Guerres, famine, pestes noires, sorcières, diables, exorcismes, princesses, chevaliers,
histoires d’amour et contes de fées telles sont les images attribuées à une période si agressive,
si obscure, si ténébreuse et si fantastique et si féérique. C’est un Millénaire plein de drames,
de changements, de créations, de rêves et de contrastes. Bienvenue au Moyen Âge !
Partie I : Le Moyen Âge
Introduction
L’empire romain, étant vaste, ne pouvait être gouverné par un seul homme ou une
seule ville. A partir du IVème siècle, il s’est divisé en deux entités distinctes, l’empire romain
d’occident (Italie, Gaule, Espagne, etc.), que Rome continue à diriger et l’empire romain
d’orient plus connu sous le nom de Byzance, avec Constantinople comme capitale. Tandis
que l’empire d’orient (l’empire byzantin) essayait de restaurer son ancienne puissance,
l’empire d’occident est emporté par les grandes migrations du Ve siècle.
Les tribus germaniques ont causé la chute des romains en 476, laissant la place à
l’anarchie et au déclin. Cependant, leur contact avec ces derniers ainsi que les populations
gallo-romaines leur ont donné envie d’imiter le mode de vie des romains sur tous les plans :
économique, politique et social. C’est pourquoi ils vont instaurer des royaumes à l’image de
l’empire romain. La première dynastie est la dynastie mérovingienne où les rois avaient tenté
d’unifier l’Europe occidentale. Cet exploit a été accompli par les carolingiens. L’empereur
Charlemagne a réussi à convertir la majeure partie des populations au christianisme et a mis
en place une administration au service de son pouvoir où les comtes, les évêques et les missi
dominici1 lui jurent fidélité. Suite à la mort de Louis le pieux fils de Charlemagne, l’empire
carolingien a été divisé en trois parties gouvernées par l’un des petits fils de ce dernier. Le
morcellement de l’empire ainsi que l’incapacité des rois à le défendre contre les envahisseurs
a causé sa chute, laissant ainsi la place à un nouveau mode d’organisation politique et
socioéconomique : le système féodal.
1
Les envoyés du seigneur
1
I- La féodalité
L’impuissance des rois devant l’invasion a poussé les comtes à lever des armées,
construire des châteaux forts afin de protéger les territoires qu’ils gouvernaient au nom de
l’empereur. Leur titre est devenu héréditaires et est transmis d’une génération à l’autre d’où
l’apparition des seigneurs féodaux.
« La mort de louis le pieux rappelle celle de Clovis trois siècle plus tôt.
L’impossibilité d’établir un droit d’aînesse entraîne le morcellement de ses États en
plusieurs principautés rivales. Les luttes incessantes des descendants de Louis le Pieux
conduisent l’empire des Francs dans une nouvelle spirale d’anarchie, alors qu’aux
frontières, Vikings, Arabes et Slaves multiplient leurs agressions. 1 ».
1- La domination des seigneurs
À l’origine, les seigneurs étaient des fonctionnaires au service de l’empereur qui
pouvait révoquer leur titre à tout moment, et ils recevaient des terres (fiefs) en échange de leur
service. Le lien de vassalité est affirmé lors la cérémonie d’hommage. Cette tradition a été
conservée et les seigneurs féodaux attribuaient des terres à d’autres hommes libres en échange
de leur loyauté.
À cette époque, presque toutes les terres sont détenues par les seigneurs. Chaque
seigneur dirige une seigneurie. Il tire ses revenus des produits cultivés sur son sol par les
paysans. Elle comprend deux parties : la réserve (c’est son domaine) que le seigneur garde
pour lui, et les tenures : les terres qu’il loue aux paysans en échange des corvées (travaux
obligatoires) et de redevances (impôts). Les principaux prélèvements sont les suivants : le
cens (argent dû pour la location des terres), la taille (impôt direct), la gabelle (impôt sur le
sel), les fouages (redevance par maison ou par feu), les banalités (taxes sur le fonctionnement
du four banal, du moulin, sur le travail du bouilleur de cru), les droits de passage sur les ponts
ou encore les jours de corvée. Les redevances que doit un paysan à son seigneur sont donc
doubles : foncières et banales.
