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Développement économique et social expliqué

Développement

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Développement économique et social

efforts des institutions publiques pour relancer l'économie dans une région donnée

Pour les articles homonymes, voir Développement.

Le développement économique et social fait référence à l'ensemble des mutations positives techniques,
démographiques, sociales, sanitaires que peut connaître une zone géographique (monde, continent, pays, région).

Il ne doit pas être confondu avec la croissance économique. Celle-ci est habituellement nécessaire ou
consécutive au développement mais elle n'en est qu'un aspect. Il existe même des zones en croissance par
simple inertie de tendance ou sous l'effet de dopants artificiels de types dits keynésiens, sans pour autant
connaître les transformations de structure et la « destruction créatrice »1 propres au développement, qui assurent
sa pérennité. Cela peut conduire à un épuisement des ressorts de la croissance. On peut alors retrouver le
phénomène de cycle de vie (de l'émergence à l'expansion puis au plafonnement et enfin au déclin) étudié en
marketing.

Le développement économique nécessitant notamment de la création de richesses, on associe développement


économique et « progrès », puisqu'il entraîne, généralement, une progression du niveau de vie des habitants. On
parle alors d'amélioration du bien-être social (au sens économique). La volonté de concilier simple développement
économique et progrès ou amélioration du bien-être a amené à forger, à côté des indicateurs de développement
traditionnels (PNB, PIB), d'autres indicateurs, tels que l'indice de développement humain (IDH), qui prend en
compte la santé, l'éducation, le respect des droits de l'homme (dont font partie, depuis 1966, les droits
économiques et sociaux)2. Les paramètres économiques et sociaux pour la mesure du développement sont
indiqués dans l'article « Pays en développement ».

La différence entre croissance économique et développement social est mal perçue dans le grand public3. Le
bien-être social doit être distingué de la production économique4. Le bien-être est pluridimensionnel. D’autres
composants existent à côté du bien être matériel5.

Les indicateurs

Article détaillé : Indicateurs économiques.

Du point de vue strictement économique, l'indicateur le plus souvent utilisé est le produit intérieur brut (PIB) qui
est une somme des valeurs ajoutées sur un territoire. Son chiffrage, qui ressort de la comptabilité nationale, est
cependant délicat. Comment, par exemple, chiffrer l'utilisation des services non marchands et des biens publics ?
Leur coût et utilité économique sont noyés dans les budgets publics par absence de facturation, ce qui ne permet
guère de savoir s'ils apportent plus de richesses qu'ils en consomment, s'il y a valeur ajoutée ou valeur retranchée.
L'autre indicateur commun est le PNB (Produit national brut).

Par ailleurs, le PIB ne contient que les flux (production / consommation). Les économistes et statisticiens
n'arrivent guère à mesurer, ni même à estimer l'évolution du patrimoine public et privé. À plus forte raison,
certaines externalités positives ou négatives sont mal mesurables. Par exemple, comment chiffrer l'effet externe
négatif d'une pollution comme l'engrais azoté puissant du lisier (par exemple de porc) déversé dans les cours
d'eau, amenant à une eutrophisation, sans même parler du gaspillage d'une ressource précieuse non ou
difficilement renouvelable ? Sur le même plan, comment mesurer l'effet positif des pots catalytiques ou d'une
fluidification de la circulation routière, voire la « désindustrialisation » des secteurs lourds en faveur des services
et hautes technologies ? Le développement économique affecte ainsi de façon importante l'environnement,
conduisant certaines personnes à prôner la décroissance économique, d'autres préférant soutenir le
développement durable.

Devant ces imperfections des indicateurs économiques traditionnels (PIB et PNB), le PNUD (Programme des
Nations unies pour le Développement) a mis en place l'Indice de développement humain (IDH), qui prend en
compte la santé, l'espérance de vie, l'alphabétisation, etc. (le Prix Nobel Amartya Sen a pris part à la
conceptualisation de l'IDH). D'autres indicateurs économiques existent, tels que l'Indicateur de pauvreté (IPH),
également créé par le PNUD ; l'indice de Bonheur national brut (BNB), créé par le roi du Bhoutan dans les années
1960 ; le BIP40, ou baromètre des inégalités et de la pauvreté, créé en 1999 par le Réseau d’alerte sur les
inégalités.

Historique

La première utilisation du mot « développement » dans cette acception est due au président Harry Truman dans la
« partie IV » de son discours d'investiture du 20 janvier 19496.

L'histoire du développement économique international, au xxe siècle, est un mélange de bonnes volontés de
certains États du Nord industrialisés, d'actions effectives de la communauté internationale (en particulier de l'ONU
et de ses diverses agences), et de conflit entre les pays du Nord, eux-mêmes divisés, pendant la seconde moitié
du xxe siècle, en deux blocs, du fait de la guerre froide, et le Tiers Monde. À la suite de la décolonisation, celui-ci
s'organise dans les années 1960 et 1970 afin de renégocier les termes de l'échange mondial.

Néanmoins, les années 1980 puis 1990 voient l'émergence de la doctrine néolibérale au sein des institutions
nationales et internationales (consensus de Washington), menant à une critique sévère de la part du mouvement
altermondialiste.

En outre, la problématique de l'environnement, qui apparaît dans les instances officielles dès le rapport du Club de
Rome sur « les limites de la croissance » (Halte à la croissance ?, 1972), fait son entrée sur scène, amenant à
s'interroger sur les différents modèles de développement possible. Face au réchauffement climatique, le concept
de « développement durable » tend à s'imposer dans les esprits, sinon dans les faits.

Enfin, le xxie siècle voit une nette séparation entre les États du Nord, ou encore la Triade (Union européenne, États-
Unis, Japon), qui domine l'économie mondiale ; les nouveaux pays industriels (NPI) tels que les Quatre Dragons
asiatiques ou les BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine), et de larges secteurs de la population mondiale vivant dans
l'extrême pauvreté, avec moins d'un dollar par jour, et située en majorité dans les États de l'Afrique subsaharienne.
Enfin, la question des inégalités économiques et sociales touche tous les États, amenant certains à parler d'un
Quart-Monde, englobant les délaissés du développement dans les pays riches.

