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Râle des genêts en France : étude 1985

de Joel Broyer

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SERVICE DE LA RECHERCHE, DES ÉTUDES ET DU=FRAITEMENT

DE L'INFORMATION SUR L'ENVIRONNEMENT

LE RALE DE GENETS
EN FRA·NeE

JOEL BROYER
Union Nationale des Associations Ornithologiques
Centre Ornithologique Rhône-Alpes

1985
E RALE DE GENETS EN FRANCE

JOEL BROYER
Union Nationale des Associations
Omithologiques

Centre Ornithologique Rhône-Alpes

Septembre 1985
3

Répartition 1982-1984

habitat du Râle de genêts

le déclin

Quel avenir pour le Râle de genêts?

Nbliographie

,
5

1 - REPARTITION 1982-1984
7

1 - METHODOLOGIE

L'évaluation de la population française de Râle de genêts a nécessité


deux démarches complémentaires : la recherche des sites non connus et
le recensement des populations déjà localisées. L'entreprise a intégralement
reposé sur le fonctionnement du réseau associatif de l'UNAO" dont la mobili-
sation a été localement spectaculaire puisqu'au total 174- observateurs ont
participé d'ur:le manière ou d'une autre à cet important travail,généralement
réalisé sous la responsabilité de coordinateurs locaux (liste ci-après).

a - la prospection

La recherche de sites nouveaux s'est fondée sur la connaissance par


les Associations locales de leur propre région. Il a toutefois été recom-
mandé préalablement, de conduire cette prospection de nuit, entre
la mi-mai et la mi-juin de préférence, et de recourir à l'usage de la
"repasse" au magnétophone.

b - les recensements

La méthode préconisée était largement inspirée des comptages sur


bandes (BRECKENRIDGE 1935), et découlait de recherches personnelles
menées dans le Val de Saône (J. BROYER) et dans le Maine-et-Loire
(J.C. BEAUDOIN) : un observateur marchant lentement, de nuit (1),
pointait chaque chanteur sur une carte au 1/25.000 (ou plus précise).
La bande de prairie ainsi recensée avait une largeur de 2 x 350 m,
compte tenu de la portée du chant de l'espèce. La période conseillée'
était située entre le 15-20 mai et le 10 juin.

Dans certains cas, compte tenu de l'importance des superficies à couvrir,


les recenseurs ont dû se limiter à des surfaces-échantillons.

De façon générale, ont été considérés comme nicheurs potentiels les


oiseaux entendus en mai, juin, juillet. Les données d'avril non confirmées
ultérieurement n'ont pas été prises en compte.

LISTE DES PARTICIPANTS

ANDRE R,ANDRES C,BAVOUX C,BA YLE P, BEAUDOIN JC,BELIARD JM


BERNARD A, BERTAUL T Y, BERTHELOT P, BERTRAND A, BILLARD
G,
, BIZIEN D, BLANC G, BLANCHON JJ, BOISTEAUL T P, BOMPTAR
:JM, BOUTIN JM, BRONNER JM, BROYER J, BURNELEAU G, CALLEC A
CARLON J, CHARMOY F, CHETAILLE JY, CHOTTIN C, CISTAC L,
CITOLEUX J, CLAVIER JL, COPPA G, COQUILLART H, CORDONNIER P
COSSEC M, COURONNE B, CRAMM P, CRETIN JY, CROUE P, CROU-
ZIER P, CROUZIER JB, DAVIAU J,DEBOUT G, DEHARGUES R,DESAUL-
NAY. Ph, DE5MOT5 D, D'HERBOMEZ S, DODU H, DOMENGET M,

(1) approximativement à partir de 22 h 30, heure légale.


8

DRILLA T B, DUBOIS P, DUC M, DULUC D, DUPONT B, DUVAL T,


FARGES D, FAVRE JP, FLEURY A, FOLK L, FOURQUET J, FRAINNET
CH, FRAINNET D, FRANCOIS J, FREMONT JY, FRIBEAUL T JC,
GAUDUCHEAU E, GAUFRE B, GENTRIC A, GERARD A, GERBER D,
GILLIERON J, GLA YRE D, GOICHAUD N, GONIN C, GOY AUO G,
GRANGIER P, GRILL ET L, GRISSER p,. GUELIN F, GUILLEMOT B,
GUILLOT M, GURLIAT P, GYS M, HAFNER H, HARDE L, HOFFMANN
L, HUGUET P, HYVERT E, IBANEZ F, ISLER MA, JACQUEMIN JL,
.
JANIN G, JOANNIS C, KOENIG JC, KOV ACS JC, LAMA M, LANDRA-
GIN D, LANGRAND 0, LEAUTHIER M, LE BAIL J, LEBASCLE B,
LEC9MPTE R, LECOMPTE T, LE FUR R, LE MAO 3P, LERAY G,
LERAY V, LESTAN S, LETELLIER Y, LETHIER H, LETI A, MALAVAL L
MARQUIS J, MARTIN H, MAUDET D, MENARD G, MEROT JP, MET AIS A
METIVIER P, MICHEL J, MICHELAT JM, MICHELOT JL, MICHON
A, MILLE JL, MOINE N, MOREAU F, MORZYNSKI D, MOULIN J,
MUSELET D, NARZUL P, ORIOL H, PAILLEY P, PAINEAU G, PALLIER
G, PAMBOUR B, PAPACOTSIA A, PEPION A, PEROUX R, PETIT P,
PINCZON-DU-SEL N, PIOTTE P, PONT B, PREVOST J, PROMPT P,
PRUDENT G, RECORBET B, REGNIER V, RIOLS C, ROBREAU H,
ROCHE J, ROLANDEZ JL, RONCERAY M, ROSE M, ROUILLIER P,
ROUSSEAU B, ROUSSET T, SARDIN JP, SAUVAGE A, SAUVE A,
SIGWAL T P, THOMMES F, TILL Y B, TOMBAL C, TOMBAL JC, TOUR-
NIER H, TOUTBLANC G, TREVOUX Y, TRIMOREAU JL, TROQUEREAU
M, VALLAIS G, VALLIN C, VALLIN D, VAN DE WALLE S, VIAIN P,
VINCENT P, WILHELM JL, ZOUBOFF V.

Associations .participantes et coordinateurs locaux


Groupe Angevin d'Etude Ornithologique - JC BEAUDOIN
Groupe Ornithologique Loire Atlantique - P. G URLIA T
Groupe Ornithologique Nord - JC TOMBAL
Groupe Ornithologique Normand - G DEBOUT
Groupe Ornithologique Touraine - B GUILLEMOT
Union Centre Atlantique des Groupes Ornithologiqués )
·
L igue pour 1a P rotectlOn
. d es O'iseaux ) JJ BLANCHON

Centre de Recherche~ Ornithologiques Aquitaine Périgord - P GRISSER


Groupe Ornithologique Sud Finistère - M COSSEC
. Centre Etude Ornithologique d'Alsace - P SIG WAL T
Centre Ornithologique Lorrain - F THOMMES
Centre Ornithologique Rhône-Alpes - J. BROYER
Centre Ornithologique Champagne-Ardennes - C RIOL5
Groupe Naturalistes de Franche-Comte - P. VIAIN
Centre d'Etudes Ornithologiques de Bourgogne - J. ROCHE
Centre Ornithologique de l'Yonne - V REGNIER
Station Ornithologique du Bec d'Allier - JL CLAVIER
Groupe d'Etude Ornithologique de l'Indre - J MOULIN
Naturalistes Orléanais - D. MUSELET
Centre Ornithologique Auvergne - P GUELIN
Groupe SartFlois Ornithologique - L HARDE
Groupe Ornithologique de Mayenne - M ROSE
Sté pour l'Etude et la Protection des Oiseaux du Limousin - G PALLIER
Centre de Recherche Ornithologique de Provence
Groupe de Recherche et d'information sur les Vertébrés
Centre Ornithologique du Gard
Centre Ornithologique Région Ile-de-France
Station· Biologique de la Tour du Valat
11

2 - PRESENTATION DES RESULTATS


13

LORRAINE

Meuse

Vallée de la Meuse : En 1983, 38 à 40 chanteurs recensés sur pll,ls


de 1250 ha, de Vaucouleurs à Stenay - Prospection non exhausti-
ve : 7 à 10 chanteurs supplémentaires ? En 1984, 15 chanteurs
seulement sur la même zone (Stenay, Mouzay •••)

Vallée de la Seille: Aucun contact en 1984.

ALSACE

Bas-:-Rhin

Vallée de la Zorn : En 1983, un chanteur à Hochfelden sur 300 ha.


En 1984, deux chanteurs sur ce même lieu ; un chanteur sur
250 ha à Weyersheim (accouplement observé).

Vallée de l'Ill : En 1983, un chanteur à Herbsheim sur 5 ha ; deux


chanteurs à Muttersholtz (500 ha prospectés). En 1984, un
chanteur à Witternheim sur 250 ha ; aucun à Muttersholtz.

Tableau 1 Evolution du nombre de chanteurs sur 2 sites alsaciens

1973 74 75 76 77 78 79 80 81 82 83 84
MUTTERSHOLTZ
(Vallée de l'Ill) 5 4 0 0 a 1 7 0 1 3 1 a
HOCHFELDEN
(Vallée de la Zorn) - - - - - - 1 2 2 1 1 2

(d'après données C.O.A.)

CHAMPAGNE-ARDENNES

Ardennes

Vallée de la Meuse : En 1983, 7 chanteurs à Letanne, Bazeilles,


Douzy. En 1984, 2 chanteurs à Villers-Semeuse et les Ayvelles.

Vallée du Bar et région de Buzaney : En 1983, 16 chanteurs à Chatil-


lon, les Petites Armoises, Brieulles, Vandy, Germont, Authe,
Buzaney, Vaux-en-Dieulet, St Pierremont. En 1984, 5 chanteurs
à St Pierremont, Vaux-en-Dieulet, Vandy.
Vallée de la Chiers: Aucun contact de Brévilly à Margut.

Vallée de la Vaux : Prospection négative dans la région de Justine.


Aube

Vallée de l'Ar.mance En 1983, 3 chanteurs à Ervy-le-Chatel et


14

Chessy-les-prés, dans un secteur où il en avait été noté 36


en 1972. En 1984, 6 chanteurs à Ervy-le-Chatel, Chessy-les-prés,
la Loge-Pomblin.

Vallée de la Seine En 1983, 4 chanteurs (La Motte-Tilly, Courta-


vant, Marnay). En 1984, le site de Marnay est devenu un champ
de maïs.

Vallée de la Voire : Considéré comme disparu depuis au moins


10 ans. Prospection négative en 1983 et 1984.

Haute-Marne

Vallée de la Laines Aucun contact en '1983 à Louze et Longeville.

Marne

Vallée de l'Ardre,: Prospection négative de Villedommange à Aubilly.

Vallée de la Vesle: Prospection négative à Prunay.

Aisne

Vallée de la Suippe Prospection négative de Bertricourt à Aguil-


court.

NORD-PAS DE CALAIS

Nord

Disparition dès 1981 de la population découverte en Cambrésis


en 1979. Seules données recueillies au cours de l'enquête à Haussy
(Cambrésis) : 3 chanteurs au maximum, du Il au 15 juillet 1982
4 chanteurs au maximum du 10 au 13 juillet 1983.

NORMANDIE (fig. 1)

Le Tableau 2 fait état des résultats de l'étude conduite par le Groupe


Ornithologique Normand en 1981-82 dans les départements de la Manche,
du Calvados, de l'Orne, de l'Eure, de la Seine-Maritime.
15

Effectifs
, Effectifs
recenses estimés

Baie de Seine (27 et 76)


rives droite et gauche en 9 15 - 50
aval de Tancarville

Vallée Seine
11 15 - 30
en amont de Tancarville

Vallée de l'Orne (61) 1 1 - 3

Vallée Touques (l4) 2 2 - 5

Vallée Dives (14) 2 2 - 5

Vallée Aure (l4) 7 la - 20

Vallée Vire (14 et 50) a 0-3

Marais de Carentan (50) 56 125 - 215

Baie du Mont St Michel (50) 1 1- 3

Total 89 171 - 334

Tableau 2 Bilan global du recensement du Râle des genêts en Normandie


en 1981 et 1982 ; (certaines données de 1983 sont incluses)

En Normandie, deux secteurs présentent donc une importance particuliè-


re pour l'espèce:

- les marais de Carentan et de l'Aure


- la vallée de la Seine, notamment la région de l'estuaire.

De plus, quelques chanteurs isolés ont été recensés dans 4 secteurs


secondaires : la baie du Mont Saint-Michel, les vallées de la Dives
et de la Touques, la région d'Argentan.

Compte tenu. de la méthodologie utilisée (comptages souvent diurnes,


couverture non homogène) le nombre réel de chanteurs contactés (89 in-
dividus) est sans doute très en deçà de la réalité. Se basant sur leur
connaissance du terrain, les ornithologues normands estiment la popula-
tion régionale à 250 ± 80 chanteurs.
16

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Fig. 1 Localisation de la population de Râle de genêts en Normandie

ILE-DE-FRANCE

Dernier cas de reproduction en 1968 en boucle de Moisson (Commune


de Freneuse, Yvelines). Disparition consécutive à l'ouverture de sablières.

BRETAGNE

Seule information un individu vu le 20 août 1983 à Plogoff (Finistère).


17

PAYS DE LA LOIRE

Mayenne

Un chasseur en aurait tiré une douzaine au mois d'octobre 1982


à Senonnes. Un jeune volant le 7 juillet 1983 à Changé, percuté
par une voiture.

Vallée de la Mayenne Deux chanteurs sur 13 ha en 1984, à St Jean


sur Mayenne.

Sarthe

Val d'Huisne : En· 1983, deux chanteurs sur 50 ha, et 7 chanteurs


sur 700 ha. En 1984, deux chanteurs sur 700 ha.

Val de Loir : Èn 1983, un chanteur sur 30· ha. En 1984, 6 chanteurs


sur 2 à 400 ha.

Maine-et-Loire (fig. 2)

Vallée de la Loire : En 1983, 32 chanteurs recensés sur 1090 ha,


soit une densité moyenne de 2,9 chanteurs/l00 ha.
En t984 :

*" amont des Ponts-de-Cé présence sporadique (13 chanteurs


recensés)

*" a val des Ponts-de-Cé : 122 chanteurs recensés sur une super-
ficie de 3136 ha, soit une densité moyenne de 3,9 chanteurs/
100 ha. Sur certains secteurs, les densités peuvent être supérieu-
res à 6 chanteurs/l00 ha. Population estimée à un maximum
de 133 chanteurs.

Val de Maine : En 1983, 4 chanteurs sur 134 ha prospectés. En


1984, 38 chanteurs recensés sur 173,5 ha, soit une densité
moyenne de 21,9 chanteurs/ 100 ha ! Population estimée à
42 chanteurs.

Val de Loir : En 1983, 5 chanteurs sur 30 ha prospectés. En 1984,


34 chanteurs sur 557 ha, soit une densité moyenne de 6,1 chan-
teurs/ 100 ha. Population estimée à 55 chanteurs.

Val de Mayenne : Aucun chanteur en 1984 sur une superficie a


priori favorable de 120 ha.

Val de Sarthe: En 1983, 35 chanteLirs sur 322 ha prospectés, soit


une densité de 10,9 chanteurs/l00 ha.
En 1984, 86 chanteurs sur 1337 ha, soit en moyenne 6,4 chan-
teurs/l00 ha. Cette densité peut localement atteindre 15,9
chanteurs/ 100 ha. Population estimée à 111 chanteurs.

Confluence Mayenne-Sarthe-Loir : En 1983, 24 chanteurs sur 505


ha, soit une densité de 4,8 chanteurs/ 100 ha. En 1984, 86 chan-
teurs recensés sur 1149 ha, soit une densité de 7,5 chanteurs/
100 ha. Sur certains secteurs (Ile Saint-Aubin, Baillies de Noyant)
18

les densités peuvent être supérieures à la chanteurs/ 100 ha.


Population estimée à 125 chanteurs.

Vallée de l'Authion : En 1983, '+ chanteurs sur 60 ha prospectés.

Val de Thouet: En 198'+, 5 chanteurs sur 75' ha, soit 6,7/100 ha.
Population estimée à 22 chante~rs.

Conclusion :

En 1983, sur 2245 ha (environ 20 % de la superficie considérée


comme a priori favorable dans le département), un totar de 10'+
chanteurs a été effectivement' recensé.

En 1984, sur 6545 hectares, 384 chanteurs ont pu être dénombrés.


La globalité de la superficie a priori favorable étant de la 832 ha,
c'est une population estimée d'environ 500 chanteurs que le départe-
ment a accueillie en 198'+. On remarquera que ce chiffre recoupe
celui qui avait été obtenu l'année précédente.

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Fig. 2 Localisation de la p<?pulation de Râle de genêts en Maine et Loire


19

Loire Atlantique (Fig. 3)

Vallée de la Loire: En 1984 :

- amont de Nantes : 80 chanteurs sur 1650 ha (densité moyen-


ne : 4,8/100 ha). Population estimée à 80-100 chanteurs (voir
tableau 3).

- aval de Nantes :

* rive droite, de Couëron à Donges : il s'agit de la plus


vaste zone favorable continue du département (5850 ha).
Le recensement a dû se limiter à 24 aires-échantillons
(tableau 2 et fig. 3), totalisant 1760 ha soit 30 % de
la superficie de l'ensemble. Sur ces secteurs, 161 chanteurs
furent contactés, ce qui correspond à une densité moyenne
de 9,2 chanteurs/ 100 ha. Population estimée mathématique-
ment à 530 t-''l20 chanteurs.

* rive gauche

- prairie Tenue et Buzay 1270 ha 15 ch


- île Maréchale 3' ch
750 ha 4 ch
île Massereau
- prairie de Bouguenais 654 ha 7 ch
au Pellerin

TOTAL 30 ch

Population estimée' à 30-50 chanteurs.

Vallée de la Vilaine: En 1984, 3 chanteurs à Beslé.

L'espèce a été trouvée par ailleurs en 1983 à Préfailles


(4 chanteurs sur 1 ha, déjà notés en 1981 et 1982). Présen-
ce également à Grand-Lieu cette même année (MARION,
Comm. pers.), mais population non recensée (vraisemblable-
ment dans l'intervalle 1-20 chanteurs).

Certains secteurs non encore prospectés pourraient peut-


être fournir quelques données supplémentaires : Bassin
du Brivet, Vallée de l'Erdre, étang de Vioreau.