1
Langevin, Pierre. Le Moyen Âge. Ed, First Editions, Paris, 2007. p65
2
Pour que les paysans ne soient pas enclins à la révolte face à ces impôts, les seigneurs,
en accord avec l’église, accordent de nombreux jours fériés où le peuple fête ses saints patrons,
la venue du printemps ou la salaison du cochon.
Les seigneurs disposent de nombreux pouvoirs : ils commandent, protègent, jugent
et administrent. Les paysans dépendent du seigneur, ils construisent des villages et mettent en
valeur les terres pied du château. Occupé par les guerres et donc souvent absent de ses terres,
le seigneur délègue une partie de ses pouvoirs à un homme de confiance : l’intendant. Celui-
ci organise et surveille les corvées.
Vue le nombre de taxes imposés sur les paysans, ces derniers vont chercher à
accroitre leurs moyens de substances ; et cela, à l’insu de leur propriétaire, leur seigneur, en
cultivant de nouvelles terres. Mais ces derniers eux- mêmes finissent par encourager ces
défrichements, car ils peuvent en tirer profit en levant les droits sur les terres nouvellement
mises en culture : c’est ainsi que les seigneurs ecclésiastiques, et ils étaient nombreux, se sont
mis à prélever les dîmes sur les terres nouvelles ; en plus des dîmes pesant sur les champs
depuis longtemps mis en culture.
En définitif, le XIe siècle débute en plein chaos et bouleversements « l’an 1000 se
lève sur un monde bouleversé, qui semble violent, voire « terrifiant » selon l’imagerie
romantique ; mais où des forces neuves se trouvent déjà à l’œuvre. C’est d’ailleurs à l’aube
du XI siècle que des penseurs politiques, tous hommes d’église, réfléchissent à la société
idéale et formulent « la théorie des trois ordres ». Dans le monde des hommes, il y aurait ceux
qui prient, ceux qui combattent, ceux qui travaillent. 1»
L’église avait un pouvoir non-négligeable au cours du Moyen Âge central. Les
seigneurs ecclésiastiques possédaient des terres, imposaient des impôts et limitaient les jours
où l’on peut guerroyer. L’église a mis au point certaines règles à respecter et a essayé de brider
la violence des seigneurs laïcs. Malgré la place qu’elle occupait dans la société européenne,
elle n’a pas pu arrêter les guerres entre les seigneurs et elle a commencé à se sentir menacé
par les chevaliers et leur code d’honneur, c’est pourquoi les prêtres prêchaient la croisade
« l’orient fournira un exutoire à la bouillante chevalerie ».
1
Langevin, Pierre. p85
3
2- La chevalerie
La guerre ne se résumait pas à des batailles opposant deux peuples, mais elle était
intégrée à la vie quotidienne. Conséquence du régime féodal, où chaque seigneur attaque le
territoire d’un autre causant ainsi différents troubles, insécurité, misère et famine. Afin de
pouvoir défendre leur seigneurie, les seigneurs laïcs, passent une grande partie de leur temps
à s’entrainer au combat à cheval. Ils sont faits chevaliers lors de la cérémonie d’adoubement 1.
Le châtelain, pour assurer son pouvoir, rassemble quelques hommes d’armes. Les
premiers chevaliers sont simplement des combattants à cheval. L’équipement militaire
comprend alors une cotte de maille (le haubert), un casque, un bouclier, l’épée et la lance.
Vers 1100, la panoplie complète coûte l’équivalent d’une trentaine de bœufs, et pour un
seigneur, l’entretien d’un chevalier engloutit les revenus d’une seigneurie moyenne. C’et pour
cette raison que les châtelains se voient obligés d’accorder un fief à leurs hommes, les revenus
de la terre fournissant l’équivalent d’un salaire. Dans ces conditions, le chevalier connaît une
rapide ascension sociale et devient à son tour un petit seigneur.
La chevalerie gagne d’ailleurs, en même temps, ses lettres de noblesse : chantée dans
les chansons de geste, comme la chanson de Roland, elle devient si prestigieuse que de
puissants souverains, comme Richard cœur de lion (1157-1199), vont se considérer comme
des rois chevaliers.
