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Rjean

La plume congolaise

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1° lecture du livre de Ben

Sira le Sage, § 3 ...


[17] Mon fils, accomplis toute chose dans l’humilité, / et tu seras aimé plus qu’un bienfaiteur. [18]
Plus tu es grand, plus il faut t’abaisser : / tu trouveras grâce devant le Seigneur… [20] Grande est la
puissance du Seigneur, / et les humbles lui rendent gloire… [28] La condition de l’orgueilleux est
sans remède, / car la racine du mal est en lui. [29] Qui est sensé médite les maximes de la sagesse ; /
l’idéal du sage, c’est une oreille qui écoute.
Les textes de ce dimanche nous invitent à méditer le thème de l’« humilité ». La 1° lecture est
un mélange d’extraits du chapitre 3, du livre de Ben Sirac, concernant cette vertu. Ce livre est
aussi appelé Siracide ou encore l’Ecclésiastique, (à cause de son usage fréquent dans l’Eglise).
Il est l’œuvre de Jésus Ben Sirac, un notable de Jérusalem pénétré par l’amour de la Loi, du
Temple, du Sacerdoce et du Culte. Il vivait autour du II° s. av. notre ère, avant la révolte des
Maccabées (- 167). Depuis la conquête de la Palestine par les armées d’Alexandre en 332,
« l’esprit grec » ne cesse d’avoir une influence prépondérante dans tout l’Orient, à tel point que
l’hellénisme commence à remettre en question l’existence du Judaïsme.
L’auteur veut alerter sur ce danger et, face à la Philosophie (= amour de la sagesse), il tente de
démontrer - à renfort de proverbes, de maximes et autres pensées -, que l’authentique sagesse
est contenue dans la Loi révélée. Son livre se veut le manuel de bonne conduite pour le Juif fi-
dèle à la tradition biblique.
Comme bon nombre de livres sapientiaux, Cette dernière version (en hébreu) est une
l’œuvre est remplie de distiques : la pensée est édition de l’œuvre première, revue et cor-
énoncée en un verset, divisé en deux vers (qui rigée dans le sens d’idées pharisiennes.
sont séparés dans le texte par le signe « / »). Quoiqu’il en soit, le livre de Ben Sirac a été
Nous connaissons ce livre grâce à sa traduction lu et a inspiré de nombreux auteurs.
en grec, faite en Egypte par le petit-fils de Ben Si- Dès le début de l’ouvrage (§3), l’auteur
rac, vers 130 av. J-C., quelques décades après la aborde un thème majeur, celui de l’humi-
mort de son grand-père. lité, qui est une vertu typiquement bi-
Si encore au IV° s de notre ère, St Jérôme possé- blique, écrit Monique Piettre. Car on ne la
dait une copie du texte hébreu, celui-ci a disparu. découvre pas comme telle au cœur de la
Ce n’est que vers la fin du XIX° s. que l’on décou- morale païenne. Ben Sirac exhorte à prati-
vrit dans une dépendance d’une synagogue du quer cette vertu dans tous les actes de
Caire, des fragments du livre hébreu recouvrant l’existence.
les 2/3 du texte grec. Ils ont été publiés en 1910. Il déclare que la racine du mal est dans
D’autres fragments furent récupérés à Qumran et l’orgueilleux (litt. Un plant mauvais a pris
dans la forteresse de Massada. racine en lui !).
Ces découvertes ont mis en évidence qu’il y avait Il ajoute que l’art du sage est de savoir
deux versions du texte hébreu : la plus ancienne écouter. Car cette attitude est, en fin de
qui a servi de base à la version grecque faite par le compte, une forme concrète de l’humilité,
petit-fils de Ben Sirac, mais aussi une autre, pa- puisqu’elle conduit à la méditation et à
rue autour de la fin du 1° siècle après J-C. l’accueil de la sagesse !

22° dimanche du T. O * 01/ 09 / 2019 * © bernard.dumec471@[Link]


1
Evangile selon saint Luc (14, 1.7-14) (1) Un jour de sabbat, Jésus était entré dans la maison d’un
chef des pharisiens pour y prendre son repas, et ces derniers l’observaient…. (7) Jésus dit
une parabole aux invités lorsqu’il remarqua comment ils choisissaient les premières places, et il leur
dit : (8) « Quand tu es invité à des noces, ne va pas t’installer à la première place, de peur qu’il ait in-
vité un autre plus considéré que toi (9) et que celui qui vous a invités, toi et lui, ne vienne te dire :
‘Cède-lui ta place’ ; et alors, tu iras, plein de honte, prendre la dernière place. (10) Au contraire,
quand tu es invité, va te mettre à la dernière place. Alors, quand viendra celui qui t’a invité, il te dira :
‘Mon ami, avance plus haut’, et ce sera pour toi un honneur aux yeux de tous ceux qui seront à la
table avec toi. (11) En effet, quiconque s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé. » (12) Puis Jésus
dit à celui qui l’avait invité : « Quand tu donnes un déjeuner ou un dîner, n’invite pas tes amis, ni tes
frères, ni tes parents, ni de riches voisins ; sinon, eux aussi te rendraient l’invitation et ce serait pour
toi un don en retour. (13) Au contraire, quand tu donnes une réception, invite des pauvres, des estro-
piés, des boiteux, des aveugles ; (14) heureux seras-tu, parce qu’ils n’ont rien à te donner en retour :
cela te sera rendu à la résurrection des justes. »

Il est bon de connaître le déroulement d’un repas juif à l’époque de Jésus, car il avait ses règles.
Comme nous commençons pas un apéritif, l’hôte pouvait servir un verre de vin et quelques
hors-d'œuvre dans une pièce attenante à la salle à manger. Un serviteur apportait aux invités
de l’eau pour se laver la main droite avant de se servir. A cet instant, chacun prononçait pour
soi une bénédiction, puisqu’il n’y avait pas encore une communauté de table.
C’est peut-être pendant cet « apéritif » qu’eut lieu la guérison de l’hydropique (versets 2 à 6),
sautée par la liturgie.
Une fois tous les invités arrivés, on passait à table dans la salle à manger. Si les Juifs consom-
maient les repas ordinaires assis, ils mangeaient couchés (suivant l’usage des Grecs et des Ro-
mains) quand il s’agissait de repas d’invitation ou de fête, plus solennels. Les invités s’allon-
geaient sur le côté gauche, couchés sur des lits garnis de coussins et disposés en épi sur les
trois côtés d’une grande table basse. La main droite restait ainsi libre pour manger.
Comme il y avait alors communauté de table, le maître de maison commençait le repas par une
bénédiction sur le pain à haute voix, et au nom de tous. Il prononçait de même une bénédiction
sur la coupe à la fin du repas.
Enfin, au début, au milieu et à la fin du repas, un serviteur apportait de l’eau pour se laver les
mains (rite de purification juif).
Notre texte suppose une marge de liberté dans le choix des places. D’autres textes suggèrent
que le maître de maison plaçait lui-même ses principaux invités aux places d’honneur (à droite
et à gauche). Une incertitude règne sur l’honneur principal : à l’époque de Jésus, il semble que
ce n’était pas l’âge, mais la considération sociale qui primait.
Comme en 7,36 et 11,37, voici Jésus qui est Nous sommes face à une leçon de sagesse que
l’hôte d’un pharisien, et même ici de l’un des Jésus donne. Surprenant la hâte des invités à
chefs des pharisiens. Il l’est pour l’un de ces re- prendre les bonnes places, il donne une leçon
pas de confrérie, qui avaient lieu le vendredi de savoir vivre, de morale et de théologie
soir, à l’ouverture du sabbat. C’est pendant ces (Quiconque s’abaisse …) Le texte est bien cons-
repas que les discussions religieuses allaient bon truit : Au quand tu es invité, ne va pas t’installer
train. Mais l’invitation de Jésus est pleine de à la première place…,répond le quand tu es invi-
mauvaises pensées : on l’observe (on l’épie). Les té, va te mettre à la dernière place. Celle-ci sert
propos de table, vont vite retrouver le caractère d’abord à définir le lot humiliant et honteux,
polémique qui était présent en 11,53-54. puis l’humble point de départ, librement choisi,
mais glorieux en fin de compte. De même, les
Nous sautons la guérison le jour du sabbat et les
conséquences désagréables et agréables du
paroles de Jésus face auxquelles ses adversaires
choix éthique sont bien présentées : à Alors, …
ne peuvent répliquer. Nous sommes probable-
la honte, s’oppose Alors, … l’honneur.
ment dans le vestibule et l’on passe à la salle à
Le verset 11 sert de conclusion, mais en jouant
manger. sur le futur, non plus immédiat mais final, il fait
Jésus observe deux comportements à ses yeux passer la problématique sociale et éthique dans
blâmables, et donne deux enseignements, dont le une perspective théologique : C’est Dieu qui est
premier s’adresse aux invités et le second au présent dans la forme passive (il abaissera ou
maître des lieux qui a organisé le repas. élèvera) et le Royaume, derrière le futur !

2
Ce premier enseignement est une « parabole » qui circulait dans la tradition evangelique et que Lc
a placee ici. On trouve un precedent a cette « parabole » dans le livre des Proverbes (25,6-7) : « Ne
te mets pas en avant devant un roi, et ne prends pas la place prévue pour les grands. Il vaut mieux
qu’on te dise : ‘Monte plus haut’, plutôt que d’être abaissé devant un notable. » En inserant dans le
texte la perspective des « noces », l’enseignement prend un envol et un nouveau sens que le recit
primitif : il evoque le repas des Noces finales ! Il semble que ce soit Lc qui ait ecrit le verset 11.
Le second propos adresse a l’hote accueillant, n’est provoque par aucun incident, c’est un bref dis-
cours qui vient completer l’enseignement de Jesus. Aux invitations que l’on reçoit, Lc ajoute ici les
receptions que l’on donne.
Il faut noter, écrit François Bovon, que tout Le dernier verset évoque la résurrection des
au long de son premier livre (Evangile) Lc est justes. Au temps de Jésus, le judaïsme avait
attentif au danger que représente la convoi- développé une forte croyance en la résurrec-
tise des places d’honneur : tion, mais il n’avait pas harmonisé les repré-
En 11,43 nous trouvons : Malheur à vous, sentations qu’on s’en faisait.
Pharisiens, car vous aimez le premier siège A partir du thème du « jugement dernier »,
dans les synagogues. En 20,46, Jésus met en s’était développée l’exigence d’une résurrec-
garde ses disciples contre les scribes qui ai- tion universelle, car on ne juge pas des
ment les premiers sièges dans les synagogues ‘morts’, quitte à imaginer une seconde mort
et les premières places à table. pour les mauvais. Trouvant cette idée de ré-
Il est remarquable, précise notre exégète, que
surrection « pour tous » trop positive, un se-
cet enseignement de Jésus ait été conservé
cond courant envisageait une autre attente
dans quelques manuscrits de l’Evangile de
qui réservait la résurrection aux seuls
Mt, mais pas dans le texte final !
Dans les versets 12 à 14, le message est clair justes ! Enfin, certains envisageaient la ré-
et choquant. Fidèle à lui-même, le Jésus de surrection dès la mort.
Lc bouleverse les habitudes sociales. Il veut Luc est le témoin de ces espérances, qu’il
nous ouvrir aux autres, il nous invite à la n’est pas parvenu à concilier (pas plus que le
vraie générosité. judaïsme de son temps) : Ici, il parle de ré-
« Quand tu donnes au repas... » Ce « tu » con- surrection des justes ; en Ac 24,15, il parle de
cerne, au temps de Lc, le croyant aisé, sur le résurrection des justes et des injustes ; au
plan social, et le responsable de communauté bon larron, il fera dire à Jésus : Aujourd’hui,
au plan ecclésial. La liste des malheureux tu seras avec moi dans le paradis ! Cette di-
rappelle les destinataires de l’Evangile, ceux vergence apparaît ailleurs dans le christia-
que Jésus prend en charge (réalisant les pa- nisme du 1° s. entre résurrection d’entre les
roles d’Es 61,1-2, lues dans la synagogue de morts (1 Cor 15,12) et résurrection des morts
Nazareth, en Lc 4,18-21), ceux auxquels il (Ac 17,32). Apocalypse 20, 5-6, parle de pre-
destine les béatitudes en 6, 21-23. mière résurrection et de seconde mort !
Fin observateur, à la suite des sages de la Bible, Jésus propose un conseil qui ressemble à
une leçon de diplomatie sociale, écrit Michel Hubaut. En réalité, il invite à une attitude d’humili-
té. La sentence du verset 11 s’inspire d’Ezékiel 21,31 : ce qui est bas sera élevé, ce qui est
élevé sera abaissé.
Puis, Jésus s’adresse à son hôte. Dans ce passage propre à Lc, il énumère quatre types de
personnes qui ne fréquentaient pas les repas mondains aussi bien dans la société juive que
dans le monde gréco-romain : les pauvres, les estropiés, les boiteux, les aveugles. Nous les
rencontrerons dans la parabole suivante, celle des invités au festin du Royaume.
Nous accueillons tous volontiers, à notre table comme à nos assemblées liturgiques, nos con-
naissances, nos amis, ceux qui appartiennent « à notre monde ». Donner la priorité aux
« pauvres », à ceux qui sont marginalisés, c’est les reconnaître comme des personnes et non
en fonction de leurs biens ou de leur rang social.
Une fois de plus, Lc nous invite à la générosité, au désintéressement, à la compassion, qui
sont sources de bonheur (heureux seras-tu ! v. 14). Se convertir, c’est sortir de son « moi »,
c’est aimer sans rien attendre en retour, sinon la joie de se savoir appelé au Festin divin !

