Rjean
Rjean
Il est bon de connaître le déroulement d’un repas juif à l’époque de Jésus, car il avait ses règles.
Comme nous commençons pas un apéritif, l’hôte pouvait servir un verre de vin et quelques
hors-d'œuvre dans une pièce attenante à la salle à manger. Un serviteur apportait aux invités
de l’eau pour se laver la main droite avant de se servir. A cet instant, chacun prononçait pour
soi une bénédiction, puisqu’il n’y avait pas encore une communauté de table.
C’est peut-être pendant cet « apéritif » qu’eut lieu la guérison de l’hydropique (versets 2 à 6),
sautée par la liturgie.
Une fois tous les invités arrivés, on passait à table dans la salle à manger. Si les Juifs consom-
maient les repas ordinaires assis, ils mangeaient couchés (suivant l’usage des Grecs et des Ro-
mains) quand il s’agissait de repas d’invitation ou de fête, plus solennels. Les invités s’allon-
geaient sur le côté gauche, couchés sur des lits garnis de coussins et disposés en épi sur les
trois côtés d’une grande table basse. La main droite restait ainsi libre pour manger.
Comme il y avait alors communauté de table, le maître de maison commençait le repas par une
bénédiction sur le pain à haute voix, et au nom de tous. Il prononçait de même une bénédiction
sur la coupe à la fin du repas.
Enfin, au début, au milieu et à la fin du repas, un serviteur apportait de l’eau pour se laver les
mains (rite de purification juif).
Notre texte suppose une marge de liberté dans le choix des places. D’autres textes suggèrent
que le maître de maison plaçait lui-même ses principaux invités aux places d’honneur (à droite
et à gauche). Une incertitude règne sur l’honneur principal : à l’époque de Jésus, il semble que
ce n’était pas l’âge, mais la considération sociale qui primait.
Comme en 7,36 et 11,37, voici Jésus qui est Nous sommes face à une leçon de sagesse que
l’hôte d’un pharisien, et même ici de l’un des Jésus donne. Surprenant la hâte des invités à
chefs des pharisiens. Il l’est pour l’un de ces re- prendre les bonnes places, il donne une leçon
pas de confrérie, qui avaient lieu le vendredi de savoir vivre, de morale et de théologie
soir, à l’ouverture du sabbat. C’est pendant ces (Quiconque s’abaisse …) Le texte est bien cons-
repas que les discussions religieuses allaient bon truit : Au quand tu es invité, ne va pas t’installer
train. Mais l’invitation de Jésus est pleine de à la première place…,répond le quand tu es invi-
mauvaises pensées : on l’observe (on l’épie). Les té, va te mettre à la dernière place. Celle-ci sert
propos de table, vont vite retrouver le caractère d’abord à définir le lot humiliant et honteux,
polémique qui était présent en 11,53-54. puis l’humble point de départ, librement choisi,
mais glorieux en fin de compte. De même, les
Nous sautons la guérison le jour du sabbat et les
conséquences désagréables et agréables du
paroles de Jésus face auxquelles ses adversaires
choix éthique sont bien présentées : à Alors, …
ne peuvent répliquer. Nous sommes probable-
la honte, s’oppose Alors, … l’honneur.
ment dans le vestibule et l’on passe à la salle à
Le verset 11 sert de conclusion, mais en jouant
manger. sur le futur, non plus immédiat mais final, il fait
Jésus observe deux comportements à ses yeux passer la problématique sociale et éthique dans
blâmables, et donne deux enseignements, dont le une perspective théologique : C’est Dieu qui est
premier s’adresse aux invités et le second au présent dans la forme passive (il abaissera ou
maître des lieux qui a organisé le repas. élèvera) et le Royaume, derrière le futur !
2
Ce premier enseignement est une « parabole » qui circulait dans la tradition evangelique et que Lc
a placee ici. On trouve un precedent a cette « parabole » dans le livre des Proverbes (25,6-7) : « Ne
te mets pas en avant devant un roi, et ne prends pas la place prévue pour les grands. Il vaut mieux
qu’on te dise : ‘Monte plus haut’, plutôt que d’être abaissé devant un notable. » En inserant dans le
texte la perspective des « noces », l’enseignement prend un envol et un nouveau sens que le recit
primitif : il evoque le repas des Noces finales ! Il semble que ce soit Lc qui ait ecrit le verset 11.
Le second propos adresse a l’hote accueillant, n’est provoque par aucun incident, c’est un bref dis-
cours qui vient completer l’enseignement de Jesus. Aux invitations que l’on reçoit, Lc ajoute ici les
receptions que l’on donne.
Il faut noter, écrit François Bovon, que tout Le dernier verset évoque la résurrection des
au long de son premier livre (Evangile) Lc est justes. Au temps de Jésus, le judaïsme avait
attentif au danger que représente la convoi- développé une forte croyance en la résurrec-
tise des places d’honneur : tion, mais il n’avait pas harmonisé les repré-
En 11,43 nous trouvons : Malheur à vous, sentations qu’on s’en faisait.
Pharisiens, car vous aimez le premier siège A partir du thème du « jugement dernier »,
dans les synagogues. En 20,46, Jésus met en s’était développée l’exigence d’une résurrec-
garde ses disciples contre les scribes qui ai- tion universelle, car on ne juge pas des
ment les premiers sièges dans les synagogues ‘morts’, quitte à imaginer une seconde mort
et les premières places à table. pour les mauvais. Trouvant cette idée de ré-
Il est remarquable, précise notre exégète, que
surrection « pour tous » trop positive, un se-
cet enseignement de Jésus ait été conservé
cond courant envisageait une autre attente
dans quelques manuscrits de l’Evangile de
qui réservait la résurrection aux seuls
Mt, mais pas dans le texte final !
Dans les versets 12 à 14, le message est clair justes ! Enfin, certains envisageaient la ré-
et choquant. Fidèle à lui-même, le Jésus de surrection dès la mort.
Lc bouleverse les habitudes sociales. Il veut Luc est le témoin de ces espérances, qu’il
nous ouvrir aux autres, il nous invite à la n’est pas parvenu à concilier (pas plus que le
vraie générosité. judaïsme de son temps) : Ici, il parle de ré-
« Quand tu donnes au repas... » Ce « tu » con- surrection des justes ; en Ac 24,15, il parle de
cerne, au temps de Lc, le croyant aisé, sur le résurrection des justes et des injustes ; au
plan social, et le responsable de communauté bon larron, il fera dire à Jésus : Aujourd’hui,
au plan ecclésial. La liste des malheureux tu seras avec moi dans le paradis ! Cette di-
rappelle les destinataires de l’Evangile, ceux vergence apparaît ailleurs dans le christia-
que Jésus prend en charge (réalisant les pa- nisme du 1° s. entre résurrection d’entre les
roles d’Es 61,1-2, lues dans la synagogue de morts (1 Cor 15,12) et résurrection des morts
Nazareth, en Lc 4,18-21), ceux auxquels il (Ac 17,32). Apocalypse 20, 5-6, parle de pre-
destine les béatitudes en 6, 21-23. mière résurrection et de seconde mort !
Fin observateur, à la suite des sages de la Bible, Jésus propose un conseil qui ressemble à
une leçon de diplomatie sociale, écrit Michel Hubaut. En réalité, il invite à une attitude d’humili-
té. La sentence du verset 11 s’inspire d’Ezékiel 21,31 : ce qui est bas sera élevé, ce qui est
élevé sera abaissé.
Puis, Jésus s’adresse à son hôte. Dans ce passage propre à Lc, il énumère quatre types de
personnes qui ne fréquentaient pas les repas mondains aussi bien dans la société juive que
dans le monde gréco-romain : les pauvres, les estropiés, les boiteux, les aveugles. Nous les
rencontrerons dans la parabole suivante, celle des invités au festin du Royaume.
Nous accueillons tous volontiers, à notre table comme à nos assemblées liturgiques, nos con-
naissances, nos amis, ceux qui appartiennent « à notre monde ». Donner la priorité aux
« pauvres », à ceux qui sont marginalisés, c’est les reconnaître comme des personnes et non
en fonction de leurs biens ou de leur rang social.
