L’EXISTENTIALISME
Introduction :
L’existentialisme est un courant philosophique qui place au cœur de la
réflexion, l’existence individuelle, la liberté et le choix personnels.
L'existentialisme est un courant philosophique et littéraire qui postule que
les individus créent le sens et l'essence de leur vie par leur action et leur choix
par opposition à la thèse que ceux-ci soient créés pour eux par des doctrines
théologiques ou philosophiques. L'existentialisme considère par conséquent
chaque personne comme un être unique qui est maître non seulement de ses
actes et de son destin, mais également des valeurs qu'il décide d'adopter.
Nous dirons ainsi que l’existentialisme est une philosophie de
l’homme et non une philosophie des idées. C’est une philosophie de l’existence
qui réfute l’antériorité de l’essence sur l’existence est selon Kierkegaard : « La
subjectivité, c’est la vérité ».
I- Prémices de l’existentialisme :
Pour certains penseurs, on peut trouver les racines de l’existentialisme
dans les travaux de plusieurs philosophes anciens, comme Platon, Aristote et
Augustin d’Hippone ; et des penseurs modernes tels : René Descartes,
Emmanuel Kant et Hegel qui ont accordé le plus d’importance au concept de
l’existence. Sören Kierkegaard (1813-1855) et Friedrich Nietzsche (1844-1900)
ont influencé le développement du mouvement existentialiste. A cet effet,
Kierkegaard est considéré comme le premier penseur véritablement
existentialiste. Ce philosophe danois s’intéressait surtout au fait que toute
existence humaine est inévitablement souffrante.
II- Définition :
L’existentialisme est un courant philosophique plaçant au cœur de la
réflexion l’existence individuelle, la liberté et le choix personnels.
L’existentialisme se caractérise par des thèmes liés à des préoccupations
majeures l’existence individuelle est déterminée par la subjectivité, la liberté et
les choix de l’individu.
Selon les existentialistes, l’existence de l’homme semble indéfinissable, le
monde dans lequel il vit est absurde et n'offre à l'humain aucune valeur
supérieure. Dans l’ensemble, à l’intérieur du mouvement existentialiste, on
considère que l’existence humaine a un caractère paradoxal, voire
contradictoire et contingent. C’est dans ce contexte que les existentialistes
s’interrogent habituellement sur la liberté, sur la responsabilité et sur un
possible bonheur.
Incarné principalement pat le théâtre et le roman philosophiques,
l’existentialisme est représenté par l’interrogation sur le sens de la vie,
l’engagement, l’absurde, le mal et la mauvaise foi ces derniers représentent les
principaux thèmes de l’existentialisme.
Etymologie du mot :
Le mot « existentialisme » est composé de existentiel qui vient du latin
existentialis ce qui est relatif à l’existence et du suffixe « -isme » qui sert à
former des mots qui désignant un courant philosophique, une doctrine, une
idéologie, un dogme ou une théorie.
De manière générale, l’existentialisme est la philosophie qui place
l’existence de l’homme au cœur de sa réflexion.
L’existentialisme, comme nous l’avons défini plus-haut, est un courant
philosophique et littéraire qui donne la primauté à l’existence individuelle, à la
liberté de l’homme et à sa vocation à décider lui-même de sa propre existence. Il
postule que chaque individu crée le sens et l’essence de sa vie. L’existentialisme
considère l’homme comme un être unique, libre et responsable de ses actes, de
son destin et de ses choix.
Søren Kierkegaard (1813-1855) philosophe danois considéré comme le
premier existentialiste et qui affirme que l’homme ne peut trouver le sens de sa
vie qu’en découvrant sa propre et unique vocation.
III- L’existentialisme selon Jean-Paul Sartre :
Jean-Paul Sartre a fourni un effort considérable en vue de définir
précisément son concept fondateur. Dans un premier temps, la pensée
sartrienne s’est définie en s’opposant aux deux grands courants traditionnels,
soit le matérialisme et l’idéalisme. En s’inspirant tout d’abord de la
phénoménologie puis du marxisme, Sartre a développé une pensée réaliste.
Dans l’opuscule L’existentialisme est un humanisme, Sartre déclare que pour
la pensée existentialiste toute vérité et toute action impliquent un milieu
humain et une subjectivité humaine. Cela veut dire que tous les aspects de cette
doctrine se rapportent à l’être humain et à sa faculté de prendre conscience de
sa situation.