3
Homélie pour le 22° dimanche du t. o. (le 01/09 ; 9h : Bizanet)

La liturgie nous propose de méditer sur l’humilité qui est une composante fondamen-
tale de l’homme de la Bible. En effet, souvent perdu au milieu des lieux semi déser-
tique, solitaire dans une nature sauvage et menaçante, contemplant l’immensité du ciel
étoilé, le Sémite a longuement expérimenté sa petitesse et médité sur elle. Cela l’a me-
né à se comparer à un grain de sable ou à la plante chétive qui apparaît subitement
après une petite pluie d’orage pour se faner le lendemain, épuisée par les rayons ar-
dents du soleil. C’est l’environnement naturel qui est à la base de cette notion d’humili-
té que rappellent souvent les auteurs bibliques.
Jésus reprend cette notion mais la fonde désormais sur l’amour des autres : Qui
s’élève [par rapport aux autres] sera abaissé, qui s’abaisse […] sera élevé ! Cette pa-
role qu’il reprend à une sentence de la sagesse antique pourrait être mal interprétée :
On pourrait penser, en effet, qu’il préconise un calcul tortueux pour être repéré par
Dieu : Se faire petit pour obtenir le résultat contraire. Or on ne peut s’abaisser pour
faire bien, car Dieu, regardant le cœur, sait ce qu’il en est. En plus, ce n’est pas une
lecture du texte « à la lettre » qui importe dans une parabole, c’est son sens.
Quelle est donc la clef de lecture de cette parabole ? C’est l’abaissement vécu à la ma-
nière de Jésus qui s’est baissé pour laver les pieds de ses amis, et a consenti à mourir
par la voie que les hommes de son temps ont choisie pour lui ! Mais tout cela, il ne l’a
pas fait pour gagner la première place. Il a consenti à ce mouvement parce que son
amour l’a mené jusque-là, un amour non pas tout puissant, mais tout humble, au ser-
vice des autres.
Et c’est justement parce que son choix libre l’a mené « au plus bas », que l’amour l’a
élevé « au plus haut » ! Jésus a vécu les paroles qu’il a prononcées : il s’est abaissé et
a été élevé. Mais on doit ajouter aussi que celui qui s’était élevé, celui qui s’était cru
vainqueur en faisant condamner l’innocent pour faire taire sa parole de vie, celui qui
s’était élevé contre l’amour, jouissant de le porter en croix, celui-là, dans l’élévation du
Fils fut jeté « au plus bas » : dans les abysses de la Mort !
Cette parabole annonce donc l’échec de toute domination. Car toute conduite de domi-
nation est régie par l’orgueil qui n’est qu’un masque de La Mort. L’orgueil qui, mené à
ses extrêmes, aboutit à la violence. C’est pourquoi, faire mourir en soi l’orgueil et toute
volonté de pouvoir, est le désir de tout être qui avance sur son chemin de vie spiri-
tuelle. Mais de nous-mêmes, nous ne le pouvons pas. Toute prétention à y parvenir
n’est encore qu’une forme d’orgueil que seul, Dieu peut nous aider à vaincre.
La course aux premières places, la folie des grandeurs, l’envie d’être bien vu, la re-
cherche de la fortune, toute hégémonie économique ou toute prétention à gouverner le
monde, seul, Dieu peut les réduire à néant en celui qui prend le chemin de l’humilité
avec parfois des passages obligés d’humiliation !
Mais tout chemin d’humilité n’est jamais terminé sur terre, c’est une tâche toujours à
reprendre car l’orgueil s’est implanté à la racine de notre être. Ce pourrait bien être ce-
la le fameux « péché originel », cet orgueil qui nous atteint tous dès notre origine et qui,
telle l’ivraie mêlée au bon grain, pousse sans cesse dans notre jardin intérieur en atten-
dant que Dieu l’éradique définitivement lors de notre passage au tamis de la mort !
Enfin, tout chemin d’humilité est chemin spirituel, car il nous conforme à notre vérité
première qui, dans le christianisme, est d’être créé à l’image du Fils pour lui être sem-
blable. Son humilité, en le menant jusqu’au plus bas l’a conduit au plus haut. Son ex-
trême pauvreté nous a enrichis de sa vie, son dénuement extrême nous a revêtus de la
tunique de sa divinité, parce qu’il a cloué au bois de la croix cet orgueil qui nous tient
aux tripes et qui fait obstacle à l’amour.
Alors, pour que l’Esprit puisse abaisser en nous l’orgueil, humblement, accueillons-
nous les uns les autres car chacun porte en lui le Dieu de communion, et pauvrement,
tendons la main vers Lui en osant venir prendre son Pain !
4
128

Siracide

Constitution du texte

Canonicité et importance traditionnelle


Le livre de Ben Sira, appelé en grec le Siracide et en latin Bien que tout d’abord apprécié dans le judaïsme
l’Ecclésiastique (pour son usage fréquent dans l’Église), ancien, et bien qu’il soit cité comme un « Écrit » dans
fait partie du canon catholique des Écritures. Il s’inscrit le Talmud, le livre de Ben Sira, pourtant rédigé en
dans le groupe de livres qui ne se trouve pas dans la hébreu, n’est jamais entré dans la Bible hébraïque : les
Bible hébraïque et qu’on appelle « deutérocanoniques », raisons et circonstances de ce qui demeure une énigme
c’est-à-dire livres connus dans la Septante et dont la attendent d’être élucidées. On perd la trace du texte
canonicité a été controversée au cours des premiers siè- hébreu vers 400. S’appuyant sur la veritas hebraica,
cles de notre ère dans certains milieux chrétiens. Le Jérôme, du moins durant une certaine période de sa
concile de Trente a confirmé en 1546 les listes des livres vie, refusa la canonicité de notre livre. Son refus
canoniques établies dans l’Église latine à la fin du conduisit les tenants de la Réforme protestante à l’ex-
e e
4 s. et au début du  , de même que celle du concile clure eux aussi de leur canon. Quant aux chrétiens
de Florence, de 1442, et l’Ecclésiastique s’y trouve. orthodoxes, ils n’ont point de position commune.

Manuscrits et versions
Depuis 1896, les deux tiers du texte hébreu de Ben revue et reçut un certain nombre d’ajouts qui témoi-
Sira ont été progressivement retrouvés. Durant le e s., gnent d’une évolution théologique, en particulier en
des exégètes catholiques de renom ont alors retenu, matière d’eschatologie. Ces ajouts semblent provenir,
dans leurs traductions, ce texte hébreu là où on le pour la plupart, d’une révision du texte hébreu et
possède désormais. On notera que l’Église n’a jamais quelques manuscrits grecs transmettent les modifica-
imposé telle forme d’un texte biblique ni telle langue tions et additions de cette seconde édition.
dans laquelle il est transmis, sauf à privilégier, avec Au 2e s. de notre ère, une version latine fut faite
Pie XII, la langue d’origine et, avec le concile de sur ce texte grec revu et augmenté, et cette version
Trente, l’état du texte tel qu’il apparaît dans la ver- finit par passer dans la Vulgate vers la fin du 5e s.
sion latine Vulgate. Entre-temps, vers 300, la version syriaque, dite
La version la plus ancienne, attribuée au petit-fils Peshitta, fut établie principalement sur le texte hébreu
de l’auteur, fut établie en grec et on la trouve dans les enrichi de ces ajouts. C’est donc dans le christianisme,
grands manuscrits écrits en onciales. Cependant, au grec, latin et syriaque, que le livre de Ben Sira s’est
tournant de l’ère chrétienne, l’œuvre de Ben Sira fut maintenu.

Interprétation

Genres littéraires et plan d’ensemble du livre


Livre de sagesse, l’œuvre de Ben Sira se présente thématiques, sur la sagesse et la crainte du Seigneur,
comme une somme où toute la réf lexion des sur la Loi comme expression parfaite de la Sagesse
sages se trouve reprise et prolongée de façon ori- de Dieu, sur l’histoire biblique – c’est une nou-
ginale. Tous les genres littéraires utilisés par les veauté parmi les sages – relue à travers les héros du
sages s’y retrouvent, avec quelques insistances passé.
Siracide 129

Le plan de l’ouvrage n’a pas encore pu être décelé. de larges ensembles où sa pensée s’exprime sur des
Il semble en tout cas que l’auteur réunisse plusieurs thèmes importants à ses yeux. L’étude du texte hébreu
morceaux apparemment autonomes pour construire devrait permettre d’y voir plus clair.

Authenticité, date et destinataires

Pour bien des latins, le livre était attribué à Salomon Par recoupement, on peut préciser qu’il rédigea son
(Cyprien de Carthage, Testimoniorum, livre 3, ouvrage entre 200 et 175 avant notre ère. Il dut connaî-
ch. 35, 51, 61, 86, 96, 109, 110, 113 PL, n° 4, cc. 785, tre le grand prêtre Simon (50,1-20), qui mourut après
790, 796, 803, 805, 807, 808, etc. : « In Ecclesiastico 200 av. J.-C. Face à l’hellénisation de la société et
apud Salomonem »). Augustin rapporte cette opinion l’adoption des mœurs étrangères, Ben Sira réaffirme
commune dans Doct. chr., 2,13. la force de la tradition. Rien n’indique qu’il ait connu
Cependant, l’auteur est présenté en colophon la crise maccabéenne.
(Si 50,27) comme un maître de sagesse de Jérusalem.

Présentation de la péricope

La péricope retenue ici fait partie d’un ensemble qui tandis que la deuxième, en abrégeant le texte, en a
s’ouvre en 43,15 et qui est essentiellement consacré à généralisé la portée.
la louange du Seigneur, dans la Création, dans l’his- • d’un Psaume de louange (51,12a-o), transmis uni-
toire biblique et, avec cet ultime chapitre, dans la vie quement en hébreu, qui n’a pas été reconnu comme
même et l’activité de l’auteur. Elle forme le dernier canonique et dont on peut douter de l’authenticité.
chapitre du livre, constitué : • et d’un poème alphabétique (51,13-30), dont aucune
• d’une action de grâces pour la délivrance (51,1-12), version n’est totalement fiable, transmis partiel-
bien conservée en hébreu dans le ms B retrouvé au lement en hébreu par un manuscrit découvert à
Caire à partir de 1896 : la comparaison avec les ver- Qumrân. La présentation en synopse des versions
sions grecque et syriaque permet de voir que la pre- hébraïque, grecque et syriaque permet de voir sous
mière a simplifié la structure de l’action de grâces quelles formes le texte biblique fut transmis et reçu.
130

Si 51


Action de grâces pour la délivrance

G/V héb (ms.B)


1 Je te rendrai grâces Seigneur Roi 50,28c Je te louerai, Dieu de mon salut
Et je te louerai Dieu mon sauveur Je te rendrai grâces, mon Dieu, mon père,
V2 1 Je veux raconter ton nom, refuge de ma vie
Je rends grâces à ton nom.

2 Car tu as été pour moi protecteur et secourable Car tu as racheté de la mort mon âme
V3 2
Tu as libéré mon corps de la destruction Tu as épargné à ma chair la fosse
Et de la main du shéol tu as délivré mon pied.

Propositions de lecture sont toujours problématiques chez Ben Sira. L’expression « de la


calomnie du peuple », empruntée p.ê. à Ez 36,3, est vraisemblable-
1-12 Argument général de la prière Ben Sira rend grâces au Seigneur ment une glose.
qui, d’une véritable descente aux enfers, l’a fait remonter à la vie.
Une calomnie l’avait mis en péril. Il montre que son enseignement  Vocabulaire 
de Si 2 est fondé sur sa propre expérience, autant que sur celle des 2bGS destruction La polysémie du terme hébreu šaḥat (« fosse »,
aïeux, tels Josué, Samuel (Si 46,5.16-18) et autres. Les coupes obser- « destruction ») est supprimée dans le grec (apôleias, « destruction »).
vées dans les versions syriaque et grecques ne sont pas identiques. À Qumrân également le terme šaḥat est associé à la corruption.
La numérotation des versets en hébreu et en grec est différente. 2e G présents P.ê. avec une nuance d’opposition, comme en
La version syriaque suit la numérotation du grec. hébreu.
1-7 Argument Ben Sira décrit sa descente aux enfers et les dangers
dont le Seigneur l’a délivré. 2a-héb(ms.B) fosse / destruction Le terme šaḥat a les deux sens.
2d-héb(ms.B) Fauteurs de mensonge L’expression śāṭé kāzāb, « fau-
Texte teurs de mensonge », est un hapax dans la Bible hébraïque (Ps 40,5).
Cf. v.5b : « plâtriers de mensonge ».
 Textes 
1-12-héb(ms.B) Présentation générale Le texte hébreu du ms.B est 2aS très-Haut Propre à S ; cf. v.10a S, « mon père d’en haut ».
bien transmis, hormis quelques détails. *pro1-12.
1-12G Présentation générale La structure strophique ne corres-  Procédés littéraires 
pond pas à celle de l’hébreu *pro1-12-héb(ms.B). La version grecque, 1acG je te rendrai grâces Anaphore (exomologoumai) caractéris-
qui omet l’un ou l’autre demi-vers, a simplifié la structure bipartite tique du rythme oratoire et de l’amplification propres à une prière
de l’hébreu en adressant toute la prière au Seigneur, hormis aux d’actions de grâces.
v.10a et 12d. 2bG destruction Inclusion avec 12a.
1-12S Présentation générale Le texte est plus court : sept demi-vers 2a.2fG Chiasme (boêthos egenou… egenou boêthos).
de moins dans la première partie (2cd, 3a, 5abcd). En supprimant 2-5G Anaphore (ek / apo) caractéristique du rythme oratoire.
toute allusion à la calomnie, la version syriaque rend cette prière 2cd/5b-6aG lè[Link] Échos en chiasme (v.2 : diabo-
plus générale, utilisable pour toute action de grâce individuelle au lês glôssês… pseudos ; v.5s : pseudous diabolês glôssês).
sortir d’une épreuve mortelle. La seconde partie suit davantage le
texte hébreu. 1-12-héb(ms.B) Versification, cadre d’énonciation La structure
littéraire est ferme : une grande inclusion (50,28cd.51,12cd) englobe
50,28d-héb(ms.B) Mon Dieu, mon père / Dieu de mon père ’Ĕlōhay deux parties de dix distiques dans une action de grâces :
’ābî (cf. v.10) ou ’Ĕlōhé ’ābî (cf. Jdt 9,12 ; Ex 15,2). Le texte hébraïque • la première partie (50,28c–51,6) s’adresse à Dieu à la deuxième
de Ben Sira n’est pas vocalisé. Le texte consonantique permet les personne (« tu », vv.50,28c-51,5d).
deux lectures. De la même manière, « Dieu de mon salut » (’Ĕlōhé Les v.6-7 (2 distiques) sont le pivot du texte, le fond de la descente
yiš‘î : cf. Ps 25,5 ; 27,9 ; Ps 18,47 ; Mi 7,7 ; Ha 3,18) peut être lu « mon aux enfers : Dieu y est absent. Le v.6 renvoie aux v. qui précèdent
Dieu, mon salut » (’Ĕlōhay yiš‘i) ; cf. 4Q372 frg 1,16. *pro1-12. (3 strophes de 3 distiques), en particulier aux v.1b.2b. Le v.7 ouvre
2b-héb(ms.B) Mon pied / mes pieds raglî ou raglay. Le texte conso- les v.8-12 (3 strophes de 3 distiques). Au centre de la deuxième stro-
nantique permet les deux lectures. Probablement raglî (assonance phe (v.3ab), l’auteur reconnaît l’intervention divine.
avec la fin des deux versets précédents : ’ābî, napšî). • La seconde partie (51,7-12) parle de Dieu à la troisième personne
2cd-héb(ms.B) Versification L’hébreu propose en fait trois stiques : (« il », v.8-12) tout en intégrant l’anamnèse d’une prière en « tu »
« Tu m’as libéré de la calomnie du peuple, / Du fouet de la calomnie (v.10-11b). Les vv. 8-11 font l’anamnèse d’une prière passée et de
de la langue / Et de la lèvre des fauteurs de mensonge ». Les tristiques son exaucement, puis rendent grâce, comme promis.
Si ,- 131

S ¶ 50,28c héb Ps 18,47 ; 25,5 ; 27,9 ;


Mi 7,7 ; Ha 3,18 ; Lc 1,47
1 Je te rends grâces, Seigneur Roi ¶ 1 héb Ps 22,23 ; 145,1-2
Je louerai ton nom, Seigneur, chaque jour
Et proclamerai ton nom avec des louanges.
2 Tu es depuis toujours ma confiance, Très-Haut ¶ 2b héb Ps 25,15 ; 49,16 ; 89,49 ; 116,8 ;
Os 13,14
Qui as sauvé mon âme de la mort
Et as préservé ma chair de la destruction
De la main du shéol tu as sauvé mes pieds.

