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Histoire et enseignement des sciences physiques

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N° 796 BULLETIN DE L'UNION DES PHYSICIENS 1433

L’histoire dans l’enseignement


des sciences physiques
par Maurice BERNARD
Professeur émérite de chimie
Université de Caen - 14000 Caen

RÉSUMÉ

L’introduction de considérations historiques dans l’enseignement des sciences


physiques semble discutable pour les débutants mais peut être utile pour des étudiants
ayant acquis un certain bagage scientifique.

L’intéressant article de Mme Nicole HULIN dans un récent numéro du BUP [1] ou-
vre à nouveau le dossier sur l’introduction de considérations historiques dans l’en-
seignement des sciences physiques.

Dossier en fait ancien puisque le grand Lavoisier lui-même avait pris position dès
1789, de façon d’ailleurs négative, dans son «Discours préliminaire du Traité élémen-
taire de chimie» [2].

...«Je prie le lecteur de considérer que, si l’on accumulait les citations dans un ou-
vrage élémentaire, si l’on s’y livrait à de longues discussions sur l’historique de la
science et sur les travaux de ceux qui l’ont professée, on perdrait de vue le véritable ob-
jet qu’on s’est proposé et l’on formerait un ouvrage d’une lecture tout à fait fastidieuse
pour les commençants. Ce n’est ni l'histoire de la science ni celle de l’esprit humain
qu’on doit faire dans un traité élémentaire ; on ne doit y chercher que la facilité, la clar-
té ; on en doit soigneusement écarter tout ce qui pourrait tendre à détourner l’attention...
Les sciences présentent déjà par elles-mêmes assez de difficultés, sans en appeler en-
core qui leur sont étrangères».

Opinion très nette, donc et sans concessions.

Et, de fait, ce qui frappe, c’est souvent la vivacité des prises de position dans ce do-
maine. Un cas extrême est celui de H. Bouasse cité par N. HULIN. Ce physicien de cul-
ture scientifique (classique) considérable, par ailleurs d’esprit redoutable, pourfend

Vol. 91 - Juillet/Août/Septembre 1997 M. BERNARD


1434 BULLETIN DE L'UNION DES PHYSICIENS

dans quelques-unes de ses célèbres préfaces les partisans de l’histoire avec des argu-
ments qui ne sont pas négligeables et que je résume ci-dessous.

L’Histoire, dit H. Bouasse, n’est pas indispensable pour l’acquisition des données
nécessaires à la compréhension de la physique. Elle risque même d’apporter de la con-
fusion dans un enseignement déductif conçu de façon à être aussi clair que possible. En-
fin, cette histoire est le plus souvent édulcorée, reconstituée ou limitée à quelques dé-
tails, faute de temps disponible.

Ce dernier argument est repris par E. Bauer dans son Histoire de l’électromagné-
tisme [3] :
«L’on se contente en général, dit Bauer, d’accoler des noms propres à des expériences,
des lois ou des théorèmes. Trop souvent aussi ceux qui semblent s’intéresser à l’his-
toire se copient les uns les autres, sans essayer de remonter aux sources. D’autres enfin
se laissent égarer par leur chauvinisme ou leur désir de découvrir de grands hommes
méconnus».

Mais E. Bauer ajoute immédiatement :


«Une histoire des idées même incomplète est la meilleure introduction à l’étude d’une
science à condition qu’elle s’en tienne aux grandes lignes, qu’elle ne s’attarde pas aux
questions de priorité généralement insolubles et sans intérêt et qu’elle se complète
comme chez Mach ou Duhem d’un peu de critique philosophique. Il ne faut pas par
ailleurs cacher systématiquement les insuccès ni les erreurs ; au contraire : quoi de
plus décourageant pour un jeune chercheur que de croire ses aînés infaillibles et que
lui seul se trompe ? Si l’on veut bien comprendre la valeur d’une découverte, il faut tâ-
cher de se mettre autant que possible dans l’esprit de ses contemporains. On verra ain-
si que les idées qui nous paraissent aujourd’hui presque évidentes ne sont pas écloses
spontanément mais qu’il a fallu travailler et combattre dans l’inconnu pour les conqué-
rir et les imposer».