1-L’en-soi et le pour-soi :
Le premier fondement original de l’existentialisme sartrien réside dans la
distinction entre l’être en-soi et l’être pour-soi. Ainsi, l’en-soi et le pour-soi
s’opposent. L’en-soi est la caractéristique de toute chose, de toute réalité
extérieure à la conscience. Le concept d’en- soi désigne ce qui est totalement
soumis à la contingence, c’est-à-dire tout ce qui est sans liberté et ce qui
n’entretient aucun rapport à soi. L’existence de tout en-soi est passive en ce
sens que, par exemple, un vélo ne peut décider d’être autre chose qu’un vélo.
Un sapin n’exige jamais de son jardinier préféré une taille en forme d'ourson
parce qu'il deviendrait sentimental. Sans conscience, le sapin demeure
toujours égal à lui-même. Ce concept d’en- soi se rapporte donc aux choses
matérielles parce qu’elles existent indépendamment de toute conscience.
Le pour-soi désigne l’être de l'homme. Pourvu d’une conscience qui fait
de lui un être tout à fait particulier, l’être humain se distingue de l’en-soi. Étant
donné cette conscience capable de se saisir elle-même, le pour-soi a comme
principal attribut une liberté absolue. Cette liberté n’est pas une absence de
contingence ou de limites, mais une possibilité infinie de choisir.
Contrairement à l’en-soi qui coïncide toujours avec lui-même, le pour-soi,
c’est-à- dire l’être humain, peut faire varier indéfiniment la conscience qu’il a de
lui-même. Par exemple, mon vélo n’est, précisément, qu’un vélo. Rien d’autre.
Il est absolument incapable de prendre conscience de ce qu’il est et de sa
situation.
2-L’existence précède l’essence
La formule sartrienne la plus célèbre qui permet de définir ce courant de
pensée est sans doute : L'existence précède l'essence.
En ce qui concerne l’en-soi, la chose peut correspondre à un schéma, à un
plan, à un concept. On parle alors de l’essence de cette chose. Ainsi, l’essence
du vélo correspond à l’idée générale qu’on a tous de cet objet, indépendamment
de sa couleur, de sa grosseur, etc. On dit alors que l'essence (ou encore l'idée,
le plan, le concept ...) précède l'existence. Si Jean-Paul Sartre peut admettre une
telle explication pour tous les objets, il prétend qu’une telle façon de faire ne
peut rendre compte de ce qu’est l’être humain.
Il n'y a pas d'essence humaine antérieure à l'existence de l'homme. Selon
Sartre, il est impossible d’obtenir une définition théorique totalement
satisfaisante qui permettrait de savoir précisément ce qu’est l’être humain.
Celui-ci existe tout d’abord et se définit ensuite par rapport aux actions qu’il a
posées. S’inspirant de Karl Marx, Sartre nous invite donc à définir l’être humain
par les actions qu’il produit plutôt que par des idées ou des croyances.
3-L’athéisme
L’existentialisme sartrien est athée. Cela signifie qu’au point de départ on
trouve la conviction que Dieu n’existe pas. Sartre tente de tirer toutes les
conclusions que cette idée entraîne. En conséquence, nulle divinité n'a pu créer
l'humain. Aucune force suprême ne peut nous sauver du mal, de la souffrance,
de l’exploitation, de l’aliénation ou de la destruction. Aucun Au-delà non plus
pour justifier quelque bien ou quelque vérité que ce soit. Totalement délaissé,
l’être humain est absolument responsable de son sort. Ainsi, chaque choix que
j’accomplis m’appartient en propre. Ultimement, puisqu’il n’y a aucun dieu,
notre existence se déroule en une succession de libres choix qui ne sont jamais
entièrement justifiables.
Philosophie de l’action et de l’engagement, l’existentialisme sartrien
ramène tout à l’être humain, le rendant absolument responsable de son sort.
Acculé à l’action, il doit s’engager dans son existence, prendre en main le cours
de sa vie.
L'existentialisme athée, qu'il représente, est plus cohérent. Il y a au moins
un être chez qui l'existence précède l'essence, un être qui existe avant de
pouvoir être défini par aucun concept... cet être, c'est l'homme. Qu'est-ce que
signifie ici que l'existence précède l'essence?
« Cela signifie que l'homme existe d'abord, se rencontre, surgit dans le monde,
et qu'il se définit après. L'homme, tel que le conçoit l'existentialiste, s'il n'est
pas définissable, c'est qu'il n'est d'abord rien. Il ne sera qu'ensuite, et il sera tel
qu'il se sera fait. Nous voulons dire que l'homme existe d'abord, c'est-à-dire que
l'homme est d'abord ce qui se projette vers un avenir, et ce qui est conscient de
se projeter dans l'avenir. L'homme est d'abord un projet qui se vit
subjectivement, au lieu d'être une mousse, une pourriture ou un chou-fleur; rien
n'existe préalablement à ce projet; rien n'est au ciel intelligible, et l'homme
sera d'abord ce qu'il aura projeté d'être.»(Sartre, 1946 :29/30).
