’extrême
douleur vécu par la victime (deuxième sous-axe développé).
L’homme, considéré comme un « roseau pensant » par Blaise PASCAL, ne l’est pas vraiment au
regard des actes qu’il pose au quotidien dans la cité. Cette fois-ci la victime est une femme, abusée
certes par des inconnus, mais ces inconnus sont des hommes. Toutefois le texte n’évoque pas que ce
comportement déviant, il y a aussi un univers mystérieux entretenu par ces mêmes individus
(conclusion partielle).
Durée : 4 heures
Texte : L’iroko
L’arbre fétiche propose une réflexion sur les traditions en présentant des positions qui vont du rejet
radical à la conciliation prudente. Dans cet extrait, on a organisé l’abattage d’un iroko. Le bûcheron
Dossou pense être, sur le sentier, à l’abri de la trajectoire de la chute, qu’il a lui-même calculée.
Enfin, l’iroko fut rendu. La frondaison se mit à osciller comme le mât d’un bateau par temps de
cyclone. Un craquement sourd comme un râle d’agonisant signala que le support venait de céder.
Dossou se trouvait dans le sentier, juste à hauteur de l’arbre. Le tronc, brusquement, s’abaissa. Le
parasol vert noirâtre bascula en direction du sentier. La panique figea sur place les assistanats. Au
cri d’angoisse qui jaillit des poitrines, Dossou se retourna d’un bloc. Il eut à peine le temps de
comprendre l’immensité du danger qui le visait. La feinte de l’adversaire le stupéfia. Désemparé, il
voulut fuir, mais sa jambe éclopée ne suivit pas l’élan de tout l’être qui tentait d’éviter le choc
mortel. Au lieu de regarder, avant d’amorcer sa course claudicante, dans quel sens l’arbre allait
tomber, il tourna le dos. La puissance de choc étant décuplée par l’accélération au niveau de la
remue, une terrible volée le plaqua au sol. La rafale provoquée par la chute et le fracas des
branches étouffèrent le cri humain qu’il allait jeter. Des feuilles déchiquetées et des insectes
dérangés voltigèrent en un tourbillon désordonné. Puis subitement, il se fit un silence si absolu
qu’on entendit le lointain ricanement d’un toucan. Tout le monde, comme hébété, semblait
attendre que Dossou se relevât de dessous les branchages. Quand il fut certain qu’on n’entendrait
plus le moindre gémissement, les hommes s’animèrent à la fois, ainsi que des termites en déroute.
Jean PLIYA, L’Arbre fétiche, Clé, 1971.
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Vous ferez de ce texte un commentaire composé. Vous pourrez par exemple montrer combien
l’assimilation de l’arbre à un être humain contribue à la dramatisation du passage.
I - Analyse du paratexte :
Le texte comporte :
Un titre : « l’iroko » : c’est un arbre qui se trouve dans la forêt vierge.
Le chapeau : trois informations importantes se dégagent :
- L’iroko n’est pas un arbre ordinaire, il comporterait une puissance mystique « fétiche » ;
- L’organisation de son abattage ;
- Le bucheron a prévu la trajectoire de l’arbre.
- Le titre du livre dont le texte est extrait : L’arbre fétiche. Ce titre corrobore le sens donné dans le
chapeau, celui d’un arbre qui a des pouvoirs surnaturels.
Conclusion : l’abattage d’un tel arbre nécessite la prise des mesures de sécurité de protection du
bucheron, certainement pour éviter un incident malheureux ou tragique.
Introduction
La traite négrière, l’esclavage, la colonisation et autres exactions furent mal vécus par les Noirs
où qu’ils se trouvaient en Europe ou en Amérique. Ces évènements douloureux de l’histoireavaient
fortement inspirés des Intellectuels noirs, notamment les hommes de lettres (mise en contexte).
C’est le cas de René MARAN, écrivain français noir qui, à travers son texte narratif, tiré de son
roman, Batouala, paru en 1921, raconte l’histoire pathétique des travailleurs de couleurs qui se
faisaient maltraiter par leurs maîtres blancs en Oubangui-Chari, l’actuelle République centrafricaine
(présentation du texte). Pour voir comment la littérature est témoin de ces événements inhumains,
nous nous investirons à montrer d’abord comment le texte évoque cette colonisation blanche, puis
la révolte de ces travailleurs (annonce des centres d’intérêt).
Développement
L’Afrique est un continent qui a été colonisé par des puissances occidentales. Cette colonisation
se traduit dans le texte par le travail forcé et l’arnaque (introduction partielle).
Les Occidentaux s’étaient établis en Afrique pour y faire fortune. Ils y employaient de la main
d’œuvre noire bon marché et mal payée. Cela est perceptible dans ce texte à travers plusieurs
procédés. D’abord les groupes verbaux d’action « vous forçons à travailler » et « vous obligeons à
gagner » semblent traduire la bonne volonté des Blancs à aider les Noirs, pourtant ces mêmes
prédicats en réalité expriment l’idée que les noirs ne travaillaient pas de leur propre chef pour
gagner leur vie mais par injonction ou par force. De même le chiasme au niveau des pronoms
personnels dans les passages « vous nous remercierez » et « nous vous forçons à travailler »
rappelle la dialectique du maitre et de l’esclave qui voudrait que les esclaves subissent le diktat de
leurs maîtres et en même temps les remercient. Dans le premier repérage, « vous » désigne les
travailleurs noirs et « nous » les colons comme pour montrer que ceux-ci sont des bienfaiteurs.
Paradoxalement, le second repérage, « nous » renvoie aux colons qui exercent de la violence sur les
travailleurs noirs représenté par « nous ». Enfin dans le dernier paragraphe, le narrateur emploie
36
l’analepse pour montrer que les Noirs vivaient heureux et paisible avant l’arrivée des colons, ceci
pour dénoncer l’absence de liberté et de paix avec l’arrivée des Blancs (1e sous-centre d’intérêt
développé).
De même la colonisation blanche se lit dans le texte par l’arnaque des blancs sur les travailleurs
noirs qui pourtant dépensaient beaucoup d’énergie. Cette arnaque se dégage de l’analyse de
plusieurs outils d’écriture et repérages. D’abord, le champ lexical de l’arnaque « nous ne vous en
prendrons qu’une infime partie », « on ne nous a plus payé que quinze sous », « même quantité de
banga », « porter notre impôt de capitation de cinq à sept et même dix francs », « quinze sous »,
« un ‘’méya’’ et cinq ‘’bi mba’’ » développe l’idée que les chef blancs ne payaient pas leurs
travailleurs à la hauteur de la force de travail dépensée. Une retenue importante était faite sur la
rémunération de chacun d’eux. Aussi la phrase complexe «or, personne n’ignore que, du premier
jour de la saison sèche au dernier de la saison des pluies, notre travail n’alimente que l’impôt,
lorsqu’il ne remplit pas (…), les poches de nos commandants » détaille-t-elle la façon dont les blancs
spoliaient leurs travailleurs noirs en leur prenant une grande partie de leur maigre salaire, pour
renflouer non seulement les caisses de l’administration coloniale, mais aussi pour s’enrichir
personnellement. Rien n’est plus clair que cet groupe adverbal à valeur négative « sans ombre
d’explication » qui désigne l’outrecuidance du maître pour montrer que le colon n’a point besoin de
l’avis de son esclave pour lui subtiliser de l’argent ; ce dernier constate seulement sans rechigner (2e
sous- centre d’intérêt développé).
Les colons ne voulaient donc pas que les noirs aient suffisamment d’argent, que leur conditions
de vie s’améliorent, plutôt qu’ils continuent de vivre misérablement et dans la dépendance totale
des colons (bilan partiel).
La présence des occidentaux en Afrique avait pour but principal de coloniser ce continent en
employant la violence. Mais tant d’exactions ont poussé les Noirs à se révolter contre leurs maîtres
blancs (transition).
Les promesses de modernisation des villages africains et d’amélioration des conditions de vie des
travailleurs noirs par les colons n’ont pas été tenues. Ce mensonge a donc occasionné la révolte des
Africains. Et dans ce texte, cette révolté des Africains s’explique par la déception et la révolte
(introduction partielle).
Les travailleurs noirs, après plusieurs années de travail forcé, s’étaient rendu à l’évidence qu’ils
avaient été bernés par leurs maîtres blancs. Ainsi au discours des colons rapporté en style direct par
le narrateur-personnage « Vous nous remercierez plus tard », « c’est pour votre bien que nous vous
forçons à travailler », « nous nous en servirons pour vous construire des villages, des routes, des
ponts, des machines » rappelant les paroles prometteuses des colons de construire des
infrastructures, notamment des routes, de chemin de fer s’oppose les phrases exclamatives de
Batouala « Où ça ! », « Mata ! » ; « Nini ». Ces phrases exclamatives sont employées comme pour
exprimer la déception, de tristesse, de désolation du narrateur pour mettre en relief le mensonge
des colons quant aux promesses faites aux travailleurs noirs. L’usage des mots en langue
vernaculaire est une volonté du narrateur à pouvoir traduire une situation dramatique pour essayer
de rester coller au sens que ne pouvait exprimer la langue d’emprunt qu’est le français. Ensuite
cette attitude méprisante est renchérie par L’anaphore « Nous ne sommes que des bêtes à potage»
comportant les attributs « des chairs à impôts », « des bêtes de potages », « moins que ces
animaux » décrit le traitement humiliant, inhumain que les colons infligeaient aux travailleurs
noirs. Ces colons s’occupaient très bien de leurs animaux domestiques que des êtres humains de
couleur. Les Noirs étaient donc pris pour des choses, des objets. D’où l’hyperbole « Nous sommes
plus bas que les plus bas » suggère certes que le Noir est le dernier des êtres humains, mais pire il
ne mérite même pas le stade animal car les animaux sont encore préférables qu’aux Noirs.
37
Enfin les promesses non tenues ont fini par révolter les travailleurs de couleur qui vont donc
entreprendre certaines actions exprimées dans certains passages textuels. D’abord l’anaphore « je
ne me lasserai jamais » (l1) exprime la colère et la ferme volonté de Batouala de ne point baisser les
bras, de se battre pour dénoncer les exactions des colons sur les populations noires. Ensuite
l’énumération des actes criminels posés par ces mêmes colons « la méchanceté des bandjous »,
« leur cruauté », « leur duplicité », « leur rapacité » renchérie par l’anaphore en « leur » permet au
narrateur de montrer la barbarie blanche, les crimes contre l’humanité orchestrés par les Blancs sur
populations noires. En effet, « la cruauté » en rapport avec la violence ; « la duplicité » en rapport
avec l’hypocrisie, la « rapacité » qui renvoient à la spoliation des Noirs par des Blancs. Enfin la
récurrence des phrases simples nominales, verbales et pronominales dans les deux derniers
paragraphes souligne un rythme décadent qui traduit l’état d’esprit de nervosité du personnage-
narrateur qui a vécu ces discriminations, ces atrocités, ces exactions, ces injustices.
