Chapitre I.
CONTENU ET FONDAMENTALITE DE LA
LIBERTE DE MANIFESTATION
La liberté de manifestation est un moyen précieux d'exercice des autres
droits et libertés fondamentales. Elle est au cœur même de la démocratie et se
confond parfois à celle-ci. C'est grâce à elle que le printemps arabe a permis de
renverser les régimes tyranniques en Egypte, en Lybie, en Tunisie etc. Elle est
une arme efficace contre la dictature et un moyen incontournable pendant la
campagne électorale.
Mais il est important de présenter en premier son contenu pour
expliquer ce qui peut être entrepris dans le cadre de son exercice et ressortir par
après les caractères qui font d'elle un droit de l'homme.
SECTION I. CONTENU DE LA LIBERTE DE
MANIFESTATION
La liberté de manifestation est avant tout présentée comme une liberté
publique. Ceci nous contraint de commencer par circonscrire la notion de
« libertés publiques » avant de voir plus spécifiquement par ce qu'implique la
liberté de manifestation, en quoi celle-ci est une liberté publique.
Paragraphe I. Notion des libertés publiques
La notion des libertés publiques est évoquée dans le cadre des droits de
l'homme. Ceux-ci sont de nos jours une réalité incontestable. Cette affirmation
est soutenue avant tout par leur positivité puisqu'ils sont proclamés d'une part par
les instruments juridiques internationaux 1et d'autre part, par les constitutions et
lois des Etats modernes2 ; ensuite, la réalité des droits de l'homme est soutenue
dans les relations internationales par la prise en compte de leur respect et de leur
violation dans la mise en oeuvre de la coopération internationale et cela, à
travers les conditionnalités qui sont imposées. Celles -ci soumettent l'élection
d'un Etat à un mécanisme de coopération internationale au respect préalable des
1
La charte internationale des droits de l'homme et les instruments spécifiques et sectoriels
2
Le titre II de la constitution de la RDC porte le titre suivant: Des droits humains, des libertés
fondamentales et des devoirs du citoyen et de l'Etat ; les dix premiers amendements à la
constitution des Etats-Unis portent sur les droits de l'homme ; ils forment la déclaration des
droits (Bill of rights)
droits de l'homme ; en revanche, d'autres Etats perdent les faveurs obtenues
dans le cadre de la coopération internationale notamment à cause des violations
graves et massives des droits de l'homme. Les relations internationales
modernes sont assises sur la notion des droits de l'homme. Ce mouvement de
« doits de l'hominisation » des relations internationales s'expliquent mieux à
travers des précédents tels les sanctions qui frappèrent le régime du Marshall
Mobutu, allant jusqu'à refuser le visa de voyage à lui-même et à ses proches,
suite à la répression des manifestations organisées par les étudiants de
l'Université de Lubumbashi.3
En plus de la juridicisation des droits de l'homme et de la « droits de
l'hommisation » des relations internationales, il faut remarquer leur
forte juridictionnalisation au travers de la création de nombreuses instances
juridictionnelles relatives aux droits de l'homme.4
Mais les notions de droits de l'homme et de libertés publiques sont-elles
synonymes ? Il semble qu'il n'existe pas des synonymies parfaites ; qu'elle est la
portion de différence qui doit être apportée entre « droits de l'homme » et
« libertés publiques » ? On les utilise indistinctement et parfois ensemble, reliés
par la conjonction de coordination "et" comme dans la phrase « les droits de
l'homme et les libertés fondamentales nous permettent de développer et d'utiliser
pleinement nos qualités humaines, notre intelligence, nos dons et notre
conscience et de répondre à nos besoins spirituels et autres. »5
A. Les droits de l'homme
L'idée de reconnaitre à l'homme des droits sacrés qui ne dépendent ni
de l'Etat, ni du droit posé par lui, remonte de très loin dans le temps. Mais les
droits de l'homme tels que nous les connaissons aujourd'hui se sont affirmés à
partir de l'adoption par les Etats des déclarations des droits des citoyens. Cela a
été renforcé par leur internationalisation dont la manifestation la plus éloquente
3
Sanctions décidées à la suite des massacres commis par le régime de Mobutu contre les
étudiants de Lubumbashi , évoqués au cours de l'émission « Archives d'Afrique » sur la Radio
France Internationale, édition consacrée au Marshall Mobutu, le 05/ Janvier/2013, 22h 10
Minutes.
4
MAMPUYA KANUNK'a TSHIABO (A), Droit international public : Impact de la jurisprudence sur
développement progressif du doit international, DES, UNIKIN, Kinshasa, 2011-2013.
5
KALINDYE BYANJIRA(D), Traité d'Education aux Droits de l'Homme en République
Démocratique du Congo, T I, Ed . de l'Institut Africain des droits de l'homme et de la démocratie,
Kinshasa, 2004, p10.
se trouve être portée par la Résolution 217 de l'Assemblée Générale de l'ONU
portant déclaration universelle des droits . A ce sujet, le Professeur MAMPUYA
écrit : « En effet, depuis Démocrite et les stoïciens, il s'est développé une
certaine idée de l'homme, de sa valeur intrinsèque, de ses rapports aux autres et
à la communauté. Depuis les jusnaturalistes (Grotius, Vattel, etc), une certaine
reconnaissance des droits "humains" peut être décelée dans les débuts
balbutiants du droit humanitaire aux fins d'"humaniser la guerre", les premiers
instruments juridiques qui consacrent l'idée sont de droit constitutionnel (la
Grande Charte et l'Habeas corpus en Angleterre, la Déclaration américaine de
1776 et la Déclaration française des droits de l'homme et du citoyen de 1789).
Mais c'est incontestablement avec l'ONU et l'oeuvre normative de cette dernière
qu'ont été consacrés en droit international, et mis sur pied, des mécanismes
adéquats de leur sauvegarde. »6
Sur le plan scientifique, plusieurs définitions sont construites suivant les
auteurs. Elles tendent et s'accordent à ce que les droits l'homme sont des droits
inhérents à la nature humaine et s'imposent aussi bien aux pouvoirs publics
qu'aux particuliers.
Les droits de l'Homme sont « un certain nombre des droits considérés
comme inhérents à la nature humaine et tous les Etats s'engagent à respecter et
à garantir... »7.
Pour le Professeur KALINDYE : « Par droits de l'homme, on entend
généralement les droits attachés à notre nature, sans lesquels nous ne saurions
vivre en tant qu'êtres humains.»8 Les commentaires de la constitution américaine
indiquent au sujet des dix premiers amendements qu' « Il ne s'agit pas de droits
positifs que l'État doit garantir au citoyen, mais d'actions dont il doit s'abstenir à
son égard. »9 possède en tant que tel des droits universels, inaliénables, quel
que soit le droit en vigueur ou les différences locales ou biologiques telles que
l'ethnie, la culture, la religion, la nationalité, la situation sociale ou économique ou
le sexe.
6
MAMPUYA KANUNK'a-TSHIABO(A), Le système onusien de protection des doits de l'homme :
introduction générale, in séminaire sur les droits de l'homme et le droit international humanitaire,
cinquantenaire de la DUDH, Kinshasa, PUC, p29
7
MAZYAMBO MAKENGO KISALA, Le système onusien de protection des droits de l'homme :
les mécanismes conventionnels, in séminaire sur les droits de l'homme et le droit international
humanitaire, cinquantenaire de la DUDH, Kinshasa, PUC, p40
8
KALINDYE BYANJIRA (D), Op .Cit, p9.
9
Idem
« Les Droits de l'Homme sont donc des droits inhérents à la personne
humaine qui sont considérés comme antérieurs et supérieurs à la société et qui
existent indépendamment de leur consécration formelle ou informelle dans une
société donnée. »10
B. Fondements des droits de l'homme
Les droits de l'homme ont un fondement philosophique,
anthropologique, théologique et même juridique.
Philosophiquement, l'existence des droits de l'homme vient de ce que
l'homme est un être foncièrement libre. Il est créé comme tel et ne peut exister
que dans la liberté, jamais sans elle.
En effet, l'homme vivait dans l'Etat de nature où il était totalement libre.
La possession de ces droits et libertés est antérieure à l'existence même de
l'Etat.
Lorsque le besoin de mettre en place une organisation dotée des
pouvoirs de contrainte et des compétences exorbitantes s'était fait sentir,
l'homme accepta de céder une parcelle de son pouvoir à l'entité créée
(Léviathan, organisation sociale, ou politique). Ayant cédé une parcelle des
pouvoirs et des libertés, l'homme était resté titulaire de quelques autres droits
auxquels l'Etat ne pouvait pas porter atteinte. Ce dernier en a même été institué
gardien et il est tenu à les respecter en contrepartie de l'obéissance que lui
doivent les citoyens. Ce sont des droits indispensables à la vie et intimement liés
au caractère humain.
Les professeurs BASUE écrit : « Pour fonder la coexistence sociale,
l'homme entre en société et aliène une bonne partie de sa liberté. Cette
aliénation partielle peut, dans certains régimes totalitaires, consister en une
confiscation totale de sa liberté. »11 Cette cession partielle signifie qu'il reste
l'autre partie qui s'impose à l'Etat : ce sont des droits de l'homme.
Sur le plan anthropologique, les droits de l'homme s'expliquent par les
mythes et les croyances des divers peuples.
10
OSISA, Le guide des libertés publiques, Kinshasa, OSISA, 2012, p. 3
BASUE BABU KAZADI (G), Introduction générale à l'étude du droit : partie droit public, PUK-
11
PUIC, Kinshasa, p10
En effet, malgré leurs diversités et leur éloignement, il est clair que les
différents peuples du monde ont tous en commun la croyance au caractère sacré
de certaines valeurs comme la vie, la dignité et la paix même si dans chaque
civilisation, les explications qui sont fournies ne sont pas toujours les mêmes.
Les mythes des peuples racontent la déférence que leurs ancêtres
avaient pour les droits et libertés.
Sur le plan théologique, les droits de l'homme se justifient par le fait
qu'ils sont des prérogatives que Dieu lui-même a reconnues à ses créatures. Ce
n'est pas seulement parce que l'homme est une créature de Dieu ( les animaux
et les arbres les sont aussi), mais c'est plutôt parce qu'il est créé à l'image et à la
ressemblance d'un être suprême. Cela fait que dans la plupart des religions et
d'écoles spirituelles, on croie au respect de la liberté de l'homme, de son sang et
de sa personne pas comme on prescrit le respect des autres créatures
(protection de l'environnement et de ses espèces), mais bien plus que cela.
Pour les chrétiens, « les droits de l'homme sont des droits du chrétien
qui exige de l'Etat les différentes formes de liberté nécessaire pour assumer sans
Etat la responsabilité de son destin. »12
Le fondement juridique des droits de l'homme est l'objet de notre
deuxième chapitre. Il s'agit des textes qui reconnaissent les droits de l'homme. Ils
sont de nature conventionnelle, constitutionnelle et légale.
C. Les libertés publiques
Il est question d'analyser séparément les éléments de cette expression
en commençant par « la liberté » pour finir avec l'adjectif « public ».
1. La liberté
Pour le sens commun, la liberté s'oppose à la notion d'enfermement ou
de séquestration. Une personne qui vient de sortir de prison est dite libre. Le sens
originel du mot liberté est d'ailleurs assez proche : l'homme libre était simplement
celui qui n'appartenait pas à autrui, qui n'avait pas le statut d'esclave.