La création de l'ONU et des instances internationales de développement

Dès sa création à la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'Organisation des Nations unies (ONU) fait du
développement une de ses priorités, à travers la création de la Banque mondiale et de l'UNESCO (l'organisation
des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture). Après les accords de Bretton Woods (1945), la
Banque mondiale met en place, pour l'Europe, dévastée par la Seconde Guerre mondiale, la Banque internationale
pour la reconstruction et le développement (BIRD), chargée de financer la reconstruction. Le 9 mai 1947, la BIRD
effectue ainsi son premier prêt, envers la France, d'une valeur de 250 millions de dollars.
En 1948, le GATT (l'accord général sur les tarifs et le commerce) lance son premier round de négociations, visant
à favoriser les échanges internationaux en baissant les droits de douane. Après l'Uruguay Round, le GATT se
transformera en Organisation mondiale du commerce (OMC), en 1994.

D'un autre côté, la Commission économique pour l'Amérique latine et les Caraïbes (CEPAL), dépendante de l'ONU,
a aussi été fondée en 1948. Présidée par l'économiste argentin Raúl Prebisch de 1950 à 1963, la CEPAL sera l'un
des lieux d'émergences de la théorie de la dépendance critiquant les modèles linéaires et successifs de
développement antérieures (voir ci-dessous), et défendant le protectionnisme afin de protéger l'émergence de
l'industrie nationale et d'un marché intérieur7.

Plusieurs institutions financières internationales sont mises sur place, avec comme objectif officiel le
développement, bien que leur pratique effective ait été par la suite largement critiquée, en particulier par le
mouvement altermondialiste (voir par ex. La Grande Désillusion (2002) de Joseph Stiglitz, ex-directeur de la
Banque mondiale). Outre cette dernière, ces institutions incluent la Banque interaméricaine de développement
(1959) ; l'Association internationale de développement (1960) ; la Banque africaine de développement (1964) ; la
Banque asiatique de développement (1966).

L'opposition entre les États-Unis et l'URSS

Le 20 janvier 1949, dans le point IV de son discours sur l'état de l'Union, le président américain Harry Truman
utilise pour la première fois [réf. nécessaire] le terme de développement pour justifier l'aide aux « pays sous-
développés » dans le cadre de la guerre froide (doctrine Truman). Il y déclara être du devoir des pays du Nord
capitalistes, qualifiés de « pays développés », de diffuser leurs « connaissances techniques » et assistance aux
pays qualifiés de « sous-développés », pour qu'ils se rapprochent du modèle de société occidentale. Cette initiative
marque le triomphe d'une vision économétrique du développement, mesuré par le PNB par habitant. En 1953, le
président américain Eisenhower lance, en même temps qu'un programme de dissuasion nucléaire, le projet Atoms
for Peace, visant à exporter de la technologie nucléaire pacifique à plusieurs États; dans le même temps, l'Agence
internationale de l'énergie atomique (AIEA) était fondée afin de favoriser le contrôle de la technologie nucléaire et
son utilisation à des fins pacifiques (médicales, etc.).

Le projet Truman, qui heurtait l'isolationnisme américain, fut relancé par le président John F. Kennedy, via l'Alliance
pour le progrès (1961), à destination de l'Amérique latine. Ses effets furent néanmoins très modérés.

L'enjeu du développement était en effet au cœur de la rivalité entre l'Ouest et l'Est, chaque bloc promettant d'aider
ses alliés en échange de leur soutien politique. Ainsi, lors de la révolution cubaine de 1959, l'expropriation par le
régime de Fidel Castro de compagnies américaines (l'International Telephone and Telegraph Company et l'United
Fruit Company), en 1959, ainsi que la mise en place d'une réforme agraire, heurte de front les intérêts américains.
Dès juin 1959, le département d'État américain envisage de ne plus acheter le sucre cubain. Devant cette menace,
Cuba se tourne vers l'URSS, ravie de signer un accord commercial avec ce dernier (février 1960). La crise continue,
jusqu'à la rupture complète des relations avec Washington, menant à l'embargo contre Cuba (1962) pratiqué par
les États-Unis. Cette crise majeure de la guerre froide montre à quel point le développement économique et social,
ainsi que les relations commerciales inter-étatiques, sont instrumentalisées par les deux super-puissances
(l'URSS et les États-Unis d'Amérique).

Les divergences d'approches sur le développement économique et social entre le « monde libre » et le bloc de l'Est
(le rideau de fer) ont été illustrées par l'affrontement au sujet des diverses conceptions possibles des droit de
l'homme. Ainsi, tandis que les pays de l'Ouest signaient plus volontiers le Pacte international relatif aux droits
civils et politiques de 1966, les pays de l'Est lui préféraient le Pacte international relatif aux droits économiques,
sociaux et culturels (également de 1966). Cette divergence d'approche tend aujourd'hui à s'estomper, les droits
sociaux étant généralement considérés comme intrinsèquement liés à l'exercice effectif des libertés politiques.

L'émergence du Tiers-Monde : la CNUCED, le Nouvel ordre économique international (NOEI) et


la convention de Lomé

À la même époque, la décolonisation bouleverse le monde et les rapports de force au sein de l'ONU. En 1964, les
pays du Sud, nouvellement indépendants, créent la Conférence des Nations unies sur le commerce et le
développement (CNUCED), qui revendique des échanges commerciaux rééquilibrés, en particulier l’accès des pays
du Sud aux marchés du Nord et l’amélioration des termes de change. En effet, les pays du Tiers Monde, qui se
rassemblent autour du Groupe des 77, considéraient que les principes libéraux fixés par le GATT ne répondaient
pas à leurs problèmes spécifiques. La CNUCED aide à l'élaboration de nombreuses règles de droit international,
mais son rôle s'amoindrit à la fin des années 1980.

En 1966, l'Assemblée générale de l'ONU crée l'Organisation des Nations unies pour le développement industriel
(ONUDI), qui devient une institution spécialisée de l'ONU. Quelques années plus tard, en 1971, le Groupe des 77
s'organisent en G24 afin de pouvoir émettre des revendications communes face au G8, qui regroupe les
principales puissances mondiales. Enfin, le 1er mai 1974, l'Assemblée générale de l'ONU vote une résolution visant
à instaurer un Nouvel ordre économique international (NOEI), plus favorable aux États du Sud.

