Avant-Propos: Les Primates Des Monts Nimba
Avant-Propos: Les Primates Des Monts Nimba
par
1. Avant-Propos
Ce document a été rédigé à la demande de l'UNESCO dans le cadre d'une synthèse des
recherches menées aux monts Nimba dirigée par le Pr Maxime Lamotte.
2. Résumé
Les publications concernant directement les Primates des monts Nimba sont peu nombreuses.
Des recensements des grands mammifères des monts Nimba incluant les Primates ont été effectués
par LAMOTTE (1942, 1983). L'inventaire primatologique le plus récent a été effectué par
GALAT-LUONG & GALAT (1990). Une synthèse a été publiée par LAMOTTE & ROY (1998).
Ce chapitre présente l’écologie et le comportement des dix espèces du peuplement de Primates
des monts Nimba (Chimpanzé, Pan troglodytes; Colobe bai, Procolobus badius ; Colobe Magistrat,
Colobus polykomos ; Colobe de van Beneden, Procolobus verus ; Mone de Campbell: Cercopithecus
campbelli ; Diane, Cercopithecus diana ; Pétauriste, Cercopithecus petaurista ; Mangabé enfumé,
Cercocebus atys ; Potto de Bosman, Perodictitus potto ; Galago de Demidoff, Galagoides
demidovii).
L’organisation supraspécifique et le fonctionnement de cette communauté sont décrits. En
effet, les espèces de Simiens présentes aux monts Nimba forment des troupes comprenant des bandes
de plusieurs espèces différentes : les associations plurispécifiques. Au sein de ces associations,
certains comportements n’apparaissent chez certaines espèces qu’en relation avec ceux manifestés
par les autres.
L’accroissement de la pression humaine liée aux modifications récentes risque de conduire à la
disparition prochaine de certaines des espèces : Procolobus badius et Cercopithecus diana dans un
premier temps, Pan troglodytes et Cercocebus atys ensuite.
3. Abstract
The Primates of the Nimba
Publications concerning directly the Primates of the Nimba are not numerous. Large mammals
censuses including Primates were made by LAMOTTE (1942, 1983) and the most recent Primates
census has been done by GALAT-LUONG & GALAT (1990). A synthesis has been published by
LAMOTTE & ROY (1998).
This chapter presents the ecology and the behavior of the ten Primate species living in the
Nimba, including Chimpanzee, Pan troglodytes; Western Red Colobus, Procolobus badius ; Western
Les Primates des monts Nimba, Galat-Luong et Galat 2000 2
4. Introduction
Les publications concernant directement les Primates des monts Nimba sont peu nombreuses.
Plusieurs études sur le comportement des Chimpanzés des monts Nimba, sur la colline de Bossou ont
été menées par KORTLANDT (1966, 1986, 1987), KOMAN (1983), SUGIYAMA (1981, 1984),
SUGIYAMA & KOMAN (1979a, 1979b).
Des recensements des grands mammifères des monts Nimba incluant les Primates ont été
effectués par LAMOTTE (1942, 1983) en Guinée et par COE (1975) au Libéria voisin. L'inventaire
primatologique le plus récent a été effectué par GALAT-LUONG & GALAT (1990).
Des études approfondies des espèces de Simiens présentes aux monts Nimba ont été menées
200 km au Sud, dans la forêt de Taï en Côte d’Ivoire, de 1976 à 1986 (GALAT, 1978c, 1978g, 1983;
GALAT-LUONG, 1978, 1983; GALAT-LUONG & GALAT, 1978; GALAT & GALAT-LUONG,
1985). Les résultats obtenus sur deux des espèces lors de nos recherches ont été récemment
reconfirmés par HOLENWEG, NOE & SCHABEL (1996). Du fait des similitudes caractérisant la
végétation des monts Nimba et de Taï (SCHNELL, 1952), les observations que nous avons effectuées
sur ces deux sites ne nous ont permis de relever que des différences mineures liées à certaines
particularités de la Réserve.
Les informations sur les Prosimiens forestiers africains proviennent en revanche
essentiellement du Gabon (CHARLES-DOMINIQUE, 1971, 1972, 1974, 1977a ;
CHARLES-DOMINIQUE & BEARDER, 1979 ; BEARDER, 1987).
6. Ecologie et comportement
6.1 Le Chimpanzé
Le Chimpanzé est le plus gros Primate d'Afrique de l'Ouest (figure 1). Il mesure 1,40 m et pèse
environ 45 kg. Le pelage est généralement noir mais présente parfois des plages blanches ou gris
argenté. La face est noire ou cireuse.