Conclusion :

Avec une population recensee de 274 chanteurs et estimée


à 510-820 chanteurs (Tableau 3), le département de Loire-
Atlantique héberge une proportion considérable de la population
nationale de Râle de genêts.
20

Effectif Effectif
minimal maximal

LOIRE amont Nantes 80 100

LOIRE aval Nantes rive N 400 650

LOIRE aval Nantes rive 5 30 50

VILAINE 3 3

GRAND LIEU 0 20

Totaux 513 823

Tableau 2 Evaluation de la population de Râle de genêts de Loire Atlantique

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Fig. 3 Localisation de la population de Râle de genêts en Loire-Atlantique


21

Vendée (enquêteUCAGO-LPO)

Vallées du Troussepoil et du lay : Population relictuelle d'une ving-


taine de chanteurs sur la vallée de Troussepoil (220 ha) connue
depuis 1982. Quelques 14 chanteurs ont été recensés en 1983
sur la vallée du Lay ; cette population n'a pas été retrouvée
en 1984 (un seul chanteur fin juin). Il est possible que le canton-
nement signalé sur la basse vallée du Lay corresponde à un
(eport de la population du Troussepoil dont le biotope est
resté inondé tardivement en 1983.

Aucun chanteur' en 1983 dans la vallée de la Boulogne, de


Rocheservière aux Lucs (300 ha) ; dans la vallée de la Sèvre
Nantaise à Saint-Laurent et l'Etang Blanc (50 ha) ; la basse
vallée de Jaunay (200 ha) ; la vallée de l'Yon près de la Roche
sur Yon (20 ha) ; la vallée de l'Auzance (500 ha) ; la vallée
de Loring à Cheffois (20 ha) ; aucun cantonnement dans les
prairies humides du M'oulin de Benet (50 ha), près du barrage
de Graon (50 ha), à l'Est de Maillezais-Fontaines, près de
l'étang des Boucheries et des Landes de Genusson (40 ha),.
dans le Marais de Mouzeuil-Saint Martin (280 ha) et les prairies
de l'île Chatrouin (70 ha). En revanche, deux chanteurs sur
20 ha dans la plaine au Nord de Nalliers.

En 1984, un chanteur sur 40 ha à Sainte Christine.

POITOU CHARENTES

Charente

Vallée de la Charente: En 1983, aucun chanteur sur 140 ha à Amber-


nac et Alloue. De Mansle à Genac, 46 chanteurs sur 800 ha
recensés ; un chanteur sur 10 ha à Cognac.

En 1984, 5 chanteurs sur 90 ha à Condac, Barro et Courcôme ;


79 chanteurs sur 1000 ha de Mansle à Vars ; 3 chanteurs sur
80 ha à Balzac; 12 chanteurs sur 300 ha de St Simon à Bourg-
Charente. Soit au total 99 chanteurs.

Vallée de la Bonnieure : En 1983, aucun chanteur sur 360 ha à


Chasseneuil et St Ciers ; un chanteur sur 40 ha à St Ciers.

En 1984, un chanteur sur 40 ha à St Ciers.

Vallées du Son et de la Sonnette : En 1983, aucun chanteur sur


50 ha à Nieuil et St Claud; aucun chanteur sur 50 ha de Beau-
lieu à Sansac.

Vallée de la Touvre: En 1983, auCun chanteur sur 30 ha à Angoulême


Charente-Maritime

Vallée de la Charente : En 1983, de Saint Laurent de Cognac à


Ste Hippolyte: 70 chanteurs sur 3910 ha.

En 1984, 87 chanteurs sur 4010 ha sur le même secteur.


22

superficie Nombre de
DEPARTEMENT SITES Année'
prospectée chanteurs

CHARENTE Vallée de la Charente 1983 950 ha 47


Vallée de la Bonnieure 400 ha 1

Vallée de la Charente 1984 IJ470 ha 99


Vallée de la Bonnieure 40 ha ,l
,

CHARENTE Vallée de la Charente 1983 3910 ha 70


MARITIME Vallée de la Boutonne 130 ha 3
Marais des Landes 450 ha 8
Marais d'Archingeay 320 ha 10

Vallée de la Charente 1984 40 10 ha 87


Vallée de la Boutonne 130 ha 2
Marais d'Archingeay 320 ha 12

DEUX-SEVRES Marais de la Roche 1983 230 ha 1


Marais Gauthier 180 ha 2
Marais de Prin-Deyrançon 150 ha 1

Bassin de la Boutonne 1984 140 ha 6


Marais de Prin-Deyrançon 80 ha l

VIENNE Probablement disparu

Tableau 4 Distribution du Râle de genêts en Poitou-Charentes


23

Vallée de l'Arnoult : En 1983, aucun chanteur sur 480 ha prospectés.

Vallée de la Boutonne : En 1983, 3 chanteurs sur 130 ha à Lussant.

En 1984, 2 chanteurs sur ce secteur.

Vallée de Curé: En 1983, aucun chanteur sur 50 ha à Nuaillé d'Aunis •

. En 1983, 8 chanteurs sur 450 ha au marais des Landes; la chan-


teurs sur 320 ha au marais d'Archingeay ; aucun chanteur
sur 240 ha au marais de Montheraut. A· Saint Georges d'Oléron,
aucun chanteur sur 50 ha.

En 1984, 12 chanteurs sur 320 ha au marais d'Archingeay.

Deux-sèvres

Vallée de .la Sèvre Niortaise : En 1983, aucun chanteur à François


(20 ha), à Saint-Maxire et Echiré (20 ha), à Coulon (80 ha).

Bassin supérieur de la Boutonne : En 1984, 3 chanteurs à Hanc


sur 120 ha ; 3 chanteurs à Périgné sur 2'0 ha.

En 1983, un chanteur sur 230 ha au Marais de la Roche ; deux


chanteurs sur 180 ha au Marais Gauthier ; aucun chanteur
sur 80 ha au Marais de Boëre ; un chanteur sur 150 ha au
Marais de Prin-Deyrançon.

En 1984, un· chanteur sur 80 ha au Marais de Prin":'Deyrançon.

Donc population très dispersée (et en forte régression depuis


une dizaine d'années )sur la partie continentale du Marais Poite-
vin.

Vienne

Probablement disparu en tant que nicheur de ce département.


Conclusion :

Dans la région Poitou-Charentes, une population totale de 143


chanteurs a été recensée sur 8000 ha prospectés en 1983, et de
208 chanteurs sur 4600 ha prospectés en 1984 (Tableau 4). L'essen-
tiel de cette population est localisée dans la vallée de la Charente
avec des densités moyennes de 2,2 chanteurs/100 ha (Chare~te­
Maritime) à 6,7 chanteurs/l00 ha (Charente).
24

CENTRE

Indre

Aucune donnée (dernier cas connu 1 chanteur sur 150 ha en juil-


let 1981 à Thizay).

Indre et Loire

Vallée de la Loire : Au moins 2 chanteurs en 19'83 à Saint Pierre


des Corps ; autre contact à Bréhémont.

Vallée de l'Indre : En 1983, deux chanteurs à Montbazon.

En 1984, au moins 30· chanteurs sur une zone-échantillon à


Rivarennes. Les potentialités de l'ensemble du secteur sont
importantes.
Vallée du Cher: En 1984, 9 chanteurs sur 130 ha à Tours-la-Gloriette

Conclusion :
Le Groupe Ornithologique de Touraine propose une fourchette de
:50 à 100 chanteurs pour le département.

Loiret.

Vallée de la Loire: En 1983, un chanteur près de Bonny.

Loir-et-Cher

Vallée du Fouzon : Seul site connu de nidification régulière dans


le département à Meusnes.

1976 : 25 chanteurs au moins


1979: 6
1982 : 8-10
1983: 5 chanteurs au moins
1984 : présence établie mais sans décompte.

Cher

Val d' yèvre : Dernier. cas connu 6 chanteurs au~rfloins en 1981


à Foecy.

LIMOUSIN

Creuse

Un chanteur sur 5 ha à Poncharraud en 1982 et 1983,site non


prospecté en 1984. Prospection négative en 1984 à St Quentin
et à Jouillat où le Râle de genêts avait été repéré en 19ï5 et
en 1980 respectivement. Prospection également négative dans
de nombreux secteurs susceptibles de convenir à l'espèce, sur les
cartes d'Aigurande, Evraux-Ies-Bains et Aubusson (le Râle de genêts
. nichait de façon certaine sur ces deux dernières cartes dans les
années 1970).
25

Haute-Vienne et Corrèze

Aucune citation récente.

AUVERGNE
Allier

Val d'Allier: Dernière observation en 1978 à Toulon.

Puy de Dôme

Uniquement en migration.

Haute-Loire

Vallée de la Loire Un chanteur en juin 1982 à Brives-Charensac.

Cantal

Plusieurs mentions au début des années 1980 sur la planèze de


Saint Flour (Lagda, Lascol.s), et dans la région de Saint Paul des
Landes (deux années consécutives). Aucune nouvelle donnée dans
l'intervalle de l'enquête.

BOURGOGNE
y onne et Nièvre

Prospection négative en 198..3 et 1984-.

Saône et Loire - Côte d'Or (fig. 5)

Vallee de la Saône: De Pontailler à la Truchère.

En 1982, 39 chanteurs sur la seule commune de Labergement-les-


Seurre (densité moyenne : 3,7 chanteurs/ l 00 ha). Plus au sud,
présence épisodique jusqu'à la latitude de Macon.

Vallée de la Seille : De la confluence avec la Brenne à celle avec


la Saône. En 1983, 21 chanteurs sur 420 ha (communes de
Bantanges, Rancy) ; en 1984, 9 chanteurs seulement sur le
même secteur.

Vallée du Doubs: Encore quelques chanteurs entre Navilly et Varen-


nes ? 6 à 10 chanteurs à Pierre de Bresse en 1982 ; 1 chanteur
à Verdun sur le Doubs en 1983.
26

Fig. 5 : Les sites à Râle de genêts dans le bassin de la Saone, à l'amont


de la confluence avec la Seille.
27

FRANCHE COMTE

Haute-Saône (Fig. 5)

Vallée de la Saône - Plaine de Vesoul-Vaû.:vre : 9 chanteurs sur


20 ha en 1983, un seul (migrateur ?) en 1984. Rupt sur Saône:
5 chanteurs sur 5 ha en 1983, aucun en 1984. Soing : aucun
chanteur en 1984. Quitteur : un chanteur sur 5 ha en 1982,
aucun en 1984.

. Vallée de . l'Ognon - Bussières aucun chanteur en 1984 (dernier


cas connu: 1979.

Doubs

Tourbières du département: Quelques chanteurs en 1983, en cariçaie


à Pontarlier, Saint Point, Remoray (Mr PONTAGNIER, garde-
chasse). Deux chanteurs en 1984 à Cornabey, site régulièrement
occupe.

Par contre, absent en 1983 et 1984 dans certains sites encore


habités dans les années "soixante-dix" : Mont de Laval (dernier
cas connu : 1978), Bonnevaux (1978), Bouverans (1976), Frasne
(1977), Vaux et Chantegrue (1977), Gouhelans (1972).

Jura

Vallée du Doubs : Présent en 1982 à Molay et à Champdivers.

Vallée de la Loue: Présent en 1984 à l'aval de la Loye.

Tourbières du département : 10 chanteurs en 1982 aux Rousses


(D. GLAYRE) ; 4 chanteurs en 1983 près de la Cure ; 3 chan-
teurs en 1984 à Sirod (Fédération Chasse).

RHONE-ALPES

Ain (Fig. 6)

Vallée de la Saône : En 1982, 250 chanteurs recensés, de la confluen-


ce avec la Seille (limite départementale et régionale) à Thoissey
(Tableau 5)
28

Narbre de
LOCALITES chanteurs

Grièges - Pont de Veyle 30


Saint-Laurent - Replonges 63
Feillens 13
Vesines - Asnière 4
Manziat - Ozan 29
Boz 13
Reyssouze 2
Pont de Vaux - St Bénigne - Arbigny 72
Sermoyer (25) *

TOTAL 251

Tableau 5 Effectifs de Râle de genêts dans le Val de Saône (Ain), en juin


1982 (* estimé)

En 1983, la nidification fut fortement perturbée par les crues


tardives. Sur une aire-échantillon, 49 chanteurs furent recensés
au lieu de 67 l'année précédente (déficit de 27 %).

En 1984, un nouveau recensement permet d'évaluer la population


à 176 chanteurs (Tableau 6)

Nombre de
LOCALITES ch anteurs

Grièges et aval (20) *


Replonges 15
Feillens - Vésines 26
Manziat - Asnière 28
Ozan - Boz - Reyssouze (30) *
Pont de Vaux - St Bénigne 13
Arbigny - Sermoyer 44

TOTAL 176

Tableau 6 Effectifs de Râles de genêts dans le Val de Saône (Ain) en 1984


(* estimé)

Marais de Lavours : En 1982, 18 à 20 chanteurs (U. GLUTZ VON


BLOTZHEIM). En 1983, 22 chanteurs (J. GILLIERON).
29
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Fig. 6 : Localisation de la population de Râle de genêts dans l'Ain

Rhône

Vallée de la Saône : Quelques chanteurs chaque année (Quincieu,


Villefranche, Arnas, .••)

Iles du Rhône, amont de Lyon : A Vaulx-en-Velin, 1 chanteur en


1983, 3 en 1984, dans une cariçaie.

Loire

Plaine du Forez : Un chanteur en mai 1982 en bordure d'étang.

Monts du Forez et du Pilat : Prospection nocturne négative en


juin 1984 de la plupart des milieux a priori favorables.

Haute-Savoie

Marais de Sillingy: Prospection négative en 1983.

Col de Bretollet Au passage de septembre.

Savoie

Tarentaise 7 chanteurs en 1983 à Fontaine-le-Puits (1200 m).


30

Marais des Marches : 2 chanteurs en 1983 (régulièrement noté


de 1975 à 1979 avec un maximum de 5 chanteurs en 1978).
Aucun contact en 1980 et 1982, puis en 1984.

Isère

Trièves: Un chanteur à Clelles en 1983. En 1984, une maison s'élève


sur le site. Prospection négative à Roissard, St Jean d'Hérans,
Prébois, St Baudille et Pipet.

Etang de Haute Jarrie : Un chanteur les 22 et 23 mai 1984 dans


un champ d'orge, non réétendu les jours suivants.

Prospection négative malgré l'usage de la repasse, en 1983 et


en 1984 dans la Vallée de la Bourbre, les marais de Nantes en
Rattier, de St Etienne de St Geoirs, du Grand Lemps, de Chirens,
de Boulieu, des Avenières, de Gras, de Morette, de Petkhet, de
la Mure, de l'étang Moras, et des alentours de St Jean-de-Vaulx,
de Pierre-Chatel, de Charantonnay, de Meyrieu.

Drôme

Dernier cas connu un chanteur en 1975 à Cruas, sur un site aujour-


d'hui disparu.

Ardèche

Prospections négatives en 1984.

AQUITAINE

Gironde - Dordogne

Vallée de la Garonne : Aucun contact en 1983 sur 500 ha dans


les prairies humides de Cadaujac. Un chanteur en 1984 dans
le marais de Bruges. Bords de la Gironde : un chanteur en
1982 à Beycherelle ; aucun contact de mai à juillet 1983 sur
5000 ha dans le marais de Braud et Saint Louis.

Vallée de l'Isle : 4 chanteurs en 1983 de Saint Médard-de-Mussidan


à Montpon-Ménestérol (24), un chanteur sur 50 ha à Coutras
(33). Deux chanteurs en 1984 à St Médard-de-Mussidan (24).
Landes

Barthes de l'Adour : Un chanteur en 1983 à Saint-Géours sur 1500 ha .


aucun sur 200 ha en 1984 à Saint Barthélémy.

Aucun contact en 1983 et 1984 dans les prairies humides du delta de


l'Eyre (33), dans les landes de Captieux (33 et 40), dans la zone de
piémont de la région de Tarbes et de Pau (64 et 65).
31

PROVENCE COTE Dl AZUR

Alpes de Haute Provence

Bassin de la Blanche : Aucun contact en. 1982 et 1983. Présence


régulière interrompue à partir de 1977.

Bouches-du-Rhône

Migrateurs en Camargue (septembre .1982) et dans les anciens


salins du Lion à Marignane (septembre 1983).

LANGUEDOC ROUSSILLON

Hérault

Deux migrateurs tués à la chasse (!) en octobre-novembre 1983 à Lattes.

Aucune donnée récente ne nous a été communiquée de Picardie, de Midi-


Pyrénées, de Corse.
32

3 - CONCLUSION

Les prospections et recensements organisés par les Associations ornitho-


logiques en 1982, 1983 et 1984 ont permis de définir 5 grandes populations
dans notre pays:

- une population normande : effectif estimé à 170 a 330 chanteurs,


dont les 2/3 au moins dans les marais de Carentan.

- une population du bassin de la Loire inférieure, essentiellement répar-·


tie dans les départements d'Indre et Loire, de Maine-et-Loire et
de Loire Atlantique.

Les effectifs globaux sont "considérables" entre 1060 et 1l+20


chanteurs d'après les estimations.

- une population du Centre-Ouest du pays, principalement dans la vallée


de la Charente. Effectif total de 160 chanteurs en 1983, de 208 chan-
-.
••
"'=il
." ~

l'lU;
teurs en 1981+.

- une population du bassin de la Saône, dont les effectifs semblent


assez fluctuants : sans doute supérieurs à 300 chanteurs en 1982,
mais inférieurs à ce chiffre en 1981+.

- une population du Val de Meuse. Population instable: en 1983, 1+0 chan-


teurs dans la Meuse et 7 dans les Ardennes ; en 1984, 15 et 2 chan-
teurs respectivement dans ces deux départements.

Hors de ces bastions, le Râle de genêts se reproduit également sur


certains sites plus ponctuels, dont :

- la vallée du Fouzon, en Loir et Cher


- le Val d' Huisne, dans la Sarthe
- les tourbières de moyenne altitude du Doubs et du Jura
- le marais de Lavours, dans l'Ain
- quelques prairies de fauche d'altitude, en Savoie
- le lac de Grand-Lieu, en Loire Atlantique
et peut-être quelques autres sites non découverts dans le cadre de
cett enquête. Ces petites populations représentent un effectif global compris
. entre 50 et 100 chanteurs.