C'est à ce moment que la Communauté économique européenne (CEE) signe avec 46 pays d'Afrique, des Caraïbes
et du Pacifique (les pays ACP) la convention de Lomé (1975), qui a pour objectif de favoriser l'adaptation des pays
ACP à l'économie de marché de la BERD (Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement, créée
en 1990) par le biais d'une coopération entre la CEE et les pays ACP. Les divers accords de Lomé sont ainsi la
marque d'une politique de codéveloppement spécifique de la CEE (puis de l'Union européenne) envers ces États.

On met en place, dès Lomé I (1975), le STABEX, le système de stabilisation réparti par le Fonds européen de
développement (FED), qui vise à compenser la perte des recettes à l'exportation subie par tous les pays ACP. Lors
de Lomé II (1979), c'est le Sysmin (Système de Développement du potentiel minier) qui est mis en place. Il couvre
huit produits miniers et intervient si la baisse des cours menace l'outil de production. Le protocole sur le sucre, de
Lomé III (1984), prévoit l'importation de 1,3 million de tonnes de sucre de canne aux prix européens. Il aide ainsi le
« décollage » des pays fournisseurs de sucre de canne comme l'île Maurice, les îles Fidji ou la Guyane.

Les différents modèles de développement

Articles détaillés : Économie du développement et Sociologie du développement.

Depuis les années 1930, un certain nombre de pays d'Amérique latine (dont l'Argentine sous Perón, qui arrive au
pouvoir à la fin des années 1940), avaient mis en place un modèle d'industrialisation par substitution
d'importations (ISI). L'objectif de tels modèles de développement, d'abord mis en place de façon pragmatique
avant d'être théorisées par Raúl Prebisch, le président de la CEPAL, et l'économiste Celso Furtado, consistait à
protéger le marché intérieur (via des barrières douanières) afin de permettre à l'industrie nationale de se
développer.

Mises en place par l'Argentine, le Brésil, le Mexique, et, dans une moindre mesure, le Chili, l'Uruguay et le
Venezuela, (ainsi que par d'autres pays du Sud) ces stratégies prenaient un sens particulier, dans la mesure où
des États tels que l'Argentine étaient auparavant entièrement tournées vers l'exportation (modèle agro-exportateur
en Argentine, favorisé par l'oligarchie au pouvoir), à un point qu'on pouvait parler de ce dernier d'une quasi-colonie
de l'Empire britannique (traité Roca-Runciman de 1933). Or, après la Grande Dépression des années 1930, ces
pays qui dépendaient des exportations ont dû trouver un autre modèle économique.

L'émergence du Tiers-Monde en tant que troisième force, face aux deux blocs de la guerre froide, qui organise la
CNUCED et prône un Nouvel ordre économique international (NOEI), coïncide avec l'âge d'or de la théorie de la
dépendance, qui souligne les conséquences de la colonisation et du néocolonialisme sur l'économie des pays dits
« sous-développés ». Soutenue par des économistes tels que Fernando H. Cardoso (qui deviendra président du
Brésil dans les années 1990), l'économiste Raúl Prebisch (président de la CEPAL), ou le sociologue Immanuel
Wallerstein, la théorie de la dépendance s'oppose à la théorie de la modernisation ou de l'industrialisation, qui
prétend que les pays sont à un stade inférieur de leur développement ou que ces pays ne sont pas intégrés dans
l'économie globale. Ainsi, Walt Whitman Rostow (Les étapes de la croissance économique, Un manifeste non
communiste,1960) concevait le développement de façon linéaire et progressive: pour lui, chaque pays devait
nécessairement passer par certaines étapes, avant d'atteindre l'étape du développement proprement dit, qui
s'assimile en fait à la société de consommation de masse.

Ces théories linéaires à la Rostow sont alors fortement remises en cause, et progressivement abandonnées. La
théorie de la dépendance insiste en particulier sur la dégradation des termes de l'échange. Elle affirme, en outre,
que ces pays sont intégrés à l'ordre mondial, mais structurellement mis en état de dépendance continue. En
d'autres termes, le développement des pays du Nord s'appuie sur le « sous-développement » des pays du Sud. Les
inégalités entre le Nord et le Sud, et l'exploitation de ce dernier par le Nord, sont ainsi, pour ces théoriciens, une
condition du maintien du niveau de vie des pays riches, industrialisés, voire bientôt post-industrialisés.

Aux stratégies de développement autocentré, populaires en Amérique latine, s'opposent les stratégies
d'industrialisation orientées vers l'exportation, qui sont utilisées par les Quatre Dragons asiatiques (Corée du Sud,
Taïwan, Singapour, Hong Kong).

Combler le fossé entre le développement économique et le développement social ?

Bien entendu, d'autres théories de croissance existent, et celles-ci tendent de plus en plus à intégrer les facteurs
humains ou psychologiques. Ainsi, le modèle de Solow, d'inspiration néo-classique (Solow était néanmoins un
néo-keynésien), prétendait que les pays en voie de développement (PVD) rattraperaient mécaniquement les pays
développés, et que la croissance ne pouvait connaître de terme, étant stimulée par le progrès technique. Ce
modèle, optimiste, s'opposait au modèle de Harrod-Domar, développé dans les années 1940 et inspiré par la
Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie de Keynes. Ce dernier modèle soulignait le caractère
instable de la croissance et la nécessité d'une intervention étatique pour la soutenir.

À partir des années 1960, certains auteurs s'intéressèrent à l'émergence d'une société post-industrielle, fondée
sur une économie de l'information. Cela amena l'économiste Gary Becker (Prix Nobel) à insister sur le « capital
humain », formé par les compétences, les expériences et les savoirs. L'économie, ainsi, intégrait progressivement
dans ses modèles des facteurs extrinsèques à l'économie strictement dite, tentant ainsi de montrer
l'interdépendance entre le développement économique, social et culturel. Dans les années 1980, la théorie de la
croissance endogène formulée par Paul Romer et Robert E. Lucas intègre ainsi la notion de capital humain,
insistant sur l'importance de l'éducation et la santé pour le développement économique.
Les années 1990 : le consensus de Washington

Les Nouveaux pays industrialisés (NPI). Nombre d'entre eux ont


été frappés par la crise économique asiatique de 1997.