Une fois de plus, Lc nous invite à la générosité, au désintéressement, à la compassion, qui
sont sources de bonheur (heureux seras-tu ! v. 14). Se convertir, c’est sortir de son « moi »,
c’est aimer sans rien attendre en retour, sinon la joie de se savoir appelé au Festin divin !
3
Homélie pour le 22° dimanche du t. o. (le 01/09 ; 9h : Bizanet)
La liturgie nous propose de méditer sur l’humilité qui est une composante fondamen-
tale de l’homme de la Bible. En effet, souvent perdu au milieu des lieux semi déser-
tique, solitaire dans une nature sauvage et menaçante, contemplant l’immensité du ciel
étoilé, le Sémite a longuement expérimenté sa petitesse et médité sur elle. Cela l’a me-
né à se comparer à un grain de sable ou à la plante chétive qui apparaît subitement
après une petite pluie d’orage pour se faner le lendemain, épuisée par les rayons ar-
dents du soleil. C’est l’environnement naturel qui est à la base de cette notion d’humili-
té que rappellent souvent les auteurs bibliques.
Jésus reprend cette notion mais la fonde désormais sur l’amour des autres : Qui
s’élève [par rapport aux autres] sera abaissé, qui s’abaisse […] sera élevé ! Cette pa-
role qu’il reprend à une sentence de la sagesse antique pourrait être mal interprétée :
On pourrait penser, en effet, qu’il préconise un calcul tortueux pour être repéré par
Dieu : Se faire petit pour obtenir le résultat contraire. Or on ne peut s’abaisser pour
faire bien, car Dieu, regardant le cœur, sait ce qu’il en est. En plus, ce n’est pas une
lecture du texte « à la lettre » qui importe dans une parabole, c’est son sens.
Quelle est donc la clef de lecture de cette parabole ? C’est l’abaissement vécu à la ma-
nière de Jésus qui s’est baissé pour laver les pieds de ses amis, et a consenti à mourir
par la voie que les hommes de son temps ont choisie pour lui ! Mais tout cela, il ne l’a
pas fait pour gagner la première place. Il a consenti à ce mouvement parce que son
amour l’a mené jusque-là, un amour non pas tout puissant, mais tout humble, au ser-
vice des autres.
Et c’est justement parce que son choix libre l’a mené « au plus bas », que l’amour l’a
élevé « au plus haut » ! Jésus a vécu les paroles qu’il a prononcées : il s’est abaissé et
a été élevé. Mais on doit ajouter aussi que celui qui s’était élevé, celui qui s’était cru
vainqueur en faisant condamner l’innocent pour faire taire sa parole de vie, celui qui
s’était élevé contre l’amour, jouissant de le porter en croix, celui-là, dans l’élévation du
Fils fut jeté « au plus bas » : dans les abysses de la Mort !
Cette parabole annonce donc l’échec de toute domination. Car toute conduite de domi-
nation est régie par l’orgueil qui n’est qu’un masque de La Mort. L’orgueil qui, mené à
ses extrêmes, aboutit à la violence. C’est pourquoi, faire mourir en soi l’orgueil et toute
volonté de pouvoir, est le désir de tout être qui avance sur son chemin de vie spiri-
tuelle. Mais de nous-mêmes, nous ne le pouvons pas. Toute prétention à y parvenir
n’est encore qu’une forme d’orgueil que seul, Dieu peut nous aider à vaincre.
La course aux premières places, la folie des grandeurs, l’envie d’être bien vu, la re-
cherche de la fortune, toute hégémonie économique ou toute prétention à gouverner le
monde, seul, Dieu peut les réduire à néant en celui qui prend le chemin de l’humilité
avec parfois des passages obligés d’humiliation !
Mais tout chemin d’humilité n’est jamais terminé sur terre, c’est une tâche toujours à
reprendre car l’orgueil s’est implanté à la racine de notre être. Ce pourrait bien être ce-
la le fameux « péché originel », cet orgueil qui nous atteint tous dès notre origine et qui,
telle l’ivraie mêlée au bon grain, pousse sans cesse dans notre jardin intérieur en atten-
dant que Dieu l’éradique définitivement lors de notre passage au tamis de la mort !
Enfin, tout chemin d’humilité est chemin spirituel, car il nous conforme à notre vérité
première qui, dans le christianisme, est d’être créé à l’image du Fils pour lui être sem-
blable. Son humilité, en le menant jusqu’au plus bas l’a conduit au plus haut. Son ex-
trême pauvreté nous a enrichis de sa vie, son dénuement extrême nous a revêtus de la
tunique de sa divinité, parce qu’il a cloué au bois de la croix cet orgueil qui nous tient
aux tripes et qui fait obstacle à l’amour.
Alors, pour que l’Esprit puisse abaisser en nous l’orgueil, humblement, accueillons-
nous les uns les autres car chacun porte en lui le Dieu de communion, et pauvrement,
tendons la main vers Lui en osant venir prendre son Pain !
4
128
Siracide
Constitution du texte
Manuscrits et versions
Depuis 1896, les deux tiers du texte hébreu de Ben revue et reçut un certain nombre d’ajouts qui témoi-
Sira ont été progressivement retrouvés. Durant le e s., gnent d’une évolution théologique, en particulier en
des exégètes catholiques de renom ont alors retenu, matière d’eschatologie. Ces ajouts semblent provenir,
dans leurs traductions, ce texte hébreu là où on le pour la plupart, d’une révision du texte hébreu et
possède désormais. On notera que l’Église n’a jamais quelques manuscrits grecs transmettent les modifica-
imposé telle forme d’un texte biblique ni telle langue tions et additions de cette seconde édition.
dans laquelle il est transmis, sauf à privilégier, avec Au 2e s. de notre ère, une version latine fut faite
Pie XII, la langue d’origine et, avec le concile de sur ce texte grec revu et augmenté, et cette version
Trente, l’état du texte tel qu’il apparaît dans la ver- finit par passer dans la Vulgate vers la fin du 5e s.
sion latine Vulgate. Entre-temps, vers 300, la version syriaque, dite
La version la plus ancienne, attribuée au petit-fils Peshitta, fut établie principalement sur le texte hébreu
de l’auteur, fut établie en grec et on la trouve dans les enrichi de ces ajouts. C’est donc dans le christianisme,
grands manuscrits écrits en onciales. Cependant, au grec, latin et syriaque, que le livre de Ben Sira s’est
tournant de l’ère chrétienne, l’œuvre de Ben Sira fut maintenu.
Interprétation
Le plan de l’ouvrage n’a pas encore pu être décelé. de larges ensembles où sa pensée s’exprime sur des
Il semble en tout cas que l’auteur réunisse plusieurs thèmes importants à ses yeux. L’étude du texte hébreu
morceaux apparemment autonomes pour construire devrait permettre d’y voir plus clair.
Pour bien des latins, le livre était attribué à Salomon Par recoupement, on peut préciser qu’il rédigea son
(Cyprien de Carthage, Testimoniorum, livre 3, ouvrage entre 200 et 175 avant notre ère. Il dut connaî-
ch. 35, 51, 61, 86, 96, 109, 110, 113 PL, n° 4, cc. 785, tre le grand prêtre Simon (50,1-20), qui mourut après
790, 796, 803, 805, 807, 808, etc. : « In Ecclesiastico 200 av. J.-C. Face à l’hellénisation de la société et
apud Salomonem »). Augustin rapporte cette opinion l’adoption des mœurs étrangères, Ben Sira réaffirme
commune dans Doct. chr., 2,13. la force de la tradition. Rien n’indique qu’il ait connu
Cependant, l’auteur est présenté en colophon la crise maccabéenne.
(Si 50,27) comme un maître de sagesse de Jérusalem.