Noùs pouvons donc situer la population nationale de l'espèce dans une


fourchette de 1750 à. 21+50 chanteurs, soit en prenant la valeur médiane
environ 2000 chanteurs cantonnés en période de reproduction. (Fig. 7)
33

Tram. d•• cart••


I.G.N. au 1/50.000.

lIll

Fig. 7
Répartition du Râle de genêts en France (I982-1984)
35

II - L'HABITAT DU RALE DE GENETS

1 - MILIEUX FREQUENTES PAR L'ESPECE

Il - Les milieux non cultivés

a - prairies de fauche
b - prairies pâturées
c - marais
d - friches

12 - Les milieux cultivés

a - prairies artificielles
b - céréales

13 - Commentaire

2 - ZONES DE REPRODUCTION

21 - Biotope originel
'-
a - tourbières de moyenne montagne
b - tourbières ou marais de plaine
c - commentaire

22 - Le milieu prairial

a - sélectivité sur la végétation herbacée


b - structure du milieu
c - commentaire

3 - CYCLE REPRODUCTEUR ET CALENDRIER AGRICOLE

4 - ADAPTABILITE DE L'ESPECE

5 - ORIGINALITE DE LA PRAIRIE INONDABLE

a - la végétation
b - l'entomofaune

6 - CONCLUSION
37

II - L'HABITAT DU RALE DE GENETS

INTRODUCTION

Dans ce chapitre, nous chercherons non seulement à décrire l'habi-


tat de l'espèce, mais aussi à dégager lès éléments de cet habitat pou-
vant avoir une influence déterminante sur sa répartition et pour son
avenir.

Pour cela, nous avons procédé à deux approches complémentaires :

l'exploitation de fiches-questionnaires par site, remplies par


les coordinateurs locaux;

- une recherche spécifique sur une aire de référence dans le Val


de Saône. Cette aire de référence d'une superficie totale d'envi-
ron 1 000 haa été fractionnée en 3 secteurs A, B, et C (voir
fig. 8). Le secteur A constituera la zone d'étude principale, augmen-
tée dans certains cas des zones B et/ou C.

B A
Fig. 8 : Aire de référence pour l'étude de l'habitat du Râle de genêts
dans le Val de Saône (trame grisée : bocage lâche, secteurs
en blanc : prairie inondable).
38

Lorsque l'on cherche à caractériser, à travers les témoignages


présents ou passés, le biotope du Râle de genêts, on se heurte à une
constante ambiguïté : le type de milieu invoqué est-il lieu de nidifica-
tion, halte migratrice ou siège d'erratisme d'oiseaux en mal de terri-
toire ? La découverte des nids étant très aléatoire, il est rarement
possible, en dehors des aires classiquem~nt connues, d'acquérir la certi-
tude qu'un site habité l'est pour la nidification. Dans un premier temps,
nous nous contenterons donc de recenser les principaux types de milieux
que fréquente l'espèce au printemps, sans qu'il s'agisse nécessairement
de quartiers de reproduction. Nous tenterons ensuite de comprendre
dans quelle mesure ces lieux sont susceptibles de convenir à la nidifi-
cation.

1 - MILIEUX FREQUENTES PAR L'ESPECE

Il - Les milieux non cultivés

a - la prairie de fauche

C'est de loin l'habitat le plus usuel, en particulier les


prairies fraîches de bord de rivière : en Suède (LARSSON
1968), en Angleterre (CADBURY 1980), ou en Tchécoslo-
vaquie (STASTNY, comm. pers.)•••

En altitude, les prés de fauche peuvent attirer le Râle


assez communément jusqu'à 1 200 m mais parfois jusqu'à
1 800 m, dans le Jura suisse (COR TI 1962), les Alpes
bernoise (LUPS et al. 1978), les Alpes rhétiques (FATIO
1904), les Monts Tatras (TOMIALOJC 1976), les Monts
de Bohême (STASTNY comm. pers.), etc.•.

Cependant, les meilleures densités 2.pparaissent souvent


dans les vallées alluviales submersibles en hiver, comme
aux Pays-Bas (VAN DER STRAATEN et VAN DEN BERGH
1970), ou en Pologne (TOMIALOJC 1976).

En France, les prairies naturelles inondables sont aujour-


d'hui le biotope-type du Râle de genêts (Tabl. 7) puisque
la presque totalité de la population se localise dans les
prairies de fauche des vallées de la Charente, de la Meuse,
de la Saône, la Seille et le Doubs, de la Basse Loire,
la Sarthe et la Maine, de la Basse Seine, ou dans les
. marais de Carentan, les abords du lac de Grand Lieu, etç •••

La composition floristique de ces prairies inondables


semble présenter quelques constantes : deux relevés
portant, 1'un sur 55 espèces de la prairie de Replonges
(Val de Saône), l'autre sur 39 espèces des prairies de
Crazanne et St Savinien (Val de Charente), n'ont pas
moins de 27 espèces en commun (relevés CETE Lyon
et M. DROMER de la Société Botanique du Centre Ouest).

Le recours aux prairies d'altitude est encore d'actualité


dans le Jura, en périphérie des tourbières (Lac des Rous-
ses, de Pontarlier, de Saint-Point, de Remoray ... ) et
dans les Alpes (Tarentaise, 1 200 m).
39

TOTAL SITES 189 %

Prairie de fauche 179 94,7


Prairie pâturée ~ 1) 2 1,1
Prairie artificielle 1 0,5
Champ céréales 2 1,1
- .
Marais, bordure d'étang, tourbière 17 9,0

****
Zone inondable 1-63 86,2

****
Au sein du biotope ou en périphérie
- Présence de haies 105 55,6
- Présence de friches 23 12,2
- Présence d'arbres isolés 53 28,0
- Présence de clôtures barbelées 12 6,3

(1) SoUvent représentée à proximité de la praIrie de fauche, mais


sans- qu'il soit prouvé 'qu'elle soit fréquentée par le Râle.

Tableau 7 L'habitat du Râle de genêts en France (1982-1984). Chacun


des sites décrits peut accueillir un nombre très variable
de chanteurs cantonnés (d'après fiches-questionnaires).

b - la prairie pâturée

De façon générale, le Râle de genêts ne semble guère


tolérer la présence de bétail dans les herbages qu'il occupe
à moins que l'élevage ne -soit' très extensif. Nombre de
cas de cette désaffection ont été apportés dans cette
enquête. A titre d'exemple, MARILLON (in DEBOUT
1985) rapporte en 1957 que "les Râles de-genêts ont
tendance à disparaître dans les îles de la Seine en amont
de Rouen" et rapproche cette évolution avec la mise
en pâture des prairies autrefois fauchées. Dans la même
région, les Marais de la Dives sont aujourd'hui utilisés
de façon intensive pour l'embouche -des boeufs : le Râle
de genêts y est devenu exceptionnel, alors que BELLE-
CROIX (1883) s'étonnait naguère de leur abondance en
ces lieux.

C - Les milieux hydromorphes

Nous désignerons sous ce terme les milieux humides


où croît une végétation nettement hygrophile kariçaie"
moliniaie ••.). _Plus de -15 % des Râles de genêts recensés
en Grande Bretagne, 20 % de la population irlandaise,
ont été localisés dans des zones marécageuses. En Pologne
ces dernières sont également un type d'habitat régulier.
40

Dans notre pays, les marais proprement dits ne constituent


qu'un habitat assez marginal (Marais de Lavours, tourbières
jurassiennes•..). En Loire-Atlantique, aucun chanteur
n'a été repéré dans les Marais intérieurs, soit trop humi-
des, soit pâturés (P. GURLIAT).

12 - Les milieux cultivés

a - les prairies artificielles

Les cas de Râles chantant dans les champs de trèfle,


de sainfoin ou de luzerne sont réguliers dans la bibliogra-
phie. En France, si l'utilisation des ~hamps de Légu;nineu-;.
ses a pu être localement remarquee par le passe : en
Brie au début des années 1950 (JARRY, Comm. pers.),
en Basse-Bretagne (LEBEURIER et RAPINE 19;34), elle
semble être aujourd'hui assez exceptionnelle. Seuls, dans
le Nord, quelques chanteurs semblent fréquenter épisodique-
ment les ray-grass d'ensilage. .

b - les céréales

Le recours aux champs de céréales a depuis longtemps


été décrit dans de nombreux pays. Dans le Nord (Cambré-
sis), le Râle de genêts est assez régulièrement entendu
en mai et juin dans les champs d'Orge. Ce comportement
ne semble guère avoir cours ailleurs en France.

c - autres cultures

Des individus ont pu être signalés dans des champs de


pommes de terre, de betteraves, de colza (O'MEARA 1979,
CADBURY 1980, ENEMAR 1969••. )

Quelques cas rarissimes ont été enregistrés pendant la


durée de l'enquête, au moment des crues printanières
de 1.983 notamment.

13 - Commentaire

En France, comme dans la plupart des pays d'Europe,


les prairies naturelles destinées à la production de fourrage
constituent donc l'habitat le plus usuel du Râle de genêts.
Ce constat n'est pas nouveau puisqu'au milieu du XVIIIe siècle,
LINNE rapporte déjà qu'en Suède, le Râle se rencontre en
milieu prairial. MAGNE de MAROLLES (1792) préclse qu'il
se tient "dans les prairies jusqu'après la fauchaison". Cè que
confirment ;plusieurs auteurs du début du· XIXe siècle, en
ajoutant parfois que "lorsqu'on fauche ces prairies, (il) se
réfugie dans les avoines, les pièces de blé et surtout dans
les friches couvertes de genêts" (VALMONT-BOMARE 1800).
"Lorsqu'il. se voit chassé par la faulx du cultivateur, il fuit
et ~e ~~tlre dans les champs d'orge et d'avoine, mais plus
partlcullerement dans ceux de pois ou de sarrazin" (G E R ARDIN
1806). "On en trouve (alors) aussi dans les vignes et sur les
bords des jeunes tailles"(MAGNE de MAROLLES 1792).
41

D'où la source d'une certaine confusion, qui par exemple


fait écrire àTEMMINCK (1820) que le Râle de genêts "habite
les bois taillis et les hautes herbes". D'où aussi le nom français
attribué à l'espèce. Et, aujourd'hui, PANNACH (in Avifauna
Niedersachsen, à paraître) s'interroge : "la connaissance du
biotope du Râle de genêts doit être approfondie pour pouvoir
juger si cette espèce est bien un nicheur dans les cultures
("Kulturfolger"), car les préuves de reproduction dans les
habitats non privilégiés sont encore attendues."

Car si ces mouvements vers d'autres· types d'habitat


après la nidification sont confirmées de nos jours (CADBUR y
1980), il semble que ces milieux puissent aussi tenir le rôle
(apparent ?) d'habitat de substitution. "C'est seulement lorsqu'il
n'y a pas d'herbages de fauche que d'autres types d'habitat
sont utilisés de façon importante" (NORRIS 1947)

En Suède, LARS SON (1968) rapporte qu'un programme


de drainage intensif au XIXe siècle a provoqué un changement
d'habitat, des prairies naturelles vers les cultures. Puis, presque
tous les Râles localisés dans les cultures ont disparu, tandis
que la petite population occupant les prairies a, pour des
raisons inconnues, augmenté ces dernières années. Depuis
ENEMAR (1969)' signale à nouveau une prédominance des
installations en milieu cultivé.

Au Pays-Bas, BRAAKSMA (1962) note de même une utili-


sation croissante des champs de céréales et autres habitats
précédemment non acceptes par -l'espèce, tandis qu'en Norvège,.
MYRBERGET (1963) mentionne la possibilité d'une augmenta-
tion récente de la population totale.

Ces mouvements désordonnés ressemblent fort à une


recherche désespérée d'un habitat alternatif. "Notons que
c'est dans les· régions où le Râle de genêts est le plus abondant
que l'index pour les céréales est le plus bas" écrivait NORRIS
en 1947.

En Cambrésis, où les praIrieS de fauche ont quasiment


disparu, et où l'espèce peut être présente de mai à août
dans les cultures, "entre la petite et fluctuante population
nicheuse et les oiseaux de passage postnuptial, se meuvent
des contingents notables de Râles en véritable "erratisme
nupti~l" provoqué par les travaux agricoles (aussi bien de
la region même que des régions d'origine de ces Râles)".
Ces mouvements peuvent s'interpréter comme suit "les
R,âle~, se cantonnen~ dans des ray-grass d'ens!lage, qui sont
regullerement fauches toutes les 6 semaines a partir de la
fin avril. Ils se cantonnent dans les orges ; la moisson inter-
vient à la mi-juillet. A notre avis, il existe ai nsi une popula-
tion flottante qui, décantonnée par. les travaux agricoles,
erre en juin (ray-grass) et en juillet (orge)", où la moisson
ne leur laisse pas le répit pour s'installer (J.C. TOMBAL
in litt.).

Nous montrerons au § 4 que la présence, même prolongée,


en mai et juin de chanteurs cantonnés, ne peut être considérée
comme synonyme de nidification.
42

2 - AIRES DE REPRODUCTION

2.1 - Biotope originel du Râle de genêts


On sait que le Râle de genêts a largement bénéficié
par le passé des défrichements et de l'extension des milieux
herbacés (VOOUS 1960). Ce n'est bien sûr que par l'examen
des habitats artificialisés que nous pourrons trouver une défini-
tion du biotope originel de cette espèce. Les derniers marais
encore. habités de nos jours ou dans un passé proche ont donc
un irremplaçable intérêt documentaire pour la compréhension
de la répartition pré-historique du Râle de genêts.

Il nous faut d'emblée établir une distinction entre les


tourbières des moyennes montagnes (généralement ombrogène
et acides) et celles des basses vallées et des plaines (topogènes
et eutrophes). Chacun de ces types de zone humide sera illus-
tré par deux exemples.

a - tourbières de moyennes montagnes .

a-1 - Jura
Sur les berges du Lac des Rousses et dans le· bassin
du Drugeon nous avons pu, grâce au concours sur le terrain
de Messieurs LETHIER, FRANCOIS et GLAYRE, schémati-
ser le théâtre de la nidification du Râle de genêts comme
suit

1 - Caricetum à Carex paniculata ou Carex Goode-


noughi, piqueté de Salix pentendra

2 - Formations à Filipendula ulmaria,avec Sangui-


sorba officinalis, Carex fla va, Potentilla erecta,
Galium uliginosum, Valeriana dioica, Polygonum
bistorta, Aconit napel, Ranunculus aconitifolius,
Caltha palustris, Trollius europaeus, Crepis
paludosa, prêles et mousses, ...

3 Formations à Anthoxanthum odoratum, avec


Cardamina pratensis, Ta'raxacum officinale,
Geranium sp., Alchemilla vulgaris, Rumex
acetosa, Anthriscus silvestris, ...

La présence du Râle de genêts dans ces milieux


humides jurassiens semble irrégulière, parfois interrompue.

a-2 - Cantal

J.P. FAVRE nous a communiqué la composItIon floris-


tique des marais de St Paul des Landes et de Lascols.

Saint Paul des Landes : Molinia caerulea, Filipendula


ul~aria, Galium uliginosum, Lysimachia vulgaris,
Enophorum angustifolium, Lycopus .europaeus,
Narthecium ossifraga, Dactylorhiza maculata,
Ranunculus flamula, Carum verticillatum,
Scorzonaria humilis, Tragopogon pratensis,
43

Plantago lanceolata, Achillea millefolium,


Betonica officinalis, Genista tinctoria, ....

Aucune utilisation agricole.

Lascols : Formations à Molinia caerulea, Sphagnum sp.


Calluna vulgaris, etc... S'y exerce un pastoralis-
me léger~

b - tourbières ou marais de plaine

b-l - Le Marais de Lavours

Le Marais de Lavours occupe une dépression d'environ


2 500 ha dont les eaux d'alimentation ont plusieurs origines
les crues· printanières du Rhône, les eaux de la rivière
Séran. refoulées en période de crue du Rhône, les eaux
d'infiltration alimentant le marais en été, la pluviosité
locale (1 000 à 1 200 mm/an). Nous avons pu, en juin
1983, localiser les Râles de genêts dans les milieux ·sui-
varits :

1 - Caricetum pur à Carex el ata (aucun touradon)


avec dans un cas un Râle chanteur dans un
secteur en voie de colonisation par Phragmites
communis (hauteur : 2 m ; densité : 1 à la
pieds!m2.)
1
2 - Cariçaie avec Carex elata, Carex acutiformis,
Caltha palustris, Mentha aguatigua, Ranunculus
flamula, Gratiola officinalis, Lotus .uliginosus,
Héléocharis sp., Rumex hydrolapathum, Euphor-
bia palustris, Filipendula ulmaria, Lysimachia
. vulgaris, Sanguisorba officinalis, Butomus
umbellatus, Symphytum officinale, Lythrum
salicaria, Parnassia palustris,...

3 - Formation à Anthoxanthum odoratum, avec Molinia


caerulea, Mentha aguatigua, Valeriana dioica,
Ranunculus acris, Plantago lanceolata, Rumex
crispus, Galium verum, Arrhenatherum elatius,
Dactylis glomerata,...

Ces milieux sont encore fauchés et pâturés, mais


de moins en moins régulièrement. TOURNIER (1976)
y signale également le Râle de genêts dans la zone
à Cladium mariscus.
b-2 - Le Marais des Echets

Le Marais des Echets est une dépression glaciaire


circonscrite par des buttes morainiques.

A partir du centre de la cuvette REYNAUD-BEAUVERIE


(1936) décrit la succession spatiale des formations végéta-
les comme suit:
44

a - Potamaie
b - Scirpeto-Phragmitetum
c - Caricetum elatae
d - Juncetum (Juncus lamprocarpus, Juncus effusus)

Cette dernière association peut passer, si le terrain


est sec à la lande à Sarothamno-Callunetum ou, si le
sol s'enrichit suffisamment et si on l'ensemence, à la
prairie à Anthoxanthum odoratum et c:ynosurus cristatus.

Le Marais des Echets était en cours de drainage


depuis 1532. Dans les années 1930 on procédait régulière-
ment au fauchàge et au pâturage des Carex, joncs, Phala-
ris, Calamagrostis qui servaient de litière pour les ani-
maux. L'action de fauchage favorisait en effet l'extension
d'une prairie à Phalaris arundinacea et Calamagrostis
lanceolata.
La figure 9 présente une succession temporelle possi-
ble, par action de l'homme (fauche, drainage.•.) des princi-
pales formations végétales au Marais des Echets (d'après
REYNAUD-BEAUVERIE 1936 simplifié).

1SCIRPETO-PHRAGMITETUM!
~ .
1CARICAIE 1 (1)
+
succession _u ---- -- .-
r -- - naturelle J . . a, PHALARIS et CALAMAGROSTIS 1 (2)
1Pralne
~ +
1SAULNAIE-AULNAIE( 1Prairie à ANTHOXANTUM et CYNOSURUSI

(1) - Carex elata, Carex vesicaria, Galium uliginosum, Lysima-


chia vulgaris, Lythrum salicaria, Scutellaria galericulata...

(2) - Phalaris arundinacea, Calamagrostis lanceolata, Typha


angustifolia...

(3) - Anthoxanthum odoratum, Cynosurus cristatus, Sanguisorba


officinalis, Achillea ptarmica, Lychnis flos-coculi, Orchis
mor io, .Alopecurus utriculatus, Scorzonera humilis...