Dans son acception négative, c'est l'absence de soumission, de
servitude, de contrainte, qu'elles soient exercées par d'autres individus (comme
pour l'esclavage), ou par la société (c'est-à-dire par la Loi). C'est l'exercice sans
12
MILALA LUNGALA (J-B), Cours de fondement philosophique des droits de l'homme,
Université de Kinshasa/CRIDHAC, Diplôme professionnel en Droits de l'homme et en droit
international humanitaire, 2011-2013 , p14.
entrave d'une prérogative, garanti par le droit. C'est le cas de la liberté de
circulation, d'association, de culte, d'association, de la presse, de manifestation
etc.
Par contre, dans la formulation positive, on affirme l'autonomie et la
spontanéité du sujet rationnel ; les comportements humains volontaires se
fondent sur la liberté et sont qualifiés de libres.
Enfin, dans la formulation relative : différents adages font ressortir
l'équilibre à trouver dans une alternative, visant notamment à rendre la liberté
compatible avec des principes de philosophie politique tels que l'égalité ou la
justice. Ainsi : La « liberté consiste à ne pas nuire à autrui »13 ce qui implique la
possibilité de « faire tout ce qui n'est point interdit, comme ne pas faire ce qui
n'est point obligatoire », la « liberté de dire ou de faire ce qui n'est pas contraire à
l'ordre public ou à la morale publique » ou encore selon John Stuart Mill, la liberté
des uns s'arrête là où commence celle des autres. Dans une telle formulation, la
liberté est étroitement liée au concept de droit, allant jusqu'à confondre les deux
notions, pourtant très différentes.
Cette notion renvoie à une double réflexion : d'une part sur la liberté en
tant que questionnement sur la capacité de choisir et de faire, d'autre part comme
questionnement sur l'exercice concret de ce pouvoir de choisir et de faire.
Dans la mesure où ces deux perspectives se recoupent de diverses
manières, leur chevauchement peut provoquer des erreurs d'interprétation dans
les analyses et la confusion dans les débats. Il faut donc prendre soin de
distinguer les différents sens de ce mot.
On peut donc dire que la liberté est la possibilité de pouvoir agir selon
sa propre volonté, dans le cadre d'un système politique ou social, dans la mesure
où l'on ne porte pas atteinte aux droits des autres et à la sécurité publique.
Dans la devise "Liberté, Egalité, Fraternité" de la République française
(issue de la Révolution), le terme "liberté" sous-entend que la contrainte et le
devoir ne peuvent venir que des lois établies par l'Assemblée nationale, librement
élue par le peuple.
En définitive, La liberté est considérée comme le propre de la condition
de l'homme et le premier de ses droits est donc la liberté. La caractéristique
fondamentale de l'être humain est en effet de n'appartenir à aucun maitre. La
liberté est la faculté qui lui est reconnue d'agir de manière autonome, de
13
Art. 4 de la Déclaration universelle des droits de l'homme
s'autodéterminer, de choisir son comportement personnel. L'ensemble des
libertés dérive de cette liberté essentielle initiale.14
2. Publique
L'adjectif public (publique au féminin) signifie ce qui concerne le peuple,
la nation, l'Etat.C'est ainsi que l'on parle de droit public ou de la fonction publique.
Il renvoie aussi à ce qui est accessible ou ouvert à tous, ce qui a lieu en présence
des témoins. Cela étant, il convient de joindre les deux termes pour connaitre ce
qu'on entend par « libertés publiques ».
A. Ce que veut dire l'expression « Libertés publiques »
Il y a donc une controverse autour de la notion des libertés publiques.
Certains trouvent que les "libertés publiques" sont l'ensemble des droits et des
libertés individuelles et collectives garantis par les textes législatifs et donc par
l'Etat.15
Ainsi, les libertés ne sont dites publiques que si l'Etat intervient pour les
reconnaître et les aménager, quel que soit l'objet de cette liberté. Elles sont donc
une traduction dans le droit positif des Droits de l'homme et des droits
fondamentaux. Dans cette tendance, il n'y a pas de différence entre les libertés
publiques et les « les libertés privées ». Quel que soit son objet (mariage par
exemple), une liberté est publique si elle est aménagée et reconnue par les
pouvoirs publics. Jean RIVERO appelle « libertés publiques », par opposition aux
« droits de l'homme », des droits de l'homme que leur consécration par l'Etat a
fait passer du droit naturel au droit positif.
D'autres, par contre, trouvent que les libertés publiques sont celles qui
permettent de participer à la vie publique. « Les libertés publiques sont une des
expressions de ces droits les plus liées à l'exercice démocratique car elles
concernent celles qui sont nécessaires à la participation de l'individu à la vie
sociale et politique sous leurs divers aspects.»16 C'est le cas des libertés de la
presse et de réunion. Dans ce sens, la liberté de mariage n'est pas une liberté
publique.
14
OSISA, Op. Cit, p26
15
Jean RIVERO, Libertés publiques, cité par NGONDANKOY NKOY-ea-LOONGYA, Cours de
droit constitutionnel des droits de l'homme, Diplôme professionnel en droits de l'homme et droit
international humanitaire, UNIKIN, CRIDHAC, 2011-2012, p2
16
Idem, p2
Enfin, il existe une certaine tendance qui soutient que les libertés
publiques sont celles dont l'exercice se fait sur la place publique ou qui affecte un
grand nombre des gens.
Il y a aussi une tendance qui trouve qu'il est sans intérêt pratique de
continuer à opposer « droits de l'homme » à « libertés publiques » ou « droits de
l'homme » à « libertés fondamentales », pas plus qu'il n'y a de progrès significatif
à leur préférer le concept prétendument « neutre » et « globalisant »de « droits
humains ». Tous ces concepts renvoient, à quelques différences près, aux
mêmes réalités, tout débat idéologique mis à part. Cette tendance estime qu' « il
y a donc entre " libertés publiques " et "droits de l'homme" un tel rapport de
dépendance, voire un tel degré d'identité, que la simple " consécration par l'Etat"
ne saurait gommer. » 17Tout est question, semble t-il, de préférence idéologique
ou d'opposition entre positivistes et jusnaturalistes.
Quant à nous, nous épousons le point de vue de Raymond et Guillien
en ce qu'ils soutiennent que les libertés publiques sont des droits de l'homme
reconnus, définis et protégés juridiquement. 18
Contrairement à Gérard CORNU qui rattache la notion des libertés
publiques à l'exercice du pouvoir politique, nous pensons quant à nous que cette
liberté doit être rattachée à la reconnaissance par le pouvoir ou à l'intervention du
pouvoir pour les aménager. La notion de libertés publiques impose aux pouvoirs
publics des limites à leurs prérogatives en les soumettant à des normes
juridiques. C'est le respect de ces limites qui fonde la légitimité du pouvoir et
caractérise une démocratie.
B. Libertés publiques et libertés fondamentales
Il s'agit ici des expressions utilisées dans la littérature juridique et même
dans les instruments juridiques nationaux et internationaux. Sans verser dans les
considérations doctrinales, nous trouvons les arguments majeurs de distinction
entre libertés publiques et libertés fondamentales au près du Professeur
NGONDANKOY ;
En effet, le Professeur NGONDANKOY écrit que les droits
fondamentaux sont ceux qui bénéficient d'une protection constitutionnelle. Selon
17
NGONDANKOY NKOY-ea-LOONGA, Cours de droit constitutionnel des droits de l'homme,
Diplôme professionnel en droits de l'homme et droit international humanitaire, UNIKIN,
CRIDHAC, 2011-2012, p2.
18
Idem, p6
lui, on peut de manière interchangeable utiliser des expressions droits
constitutionnels ou droits fondamentaux.
Libertés fondamentales se distingueraient des libertés publiques d'abord
par leur instumentum. Les premières seraient consacrées par la constitution
tandis que les secondes les seraient dans des instruments infra constitutionnels
(loi, règlement, principes généraux de droit...). Les libertés publiques seraient
garanties contre l'exécutif alors que les libertés fondamentales les seraient contre
tous les organes de l'Etat et, enfin, les libertés publiques seraient consacrées
pour être observées dans les rapports verticaux alors que les libertés
fondamentales les seraient aussi bien pour les rapports verticaux
qu'horizontaux.19
Quant à nous, nous considérons que les libertés publiques étant
entendues comme les droits de l'homme qui sont garantis par les pouvoirs
publics sont plus globalisantes et plus larges ; elles comprennent aussi les
libertés fondamentales dans la mesure où celles-ci sont aussi consacrées par les
pouvoirs publics. Mais à la différence de toutes les libertés publiques consacrées
par l'Etat, les libertés fondamentales sont prévues dans la loi fondamentale et
empruntent par conséquent les caractères reconnus au support qui les prévoit.
C'est pour dire que toute liberté fondamentale est une liberté publique mais toute
liberté publique n'a pas le caractère fondamental.
Paragraphe II. Définition du droit à la liberté de
manifestation
Comme il peut être affirmé qu'un peuple qui ne sait pas choisir ses
dirigeants et à qui ceux-ci sont imposés d'une manière ou d'une autre ne connait
pas de démocratie, il est de même permis de dire aujourd'hui qu'un peuple qui ne
sait pas exercer la liberté de manifestation et à qui ce droit est nié, ne connait pas
de démocratie.
Pour définir la liberté de manifestation, nous commençons par cerner la
notion en vue de la comprendre et de la distinguer des autres droits de même
nature avant d'énumérer en extension les activités qui rentrent dans le cadre de
son exercice.
A. Définition par compréhension
19
NGONDANKOY NKOY-ea-LOONGA, Op.Cit, p5.
La liberté de manifestation est un droit de l'homme. On parle du « droit à
la liberté de manifestation ». Cela veut dire que ce droit consiste non seulement
au fait de pouvoir manifester mais aussi et surtout à ce que la possibilité de
manifester soit libre de toutes contraintes.
C'est ainsi que la meilleure des manières pour nous d'expliquer le droit à
la liberté de manifestation est d'expliquer ce qu'est une manifestation, dire ce
qu'on entend par droit de manifester et enfin, préciser que ce droit doit être libre,
puisqu'il est une liberté.
En effet, étymologiquement, le mot manifestation vient du
latin manifestatio, « manifestation », qui est un substantif issu du
verbe manifestare qui veut dire montrer, manifester, découvrir. Le verbe français
« manifester » a un contenu très riche en idée ; il signifie rendre manifeste,
exprimer, montrer, faire connaître de manière ouverte, publique ou
démonstrative, ses sentiments, ses désirs, ses idées, ses opinions. Une
manifestation est donc le fait de faire connaitre son opinion ou sa pensée. C'est
ainsi qu'on peut manifester sa joie, sa colère, sa peur, sa désolation, son
opposition, son soutien, son désaccord, son désir etc. C'est donc le fait
d'extérioriser ce que l'on pense ou ressent.
En politique ou dans la vie sociale, une manifestation est une action
collective, un rassemblement organisé dans un lieu public ou un défilé sur la voie
publique, ayant pour objectif de rendre public le mécontentement ou les
revendications d'un groupe, d'un parti, d'un collectif, d'une ou plusieurs
organisations syndicales, etc.