1-12-héb(ms.B) Narration : temporalité : analepses et prolepses « secourable » renvoie à l’hébreu « tu m’as racheté ». Reprise partielle
La prière couvre tout le cours du temps : elle est passée, sous forme au début de 3 grec.
d’anamnèse (v.10-11b), présente (v.1-5d), et promise (v.12cd).
1-6-héb(ms.B) vie.â[Link]éol Inclusions qui soulignent le  Intertextualité biblique 
péril mortel encouru : « ma vie » (v.1a.6b), « mon âme » (v.1b.6a), « la Bien des citations ou des références à l’Écriture renvoient à des
mort » (v.1a.6a »), « shéol » (v.2b.6b). situations de détresse critique et exemplaire : le psalmiste en péril
1-5-héb(ms.B) Anaphore Quatorze objets de délivrance, dont (Ps 25 : 3x et autres psaumes de détresse), Job, Jonas dans le ventre
treize précédés par la préposition min (« de »). du grand poisson, Sophonie devant le Jour de Yhwh, Jérémie per-
1b-5d-héb(ms.B) Variation Six verbes différents pour exprimer la sécuté, etc. *ref
délivrance, et huit verbes différents dans les v.1-12.
50,28d-héb(ms.B) Parallélisme ? Lire « Mon Dieu, mon salut, …  Littérature péri-testamentaire 
mon Dieu, mon père » ou « Dieu de mon salut, … Dieu de mon 50,28d-héb (ms. B) – 4Q372 frg 1,16 : « (14) … Et en tout cela
père », soulignerait un parallélisme de structure entre les deux sti- Joseph [fut livré] (15) aux mains des étrangers dévorant sa force et
ques mais l’expression « Dieu de mon père », au sg., est rare tandis brisant ses os jusqu’au temps de sa fin. Et il cria [d’une voix forte]
que l’expression « Dieu de mon salut » est traditionnelle dans la (16) et il appela le Dieu vaillant de le délivrer de leurs mains en
Bible hébraïque. *tex50,28d. disant : “Mon père et mon Dieu [’by w’lhy], ne m’abandonne pas
dans la main des nations […] (25)… et je raconterai [tes] tendresses
 Genres littéraires  […] (26) Je te louerai Yhwh, mon Dieu, et te bénirai ».
1-12-héb(ms.B) Action de grâce individuelle Elle inverse la struc-
ture normale du genre littéraire, connue surtout par Is 38,10-20 ;  Tradition chrétienne 
Ps 116 ; 118 : ces textes commencent par le récit de la détresse où Siracide Le premier commentaire chrétien sur le livre de Ben Sira
sombrait le psalmiste ; ce récit s’adressait aux témoins. Aux vv.1-7, est le commentaire édifiant de Raban Maur, évêque de Mayence
l’auteur s’adresse déjà au Seigneur qui l’a libéré. *gen8-12-héb au 9e s. (PL, t. 109).

Contexte  Liturgie 
1-8-G dans le lectionnaire sanctoral romain : victoire du martyr
 Milieux de vie  Première lecture pour la fête de saint Sixte II, pape, et ses compagnons,
1-12héb(ms.B) Ma [Link] â[Link] [Link] pied Anthropolo- martyrs en 258 (7 août).
gie L’anthropologie de cette prière n’est pas dualiste en hébreu. C’est
la personne même de Ben Sira qui est sauvée de la mort, comme  Théologie 
l’atteste le pronom personnel 1e p. sg. (« tu m’as libéré », v.2c ; cf. 50,28d Dieu Père des personnes individuelles Si l’on opte pour la
3b.4a). Cf. v.6 : « mon âme // ma vie ». lecture ’Ĕlōhay, ’ābî, « mon Dieu, mon père », on retrouvera au v. 10
l’idée de Dieu comme père non seulement du peuple mais de la
Réception personne ; cf. Si 4,10 (surtout hébreu) ; 23,1.4. *tex50,28d héb ;
*bib10a héb
 Comparaison des versions 
1G S/ héb(ms.B) Roi Inversion G et S s’entendent sur ce mot et
inversent l’ordre des deux premiers stiques hébreux.
1b-5d G S/ héb(ms.B) Simplification Les versions grecque et syria-
que ne présentent pas la variété de verbes de héb. *pro1b-5d
2aG/ héb(ms.B) Abrègement Ce stique abrège l’hébreu : le mot grec
« protecteur » renvoie à l’hébreu « refuge de ma vie » et le mot grec
132 Si ,-

G/V héb (ms.B)

Du piège de la calomnie de la langue Tu m’as libéré du fouet de la calomnie de la langue


Et des lèvres des fauteurs de mensonge. Et de la lèvre des fauteurs de mensonge.
Et face à ceux qui étaient présents 3 Face à ceux qui se levaient contre moi, tu étais
Tu Vm’ as été secourable 3 V4 et tu m’as libéré pour moi

Selon l’abondance de ta miséricorde et Tu m’as protégé, selon l’abondance de ton amour,


V
la miséricorde de ton nom,
Des morsures de ceux qui sont prêts à dévorer Du piège de ceux qui guettent ma chute,
V
De ceux qui rugissent prêts à dévorer
V5
De la main de ceux qui cherchent mon âme De la main de ceux qui cherchent mon âme.
Des nombreuses adversités que j’ai subies 4 De nombreuses adversités tu m’as sauvé
V
Des portes de la tribulation qui m’ont entouré
4 V6
De la suffocation d’un feu tout autour Des tourments d’une flamme […]
et du milieu d’un feu où je n’ai pas brûlé 5 De la brûlure d’un feu qui ne fut pas allumé
V
Et au milieu du feu je n’ai pas été consumé Du sein de l’abîme […],
5 V7 De la profondeur du ventre de l’Hadès
V
enfer
Et de la langue impure et de la parole de mensonge Des lèvres méchantes et des plâtriers de mensonge
Et des flèches de la langue trompeuse.

Texte 5b-héb(ms.B) abîme : Conjecture. Le manuscrit permet de lire la


fin d’un mot, wm. On propose les consonnes th en début de mot, ce
 Textes  qui donne tehôm, « abîme ». « Ventre du shéol » : Jon 2,3.
3eG/5bV nombreuses / portes Plutôt que pleionôn (« nombreuses »), 5b-héb(ms.B) Fin du stique : lacune et conjectures Le manuscrit,
V a dû lire pulônôn (« des portes » de l’adversité) : génitif pl. de altéré, propose trois lettres d’un mot inachevé, l’m. Propositions :
pulôn, « porte », « portail »). le’immî « du ventre de l’abîme, ma mère » ; le’ūmmî, « du ventre de
3cd-héb(ms.B) Conjecture Le texte non modifié n’a pas de sens : l’abîme de mon peuple » (cf. « la calomnie du peuple » au v.2c-héb,
« de ceux qui guettent un rocher [sl‘] ». On propose donc de modi- mais probablement une glose) ; le’ūmmîm, « des peuples » ; le’ămiteka,
fier sl‘ myd en çl‘y myd. « selon ta fidélité ». Nous proposons le’ēmîm, « du ventre des ter-
4b-héb(ms.B) Lacune et conjecture Un mot de quelques lettres reurs » (cf. Jb 20,25 ; Si 40,5b). G n’a pas traduit le terme et a ampli-
manque dans le manuscrit, déchiré. Il pourrait s’agir du terme sabîb, fié, en proposant « de la profondeur du ventre de l’Hadès ». S omet
« tout autour ». Cf. versions grecque et syriaque et Lm 2,3, « tout le stique.
autour ».
5a-héb(ms.B) brûlure Le sens de mkbwt ’š, « de l’extinction d’un  Vocabulaire 
feu », n’est accepté par personne, car il serait contradictoire : ce n’est 3bS perdition « Abaddôn ».
pas de l’extinction d’un feu que Ben Sira demande d’être délivré
mais du feu lui-même. Plutôt que mittôk ’ēš (« du milieu d’un feu »)  Grammaire 
ou que mibénôt ’ēš (sens analogue), on préférera la proposition mim- 3aG tu m’as libéré Le verbe commande les neuf stiques qui suivent.
mikwat ’ēš (mmkwt ’š), « de la brûlure d’un feu », expression attestée 5c-d-héb(ms.B) Lèvres méchantes… langue trompeuse. Litt. lèvres
en Lv 13,24. de méchanceté » et « langue de tromperie ». Ces états construits
5a-héb(ms.B) qui ne fut pas allumé. Litt., « pas soufflé » (le’én pūḥâ). expriment des génitifs de qualité.
Cf. Jb 20,26, traité talmudique Sem. 47b, Sg 17,6. L’expression devrait
signifier « un feu qui ne fut pas allumé » par l’homme, immaîtrisable, Réception
terrible. Le sens de l’expression – non sa référence – rejoint celui
d’expressions plus usuelles dans la Bible : « un feu qui ne s’éteint  Comparaison des versions 
pas » (Lv 6,6 ; 2R 22,17 ; 2Ch 34,25 ; Is 66,4 ; Jr 7,20 ; 17,27 ; Ez 21,3-4) ; 3G/ héb(ms.B) Versification G étend sur trois stiques (2e-3b) le
« un feu que personne ne peut éteindre » (Is 1,31 ; Jr 4,4 ; 21,12 ; distique de l’hébreu (3ab). Le grec ajoute « et de ton nom ».
Am 5,6). Ben Sira fut sauvé de la brûlure d’un feu terrible, p.ê. la 4bG/ héb(ms.B) Signification Alors que le texte hébreu souligne le
foudre. *jui5a. caractère terrible et non maîtrisable du feu (« un feu qui ne fut pas
Si ,- 133

¶ 2c héb Ez 36,3 ; cf. Jb 5,21 ; Si 28,17


¶ 2cd héb-G Ps 120,2

3 Et tu m’as sauvé dans l’abondance de ta ¶ 3a héb Gn 31,42 ; 1 Ch 19,12 ;


Ps 56,10 ; 118,6-7 ;
miséricorde ¶ 3b héb-G Ne 13,22 ; Ps 106,45
De l’obstacle et de la perdition tu m’as délivré ¶ 3d Ps 35,4 ; 40,15 ; 70,3 ; Jr 22,25 ;
19,7 ; 21,7 ; 34,20.21

De la main de qui cherche mon âme tu m’as sauvé


De l’abondance de mes afflictions tu m’as délivré

4 Et de la flamme d’un feu qui m’entourait.


¶ 5a héb Lv 13,24 ; Jb 20,26
¶ 5b cf. Jon 2,3ss

allumé »), le texte grec souligne la façon dont l’énonciateur a sur-  Tradition chrétienne 
monté le mal qui l’afflige (« où je n’ai pas brûlé »). 3cG = 4bV [délivrer] de ceux qui rugissent prêts à dévorer V : a
rugientibus praeparatis / paratis ad escam. Expression reprise fré-
 Intertextualité biblique  quemment pour évoquer les menaces, avec ou sans l’idée de déli-
5-9V de l’enfer Imagerie traditionnelle des peines dans l’au-delà vrance. Bernard de Clairvaux la mentionne à plusieurs reprises :
Des expressions comme « ceux qui rugissent prêts à dévorer », « main menace dans la géhenne, menace pour ceux qui ont bâti des
de ceux qui cherchent mon âme », « portes de la tribulation », « suf- murs entre eux-mêmes et l’Époux (Sermons Ct., s.16 ; s.56), menace
focation d’un feu tout autour » trouveront des échos dans la repré- pour ceux qui refusent la miséricorde (Sermons pour l’année, I,2).
sentation traditionnelle de l’enfer. En ayant recours à des images Thomas l’utilise pour commenter le Ps 34 [35],17 et le Ps 33 [34],20
semblables, le NT présente le lieu destiné aux personnes coupables (en complétant par le v.4a-V = 3b G).
d’injustice comme la géhenne « dans le feu qui ne s’éteint pas» 3d-4aG = 5-6aV Citation Thomas, In Ps. (Ps 17 [18],17).
(Mc 9, 43) où « seront les pleurs et les grincements de dents »
(Mt 13,42 ; cf. 25,30.41). L’Apocalypse représente de façon expressive
dans un « étang de feu » ceux qui se soustraient au livre de la vie, allant
ainsi à la rencontre de la « seconde mort » (Ap 20,13s). *chr7-9v

 Tradition juive 
5a-héb(ms.B) un feu non allumé Le petit traité du Talmud Śemaḥot
47b, consacré à la mort et aux funérailles, raconte l’histoire d’un
rabbin condamné à mort par le feu. Celui-ci, se basant sur Jb 20,26,
dont l’expression est reprise en 5a, dit préférer être consumé par un
feu allumé (par l’homme) plutôt que par un feu non allumé, c-à-d
celui de la géhenne : « quand ils le brûlèrent, ils l’enveloppèrent dans
un rouleau de la Tora et y mirent le feu. Sa fille pleurait, se lamentait
et se jeta à terre devant lui. À quoi il répliqua : “ma fille, si c’est pour
moi que tu pleures et te lamentes, sache qu’il est préférable que je
sois consumé par un feu qui est allumé [de main d’homme] plutôt
que par un feu qui ne l’est pas ; car il est écrit : un feu non allumé va
le consumer” ».
134 Si ,-

G/V héb (ms.B)


6 Auprès du roi, de la calomnie d’une langue
injuste.
V
du roi inique et de la langue injuste

Mon âme s’approcha de la mort, 6 Et elle s’approcha de la mort, mon âme


V8
loua le Seigneur jusque dans la mort Et ma vie, du shéol des profondeurs.
V9
Et ma vie était toute proche de l’Hadès
V
l’enfer, en bas.

7 V10 7
On me cernait de partout, et il n’y avait Je me suis tourné de toute part, et personne qui
personne pour me secourir me secoure
Je cherchais du regard le soutien des hommes J’ai guetté quelqu’un qui me soutienne, et personne.
V
un secours et il n’y en avait
pas.

Texte  Tradition chrétienne 


7bG = 10V Citation Thomas, In Ps. (Ps 24 [25],16 ; 26 [27],9-10) ; Sum.
 Textes  theol. 1-2, 40, 3 ad 1, sur le mouvement de l’espoir et de l’attente.
6aG Auprès du roi, de la calomnie Ainsi les mss ; bolidos, « flèche » : 7-9V de la profondeur du ventre de l’enfer Imagerie de l’enfer
conjecture d’après l’hébreu. Le latin (7c) écrit : « d’un roi inique et Raban Maur, In Eccl., ad loc., voit dans la description des épreuves
d’une langue… ». endurées par l’auteur une allusion aux peines de l’enfer. L’auteur dit
que « sa vie approche de l’enfer car, en défaillant, la vie de la chair
 Vocabulaire  approche chaque jour de la mort. Ici, on parle de l’enfer pour signi-
6-S arriva héb et G : « s’approcha ». fier la mort, car la mort de la chair constitue un châtiment du pre-
mier péché, de même que l’enfer représente la peine éternelle des
 Procédés littéraires  âmes pécheresses. Personne, cependant, n’échappe à la mort de la
6-héb(ms.B) Chiasme Mon âme… ma vie. (// G et S). chair. Quel est en effet l’homme qui pourrait vivre sans connaître
la mort ? Voilà pourquoi il est écrit ailleurs : “Nul ne peut vivre à
Réception jamais : que [chacun] soit assuré de cette vérité ” (Eccl. 9). Par la
grâce du Christ, les hommes saints peuvent échapper au tourment
 Comparaison des versions  de l’enfer étant donné qu’ils pérégrineront bientôt vers la joie du
7S / G héb(ms.B) Synthèse héb et G mentionnent dans chaque sti- ciel, une fois délivrés du lien de la chair. » *bib5-9v
que l’absence de secours. S ne le fait qu’au v.7b.
Si ,- 135

6 Elle arriva au shéol, mon âme ¶ 6b Ps 86,13 ; Dt 32,22 ; Jon 2,3-4


Et mon esprit s’approcha de la mort.