Figure.9 : Succession' possible par action de l'homme des formations


végétales au Marais des Echets (d'après REYNAUD BEAUVERIE,
1936 simplifié).
45

Le Râle de genêts était alors nicheur au Marais


des Echets (MEYLAN, 1938). Mais depuis cette époque,
l'exploitation traditionnelle du marais a été progressive-
ment abandonnée, le fauchage en vue d'obtenir des litiè-
res a été délaissé avec l'avènement du tracteur. L'exten-
sion de la phragmitaie non soumise au fauchage et des
laîches formant touradons, a entraîné une forte augmenta-
tion des effectifs de Râle d'eau et de Grèbe. castagneux.
Par contre, en 1953, le Râle de genêts avait disparu
(CHABERT et REYMONET 1966). Le Marais des Echets
fut asséché en 1970 et affecté à la production de maïs.

c ... commentaire

De ces observations, on peut émettre l'hypothèse


que le biotope d'origine du Râle de genêts pouvait être
(au moins partiellemeDt) la cariçaie ou la moliniaie,
soit la frange extérieure des tourbières et les zones
humides non envahies par les hélophytes trop élevés.

On remarquera la faible représentation de ce type


de végétation sur la frange des étangs artificiels comme
en Dombes (Fig. la).

Fig. 10 Principales associations végétales des étangs de culture de


la Dombes et du Marais des Echets, et leurs interrelations
(LEBRETON 1964)
Eau libre

!
Potamogeto-Ral'lunctùetum

l
Scirpeto·Phragmitetum

-Eleocharetvm, ciceLietum, Bidel'ltetum


1
lIARAIS
. +
Caricetum • Juncetum ETANGS de
cJa ECHETS CULTURE
!~
Prairie à P1r4l4ris Prairie à ClIlI08Uru8
et Ca14magro8tiB et AnthozantJuun

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j ~aTothaf1l1'1o.Call1lMtum

Alneto.Frazil'letu~

1
Quercetltm medioeuropaeum
(Paraclimax)
46

Dans les marais eutrophes de plaine, soumis a une


intense colonisation végétàle, la pérennité de ces forma-
tions semble aujourd'hui dépendante de l'intervention
humaine pour contenir l'extension du Scirpeto-Phragmitetum.
Dans le Marais de Chautagne (Savoie), habitu'ellement
incendié à cet effet, mais qui n'a pas brûlé ces dernières
années, et le Marais de Lavours où l'activité agricole
traditionnelle décline, le Phragmite gagne peu à peu
sur la cariçaie. Ainsi, rongé vers le haut par les drainages
et la culture intensive, vers le bas par la roselière, le
milieu herbacé perd peu à peu son caractère favon3.'ble (1).

Une certaines tolérance de la part du Râle vis à.


vis du Phragmite peut exister, mais la densité maximale"
admissible du végétal doit être proche de celle que nous
avons observée au Marais de Lavours en juin 1983 (cf.
supra). Par contre, les tourbières de moyenne montagne
se distinguent par l'absence du Phragmite, peu adapté
à de telles conditions de climat.
Les défr ichements par l'homme en périphérie de
ces milieux ont étendu la superficie exploitable par l'espè-
ce aux prairies humides pacagées de façon très extensive
ou fauchées régulièrement : le Râle a investi la prairie
de fauche à Phalaris, voire à Anthoxanthum.

Evidemment, la présentation, tout au long de ce


chapître, de l'habitat du Râle de genêts relève de la
caricature. En réalité, la niche écologique de l'oiseau
se superpose à un gradient des formations végétales,
elles-mêmes subordonnées à . des paramètres tels que
l'intervention humaine, la profondeur de la nappe phréati-
que, la variation du niveau des eaux. Ce gradient peut
s'illustrer par la figure Il extraite des travaux de PAUTOU
et GENSAC (1973) sur quelques types de milieux herbacés
du marais de Lavours, qui distinguent un glissement phyto-
sociologique des prairies hygrophiles aux prairies mésophi-
les en fonction de la profondeur de la nappe phréatique.
Nous discuterons dans le paragraphe suivant des limites,
sur ce gradient, de cette colonisation des milieux par
le Râle de genêts. .

(1) Cependant, le Marais de Lavours est devenu Réserve Naturelle


en 1984. Un programme visant à maintenir la diversité de ce
site est aujourd'hui à l'étude.
47

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Fig
1

11 • zonation! de la végétation en fonction de la profondeur de la nappe phréatique


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(d'après PAUTOU et GENSAC, 1973)
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Phragmltaie à Carex
1 fatib a Fot,b i Fotlh i . Fotils l 1 et Valeriana otficinalis
. Sramus ar.etus D.ucus nrot.1 Portncifla r.pUna Gr.Ciol.officin.lis
1 o Empllt.m.nt. dt. profil. ltudi"
48

22 - Le milieu prairial

a - sélectivité surla végétation herbacée

Dans le Val de Saône, un observateur peut, au· fil


des saisons, se rendre compte intuitivement que certaines
portions de prairie sont plus régulièrement investies
que d'autres par le Râle de genêts. Pourtant, il est bien
difficile d'établir, en première observation, un lien direct
entre ce phénomène et la phytosociologie. Installée sur
une surface presque plane, la· prairie de Val de Saône
est une mosaïque de micro-faciès qui ne se distinguent
les uns des autres que par des nuances. Si bien que seule
une approche statistique peut véritablement éclairer
la relation (de dépendance ou d'indépendance) entre la
nature de la végétation prairiale et le cantonnement
du Râle de genêts.

Nous avons· donc réalisé, durant la seconde quinzaine


de mai 1984, une double série de relevés botaniques
sur une même aire-échantillon de 500.ha (Fig. 12) :

* la première, réalisé de façon systématique (relevés


aux intersections de lignes transversales et longitudi-
nales distantes de 375 m), apporte une "image statis-
tique" de la composition floristique de la prairie
et constituera l'état de référence.

* la seconde, réalisée sur les places de chant des


24 Râles cantonnés dans les limites de l'aire-échantil-
lon, permettra de mesurer, par rapport à l'état de
référence, la sélectivité de l'oiseau sur la végétation
herbacée.

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Figure 12 : Localisation des relevés botaniques (ronds: sites-témoins;


étoiles : sites à Râles)
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TABLEAU 8 - Résultat des relevés botaniques ~


(C
"50

Pour chaque station, URe liste exhaustive des espèces


végétales a été dressée ; le taux de recouvrement de
chacune d'entre elles a été évalué (Tabl. 8). Les données
se présentent sous la forme" d'une matrice double : 4.5
espèces végétales x 28 relevés systématiques 45 espèces
végétales X 24 sites à Râles.
J

Traitement statistigue ( 1)

Les relevés ont tout d'abord été distingués selon


leur composition floristique à l'aide de l'Analyse des
Correspondances, sans référence à la présence ou à l'abser.t-
ce de Râles de genêts. '

Les coordonnées sur les 5 ~n;miers facteurs de l' Ana-


lyse des Correspondances ont ete retenues pour caracté-
riser de manière quantitative la composition .f.loristique
de chaque relevé.

Une' Analyse Discriminante utilisant· ces 5 variables


quantitatives a visé ensuite à séparer du mieux possible
les relevés sur les sites à Râles, des relevés témoins.
Les résultats sont donnés par la fig. 13 (seul le 1er axe
discrimine; le 2e' axe permet simplement une représen-
tation plane, plus aisée à lire, sans participer à la discri-
mination).

Sur ces deux axes de l'Analyse discriminante, les


coordonnées des espèces végétales ont été calculées
pour déceler' lesquelles contribuent à la discrimination
des deux séries de relevés, c'est-à-dire lesquelles définis-
sent l'habitat du Râle degénêts (Fig. 14).

(1) Nous remercions pour son concours amical Jean Dominique


LEBRETON, du Laboratoire de Biométrie de l'Université Lyon l,
où ces calculs ont été réalisés.
Plan Fl x F2 Figure 13
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Figure 14

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• ((espèces))

LOLIUM PERENNE

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CREPIS BIENNIS.........
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• •
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• •
TARAXACUM



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.
• œNANTHE·
• FIST. • •

• THALIC-mU
CAREX


ANTHOXANTUM
\
\ R


• ... - ;...-


• •
52

Sur le plan FIx F2 de l'Analyse Discriminante, le polygone S


recoupe la distribution de 26 stations de référence sur 28 (soit 93 %),
le polygone R celle de 23 places de chant de Râle sur 24, (soit· 96 %).
On note sur la Fig. 13 que l'aire d'intersection des 2 polygones est
restreinte: une sélectivité du Râle vis à vis de la composition floristi~
que du milieu qui l'abrite semble donc bien exister. Il faut de plus
remarquer qu'une certaine superposition était prévisible dans la mesure
où les stations de référence intègrent la totalité des faciès de la prai-
rie, y compris les faciès à Râle de genêts.

. Cette discrimination des faciès à Râle de genêts étant établie,-


nous pouvons, en introduisant les espèces végétales sur le plan FI, x F2
en individus supplémentaires, définir celles qui sont à l'origirt'e de
la discrimination (Fig. 14). Il apparaît alors une relation manifeste
suivant l'axe F l, entre la position des faciès à Râle (polygone R) et
la "méso-hygrophilie" voire l"'hygrophilie" du couvert herbacé (voir
Fig. Il)

Nous pouvons conclure qu'à l'intérieur de la prairIe du Val de


Saône, le Râle manifeste une nette tendance à rechercher les faciès
méso-hygrophiles à hygrophiles, dans les secteurs où les eaux d'inonda-
tion persistent plus longtemps et où les remontées capillaires' d'eaux
de la nappe phréatique, plus proche de la' surface, peuvent être facili-
tées (C.E. T.E. Lyon 1984).

Ce résultat n'est pas une surprise. CADBURY (1980) avait remarqué


qu'en Angleterre, les prés marécageux ont tendance à retenir le Râle
plusieurs années après qu'ils aient disparu des alentours. On remarque
donc qu'il pourrait exister une complémentarité spatiale entre Râle
et Agriculteur dans la mesure où les bas-fonds sont en principe considé-
rés comme terrains agricoles de valeur secondaire. Pourtant, si l'on
en croit DENUDT et LAMBERT (1978),' "de nombreuses recherches
sur les teneurs minérales des espèces des prés humides ont montré
que ces formations prairiales présentaient un meilleur équilibre minéral
dont l'impact sur la santé du bétail s'est maintes fois démontrée".

b - structure du milieu

b-1 - structure des herbages

Il apparaît immédiatement à l'observateur que la


vé9étation herbacée de la prairie du Val de Saône ne
presente pas une densité homogène sur toute sa hauteur.
Elle définit assez nettement deux sous-strates au moins:

une sous-strate constituée de tiges et hampes


de grammees et de quelques autres plantes élevées (Rumex
Euphorbia,...) qui forment un écran assez lâche.

- une sous-strate basse et dense, dans laquelle la


base des végétaux _élevés se mêle à d'autres végétaux
plus bas (Mentha, Trifolium, Oenanthe, Achillea, ...).' C'est
dans ce couvert épais. que se dissimule le Râle de genêts.

Sur les st~ti(;ms définies au paragraphe précédent,


nous avons estime les hauteurs moyennes de ces deux
sous-strates. La Fig. 15, qui met en relation les résultats
?bte~us dans les relevés systématiques et dans les faciès
a RaIes semble mettre en relief un certain évitement
53

de la sous-strate haute lorsqu'elle est inférieure à 60 cm.


Le Râle de genêts paraît donc préférer des herbages
élevés.

Mais plus significative sans doute est la tendance


à rechercher le couvert des sous-strates basses d'une
hauteur voisine de 40 cm.

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0,2 0,5 0,6 0,7

Figure 15 : Comparaison de la hauteur de la sous-strate haute (A)'


et de la sous-strate basse (B) dans les relevés témoins
(traits tiretés) et sur les sites à Râles (traits pleins).•
54"

Il est donc vraisemblable que la hauteur de la végéta-


tion . et en particulier celle de la sous-strate basse soit
un élément déterminant du biotope du Râle de genêts.
Nous verrons plus loin qu'en avril, une hauteur de végéta-
tion de 30 cm au moins est nécessaire pour un cantonne-
ment durable.

En ce qui concerne la densité "horizontale" des herba-


ges, nous n'avons réalisé aucune mesure. Un couvert
herbacé continu et assez homogène semble toutefois
nécessaire : le Râle de genêts ne paraît pas fréquenter
les cariçaies à touradons. Ces derniers résultent d'une
hydromorphie prononcée du substrat (P AUTOU, comm.
pers.).

b-2 - structure du paysage

Si une partie notable de nos observations se réfère


à des paysages presque exclusivement herbacés, la présen-
ce d'arbres isolés ou de haies, en périphérie ou au sein
du biotope, est assez fréquente (Tabl. 7). Un certain
cloisonnement de l'espace ne semble pas rebuter le Râle
de genêts. Nous avons en effet connaissance de plusieurs
mentions de chanteurs installés dans des milieux bocagers :
Val de Saône (Epervans, Asnières), vallée du Solnan (Ain),
vallée de la Loire à l'aval de St Florent-le-Vieil (Maine
et Loire) etc.•.

La liste des espèces aviennes présentées dans le biotope du


Râle met d'ailleurs en évidence cette ouverture du paysage. Les
5 espèces les plus souvent citées (Traquet tarier, Bruant proyer, Berge'-
ronnette printanière, Alouette des champs, Courlis cendré) caractérisent
en effet bien la nature souvent exclusivement herbacée du. milieu.
Cependant, les mentions des diverses espèces liées à la haie ou à l'arbre
(Pie-grièche grise, Gr ive Litorne, Faucon hobereau.•.) démontrent
aussi que l'existence de haies, boqueteaux ou arbres isolés n'élimine
pas le Rallidé (Tabl. 9). '

Nombre Nomllre
Espèces co-présentes de Espèces co;>résentes de
citations
Traquet tarier Saxicola rubetra 65 Pie grieche grise Lanius excubitor 3
Bruant proyer Emberiza calandra 64 Bécassine des marais Gallinago p,allinago 2
Bergeronnette printaniere Motacilla flava 50 Rousserolle, v~rderolle Acrocephalus palustris
Alouette des champs Alauda arvensis
2
47 Sa,rcel1e d'et~ Anas"guerguedula 2
Courlis cendré Numenius arguata 36 Heron cendre Ardea cinerea
Bruant des roseaux Emberiza schoeniclus
2
33 Perdrix grise Perdrix perdrix 1
Caille des blés Coturnix coturnix 19 Epervier d'Europe Accipiter nisus
Vanneau huppé Vanellus vanellus, 1
18 Locustelle luscinioïde Locustella luscinioides 1
Phragmite des joncs Acroceohalus schoenobaenus 17 Rousserolle effarvatte Acroceohalus scirDaceus
Pipit farlouse Anthus pratensis 1
11 Pinson des arbres Fringilla coelebs 1
Cisticole des joncs Cisticola juncidi la Traquet pâtre Saxicola torguata 1
Locustelle tachetée Loscutella naevia 9 Bruant zizi Emberiza cirlus 1
Marouette ponctuée Porzana porzana 7 Bouscarle de Cetti Cettia cetti 1
Canard colvert Anas platyrhynchos 4 Loriot d'Europe Oriolus oriolus
Busard cendré Circus ~ 1
4 Poule d'eau Gallinula chloropus 1
Faucon hobereau Falco subbuteo 4 Râle d'eau Rallus aO'Ja ticlJS
Grive litorne Turdus pilaris 1
3 Outarde canepetière Otis tetrax 1
Buse variable Buteo buteo 1
Hibou moyen-duc Asio otus 1

Tableau 9 : Espèces aviennes citées dans le biotope du Râle


. de genêts (nombre de mentions sur les fiches-questionnaires
55

3 CYCLE REPRODUCTEUR ET CALENDRIER AGRICOLE

Entre son installation et la fenaison, qui bouleverse la physio-


nomie des lieux de nidification, chaque couple dispose d'un certain
délai pour accomplir son cycle reproducteur. Si la réussite de
reproduction d'une espèce aussi secrète est très difficile à établir,
on peut par contre tenter d'estimer les potentialités de nidifica-
tion en évaluant la durée de cantonnement des chanteurs, entre
leur arrivée et la fenaison. Dans cet esprit, nous avons donc
répété des recensements nocturnes sur un même secteur (1) en
localisant régulièrement chaque chanteur sur une carte. Sans
chercher à individualiser les chants (sonagramme•••) nous avons
profité d'une étonnante stabilité spatiale des mâles cantonnés
pour suivre l'évolution au fil de la saison d'une population-échantil-
lon sur 500 ha de milieu favorable (zone d'étude A), soit de 32
chanteurs différents, recensés et cartographiés tous les 3 à 7 jours,
depuis le 17 avril 1984 jusqu'à la fenaison (12 juin au 13 juillet).

Installation des chanteurs

La figure 18 présente l'évolution des effectifs entre le 17


avril et le 19 juin sur notre zone d'étude. Très étalée dans
le temps, l'arrivée des oiseaux culmine le 14 mai. Conséquen-
ce d'une certaine irrégularité des chants après le 20 mai,
l'aspect général de la courbe est bimodal, avec un second
pic vers le 8 juin, en partie imputable à de nouveaux arrivants.

Le Tableau 10 présente le "calendrier" de chaque chanteur:


cantonnement~ absence de manifestation, brefs déplacements.
L'interprétation d'un tel tableau appelle certaines précisions
préalables :

- la continuité d'un suivi individuel a été rendu possible


par la fidélité à un site de chant très restreint chez la plupart
des Râles. Par exemple, l'un d'entre eux rejoignait chaque
soir une touffe arbustive de 3 mètres de diamètre (à 20 h 30,
heure légale, le 24 mai). pour chanter à moins d'un mètre
de ce buisson. Nous avons considéré que les chanteurs contac-
tés aux mêmes places étaient les mêmes individus.

- absence de contact nocturne ne signifie pas forcément


absence de l'oiseau (MASON 1951). Cependant un suivi sur une
saison entière peut permettre de se faire une idée de la
possibilité
. . et de la durée du cantonnement d'un mâle , même
SI un risque d'erreur subsiste dans certains cas.

. -. lorsqu'un site d~ chant préalablement occupé devenait


sl1encleux et que correlativement, un chanteur se manifestait
à ;proximité (plusieurs dizaines de mètres), nous avons considé-
re que le chanteur initial s'était déplacé.