Quelques fois, les expressions, « liberté de réunion pacifique », « droit
de rassemblement pacifique » sont utilisées pour traduire la même idée que celle
qui est portée par la liberté de manifestation. Ainsi, une manifestation doit être
entendue comme un rassemblement ou une réunion en vue de faire connaitre
son point de vue ou son idée.
B. Droit de manifester
La constitution de la RDC parle du droit d'organiser et de participer à
des manifestations et réunions pacifiques. Le droit porte donc sur l'organisation et
la participation à une manifestation publique ou privée. Il s'agit donc d'une
prérogative reconnue à tout individu de faire connaitre ce qu'il pense sous quelle
que forme que ce soit et cela, dans le respect de l'ordre public et des bonnes
moeurs. L'Etat doit s'interdire de le lui empêcher. Mais ce droit impose que son
exercice soit libre.
C. Droit à la liberté de manifestation
Ce droit implique que cette prérogative soit exercée sans restriction et
sans obstacle. Dans un premier temps, il signifie en tant que droit qu'il ne soit pas
interdit de manifester. Dans un second temps, il veut dire que la possibilité de
manifester étant admise, son exercice ne soit pas gêné par des obstacles de
quelque sorte que ce soit.
Les dispositions de la constitution des Etats-Unis d'Amérique dans leurs
premiers amendements expriment l'idée qu'il s'agit du « droit des citoyens de se
réunir pacifiquement et d'adresser à l'État des pétitions pour obtenir réparation de
torts subis, sans risque de punition ou de représailles.» 57(*) Il ne faut donc pas que
l'exercice de ce droit fasse l'objet des représailles de quelque sorte que ce soit
(répression à balles réelle, poursuites judiciaires, enlèvement etc).
Louis Blanc précise que la liberté consiste, non pas seulement dans le
droit accordé, mais dans le pouvoir donné à l'homme d'exercer, de développer
ses facultés, sous l'empire de la justice et sous la sauvegarde de la loi. 58(*) Il ne
sert donc à rien de proclamer un droit de l'homme sans mettre en place le cadre
propice à son exercice.
Il porte l'idée d'accorder la latitude à toute personne de prendre part ou
de ne pas être contraint de prendre part à un rassemblement ou à une réunion. Il
s'agit du choix laissé libre aux citoyens d'exercer cette prérogative et de celui de
refuser d'y aller ni d'y être contraints. L'idée du droit à la liberté de manifestation
est mieux traduite dans les termes utilisés dans le premier amendement à la
constitution des Etats-Unis d'Amérique.
En effet, le texte du premier amendement est le suivant: «Congress
shall make no law respecting an establishment of religion, or prohibiting the free
exercise thereof; or abridging the freedom of speech, or of the press; or the right
of the people peaceably to assemble, and to petition the Government for a
redress of grievances».
« Le Congrès ne fera aucune loi pour conférer un statut institutionnel à
une religion, (aucune loi) qui interdise le libre exercice d'une religion, (aucune loi)
qui restreigne la liberté d'expression, ni la liberté de la presse, ni le droit des
citoyens de se réunir pacifiquement et d'adresser à l'État des pétitions pour
obtenir réparation de torts subis (sans risque de punition ou de représailles). »
L'idée de l'existence d'un droit est portée par ce qu'on peut appeler
l'interdiction faite aux pouvoirs publics d'interdire ou de restreindre les
rassemblements. Il s'agit selon les commentateurs de la constitution américaine,
malgré la référence directe aux pouvoirs législatifs, de tous les organes de l'Etat
à savoir l'exécutif et le judiciaire aussi.20
D. Caractères du droit à la liberté de manifestation
La liberté de manifestation est un droit de l'homme. Elle est une liberté
publique et un droit constitutionnel ou droit fondamental. Elle est aussi un droit-
liberté.
En tant que droit de l'homme, il est inhérent à la nature humaine et
supérieure à l'Etat et à son droit positif.
En tant que liberté publique, elle est prévue par le droit positif. En tant
que droit fondamental, il est prévu par la constitution et donc, elle est un droit
subjectif, justiciable et limitable.
En tant que droit-liberté, elle procure à son titulaire le pouvoir d'agir ou
de ne pas agir.
SECTION II. FONDAMENTALITE ET DEFINITION
PAR EXTENSION DU DROIT A LA LIBERTE DE
MANIFESTATION
Le droit à la liberté de manifestation est un droit fondamental. Il est
proclamé comme tel par les instruments juridiques internationaux et par la
constitution de la RDC. D'où tient-elle sa sacralité ? De la constitution ou de sa
nature substantielle ?
En effet, un droit ne devient pas fondamental parce qu'on l'a proclamé
comme tel dans la constitution ; il est plutôt proclamé fondamental dans la
constitution à cause de sa sacralité préalable.
Il convient de commencer par dire en quoi est-ce que la liberté de
manifestation est sacrée avant de donner dans son extension, les activités qu'elle
emporte.
http://www.mashpedia.fr/Premier_amendement_de_la_Constitution_des etats-Unis.html
20
23
mars 2024
Paragraphe I. Manifester : un besoin humain
sacré
Les droits fondamentaux de l'homme sont des droits inhérents à la
nature humaine. Ils sont sacrés et les pouvoirs publics ne font que les consacrer ;
leur existence est indépendante du droit positif même si ce dernier est nécessaire
à leur effectivité. Au sujet de leur consécration par le droit positif, OTFRIED
HOFFE soutient que "sans garantie fournie par le droit positif, les droits de
l'homme ne sont que des revendications morales de protée universelle". 21Ils sont
certes (au point de vue du droit naturel et raisonnable) des prétentions légitimes
des êtres humains. Mais l'absence de garantie ancrée dans le droit positif, ils
n'ont pratiquement que la valeur d'idées et d'espoirs, d'appels et de postulations
et déclarations(...) En revanche, lorsque le droits de l'homme sont assurés et
protégés par le droit positif(...), ils acquièrent le statut de droits fondamentaux.
Qu'il soit reconnu ou non par le droit positif, la fondamentalité d'un droit
de l'homme ne repose que sur sa valeur intrinsèque. En d'autres termes, la
qualification des droits fondamentaux ne dérive pas de leur consécration en droit
positif, moins encore de la place qu'ils occupent dans la hiérarchie des normes.
De ce qui précède, il faut retenir que les droits de l'homme sont ce que
J. RAWLS appelle « des biens sociaux premiers » 22 Selon cet auteur, les biens
sociaux premiers sont "tout ce qu'on suppose qu'un être rationnel désirera, quels
que soient ses autres désirs(...)."23
Nous commençons par voir si la liberté de manifestation et de réunion
pacifique est inhérent à la nature humaine, si elle est un bien social premier avant
de voir si dans l'éthos ou la conscience sociale collective, elle est vénérée et
regardée comme étant sacrée.
A. Eprouver des sentiments et émotions : Inhérence à la nature
humaine
21
OTFRIED HOFFE, cite par MVAKA NGUMBU (I), Cours de Bioéthique et de droits de
OTFRIED
l'homme, Diplôme Professionnel en Droit de l'homme et en droit international humanitaire,
Université de Kinshasa, CRIDHAC, 2012, p4.
22
J. RAWLS, théorie de la justice, cité par MBAMBI MONGA OLIGA (M), Cours de philosophie,
Ier Graduat, UNIKIN, 2008-2009, p74.
23
Idem
L'homme éprouve des sentiments et des émotions qu'il manifeste dans
ses actes, ses humeurs, ses paroles etc. Il manifeste sa tristesse en pleurant, sa
colère en rouspétant, sa joie en acclamant etc.
Il est donc naturel que l'homme exprime d'une manière ou d'une autre
l'émotion ou le sentiment qui l'habite. Autant il est un besoin humain d'aller au lit,
de se marier, de boire, de manger, il est aussi naturel et humain d'éprouver un
sentiment et de l'exprimer.
Autant il est choquant d'interdire à un homme de se marier, puisqu'il
finira dans ce cas par entretenir des relations illicites et en violation de cette
interdiction, autant il n'est pas normal d'empêcher à un homme de manger
puisque cela le conduit inexorablement à la mort, il n'est pas normal que l'on
interdise à un homme de dire ce qu'il pense ni de l'empêcher de faire connaitre
sa honte, sa colère, sa joie, son désaccord etc. Il est inhumain d'interdire à un
homme de rire, de s'énerver ou de pleurer ; de même, il est inhumain d'empêcher
que soit exprimer ces sentiments.
Le lui empêcher amène inévitablement à ce qu'il cherche à briser
l'interdiction et souvent par des moyens violents. John F. Kennedy dit à ce sujet
que « Ceux qui rendent les révolutions pacifiques impossibles rendent les
révolutions violentes inévitables ».24
De la même manière qu'un enfant qui s'est fait grondé par son père
manifeste sa colère en évitant de le rencontrer même dans le couloir de la
maison, s'enferme dans sa chambre, un homme qui n'est pas d'accord avec les
pouvoirs publics pour telle décision ou telle mesure, a le droit indéniable
d'exprimer son désaccord. Comme l'enfant est le père de l'homme, cette attitude
de l'enfant à l'endroit de son père est la même que celle d'un citoyen qui proteste
contre le maire, le conseil municipal, le gouverneur, l'assemblée provinciale ou le
chef de l'Etat.
B. Manifester ses sentiments et ses émotions : corollaire inévitable
du fait d'éprouver des sentiments
Il est naturel et humain qu'un homme éprouve des sentiments. Ceux-ci
sont destinés à être exprimer. Comment empêcher un homme de manifester son
http://www.f-ce.com/cgi-bin/news/pg-newspro.cgi?archive=10.html (12
24
novembre 2023)
antipathie, sa sympathie, sa joie, sa colère ? L'homme éprouve des sentiments
naturellement et les manifeste sans effort.
C'est ainsi que manifester est un droit qui ne peut être dénié à un
homme. Ce n'est pas un droit inventé par les humains ; il n'est pas non plus
institué par un texte fut-il une constitution ; il est un droit naturel et l'interdire ne
peut que nuire à l'équilibre de l'homme.
Le respect de ce droit est sacré dans toutes les sociétés. Il est vénéré
comme une partie de l'humanité de l'homme. Mais quelles sont les activités qui
sont concernées par le droit de manifester ?
Paragraphe II. Extension de la liberté de
manifestation et relations avec d'autres droits
Il faut énumérer les activités qui rentrent dans le cadre de la liberté de
manifestation avant de dire comment les autres droits fondamentaux de l'homme
interagissent avec elle.
A. Définition par extension
Par extension, on appelle manifestation, un rassemblement organisé en
vue d'une activité commerciale, sportive, professionnelle, culturelle ou festive.
Il s'agit d'une exposition, d'un salon, d'un festival, d'une festivité, d'une
marche, d'un rassemblement, d'une convention, d'un meeting.
Dans le Décret-loi n° 196 du 29 janvier 1999 portant réglementation des
manifestations et des réunions publiques en RDC, sont considérées comme
manifestations notamment, les marches, les défilés, les cortèges, les cérémonies
d'accueil, les processions, à caractère politique, culturel ou religieux.25
Une manifestation est avant tout un rassemblement de personnes pour
des festivités ou des activités professionnelles ou commerciales. Communication
événementielle. (Exemple : manifestation d'art contemporain).
Une manifestation est également un acte collectif se prononçant en
faveur ou en défaveur d'une opinion politique ou pour d'autres causes. Des
actions de manifestation peuvent inclure des blocages ou sit-in.
