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Mais vous avez le bonheur de pouvoir

conduire ce transfert jusqu’ à Dieu…


freud, lettre au pasteur Pfister*.

“la psychanalyse n’est-elle pas un luxe ?”

A cette question qui me fut posée à la fin d’une


conférence, je pouvais répondre comme Freud
aurait sans doute répondu lui-même : Non, car
rien n’est plus coûteux que la maladie. Au
contraire, je me suis entendue dire : “Vous avez
raison, la psychanalyse est un luxe. Comme toute
la vie spirituelle.”
Est-ce parce que j’étais ce jour-là l’invitée d’une
aumônerie d’hôpital ? Ou tout simplement parce
qu’il est temps de parler autrement ? J’y étais en-
couragée par un livre dont le titre m’avait arrêtée :
La psychanalyse est-elle un exercice spirituel ** ?

* Voir plus loin la citation entière.


** Jean Allouch, La psychanalyse est-elle un exercice spiri-
tuel ? Réponse à Michel Foucault, epel , Paris, 2007.

MEP Freud jusqu'à [Link] 7 01/04/10 15:53


L’auteur, psychanalyste, en est arrivé à cette ques-
tion à partir de celle qu’adresse le philosophe
Michel Foucault à la psychanalyse. La psycha-
nalyse n’a pas su, notait-il, se penser “dans le
tranchant historique de l’existence de la spiritua-
lité et de ses exigences”. Partant, elle se serait faite
oublieuse de cela même qu’elle est : une expé-
rience spirituelle, par laquelle, via un autre, le
sujet opère sur lui-même les transformations né-
cessaires pour accéder à sa vérité. “Seul Lacan,
ajoutait Foucault, n’aurait pas participé de cet
oubli*.” L’auteur reprend de nombreux passages
des œuvres de Freud et de Lacan où apparaissent
leur intérêt pour la vie spirituelle.
Depuis longtemps, circulant moi-même dans
une double lecture, celle des textes psychanaly-
tiques et des grands textes spirituels, je me trou-
vais confrontée à une question proche des leurs.
Elle m’a été résumée ainsi par une collègue – en-
core une question : “Comment se fait-il que,
lorsqu’on se rapporte à votre lecture des Ecritu-
res, les conditions de l’avènement du sujet – de
l’éveil d’un être parlant – soient les mêmes
pour la psychanalyse et pour la Bible ?” Il me
paraissait impossible de répondre à cette question

* Je reprends ici la présentation du livre de Jean Allouch


en couverture.

MEP Freud jusqu'à [Link] 8 01/04/10 15:53


sauf à envisager tout autrement notre disci-
pline.
Et c’était précisément ce que je cherchais. J’en
étais venue à dire, ne plaisantant qu’à demi : la
psychanalyse, jadis accusée d’exercice illégal de
la médecine, pourrait l’être plus pertinemment
encore d’exercice illégal de la théologie – si les
théologiens avaient aujourd’hui le prestige et le
pouvoir dont ils ont pu jouir jadis et qui devan-
çaient de beaucoup alors celui des médecins.
Mais, en ces temps, l’invention de la psychana-
lyse était évidemment impensable. Elle ne pouvait
sans doute apparaître que dans une période de
l’histoire où un étau s’était relativement desserré,
au confluent de plusieurs cultures et religions
– la capitale de l’empire austro-hongrois en sa
dernière époque a pu être ce milieu et un “juif
mécréant” son inventeur.

Psychanalyse et spiritualité. Grande question


pour un petit livre. Je vais retracer – à grands
traits, ce qui exige une simplification dont je prie
le lecteur de m’excuser – le parcours de l’une à
l’autre, tel qu’il m’apparaît. Les obstacles à leur
rencontre et les passages vers l’esprit par divers
chemins, les confusions d’esprits et les souffran­
ces qu’ils amènent. Quand on tire sur ce fil, toute
la civilisation semble venir.

MEP Freud jusqu'à [Link] 9 01/04/10 15:53


Je me souviens que, au tout début de mon in-
térêt pour la psychanalyse, je me demandais :
quelle différence avec la direction spirituelle ? Car
je voyais là deux expériences de la parole, l’une
pardonnait sans guérir, l’autre guérissait sans par-
donner. Tandis que ma mémoire me rappelait des
textes, un peu oubliés peut-être, mais encore suf-
fisamment présents à mon esprit pour que je ne
puisse les balayer d’un revers de main. Des phrases
comme celle-ci : “Quel est donc le plus facile, de
dire : Tes manquements sont remis, ou de dire :
Lève-toi et marche ? Eh bien ! pour que vous sa-
chiez que le fils de l’homme a autorité sur la terre
de remettre les manquements, lève-toi, dit-il alors
au paralytique, prends ton lit et va-t’en chez toi*.”
Guérison et libération de la culpabilité allaient
donc de pair dans cette tradition-là – comme
dans bien d’autres. Est-ce que de telles paroles
étaient à laisser de côté comme des restes légen-
daires, ou bien l’écoute psychanalytique pouvait-
elle, par une voie nouvelle, inexplorée encore, les
rejoindre ? La religion, depuis des millénaires, se
mêlait de guérison et y trouvait même un des
signes majeurs de sa vérité, de sa force. Que pen-
ser du rapport entre faute et symptôme ? De
quelles fautes s’agissait-il ? Faute subie, faute

* Matthieu 9, 5-6.

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MEP Freud jusqu'à [Link] 10 01/04/10 15:53


commise, les deux peut-être puisqu’il semblait
évident dans les mythes et les traditions spirituelles
que le mal se transmettait de l’un à l’autre ? Beau-
coup de questions se posaient donc déjà pour moi
avant que je sois bien avancée en psychanalyse.

spiritualité : un luxe interdit par…

… la science
Le moins que l’on puisse dire, c’est que Freud et
ses disciples et successeurs directs n’ont guère été
favorables au rapprochement entre psychanalyse et
vie spirituelle. Cependant les choses ne sont pas si
simples.
On connaît les positions athées du maître. On
sait moins que cet athéisme n’empêchait pas
Freud d’user de mots hors du champ scientifique,
selon la culture de son temps, héritière de poètes
comme Goethe, Heine… L’exemple le plus frappant
est son emploi constant du mot allemand Seele,
“âme” en français. Mot que les traducteurs de Freud
ont longtemps fait totalement disparaître : une
discipline qui voulait être comptée parmi les scien­
ces n’avait plus que faire de l’âme.
Je trouve ceci particulièrement bien exprimé
par Michèle Montrelay dans sa préface au livre de

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