Mais l'émergence du consensus de Washington (élaboré par l'économiste américain John Williamson), au début
des années 1990, marque la fin de ces projets, et la suprématie de la doctrine néolibérale, qui prône des
« thérapies de choc » pour les États en crise. Le choc pétrolier de 1973, celui de 1979, puis la crise de la dette en
1982 (initiée par le Mexique, qui se déclare en défaut de paiement), a en effet lourdement affecté l'approche
économique jusque-là partagée peu ou prou par la plupart des États du « monde libre »: objectifs de plein emploi,
modèle d'économie sociale de marché ou de social-démocratie, etc.

Dans le même temps, le sommet de la Terre de Rio de Janeiro en 1992 pose les bases du développement durable,
qui cherche à réconcilier les aspects économiques du développement avec les aspects environnementaux et
sociaux. Toutefois, cette approche ne commencera à se diffuser qu'à partir des années 2000.

L'apparition des pays émergents caractérisés par un taux de croissance élevé (ou les nouveaux pays
industrialisés, qui ont connu un « décollage » à partir des années 1960), conduit à remettre en cause les théories
de la dépendance et à nuancer les thèses du « tiers-mondisme », influentes lors des années 1970. On montre ainsi
l'exemple des Quatre Dragons (Corée du Sud, Taïwan, Singapour, Hong Kong), des bébés Tigres (Malaisie,
Indonésie, Thaïlande, Philippines, Brunei) ou encore des « jaguars » (Mexique, Brésil, Argentine, Chili, Colombie,
Venezuela) pour montrer que le développement est possible, à condition de jouer sur les avantages comparatifs
(main-d'œuvre abondante et bon marché). Ces différents États ont néanmoins suivis des modèles de
développement divergents (industrialisation par la substitution d'importation, ou ISI, en Amérique latine ;
stratégies d'industrialisation orientées vers l'exportation pour les Quatre Dragons, etc.)

L'émergence de ces nouvelles puissances régionales conduit néanmoins à s'interroger, dans les pays du Nord, sur
les conséquences possibles sur le marché de l'emploi, l'attention de l'opinion publique se concentrant sur les
délocalisations (bien qu'il soit difficile de lier intrinsèquement les deux, les délocalisations étant un phénomène
économique particulièrement complexe, notamment parce que bien d'autres facteurs, tels que la proximité du
marché, jouent, outre le prix de la main-d'œuvre).

En outre, la faible diversité des produits exportés par les Quatre Dragons les a exposés aux fluctuations du
marché mondial. La crise économique asiatique de 1997 affecte ainsi durement les bébés Tigres avant de se
propager aux Quatre Dragons, puis à d'autres pays membres des BRIC (dont l'Argentine et le Brésil d'une part -
pays déjà affectés par la crise économique mexicaine de 1994-1995, ou « crise tequila », et la Russie d'autre part).

En 2001, l'Argentine est frappée par une crise très dure, qui conduit à une grève générale, à des émeutes (le
Cacerolazo) et à la démission du gouvernement. Dans les années suivantes, le gouvernement argentin, imité par le
Brésil du président Lula, remboursent intégralement leurs dettes envers le FMI et la Banque mondiale, afin de se
libérer de leur tutelle. Ils considèrent en effet que les politiques d'ajustement structurel imposées par ces derniers
ont été l'une des causes majeures de la crise.
Enfin, la persistance de la dette du Tiers-monde, menace perpétuelle sur l'équilibre économique mondial (comme
la crise de 1982 l'a prouvé), conduit certains à prôner soit son réaménagement, soit son annulation complète (voir
le Comité pour l'annulation de la dette du tiers monde, CADTM, fondé en 1990)8 [source insuffisante].

Le conflit de la banane

Article détaillé : Conflit de la banane.

Le conflit de la banane est représentatif des divergences d'approches sur le commerce international et sur les
modes d'aide au développement, en opposant en particulier d'un côté une approche libérale, prônant la
suppression de toutes les barrières douanières, qui est soutenue par l'OMC, et de l'autre une approche privilégiant
des accords multilatéraux profitant à certains États, en leur accordant des contingentements et l'assurance qu'on
achètera leurs produits.

Ainsi, en 1993, dans le cadre de la convention de Lomé, l'UE favorise les importations de banane venant des pays
ACP (Afrique-Caraïbe-Pacifique) en plafonnant les importations de bananes « dollar ». Ce système de
codéveloppement, fondé sur des bases protectionnistes, se heurte à l'opposition de Washington et de pays
d'Amérique latine non membres des pays ACP. Le conflit de la banane conduit ainsi cinq pays d'Amérique latine à
porter plainte contre l'UE devant l'OMC, tandis que Washington menace Bruxelles de rétorsions commerciales
unilatérales. Soixante pour cent du marché de la banane est en effet dominé par trois multinationales américaines
(Chiquita, Dole et Del Monte). L'Organe de règlement des différends de l'OMC condamne en 1997 l'Organisation
commune du marché de la banane (OCMB), et un accord est trouvé entre l'UE et Washington en 2001. Celui-ci
préserve deux principes de base de l'OCMB, le contingentement du marché et la préférence ACP, mais pourrait se
révéler préjudiciable à l'équilibre commercial du marché bananier en Europe. En effet, il risque de mettre à mal
l'activité d'importation de nombreux opérateurs européens au profit des seules multinationales.

Les Objectifs du millénaire pour le développement et le NEPAD

En 2000, l'Organisation des Nations unies (ONU) promeut les « Objectifs du millénaire pour le développement »,
visant à réduire de moitié la pauvreté dans le monde entre 2000 et 2015. Outre la lutte contre la pauvreté, ces
objectifs incluent le développement de l'école primaire pour tous ; la promotion de l'égalité des sexes et du droit
des femmes ; la réduction de la mortalité infantile ; l'amélioration de la santé maternelle ; la lutte contre la
pandémie du SIDA, la malaria, et d'autres maladies ; la lutte pour l'environnement ; enfin, la promotion d'un
partenariat mondial pour le développement. Près de dix ans après cette proclamation solennelle, les effets sont
très largement décevants.

La même année, deux projets initiés par des chefs d'État africains voient le jour, qui fusionnent en 2001 dans le
Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD), mené sous la supervision de l'Union africaine.
Le NEPAD a été initié par le Sud-Africain Thabo Mbeki, l'Algérien Abdelaziz Bouteflika, le Sénégalais Abdoulaye
Wade, le Nigérian Olusegun Obasanjo, et l’Égyptien Hosni Moubarak.

