Lycée Louis-Le-Grand, Paris Samedi 02/03/2024
MP2I – Mathématiques
A. Troesch
Devoir Surveillé no 6 (4h)
La présentation, la lisibilité, l’orthographe, la qualité de la rédaction, la clarté, la précision et la concision des raison-
nements entreront pour une part importante dans l’appréciation des copies.
Les candidats sont invités à encadrer dans la mesure du possible les résultats de leurs calculs.
L’usage de tout document et de tout matériel électronique est interdit. Notamment, les téléphones portables doivent
être éteints et rangés.
Exercice – (Diagonalisation d’une matrice)
Soit K un corps et soit A P Mn pKq. On suppose qu’on dispose de X1 , . . . , Xn P Mn,1 pKq tels qu’il existe des éléments
λi P K (non nécessairement distincts) tels que pour tout i P v1, nw, AXi “ λi Xi , et tels que la matrice P dont les
colonnes sont (dans l’ordre) X1 , . . . , Xn soit inversible.
1. Soit j P v1, nw. Que vaut la j-ième colonne de la matrice AP ?
2. En déduire l’existence d’une matrice D diagonale, dont on exprimera tous les coefficients, telle que AP “ P D,
c’est-à-dire A “ P DP ´1 .
On dit dans ce cas que A est diagonalisable. Les matrices P et D réalisent la diagonalisation de la matrice A.
3. Soit µ1 , . . . , µk les valeurs 2 à 2 distinctes des coefficients diagonaux de D (ainsi, il peut y en avoir moins de
n si D possède des coefficients diagonaux égaux). Montrer que le polynôme Q “ pX ´ µ1 q . . . pX ´ µk q est un
polynôme annulateur de A.
¨ ˛
2 0 0
4. Soit A “ ˝´1 3 1‚ P M3 pRq.
´1 1 3
(a) Trouver un polynôme annulateur de A de degré 2, et exprimer ses racines µ1 et µ2 .
(b) Déterminer une matrice P (dont on justifiera l’inversibilité) et une matrice diagonale D telles que A “
P DP ´1 .
Problème – Sur les sous-groupes d’un p-groupe
(D’après Theory of Groups of Finite Order, W. Burnside, chapitre 5)
Dans tout le problème, p désigne un nombre premier.
Le but de ce problème est d’étudier les sous-groupes d’un p-groupe G (c’est-à-dire un groupe dont l’ordre est une
puissance de p). On montre notamment qu’un p-groupe |G| admet des sous-groupes de tout ordre divisant |G|, et
même des sous-groupes distingués de tout ordre divisant |G|. On montre plus précisément que le nombre de sous-
groupes d’un ordre donné pb divisant |G| est congru à 1 modulo p, et que si pour une valeur b ą 0 telle que pb divise
|G|, il existe un unique groupe d’ordre pb , alors G est cyclique. Pour des raisons techniques, nous ne démontrerons ce
dernier point (partie V) que dans le cas où p ‰ 2, mais le résultat reste vrai lorsque p “ 2.
Définitions et rappels
‚ Tous les groupes considérés, hormis les groupes Z{nZ et leurs produits, seront donnés en notation multiplicative.
Dans ce contexte, on omet souvent le signe opératoire. Le neutre sera noté e (ou eG pour un groupe G s’il peut
y avoir ambiguïté).
‚ Un p-groupe G est un groupe tel qu’il existe a P N˚ tel que |G| “ pa .
‚ Si G et H sont deux groupes (multiplicatifs), l’opération
pg1 , h1 q ˆ pg2 , h2 q “ pg1 g2 , h1 h2 q
munit le produit cartésien G ˆ H d’une structure de groupe. On dira que le groupe pG ˆ H, ˆq ainsi défini est le
produit direct de G et H. On étend facilement cette définition à un produit direct d’un nombre fini de groupes.
