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Chap 1 - Prérequis Et Complément

Math

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Chap 1 - Prérequis Et Complément

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Chapitre 1

Prérequis et compléments

L’objectif de ce chapitre est de préciser et completer des notions dont les étudiants ont déjà
des représentations au moins intuitives. Il y a un grand intérêt à introduire immédiatement les
quantificateurs, les notions du langage ensembliste et les principales méthodes de raisonnement
comme le raisonnement par l’absurde, par contraposée ou le raisonnement par récurrence. Ces
différentes notions sont fondamentales et constituent la base même du travail mathématique ; il est
plus que nécessaire, de maîtriser le vocabulaire et les outils qui concernent toute ses notions. Il
s’agit, dans cet premier chapitre, de faire un récapitulatif des concepts fondamentaux qui sont en
liaison avec le cours d’analyse de la licence 1.

1.1 Objets mathématiques, lettres grèques


Objets mathématiques
Les objets mathématiques sont les éléments des ensembles de base (nombres, vecteurs, points)
et les diverses constructions faites à partir de ces objets, comme les ensembles, les relations, les
fonctions, les opérations.

Un même objet mathématique peut avoir diverses expressions ou écritures, par exemple :
p 1
2, 4, p sont diverses écritures du même objet.
cos
3

Alphabet grec
Les mathématiciens ont besoin, pour bien distinguer les différents objets qu’ils manipulent de
notations variées. Des notations bien choisies, en harmonie avec ce qu’elles doivent représenter et
avec les traditions, permettent des économies de pensée considérables.
En plus des lettres de l’alphabet latin, on utilise les lettres de l’alphabet grec que nous rappelons :

9
10 CHAPITRE 1. PRÉREQUIS ET COMPLÉMENTS

Minuscule Majuscule Nom des lettres Correspondance en alphabet latin


a A alpha a
b B bêta b
g G gamma g
d D delta d
e E epsilon é
z Z dzêta dz
h H êta è
q Q thêta th
i I iota i
k K kappa k
l L lambda l
µ M mu m
n N nu n
x X xi x
o O omicron o
p P pi p
r P rhô r
s S sigma s
t T tau t
u ° upsilon y
j F phi ph
c X khi ch
y Y psi ps
w W oméga ô

1.2 Propositions
Définition 1.2.1. Une proposition ou un énoncé (mathématique) est une phrase faisant intervenir
des objets mathématiques et ayant un sens mathématique précis, et à laquelle on peut attribuer une
valeur de vérité, soit « vrai » , soit « faux »

Exemple 1.2.2 : « p est un entier » (valeur de vérité = « faux » ).


1.2. PROPOSITIONS 11

« 2 1 » est une proposition vraie.


« 1 = 2 » est une proposition fausse.

Une proposition fait toujours intervenir un verbe, souvent sous la forme d’un symbole de relation,
comme =, , ⇢, ? .

Exemple 1.2.3 : 3 + 5 est un objet mathématique, 3 + 5 = 8 est une proposition mathématique dont
la valeur de vérité est vraie.

Une proposition peut dépendre de certaines variables, par exemple :

P (x, y) : xy = 1

et sa valeur de vérité dépend alors des valeurs données aux variables (dans l’exemple ci dessus,
P(2, 1/2) est vrai alors que P(2, 2) est faux)
À partir de propositions P et Q données, on peut définir de nouvelles propositions (non P), (P et
Q), (P ou Q), (P ) Q), (P () Q), dont on connait la valeur de vérité dès que l’on connait celles
de P et Q.

1.2.1 Négation
Définition 1.2.4. Soit P une proposition. La négation de P est une proposition notée (nonP). Elle
est vraie lorsque P est fausse et fausse lorsque P est vraie.
On obtient la table de vérité suivante (où V est mis pour vraie et F pour fausse) :

P (non P)
V F
F V

Exemple 1.2.5 : – Soit x un réel. La proposition (non (x = 2)) est notée (x 6= 2).
– Soit x un réel. La proposition (non (x > 2)) est notée (x  2).

Remarque :
Si P est une assertion, alors non (non P) est P.

1.2.2 Conjonction et disjonction


Définition 1.2.6. Soient P et Q deux propositions.
— La conjonction des deux propositions P et Q est une proposition notée (P et Q). Elle est vraie
lorsque les deux propositions P et Q sont vraies, et elle est fausse lorsque l’une au moins des
deux propositions est fausse.
On obtient la table de vérité :
12 CHAPITRE 1. PRÉREQUIS ET COMPLÉMENTS

P Q (P et Q)
V V V
V F F
F V F
F F F
— La disjonction des deux propositions P et Q est une proposition notée (P ou Q). Elle est vraie
lorsque l’une au moins des deux propositions P ou Q est vraie et elle est fausse lorsque les deux
propositions P et Q sont fausses.
On obtient la table de vérité :
P Q (P ou Q)
V V V
V F V
F V V
F F F
Exemple 1.2.7 : Soient n un entier naturel, P la proposition “n est un carré parfait” et Q la proposi-
tion “n est divisible par 3”.
Alors lorsque n est égal à 9, la proposition (P et Q) est vraie et lorsque n est égal à 18, la proposition
(P ou Q) est vraie.
Proposition 1.2.8. Soient P et Q deux propositions. Alors :
– non (P ou Q) a même valeur de vérité que (non P) et (non Q)
– non (P et Q) a même valeur vérité que (non P) ou (non Q).
Pour démontrer cette proposition, il suffit d’établir la table de vérité des assertions considérées.
Par exemple les tables de vérité de non (P ou Q) et (non P) et (non Q) coïncident et sont données
par :
non(P ou Q) P vraie P fausse (non P) et (non Q) P vraie P fausse
Q vraie F F Q vraie F F
Q fausse F V Q fausse F V
Exercice 1.2.1 : Déterminer l’ensemble des réels x vérifiant la proposition :
✓ ◆
2 2
(x > 1 et x < 3) ou (x < 4 et x < 0)

1.2.3 Implication
Définition 1.2.9. Soient P et Q deux propositions. Alors (P =) Q) est une proposition qui est fausse
lorsque P est vraie et Q est fausse. Elle est vraie dans tous les autres cas. On l’énonce “P implique Q”
ou “si P, alors Q”. Elle s’énonce aussi “P entraine Q”, ou encore “pour que P, ou encore il faut que Q”,
ou “pour que Q, il suffit que P”, oubien “une condition nécessaire pour que P est que Q” ou “une
condition suffisante pour que Q est que P”.
1.2. PROPOSITIONS 13

Proposition 1.2.10. Soient P et Q deux propositions. La proposition (P =) Q) a la même table de


vérité que la proposition ((non P) ou Q).

On dresse les tables de vérité de ces deux propositions :


Par définition la table de (P =) Q) est donnée par

P Q P =) Q
V V V
V F F
F V V
F F V

Celle de ((non P) ou Q) est :

P Q non P (non P) ou Q
V V F V
V F F F
F V V V
F F V V

Exemple 1.2.11 : • Soit x un réel. Considérons la proposition (x = 3 ) x2 = 9). Si x 6= 3, elle est


vraie, parce qu’alors la proposition (x = 3) est fausse et si x = 2 elle est vraie, parce qu’alors la
proposition (x2 = 9) est vraie. Cette proposition est donc toujours vraie. On l’énonce aussi “si x est
égal à 3, alors x2 est égal à 9”.
• La proposition (1 = 0 ) 2 = 3) est vraie, parce que la proposition (1 = 0) est fausse.

Corollaire 1.2.12. Soient P et Q deux propositions. La négation de la proposition (P =) Q) a la


même table de vérité que la proposition (P et (non Q)).

En effet d’après la proposition précédente, la proposition (non(P =) Q)) a la même table de


vérité que la proposition (non ((non P) ou Q)), qui a la même table de vérité que la proposition
(non(non P) et (non Q)) et cette dernière a la la même table de vérité que la proposition (P et (non
Q)).

Proposition 1.2.13 (L’implication est transitive). Soient P, Q et R trois propositions. Si P ) Q et


Q ) R sont vraies, alors P ) R est vraie.

On dresse les différentes tables de vérité :


14 CHAPITRE 1. PRÉREQUIS ET COMPLÉMENTS

P Q R P)Q Q)R P)R


V V V V V V
V V F V F F
V F F F V F
V F V F V V
F F F V V V
F F V V V V
F V V V V V
F V F V F V
Définition 1.2.14. Soient P et Q deux propositions.
— La contraposée de la proposition (P =) Q) est la proposition ((non Q) =) (non P)).
— La réciproque de la proposition (P =) Q) est la proposition (Q =) P)
Exercice 1.2.2 : Écrire les implications suivantes en utilisant les symboles 6=, ), , > et dire si elles sont
vraies pour tous les réels x.
1. Pour que x soit supérieur ou égal à 1, il faut que x soit strictement supérieur à 2.
2. Pour que x soit supérieur ou égal à 1, il suffit que x soit strictement supérieur à 2.
3. Une condition nécessaire pour que x soit supérieur ou égal à 1, est que x soit différent de 1.
4. Si x est dans l’intervalle [0, 1], alors x2 4x + 3 est négatif.

1.2.4 Equivalence
Définition 1.2.15. Soient P et Q deux propositions. La proposition (P () Q) qui s’énonce “P
est équivalente à Q” ou “P et Q sont équivalentes” est la conjonction de l’implication et de sa
réciproque : ((P ) Q) et (Q ) P)) . Elle est vraie lorsque les propositions P et Q sont toutes les
deux vraies ou toutes les deux fausses. Elle est fausse dans les autres cas.
Cette proposition s’énonce aussi “P si et seulement si Q”, ou bien “pour que P, il faut et il suffit que
Q”, ou encore “une condition nécessaire et suffisante pour que Q est que P”.
Dire que P et Q sont équivalentes, c’est donc dire que ces propositions ont mêmes valeurs de
vérité, c’est-à-dire qu’elles signifient la même chose.
Proposition 1.2.16. Soient P et Q deux propositions. La proposition (P () Q) est vraie quand P
et Q ont la même valeur de vérité, fausse sinon.
Pour le voir, on peut écrire la table dev érité suivante :
P Q P)Q Q)P P () Q
V V V V V
V F F V F
F V V F F
F F V V V
1.2. PROPOSITIONS 15

Proposition 1.2.17. Soient P et Q deux propositions. Les équivalences suivantes sont toujours
vraies :
1. (non(non P))()P.
2. (non(P et Q))() ((nonP) ou (nonQ)).
3. (non(P ou Q))() ((nonP) et (nonQ)).
4. (non(P ) Q))() ((nonQ) ) (nonP)).
5. (P ) Q)() ((nonQ) ) (nonP)).

Exercice 1.2.3 : 1. Soit x un réel. L’équivalence (x2 + |x| 6  0 () 2  x  2) est-elle vraie ?


2. Soit E l’ensemble des entiers naturels pairs. Peut-on caractériser les éléments de E par l’une des
propositions suivantes ?
x
a) x 2 R et 2 N.
2
b) x 2 R et 2x 2 N.
c) x 2 R et x2 est un entier pair.