(1) Itinéraire constant horaire constant (22 h 30 à 2 h 00, heure


légale)
56

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17-23 24

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27
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MAI

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MAI

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Tableau 10 : Calendrier des 32 chanteurs ayant fréquenté la zone


d'étude A au cours du printemps 1984 (point :' présent ;
blanc : absence d'écoute sur le site ; flèche : déplacement;
flèche circulaire retour à une situation initiale après un
déplacement;)

Nous n'avons pas forcément assimilé un déplacement à un


décantonnement. Là aussi le suivi à long terme a pu permettre
d'interpréter : lorsqu'un chanteur se trouvait en déplacement
constant, sans apparente cohérence territoriale, nous avons
conclu au décantonnement (Râle n° 12 par exemple) ; de
même en cas de déplacement subit, assez important et défini-
tif (Râle n° 8).

Nous pouvons donc, en' tenant compte des dates de fenaison,


différentes suivant les parcelles, estimer la durée du cantonnement
de chaque chanteur, et le répit laissé aux oiseaux entre leur
décantonnement et le passage de la faucheuse sur leur parcelle.
N° du Date fenaison Cantonnement Répit Total
Râle de la parcelle (jours) (jours) (jours)

l 16-17 juin 40 à 51 j. 8 j. 48 à 59 j.

2 14-17 juin 51 à 61 j. o 51à61j.

3 20-21 juin 45 à 57 j. 6 j. 51 à 63 j.

21 juin 56 à 63 j. 2 j. 58 à 65 j.
4
? (erratique) 28 à 38 j. 22 j. 50 à 60 j.
5
23 juin 51 à 62 j. 4 j. 55 à66 j.
6
7 25 juin . 53 à 55 j. 6 j. 59 à 61 j.

après le 13 juillet 32 à 37 j. au - 42 j. 74 à 79 j.
8
9 après le 5 juillet. 44 à 48 j. au - 16 j. 60 à 64 j.

10 ? (voir texte)
Il 17 juin 36 à 43 j. 9 j. 45 à 52 j.

12 14 à 22 j. 14 à 22 j.

13 21 juin 33 à 40 j. 12 j. 45 à 52 j.

14 21 juin 39 à 46 j. 6 j. 45 à 52 j.

15 Il à 15 j. l1à15j.

16 23 juin 45 à 51 j. 5 j. 50 à 56 j.

17 19 juin 28 à 34 j. 17 j. 45 à 51 j.

18 ? (voir texte)
19 17 juin 33 à 40 j. 9 j. 42 à 49 j.
20 après le 5 juillet 50 à 52 j. 16 j. 66 à 68 j.
21 17 juin 41 à 46 j. o 41 à 46 j.
22 23 juin 41 à 47 j. 5 j. 46 à 52 j.
23 après le 5 juillet 24 à 36 j. au - 26 j. 50 à 62 j.
24 - (pacage) 20 à 26 j. 6 à 10 j. 26 à 36 j.
25 après le 22 juillet 28 à 39 j. au - 9 j. 37 à 48 j.
26 après le 22 juillet 34 à 44 j. au - 5 j. 39 à 49 j.
27 ? (voir texte)
28 ? 22 à 33 j. ? ?
29 noté uniquement le 14 mai
30 5 juillet 38 à 40 j. 52 à 54 j.
31 ? 11à12j. ?
32 noté uniquement le 8 juin
58

On .observera qu'en cas d'imprécision, nous avons retenu


l'hypothèse la plus défavorable pour le Râle de genêts. Les
Râles 10, 18, 27 manquaient de cohérence territoriale ou
ont disparu précocement.

Pour interpréter ces résultats, nous avons dû avoir recours


à des données sur la biologie de la reproduction de l'espèce
trouvées dans la bibliographie.

D'après MASON (1951) une parade prolongée ou une


période d'appariement peut ne pas être nécessaire. Ce ,que
confirme l'apparition des premiers oeufs, dès la mi-àvril
dans le sud de l'aire de répartition de l'espèce (CRAMP
et SIMMONS 1980).

Le couple peut produire de 4 à 12 oeufs (moyenne : 8,9,


calculée sur 45 pontes) à raison d'un par jour (MAKATSCH
1974). L'incubation commence avec le dernier oeuf et s'étale
sur une période de 16 à 19 jours : l'éclosion est donc synchro-
ne. Nidifuges, les poussins se nourrissent seuls après 3 ou
4 jours. Les premières plumes apparaissent à 20 jours (STAUDE
1955). La période de croissance dure de 34 à 38 jours, et
le jeune peut voler vers 30 jours ou un peu plus.

L'attachement au site de nid peut donc être estimé


à une durée de 25 à 35 jours. Les jeunes sont ensuite capables
de courir ; ils ont en revanche besoin d'un délai d'un mois
au moins avant de voler.

La Fig. 16 confronte nos résultats avec ces données


théoriques.
59

'''MI Ils '''MURS


JlUNIS JIUNIS
HORS DU NID- VOLANTS

..----4
1----------4
..----------oJ
..-------
. ----i .
to---------

. ------i
1-------4
~------4

..--------oJ
..--------oJ
..--------04
~------- ..
~

----
..--------1 ..
~-
INSTAL-
LATION
..--------
.. --------

o 10 20 30 40
..--------004
50 60 70
t (jourS)~
80

Figure 16 Nombre de jours écoulés entre l'installation des chanteurs


et la fenaison. (Les deux zones en grisé matérialisent
le stade de l'éclosion et celui de l'envol).

En conclusion, nous pouvons avancer que, sur 32 Râles


de genêts ayant fréquenté la zone d'étude, 23 (soit 72 %)
peuvent être considérés comme des nicheurs probables, 2 (6 %)
comme nicheurs possibles, 7 (22 %) comme migrateurs, erra-
tiques ou sédentaires non nicheurs.

La fenaison intervient alors que la plupart des nichées


peuvent théoriquement avoir éclos, mais avant qu'elles aient
pu parvenir à l'envol (à de rares exceptions près). Ce serait
donc surtout des poussins non volants qui auraient à fuir
devant les faucheuses.
60

Lieu Date Etat de ·Ia 'nichée Date probable de l'éclosion Origine des données

Aisne 9 juin 1960 3 poussins de 5-6 jours 3 ou 4 juin BOU TlNOT 1962
Rh6ne .19 mai 1971 4 oeufs 31 mai-3 juin (au plus tard) F. AMOROZ (CORA)
Mayenne 7 juillet 1983 1 jeune volant début juin (au plus tard) J. CITOLEUX (in litt.)
Ain mi-juin 1971 jeune poussin début juin J.P. MAUDUY (Comm. pers. )
Saône et L~ire 5 juillet 1982 jeunes presque taille adultes début juin A. CROCHET'(Comm. pers.)
Bas-Poitou 4 juillet 1936 juvénile non volant début juin GUERIN 1939
Loir-et-Cher mi-juillet "ponte tardive" mi-juillet à mi-août REBOUSSIN 1935
Alpes Hte Provence 19 juillet 1970 poussins mi-juillet J.L •. MILLE (CROP)
(à 1140 m)
- . 28 juillet 1973 poussins mi-juillet à fin juillet -

Tableau Il Date d'apparition de jeunes Râles de genêts ou de pontes

Ce résultat est confirmé par le' Tableau Il qui rassemble


des données permettant de connaître la date probable de quelques
éclosions. Bien que des éclosions plus tardives soient fréquemment
rapportées dans la littérature (CORTI 1,962, JACOBY et al. 1970,
LAFOND 1929, BRAAKSMA 1962, STAUDE 1955•••), il semble
que de nombreuses naissances surviennent au début du mois de
juin. C'est aussi le cas (peut-être avec un léger décalage) en Grande-
Bretagne, où les femelles incubent durant les deux dernières semai-
nes de mai et la première de juin (NORRIS 1947). Dans d'aussi
strictes conditions, on peut avancer:

- qu'une forte pression s'exerce pour que le cycle des oiseaux


soit calqué sur la phénologie du milieu prairial ;

- qu'il est probable que la mortalité des poussins soit loin


d'être négligeable.

Pour vérifier ce second point, nous avons tenté de rechercher


des cadavres après le passage de la faucheuse. Compte tenu de
la prédation de la Corneille Corvus corone au moment de la fenai-
son, de la coupe simultanée de nombreuses parcelles, de l'étendue
à prospecter, du fait que la machine ne laisse pas forcément
des traces, nous n'avons pas cherché à être exhaustif, ni même
à adopter une démarche .statistique. Quelques courts itinéraires
nous ont permis de découvrir :

le 19 juin : cadavre déchiqueté d'un poussin. Naissance


estimée au 29 mai.

le 21 juin : plumes d'un poussin. Naissance estimée au 30 mai.

- le 12 juillet : patte et flanc d'un jeune, taille adulte (tarse


37 mm). Naissance: fin mai-début juin.

Fort loin de décrire toute la réalité, ces 3 cas de mortalité


font craindre que la population de Râle de genêts du Val de Saône
e;t soit en équilibre instable, soit peut-être déjà sur une pente
regressive. L'avenir seul connaît le devenir de l'espèce dans cette
région. Les témoignages des "anciens" sur l'évolution des effectifs
depuis 1950 n' inci te nt cependant pas à l'optimisme.

La date de fenaison apparaît donc comme un facteur limitant


61

essentiel. D'ordinaire trop précoce pour le Râle dans nos campa-


gnes, ·où elle débute l~ plus. souvent en mai (hors ?e la pratique
de l'ensilage !), elle de marre, av~c. une con~tanc~ ,etonna!"'te dans
les terroirs inondables, vers le 15 JUin en annee meteorologlquement
normale (Tabl. 12). De plus, ces fenaisons sont toujours très étalées
dqns le temps (un mois au moins).

Date du début
Régions
de la fenaison
Val de Saône mi -juin
Vallée de la Meuse mi-juin
Vallée de la Loire
* Maine et Loire mi-juin
* Loire Atlantique mi-juin
Val d'Huisne mi-juin
Vallée de la Charente mi-juin
Marais Vernier mi-juin
Ried Alsacien 25 mai (mi-juin de tradition)
Sites d'altitude
* Jura juillet
* Tarentaise juillet

Tableau 12 : Date du début de la fenaison dans les biotopes du


Râle de genêts

Dans le ried alsacien, elle débutait vers le 15 juin il y a. encore


une vingtaine d'années. Les "anciens" devaient disposer d'au moins
8-10 jours successifs pour boucler la fenaison. Et cette date tardive
minimisa,it les risques d'incident climatique simultané. Avec la
mécanisation, un paysan riedien n'a plus besoin que de 3-5 jours.
Aussi sont-ils de plus en plus nombreux à commencer vers le 20-25
mai.

Dans la vallée. de la Meuse, 60 à 70 % des départs ou déplace-


ments de chanteurs sont occasionnés par la fenaison.

VAN DER STRAATEN et MEIJER (1969) considèrent que


pour préserver l'avenir du Râle de genêts, on ne devrait pas couper
les foins avant le 15 juillet ; BRAAK5MA (1962) avance même
la date-limite du 20 juillet:

4 - ADAPTABILITE DE L'E5PECE

NOLIS avons pu, au cours des paragraphes précédents, juger


de l'étroitesse de la niche écologique du Râle de genêts. Nous
chercherons ici à évaluer le degré de dépendance de l'espèce
vis à vis de son biotope habituel tel que nous venons de le décrire
autrement dit son adaptabilité pour faire face à d'éventuelles
altérations du milieu dans lequel il se reproduit.

Pour tester l'adaptabilité d'une espèce, on peut par l'expérien-


ce n;odifier certains éléments de son biotope, ou lui interdire
l'acces de ses quartiers habituels. Ces conditions particulières
nous ont été offertes "providentiellement" par les crues exception-
nelles du printemps 1983 qui, en mai et juin, ont fortement pertur-
bé la nidification de toute l'avifaune des vallées inondables (BROYER
1983)

Les crues du printemps 1983

Le printemps 1983 restera dans bien des mémoires ! En Charente


Maritime, il est tombé 133 mm de pluie en avril et 127 mm
en mai. Dans la région lyonnaise, 238 mm d'eau ont été enre-
gistrés durant 19 jours en avril, record mensuel depuis 1922
avec 4 fois la hauteur d'eau normale.

Les crues ainsi provoquées ont submergé les biotopes h~bituels


depuis avril jusqu'au début de juin. C'est, ainsi que le montre
le tableau des crues de la Saône, une situation tout à fait
exceptionnelle que l'écosystème a connue : habituellement
hivernales, les grandes crues dans nos vallées alluviales sont
rarissimes en mai ou juin. Nous avons pu, occasion exception-
nelle, véritablement suivre une expérience en grandeur nature
sur les capacités de l'espèce. à faire face à une situation
insolite.

Les figures 18 à 21 présentent la localisation des chanteurs


et le niveau de la crue au ·fil de la saison sur la zone d'étude
du Val de Saône. La figure 17 montre l'évolution des effectifs
de chanteurs dans la zone d'étude A.

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1
1 i1
1
1 J
1
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1
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15 15
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AVRIL MAI JUIN JUILLET

Figure 17 Evolution des effectifs de Râle de genêts en 1983


sur l'aire d'étude A (les flèches désignent les décanton-
nements par la crue puis par la décrue).
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Il
Il
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MAI JUIN
AVRIL

Figure 18 : Evolution des effectifs de Râle de genêts en 1984


sur l'aire d'étude A.

On remarquera l'étonnante régularité chronologique de la


courbe d'arrivée des oiseaux, puisque le pallier est atteint
le 13 mai en 1983 et entre le 12 et le 14 mai en 1984 (Fig. 18),
dans des conditions météorologiques et mésologiques r'adicale-
ment différentes (le début du printemps 1984 fut particuliè-
rement sec). .

A la mi-mai (Fig•. 19), les Râles privés de leurs sites de repro-


duction habituels se cantonnèrent immédiatement en périphé-
rie de la zone inondée, dans la zone de transition entre plaine
de Saône et Bresse, où s'exerce aussi bien l'élevage que ·le
maraîchage. Un maximum de 22 chanteurs furent recensés
sur la zone A (au lieu de 34 en 1982) et de 27 sur la zone
B (au lieu de 33 en 1982). Cela correspond à un déficit de
27 % entre ces deux années consécutives. La localisation
des chan~eurs au 14-15 mai peut se décrire comme suit :

- 54 % dans les haies ou en lisière de bosquet


- 21 % 'dans les prés
- 15 % dans des friches, des jonchaies, des plaques d'orties
- 10 % dans la frange non submergée du milieu habituel

Précisons que prés et prairies ne furent peu a peu investis


qu'à partir du moment où le couvert herbacé eut atteint
une hauteur approximative de. 30 cm.
Fig. 19 :
Li~ne tiretée limite de
la crue

14 MAI

13 MAI
--=lE

.9
66

Fig. 21

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1
1

\
,
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11 JUIN ,,
/
Nlor 9l;

131110r IJ~

L9
68'

Au 21 mai (Fig. 20) une ,nouvel~e montée des eaux rep'oussa


les Râles qui se cantonnerent a nouveau dans les pres de
. fauche de l'openfield bressan. L'occupation à 80 % . de la
disponibilité totale de ces milieux fut vraisemblablement
un facteur limitant : on ne contacta plus, sur la zone A,
que 17 chanteurs, dont l'un occupa deux semaines durant
la zone centrale d'une bretelle circulaire d'autoroute ! Le
chanteur le plus éloigné de la zone inondée se trouvait à
1,750· km de la limite de l'eau et à ~ km du lit mineur de
la Saône. A. cette période un chanteur fut repéré en rive
droite,' à même latitude et à même distance, dans un champ
de Colza (Fédération des Chasseurs de. Saône et Loire).

Le 11 juin, à la décrue (Fig. 21), la retraite de 16 chant~urs,


que nous croyions alors en pleine nidification, était encore
connue. Or, dans les 2'" à "'8 heures qui suivirent le retrait
des eaux, la. totalité de ces oiseaux cantonnés quittèrent
les herbages opulents des prés de fauche pour gagner unvérita-
ble cloaque, à l'emplacement de leurs sites de nidification
coutûmiers.

Au 25 juin, 20 oiseaux furent localisés dans la zone A, et


le 1er juillet 20 dans la zone B. Des chants ,furent entendus
jusqu'au 25 juillet. Compte tenu du calendrier de la fenaison
(25 juillet-20 août), et de la relation entre comportement
territorial et comportement sexuel établie par MASON (1951),
il est possible que quelques couples au moins aient pu se
reproduire (Fig. 23).

Figure 23 Pourcentage de Râles de genêts présentant un


comportement territorial (tireté) et un comportement
sexuel (trait plein), du 1er mai au 9 juillet (d'après
MASON 1951).
E

Commentaire

On peut conclure ~e ces observations insolites:

- que le Râle de genêts peut trouver refuge en cas de


f~rce majeure dans des milieux habituellement non utili-
ses;

- qu'il est capable de s'y cantonner longuement sans


se reproduire (l'analyse comparative de ces milieux et
de la prairie de la plaine de Saône a été réalisée dans
le sous-chapître suivant).

L'espèce ·a ainsi montré son manque total de souplesse


écologique. Tributaire d'un type de milieu (prairies de fauche
à tendance méso-hygrophile dont la croissance à 30 cm (au
moins) correspond en moyenne à l'arrivée de la majorité des
oiseaux (1» et à un type de gestion (fenaison· tardive et éta-
l~), elle trouve de justesse sa (petite) place dans nos écosys-
tèmes ruraux. Il est peu vraisemblable que cette rigidité
écologique soit un atout-maître dans le contexte de mutation
agricole que nous vivons aujourd'hui.

Quant au déficit de 27 .% de chanteurs entre 1982 et


1983 observé dans le Val de Saône, serait-il en relation avec
la relative recrudescence des contacts en Alsace, dans le
Val de Meuse ou en Wallonie (où 25 chanteurs environ ont
été entendus en 1983, alors que la présence même de l'espèce
n'était qu'épisodique les années précédentes) ?

5 - ORIGINALITE DE LA PRAIRIE INONDABLE

a :- la végétation

L'absence absolue, hors circonstances exceptionnelles,


du Râle" de genêts dans les prés de fauche non inondables
de la Bresse dont la composition floristique présente de nom-
breuses analogies avec celle des biotopes à Râle de genêts
étudiés, nous a conduit à un examen comparatif de ces deux
types de milieux herbacés. .