Présentation de la péricope
La péricope retenue ici fait partie d’un ensemble qui tandis que la deuxième, en abrégeant le texte, en a
s’ouvre en 43,15 et qui est essentiellement consacré à généralisé la portée.
la louange du Seigneur, dans la Création, dans l’his- • d’un Psaume de louange (51,12a-o), transmis uni-
toire biblique et, avec cet ultime chapitre, dans la vie quement en hébreu, qui n’a pas été reconnu comme
même et l’activité de l’auteur. Elle forme le dernier canonique et dont on peut douter de l’authenticité.
chapitre du livre, constitué : • et d’un poème alphabétique (51,13-30), dont aucune
• d’une action de grâces pour la délivrance (51,1-12), version n’est totalement fiable, transmis partiel-
bien conservée en hébreu dans le ms B retrouvé au lement en hébreu par un manuscrit découvert à
Caire à partir de 1896 : la comparaison avec les ver- Qumrân. La présentation en synopse des versions
sions grecque et syriaque permet de voir que la pre- hébraïque, grecque et syriaque permet de voir sous
mière a simplifié la structure de l’action de grâces quelles formes le texte biblique fut transmis et reçu.
130
Si 51
2 Car tu as été pour moi protecteur et secourable Car tu as racheté de la mort mon âme
V3 2
Tu as libéré mon corps de la destruction Tu as épargné à ma chair la fosse
Et de la main du shéol tu as délivré mon pied.
1-12-héb(ms.B) Narration : temporalité : analepses et prolepses « secourable » renvoie à l’hébreu « tu m’as racheté ». Reprise partielle
La prière couvre tout le cours du temps : elle est passée, sous forme au début de 3 grec.
d’anamnèse (v.10-11b), présente (v.1-5d), et promise (v.12cd).
1-6-héb(ms.B) vie.â[Link]éol Inclusions qui soulignent le Intertextualité biblique
péril mortel encouru : « ma vie » (v.1a.6b), « mon âme » (v.1b.6a), « la Bien des citations ou des références à l’Écriture renvoient à des
mort » (v.1a.6a »), « shéol » (v.2b.6b). situations de détresse critique et exemplaire : le psalmiste en péril
1-5-héb(ms.B) Anaphore Quatorze objets de délivrance, dont (Ps 25 : 3x et autres psaumes de détresse), Job, Jonas dans le ventre
treize précédés par la préposition min (« de »). du grand poisson, Sophonie devant le Jour de Yhwh, Jérémie per-
1b-5d-héb(ms.B) Variation Six verbes différents pour exprimer la sécuté, etc. *ref
délivrance, et huit verbes différents dans les v.1-12.
50,28d-héb(ms.B) Parallélisme ? Lire « Mon Dieu, mon salut, … Littérature péri-testamentaire
mon Dieu, mon père » ou « Dieu de mon salut, … Dieu de mon 50,28d-héb (ms. B) – 4Q372 frg 1,16 : « (14) … Et en tout cela
père », soulignerait un parallélisme de structure entre les deux sti- Joseph [fut livré] (15) aux mains des étrangers dévorant sa force et
ques mais l’expression « Dieu de mon père », au sg., est rare tandis brisant ses os jusqu’au temps de sa fin. Et il cria [d’une voix forte]
que l’expression « Dieu de mon salut » est traditionnelle dans la (16) et il appela le Dieu vaillant de le délivrer de leurs mains en
Bible hébraïque. *tex50,28d. disant : “Mon père et mon Dieu [’by w’lhy], ne m’abandonne pas
dans la main des nations […] (25)… et je raconterai [tes] tendresses
Genres littéraires […] (26) Je te louerai Yhwh, mon Dieu, et te bénirai ».
1-12-héb(ms.B) Action de grâce individuelle Elle inverse la struc-
ture normale du genre littéraire, connue surtout par Is 38,10-20 ; Tradition chrétienne
Ps 116 ; 118 : ces textes commencent par le récit de la détresse où Siracide Le premier commentaire chrétien sur le livre de Ben Sira
sombrait le psalmiste ; ce récit s’adressait aux témoins. Aux vv.1-7, est le commentaire édifiant de Raban Maur, évêque de Mayence
l’auteur s’adresse déjà au Seigneur qui l’a libéré. *gen8-12-héb au 9e s. (PL, t. 109).
Contexte Liturgie
1-8-G dans le lectionnaire sanctoral romain : victoire du martyr
Milieux de vie Première lecture pour la fête de saint Sixte II, pape, et ses compagnons,
1-12héb(ms.B) Ma [Link] â[Link] [Link] pied Anthropolo- martyrs en 258 (7 août).
gie L’anthropologie de cette prière n’est pas dualiste en hébreu. C’est
la personne même de Ben Sira qui est sauvée de la mort, comme Théologie
l’atteste le pronom personnel 1e p. sg. (« tu m’as libéré », v.2c ; cf. 50,28d Dieu Père des personnes individuelles Si l’on opte pour la
3b.4a). Cf. v.6 : « mon âme // ma vie ». lecture ’Ĕlōhay, ’ābî, « mon Dieu, mon père », on retrouvera au v. 10
l’idée de Dieu comme père non seulement du peuple mais de la
Réception personne ; cf. Si 4,10 (surtout hébreu) ; 23,1.4. *tex50,28d héb ;
*bib10a héb
Comparaison des versions
1G S/ héb(ms.B) Roi Inversion G et S s’entendent sur ce mot et
inversent l’ordre des deux premiers stiques hébreux.
1b-5d G S/ héb(ms.B) Simplification Les versions grecque et syria-
que ne présentent pas la variété de verbes de héb. *pro1b-5d
2aG/ héb(ms.B) Abrègement Ce stique abrège l’hébreu : le mot grec
« protecteur » renvoie à l’hébreu « refuge de ma vie » et le mot grec
132 Si ,-
allumé »), le texte grec souligne la façon dont l’énonciateur a sur- Tradition chrétienne
monté le mal qui l’afflige (« où je n’ai pas brûlé »). 3cG = 4bV [délivrer] de ceux qui rugissent prêts à dévorer V : a
rugientibus praeparatis / paratis ad escam. Expression reprise fré-
Intertextualité biblique quemment pour évoquer les menaces, avec ou sans l’idée de déli-
5-9V de l’enfer Imagerie traditionnelle des peines dans l’au-delà vrance. Bernard de Clairvaux la mentionne à plusieurs reprises :
Des expressions comme « ceux qui rugissent prêts à dévorer », « main menace dans la géhenne, menace pour ceux qui ont bâti des
de ceux qui cherchent mon âme », « portes de la tribulation », « suf- murs entre eux-mêmes et l’Époux (Sermons Ct., s.16 ; s.56), menace
focation d’un feu tout autour » trouveront des échos dans la repré- pour ceux qui refusent la miséricorde (Sermons pour l’année, I,2).
sentation traditionnelle de l’enfer. En ayant recours à des images Thomas l’utilise pour commenter le Ps 34 [35],17 et le Ps 33 [34],20
semblables, le NT présente le lieu destiné aux personnes coupables (en complétant par le v.4a-V = 3b G).
d’injustice comme la géhenne « dans le feu qui ne s’éteint pas» 3d-4aG = 5-6aV Citation Thomas, In Ps. (Ps 17 [18],17).
(Mc 9, 43) où « seront les pleurs et les grincements de dents »
(Mt 13,42 ; cf. 25,30.41). L’Apocalypse représente de façon expressive
dans un « étang de feu » ceux qui se soustraient au livre de la vie, allant
ainsi à la rencontre de la « seconde mort » (Ap 20,13s). *chr7-9v
Tradition juive
5a-héb(ms.B) un feu non allumé Le petit traité du Talmud Śemaḥot
47b, consacré à la mort et aux funérailles, raconte l’histoire d’un
rabbin condamné à mort par le feu. Celui-ci, se basant sur Jb 20,26,
dont l’expression est reprise en 5a, dit préférer être consumé par un
feu allumé (par l’homme) plutôt que par un feu non allumé, c-à-d
celui de la géhenne : « quand ils le brûlèrent, ils l’enveloppèrent dans
un rouleau de la Tora et y mirent le feu. Sa fille pleurait, se lamentait
et se jeta à terre devant lui. À quoi il répliqua : “ma fille, si c’est pour
moi que tu pleures et te lamentes, sache qu’il est préférable que je
sois consumé par un feu qui est allumé [de main d’homme] plutôt
que par un feu qui ne l’est pas ; car il est écrit : un feu non allumé va
le consumer” ».
134 Si ,-
7 V10 7
On me cernait de partout, et il n’y avait Je me suis tourné de toute part, et personne qui
personne pour me secourir me secoure
Je cherchais du regard le soutien des hommes J’ai guetté quelqu’un qui me soutienne, et personne.
