Convergence des suites réelles
Cours de É. Bouchet ECS1
5 octobre 2018
Table des matières
1 Limite d'une suite 2
1.1 Convergence, divergence . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2
1.2 Opérations algébriques sur les suites convergentes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
2 Passage à la limite et relations d'ordre 3
3 Suites adjacentes 5
4 Rappel des croissances comparées 5
1
1 Limite d'une suite
1.1 Convergence, divergence
Dénition (Convergence d'une suite vers un réel).
Soit ` un nombre réel. On dit que la suite (un )n∈N converge vers ` lorsque tout intervalle ouvert I
contenant ` contient tous les termes de la suite u sauf un nombre ni. On note lim un = `.
n→+∞
Remarque. On peut aussi formuler cette dénition comme suit : (un )n∈N converge vers ` lorsque pour tout ε > 0, il
existe n0 ∈ N tel que, pour tout n > n0 ,
|un − `| < ε.
Il s'agit d'une simple traduction de la dénition dans le cas de l'intervalle ouvert I =]` − ε, ` + ε[. En eet,
|un − `| < ε ⇔ −ε < un − ` < ε ⇔ ` − ε < un < ` + ε ⇔ un ∈]` − ε, ` + ε[.
Dénition (Divergence d'une suite vers l'inni).
La suite (un )n∈N admet +∞ (resp. −∞) pour limite lorsque tout intervalle de la forme ]A, +∞[ (resp.
] − ∞, A[) contient tous les termes de la suite u sauf un nombre ni. On dit alors que (un )n∈N diverge
vers +∞ (resp. −∞), et on note lim un = +∞ (resp. −∞).
n→+∞
Remarque. On peut aussi formuler cette dénition comme suit : (un )n∈N diverge vers +∞ lorsque pour tout A > 0,
il existe n0 ∈ N tel que, pour tout entier n > n0 ,
un > A.
On peut donc rencontrer trois types de cas diérents en étudiant une limite :
1. La limite existe et est nie : la suite converge vers cette limite (il faut montrer l'existence ET trouver la valeur
de la limite).
2. La limite existe mais n'est pas nie (±∞) : la suite diverge vers cette limite.
3. La limite n'existe pas : la suite diverge (par absence de limite).
Proposition (Unicité de la limite).
Lorsque la limite de la suite u existe, elle est unique.
Démonstration. (démonstration à connaître) On raisonne par l'absurde : supposons que la suite u possède deux limites
0|
distinctes ` et `0 . Soit ε = |`−`
3 > 0. Par dénition de la limite, on peut trouver des entiers n0 et n1 tels que, pour
tout n ∈ N,
n > n0 =⇒ |un − `| < ε et n > n1 =⇒ un − `0 < ε.
Soit n > max(n0 , n1 ). On obtient par inégalité triangulaire :
2
` − `0 = ` − un + un − `0 6 |` − un | + un − `0 < 2ε = ` − `0 .
3
Cette dernière inégalité est absurde. D'où l'unicité de la limite.
2
Proposition.
Toute suite convergente est bornée.
Démonstration. Soit u une suite qui converge vers un réel `. On considère l'intervalle ouvert I =]` − 1, ` + 1[. Par
dénition de la limite, il existe un entier n0 tel que ∀n > n0 , un ∈]` − 1, ` + 1[. Donc ∀n > n0 , ` − 1 6 un 6 ` + 1.
Soit un entier n ∈ N quelconque, on a donc :
min(u0 , u1 , . . . , un0 −1 , ` − 1) 6 un 6 max(u0 , u1 , . . . , un0 −1 , ` + 1).
Le maximum ou minimum d'un nombre ni de termes existant toujours, cela termine la preuve : la suite est bornée.
1.2 Opérations algébriques sur les suites convergentes
Limite de la somme de deux suites u et v dans le cas où u et v admettent des limites :
Somme lim vn = `
n→+∞
lim vn = +∞
n→+∞
lim vn = −∞
n→+∞
0
lim un = ` `+ `0 +∞ −∞
n→+∞
lim un = +∞ +∞ +∞ F.I.
n→+∞
lim un = −∞ −∞ F.I. −∞
n→+∞
Limite du produit de deux suites u et v dans le cas où u et v admettent des limites :
Produit lim vn = ` > 0
n→+∞
lim vn = ` < 0
n→+∞
lim vn = 0
n→+∞
lim vn = +∞
n→+∞
lim vn = −∞
n→+∞
0
lim un = ` > 0 ``0 ``0 0 +∞ −∞
n→+∞
lim un = `0 < 0 ``0 ``0 0 −∞ +∞
n→+∞
lim un = 0 0 0 0 F.I. F.I.
n→+∞
lim un = +∞ +∞ −∞ F.I. +∞ −∞
n→+∞
lim un = −∞ −∞ +∞ F.I. −∞ +∞
n→+∞
2 Passage à la limite et relations d'ordre
Proposition (Passage à la limite dans une relation d'ordre).