Les Chimpanzés peuvent effectuer des déplacements de plusieurs kilomètres. Le domaine vital
du groupe de Bossou couvre environ 4 à 5 km2.
Ils vivent en groupes de structure plus ou moins variable. Quoique des populations différentes
s'évitent d'une façon générale, les rencontres intergroupes peuvent se conclure par des fusions, des
fissions, des échanges d'individus ou bien par des conflits.
Ils sont omnivores. Fruits, fleurs, feuilles et gomme constituent l’essentiel des aliments
végétaux. Les proies animales consommées à Bossou comprennent essentiellement des crustacés
(crevettes et peut-être crabes), des insectes, des poissons et des oiseaux. En ce qui concerne les
Mammifères, quoique capables de pratiquer une chasse organisée (Colobe bai en particulier,
Galat-Luong et Galat, obs. pers., Taï, 1977), SUGIYAMA & KOMAN (1987) n’ont observé que des
actions de chasse sur des Pangolins.
Le répertoire comportemental des Chimpanzés est riche d'une grande variété de signaux de
communication. A la diversité de leurs vocalisations, extrêmement modulées, s’ajoutent des
émissions sonores obtenues en tambourinant sur les contreforts des grands arbres, permettant une
interlocalisation sur de très grandes distances, même en zone forestière. Chaque soir, à la tombée de
la nuit, les Chimpanzés construisent chacun un nid sommaire pour le repos nocturne. Les populations
d’Afrique de l’Ouest présentent des particularités culturelles (ADIE, GALAT-LUONG & GALAT,
1997, WHITEN, GOODALL, Mc GREW & all., 1999). Au Sénégal oriental, les Chimpanzés
creusent le sable des rivières, à proximité des derniers trous d'eau stagnante en début d'assèchement,
parfois avec un outil (bâton), obtenant ainsi de l'eau filtrée apparemment de meilleure potabilité
(Galat-Luong & Galat, obs. pers., 1999). Celles des monts Nimba et du Sud-ouest ivoirien ont
développé une technique d'utilisation d'outils (“ marteaux ” et “ enclumes ” en pierre ou en bois dur)
pour briser, quand celles-ci sont trop dures, les noix (Elaeis sp. et Coula edulis) dont ils se nourrissent
(Galat-Luong & Galat, obs. pers., Taï, 1977 ; BOESCH, 1978, 1984 ; BOESCH & BOESCH, 1981 ;
HANNAH & Mc GREW, 1987). L’utilisation d’outils végétaux pour “ pêcher ” des insectes a été
observée à l’occasion d’un repas de fourmis (Dorylus sp.), mais jamais pour capturer des termites
(SUGIYAMA, KOMAN & SOW, 1988). Certains comportements consécutifs à la mort de membres
de la bande ont été décrits comme des cérémonies d'enterrement mais appellent un complément
d'observation et d'interprétation (KOMAN, 1983).
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Fig. 2.- Mangabé enfumé (Sooty Mangabey) : Cercocebus atys (Audebert, 1797).
L'alerte est d'abord donnée par les caquettements des jeunes, ce qui provoque une légère fuite
des autres individus de la troupe. Si l'alerte est sérieuse, c'est le mâle adulte socialement leader qui
prend le relais et émet alors son cri fort qui a pour conséquence la fuite immédiate, au sol, du reste de
la troupe.
6.3 La Diane
La Diane, ou “ Palatine ”, est aussi appelée “ Capitaine ”, peut-être à cause de sa robe
multicolore: face noire et barbiche, poitrine blanche, ventre noir, dos foncé chiné de vert, reins rouge
lie de vin, entre-cuisses variant du roux-vif chez Cercopithecus d. diana (la variété vivant à l'ouest du
Sassandra), au jaune pâle chez D. d. rolloway (la sous-espèce que l'on trouve à l'est du Sassandra).
C'est un Cercopithèque de grande taille (figure 3), atteignant 7 à 8 kg, plus repérable que les autres
Singes car, en plus de ses couleurs vives, c'est un singe très bavard et bruyant. Les bandes de Dianes
sont un peu plus nombreuses que celles des autres espèces de Cercopithèques (une quinzaine de
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membres en moyenne mais pouvant atteindre la trentaine). Chaque bande est menée par un mâle
adulte, seul émetteur des cris forts caractéristiques des mâles leaders de harem chez les
Cercopithèques. Il existe des mâles solitaires. La taille du domaine vital est de l'ordre du km2. Ce
domaine vital est activement et fréquemment défendu contre l'intrusion des bandes voisines. Lors de
ces conflits territoriaux, le mâle leader exprime sa parade territoriale. Il se met en évidence, expose
son thorax, son abdomen et surtout la “ tache rouge en forme de cœur ” située sur le bas ventre et
l'intérieur des cuisses (chez C. d. diana). Cette tache apparaît comme un super-stimulus et semble
agrandir l'appareil génital externe qui est relativement petit chez le mâle de cette espèce. Il émet
simultanément son cri fort et en cas de conflit plus intense, tous les membres de la bande participent à
des chasses-poursuites pour repousser les intrus.