V
un secours et il n’y en avait
pas.
7 Et je me suis tourné en arrière afin d’être aidé ¶ 7a Ps 22,12 ; Is 63,5 ; Ps 38,22 ; 71,12
Et j’attendais quelqu’un qui me soutienne, et
personne.
136 Si ,-
Propositions de lecture 10aG j’ai supplié epikaleomai + infinitif, « supplier… de », avec ce sens
dans toute la littérature grecque classique, biblique (koinè) et patris-
8-12 Argument Cette seconde partie de l’action de grâce raconte tique ; cf. 2M 3,15.17, p.e. L’infinitif qui suit n’est donc pas à com-
comment le malheureux a été sauvé par le Seigneur. prendre comme l’expression d’un ordre (« ne m’abandonne pas »).
10a-héb Notre passage est particulièrement intéressant pour l’inti-
mité de la relation qu’il décrit entre Dieu et l’orant *tex50,28d ; Procédés littéraires
theo50,28d ; *ref 10d-héb(ms.B) catastrophe et cataclysme Allitération : šô’ â
ûmešō’â.
Texte 11cG fut entendue Passif théologique Cf. hébreu : « il [= Dieu] enten-
dit ».
Texte 10-11b strophe centrale de cette action de grâce, évocation de la
11b Je chanterai Le grec suppose l’hébreu ’zmrk (je psalmodierai prière prononcée naguère dans la détresse, place en son centre une
pour toi ). Héb (ms.B) a la racine ’zkrk (je me souviendrai de toi ). unique demande, négative : « ne m’abandonne pas » (cf. Ne 9,32).
8a-héb(ms.B) le Seigneur Dans le ms.B, le tétragramme est tou-
jours rendu par yyy. Genres littéraires
8-12-héb(ms.B) Action de grâce : innovation dans le genre de
Vocabulaire l’action de grâce : changement de cadre énonciatif Dans les psau-
8d-héb(ms.B) rédime Pour g’l : le Dieu-gō’ēl. *ref. mes du genre littéraire correspondant, la seconde partie, liturgique,
9bG délivrance Rhuomai, délivrer ; rhusis, au sens de « délivrance », s’adressait directement au Seigneur : elle rappelait la prière pro-
hapax dans toute la langue grecque (+ 1 occurrence dans une noncée dans la détresse et la promesse de rendre grâce ; puis le
inscription trouvée sur l’île de Kos) ; sens habituel : « écoulement ». psalmiste exécutait sa promesse. Ben Sira, lui, ne s’adresse plus au
10cG Refuse tout secours Aboêthêsia, « manque de secours », 2 occur- Seigneur, quitte à citer sa prière dans la détresse. En inversant les
rences dans la langue grecque, ici et chez Olympiodore d’Alexandrie, sections « tu » et « il », *pro1-12-héb(ms.B), Ben Sira opère un choix :
Fragmenta in Lam. 4,3 (e s.). non plus une liturgie, mais une action de grâce privée. Le Ps de
louange qui suit (v.12a-o), quelle que soit l’hypothèse rédactionnelle
Grammaire retenue, rejoint la deuxième partie de la structure traditionnelle
8cd-héb(ms.B) [ : ] wyg’lm : w explicatif, rendu par nos deux points ( : ). (cf. Ps 118,29). *gen1-12 héb
Si ,- 137
S
8 Je me suis souvenu des miséricordes du Seigneur ¶ 8a cf. Ps 25,6 ; Jon 2,8
¶ 8b Ps 2,12d ; Na 1,7
Et de ses bienveillances de toujours, ¶ 8d héb pour le gō’ēl cf. Nb35,9-34 et les villes de refuge ; cf. Jb 19,25
De celui qui délivre tous ceux qui ont confiance
en lui
Et les sauve de qui est plus fort qu’eux.
10 Et j’ai invoqué mon père d’en haut : ¶ 10a héb Ps 89,27 ; cf. Ps 145,1 ; Ex 15,2b
¶ 10d héb So 1,15b ; Jb 30,3
« Seigneur, héros et sauveur,
Ne m’abandonne pas
Au jour de tribulation et d’affliction.
12a-o-héb(ms.B) Quoi qu’il en soit de son origine incertaine *tex, héb (ms.B)
ce psaume, à la place que lui confère le manuscrit, pourrait constituer
la louange que Ben Sira avait annoncée au v.12 : il y a pleinement a
son sens, rejoignant la structure traditionnelle de l’action de grâces
Rendez grâce au Seigneur car il est bon
qui finit par l’action de grâces proprement dite. *gen-héb 1-12 ; Car pour toujours est son amour
*gen 8-12 héb b Rendez grâce au Dieu des louanges
Car pour toujours est son amour.
Texte c Rendez grâce au gardien d’Israël
Texte Car pour toujours est son amour.
12a-o-héb(ms.B) L’hébreu (ms.B), et lui seul, insère ici un psaume d Rendez grâce au créateur de tout
de louange de quinze versets. Son attribution à Ben Sira est discutée.
Sa facture et nombre de ses expressions sont empruntées aux Psau-
Car pour toujours est son amour.
e Rendez grâce au rédempteur d’Israël
mes. *bib12a-o *pro12a
Car pour toujours est son amour.
Vocabulaire f Rendez grâce à celui qui rassemble les
12b-héb(ms.B) louanges Le terme tišbaḥôt n’est pas biblique,
mais se retrouve à Qumrân (Rouleau de la guerre : 1QM 4,8) et dispersés d’Israël
dans le Rituel de prières (avant la récitation du Šema‘ le matin). Car pour toujours est son amour.
12h corne Métaphore de la puissance. *bib g Rendez grâce à celui qui bâtit sa ville et son
Procédés littéraires
temple
12a-héb(ms.B) Citation Ce premier verset est une citation littérale Car pour toujours est son amour.
de l’ouverture des Ps 106, 107, 118 et 136. C’est le Ps 136 qui a servi h Rendez grâce à celui qui fait pousser la corne
de modèle : chaque premier stique est suivi de la même explication de la maison de David
ou exclamation : « car pour toujours est son amour ».
12a-héb(ms.B) car Ambiguïté : explication ou exclamation Car pour toujours est son amour.
Motivation de la louange (« car ») ou exclamation (« Rendez grâce au i Rendez grâce à celui qui choisit les fils de
Seigneur : éternel est son amour! »), selon l’interprétation donnée à Çadoq pour officier comme prêtres
la conjonction ki. P. ê. l’équivalent de « oui ».
12c-héb(ms.B) Parallélismes Construction parallèle dans 8 versets
Car pour toujours est son amour.
j Rendez grâce au bouclier d’Abraham
(c-i et m) : préposition + participe ; celui qui garde, qui façonne, qui
rachète, qui rassemble, qui bâtit, qui fait pousser, qui choisit (2x). Car pour toujours est son amour.
Répétition de ki caractéristique du style hymnique. k Rendez grâce au rocher d’Isaac
12o-héb(ms.B) gloire à tous ses fidèles Ambigüité Autre traduc-
tion possible : « la gloire de tous ses fidèles », 2e complément du Car pour toujours est son amour.
verbe (et non apposition du substantif « corne ») ? *bib12o l Rendez grâce au puissant de Jacob
Car pour toujours est son amour.
Contexte m Rendez grâce à celui qui choisit Sion
Histoire et géographie Car pour toujours est son amour.
12i-héb(ms.B) Çadoq Il est le prêtre désigné par Salomon après la n Rendez grâce au roi des rois des rois
destitution d’Ébyatar (1R 2,27-35). *jui12i Car pour toujours est son amour.
o Il élève la corne de son peuple, gloire à tous
Réception
ses fidèles, les fils d’Israël, le peuple qui lui
Intertextualité biblique
est proche. Alleluia.