Soient u et v deux suites convergentes, vériant à partir d'un certain rang l'inégalité un 6 vn . On a alors :
lim un 6 lim vn .
n→+∞ n→+∞
Démonstration. On raisonne par l'absurde : supposons que lim un > lim vn .
n→+∞ n→+∞
La suite u − v converge alors vers lim un − lim vn > 0.
n→+∞ n→+∞
Par dénition de la convergence, ]0, +∞[ contient tous les termes un − vn sauf un nombre ni. Il existe donc N ∈ N tel
que pour tout n > N , un − vn > 0. C'est en contradiction avec l'hypothèse de l'énoncé. Donc lim un 6 lim vn .
n→+∞ n→+∞
3
Remarque. Attention, ce résultat ne s'applique que si on sait déjà que les deux limites existent.
Remarque. Attention, ce résultat ne se généralise pas aux inégalités strictes : un < vn 6⇒ n→+∞
lim un < lim vn .
n→+∞
Théorème (Théorème d'encadrement).
Soient u, v et w trois suites réelles telles que, à partir d'un certain rang, un 6 vn 6 wn . Si u et w convergent
vers une même limite ` réelle alors v converge et lim vn = `.
n→+∞
Remarque. Ce théorème donne à la fois l'existence et la valeur de la limite.
Démonstration. (démonstration à connaître) Soit ε > 0. D'après les hypothèses, il existe des entiers n0 , n1 et n2 tels
que :
n > n0 =⇒ un 6 vn 6 wn
n > n1 =⇒ un ∈]` − ε, ` + ε[
n > n2 =⇒ wn ∈]` − ε, ` + ε[
Pour n > n3 := max(n0 , n1 , n2 ), on obtient ` − ε < un 6 vn 6 wn < ` + ε. Donc
n > n3 =⇒ vn ∈]` − ε, ` + ε[.
Cela termine la preuve.
Théorème (Théorème de comparaison).
Soient u et v deux suites réelles telles que, à partir d'un certain rang, un 6 vn .
Si u diverge vers +∞ alors v diverge vers +∞.
Si v diverge vers −∞ alors u diverge vers −∞.
Démonstration. On montre le premier résultat, le deuxième se montre de la même manière. Soit A > 0. D'après les
hypothèses, il existe des entiers n0 et n1 tels que :
n > n0 =⇒ un 6 vn
n > n1 =⇒ un > A
Pour n > max(n0 , n1 ), on a donc vn > un > A donc vn > A. Ce qui termine la preuve.
Théorème (Théorème des suites monotones).
Toute suite croissante et majorée converge vers `, sa borne supérieure.
Toute suite décroissante et minorée converge vers `, sa borne inférieure.
Toute suite croissante non majorée diverge vers +∞.
Toute suite décroissante non minorée diverge vers −∞.
Remarque. L'existence de la borne supérieure ou inférieure est assurée par le théorème de la borne supérieure :
{un |n ∈ N} est un ensemble de réels non vide, qui admet un majorant quand la suite est majorée, et un minorant
quand elle est minorée.
Remarque. Attention, connaître un majorant ne signie pas qu'il s'agit de la limite de la suite.
4
3 Suites adjacentes
Dénition (Suites adjacentes).
Soient u et v deux suites. On dit qu'elles sont adjacentes lorsque
1. u est croissante,
2. v est décroissante,
3. (un − vn )n∈N converge vers 0.
Théorème (Convergence des suites adjacentes).
Soit u et v deux suites adjacentes telles que u est croissante et v est décroissante. Alors u et v convergent
vers une même limite réelle ` avec pour tout n ∈ N :
un 6 ` 6 vn .
Démonstration. (démonstration à connaître)
u − v converge (vers 0), et est donc majorée par un réel M .
∀n ∈ N, un = un − vn + vn 6 M + vn 6 M + v0 par décroissance de v . Donc u est majorée. Or u est croissante :
par théorème des suites monotones, elle converge vers un réel `u , et on a ∀n ∈ N, `u > un .