1
‚ Soit G un groupe et H un sous-groupe de G. On dit que H est un sous-groupe distingué de G (et on note H ⊳ G)
si :
@pg, hq P G ˆ H, ghg ´1 P H,
ce qui équivaut à dire que pour tout g P G, gHg ´1 “ H. On rappelle (et on admet) que dans ce cas, le produit
de G passe au quotient dans G{H et munit celui-ci d’une structure de groupe.
‚ On notera dans ce cas πH : G ÞÑ G{H la projection canonique, qui à x associe sa classe x modulo H. On
rappelle que πH est un morphisme de groupes, et que H étant distingué dans G, x “ xH “ Hx.
‚ Soit G un groupe, de neutre e, et X un ensemble. Une action de G sur X est une loi de composition externe ¨
sur X à opérateurs dans G telle que
(i) @g, g 1 P G, @x P X, g ¨ pg 1 ¨ xq “ pgg 1 q ¨ x
(ii) @x P X, e ¨ x “ x.
La notation ¨ sera réservée aux actions de groupe. Notamment, on l’évitera pour désigner le produit interne d’un
groupe.
‚ Le stabilisateur de x P X sous l’action de G est Stabpxq “ tg P G | g ¨ x “ xu.
‚ L’orbite de x P X sous l’action de G est ωpxq “ tg ¨ x, g P Gu.
‚ On rappelle (et on admet) que les orbites des différents éléments de X forment une partition de X.
‚ Le centre ZpGq d’un groupe est défini par
ZpGq “ tx P G | @g P g, gx “ xgu.
‚ Si G est un groupe et A une partie de G, on note xAy le sous-groupe de G engendré par A.
‚ Si G est un groupe et A et B deux parties de G, on note AB “ tab, a P A, b P Bu l’ensemble de tous les
produits d’un élément de A par un élément de B.
‚ On rappelle (et on admet) le lemme de Cauchy : si G est un groupe fini tel que p divise l’ordre de G, alors il
existe un élément d’ordre p dans G. Plus précisément, le nombre d’éléments d’ordre p est congru à ´1 modulo p.
‚ On rappelle (et on admet) le théorème de structure des groupes abéliens finis : Si G est un groupe abélien fini,
alors il existe n P N et une séquence pd1 , . . . , dn q P pN˚ qn telle que pour tout k P v1, n ´ 1w, dk | dk`1 , et tel que
G soit isomorphe au produit direct
Z{d1 Z ˆ ¨ ¨ ¨ ˆ Z{dn Z.
En particulier, si G est un p-groupe d’ordre pa , il existe des entiers 0 ă a1 ď a2 ď ¨ ¨ ¨ ď an tels que a1 `¨ ¨ ¨`an “
a, et
G » Z{pa1 Z ˆ ¨ ¨ ¨ ˆ Z{pan Z,
le signe » indiquant l’existence d’un isomorphisme.
On rappelle que p désigne un nombre premier.
Dans tout le problème, on se donne un p-groupe G, d’ordre pa .
Questions préliminaires
Soit H un groupe fini et K ⊳ H un sous-groupe distingué de H. Soit L un sous-groupe de H{K.
1. Quel est l’ordre de H{K en fonction de l’ordre de H et de K ?
´1
2. Déterminer l’ordre de πK pLq en fonction de |K| et |L|.
´1
3. Montrer que si L ⊳ H{K, alors πK pLq ⊳ H.
Partie I – Action par conjugaison et centre d’un p-groupe
On suppose que G agit sur un ensemble X.
1. Montrer que pour tout x P X, Stabpxq est un sous-groupe de G.
2. Soit g0 P G et x P X, et y “ g0 ¨ x. Montrer que
tg P G | g ¨ x “ yu “ g0 Stabpxq,
et en déduire que |ωpxq| ¨ |Stabpxq| “ pa .
Soit X l’ensemble des sous-groupes de G. On définit :
2
‚ L’action de G sur lui-même par conjugaison par :
@g P G, @x P G, g ¨ x “ gxg ´1 ;
‚ L’action de G sur X par conjugaison par :
@g P G, @H P X, g ¨ H “ gHg ´1 “ tghg ´1 , h P Hu.