12a-o-héb(ms.B) Centon des psaumes 132 et 136 Le Ps 132 évoque
David (v.1, 10-11), le puissant de Jacob (v.2, 5), les prêtres revêtus
de justice (v.9) et de salut (v.16), le Seigneur qui a fait choix de
Sion (v.13) et fera pousser la corne de David (v.17) et les fidèles du Cf. encore Lc 1,69 l’expression poétique « corne de salut ». Voir aussi
Seigneur (v.16) : autant de traits présents dans ce psaume, au mot Dn 7,7-8; Ap 13
près. Le Ps 136 donne la forme littéraire à notre psaume mais c’est 12i Prêtres « fils de Çadoq » ; Ps 132,13 : « prêtres sont revêtus de
le Ps 132 qui en donne une partie de la matière. justice (çdq) ».
12a-n Pratiquement tous les titres de Dieu dans ce poème sont une 12k Le titre « Rocher d’Isaac » n’est pas biblique mais le titre divin
expression biblique ou ont un ancrage biblique *ref. de Rocher est bien usité : Dt 32,[Link]-31 ; Ps 18,3 ; Is 30,29 ; etc.
12d Cf. Si 24,8 (grec). 12o Citation littérale de Ps 148,14. *pro12o
12f-g Comme Ps 147,2, évoquent successivement Dieu qui bâtit
Jérusalem et rassemble les dispersés d’Israël. Tradition juive
12h corne Symbolisme La corne symbolise la puissance, par 12a-o-héb(ms.B) et les Dix-huit bénédictions Ce psaume est proche
exemple dans la description de l’empire d’Alexandre en Dn 8,23. du Rituel juif et en particulier de la prière des Dix-huit bénédictions
Si , a-o 139
¶ 12h Ps 132,17 ; Ez 29,21 ; Lc 1,69 12n-héb(ms.B) roi des rois Dans la Bible, Dieu est « roi » (Si 50,7 ;
Ps 98,6 ; 145,1), « roi de gloire » (Ps 24,7-10) ou « grand roi » (Ps 47,3)
et, selon Dt 10,17, Dieu est « le Dieu des dieux, le Seigneur des sei-
gneurs » (’elōhé hā’elōhîm, ’ădoné hā’ădōnîm). Nabuchodonosor est
déclaré « roi des rois » (Ez 26,7). Le titre divin « roi des rois des rois »
n’est pas biblique mais se retrouve dans les Pirqe ’Abot, III,1 et IV,22
et dans la liturgie juive (office de Mussaf pour la fête de Rosh Has-
hanah). La formule doublée ou triplée est une forme de superlatif
¶ 12j Gn 15,1 ; Ps 18,3d ; 115,9-11 sémitique.
Tradition chrétienne
Ce psaume n’étant pas repris dans les versions, il n’a pas généré de
postérité dans la tradition chrétienne.
¶ 12l Gn 49,24b ; Ps 132,2.5
¶ 12o Ps 148,14
Poème alphabétique
S
13 J’étais jeune et je me plaisais bien avec elle et je ¶ 13a : jeune Si 6,18 ; Sg 8,2
l’ai cherchée. ¶ 13a-G pérégrinations Si 34,9-13
¶ 13b-héb-G Sg 8,21 ; 1R3,9
Mon pied s’est avancé dans le droit chemin Dalèt Mon pied a marché droit
Dès ma jeunesse je la suivais à la trace. Car dès ma jeunesse je l’ai connue.
16 V21 J’ai incliné un peu mon oreille Hé À peine ai-je tendu l’oreille
et j’ai accueilli Que j’ai trouvé beaucoup à comprendre.
V
je l’ai accueillie
V22
Et je me suis trouvé beaucoup d’instruction.
17 Un V grand progrès m’est advenu en elle Vav Pour moi elle ne cessait de croître :
À qui me donne la sagesse je rendrai gloire. À qui m’enseigne je rends sa gloire.
V23
En me procurant la sagesse
Texte voir dans ‘lh une faute d’accord (‘ûl, « joug », masculin, avec suffixe
féminin [‘ûlâ : « son joug » à elle] et le verbe au féminin) que corri-
Texte geraient le ms.B et la version syriaque. L’hypothèse de l’holocauste
15aG Si l’on retient la leçon perkazousès, verbe dérivé de perkos, (‘ûl étant lu ‘ōlâ), grammaticalement correcte, ne s’insère pas dans
« noirâtre », il faudrait comprendre qu’il s’agit d’une grappe de raisins le contexte.
qui noircit, après avoir perdu sa fleur (ex-anthousès). V pourrait 17b-héb11Q5 (11QPsa) à qui m’enseigne L’absence de vocalisation
avoir lu prôizousès, « matinale », prôikarpousès, « donnant des fruits permet de comprendre le pluriel (à ceux qui m’enseignent) comme
précoces », ou encore proakmazousès (interprété comme « qui n’a le singulier. Au singulier, l’auteur viserait Dieu lui-même.
pas atteint sa maturité ») d’où la traduction par praecox. L’idée 17b-héb11Q5 (11QPsa) sa/ma gloire Lire hôdô (« sa gloire ») et non
exprimée dans les deux cas semble être celle de la joie de celui qui, hôdî (« ma gloire ») : le manuscrit écrit le yod le plus souvent comme
dans sa maturité, jouit toujours de la sagesse bien que celle-ci n’ait un waw. Ce phénomène apparaît bien plus dans ce ms. que dans les
plus les charmes d’un trésor que l’on vient de découvrir. autres mss hébreux du livre.
15cS mon Dieu Cette introduction du nom de Dieu, au vocatif,
est étrange. Elle est toutefois reprise par le ms.B., sans pronom : Procédés littéraires
« Seigneur ». 16aG J’ai accueilli Elision Pas de complément : probablement la
17a-héb11Q5 (11QPsa) elle ne cessait de croître C’est la meilleure sagesse, ou l’enseignement mentionné au deuxième stique. L’absence
solution proposée pour ‘lh hyth, grammaticalement correcte et de complément, que l’on rencontre dans d’autres textes bibliques,
attestée, cadrant bien avec le contexte du poème. Il ne faut point élargit le sens du verbe (« j’ai été enrichi ») *com16aV/G
Si ,- 143
¶ 15b-G Si 6,28
15 Mon pied marchait dans la vérité, mon Seigneur ¶ 15c Ps 25,5 ; 26,3.12
Et dès ma jeunesse j’ai connu l’enseignement.
16 Et je priais sa prière quand j’étais petit
Et j’ai trouvé beaucoup d’enseignement.
langue
Et avec elle je le louerai.
Grammaire
21bG J’ai acquis une bonne acquisition Sémitisme Ektêsamên
ktêma, pour rendre l’hébreu qānîtî qanîn (ms.B) à la suite de S :
146 Si ,-
G/V héb
23 V31 Approchez-vous de moi, gens sans instruction
Et séjournez
V
Et rassemblez-vous à la maison de l’instruction.
24 Pourquoi en manquez-vous encore
V32
pourquoi tarder encore et qu’en dites-vous ?
Et vos âmes ont-elles grand soif ?
25 V33
J’ai ouvert ma bouche et j’ai parlé
Acquérez pour vous-mêmes sans argent.
26 V34 Mettez votre cou sous le joug
Et que votre âme reçoive l’instruction.
C’est tout près qu’on peut la trouver.
V
bientôt qu’on peut la trouver.
24aG pourquoi en manquez (hustereite)-vous encore Certains mss Comparaison des versions
grecs (Sc, V, L...) ajoutent ê legete (« et qu’en dites-vous ? » : cf. V mss : 25bG/S héb acquérez Syncope de l’objet Curieusement, G ne précise
et quid dicitis). Un ms minuscule grec (253) porte en revanche pas l’objet de l’acquisition ; mais par deux fois il a déjà mentionné
ê elêgete ce qui induit une signification différente pour le verbe la sagesse.
Si ,- 147
S
23 Venez à moi, insensés,
Et logez dans la maison de l’enseignement.