De tout ce qui précède, il est nous a été permis de voir qu’un colon ne mérite pas la confiance de
ses oilles. La seule façon de le dénoncer est de se révolter contre lui (seconde conclusion partielle).
Conclusion
La race blanche se croyant tout permis a dominé le monde pendant des siècles. Au moyen des
procédés narratifs, l’analyse de ce texte a permis de ressortir des actes ignobles qui pourraient se
ramener aux crimes contre l’humanité infligés aux Noirs en Afrique par des colons français. Il en a
été également dégagé l’expression de la révolte des Noirs dont l’objectif était de dénoncer ces
violences et la spoliation des travailleurs de couleur (bilan général). Pour souscrire à ces faits,
beaucoup d’auteurs ont évoqué ces tares coloniales dans leurs textes littéraires. Tel est le cas de
David DIOP qui, dans son poème ‘’Les vautours’’, extrait du recueil poétique Coup de pilon, dénonce
la façon dont les Occidentaux s’étaient établis et exploitaient sans état d’âme les richesses du sous-
sol et les populations sans que celles-ci en bénéficient vraiment (élargissement du texte).
Autre conclusion
Ce texte, à travers une narration aisée et émouvante, retrace quelques actes barbares de la
colonisation blanche en Afrique francophone, autrefois territoires français. Mais les peuples
colonisés s’étaient révoltés pour dénoncer cet esclave des temps modernes (bilan général). Cet
esclavage se donne également à lire à travers plusieurs autres ouvrages et œuvres littéraires de
plusieurs auteurs négro-africains ayant emboité le pas à René MARAN, particulièrement, Aimé
CESAIRE qui, dans son Discours sur le colonialisme, dénonça véhémentement l’exploitation sauvage
des peuples noirs par les colons blancs (élargissement du texte).
38
Rédaction de commentaire composé sur le texte de Jean RACINE, extrait de Phèdre.
Introduction
Le thème de l’amour fut toujours passionnant tant qu’il a toujours suscité des débats en
littérature au XVIIe siècle, notamment entre Pierre CORNEILLE et Jean RACINE. Le premier
considérait l’amour comme un sentiment qui étrangle les hommes faibles alors le second y voit une
force surnaturelle qui entraîne l’être humain à poser des actes infâmes (mise en contexte). Celui-ci
l’évoque de façon tragique dans cet extrait de Phèdre, intitulé « Connais donc Phèdre et toute sa
fureur » dans lequel le personnage Phèdre exprime sa colère après qu’il s’est rendu compte que ses
avances à Hippolyte, par ailleurs fils de son époux, Thésée, ne pouvaient pas se réaliser
(présentation du texte). Pour voir comment la littérature exprime les états d’âmes des individus,
tâchons de nous intéresser d’abord à l’expression de l’amour-passion de Phèdre avant d’aborder la
façon dont celle-ci se prend pour lutter contre ce sentiment irrésistible (annonce du plan).
Le sentiment amoureux apparait comme une force supérieure qui place tout être amoureux dans
une position de faiblesse dont il lui est difficile de se sortir. Il se donne à lire à travers la damnation
congénitale et l’inhibition de la raison de Phèdre (introduction partielle).
Phèdre est un personnage très attiré par des actes contraires aux valeurs sociales. Eprise de son
beau-fils, Hippolyte, elle se dédouane de toute responsabilité de cette affection qui la ronge depuis
des années. Pour elle, ce sont des dieux qui en sont à l’origine et qu’elle ne serait qu’un otage qui
exécute tout ce que ces derniers avaient établi avant même sa naissance. L’hyperbole « objet
infortuné » et la synecdoque « vengeances célestes » traduisent en effet la réduction de Phèdre en
un objet qui obéit aux mouvements que la personne qui le détient le mène, en même temps
l’action des dieux sur un personnage innocent de sa condition, car la colère de ces dieux ne devrait
pas s’appliquait à elle mais à ses parents, responsables du sacrilège pour lequel elle se retrouve
punie. C’est dans cette perspective qu’elle exprime l’attitude injuste et contradictoire de ces dieux
par un oxymore révélateur « gloire cruelle » comme pour aussi montrer que les puissances célestes
sont certes toujours victorieuses dans tout ce qu’elles entreprennent, mais que cette victoire est
paradoxale car les dieux sont sensés ne point répandre le mal. Cela s’exprime aussi dans
l’euphémisme à rime riche « mon flanc/ mon sang » pour évoquer la cruauté de ces dieux qui
sanctionnent une faute sur plusieurs générations à partir de personne coupable de l’infraction
(premier sous-centre d’intérêt développé).
Aussi lorsqu’un personnage est lié au destin, n’a-t-il plus ses facultés intellectuelles et sociales
car même sa raison s’inhibe. Phèdre sait pertinemment que son vœu est irréalisable, ce serait un
inceste ; à ce titre elle ne peut pas être satisfaite. Ainsi la connaissance ne rime plus avec la raison.
L’anaphore « cet aveu » (v24-25) repris dans le pronom personnel « le » dans (« le crois-tu
volontaire ? » v25) évoque la déclaration d’amour de Phèdre pour Hippolyte. Toutefois cette
déclaration serait le résultat d’une machination des dieux en ce que ceux-ci poussent Phèdre à se
comporter non pas comme un être agissant et raisonnable, plutôt comme un personnage agi et
inconscient. D’où cette interrogation rhétorique qu’elle adresse à Hippolyte «cet aveu que je te
viens de faire / cet aveu si honteux, le crois-tu volontaire ? » renforcée par la périphrase « Ni que du
fol amour qui trouble ma raison » (v6) comme pour exprimer sa disculpation. Mieux, le fait de
reconnaitre son opprobre à travers la caractérisation de son aveu qui se donne à lire dans le groupe
adjectival « si honteux » alors qu’elle s’obstine à le concrétiser prouve qu’elle a perdu le bon sens,
c’est- à dire la raison au sens cartésien. Sur cette attitude, Phèdre ne se considère plus comme un
humain, un être fréquentable parce que son agir la rapproche d’un extra-terrestre. Cela s’illustre
dans l’usage de la répétition du substantif « monstre » (v32-34) (second sous-centre d’intérêt
développé).
39
Cette première partie de l’analyse a pu prouver que Phèdre est soumise au diktat sentimental
des puissances divines qui plongent les êtres humains dans une situation d’amour-passion
insoutenable et tragique (bilan partiel).
L’homme étant la mesure de toute chose pour convenir avec Protagoras, il ne se laisse tout de
même point entrainer vers l’abîme sans se battre. Ainsi, Phèdre a essayé de lutter contre ses
sentiments (transition).
Consciente de l’irréalisation de son aveu, Phèdre essaie tout de même de lutter en entreprenant
plusieurs actions graves et cruelles, notamment l’expulsion du beau-fils du domicile familial et son
désir de mourir comme seule issue de fuir cet amour dévastateur (introduction partielle).
La première initiative prise par Phèdre pour lutter contre sa dévorante passion amoureuse est
l’expulsion d’Hippolyte du domicile familiale car, se disait-elle, son absence physique devait briser le
magnétisme qui la poussait vers lui. La répétition anaphorique du passé simple « Je t’ai chassé »,
« j’ai voulu te paraitre odieuse », « j’ai cherché ta haine » montre les différentes actions entreprises
par Phèdre non seulement pour l’éloigner d’elle mais aussi pour susciter un sentiment de haine qui
ferait en sorte qu’Hippolyte soit définitivement chassé de la maison. Aussi les adjectifs « odieux »,
« inhumaine » (v16) caractérisent-ils le souhait de Phèdre que son beau-fils la prenne pour un
« monstre ». Le groupe nominal « ta haine » dont l’expansion est l’adjectif possessif « ta » désigne
absolument cette recherche de l’assentiment d’Hippolyte. Enfin l’expression de but « Pour mieux
te résister » scelle définitivement l’objectif d’expulsion du jeune homme de la demeure familiale.
Toutefois, cette issue a-t-elle réussi ? (Premier sous-centre d’intérêt développé).
Le retour d’Hippolyte dans le palais familial a exhumé toute la charge sentimentale de Phèdre
pour celui-ci. Elle s’est rendue compte que tout ce qu’elle avait entrepris jusque-là n’a pas donné
des résultats souhaités. Plusieurs passages textuels le prouvent. D’abord l’antithèse « Tes malheurs
te prêtaient encore de nouveaux charmes » comme pour signifier que toutes les souffrances qu’elle
a fait endurer à Hippolyte ont au contraire accru l’intensité de ses sentiments. Ensuite les
interjections « Ah ! », « Eh bien ! » traduisent en même temps la colère et la déception de Phèdre.
De surcroît le chiasme à valeur de litote « Tu me haïssais plus, je ne t’aimais pas moins » sert à
opposer dans le premier hémistiche Hippolyte « tu » contre Phèdre « me », puis dans le second
hémistiche, Phèdre devient sujet « je » agissant sur Hippolyte « t’ » ; tout ceci pour évoquer la
complexité du sentiment amoureux qui voudrait que l’on ne s’en débarrasse pas aussi facilement
car il ne vient pas des humains, mais des dieux. C’est pour cela qu’elle sollicite le concours de son
bourreau afin que celui-ci la tue de son épée. Mais Hippolyte n’a pas daigné répondre à cette
sollicitude macabre (second sous-centre d’intérêt développé).
Comme dans toutes les amours incomprises et irréalisables, il ressort que Phèdre reste toujours
éprise d’Hippolyte. Et pour se sauver de cet engrenage sentimental, de qui aime ne l’aime pas et de
qui est aimé par qui il n’aime pas, Phèdre ne veut trouver de salut que dans la mort (bilan partiel).
Conclusion
Par une longue tirade chargée d’injonctions du personnage Phèdre, il nous a été possible de
constater la puissance du sentiment amoureux sur le personnage dévasté par l’amour. Impuissant à
pouvoir se sortir de l’engrenage dans lequel le place ses sentiments amoureux, Phèdre a pensé que
la mort était la seule issue idoine de la débarrasser de ses élans émotionnels interdits (bilan
général). Apôtre du fatalisme de la destinée humaine, Jean RACINE évoqua ce même thème dans la
quasi-totalité de ses œuvres dramaturgiques, notamment dans Andromaque, Iphigénie, Britannicus.
Au demeurant, deux conceptions de l’homme étaient nées selon que l’on fût partisan de CORNEILLE
ou disciple de RACINE (élargissement du texte).
40
Classe de Première (LRLANDJI)
Faites de ce texte un commentaire composé. Sans dissocier l’étude de la forme et celle du fond,
vous pourrez par exemple montrer comment le narrateur, à travers les exigences sociales dévolues à un
homme, traduit le chagrin mortel de la première femme d’ObameAfane.