7 Et je me suis tourné en arrière afin d’être aidé ¶ 7a Ps 22,12 ; Is 63,5 ; Ps 38,22 ; 71,12
Et j’attendais quelqu’un qui me soutienne, et
personne.
136 Si ,-

G/V héb (ms.B)


8 V11 8
Et je me suis souvenu de ta miséricorde, Mais je me suis souvenu des miséricordes du
Seigneur, Seigneur,
Et de ta bienfaisance de toujours, Et de ses amours de toujours,
V12
Car tu délivres ceux qui t’espèrent Lui qui délivre ceux qui cherchent refuge en lui :
Et les sauves de la main des méchants. Il les rédime de tout mal.
V
nations
9 Et j’ai élevé de terre ma supplication 9 Et j’ai élevé de terre ma voix
V13
Tu as exalté sur terre ma demeure Et des portes du shéol j’ai supplié.
Et de la mort j’ai demandé la délivrance.
V
Et face à la mort qui glissait j’ai supplié
10 V14 J’ai supplié le Seigneur, père de mon 10Et j’ai exalté le Seigneur : « Mon père, c’est toi,
seigneur Oui, c’est toi le héros de mon salut.
De ne pas m’abandonner aux jours d’adversité, Ne m’abandonne pas au jour d’adversité,
Au temps où l’arrogance refuse tout secours. Au jour de catastrophe et de cataclysme.
V
Et au temps des arrogants où l’on est sans secours
11 V15« Je louerai ton nom sans cesse, 11 Je veux louer ton nom toujours
et chanterai dans la reconnaissance ». Et me souviendrai de toi dans la prière ».
Alors il entendit ma voix, le Seigneur,
Et ma demande fut entendue. Et prêta l’oreille à mes supplications.
12 V16 Car tu m’as sauvé de la destruction 12 Il me racheta de tout mal
Et tu m’as délivré du temps mauvais. Et me préserva au jour d’adversité.
V17
C’est pourquoi je rendrai grâces et te louerai, C’est pourquoi je rends grâces et je veux louer,
Et je bénirai le nom du Seigneur. Je veux bénir le nom du Seigneur.

Propositions de lecture 10aG j’ai supplié epikaleomai + infinitif, « supplier… de », avec ce sens
dans toute la littérature grecque classique, biblique (koinè) et patris-
8-12 Argument Cette seconde partie de l’action de grâce raconte tique ; cf. 2M 3,15.17, p.e. L’infinitif qui suit n’est donc pas à com-
comment le malheureux a été sauvé par le Seigneur. prendre comme l’expression d’un ordre (« ne m’abandonne pas »).
10a-héb Notre passage est particulièrement intéressant pour l’inti-
mité de la relation qu’il décrit entre Dieu et l’orant *tex50,28d ;  Procédés littéraires 
theo50,28d ; *ref 10d-héb(ms.B) catastrophe et cataclysme Allitération : šô’ â
ûmešō’â.
Texte 11cG fut entendue Passif théologique Cf. hébreu : « il [= Dieu] enten-
dit ».
 Texte  10-11b strophe centrale de cette action de grâce, évocation de la
11b Je chanterai Le grec suppose l’hébreu ’zmrk (je psalmodierai prière prononcée naguère dans la détresse, place en son centre une
pour toi ). Héb (ms.B) a la racine ’zkrk (je me souviendrai de toi ). unique demande, négative : « ne m’abandonne pas » (cf. Ne 9,32).
8a-héb(ms.B) le Seigneur Dans le ms.B, le tétragramme est tou-
jours rendu par yyy.  Genres littéraires 
8-12-héb(ms.B) Action de grâce : innovation dans le genre de
 Vocabulaire  l’action de grâce : changement de cadre énonciatif Dans les psau-
8d-héb(ms.B) rédime Pour g’l : le Dieu-gō’ēl. *ref. mes du genre littéraire correspondant, la seconde partie, liturgique,
9bG délivrance Rhuomai, délivrer ; rhusis, au sens de « délivrance », s’adressait directement au Seigneur : elle rappelait la prière pro-
hapax dans toute la langue grecque (+ 1 occurrence dans une noncée dans la détresse et la promesse de rendre grâce ; puis le
inscription trouvée sur l’île de Kos) ; sens habituel : « écoulement ». psalmiste exécutait sa promesse. Ben Sira, lui, ne s’adresse plus au
10cG Refuse tout secours Aboêthêsia, « manque de secours », 2 occur- Seigneur, quitte à citer sa prière dans la détresse. En inversant les
rences dans la langue grecque, ici et chez Olympiodore d’Alexandrie, sections « tu » et « il », *pro1-12-héb(ms.B), Ben Sira opère un choix :
Fragmenta in Lam. 4,3 (e s.). non plus une liturgie, mais une action de grâce privée. Le Ps de
louange qui suit (v.12a-o), quelle que soit l’hypothèse rédactionnelle
 Grammaire  retenue, rejoint la deuxième partie de la structure traditionnelle
8cd-héb(ms.B) [ : ] wyg’lm : w explicatif, rendu par nos deux points ( : ). (cf. Ps 118,29). *gen1-12 héb
Si ,- 137

S
8 Je me suis souvenu des miséricordes du Seigneur ¶ 8a cf. Ps 25,6 ; Jon 2,8
¶ 8b Ps 2,12d ; Na 1,7
Et de ses bienveillances de toujours, ¶ 8d héb pour le gō’ēl cf. Nb35,9-34 et les villes de refuge ; cf. Jb 19,25
De celui qui délivre tous ceux qui ont confiance
en lui
Et les sauve de qui est plus fort qu’eux.

9 Et j’ai élevé de terre ma voix, ¶ 9b Is 38,10 ; cf. Jon 2,3 ; Sg 16,13


Et j’ai prié,

10 Et j’ai invoqué mon père d’en haut : ¶ 10a héb Ps 89,27 ; cf. Ps 145,1 ; Ex 15,2b
¶ 10d héb So 1,15b ; Jb 30,3
« Seigneur, héros et sauveur,
Ne m’abandonne pas
Au jour de tribulation et d’affliction.

11 Je louerai ton nom en tout temps ¶ 11d héb Ps 140,7 ; 143,1


Et me souviendrai de toi avec des louanges ».
Alors le Seigneur entendit ma voix
Et écouta ma supplication.
12 Il me délivra de tout mal ¶ 12a héb-syr Gn 48,16 ; Ps 121,7
¶ 12b héb So 1,15 ; Ps 20,2 ; 41,2 ; 50,15 ; Jr 16,19 ; Ab 12.14 ; Na 1,7
Et me sauva de toute tribulation. ¶ 12d héb-gr Ps 145,1
C’est pourquoi je rendrai grâces et je louerai,
Et je bénirai son saint nom.

Réception marque une évolution spirituelle. *tex50,28d-héb ; *theo50,28d-


héb
 Comparaison des versions  10d-héb(ms.B) Au jour de catastrophe et de cataclysme šô’â
8a-héb(ms.B)/ G Cadre énonciatif À partir d’ici, héb désigne le ûmešō’â : So 1,15 ; Jb 30,3 ; 38,27TM. *pro10d-héb
Seigneur à la troisième personne du singulier, tandis que G, conser-
vant le système d’énonciation précédent, continue de lui adresser le  Littérature péri-testamentaire 
discours à la deuxième personne, sauf en 10a et 12d. 10d-héb(ms.B) Cf. 1QH XVII,6 : « et moi, de catastrophe en cata-
10 héb(ms.B)/ G Versification Le grec modifie étrangement le pre- clysme » (mš’h lmšw’h). *pro10d-héb
mier stique hébreu et omet le second.
9aG/ 13aV ma supplication Erreur En raison du iotacisme, le latin  Tradition juive 
a compris par erreur : « J’exalterai sur terre ma demeure » (oiketia 10d-héb catastrophe Cf. la Shoah du e siècle. *pro10d-héb
pour iketeia).
10cG / héb(ms.B) Intertexte biblique perdu Littéralement « à un  Tradition chrétienne 
moment d’arrogances de non-assistance » (huperêfaniôn) ou « à un 8cG= 12aV Citation Thomas, In Ps. (Ps 39 [40],14).
moment de non-assistance des arrogants » (huperêfanôn). Le grec 10G=14V Dieu le Père de mon Seigneur Polémique christologique
omet l’allusion de l’hébreu à So 1,15. (« jour de catastrophe… ») Un juif converti, dans un ouvrage daté d’environ 1235, mène une
11G / héb(ms.B) Style direct ou indirect En hébreu, la prière, évo- polémique anti-juive en prenant à témoin les Écritures, dont deux
quée en anamnèse, débute dès la fin de 10a. versets de Ben Sira (Si 51,10 et 47,13 latin), compris dans une lumière
11cG / héb(ms.B) Versification Le grec réduit à un stique le disti- christologique : « Vous avez occulté aussi le livre de la Sagesse du
que hébreu, en retenant le mot du début du premier stique et celui fils de Syrac, parce qu’il a écrit ceci : “J’ai invoqué le Seigneur, le
de la fin du second. Père de mon Seigneur” [v.14latin = 10grec] ou bien cela : “Le Christ
a nettoyé les péchés de David lui-même” » [Si 47,13 = 11grec]
 Intertextualité biblique  (Guillaume de Bourges, Livre des guerres du Seigneur, ch. 30, 1,
10a-héb(ms.B) Mon père, c’est toi Dans le Ps 89,27 déjà, Dieu 384-387).
place l’expression sur les lèvres du jeune David. La royauté
faisait de lui le fils du Seigneur à un titre particulier. Cf. Ps 2,7 ;
2S 7,14. L’invocation au Dieu-Père d’un simple individu au v.10
138 Si , a-o

Propositions de lecture Psaume de louange

12a-o-héb(ms.B) Quoi qu’il en soit de son origine incertaine *tex, héb (ms.B)
ce psaume, à la place que lui confère le manuscrit, pourrait constituer
la louange que Ben Sira avait annoncée au v.12 : il y a pleinement a
son sens, rejoignant la structure traditionnelle de l’action de grâces
Rendez grâce au Seigneur car il est bon
qui finit par l’action de grâces proprement dite. *gen-héb 1-12 ; Car pour toujours est son amour
*gen 8-12 héb b Rendez grâce au Dieu des louanges
Car pour toujours est son amour.
Texte c Rendez grâce au gardien d’Israël
 Texte  Car pour toujours est son amour.
12a-o-héb(ms.B) L’hébreu (ms.B), et lui seul, insère ici un psaume d Rendez grâce au créateur de tout
de louange de quinze versets. Son attribution à Ben Sira est discutée.
Sa facture et nombre de ses expressions sont empruntées aux Psau-
Car pour toujours est son amour.
e Rendez grâce au rédempteur d’Israël
mes. *bib12a-o *pro12a
Car pour toujours est son amour.
 Vocabulaire  f Rendez grâce à celui qui rassemble les
12b-héb(ms.B) louanges Le terme tišbaḥôt n’est pas biblique,
mais se retrouve à Qumrân (Rouleau de la guerre : 1QM 4,8) et dispersés d’Israël
dans le Rituel de prières (avant la récitation du Šema‘ le matin). Car pour toujours est son amour.
12h corne Métaphore de la puissance. *bib g Rendez grâce à celui qui bâtit sa ville et son
 Procédés littéraires 
temple
12a-héb(ms.B) Citation Ce premier verset est une citation littérale Car pour toujours est son amour.
de l’ouverture des Ps 106, 107, 118 et 136. C’est le Ps 136 qui a servi h Rendez grâce à celui qui fait pousser la corne
de modèle : chaque premier stique est suivi de la même explication de la maison de David
ou exclamation : « car pour toujours est son amour ».
12a-héb(ms.B) car Ambiguïté : explication ou exclamation Car pour toujours est son amour.
Motivation de la louange (« car ») ou exclamation (« Rendez grâce au i Rendez grâce à celui qui choisit les fils de
Seigneur : éternel est son amour! »), selon l’interprétation donnée à Çadoq pour officier comme prêtres
la conjonction ki. P. ê. l’équivalent de « oui ».
12c-héb(ms.B) Parallélismes Construction parallèle dans 8 versets
Car pour toujours est son amour.
j Rendez grâce au bouclier d’Abraham
(c-i et m) : préposition + participe ; celui qui garde, qui façonne, qui
rachète, qui rassemble, qui bâtit, qui fait pousser, qui choisit (2x). Car pour toujours est son amour.
Répétition de ki caractéristique du style hymnique. k Rendez grâce au rocher d’Isaac
12o-héb(ms.B) gloire à tous ses fidèles Ambigüité Autre traduc-
tion possible : « la gloire de tous ses fidèles », 2e complément du Car pour toujours est son amour.
verbe (et non apposition du substantif « corne ») ? *bib12o l Rendez grâce au puissant de Jacob
Car pour toujours est son amour.
Contexte m Rendez grâce à celui qui choisit Sion
 Histoire et géographie  Car pour toujours est son amour.
12i-héb(ms.B) Çadoq Il est le prêtre désigné par Salomon après la n Rendez grâce au roi des rois des rois
destitution d’Ébyatar (1R 2,27-35). *jui12i Car pour toujours est son amour.
o Il élève la corne de son peuple, gloire à tous
Réception
ses fidèles, les fils d’Israël, le peuple qui lui
 Intertextualité biblique 
est proche. Alleluia.
12a-o-héb(ms.B) Centon des psaumes 132 et 136 Le Ps 132 évoque
David (v.1, 10-11), le puissant de Jacob (v.2, 5), les prêtres revêtus
de justice (v.9) et de salut (v.16), le Seigneur qui a fait choix de
Sion (v.13) et fera pousser la corne de David (v.17) et les fidèles du Cf. encore Lc 1,69 l’expression poétique « corne de salut ». Voir aussi
Seigneur (v.16) : autant de traits présents dans ce psaume, au mot Dn 7,7-8; Ap 13
près. Le Ps 136 donne la forme littéraire à notre psaume mais c’est 12i Prêtres « fils de Çadoq » ; Ps 132,13 : « prêtres sont revêtus de
le Ps 132 qui en donne une partie de la matière. justice (çdq) ».
12a-n Pratiquement tous les titres de Dieu dans ce poème sont une 12k Le titre « Rocher d’Isaac » n’est pas biblique mais le titre divin
expression biblique ou ont un ancrage biblique *ref. de Rocher est bien usité : Dt 32,[Link]-31 ; Ps 18,3 ; Is 30,29 ; etc.
12d Cf. Si 24,8 (grec). 12o Citation littérale de Ps 148,14. *pro12o
12f-g Comme Ps 147,2, évoquent successivement Dieu qui bâtit
Jérusalem et rassemble les dispersés d’Israël.  Tradition juive 
12h corne Symbolisme La corne symbolise la puissance, par 12a-o-héb(ms.B) et les Dix-huit bénédictions Ce psaume est proche
exemple dans la description de l’empire d’Alexandre en Dn 8,23. du Rituel juif et en particulier de la prière des Dix-huit bénédictions
Si , a-o 139

12f-héb(ms.B) // 10e bénédiction : « …béni sois-tu, Seigneur, qui


rassembles les dispersés de son peuple Israël ».
12g-héb(ms.B) // 14e bénédiction : « …béni sois-tu, Seigneur, qui
bâtis Jérusalem ».
12h-héb(ms.B) // 15e bénédiction : « Tu fais pousser la pousse de
David […] Béni sois-tu, Seigneur, qui fais pousser la corne du
Car pour toujours est son amour Ps 136,1-26 salut ».