Intertextualité biblique d’une certaine ressemblance avec les précédents. En fait c’est Jésus
25bS la sagesse sans argent L’invitation sapientielle rejoint l’invi- Sirach qui les a rédigés, selon une tradition très bien établie ; pour-
tation prophétique : Is 55,1. tant, puisqu’ils ont mérité d’être reçus dans le canon, on doit les
26a joug Alors que l’Ancien Testament (surtout les prophètes) pré- compter au nombre des livres prophétiques. »
sente le plus souvent le joug comme un signe négatif d’asser- Jérôme, Ep. 30 ad Paulam : dans son explication de l’alphabet, le
vissement dont le Seigneur délivre (Is 10,27 ; 58,6 ; Jr 27,2 ; 28,14 ; savant de Bethléem explique le sens de l’aleph-beth comme doctrina
30,8 ; Os 10,11 ; Na 1,13), Ben Sira présente le joug de la sagesse du domus (« enseignement de la maison ») c’est-à-dire doctrina Eccle-
Seigneur comme positif (cf. déjà So 3,9 : « servir sous un même siae (enseignement de l’Église).
joug »). En Mt 11,29 (« Chargez-vous de mon joug et mettez-vous à Raban Maur, In Eccl., ad loc. : « Approchez-vous de moi, gens
mon école »), Jésus se présente en maître de sagesse. En Ac 15,10, le sans instruction séjournez à la maison de l’instruction … pourquoi
joug de la Loi (expression rabbinique) est présenté comme trop vos âmes ont-elles grand soif ? Affectueusement paternel, l’homme
lourd. *tex17a sage exhorte les hommes incultes et sans instruction à ce que, sans
retard et sans renâcler, ils se dépêchent d’aller se rassembler dans la
Tradition juive maison de l’instruction, qu’est l’Église : on y apprend les véritables
26 Mettez votre cou sous le joug Joug de la Torah [Link]. 1,6 Réci- leçons de la prudence et on y observe de façon assidue l’honnêteté
ter le Šema Yśra’el c’est prendre le joug de la Tora. des mœurs. Alors que [ces hommes] souffrent dans la soif de la
parole de Dieu, [le sage] leur montre et leur reproche de ne pas
Tradition chrétienne vouloir recevoir le rafraîchissement de la doctrine spirituelle, et il
23b.26bG=31bV + 34bV La maison de l’instruction Interprétation leur manifeste aussitôt ce qu’il leur convient de faire ».
ecclésiologique Pour Augustin, Disc. I,1, la maison est l’Église et le
maître, c’est le Christ : Discunt christiani, docet Christus . Il combine 26aG mettez votre cou sous le joug Clément de Rome (1Clém.63,1),
deux expressions, in domum disciplinae et suscipiat anima vestra dans une invitation à l’obéissance, estime qu’il convient de « cour-
disciplinam, en écrivant : « accueillez l’instruction dans la maison ber la nuque » : « Il convient de “courber la nuque” et d’occuper la
de l’instruction » et précise le contenu de cette instruction : « Le place que nous assigne l’obéissance ». Syméon le nouveau théo-
canon entier des Écritures, sur lequel je dis que doit porter notre logien, Catéchèses (Discours 9), compare la pratique du jeûne à
réflexion est constitué par les livres suivants : cinq de Moïse […]. cette soumission de la nuque au joug : « Je n’étais pas sans savoir que
Viennent ensuite les Prophètes, parmi lesquels figurent un livre des […] chacun d’entre nous les fidèles accueille avec une ardeur brû-
Psaumes de David, trois de Salomon, les Proverbes, le Cantique des lante ce (grand) bien qu’est le jeûne ; qu’il n’est personne qui ne
Cantiques et l’Ecclésiaste. Car les deux livres dont l’un s’intitule la soumette à ce joug une nuque docile ».
Sagesse et l’autre l’Ecclésiastique sont attribués à Salomon par suite
148 Si ,-
G/V héb
27 V35Voyez de vos yeux : j’ai peu peiné
Et me suis trouvé bien du repos.
28 V36Prenez part à l’instruction – elle vaut beaucoup d’argent ! –
Et vous acquerrez beaucoup d’or grâce à elle.
29 V37 Que votre âme se réjouisse en sa miséricorde
Et ne soyez pas honteux de le louer.
30 V38 Accomplissez votre œuvre avant le temps fixé […] votre salaire en son temps.
Et il donnera votre salaire en son temps.
Sagesse de Jésus fils de Sira
V52,1
Puis Salomon fléchit les genoux à la face de toute la
congrégation d’Israël, il ouvrit les mains vers le ciel et dit :
« Seigneur Dieu d’Israël, etc.
S
27Regardez de vos yeux ¶ 27b-G Si 6,28
Car j’ai peu peiné pour elle et j’ai trouvé beaucoup d’elle.
28 Écoutez mon enseignement, même s’il est petit, ¶ 28-G Cf. Pr 4,7 ; 16,16 ; Mt 13,44-46 ;
Si 20,30s ; 41,14s
Et argent et or vous acquerrez grâce à moi.
29 Que votre âme se réjouisse de ma conversion
Et ne soyez pas honteux de ma louange.
30 Accomplissez votre œuvre à contretemps
Et votre récompense sera donnée en son temps.
Béni soit Dieu pour toujours
Et loué soit son nom de génération en génération.
Le livre du fils de Sira est fini ¶ Sagesse de Jésus fils de Sira Si 50,27
30aG avant le temps fixé Antithèse L’expression pro kairou (ante « Bien petit est assurément le labeur, mais grand et éternel le
tempus en latin), qui crée une antithèse entre les deux stiques repos ».
(« avant le temps », « en son temps »), est obscure. Faut-il comprendre 33sV J’ai ouvert ma bouche… Acquérez pour vous-mêmes sans
« pour le temps fixé » ? ; ou que le temps fixé dont il s’agit soit celui argent Interprétation intertextuelle : eucharistique Raban Maur,
de la mort ? (cf. pro teleutês, 11,28). *syn30a-S In Eccl., ad loc. : « La meilleure aubaine, [on la trouve] lorsqu’on est
en mesure de mériter par la piété ce qu’une grande dépense de
28aS Même s’il est petit Originalité richesses ne peut obtenir. Celui qui s’applique à l’étude et vit de
30aS À contretemps Litt. « qui n’est pas en son temps ». Comment façon disciplinée obtient vraiment le don de la sagesse céleste. Or ce
comprendre ? Héb(ms.B) a traduit « dans la justice » (biçedākâ) : il verset est semblable à cet autre d’Isaïe : “Vous tous qui avez soif,
est le seul à ne pas mentionner l’idée du temps dans ce stique, par venez vers les eaux ; et vous qui n’avez pas d’argent, dépêchez-vous :
ailleurs parfaitement compréhensible sans changement. Faut-il s’aligner achetez et mangez. Venez, achetez du vin et du lait, sans argent et
sur les versions ? Certains proposent belō’ ‘ēt, proche du syriaque, sans rien en échange. […] Écoutez de votre écoute et mangez ce qui
mais l’expression signifierait « sans le temps » ou « à contretemps » est bon, et votre âme trouvera son régal dans l’abondance” (Is 55).
(cf. 32,4). Faut-il supposer plutôt ‘ad ‘ēt (cf. 20,6), « jusqu’au temps Méprisons cet argent et ces ressources par lesquelles il nous est
fixé » ? lepî hā‘ēt, « selon le temps » (cf. 1QS 9,13 = 4Q259 (4QSe) impossible d’acheter l’eau du Seigneur et avançons vers celui qui,
1.3,9, au pluriel) ? lipné hā‘ēt, « avant le temps fixé » ? Ce temps coïn- tenant [dans la main] le Calice du sacrement, disait à ses disciples :
ciderait-il avec la mort (cf. 9,12) ? *syn30a-G “Prenez et buvez, ceci est mon Sang qui sera versé pour vous en
rémission des péchés” (Mt 26). Ce vin, il l’a mélangé à la sagesse
30V/G Addition Le texte latin ne s’achève pas sur ce poème, mais sur dans son cratère, invitant à boire tous les ignorants du monde autant
la prière de Salomon de 1R 8,22-31 dont le texte n’est cependant pas que ceux qui ignorent la sagesse du monde. Et gardons-nous d’ache-
celui de la Vulgate mais traduit du grec et figure dans la plupart et ter seulement du vin, [achetons] aussi du lait, qui représente l’inno-
les meilleurs manuscrits. *Intro. cence des enfants. (...) Voilà pourquoi Moïse, qui comprenait que le
vin et le lait [se trouvent] mystérieusement exprimés dans la passion
Tradition chrétienne du Christ, [nous] offre ce témoignage : “Par le vin, ses yeux regorgent
27sG peu peiné beaucoup d’or Disproportion entre effort terrestre de grâce, et par le lait, ses dents brillent de blancheur” (Gn 49,12) ».
et récompense céleste L’auteur anonyme de la Vie de sainte Mélanie,
45, en évoquant l’enseignement ascétique, se réfère à Ben Sira :
1° lecture de Ben Sira le Sage (Si 27, 4-7)
Quand on secoue le tamis, il reste les
déchets ; de même, les petits côtés d’un homme
apparaissent dans ses propos.