Les chevaliers avaient un code moral très strict, et devaient protéger, en plus du
seigneur, tous les démunis. Ils sont sujets de plusieurs contes, chansons et romans. Ils ont
inspiré différents écrivains, poètes et artistes et leur dévouement à leurs dames a donné
naissance à une forme littéraire bien particulière : la littérature courtoise.
1
Cérémonie au cours de laquelle un jeune homme devient chevalier.
4
II- La littérature médiévale
La chute de l’empire romain ne marque pas uniquement le début du Moyen Âge, mais
elle a aussi engendré une série de transformations qui se sont opérées aussi bien, au niveau
politique qu’au niveau social et culturel. La transformation de l’ancienne langue, le latin, en
une panoplie de nouvelle langues dites « romanes » (parlées par les anciennes populations
romanisées) est le phénomène le plus fascinant marquant le Haut Moyen Âge.
Les barbares qui se sont installé en Gaule n’ont pas pu, au début, imposer leurs
langues. Cependant, le latin va évoluer en se simplifiant et en se provincialisant. La langue
latine est parlée dans chaque région avec un accent différent : « ce processus général amène
l’apparition de dialectes « romans », ancêtres du français, de l’italien ou de l’espagnol par
exemple ». Au IXe siècle, ce changement a eu un grand impact sur la société européenne, les
évêques sont obligés de traduire leurs serments en langue romane afin que les fidèles puissent
en comprendre le contenu.
C’est au XIe siècle que les langues vulgaires commencent à être couramment écrites :
les nouvelles langues. Parallèlement, une riche culture profane voit le jour « qui ne doit rien à
la lecture des anciens. Le roi Arthur vaut bien Énée, et la fée Morgane, les gorgones de la
mythologie grecque ! ». Cette culture a émergé au cours du XIe et XIIe siècle. Chanson
d’amour et chansons de geste, romans et farces, le répertoire littéraire médiéval innove le
champ culturel.
Comment la culture influence-t-elle la création littéraire et artistique ?
La culture au Moyen Âge est principalement religieuse : les enseignants, les
étudiants, les hommes de loi, qui dépendent tous de l’autorité religieuse, écrivent et parlent en
latin mais la volonté de créer une culture profane va favoriser l’établissement et le progrès du
français, qui favorisera l’autonomie des lois de la société féodale, qui sont désormais rédigées
en français, par rapport à l’église. Cette orientation n’altère en aucun cas la foi ardente qui
anime toutes les couches de la société et qui s’exprime aussi bien dans les croisades que dans
la construction des cathédrales.
La vie intellectuelle est assurée d’abord par les clercs et puis par les universitaires1.
L’écrivain médiéval est très lié, matériellement, à la société dans laquelle il vit (pour un
1
Les universités ont été crées au XIIe siècle. Celle de paris vit le jour en 1200 et reçoit en 1252 de son
premier directeur, Robert Sorbon, le nom de Sorbonne qu’elle porte encore aujourd’hui.
5
poème, pour une composition, les clercs reçoivent du seigneur ou des notables quelques pièces
d’argent, un repas, des vêtements) et il ne peut pas exister sans elle ou contre elle. Il partage
donc les valeurs, les croyances et les goûts du groupe pour lequel il compose. Ces œuvres
reflètent les idéaux de ce dernier. La chanson de geste glorifie la chevalerie, la littérature
courtoise codifie les relations de la société seigneurale et la littérature satirique en dénonce les
abus.
1- La chanson de geste et le roman (littérature chevaleresque)
Le premier genre à s’imposer à la fin du XIe siècle est celui de la chanson de geste 1
qui raconte les hauts faits des héros légendaires, qui appartiennent surtout au
monde carolingien2, tels Ogier le Danois3, Guillaume d’orange4 ou Roland5.
Les jongleurs devaient chanter ou psalmodier ces récits devant un public
aristocratique, le faisant rêver aux grands héros du passé. Dans cette société féodale et
morcelée, on chantait la gloire d’une Europe unifiée sous la bannière de l’empereur, ou encore
on exaltait les exploits des croisés en orient.
Au XIIe siècle, les français inventent le roman : le terme s’appliquait, au début, à tout
écrit en langue vulgaire ou romane avant de désigner un récit en vers, destiné à être lu et non
plus chanté. Ses thèmes sont variés : thèmes antiques comme le Roman de Thèbes, le Roman
d’Enée ou le Roman d’Alexandre et thèmes bretons avec le roi Arthur comme personnage
central.