25
Art. 2 . du décret-loi n°199 du 29 janvier 1999
On peut affirmer qu'une manifestation peut prendre plusieurs formes
notamment des villes mortes, des bruits de casseroles, des lock-out, des
journées sans journaux pour protester contre les violations de la liberté de la
presse etc. Les manifestations peuvent aussi avoir lieu sur internet en envoyant
des slogans en faveur ou en renonciation d'une cause. Cette liberté
fondamentale est en relation directe avec d'autres droits de l'homme.
B. Liberté de manifestation et d'autres droits de l'homme
La liberté de manifestation est un moyen d'exercer plusieurs autres
droits fondamentaux de l'homme. Nous savons que les droits syndicaux, celui à
la grève, le droit à la liberté d'opinion, le droit à la liberté d'expression sont
exercés dans la majeure partie par l'organisation des réunions pacifiques et des
manifestations publiques. Concernant les rapports entre la liberté d'association et
la liberté de manifestation, le Rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits
à la liberté de réunion pacifique et d'association, Maina Kiai, dans son récent
rapport au Conseil sur les droits humains souligne que :
« S'il ne fait aucun doute que le droit de réunion pacifique et la liberté
d'association sont étroitement liés, interdépendants et se renforcent
mutuellement, ils constituent deux droits distincts. De fait, ils sont le plus souvent
régis par deux types distincts de législation et, (...) leur exercice se heurte à des
difficultés différentes. C'est pourquoi il convient de les examiner séparément »26.
Kiai reconnaît que « le droit de réunion pacifique et la liberté
d'association jouent un rôle moteur dans l'exercice de nombreux autres droits
civils, culturels, économiques, politiques et sociaux » 27. Il cite une résolution du
Conseil des droits de l'homme stipulant que ces droits permettent aux individus :
« d'exprimer des opinions politiques, de s'adonner à des activités littéraires et
artistiques et à d'autres occupations culturelles, économiques et sociales, de
pratiquer sa religion ou sa croyance, de former des syndicats et des coopératives
ou d'y adhérer, et de choisir pour représenter ses intérêts des dirigeants qui ont à
rendre des comptes ».28
26
Maina Kiai, Rapport du Rapporteur spécial sur le droit de réunion pacifique et la liberté
d'association, Conseil des Droits de l'Homme, 21 mai 2012, A/HRC/20/27, para 4,
http://www.ohchr.org/Documents/HRBodies/HRCouncil/ RegularSession/Session20/A-HRC-20-
27_fr.pdf
27
Idem
28
Ibidem
C'est pourquoi, restreindre l'exercice de cette liberté a des incidences
inévitables sur d'autres droits de l'homme. C'est la preuve du caractère
interdépendant des droits de l'homme. On ne peut pas interdire l'exercice d'un
droit sans affecter la jouissance d'autres.
En tant qu'un « droit-liberté »7, la liberté de manifestation permet
notamment que les « droits-créances » et les « droits-participation » soient
réclamés par les créanciers de la part de leur débiteur : c'est ainsi que les
travailleurs ne peuvent réclamer leur droit à un salaire décent qu'en organisant
des manifestations devant le lieu de travail ou ailleurs ; les étudiants ne peuvent
revendiquer l'amélioration des conditions d'étude qu'en organisant des
regroupements etc.
En revanche, si l'exercice de cette liberté permet la jouissance des
autres droits, son interdiction ou sa violation constitue aussi une occasion de
violer les autres droits de l'homme.
En effet, la répression des manifestations publiques s'accompagne des
arrestations arbitraires, des tortures et des atteintes à la vie et aux libertés
individuelles. La négation de la liberté de manifestation donne ainsi lieu à la
violation de plusieurs droits et libertés.
Par sa sacralité et son rôle dans la jouissance des autres droits, la
liberté de manifestation influence l'opinion publique et l'exercice du pouvoir. Cela
impose qu'en garantissant son exercice, les pouvoirs publics réglementent les
procédés et les formes dans lesquelles elle peut être mise en oeuvre.
En même temps, cette liberté pour être dite publique devrait être
reconnue et proclamée par les pouvoirs publics et cela au niveau aussi bien
national qu'international.
Il convient donc d'examiner comment de la sacralité matérielle, on arrive
à la sacralité formelle de cette liberté.
CHAPITRE II. EXERCICE DE LA LIBERTE DE
MANIFESTATION EN RDC : ETAT DES LIEUX ET
PERSPECTIVE
Après avoir décrit l'évolution de la liberté de manifestation en RDC et
après l'inventaire des instruments juridiques qui la garantissent, nous devons à
présent dire comment est-ce qu'elle s'exerce dans le concret.
Le constat qui se dégage de l'étude aussi bien de l'évolution que de la
réglementation du droit à la liberté de réunion et de manifestation est que d'une
part, il est proclamé et consacré par des textes au niveau national et
international. La consécration tient toujours compte du maintien de l'ordre public
et de la paix et cela, en restreignant l'exercice de cette liberté au profit du bien
commun. C'est avec les exigences d'autorisation et d'information que l'on satisfait
à cette exigence. Toutes les législations prennent en compte ces facteurs en
consacrant le droit et en restreignant son exercice en vue de sauvegarder l'ordre
et la tranquillité.
Ainsi donc, pour conclure au respect ou à la violation du droit à la liberté
de manifestation, il ne faut pas seulement se contenter d'étudier le texte qui
prévoit ce droit de l'homme ; il faut encore et surtout voir comment est-ce qu'elle
est mis en oeuvre.
Nous commençons par voir comment dans la pratique cette liberté est
exercée en RDC et en même temps, nous devons envisager les reformes
nécessaires pour améliorer sa jouissance.
SECTION I. ETAT DES LIEUX DE L'EXERCICE DE LA
LIBERTE DE MANIFESTATION EN RDC
La liberté de manifestation est le reflet de ce qu'est la démocratie dans
un Etat. Elle ne peut être mieux mise en oeuvre que dans un Etat démocratique.
En RDC, son exercice relève du parcours des combattants puisqu'elle
est au centre d'une forte surveillance des forces de sécurité. Il se dégage que
pour être libre, il ne suffit pas seulement que la liberté soit proclamée dans un
texte. Encore faut-il que soit mise en place une structure telle que cet exercice ne
souffre d'aucune restriction en amont comme en aval.
Nous présentons avant tout les formalités administratives qui doivent
être observées avant d'organiser une réunion ou une manifestation en RDC et
nous énumérons ensuite les difficultés qui se soulèvent dans le processus du
respect de ce droit de l'homme en RDC et cela, en énumérant les violations les
plus graves de cette liberté au cours de ces six dernières années.
Paragraphe I. Formalités à accomplir en vue
d'organiser une manifestation publique en RDC : quelle
est l'étendue des pouvoirs des autorités administratives ?
Il y a une confusion totale dans les règles en vigueur en RDC en vue
d'exercer la liberté de manifestation. Cette situation résulte de ce que la
constitution pose le principe de l'information et cela est repris dans la circulaire du
Ministre de l'intérieur ; cependant, les autorités administratives compétentes
quant à elles, par des interdictions et des répressions fréquentes, donnent
l'impression de continuer à appliquer l'ancien texte qui instituait le principe de
l'autorisation préalable.
Il convient de décrire la procédure prévue dans le texte de 1999 et enfin,
nous allons voir comment ce qui est au centre des contacts violents entre les
manifestants et les forces de sécurité.
A. Procédure portée dans le décret-loi de 1999
Le décret-loi dispose clairement en son article 4 que sans préjudice des
dispositions de l'article 1er, les manifestations et réunions visées à l'article 3,
alinéa 1, sont soumises à une déclaration préalable auprès des autorités politico-
administratives compétentes.
Toutefois, les manifestations et les réunions organisées sur le domaine
public peuvent être subordonnées à l'autorisation préalable. 29
29
Art 4 décret-loi de 1999 relatif aux manifestations et réunions publiques.
L'article 5 de ce décret-loi énumère les autorités qui sont habilitées à
recevoir les déclarations préalables et éventuellement (Dans le cas des
manifestations et réunions organisées sur le domaine public) à donner des
autorisations préalables. Il s'agit : pour la province, les chefs-lieux de province et
la ville de Kinshasa: le gouverneur de province ou celui de la ville de Kinshasa :
- pour les autres villes: le maire;
- pour la commune: le bourgmestre;
- pour le territoire: l'administrateur de territoire;
- pour la collectivité: le chef de collectivité
- pour la cité: le chef de cité.
Il ressort des dispositions de ce décret-loi que le principe applicable
sous son empire est celui de la déclaration préalable mais assorti d'une exception
importante en ce qui concerne les manifestations organisées sur la place
publique qui elles, étaient régies par le régime de l'autorisation préalable.
D'ailleurs dans la pratique, c'est malheureusement cette exception qui était
devenue le principe pour toutes les manifestations. C'est la tendance dirigiste des
autorités qui les a conduit régir d'une main de fer cette liberté.
Quant à la procédure à suivre, la requête portant déclaration préalable
est soumise à l'autorité compétente ou son délégué qui dispose de 3 jours pour
prendre acte de la déclaration préalable, à dater de son dépôt. 30
Dans le cas qui requiert autorisation, l'autorité précitée dispose de 5
jours, à dater du dépôt de la requête, pour répondre. Dans l'un et l'autre cas, le
dépassement de délai emporte respectivement la prise d'acte et l'octroi d'office
de l'autorisation.119(*)
B. Encadrement des manifestants et maintien de l'ordre public
L'obligation de veiller au déroulement pacifique des manifestations ou
réunions publiques incombe aux autorités compétentes saisies de la déclaration
30
Art 6 du décret-loi de 1999 relatif aux manifestations et réunions publiques
préalable. Elles sont aussi tenues de veiller au respect de l'ordre public et des
bonnes moeurs mais tout cela, sans tenter d'entraver ces manifestations.
Il est clair que le pouvoir dévolu aux autorités administratives de
recevoir déclaration préalable ou d'autoriser les manifestations ne peut pas dans
l'esprit du législateur de 1999 être détourné en une compétence pour entraver
l'exercice de ce droit de l'homme. Tout abus de ce pouvoir dans le sens d'entrave
est une violation de la loi.
Toutefois, elles peuvent, de commun accord avec les organisateurs ou
leurs mandataires, différer la date ou modifier l'itinéraire ou le lieu des
manifestations ou réunions publiques envisagées.31
Le législateur ne confère pas ici un pouvoir discrétionnaire à l'autorité
administrative mais bien une compétence fondée sur la concertation à l'issue de
laquelle devra résulter une décision prise de commun accord.
Les forces de l'ordre n'interviennent pour disperser les manifestants
qu'en cas de débordements ou de troubles graves. Ce n'est pas pour réprimer les
manifestions mais pour disperser les manifestants. Cette possibilité n'est
envisagée qu'en cas des troubles graves ou des débordements. Ce n'est pas
lorsque les manifestants exercent paisiblement leur droit que la police va faire
usage de la force.