, , En mill,eu prairial la flo,raison de la totalité des espèces


vegetales
, n est pas simultanee : fleurissent d'abord , en . avril ,
des especes vernales, comme la Cardamine Cardamine pratensis
la Fritillaire Fritlllaria meleagris, les Renoncules Ranunculu~
n;p<;ns, acris..., qui sont ensuite peu à peu relayées par une
v~getation plus estivale aye~ forte représentation des grami-
n~e~. ~ous avons che;che a comparer la dynamique de la
vegeta!lOn dan~ les pres de faUche bressans et dans la plaine
de ~aon~ en evaluant la contrib,utlon des principaux groupes
systematiques au recouvrement vegetal d'une strate supérieure

(1) les haies voisines servant de refuges temporaires en cas


d'arrivée un peu précoce ou de léger retard de la végéta-
tation herbacée
70

à 15 cm, au démarrage de la végétation haute. Les relevés


furent réalisés le 30 avril 1984, suivant un plan d'échantillon-
nages stratifié, dans les 3 types de milieu suivants:

- Prairie de Saône (R)


- Secteurs topographiquement élevés de cette prairie (I)
- Prés de fauche de Bresse (0)

Au sein de ces milieux, 25 relevés aléatoires ont été réalisés


(Tab!. 13)

R 1 0

1 2 J Il 5 6 7 8 9 10 l' 2 3 Il 5 1 2 J Il 5 6 7 8 9 10

GRAMINEES 5 2 5 5 10 15 15 10 5 J5 65 10 25 0 0 .' 115 5J 5S liS 60 60 JO 20 40 JII


"'; 25050110 20
RENONCULE 1 2 o 10 1 2 1 1 1 III 1 1 0 0 0 20 15 1 5 1

CARDAMINE 69 115 SO 60 35 60 JII JII 6S J5 5 15 2 0 1 0 0 0 1 5 0 '2 2 1 1

PLiO.NTAIN 0 0 2 0 Il 0 Il 311 5 5 10 50 J5 SO 94 0 0 o 20 20 10 0 5 4 10

RUMEX lJ 115 S 2 ID 20 Il 15 5 5 0 5 J5 0 0 20 15 1 0 1 20 13 13 5 15

PISSENLIT 5 1 5 0 5 0 1 1 1 1 15 15 2 10 Il 10 2 20 1 0 Il 0 0 5 10

CAREX 0 0 o 20 15 J :1 0 5 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0
AUTRES 5 0 0 J 25 o J5 5 15 5 4 4 1 10 1 5 15 20 25 13 Il 5 10 5 10

TOTAL 25 10 110 JO 25 15 JO 50 J5 100 75 10 70 60 SO JO 90 90 100 J5 70 110 JO 60 110

Moyenne de 5S,5 %
36 % 59 %
Totaux

Tableau 13 Recouvrement végétal de la strate herbacée


supérieure à 15 cm le 30 avril 1984, dans la prairie de
Saône (R), dans les secteurs topographiquement élevés
de cette prairie (1), dans les prés de fauche de la Bresse (0)

PLAN , 00091X 00002

"" -.- - - --..- - - - -. '- .. -._.;";'- - - - - - -_ _---J


Figure 24 Plan F lxF2 de l'Analyse Factorielle des correspondances
71

L'analyse factor ielle de ce· tableau des données confirme


amplement cette classification a priori (Fig. 24). La superposi-
tion des', groupes systématiques végétaux sur le même plan
factoriel permet de faire les observations suivantes:

- l'association des Carex et de la Cardamine au polygone


des stations" de prairie inondable révèle logiquement
l'hy.dromorphie de ces milieux, et leur originalité phytoso-
ciologique.

- la superposition des graminées et du. polygone des prés


de fauche bressans montre que leur croissance y a été
plus précoce que dans la prairie inondable. Le recouvrement
total moyen de la strate supérieure à 15 cm (= 58,5 %)
Y est d'ailleurs nettement supérieur à celui observé dans
la prairie de Saône (= 36,0 %).

On peut conclure que le passage d'un~ végétation de type


. vernal à une végétation de type estival s'opère plus tôt dans
la prairie de fauche de Bresse. Il est donc logique que la
fenaison y soit plus précoce (dès le 20-25 mai) que dans la
prairie inondable. La Fig. 25 montre que le raisonnement
est aussi valable sous climat océanique : les travaux agricoles
sont décalés en moyenne d'une décade dans les prairies allu-
viales.

0
1
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17:.
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70
j

60
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_ À_
AVRIL

__._0 __
prairies
MAI

de
'" /
JUIN

plaines cultivées (n
" . "
JUILLIT

= 303)
prairies alluviales (n = 128)
......v..... total prairies ensilées (n = 201)

Figure 25 : <:=hronol~gi,e des trava~x agricoles sur praIrIeS


en plame cultlvee et en vallee alluviale dans le Centre
Oues~ (nombre de parcelles coupées en 1984) (d'après
donnees UCAGO-LPO)
72

b - l'entomofaune

Bien qu'omnivore, le Râle de genêts se nourrit principale-


ment de petits invertébrés, et en particulier d'insectes :
Coléoptères, Diptères, Dermaptères, Orthoptères,· Odonates,
Formicidès, voire d'Arachnides, Chilopodes, Annélides, etc•••
(CRAMPet SIMMON5 1980).

Afin de cerner le rôle éventuel du facteur trophique


dans le choix du biotope, nous avons posé du 28 au 30 mai
1984 deux séries de 5 pièges Barber, l'une dans la prairie
inondable, l'autre dans les prés de fauche bressans (échantillon-
nage aléatoire).

Les résultats figurent dans le tableau 14.


Pièges
l 2 3 4 5

4 3 l 1 4 ACARIENS
PRES DE FAUCHE 17 12 23 29 16 ARANEIDES
BRESSANS 38 217 37 130 93 FORMICIDES
25 15 17 34 Il COLEOPTERES
5 5 9 9 4 COLLEMBOLLES

6 1 6 3 2 ACARIENS
PRAIRIE 19 9 6 6 3 ARANEIDES
INONDABLE 4 36 Il Il l FORMICIDES
VAL DE SAONE 9 7 5 6 4 COLEOPTERES
136 30 105 50 125 COLLEMBOLLES

Tableau 14 : Résultats des piégeages d'arthropodes

Les prés de fauche se distinguent par l'abondance des arthropo-


des de forte taille : araignées, fourmis, coléoptères. La prairie
inondable, caractérisée par les COllembolles, que leur petite
taille exclut des proies potentielles du Râle de genêts, ne
paraît donc pas apporter à l'oiseau un contexte trophique
plus favorable.

Il faut toutefois préciser que l'échantillonnage n'est que partiel:


Mollusques, Annélides et Diptères sont peu accessibles par
le type de piège utilisé, les Odonates et Orthoptères ne l'étant
pas du tout.

Commentàü"e

L'absence du Râle de genêts des prés de fa\,Jche bressans


ne semble pas trouver explication dans la variabilité quanti-
tative des populations d'arthropodes-proies étudiées. Par
contre, une croissance plus précoce de la végétation haute
semble permettre une fenaison avancée, qui ne peut en aucun
cas permettre au Râle de genêts d'accomplir son cycle biolo-
gique.

"L'inondation est assimilée à une variable extrêmement


importante puisqu'elle est à l'origine de tout un gradient
phyto-écologique rassemblant de nombreuses autres variables,
dont : l'activité humaine, en qualité et en quantité, la richesse
en éléments organiques du sol (azote, carbone, matière organi-
que), la texture et la perméabilité du sol, etc... Ainsi elle
r~présente une pression biologique continuelle et . sans doute
fort ancienne qui a imprimé sa marque sur toute la flore
du secteur, à des degrés divers" (BILLARD 1979). Sur la faune
aussi!
7!

III - LE DECLIN

1 - SES ORIGINES

1.1 - Statut passé du Râle de genêts


1.2 - Premiers signes du déclin

2 - SES CAUSES

2.1 - Evolution du paysage rural


2.2 - La mécanisation de l'Agriculture
2.3 - Fluctuations spatiales de l'espèce
2.4 - Altérations de l'habitat
2.5 - Conclusion
77

III - LE DECLIN

1 - SES ORIGINES

Il - Statut passé du Râle de genêts

Nord-Picardie

Nord: Commun dans la région (DEGLAND, 1831)

Oise : Se reproduit régulièrement en bordure de la Nonnet-


~ Gouvieux (RASPAIL, 1931)

Aisne: Encore nicheur en 1960 (BOUTINOT 1962)

Champagne-Ardenne

Ardennes : ERARD (1961) ne mentionne pas l'espèce.

Marne : Présent dans "le nord de la Champagne" (NOR RIS,


1947). ERARD et MENUEL (1962), dans leur étude des
variations depuis la seconde moitié du XIXe siècle, ne
parlent pas du Râle de genêts.

Alsace-Lorraine

Moselle : "Je n'ai jamais trouvé de nids de cet oiseau


aux environs de Metz". Commun certaines années à l'épo-
que de la migration (QUEPAT, 1889)

Vosges : Très abondant dans les hautes et basses Vosges


(GERARDIN 1806). Assez commun dans les prairies basses
de tout le département (CLAUDON,1933). Pas de donnée
récente en nidification (LEFRANC 1979).

Bas-Rhin : A la veille de disparaître dans la région de


Strasbourg (HERTZOG, 1950). Encore deux stations dans
le ried au nord de Strasbourg (LEFRANC et SCHMITT, 1969)

Ile de France

Commun partout (de PALLUEL, 1884). Le dernier cas


de reproduction connu date de 1968 en Boucle de .Moisson
(NORMAND et LESAFFRE). D'après DUBOIS (1980) rien
,. n'est connu de sa distribution après la première puis
la seconde guerre mondiale, mais l'espèce devait déjà
se raréfier considérablement.

Seine et Marne: Commun en Brie dans les annees 1950-55


(JARRY, comm. pers.)

Normandie

Haute-Normandie

Seine-~Aaritime : Commun tout l'été dans le département


(LEMETTEIL, 1869)
78

Eure : Très rare à la suite de la .première guerre mondiale


(GUEGAN, 1919)

Niche dans les marais, sur les bancs herbeux de la basse


Seine (TERNIER, 1929). Très commun ou 'commun suivant
les années ; niche surtout dans les prés humides des
vallées de la Seine et des principales rivières (OLIVIER 1938)

Basse Normandie

Orne: Très abondant dans les environs de Carouges (MAGNE


~MAROLLES 1792) ; en déclin dans le Pays d'f\uge
(LET ACQ, 1906).

Calvados : Particulièrement abondant dans les marais


de Troarn, bassin de la Dive (BELLECROIX, 1883)

Manche : Nicheur (CANIVET, 1843) ; commun certaines


années, rares d'autres (LE MENNICIER, 1878) ; nidificateur
commun dans tout le bocage (TROUCHE, 1956).

Bretagne
,
Ille et Vilaine : Non revu depuis la fin des annees 1940
(VATAR in GUERMEUR et MONNAT, 1980)

Morbihan : Quelques 'cas par le passé mais toujours des


isolés (MONNA T, comm. pers.). TASLE (1869) ne le men-
tionne qu'en automne et hiver.

Finistère : Nicheur assez rare au début du XI Xe siècle


(HESSE et LEBORGNE, 1838). S'y reproduisait encore
jusqu'aux années 1930 ; depuis lors, n'a été noté que
de loin en loin (GUERMEUR et MONNAT, 1990).

Pays de la Loire

Maine et Loire et Loire Atlantique : Encore présent,


mais en nombre dérisoire par rapport à ce qui existait
entre 1945 et 1950 (BROSSET, in litt). A disparu des
marais de Redon depuis les années 1950 (LEFEUVRE,
1983).

Sarthe Commun (GENTIL 10 OLPHE-GALLIARD, 1896)


Centre

Loiret Nicheur assez commun (NOUEL, 1876). Très


commun dans le Val de Loire entre Cléry et Meung (marquis
de TRISTAN, 1932)

I,.oir-et-Cher Périodique et commun (ETOC, 1907).


Commun dans toutes les vallées en prairie (REBOUSSIN,
1935). .

Indre: Assez commun partout dans le département (MAR tIN


et ROLLINA T, 1914).
7!

Indre et Loire : DOMANIEWSKI (1931) ne fait aucune


allusion à l'espèce

Eure-et-Loire A nettement régressé depuis environ


1920 ; en 1937 deux seuls territoires de reproduction
dans une zone d'environ 10 000 acres (NORRIS, 194-7).
Nicheur rare (LABITTE, 1933). "Ne fréquente plus les
territoires du nord du département au printemps, après
y avoir été commun il.y a une quarantaine d'années"
(LABITTE, 194-6). N'y a pas niché depuis 194-7 (LABITTE,
1961).

Bour:gogne-Franche Comté

Doubs : Niche dans le bassin du Drugeon (ROBERT et al,


1972)

Jura et départements voisins: De passage, commun (OGERIEN


1863). Niche en nombre chaque année 0960-1972) dans
la prairie humide de bordure du Lac Chalain (FROCHOT,
1972)

Saône-et-Loire Commun (OLPHE-GALLIARD, 1896)

Côte d'Or : Aucune. mention de l'espèce dans la "Faune


de la Saône Moyenne" (PARIS, 1934).

Rhône-Alpes

Ain: Nicheur commun dans les prairies humides (BERN ARD


1909). Niche rarement en Dombes (SONTHONNAX, 1888).
A disparu du marais des Echets avant 1953 (CHABERT
et REYMONET, 1966). Dans le pays de Gex a sans doute
niché dans les marais de la Versoix ; dernière citation:
juillet 1963 à St Jean de Gonville (LEMMA in GEROUDET
et al. 1983). -

Rhône : Nicheur rare dans la région lyonnaise; de passage


régulier dans les îles du Rhône (SONTHONNAX, 1888).
Commun (OLPHE-GALLIART, 1896).

Savoie: Nicheur en nombre variable (BAILLY 1853)

Haute-Savoie : Des nicheurs se sont maintenus dans la


vallée de l'Arve jusque dans les années 1960, peut-être
plus longtemps en altitude (préalpes)· où une persistance
n'est pas. exclue ; dernière citation à Soudine en 1972
(GEROUDET et ai. 1983)

Isère: Niche normalement dans le Bas-Dauphiné (LAVAUDEN


1911).

Drôme : Un chanteur en juin 1975 au Marais de Cruas,


site aujourd'hui disparu

En Dauphiné (Isère, Drôme, Hautes-Alpes et contrées voisines)


niche en plaine et dans les vallées élevées (BOUTEILLE 184-3).
80

Auvergne-Limousin

Haute-Vienne Migrateur occasionnel (NORRIS 1947)

Cantal : A été assez abondant, a beaucoup régressé du


fait des drainages (FAVRE, in litt.)

Allier : Migrateur, souvent abondant (OLIVIER, 1898);


nicheur commun (VILLATTE des PRUGNES, 1912) : Présent
en très petit nombre, ayant lourdement diminué (NORRIS,
1947).

Poitou-Charente

Aquitaine

Lot et Garonne : Se faisait entendre assez fréquemment


sur les bords de la Garonne et de la Baïse (OLIVIER,
1950)

Pyrénées Atlantigue: Passait par centaines en 1945-46


dans les marais de la région d'Hendaye, où l'on n'en
observe plus qu'un à deux par an (FOURQUET, in litt.).

Midi-Pyrénées, Languedoc-Roussillon, Provence-Cote dl Azur

D'après MOUTON-FONTENILLE (1811), "on ne voit guère


le Râle de terre dans nos départements méridionaux
que dans le temps de ses passages".

Commun dans tout le Massif Central, mais pourtant


plus rare dans la partie sud, Haute Loire, Aveyron, Lozère
(CANTUEL, 1949). Cité dans l'Aude, l'Ariège, le Ger~,
l'Hérault, les Hautes Pyrénées, le Tarn, le Tarn et Garon-
ne, les Pyrénées orientales (LACROIX in OLPHE-GALLIARD
1896), vraisemblablement en migration. De même dalls
le Gard (CRESPON, 1840). De passage en grand nombre
dans les Pyrénées centrales (OLIVIER, 1931).

Migrateur commun sur la Côte d'Azur (COLLINGWOOD,


1926), il ne niche pas en Provence (BUFFON, 1836).
Il est pourtant cité "de·· passage et sédentaire dans le
Midi" par JAUBERT et BARTHELEMY -LAPOMMERAYE
(1859).

En Camargue, il semble avoir été abondant vers le 17


septembre 1896 où un certain nombre auraient été tués
(CLEGG 1932).

COMMENTAIRE

"Les Râles sont très communs en France ; l'espèce la pll,ls


répandue est le Râle de genêts" écrivait FIGUIER en 1868.
Et jusqu'aux années d'après guerre, l'espèce était souvent
qualifi~e de "commune" ou "répandue", souvent sans beauc04P
de precision. Par comparaison avec la situation actuell~,
il est hors de doute qu'elle fut alors beaucoup plus florissant~.
Cependant certaines notes de la·même époque sont q~elque
peu discordantes d'avec l'idée d'une certaine omnipresence
de l'espèce, entretenue par bien des compte-rendus anciens.
Ainsi dès 1767, SALERNE rapporte quillon n'en voit ici que
vers l'automne et il y est toujours rare", sans toutefois préciser
à quelle(s) .région(s) s'applique ce commentaire. Au siècle
suivant, le marquis de Cherville évoque sa "rareté relative".
En Charente, de ROCHEBRUNE in OLPHE-GALLIARD (1896)
le qualifie d'assez rare. Dans la region lyonnaise et la Dombes,
SONTHONNAX (1888) considère le Râle de genêts comme
un nicheur rare mais régulier au passage, alors que OLPHE-
GALLIARD (1896) le dit "commun" sans plus de précision.
Dans le Jura et les départements voisins, il est également
"commun"mais' "de passage" (OGERIEN 1863). Dans l'Allier
VILLATTE DES PRUGNES (1912) le décrit 'comme un "nicheur
commun", alors qu'OLIVIER (1898) ne mentionne que son
'statut de migrateur.

Il est possible que ces contradictions reposent sur une confusion


entre populations migratrices, particulièrement surveillées
par les chasseurs de l'époque, et populations locales nicheuses.
Quoi qu'il en soit, elles tempèrent quelque. peu l'impression
d"'opulence" que donne parfois la lecture de la littérature
ornithologique ancienne.

12 - Premiers signes du déclin

En Angleterre, les premiers indices du déclin sont d'abord


remarqués dans les Comtés du Sud-Est du pays (Essex depuis
1850 ; Middlesex depuis 1875 ; Norfolk depuis 1886•••). C'est
durant les deux premières décennies du XXe siècle que la
plupart des Comtés anglais sont touchés par la régression
de l'espèce (NORRIS 194-7).

En Finlande, une tendance persistante au déclin est: per-


ceptible de 1905 à 1930 ; cette tendance s'accentue très
brusquement à partir de 1931 (VON HAARTMAN, 1958).

En Irlande orientale, le Râle de genêts commence à régres-


ser vers 1900. Le recul prend de l'ampleur juste avant 1920,
puis s'aggrave vers 1939 (O'MEARA, 1979).

En Norv~ge, les prémices apparaissent à la fin du XIXe


siècle, avec une accentuation du phénomène de 1910 à 194-0.
(MYRBERGET, 1963).

