Médecine Légale - Rapport Intégral
Médecine Légale - Rapport Intégral
ISBN : 978-9954-606-16-2
LES ACTIVITÉS
MÉDICO-
LÉGALES
AU MAROC
La nécessité d’une réforme globale
Conclusion 56
Les activites medico-legales au Maroc
la nécessité d’une réforme globale
Introduction
Conscient des enjeux importants des activités médico-légales pour une bonne
administration de la justice, tant civile que pénale et de l’intervention, de plus en plus
croissante, des sciences médicales pour garantir l’accès à un procès équitable, respectueux
des droits de la défense et des victimes ;
Considérant que la médecine légale est un outil important pour la constatation de cas de
violations des droits de l’Homme et du droit international humanitaire ;
Et dans le cadre de ses attributions telles que stipulées par le Dahir N° 1-11-19 du
01/03/2011, visant notamment la protection et la promotion des droits de l’Homme, le
Conseil national des droits de l’Homme (CNDH) a entrepris une consultation sur les
activités médico-légales, afin de déterminer les modalités de mise en œuvre au Maroc
d’une réforme de ce secteur auxiliaire de la justice.
Cette mission tient sa légitimité d’abord des enjeux judiciaires multiples liés à l’activité
médico-légale. En effet, les constats médico-légaux sont appelés à jouer un rôle souvent
déterminant pour établir la qualification et le déroulement des faits, quand il s’agit
d’atteintes ou de suspicion d’atteintes à la vie ou à l’intégrité physique des personnes,
grâce à la pratique de levées de corps ou d’autopsie en cas de décès, et à la délivrance de
certificats médico-légaux en cas de blessures volontaires ou involontaires ou d’agressions
sexuelles. Ces constats sont également décisifs dans les investigations sur les allégations de
torture, ou dans les procédures d’identification des victimes de catastrophes de masse ou
de restes squelettiques, ainsi que pour le dépistage d’une consommation récente d’alcool
ou de drogues et du transport intracorporel de drogues. De même, l’expertise médico-
légale est également fondamentale lorsqu’il s’agit d’apprécier le degré de responsabilité de
l’auteur d’une infraction, sa personnalité ou son âge, d’apprécier la compatibilité de l’état
physique ou psychique de la personne avec une mesure restrictive ou privative de liberté,
notamment durant la garde à vue.
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A côté des enjeux judiciaires qui sont intimement liés aux droits des victimes, des mis en
cause ou des condamnés, les activités médico-légales comportent également une dimension
médico-socio-psychologique étroitement liée à médico-légal. Ainsi, l’accueil des victimes de
violences constitue une occasion pour leur apporter une écoute bienveillante, un soutien
psychologique et une orientation appropriée vers d’autres médecins spécialistes, services
de soins, intervenants institutionnels ou associations d’aide aux victimes. L’examen des
personnes en garde à vue et des victimes de violences sexuelles permet d’apprécier les
risques sanitaires liés à la mesure privative de liberté pour les premiers, ou à l’agression elle-
même pour les seconds (risque de grossesse et d’infections sexuellement transmissibles ...).
De ce fait, les actes médico-légaux sont le plus souvent indissociables de l’acte de soins lui-
même.
Enfin, l’activité médico-légale comporte des enjeux financiers non négligeables. Certes, les
dépenses liées à cette activité n’ont jamais été évaluées. Mais, si on prend en considération
les dépenses au titre des frais de justice, auxquelles on ajoute les frais de mise à disposition
des locaux, des équipements et du personnel par les hôpitaux et les municipalités, on
s’aperçoit rapidement de l’importance des dépenses associées à cette activité, qui ne sont
couvertes que dans une faible proportion par les frais de justice.
2 Les enjeux financiers associés à l’activité médico-légale sont également évidents lorsqu’il
s’agit d’évaluer le dommage corporel en vue de l’indemnisation des victimes, tant pénale
que civile. L’équilibre financier des compagnies d’assurance et des organismes tiers payeurs
peut être fortement affecté par les évaluations médico-légales du dommage corporel.