Contrairement à l'opinion majoritaire, le décret-loi de 1999 n'a pas à
notre avis été liberticide ; mais comme nous le verrons, c'est sa mise en oeuvre
qui a occasionnée des violations des droits de l'homme. L'exception
d'autorisation qui était devenue principe ne pouvait pas justifier les abus de
pouvoir et le législateur, précise que dans ce domaine, c'est en accord avec les
organisateurs que cela devait se faire. Même l'autorisation préalable n'était pas le
mal du système congolais d'exercice de la liberté de manifestation. Sa ratio
legis residait dans le souci de vouloir maintenir l'ordre et de contenir les
mouvements de masse dans un pays qui sortait d'une longue période de
dictature et de confiscation des libertés. Elle s'explique aussi lorsqu'on sait que le
décret-loi de 1999 était pris par le législateur de l'époque dans le même esprit
que les décrets-loi n°194 et 195 interdisant les activités politiques et organisant
les associations sans but lucratif en RDC.
31
Art 7 du décret-loi de 1999 relatif aux manifestations et réunions publiques.
Lorsque le législateur demande à l'autorité administrative de consulter
les organisateurs, il traduit bien sa préoccupation de ne pas empêcher l'exercice
de cette liberté et de ne pas faire souffrir l'ordre et la tranquillité publiques.
A. Procédure contenue dans la constitution du 18
février 2006 et la circulaire de 2006
La constitution du 18 février 2006 institue le régime d'information pour
toute manifestation, y compris celles qui doivent avoir lieu sur les lieux publics. Il
a donc le mérite d'abroger le principe dirigiste, d' « autorisation ». Il n’y a plus
aucune exception au principe de déclaration préalable. Mais le texte fondamental
laisse au législateur la compétence d'appliquer dans les détails ce principe
constitutionnel.
L'absence d'une loi dans ce domaine est couverte par une circulaire qui
reprend les termes du constituant en faisant allusion à l'information. Le devoir
d'information incombe aux organisateurs d'une manifestation et cet exercice ne
diffère pas de celui exigé par la déclaration préalable évoquée dans le cadre du
décret-loi de 1999.
Cependant, le constituant de 2006 s'est démarqué du législateur de
1999 en ceci qu'il n'existe plus de régime d'autorisation pour ce qui est des
manifestations organisées sur la place publique.
Mais l'autorité administrative qui reçoit une information relative à la
tenue d'une réunion ou d'une manifestation sur la place publique peut-elle se
comporter comme s'il était encore titulaire du pouvoir d'autorisation ? Est-elle
dépourvue du pouvoir d'interdire une manifestation ?
L'opinion la plus répandue comprend le principe de l'information comme
celui qui tolère seulement que l'autorité administrative reçoive l'information sans
qu'elle ne puisse avoir l'autorité d'interdire des réunions. Faute d'une loi
d'application du principe constitutionnel, les interprétations qu'en font les autorités
administratives divergent foncièrement de celles des organisateurs des
manifestants. Les premières estiment qu'elles sont toujours investies du pouvoir
d'interdire les manifestations.
En effet, lorsque l'information portée à la connaissance de l'autorité
publique indique qu'il y a manifestement des raisons de craindre des troubles
graves contre l'ordre public et les bonnes moeurs, comment cette dernière doit-
elle désormais se comporter ? En vue de préserver l'ordre et la sécurité, l'autorité
peut annuler la manifestation. Ce pouvoir de refus est non expressément prévu
mais découle du souci de maintenir l'ordre et la sécurité. Cela est même prévu
dans les conventions internationales citées ci-haut. Ce pouvoir de refus est
implicitement prévu dans toutes les législations du monde pour préserver l'ordre
et la sécurité. Il se justifie en cas des menaces graves et manifestes
d'affrontement, en cas d'atteinte à la moralité et à la paix(le cas du refus qui
serait opposé à la marche des nudistes ou à la marche en vue de prôner une
idéologie d'apartheid, de génocide, de xénophobie).
Mais lorsque les craintes d'insécurité sont mineures, il est possible que
l'autorité demande simplement à ses informateurs de modifier leur itinéraire ou de
repousser leur manifestation. Comme cela était prévu dans le décret-loi de 1999,
l'autorité doit faire en sorte que cette décision n'ait pas pour seul objectif
d'entraver la manifestation et de préférence, elle doit être une décision concertée.
B. Procédure suivie depuis 2006
Les organisateurs des manifestations publiques doivent introduire leur
demande au près de l'autorité compétente. Ils devront prendre le soin de préciser
la nature de la manifestation, le contexte de son organisation, le jour et la durée,
ainsi que tout autre détail important.
Suivant leur nature, on peut distinguer les manifestations économiques
et commerciales, les manifestations culturelles et religieuses ainsi que les
manifestations politiques ou assimilées.
Les manifestations économiques sont celles qu'organise une société
commerciale sur la place publique en vue d'assurer la promotion d'un produit ou
de livrer à une activité commerciale quelconque. Leur régime applicable exige
avant tout que la commission permanente de la publicité extérieure de la ville soit
consultée et puisse donner son avis.
Pour les manifestations culturelles et religieuses, on implique la division
urbaine de la culture et des arts pour des avis techniques.
Pour ce qui est des manifestations politiques ou assimilées, c'est l'ANR,
l'Agence Nationale des Renseignements qui est consultée et qui, ensemble avec
le cabinet de l'autorité saisie, s'occupe de la question.
Si pour les autres manifestations, il existe une taxe à payer, il convient
de dire qu'il n'existe aucune taxe pour organiser une manifestation politique.
C. Etendue des pouvoirs de l'autorité
administrative
L'autorité administrative qui est informée de la tenue d'une réunion ou
de l'organisation d'une manifestation peut prendre deux décisions. Elle peut
prendre acte de l'information ou bien refuser de prendre acte.
Quand il prend acte, l'autorité administrative enjoint aux services de
sécurité et de la police de prendre des dispositions pour maintenir l'ordre et
encadrer les manifestants.
Cependant, lorsqu'elle refuse de prendre acte, sa décision doit se
fonder sur un des motifs suivants et cela après avoir contacté les organisateurs
et les avoir averti de ses motifs qui justifient ses craintes.
Dans la pratique, une décision qui refuse de prendre acte se fonde sur :
- L'information n'a pas été portée à la connaissance de l'autorité
administrative dans le délai.
En effet, l'information sur l'organisation d'une manifestation doit être
portée à l'attention de l'autorité administrative dans un délai minimum de 72 deux
heures. Le but c'est de permettre à l'autorité administrative de prendre contact
avec tous les services qui sont impliqués dans l'organisation d'une manifestation.
Mais dépasser ce délai, l'autorité est censée avoir pris acte. Pendant la
campagne électorale, le délai est un peu plus court.
L'information doit être portée à la connaissance de l'autorité dans au
moins 24 heures.32
Lorsque les organisateurs ne respectent pas cette exigence légale,
l'autorité administrative ne peut pas prendre acte de l'information qui lui est
donnée. La conséquence est que la manifestation ne peut pas avoir lieu. Le refus
de prendre acte sous le régime de l'information, n'est pas différent de l'interdiction
de manifester qui avait cours sous l'empire de l'autorisation préalable, du point de
vue de leurs effets juridiques.
32
L'Article 29 de la loi N° 06/006 du 09 mars 2006 portant organisation des élections
présidentielle, législatives, provinciales, urbaines, municipales et locales en RDC telle que
modifiée par la loi N°11/003 du 25 juin 2011 : Les rassemblements électoraux se déroulent
conformément aux dispositions légales relatives aux manifestations publiques.
- Non-conformité de la demande à la réglementation en vigueur
L'autorité administrative, pour prendre acte de l'organisation de la
manifestation, prend en compte le fait que la demande respecte bien la
législation en vigueur. C'est le cas de la loi sur les associations sans but lucratif
en RDC et sur les partis politiques. L'organisateur, lorsqu'il est une personne
morale, doit exister conformément à la législation en vigueur en RDC et doit être
identifiée c'est-à-dire, doit avoir une adresse connue. Une ASBL irrégulièrement
constituée et un parti politique qui n'a pas été formé dans le respect de la
législation en vigueur ne peuvent pas être autorisés à manifester.
C'est pour cette raison par exemple que le Gouverneur de la ville de
Kinshasa dans sa décision N° SC/ / BGV/BBL/LEM/2012, a refusé de prendre
acte de l'information portée à sa connaissance par l'association dénommée A.J.K
à savoir, Association des Jeunes Kabilistes. Dans sa décision, le Gouverneur
décide : « A cet effet, faute d'une fiche identificatrice de votre structure au
niveau des services urbains..., j'ai le regret de ne pouvoir prendre acte de votre
requête. ».33
Il n'est donc pas permis aux personnes non identifiées et à des
structures non reconnues d'organiser des manifestations ou des réunions
publiques. Il convient de savoir aussi que la marche des laïcs catholiques prévus
en 2011 pendant la période postélectorale avait été annulée sous le même motif
qu'il n'existait pas une structure identifiée par les services urbains dénommée
Association des laïcs catholiques.
Mais ce motif pose des problèmes dans la mesure où le droit à la liberté
de manifestation est avant tout un droit qui peut s'exercer de manière individuelle
et collective. Il est reconnu à tout individu sans que celui-ci ne soit membre d'une
organisation reconnue. Comment alors les personnes physiques désireuses
d'exercer leur droit de réunion et de manifestation peuvent-elles être autorisées
pendant qu'elles ne forment pas une organisation reconnue ? C'est le cas des
étudiants membres d'une promotion qui voudraient organiser une manifestation
pour s'opposer à la coordination estudiantine. Comment peuvent-ils être
identifiés ?
Dans la pratique, ce sont les organisateurs personnes physiques qui
doivent être identifiées. Ils ont aussi la possibilité de signer une pétition sur la
quelle les manifestants vont s'identifier.
33
Décision N° SC/ / BGV/BBL/LEM/2012 du Gouverneur de la ville de Kinshasa.
- Non respect du modèle de présentation des demandes
Une demande portant une information à manifester est faite dans une
simple lettre. Elle n'est pas entourée de formalisme puni de nullité. Cependant, il
faut que cette demande indique l'itinéraire de la marche ou le lieu de la réunion,
l'heure ainsi que le jour etc. Il convient aussi de dire qui sont les animateurs de la
structure qui organise une manifestation en donnant leur identité.
C'est l'une des raisons qui motivèrent le refus par le Gouverneur de la
ville de Kinshasa, de prendre acte de la demande de manifester lui adressée par
L'AIFC, Association Internationale des Foyers pour Christ. Le Gouverneur de la
ville de Kinshasa motive comme suit sa décision : « A cet effet, faute d'éléments
d'identification des membres du comité Directeur de votre Association d'une part,
et l'absence de renseignements, au niveau de mes services, sur les documents
juridiques agréant le fonctionnement de votre structure d'autre part, j'ai le regret
de ne pouvoir prendre acte de votre requête. » 34. Inopportunité, environnement
politique et sécuritaire
L'autorité administrative refuse aussi de prendre acte de la demande de
manifester lorsque l'environnement politique et sécuritaire n'est pas favorable à
cela. C'est le motif le plus controversé puisqu'il apprête à tous les prétextes
possibles.
C'est le cas des manifestations interdites à cause de la tension post-
électorale ou à cause de la guerre à l'Est de la RDC. Il s'agit au fait de ne pas
autoriser une manifestation qui risque de provoquer des émeutes graves ou
d'empirer la situation sécuritaire du pays. La CEDH a, dans ses décisions SAYA
et autres contre la TURQUIE ; PATYI et autres contre la HONGRIE, reconnu le
droit des autorités qui représentent des menaces graves à la paix et à l'ordre
public.