Fig. 3.- En haut (above) Diane (Diana Monkey) : Cercopithecus diana (Linné, 1758). En bas
(below) Colobe Magistrat (Western Black-and-white Colobus) : Colobus polykomos
(Zimmermann, 1780).
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La Diane vit haut dans la végétation où elle passe 90% du temps, dont un tiers dans les
émergents. On ne la voit dans la strate inférieure que dans 10% des observations. Elle ne se rencontre
qu'exceptionnellement au sol. Ses déplacements sont très rapides, ce qui la rend difficile à suivre,
mais comme elle préfère les branches de taille moyenne, elle reste relativement aisément visible. Les
trois quarts des aliments de la Diane sont composés de fruits, mais 7% concernent des feuilles. Elle ne
délaisse toutefois pas les insectes.
Grande et plus facilement repérable, exploitant les émergents, la Diane est le premier
Cercopithèque à disparaître au contact de l'Homme.
Les individus observés aux monts Nimba (Galat & Galat-Luong, obs. pers., 1983) présentent
des caractéristiques morphologiques particulières:
- gorge de couleur orange (et non blanche, caractéristique de l'espèce),
- barbe courte, caractéristique de la sous espèce Diana d. diana,
- entre-cuisses de couleur claire, caractéristique de la sous espèce Diana d. rolloway.
Deux hypothèses sont envisageables:
- la population des monts Nimba est une population différente de celles qui sont connues par
ailleurs;
- la population des monts Nimba montre un polymorphisme individuel important et différent
des autres populations.
Dans les deux cas, une attention particulière doit être apportée à cette population.
6.4 La Mone
Le poids de la Mone de Campbell peut atteindre 7 kg (figure 4). La partie supérieure de la face
est noire, la partie inférieure rosâtre. Le pelage est brun chiné sur le dos, rougeâtre sombre sur les
reins, tendant vers le noir sur les membres alors que le ventre est clair.
Les bandes sont petites (une douzaine de membres en moyenne) mais certaines peuvent
rassembler plus de trente individus. Un seul mâle adulte mène la bande, il est le seul à émettre le cri
fort propre au mâle chef de bande. Les jeunes mâles quittent la bande à la maturité sexuelle et peuvent
alors prendre la tête d'une autre bande en remplaçant l'ancien chef à la suite de conflits plus ou moins
violents.
Le domaine vital est relativement peu étendu, une quarantaine d'hectares en moyenne. Les
autres bandes voisines sont maintenues à l'écart par l'émission des cris forts du mâle leader de chaque
bande. La fréquentation des émergents par la Mone de Campbell est de 14% et on la voit souvent dans
la strate inférieure où elle passe le tiers de son temps. Elle est le plus terrestre des Cercopithèques des
monts Nimba.
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6.5 Le Pétauriste
Le Pétauriste est le plus petit des Cercopithèques des monts Nimba (figure 5). Le pelage est
brun terne, la face est marquée par le nez et les favoris blancs.
Les bandes comprennent en moyenne une dizaine d’individus mais peuvent en compter le
double. Comme chez les Cercopithèques précédents, un seul mâle adulte guide sa bande et émet le cri
fort. Toutefois, le mâle Pétauriste n'émet jamais son cri fort spontanément, mais uniquement en
phonoréponse immédiate à celui de la Mone.
La surface des domaines vitaux est de l'ordre de 40 ha. Les échanges vocaux de cris forts entre
mâles leaders sont plus rares que ce n'est le cas pour la Mone et surtout pour la Diane. Leur émission
montre qu'ils sont eux aussi l'expression d'un comportement territorial ou de distanciation
intergroupe. Le Pétauriste fréquente très peu les émergents au profit de la strate inférieure où il passe
plus du tiers de son temps. Les fruits comptent pour les trois quarts des prises alimentaires et les
feuilles n’entrent que pour 5% de son régime. L'exploration visuelle à la recherche d'insectes est
pratiquement permanente et c'est l'espèce la plus “ lève-tôt ” et “ couche-tard ” des Simiens des monts
Nimba.