1.2.5 Quantificateurs.
Soit P(x) une proposition qui contient une variable x, où x désigne un élément d’un ensemble E.
La valeur de vérité de P(x) peut dépendre de x et il est souvent important de savoir si elle est vraie
pour tous les éléments x de E, pour au moins un, pour un et un seul. Les quantificateurs sevent à
indiquer la quantité d’éléments qui interviennent dans une proposition.
Il y en a deux :
le quantificateur universel, noté 8 et le quantificateur existentiel, noté 9

Définition 1.2.18. Soient E un ensemble et P(x) une proposition qui contient une variable x, où x
désigne un élément de E.
— La proposition « 8x 2 E, P(x) » est vraie si la proposition P(x) est vraie pour tous les éléments
x de E ; elle est fausse sinon. Elle se lit “quelque soit x de E, on a P(x)”, ou “pour tout x de E,
on a P(x)”.
— La proposition « 9x 2 E, P(x) » est vraie s’il existe au moins un élément x de E tel P(x) soit
vraie ; elle est fausse sinon. Elle se lit “il existe au moins un x de E, tel que P(x)”.
— La proposition « 9!x 2 E, P(x) » est vraie s’il existe un élément x de E et un seul tel P(x) soit
vraie ; elle est fausse sinon. Elle se lit “il existe un et un seul x de E, tel que P(x)”.

Exemple 1.2.19 : – La proposition (8x 2 R, x2 0) est vraie.


– La proposition (9!x 2 R, x2 = 1) est fausse.

Remarque 1.2.20. Une variable qui a été quantifiée devient ”muette” : son écriture peut être
remplacée par n’importe quel symbole (sauf ceux figurant ailleurs dans l’énoncé).
16 CHAPITRE 1. PRÉREQUIS ET COMPLÉMENTS

La phrase « l’équation cos x = 0 possède au moins une solution réelle » se traduit en langage
formalisé par :

9x 2 R, cos x = 0
ou encore par
9a 2 R, cos a = 0
L’énoncé « l’entier n est un multiple de 3 » se traduit en langage formalisé par :

9k 2 Z, n = 3k
Dans cet énoncé, on peut remplacer k par n’importe quelle variable autre que n, ainsi on pourrait
écrire
9t 2 Z, n = 3t.
Remarque 1.2.21. Il résulte de la définition que toute proposition de la forme « 8x 2 0,/ P(x) » est
toujours vraie, tandis que toute proposition de la forme « 9x 2 0,
/ P(x) » est toujours fausse. Cette
remarque est très utile pour trancher des cas litigieux dans des définitions ou des théorèmes.
Remarque 1.2.22. Si on utilise deux fois le même quantificateur, l’ordre n’a pas d’importance. On
peut donc échanger des quantificateurs est lorsqu’ils sont de même type et successifs. Ainsi les
propositions « 8x 2 E 8y 2 E, P(x, y) » est équivalente à og 8y 2 E 8x 2 E, P(x, y) ».
Mais on ne peut pas toujours intervertir 8 et 9 dans une proposition. Par exemple, dans l’écriture
« 8x 2 E 9y 2 E, P(x, y) » y dépend de x, par contre dans l’écriture « 9x 2 E 8y 2 E, P(x, y) » y est
indépendant de x.

Exemple 1.2.23 : Les propositions « 8x 2 R⇤ 9y 2 R / xy = 1 » et « 9y 2 R / 8x 2 R⇤ xy = 1 »


sont deux propositions différentes ; la première est vraie tandis que la seconde est fausse.

Proposition 1.2.24. Soient E un ensemble, F un sous-ensemble de E et P(x) une proposition qui


contient une variable x, où x désigne un élément de E
1. La proposition (8x 2 E, (x 2 F ) P(x))) est équivalente à la proposition (8x 2 F, P(x)).
2. La proposition (9x 2 E, (x 2 F et P(x))) est équivalente à la proposition (9x 2 F, P(x)).

Exemple 1.2.25 : Soit f : R ! R une application.


– La proposition (9x 2 R, (x 0 et f (x) > 2)) est équivalente à la proposition (9x 2 [0, +•[, f (x) > 2).
– De même, il est équivalent de dire (8x 2 R, (x 0 =) f (x) > 2)) ou (8x 2 [0, +•[, f (x) > 2).

Proposition 1.2.26. Soient E un ensemble et P(x) une proposition qui contient une variable x, où x
désigne un élément de E. On a les équivalences suivantes :
1. (non(8x 2 E, P(x))) est équivalente à la proposition (9x 2 E, ( non P(x))).
2. (non(9x 2 E, P(x))) est équivalente à la proposition (8x 2 E, ( non P(x))).
1.3. RAISONNEMENT MATHÉMATIQUE 17

1.3 Raisonnement mathématique


Une des tâches essentielles en mathématique est de chercher à s’assurer que telle ou telle
proposition est vraie ou fausse. Il ne suffit pas de bien la comprendre pour cela.
Pour s’assurer de la vérité d’une proposition, on écrit des textes spécifiques, appelés démons-
trations. Ces textes sont souvent complexes, ce qui explique que de nombreuses erreurs soient
commises par les étudiants. Ils mettent en oeuvre un certain nombre de règles dont la connaissance
est le plus souvent seulement implicite, ce qui rend la compréhension et la correction de ses er-
reurs difficiles. Ils s’articulent autour de la distinction entre propositions données (qu’on appelle
hypothèses) et propositions à démontrer, qui n’est pas toujours clairement perçue.
Tout ceci explique qu’il soit difficile d’apprendre à rédiger soi-même une démonstration. L’objet
de cette section est de vous y aider.
Pour cela, on va d’abord donner quelques éléments pour mieux comprendre la structure des
démonstrations.
Quand on rédige une démonstration, la proposition que l’on cherche à démontrer s’appelle la
conclusion. Au cours de la démonstration, on utilise des résultats déjà connus, par exemple, des
définitions, des theorèmes ou des propositions déjà démontrés dans le cours ; mais aussi les prémices
offerts par l’énoncé ou des résultats intermédiaires que l’on a obtenus préalablement. Toutes ces
propositions s’appellent des données.
Une des raisons de la complexité des démonstrations est que l’on peut être amené pendant
la démonstration à ajouter provisoirement de nouvelles données qui ne font pas partie de celles
dont nous venons de parler et aussi de nouveaux objets qui ne sont pas décrits dans l’énoncé.
Leur introduction est signalée par des expressions comme « Supposons que . . . », « Soit . . . »,
“Considérons . . . ».
Il faut aussi noter qu’une démonstration ne contient pas que des propositions vraies.
L’exemple le plus évident en est celui des raisonnements par l’absurde où l’on ajoute aux données
une proposition (non(A)) afin de montrer que c’est A qui est vraie.
Les paragraphes suivants essaieront d’expliquer tout ceci, en explicitant les principales règles
d’écriture sous-jacentes. Ils permettront de mieux comprendre les différents statuts des propositions
qui apparaissent dans un texte de démonstration.

1.3.1 Raisonnement direct


Dans beaucoup d’énoncés, on cherche à montrer que l’assertion « P =) Q » est vraie. Pour ce
faire, on procède comme suit :
— On ajoute la proposition P aux données en écrivant par exemple supposons que P est vraie.
— On démontre ensuite que Q est vraie.

Exemple 1.3.1 :
Voici un énoncé : Montrer que si un entier est pair, alors le carré de cet entier est aussi pair.
18 CHAPITRE 1. PRÉREQUIS ET COMPLÉMENTS

Voilà une démonstration : Soit n un entier. On va démontrer que

n est pair =) n2 est pair.

Supposons que n est pair. Par définition d’un nombre pair, il existe k 2 Z tel que n = 2k. On en
déduit que n2 = 4k2 , donc n2 = 2k0 avec k0 = 2k2 2 Z. Par suite n2 est pair.
On vient donc de montrer que si un entier est pair, alors le carré de cet entier est aussi pair.

Dans cet exemple on est à amener à montrer une proposition du type (8x 2 E, P(x)).
Dans la pratique, on commence en écrivant une expression du style « Soit x un élément de E », ou
« Considérons un élément x de E », puis on écrit une démonstration de P(x)
En résumé :
— on choisit une lettre x qui n’a pas déjà été utilisée ailleurs et on ajoute la donnée x 2 E ;
— on démontre ensuite que P(x) est vraie.

Exemple 1.3.2 :
Démontrer que pour tout réel x, on a (x > 2 =) 2ex + x2 3x > 0).
Soit x 2 R tel que x > 2. Montrons que 2ex + x2 3x > 0.
Comme x > 2, donc ex > 1. on en déduit que 2ex > 2. Par suite 2ex + x2 3x > x2 3x + 2.
Or x2 3x + 2 = (x 1)(x 2), comme x > 2, on a x 1 > 0 et x 2 > 0, donc x2 3x + 2 > 0.
On a 2ex + x2 3x > x2 3x + 2 et x2 3x + 2 > 0, donc 2ex + x2 3x > 0.
On vient de montrer que pour tout réel x, on a (x > 2 =) 2ex + x2 3x > 0).

Pour démontrer une proposition P, on peut vouloir se servir d’une proposition déjà démontrée
de la forme (A ou B). Pour cela :
— on suppose A vraie et on démontre P ;
— on suppose B vraie et on démontre P.

Exemple 1.3.3 :
Démontrer que pour tout entier naturel n, n2 + 3n est pair.
Soit n un entier naturel. Soit n est pair ou n est impairs, il ya donc deux cas.
Premier cas : Supposons que n est pair.
Par définition, il existe un entier k tel que n = 2k. On en déduit que n2 + 3n = 4k2 + 6k, donc
n2 + 3n = 2k0 où k0 = 2k2 + 3k est un entier. Par suite n2 + 3n est pair.
Deuxième cas : Supposons que n est impair.
Par définition, il existe un entier k tel que n = 2k + 1. On en déduit que n2 + 3n = 4k2 + 8k + 4,
donc n2 + 3n = 2k0 où k0 = 2k2 + 4k + 2 est un entier. Par suite n2 + 3n est pair.
Dans tous les cas n2 + 3n est pair, donc on vient de montrer que pour tout entier naturel n,
2
n + 3n est pair.
1.3. RAISONNEMENT MATHÉMATIQUE 19

1.3.2 Raisonnement par l’absurde


Démontrer une proposition P par l’absurbe, c’est procéder comme suit :
— on ajoute (non P) aux données ;
— on démontre qu’on a à la fois Q et (non Q) pour une certaine proposition Q.
En pratique, le premier point s’exprime en disant « supposons (non P) ». La démonstration contient
souvent des phrases au conditionnel. La fin du raisonnement par l’absurde est indiquée par une
expression comme “Il y a contradiction” ou “C’est impossible”. On peut annoncer “Raisonnons par
l’absurde” et conclure “On a donc P”.