Toujours en 2000, la convention de Lomé entre la CEE et les pays ACP est remplacée par les accords de Cotonou,
qui réunit les 79 États du groupe ACP et les 27 pays de l'Union européenne, soit une population totale de plus de
700 millions de personnes9. Ces accords modifient de façon importante les conventions de Lomé, en mettant fin
au STABEX et au Sysmin sous leur forme existante, en conditionnant l'aide au développement, et en se plaçant
sous l'égide des objectifs de l'OMC : la libéralisation des échanges. Officiellement, il vise à rétablir les équilibres
macro-économiques, à développer le secteur privé, à améliorer les services sociaux, à favoriser l'intégration
économique régionale, à promouvoir l'égalité des chances hommes-femmes, à protéger l'environnement et à
abolir de manière progressive et réciproque les entraves aux échanges commerciaux. Les accords de partenariat
économique (APE), en cours de négociation, renforcent l'abaissement des barrières douanières prévues par cet
accord.

Les années 2000

L'aide publique au développement, qui stagne, est cependant considérée comme impérative, d'une part parce que
l'ONU reconnaît le développement en tant que droit, d'autre part parce que les organismes officiels tendent à
considérer celui-ci de plus en plus non pas seulement en tant qu'objectif humanitaire ou de solidarité
internationale, mais aussi comme objectif réaliste, intégré à des considérations sur la sécurité mondiale. En
d'autres termes, le lien entre le développement économique et social, la réduction des inégalités et la paix semble
de plus en plus évident.

En revanche, cette aide se voit de plus en plus conditionnée par différents objectifs. Ainsi, depuis quelques
années, des accords de gestion concertée des flux migratoires et de codéveloppement ont conditionné l'aide au
développement à la prise de mesures par les États du Sud visant à restreindre l'émigration. Le lien entre gestion
des flux migratoires et codéveloppement a ainsi été dénoncé par la Cimade, qui affirmait, en 2008, dans son
analyse du rapport de la Commission Mazeaud sur le cadre constitutionnel de la nouvelle politique d'immigration,
que : « Le développement est un droit reconnu par les Nations-Unies et ne saurait faire l'objet de conditionnalité
quelle qu'elle soit. Conditionner l'aide publique au développement au contrôle des flux migratoires constitue un
chantage d'autant plus inacceptable que certaines politiques économiques et commerciales européennes sont
loin d'être neutres sur les phénomènes migratoires »10.

Dans le même temps, la prise de conscience des contraintes environnementales sur le développement
économique et social, qui émergeait depuis les années 1970, s'est accentuée, notamment grâce aux études des
experts de l'ONG environnementale WWF. En popularisant le concept d'empreinte écologique, ces experts ont mis
en évidence que l'impact des activités des pays développés sur la biosphère était très supérieur à la biocapacité
mondiale, de sorte que le modèle de développement occidental issu de la révolution industrielle, prôné par Truman
en 1949, n'apparaît plus comme généralisable tel quel à l'ensemble de la planète.

Les moyens du développement

Le rôle de l'État est de créer les conditions de l'augmentation des compétences, afin que se développe un système
efficace de production et distribution de biens et services. Ceci est obtenu par l'amélioration de l'environnement
juridique : sécurité juridique, adaptation des lois.

Surtout depuis les années 1990 et dans les pays du Nord, les entreprises cherchent également à intégrer les
contraintes sociales et environnementales en adoptant des codes de conduite. Lorsque ceux-ci s'avèrent
insuffisants, les États peuvent voter des lois incitant les entreprises à rendre compte des conséquences sociales
et environnementales de leur activité, comme c'est le cas en France avec une disposition de la loi relative aux
nouvelles régulations économiques (article 116).
Développement social et croissance économique

La confusion des termes

Le progrès social

Le Rapport de la Commission sur la mesure des performances économiques et du progrès social, plus connu
sous la dénomination Rapport Stiglitz, Sen et Fitoussi, retient, entre autres, pour cerner la notion de bien-être, les
conditions de vie matérielles (revenu, consommation et richesse), la santé, l’éducation, les activités personnelles
dont le travail, la participation à la vie politique, les liens et rapports sociaux, l’environnement (état présent et à
venir) et l’insécurité, tant économique que physique5. Selon Dominique Méda il y a lieu de prendre en compte le
degré de violence de la société, de la xénophobie, de la criminalité et des inégalités11. L’indicateur de bien-être
économique d’Osberg et Sharpe inclut la réduction des inégalités et la protection contre les risques sociaux12. Le
temps disponible pour les loisirs joue de façon directe sur le bien-être13. Un travail décent incorpore des horaires
décents, la possibilité de combiner travail et vie de famille, dialogue social et représentation des travailleurs14. Les
conséquences des effets de ces différents domaines sont amplifiées lorsqu’ils se cumulent15.

Croissance et développement

Dès le départ le développement a été associé à la notion de croissance économique. Dans son discours
d’investiture le président Truman préconise de mettre les connaissances techniques à la disposition des régions
sous-développées et d’y encourager l’investissement des capitaux16. En 1991 le rapport mondial sur le
développement du PNUD confirme que « la croissance économique est nécessaire au développement humain »17.
Cependant en 1996 le rapport du PNUD constate que « les dernières décennies montrent on ne peut plus
clairement qu’il n’existe pas automatiquement de lien entre croissance économique et développement humain ». Il
spécifie que le développement humain est une fin dont la croissance économique est le moyen18. Cette
distinction entre croissance et développement a été initiée par François Perroux dans les années 1960 et reprise
par Amartya Sen19. Parce que la croissance peut être indispensable au bien-être elle a été assimilée au progrès
social. Mais au-delà d’un certain niveau de PIB par habitant l’augmentation de revenus et de consommation
n’augmente plus la satisfaction et le bien être20. Les évolutions comparées du PIB et de l’IDH aux États-Unis
confirment un écart croissant entre ces valeurs entre 1975 à 200521. Le PIB mesure essentiellement la production
marchande. Il est souvent traité, à tort, comme s’il s’agissait d’une mesure de bien-être économique22. Le rapport
du PNUD de 1990 affirme qu’un niveau de vie modeste peut s’accompagner d’une bonne qualité de vie et qu’à
l’inverse celle-ci peut être déplorable à de hauts niveaux de revenus23.