3. Montrer que ce sont bien des actions de groupes (on n’oubliera pas d’étudier la stabilité de X).
Dans la suite tous les stabilisateurs considérés sont relatifs à l’une de ces deux actions de groupe. Il ne pourra y avoir
d’ambiguïté dans la notation Stabpxq puisque la nature des éléments sur lesquels G agit n’est pas la même dans les
deux cas.
4. Soit x P G, g P G, et y “ gxg ´1 . Montrer que Stabpyq “ gStabpxqg ´1 .
5. Montrer que ZpGq “ Stabpxq et en déduire que ZpGq est un sous-groupe distingué de G, et est abélien.
Ş
xPG
6. Montrer qu’il existe un entier b P v1, aw tel que |ZpGq| “ pb .
Partie II – Existence de sous-groupes d’un p-groupe
On définit G0 “ teu et G1 “ ZpGq.
´1
1. Justifier que si G1 ‰ G, alors G{G1 est un p-groupe, et que πG 1
pZ pG{G1 qq ⊳ G.
´1
Si G1 ‰ G, on définit G2 “ πG 1
pZ pG{G1 qq.
2. Montrer l’existence d’une suite finie pG0 , . . . , Gn q de sous-groupes distingués de G tels que G0 “ teu, Gn “ G,
´1
et pour tout k P v1, nw, Gk “ πG k´1
pZpG{Gk´1 qq.
3. Justifier que pour tout k P v1, nw, Gk´1 est un sous-groupe distingué de Gk et que le quotient Gk {Gk´1 est un
p-groupe abélien.
4. Soit k P v1, nw, et c tel que |Gk {Gk´1 | soit d’ordre pc . Justifier que Gk {Gk´1 admet des sous-groupes de tout
ordre pd , où d P v0, cw.
5. En déduire que pour tout ℓ tel que |Gk´1 | ď pℓ ď |Gk |, il existe un sous-groupe distingué H de G tel que
Gk´1 Ă H Ă Gk , et |H| “ pℓ .
Partie III – De l’existence d’un sous-groupe dans lequel un sous-groupe donné est distingué
Les notations sont celles de la partie précédente. Notamment, les groupes Gk sont ceux définis dans la partie précédente.
Soit H un sous-groupe de G, distinct de G. Soit r P v0, n ´ 1w le plus petit entier tel que Gr Ă H et Gr`1 Ć H.
1. Justifier l’existence de r.
2. Soit StabpH{Gr q le stabilisateur de H{Gr pour l’action de G{Gr sur ses sous-groupes par conjugaison. Montrer
que xH{Gr Y Gr`1 {Gr y est un sous-groupe de StabpH{Gr q.
´1
3. Soit L “ πG r
pStabpH{Gr qq. Montrer que H ⊳ L et H ‰ L.
4. Montrer pour tout sous-groupe H de G d’ordre pb ă pa , il existe un sous-groupe K de G d’ordre pb`1 tel que
H ⊳ K.
5. Montrer que tout sous-groupe H de G d’ordre pa´1 est distingué dans G.
Partie IV – Autour du nombre de sous-groupes d’ordre pb
Pour tout b P v1, a ´ 1w, on note rb le nombre de sous-groupes de G d’ordre pb .
1. (a) Soit H et K deux sous-groupes d’ordre p de G. Montrer que si H ‰ K, alors H X K “ teu.
(b) Montrer que le nombre d’éléments d’ordre p de G est égal à r1 pp ´ 1q.
(c) En déduire que r1 ” 1 rps.
2. Dans cette question, et uniquement dans cette question, H est un groupe fini quelconque, non nécessairement
un p-groupe. Soit K et L deux sous-groupes de H. On suppose que KL “ LK. Montrer que xK Y Ly “ KL et
que
|KL| ¨ |K X L| “ |K| ¨ |L|.
3
3. G désigne toujours un groupe d’ordre pa . Soit H0 et H1 deux sous-groupes distincts d’ordre pa´1 de G.
(a) Montrer que |H0 X H1 | “ pa´2 .