Petite, cette espèce fait partie, avec la Mone, de celles “ qui ne valent pas une cartouche ”
comme le disent les chasseurs locaux. On peut ainsi la trouver à proximité des villages et des zones
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cultivées. En cas d'alerte, ces singes ont tendance à fuir dans les strates inférieures, mais ils peuvent
aussi se tenir cois pendant de très longues durées (une heure et plus).
Fig. 6.- Colobe bai d’Afrique occidentale (Western Red Colobus): Procolobus badius (Kerr,
1792).
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En cas d'alerte, les Colobes bais fuient bruyamment dans les strates basses de la canopée. Si la
cause de l'alerte est localisée au sol, ce qui est le cas des chasseurs, la tendance est alors plutôt de se
réfugier en haut des émergents en émettant des vocalisations d'alerte ou d'alarme. Ces comportements
sont peu adaptés pour lutter contre les méthodes de chasse humaines et le Colobe bai est le premier
singe à disparaître au contact de l'Homme. Il est de plus dépendant des émergents, cibles privilégiées
des forestiers.
taille. Des conflits de type territorial peuvent apparaître dans le cadre de conflits plurispécifiques. Les
Colobes de van Beneden utilisent moins souvent les émergents que les deux autres Colobes, mais
fréquentent davantage la canopée (plus de la moitié du temps) et la strate inférieure. C'est le seul
Colobe de la région qui descend à terre dans une proportion non négligeable. Son régime alimentaire
est essentiellement foliivore avec tout de même une part non négligeable de fruits.
Fig. 7.- Colobe de van Beneden (Olive Colobus): Procolobus verus (van Beneden, 1838).
forêt de Taï, l'un des sites ou sa densité est la plus importante, nous avons parfois mis plusieurs jours
avant d'obtenir un premier contact. Le même problème a été soulevé par ANSTEY (1991) lors de sa
récente évaluation de la faune mammalogique du Libéria.
L'espèce a été mentionnée dans le sud-est de la Guinée par BOOTH (1958) et dans la forêt de
Ziama par BOURQUE & WILSON (1990) et il nous apparaît très peu vraisemblable qu’elle ait pu
disparaître, même si elle n’a plus été citée depuis parmi les espèces connues dans le pays (DORST &
DANDELOT, 1972; HAPPOLD, 1987; LEE, THORNBACK & BENNETT, 1988). Présente dans les
forêts adjacentes du Libéria (COE, 1975 ; BOURQUE & WILSON, 1990 ; ANSTEY, 1991), de
Sierra Leone (OATES & WHITESIDES, 1990 ; BOURQUE & WILSON, 1990) et de Côte d'Ivoire
(GALAT & GALAT-LUONG, 1985), ROBINSON & PEAL (1981) ont d’ailleurs rapporté qu'elle
pourrait faire partie du gibier transporté par des chasseurs libériens revenant de Guinée. Si elle est
probablement absente de la partie nord de la chaîne des monts Nimba du fait qu’elle n'est pas connue
des populations locales, elle est en revanche correctement décrite et désignée sous le terme de “ singe
magique ”, du fait de son aptitude à disparaître “ comme par enchantement ”, par certains chasseurs
connaissant la partie méridionale. Ses capacités de dissimulation particulièrement exacerbées
suffisent à expliquer que nous ne l’ayons pas observé nous-même au cours de nos prospections aux
monts Nimba. Aussi, compte tenu de l'aire de répartition connue, des milieux fréquentés (forêts
denses humide, marécageuses, forêts secondaires, friches de plus de 12 ans), de l'enquête auprès des
chasseurs locaux et de la difficulté de son observation, nous pensons que sa présence est très
vraisemblable dans la partie méridionale du Nimba.
Le Potto de Bosman est un Prosimien de 1 à 1,5 kg qui vit dans les strates inférieures et la
canopée en forêt dense et dans certaines forêts galeries (figure 8). Il se déplace extrêmement
lentement, tout en étant capable de mouvements vifs. Les vertèbres cervicales faisant saillie, ainsi que
la capacité à projeter un liquide nauséabond formé d'un mélange de fèces et d'une sécrétion de la
région ano-génitale, lui servent à se défendre contre les prédateurs. Nocturne, il se nourrit pour les
deux tiers de fruits ainsi que de gomme et d'insectes (essentiellement des fourmis). La surface du
domaine vital du mâle est de l'ordre de 9 à 40 ha. Elle recouvre les domaines vitaux, plus petits
(d'environ 6 à 9 ha), de plusieurs femelles. La densité est de 8 à 10 individus au km2.