Une croyance occidentale

En biologie le terme développement indique communément le processus de croissance des êtres vivants,
processus naturel et spontané (développement d’un enfant ou d’une plante). L’emprunt de ce terme pour
caractériser les évolutions sociales laisse penser que le développement social relève lui aussi d’une succession
d’étapes se déroulant selon des « lois » bien établies19,24. Le phénomène social est ainsi rapporté à un
phénomène naturel25. Or, contrairement au développement biologique, des facteurs extérieurs peuvent changer
les évolutions des sociétés, tels les migrations, les alliances politiques, les guerres26. Les spécificités historiques
et culturelles de chaque peuple sont occultées. L’Occident s’impose comme seul modèle et référence27. Les pays
sous-développés auraient un simple retard alors que leur environnement technologique, démographique, culturel
et institutionnel est radicalement différent de celui qui a engendré les révolutions industrielles du Nord. Cette
thèse masque à peine un culte de la croissance industrielle comme priorité politique28.
Ivan Illich définit le développement comme le remplacement de compétences généralisées et d'activité de
subsistance par l'emploi et la consommation de marchandises, ce qui implique que le travail salarié devienne la
seule forme de travail reconnue (cf. droit au travail) et que les activités qui satisfont directement les besoins
stagnent ou disparaissent au profit de la consommation des marchandises29.

Pour Geneviève Azam également, la conception occidentale du développement par la technique relève plus d’un
acte de foi que d’une réelle conquête d’autonomie30.

Gilbert Rist l’analyse comme une croyance comparable à une religion31.

Des résultats contrastés

Soixante ans après que son extension aux pays du Sud a été officiellement mise à l’ordre du jour de la
communauté internationale, le développement social n’est pas encore réalisé32. Selon le rapport du PNUD de
2003, l’indicateur de développement humain était en recul, par rapport à 1990, dans 21 pays33. Le nombre de
sous-alimentés chroniques est passé de près de 800 millions en 1996 à 830 millions en 200634. En 2012 les
Nations unies déclaraient avoir presque atteint les objectifs du millénaire pour le développement en matière
d’accès à l’eau potable. Seulement 783 millions de personnes en restaient privées. Une réévaluation de ce chiffre
est faite dans le rapport 2013 de l’Organisation mondiale de la santé. Il est porté à 2,4 milliards35. Malgré la
croissance économique les inégalités et la marginalisation se sont accrues36.

Des corrélations non vérifiées

Le Rapport 2010 sur le développement humain du PNUD démontre explicitement qu’il existe une corrélation
négative très forte entre inégalité et développement humain37. La divergence entre le PIB et l’indice de bien-être
économique en France depuis la fin des années 1980 est en partie due au manque de progrès dans la réduction
des inégalités12. Selon Gustave Massiah, en Occident, la pauvreté est maintenant directement liée à la question
des inégalités38. Le gâteau peut grandir sans que les plus défavorisés en bénéficient. Tout est une question de
répartition39. Concernant les pays à niveau faible ou moyen d’IDH le Rapport note l’absence de corrélation forte
entre la croissance économique et les améliorations en matière de santé et d’éducation37.

Des objectifs en baisse

Si Truman, le premier, avait posé en 1949 comme objectif le développement, c’est le PNUD en 1990 qui a lancé la
notion de développement humain40.En 1993 le PNUD préconise d’assortir la liberté des marchés par des filets de
repêchage social pour les victimes41. En 2000 la Déclaration du millénaire a pour objectif de réduire de moitié, d’ici
à 2015, la proportion de la population mondiale dont le revenu est inférieur à un dollar par jour ainsi que celle des
personnes qui souffrent de la faim42. Promettre globalement le bien-être par le développement est implicitement
abandonné43. Même la cible est diluée. Au Sommet mondial de l’alimentation de 1996 l’engagement de
186 gouvernements avait été de réduire le nombre d’extrêmement pauvres de moitié entre 1996 et 201544.
L’Objectif du millénaire est de les réduire de moitié à partir de 1990 de façon à inclure la diminution de
170 millions de pauvres entre 1990 et 1996 due à la seule Chine En outre la diminution prévue porte en
pourcentage au lieu d’en nombre de pauvres ce qui diminue l’effort vu la croissance démographique plus
importante des pays les moins développés34.
Une croissance contestée

Selon la Commission sur le développement soutenable mise en place en 2003 au Royaume-Uni, une dissonance
existe entre croissance économique, durabilité environnementale et bien-être humain45. Les contempteurs de la
croissance dénoncent ses limites écologiques et sa relative inefficacité concernant le bien-être.

Les limites écologiques

La prise de conscience internationale de la finitude de la Terre date du Rapport Meadows rendu public en 197246.
Les limites imposées par cette finitude concernent les capacités de la Terre à fournir les ressources demandées
et à assimiler les déchets et pollutions47. L’empreinte écologique mesure ces capacités. En 2003 elles étaient déjà
dépassées de 25 % au niveau mondial48. À un certain niveau de dépassement un effondrement peut avoir lieu.
C’est ce qui est arrivé à des sociétés qui ont disparu et qui ont été décrites par Jared Diamond telles que l’île de
Pâques, les Mayas, les Vikings, entre autres49.

Des avancées limitées

Les progrès de la technologie et la croissance illimitée de la production devaient généraliser le bien-être50. L’État
providence ou la social démocratie au Nord et les programmes de développement au Sud y étaient préposés51.
Malgré la croissance les inégalités et la marginalisation se sont accrues tant entre pays qu’à l’intérieur des pays36.

Bien-être et développement économique

L’impossibilité écologique de miser sur une croissance illimitée et l’absence de lien fort entre croissance et bien-
vivre ont conduit à délier ce lien52. Le Rapport Meadows préconise une société qui rechercherait le développement
qualitatif et non l’expansion physique53. La qualité de vie est multidimensionnelle. Certains facteurs relèvent de
politiques mises en œuvre (santé, éducation, inégalités). D’autres sont inhérents à la personnalité de chacun
(choix individuels)54. Les premiers impliquent la construction d’un jugement collectif sur l’état de la société établi
à travers des débats et des interactions sociales55. Les seconds correspondent à l’utilisation que chacun fait de
son temps libre. Si la production décroît, le temps des loisirs augmente56. Le développement doit être construit de
bas en haut. Les objectifs intermédiaires peuvent varier d’une société à l’autre57. La variété culturelle, l’autonomie,
la liberté et l’autodétermination seraient les éléments d’une société durable58.