∀n ∈ N, vn = vn − un + un > −M + un > −M + u0 par croissance de u. Donc v est minorée. Or v est
décroissante : par théorème des suites monotones, elle converge vers un réel `v , et on a ∀n ∈ N, `v 6 vn .
Par somme de limites, (un − vn )n∈N converge vers `u − `v . Or on a supposé que cette suite convergeait vers 0.
Donc `u = `v . Donc u et v convergent vers une même limite réelle, et ∀n ∈ N, un 6 ` 6 vn .
n
1 1
Exemple 1. Soit, pour tout n > 1, un = et vn = un + . Démontrer que ces suites sont adjacentes.
X
p! n!
p=0
u est croissante car ∀n ∈ N∗ ,
1
un+1 − un = > 0.
(n + 1)!
v est décroissante car ∀n ∈ N∗ ,
1 1 1 2−n−1 1−n
vn+1 − vn = + − = = 6 0.
(n + 1)! (n + 1)! n! (n + 1)! (n + 1)!
v − u tend vers 0 car ∀n ∈ N∗ ,
1
vn − un = 7−→n→+∞ 0.
n!
Les deux suites sont donc adjacentes. On verra plus tard dans l'année qu'elles convergent vers e.
4 Rappel des croissances comparées
Les comparaisons suivantes sont à connaître parfaitement, et réutilisables avec le simple rappel : par croissances
comparées . Le tableau est à comprendre comme suit : en cas de produit comportant des éléments de deux colonnes
(ou plus), c'est le comportement de la colonne avec le plus faible numéro qui l'emporte.
5
1 2 3 4
lim n! = +∞ q > 1, lim q n = +∞ a > 0, lim na = +∞ b > 0, lim (ln n)b = +∞
n→+∞ n→+∞ n→+∞ n→+∞
1
lim =0 |q| < 1, lim q n = 0 a < 0, lim na = 0 b < 0, lim (ln n)b = 0
n→+∞ n! n→+∞ n→+∞ n→+∞
Exemple 2. Résolution de formes indéterminées (avec ou sans croissances comparées) :
n
1 1
1. (a) lim n = 0 par croissances comparées, car
2
<1
n→+∞ 2 2
ln(n2 ) 2 ln(n)
(b) lim√ = lim 1 = 0 par croissances comparées.
n→+∞ n n→+∞ n 2
√ √
q
(c) lim n+ n− n
n→+∞
En utilisant la quantité conjuguée, on trouve pour tout n > 1 :
√
√ √ n+ n−n 1
q
n+ n− n= p √ √ =q ,
n+ n+ n 1 + √1n + 1
√ √
q
1
d'où lim n+ n− n = .
n→+∞ 2
en en
2. (a) lim (n! − e ) = lim n! 1 −
n
= +∞ car par croissances comparées, lim = 0.
n→+∞ n→+∞ n! n→+∞ n!
n2 ln(n3 )
(b) n 2 3 n
= +∞ car |2| > 1 et par croissances comparées,
lim 2 − n ln(n ) = lim 2 1 −
n→+∞ n→+∞ 2n
n2 ln(n3 )
lim = 0.
n→+∞ 2n
(n − 1)(2n + 3) 2n2 + n − 3 1
(c) lim 2
= lim 2
= .
n→+∞ 4n n→+∞ 4n 2
n
1
3. (a) lim
n→+∞ n
n n
∀n > 1, par positivité de l'expression, n1 = exp ln n1 = exp n ln n1 . Donc par composition de
n
1
limites, lim = 0.
n→+∞ n
n
1
(b) lim 1+
n→+∞ n
C'est un piège : on ne peut pas le calculer avec les règles de calcul dont on dispose actuellement. En eet, la
limite est à la fois dans la puissance et la parenthèse, on a une forme indéterminée du type 1+∞ . Pour
l'étudier rigoureusement, il faudrait passer sous forme exponentielle : comme 1 + n1 > 0, on peut écrire :
1 n 1 n
1
1+ = exp ln 1+ = exp n ln 1 + .
n n n
Mais même ainsi, l'expression dans l'exponentielle reste une forme indéterminée qui ne se résout pas avec
les croissances comparées. Il faudra attendre le chapitre sur les études asymptotiques de suites au deuxième
semestre pour les étudier plus en détail et montrer que la suite converge vers e.