Introduction
Le mariage est une institution sociale bienheureuse célébrée avec faste par des hommes et des
femmes qui y rêvent. La personne qui ne le contracte pas est considérée comme un irresponsable. Pourtant
il est un engagement difficile à assumer lorsque des situations malheureuses inattendues comme la stérilité
apparaissent dans les couples. Ainsi tout couple ne pouvant procréer est exposé à des soubresauts allant
parfois jusqu’à la tragédie (mise en contexte). C’est ce cas effroyable et tragique que raconte Justine
MINTSA, dans son texte romanesque tiré de Histoire d’Awu, où la première femme d’ObameAfane, poussée
par l’opprobre de voir sa rivale enfanter, meurt de chagrin pour n’avoir pas pu donner des enfants à son
époux (présentation du texte). Pour voir comment cette triste réalité sociale est exprimée dans ce texte,
nous analyserons d’abord comment le narrateur explique le destin funeste de cette infortunée femme avant
de passer aux contraintes sociales (annonce du plan).
La vie de la première épouse de maître ObameAfane telle qu’elle est narrée dans le texte ressemble
à un destin tragique. Ce destin funeste se donne à lire à travers sa stérilité et sa mort (introduction
partielle).
Le premier malheur de Cette infortunée femme est la stérilité qui la frappe. Malgré des traitements
de toutes sortes qu’elle a pu suivre, cette tare génétique n’a pas pu trouver de remède. Plusieurs passages
l’illustrent. D’abord la périphrase empreinte d’image métaphorique « elle n’avait jamais pu germer des
fruits consommés dans l’ivresse du plaisir total » rapproche l’être féminin procréateur à un arbre qui produit
41
des fruits ; et les fruits sont l’image prise par le narrateur pour désigner des enfants. Mais le repérage
périphrastique étant à la forme négative met donc en exergue l’infécondité de la première épouse car
considérée comme l’arbre qui n’a pu germer des fruits. De même les métaphores descriptives « terrains
arides », « parcelles arides » et la périphrase « ObameAfane dut songer à acquérir un terrain plus fertile »
concourent à rendre compte de cette évidence. La réalité était donc là, devant elle, mais dure à accepter.
Mais il n’y avait plus d’autres issues si ce n’était de se résigner. D’où cette question-réponserapportée par le
narrateur « Que faire alors, sinon se résigner ? » qui présente l’état d’esprit de désespérance et
d’impuissance dans lequel se retrouvait cette femme (premier sous-centre d’intérêt développé).
Enfin le malheur le plus tragique de la première épouse d’ObameAfane est sa mort. Le fait qu’elle
n’ait pas pu offrir à son mari des héritiers a tourné à la tragédie. En effet, le substantif « chagrin » désigne la
douleur intérieure endurée par cette femme et cette douleur avait atteint une intensité telle qu’elle en
souffrait énormément et donc n’en pouvait plus survivre. La douleur était à son comble. AinsiL’adjectif
« vain » et les motsdemêmefamille « résignation » (l6), « résigner » (l19) révèlent que la femme avait perdu
tout espoir de procréer un jour et donc de sauvegarder son mariage et son image dans son couple d’abord,
puis dans le village ensuite. Aussi l’euphémisme « elle semblait dormir paisiblement » permet-elle au
narrateur de ne pas désigner la cruelle réalité de façon crue et a préféré employer une image « dormir
paisible » comme pour évoquer le sommeil éternel, c’est-à dire la mort. Enfin les homonymes
homographes« morte » (l2 ; 21) traduisent une insistance comme pour mette en exergue la souffrance
vécue, d’une part, et la conséquence fatale de cette douleur vécue par cette infortunée femme, d’autre part.
Ce sentiment douloureux a fini par lui ravir sa vie (second sous-centre d’intérêt développé).
La vie de la première épouse de maître ObameAfane retrace un destin fatal en ce que le personnage
lui-même et son entourage n’ont pu trouver une solution à la somme de ses malheurs (premier bilan
partiel).
Outre les malheurs de l’infortunée femme, le texte évoque aussi des qualités que la société exigences
à toute femme qui sollicite contracter un mariage (transition).
L’institution sociale qu’est le mariage a beaucoup de contraintes que tous les prétendants doivent
remplir, notamment les qualités comportementales et surtout la fécondité (seconde introduction partielle).
En Afrique, le choix d’un gendre ou d’une bru était conditionné par des vertus comportementales
comme la bonne tenue d’un foyer, le respect de la belle famille. En retour, les beaux-parents accordaient
leur amour au gendre ou à la bru. Ces qualités, la première épouse d’ObameAfane les possédait car elle était
chérie par ses beaux-parents. Ainsi, la périphrase « elle était devenue la mère de tout le village » révèle tout
l’attachement, toute l’affection, voire tout l’amour que lui accordaient les parents de son mari car elle était
vertueuse, aimable, accueillante. Sachant qu’en Afrique, les beaux-parents ont souvent du ressentiment
pour la belle-fille, ce qui ne fut pas le cas de cette infortunée femme, il est donc possible d’affirmer que cette
femme détenait un comportement honorable. Cette réalité est d’autant avérée qu’elle s’explique dans ces
hyperboles « elle était devenue la mère de tout le village », « l’un des piliers de sa belle-famille » comme
pour évoquer la dimension forte et incontestable de l’affection que lui portaient tous les habitants de son
village. En définitive, elle était devenue une icône, c’est-à dire une référence dans la contrée. Mais si le
comportement irréprochable est certes une qualité à posséder, elle n’en constitue pas moins la principale
(premier sous-centre d’intérêt développé).
L’élément fondateur de toute relation maritale dans les sociétés traditionnelles africaines est la
procréation car les enfants sont considérés comme une richesse. En effet, tout membre d’un couple privé de
fécondité savait que son mariage était menacé. C’est ce qu’exprime le verbe d’opinion dans la phrase« elle
savait que c’était l’ordre normal des choses » comme pour signifier que la société avait prévu des
dispositions précises sur l’infécondité d’une femme mariée, notamment lui trouver une rivale féconde afin
de donner une chance à son époux d’avoir des enfants. Aussi le champ lexical de la fécondité « la
procréation », « germer des fruits consommés », « terrain plus fertile », « des fruits qui germineraient à
foison », « terre productive » développe-t-il l’idée de la place de choix qu’occupe la procréation dans une
relation maritale et pour un homme dont la valeur s’identifie au nombre de ses enfants. Comme cela est dit
dans le code coutumier, maître ObameAfane était en droit « d’acquérir un terrain plus fertile, dont il était
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déjà certain qu’il ensemencerait sans ivresse des fruits qui germineraient à foison » car il est
incompréhensible qu’il passât autant d’années avec une femme sans le moindre signe de fécondité. Cela se
lit à travers l’expression temporelle « pendant six ans » qui indique la durée d’infertilité et d’impatience de
ce couple. La rupture entre qualités comportementales et fécondité est traduite par la conjonction de
coordination « mais » (l15) qui permet d’introduire la qualité cardinale exigée à une femme en même temps
l’acceptation des parents exprimée dans cette phrase complexe« Mais à Ebomane, où la bénédiction d’un
foyer se mesure à sa capacité de procréer » (second sous-centre d’intérêt développé).
La femme chérie et bénie est celle qui procrée ; celle qui est stérile se retrouve reléguée à la seconde
place dans les sociétés traditionnelles africaines (second bilan partiel).
Conclusion
A travers la récurrence des périphrases métaphoriques, le texte de Justine MINTSA renseigne que
dans les sociétés traditionnelles africaines, l’enfant reste l’élément fondateur et inaliénable de toutes les
relations matrimoniales. Tout couple qui ne procréée pas connait des risques graves qui débouchent dans la
majorité des cas au divorce ou à la tragédie (bilan général). Cette situation dramatique est tellement
préoccupante qu’elle est évoquée par d’autres auteurs comme Laurent OWONDO qui l’évoque dans son
roman, Au bout du silence à travers Nindia. Celle-ci, après avoir donné naissance à un enfant garçon, a remué
en vain terre et ciel pour en avoir d’autres car en Afrique, « qui n’a qu’un n’a rien » (élargissement du texte).
LITTERATURE
Niveau : 2nd cycle
La littérature
Par : Y. F. Yenz MOUNDOUNGA
Introduction
Qu’est-ce que la littérature ? Telle est la question que se pose tout élève à qui l’on parle de cet
art pour la première fois. La question reste difficile à répondre tant le mot littérature est générique,
protéiforme. Il fait référence à nombreux domaines [Link] difficulté entraine donc diverses
réponses selon les savants et les contextes.
I- Essai de définition
S’en tenant simplement à son origine latineLitteratura qui veut dire « écriture », la littérature
pourrait se comprendre comme l’art de l’écriture visant un souci d’esthétique. Un art d’écriture qui se
distingue fondamentalement de l’ensemble de la production écrite à savoir les journaux, les revues, les
magazines, etc. Entendue comme telle, la littérature est donc expression. Elle est expression de
l’homme qui écrit, et partant expression de tous les hommes qui se reconnaissent en lui. Le domaine
de l’homme étant vaste et particulier, la littérature comprend aussi bien les formes de la vie idéologique
et sociale que les formes individuelles de la sensibilité. C’est convenir que toute littérature est licite du
moment qu’elle s’établit comme moyen privilégié de communication.
La littérature est création. Production de l’activité de certains hommes, elle vise, par le canal de
l’écrit, à commander, influencer, modifier les hommes. En effet, par de plus subtils chemins elle se
transforme en pensée, en sentiment, en motifs nouveaux de comportements. Elle est en fait vie qui
s’incorpore à la vie elle-même.
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La littérature est art, c’est-à-dire forme d’expression liée à une technique. Cette technique peut
revêtir toutes les apparences, procéder de tous les attendus ; elle peut même être invisible ; il
n’empêche que son absence est l’absence même de la littérature.
Conclusion
La littérature est un atout pour la société. Elle permet au monde, donc à la société de prendre conscience de ses
aspirations, de revivre le passé tout en maintenant les traditions, de chercher à agir sur le futur en avertissant la
société des nombreux dangers, des déviations qui la guettent. C’est en fait de la société qu’elle tire l’essentiel de
sa matière, pour enseigner cette même société, même si trop de littérature coupe l’homme de sa réalité
quotidienne.
Est utile ce dont l’usage peur être avantageux ou satisfait un besoin surtout matériel. Cette
acception du terme « utile » parait incompatible avec la littérature ne ce qu’elle est une œuvre de
l’esprit. En effet, la question sur l’utilité de la littérature a été posée au XIXe siècle en France opposant
les Parnassiens et les Romantiques. Les premiers estiment que la littérature ne doit avoir d’autres
missions que elle-même alors que les seconds y voient une œuvre de progrès. Sur ce, la littérature est-
elle utile ?
II - La littérature est inutile
A première vue, la littérature ne présente aucune utilité, car elle n’opère aucune transformation
du monde et le mode de vie des hommes. Elle paraît désarmée face aux fléaux et catastrophes
contrairement à d’autres domaines comme la science qui apporte quelques soulagements. Ceci est
perceptible en recherche médicale, les grandes transformations technologiques. Cette impuissance de la
littérature à transformer le monde a fait dire à Jean Paul SARTRE à la fin de son roman, les Mots :
« longtemps j’ai pris ma plume pour une épée : à présent je connais notre impuissance. » En d’autres
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termes, la littérature apparait impuissante face à certains fléaux et certains qui assaillent le monde et
ses habitants. Elle est donc inutile.