Exemple 1.3.4 :
Montrons qu’il n’existe pas d’entier naturel supérieur à tous les autres entiers.
Supposons, par l’absurde, qu’il y ait un plus grand nombre entier, et appelons le n0 . Alors, n0 + 1
est un nombre entier, et n0 + 1 > n0 , ce qui est absurde de par notre choix de n0 . Ceci montre donc
qu’il n’y a pas de plus grand nombre entier naturel.

Exemple 1.3.5 :
x+1
Montrons que pour tout réel x 6= 2, on a 6= 1.
x+2
x0 + 1
Supposons qu’il existe un nombre réel x0 6= 2 tel que = 1. On a
x0 + 2
x0 + 1
= 1 () x0 + 1 = x0 + 2
x0 + 2
() 1 = 2

ce qui absurde.
x+1
Donc pour tout réel x 6= 2, on a 6= 1.
x+2

1.3.3 Raisonnement par contraposition


Ce raisonnement est basée sur l’équivalence entre la proposition implication (P =) Q) et sa
proposition contraposée ((nonQ) =) (non P)).
Ainsi pour démontrer (P =) Q), on peut donc démontrer ((nonQ) =) (non P)).

Exemple 1.3.6 :
Soit a et b deux nombres réels. Montrer que

(8e > 0, a < b + e) =) (a  b).

Nous allons donc montrer cette propriété par contraposition : la contraposée de « (8e > 0, a <
b + e) =) (a  b) » est « (a > b) =) (9e > 0, a b + e). »
20 CHAPITRE 1. PRÉREQUIS ET COMPLÉMENTS

Soit a et b deux nombres réels tels que a > b. On a donc a b > 0. En prenant e = a b, on a
b + e = a et donc
a b + e.

C’est-à-dire que « (a > b) =) (9e > 0, a b + e). » et donc (8e > 0, a < b + e) =) (a  b).

1.3.4 Raisonnement par récurrence


Le raisonnement par récurrence s’applique aux propositions dont l’énoncé dépend d’un entier
naturel n. Il est une conséquence du fait que tout entier naturel admet toujours un « un suivant ».
On distingue en général deux types de raisonnement par récurrence :
Soient n0 2 N et P(n) une proposition définie pour tout entier naturel n n0 .

Récurrence simple

C’est le type le plus utilisé.


Pour montrer que P(n) est vrai pour tout entier naturel n n0 , il suffit de prouver que :
Initialisation : la propriété est vraie pour un certain entier n0 , (P(n0 ) est vrai)
Hérédité : pour tout k n0 , si P(k) est vraie alors P(k + 1) est vraie.

Exemple 1.3.7 : Montrer que pour tout n 4, on a n! 2n .


Solution : Considérons P(n) la formule ”n! 2n ”.
P(4) s’écrit 4! 24 , c’est à dire 24 16 donc P(4) est vraie.
Supposons que P(n) est vraie pour tout entier n 4. Soit n 4. On a (n + 1)! = (n + 1)n!, or n! 2n
car P(n) est vraie. Donc (n + 1)! (n + 1)2n . Comme n 4, on a n + 1 2, d’où (n + 1)! 22n ,
c’est-à-dire (n + 1)! 2n+1 .
On vient de montrer que si P(n) est vraie pour tout entier n 4 alors P(n + 1) est vraie.
Par conséquent, pour tout n 4, on a n! 2n .

Exemple 1.3.8 : Montrer que pour toutl c 6= 1, et pour tout entier n 2 N⇤

1 cn+1
1 + c + c2 + · · · + cn = .
1 c

1 cn+1 00
Solution : Considérons la formule P(n) :00 1 + c + c2 + · · · + cn = .
1 c
1 c2
Pour n = 1, on a 1 + c = , donc P(1) est vraie.
1 c
1.3. RAISONNEMENT MATHÉMATIQUE 21

Supposons P(n) est vraie pour tout entier n 4. Alors

1 + c + c2 + · · · + cn + cn+1 = (1 + c + c2 + · · · + cn ) + cn+1
cn+1
1
= + cn+1 car P(n) est vraie
1 c
1 cn+1 + (1 c)cn+1
=
1 c
1 cn+2
= .
1 c

Récurrence forte
C’est la forme la plus générale du raisonnement par récurrence.
Pour montrer que P(n) est vrai pour tout entier naturel n n0 , il suffit de prouver que :
— P(n0 ) est vrai,
— Pour tout entier k n0 , si P(n0 ), P(n0 + 1), · · · P(k) sont vrais alors P(k + 1) est vrai

Exemple 1.3.9 : Montrer que “tout entier n 2, admet un diviseur premier”.


Solution : Soit H(n) la proposition “n admet un diviseur premier”
— Pour l’initialisation à n = 2, pas de problème : 2 admet 2 comme diviseur premier.
— Soit n 2 un entier. On suppose que tous les entiers 2  k  n admettent un diviseur premier.
Si n + 1 est premier, alors Hn+1 est vérifiée (n + 1 est son propre diviseur premier), sinon n + 1
n’est pas premier et il admet alors un diviseur r, avec 2  r  n.
D’après l’hypothèse de récurrence, l’entier r admet un diviseur premier qui est alors également
un diviseur de n + 1.
On a donc montré que tout entier n admet un diviseur premier.

1.3.5 Raisonnement par analyse et synthèse


Pour justifier l’existence (et parfois l’unicité) d’une solution à un problème, on peut être amené
à déterminer la forme de celle-ci, qui n’est pas nécessairement donnée dans l’énoncé. On raisonne
alors par analyse et synthèse :
Analyse : On suppose qu’il existe au moins une solution, et on essaie d’en tirer le maximum de renseigne-
ments la concernant, afin d’établir une liste (courte !) de solutions possibles.
Synthèse : On reporte dans le problème initial la ou les solution(s) trouvée(s) précédemment, ce qui permet
de déterminer s’il y a bien une solution (puis une unique, ou plusieurs).
Conclusion : On énonce le résultat demandé.
p
Exemple 1.3.10 : Résoudre dans R l’équation x + 6 = x
22 CHAPITRE 1. PRÉREQUIS ET COMPLÉMENTS

Solution : Soit x une solution de l’équation. En élevant au carré chaque membre de l’équation, on
obtient x + 6 = x2 .
1 5
L’équation du second degré x2 x 6 = 0 admet pour discriminant D = 25, donc x = = 2
2
1+5
ou x = = 3.
2
On teste maintenant
p les valeurs de x trouvées :
– Pour 2, on p a 2 + 6 = 2 6= 2. 2 n’est donc pas solution de l’équation.
– Pour 3, on a 3 + 6 = 3. 3 est donc solution de l’équation.
Conclusion : L’équation admet 3 comme unique solution ; S = {3}.

1.4 Le symbole somme  et le symbole produit ’


1.4.1 Le symbole somme Â
Définition 1.4.1. Soit (ai )i une suite de nombres réels (ou complexes). Soit deux entiers naturels n
et p tels que p  n, on définit la somme suivante par :
n
 ai = a p + a p+1 + · · · + an.
i=p
Dans la définition ci-dessus la variable i est une variable muette, c’est à dire qu’une fois la
somme calculée, le résultat ne dépend plus de i. On peut donc lui donner le nom qu’l’on veut : k, j,
etc.. à l’exception des bornes de la somme, par exemple, on peut écrire
n n n
 ai =  aj =  ak .
i=p j=p k=p

Plus généralement, pour toute famille (xi )i2I de nombres réels indexée par un ensemble fini I,
la somme de tous les éléments xi , i décrivant I, sera noté Â xi . Par exemple, si I = {1, 4, 6} :
i2I
 xi = x1 + x4 + x6.
i2I
Exemple 1.4.2 : On a pour tout entier n, on a
n n
 k = 0+1+2+···+n et  rk = r0 + r + r2 + · · · + rn où r 2 R.
k=0 k=0
n m n
– Relation de Chasles : Â ai = Â ai + Â ai pour tout entier m tel que p  m < n.
i=p i=p i=m+1
n n n
– Linéarité :  (aai + b bi) = a  ai + b  bi pour toutes suites (ai)i et (bi)i et pour tous
i=p i=p i=p
réels a et b .
– Changement d’indice :
1.5. ENSEMBLES 23

1.5 Ensembles
Premières définitions

La notion d’ensemble est considérée comme primitive. Étant donné un ensemble X, on doit être
capable de dire sans ambiguité qu’un objet x est dans X ou non. Plus précisement,

Définition 1.5.1. Un ensemble est une collection d’objets appélés éléments ou membres. Un en-
semble sans objets est appélé ensemble vide et est noté 0/ (ou parfois {}).
Soit E un ensemble non vide. Si a est un élément de E, on écrit a 2 E et on dit aussi que a appartient
à E. Pour dire qu’un objet b n’appartient pas à E, on écrit b 62 E.

Définition 1.5.2.
— Un ensemble contenant un seul élément est appelé singleton. Si l’élément est a, on notera
l’ensemble correspondant {a}.
— Un ensemble contenant que deux éléments est appelé paire. Si ces élément sont a et b, on notera
l’ensemble correspondant {a, b}.

Définition 1.5.3.
(i) Un ensemble A est un sous-ensemble (ou une partie) d’un ensemble B si x 2 A implique
x 2 B, et on écrit A ⇢ B. On dit aussi que l’ensemble A est inclus dans l’ensemble B.
(ii) Deux ensembles A and B sont égaux si A ⇢ B et B ⇢ A. On écrit A = B. Ce qui signifie que , A
et B ont exactement les mêmes éléments. Si A and B ne sont pas égaux, alors on écrit A 6= B.
(iii) Un ensemble A est un sous-ensemble propre d’un ensemble B si A ⇢ B et A 6= B. On écrit
A ( B.
(iv) L’ensemble des parties d’un ensemble B est noté P(B). Dire que A 2 P(B) signifie que
A ⇢ B.

Remarque 1.5.4.
— Définition en extension : on peut définir un ensemble fini (c’est un ensemble qui a un nombre
fini d’éléments) en énumérant les éléments qui le constituent. Par exemple :
{1, 2, 3, 4, 5} est un ensemble constitué des 5 éléments 1, 2, 3, 4 et 5.
On utilisera des accolades pour délimiter les éléments de l’ensemble. L’ordre des éléments, et le
fait qu’ils soient redoublés n’a aucune importance dans la définition de l’ensemble. Ainsi, les
ensembles {4, 2, 1, 4} et {1, 2, 3, 4, 1, 4} sont-ils égaux à l’ensemble ci-dessus.
— Définition en compréhension : on s’appuie sur un ensemble déjà existant, dont on sélectionne
les éléments vérifiant une certaine propriété. Par exemple :
(i) L’ensemble des entiers naturels, N := {0, 1, 2, 3, . . .}.
(ii) L’ensemble des entiers relatifs, Z, est constitué des entiers naturels et de leurs opposés.
24 CHAPITRE 1. PRÉREQUIS ET COMPLÉMENTS

m
(iii) L’ensemble des nombres rationels , Q := : m, n 2 Z and n 6= 0 , c’est l’ensemble des
n
nombres qui s’écrivent sous la forme de quotient d’un entier relatif par un entier relatif
non nul.
(iv) L’ensemble des entiers naturels pairs, 2N = {2m : m 2 N}.
(v) L’ensemble des nombres réels, R.
Remarque 1.5.5. Notons que N ⇢ Z ⇢ Q ⇢ R.