Tenant compte de ces enjeux multiples, la consultation diligentée par le CNDH a été
confiée à une équipe multidisciplinaire qui a ainsi questionné trois champs d’activités
médico-légales : le champ thanatologique comprenant les autopsies et les examens
externes des cadavres, qu’ils soient effectués dans des morgues hospitalières ou
municipales(i), le champ des certificats médico-légaux de tous genres y compris pour
les femmes et enfants victimes de violences et qui sont principalement dispensés par
les hôpitaux(ii) et enfin le champ des expertises médico-judiciaires, principalement
exécutées par des médecins inscrits sur les tableaux des experts auprès des Cours
d’appel(iii).
Dans cette optique, l’équipe a commencé par étudier les textes législatifs et réglementaires
permettant ou imposant le recours aux services d’un médecin pour les besoins de la
justice.
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Considérant que seule des visites de terrain sont à même de rendre compte fidèlement
des conditions de réalisation des activités médico-légales étudiées par la mission, l’équipe 3
a élaboré un guide d’entretien et de collecte des informations au niveau des sites visités
en liaison avec les objectifs visés par la mission.
Le choix des villes à visiter a été minutieusement étudié pour rendre compte de la diversité
des pratiques et des modèles d’organisation des activités médico-légales. Ces visites ont
concerné dans chacune des villes :
Les visites aux tribunaux ont permis de recueillir des informations relatives au nombre
et aux qualifications des médecins inscrits sur les tableaux des experts, les modalités
de désignation des experts, de notification de leur mission et leur rémunération. Des
échantillons de rapports d’expertise médico-judiciaire dans différentes instances ont été
aussi collectés.
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Les visites aux urgences hospitalières ont permis d’identifier les différents circuits de
délivrance des certificats médico-légaux et les éléments existants d’enregistrement et
de traçabilité de cette activité. La prise en charge médico-psycho-sociale des femmes et
enfants victimes de violence a été également évaluée, conformément aux standards établis
par le ministère de la Santé. Enfin, les visites des morgues hospitalières et municipales ont
permis de constater l’état des infrastructures et des équipements offerts pour l’activité
thanatologique, les conditions de travail du personnel en charge de cette activité et
son niveau de qualification, le nombre d’actes médico-légaux dispensés et le niveau de
coordination existant entre les autorités judiciaires et les prestataires de service.
Ont pris part à ces visites les membres de l’équipe pluridisciplinaire mobilisée et, selon la
structure visitée, des membres des Commissions régionales du CNDH.
Une fois les visites de terrain réalisées et le projet d’étude rédigé, une réunion de présentation des
principaux constats et des recommandations a été organisée le 21 mai 2013 avec les principales
parties prenantes. Cette réunion de travail a rassemblé des représentants de la Gendarmerie
Royale, de la Direction du contentieux et de la Direction des hôpitaux du ministère de la Santé,
des Directions des affaires civiles et des affaires pénales et de la grâce du ministère de la Justice et
des Libertés, de la Direction générale des collectivités locales du ministère de l’Intérieur, et de la
Police scientifique à la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN).
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Attirer l’attention sur les enjeux cruciaux liés à l’activité médico-légale et leur rapport
étroits avec les droits des victimes, les mis en cause ou les condamnés et ce, à toutes
les phases du processus judiciaire ;
Analyser les textes législatifs et réglementaires permettant de désigner un médecin
comme auxiliaire de la justice et d’encadrer son activité ;
Disposer de modèles internationaux d’organisation de la médecine légale et des
expériences de la formation dans ce domaine ;
Identifier à travers l’observation des structures médico-légales et le profil des médecins
prestataires d’actes médico-légaux, les déficits du système national de médecine légale ;
Formuler des propositions et recommendantions aux départements ministériels
concernés, visant à donner un cadre institutionnel à l’activité médico-légale avec un
réseau de structures homogène, cohérent et évolutif impliquant des dispositifs de 5
contrôle et d’évaluation, afin de répondre aux exigences d’efficacité, de sécurité et
d’égalité des citoyens devant la justice ;
Inciter à une meilleure coordination entre les acteurs institutionnels et ceux de la
société civile pour la création d’un espace de réflexion et de conception des politiques
visant à promouvoir la médecine légale et la formation dans ce domaine.
Ainsi, l’ancienne Commission des droits de l’Homme dans sa résolution 2000/321 constatait que :
La médecine légale est un outil important pour recueillir des éléments de preuve de
torture et d’autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, ainsi que
d’exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires ;
La pratique de la médecine légale consiste à examiner non seulement des personnes
décédées, mais aussi des personnes en vie, et comporte également des procédures
d’identification ;
1 - Résolution de la Commission des droits de l’homme 2000/32 : Les droits de l’Homme et la médecine légale ; 60ème séance, 20
avril 2000.