Cette figure légendaire qui aurait combattu les saxons au début du VIe siècle, a été
popularisé par un clerc de la cour anglo-normande, Geoffrey de Monmouth. Son Histoire
des rois de Bretagne, souvent recopiée, va fournir la trame des innombrables romans
arthuriens. Chrétien de Troyes est l’un des romanciers français les plus connus du Moyen
Âge, il est connu par ses œuvres qui exploitent toute la matière de Bretagne tels que :
le chevalier à la charrette où il relate l’histoire de l’amour adultère de Lancelot pour la
reine Guenièvre épouse du roi Arthur, le conte de Graal ou le chevalier Perceval le Gallois
1
Geste du latin gesta qui signifie « acte accompli »
2
On ignore comment s’est transmis le souvenir des personnages historiques morts plusieurs siècles auparavant
3
4
Héro épique, l’un des soldats fidèles de Charlemagne
Personnage inspiré par le comte de Toulouse cousin de Charlemagne, qui deviendra saint Guilhem
5Héros épique et chevalier franc, il est le neveu de Charlemagne et comte de trêve chargé de défendre son royaume
contre les bretons
6
qui devait lever une malédiction qui pesait sur le château de son hôte le roi pêcheur. Toutefois,
cette œuvre est inachevée. À partir du XIIIe siècle, la prose remplace le vers.
2- La fin ‘Amor (la littérature courtoise)
La fin ’Amor ou l’amour courtois représente l’amour inassouvi d’un chevalier pour
une dame, têtue, belle et souvent supérieure par le rang social. Les troubadours (en occitan, le
verbe trobar signifie « trouver, composer ») excellent dans la chanson de l’amour : de petits
textes d’une cinquantaine de vers. Le premier troubadour est le duc d’Aquitaine, Guillaume
IX qui était « l’un des hommes les plus courtois du monde, et un des plus grands trompeurs
de femmes ».
Bernard de Ventadour, né dans le château de Ventadour, de condition modeste,
s’éprend de la vicomtesse du lieu, à qui il dédie, ses premiers chants. Il existe, aussi, des
femmes troubadours, les trobairitz, comme la comtesse de Die, qui chante ainsi son amant :
« Je voudrais bien mon chevalier
Tenir un soir en mes bras, nu,
Et qu’il se considère heureux
Que je lui serve d’oreiller… »
Au XIIIe siècle, l’art des troubadours est remplacé, peu à peu, par de nouvelles formes de
poésie.
3- Rire et Humour (la littérature satirique)
Chevalerie, courtoisie, les récits médiévaux abondent d’histoires racontant les quêtes
des chevaliers et leur amour sincère pour leurs dames. Cependant, une nouvelle forme de récits
va apparaître et va être couronnée de succès : les fabliaux.
Cette nouvelle vogue est une conséquence directe d’un mouvement de transformation
qui va bouleverser la société féodale. La création des villes autour des châteaux, l’essor d’une
nouvelle activité économique : le commerce et l’apparition d’une nouvelle classe sociale qui
chamboulera le système des trois ordres : la bourgeoisie, vont engendrer une nouvelle
perception de la vie et du rôle que chacun doit jouer. L’humour est le moyen par lequel, les
auteurs médiévaux vont critiquer l’ordre établi. Mais il serait erroné d’y voir des
textes engagés contre le système en soi puisqu’ils s’adressent toujours à la classe dominante
7
en l’invitant à respecter la morale et les principes religieux comme la tradition l’exige « Si l'on
présente un mauvais chevalier, ce n'est pas pour critiquer la chevalerie dans son essence, mais
pour dénoncer une faute, une erreur, un manquement qui peut compromettre les valeurs
reconnues par tous. Ainsi, dans le Roman de Renart, la satire de la justice royale ou des
pèlerinages encouragés par l'Église se lit moins comme une critique des institutions que
comme un rappel de leur vraie nature.1 ».
Cette nouvelle littérature qu’on appellera : littérature satirique, a vu le jour pendant
le XIIIe siècle où on assiste à l’apparition de contes en vers, triviaux et très souvent obscènes.