Exemple 1.5.6 : Considérons l’ensemble A = {0, 1, 2}.


On a : 1 2 A, 4 2
/ A, {0, 2} ( A et P(A) = {0,
/ {0}, {1}, {2}, {0, 1}, {0, 2}, {1, 2}, {0, 1, 2}}.
Exercice 1.5.1 : Mettre le signe (⇢ ou 2) à la place des pointillés.
— {1} · · · {1, 3}
— 1 · · · {1, 3}
— {1} · · · {{1}, {3}}
— 0/ · · · {1, 3}

Opérations sur les ensembles


Définition 1.5.7. Soient X un ensemble, A et B des sous-ensembles de X.
(i) La réunion des ensembles A et B est définie par

A [ B := {x : x 2 A or x 2 B}.

(ii) l’intersection des ensembles A et B est définie par

A \ B := {x 2 X : x 2 A and x 2 B}.

(iii) Le complémentaire de B dans X est défini par

Bc := {x 2 X and x 2
/ B}.

(iv) La différence de A et B est définie par

/ B} = A \ Bc .
A \ B := {x 2 X : x 2 A et x 2

(v) On dit que les ensembles A and B sont disjoints if A \ B = 0.


/
(vi) La différence symétrique de A et B est définie par

A4B := {x 2 X : (x 2 A et x 2
/ B) ou (x 2
/ A et x 2 B)} = (A \ B) [ (B \ A).

Exercice 1.5.2 : Soit E = {a, b, c, d, e}, A = {a, b, d} et B = {b, d, e}. Déterminer


1.5. ENSEMBLES 25

1. A \ B et A [ B. 4. A [ Bc .
2. Ac et B \ A. 5. (A \ Bc )c .
3. Ac \ B 6. (Bc [ A)c .

Proposition 1.5.8.
Soient E un ensemble, et A, B et C des parties de E.
— A\B ⇢ A
— A ⇢ A[B
— A [ B = B [ A (commutativité)
— A \ B = B \ A (commutativité)
— (A [ B) [C = A [ (B [C) (associativité)
— (A \ B) \C = A \ (B \C) (associativité)
— A [ 0/ = A (0/ est l’élément neutre de [)
— A \ E = A (E est l’élément neutre de \)
— (Ac )c = A
— A [ Ac = E
— A \ Ac = 0/
— (A \ B) [C = (A [C) \ (B [C) (distributivité de \ par rapport à [)
— (A [ B) \C = (A \C) [ (B \C) (distributivité de [ par rapport à \)
Démonstration. — x 2 A , x 2 / AC , x 2 (AC )C par définition du complémentaire.
/ A i.e. x 2 AC . D’où A [ AC = E.
— soit x 2 E. On a soit x 2 A, soit x 2
— Supposons l’existence d’un x dans l’intersection. On a alors x 2 A et x 2
/ A, ce qui est absurde.

Théorème 1.5.9 (Lois de De Morgan). Soient A, B,C des sous ensembles d’un ensemble E. Alors
(B [C)c = Bc \Cc ,
(B \C)c = Bc [Cc ,
plus généralement,
A \ (B [C) = (A \ B) \ (A \C),
A \ (B \C) = (A \ B) [ (A \C).
Démonstration. Dans un premier temps, nous prouvons la deuxième assertion.
Montrons que A \ (B [C) = (A \ B) \ (A \C) :
– Soit x 2 A\(B[C). Alors x appartient à A, mais n’appartient pas à B[C. Comme x n’appartient
pas à B [C, donc x 2/ B et x 2
/ C. Par suite x 2 A et x 2
/ B, c’est à dire, x 2 A \ B. De même x 2 A \C.
D’où x 2 (A \ B) \ (A \C). Par conséquent A \ (B [C) ⇢ (A \ B) \ (A \C)
26 CHAPITRE 1. PRÉREQUIS ET COMPLÉMENTS

A B A B

A[B A\B

A B B

A\B Bc

F IGURE 1.1 – Diagrammes de Venn des opérations sur les ensembles.

– Soit x 2 (A \ B) \ (A \ C). Donc x 2 (A \ B) et x 2 (A \ C). Comme x 2 (A \ B), on a x 2 A


et x 2
/ B. Aussi x 2 (A \ C), donc x 2 A et x 2 / C. De x 2 A et x 2/ B et x 2 A et x 2
/ C il vient que
x 2 A \ (B [C).
– En conclusion, on a A \ (B [C) = (A \ B) \ (A \C).
Montrons que A \ (B \C) = (A \ B) [ (A \C) :
– Supposons que x 2 A \ (B \C). Alors x appartient à A, mais n’appartient pas à B \C. Comme
x n’appartient pas à B \C, donc x 2/ B ou x 2 / C. Par suite x 2 A et x 2
/ B ou x 2 A et x 2
/ C, c’est à
dire, x 2 (A \ B) [ (A \C).
– Supposons que x 2 (A \ B) [ (A \ C). Donc x 2 (A \ B) ou x 2 (A \ C). Si x 2 (A \ B), alors
x 2 A et x 2
/ B. Aussi si x 2 (A \C), alors x 2 A et x 2
/ C. Par conséquent x 2 A et x 2/ B ou x 2 A et
x2/ C, c’est à dire x 2 A
Pour démontrer la première assertion, il suffit de prendre A = E.

Produits cartésien des ensembles

Définition 1.5.10 (Ensemble produit).


On appelle ensemble produit ou produit cartésien de deux ensembles A et B l’ensemble A ⇥ B
1.5. ENSEMBLES 27

des couples (x, y) avec x 2 A, y 2 B :

A ⇥ B = {(x, y) | x 2 A, y 2 B}

avec la convention A ⇥ B = 0/ si A = 0/ ou B = 0.
/
Soit A , B et C trois ensembles. On définit de la même manière l’ensemble

A ⇥ B ⇥C := {(x, y, z) | x 2 A, y 2 B, z 2 C}.

D’une manière générale si A1 , A2 , . . . , An , n ensembles (avec n 2 N⇤ ) alors on pose

A1 ⇥ A2 · · · ⇥ An := {(x1 , x2 , · · · xn ) | xi 2 Ai , pour tout i 2 {1, 2, · · · , n}}.

Un (x1 , · · · , xn ) de A1 ⇥ A2 · · · ⇥ An est appélé un n-uplet.


Notation : Soit A un ensemble et n 2 N⇤ . On notera An = A ⇥ A · · · ⇥ A.

Exemple 1.5.11 : Soit A = {1, 2, 3, 4}, et B = {1, 2, 3}.


Alors, A ⇥ B = {(1, 1), (1, 2), (1, 3), (2, 1), (2, 2), (2, 3), (3, 1), (3, 2), (3, 3), (4, 1), (4, 2), (4, 3)}.
Attention, l’ordre des éléments dans le couple est important : (1, 3) 6= (3, 1).

1 2 3 4

(1, 1) (1, 2) (1, 3) (2, 1) (2, 2) (2, 3) (3, 1) (3, 2) (3, 3) (4, 1) (4, 2) (4, 3)

Exercice 1.5.3 : Soit E et F deux ensembles.


Montrer que E ⇥ F = F ⇥ E si et seulement si E = F ou E = 0/ ou F = 0.
/

Réunions et intersections indexées par des ensembles


Définition 1.5.12.
Soit E un ensemble, et (Xi )i2I une famille de sous-ensembles de E indexée par un un ensemble
non vide I (c’est à dire pour tout i 2 I, on a Xi ⇢ E).
[ S
— On appelle réunion de (Xi )i2I et on note Xi le sous-ensemble de E défini par x 2 i2A Xi si
i2A
et seulement
9i 2 I x 2 Xi
28 CHAPITRE 1. PRÉREQUIS ET COMPLÉMENTS
\ \
— On appelle intersection de (Xi )i2I et on note Xi le sous-ensemble de E défini par x 2 Xi si
i2I i2A
et seulement si
8i 2 I x 2 Xi .
Remarque 1.5.13. Dans le cas fini, cette définition est cohérente avec la définition de la réunion et
n
[
de l’intersection déjà données en 1.5.7. Par exemple, Xi = X1 [ X2 · · · [ Xn .
i=1
Par analogie si (Xi )i2N est une famille de parties d’un ensemble E, indexée par N alors on notera

[ +•
[ \ +•
\
Xi = Xi et Xi = Xi .
i2N i=0 i2N i=0

Exercice 1.5.4 : On considère pour tout n 2 N, l’ensemble An := {(n + 1)k : k 2 N}.


a) Déterminer A1 \ A2 .

[
b) Déterminer An .
n=1
\•
c) Déterminer An .
n=1

Partition
Définition 1.5.14.
Soit E un ensemble, et P ⇢ P(E) un ensemble de sous-ensembles de E. On dit que P est une
partition de E si et seulement si on a les trois propriétés suivantes :
— 0/ 2 / P (aucun élément de P n’est vide)
[
— X = E (P est un recouvrement de E)
X2P
— 8(X,Y ) 2 P2 , X 6= Y ) X \Y = 0/ (les éléments de P sont deux-à-deux disjoints)
Exemple 1.5.15 :
— Considérons l’ensemble E = {0, 1, 2}. Les partitions de cet ensemble sont {{0, 1}, {2}}, {{0, 2}, {1}},
{{1, 2}, {0}}, {{0}, {1}, {2}} et {E}.
— {Q, R\Q} est une partition de R. Plus généralement, si A est une partie de E non non vide et
différente de E, alors {A, AC } est une partition de E.
— Soit 2N l’ensemble des entiers pairs, et 2N + 1 l’ensemble des entiers impairs. {2N, 2N + 1} est
une partition de N
Exercice 1.5.5 : Soit E = {a, b, c, d, e, f , g} ; dans chacun des cas suivants, dire si la famille de parties est
une partition de E.
1. A1 = {a, b, e}, A2 = {c, g} et A3 = {d}.
1.6. FONCTIONS 29