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La Commission s’était félicitée par ailleurs du recours accru à la médecine légale pour
des enquêtes sur des situations ayant donné lieu à de graves violations des droits de
l’Homme et du droit international humanitaire, et avait préconisé une coordination plus
poussée concernant notamment, la planification et la conduite de telles enquêtes par
des gouvernements, des organisations intergouvernementales et des organisations non
gouvernementales. De même, elle avait recommandé au Secrétaire général d’établir, dans
un souci de qualité et de cohérence, des procédures permettant d’évaluer le recours à
des spécialistes de médecine légale et le bilan des efforts en la matière.
Les Règles des Nations unies pour la protection des mineurs privés de liberté3 prévoient
au paragraphe 50 que : « Dès son admission dans un établissement pour mineurs, chaque
mineur a le droit d’être examiné par un médecin afin que celui-ci constate toute trace
éventuelle de mauvais traitement, ... ».
Les Principes des Nations unies relatifs aux moyens d’enquêter efficacement sur la torture
et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants et d’établir la réalité de
ces faits, insistent sur l’importance d’une investigation médicale efficace et indépendante4.
2 - Ensemble de principes pour la protection de toutes les personnes soumises à une forme quelconque de détention ou
d’emprisonnement, adopté par l’Assemblée générale des Nations unies dans sa résolution 43/173 du 9 décembre 1988.
3 - Règles des Nations unies pour la protection des mineurs privés de liberté, adoptées par l’Assemblée générale des Nations unies
dans sa résolution 45/113 du 14 décembre 1990.
4 - Principes relatifs aux moyens d’enquêter efficacement sur la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou
dégradants pour établir la réalité des faits, adoptés par l’Assemblée générale des Nations unies le 4 décembre 2000 (résolution
55/89)
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Le Protocole d’Istanbul, qui constitue le manuel adopté par les Nations unies pour enquêter
efficacement sur la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants5
comporte des directives pour les experts médecins en vue du recueil des preuves physiques
et psychologiques de la torture tout en respectant les règles d’éthique applicables.
Les Principes des Nations unies relatifs à la prévention efficace des exécutions
extrajudiciaires, arbitraires et sommaires et aux moyens d’enquêter efficacement sur ces
exécutions6, comportent des directives importantes pour les États sur la manière de
conduire ces enquêtes. Ainsi, le principe 12 stipule : « Il ne sera pas pris de disposition au
sujet de la dépouille mortelle tant qu’une autopsie adéquate n’aura pas été effectuée, ...
Les personnes effectuant l’autopsie auront accès à toutes les données de l’enquête, au
lieu où le corps a été découvert et à celui où le décès est censé s’être produit, ...». Le
Principe 13 ajoute que : « La dépouille mortelle devra être mise à la disposition de ceux
qui effectuent l’autopsie pendant une période de temps raisonnable pour permettre une
enquête approfondie. L’autopsie devra à tout le moins viser à établir l’identité du défunt
ainsi que la cause et les circonstances du décès. La date, l’heure et le lieu du décès devront
être précisés autant que possible. Des photographies en couleurs détaillées du défunt
seront incluses dans le rapport d’autopsie afin d’étayer les conclusions de l’enquête. Le
rapport d’autopsie devra relater toutes les lésions constatées, y compris toute preuve de
torture». 7
5 - Haut commissariat des Nations unies aux droits de l’Homme : Protocole d’Istanbul : manuel pour enquêter efficacement sur la
torture et autres peines ou traitement cruels, inhumains ou dégradants ; HR/P/ PT/8/Rev.1.; 2005.
6 - Principes relatifs à la prévention efficace des exécutions extrajudiciaires, arbitraires et sommaires et aux moyens d’enquêter
efficacement sur ces exécutions, recommandés par le Conseil économique et social dans sa résolution 1989/65 du 24 mai 1989.
7 - Conseil de l’Europe, Comité des ministres : Recommandation N°R (99) 3 du Comité des ministres aux Etats membres relative
à l’harmonisation des règles en matière d’autopsie médico-légale, adoptée le 2 février 1999 lors de la 658ème réunion des délégués
des ministres.
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Le principe II stipule que : « Les autopsies médico-légales devraient être pratiquées, dans la
mesure du possible, par deux médecins, dont l’un au moins devrait être médecin légiste ».