De même, si l’on considère sa fonction principale, celle de se focaliser sur la forme du discours,
c’est-à-dire la quête de la littérarité d‘un texte, la littérature n’a pas d’utilité. sinon à quoi servirait la
beauté des mots, la recherche de l’expressivité dans un monde en souffrance qui a besoin d’améliorer
ses conditions de vie et d’existence ? « La poésie(…) n’a pas d’autre but qu’elle-même. (…) . La poésie ne
peut pas, sous peine de mort ou de défaillance, s’assimiler à la science ou à la morale ; elle n’a pas la
Vérité pour objet, elle n’a qu’Elle-même» écrivait Charles Baudelaire, dans Notes sur Edgar Allan POE, et
du coup avalise la thèse parnassienne de l’art.
Toutefois si l’on assiste à une profusion de publications d’œuvres et d’ouvrages littéraires,
certainement parce que la littérature apporte quelque chose à l’homme et à l’humanité.
II – L’apport de la littérature pour l’homme et la société
Les Romantiques dont le chef de fil fut Théophile GAUTIER soutiennent que la littérature doit-
être au service du progrès, c’est-à qu’elle doit placer l’homme au centre de ses préoccupations en
exprimant ses joies et ses souffrances. Dans ce sens, elle est expression du vécu humain et non une
réflexion sur elle-même. Raymond RUYER ne dit pas autre chose lorsqu’il déclare : « L’art est avant tout
expression : il ne peut être vraiment l’art pour l’art, il s’engage. Et l’engagement politique n’est qu’un cas
particulier. L’art sans contenu humain, religieux, philosophique est futile et creux. » La littérature est
donc indispensable, et donc utile si l’on considère qu’elle s’intéresse au problème de l’homme et lui
apporte quelque soulagement psychologique. D’où cette déclaration de jean Paul SARTRE, qui pourtant
avait d’abord reconnu l’inutilité de la littérature mais ajoute : « M’importe : je fais, je ferai des livres ; il
en faut, cela sert tout de même » ainsi, les livres, partant la littérature ont quelque utilité. Aussi
pouvons-nous souligner l’apport des auteurs de la Négritude en matière d’engagement lors de la
revendication des libertés des peuples opprimés et des indépendances des Etats sous la domination
coloniale.
Au sens scientifique du terme « utile », la littérature n’est pas utile car elle ne transforme pas le
monde et les conditions de vie des humains. Mais son influence sur le comportement de ceux-ci est d’un
apport considérable.
(Seconde mouture)
Est utile ce dont l’usage peur être avantageux ou satisfait un besoin surtout matériel. Cette
acception du terme « utile » parait incompatible avec la littérature de ce qu’elle est une œuvre de
l’esprit. En effet, la question sur l’utilité de la littérature a été posée au XIXe siècle en France opposant
les Parnassiens et les Romantiques. Les premiers estiment que la littérature ne doit avoir d’autres
missions qu’elle-même alors que les seconds y voient une œuvre de progrès. Sur ce, la littérature est-
elle utile ?
I – L’apport de la littérature pour l’homme et la société
La littérature, comme toutes les activités humaines, a une certaine utilité. Elle influence de prêt
ou de loin les comportements des individus. Cette utilité se donne à lire à travers ses multiples fonctions
(connaissance, didactique, divertissement et évasion, interrogation, engagement). Dans le même sens,
Raymond RUYER écrit que l’artétait avant tout expression : il ne pouvait être vraiment l’art pour l’art, il
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s’engageait. Et l’engagement politique n’était qu’un cas particulier. L’art sans contenu humain, religieux,
philosophique était futile et creux. L’homme demeure ainsi au cœur de la création littéraire.
Au sens propre du terme « utile », est utile ce dont l’usage peur être avantageux ou satisfait un
besoin surtout matériel, peut – on conclure que la littérature est utile ?
II – L’utilité de la littérature contestée
La littérature est perçue par beaucoup d’entre nous comme une activité inutile car elle ne
transforme pas le monde et les conditions de vie des humains. Elle paraît désarmée face aux fléaux et
catastrophes contrairement à d’autres domaines comme la science qui apporte quelques soulagements.
Ceci est perceptible en recherche médicale et les grandes transformations technologiques qui
améliorent sans cesse les conditions de vie et de travail des individus. Cette impuissance de la littérature
à transformer le monde a fait dire à Jean Paul SARTRE à la fin de son roman, les Mots : « longtemps j’ai
pris ma plume pour une épée : à présent je connais notre impuissance. » La littérature est quasiment
inutile sur plusieurs paliers de l’existence humaine.. Dans la même veine que SARTRE, Charles
BAUDELAIRE fait porter un coup fatal à la littérature lorsqu’il asserte que la poésie ne pouvait s’assimiler
à la science ou à la morale, que la poésie ne pouvait pas, sous peine de mort ou de défaillance,
s’assimiler à la science ou à la morale ; elle n’a pas la Vérité pour objet, elle n’a qu’Elle-même. En
d’autres termes, la mission première de la littérature est de réfléchir sur ses fondements que sont la
création d’œuvres et le discours.
Au regard des missions propres à cette discipline, notamment ses fonctions, on est en droit de
soutenir que la littérature est utile. Mais son influence sur le comportement des lecteurs reste
marginale. Elle ne transformation pas leur être et n’améliore pas les conditions d’existence.
La littérature
Introduction
Le cours de français au secondaire est reparti en plusieurs rubriques parmi lesquelles la littérature. Ce
terme, ‘’littérature,’’ revêt diverses acceptions tant il renvoie dans une certaine mesure à diverses disciplines des
sciences humaines. Cette notion est donc générique, voire protéiforme. Pour ce qui est du cours de français au
lycée, que peut-on entendre par littérature ? Quel est son rôle pour l’homme et la société ?
I - Essai de définition
S’en tenant simplement à son origine latine Litteratura qui veut dire « écriture », la littérature peut-être
définie sur trois directions complémentaires.
Elle est expression, expression de l’homme qui écrit, et partant expression de tous les hommes qui se
reconnaissent en lui.
Elle est ensuite création de mondes nouveaux où la vie parait merveilleuse, souvent plus vrais que nature.
Elle vise, par le canal de l’écrit, à commander, à influencer, à modifier les hommes. En effet, par de plus subtils
chemins, elle se transforme en pensée, en sentiment et en motifs nouveaux de comportements.
Elle est, enfin, art, c’est-à-dire forme d’expression liée à une technique. Cette technique peut revêtir
toutes les apparences, procéder de tous les attendus car la littérature se veut une activité démocratique. Elle est
aussi un art de l’écriture car elle vise un souci d’esthétique, un art d’écriture qui se distingue fondamentalement
de l’ensemble de la production écrite à savoir les journaux, les revues, les magazines, etc.
II - Utilité de la littérature
La littérature, comme toutes les activités humaines, a une certaine utilité. Elle influence de prêt ou de loin les
comportements des individus. Cette utilité se donne à lire à travers ses multiples fonctions (connaissance,
pédagogique, divertissement et évasion, interrogation, engagement…) Dans ce sens, Raymond RUYER écrit que
l’artétait avant tout expression : il ne pouvait être vraiment « l’art pour l’art », il s’engageait. Et l’engagement
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politique n’était qu’un cas particulier. L’art sans contenu humain, religieux, philosophique était futile et
creux. L’homme demeure ainsi au cœur de la création littéraire.
Au sens propre du terme « utile », est utile ce dont l’usage peut être avantageux ou satisfait un besoin surtout
matériel. A cet effet, ne peut – on pas voir en la littérature une certaine inutilité ?
Conclusion
Au regard des missions propres à cette discipline, notamment ses fonctions, on est en droit de soutenir
que la littérature est utile. Mais son influence sur le comportement des lecteurs reste marginale. Elle ne la
transformation pas de la vie et n’améliore pas les conditions d’existence.
I – La fonction de divertissement.
La littérature aide le lecteur à se fondre dans l’histoire qu’il parcourt, s’identifie parfois à la situation des
personnages qui accomplissent des actions extraordinaires au point de l’accrocher. Ce plaisir qu’il éprouve lors de
la lecture le divertit et l’emmène à oublier ses soucis, ses malheurs pour un temps. En ce sens, Roland Barthes
parle du plaisir de la lecture, c’est-à dire que l’effet de l’histoire du livre que nous parcourons nous éloigne de nos
problèmes quotidiens, fût-il pour un temps, mais également la manière dont le livre est écrit émerveille et
procure de la satisfaction.
II – La fonction d’évasion
S’évader s’est se déporter dans un monde autre que celui dans lequel nous vivons. L’œuvre littéraire étant une
fiction, avec toutes les inventions faites par l’écrivain, entraine le lecteur dans le merveilleux, le paradisiaque, le
sublime. D’ailleurs le monde fictionnel n’est-il pas parfait par rapport au monde réel ? L’Eldorado, ce lieu
paradisiaque où la vie est merveilleuse et prospère que nous propose Voltaire dans Candide, n’a pas d’exemple
dans le monde réel englué dans des crises économiques et sociales, dans la misère.
IV – La fonction didactique
La littérature est une initiation du livre au monde tant pour le développement de l’esprit que pour celui
de la personnalité. Dans Les Mots, Jean Paul SARTRE traduit sa prise de contact au monde ainsi : « Je n’ai jamais
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gratté la terre, ni quêté les nids ; je n’ai herborisé ni lancé des pierres aux oiseaux. Mais mes livres ont été mes
oiseaux et mes nids, mes bêtes domestiques, mon étable et ma compagne. » Cette initiation au monde s’exerce à
travers plusieurs domaines, entre autres, la culture et la morale.
La culture, « c’est l’ensemble des formes acquises de comportement qu’un groupe d’individus, uni par
une tradition commune, transmet à leurs enfants. Alors que la morale désigne non seulement les règles de
conduites et d’éthiques admises dans une société, notamment, l’obéissance aux lois et coutumes de son pays,
être le plus ferme et le plus résolu dans ses actions, le respect d’autrui et de sa vérité, mais aussi le travail
consistant à bien penser pour le dire avec René DECARTES.
