Dans ce roman, Amin Malouf ne cite jamais le Liban. Ici, il le nomme le Levant.
Sans doute par pudeur (ne pas parler de soi) et pour occulter la douleur (quitter
sa terre natale).
Le Levant dans ses frontières politiques modernes Liban, Syrie, Jordanie, et les
Territoires palestiniens.
Adam vit à Paris et se sent parfaitement intégré dans son pays d'adoption. Il
retourne dans son pays d'origine à la demande de Mourad le plus âgé de ses amis
qui y est resté et veut le revoir avant de mourir.
Le départ d'Adam en 1976 les avait éloignés mais c'est le comportement trouble
de Mourad durant la guerre qui les a définitivement coupés l'un de l'autre en le
blessant profondément.
Adam n'est pas retourné dans son pays depuis son départ quand il reçoit cet
appel téléphonique qui va l'entraîner, pendant seize jours, du 20 avril au 5 mai
2001, à confronter au présent le souvenir des liens lumineux des idéaux de sa
jeunesse étudiante, vécue avec enthousiasme, en compagnie d'une bande d'amis
qui désiraient ensemble mettre à exécution leurs généreux projets d'avenir
Quelques beaux moments émouvants où renaît passagèrement leur joie de vivre
ancienne, quand ils revisitent les lieux et les souvenirs de leur enfance et de leur
adolescence, leur donnent l'illusion passagère de pouvoir renouer mais ils sont
obligés de constatés que leur idéal est bien mort. Les années ont passées et la
guerre s'est chargée de tuer dans l'oeuf l'avenir qu'ils espéraient, qui était en
gestation en chacun d'eux
Dans le meme contexte il cite
«...la guerre est passée par là. Aucune maison ni aucune réminiscence n'est restée
indemne. Tout s'est corrompu --- l'amitié, l'amour, le dévouement, la parenté, la
foi, comme la fidélité. Et aussi la mort. Oui, aujourd'hui, la mort elle-même me
semble souillée, dénaturée
Amine Maalouf ne nomme pas le pays où se déroule son roman comme il évite de
parler directement des guerres qui l'ont ravagé si ce n'est à travers les
retentissements qu'elles ont eu dans la vie des différents amis d'Adam.
C'est sans doute le premier livre où Amin Maalouf offre le plus de lui-même mais
c'est aussi à mes yeux, son livre le plus sombre où filtre une rage contenue face à
ce qui aurait pu être, le développement d'une civilisation levantine, qui semble se
déliter et disparaître désormais.
Trente-cinq ans après l'avoir quitté précipitamment, Amin Maalouf ne peut
toujours pas se résoudre à écrire le nom de son pays natal. Il a en lui un amour
intact pour le Liban, une souffrance toujours vive et une grande nostalgie pour sa
jeunesse dont il n'avait peut-être jamais aussi bien parlé que dans ce roman.
C'était les années 1970 dans un des plus beaux pays du monde, la perle de
l'Orient. Ils avaient 20 ans et formaient une bande, surnommée "le club des
Byzantins". Ils étaient juifs, chrétiens, musulmans et surtout, ils étaient
inséparables et s'étaient promis une amitié éternelle en voulant croire en un
monde meilleur. Et puis la guerre avait éclaté. Les amis s'étaient perdus de vue,
chacun suivant sa voie, taisant les souffrances de l'exil pour certains et celles du
doute et des rancoeurs pour tous. Après des décennies d'absence, Adam,
historien vivant depuis longtemps en France, revient sur la terre de ses origines.
C'est l'appel de Mourad, à l'agonie mais avec lequel il est brouillé, qui le décide à
faire le voyage. Adam arrivera trop tard, mais son voyage deviendra l'occasion
pour lui de renouer les liens à ses racines, et surtout aux hommes et aux femmes
auxquels il fut le plus attaché, quand ils étaient tous étudiants. Il tentera de les
réunir de nouveau.
Certains sont restés, d'autres sont partis comme lui loin de ce qui fait souffrir (ou
vers ce qui fait rêver ?). Cependant, qu'ont-ils encore en commun ces
quinquagénaires aux parcours si différents ? À l'heure des bilans naissent les
confidences, ressurgissent les souvenirs et cette terrible question : fallait-il rester
ou ont-ils eu raison de partir ?
Amin Maalouf prend le parti d'un découpage quotidien, seize journées où se
mêlent les événements que traverse le narrateur, ses échanges avec les amis
perdus de vue et les notes qu'il en retient sur un carnet.
Une construction en finesse, sans pause, qui maintient le lecteur en équilibre.
Un roman, qui au fil des retrouvailles entre les protagonistes, aborde avec
intelligence la mémoire, le chaos, la foi, l'argent, les pouvoirs, l'honnêteté, les
trahisons, les amitiés, l'amour, les religions, les origines, la fidélité, la sensualité, la
maturité, et tout ce qui peut construire un être humain et un peuple au travers de
ces trente dernières années.
Le roman “Les Désorientés” d’Amin Maalouf se déroule principalement dans deux
cadres spatiaux distincts : le Liban, pays natal de l’auteur, et la France. Ces deux
lieux jouent un rôle essentiel dans le récit et contribuent à la profondeur de
l’histoire racontée par Maalouf.
1. Le Liban : Le Liban est le cadre principal du roman, où se déroulent de
nombreux événements clés de l’histoire. Ce pays est crucial pour comprendre les
personnages, leur identité, leurs relations et leurs luttes intérieures. Le Liban est
présenté comme un lieu marqué par les conflits, les divisions religieuses et
politiques, ainsi que par une quête d’identité complexe pour ses habitants.
2. La France : La France est le second cadre spatial important du roman. C’est là
que certains personnages se sont exilés, cherchant refuge ou opportunités après
avoir quitté le Liban. La France représente un nouveau départ pour certains
personnages, mais aussi un lieu de confrontation avec une culture différente et
parfois hostile.
Cadre temporel : Le roman “Les Désorientés” s’étend sur plusieurs décennies,
couvrant une période allant des années 1970 jusqu’aux années plus
contemporaines. Ce large éventail temporel permet à Amin Maalouf d’explorer
l’évolution des personnages au fil du temps, ainsi que les changements sociaux et
politiques qui ont marqué le Liban et la diaspora libanaise.
Significations des cadres spatiaux et temporels :
Identité et Appartenance : Les cadres spatiaux du Liban et de la France soulignent
les questions d’identité et d’appartenance qui sont au cœur du roman. Les
personnages naviguent entre ces deux mondes, cherchant à concilier leurs
origines avec leur vie présente.
Conflits et Histoire : Le choix des cadres spatiaux reflète les conflits historiques qui
ont façonné le Liban et ses habitants, ainsi que les conséquences de ces conflits
sur la diaspora libanaise en France.
Exil et Retour : Les cadres spatiaux mettent en lumière les thèmes de l’exil, du
retour au pays natal, de l’intégration dans un nouvel environnement culturel et
des défis liés à ces transitions.
En conclusion, les cadres spatiaux du Liban et de la France, ainsi que le cadre
temporel étendu du roman “Les Désorientés” d’Amin Maalouf enrichissent
l’intrigue en offrant des perspectives variées sur l’identité, l’histoire et les défis
auxquels sont confrontés les personnages.