Les Principes fondamentaux et directives des Nations unies concernant le droit à un recours et
à réparation des victimes de violations flagrantes du droit international des droits de l’Homme
et de violations graves du droit international humanitaire9 incluent le principe de l’indemnisation
(principe 20) qui : « devrait être accordée pour tout dommage résultant de violations flagrantes
du droit international des droits de l’Homme et de violations graves du droit international
humanitaire, qui se prête à une évaluation économique, selon qu’il convient et de manière
proportionnée à la gravité de la violation et aux circonstances de chaque cas, tel que :
8 - Déclaration des principes fondamentaux de justice relatifs aux victimes de la criminalité et aux victimes d’abus de pouvoir,
adoptée par l’Assemblée générale dans sa résolution 40/34 du 29 novembre1985.
9 - Principes fondamentaux et directives concernant le droit à un recours et à réparation des victimes de violations flagrantes du
droit international des droits de l’homme et de violations graves du droit international humanitaire ; Résolution 60/147 adoptée par
l’Assemblée générale des Nations unies le 16 décembre 2005.
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Le recours aux expertises médico-légales est également requis pour l’appréciation des
facultés mentales dans le cadre de la responsabilité pénale et pour déterminer l’aptitude
d’un prévenu à suivre son procès en raison d’une incapacité physique ou mentale.
10 - Déclaration des droits du déficient mental, adoptée le 20 décembre 1971 par l’Assemblée générale des Nations unies.
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Mieux connaître l’organisation de la médecine légale dans quelques pays étrangers permet
d’éclairer l’appréciation qui peut être portée sur notre propre système et d’en tirer tous
les enseignements utiles dans la perspective d’une réforme de celui-ci.
En Suisse, il existe six instituts de médecine légale, dont cinq ont un statut universitaire
(Bâle, Berne, Genève, Lausanne et Zurich). Le sixième, à St-Gall, a un statut hospitalier.
Dans les cantons ne disposant pas d’un institut de médecine légale, des médecins légistes
indépendants interviennent à titre libéral ou comme salariés de l’administration cantonale.
Les instituts, tous structurés selon le même modèle, comportent une unité de médecine
légale, une unité de médecine de la route en charge de la détermination de l’aptitude
à la conduite automobile, un laboratoire de toxicologie et un laboratoire de génétique
médico-légale. La durée de la formation spécialisante est de quatre ans.
Une partie de la somme versée est destinée à couvrir les frais de structure (30% en
moyenne du prix des autopsies), l’autre partie est destinée à couvrir les honoraires du
médecin. L’activité principale des instituts est thanatologique et la plupart sont dotés d’un
département de toxicologie et d’empreintes génétiques. La médecine légale du vivant
est peu développée et les premières constatations des blessures et dommages corporels
sont souvent délivrées par des cliniciens. La médecine légale clinique est reconnue comme
sous-spécialité de la médecine légale dans quelques Länder seulement.
En Espagne, des instituts spécialisés existent dans presque chaque communauté autonome.
Ils sont rattachés au ministère de la Justice qui finance directement leur création et leur
fonctionnement. Les médecins légistes étant alors salariés de l’administration de la Justice,
leurs prestations ne donnent pas lieu à un paiement à l’acte sur frais de justice.
Aux Pays-Bas, un institut unique assure la totalité des prestations de médecine légale, les
médecins qui y sont rattachés peuvent se déplacer pour procéder aux autopsies.
Les services hospitaliers de médecine légale, peu nombreux, assurent une activité de
conseil médico-légal pour l’hôpital et parfois des autopsies. Enfin, les services de médecine
légale des unités sanitaires locales, créées en 1978, couvrent presque tout le territoire
national, et concourent à l’activité d’autopsie, d’expertise judiciaire, de détermination des
incapacités au travail ou d’invalidité.
En France, l’intégration de la médecine légale dans sa globalité au sein du service public
hospitalier a été décidée en 1974. Entre 8.000 et 8.500 autopsies ont été effectuées en
2004 dont 80 % réalisées dans des établissements publics de santé, avec plus de 11.000
levées de corps et près de 400.000 actes de médecine légale du vivant, pour un montant
global de 80 millions d’euros, soit plus de 25% du montant total des frais de justice en
matière pénale.