V – La fonction d’interrogation
La littérature est davantage un moyen d’interroger le monde, son épaisseur et ses mystères plutôt qu’un
traité didactique. Cette interrogation a deux orientations :
- Elle porte sur l’œuvre elle-même en ce sens que le lecteur, par sa lecture, pense et réfléchit en vue de
dégager les significations parfois insoupçonnées par l’auteur. La lecture donne donc à penser au lecteur. Il
n’existe pas de chefs-d’œuvre sans ambigüité. De même, le livre peut déranger le lecteur dans ses habitudes de
penser. François BOTT, dans un article du journal Le Monde, en octobre 1983 écrit : « les bons ouvrages ne sont
pas nécessairement subversifs mais ils remuent l’esprit et éveillent les pensées. »
- Elle porte aussi sur le monde et l’humanité. Ecrire est ici une occasion de poser les problèmes de
l’humanité en vue de susciter les réactions de tous une fois conscients par exemple de l’absurdité de la vie, des
drames et des tragédies récurrentes. Répondant à un journaliste sur le rôle de l’écrivain, Eugène IONESCO affirme
qu’il posait des problèmes, c’était le seul message qu’il devait décemment délivrer.
Conclusion
Contrairement aux clichés véhiculés sur l’inutilité de la littérature, on est en droit d’affirmer que l’œuvre
littéraire est d’une utilité certaine aussi bien par la transmission des valeurs sociales et morales qu’aux savoirs et
connaissances qu’elle lègue à l’humanité.
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Le XXe siècle
(A préparer)
Texte 1
La littérature est expression. Expression de l’homme qui écrit, cela va sans dire et, au-delà, expression de tous les
hommes qui se reconnaissent en lui. Le domaine de l’homme est vaste et particulier. Il comprend aussi bien les
formes de la vie idéologique et sociale que les formes individuelles de la sensibilité. Celle-ci peut être
monstrueuse ou aberrante, il importe. Toute littérature est licite du moment qu’elle s’établit comme moyen
privilégié de communication, hors de toute censure morale, politique, ou même logique. Elle ne relève que de ses
propres critères.
La littérature est création. Production de l’activité de certains hommes elle vise, par l’intermédiaire de l’écrit, à
commander, influencer, modifier à son tour d’autres hommes. Activité désintéressée et tirant sa valeur de la
liberté même, elle répugne autant à se rétablir dans les musées et les académies qu’à fournir des mots d’ordre
pour l’action immédiate. C’est par de plus subtils chemins qu’elle se transforme en pensée, en sentiment, en
motifs nouveaux de comportements, qu’elle est vie s’incorporant à la vie.
La littérature est art. C’est-à-dire forme d’expression liée à une technique. Cette technique peut revêtir
toutes les apparences, procéder de tous les attendus ; elle peut même être invisible ; il n’empêche que son
absence est l’absence même de la littérature.
Si, fût-ce pour les meilleurs raisons du monde, l’une de ces conditions disparaît ou s’estompe, elle
emporte avec elle la littérature, dont il ne reste que les sous-produits. Si, au contraire, elle s’affirme, elle mène
par l’art à la vie, qui n’est pas seulement la vie durable des chefs-d’œuvre, mais également cet univers de
pensées, de sentiments, de sensations, de désirs, où chacun d’entre nous se meut, le plus souvent, aveuglement,
avant que la littérature qui, à ce prix, est à la fois conscience et maîtrise, lui en donne la clé.
Maurice NADEAU, Le roman Français depuis la guerre.
II - Avantages de la littérature
Texte 2
Enfant, adolescente, la lecture était non seulement mon divertissement favori, mais la clé qui m’ouvrait le monde.
Elle m’annonçait mon avenir : m’identifiant à des héroïnes de roman, je pressentais à travers elles mon destin.
Dans les moments ingrats de ma jeunesse elle m’a sauvée de la solitude. Plus tard, elle m’a servi à étendre mes
connaissances, à multiplier mes expériences, à mieux comprendre ma condition d’être humain et le sens de mon
travail d’écrivain. (…)
(…) La joie de lire : elle ne s’est pas émoussée. Je suis toujours émerveillée par la métamorphose des petits signes
noirs, en un mot qui me jette dans le monde, qui précipite le monde entre mes quatre murs. Le texte le plus
ingrat suffit à provoquer ce miracle. « J.F. 30 ans, sténodactylo exp. Ch. Travail trois jours par semaine. » je suis
des yeux cette petite annonce et la France peuple de machines à écrire et de jeunes chômeuses. Je sais : le
thaumaturge(1), c’est moi. Si devant les lignes imprimées je demeure inerte, elles se taisent ; pour qu’elles
s’animent, il faut que je leur donne un sens et que la liberté leur prête sa propre temporalité, retenant le passé et
dépassant vers l’avenir. Mais comme au cours de cette opération je m’escamote, elle me semble magique. Par
moments, j’ai conscience que je collabore avec l’auteur pour faire exister la page que je déchiffre : il me plaît de
contribuer à créer l’objet dont j’ai la jouissance. Celle-ci se refuse à l’écrivain : même quand il se relit, la phrase
née de sa plume se dérobe à lui. Le lecteur est plus favorisé : il est actif et cependant le livre le comble de ses
richesses imprévues. (…)
Simone de BEAUVOIR, Tout compte fait, 1972
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Thaumaturge : qui fait des miracles.
Texte 3
Pourquoi écrivez-vous ? demande-t-on souvent à l’écrivain. « Vous devriez le savoir ? », pourrait répondre
l’écrivain à ceux qui posent la question. « Vous devriez le savoir puisque vous nous lisez, car si vous nous lisez et si
vous continuez de nous lire, c’est que vous avez trouvé dans nos écrits de quoi lire, quelque chose comme une
nourriture, quelque chose qui répond à votre besoin. Pourquoi donc avez-vous ce besoin et quelle sorte de
nourriture sommes-nous ? Si je suis écrivain, pourquoi êtes-vous mon lecteur ? C’est en vous-même que vous
trouvez la réponse à la question que vous me posez. « Le lecteur ou le spectateur répondra, schématiquement,
qu’il lit, qu’il va au spectacle, pour s’instruire ou pour se divertir : cela veut dire savoir ce qu’est celui qui écrit et
ce qu’il écrit ; ou bien le plus modeste dira que c’est pour trouver des réponses à des questions auxquelles lui-
même ne peut répondre. Celui qui veut se divertir, c’est-à dire oublier ses soucis du jour, se réjouir de la beauté
de ce qu’il lit ou regarde, vous reprochera de l’ennuyer s’il considère que vous avez l’air de vouloir l’instruire ou
de lui faire la leçon. Celui qui veut s’instruire pourra, s’il considère que vous avez l’air de vouloir l’amuser peut-
être à ses dépens et le distraire, vous reprocher de ne pas donner de réponse à tous les problèmes que lui-même
ne peut pas résoudre. Dès que quelqu’un a écrit un sonnet, un vaudeville, une chanson, un roman, une tragédie,
les journalistes se précipitent sur lui pour savoir ce que l’auteur de la chanson ou de la tragédie pense du
socialisme, du capitalisme, du bien, du mal, des mathématiques, de l’astronautique, de la théorie des quantas, de
l’amour, du football, de la cuisine, du chef de l’Etat. « Quelle est votre conception de la vie et de la mort ? » me
demandait un journaliste sud-américain lorsque je descendais la passerelle du bateau avec mes valises à la main.
Je posai mes valises, essuyai la sueur de mon front et le priai de m’accorder vingt ans pour réfléchir à la question,
sans toutefois pouvoir l’assurer qu’il aura la réponse. « C’est bien ce que je me demande, lui dis-je, et j’écris pour
me le demander. »
Eugène IONESCO, Notes et contre-notes, L’auteur et ses problèmes
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science ou à la morale ; elle n’a pas la Vérité pour objet, elle n’a qu’Elle-même. Les modes de démonstration de
vérité sont autres et sont ailleurs.
Charles BAUDELAIRE, Notes sur Edgar Allan Poe, IV.
IV - Synthèse
Texte 6
Il est des âmes livresques pour qui l’univers n’est qu’encre et que papier. Celui dont une telle âme anime le corps
passe sa vie devant une table de travail, sans soucis des réalités dont il étudie obstinément la représentation
graphique. Il ne sait de la beauté des femmes que ce qui en est écrit. Il ne connaît des travaux, des souffrances et
des espérances des hommes que ce qui peut en être cousu sur nerfs et relié en maroquin. Il est monstrueux et
innocent. Il n’a jamais mis le nez à la fenêtre. Tel était le bonhomme Peignot, qui recueillait les opinions des
autres pour en faire des livres. Rien ne l’avait jamais troublé. Il concevait les passions comme des sujets de
monographies curieuses et savait que les nations périssent en un certain nombre de pages in-octavo. Jusqu’au
jour de sa mort, il travailla d’une ardeur égale, sans jamais rien comprendre. C’est pourquoi le travail ne lui fut
point amer. Il faut l’envier, si l’on ne peut qu’à ce prix trouver la paix du cœur. Les bibliothèques abritent
aujourd’hui encore de tels sages. Ils y viennent accomplir le travail de patience qui remplit leur vie et qui comble
leur âme ; ils ne manquent pas une séance, même dans les jours de troubles et de révolution.
Ils sont heureux. N’en parlons plus. Mais j’en connais plusieurs, d’un esprit fort différent. Ceux-ci cherchent dans
les livres toutes sortes de beaux secrets sur les hommes et les choses. Ils cherchent toujours et leur esprit ne
demeure jamais en repos. Si les livres apportent la paix aux pacifiques, ils troublent les âmes inquiètes. Je sais,
pour ma part, beaucoup d’âmes inquiètes. Elles ont tort de se plonger dans trop de lecture. Voyez, par exemple,
ce qui advint à Don Quichotte pour avoir dévoré les quatre volumes d’Amadis de Gaule et une dizaine d’autres
beaux romans. Ayant lu des récits enchanteurs, il crut aux enchantements. Il crut que la vie était aussi belle que
les contes, et il fit mille folies qu’il n’aurait point faites, s’il n’avait pas eu l’esprit de lire.
Anatole France, Vie littéraire
Texte 8
C’est un fait que de notre vivant, si je puis dire, les choses ont déjà changé autour de nous - nous ne voyons plus,
nous n’entendons plus tout à fait de la même façon qu’il y a trente ans, nous ne lisons plus de la même façon
qu’autrefois. L’information instantanée et le bombardement continu des images auquel nous sommes soumis ont
modifié quelque peu notre perception du monde. Au 15e siècle, l’ordinateur vivant qu’est le cerveau humain
recevait des programmes relativement simples, couvrant un espace mental et un espace géographique limités.
Ces deux espaces se sont considérablement élargis, le premier recouvre toute l’étendue de connaissances, le
second l’étendue de l’univers. On nous montre ce qui se passe à la surface de la lune lorsqu’on y marche… Par les
moyens de vulgarisation que sont les médias, nous avons des lumières petites sur les sciences. Nous ne
comprenons pas bien ce que sont la relativité, les quanta, l’antimatière, mais radio et télévision font tenir, par des
spécialistes, des propos où ces mystères sont évoqués, sinon élucidés. Notre prise de conscience ne s’opère plus
exclusivement par la lecture, mais de plus en plus par l’image. Ainsi, comme l’affirme Mac Luhan(1) : « sommes-
nous en train d’émigrer : nous quittons la Galaxie Gutenberg, la civilisation de l’écriture, pour entrer dans une
autre civilisation ; cette fin du 20è siècle est le temps où s’opère la migration, le passage. »
Jean Louis CURTIS, Question à la littérature, 1973
Mac Luhan ; sociologue canadien contemporain qui, dans un essai intitulé La galaxie Gutenberg, tente
d’expliquer que le monde moderne, à l’ère de l’électronique, se caractérise par ce paradoxe : enrichissement du
savoir et appauvrissement de l’expérience vécue.