Le four éprouve les vases du potier ; on juge
l’homme en le faisant parler.
C’est le fruit qui manifeste la qualité de l’arbre ;
ainsi la parole fait connaître les sentiments.
Ne fais pas l’éloge de quelqu’un avant qu’il ait
parlé ; c’est alors qu’on pourra le juger.
Le livre de Ben Sira le sage, ou Siracide ou en- Ses notations forment une sorte d’encyclopedie,
core l’Ecclésiastique (appele ainsi dans certaines un veritable condense sur l’art de vivre selon la
bibles en raison de son usage frequent dans volonte de Dieu, ou encore un manuel de bonne
l’Eglise pour instruire les nouveaux baptises), conduite du Juif qui veut rester fidele a la foi de
est l’œuvre de Jesus Ben Sira (Si 50,27). C’est un ses ancetres. Il traite donc de tous les sujets. Cela
notable de Jerusalem, penetre de l’amour de la est dit avec prudence, ponderation, sagesse.
Loi, du Temple, du Sacerdoce et du Culte, qui ve- C’est pourquoi les Peres de l’Eglise, tous les mo-
cut a cheval sur le III° s. et II°s. av. J-C. ralistes et auteurs spiritualistes sont plus ou
Son livre paraît entre - 180 et la revolte des Mac- moins consciemment tributaires de ce livre,
cabees qui debuta vers - 167 (il n’en parle pas !). ecrit Charles de Beaumont.
En - 332, la Palestine, jusque la dominee par la Comme tous les autres ecrits de sagesse, le livre
Perse depuis - 538, est conquise par les armees de Ben Sira est compose de « distiques ». C’est la
d’Alexandre le Grand qui meurt a 33 ans, en - reunion a l’interieur d’une phrase (ou verset) de
323. Ses lieutenants se partagent alors les im- deux vers qui forment ensemble une pensee
menses territoires conquis. (telle une maxime). Ainsi cet ouvrage, le plus
L’Egypte est gouvernee par Ptolemee Soter qui souvent sans ordre, est frequemment compose
fonde une dynastie (les Ptolemees ou Lagides - de groupes de pensees simplement juxtaposees,
car il etait fils de Lagos) qui regnera jusqu’en - comme cela est le cas dans notre passage !
30, quand Auguste s’empara du pays. (Cleopatre Dans nos 4 versets, Ben Sira medite sur l’homme
est la derniere reine de cette dynastie). qui parle. Car le veritable fond de notre cœur se
Mais, meme si les Ptolemees etaient bienveil- traduit dans nos paroles. Un cœur bon, dira des
lants et tolerants quant au Judaîsme, l’esprit grec paroles de bonte et vice versa. Ecoutons-nous
exerça une influence preponderante dans tout l’ parler, nous saurons l’etat de notre cœur !
Orient et l’hellenisme remit en question l’exis- La traduction grecque de ce livre est l’œuvre du
tence meme du judaîsme. petit fils de l’auteur qui semble avoir effectue ce
Ben Sira medite sur ce danger, cherchant a de- travail vers 130 av. J-C., a Alexandrie. St Jerome,
montrer par des maximes, des proverbes et di- au IV° s, avait une copie du texte hebreu vite dis-
verses pensees, que l’authentique sagesse est paru, mais dont on a retrouve des fragments
celle de la Loi. dans une bibliotheque du Caire, vers 1890 !
Nous sommes toujours avec le « discours Il est donc indispensable dans un premier
dans la plaine », où Lc a rassemblé diverses temps de se former à l’école de Jésus dont la
paroles isolées de Jésus, qui avaient la même miséricorde pour les pécheurs, le rendait apte
idée. Mais l’évangéliste signale ici à son lec- à guider les autres. D’ailleurs, c’est être hypo-
teur qu’il se trouve face à une « parabole ». crite, jouer un rôle, que de prôner une voie
Ce terme invite à chercher le sens des juste, que l’on n’emprunte pas soi-même.
phrases sans en rester aux images. Seule une conversion sans cesse poursuivie,
Cette rupture de style fait sens, car elle mani- qui débouche sur un comportement authen-
feste le changement de personnages envers tique, peut faire sortir de l’aveuglement et
lesquels tout disciple doit se montrer bienveil- autorise à prétendre corriger l’attitude d’un
lant : après l’ennemi (semaine dernière), voici frère dans la foi.
le frère, « l’autre » dans la communauté. En invitant à « balayer devant sa porte », la
Il y a là une invitation à ne pas le juger. Mais parabole de la paille et de la poutre rappelle
ne pas juger ne signifie pas tout mettre sur le qu’il faut être soi-même bon, pour proposer à
même plan, écrit Hugues Cousin. l’autre une bonne conduite.
Le chrétien qui n’a pas atteint la taille adulte Le véritable disciple doit poser des actes con-
dans l’ordre de la vie chrétienne (Cf. 1 Co 3,1- formes à sa foi. Il est donc question d’un
3), ne peut prétendre guider les autres à la « agir » que viennent éclairer les paraboles
pleine lumière de la foi, ni les critiquer. L’exis- sur les arbres et leurs fruits, suivies de leur
tence croyante est une longue préparation application. Comme la qualité d’un fruit permet
pour être bien formé. Ce n’est qu’après cette de juger de la valeur de l’arbre, de même tout
période que le disciple sera comme son ce que produit l’homme (son agir et ses pa-
Maître, le Christ, qui invitait chacun à changer roles) révèle ce qu’il est au plus profond de lui-
le cours de sa vie … à se convertir. Il faut même. Soustrait au regard, mais connu de
d’abord le vivre, avant d’aider autrui ! Dieu, le cœur est le lieu où se joue le salut.
Si Mt applique l’image de l’aveugle qui veut guider un autre aveugle, aux pharisiens qui egarent le
peuple, Lc, lui, l’adresse aux disciples, invitant par la les responsables de toute communaute chre-
tienne a faire preuve de lucidite.
La parabole de « la paille », traite de l’entraide spirituelle entre membres d’une eglise. Savoir
« guider » les autres suppose une serieuse formation au discernement. Il y a la un leçon d’humili-
te : il faut reconnaître nos propres limites ou nos propres defauts avant de vouloir corriger les
autres. Plus grave, nos propres defauts peuvent constituer un prisme deformant qui nous enleve
toute objectivite pour pretendre corriger l’autre.
Quant aux paraboles sur « l’arbre », ecrit Michel Hubaut, il faut se rappeler que nous avons la un
symbole frequent dans la Bible ou le peuple est compare a un cep (un veritable arbre, en Orient)
qui ne porte souvent qu’un mauvais fruit (Is 5). Dans St Jn, Jesus lui-meme est compare a un cep
dont nous sommes les sarments qui ne peuvent porter du bon fruit, que greffes sur lui (Jn 15,8).
Ici, Lc, avec beaucoup de realisme, montre que c’est la qualite des fruits que nous portons, la quali-
te de nos actes, de nos relations, qui manifestent notre enracinement dans les paroles du Christ.
2
Au sujet du carême qui débute le mercredi 6 mars.