Aspects géopolitiques

Données géopolitiques du développement

La géopolitique repose sur la puissance des États, ainsi que sur des structures bancaires et monétaires. La
première puissance économique mondiale sont les États-Unis, avec le Dollard. Aujourd'hui, nous basculons
progressivement vers un monde multipolaire, ce qui fait que le Dollar est de plus en plus attaqué. Le Dollar est à la
fois un élément de soft power, de smart power et de hard power, puisqu'il permet d'empêcher le développement
des États qui ne conviennent pas aux intérêts américains, si bien que de plus en plus de pays cherchent à en sortir
et à créer d'autres monnaies. La puissance des États-Unis repose aussi sur l'État-providence, qui est remis en
cause aujourd'hui, du fait qu'il existe des inégalités entre les citoyens américains. De plus, le système social
américain se trouve défaillant. Enfin, les États-Unis dominent les grandes instances internationales, ayant par
exemple le premier PIB mondial ; leur poids dans les finances internationales s'en trouve donc renforcé.
Les pays développés déploient des réseaux sociaux-économiques globalisés, en plus de chercher à imposer leur
structure économique. Le Pentagone européen est un bon exemple de réseau, avec son développement à
différentes échelles. Notons que la question énergétique occupe une place centrale au sein de l'Union
européenne ; les énergies dites « propres » sont ainsi subventionnées, tandis que les énergies polluantes
subissent des malus. Par ailleurs, la question du nucléaire entraine de nombreux désaccords. Enfin, aujourd'hui,
nous nous trouvons dans une économie néolibérale, qui prend parfois des tournures protectionnistes, comme en
témoigne la récente guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine.

Aujourd'hui, on constate un équilibre géopolitique entre les puissances, étant donné que nous basculons peu à
peu vers un monde multipolaire. De plus, on peut aussi rendre compte d'une géographie économique du monde
avec certains espaces tronqués, ce qui induit des inégalités dans le développement. Ainsi, les pays anciennement
colonisés ont vu leur développement économique freiné par la colonisation. D'autres espaces se trouvant en
difficulté sont les territoires enclavés ou exclavés, ainsi que les pays enclavés, qui n'ont aucune ouverture
maritime. Une des exceptions notable est la Suisse, qui est un pays enclavé géographiquement, mais pas
politiquement. Il s'agit d'ailleurs d'un pays riche. Le développement s'appuie aussi sur des rapports de force ; la
fuite des cerveaux, l'emprise territoriale de certains États, la construction d'États et l'influence des « global
players ».

Enjeux géopolitiques du développement

Tout d'abord, le développement répond à des logiques territoriales. En effet, le rôle d'un État est d'aménager son
territoire. De plus, certains États sont reconnus par des pays alors que d'autres ne les reconnaissent pas. Il y a
enfin le niveau de probité, qui mesure le niveau de corruption d'un État (l'Ukraine et l'Albanie se trouvent en tête
des classements).

Ensuite, il y a aussi des logiques politiques au développement, puisque certains États tentent d'imposer leur
modèle de développement économique à d'autres, ce qui crée des concurrences entre États. Cela peu passer par
les formations universitaires, avec là encore une domination américaine. Notons que le soft power américain est
très puissant. Ainsi, même quand les Américains mènent des guerres sales, on a le sentiment qu'ils en sortent
toujours vainqueurs, ce qui est particulièrement visible dans l'industrie cinématographique. On voit donc que le
soft power est un outil de domination. Les projections sont aussi très importantes. En effet, si l'on suit les
projections, la Chine devrait être, d'ici 2050, la première puissance mondiale. Or, les projections poussent les
autres États à revoir leur modèle de développement afin de conserver leur position, le but étant de se trouver dans
une situation hégémonique. Enfin, il existe plusieurs modèles de développement. En outre, deux visions du monde
s'opposent aujourd'hui ; une vision occidentale du monde et celle des pays émergents (anciennement les BRICS).

Le climat, enjeu des relations internationales

Le climat est un enjeu complexe et multiforme. Les pôles sont très impactés par le réchauffement climatique qui
entraine une élévation du niveau des mers, qui peut provoquer la disparition de certains territoires insulaires ou
côtiers. Le réchauffement s'aggrave en raison de la constante augmentation de la population dans certains
continents, comme l'Afrique et l'Asie. En ce qui concerne l'Europe et l'Amérique du Nord, on constate une
stagnation voire un recul de la population. En effet, d'ici 2050, la population européenne devrait se stabiliser. Or,
plus la population est nombreuse et plus les risques augmentent. De ce fait, les aléas sont plus forts. La question
de l'exploitation des ressources mérite aussi d'être questionnée. En effet, la fonte des glaces va permettre
d'exploiter certaines ressources, faisant de l'Arctique un enjeu géopolitique majeur. On voit donc que derrière les
enjeux climatiques, il y a toujours des données économiques. Aujourd'hui, les pays du bloc occidental sont
contestés. Cela est problématique puisque le réchauffement du globe relève de projections occidentales, qui sont
donc elles aussi remises en question. En effet, les pays en développement accusent les pays développés de
vouloir conserver leur hégémonie en freinant le développement économique des pays émergents, en leur
imposant le développement durable. Ces protestations sont notamment portées par la Chine et la Russie.

Le réchauffement de la planète est lié aux émissions de gaz à effet de serre. Le développement durable symbolise
la lutte contre ce réchauffement, mais la question est de savoir comment lutter. La solution pourrait consister à
limiter l'extraction des sources d'énergie très polluantes. Le GIEC et l'IPCC proposent tous deux des constats et
des pistes pour le développement économique à l'échelle globale, mais sont contestés. Il y a aussi les sommets
de la Terre, dont le plus connu est celui de Rio, qui a lieu symboliquement au Brésil pour montrer l'impact de la
destruction de la forêt primaire en Amazonie. Ce sommet privilégie l'aspect économique aux conséquences sur
l'environnement. Surtout, c'est lui qui fixe la gouvernance mondiale ; chaque État doit en outre se fixer des
objectifs à atteindre. D'autres moyens permettent de lutter contre le réchauffement climatique. On peut citer les
agendas 21 qui concernent la santé et les domaines économique et social. Il y a aussi les conventions cadres
entre États, comme la convention sur le changement climatique, qui aboutit à la formation des conférences des
Parties (COP). La première COP a lieu à Kyoto et introduit la notion de gaz à effet de serre. En 2009, la COP15
(Copenhague) aboutit à la première dispute entre les pays de l'Occident et les BRICS. Toutefois, les discussions
restent stériles. La COP21 de 2015 donne lieu aux accords de Paris. Les COP permettent de lutter contre le
réchauffement climatique, et proposent aussi des alertes et des réflexions à propos des changements
environnementaux et du développement durable. Elles illustrent aussi la fracture qui subsiste entre les pays
développés et les pays en développement. En outre, les seconds donnent la priorité au développement
économique, plutôt qu'au développement durable.