2. B1 = {c, e, g}, B2 = {a, d, f } et B3 = {b, e}


3. C1 = {a, b, e, g}, C2 = {c, d}
4. D = {a, b, c, d, e, f , g}

1.6 Fonctions
1.6.1 Définition, graphe, image, antécédent
Définition 1.6.1. Soit E et F deux ensembles.
Une fonction f : E ! F (de E dans F) est définie par un sous-ensemble de G f ✓ E ⇥ F (appelé
graphe de f ) tel que pour tout x 2 E, il existe au plus un y 2 F tel que (x, y) 2 G f , on note y = f (x).
L’ensemble E est l’ensemble de départ et l’ensemble F est l’ensemble d’arrivée de la fonction f .
Une fonction f de E dans F se note :
f: E ! F
,
x 7 ! f (x)
cela signifie qu’à tout élément de x de départ E, la fonction f associe s’il existe l’élément f (x) de
l’ensemble d’arrivée F. Plus précisement, dans cette notation :
— la première flèche reliant E à F qui s’écrit ! sans barre verticale à l’extrémité gauche se lit :
“dans”. (on lit donc f va de E dans F).
— la deuxième flèche reliant x à f (x) possède, elle, une barre verticale à l’extrémité gauche et se
lit : “a pour image” (on lit donc x a pour image f (x)).
Remarque 1.6.2. Le fait que chaque élément de E possède au plus une image dans F signifie que
certains éléments de E peuvent ne pas avoir d’éléments dans F du tout. Mais d’un autre côté, cela
veut également dire que les éléments de E ne peuvent pas avoir plus d’une image dans F.
Définition 1.6.3. Soit f une fonction d’un ensemble E dans un ensemble F.
— Soit x 2 E. Si f (x) existe alors f (x) est appelé l’image de x par f .
— Soit y 2 F. S’il existe x 2 E vérifiant f (x) = y alors x est appelé l’antécédent de y par f .
Exemple 1.6.4 : On donne la représentation d’une fonction f : E ! F par son diagramme de
Venn où E = {a, b, c, d, e, f } et F = {1, 2, 3, 4, 5}
— dans l’ensemble de départ E l’élément f n’a pas d’image dans l’ensemble d’arrivée F par f ;
— 1 admet deux antécédents qui sont b et e ;
— dans l’ensemble d’arrivée F l’élément 5 n’a pas d’antécédent dans de départ E par f
Exemple 1.6.5 : 1. Un exemple de fonction définie par son graphe.
Soit E = {1, 2, 3, 4} et F = {a, b, c}. On définit la fonction f par le graphe :
G f = {(1, a), (2, c), (4, a)} ⇢ E ⇥ F
30 CHAPITRE 1. PRÉREQUIS ET COMPLÉMENTS

1

e b 2
⇥ ⇥ ⇥
f a
⇥ d ⇥ 4
⇥ c ⇥
⇥ 3
⇥ 5

E

F IGURE 1.2 – Représentation d’une fonction par un diagramme de Venn

Autrement dit f: E ! F
1 7 ! a
2 7 ! c
4 7 ! a

ou encore f (1) = a, f (2) = c et f (4) = a.


2. Un exemple de fonction définie par sa formule algébrique.

f: R ! R
x 7 ! 3x2 + 2x 5

L’image d’un élément x de R est f (x) = 3x2 + 2x 5.


3. Soit E un ensemble. L’application identité IdE : E ! E, définie par IdE (x) = x pour tout x 2 E.
4. La fonction C ! C appelée conjugaison, qui, à un nombre complexe z = x + iy (avec (x, y) 2 R2 )
associe son conjugué z̄ = x iy.

Remarque 1.6.6. On prendra garde à ne pas confondre la fonction f et f (x) qui est l’image de
l’élément x de l’ensemble de départ.
Remarque 1.6.7. On notera que deux fonctions f et g sont égales si et seulement si elles ont le même
ensemble de départ E, le même ensemble d’arrivée F et que pour tout x appartenant à l’ensemble
de départ E, on a f (x) = g(x).
Comme exemple, les fonctions f : R ! R et g : R ! R+ sont des fonctions
x 7 ! x2 x 7 ! x2
différentes.
n(n + 1)(n + 5)
Exercice 1.6.1 : On considère la relation f de N dans N qui à tout n 2 N associe f (n) = ).
3
Cette relation définit-elle une fonction ?
1.6. FONCTIONS 31

Image directe et image réciproque


Définition 1.6.8. Soient E et F deux ensembles et f : E ! F une fonction de E dans F.
— Soit A ⇢ E. On appelle l’image (directe) de A par le sous ensemble noté f (A) de F défini par
f (A) = {y 2 F tel qu’il existe x 2 A vérifiant f (x) = y}
= { f (x) tel que x 2 A}.
En particulier l’image de E, f (E) appelé image de f et est notée Im( f ).
— Soit B ⇢ F. On appelle l’image réciproque de B par le sous ensemble noté f 1 (B) de E défini
par
1
f (B) = {x 2 E tel qu’il existe y 2 B vérifiant f (x) = y}
= {x 2 E tel que f (x) 2 B}.
Proposition 1.6.9. Soient E et F deux ensembles et f : E ! F une fonction. Soient A et B deux
sous ensembles de F. Alors
1 1 1
f (A [ B) = f (A) [ f (B),
1 1 1
f (A \ B) = f (A) \ f (B),
1 c 1 c
f (A ) = f (A) .
Démonstration.
Proposition 1.6.10. Soient E et F deux ensembles et f : E ! F une fonction. Soient A et B deux
sous ensembles de E. Alors
f (A [ B) = f (A) [ f (B),
f (A \ B) ⇢ f (A) \ f (B).

1.6.2 Ensemble de définition, Application


Définition 1.6.11. Soient E et F deux ensembles, et f : E ! F une fonction. On appelle ensemble
de définition (ou domaine de définition) de la fonction f l’ensemble noté D( f ) défini par
D( f ) = {x 2 E : 9y 2 F ; f (x) = y}.
C’est donc l’ensemble de tous les éléments x de l’ensemble de départ qui possèdent une image dans
l’ensemble d’arrivée F.
Du coup, on peut carrément définir les fonctions à partir de leur ensemble de définition. Dans ce
cas là, on ne les appellera plus fonctions mais applications.
Définition 1.6.12. Soient E et F deux ensembles. Une application f : E ! F une fonction dont le
domaine de définition est égal à l’ensemble de départ E.
32 CHAPITRE 1. PRÉREQUIS ET COMPLÉMENTS

1.6.3 Fonction injective, fonction surjective, fonction bijective


Définition 1.6.13. Soient E et F deux ensembles et f : E ! F une fonction. On dit que f est
injective si tout y 2 F admet au plus un antécédent.
Autrement dit : f est injective si 8x, y 2 E on a f (x) = f (y) =) x = y.

e
a • b
b • •a
• •
g d
• • c

f
E F

F IGURE 1.3 – Exemple de diagramme de Venn d’une fonction injective

Proposition 1.6.14. Soient E et F deux ensembles et f : E ! F une fonction. Alors f est injective
si et seulement si 8x, y 2 E, x 6= y ) f (x) 6= f (y).

Définition 1.6.15. Soient E et F deux ensembles et f : E ! F une fonction. On dit que f est
surjective si tout y 2 F admet au moins un antécédent.
Autrement dit : f est surjective si Im( f ) = F.

1

e b
• •a 2
d • • 4
• c •

3

g
E F

F IGURE 1.4 – Exemple de diagramme de Venn d’une fonction surjective

Définition 1.6.16. Soient E et F deux ensembles et f : E ! F une fonction. On dit que f est
bijective si tout y 2 F admet exactement un antécédent.
Autrement dit : f est surjective si f est une application injective et surjective.
1.6. FONCTIONS 33

1
b •
• 2
a • 4
• •
d c
• • 3

g
E F

F IGURE 1.5 – Exemple de digramme de Venn d’une fonction bijective

Théorème 1.6.17. Soient E et F deux ensembles. Si f : E ! F est une bijection, alors il


x 7! f (x)
existe une unique application notée f 1 , qui est appelée l’application réciproque (ou la bijection
réciproque) de f et qui est définie par
1
8x 2 E, 8y 2 F, f (y) = x () f (x) = y.

Remarque 1.6.18. Soient E et F deux ensembles et f : E ! F une application. Fixons m 2 F et


considérons l’équation f (x) = m, d’inconnue x dans E. Alors
— f est surjective si et seulement si l’équation admet au moins une solution ;
— f est injective si et seulement si l’équation admet au plus une solution ;
— f est bijective si et seulement si l’équation admet une et une seule solution ;
Exemple 1.6.19 :
1. La fonction f : R ! R+ n’est pas bijective car elle n’est pas injective. En effet 1 2 R+
x 7 ! x2
et l’équation f (x) = 1 qui s’écrit x2 = 1 admet deux solutions 1 et 1 dans l’ensemble de départ
R.
2. La fonction f : R+ ! R n’est pas bijective car elle n’est pas surjective. En effet 1 2 R
x 7 ! x2
et l’équation f (x) = 1 qui s’écrit x2 = 1 n’a pas de solution dans l’ensemble de départ R+ .
3. La fonction f : [0, 2] ! [0, 4] est bijective car pour tout m 2 [0, 4] et l’équation f (x) = m
x 7 ! x2
2 p
qui s’écrit x = m admet une unique solution x = m dans l’ensemble de départ [0, 2].
Remarque 1.6.20.
— Une application injective est appelée une injection.
— Une application surjective est appelée une surjection.
— Une application bijective est appelée une bijection.
34 CHAPITRE 1. PRÉREQUIS ET COMPLÉMENTS

Exercice 1.6.2 : L’application f : Z ! N⇢ est bijective


2x si x 0
x 7!
2x 1 si x < 0

1.6.4 Composition de fonctions


Définition 1.6.21. Soient E, F et G trois ensembles, et f : E ! F et g : F ! G deux fonctions. On
définit la fonction composée de g par f , notée g f , par
g f :E ! F .
x 7! (g f )(x) := g f (x)

e 1
a • b •
b • •a 2 4
• • •
g d c•
• • • 3

f g
E F G
g f

F IGURE 1.6 – Diagramme de Venn de composée de deux fonctions

Proposition 1.6.22. Soient E, F et G trois ensembles, et f : E ! F et g : F ! G deux fonctions.


Alors l’ensemble de définition de la fonction g f est
D(g f ) = {x 2 Dom( f ) : f (x) 2 D(g)} .
Remarque 1.6.23. Soient E, F, G et H des ensembles.
— Si f : E ! E et g : E ! E deux fonctions, alors en général f g 6= g f .
— Si f : E ! F, g : F ! G et h : G ! H trois fonctions, alors on a (h g) f = h (g f ).
Exercice 1.6.3 :
Théorème 1.6.24. Soient E et F deux ensembles. Une application f : E ! F est une bijection si et
seulement si il existe une application g : F ! E telle que
f g = IdF et g f = IdE .
Démonstration.
– Supposons que f : E ! F est une application bijective. Alors d’après la définition de l’appli-
cation réciproque donnée dans 1.6.17, l’application réciproque f 1 de f vérifie bien f f 1 =
IdF et f 1 f = IdE .
– Réciproquement, supposons qu’il existe une application g : F ! E telle que f g = IdF et
g f = IdE .
1.6. FONCTIONS 35

• Montrons que f est injective :


Soit x et y dans E tels que f (x) = f (y). On a

f (x) = f (y)
g( f (x)) = g( f (y))
(g f )(x) = (g f )(y)
IdE (x) = IdE (y)
x = y.

Donc f est injective.


• Montrons que f est surjective :
Soit y 2 F. Comme f g = IdF , on a ( f g)(y) = IdF (y) c’est-à-dire f (g(y)) = y. Il existe donc
x = g(y) tel que y = f (x), par conséquent f est surjective.
• En conclusion, f étant injective et surjective, elle est donc bijective.

Remarque 1.6.25. Si une application f : E ! F est une bijection alors sa bijection réciproque f 1

est l’unique application de F dans E qui vérifie f f 1 = IdF et f 1 f = IdE .