La venue du Royaume de Dieu est et a /… Mais ce temps du jeune avant Paques, est observe de
toujours ete liee a une conversion. Ce manieres differentes selon les lieux. A Rome, trois se-
processus s’enracine dans le phenomene maines, en exceptant les samedis et dimanches. En Illy-
religieux commun a l’humanite qui uti- rie (Albanie), en Grece et a Alexandrie, il est de six se-
lise des rites de passages reguliers maines et porte deja le nom de « jeune de quarante
(annuels) entre un rythme de mort (le jours ». En d’autres lieux, il commence la septieme se-
passe) et une renaissance a la vie. Ainsi maine avant Paques, mais a raison de trois jours par se-
le bapteme inclut la renonciation a la vie maine ; il porte pourtant le nom de « jeune de quarante
ancienne pour une vie nouvelle. Le mys- jours » (en lien avec la retraite de « quarante jours et
tere pascal du Christ est, dans le chris- quarante nuits » que fit Jesus au desert).
tianisme, le repere fondamental de ce C’est au concile de Nicee (du 20 mai au 25 juillet 325)
passage d’un etat a un autre, et a joue un que semble avoir ete officialise ce temps specifique, car
grand role dans l’organisation liturgique quelques annees apres ce concile, nous trouvons la pra-
du temps, ecrit Thomas Talley. tique du « jeune de quarante jours » comme une cou-
Tres tot, l’Eglise primitive a vite mis en tume etablie dans de nombreuses Eglises.
place un temps de preparation aux bap-
Quelle que soit la durée concrète de ce temps de
temes qui se faisaient a Paques. Par rico- « jeûne », il est clair qu’il était au départ le temps de for-
chet, il est devenu pour les baptises un mation finale de ceux qui allaient être baptisés à
moment fort annuel pour reactualiser Pâques : « Pendant ces sept semaines, on vous a ins-
leur propre bapteme et continuer leur truits, vous avez entendu parler de la foi et de la résur-
chemin de conversion. Ainsi est ne cette rection, vous avez entendu l’explication du symbole
periode que nous nommons « Careme » [credo], ... ». Il prendra peu à peu le nom de Quadrage-
base sur le jeune, pendant des siecles…/ sima qui a donné « Carême » en français.
Dans l’Eglise catholique romaine, le Carême dé- …/… Il peut aussi « s’asseoir sur des Cendres »,
bute par le rite de l’imposition de cendres, le comme Job, Jonas, David, et d’autres…
mercredi qui précède le 1° dimanche de Ca- Mais quel que soit la forme du rite, l’être humain,
rême. Les cendres évoquent la mort et invitent à par ce geste, se resitue vis à vis de Dieu. Car face à
la conversion pour la vie, comme l’attestent les son Créateur, et c’est cela qui manifeste sa diffé-
deux formules possibles : soit « Convertissez- rence, toute créature, tout être humain, « n’est
vous et croyez à l’Evangile. » soit « Souviens-toi que poussière et cendre. » Gn 18,27.
Se couvrir la tête de cendres, s’asseoir sur des
que tu es poussière et que tu retourneras en
cendres, recevoir sur le front des cendres, est donc
poussière. » un rite, un geste symbolique qui exprime quelque
L’usage des Cendres, se retrouve dans la plupart chose de très profond : le mystère même de l’être
des religions antiques : elles y sont associées à humain qui, par nature, est radicalement différent
la poussière symbolisant la faiblesse et la fragili- de Dieu.
té de l’être humain qui commet des fautes en- Cependant, ce rite n’est pas qu’un geste de recon-
vers la divinité. naissance. Il exprime toujours le désir d’être par-
Dans la Bible, le cœur de l’homme, parce que ce donné, lavé du péché, (comme le dit le psaume
dernier est pécheur, est semblable aux cendres : 51,9). Il manifeste donc simultanément le pardon
« Son cœur n’est que cendre » dit le Livre de la donné, la pureté retrouvée [¤]. Voilà pourquoi il
Sagesse (15,10). Du coup, la conséquence du remplace le rite pénitentiel lors de la messe où les
péché, son salaire pourrait-on dire, n’est que cendres son imposées.
cendres : Ezéchiel dit de l’homme violent et or- Parce qu’il est langage pour le cœur humain, qu’il
gueilleux, qui se détourne de la voie de Dieu : Il nous vient d’une culture où la symbolique gérait
sera réduit en cendres ! (Ez 28,18). Le prophète la vie, tout rite avec des cendres parle (devrait
parler !!!) plus que les mots.
Malachie ajoutera que « Les méchants seront ___________________________________________________________________________________________________________________________
piétinés comme des cendres. » (Ml 3,21). [¤] Encore au début du siècle dernier, on se ser-
Ainsi, chaque fois qu’un être humain reconnaît vait des cendres pour faire les grandes lessives,
son erreur, sa faute, ses manquements, et se parce que l’eau chaude, en passant sur les
convertit, chaque fois, il s’avoue publiquement cendres donne du carbonate de sodium (qui sert à
pécheur en se couvrant de cendres. …/... la fabrication du savon).
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Homélie du 8° dimanche du t. o.
Dans ce passage de l’évangile, Jésus ne parle pas à la foule mais à ceux qui le
suivent depuis déjà un certain temps. Il s’adresse à des personnes qu’il veut for-
mer et il leur parle de leur formation. Ces paroles s’adressent donc à ses dis-
ciples, et par-delà, à tous ceux qui veulent l’être encore aujourd’hui.
Jésus commence par une mise-en-garde : « Attention de ne pas être comme des
aveugles qui prétendent conduire les autres alors que vous risquez de tomber
dans un trou et d’y entraîner avec vous ceux qui vous écoutent. » Avec
l’exemple de la poutre et de la paille, il dénonce le risque qui guette tout disciple,
celui de déformer son message.
Jésus explique que le but de sa mise-en-garde, c’est que nous devenions
comme lui, que nous découvrions que nous avons la même dignité que lui : celle
d’être fils ou fille de Dieu. Car il veut susciter un peuple de frères et de sœurs. Il
veut que ses disciples soient les premiers à croire que tout être humain est au
même rang que les autres aux yeux de Dieu. Jésus veut que ses disciples diffu-
sent cet enseignement non seulement en paroles mais aussi en actes.
Cependant le danger, c’est de croire que parce que l’on se dit chrétien, on joui-
rait d’un avantage, que l’on serait au-dessus de la mêlée, plus proche de Dieu et
meilleur que les autres. Le pire serait alors de vouloir garder ce prétendu privi-
lège, sous prétexte de posséder une connaissance de Dieu ou d’exercer une
fonction élevée : « À quoi servirions-nous, si les autres se mettaient à connaître
Dieu autant que nous ? » Le pire du pire serait d’obliger les foules à reconnaître
cette soi-disant supériorité ! L’enseignement du maître est alors déformé, détour-
né de sa finalité. L’égalité voulue par Jésus serait bafouée.
Aveuglés par la poutre de l’orgueil, ces mauvais disciples sont des
« hypocrites ». Or, le mot « hypocrisie » vient d’un terme grec dont l’un des sens
est « jalousie » et un autre : « dissimulation». Ces disciples-là dissimulent leur
pensée aux yeux des foules comme ils se dissimulent à eux-mêmes leur propre
jalousie. Mais elle n’est pas cachée pour Jésus qui veut les sortir de leur aveu-
glement. S’il dénonce ainsi ce comportement ce n’est pas pour écraser ses dis-
ciples, mais pour en former au moins quelques-uns à vivre en vérité l’égale digni-
té de tous, pour être des « maîtres-serviteurs » en matière de fraternité.
On notera que l’enseignement de Jésus à ses disciples ne porte pas sur des
concepts. Il ne cherche pas à faire d’eux des théologiens, des « dogmaticiens »
ou des moralistes. Il cherche à faire de ses disciples ceux par qui il veut engen-
drer une fraternité réelle et universelle. C’est pourquoi il invite ses disciples à dé-
celer en eux-mêmes leur orgueil, leur jalousie, leur hypocrisie. Il veut que ceux-ci
soient capables de déceler ce fléau qui paralyse son Église.
L’orgueil, qui engendre un sentiment de supériorité, quand il s’empare de ceux
qui se prétendent être disciples du Christ, voilà la poutre qui les rend aveugles et
affaiblit grandement l’annonce de l’enseignement de Jésus.
Tout le reste, tout ce que nous pouvons regretter dans notre propre comporte-
ment ou dénoncer chez un frère ou une sœur, n’est que de la paille. Certes cela
peut brouiller la vue mais, pour quelqu’un qui veut avancer sur le chemin de l’hu-
milité et de la fraternité, la paille peut se mettre au feu, un feu qui se transforme-
ra toujours, par grâce, en feu de joie !
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