En. Suède, le déclin s'annonce à partir de 1918, et devient


plus prononcé à la fin des années 1930 (LARSSON, 1968).

En Allemagne de l'Ouest, BRINKMANN (1933), tout en


admettant qu'on ne pouvait' inclure le Râle de genêts dans
la catégorie des nicheurs rares en Basse-Saxe, mentionne
déjà des apparitions locales de recul.

C'est donc d'abord en Angleterre que la situation commence


à se dégrader. Puis, dès le début du siècle la quasi-totalité
de l'Europe occidentale est touchée à son tour par le déclin,
en particulier entre 1910 et 194-0.
82

En France, LETACQ (1906) est un des premiers à évoquer


dans l'Orne, le déclin du. Râle de genêts. C'est assez paradoxa-
lement par un commentaire de NOR RIS (1945) que nous savons
que l'espèce a nettement régressé de 1920 à 1937 en Eure
et Loire, et qu'il a fortement diminué dans l'Allier pour ne
subsister qu'en très petit nombre vers 1945. Cependant il
était toujours considéré comme un nicheur répandu et commun
par MAYAUD en 1936, et ni MEN EGAUX (1934), ni RASPAIL
(1931), ni REBOUSSIN (1935), ni le marquis de TRISTAN (1932)
ne font la, moindre allusion à une dégradation des populations
de l'espèce. Seul CLAUDON (1933) évoque une "régression
progressive" dans les Vosges.

A partir de 1950, par contre, la diminution de ses effectifs


devint évidente (JARRY 1983).

Au début des années "soixante", d'après SPITZ (1962)


et le Groupe des Jeunes Ornithologues (1964), l'espèce est
. présente dans le Doubs, en Savoie, dans le Vaucluse et dans
. la Somme, dans la vallée de la Vienne en Indre et Loire,
en Vendée, dans les Deux-Sèvres, en Charente Maritime.
Il est bien répandu dans les vallées de· la Saône et du Doubs
en Côte d'Or, en Saône et Loire, dans l'Ain, et également
dans les prairies grasses des vallées du Maine et Loire.

Malgré les omissions, la situation décrite semble déjà


proche des résultats du présent travail.

2 - LES CAUSES DU DECLIN

21 - Evolution du paysage rural

Nous ignorons toujours comment évolua le statut du Râle


de genêts au cours des siècles passés. Sans doute son histoire
se mêle t-elle intimement à celle du paysage rural, au gré
des défrichements, des assèchements, et des fluctuations
des usages agricoles.

C'est surtout dans les derniers siècles du premier millénai-


re que commence véritablement à reculer la vieille forêt
gauloise, et au XIVe siècle la superficie forestière représente
à peu de chose près ce qu'elle est aujourd'hui (HUFFEL 1925).
Dans le Val de Saône, une tradition locale, confirmée par
des textes d'archives, laisse penser que le lit majeur de la
rivière était partiellement occupé par des boisements humides
dont le défrichement paraît se situer entre le XIVe et le
XVIe siècle.

Traditionnellement en Europe, les praIrIeS ont occupé


les terrains humides en plaine, les hauteurs en montagne,

'\ Ij
le maximum de terre étant consacré à la céréaliculture (PITTE
1983). Les herbages de fond de vallée, devant lesquels s'inter-
ro~paient les labours, ont donc vraisemblablement apporté
) tres tôt au Râle de genêts un habitat potentiel en complément
J des marais herbacés, et favorisé ! 'extension des populations.

Or, l'histoire du paysage rural médiéval représente, avec


des hauts et des bas, l'histoire de la résorption des forêts

(
) 83

et landes, mais aussi des marais, et celle des progrès des


espaces agricoles permanents. Des travaux colossaux conduisent
dès le XIIe siècle à l'assèchement des marais côtiers flamands
et picards, de même que, dans les siècles suivants, ceux de
Bretagne, de Vendée, de Camargue, du Languedoc. En Dombes,
les cariçaies ("leschères") sont aménagés en réservoirs à partir
du· XIIIe siècle. Les assèchements de marais ne se sont jamais
interrompus depuis le Moyen Age, surtout à la suite de l'ac-
croissement rapide de la population européenne aux XII et
XIIIe siècles puis au XVIe siècle (THIRSK 1983).· Au XIIIe
siècle débute la grande transformation des paysages ruraux
du Nord et du Nord-Est de la France: l'extension de l'openfie-
ld y correspond une utilisation plus intense de l'espace agrico-
le, à laquelle font parfois obstacle les bas fonds très humides
(DION 1934).

Aussi, au XVIIIe. siècle, LINNE pouvait-il dire que les


lieux que fréquente le Râle de genêts en été étaient les herbes
des prés les plus fertiles, donc un milieu artificiel, entretenu
par l'activité du paysan. Quant aux marais, d'HOUTETOT
(1781) considère alors que ceux d'Abbeville (Somme), de St Lau-
rent du Pont (Isère), de Carentan (Manche), de Troarn (Calvados)
"sont les mieux" qu'un chasseur puisse trouver en France.

Mais déjà l'espèce humaine avait commencé à reprendre


ce qu'elle avait apporté. A partir du XIIe siècle les anciennes
digues submersibles discontinues du Val de Loire furent rempla-
cées par des levées de terre. Sur 500 km de Nevers à Nantes,
le fleuve est progressivement endigué, et ses berges colonisées
par de nouveaux villages.

En Alsace, au XVIIIe siècle, consécutivement a une poussée


démographique, de nombreuses prairies furent transformées
en terres de labour. "On fit des efforts notables dans les
Rieds pour empêcher les inondations par les hautes eaux du
Rhin et de l'Ill et pour gagner des terres" (SITTLER, 1974).

En Angleterre, l'agriculture s'oriente à partir du XVIe


siècle, mais surtout au cours du XVIIe siècle, vers l'exploita-
tion de la prairie artificielle. En France, pourtant, une certaine
spécialisation de l'élevage amorcée sur la façade atlantique
dans les premiers tiers du XVIIe Siècle, amène des gains
spectaculaires de prairies naturelles. En 1720, dans l'élection
de Carentan, deux paroisses sont entièrement en herbages.
dans vingt autres ceux-ci couvrent plus des deux tiers du'
finage, ces chiffres enregistrant à l'évidence les résultats
de l'évo!ution séculaire (SPECKLIN 1976). En Anjou, MAY AUD
(1958) evoque la disparition des roselières transformées en
prairies depuis le début du XIXe siècle. De même, en Haute
Normandie, MAZOYER (in OLIVIER 1938) observe que depuis
un. demi-si,ècle les marais ont été transformés en herbages
qUI ne moulllent qu'aux crues d'hiver.

Le XIXe siècle fut sans doute déterminant pour le Râle


de genêts, ne serait-ce que par les évolutions qu'il portait
en germe. "En Suède, il y a 10 000 ans que notre espèce
est a, l' oeuvre. Assez curieusement, ce n'est cependant que
84

depuis le XIXe siècle que l'Homme se mit à en altérer radicale-


ment l'éqUilibre naturel" déplore CURRY-LINDAHL (1960).

22 - -La mécanisation de l'Agriculture

Plusieurs auteurs européens ont développé la thèse de


la mécanisation de l'Agriculture responsable du déclin du
Râle de genêts (NORRIS 1945 ; VON HAARTMAN 1958.••)

En Angleterre, le - premier brevet pour une faucheuse


mécanique est octroyé en 1799 ; la première machine prête
à fonctionner est construite en 1826. En 1875, 25 % des exploi-
tations du Sud-Est du pays sont équipées, puis plus de ,60%
vers 1890, et probablement 90 % vers 1914. Entre les deux
guerres, l'usage de la machine se généralise à travers la Grande-
Bretagne.

En Finlande, entre 1910 e,t 1930, le nombre de faucheuses


mécaniques est passé de 3,1/100 ha à 5,3/100 ha, avec dans
le même temps une efficacité croissante des machines. En
1950, plus de 80 % des exploitations étaient équipées (9,2 fau-
cheuses/100 ha).

Ainsi, dans plusieurs pays, une concordance semble exister


entre l'apparition et le développement de la mécanisation,
et le recul du Râle de genêts (voir § III-2)

L'Agriculture française du milieu du XIXe siècle, en


marge d'une évolution nettement perceptible en Europe du
Nord-Ouest, enregistre des progrès technologiques, mais toute-
fois très localisés : apparition de batteuses après 1830 en
Seine-et-Oise par exemple.

Les faucheuses introduites en France vers 1860 ne se


sont un peu répandues qu'après 1870 et principalement au
. nord d'une ligne Le Havre-Orléans-Belfort. Le développement
de machinisme est plus sensible en 1892 : en la ans le parc
des faucheuses a doublé. L'évolution fut cependant très inégale-
ment répartie : 24 % du parc était localisé dans le Nord
qui représentait 12 % de la totalité de la S.A.U. (1) (SPECKLIN
1976). Les faucheuses n'eurent pas grand sens pour la plupart
des paysans aussi longtemps que la main d'oeuvre locale ou
celle venue de régions plus pauvres, peut fqire le travail
aussi bien ou meilleur marché (WEBER 1983). Vers 1900 le
coût du matériel baisse alors' que. la puissance a doublé, ce,
qui favorise sa généralisation. En 1929, on compte plus de
1 000 000 de faneurs et rateaux à cheval et 1 388 000 faucheu-
ses, mais l'Agriculture française en reste à l'utilisation de
machine à traction animale. Dans les années 1930 apparaissent
de nouvelles machines de récolte munies de moteurs auxiliaires
pour soulager l'effort de l'animal.

En 1945, "la France sort de la guerre dans une situation


telle qu'il ne peut être question de revenir aux conditions
de production de 1938" (GERVAIS et al. 1976). Le plan de
modernisation de 1946 relayé par le pian Marshall met l'accent

(1) Surface Agricole Utilisée


a

sur la mécanisation dei' Agriculture française. En 1948, le


parc des tracteurs a doublé par rapport à 1938. En 1950,
on ne comptait encore que 137 000 tracteurs : chevaux et
b.ovins continuaient à fournir l'essentiel de l'énergie utilisée
dans les campagnes. Mais à la fin des années 1950, la traction
mécanique avait définitivement supplanté la traction animale.

Or dès 1811, MOUTON-FONTENILLE pouvait écrire à


propos. du Râle de genêts : "les petits••• ne quittent la prairie
que quand ils sont forcés de fuir devant la fau1x qui rase
leur domicile." BUFFON (1836) ajoutait que "les couvées
tardives sont enlevées par la main du faucheur". D'après
BREHM (1868), "les moissonneurs abattent sous leur faulx
bien plus de ces oiseaux que les chasseurs n'en tuent".:

On peut aisément imaginer, dans ces conditions, l'impact


de la mécanisation hors des régions où la fenaison est particu-
lièrement tardive. Et il ntest guère surprenant que LABITTE
signale en 1946 que l'espèce "ne fréquente plus les territoires
du nord de l'Eure et Loire après y avoir été commune il
y a une quarantaine d'années quand on fauchait les prés à'
la main". Ou que CLAUDON (1933) s'inquiète qu"'à la fenaison,
la machine... vienne souvent tuer la malheureuse couveuse
sur ses oeufs, ce qui expliquerait en partie sa. régression pro-
gressive." Ou encore que NORRIS (1947) remarque qu'en Angle-
terre c'est dans les herbages coupés à la fau1x que les Râles
sont les plus abondants et ne présentent pas de signes de
déclin. D'autant· que la mécanisation, en raccourcissant la
période de fenaison, donc en diminuant le risque d'incident
climatique simultané, s'est souvent. accompagnée d'une plus
grande précocité. En Grande-Bretagne, par exemple, "il est
évident qu'en moyenne, les foins sont aujourd'hui fauchés
10 à 14 jours plus tôt par rapport à 1900" (NORRIS 1945).

Et pour démontrer (si besoin est encore) le terrible impact


des lames des faucheuses, il nous suffit d'évoquer l'agonie
de la population du bassin de la Blanche, dans les Alpes de
Haute-Provence.

Avant 1970, le Râle de genêts était bien réparti, partout


dans le bassin. Les notes de J.L. MILLE (C.R.O.P.) .rendent
compte des ultimes manifestations de l'espèce au lieu-dit
Basse Gréyère (altitude 1140 m) sur la commune de Seyne-les-
Alpes:

1970 19 juillet poussins détruits par la faucheuse


1971 17 juillet 1 chanteur
1972 5 juin 1 chanteur
5 juillet 2 chanteurs
26 juillet 1 chanteur (foins non coupés)
1973 28 juillet vu 1 adulte et 3 poussins pendant
la fauche
31 juillet encore 1 chanteur
1974 2 juillet 2 chanteurs
au lendemain de la moisson : un adulte mort, patte
cassée et crâne enfoncé (été 1973 ou 1974)
86

1975 6 juillet 1 chanteur


1976 4 juillet 1 chanteur
18 juillet 1 chanteur
1977 25 juillet un individu se fait couper la patte
par la faucheuse
1978 à 1980 rien
1981 25 juillet 1 chanteur
1982 et 1983 rien

Ainsi donc, présent régulièrement jusqu'en 1977, le Râle


de genêts déserte brutalement ces prairies humides, sans
que l'environnement n'ait subi de modifications significatives.
Tout commentaire semble superflu.

Mais s'il est incontestable que l'apparition puis les perfec-


tionnements du machinisme agricole ont signé l'arrêt de mort
,de bien des oiseaux, adultes et poussins, et sans doute de
bien des populations, tout le monde ne s'accorde pas pour
en faire la cause unique et absolue du déclin de l'espèce.
Ainsi 0' MEARA (1978) remarque que le déclin débuta en
Irlande avant la généralisation des faucheuses, donc que l'expli-
cation est sans doute beaucoup plus complexe. GUERMEUR
et MONN AT (1980) partagent cet avis : "le recul était déjà
fortement ressenti bien avant la mécanisation' de la fenaison
qui ne peut être tout au plus qu'un facteur aggravant". YEATMAN
(1971) ne semble pas plus convaincu et avance l'hypothèse
d'une dégradation génétique de l'espèce. Il est relativement
facile de répondre aux questions soulevées par YEATMAN,
lorsqu'il remarque que des oiseaux fréquentant des habitats
de même nature se maintiennent : il suffit souvent de compa-
rer les niches écologiques. Nicheur plus précoce (BROYER
1982 ; HUYSKENS et VAN WEESENBEECK 1966.••) le Courlis
cendré Numenius arguata n'est pas menacé de la même façon
par les fenaisons. Moins spécialisé, le Vanneau huppé Vanellus
vanellus peut compenser le déficit de certaines populations
par l'arrivée d'individus issus de populations "saines" (MATTER
1982 ; BAK et ETTRUP 1982). Il n'en demeure pas moins
possible qu'il faille parfois rechercher ailleurs certains facteurs
de perturbation des relations qui unissent l'espèce et son
milieu.

23 - Fluctuations spatiales

Dans le cadre de ce travail, il est bien difficile d'appré-


cier le véritable impact de la mortalité durant les migrations
ou dans les quartiers d'hiver (fig. 25). Il est cependant vraisem-
blable que la désertion d'un site de reproduction donné puisse
, trouver son explica tian ailleurs.
Figure 25 : Reprises de bagues étrangères en France et française
à l'étranger (Angola). (d'après fichier C.R.B.P.O.)

Il nous faut d'abord rappeler le caractère très fluctuant


à court terme de l'espèce en un point donné. BREHM (1868),
par exemple, décrit le phénomène de la façon suivante :
"en certaines années il est commun dans une contrée ; dans
d'autres c'est tout au plus si on y rencontre une paire, la
localité ne paraît plus lui convenir. Le Crex des prés n'aime
ni. les lieux très humides, ni les lieux très secs et il lui faut
souvent chercher longtemps avant de trouver un endroit parfai-
tement à sa convenance". Et selon l'endroit où on se trouve,
une même année peut être bonne ou mauvaise (Scottish Bird
Report 1978 ; CADBURY 1980). Les conditions météorologiques
88

sont le plus souvent invoquées pour expliquer le phénomène,


les années humides pouvant paraître favorables en certains
lieux (BAILLY 1853 ; GUERIN 1939 ; LEDANT et JACOB
1983 ; ANSCUTTE et al. 1979), défavorables dans d'autres
(BELLECROIX 1883 ; CADBURY 1980). SVARDSON et DURAN-
GO (1951) ont établi une corrélation entre ces fluctuations
et les· conditions météorologiques pendant la migration printa-
nières de l'espèce. BRAAKSMA (1962) n'ayant pu confirmer
cette corrélation entre 19/t6 et 1960, suggère que certaines
années, des invasions puissent survenir dans les Pays-Bas,
issues de régions connaissant des périodes de sécheresse,
peut-être d'Europe centrale ou de l'Est. Il appuie sa théorie
sur la reprise le 25 juin 1931 d'une bague posée l'année pré,cé-
dente en Hongrie sur un jeune au nid.

Par le baguage, ALNAS (197/t) a montré en Suède que


la fidélité au site de reproduction pouvait varier considérable-
ment d'année en année : de 20 à 35 % durant les années
de haute population, elle peut être beaucoup plus faible les
autres années. La région étudiée semble comprendre un nombre
faible et assez stable d'oiseaux âgés, nicheurs possibles, avec
une haute constance territoriale, et un nombre très fluctuant
de jeunes oiseaux qui ne nichent pas, et ne reviennent pas
l'année suivante.

Enfin, le cycle retardé de la végétation en altitude retarde


d'autant l'arrivée des Râles. En 1982, au lac des Rousses
(Jura), d'après les notes de D. GLAYRE

Il juin 1 chanteur
20 juin 3 chanteurs
30 juin 7 chanteurs

Cette même année, la fenaison avait débuté le 10 juin dans


le Val de Saône. Seul un programme de baguage à grande
échelle pourrait nous aider à comprendre où les Râles du
Jura avaient passé le mois de mai, et où ceux du Val de Saône
ont estivé.

Ainsi donc, du fait de certaines fluctuations spatiales,


annuelles ou intra-annuelles, il est en théorie possible que
l'explication de la dégradation d'une population soit parfois
à rechercher ailleurs.
2/t - Al té ration de l'habitat

L'inclinaison du Râle de genêts pour les milieux méso-


hygrophil~s ~t~nt étab!ie~ il paraît évident que les drainages
ont contnbue a son declm. Ne serait-ce que par leurs consé-
quences. ~gronom.iques. En. ,AI,lemagne de l'Ouest, le drainage
des ~ralrles humIdes aSSOCIe a l'usage de fertilisants a permis
le developpement de l'ensilage et des fauches précoces. La
population de Râles a chuté de 75 % en treize ans ! (FL AD E,
comm. pers.).