1.6.5 Restriction et prolongement d’une fonction


Définition 1.6.26 (Restriction). Soient E et F deux ensembles, et A un sous ensemble de E. Soit
f : E ! F une fonction.
On appelle restriction de f à A et on note f|A l’application de f|A : A ! F définie pour tout x 2 A
par f|A (x) = f (x).

Définition 1.6.27 (Prolongement). Soient E et F deux ensembles, et E 0 un ensemble tel que


E ⇢ E 0 . Soit f : E ! F une fonction.
Une fonction g : E 0 ! F est un prolongement de f à E 0 si pour tout x 2 E par g(x) = f (x) (en
d’autre terme g|E = f ).

1.6.6 Fonctions réelles


Définition 1.6.28. Nous dirons qu’une fonction f : E ! F est une fonction réelle lorsque E et F
sont des sous-ensembles de R.

Représentation graphique d’une fonction réelle


On munit le plan R2 d’un repère (O,~i, ~j).
Soit f : E ! R est une fonction réelle, la représentation graphique C f de f est l’ensemble M(x, y)
36 CHAPITRE 1. PRÉREQUIS ET COMPLÉMENTS

du plan lorsque x prend toutes les valeurs de D( f ) :


C f = {M(x, f (x)) : x 2 D( f )}.
On dit que y = f (x) est une équation de la courbe représentative de la fonction f .

x
5 4 3 2 1 1 2 3 4
1

F IGURE 1.7 – Courbe de la fonction réelle x ! x3

La représentation graphique d’une fonction donne un aspect géométrique de la fonction.

Opérations algébriques sur les fonctions réelles


Définition 1.6.29. Soient E un sous ensemble de R, f : E ! R, g : E ! R et l 2 R. On définit les
fonctions suivantes :
1. la fonction l f par
lf : E ! R
x 7 ! (l f )(x) = l f (x)
dont l’ensemble de définition est D(l f ) = D( f ),
2. la fonction somme f + g par
f +g : E ! R
x 7 ! ( f + g)(x) = f (x) + g(x)
1.6. FONCTIONS 37

dont l’ensemble de définition est D( f + g) = D( f ) \ D(g),


3. la fonction produit f g par
fg : E ! R
x 7 ! ( f g)(x) = f (x)g(x)
dont l’ensemble de définition est D( f g) = D( f ) \ D(g),
f
4. la fonction quotient par
g
f
: E ! R
g ✓ ◆
f f (x)
x 7 ! (x) =
g g(x)
✓ ◆
f
dont l’ensemble de définition est D = D( f ) \ {x 2 D(g) : g(x) 6= 0},
g

Fonctions majorées, minorées, bornées


Soit f : E ! R une fonction réelle et I un sous-ensemble de l’ensemble de définition D( f ) de
f.
Définition 1.6.30. On dit que f est :
— majorée sur I si il existe un réel M tel que pour tout x 2 I, f (x)  M,
(et le réel M est appelé un majorant de f )
— minorée sur I si il existe un réel m tel que pour tout x 2 I, f (x) m,
(et le réel m est appelé un minorant de f )
— bornée sur I si elle est majorée et minorée, c’est-à-dire si il existe un réel M tel que pour tout
x 2 I, | f (x)|  M.
Remarque 1.6.31. On dira que f est minorée (majorée ou bornée) si f est minorée (majorée ou
bornée) sur D( f ).

Extremum d’une fonction


Définition 1.6.32. Soit f une fonction réelle. On dit que :
— f admet un maximun (global) en x0 2 D( f ) si :
8x 2 D( f ), f (x)  f (x0 ),

— f admet un minimun (global) en x0 2 D( f ) si :


8x 2 D( f ), f (x) f (x0 ),
38 CHAPITRE 1. PRÉREQUIS ET COMPLÉMENTS

— f admet un maximun local en x0 2 D( f ) s’il existe un intervalle ouvert I tel que :

8x 2 I \ D( f ), f (x)  f (x0 ),

— f admet un minimun local en x0 2 D( f ) s’il existe un intervalle ouvert I tel que :

8x 2 I \ D( f ), f (x) f (x0 ).

Remarque 1.6.33. Ont dit que f admet un extremum local si f admet un maximum local ou un
minimum local.
Ont dit que f admet un extremumsi f admet un maximum ou un minimum.

Relation d’ordre sur les fonctions


Soit f : E ! R et g : E ! R deux fonctions réelles définies sur un même sous-ensemble I de
D( f ) \ D(g).

Définition 1.6.34. On dit que f est :


— inférieure à g sur I si pour tout x 2 I, f (x)  g(x),
— supérieure à g sur I si pour tout x 2 I, f (x) g(x),
— égale à g (ou coïncide avec g) sur I si pour tout x 2 I, f (x) = g(x).

Fonctions monotones
Soit f : E ! R une fonction réelle et I un sous-ensemble de l’ensemble de définition D( f ) de
f.

Définition 1.6.35. On dit que f est :


— croissante sur I si pour tout x 2 I et tout y 2 I on a :

x  y =) f (x)  f (y),

— décroissante sur I si pour tout x 2 I et tout y 2 I on a :

x  y =) f (x) f (y),

— strictement croissante sur I si pour tout x 2 I et tout y 2 I on a :

x < y =) f (x) < f (y),

— strictement décroissante sur I si pour tout x 2 I et tout y 2 I on a :

x < y =) f (x) > f (y)


1.6. FONCTIONS 39

Remarque 1.6.36. On dira que f est croissante (décroissante) si f est croissante (décroissante) sur
D( f ).

Définition 1.6.37.
— On dit que f est monotone sur I si elle soit croissante sur I, soit décroissante sur I.
— On dit que f est strictement monotone sur I si elle soit strictement croissante sur I, soit
strictement décroissante sur I.

Remarque 1.6.38. Étudier les variations d’une fonction c’est partager son ensemble de définition en
intervalles tels que sur chacun d’eux, f y soit monotone.

Proposition 1.6.39. Soient f et g deux fonctions réelles et I ⇢ D( f ).


— La somme de deux fonctions croissantes sur I est une fonction croissante sur I.
— La somme de deux fonctions décroissantes sur I est une fonction décroissante sur I.
— Si f est croissante sur I et si g est croissante sur f (I) alors la fonction g f est croissante sur I.
— Si f est décroissante sur I et si g est décroissante sur f (I) alors la fonction g f est croissante
sur I.
— Si f est croissante sur I et si g est décroissante sur f (I) alors la fonction g f est décroissante
sur I.
— Si f est décroissante sur I et si g est croissante sur f (I) alors la fonction g f est décroissante
sur I.

Fonctions paires, fonctions impaires


Définition 1.6.40. Soit f une fonction réelle. On dit que :
— f est paire si
• pour tout x 2 D( f ), on a x 2 D( f ),
• pour tout x 2 D( f ), on a f ( x) = f (x).
— f est impaire si
• pour tout x 2 D( f ), on a x 2 D( f ),
• pour tout x 2 D( f ), on a f ( x) = f (x).

Remarque 1.6.41. Dans un repère orthonormé (O,~i, ~j), la représentation graphique d’une fonction
paire est une courbe symétrique par rapport à l’axe des ordonnées (O, ~j) tandis que celle d’une
fonction impaire est une courbe symétrique par rapport à l’origine du repère O.

Fonctions périodiques
Définition 1.6.42. Soit f une fonction réelle. On dit que f est périodique s’il existe un réel T 2 R⇤
tel que :
40 CHAPITRE 1. PRÉREQUIS ET COMPLÉMENTS

— pour tout x 2 D( f ), on a x + T 2 D( f ) et x T 2 D( f )
— pour tout x 2 D( f ), f (x + T ) = f (x).
Le nombre réel T est appelé une période de la fonction f et f est T - périodique.
Remarque 1.6.43. Soit f une fonction réelle périodique. Si l’ensemble des périodes strictement
positives de f a un plus petit élément P, celui-ci est appelé la période de f (la notion de plus pétit
n’étant pas encore définie, on peut donc croire que la période est une période qui est plus petite que
toutes les autres). Toutes les périodes de f sont alors de la forme nP, où n est un entier relatif.
Remarque 1.6.44. Si une fonction f est périodique et de période T alors sa courbe représentative
est invariante par les translations de vecteurs nT~i, où n 2 Z.

Fonctions lipschitziennes
Définition 1.6.45. Soit f une fonction réelle et I un sous ensemble de D( f ). On dit que f est
lipschitzienne sur I s’il existe un réel k tel que :
8x 2 I 8y 2 I, | f (x) f (y)|  k|x y|.
On dit aussi que f est k-lipschitzienne ou lipschitzienne de rapport k.
Exemple 1.6.46 :
1. Toute fonction affine sur R est lipschitzienne : En effet si pour tout x 2 R, f (x) = ax + b (a 2 R
et b 2 R) alors pour tout (x, y) 2 R2 , on a
| f (x) f (y)| = |ax + b ay b|
= |ax ay|
| f (x) f (y)|  |a||x y|.
f est donc lipschitzienne de rapport |a|.
2. La somme de deux fonctions lipschitziennes est lipschitzienne. En effet, soit f et g deux fonctions
lipschitzienne sur un ensemble I. Il existe des réels k1 et k2 tels que pour pour tout (x, y) 2 I 2 , on
ait
| f (x) f (y)|  k1 |x y| et |g(x) g(y)|  k2 |x y|.
Donc
|( f + g)(x) ( f + g)(y)| = | f (x) + g(x) f (y) g(y)|
= |( f (x) f (y)) + (g(x) g(y))|
 | f (x) f (y)| + |g(x) g(y)|
k1 |x y| + k2 |x y|
|( f + g)(x) ( f + g)(y)|(k1 + k2 )|x y|.
Par suite f + g est lipschitzienne de rapport k1 + k2 .
1.6. FONCTIONS 41

Fonctions usuelles
Les fonctions usuelles telles que les polynômes, le sinus, le cosinus, le logarithme népérien,
l’exponentiel népérien doivent être familières dès le début du calcul. Nous pouvons faire référence à
certaines de leurs propriétés au besoin, même si celles ci n’ont pas été prouvées rigoureusement
pour le moment. Nous présenterons des preuves rigoureuses au fur et à mesure du développement
de cet cours.

– Fonction polynôme et fonction rationnelle


Définition 1.6.47. Une fonction f : R ! R est une fonction polynôme si il existe un entier naturel
n et des réels a1 , a2 , · · · , an avec an 6= 0 tels que pour tout x 2 R

f (x) = a0 + a1 x + a2 x2 + · · · + an xn .

On dit aussi que f est une fonction polynôme de degré n.