12a-o-héb(ms.B) et la liturgie du Šema‘:


12c-héb(ms.B) gardien d’Israël Titre repris dans l’eulogie de la
¶ 12c Ps 121,4 prière qui suit la récitation du Šema‘ le soir : « béni sois-tu, Seigneur,
qui gardes son peuple Israël à jamais ».
¶ 12d Jr 10,16b ; 51,19b ; Si 24,8 12d-héb(ms.B) créateur de tout Cf. l’eulogie qui précède la récita-
tion du Šema‘ le matin : « Béni sois-tu Seigneur notre Dieu…, qui
façonnes la lumière et crées la ténèbre, qui fais la paix et crées le
¶ 12e Is 49,7b ; cf. 44,6 tout ». Citations de Is 45,7, qui finit par « et crée le mal ». Selon Ber.
11b, le rituel a changé « le mal » en « le tout », qui ne serait qu’un
¶ 12f Is 56,8 ; cf. Ps 147,2
euphémisme.

12i-héb(ms.B) fils de Çadoq Expression proche d’expressions


qumrâniennes, ce qui, selon certains, conforterait l’hypothèse
¶ 12g Ps 147,2 d’une origine qumrânienne de cette pièce. « Fils de Çadoq » apparaît
en CD 3 :21-4 :3, citant Ézéchiel. Ce Psaume est également proche
du Rituel juif et en particulier de la prière des Dix-huit bénédictions.

¶ 12h Ps 132,17 ; Ez 29,21 ; Lc 1,69 12n-héb(ms.B) roi des rois Dans la Bible, Dieu est « roi » (Si 50,7 ;
Ps 98,6 ; 145,1), « roi de gloire » (Ps 24,7-10) ou « grand roi » (Ps 47,3)
et, selon Dt 10,17, Dieu est « le Dieu des dieux, le Seigneur des sei-
gneurs » (’elōhé hā’elōhîm, ’ădoné hā’ădōnîm). Nabuchodonosor est
déclaré « roi des rois » (Ez 26,7). Le titre divin « roi des rois des rois »
n’est pas biblique mais se retrouve dans les Pirqe ’Abot, III,1 et IV,22
et dans la liturgie juive (office de Mussaf pour la fête de Rosh Has-
hanah). La formule doublée ou triplée est une forme de superlatif
¶ 12j Gn 15,1 ; Ps 18,3d ; 115,9-11 sémitique.

 Tradition chrétienne 
Ce psaume n’étant pas repris dans les versions, il n’a pas généré de
postérité dans la tradition chrétienne.
¶ 12l Gn 49,24b ; Ps 132,2.5

¶ 12m Ps 132,13 ; 2R 21,7 etc

¶ 12o Ps 148,14

(Shemone ‘esré) ou ‘Amidah, dont la mise en forme remonterait,


selon le Talmud de Babylone (Meg. 17b ; Ber. 28b), à la fin du 1er s.
(à la demande de Gamaliel). Les finales (eulogies) des bénédictions
sont proches de plusieurs versets du psaume, sans que l’on puisse
déterminer l’origine de cette proximité. Ainsi :
12j-héb(ms.B) // 1e bénédiction : « …béni sois-tu, Seigneur, bouclier
d’Abraham ».
12j,k,l-héb(ms.B) // 1e bénédiction : « Béni sois-tu, Seigneur, Dieu
d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob ».
12e-héb(ms.B) // 7e bénédiction : « …béni sois-tu, Seigneur, rédemp-
teur d’Israël ».
140 Si ,-

Poème alphabétique

G/V héb11Q5 (11QPsa)


13 V18 Quand j’étais encore jeune, avant mes Aleph J’étais un jeune homme : avant que je puisse
errances m’égarer
J’ai cherché ouvertement la sagesse dans ma prière. Je l’ai demandée.

Propositions de lecture tardive. Aussi ne propose-t-on pas la traduction de ce ms. À partir


de toutes les versions mentionnées, il est possible de reconstituer le
13-30 Sens Considéré souvent comme un appendice, ce poème texte hébreu original, en respectant le caractère alphabétique du
faisant l’éloge de la quête de la sagesse est bien dans la manière de poème, mais en plusieurs versets, cette reconstitution demeure
Ben Sira. En Si 6,18-37, il avait déjà développé une longue exhorta- conjecturale. La première partie (v.13-17) correspond à 11Q5 (11QPsa),
tion (sans confession préalable) invitant à une semblable recherche en complétant simplement le v.13b « je l’ai demandée et j’ai beaucoup
de la sagesse. Si 24,30-34 montrait déjà le rôle médiateur du sage prié ». On donne en note la traduction de cette reconstitution.
dans la diffusion de la sagesse. 13-30 S La version syriaque, traduction de l’hébreu, est maladroite ;
elle n’a pas perçu le caractère alphabétique du poème, saute deux
13-30 Structure Dans les versions hébraïque (ms.B), grecque, latine versets, modifie des pronoms.
et syriaque, même si le caractère alphabétique est perdu et que l’un 13-30 héb11Q5 (11QPsa) Le texte de 11Q5 (11QPsa) apparaît dans
ou l’autre verset manquent ou sont intervertis, l’ordonnancement un rouleau constituant principalement une compilation de psaumes
des deux ou trois parties demeure. ou de morceaux de psaumes. Dans la seconde moitié du rouleau,
Dans la première partie (v.13-22), une confession, l’auteur raconte entre des versets du Ps 138 et une apostrophe à Sion, figure ce
sa propre recherche de la sagesse. Elle peut être scindée en deux poème. Il est rédigé non pas en stiques mais en continu. Le manus-
sections, crit est accidentellement incomplet.
• l’une (v.13-17) davantage consacrée aux débuts de l’itinéraire, 13b-héb11Q5 (11QPsa) Lacune ? Le distique est manifestement
• l’autre (v.18-22) davantage à la persévérance dans la recherche au trop court.
fil du temps. Les trois parties seraient chacune conclues par une 13-30 héb(reconstitution)
expression de louange au Seigneur (pour autant qu’au v.30 [ms.B] Aleph 13-héb(reconstitution) « J’étais un jeune homme : avant que
l’on modifie širâ en tehillâ ou que l’on donne à širâ le sens de je puisse m’égarer, Je l’ai demandée et j’ai beaucoup prié. »
chant de louange).
• Dans la seconde partie (v.23-30), l’exhortation, il invite les « gens  Vocabulaire 
sans instruction », ceux qui n’ont pas encore suivi cet itinéraire 13a héb11Q5 (11QPsa) m’égarer Le verbe tā‘â signifie l’errance
de sagesse, à suivre son exemple et son enseignement. morale et non pas spatiale. Ni dans ce poème ni ailleurs dans le
livre l’auteur n’a signalé une telle errance morale. Malgré les voya-
Texte ges qu’il signale, les siens (34,12) ou ceux du scribe en général (39,4),
il semble préférable de choisir la traduction proposée.
 Texte 
13-30 Présentation générale Du point de vue de la critique tex-  Genres littéraires 
tuelle, ce poème final se présente différemment du reste du livre : 13-30 Poème alphabétique Le livre se conclut comme le livre des
aucun des manuscrits n’est totalement fiable. Proverbes par un poème alphabétique, c-à-d un poème dont la pre-
13-30G La version grecque, le meilleur témoin, présente plusieurs dif- mière lettre de chaque verset (ou strophe selon le cas) suit l’ordre de
ficultés : 15a est difficile à interpréter ; 26 ne donne qu’un stique ; 28a l’alphabet. Ce procédé poétique est considéré comme recherché.
semble contredire 25b. Cf. *gra28-G où la contradiction est levée. On trouve d’autres poèmes alphabétiques en Ps 9–10, 25, 34, 37, 111,
13-30 héb La langue originale du poème est l’hébreu mais les 112, 119, 145, Lm 1–4, Na 1,2-8, Pr 31,10-31. Le manuscrit hébreu
témoins en sont problématiques : le manuscrit trouvé à Qumrân 11Q5 11Q5 (11QPsa) atteste le caractère alphabétique du poème dans les
(11QPs a) est accidentellement incomplet et le manuscrit trouvé 11 versets du fragment (jusqu’à la lettre kaph). Le ms.B a conservé
au Caire (ms.B) est en fait la rétroversion de la version syriaque ; quelques versets dans l’ordre alphabétique (aleph, ḥèt, yod, mem,
cette rétroversion, qui présente des rabbinismes, est manifestement nun, aïn, pé, qoph, resh, tav), c-à-d surtout dans la seconde moitié
Si ,- 141

S
13 J’étais jeune et je me plaisais bien avec elle et je ¶ 13a : jeune Si 6,18 ; Sg 8,2
l’ai cherchée. ¶ 13a-G pérégrinations Si 34,9-13
¶ 13b-héb-G Sg 8,21 ; 1R3,9

de l’alphabet. Le caractère alphabétique du poème avait déjà été  Tradition juive 


détecté sur base de G et S, avant la découverte des mss hébreux du 13-30 et L’alphabet de Ben Sira Cet Alphabet est un opuscule qui
Caire et de Qumrân. se compose d’une liste de 22 sentences en araméen, rangées selon
l’ordre alphabétique et agrémentées d’un commentaire en hébreu.
Contexte Listes de sentences (au plus tôt fin de la période des Amoraïm ou
même période des Gaonim) et commentaire (e s. ?) ne relèvent pas
 Milieux de vie  de la même composition. Il ne semble pas que l’origine de l’opuscule
13-30 Traits autobiographiques exceptionnels La pointe du poème soit liée au poème alphabétique qui clôt le livre de Ben Sira. Il n’est
est une invitation à se mettre à l’école du maître (v.23-30) ; pour pas même certain que les auteurs de ce pseudépigraphe aient lu
justifier cette invitation, les deux premières strophes sont une auto- l’œuvre de Ben Sira, même si l’on peut trouver une communauté
présentation de celui qui parle. Deux poèmes peuvent être rappro- d’esprit entre le livre et la liste. En revanche, l’Alphabet de Ben Sira
chés de celui-ci : Pr 8,4-36 et surtout Si 24,3-22 font parler la Sagesse atteste que la tradition juive attribuait à Ben Sira une série de sen-
qui, pour inviter ses auditeurs à se mettre à son écoute, se présente tences qui lui étaient plus ou moins étrangères, comme le montre
elle-même. En outre, chaque strophe des vv.13-30 culmine dans la également le Talmud de Babylone (Sanh. 100b). Le commentateur
louange (v.17b.22b.29b) : c’est le but final de toute vie de sage (cf. de la liste alphabétique des sentences attribue à Ben Sira la paternité
Si 15,10). Ben Sira parle souvent de lui-même dans son livre, déjà en de cinq livres, dont la Pesiq. Rab. Le second Alphabet de Ben Sira
1-12, mais aussi, p.e., en 24,30-34 ; 33,16-19 ; 39,12-13.32-35 ; 42,15 ; (liste alphabétique de 22 sentences en hébreu et commentaire), pos-
aucun sage de la Bible avant lui n’avait agi de la sorte. térieur au premier, rapporte une série de légendes relatives à Ben
Sira, dont le récit de la naissance virginale, dans une sorte de paro-
Réception die de la naissance d’un autre Jésus, de Nazareth.
13-30 et 11Q5 (11QPsa) On s’interroge sur la fonction du florilège
 Comparaison des versions  d’extraits de psaumes et de ce poème alphabétique à Qumrân.
13aG/héb Métonymie du moral au spatial en s’inspirant probable-
ment des voyages de Ben Sira (34 [31G],9-11), G emploie le verbe  Liturgie 
planaômai qui évoque à la fois la pérégrination spatiale et l’errance 12-20 dans le lectionnaire quotidien romain : la joie dans la sagesse
morale (cf. 11Q5 [11QPsa]), ce qui élargit l’idée : il conçoit les voya- Le samedi de la 8e semaine, année I, la 1ère lecture de l’eucharistie
ges comme des expériences morales (cf. 39,4). est Si 51,12b-20 (12e et dernier passage de Si dans le lectionnaire
13bG/S héb dans ma prière Non seulement la recherche de la sagesse quotidien), suivi de Ps 19,8-11, qui souligne la joie que donnent les
mais la prière pour l’obtenir. Idée confortée par le ms.B. *bib13b-G préceptes du Seigneur. L’évangile du jour est Mc 11,27-33, 48e pas-
13bG/S héb Explicitation Première mention de l’objet de la recher- sage d’une séquence semi-continue ; le rapprochement est fortuit,
che, la sagesse. La seconde mention apparaît au v.17. G est moins mais il souligne la sagesse de Jésus.
allusif que S et héb 11Q5 (11QPsa) où la première et unique mention 13-20 Dans le lectionnaire quotidien romain Première lecture du
de la sagesse n’apparaît qu’au v.25S. La confession de la recherche de samedi de la 8e semaine du temps ordinaire (années impaires).
la sagesse se traduit littérairement par une énigme pour le lecteur. 13-19a.20.27 Dans le lectionnaire sanctoral romain Première lec-
13S/G héb et Omission Le traducteur syriaque néglige le procédé ture pour la fête de saint Jean Berchmans, s.j. (26 novembre, mort
alphabétique puisqu’il omet les deux versets suivants. en 1621 l’âge de 22 ans) : la piété de ce tout jeune saint jésuite a bien
actualisé le programme de vie contenu dans ce passage.
 Intertextualité biblique 
13bG Dans ma prière. La prière pour obtenir la sagesse est un topos
biblique : cf. le jeune Salomon (1R 3,9 ; Sg 8,21).
142 Si ,-

G/V héb11Q5 (11QPsa)


14 V19 Devant le sanctuaire Bèt Elle est venue à moi dans sa beauté
V
Avant le temps voulu, je la demandais Et jusqu’à la fin je la rechercherai
Et jusqu’à la fin je la rechercherai.
15 Comme elle perdait sa fleur, telle une grappe Gimel Même si la fleur s’étiole quand ils mûrissent,
de raisins qui noircit Les raisins réjouissent le cœur.
V
Elle perdra sa fleur telle une grappe de raisins
précoce
V20
Mon cœur s’est réjoui en elle.