- Conflits au sein des associations : lorsque les membres d'une
association telle un parti politique ou une association religieuse, se disputent le
leadership, une faction qui sollicite exercer le droit à la liberté de manifestation
n'est pas éligible.
34
Manifestation des laïcs catholiques du 16 février 2012 ; manifestation organisée par les
étudiants à Kisangani et Kinshasa pour protester contre la prise de la ville de Goma par les
rebelles du M23. On peut aussi ajouter la manifestation du Studio Sango Malamu annulée au
mois de décembre 2012.
Les services du gouvernorat de la ville de Kinshasa indiquent que la
majeure partie des décisions de refus se basent sur le non respect de la
législation en vigueur en RDC. Mais ces décisions sont contestées et décriées
comme violant le droit à la liberté de manifestation. Qu'en est-il ? Y a t-il d'autres
obstacles à l'exercice de cette liberté ?
Paragraphe II. Des obstacles à l'exercice du droit
à la liberté de manifestation en RDC
L'opinion publique semble s'accorder sur le fait que les obstacles
majeurs à l'exercice de la liberté de manifestation se trouvent pour une grande
partie dans la législation en vigueur ainsi que dans sa mise en oeuvre.
Quant à nous, tout en comprenant les faiblesses de la loi, nous pensons
que la seule lacune de la loi ne suffit pas pour expliquer les violations de cette
liberté. C'est le dysfonctionnement de tout le système qui y concourt; la loi n'étant
qu'un élément du système.
A. Problèmes liés à la controverse autour du texte applicable et à
son interprétation
L'exercice de la liberté de manifestation est l'objet des controverses
puisque d'une part, les opérateurs politiques soutiennent que dès l'entrée en
vigueur de la constitution du 18 février 2006, les autorités ne doivent plus
interdire les manifestations ; le décret-loi de 1999 qui instituait un régime dirigiste
ne doit plus être appliqué du moins, dans ses dispositions contraires à la
constitution.
Cependant, les acteurs de la société civile et des partis politiques de
l'opposition trouvent que dans la pratique, les autorités administratives interdisent
des manifestations en se fondant sur le principe d'autorisation alors que la
constitution institue le principe d'information.
Ainsi, le vrai problème se trouve dans l'étendue des pouvoirs reconnus
à l'autorité administrative. Le silence du législateur crée une situation favorable
aux conflits dans la mesure où personne ne sait préciser les limites des pouvoirs
des autorités dans le cadre du nouveau principe constitutionnelle. C'est ainsi que
jadis régi par une loi, la matière ne se prête pas à être réglée par simple
circulaire ; encore que celle-ci ne précise pas exactement le contenu du principe
d'information ainsi que l'étendue du pouvoir des autorités administratives.
Cette situation est à la base des contestations relatives à l'exercice de
cette liberté. Le changement des principes n'a rien porté de nouveau puisque les
autorités se croient titulaires d'un pouvoir qu'elles exerçaient sous l'ancien régime
alors que l'opinion publique le leur conteste.
C'est ce qui restreint l'exercice de cette liberté en amont.
B. Problème lié aux interventions de la police
En aval, il faut insister sur la capacité de la police nationale congolaise à
contenir les manifestants, à les laisser exercer leur droit et en cas de
débordement, faire un usage rationnel et proportionnel de la force. Il est clair que
le manque de professionnalisme de la police nationale congolaise est un obstacle
dans la jouissance de ce droit de l'homme.
En effet, la police est une actrice majeure dans l'exercice de ce droit de
l'homme. Elle est chargée de la protection des libertés publiques, de l'ordre public
et des bonnes moeurs. Cela veut dire que dans l'encadrement des manifestants,
il ne faut pas sacrifier un objectif au profit d'un autre.
Mais le professeur DJOLI estime que la mission de la police et de toutes
les forces de sécurité n'est pas d'entraver l'exercice de ce droit sous prétexte de
maintien de l'ordre public. Mais la forêt des chars de combat et des blindés de
guerre déployés pour réprimer les manifestations à Kinshasa le lendemain des
élections de 2011 n'a rien à avoir avec l'encadrement ou la dispersion des
manifestants. Pourtant, les principes des Nations unies en la matière sont clairs :
Le travail des responsables de l'application des lois et de la police étant
un service social de grande importance, il faut donc maintenir et le cas échéant
améliorer leurs conditions de travail et leur statut. C'est pourquoi, au point 4, ces
principes recommandent que : « Les responsables de l'application des lois, dans
l'accomplissement de leurs fonctions, auront recours autant que possible à des
moyens non violents avant de faire usage de la force ou d'armes à feu. Ils ne
peuvent faire usage de la force ou d'armes à feu que si les autres moyens
restent sans effet ou ne permettent pas d'escompter le résultat désiré. »35
35
Principes des Nations-unies relatifs sur l'emploi de la force et à l'utilisation des armes à feu par
les responsables de l'application des lois, 1990, Paragraphe III.
Les interventions de la police nationale congolaise pour encadrer les
manifestations ou pour disperser des rassemblements illégaux tournent souvent
au désastre. La réputation de la PNC comme une police à gâchette facile est un
frein majeur dans l'instauration d'un Etat démocratique et en particulier dans
l'exercice de la liberté de manifestation. « Les agents de la police nationale sont
devenus des facteurs d'insécurité. »36 Par ailleurs, pour l'ASADHO, la Police
Nationale Congolaise37 a un traitement discriminatoire à l'égard des partis
politiques de l'opposition. Elle ne traite pas de manière égale les manifestations
des partis de l'opposition par rapport à celles organisées par la majorité
présidentielle.
Quand les partis politiques de la majorité organisent des manifestations
publiques, la police les encadre. Alors que celles organisées par les partis de
l'opposition sont soit dispersées ou réprimées violemment.
L'attitude de la police qui tend à réprimer toute manifestation organisée
par lespartis politiques de l'opposition viole la Constitution de la République et
constitue un obstacle à l'émergence d'un Etat des droits en République
Démocratique du Congo.
Les principes relatifs à l'emploi de la force et à l'utilisation des armes à
feu par les responsables de l'application exige que ces derniers, lorsqu'ils sont
dans la nécessité d'employer les armes à feu, avertissement les manifestants et
le fassent avec modération, que les agents qui feraient usage abusif des armes à
feu soient déférées devant le juge ; en RDC, il n'y a rien de tel.
Il y a aussi l'ignorance par les organisateurs des manifestations de la
législation en vigueur.
C. Ignorance de la législation nationale relative aux manifestations
La liberté de manifestation est un droit fondamental qui exige pour son
exercice, le respect de la loi. Il faut remarquer que certaines manifestations ne
sont pas convoquées en vertu de la loi : elles sont annoncées à la télévision ou à
36
Mpinga Tshibasu, J., Actes du Forum national sur les droits de l'homme en RDC. Etat de lieu
de la situation en RDC, Kinshasa (Centre catholique Nganda) du 25 au 29 octobre, ONDH,
2004, p.43.
37
la radio et parfois même sur des tracs alors que les autorités chargées de
recevoir l'information ne sont pas tenues au courant.
Par ailleurs, certaines associations politiques et sociales ainsi que des
ASBL fonctionnent sans documents valables et sans être enregistrées au près
des services compétents. Cela donne du pain sur la planche aux autorités de
prendre acte des demandes qui leur sont adressées dans ce cadre.
D. L'absence de culture du respect des biens d'autrui et des biens
publics
Il faut aussi relever le fait que la plupart des manifestations dégénèrent
et tournent aux émeutes à cause du fait que les manifestants n'ont aucun respect
des biens d'autrui et des biens publics. Les saccages des sièges des partis
politiques, les destructions des stations de radio et télévision sont des actes qui
ne favorisent pas l'existence d'un climat apaisé dans la tenue des manifestations.
Ces pratiques sont aussi à mettre dans le compte de l'incapacité des
organisateurs de dénoncer ceux qui infiltrent les manifestants en vue de porter
atteinte aux droits des tiers. C'est le cas de la destruction en 2006 à Kinshasa, de
l'église « Armée de l'éternelle ».
Il faut dire en définitive que c'est le manque de culture démocratique et
de tolérance politique de la part des autorités et des manifestants qui sont le plus
grand problème se trouvent à la base de toutes les violations des droits de
l'homme au cours des manifestations. C'est le déficit de ce que le Professeur
MBAMBI appelle dans son étude sur les principes de justice, le principe
de tolérance qui veut que toute personne reconnaisse à autrui le droit de penser
ou d'agir différent du sien propre.
SECTION 2. PERSPECTIVES ET PROPOSITIONS EN
VUE DE L'AMELIORATION DE L'EXERCICE DE LA LIBERTE
DE MANIFESTATION
La liberté de manifestation occupe une place de choix dans la vie
démocratique. Elle traduit la disposition d'un régime à écouter toutes les opinions
en cours dans la société et à les laisser s'affirmer et s'exprimer.
Ainsi, pour surmonter les obstacles que nous avons cités ci-haut, il
convient de prendre certaines mesures qui vont à coup sûr transformer le cadre
d'exercice de ce droit de l'homme. Ces mesures tiennent moins aux règles de
droit qui régissent la liberté de manifestation qui, malgré leurs lacunes, ne sont
que des éléments du système ; c'est le système dans son ensemble qui est
défectueux et c'est lui qui doit être reformé. Le remplacement d'un mot par un
autre dans la constitution ne suffit pas pour imposer ce changement. Il faut que
des transformations de chaque élément soient mises en contribution pour
parvenir à l'amélioration de l'exercice de ce droit. Il faut certes faire intervenir une
loi en corrigeant les lacunes créées par le vide dans la détermination de la
compétence des autorités dans le cadre du principe de l'information. Par ailleurs,
les reformes doivent aussi concerner les acteurs qui interviennent dans l'exercice
de ce droit.
Paragraphe I. L'adoption d'une loi portant
réglementation des réunions et manifestations publiques
en RDC
Il ne fait l'ombre d'aucun doute que le premier problème qui est présenté
par tous les observateurs de la vie politique et sociale comme étant à la base des
controverses autour de la liberté de manifestation en RDC vient de ce que celle-
ci est proclamée par la constitution, mais que ce principe constitutionnel n'est pas
encore porté par une loi qui abrogerait le décret-loi de 1999.
L'avènement de cette loi est un besoin ressenti par le constituant et une
exigence faite par lui à l'article 26 de la constitution en ces termes : « La loi en
fixe les mesures d'application». Cela est salutaire en ce que cette loi va préciser
le sens et la portée du principe de l'information en mettant en exergue ce que les
autorités administratives doivent faire et ce qu'ils ne doivent pas faire. Elle doit
aussi définir très clairement les responsabilités, les devoirs et les droits des
organisateurs des manifestations publiques. Il faut aussi que cette loi réponde à
la préoccupation de la responsabilité pénale et surtout civile née à la suite des
événements qui ont lieu au cours des manifestations publiques. Car, les procès
intentés contre les paisibles manifestants laissent le sentiment qu'aller manifester
un point de vue, c'est aller exposer sa vie et sa liberté.
A. Le principe d'information
La constitution pose le principe que toute manifestation ou réunion
publique doit être annoncée au préalable au près de l'autorité publique. Ce
principe constitutionnel doit être coulé dans une loi et celle-ci devra préciser que
l'information est différente de l'autorisation.