Il est certain aussi que les changements d'affectation


des terres agricoles, avec t'avènement de la modernisation,
ont rarement dû jouer dans un sens favorable. Nous n'insiste-
rons jamais assez sur les conséquences de la disparition, comme
en Belgique ou dans le Nord, de la prairie de fauche, également
en nette régr~ssion ailleurs en France (DELPECH in BOURNE-
RIAS 1979...). Nous avons déjà évoqué la transformation des
prairies de fauche en pâtures dans les îles de la Seine à l'a-
mont de Rouen et la dfsparition du Râle de genêts.

En Irlande, c'est dans l'Ouest du pays que les prairies


de fauche sont les plus abondantes••• et que se réfugie l'essen-
tiel de la population actuelle de Râle de genêts (bien des
oiseaux ont été enregistrés dans des "habitats alternatifs",
mais la prise en compte dans l'enquête des données de juillet
et des deux premières semaines d'août a pu parfois révéler
de simples refuges post-nuptiaux). O' MEARA (1979) souligne
également que "les bastions habituels de l'espèce se situent
dans les zones où la densité des petites exploitations est
la plus forte". Ce qui semble signifier que le mode de gestion
pourrait avoir quelque importance.

Historiquement, un aspect crucial de l'intensification


agricole fut la substitution des cultures fourragères aux ancien-
nes jachères, qui ne s'est véritablement généralisée en France
que vers 1825-1830 (DION 1934). Les promoteurs de la prairie
artificielle furent souvent les gr~nds' propriétaires (PITTE 1983).

Par ailleurs, "presque partout l'accroissement de l'efficaci-


té s'est traduit; dès le XVIlIe siècle, par le passage des
bandes individuelles sur les champs sans clôture, à la constitu-
tion de vastes domaines individuels", sans. que l'envergure
et la rapidité du phénomène ne soient les mêmes dans tous
les pays (BLUM 1982).

Comment imaginer les effets de cette évolution sur


les populations de Râle de genêts. ?

"plusieurs paroisses av oient il y a15 à 16 ans beaucoup de


ce gibier et n'en ont que très peu aujourd'hui. La raison de
ce changement c'est que dans ces paroisses... les cultivateurs
la~ss~ient reposer les terres pendant 7 à 8 ans. Ces champs
laIsses en friches se couvroient d'herbe et de genêt... (et)
servoient de retraites aux râles. Actuellement que les cultiva-
teurs e~semencent davantage et que les genêts ont disparu,
on y VOlt peu de ces oiseaux." MAGNE DE MAROLLES 1792

Car l'habitat· d'une espèce ne se résume pas forcément au


site de nid ; c'est aussi, pour le Râle de genêts, la retraite
d'après la feriàison.

Dans la même région, DEBOUT (à paraître) établit un


rapprochement entre le déclin du Râle de genêts dans le
pays, d'Auge au XIXe siècle avec l'uniformisation du paysage
consecutif à une intensification de l'élevage laitier.
90

"Nous n'avons pas laissé disparaître en un siècle 98 %


de notre surface d'incultes sans une profonde dégradation
de la faune" observe, en Belgique, P. DEVILLERS (1983).
De façon générale, plus un parcellaire est complexe, plus
il laisse place à la fr iche. "L 1accroissement des parcelles
'agricoles est... facteur de diminution de la diversité floristi-
que, et réduit les- bordures et autres refuges Rossibles pendant
les travaux de fenaison" (LEDANT et JACOB 1983).

Le cas des plaines alluviales mente d'être discuté à


part ~ Depuis une époque déjà très ancienne, signale R. DION
(1934), la prairie basse a été morcelée en tenures individuelles,
même en pays d'openfiels. Toutefois, les grandes prairies
naturelles des plaines alluviales étaient grévées par tradition
de ·servitudes non moins rigoureuses que celles qui pesaient
sur les champs labourés de la Beauce ou de la Picardie. Leurs
propriétaires les tenaient obligatoirement ouvertes au bétail
de la collectivité depuis l'enlèvement de la première coupe
de foin jusqu'au printemps (vaine pâture). Il était donc interdit
de les clore. Dans le Val de Saône, la vaine pâture est, aujour-
d'hui encore, une vivante réalité'. Toutefois, même dans ces
zones d'affectation agricole homogène, la physionomie du
parcellaire peut être un paramètre important. Lorsque la
fenaison débute quelques jours seulement après les éclosions
(comme nous l'avons montré), un parcellaire très morcelé
peut susciter un étalement important -de la fenaison, et laisser
plus facilement des refuges à la portée des poussins qu'une
aire remembrée et exploitée de façon plus synchrone.

Sur la commune de Replonges (Val de Saône), "le terrain


est morcelé en une quantité de petites parcelles appartenant
à de nombreux propriétaires et qui, dans la vaste plaine,
se reconnaissent, sur place seulement, par un bornage très
discret. La rareté des voies d'accès oblige les exploitants
à faire les foins selon un ordre rigoureux. Jadis, on publiait
des bans de fauchaison ; cette coutume a pris fin, semble-
t-il, vers 1870" (TOUTON 1948). Sur cette même commune,
nous avons recensé" en 1984, 565 propriétaires sur environ
600 ha de prairie ~ La totalité du territoire communal sera
prochainement remembrée... -

En Alsace, dans le seçteur de Grafenmatten, un des


derniers sites régionaux régulièrement occupés par le Râle
de genêts, la superficie moyenne des parcelles est de 26,71 ares,
celle des parcelles d'exploitation de 35,32 ares (des parcelles
contiguës pouvant être exploitées par un même agriculteur).

Les conséquences de la vaine pâture furent "dénoncées"


par certains agriculteurs du XVIIIe siècle : le cultivateur
qui n'a que la première herbe est toujours porté à en différer
la coupe le plus qu 1il est possible. Le caractère communautaire
a de toute façon pour effet de retarder les travaux. Dans
la Sarthe, par exemple, une ancienne règie fixait la fenaison
dans ,la prairie inondable au 24 juin, puis, plus tard, parfois
au 15 juin. Après les remembrements, les propriétaires acquiè-
rent totale liberté.
IV - QUEL AVENIR POUR LE RALE DE GENETS?
Nous avons montré l'étroite dépendance, dans notre pays, du
Râle de genêts vis à vis d'un type de milieu et d'une forme dé-
terminée d'exploitation agricole de ce milieu. A l'évidence, l'avenir
du Râle de genêts est subordonné à l'évolution de ces deux facteurs.

Nous avons également montré, sans tomber dans un optimisme


qui serait déplacé, que la population française de l'espèce était
pour le moment plus qu'un simple ensemble de peuplements agoni-
sants. Il est fondamental qu'un travail à long terme soit entrepris
à échelle internationale, en commençant par une mise au point
du statut du Râle de genêts dans l'ensemble de son aire de réparti-
tion. Si nous n'avons guère d'informations. sur la partie orientale
de cette aire (DEMENTIEV et GLADKOV écrivaient laconiquement
en 1951 : "total énorme en URSS"), les plus récentes données recueil-
lies en Europe de l'Ouest sont très préoccupantes. L'espèce est
éteinte ou presque en tant que reproductrice régulière en Suisse
(LANDENBERGUE, comm. pers.), de même en Italie (BRICHETTI
1978), en Belgique (bien que quelques chanteurs soient apparus en 1983
dans le Val de Meuse -LAFONTAINE comm. pers.), au Danemark
(M0LLER comm. ners.). CADBURY (1980) et O'MEARA (1979)
ont montré la chute vertigineuse des populations britanniques. En
Allemagne de l'Ouest, d'après FLADE (comm. pers.), "le Râle de
genêts est éteint en tant que reproducteur dans la plupart des ré-
gions... Combien y a-t-il de nicheurs parmi les quelques 2 à 300
chanteurs encore entendus dans le nord et le nord-ouest du pays
en 1983 ? peut-être aucun".
C'est dire l'importance de la responsabilité de la France pour
l'avenir de l'espèce. "Dans mon pays, les marais seront bientôt
tous comblés. En France et dans d'autres contrées il n'en est heureu-
sement pas ainsi", écrivait (en 1953•••) le suisse Ch. VAUCHER.
Or, dans le Val· de Loire, "le constat relativement optimiste
qui ressort de la situation actuelle ne doit pas faire illusion. La
tendance est à la rupture des conditions d'équilibre sous-tendant
la qualité écologique du Val" (TERRASSON 1980). MERMET et
MUSTIN (1983) soulignent que les fonds des vallées inondables des
rivières et des fleuves sont directement concernés par l'évolution
de l'agriculture : leur entretien dépend du maintien de l'élevage.
N?us préciserons, en généralisant les propos de TERRASSON, que
l'etat actuel de l'exploitation des prairies inondables "est une sorte
de relique, la projection d'une conception globale de l'exploitation
agricole en voie de disparition".

LES MENACES
Les "assainissements" (incluant les luttes contre les inondations)
sont le "passage obligé" de certaines formes d'intensification.· Ainsi
dans l'Est de la France (vallées du Doubs, de la Loire de l'Orain
de la Cuisance.••) comme dans le Centre ou l'Ouest (~ours moye~
de la Loire, vallée, de l'Isle•••), la maîtrise des crues s'est le plus
souvent accompagnee d'une conversion des prairies permanentes
en culture (maïs). Et si d'importantes superficies tenant lieu de
vase d'expansion pour les hautes eaux des fleuves et rivièr~s ne
semblent pas devoir être soustraites à la submersion périodique
.dans un proche a venir, ces étendues font cependant, elles-aussi
l'objet de projets de rentabilisation.
94

Ainsi dans l'Ouest, la populiculture de rendement gagne dans


les biotopes de Maine et Loire, d'Indre et Loire, de la Manche,
de la Dordogne... Depuis quelques années des plantations sont
apparues dans les secteurs les plus longuement inondables. Cette
altération du milieu concerne non seulement l'avifaune nicheuse,
mais aussi les espèces qui stationnent au cours de la migration
ou de l'hivernage (prairies au nord d'Angers, marais de Carentan.•.).
Dans la vallée du Thouet (Maine et Loire), l'étendue des plantations
a doublé entre 1962 et la fin des années 1970. Le long de la Maine,
de la Sarthe et du Loir, elles occupent environ 270 ha, dont une
quarantaine depuis moins de 10 ans. .

Dans ces mêmes régions, l'apparition de la pâture en première


exploitation (dès fin avril ou début mai) soustrait encore au Râle
de genêts d'importantes surfaces de prairie favorables. Dans les
vallées de la Maine, de la Sarthe et du Loir, ce type d'exploitation
a commencé à se développer vers le milieu des années 1970 et
concerne, à la mi-mai, 11,4 % des milieux potentiels. Dans la
vallée de la Loire (Maine et Loire) à l'aval des Ponts-de-Cé, la
superficie précocement pâturée couvre plus de 30 % des prairies.
Dans .le Val. de Saône, la pâture en première exploitation est une
pratique encore marginale, mais qui risque de s'amplifier dans
l'avenir, notamment en cas de disparition de la vaine pâture.

Dans cette dernière région, si le maïs est contenu en


bordure de zone submersible par la menace des crues, le danger
le plus immédiat pour le Râle de genêts semble être lié au renouvel-
lement du parc des faucheuses. L'essor des machines à lames
rotatives (depuis le milieu des années 1970), bien plus rapides
et meurtrières que les anciennes lames à peigne, à fortiori s'il
s'associe à des regroupements de parcelles par remembrement,
et à une compression de la période de fenaison, pourrait en effet
. avoir raison d'une espèce à la limite des conditions de survie
(voir § 11-3).

La chasse et le braconnage ont peut-être localement


contribué à aggraver le problème. Une enquête réalisée en collabo-
ration avec la D.D.A. du Jura auprès de 63 lieutenants de louvete-
rie, garde-chasses ou chasseurs, a permis de répartir les causes
supposées du déclin, de la façon suivante:

- Prédatiqn l
- Chasse..... 8
- Pesticides...••........ 3
- Assainissements,
Remembrements•.• 8
-
.-
:;t:>t"T1
- Nt écanisation, aq ~
Ensilage...............
- Méthode de
1 _
ri" c-
.....
c .-+
.-+0
15

culture................. 2 ..,c :::l


ro 0-
- Défrichages.••..•.. ~ 1. ro

TOTAL REPONSES.................. . 24

L'impact de la Chasse n'est donc pas ressenti comme étant


négligeable. GUEGAN (1919) rapporte que dans l'Eure, les braconniers
9E

se sont livrés pendant la guerre à unetelle "tuerie" qu'à l'ouverture


de 1918 les Râles de genêts furent très rares. Aujourd'hui, bien
que l'espèce soit protégée· par la' loi, il faut reconnaître que la
"chasse" au Roi des Cailles n'a pas totalement cessé : 1 individu
tué en septembre 1979 dans la plaine de Neuville (86) (C.ROYER),
1 indiv·idu tué le 27 septembre 1979 à ~aye sur Ardin (79) (J.M. BOU-
TIN), 1- individu tué le 17 septembre 1983 à Mauzé-le-Mignon (79)
(A. DOUMERET), 2 individus tués les 18 et 25 septembre 1983
en bordure de la Soie (17) (H. ROBREAU), 2 individus tués en
octobre-novembre 198-3 à Lattes (34),- plusieurs cas en septembre
1983 dans le Val de Saône (00, etc•.•

Enfin, draînages agricoles et curages d'affluents sont des


amplificateurs évidents des phénomènes de crue dans les basses
vallées. Il est à craindre que les curages et draînages réclamés
par la profession agrico1e n'entraînent une fréquence plus élevée
des crues tardives dans les zones d'accumulation aval. Autrefois,
les eaux dormaient ici ou là. On n'admet plus de nos jours cette-
contrainte, quitte à la répercUter vers l'aval à tout prix. Ainsi,
depuis une dizaine d'années, les crues de l'Ill, en Alsace, se sont
faites plus brusques, plus fréquent.es, plus tardives aussi (jusqu'en
mai en 1975, 1977, 1978, 1979 et 1981, en juillet en 1980, l'année
1983 étant un cas à part). Le caractère anormalement tardif
des crues semble aussi être apparu depuis une décennie dans les
biotopes du Maine et Loire.

Autre source de préoccupation pour le devenir de ces milieux


en cette période de mutation : la déprise agricole. Une étude
récente du Service Régional de· la Statistique Agricole note que,
dans la région Rhône-Alpes,. 12 % seulement des terres devraient
être reprises à la prochaine génération (le Dauphiné Libéré, 7
janvier 1984). Déjà, dans le Val de Saône, des rumeurs annoncent
l'arrêt imminent de l'exploitation sur certaines parcelles.

Alors, quel devenir pour le Râle de genêts ?

En tout état de cause, si la tendance actuelle se poursuit,


les limites de l' intensification seront essentiellement celles de
la faisabilité technico-économique. Car d'une part, "les mécanismes
réglementaires de la protection de l'Environnement ne sont guère
adaptés aux problèmes posés par les aménagements agricoles",
d'autre part "le Ministère de l'Agriculture ne possède pas -ou
pas encore- de politique visant à traiter de façon concrète et
sur le fond le problème des zones humides et de l'évolution des
fonctions qu'elles remplissent" (MERMET et MUSTIN 1983).

Si l'on doit donc innover, nous proposerons que soit mis dans
les plus brefs délais à l'étude, le principe des Conservatoires
Régionaux du Patrimoine Naturel, seuls capables, à notre avis,
d'apporter une réponse efficace aux problèmes relationnels entre
Agriculture et Nature. Il nous faut en effet à ce stade de la discus-
sion élargir notre propos et considérer le cas du Râle de genêts
comme un cas particulier dans l'évolution régressive des espèces
les plus spécifiques des milieux herbacés ouverts. Dans les années
1930, le Chasseur Français publiait un article intitulé "Ces bêtes
qui disparaissent". Cet article soulignait déjà la régression de
la Grande Outarde, - de la Caille, de l'Outarde canepetière et du
Râle de genêts. Quelques années plus tard, KALELA (I958) rappro-
chait, en Finlande, les déclins de la Caille et du Râle de genêts.
96

Seul un dialogue institutionnalisé, auquel seraient conVies


naturalistes et agriculteurs, mais aussi chasseurs, pourra vraiment
relever le défi. Complémentairement (mais complémentairement
seulement), on peut, pour gagner du temps, préconiser les mesures
suivantes:

- information et sensibilisation dans les milieux ruraux et


agricoles concernés Ministère de l'Agriculture, D.D.A.,
Chambre d'Agriculture, Conseillers Agricoles, Syndicats d'E.x-
ploitants Agricoles, Elus de. Communes rurales, etc... Les
.exploitants savent généralement que leurs faucheuses tuent.
Mais mesurent-ils la portée du phénomène ?

- expérimenter l'efficacité des barres d'envol. Il s'agit de


convaincre les agriculteurs de bien vouloir accepter d'adapter
sur leur tracteur, à l'avant ou à côté de la lame, une barre
métallique de laquelle pendent des chaînes qui battent les
herbages (voir photographie ci-dessous)

CLICHE FEDERATION CHASSE SAONE ET LOIRE


(dans cet exemple, la barre d'envol est placé à l'avant
de la lame).

Un tel système, installé par la Fédération des chasseurs


de Saône et Loire sur la machine d'un exploitant du Val de
Saône, a permis, le 5 juillet· 1982, d'épargner une famille
entière .de Râle de genêts. Il faut cependant préciser que
l'usage des lames rotatives dont nous avons déjà évoqué la
rapidité du travail, restreint très probablement l'efficacité
des barres d'envol.

- tenter d'acquérir les secteurs les plus favorables. Rappelons


que les bas-fonds· sont en principe moins intéressants pour
l'Agriculture. Et qu'une certaine tendance à la déprise agricole
semble localement poindre. Il ne s'agit d'ailleurs nullement
de geler certaines terres agricoles, mais de créer des condi-
tions d'un dialogue d'égal à égal.

Les naturalistes ne doivent pas se dessaisir du problème,


et poursuivre le suivi sur les zones de référence définies dans
le cadre de cette étude.
97

Par ailleurs, l'actuel projet de la D.D.A. de la -Manche proposé,


avec financement de la C.E.E., pour accélérer l'évacuation des
inondations dans les marais de Carentan tout en intégrant certaines
préoccupations d'Environnement, mérite d'être suivi avec attention
(LE FAY 1983).

Au-delà de ces mesures nécessaires mais probablement non


suffisantes c'est toute la politique de protection de l'Environnement
qui devra s'adapter à de nouveaux problèmes. Après les indéniables
succès des dernières décennies, de nouveaux outlls, une nouvelle
détermination, une plus grande implication des naturalistes dans
la vie socio-économique de nos régions seront nécessaires.

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