Mon pied s’est avancé dans le droit chemin Dalèt Mon pied a marché droit
Dès ma jeunesse je la suivais à la trace. Car dès ma jeunesse je l’ai connue.
16 V21 J’ai incliné un peu mon oreille Hé À peine ai-je tendu l’oreille
et j’ai accueilli Que j’ai trouvé beaucoup à comprendre.
V
je l’ai accueillie
V22
Et je me suis trouvé beaucoup d’instruction.
17 Un V grand progrès m’est advenu en elle Vav Pour moi elle ne cessait de croître :
À qui me donne la sagesse je rendrai gloire. À qui m’enseigne je rends sa gloire.
V23
En me procurant la sagesse

Texte voir dans ‘lh une faute d’accord (‘ûl, « joug », masculin, avec suffixe
féminin [‘ûlâ : « son joug » à elle] et le verbe au féminin) que corri-
 Texte  geraient le ms.B et la version syriaque. L’hypothèse de l’holocauste
15aG Si l’on retient la leçon perkazousès, verbe dérivé de perkos, (‘ûl étant lu ‘ōlâ), grammaticalement correcte, ne s’insère pas dans
« noirâtre », il faudrait comprendre qu’il s’agit d’une grappe de raisins le contexte.
qui noircit, après avoir perdu sa fleur (ex-anthousès). V pourrait 17b-héb11Q5 (11QPsa) à qui m’enseigne L’absence de vocalisation
avoir lu prôizousès, « matinale », prôikarpousès, « donnant des fruits permet de comprendre le pluriel (à ceux qui m’enseignent) comme
précoces », ou encore proakmazousès (interprété comme « qui n’a le singulier. Au singulier, l’auteur viserait Dieu lui-même.
pas atteint sa maturité ») d’où la traduction par praecox. L’idée 17b-héb11Q5 (11QPsa) sa/ma gloire Lire hôdô (« sa gloire ») et non
exprimée dans les deux cas semble être celle de la joie de celui qui, hôdî (« ma gloire ») : le manuscrit écrit le yod le plus souvent comme
dans sa maturité, jouit toujours de la sagesse bien que celle-ci n’ait un waw. Ce phénomène apparaît bien plus dans ce ms. que dans les
plus les charmes d’un trésor que l’on vient de découvrir. autres mss hébreux du livre.
15cS mon Dieu Cette introduction du nom de Dieu, au vocatif,
est étrange. Elle est toutefois reprise par le ms.B., sans pronom :  Procédés littéraires 
« Seigneur ». 16aG J’ai accueilli Elision Pas de complément : probablement la
17a-héb11Q5 (11QPsa) elle ne cessait de croître C’est la meilleure sagesse, ou l’enseignement mentionné au deuxième stique. L’absence
solution proposée pour ‘lh hyth, grammaticalement correcte et de complément, que l’on rencontre dans d’autres textes bibliques,
attestée, cadrant bien avec le contexte du poème. Il ne faut point élargit le sens du verbe (« j’ai été enrichi ») *com16aV/G
Si ,- 143

¶ 15b-G Si 6,28

15 Mon pied marchait dans la vérité, mon Seigneur ¶ 15c Ps 25,5 ; 26,3.12
Et dès ma jeunesse j’ai connu l’enseignement.
16 Et je priais sa prière quand j’étais petit
Et j’ai trouvé beaucoup d’enseignement.

17 Son joug était pour moi la gloire


Et à mon enseignant je rendrai grâces.

Contexte 16aV/G J’ai reçu Complémentation. La version latine a suppléé le


complément (illam = sapientiam [« sagesse »]). *pro16a-G
 Milieux de vie  17aS héb(ms.B) son joug traduction de ‘ûl, là où toutes les autres
14aG sanctuaire La version grecque situe la prière de Ben Sira face versions comprennent l’idée de croissance (verbe ‘lh). Ce faisant,
au temple (naos) : dans le livre, ce serait la seule mention du temple S et héb(ms.B) anticipent l’idée du joug de la sagesse bien présente
ou sanctuaire où aurait prié Ben Sira. Le chapitre 50 mentionne le au v.26, dans toutes les versions. *bib26a
temple, mais dans son éloge du grand prêtre Simon.
 Intertextualité biblique 
Réception 17aG Un progrès m’est advenu Si 24,13-14 évoque la croissance de
la Sagesse dans le peuple.
 Comparaison des versions 
13-17 héb S/G héb(reconstitution) Abrègement La première partie de  Tradition chrétienne 
la confession est réduite d’un tiers dans S et héb(ms. B). Par rapport au 17b = 23V Citation Thomas, In Ps. (Ps 12 [13],6 ; Ps 15 [16],7 ; Ps 28
texte hébreu reconstitué, ils omettent la venue de la sagesse elle-même [29],9).
(bèt), et par rapport au texte hébreu reconstitué et au grec, ils omettent
la recherche jusqu’à la fin, la croissance de la sagesse ou son progrès.
14 héb 11Q5 (11QPsa) elle est venue Spécificité C’est la seule ver-
sion à mentionner la venue de la sagesse.
144 Si ,-

G/V héb11Q5 (11QPsa)


18 V24 Car je résolus de la mettre en pratique Zaïn Je résolus de prendre plaisir avec elle
Et j’ai été zélé pour le bien : je ne serai pas J’étais zélé pour le bien et n’en reviendrai pas.
confondu.
19 V25 Mon âme a combattu grâce à elle Ḥèt J’enflammai mon âme pour elle
Et j’ai été minutieux Et ne détournai pas mon visage.
V
Et je me suis affermi dans la pratique de la loi.
V26
J’ai déployé mes mains vers le haut
Et j’ai remarqué ses ignorances.
V
et j’ai pleuré ses ignorances Tèt Je persévérais / purifiai mon âme en elle
Et en ses hauteurs je ne me reposerai pas.
20 V27J’ai dirigé mon âme droit vers elle Yod Ma main ouvrit […]
Et dans la purification Je compris ses secrets.
V
Dans la reconnaissance [de mes fautes] je l’ai Kaph Je purifiai mes paumes pour […]
trouvée.
J’ai acquis l’intelligence avec elle
V28
J’ai possédé l’intelligence avec eux dès le
commencement,
Aussi ne serai-je pas abandonné.
21 V29 Mes entrailles se sont émues à la chercher

Aussi ai-je acquis V posséderai-je une bonne


acquisition.
22 V30Le Seigneur m’a donné pour salaire une ¶ 18a-héb Cf. Pr 8,30

langue
Et avec elle je le louerai.

Texte Nun 22 Le Seigneur m’a donné [pour] salaire mes lèvres / Et de


ma langue je le louerai. »
 Texte 
18-22-héb(reconstitution) 18a-héb11Q5 (11QPsa) prendre plaisir Il n’y a pas lieu de modifier
« Zaïn 18 Je résolus de prendre plaisir avec elle,/ J’étais zélé pour le verbe. Le verbe śḥq compte des connotations de jeu, de plaisir,
le bien et n’en reviendrai pas. de rire. Le rapprochement avec le verbe šḥq de Si 6,36 (« broyer »,
Ḥèt 19 J’enflammai mon âme pour elle / Et ne détournai pas « fouler, user » la pierre) ne convient pas dans ce contexte.
mon visage. 20a-héb11Q5 (11QPsa) persévérais/purifiai Hypothèses en présence :
Tèt 20 Je persévérais en elle / je purifiai mon âme en elle / Et en 1/ ṭrty pour ṭrdty (assimilation du dalet) ; le verbe, rare, évoque
ses hauteurs je ne me reposerai pas / de l’exalter je ne l’idée d’un agir dans la continuité, la persévérance (cf. 32,9b) ; le
me lasserai pas. second stique va dans le même sens. 2/ Lire ṭhrty, « j’ai purifié mon
Yod Ma main ouvrit ses portes / Et je compris se âme », avant de purifier les mains (v.20e).
secrets. 20b-héb11Q5 (11QPsa) Lacune et conjectures Si le premier stique
Kaph Je purifiai mes paumes pour elle / Et l’ai trouvée dans indique bien l’idée de persévérance, celle-ci pourrait se retrouver
son éclat/ pureté. dans le deuxième stique, en conservant brmyh (rôm, « hauteur »,
Lamed J’en acquis l’intelligence depuis son commencement / + suffixe) ; le terme rôm n’étant pas usité au pluriel, on pourrait
Aussi je ne l’abandonnerai pas. aussi penser à mārôm (« hauteur »), et donc à bammerômîm, usité.
Mem 21 Mes entrailles mugissaient comme une fournaise à la La Sagesse sur les hauteurs : cf. Pr 8,2 ; 9,3.14. Certains proposent de
contempler, / Aussi, je l’ai acquise [comme] une bonne modifier en brmmyh (infinitif polel du verbe rûm [« élever »] + suf-
acquisition. fixe) : « de l’exalter je ne me lasserai pas ».
Si ,- 145

accusatif interne pour insister. Le latin (possidebo possessionem) a


S fait de même à la suite de G.

18 J’avais à l’esprit de faire le bien Réception


Et je ne me détournerai pas quand je le trouverai.  Comparaison des versions 
18aG/S héb Insistance sur la pratique G insiste sur la mise en pra-
tique, aussi bien de la sagesse (v.18) que de la loi (v.19b).
19 Je lui ai attaché mon âme 19bG Originalité Même le latin ne suit pas G (25b-V et in faciendo
Et ne détournerai pas de lui mon visage. eam confirmatus sum, « et en la mettant en pratique, j’ai été
affermi »).
19cd G/ héb11Q5 (11QPsa) Inversion de caractère alphabétique du
20 Je lui ai dédié mon âme poème, attesté par 11Q5 (11QPsa), permet de voir que le grec a inter-
Et pour les siècles des siècles je ne l’oublierai pas. verti deux versets.
20d héb S/G V Métonymie de la persévérance à la récompense Alors
que héb(ms.B) et S prolongent le développement autour de l’idée de
persévérance depuis le début jusqu’à la fin (« je ne l’abandonnerai
pas »), le grec et le latin introduisent l’idée de la récompense des
Ma main ouvrit sa porte efforts (« je ne serai pas abandonné »).
J’en fis le tour et le regardai. 19-21S lui Originalité : Allusion à Dieu S parle de « lui », c’est-à-dire
En pureté je l’ai trouvé. de Dieu : le phénomène est-il lié à l’introduction du nom de Dieu au
v.15 ? S est la seule à le faire et héb(ms.B) ne l’a pas suivie. Elle oscille
entre deux recherches : recherche de Dieu et recherche de la sagesse ;
cette dernière encadre la recherche de Dieu. Les autres versions se
Et j’acquis pour moi l’intelligence depuis le centrent exclusivement sur la recherche de la sagesse : à Dieu revient
commencement. la louange.
Aussi je ne l’abandonnerai pas. 20fS depuis le commencement héb(ms.B) mēte ḥillātâ : « depuis son
commencement », c-à-d du commencement de la sagesse ou de
son principe : la crainte, principe ou commencement de la sagesse,
est-elle visée ? *bib20cG . S, d’accord avec le grec, en ne mettant pas
21Mes entrailles brûlent comme une fournaise à de possessif (« le commencement »), laissent ouvertes deux lectures :
le regarder il acquit la sagesse depuis son début à lui (sa jeunesse), idée men-
Aussi ai-je acquis une bonne acquisition. tionnée à plusieurs reprises dans le poème, ou depuis son début à
elle, que celui-ci coïncide ou non avec la crainte du Seigneur (cf.
Pr 1,7 ; 9,10 ; Si 1,14).
22S/G héb Langue… récompense En S la langue a une récompense,
22 Mon Seigneur a donné à ma langue une dans les autres versions, la langue est le salaire.
récompense
 Intertextualité biblique 
Et avec mes lèvres je le louerai.
18a héb11Q5 (11QPsa) prendre plaisir avec Selon Pr 8,30-31, la
Sagesse jouait (même verbe śḥq), se plaisait avec Dieu comme avec
les hommes.
20cG=20fS commencement Allusion à la crainte, commencement et
20d-héb11Q5 (11QPsa) Lacune et conjectures Ne sont lisibles que principe de la sagesse ? Cf. 1,14 ; Pr 9,10 : te ḥillat ḥōkmâ.
quelques lettres, ‘rmyh, la première et la dernière étant hypothéti-
ques. Peut-être peut-on supposer ma‘ărūmmeyâ (« ses secrets » ? ;  Tradition chrétienne 
‘ārôm, « nu », ‘rûm, « rusé », « subtil »). 22G=30V le Seigneur m’a donné…. une langue Pentecôte ? Guer-
ric d’Igny, Sermon pour la Pentecôte, 2 applique ce v. à la Pentecôte
19dG Et j’ai remarqué epenoêsa ; epenthêsa, « j’ai déploré », est une et au parler en langues des apôtres à la gloire Dieu. La citation
conjecture inspirée de la Vetus Latina. Dominus dedit mihi linguam mercedem meam et lingua laudabo
eum est tirée de la Vetus Latina : « Si j’avais mérité de recevoir une
 Vocabulaire  de ces langues, je dirais certainement moi aussi : “le Seigneur m’a
20cG=20fS l’intelligence Même en grec (kardia), l’anthropologie est donné une langue comme récompense, et avec elle, je le louerai”,
sémitique (lēb en hébreu). Acquérir le cœur de la sagesse, c’est en comme les apôtres, dont il est écrit : “Ils publiaient en diverses lan-
acquérir l’intelligence. gues les merveilles de Dieu” » (Ac 2,4-11).
20bS pour les siècles des siècles L’expression, en hébreu (ms.B)
lenēçaḥ neçaḥîm (littéralement : « pour l’éternité des éternités »), est
reprise à Is 34,10b.
20cG= 20fS commencement Ou « principe » : archê

 Grammaire 
21bG J’ai acquis une bonne acquisition Sémitisme Ektêsamên
ktêma, pour rendre l’hébreu qānîtî qanîn (ms.B) à la suite de S :
146 Si ,-

G/V héb
23 V31 Approchez-vous de moi, gens sans instruction
Et séjournez
V
Et rassemblez-vous à la maison de l’instruction.
24 Pourquoi en manquez-vous encore
V32
pourquoi tarder encore et qu’en dites-vous ?
Et vos âmes ont-elles grand soif ?
25 V33
J’ai ouvert ma bouche et j’ai parlé
Acquérez pour vous-mêmes sans argent.
26 V34 Mettez votre cou sous le joug
Et que votre âme reçoive l’instruction.
C’est tout près qu’on peut la trouver.
V
bientôt qu’on peut la trouver.

Texte hustereite qui précède : non pas « pourquoi en manquez-vous


encore », mais « pourquoi tardiez-vous et vous relâchiez-vous ? ».
 Texte  Le ms Z* de V qui porte et quid degitis (« et pourquoi passez-vous
23-30-héb (reconstitution) le temps »), pourrait bien suivre cette leçon : V se comprendrait ainsi
« Samek 23 Tournez-vous vers moi, insensés, en fonction de ce substrat grec.
Et demeurez dans ma maison d’étude. 26cG Stique unique : lacune ? Verset d’un seul stique : l’original
Aïn 24 Jusques à quand vous en priverez-vous devait en comprendre deux.
Et votre âme sera-t-elle si assoiffée ?
Pé 25 J’ai ouvert ma bouche et je dis par elle :  Vocabulaire 
Acquérez pour vous la sagesse sans argent. 23S maison de l’enseignement Le ms. B a traduit par bét midraš,
Çadé 26 Faites entrer vos cous dans son joug expression rabbinique. L’expression originale devait être bét mûsar ;
Et que votre âme porte son fardeau. le terme mûsar est connu de Ben Sira : 6,22 ; 34,12.17.22 (g) ; 35,2.14
Qoph Elle est proche de ceux qui la demandent (g) ; 37,31 ; 41,15 (ms. Massada).
Et qui donne son âme la trouve.
[discuté] Resh 27 Voyez de vos yeux : j’étais jeune / j’ai peu  Grammaire 
peiné, 23bG Maison de l’instruction Sémitisme Le grec (oikos paideias) a
(J’ai tenu bon en elle) et je l’ai trouvée (en abondance). respecté la construction périphrastique de l’hébreu (bét midraš ou
Shin 28 Écoutez (nombreux) mon enseignement plus sûrement bét mûsar).
Et vous acquerrez argent et or en moi.
[discuté] Tav 29 (Que) mon âme se réjouisse de mon salut / Que  Procédés littéraires 
votre âme se réjouisse de son salut 23G gens sans instruction. maison de l’instruction Dérivation
Et vous ne serez pas déçus / n’ayez pas honte de mon chant / de le Gens sans instruction (apaideutoi) et maison de l’instruction (oikos
louer paideias) : répétition de la même racine, seulement en grec.
Pé 30 Accomplissez vos œuvres dans la justice
Et lui vous donne votre salaire en son temps. » Réception

24aG pourquoi en manquez (hustereite)-vous encore Certains mss  Comparaison des versions 
grecs (Sc, V, L...) ajoutent ê legete (« et qu’en dites-vous ? » : cf. V mss : 25bG/S héb acquérez Syncope de l’objet Curieusement, G ne précise
et quid dicitis). Un ms minuscule grec (253) porte en revanche pas l’objet de l’acquisition ; mais par deux fois il a déjà mentionné
ê elêgete ce qui induit une signification différente pour le verbe la sagesse.
Si ,- 147

S
23 Venez à moi, insensés,
Et logez dans la maison de l’enseignement.