En effet, dans le cadre du régime d'autorisation préalable, les autorités
pouvaient interdire purement et simplement une manifestation selon les
opportunités en présence et suivant les motifs avoués ou non. Très souvent, c'est
la raison de l'identification des organisateurs et le motif du maintien de l'ordre
public qui étaient mis en avant pour justifier l'interdiction des manifestations. Les
autorités administratives agissaient ainsi avec un pouvoir discrétionnaire et de
manière unilatérale.
Cependant, le principe posé dans la nouvelle constitution est différente
du précédent. Il signifie que l'autorité administrative n'a que le pouvoir de recevoir
l'information. Il n'autorise pas les manifestations. Il n y a plus délivrance des
permis de manifestation. Son rôle reste celui de prendre acte de ces
informations. Mais lorsque ces informations indiquent clairement qu'il pèse sur
l'ordre public un risque moyen, l'autorité administrative doit, ensemble avec les
organisateurs voir ce qu'il convient le mieux de faire.
Pour autant, le pouvoir d'interdire une manifestation qui présente des
risques graves à la moralité publique, à l'unité nationale et à la paix, ne peut pas
être totalement refusé aux autorités administratives. Cela n'aurait pas de sens et
la sécurité en sortirait menacée. Ce qui doit être fait dans ce cas, c'est de réduire
les larges pouvoirs des autorités en exigeant par exemple qu'en cas de
controverse sur la tenue d'une manifestation, un observatoire de manifestation
constituée des personnalités indépendantes examinent les arguments des uns et
des autres en vue de décider si les motifs invoqués pour manifester menacent la
paix ou la sécurité nationales.
Mais l'accent ne doit pas être mis sur la loi seulement. Car, sous le
régime de l'autorisation, on a déploré le dirigisme excessif des autorités et sous
le régime de l'information, les mêmes autorités ne se départissent pas de leurs
habitudes. Cela veut dire qu'il y a un problème dans la tolérance démocratique et
non dans les textes. Car, l'ancien texte faisait de l'autorisation une exception
pendant que la pratique a fait de cette exception un principe. Aujourd'hui, c'est
l'information qui est le principe mais la pratique comporte plusieurs interdictions
comme sous l'ancien régime qui sont déplorées. Le problème ne réside donc pas
dans le principe mais dans la mise ne oeuvre.
Il appartient donc au législateur d'apporter toutes ces différences et
d'indiquer comment les organisateurs peuvent participer à la décision du report
ou de l'annulation de la manifestation. Il faut donc que la loi indique ce qu'il faut
faire en vue d'obliger les autorités administratives de respecter le principe de la
légalité de leurs décisions.
B. Interdiction de restreindre ou d'interdire unilatéralement une
manifestation
Cette loi devra porter la précision qu'aucune interdiction unilatérale de
manifestation n'est admise. Cela doit aussi introduire la sanction de la nullité
automatique d'une décision d'interdiction unilatérale de manifester. Ce principe
doit s'étendre à la pratique d'interdire des manifestations dans certains sites
stratégiques comme la zone où sont installés les bureaux du chef de l'Etat et
celui du premier ministre.
Dans l'affaire de la profanation du drapeau devant la Cour suprême des
Etats-Unis en 1989, (Texas v. Johnson, 491 U.S. 397, 1989), la cour suprême
avait renversé la condamnation de Gregory Lee Johnson pour avoir brûlé le
drapeau par un vote de cinq contre quatre. Le juge William J. Brennan Jr. affirma
que « s'il y a bien un principe à la base du premier amendement, c'est que le
gouvernement ne peut pas interdire l'expression d'une idée simplement parce
que la société la trouve blessante ou désagréable. » 38 Si le juge américain a parlé
de la société, nous pouvons dire pour la RDC qu'une autorité ne peut pas
interdire la manifestation pour prôner une cause parce que celle-ci est
défavorable à sa famille politique ou que cela profiterait à l'opposition.
Il est vrai que cette décision de la cour suprême des Etats-Unis avait
provoqué un tollé général. Beaucoup de membres du Congrès critiquèrent la
décision de la Cour et la Chambre des représentants vota une résolution
dénonçant la cour à l'unanimité. Une loi fédérale avait été votée dans le but
d'interdire la désacralisation du drapeau, mais la Cour suprême l'annula comme
dans plusieurs autres affaires. Depuis 1995 jusqu'à la dernière tentative en 2006,
les amendements tendant à faire de la désacralisation du drapeau un délit ne font
qu'échouer.
Les droits de l'homme imposent aux pouvoirs publics un devoir
d'abstention. Il ne faut pas restreindre l'exercice d'un droit lorsqu'il ne présente
pas une menace à la paix, à la sécurité et à l'unité nationale.
Paragraphe II. Précision du rôle de chaque acteur
Le problème ne réside pas que dans le texte. La formulation des textes
relatifs aux manifestations publiques n'est pas meilleure ni différente de celle
portée par notre constitution à l'article 26. C'est plutôt les personnes qui sont
censées mettre à l'oeuvre cette liberté qui diffèrent dans l'intériorisation des
principes de démocratie et de liberté. Il faut que chaque acteur comprenne ce qui
38
Cour suprême Etats-Unis d'Amérique, Affaire Texas v. Johnson, 491 U.S. 397 (1989).
est demandé par la loi en vue de respecter ce droit de l'homme. Il s'agit
notamment des autorités administratives, des organisateurs et de la police
nationale congolaise.
A. Pour les autorités administratives
La loi devra citer même limitativement, ce qu'une autorité peut faire et
ce qu'il ne peut pas dans le cadre de l'exercice de la liberté de manifestation.
C'est lorsque ceux qui ont le pouvoir parviendront à comprendre que la
liberté de manifestation est prévue par le constituant notamment pour être utilisée
contre l'autorité en place et que le devoir de cette dernière est de ne pas
restreindre son exercice, que la situation de ce droit de l'homme pourra
s'améliorer.
Car, la raison fondamentale de l'interdiction de cette liberté et des
restrictions qui sont apportées est le refus de toute contradiction de la part de
ceux là même contre qui sont organisées des manifestations et aux quelles sont
destinées des revendications.
Ceci est une solution de fond sans laquelle aucune amélioration ne
pourra être observée. C'est un impératif de commencer par avoir des décideurs
démocratiques avant d'espérer voir s'exercer librement les droits de l'homme en
général et la liberté de manifestation en particulier.
B. Pour les organisateurs
Pour les organisateurs, le problème est de rappeler à ceux qui appellent
à manifester le contenu même de la loi qui organise le respect de cette liberté
publique. C'est parce que les services publics consultés au cours de nos
recherches reproches à certains organisateurs le non respect de la loi
notamment celle qui organise les partis politiques et les ASBL que les autorités
administratives se réservent de prendre acte de plusieurs informations qui sont
portées à leur intention.
L'indication précise de l'itinéraire, la précision de l'heure du début et de
la fin, les noms des organisateurs ou de ceux qui appellent à manifester doivent
être clairement signalés.
C. Les manifestants
Il s'agit des grands acteurs de l'exercice de ce droit de l'homme. Ils sont
des destinataires de ce droit et doivent en contrepartie connaitre ce que c'est la
liberté de manifestation. Il est important de rappeler aux manifestants que
manifester n'est pas synonyme de violer les droits des autres particuliers.
Il est question de demander aux partis politiques et groupes des
pressions, de procéder aux formations de leurs militants à manifester
paisiblement et dans le respect des biens publics et privés. Il est question de
demander à ceux même qui organisent des manifestations d'inviter leurs
membres à savoir protester dans le strict respect de l'ordre public.
C'est ce que les laïcs catholiques avaient fait en organisant des
formations au sein des paroisses pour inviter leurs manifestants à respecter les
biens d'autrui. C'est lorsque les manifestants intérioriseront les valeurs portées
par des revendications pacifiques que l'exercice de ce droit aura bien son sens.
Mais l'annulation et la répression consécutive de la manifestation voulue
pacifique par les laïcs catholiques risquent d'asseoir la conviction que ce sont des
forces de l'ordre et des autorités administratives qui, par leurs actions liberticides,
obligent les manifestants à employer la violence pour résister à la répression.
D. Le rôle du juge
Il faut noter l'implication du juge américain dans la protection es droits
de l'homme contre les actes du législatif et de l'exécutif et même des décisions
de justice.
Dans plusieurs affaires comme dans « Talley v. California », 362 U.S.
60, la cour annula un arrêt de la ville de Los Angeles qui faisait de la distribution
de prospectus anonymes un délit.
En France, la loi réprimant la négation du génocide arménien avait été
annulée par le conseil constitutionnel pour le fait qu'elle violait la liberté d'opinion
etc
e. Pour la police et les autres forces de sécurité
Il est important de former les hommes en uniformes et de les rendre
plus professionnels et plus respectueux des droits de l'homme.
En effet, il faut rappeler aux policiers que l'objectif de leurs interventions
au cours des manifestations n'est pas de réprimer des manifestations mais bien
de les encadrer et de protéger les particuliers et leurs biens. Il s'agit de faire de la
police un organe de défense et de protection des droits de l'homme et non une
groupe des gens armés engagés pour défendre un régime.
Il faut par ailleurs que la police soit effectivement équipée en lui dotant
des matériels adaptés à ces genres des scénarios. Ce n'est pas avec des armes
à feu et des balles réelles comme à la guerre qu'on va mettre de l'ordre et
encadrer des manifestants.
L'emploi de la force au cours des manifestations publiques est régi par
le principe de la proportionnalité. Il est autorisé dans les limites nécessaires où
une manifestation tourne à des actes de vandalisme. Même dans ce cas, il est
exigé que la police fasse un usage modéré de la force. Cela n'est possible que
lorsque les éléments de la police sont dotés des moyens conséquents. Il s'agit
par exemple des balles en caoutchouc, des gaz lacrymogènes, des camions à jet
d'eau etc. C'est avec ces moyens et dans le respect des droits à la présomption
d'innocence qu'il est possible d'améliorer l'exercice de ce droit de l'homme. Cela
impose donc la reforme de la police et la mise en place d'une police républicaine
et professionnelle.
f. Quid des manifestations spontanées
Il est clair que l'hypothèse de l'information n'est valable que lorsqu'il y a
un donneur d'ordre identifiable et lorsque celui-ci enfreint cette règle, il engage sa
responsabilité. Mais il y a des manifestations où personne n'invite les gens à
manifester leur joie où leur colère. C'est le cas des Congolais qui célèbrent la
victoire des léopards en descendant sur la rue et en se rassemblant sur les
places publiques. C'est aussi le cas de Congolais, affligés par la prise de la ville
de Goma par des rebelles, descendent spontanément dans la rue et investissent
le bâtiment du parti présidentiel.
Dans ce cas, le régime n'est plus celui de l'information puisque ce n'est
pas une entité qui convoque la manifestation mais bien un soulèvement
populaire.
Dans ce cas, il ne sera pas demandé à la population d'informer l'autorité
mais c'est la police qui doit encadrer et contenir les manifestants. Lorsqu'il y a
débordement, il est conseillé de faire un usage modéré de la force comme il a été
indiqué dans les lignes précédentes.
CONCLUSION
L'exercice de la liberté de manifestation est au centre de la vie politique
d'un Etat. A cause de sa nature qui permet la jouissance des autres droits de
l'homme, elle fait partie des droits garantis par les instruments juridiques
internationaux et nationaux.