Remarque 1.6.48. Les fonctions polynômes sont définies, continues et dérivables sur R.
Remarque 1.6.49. Une fonction affine est une fonction polynôme de degré 1 et une fonction
polynôme f définie pour tout x 2 R par f (x) = ax avec a 2 R est appelée une fonction linéaire.
Un cas particulier est celui des fonctions polynômes de degré 2 : il s’agit des fonctions définies pour
tout x 2 R par f (x) = ax2 + bx + c où a, b, c sont trois réels donnés, a étant différent de zéro.
Rappelons la définition

Définition 1.6.50. Soit f (x) = ax2 + bx + c une fonction polynôme de degré 2 de la variable réelle
x.
— Le nombre D = b2 4ac est appelé discriminant f (x) = ax2 + bx + c.
"✓ ◆ #
b 2 b2 4ac
— L’expression f (x) = a x + est appelée la forme canonique de f (x).
2a 4a2

L’étude des polynôme de degré 2 permet de résoudre dans R les équations du second degré

ax2 + bx + c = 0

selon le signe du discriminant :

Théorème 1.6.51.
Lorsque D < 0, l’équation n’a pas de racine réelle.
b
Lorsque D = 0, l’équation a une racine double, x0 = et pour tout réel x 2 R, on a
2a

ax2 + bx + c = a(x x0 )2 .
42 CHAPITRE 1. PRÉREQUIS ET COMPLÉMENTS

De plus le signe de ax2 + bx + c est égal à celui du coefficient a.


Lorsque D > 0, l’équation a deux racines distinctes :
p p
b D b+ D
x1 = et x2 =
2a 2a
et pour tout réel x 2 R, on a

ax2 + bx + c = a(x x1 )(x x2 ).

De plus le signe de ax2 + bx + c est égal à celui du coefficient a pour tout x 2] •, x1 [[]x2 , +•[, et
égal au signe contraire de celui du coefficient a pour tout x 2]x1 , x2 [ ( si on suppose par exemple
que x1 < x2 .)
On résume cela par le tableau de signes suivant :

x • x1 x2 +•
x x1 0 + +
x x2 0 +
(x x1 )(x x2 ) + 0 0 +
ax2 + bx + c signe de a 0 signe de a 0 signe de a

Définition 1.6.52. Une fonction rationnelle est un quotient de deux fonctions polynômes.

Remarque 1.6.53. Les fonctions rationnelles sont définies et dérivables en tout point de R où le
dénominateur ne s’annule pas.
Les limites à connaître des fonctions polynômes et rationnelles sont :
– Si n 2 N⇤ alors

• lim xn = +• 1
x!+• • lim =0
( x!+• xn
n +• si n est pair 1
• lim x = • lim =0
x! • • si n est impair x! • xn

– Si n et p sont des entiers naturels, a0 , a1 , · · · , an , b0 , b1 , · · · , b p des réels tels an 6= 0 et b p 6= 0


alors :
• lim (a0 + a1 x · · · + an xn ) = lim an xn et lim (a0 + a1 x · · · + an xn ) = lim an xn .
x!+• x!+• x! • x! •
a0 + a1 x · · · + an xn an xn an n p
• lim p
= lim p
= lim x
x!+• b0 + b1 x · · · + b p x x!+• b p x x! • b p
a0 + a1 x · · · + an xn an x n an n p
• lim = lim = lim x .
x! • b0 + b1 x · · · + b p x p x! • b p x p x! • b p
1.6. FONCTIONS 43

– Fonction logarithmique

Définition 1.6.54. La fonction logarithme népérien, notée ln, est définie sur ]0, +•[ et c’est la
1
primitive de la fonction x 7 ! qui s’annule en 1. Plus précisement, ln est une fonction dérivable
x
sur ]0, +•[, telle que

1
8x 2]0, +•[, (ln)0 (x) = et ln(1) = 0.
x

Les limites à connaître de la fonction logarithme sont :

• lim ln x = +• • lim xa ln x = 0, avec a 2 Q⇤+


x!+• x!0+
• lim ln x = • ln x
x!0+ • lim =1
ln x x!1 x 1
• lim = 0, avec a 2 Q⇤+ ln(x + 1)
x!+• xa • lim =1
x!0 x

Proposition 1.6.55. Pour tout réel strictement positif x et y et pour tout nombre rationnel a on a :

x
• ln(xy) = ln x + ln y • ln = ln x ln y • ln(xa ) = a ln x
y

La fonction logarithmique est strictement croissante et c’est une bijection de ]0, +•[ vers R .
Notons que e est l’unique réel strictement positif tel que ln e = 1. La représentation graphique de la
fonction logarithme est donnée ci-dessous
44 CHAPITRE 1. PRÉREQUIS ET COMPLÉMENTS

1 0 1 2 e3 4 5 x
1

F IGURE 1.8 – Courbe de la fonction logarithme : ln

– Fonction exponentielle
Définition 1.6.56. La fonction exponentielle, notée exp, est définie sur R. C’est la fonction réci-
proque de la fonction logarithme. On a pour tout x 2 R, exp(x) = ex . Elle est dérivable sur R et
l’on a
8 x 2 R, (exp)0 (x) = exp(x), exp(0) = 1 et exp(x) > 0.
On a la relation fondamentale avec la fonction logarithme :

8x 2 R, 8y 2 R⇤+ , exp(x) = y () x = ln y.

Les limites à connaître de la fonction exponentielle sont :

• lim ex = +• • lim xa ex = 0, avec a 2 Q+


x!+• x! •
• lim ex = 0 ex 1
x! • • lim =1
ex x!0 x
• lim a = +•, avec a 2 Q+
x!+• x

Proposition 1.6.57. Pour tous réels x et y et pour tout a 2 Q, on a


1.6. FONCTIONS 45

1 exp(x)
• exp( x) = • exp(x y) =
exp(x) exp(y)
• exp(x + y) = exp(x) exp(y) • exp(ax) = (exp(x))a

3
e
2

5 4 3 2 1 0 1 2 3 4 5 x
1

F IGURE 1.9 – Courbe de la fonction exponentielle : exp

– Fonction puissance et fonction racine n-ième


Définition 1.6.58. Une fonction puissance est une fonction de la forme fa : R ! R où
x 7 ! xa
a 2 R, appelé l’exposant. La définition, les domaines de définition et de dérivabilité des fonctions
puissances dépendent de l’exposant a.
— Par convention, pour tout réel x non nul on pose x0 = 1.
— Pour a 2 N⇤ , fa a pour ensemble de définition R et pour tout x 2 R
fa (x) = xa := x| ⇥ x ⇥
{z· · · ⇥ }x .
a fois

De plus, fa est continue et dérivable sur R.


— Pour a 2 (Z⇤ ), fa a pour ensemble de définition R⇤ et pour tout x 2 R⇤
1
fa (x) = xa := a
.
x
46 CHAPITRE 1. PRÉREQUIS ET COMPLÉMENTS

De plus, fa est continue et dérivable sur R⇤ .


1
— Pour a = avec n 2 N⇤ , fa a pour ensemble de définition R si n est impair et R+ si est n pair.
n
On a pour tout x 2 D( fa ),
1
y = x n () yn = x.
De plus, lorsque n est impair fa est continue sur R et dérivable sur R⇤ et lorsque n est pair fa
est continue sur R+ et dérivable sur R⇤+ .
p 1
Remarquons que la fonction f 1 est appelée fonction racine nème est notée n . Lorsque n =
n
p p 1
2
on parle de racine carrée et on note simplement pour tout x 0, x au lieu de 2 x = x 2 . Dans
1 1 p
le cas où n = on parle de racine cubique et on a pour tout x 2 R, x 3 = 3 x.
3
m
— Pour a 2 Q avec a = , fa a le même ensemble de définition que la fonction f 1 et pour tout

n n
x 2 D( fa )
1 m
fa (x) = xa := x n .
De plus, lorsque n est impair fa est continue sur R et dérivable sur R⇤ et lorsque n est pair fa
est continue sur R+ et dérivable sur R⇤+ .
— Pour a 2/ Q, fa a pour ensemble de définition R⇤+ et pour tout x 2 R⇤+

fa (x) = xa := ea ln x .

De plus, fa est continue et dérivable sur R⇤+ .


Proposition 1.6.59. Soit a 2 R. Lorsque fa est dérivable en x alors

fa0 (x) = axa 1


.

La propriété suivante est donnée pour x > 0 et y > 0 afin qu’elle soit vraie pour toute valeur de
a, b 2 R. Il suffit donc de l’adapter pour les autres valeurs de x et y dans R lorsqu’on peut écrire
xa et xb .
Proposition 1.6.60 (Propriétés). Soient x > 0 et y > 0, et a 2 R et b 2 R. Alors
• ln(xa ) = a ln(x).
1 xa
• xa xb = xa+b , x a = a et b = xa b .
x x
• (xa )b = xab et (xy)a = xa yb .
1
• Pour a 6= 0, y = xa () x = y a .
Exercice 1.6.4 : Démontrer la proposition 1.6.60.
✓ ◆
1 x
Exercice 1.6.5 : Calculer lim 1 +
x!+• x
1.6. FONCTIONS 47

Solution de l’exercice 1.6.5


✓ : ◆x
1 1
Par définition pour x > 0, 1 + = ex ln(1+ x ) et
x
✓ ◆
1 ln 1 + 1x
x ln 1 + = 1
x x

1
En posant X = , on a X ! 0 quand x ! +•, par conséquent
x
✓ ◆
1 ln 1 + 1x ln(1 + X)
lim x ln 1 + = lim 1
= lim = 1.
x!+• x x!+•
x
X!0 X
✓ ◆
1 x
En conclusion lim 1 + = e.
x!+• x
Proposition 1.6.61 (Croissance comparée).
• Si a et b sont des réels strictement positifs alors
(ln x)a
lim xb | ln x|a = 0 et lim = 0.
x!0+ x!+• xb

• Si a 2 R et b > 0 alors
xa
lim = 0.
x!+• eb x

5 4 3 2 1 0 1 2 3 4 5 x
1

p
F IGURE 1.10 – Courbe des fonctions : x ! 3
x
48 CHAPITRE 1. PRÉREQUIS ET COMPLÉMENTS

– Fonctions trigonométriques
Définition 1.6.62 (Cercle trigonométrique). On appelle cercle trigonométrique tout cercle dont le
rayon est égal à l’unité de longueur et sur lequel on a choisi un sens de rotation direct ou sens positif
(contraire à celui des aiguilles d’une montre).

Les fonctions trigonométriques sont définies à partir des points du cercle trigonométrique. On
considère dans un repère orthonormé direct (O;~i; ~j) le cercle trigonométrique centré en O et on
note A(0, 1) comme le montre la figure 1.11.
[ !
Soient a un nombre réel et M le point du cercle trigonométrique tel que (~i, OM) = a, a est exprimé
en radian.. On appelle H et K les projétés de M respectivement sur les axes (O,~i) et (O, ~j). On pose
alors
OH = cos a et OK = sin a.
En fait sin a et cos a sont respectivement l’abscisse et l’ordonnée du point M dans le repère (O;~i; ~j).
p
Si le réel a n’est pas de la forme + kp, k 2 Z, alors la perpendiculaire en A à l’axe (O,~i) coupe la
2
droite (OM) en T et on pose
tan a = AT .