24 Jusques à quand serez-vous privés de ces [choses]? ¶ 24b Am 8,11


Et votre âme sera-t-elle assoiffée pour l’unique [chose]?

25J’ai ouvert ma bouche et j’ai parlé ainsi : ¶ 25b Is 55,1


Acquérez pour vous-mêmes la sagesse sans argent.
26 Mettez votre cou sous son joug ¶ 26a 6,24.30 ; Mt 11,29
¶ 26c Dt 30,11-14
Et votre âme recevra l’enseignement.
Elle est proche de celui qui la cherche
Et qui donne son âme la trouve.

 Intertextualité biblique  d’une certaine ressemblance avec les précédents. En fait c’est Jésus
25bS la sagesse sans argent L’invitation sapientielle rejoint l’invi- Sirach qui les a rédigés, selon une tradition très bien établie ; pour-
tation prophétique : Is 55,1. tant, puisqu’ils ont mérité d’être reçus dans le canon, on doit les
26a joug Alors que l’Ancien Testament (surtout les prophètes) pré- compter au nombre des livres prophétiques. »
sente le plus souvent le joug comme un signe négatif d’asser- Jérôme, Ep. 30 ad Paulam : dans son explication de l’alphabet, le
vissement dont le Seigneur délivre (Is 10,27 ; 58,6 ; Jr 27,2 ; 28,14 ; savant de Bethléem explique le sens de l’aleph-beth comme doctrina
30,8 ; Os 10,11 ; Na 1,13), Ben Sira présente le joug de la sagesse du domus (« enseignement de la maison ») c’est-à-dire doctrina Eccle-
Seigneur comme positif (cf. déjà So 3,9 : « servir sous un même siae (enseignement de l’Église).
joug »). En Mt 11,29 (« Chargez-vous de mon joug et mettez-vous à Raban Maur, In Eccl., ad loc. : « Approchez-vous de moi, gens
mon école »), Jésus se présente en maître de sagesse. En Ac 15,10, le sans instruction séjournez à la maison de l’instruction … pourquoi
joug de la Loi (expression rabbinique) est présenté comme trop vos âmes ont-elles grand soif ? Affectueusement paternel, l’homme
lourd. *tex17a sage exhorte les hommes incultes et sans instruction à ce que, sans
retard et sans renâcler, ils se dépêchent d’aller se rassembler dans la
 Tradition juive  maison de l’instruction, qu’est l’Église : on y apprend les véritables
26 Mettez votre cou sous le joug Joug de la Torah [Link]. 1,6 Réci- leçons de la prudence et on y observe de façon assidue l’honnêteté
ter le Šema Yśra’el c’est prendre le joug de la Tora. des mœurs. Alors que [ces hommes] souffrent dans la soif de la
parole de Dieu, [le sage] leur montre et leur reproche de ne pas
 Tradition chrétienne  vouloir recevoir le rafraîchissement de la doctrine spirituelle, et il
23b.26bG=31bV + 34bV La maison de l’instruction Interprétation leur manifeste aussitôt ce qu’il leur convient de faire ».
ecclésiologique Pour Augustin, Disc. I,1, la maison est l’Église et le
maître, c’est le Christ : Discunt christiani, docet Christus . Il combine 26aG mettez votre cou sous le joug Clément de Rome (1Clém.63,1),
deux expressions, in domum disciplinae et suscipiat anima vestra dans une invitation à l’obéissance, estime qu’il convient de « cour-
disciplinam, en écrivant : « accueillez l’instruction dans la maison ber la nuque » : « Il convient de “courber la nuque” et d’occuper la
de l’instruction » et précise le contenu de cette instruction : « Le place que nous assigne l’obéissance ». Syméon le nouveau théo-
canon entier des Écritures, sur lequel je dis que doit porter notre logien, Catéchèses (Discours 9), compare la pratique du jeûne à
réflexion est constitué par les livres suivants : cinq de Moïse […]. cette soumission de la nuque au joug : « Je n’étais pas sans savoir que
Viennent ensuite les Prophètes, parmi lesquels figurent un livre des […] chacun d’entre nous les fidèles accueille avec une ardeur brû-
Psaumes de David, trois de Salomon, les Proverbes, le Cantique des lante ce (grand) bien qu’est le jeûne ; qu’il n’est personne qui ne
Cantiques et l’Ecclésiaste. Car les deux livres dont l’un s’intitule la soumette à ce joug une nuque docile ».
Sagesse et l’autre l’Ecclésiastique sont attribués à Salomon par suite
148 Si ,-

G/V héb
27 V35Voyez de vos yeux : j’ai peu peiné
Et me suis trouvé bien du repos.
28 V36Prenez part à l’instruction – elle vaut beaucoup d’argent ! –
Et vous acquerrez beaucoup d’or grâce à elle.
29 V37 Que votre âme se réjouisse en sa miséricorde
Et ne soyez pas honteux de le louer.
30 V38 Accomplissez votre œuvre avant le temps fixé […] votre salaire en son temps.
Et il donnera votre salaire en son temps.
Sagesse de Jésus fils de Sira
V52,1
Puis Salomon fléchit les genoux à la face de toute la
congrégation d’Israël, il ouvrit les mains vers le ciel et dit :
« Seigneur Dieu d’Israël, etc.

Texte 30G Accomplissez votre œuvre Sémitisme : accusatif d’objet interne,


comme en hébreu (ms.B) et en S : litt. « œuvrez votre œuvre ».
 Texte 
28aS Écoutez « Ecoute » dans le ms (codex ambrosien).  Procédés littéraires 
29aS conversion héb(ms.B) a traduit par yešivâ, qui est un terme 27G peu peiné… bien du repos Antithèse entre les deux stiques.
rabbinique : l’original hébreu devait comporter un autre mot, p.ê. *com27-G
Tešûvâ, en suivant S ? Mais le poème ne signale pas de faute dont Ben 30G Avant le temps… en son temps Antithèse entre les deux sti-
Sira aurait à se repentir. Yešûâ, « salut », plus proche de la miséricorde ques *com30a-G
du grec et du latin ? « mon salut » ou « son salut » (de Dieu) ? 30S Verset de clôture : composition savante Le verset précédent a
30cdS Supplément ? cf. héb(ms.B.) ce v. n’appartient plus au poème clos le poème alphabétique de 22 lettres. Comme en Ps 25,22 et
alphabétique mais pas davantage à la souscription. 34,23, ce poème alphabétique est suivi d’un dernier verset commen-
souscription héb(ms.B) développe la souscription : « Jusqu’ici les çant en hébreu par un pé, lequel, avec la première lettre de l’alphabet
paroles de Simon fils de Jésus, qui est appelé Ben Sira / Sagesse de (aleph) et celle du milieu (lamed), forment ensemble la lettre aleph,
Simon fils de Jésus, fils de Éléazar, fils de Sira. / Que le nom du désignant l’ensemble de l’alphabet. Ce procédé est savant.
Seigneur soit béni, dès maintenant et à jamais ».
Réception
 Grammaire 
28G elle vaut beaucoup d’argent Ên + datif introduisant un com-  Comparaison des versions 
plément de moyen ou un attribut ? On peut comprendre 27G/S héb Antithèse renforcée Le grec propose une antithèse entre
• ou bien avec le latin (in multo numero argenti), « Prenez part à les deux stiques : peu de peine pour beaucoup de repos. Cette
l’instruction au prix de beaucoup d’argent », en contradiction antithèse, bien qu’absente d’héb(ms.B), est présente en S, mais
avec le v.25 mais conformément à la poétique de l’antithèse de sans l’idée de repos : peu de peine pour beaucoup de découverte
tout le passage *pro27-G *pro30-G de la sagesse. Notons que toute la partie « confession » du poème
• ou bien que la préposition grecque en + datif introduise un attri- atteste plutôt l’effort soutenu dans la recherche de la sagesse. Seul
but du mot « instruction ». On pourrait traduire : « elle vaut une le v.16 (« à peine ai-je tendu l’oreille »), tant en hébreu 11Q5
fortune ! » ; s’il n’y avait le second stique, on traduirait : « qui vaut (11QPsa) qu’en grec, pourrait aller dans le sens d’une légèreté dans
son pesant d’or ». l’effort.
Si ,- 149

S
27Regardez de vos yeux ¶ 27b-G Si 6,28
Car j’ai peu peiné pour elle et j’ai trouvé beaucoup d’elle.
28 Écoutez mon enseignement, même s’il est petit, ¶ 28-G Cf. Pr 4,7 ; 16,16 ; Mt 13,44-46 ;
Si 20,30s ; 41,14s
Et argent et or vous acquerrez grâce à moi.
29 Que votre âme se réjouisse de ma conversion
Et ne soyez pas honteux de ma louange.
30 Accomplissez votre œuvre à contretemps
Et votre récompense sera donnée en son temps.
Béni soit Dieu pour toujours
Et loué soit son nom de génération en génération.

Le livre du fils de Sira est fini ¶ Sagesse de Jésus fils de Sira Si 50,27

30aG avant le temps fixé Antithèse L’expression pro kairou (ante « Bien petit est assurément le labeur, mais grand et éternel le
tempus en latin), qui crée une antithèse entre les deux stiques repos ».
(« avant le temps », « en son temps »), est obscure. Faut-il comprendre 33sV J’ai ouvert ma bouche… Acquérez pour vous-mêmes sans
« pour le temps fixé » ? ; ou que le temps fixé dont il s’agit soit celui argent Interprétation intertextuelle : eucharistique Raban Maur,
de la mort ? (cf. pro teleutês, 11,28). *syn30a-S In Eccl., ad loc. : « La meilleure aubaine, [on la trouve] lorsqu’on est
en mesure de mériter par la piété ce qu’une grande dépense de
28aS Même s’il est petit Originalité richesses ne peut obtenir. Celui qui s’applique à l’étude et vit de
30aS À contretemps Litt. « qui n’est pas en son temps ». Comment façon disciplinée obtient vraiment le don de la sagesse céleste. Or ce
comprendre ? Héb(ms.B) a traduit « dans la justice » (biçedākâ) : il verset est semblable à cet autre d’Isaïe : “Vous tous qui avez soif,
est le seul à ne pas mentionner l’idée du temps dans ce stique, par venez vers les eaux ; et vous qui n’avez pas d’argent, dépêchez-vous :
ailleurs parfaitement compréhensible sans changement. Faut-il s’aligner achetez et mangez. Venez, achetez du vin et du lait, sans argent et
sur les versions ? Certains proposent belō’ ‘ēt, proche du syriaque, sans rien en échange. […] Écoutez de votre écoute et mangez ce qui
mais l’expression signifierait « sans le temps » ou « à contretemps » est bon, et votre âme trouvera son régal dans l’abondance” (Is 55).
(cf. 32,4). Faut-il supposer plutôt ‘ad ‘ēt (cf. 20,6), « jusqu’au temps Méprisons cet argent et ces ressources par lesquelles il nous est
fixé » ? lepî hā‘ēt, « selon le temps » (cf. 1QS 9,13 = 4Q259 (4QSe) impossible d’acheter l’eau du Seigneur et avançons vers celui qui,
1.3,9, au pluriel) ? lipné hā‘ēt, « avant le temps fixé » ? Ce temps coïn- tenant [dans la main] le Calice du sacrement, disait à ses disciples :
ciderait-il avec la mort (cf. 9,12) ? *syn30a-G “Prenez et buvez, ceci est mon Sang qui sera versé pour vous en
rémission des péchés” (Mt 26). Ce vin, il l’a mélangé à la sagesse
30V/G Addition Le texte latin ne s’achève pas sur ce poème, mais sur dans son cratère, invitant à boire tous les ignorants du monde autant
la prière de Salomon de 1R 8,22-31 dont le texte n’est cependant pas que ceux qui ignorent la sagesse du monde. Et gardons-nous d’ache-
celui de la Vulgate mais traduit du grec et figure dans la plupart et ter seulement du vin, [achetons] aussi du lait, qui représente l’inno-
les meilleurs manuscrits. *Intro. cence des enfants. (...) Voilà pourquoi Moïse, qui comprenait que le
vin et le lait [se trouvent] mystérieusement exprimés dans la passion
 Tradition chrétienne  du Christ, [nous] offre ce témoignage : “Par le vin, ses yeux regorgent
27sG peu peiné beaucoup d’or Disproportion entre effort terrestre de grâce, et par le lait, ses dents brillent de blancheur” (Gn 49,12) ».
et récompense céleste L’auteur anonyme de la Vie de sainte Mélanie,
45, en évoquant l’enseignement ascétique, se réfère à Ben Sira :
1° lecture de Ben Sira le Sage (Si 27, 4-7)
Quand on secoue le tamis, il reste les
déchets ; de même, les petits côtés d’un homme
apparaissent dans ses propos.
Le four éprouve les vases du potier ; on juge
l’homme en le faisant parler.
C’est le fruit qui manifeste la qualité de l’arbre ;
ainsi la parole fait connaître les sentiments.
Ne fais pas l’éloge de quelqu’un avant qu’il ait
parlé ; c’est alors qu’on pourra le juger.
Le livre de Ben Sira le sage, ou Siracide ou en- Ses notations forment une sorte d’encyclopedie,
core l’Ecclésiastique (appele ainsi dans certaines un veritable condense sur l’art de vivre selon la
bibles en raison de son usage frequent dans volonte de Dieu, ou encore un manuel de bonne
l’Eglise pour instruire les nouveaux baptises), conduite du Juif qui veut rester fidele a la foi de
est l’œuvre de Jesus Ben Sira (Si 50,27). C’est un ses ancetres. Il traite donc de tous les sujets. Cela
notable de Jerusalem, penetre de l’amour de la est dit avec prudence, ponderation, sagesse.
Loi, du Temple, du Sacerdoce et du Culte, qui ve- C’est pourquoi les Peres de l’Eglise, tous les mo-
cut a cheval sur le III° s. et II°s. av. J-C. ralistes et auteurs spiritualistes sont plus ou
Son livre paraît entre - 180 et la revolte des Mac- moins consciemment tributaires de ce livre,
cabees qui debuta vers - 167 (il n’en parle pas !). ecrit Charles de Beaumont.
En - 332, la Palestine, jusque la dominee par la Comme tous les autres ecrits de sagesse, le livre
Perse depuis - 538, est conquise par les armees de Ben Sira est compose de « distiques ». C’est la
d’Alexandre le Grand qui meurt a 33 ans, en - reunion a l’interieur d’une phrase (ou verset) de
323. Ses lieutenants se partagent alors les im- deux vers qui forment ensemble une pensee
menses territoires conquis. (telle une maxime). Ainsi cet ouvrage, le plus
L’Egypte est gouvernee par Ptolemee Soter qui souvent sans ordre, est frequemment compose
fonde une dynastie (les Ptolemees ou Lagides - de groupes de pensees simplement juxtaposees,
car il etait fils de Lagos) qui regnera jusqu’en - comme cela est le cas dans notre passage !
30, quand Auguste s’empara du pays. (Cleopatre Dans nos 4 versets, Ben Sira medite sur l’homme
est la derniere reine de cette dynastie). qui parle. Car le veritable fond de notre cœur se
Mais, meme si les Ptolemees etaient bienveil- traduit dans nos paroles. Un cœur bon, dira des
lants et tolerants quant au Judaîsme, l’esprit grec paroles de bonte et vice versa. Ecoutons-nous
exerça une influence preponderante dans tout l’ parler, nous saurons l’etat de notre cœur !
Orient et l’hellenisme remit en question l’exis- La traduction grecque de ce livre est l’œuvre du
tence meme du judaîsme. petit fils de l’auteur qui semble avoir effectue ce
Ben Sira medite sur ce danger, cherchant a de- travail vers 130 av. J-C., a Alexandrie. St Jerome,
montrer par des maximes, des proverbes et di- au IV° s, avait une copie du texte hebreu vite dis-
verses pensees, que l’authentique sagesse est paru, mais dont on a retrouve des fragments
celle de la Loi. dans une bibliotheque du Caire, vers 1890 !