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DEUXIEME PATIE
PRATIQUE RAISONNEE DE LA LANGUE
Dans tout texte, quel que soit son type, les idées entretiennent entre elles des relations qui sont exprimées par
les liens logiques communément appelés mots de liaisons. Ces sont des connecteurs logiques et les connecteurs
temporels.
Conclusion : Entre deux phrases, ils indiquent de manière explicite la signification de la progression thématique :
temporelle ou logique.
En l’absence d’un connecteur ou d’un complément circonstanciel, la signification de la progression reste implicite.
La signification de la progression peut être donnée de manière explicite par un groupe nominal ou par une
proposition subordonnée complément circonstanciel exprimant les mêmes nuances.
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Les genres littéraires
Les genres littéraires sont des catégories d’œuvres littéraires classées à partir des propriétés précises. Cette
répartition date depuis ARISTOTE qui en avait définis les bases. Certes certains genres n’existaient pas à son
époque, mais la majorité avaient été pensée par lui. Pour notre cours, nous nous intéresserons aux plus
populaires qui sont étudiés dans les lycées et collèges du Gabon, notamment le roman, la poésie et le théâtre.
Chapitre II : Le roman
Introduction
A l’origine, le terme « roman » désigne la langue vulgaire parlé au Moyen Age en opposition au latin, langue des
doctes. La spécialisation littéraire du terme en genre au XII e siècle vient de l’expression « mise en roman » qui
désigne d’abord la traduction des récits antiques, puis l’écriture de textes d’ordre narratif et fictif. De là, le terme
« roman » recouvre aujourd’hui tout récit assez long en prose racontant une histoire imaginaire.
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- Des pauses : lorsque le narrateur décrit quelque chose ou commente une action : on pause narrative, car
l’action est arrêtée.
- Des ellipses lorsque certains faits ou périodes sont mis sous silence ou sautés.
- Les anachronismes : lorsque le récit anticipe sur un événement, on parle de prolepse alors lorsqu’il
revient sur une action antérieure, rappelle des faits passés, on dit qu’il y a analepse.
IV – Les fonctions du roman
Conclusion
Le roman est une œuvre d’imagination en prose, assez longue, qui présente et fait vivre dans un milieu des
personnages donnés comme réels, nous fait connaitre leur psychologie, leur destin, leurs aventures. Cependant,
cet effet de réel doit susciter chez lecteur la question de savoir comment une œuvre de fiction peut-elle donner
accès à la vraie vie ? A l’inverse, cette prétention ne serait-elle qu’une imposture ? Car selon l’expression
d’Aragon, le roman est un « mentir-vrai » puisqu’il falsifie la vie, il choisit dans le réel et le récrée. Maupassant
dans la préface de Pierre et Jean écrit : « Faire vrai consiste donc à donner l’illusion complète du vrai, suivant la
logique ordinaire des faits ».
2-2- La forme fixe : le renouveau poétique intervenu au XIXe siècle manifeste une certaine liberté dans la création
poétique et introduit une nouvelle forme de textes poétiques. On crée des poèmes où des mètres différents
alternent, où le système de rimes n’est plus toujours respecté, où la notion de strophe disparaît.
2-3- Le poème en prose : la structure en vers a disparu, mais les jeux de symétrie, de sonorité, de rythme, et
l’écriture assurent la dimension poétique du poème.
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En plus des critères habituels du texte en prose, l’étude d’un texte poétique nécessite la connaissance de
certaines règles ou certains procédés d’écriture dont il conviendra de dégager l’effet.
- La métrique : elle permet de compter le nombre des syllabes d’un vers et de déterminer sa mesure.
Exemple : l’alexandrin, l’octosyllabe…
- La règle du « e » muet (final) : à l’intérieur d’un vers, le « e » muet ne se prononce que s’il est suivi d’une
consonne. Il ne se prononce jamais en fin de vers.
- La diérèse et la synérèse : par convention poétique, il peut arriver que l’on compte soit une syllabe pour
deux sons, la synérèse (ex : attenti-on) ; soit deux syllabes pour un même son, la diérèse (ex : ouvrier).
IV - Le rythme
Dans un mot ou une phrase, certaines syllabes sont prononcées fortement : elles sont accentuées ou portent
l’accent tonique.L’accent tonique porte sur la dernière syllabe du mot ou groupe syntaxique, sauf si celui-ci
contient un « e » muet : l’accent remonte alors sur la syllabe précédente. On place les coupes immédiatement
après l’accent tonique, puis on compte les syllabes entre chaque coupe. La coupe principale s’appelle
cé[Link]ès avoir placé la césure, chaque partie du vers est appelée hémistiche.
Le rythme est marqué en général par des signes de ponctuation comme la virgule, le point-virgule, le point
d’interrogation ou le point fort. Mais une phrase peut continuer sur le vers suivant et là on parle d’enjambement.
Ainsi on a deux cas :
- Le rejet : quels mots débordent sur le vers suivant.
Exemple : Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit. (Arthur RIMBAUD, « Le dormeur du val »)
- Le contre-rejet : la phrase débute à la fin du vers et se développe dans le vers suivant.
Exemple : Les pieds dans les glaïeuls,[Link] comme
Comme sourirait un enfant malade, il faitun somme. (Arthur RIMBAUD, « Le dormeur du val »)
V- La rime
C’est le retour, à la fin de deux ou plusieurs vers, d’un même son vocalique. La rime se définit par :
- Sa nature : elle est féminine si le mot se termine par un « e » muet ; masculine si la dernière syllabe ne
contient pas de « e » muet ;
- Sa disposition : on distingue des rimes plates (AABB), des rimes croisées (ABAB) et des rimes embrassées
(ABBA) ;
- Sa qualité : une rime est dite « pauvre » si elle ne contient qu’un son vocalique (« matin » – « chagrin ») ;
suffisante s’il y a deux sons vocaliques (« pleut » – « bleu ») ; riche s’il y a trois communs (« narine » –
« poitrine »).
Charles BAUDELAIRE, « Un hémisphère dans une chevelure », Petits poèmes en prose, 1869.
En vers libres :
Ceux qui n’ont inventé ni la poudre ni la boussole
Ceux qui n’ont jamais su dompter la vapeur ni l’électricité
Ceux qui n’ont exploré ni les mers ni le ciel
Mais ils savent en ces moindres recoins le pays de souffrance
Ceux qui n’ont connu de voyages que de déracinements
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Ceux qui se sont assoupis aux agenouillements
Ceux qu’on domestiqua et christianisa
Ceux qu’on inocula d’abâtardissement
Tam-tam de mains vides
Tam-tam inanes1 de plaies sonores
Tam-tam burlesques de trahison tabide2
Texte versifié :
A un masque gabonais
O masque Bakota, tes profondes orbites
Regardent le présent, masque au teint effacé,
Qui a su résisté au temps comme aux termites,
Impassible témoin d’une ère dépassée.
Chapitre IV : Le théâtre
Introduction
Dans sons étymologique grec « theatron », le théâtre est le lieu où le public regarde une action présentée en un
autre lieu. La lecture d’un texte le prive de sa dimension physique (corps, geste, voix…). Au Xe siècle en France, le
théâtre est d’origine chrétienne ; il prolonge le culte par des représentations des drames liturgiques à l’intérieur
des églises. Au XVIIe siècle, il désigne la scène proprement dite, puis l’art. Mais une représentation scénique se
fonde sur des messages précis que le dramaturge voudrait faire passer en même temps que ce genre a des règles
et un lexique le différenciant des autres genres littéraires.
Conclusion
Le théâtre n’existe que s’il y a représentation d’une action, d’un événement sur scène joué par des acteurs. Ses
finalités sont à comprendre dans ses différentes fonctions. Toutefois, la distinction de tous ces genres théâtraux a
été remise en cause au XIXe siècle avec la naissance du drame romantique.
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Exemple de texte théâtral
« J’aime pas le camembert ! »
Charlotte, la fille de Mbarga, est en visite chez Colette, épouse d’un riche conseiller technique. Colette et son mari
possèdent une grande villa, une voiture, des domestiques… et ils ont copié les habitudes des Blancs riches.
Jean-Pierre (il a dix ans et parle étonnamment comme un petit Parisien) : J’ai pas faim !
Onambelé : c’est parce qu’il refuse de manger son camembert, Madame !
Colette : C’est vrai que tu refuses de manger ton camembert, chéri ?
Jean-Pierre : J’aime pas le camembert !
Colette : La question n’est pas là ! Il ne s’agit pas d’aimer le camembert ; il s’agit de le manger comme un
bon garçon ! (L’entraînant de force vers la table) Viens !
Jean-Pierre (qui commence à pleurer) : J’aime pas le camembert !
Colette (tendre mais ferme, le faisant asseoir) : Il faut le manger, chéri ! Apprends à manger le camembert
pendant que tu es encore jeune ! C’est comme cela qu’on acquiert du goût !..... Onambelé !
Onambelé (se précipitant) : Madame ?
Colette : Apporte-nous un couvert ! Apporte aussi la bouteille de Chateauneuf-du-Pape que nous avons
entamée !
(Onambelé obéit)
Jean-Pierre (pleurant toujours) : J’veux pas manger de camembert !
Colette (toujours tendre et ferme) : Il faut vouloir le manger, chéri ! C’est la culture !
Jean-Pierre (têtu) : J’veux pas manger de culture !
Colette (Tous les grands éclatent de rire. Puis Colette dit, pensive ) : Dis donc, Charlotte ! Pourquoi est-ce qu’il n’a
pas de goût, cet enfant ? Dieu sait pourtant que je fais de mon mieux pour lui apprendre à vivre ! Le chauffeur va
le déposer à l’école urbaine chaque matin pour éviter que les autres enfants ne lui parlent en langue vernaculaire.
J’ai déjà renvoyé trois ou quatre maîtres d’hôtel parce qu’ils lui servaient des mangues, des ananas et d’autres
fruits du pays au lieu de ne lui donner que des produits importés d’Europe, ou à la rigueur, des fruits africains mis
en conserve en Europe et réimportés. Je ne l’autorise presque jamais à aller rendre visite à la famille de son père,
parce que les gens de la brousse ne boivent que de l’eau non filtrée. D’ailleurs, j’ai horreur des moustiques. Enfin,
je fais tout ce qu’une Africaine moderne devrait faire pour éduquer son enfant, et il refuse de manger du
camembert ! (Un autre soupir.) Ecoute, mon chéri ! Tu vas manger ton camembert !
Jean-Pierre (crie) : Mais puisque je dis que j’aime pas le camembert.
