Dissertation Cahiers de Douai :Plan
dialectique sur l’émancipation du
poète
Problématique :
Le processus d’émancipation par la création passe-t-il toujours par une
poésie qui se libére des conventions sociales ?
1)Les cahiers de Douai ont encore une part de tradition poétique
A) Une forme d’écriture provenant d’une hérédité formelle
Le sonnet et l’alexandrin sont très présents :
- 12 poèmes sur 22, et le second cahier comporte uniquement des sonnets.
- L’alexandrin utilisé chez Rimbaud respecte souvent la césure entre les deux
hémistiches « On n’est pas sérieux quand on a 17 ans » dans « Roman ».
- Il utilise des formes de rimes courantes : rimes embrasées et croisées.
- Dans « Les réparties de Nina », il alterne les vers à 4 syllabes et en
octosyllabes, suivant alors une forme de rythme à 12 temps → Alexandrin
- Il suit les traditions de la Renaissance : Dans les sonnets, les quatrains
parlent d’un thème différents de ceux des tercets. Exemple : « Le Mal » ; « Le
châtiment de Tartufe »
B) Il aborde des thématiques ainsi que des tonalités communes :
- Le ton lyrique est omniprésent. Hérité du Romantisme (Georges Sand, VH),
où il place les thèmes de la nature ainsi que de l’amour en premier plan dans
son recueil.
- Le modèle de la balade traditionnel est récurrent « Ballade des Pendus »
ainsi que celui de l’ode « Soleil et Chair » qui est une ode à la Nature.
- Les atmosphères bucolique, idyllique présent « Sensation » ; « Ophélie »
- L’art de la caricature, satire de Nap 3 par exemple (Victor Hugo → « Petit
petit »)
C) Il utilise également le passé littéraire comme appui à la création
poétique, qui pourraient être des influences scolaires, car en effet
Rimbaud n’a que 16 lors de l’écriture de ces poèmes.
- «Soleil et chair » révèle le goût de la culture grecque antique
- On peut supposer que « Ophélie » est un hommage à sa lecture du
« Hamlet » de Shakespeare
- « Le Bal des Pendus » réminiscences de « La Ballade des Pendus » de
François Villon
- « Le Châtiment de Tartufe » → « Tartuffe ou l’Imposteur » pièce de Molière
avec une reprise de la réplique « Nu du haut jusques en bas »
- « Les Effarés » → Victor Hugo, « Les misérables »
- Reprise récurrente de l’esthétique Baudelairienne comme dans le poème
« Venus Anadyomène » où il reprend l’esthétique de la laideur.
Transition : Dans ce poème, il va peindre une déesse Venus horrible et
dégoûtante, hors des tradition que l’on retrouve par exemple à travers l’ode
de Boticelli pour celle-ci dans son tableau « La naissance de Venus ». On
remarque alors que Rimbaud s’émancipe de nombreuses traditions poétiques.
2) En effet, la poésie de Rimbaud se caractérise surtout par de grandes
prises de liberté, d’audace poétique.
A) Il s’émancipe de la versification traditionnelle
(Malgré forme sonnet/alexandrin)
Il s’émancipe des contraintes rythmiques formant la prosodie. Révolution
poétique de Rimbaud, initiée par Victor Hugo qui voulait mettre « un bonnet
rouge à l’alexandrin ».
Utilisation récurrentes des enjambements, rejet et contre-rejet, qui prosaïse le
recueil.
Dans « Le Châtiment de Tartufe », utilisé à des fins humoristiques « Un
méchant/ Le prît rudement par son oreille benoîte » → met en valeur le
mécréant qui va le châtier.
Dans « Venus Anadyomène » : « Les larges omoplates / qui saillent » → fait
ironiquement saillir le verbe « saillir ».
B) Son émancipation poétique est aussi affirmée par une entrée dans
une langue poétique d’un lexique jusque-là mis à l’écart.
Rimbaud n’a pas peur de s’affranchir de la noblesse de l’art poétique en
utilisant un langage osé :
mots :
- Crus avec « Merde à ces chiens-là » → « Le Forgeron »
- Grossiers avec « Belle hideusement d’un ulcère à l’anus »Venus Anadyomène
et « La fille aux gros tétons » - Au Cabaret-Vert »
- Enfantins « pioupiou » « dada » dans « L’éclatante victoire de Sarrebrück »
Interjection « Peuh » Tartufe
Néologismes « Robinsonne » dans « Roman »
« Belle hideusement » → Hiatus → « h » oblige à prononcer le e muet de Belle
→ prononçant deux voyelles à la suite, enlaidit le poème.
Transition : Ce qui charme chez Rimbaud est donc une prise de risque
stylistique qui rend sa poésie prosaïque, terre à terre.
3) Mais les plus grandes audaces de Rimbaud, ce sont surtout celles
qui manifestent le mieux sa volonté de bousculer les normes ainsi que
l’ordre établi
A) Une dénonciation sociale
- Le poème « A la musique » → Concert de musique à Charleville, où Il place
les bourgeois dans un espace étriqué, à la mesure de leur étroitesse d’esprit :
« mesquines pelouses » ; « squares où tout est correct »
repose sur un réalisme grotesque, qui s’attaque aux manières ridicules et aux
vanités de la bourgeoisie de province. Il met en lumière la bassesse
matérialiste, l’étroitesse d’esprit ainsi que l’égocentrisme exacerbé des
bourgeois.
Il les caricature avec leur obésité morbide « Déborde ». Il raille également
leur narcissisme à travers un ton ironique, où ils discourent de « traités ». Ils
croient être importants.
- Les Effarés → misère des plus pauvres
B) Une critique de la politique de son temps
- Il se moque du Second Empire de Napoléon 3 en le caricaturant dans « La
rage de Césars » ; « L’éclatante victoire de Sarrebrück » → ekphrasis
→ se moque d’une image de propagande d’une victoire mineure de la France à
la guerre Franco-Prusienne. Il dénonce aussi la non compassion du Roi
nommé face à ses soldats grâce aux couleurs : Napoléon, le « papa » qui siège
« sur son dada » « voit tout en rose » et dirige ses petits soldats, ses
« pioupiou » qui n’ont pas l’air de se rendre compte qu’ils vont batailler et qui
« se lèvent gentiment ». Le « shako » souvent utilisé en dérision ainsi que « le
chassepot » arme souvent dénué de sa fonction meurtrière sont tournés en
dérision et insistent donc sur le burlesque de la scène.
Le sonnet se clôt sur une image grivoise sur le « derrière » d’un soldat nommé
Boquillon.
- Il exprime ses idéaux révolutionnaires et son désir de révolte (Le Forgeron,
morts de 92)
- Il dénonce les atrocités de la guerre (Le Mal, Le Dormeur du Val)
C) Une révolte contre la religion catholique
« Le Châtiment de Tartufe » → dénonce l’hypocrisie de la religion à travers
celui du faux dévot.
« Le Mal » → dénonce un dieu qui « rît » et « dort ».
Conclusion :
Ouverture sur les futurs recueils de Rimbaud « Les Fleurs du Mal » ou encore
« Illuminations » qui montre une émancipation plus poussée.
Il s’émancipe de plus en plus.