8° dimanche du Temps Ordinaire ¤ 03/03/ 2019 * © bernard.dumec471@[Link]


1
Evangile selon saint Luc (Lc 6, 39-45)
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples en parabole : « Un aveugle peut-il
guider un autre aveugle ? Ne vont-ils pas tomber tous les deux dans un trou ? Le disciple
n’est pas au-dessus du maître ; mais une fois bien formé, chacun sera comme son maître.
Qu’as-tu à regarder la paille dans l’œil de ton frère, alors que la poutre qui est dans ton
œil à toi, tu ne la remarques pas ? Comment peux-tu dire à ton frère : ‘Frère, laisse-moi
enlever la paille qui est dans ton œil’, alors que toi-même ne vois pas la poutre qui est
dans le tien ? Hypocrite ! Enlève d’abord la poutre de ton œil ; alors tu verras clair pour
enlever la paille qui est dans l’œil de ton frère. Un bon arbre ne donne pas de fruit pour-
ri ; jamais non plus un arbre qui pourrit ne donne de bon fruit. Chaque arbre, en effet, se
reconnaît à son fruit : on ne cueille pas des figues sur des épines ; on ne vendange pas
non plus du raisin sur des ronces. L’homme bon tire le bien du trésor de son cœur qui est
bon ; et l’homme mauvais tire le mal de son cœur qui est mauvais : car ce que dit la
bouche, c’est ce qui déborde du cœur. »

Nous sommes toujours avec le « discours Il est donc indispensable dans un premier
dans la plaine », où Lc a rassemblé diverses temps de se former à l’école de Jésus dont la
paroles isolées de Jésus, qui avaient la même miséricorde pour les pécheurs, le rendait apte
idée. Mais l’évangéliste signale ici à son lec- à guider les autres. D’ailleurs, c’est être hypo-
teur qu’il se trouve face à une « parabole ». crite, jouer un rôle, que de prôner une voie
Ce terme invite à chercher le sens des juste, que l’on n’emprunte pas soi-même.
phrases sans en rester aux images. Seule une conversion sans cesse poursuivie,
Cette rupture de style fait sens, car elle mani- qui débouche sur un comportement authen-
feste le changement de personnages envers tique, peut faire sortir de l’aveuglement et
lesquels tout disciple doit se montrer bienveil- autorise à prétendre corriger l’attitude d’un
lant : après l’ennemi (semaine dernière), voici frère dans la foi.
le frère, « l’autre » dans la communauté. En invitant à « balayer devant sa porte », la
Il y a là une invitation à ne pas le juger. Mais parabole de la paille et de la poutre rappelle
ne pas juger ne signifie pas tout mettre sur le qu’il faut être soi-même bon, pour proposer à
même plan, écrit Hugues Cousin. l’autre une bonne conduite.
Le chrétien qui n’a pas atteint la taille adulte Le véritable disciple doit poser des actes con-
dans l’ordre de la vie chrétienne (Cf. 1 Co 3,1- formes à sa foi. Il est donc question d’un
3), ne peut prétendre guider les autres à la « agir » que viennent éclairer les paraboles
pleine lumière de la foi, ni les critiquer. L’exis- sur les arbres et leurs fruits, suivies de leur
tence croyante est une longue préparation application. Comme la qualité d’un fruit permet
pour être bien formé. Ce n’est qu’après cette de juger de la valeur de l’arbre, de même tout
période que le disciple sera comme son ce que produit l’homme (son agir et ses pa-
Maître, le Christ, qui invitait chacun à changer roles) révèle ce qu’il est au plus profond de lui-
le cours de sa vie … à se convertir. Il faut même. Soustrait au regard, mais connu de
d’abord le vivre, avant d’aider autrui ! Dieu, le cœur est le lieu où se joue le salut.

Si Mt applique l’image de l’aveugle qui veut guider un autre aveugle, aux pharisiens qui egarent le
peuple, Lc, lui, l’adresse aux disciples, invitant par la les responsables de toute communaute chre-
tienne a faire preuve de lucidite.
La parabole de « la paille », traite de l’entraide spirituelle entre membres d’une eglise. Savoir
« guider » les autres suppose une serieuse formation au discernement. Il y a la un leçon d’humili-
te : il faut reconnaître nos propres limites ou nos propres defauts avant de vouloir corriger les
autres. Plus grave, nos propres defauts peuvent constituer un prisme deformant qui nous enleve
toute objectivite pour pretendre corriger l’autre.
Quant aux paraboles sur « l’arbre », ecrit Michel Hubaut, il faut se rappeler que nous avons la un
symbole frequent dans la Bible ou le peuple est compare a un cep (un veritable arbre, en Orient)
qui ne porte souvent qu’un mauvais fruit (Is 5). Dans St Jn, Jesus lui-meme est compare a un cep
dont nous sommes les sarments qui ne peuvent porter du bon fruit, que greffes sur lui (Jn 15,8).
Ici, Lc, avec beaucoup de realisme, montre que c’est la qualite des fruits que nous portons, la quali-
te de nos actes, de nos relations, qui manifestent notre enracinement dans les paroles du Christ.

2
Au sujet du carême qui débute le mercredi 6 mars.

La venue du Royaume de Dieu est et a /… Mais ce temps du jeune avant Paques, est observe de
toujours ete liee a une conversion. Ce manieres differentes selon les lieux. A Rome, trois se-
processus s’enracine dans le phenomene maines, en exceptant les samedis et dimanches. En Illy-
religieux commun a l’humanite qui uti- rie (Albanie), en Grece et a Alexandrie, il est de six se-
lise des rites de passages reguliers maines et porte deja le nom de « jeune de quarante
(annuels) entre un rythme de mort (le jours ». En d’autres lieux, il commence la septieme se-
passe) et une renaissance a la vie. Ainsi maine avant Paques, mais a raison de trois jours par se-
le bapteme inclut la renonciation a la vie maine ; il porte pourtant le nom de « jeune de quarante
ancienne pour une vie nouvelle. Le mys- jours » (en lien avec la retraite de « quarante jours et
tere pascal du Christ est, dans le chris- quarante nuits » que fit Jesus au desert).
tianisme, le repere fondamental de ce C’est au concile de Nicee (du 20 mai au 25 juillet 325)
passage d’un etat a un autre, et a joue un que semble avoir ete officialise ce temps specifique, car
grand role dans l’organisation liturgique quelques annees apres ce concile, nous trouvons la pra-
du temps, ecrit Thomas Talley. tique du « jeune de quarante jours » comme une cou-
Tres tot, l’Eglise primitive a vite mis en tume etablie dans de nombreuses Eglises.
place un temps de preparation aux bap-
Quelle que soit la durée concrète de ce temps de
temes qui se faisaient a Paques. Par rico- « jeûne », il est clair qu’il était au départ le temps de for-
chet, il est devenu pour les baptises un mation finale de ceux qui allaient être baptisés à
moment fort annuel pour reactualiser Pâques : « Pendant ces sept semaines, on vous a ins-
leur propre bapteme et continuer leur truits, vous avez entendu parler de la foi et de la résur-
chemin de conversion. Ainsi est ne cette rection, vous avez entendu l’explication du symbole
periode que nous nommons « Careme » [credo], ... ». Il prendra peu à peu le nom de Quadrage-
base sur le jeune, pendant des siecles…/ sima qui a donné « Carême » en français.
Dans l’Eglise catholique romaine, le Carême dé- …/… Il peut aussi « s’asseoir sur des Cendres »,
bute par le rite de l’imposition de cendres, le comme Job, Jonas, David, et d’autres…
mercredi qui précède le 1° dimanche de Ca- Mais quel que soit la forme du rite, l’être humain,
rême. Les cendres évoquent la mort et invitent à par ce geste, se resitue vis à vis de Dieu. Car face à
la conversion pour la vie, comme l’attestent les son Créateur, et c’est cela qui manifeste sa diffé-
deux formules possibles : soit « Convertissez- rence, toute créature, tout être humain, « n’est
vous et croyez à l’Evangile. » soit « Souviens-toi que poussière et cendre. » Gn 18,27.
Se couvrir la tête de cendres, s’asseoir sur des
que tu es poussière et que tu retourneras en
cendres, recevoir sur le front des cendres, est donc
poussière. » un rite, un geste symbolique qui exprime quelque
L’usage des Cendres, se retrouve dans la plupart chose de très profond : le mystère même de l’être
des religions antiques : elles y sont associées à humain qui, par nature, est radicalement différent
la poussière symbolisant la faiblesse et la fragili- de Dieu.
té de l’être humain qui commet des fautes en- Cependant, ce rite n’est pas qu’un geste de recon-
vers la divinité. naissance. Il exprime toujours le désir d’être par-
Dans la Bible, le cœur de l’homme, parce que ce donné, lavé du péché, (comme le dit le psaume
dernier est pécheur, est semblable aux cendres : 51,9). Il manifeste donc simultanément le pardon
« Son cœur n’est que cendre » dit le Livre de la donné, la pureté retrouvée [¤]. Voilà pourquoi il
Sagesse (15,10). Du coup, la conséquence du remplace le rite pénitentiel lors de la messe où les
péché, son salaire pourrait-on dire, n’est que cendres son imposées.
cendres : Ezéchiel dit de l’homme violent et or- Parce qu’il est langage pour le cœur humain, qu’il
gueilleux, qui se détourne de la voie de Dieu : Il nous vient d’une culture où la symbolique gérait
sera réduit en cendres ! (Ez 28,18). Le prophète la vie, tout rite avec des cendres parle (devrait
parler !!!) plus que les mots.
Malachie ajoutera que « Les méchants seront ___________________________________________________________________________________________________________________________

piétinés comme des cendres. » (Ml 3,21). [¤] Encore au début du siècle dernier, on se ser-
Ainsi, chaque fois qu’un être humain reconnaît vait des cendres pour faire les grandes lessives,
son erreur, sa faute, ses manquements, et se parce que l’eau chaude, en passant sur les
convertit, chaque fois, il s’avoue publiquement cendres donne du carbonate de sodium (qui sert à
pécheur en se couvrant de cendres. …/... la fabrication du savon).
3
Homélie du 8° dimanche du t. o.

(le 3 mars, 9h30 : Bizanet)

Dans ce passage de l’évangile, Jésus ne parle pas à la foule mais à ceux qui le
suivent depuis déjà un certain temps. Il s’adresse à des personnes qu’il veut for-
mer et il leur parle de leur formation. Ces paroles s’adressent donc à ses dis-
ciples, et par-delà, à tous ceux qui veulent l’être encore aujourd’hui.
Jésus commence par une mise-en-garde : « Attention de ne pas être comme des
aveugles qui prétendent conduire les autres alors que vous risquez de tomber
dans un trou et d’y entraîner avec vous ceux qui vous écoutent. » Avec
l’exemple de la poutre et de la paille, il dénonce le risque qui guette tout disciple,
celui de déformer son message.
Jésus explique que le but de sa mise-en-garde, c’est que nous devenions
comme lui, que nous découvrions que nous avons la même dignité que lui : celle
d’être fils ou fille de Dieu. Car il veut susciter un peuple de frères et de sœurs. Il
veut que ses disciples soient les premiers à croire que tout être humain est au
même rang que les autres aux yeux de Dieu. Jésus veut que ses disciples diffu-
sent cet enseignement non seulement en paroles mais aussi en actes.
Cependant le danger, c’est de croire que parce que l’on se dit chrétien, on joui-
rait d’un avantage, que l’on serait au-dessus de la mêlée, plus proche de Dieu et
meilleur que les autres. Le pire serait alors de vouloir garder ce prétendu privi-
lège, sous prétexte de posséder une connaissance de Dieu ou d’exercer une
fonction élevée : « À quoi servirions-nous, si les autres se mettaient à connaître
Dieu autant que nous ? » Le pire du pire serait d’obliger les foules à reconnaître
cette soi-disant supériorité ! L’enseignement du maître est alors déformé, détour-
né de sa finalité. L’égalité voulue par Jésus serait bafouée.
Aveuglés par la poutre de l’orgueil, ces mauvais disciples sont des
« hypocrites ». Or, le mot « hypocrisie » vient d’un terme grec dont l’un des sens
est « jalousie » et un autre : « dissimulation». Ces disciples-là dissimulent leur
pensée aux yeux des foules comme ils se dissimulent à eux-mêmes leur propre
jalousie. Mais elle n’est pas cachée pour Jésus qui veut les sortir de leur aveu-
glement. S’il dénonce ainsi ce comportement ce n’est pas pour écraser ses dis-
ciples, mais pour en former au moins quelques-uns à vivre en vérité l’égale digni-
té de tous, pour être des « maîtres-serviteurs » en matière de fraternité.
On notera que l’enseignement de Jésus à ses disciples ne porte pas sur des
concepts. Il ne cherche pas à faire d’eux des théologiens, des « dogmaticiens »
ou des moralistes. Il cherche à faire de ses disciples ceux par qui il veut engen-
drer une fraternité réelle et universelle. C’est pourquoi il invite ses disciples à dé-
celer en eux-mêmes leur orgueil, leur jalousie, leur hypocrisie. Il veut que ceux-ci
soient capables de déceler ce fléau qui paralyse son Église.
L’orgueil, qui engendre un sentiment de supériorité, quand il s’empare de ceux
qui se prétendent être disciples du Christ, voilà la poutre qui les rend aveugles et
affaiblit grandement l’annonce de l’enseignement de Jésus.
Tout le reste, tout ce que nous pouvons regretter dans notre propre comporte-
ment ou dénoncer chez un frère ou une sœur, n’est que de la paille. Certes cela
peut brouiller la vue mais, pour quelqu’un qui veut avancer sur le chemin de l’hu-
milité et de la fraternité, la paille peut se mettre au feu, un feu qui se transforme-
ra toujours, par grâce, en feu de joie !
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