De la taille d'un très petit écureuil, le Galago de Demidoff pèse moins de 70 g (figure 9). Il se
déplace par grands bonds très rapides dans les lianes des strates inférieures et de la canopée des forêts
denses primaires et secondaires. La mère transporte son petit dans la gueule. Le Galago chasse les
insectes qui constituent pour les trois quarts sa nourriture principale, mais consomme aussi des fruits
(un cinquième) et de la gomme (un dixième). Comme chez le Potto, le domaine vital du mâle
recouvre celui de plusieurs femelles. Sa surface est de l'ordre d’un demi à trois hectares pour le mâle
et d'environ un demi à un hectare et demi pour les femelles. La densité est de 50 à 80 individus au
km2.
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Fig. 8.- Potto de Bosman (Bosman’s Potto): Perodictitus potto (Müller, 1766).
Fig. 9.- Galago de Demidoff (Dwarf Galago) : Galagoides demidovii (Fischer, 1808).
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Tableau I: Altitude d'observation des Primates aux monts Nimba (d'après Galat &
Galat-Luong, 1983, inédit, et GALAT-LUONG & GALAT, 1990). Pan troglodytes : en
février 1942, M Lamotte (comm. pers.) a observé des Chimpanzés sur la crête à
1 650 m d’altitude, au voisinage du Mont Tô, ainsi qu’à 1 450 m dans la forêt de la tête
du ravin de la haute vallée du Mien.
Altitude
Espèce
d'observation (m)
Pan troglodytes 800
Procolobus badius 900
Colobus polykomos 800
Cercopithecus campbelli 500-900
Cercopithecus diana 800-1200
Cercopithecus petaurista 500-800
Cercocebus atys 800
Perodictitus potto 600
Galagoides demidovii 600-800
On doit s'attendre à ce que les variations des comportements soient plus importantes là où les
conditions du milieu évoquées changent toutes simultanément: aux points les plus élevés des galeries
forestières.
Une estimation des densités de Primates aux monts Nimba a été tentée en 1983. Les résultats
sont reportés sur le tableau II. Il en ressort que les espèces chassées sont très approximativement huit
fois moins abondantes que dans la forêt protégée de Taï. Seules les deux petites espèces, celles que
l'on peut trouver partout en forêt dense jusqu'à proximité des villages, ont peut-être des densités
proches de la capacité de charge du milieu.
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Tableau II: Densités relatives comparées des Simiens dans le forêt de Taï (d'après GALAT
& GALAT-LUONG, 1985) et aux monts Nimba (estimations d'après des données
personnelles inédites, Galat et Galat-Luong, 1980, 1983). Pan troglodytes : Les
Chimpanzés sont trop itinérants pour qu'une comparaison ait une quelconque valeur.
Pour la période considérée, les chimpanzés ont été six fois moins bruyants aux monts
Nimba qu'à Taï.
9. Conclusion
Il est légitime de s'inquiéter de l'avenir de la Réserve Mondiale de Biosphère des monts Nimba,
au même titre d'ailleurs que de celui de la plupart des aires protégées de la planète. Il ne reste à
l'Humanité que quelques années pour transformer l'actuel sursis en rémission. D'ici là, de nombreuses
espèces auront disparu. Les Primates sont des espèces éminemment adaptables et certaines
populations se sont montrées capables de survivre dans des conditions fort éloignées de celles que
l'on trouve sur la plus grande partie de leur aire de répartition. Ces adaptations sont particulièrement
exacerbées en conditions extrêmes (GALAT & GALAT-LUONG, 1977; GALAT-LUONG, 1988) et
personne n'a encore décrit les inventions qui ont été nécessaires à la survie en altitude de certaines
espèces des monts Nimba. Les biologistes, pour étudier et comprendre, et les singes, pour survivre et
s'adapter, ont besoin de temps. Donnons leur ce temps!
10. Remerciements
Le financement des recherches a été assuré par l’UNESCO et l’ORSTOM (devenu IRD,
l’Institut de recherche pour le développement).
Les auteurs remercient les autorités guinéennes pour l’accueil qui leur a été réservé et le
Professeur Maxime Lamotte, sans qui les études menées sur les monts Nimba n’auraient pu se faire,
de leur avoir communiqué sa foi et son enthousiasme en l’avenir de ce Site du Patrimoine mondial.
Les auteurs remercient aussi M Roger Roy, du Muséum National d’Histoire Naturelle, pour la grande
attention apportée à la relecture du manuscrit.
« Illustrations originales de Minh Luong. »
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