Colette (doucement) : Je te répète qu’on ne te demande pas de l’aimer ! On te demande de le
manger !...Comme ceci, regarde ! (Elle prend un peu de camembert et de pain, et commence à manger.) Tu vois ?
Je le mange ! Je le… (Elle s’étrangle un peu, et dit : zut !... Donne-moi un verre de vin, Onambelé (Onambelé se
hâte d’obéir, Colette boit le vin et dit, après avoir un peu toussé.) Tu as vu ? (Une autre gorgée de vin, et elle
ajoute.) Tu crois que j’aime le camembert, moi ?
Jean-Pierre (ingénument) : pourquoi tu le manges alors ?
Guillaume OYONO MBIA, « Notre Fille ne se mariera pas », Editions Clé International.
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Chapitre V : La typologie des textes(disponible sur polycopiés)
Du latin textus signifiant « tissu », un texte est un ensemble d’énoncés qui s’enchaînent de manière ordonnée et
significative. On distingue de nombreux types de textes correspondant à des fonctions diverses du langage
(informer, convaincre, exprimer des opinions, des sentiments…). Nous n’en citerons que quelques-uns.
I – Le texte narratif
Le texte narratif raconte des faits, une histoire réelle ou imaginaire. On le rencontre le plus souvent dans les
romans, les contes, les nouvelles, les articles des journaux. Le texte narratif est organisé selon un modèle appelé
« schéma narratif »(situation initiale – force perturbatrice – action ou réaction – force équilibrante – situation
finale)
Caractéristiques :
- De nombreux repères chronologiques marqués par l’emploi de connecteurs de temps,
- Emploi de l’imparfait, du passé simple et du présent de narration
- Présence d’un narrateur dont la position varie selon le type de focalisation (interne, externe, omniscient.)
II – Le texte descriptif
Le texte descriptif peint les caractéristiques d’un personnage, d’un animal, d’un objet, situé dans un espace
donné. Il constitue souvent une sorte de décor. On le rencontre dans les mêmes ouvrages que le texte narratif
qu’il accompagne souvent. Dépeindre une ville, une maison ou faire le portrait d’une personne invite à produire
ce type de texte.
Caractéristiques :
- Présence de nombreux indices spatio-temporels,
- Prédominance de l’imparfait et du présent intemporel
III – Le texte argumentatif ou démonstratif
Il vise à exposer et à justifier une opinion à l’aide d’arguments. On le rencontre dans la littérature d’idée (essais,
critiques, éditoriaux, de journaux.) Vous êtes invités à produire ce type de texte lorsqu’on vous demande votre
point de vue sur un sujet comme l’Education, la violence, le sport, la télévision…
Caractéristiques :
- Utilisation d’un ton souvent catégorique
- Emploi de nombreux procédés de persuasion (figures de style, l’ironie, questions oratoires…
IV – Le texte oratoire et le texte polémique
Les textes oratoires et polémiques visent à convaincre un groupe de personnes, à les influencer, à les inciter à
l’action. On les rencontre dans les discours politique, les plaidoyers, les harangues militaires. Vous composez ce
type de texte si vous avez à prendre la parole devant vos condisciples, pour dénoncer une injustice par exemple.
Caractéristiques
- Utilisation d’un ton souvent catégorique
- Emploi de nombreux procédés de persuasion (figures de style, l’ironie, questions oratoires.
V – Le texte explicatif
Il analyse une question, un phénomène, un exemple pour qu’il soit compris par le lecteur. On le rencontre dans
les ouvrages de vulgarisation scientifiques, les dictionnaires, etc.
Caractéristiques
- Utilisation d’un présent intemporel,
- Fréquents passages de la théorie à l’exemple
- Emploi fréquent d’un vocabulaire spécialisé.
VI – Le texte informatif
Il transmet des données sans autre intention que celle d’informer le lecteur. On le rencontre dans tous les
supports d’information (manuels scolaires).
Caractéristiques
- Utilisation fréquente d’u vocabulaire spécialisé,
- Emploi du présent et du passé
VII – Le texte mixte : La distinction entre discours et récit n’est pas absolue. Il exixte de nombreux textes mixtes :
des récits s’intégrant à un discours, des récits à la 1 e personne du singulier, des récits au présent ; enfin des
discours venant animer des récits.
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VIII- Le texte injonctif : Il formule des consignes, des ordres, des conseils. Le but de l’auteur est de faire agir le
lecteur.
Caractéristiques
- Utilisation fréquente de l’impératif, de l’infinitif et parfois du futur simple de l’indicatif
- Emploi des 2e personnes du singulier et du pluriel si l’auteur s’implique.
Texte narratif :
Une fille nommée Nzebi
Et tandis que passaient les décennies, arriva ce que tous les devins avaient prédit. L’une des nombreuses sœurs
de Peghanzanga devint enceinte. La grossesse dura treize pénibles mois. Au cours de ceux-ci, la future mère ne se
nourrissait que d’aliments crus. « Cela va être terrible, pensait tout le temps Peghanzanga ; le moment est venu
de la tuer afin de sauver Koto de la décadence ». Cette nuit-là, armé de son couteau de chasse, il fit irruption dans
la case de sa sœur. Le spectacle qui s’offrait à ses yeux le remplit d’effroi : la parente gisait dans le sang, morte
mais encore chaude, le ventre déchiqueté ; un bébé de sexe féminin gesticulait près du corps. Nzembi-a-pungu,
qui régit tous les actes, en avait décidé autrement.
Le corps de la malheureuse venait à peine d’être mis en terre quand, dans la nuit, Peghanzanga reçut une étrange
visiteuse. Une créature éperdue venait de franchir la porte de sa case. Une femme, naine et bossue, tenant dans
les bras une grosse igname bien cuite.
-Prends cette igname, lui dit-elle, et en échange donne-moi le nouveau-né !
A cela, l’homme lui répondit :
-Qui es-tu et comment as-tu fait pour me trouver ?
-Je suis la mère de NgangaMoussoumbi et sa messagère. Mon fils demande ta nièce en mariage.
La femme naine et bossue n’apparaissait qu’aux personnes prestigieuses. La cause de cette renommée était dans
le fait qu’elle habitait avec son peuple un village parallèle à Koto, mystique et inaccessible aux simples humains.
C’est une pygmée qu’un grand sorcier avait connue en amour. Peghanzanga en avait entendu parler. Il avala une
salive, puis deux, puis trois. NgangaMoussoumbi, ce cousin éloigné, était un homme de haute taille, un vaillant.
Afin de garder intactes ses forces d’athlète, il allait tuer à mains nues des sangliers au pelage roux, dont se
nourrissaient les sages. Aucun péril ne pourrait jamais le faire reculer. Mais NgangaMoussoumbi était surtout le
plus averti des voyants du village. Rien ne lui échappait, ni ce qui était passé, ni même ce qui arriverait.
Peghanzanga le savait. Il s’adressa à la femme en ces termes :
-Va dire à ton fils que j’ai compris son message. Je garde le bébé dans ma maison jusqu’à ses premières
menstrues : ensuite, j’accepterai sa dot.
-je le lui dirai.
La naine-et-bossue parla et repartit comme elle était venue. Les jours passèrent, les mois, les années. Le bébé
qu’on avait baptisé Nzèbi était à présent devenu une fille superbe que les jeunes garçons de son âge regardaient
maintenant avec envie. Sur les recommandations de Peghanzanga, ses tantes prirent grand soin de son
éducation. Elles lui montrèrent comment nouer un pagne, porter un panier, planter et récolter. Elles lui
enseignèrent aussi la dance et le chant, pour lesquels Nzèbi montra plus de goût. A seize ans, elle avait atteint sa
pleine croissance. « Le moment est venu », se dit Peghanzanga.
Maurice OKOUMBA NKOGHE, NZEBI, Une épopée d’Afrique centrale, 2001.
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Texte mixte :
Le corps de la malheureuse venait à peine d’être mis en terre quand, dans la nuit, Peghanzanga reçut une étrange
visiteuse. Une créature éperdue venait de franchir la porte de sa case. Une femme, naine et bossue, tenant dans
les bras une grosse igname bien cuite.
-Prends cette igname, lui dit-elle, et en échange donne-moi le nouveau-né !
A cela, l’homme lui répondit :
-Qui es-tu et comment as-tu fait pour me trouver ?
-Je suis la mère de NgangaMoussoumbi et sa messagère. Mon fils demande ta nièce en mariage.
La femme naine et bossue n’apparaissait qu’aux personnes prestigieuses. La cause de cette renommée était dans
le fait qu’elle habitait avec son peuple un village parallèle à Koto, mystique et inaccessible aux simples humains.
C’est une pygmée qu’un grand sorcier avait connue en amour. Peghanzanga en avait entendu parler. Il avala une
salive, puis deux, puis trois. NgangaMoussoumbi, ce cousin éloigné, était un homme de haute taille, un vaillant.
Afin de garder intactes ses forces d’athlète, il allait tuer à mains nues des sangliers au pelage roux, dont se
nourrissaient les sages. Aucun péril ne pourrait jamais le faire reculer. Mais NgangaMoussoumbi était surtout le
plus averti des voyants du village. Rien ne lui échappait, ni ce qui était passé, ni même ce qui arriverait.
Peghanzanga le savait. Il s’adressa à la femme en ces termes :
-Va dire à ton fils que j’ai compris son message. Je garde le bébé dans ma maison jusqu’à ses premières
menstrues : ensuite, j’accepterai sa dot.
-je le lui dirai.
Maurice OKOUMBA NKOGHE, NZEBI, Une épopée d’Afrique centrale, 2001.
Texte argumentatif
La technique, loin d’avoir rétréci, comme on l’a prétendu, le monde de nos sensations, l’a bien souvent étendu.
Considérons, par exemple, les joies que nous devons à la vitesse : elles sont entre toutes exaltations ; elles nous
entraînent au-delà de nous-mêmes, dans un monde nouveau où nous ne sentons plus la terre sous nos pieds.
Pendant des siècles et des siècles, pour aller plus vite, l’homme n’a disposé que du cheval(…) mais depuis 1830,
grâce à la technique, le chemin de fer, puis l’automobile, enfin l’avion ont multiplié toutes les émotions de la
vitesse.
Louis ARMAND, Simple propos, Fayard.
Dialogue inséré dans le récit
Venant de la véranda, un bruit de calebasse dégringolant attira l’attention du solitaire. Maman Téné et Kany, qui
venaient de se lever, préparaient leurs ustensiles pour la cuisine du matin. Elles se dirigèrent vers le puits après
que Kany eût dit bonjour à son père.
-Tiens, il a plu cette nuit, dit maman Téné ramassant la corde du seau.
-Oui, répondit le père Benfa. Je me suis levé pour voir si les toits tenaient bon ; tout bien passé cette fois.
-Je crois que la petite case du milieu aura besoin d’être revue.
-Il n’y a pas que la case du milieu ; nous aurons du travail cette année.