Le Roman de Renart a le même esprit : il s’agit en fait d’une série de contes ayant pour
personnage principal Renart le goupil2farceur et sans vergogne, il passe son temps à tromper
Ysengrin, le loup stupide ou à voler, d’une manière ingénieuse, le repas du corbeau Tiècelin.
Enfin, le théâtre ne mettra plus en scène que des épisodes bibliques mais aussi des
pièces profanes comme les sotties dont les héros sont des sots à qui tout est permis ; les farces
qui se jouent à trois ou quatre personnages, reposent sur des intrigues assez simples, où les
insultes et les coups abondent.
La farce de Maître Pathelin date du XVe siècle et raconte l’histoire d’’un avocat
véreux qui reçoit la visite d’un berger malhonnête, Thibaut l’Agnelet. Ce dernier a mangé les
bêtes mises sous garde et est menacé par un procès. L’avocat lui conseille de répondre « bêê »
à toutes les questions qu’on lui posera. Le berger est acquitté grâce à ce stratagème, mais
quand l’avocat demande ses honoraires, il reçoit en réponse un long « bêê » …
Pour conclure ce chapitre, la littérature satirique est la manifestation du changement
qui concerne tous les niveaux : politique (le début de l’affirmation des rois face aux seigneurs
féodaux), social (la naissance du sentiment d’appartenance à une nation et l’apparition des
premiers états européens), économique (le commerce) et culturel (les auteurs commencent à
s’intéresser aux autres classes sociales en décrivant leur quotidien et leur mode de vie alors
que leurs prédécesseurs ne s’intéressaient qu’aux nobles).
1
Moyen Âge-XVIe siècle. Ed, Hatier.p11
2
En ancien français goupil veut dire « renard » et Renart ou Renard est un prénom
8
III- L’art médiéval
Le Moyen Âge voit l’éclosion de deux styles nouveaux qu’on appellera plus tard
« roman » et « gothique ».
1- L’art roman
L’arrêt des invasions, la reprise démographique et l’essor économique qui ont
caractérisé le début du XIe siècle ont encouragé les travaux de construction dans l’Europe
occidentale. On appelle « roman » l’art qui fleurit aux XIe et XIIe siècles. Dans chaque région
se développe un style différent. Les vastes chantiers favorisent le renouveau de tous les arts :
l’architecture, la peinture et la sculpture. Les thèmes abordés par les artistes sont inspirés des
légendes et mythes bibliques et reflètent une société religieuse et très attachée à la tradition
chrétienne.
2- L’art gothique
En expérimentant des techniques nouvelles, les architectes romans aboutissent à ce
que l’on appelle le gothique ou l’art français. L’architecture gothique se distingue par :
✓ L’arc brisé
✓ La voûte en croisé qui remplace la voûte en berceau ce qui allège son poids et permet
donc de pousser en hauteur et en largeur
✓ L’évidement des murs au profit des verrières
Au cours de la seconde moitié du XIIe siècle, le mouvement concerne plusieurs
cathédrales appartenant à différentes régions. Les bâtiments gothiques sont rayonnants et
lumineux contrairement aux constructions romanes qui sont sombres et trapus. Aussi, le
gothique n’est pas influencé par l’art antique mais il est le fruit d’une expérience européenne
riche d’événements et de changements qui dessineront son image au fil du temps.
En définitif, les domaines, artistique et littéraire, changent et évoluent en fonction de
la société qui n’a cessé de se transformer, d’évoluer et/ou de régresser tout au long du Moyen
Âge. Ces changements vont pousser les intellectuels à repenser le monde et à se focaliser
sur l’Homme au lieu de l’au-delà. Cet intérêt grandissant pour la nature humaine impacte
la littérature et l’art qui renaîtront sous de nouvelles formes : c’est la Renaissance.
9
Partie II : la Renaissance
Beauté, créations, imagination, inventions, rationalisation, guerres, crises religieuses
et gloire sont des termes qui décrivent une seule et même période, la Renaissance. Elle s’étend
du XIVe au XVIe siècle.
Pourquoi utilise-t-on le mot Renaissance ? Comment le définit-on ?