Notes et références

1. Joseph Aloïs Schumpeter, Capitalisme, socialisme et démocratie, 1942.

2. « Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (https://www.ohchr.org/FR/Professi


onalInterest/Pages/CESCR.aspx) [archive] », sur ohchr.org (consulté le 20 janvier 2019)

3. Meadows, p. 378

4. Rapport, p. 13

5. Rapport, p. 16
[réf. non conforme]
6. Ivan Illich Dans le miroir du Passé - Conférences et discours, 1978-1990 « Nous fîmes alors
connaissance avec le "développement" dans son acception actuelle. Jusque-là nous n'usions de ce terme
qu'à propos des espèces animales ou végétales, de la mise en valeur immobilière ou des surfaces en
géométrie. Mais depuis lors il peut se rapporter à des populations, à des pays et à des stratégies
économiques »

7. Cf. théorie de Friedrich List. Afin de mieux affronter la concurrence internationale, la politique économique
nationale doit protéger les industries naissantes et les accompagner jusqu'au stade de la maturité. F. List
résume sa théorie dans la citation suivante "le protectionnisme est notre voie, le libre échange est notre but".

8. « Comité pour l'abolition des dettes illégitimes (http://www.cadtm.org/Francais) [archive] », sur cadtm.org
(consulté le 17 novembre 2018).

9. États parties des accords de Cotonou (http://www.acpsec.org/en/acp_states.htm) [archive]


10. Cimade, Analyse du Rapport Mazeaud (http://www.cimade.org/uploads/File/defense-des-droits/Analyse_rap
port_Mazeaud_entree_sejour_asile.pdf) [archive], juillet 2008, p. 2

11. Partage, janvier 1997, p. 10

12. Rapport, p. 262

13. Rapport, p. 147

14. Rapport, p. 192

15. Rapport, p. 17

16. Rist, p. 130 et 131

17. Rist, p. 164

18. Partage, octobre 2001, p. 25

19. Alternatives économiques, juillet 2001, p. 79

20. Coutrot, p. 16

21. Stiglitz, p. 234

22. Stiglitz, p. 23

23. Rist, p. 359

24. Rist, p. 56 et 57

25. Rist, p. 57

26. Rist, p. 59

27. Rist, p. 83

28. Alternatives économiques, décembre 2001, p. 76

29. Ivan Illich, Le Travail fantôme, éd. du Seuil, 1980, p. 21.

30. Azam, p. 198

31. Rist, p. 47 à 54

32. Rist, p. 51

33. Rist, p. 411

34. Observatoire des inégalités, p. 290

35. Le Monde du 15 mai 2013

36. Rist, p. 382

37. http://www.france.attac.org/archives/spip.php?article11862 [archive]

38. http://www.france.attac.org/archives/spip.php?article9382 [archive]

39. http://alternatives-economiques.fr/blogs/gadrey/2009/09/28/le-theoreme-du-gateau-qui-doit-grossir-et-le-
retour-des-propibes/ [archive]

40. Rist, p. 358

41. Rist, p. 388


42. http://omd2015.fr/?p=112 [archive]

43. Rist, p. 387

44. Observatoire des inégalités, p. 289 et 290

45. Cassiers, p. 7

46. Boutaud, p. 14

47. Meadows, p. 358

48. Boutaud, p. 85

49. Azam, p. 73

50. Rist, p. 375

51. Rist, p. 379

52. Cassiers, p. 10

53. Meadows, p. 359

54. Stiglitz, p. 45

55. Coutrot, p. 64

56. Stiglitz, p. 147

57. Ritz, p. 443

58. Meadows, p. 363

Voir aussi

Bibliographie

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Jacques Brasseul, Introduction à l'économie du développement, Armand Colin, 2008

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http://www.stiglitz-sen-fitoussi.fr/documents/rapport_francais.pdf [archive]

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sciences politiques, 2007

Donella Meadows, Dennis Meadows, Jorgen Randers, Les limites à la croissance (dans un monde fini), Éditions
Rue de l'échiquier, 2012

Geneviève Azam, Le temps du monde fini, Les liens qui libèrent, 2010
Thomas Coutrot, David Flacher, Dominique Média (Coordonné par), Pour en finir avec ce vieux monde. Les
chemins de la transition, Les éditions Utopia, 2011

Aurélien Boutaud, Natacha Gondran, L'empreinte écologique, La Découverte, 2009

Isabelle Cassiers et alii, Redéfinir la prospérité. Jalons pour un débat public, Éditions de l'Aube, 2011

Observatoire des inégalités, L'état des inégalités en France. Données et analyses 2009, Belin, 2008

-Elizabeth Thurbon, « L'État développeur : défense du concept (https://www.cairn-int.info/revue-critique-internati


onale-2014-2-page-59.htm) [archive] », Critique internationale, 2014/2 (N° 63), p. 59-75.

les Indicateurs de sous développement (http://economiedeveloppement.blogspot.com) [archive]

Articles connexes

Notions

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Liens externes

Ressource relative à la santé : Medical Subject Headings (https://meshb.nlm.nih.gov/record/ui?ui=D05721


7)

Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes : Britannica (https://www.britannica.com/topic/


economic-development) [archive] · Encyclopédie de l'Ukraine moderne (http://esu.com.ua/search_articles.php?id
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tps://www.universalis.fr/encyclopedie/developpement-economique-et-social-histoire/) [archive]

Notices d'autorité : BnF (https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb119313205)


(données (https://data.bnf.fr/ark:/12148/cb119313205) ) ·
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