(b) Soit K “ H0 X H1 . Justifier que G{K est un groupe d’ordre p2 admettant au moins deux sous-groupes
distincts d’ordre p.
(c) En déduire que G{K n’est pas cyclique.
(d) En déduire que le nombre de sous-groupes H de G d’ordre pa´1 tels que H0 X H “ K est égal à p.
(e) En partitionnant convenablement l’ensemble des sous-groupes d’ordre pa´1 distincts de H0 , montrer que le
nombre ra´1 de sous-groupes de G d’ordre pa´1 vérifie
ra´1 ” 1 rps.
4. Soit b P v1, a ´ 2w et soit H un sous-groupe de G d’ordre pb . On note S “ StabpHq le stabilisateur de H sous
l’action de G par conjugaison sur l’ensemble de ses sous-groupes.
(a) À l’aide de la partie III, montrer que si K est un sous-groupe de G d’ordre pb`1 tel que H Ă K, alors
K Ă S.
(b) En considérant le quotient S{H, en déduire que le nombre de sous-groupes de G d’ordre pb`1 contenant H
est congru à 1 modulo p.
5. Soit pour tout c P v1, a ´ 1w, Xc l’ensemble des sous-groupes de G d’ordre pc . Pour tout H P Xc , on note sH le
nombre de sous-groupes d’ordre pc´1 contenus dans H, et tH le nombre de sous-groupes d’ordre pc`1 contenant
H. Soit b P v1, a ´ 2w.
ÿ ÿ
(a) Justifier que tH “ sK .
HPXb KPXb`1
(b) En déduire que rb ” rb`1 rps
6. Montrer que pour tout b P v1, a ´ 1w, rb ” 1 rps.
7. En considérant la partition formée par les orbites sous l’action de G par conjugaison sur les sous-groupes d’ordre
pb , montrer que le nombre de sous-groupes distingués de G d’ordre pb est également congru à 1 modulo p.
Partie V – Les p-groupes n’ayant qu’un sous-groupe d’ordre pb , b P v1, a ´ 1w.
On suppose dans cette partie que p ‰ 2, et que le p-groupe G, d’ordre pa , ne possède qu’un sous-groupe d’ordre pb ,
pour un certain entier b P v1, a ´ 1w. On note H l’unique sous-groupe d’ordre pb de G.
1. (a) À l’aide de résultats de la partie III, montrer que si x est un élément x d’ordre ps , avec s ď b alors il existe
un sous-groupe K de G tel que x P K et |K| “ pb .
(b) En déduire que tout élément de GzH (différence ensembliste) est d’ordre au moins pb`1
(c) Soit x P GzH. Montrer que H est un sous-groupe de xxy, et en déduire que H est cyclique.
2. Soit x un élément de G d’ordre maximal pc . On suppose que c ă a.
(a) Montrer l’existence d’un élément y de Gz xxy, et de deux entiers k et ℓ dans v1, pc w tels que que yxy ´1 “ xk
et y p “ xℓ .
(b) Montrer que ℓ ” 0 rps. On note alors ℓ “ pq.
Indication : raisonner sur l’ordre de l’élément y.
(c) Montrer que k ‰ 1.
Indication : on pourra raisonner par l’absurde et utiliser le théorème de structure des groupes abéliens sur un
sous-groupe de xtx, yuy afin d’en étudier les éléments d’ordre pb .
u
(d) Montrer que pour tout pu, vq P N2 , y u xv y ´u “ xvk
(e) En considérant pu, vq “ pp, 1q, en déduire que k p ” 1rpc s.
(f) Justifier l’existence d’un entier strictement positif d maximal tel que k ” 1 rpd s, puis montrer que d ` 1 “ c.
(g) On peut donc écrire k “ 1 ` βpc´1 , où β P v1, p ´ 1w. Montrer que pour tout j P N
˜ ¸
j
p1`βpc´1 qi
ř
v
pyxv qj “ x i“1
yj .
(h) En déduire qu’on peut choisir v de sorte que yxv soit d’ordre p.
3. Montrer que G est un groupe cyclique.