La Renaissance ne signifie guerre redonner vie au Moyen Âge, mais la réhabilitation
d’un passé révolu. Les hommes de la renaissance voulaient rendre vie à la culture gréco-
romaine, oubliée, détruite, et reniée par les intellectuels du Moyen Âge.
« Les hommes de la renaissance voulaient rendre vie à la culture de
l’antiquité gréco-romaine, disparue depuis un millénaire pour deux
raisons :
- L’usure du temps : les monuments antiques étaient détruits ou
défigurés. Les œuvres des anciens avaient physiquement disparu
- Le triomphe du christianisme : pour lequel les civilisations
préchrétiennes étaient immorales, et leurs races devaient être extirpées
sans pitié. 1»
Malgré la richesse et l’évolution de l’Europe médiévale dans différents domaines,
l’emprise de l’église et l’autorité des seigneurs féodaux empêchaient toute réflexion et
création en dehors du cadre chrétien limitant ainsi les capacités et les talons des scientifiques,
des écrivains, des poètes et des artistes :
« De plus, l’univers culturel médiéval était de type fermé, aucune
pensée, aucun art, ni aucune action ne pouvaient se développer hors du
cadre chrétien, étroitement contrôlé par les autorités religieuses. C’est la
raison pour laquelle la Renaissance se développa de façon très
conflictuelle2 »
Ainsi, les humanistes avaient choisi d’explorer le savoir gréco-romain, de
l’authentifier et le traduire afin de recréer l’Europe à l’image de la civilisation antique.
1
2
Saladin, Jean-Christophe. La Renaissance. Ed 8, 2017.
Ibid.
10
I- Moyen Âge et Renaissance
1- Les différences
Nous pouvons dessiner les frontières entre ces deux périodes selon les conceptions
du temps, du corps, de la langue et du pouvoir.
- Le temps : au Moyen Âge l’histoire est divisée en deux époques distinctes :
a- De la création à Jésus : le temps des ténèbres, du paganisme et de l’hérésie qui
prendra fin avec la venue du messie
b- De Jésus au jugement dernier : les années du salut qui s’achèveront par la défaite
du christianisme face aux infidèles annonçant ainsi la fin du monde
- Le corps : le corps humain n’est qu’une enveloppe mortelle, sale, vulgaire et source
de mal qui abrite une âme pure et immortelle. C’est la raison pour laquelle, l’Homme,
depuis sa naissance et jusqu’à sa mort, est encadré par le clergé catholique. Malgré la
célébration de la beauté dans les œuvres chevaleresques et courtoises, le corps humain
restait tabou.
- La langue : selon les humanistes, le latin était vulgaire et ne reflétait en aucun cas le
latin élégant de l’antiquité.
- Le pouvoir : il était décentralisé, et divisé entre les seigneurs féodaux. Le roi n’était
qu’un symbole permettant à l’église de dominer l’ensemble de la population
financièrement, politiquement et moralement.
La Renaissance a redéfini ces notions en se focalisant sur l’intérêt et le bien-être de
l’Homme. Les humanistes ont démontré l’absurdité des propos de l’église, les rois ont décidé
de centraliser le pouvoir (le début de l’absolutisme : le roi détient les trois pouvoirs, le pouvoir
législatif, exécutif et judiciaire) et les artistes ont révolutionné le monde des arts en
représentant le corps humain et en abordant d’autres thèmes outre la religion.
11
2- Les idées mobilisatrices
Les hommes de la Renaissance défendaient les mêmes idées et croyances et avaient
les mêmes objectifs :
- Se débarrasser de la barbarie gothique
- Le retour aux sources
- La restauration de la culture antique
- Prôner l’expérience
- Authentifier les anciens textes
- Encourager la création et l’invention de nouvelles techniques dans différents domaines
y compris l’art (la sculpture, la peinture, etc.)
- Redéfinir la géographie en explorant de nouvelles contrées
- Tracer de nouvelles frontières
- L’émancipation de l’individu
- Enrichir la langue nationale (le travail entamé par les poètes de la pléiade)
- Dénoncer l’église (le mouvement de la réforme initié par Martin Luther qui s’est
révolté contre l’église catholique et ses pratiques douteuses « le commerce des
Indulgences »)
Le domaine économique a subi, à la suite des grandes découvertes géographiques, une
réelle transformation au niveau des concepts et des techniques grâce à l’essor du commerce
maritime qui va devenir le principal pilier de l’économie européenne. Ce changement
économique a donné naissance à une nouvelle classe sociale riche et influente appelée : la
Bourgeoisie.