Mais la proclamation de ce droit dans les textes n'a pas empêché ses
violations et ceux qui veulent l'exercer font face à des obstacles en amont et en
aval. Dans la plupart des législations, le droit à la liberté de manifestation est
prévu. Il est aussi restreint en vue du maintien de l'ordre public et des bonnes
moeurs. Mais il se révèle que dans des Etats tyranniques, ces restrictions ne sont
pas simplement imposées en faveur de la démocratie. Elles servent aussi à
protéger un régime en étouffant l'opposition et la société civile.
Le nombre des manifestations réprimées à sang est tellement élevé que
cela préoccupe le conseil des droits de l'homme ; à sa 15ème session, le
rapporteur spécial sur le droit à la liberté de réunion et d'expression avait fait son
rapport en décrivant un tableau sombre de l'exercice de ce droit dans le monde.
L'exercice de cette liberté se heurte à l'opposition des impératifs du
maintien de l'ordre public et des bonnes moeurs. Mais sa proclamation à l'article
26 de la constitution de la RDC et sa forte répression dans la pratique, surtout au
cours des deux derniers processus électoraux, nous ont convaincus de chercher
à comprendre pourquoi le contraste entre ce qui est écrit et ce qui se fait.
Sachant que le constituant congolais de 2006 a institué le système de
l'information préalable en remplacement de celui de l'autorisation porté par le
décret-loi de 1999, nous étions intéressés de savoir en quoi consisté
substantiellement cette réforme et de dire pourquoi, ce changement des textes
n'influe pas sur les attitudes et les habitudes des acteurs.
A l'issue de nos recherches, nous avons compris que l'exercice de la
liberté de manifestation pose problème en amont et en aval: en amont, on
enregistre plusieurs interdictions de manifestation et cela à cause du déficit
démocratique de la part des autorités censées autorisées celles-ci et du manque
criant de tolérance de leur part; cela est aussi dû au non respect de la législation
en vigueur par les organisateurs des manifestations qui tantôt décrètent des
manifestations sans informer l'autorité compétente tantôt, adressent des
demandes en violation de la législations en vigueur.
Ces interdictions en amont sont aussi dues à la non clarté de la
législation en vigueur qui proclame un principe sans en préciser le contenu ni
délimiter les compétences de ceux qui sont chargés de le mettre en oeuvre.
En aval, les manifestations qui sont autorisées sont impitoyablement
réprimées par les forces de l'ordre, les manifestants sont enlevés et d'autres sont
soumis à des traitements inhumains et dégradants. C'est le manque du
professionnalisme et l'absence d'une police formée pour protéger les libertés que
les rassemblements publics dégénèrent aux carnages. L'emploi disproportionné
de la force ainsi que l'intention manifeste de vouloir protéger un régime au
détriment des libertés publiques sont à la base de la violation de cette liberté en
RDC.
Il faut aussi dire que certains manifestants et ceux qui les infiltrent
manquent le sens du respect des biens d'autrui et des biens publics. Organiser
une manifestation se présente aux yeux de certains comme une occasion de
piller et de détruire les biens publics et privés.
Dans ces conditions, l'exercice de ce droit de l'homme passe par
l'adoption d'une loi claire qui explicite les droits et les charges de chaque acteur
d'une part, la vulgarisation des conditions érigées en vue de son exercice pour
permettre à ceux qui désirent manifester de se soumettre à la loi. Sachant que
les textes dans d'autres pays ne sont pas mieux élaborés que celui qui est en
vigueur en RDC, nous pensons aussi qu'il y a un problème dans la culture
démocratique et la tolérance politique. Cela exige que ceux qui sont chargés de
prendre acte des informations intériorisent la valeur sacrée et fondamentale de
ce droit de l'homme.
Il faut aussi passer par la reforme des services de sécurité dont le rôle
doit être non seulement celui du maintien de l'ordre mais aussi celui de la
protection des libertés publiques. Il faut passer d'une garde protectrice d'un
régime à des véritables forces nationales et républicaines de sécurité.
Lorsqu'elle fait face à des débordements, la police doit respecter les
principes des Nations Unies relatifs à l'emploi de la force et à l'utilisation des
armes.
Les rassemblements qu'ils soient légaux ou illégaux doivent être
dispersés en faisant un usage modéré de la force et en avertissant au préalable
le recours aux armes non meurtrières.
Dans tous les cas, la mise en place d'un observatoire des
manifestations publiques, composé des membres de la société civile, jouera un
rôle dissuasif aussi bien pour les forces de l'ordre que pour les organisateurs des
manifestations.
Le droit à la liberté de réunion et de manifestation étant un droit
dit « thermomètre » de la démocratie et porteur des autres droits, son exercice
libre et sans entrave doit être le souci aussi bien des gouvernants que des
gouvernés. Le progrès technologique s'accompagne avec le développement
dans l'exercice de ce droit de l'homme.
BIBLIOGRAPHIE
I. DOCUMENTS JURIDIQUES OFFICIELS
1. Documents juridiques internationaux
- Déclaration universelle des droits de l'homme, Rés n°217 de l'AGNU, 1948.
- Pacte international relatif aux droits civils et politiques de 1966.
- Charte africaine des droits de l'homme et des peuples de 1989.
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par le huitième Congrès des Nations Unies pour la prévention du crime et le
traitement des délinquants qui s'est tenu à La Havane (Cuba) du 27 août au 7
septembre 1990 .
- Rapport annuel du rapporteur spécial sur la liberté de réunion pacifique et
d'association devant le conseil des droits de l'homme ( A/HRC/20/27).
- Résolution 15/21 du conseil des droits de l'homme sur le droit de réunion et
d'association pacifiques.
- Rapport du projet Mapping concernant les violations les plus graves des droits de
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2003 sur le territoire de la République démocratique du Congo, 2010.
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Novembre 2011.
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n° 11 et 14, complétée par le protocole additionnel et les protocoles n° 4, 6, 7, 12
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2. Documents juridiques nationaux
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2011, in J.O, N° spécial, 5 février 2011.
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Congolais, N° spécial, 1er août 1964.
- Constitution du 24 juin 1967 dite constitution révolutionnaire, J.O, N° 14, 15
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- Loi N°93-001 du 02 avril 1993 portant acte constitutionnel harmonisé relatif à
la période de transition, 34ème, N° spécial, 1993.
- Constitution du 04 avril 2003 dite constitution de la transition, J.O, 44ème
année, 5 avril 2003.
- Loi du 18 octobre 1908 portant charte coloniale, Bruxelles, Imprimeur du roi,
1910.
- Loi n° 004/2001 du 20 juillet 2001 portant dispositions générales applicables
aux Associations Sans But Lucratif et aux Etablissements d'utilité publique.
- Loi n° 04/002 du 15 mars 2004 portant organisation et fonctionnement des
partis politiques.
- Loi N° 06/006 du 09 mars 2006 portant organisation des élections
présidentielle, législatives, provinciales, urbaines, municipales et locales en RDC
telle que modifiée par la loi N°11/003 du 25 juin 2011.
- Décret-loi n°002/2002 du 26 Janvier 2002 portant création de la Police
nationale congolaise.
- Loi N° 004/2001 du 20 juillet 2001 portant dispositions générales applicables
aux associations sans but lucratif et aux établissements d'utilité publique.
- Décret-loi n° 196 du 29 janvier 1999 portant réglementation des manifestations
et des réunions publiques.
- Le décret du 17 août 1959 et l'ordonnance 25-505 du 5 octobre 1959 sur les
réunions et manifestations publiques.
- Note circulaire N°002 /2006 du 29 juin 2006 relatives aux manifestations et des
réunions publiques.
- Décision du Gouverneur de la ville de Kinshasa N°SC / 2444 / BGV / BBL /
LEM / 2012 relative à la réunion de l'AIFC.
- Décision du Gouverneur de la ville de Kinshasa N° SC/ 4001/
BGV/BBL/LEM/2012 relative à la marche mutualiste.
- Décision du Gouverneur de la ville de Kinshasa N° SC/ / BGV/BBL/LEM/2012
relative à la marche de l'A.J.K.
3. Documents juridiques étrangers
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- Constitution belge du 07 février 1831 avec les modifications de 1893, 1920,
1921.
- Constitution de la république populaire de Chine du 04 décembre 1982.
- La loi française du 28 mars 1907 sur la liberté de réunion.
II. Décisions de justice
- PATYI et autres c. Hongrie, no 5529/05, CEDH, 7 octobre 2008-XVIII.
- SAYA et autres c. Turquie, no 4327/02, CEDH, 7 octobre 2008-XVIII.
- PATYI c. Hongrie, no 35127/08, CEDH, 17 janvier 2012.
- Cour suprême des Etats-Unis d'Amérique, Affaire Texas v. Johnson, 491 U.S.
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III. Ouvrages
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A/HRC/20/27, para 4, in http://www.ohchr.org/Documents/HRBodies/HRCouncil/
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- MAMPUYA KANUNK'a TSHIABO, « Controverse sur les textes régissant les
libertés de réunion et de manifestation publique
», in http://www.lephareonline.net/lephare/index.php?
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liberte-dassociation-et-des-manifestations-publiques-en-rdc--les-
ecueils&Itemid=108
- MAMPUYA KANUNK'a-TSHIABO(A), Le système onusien de protection des
doits de l'homme : introduction générale, in séminaire sur les droits de l'homme et
doit international humanitaire, Cinquantenaire de la DUDH, PUC, 1998.
- MAZYAMBO MAKENGO KISALA, Le système onusien de protection des droits
de l'homme : les mécanismes conventionnels, in séminaire sur les droits de
l'homme et doit international humanitaire, Cinquantenaire de la DUDH, PUC,
1998.
- MPINGA TSHIBASU, J., Actes du Forum national sur les droits de l'homme en
RDC. Etat de lieu de la situation en RDC, Kinshasa (Centre catholique Nganda)
du 25 au 29 octobre, ONDH, 2004.
V. NOTES COURS
- BASSUE BABU KAZADI, Un cadre objectif pour la reconnaissance des droits
de l'homme, Syllabus, Diplôme professionnel en droits de l'homme et droit
international humanitaire, UNIKIN/CRIDHAC, 2011-2012.
- DJOLI ESSENG'EKELI (J), Cours des libertés publiques, D.E.S, Université de
Kinshasa, Kinshasa, 2011-2013, Inédit.
- MAMPUYA KANUNK'a TSHIABO (A), Droit international public : Impact de la
jurisprudence sur développement progressif du doit international, DES, UNIKIN,
Kinshasa, 2011-2013.
- MILALA LUNGALA (J-B), Cours de fondement philosophique des droits de
l'homme, Université de Kinshasa/CRIDHAC, Diplôme professionnel en Droits de
l'homme et en droit international humanitaire, 2011-2013.
- MVAKA NGUMBU (I), Cours de Bioéthique et de droits de l'homme, Diplôme
Professionnel en Droit de l'homme et en droit international humanitaire,
Université de Kinshasa, CRIDHAC, 2012.
- NGONDANKOY NKOY-ea-LOONGA, Cours de droit constitutionnel des droits
de l'homme, Diplôme professionnel en droits de l'homme et droit international
humanitaire, UNIKIN, CRIDHAC, 2011-2012.