Plaidoyer voisin sous la plume de Louis de Broglie partisan convaincu de l’utilité


de l’histoire dans un chapitre intitulé «Valeur de l’histoire des sciences» [4] :
«Comme (la méthode historique) montre bien par quels chemins souvent tortueux l’es-
prit des hommes doit s’avancer pour parvenir à la vérité ! Comme, en ressuscitant des
états de connaissance et des conceptions théoriques aujourd’hui dépassées, elle nous
fait sentir comment s’est formée notre science d’aujourd’hui et sur quel substratum elle
repose ! ...Comme tout individu chaque science porte en elle les traces ineffaçables
d’un long passé héréditaire. Et voilà une des raisons pour lesquelles l’histoire des
sciences, en étudiant ces hérédités nous donne une meilleure compréhension de la va-
leur et des limites de notre savoir. L’histoire des sciences nous révèle aussi l’étroite so-

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lidarité qui lie les générations successives... Par la superposition et la convergence de


leurs efforts, des générations de savants au prix d’erreurs, d’insuccès et de détours
sans nombre sont parvenues à construire l’immense édifice de la science humaine».

Arguments pertinents donc de part et d’autre, auxquels il faut ajouter le goût plus
ou moins prononcé que l’on a pour l’histoire. Mais le désaccord est peut-être moins
grand qu’il n’y paraît. En effet, l’essentiel en la matière me semble être le niveau où
pourraient intervenir ces considérations historiques, et ce point n’est pas toujours préci-
sé dans les plaidoyers pour ou contre. Lavoisier, dans la citation ci-dessus, signale ex-
plicitement qu’il envisage un enseignement élémentaire, alors que Bauer et de Broglie
semblent plutôt viser un public ayant déjà une certaine compétence en sciences physi-
ques. Or les arguments pour ou contre l’introduction de considérations historiques ne
pèsent pas, à mon avis, le même poids dans les deux cas.

S’il s’agit en effet d’un complément d’informations pour un étudiant (ou un ensei-
gnant) ayant déjà des connaissances substantielles en physico-chimie, si les arguments
de temps et de goût personnel n’y font pas obstacle, je crois à l’utilité de considérations
historiques sérieuses avec renvoi éventuel aux mémoires originaux souvent bien
écrits1. Pour ne citer brièvement qu’un exemple, E. Bauer, déjà cité, mentionne les tra-
vaux de J.-[Link] à l’origine de la théorie électromagnétique de la lumière. Ces tra-
vaux s’appuient, au début (1861-1862) sur un modèle intuitif de l’éther2, sorte d’écha-
faudage provisoire qui a ensuite totalement disparu. Actuellement la théorie électroma-
gnétique, condensée par les équations dites de Maxwell, est un édifice élégant mais dont
l’abstraction en masque la genèse très pragmatique. Cette genèse, assez typique par
ailleurs de la démarche scientifique de nombreux physiciens anglo-saxons, me semble
tout à la fois instructive... et rassurante.

En revanche, je pense qu’il convient d’être plus prudent dans le cas de débutants
tels que les élèves des collèges et des lycées . Un enseignement déductif me semble inévi-
table. En chimie par exemple il convient à mon avis d’introduire aussi rapidement que
possible des notions sur les atomes et leurs structures, sur les solutions et l’état solide
etc. sans justifications historiques. Les «lois de la chimie» (proportions définies, pro-
portions multiples...) bel exemple d’ailleurs d’histoire reconstituée, qui furent encore
enseignées il y a quelques dizaines d’années n’ont plus d’intérêt actuellement3

1. Ceci pouvant donner lieu à un enseignement officiel.


2. Conçu comme un ensemble de cellules fluides tourbillonnaires reliées les unes aux autres
par des «roulements à billes» constituant l’électricité ! (cf. E. Bauer, pp. 116-118).
3. A l’exception de la loi de Lavoisier-Einstein (conservation de la masse-énergie).

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Il serait peut-être possible, en revanche, d’introduire comme compléments dans


les manuels, quelques épisodes bien choisis d’histoire des sciences en s’inspirant par
exemple de ce qui avait été fait par R. Massain [5]. Les sujets choisis devraient être
compréhensibles donc assez simples et ils devraient néanmoins apporter un complé-
ment éclairant le sujet traité. Ces compléments historiques permettraient, en plus, de re-
lativiser l’état actuel de nos connaissances, les élèves ayant quelquefois trop tendance à
penser que pratiquement toute la science (et ses applications) a été construite au
XXe siècle.

BIBLIOGRAPHIE

[1] N. HULIN : «Histoire des sciences et enseignement scientifique», BUP n° 786,


juillet/août/septembre 1996, pp. 1201-1243.
[2] A.L. LAVOISIER dans l’Air et l’eau, Classiques de la science, Colin, 1923.
[3] E. BAUER : «L’Électromagnétisme hier et aujourd’hui», A. Michel, 1949.
[4] L. de BROGLIE : «Nouvelles perspectives en microphysique», A. Michel, 1956.
[5] R. MASSAIN : «Physique et physiciens - Chimie et chimistes», Magnard, 1949.

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