M T
K
sin a
sin a tan a =
cos a
a x
1 1 0 cos a H 1A
2

1
2

F IGURE 1.11 – Définition du sinus, du cosinus et de la tangente


1.6. FONCTIONS 49

Définition 1.6.63. On définit, ainsi, géométriquement, les fonctions

sinus, sin : R ! R , cosinus, cos : R ! R et tangente, tan : R ! R


x 7 ! sin x x 7 ! cos x x 7 ! tan x

d’ensembles de définition respectifs


p
D(sin) = R, D(cos) = R et D(tan) = R \ + kp ; k 2 Z .
2

Valeurs particulières

Les valeurs particulières suivantes des fonctions sin, cos et tan sont à connaitre absolument :

p p p p
x 0 p
6 4 3 2
p p
3 2 1
cos x 1 0 1
2 2 2
p p
1 2 3
sin x 0 2 1 0
2 2
1 p
tan x 0 p 1 3 k 0
3
50 CHAPITRE 1. PRÉREQUIS ET COMPLÉMENTS

p
2
2p p p
J 3
3 2 3
3p p p
2
4 2 4
5p 1 p
2 6
6

O
p p p p
3 2 1 1 2 3
2 2 2 2 2 2 I
p 0

1
2
5p p
6 p
2 6
2
3p p p
3
4 2 4
2p p
3 3
p
2

F IGURE 1.12 – Lecture sur le cercle trigonométrique

Premières relations
— On a les relations fondamentales suivantes :

8a 2 R, 1  sin a  1, 1  cos a  1 et cos2 a + sin2 a = 1


np o sin a 1
8a 2 R\ + kp, k 2 Z , tan a = et 1 + tan2 a = .
2 cos a cos2 a
— La fonction cos est paire et les fonctions sin et tan sont impaires :
np o
8a 2 R, sin( x) = sin x et cos( x) = cos x ; 8x 2 R\ + kp, k 2 Z , tan( x) = tan x.
2
1.6. FONCTIONS 51

— Les fonctions cos et sin sont 2p périodiques et la fonction tan est p périodique :

8x 2 R, sin(x + 2kp) = sin x et cos(x + 2kp) = cos x 8k 2 Z


np o
8x 2 R\ + np, n 2 Z , tan(x + kp) = tan x 8k 2 Z.
2
— Une lecture efficace du cercle trigonométrique permet de retrouver les relations suivantes :

cos ( x) = cos x sin ( x) = sin x tan ( x) = tan a

cos (x + p) = cos x sin (x + p) = sin x tan (x + p) = tan a

cos (p x) = cos x sin(p x) = sin x tan(p x) = tan x

cos p
+a = sin x sin p
+ x = cos x p 1
2 2 tan 2 +x =
tan x

cos p
x = sin x sin p
x = cos x p 1
2 2 tan 2 x =
tan x

F IGURE 1.13 – Exemple d’utilisation du cercle trigonométrique


52 CHAPITRE 1. PRÉREQUIS ET COMPLÉMENTS

— Les fonctions cos, sin et tan sont continues et dérivables sur leur ensemble de définition et on a :

8x 2 R, cos0 (x) = sin x et sin0 (x) = cos x

np o 1
8x 2 R\ + kp, k 2 Z , tan0 (x) = 1 + tan2 x =
2 cos2 x

— De plus : h p pi
• La restriction de la fonction sinus à , est strictement croissante.
⇥ 2 2⇤
• La restriction de la fonction cosinus à i0, p esthstrictement décroissante.
p p
• La restriction de la fonction tangente à , est strictement croissante.
2 2
Les formules qui suivent n’ont parfois pas de sens pour certaines valeurs de la variable : par
tan a + tan b
exemple, la formule tan (a + b) = n’est valable que pour tous réels a et b vérifiant
1 tan a tan b
p
a, b 2 R\ 2 + np, n 2 Z et tan a tan b 6= 1.

Formules d’addition

cos (a + b) = cos a cos b sin a sin b cos (a b) = cos a cos b + sin a sin b

sin (a + b) = sin a cos b + cos a sin b sin (a b) = sin a cos b cos a sin b

tan a + tan b tan a tan b


tan (a + b) = tan (a b) =
1 tan a tan b 1 + tan a tan b
En particulier, quand a = b, on a :

cos 2a = cos2 a sin2 a = 2 cos2 a 1=1 2 sin2 a

2 tan a
sin 2a = 2 sin a cos a tan 2a =
1 tan2 a

Transformation de produits en sommes

En sommant ou en faisant la différence de cos (a + b) et cos (a b) (même chose pour sin), on


obtient les formules de transformation de produits en sommes :
1.6. FONCTIONS 53

1
cos a cos b = (cos (a + b) + cos (a b))
2
1
sin a sin b = (cos (a b) cos (a + b))
2
1
sin a cos b = (sin (a + b) + sin (a b))
2

Transformation de sommes en produits

En posant p = a + b et q = a b) dans les formules précédentes, on obtient les formules


suivantes de transformation de sommes en produits :

p+q p q p+q p q
cos p cos q = 2 sin sin cos p + cos q = 2 cos cos
2 2 2 2
p+q p q p+q p q
sin p + sin q = 2 sin cos sin p sin q = 2 cos sin
2 2 2 2

Limites à connaître

sin x 1 cos x 1 tan x


lim =1 lim = lim =1 lim tan x = +• lim tan x = •
x!0 x x!0 x2 2 x!0 x x! p2 x! p2
< >

Équations et inéquations trigonométriques

Pour résoudre une équation trigonomérique, on utilise généralement les équivalences suivantes :
• Pour tout x et a dans R, sin x = sin a () 9 k 2 Z ; x = a + 2kp ou x = p a + 2kp.
• Pour tout x et a dans R, cos x = cos a () 9 k 2 Z ; x = a + 2kp ou x = a + 2kp.
• Pour tout x et a dans R\ p2 + np, n 2 Z , tan x = tan a () 9 k 2 Z ; x = a + kp.

Exemple 1.6.64 :
54 CHAPITRE 1. PRÉREQUIS ET COMPLÉMENTS

Courbes représentatives des fonctions sinus, cosinus et tangente

x
2p p p 2p

F IGURE 1.14 – Courbe de la fonction sinus

x
2p p p 2p

F IGURE 1.15 – Courbe de la fonction cosinus


1.6. FONCTIONS 55

x
4 3 2 1 0 1 2 3 4
1

F IGURE 1.16 – Courbe de la fonction tangente

– Fonctions hyperboliques
Définition 1.6.65. Les fonctions cosinus hyperbolique, sinus hyperbolique, tangente hyperbolique
notées respectivement ch, sh et th sont définies pour tout x 2 R par :
ex + e x ex e x shx e2x 1
chx = , shx = , thx = =
2 2 chx e2x + 1

Remarquons immédiatement les relations :


8x 2 R, chx + shx = ex , chx shx = e x , et ch2 x sh2 x = 1.
La fonction ch est paire, définie, continue et dérivable sur R et ch0 = sh.
La fonction sh est impaire, définie, continue et dérivable sur R et sh0 = ch.
1
La fonction th est mpaire, définie, continue et dérivable sur R et th0 = 1 th2 = .
ch2
Dans toutes formules qui suivent a et b sont des réels.
Formule d’addition
56 CHAPITRE 1. PRÉREQUIS ET COMPLÉMENTS

tha + thb
ch(a + b) = cha chb + sha shb sh(a + b) = sha chb + cha shb th(a + b) =
1 + tha thb
tha thb
ch(a b) = cha chb sha shb sh(a b) = sha chb cha shb th(a b) =
1 tha thb

En particulier pour a = b,

ch2a 1 ch2a + 1
ch2a = ch2 a + sh2 a = 2ch2 a 1 = 1 + 2sh2 a sh2 x = et ch2 a =
2 2
2tha
sh2a = 2sha cha th2a =
1 + th2 a

Transformation de produit en somme

1 1
cha chb = (ch(a + b) + ch(a b)) sha shb = (ch(a + b) ch(a b))
2 2
1 1
sha shb = (ch(a + b) ch(a b)) sha chb = (sh(a + b) + sh(a b))
2 2

Transformation de somme en produit

a+b a b a+b a b
cha + chb = 2ch ch cha chb = 2sh sh
2 2 2 2
a+b a b sh(a + b)
sha + shb = 2sh ch tha + thb =
2 2 cha chb

Limites à connaître

shx chx 1 1 thx


lim =1 lim = lim =1
x!0 x x!0 x2 2 x!0 x
1.6. FONCTIONS 57

y
8
7
6
5
4
3
2
1

5 4 3 2 10 1 2 3 4 5 x
1

F IGURE 1.17 – Courbe de la fonction cosinus hyperbolique : ch

y
5
4
3
2
1

5 4 3 2 10 1 2 3 4 5 x
1
2
3
4
5

F IGURE 1.18 – Courbe de la fonction sinus hyperbolique : sh


58 CHAPITRE 1. PRÉREQUIS ET COMPLÉMENTS

3 2 1 0 1 2 3 x

F IGURE 1.19 – Courbe de la fonction tangente hyperbolique : th

1.7 Exercices
Exercice 1.7.1 : Si A, B et C sont des sous-ensembles d’un ensemble E, montrer que,

A \ (B \C) = (A \ B) [ (A \C)

Exercice 1.7.2 : Montrer que le principe de récurrence forte est équivalent à la récurrence simple.

Exercice 1.7.3 : Soit A, B et C sont des sous-ensembles d’un ensemble E Montrer que
a) A \ (B [C) = (A \ B) [ (A \C)
b) A [ (B \C) = (A [ B) \ (A [C)

Exercice 1.7.4 : Pour tout n 2 N, let An := {(n + 1)k : k 2 N}.


a) Déterminer A1 \ A2 .
S
b) Déterminer • n=1 An .
T•
c) Déterminer n=1 An .
1.7. EXERCICES 59

Exercice 1.7.5 : Déterminer P(S) l’ensemble des parties de l’ensemble S dans les cas suivants :
a) S = 0,
/
b) S = {1},
c) S = {1, 2},
d) S = {1, 2, 3, 4}.

Exercice 1.7.6 : Soient f : A ! B et g : B ! C deux applications.


a) Montrer que si g f est injective, alors f est injective.
b) Montrer que si g f est surjective, alors g est surjective.
c) Donner un exemple explicite d’applications f et g telles que g f est bijective, mais ni f ni g n’est
bijective.

Exercice 1.7.7 : Prouver par récurrence que pour tout n 2 N⇤ , n < 2n .


1 1 1 n
Exercice 1.7.8 : Montrer que pour tout n 2 N⇤ , + +···+ = .
1·2 2·3 n(n + 1) n + 1
✓ ◆2
n(n + 1)
Exercice 1.7.9 : Montrer que pour tout n 2 N⇤ , 13 + 23 + · · · + n3 = .
2

Exercice 1.7.10 : Trouver le plus petit entier n0 2 N tel que 2(n0 + 5)2 < n30 . Montrer que 2(n + 5)2 < n3
pour tout n n0 .

Exercice 1.7.11 : Trouver tous les entiers n 2 N tels que n2 < 2n .

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