IV- Thématiques de l’existentialisme :
Les existentialistes considèrent que les êtres humains ne sont pas
programmés par nature ou par essence à la façon des animaux ou des
plantes.
L’homme surgit dans le monde comme pure contingence, il existe avant
de se définir; on ne peut le déduire d’une réalité préexistante; l’homme
n’est rien d’autre que ce qu’il se fait l’homme se définit par ses actes.
L’homme est condamné à donner un sens à sa vie, sinon il reste inutile;
de là aussi son expérience fondamentale, «purificatrice» celle de
l’absurde. Ils font de la liberté de choix le trait distinctif de l'humanité.
Par ses choix, chaque être humain crée sa propre nature. Il n'existe
aucune direction pour nous guider, aussi le choix est central dans
l'existence humaine; même le refus du choix est un choix.
La liberté de choix implique engagement et responsabilité. Parce qu'il est
libre de choisir sa propre voie, l'homme doit accepter le risque et la
responsabilité inhérents à son engagement, quelle qu'en soit l'issue.
Refus du concept freudien d'inconscient, remplacé par la notion de «
mauvaise foi » : l'inconscient ne saurait amoindrir l'absolue liberté de
l'Homme. L’homme est libre, il n’y a ni le Bien, ni le Mal, parce qu’on ne
peut choisir pour soi que le Bien. Le seul jugement qui puisse être porté
sur les actes humains ne concerne pas leur valeur,
mais leur authenticité; invoquer une morale préétablie, en appeler
aux opinions des autres ou à celle que nous nous faisons sur nous-
mêmes, n’est que la «mauvaise foi».
Sartre définit la liberté comme : “L’être même du Pour-soi qui est«
condamné à être libre ».”Être libre” ne signifie pas “obtenir ce que l’on a
souhaité”, mais plutôt “déterminer par soi-même ce que l’on souhaite” (au
sens large de choisir). En d’autres termes le succès n’est pas important
par rapport à la liberté.
Pour Sartre il ya “aucune excuse” pour éluder sa liberté. Agir de
mauvaise foi, c’est d’essayer de se comporter comme un «objet» ou une
«chose», se donner une essence. Ainsi, le refus de la liberté peut être
conçue que comme une tentative de se saisir comme être-en- soi. Sartre
explore cette idée d’auto-tromperie dans plusieurs de ses œuvres
littéraires, «A huis clos» et «Les Mains Sales». Face à la mauvaise,
assumer sa liberté revient pour Sartre à être authentique, c’est-à-dire
sans excuses. Même si nous sommes essentiellement seuls et sans Dieu,
la liberté, ce poids terrible, rend l’homme digne d’être homme. La
liberté qui vient avec l’être humain n’est pas quelque chose que nous
choisissons, c’est notre humanité. Cette condamnation à la liberté est le
sens de l’existentialisme.
Texte : La Nausée
La Nausée Ce roman philosophique est publié par Jean-Paul Sartre
(1905-1980) en 1938 raconte la vie monotone d'un professeur de
province. Antoine Roquentin, célibataire d'environ trente-cinq ans, vit
seul à Bouville, cité imaginaire qui rappelle le Havre. Il travaille à un
ouvrage sur la vie du marquis de Rollebon, aristocrate de la fin du XVIIIe
siècle, et vit de ses rentes, après avoir abandonné un emploi en
Indochine, par lassitude des voyages et de ce qu'il avait cru être
l'aventure. Il tient son journal, et c'est le texte de ce journal qui constitue
le roman. Il constate que son rapport aux objets ordinaires a changé et il
se demande en quoi. Tout lui semble désagréable. Il n'a plus d'affection
pour personne. Il rencontre l'Autodidacte à la bibliothèque. Roquentin
sent un profond éloignement avec tout ce qui l'entoure.
Il ne supporte plus la bourgeoisie de Bouville, M. de Rollebon lui
semble vite bien terne et sans intérêt, aussi arrête-t-il son livre. Il veut
tout quitter puis se dit que seul l'imaginaire parviendra peut-être à
l'arracher à la Nausée et l'écriture d'un roman l'aiderait peut- être à
accepter l'existence. C'est dans la scène du jardin public, que
Roquentin est frappé, comme par un coup de tonnerre, par l'évidence
de cette contingence en examinant la racine d'un marronnier, qui se
trouve devant lui, qui existe en soi et non à travers sa fonction de pompe
à nourriture pour l'arbre. Cette révélation lui fournit l'explication de son
malaise, de la nausée qu'il éprouve depuis qu'il séjourne à Bouville.