Maman Téné plongea le seau dans le puits tandis que kany posait à côté d’elle une grande calebasse remplie de
mil.
Le père Benfa se mit à inspecter sa maison, case par case. Il cherchait à se rendre compte des réparations qu’il y
avait à faire, car il savait déjà le visage qu’il devait donner à l’ensemble, afin que le grand événement qui se
préparait eût un cadre éblouissant.
« Tous les murs ont besoin de kaolin, pensa-t-il. La margelle du puits doit être entièrement refaite. Je parlerai de
cela à Fadiga le muezzin. Pourvu qu’il ne me pose pas de question, il a la langue trop légère.
Seydou BADIAN,Sous l’orage, Présence africaine. Pp19-20
Certains ouvrages présentent le ton et la tonalité comme des synonymes pourtant la nuance est bien
nette.
I - Les tons d’un texte
Un ton est l’aspect que présente un texte. Cet aspect peut être appréciatif ou dépréciatif .Pour cela, on
distingue deux tons :
Le ton appréciatif : Un ton est dit appréciatif lorsque les éléments présentés dans un texte sont exposés
dans une caractérisation favorable. Il permet de mettre en relief desqualités de l’élément présentés et traduit
l’expression de l’admiration.
Le ton dépréciatif : En revanche, un ton est dépréciatif lorsqu’il présente un élément évoqué dans le texte
de façon défavorable. Il met en relief les aspects négatifs, notamment l’expression du dégoût, du rejet…
La tonalité épique : elle donne aux personnes et aux éléments présentés une dimension surhumaine, qui
les dépasse. Les grandes forces collectives et cosmiques s’y expriment, avec éventuellement l’intervention du
merveilleux.
Exemple :
62
La tonalité ironique : c’est la dénonciation au second degré de quelque chose d’inacceptable en usant du
rire. Le procédé le plus utilisé est l’antiphrase.
La tonalité absurde : c’est lorsque les propos déroutent par leur absence de logique et leur caractère
imprévisible. Il y a décalage entre une forme apparemment très sérieuse et un contenu insensé.
Exemple
Exercice : identifiez autant que possible toutes les figures de style que vous pouvez dans ce texte.
Texte 2 : « Connais donc Phèdre et toute sa fureur »
L’action se déroule dans la Grèce antique. La nouvelle de la mort de Thésée, roi d’Athènes, amène son
épouse, Phèdre, à avouer sa passion pour Hippolyte, son beau-fils, qu’elle aime depuis longtemps mais à qui elle a
toujours caché son amour, le dissimulant même sous des sentiments hostiles.
PHEDRE
Ah ! Cruel ! tu m’as trop entendue !
Je t’en ai dit assez pour te tirer d’erreur.
Eh bien ! connais donc Phèdre et toute sa fureur :
J’aime. Ne pense pas qu’au moment que1 je t’aime,
Innocente à mes yeux, je m’approuve moi-même,
Ni que du fol amour qui trouble ma raison,
Ma lâche complaisance ait nourri le poison ;
Objet infortuné des vengeances célestes,
Je m’abhorre2encor plus que tu ne me détestes,
Les dieux m’en sont témoins, ces dieux qui dans mon flanc
Ont allumé le feu fatal à tout mon sang ;
Ces dieux qui se sont fait une gloire cruelle
De séduire3 le cœur d’une faible mortelle.
Toi-même en ton esprit rappelle le passé :
C’est peu de t’avoir fui, cruel, je t’ai chassé ;
J’ai voulu te paraître odieuse, inhumaine ;
Pour mieux te résister, j’ai cherché ta haine.
De quoi m’ont profité mes inutiles soins ?
Tu me haïssais plus, je ne t’aimais pas moins ;
Tes malheurs te prêtaient encor de nouveaux charmes.
J’ai langui, j’ai séché dans les feux, dans les larmes :
Il suffit de tes yeux pour t’en persuader.
Si tes yeux un moment pouvaient me regarder.
Que dis-je ? Cet aveu que je te viens de faire.
Cet aveu si honteux, le crois-tu volontaire ?
Tremblante pour un fils que n’osais trahir,
Je te venais prier de ne le point haïr4 ;
Faibles projets d’un cœur trop plein de ce qu’il aime !
Hélas ! je ne t’ai pu parler que de toi-même !
Venge-toi, punis-moi d’un odieux amour :
Digne fils du héros qui t’a donné le jour,
Délivre l’univers d’un monstre qui t’irrite.
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La veuve de Thésée ose aimer Hippolyte !
Crois-moi, ce monstre affreux ne doit point t’échapper ;
Voilà mon cœur : c’est là que ta main doit frapper.
Impatient déjà d’expier son offense,
Au-devant de ton bras je le sens qui s’avance.
Frappe : ou si tu le5 crois indigne de tes coups,
Si ta haine m’envie6 un supplice si doux,
Ou si d’un sang trop vil ta main serait trempée,
Au défaut de ton bras prête-moi ton épée8,
Donne.
1-Que : où. 2- Je m’abhorre : je ma hais. 3- Séduire : égarer. 4-Si Thésée est mort, Phèdre doit défendre le droit de son fils à la couronne. 5-Le :
mon cœur. 6- M’envie : me refuse. 7- Phèdre s’empare de l’épée d’Hippolyte.
Biographie de l’auteur
Jean RACINE est un dramaturge français du XVIIe siècle. Né en 1639 dans une petite ville de province, il
est orphelin à trois et est recueilli par sa grand-mère. Devenue veuve, celle-ci l’emmène avec elle dans l’abbaye
de Port-Royal, où il est influencé par le courant religieux janséniste.
De ses discussions avec les maîtres du Port-Royal, RACINE retient surtout l’idée de la misère de l’homme
non touché par la grâce divine. Marqué par le pessimisme de la pensée janséniste, ses pièces de théâtres
montrent les personnages luttant sans espoir contre une passion qui les possède et les détruit.
Le système verbal est constitué de plusieurs éléments dont les modes et temps verbaux. Ceux-ci
participent à la transmission des messages.
I – Les modes et leurs valeurs
Les modes sont les diverses manières de concevoir et de présenter une action, un état ou une existence,
exprimée par le verbe. On en distingue six repartis en modes personnel et impersonnel.
1-1 Les modes personnels
Au nombre de quatre, ils se distinguent par leurs personnes grammaticales
L’indicatif : il présente une action comme réelle, certaine. Ex : cet élève travaille bien.
L’impératif : il présente l’action sous la forme d’un ordre, d’une exhortation, d’une prière.
Ex : « Travaillez, prenez de la peine. » La FONTAINE
Le subjonctif : il présente plusieurs aspects :
Expression d’un fait incertain, éventuel. Ex : Il se peut qu’il vienne ce soir.
Expression d’un ordre ou d’une défense. Ex : Qu’il parte vite ! Qu’il ne parte pas !
Expression d’une supposition. Ex : Qu’il vienne et je pars.
Expression du souhait. Ex : Qu’il pleuve !
Expression du but. Ex : Je t’accompagnerais afin que tu ne te perdes pas.
Expression de la conséquence. Ex : Il est trop malin pour qu’il ne sache pas résoudre l’énigme.
Expression de la concession. Ex : Quoiqu’il soit jeune, il a de l’expérience.
Le conditionnel : il présente l’action comme éventuelle ou comme dépendant d’une condition. Il admet
plusieurs aspects :
Expression d’une condition. Ex : s’il pleuvait, tu ne sortirais point.
Expression du futur dans le passé. Ex : Il disait qu’il partirait.
Expression de la rêverie. Ex ! On partirait et on ferait le tour du monde.
Expression de l’incertitude. Ex : Ils arriveraient dans l’après-midi.
1-2 Les modes impersonnels
Il existe deux modes impersonnels car ils n’admettent pas de personnes grammaticales.
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L’infinitif : forme nominale du verbe, il exprime :
Un ordre ou une défense. Ex : Fermer la porte. Ne pas prendre ce médicament.
Une narration. Ex : Et les coureurs de s’élancer.
Le participe : c’est la forme adjectivale du verbe et exprime l’action à la manière de l’adjectif. Il présente
deux valeurs :
Valeur adjectivale. Ex : un homme travaillant jour et nuit. Une faute avouée.
Valeur de complément circonstanciel. Ex : L’animal attrapé, il fut satisfait. (quand l’animal fut attrapé…)
Exercice d’application
Texte : Si j’étais animal, je ne voudrais pas être bête de maison ou de ferme, pas même la chèvre qu’on attache au
piquet, et qu’on rentre dans une étable pour la traire, ni une de ces poules dans la basse-cour, toutes mêlées aux
marché de l’homme. (…)
J’aimerais mieux être lièvre, ou renard, ou biche, ou rossignol, qui ne rencontrent l’homme jamais que le jour où il
les tue.
Et j’aurai été toute ma vie animal des plus domestiques, bête de somme, chien attaché, serein en cage. Ou
légume à faire la soupe. C’était la volonté de Dieu.
Marie NOEL, Notes intimes, Stock, 1978.
Questions : 1)- A quels modes sont les verbes « je ne voudrais pas » et « j’aimerais » ? Pourquoi ? 2) – A quel
mode est le verbe « j’aurai été » ? Pourquoi ? 3)- En fonction de l’utilisation de ces deux modes respectifs, dites
en quoi les deux premiers paragraphes du texte s’opposent au troisième.
Exercice :
Ce spectateur n’avait rien perdu de ce qui s’était passé depuis midi devant le portail de Notre-Dame. Et, dès les
premiers instants, sans que personne ne songeât à l’observer, il avait fortement attaché à l’une des colonnettes
de la galerie, une grosse corde à nœuds, dont le bout allait traîner en bas sur le perron. Cela fait, il s’était mis à
regarder tranquillement, et à siffler de temps en temps quand un merle passait devant lui. Tout à coup, au
moment où les valets du maître des œuvres se disposaient à exécuter l’ordre flegmatique de Charmolue, il
enjamba la balustrade de la galerie, saisit la corde des pieds, des genoux et des mains, puis on le vit couler sur la
façade, comme une goutte de pluie qui glisse le long d’une vitre, courir vers les deux bourreaux avec la vitesse
d’un chat tombé d’un toit, les terrasser sous deux points énormes, enlever l’Egyptienne d’une main, comme un
enfant sa poupée, et d’un seul élan rebondir jusque dans l’église, en élevant la jeune fille au-dessus de sa tête, et
en criant d’une voix formidable : « Asile ! »
Victor HUGO, Notre-Dame de Paris, [Link] la
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Questions
1- A quel temps sont la majorité des verbes au début du texte ?
2- A partir de l’expression « Tout à coup », à quel temps sont la plus part ces verbes ?
3- Comment expliquez-vous ce glissement dans l’utilisation des temps ?
4- A quel temps est le verbe « se disposer » ? Pourquoi ?
5- Réécrivez la deuxième phrase, à partir cde « Sans que personne… », en mettant le verbe « attacher » au
présent et en effectuant les changements qui s’imposent sur le plan de la concordance des temps.
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