12
II- La fin de la Renaissance
« La Renaissance ne fut pas une révolution politique, mais culturelle. Cependant,
ses principaux acteurs se nourrissaient du souvenir des glorieuses Républiques
antiques d’Athènes et de Rome. Ils se rêvaient citoyens de principautés
indépendantes gouvernées par des princes éclairés, au sens où Auguste était le
prince du Sénat et non pas un empereur-tyran, comme le seraient ses successeurs.
1»
Ce rêve ne se réalisera pas puisque, au XVIe siècle, les pays s’affrontaient dans une
tentative de régner sur l’Europe en maître absolu. De plus, et en dehors de l’Italie, les artistes,
les écrivains, les poètes, les scientifiques et les bourgeois, ne pouvaient accomplir leurs
œuvres ou travaux sans la protection des rois, d’où l’impossibilité de rétablir l’ancien système
politique : le système républicain.
Ces guerres, en plus des guerres des religions (entre catholiques et protestants) qui
ont marqué la fin du XVIe siècle, ont annoncé la fin de la Renaissance, ses idées et ses
objectifs. Cette fin est signalée par différents événements et dates selon les régions
concernées :
- 1494 : l’entrée de l’armée de Charles VIII en Italie ; cet événement marque la fin de
la renaissance heureuse des italiens
- 1527 : le « sac de Rome ». Cet événement a causé des milliers de victimes et a
endommagé un nombre important d’œuvres artistiques. Après cette catastrophe, les
artistes se sont contentés de reproduire de façon artificielle les leçons de Léonard De
Vinci et de Raphael
- 1559 : J.C. Saladin pense que l’exécution de la renaissance fut signée par le concile de
trente qui a publié un catalogue comportant les titres des livres interdits, s’attaquant
ainsi directement et physiquement à la liberté de critique de la littérature humaniste.
Ces livres ont été confisqués et brûlés ce qui a entraîné un recul notable de la culture
- 1616 : l’inquisition condamna officiellement les théories héliocentriques de Copernic,
soutenues par Galilée
1
Ibid. p21
13
Conclusion
La chute de l’empire romain a engendré une totale transformation de la
société européenne qui, tout au long d’un millénaire, essayait de se construire une
identité. Les dynasties mérovingienne et carolingienne ont tenté d’unifier l’Europe
pour créer un nouvel empire à l’image de l’empire romain. Les seigneurs féodaux
ont mis en place un système hiérarchique leur garantissant la suprématie et la
possibilité de se défendre contre l’ennemi, un système injuste certes, mais qui
oblige les aristocrates à respecter un code d’honneur. Cette société a donné
naissance à deux littératures particulières et spécifiques au Moyen Âge : il s’agit
de la littérature chevaleresque et la littérature courtoise. La fin de l’ère médiévale
est caractérisée par l’apparition d’une nouvelle littérature qui critique la société et
l’injustice du système féodal par le biais de l’ironie : la littérature satirique.
L’art s’est développé aussi au cours de cette époque où on distingue deux
courants : l’art roman qui s’inspirait des créations antiques surtout au niveau de
l’architecture et l’art gothique qui reflétait la spécificité des européens. Les
tableaux étaient destinés à orner les murs des églises et traitaient, pour la plupart,
des thèmes religieux.
La fin du système féodal, l’essor du commerce, le soulèvement des rois
et l’avènement de la bourgeoisie annoncent le début d’une ère nouvelle où la
liberté d’expression est revendiquée et la liberté de création est prônée et où les
rois, dans une tentative de désarmer et contrôler les seigneurs, ont protégé les
artistes et les commerçants ; c’est le début de la renaissance.
La renaissance est un mouvement littéraire et artistique qui envisageait
la réhabilitation de la culture antique, l’enrichissement des langues nationales et
qui dénonçait les idées et les pratiques de l’église catholique. Cependant, les
guerres et la tyrannie des autorités ont signé l’arrêt de mort de ce mouvement.
14