Malgré cette activité de masse aux enjeux importants, il n’y a pas en France de cadre légal
ou réglementaire pour l’exercice de la médecine légale. Avant 2010, il n’existait pas de
circulaires Santé-Justice relatives à la création de consultations médico-judiciaires d’urgence
œuvrant dans le cadre de la médecine légale clinique. La circulaire du 27/12/2010, relative
à la mise en oeuvre de la réforme de la médecine légale, abroge les circulaires précédentes
en la matière et instaure un cadre réglementaire global pour la médecine légale.
12 En l’absence d’une politique nationale, les acteurs locaux (centres hospitaliers et
juridictions) ont souvent pris l’initiative de coordonner leurs interventions par l’élaboration
de conventions portant soit exclusivement sur la thanatologie, soit uniquement sur les
consultations médico-judiciaires soit sur les deux. Le financement se fait généralement
sur acte selon des périodicités variables. Les honoraires versés aux médecins sont à des
taux variables. La somme retenue par l’établissement correspond aux frais de mise à
disposition de la salle, du consommable et de l’assistance technique. Les médecins versent
fréquement une partie de leur honoraires aux structures où ils interviennent. Certaines
juridictions combinent enfin un versement à la structure et un versement aux médecins
y exerçant.
Toutefois, un nouveau schéma directeur de l’organisation de l’activité médico-légale a été
adopté en mars 2010 par les ministères de la Santé et de la Justice. Il a pour socle des structures
dédiées de thanatologie et/ou du vivant implantées dans les établissements de santé.
Le financement se fait de manière annuelle et forfaitaire en fonction du volume de l’activité,
par le biais d’une dotation budgétaire allouée à l’établissement public de santé et non plus
à l’acte comme avant la réforme.
C’est ainsi qu’un centre de thanatologie employant à plein temps une moyenne de 2.5
praticiens hospitaliers, 1.5 secrétaires et 3 agents d’amphithéâtre, prévu pour effectuer plus
de 300 autopsies par an, recevra annuellement près de 500.000 euros. Alors qu’une unité
médico-légale du vivant, assurant une ligne de garde 24h/24 pour l’examen des victimes
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et des gardés à vue et employant à plein temps six praticiens hospitaliers, trois infirmiers
diplômés d’état, une secrétaire et un agent de service se verra attribuer annuellement près
de 1.000.000 euros.
Les services les mieux structurés sont les services hospitalo-universitaires de médecine
légale dans les villes universitaires qui comportent jusqu’à cinq unités créées par arrêté
interministériel conjoint des ministères de la santé et de l’enseignement supérieur : 13
Certains services ont également une unité d’écoute et de prise en charge des toxicomanes.
Le financement des structures est assuré exclusivement par le ministère de la Santé. Les
médecins perçoivent toutefois, à titre individuel et pour chaque mission accomplie au
profit de la justice, une rémunération très ‘‘symbolique’’.
S’agissant de la formation en médecine légale, les dispositifs mis en place dans les différents
pays sont d’une grande diversité. A l’échelle de l’Europe, on note une tendance à faire
converger la durée et le contenu de la formation d’un médecin légiste. Ainsi, l’European
Council of Legal Medicine (ECLM) dans un document soumis à l’Union européenne
des médecins spécialistes le 14/9/201111 a délimité les champs de compétences et de
connaissances en vue de se spécialiser en médecine légale. Ces connaissances concernent
aussi bien :
L’ECLM estime que la durée minimale de formation d’un médecin légiste est de quatre ans.
Une revue des différentes durées de formation en médecine légale en Europe fait ressortir
une tendance à uniformiser la durée de formation en cinq ans (Suisse, Allemagne, Belgique).
En Belgique, le candidat doit avoir effectué 100 autopsies et 600 expertises pénales.
11 - Description of Legal and Forensic Medicine as a Medical Specialty in the EU. Aims and Objectives for Specialist Training;The
Executive Board of the European Council of Legal Medicine (ECLM), for and on behalf of the European Council of Legal Medicine,
following approval of the Document by the Delegates of the Member States of the ECLM. 14.9.2011
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Mais devant l’insuffisance du nombre de candidats à la formation par voie du DESC, une
capacité de pratique médico-judiciaire sur deux années fut créée en 2000, permettant
essentiellement aux médecins généralistes d’acquérir une compétence en médecine légale.
Cette capacité qui ne comporte que l’obligation d’assister à une trentaine d’autopsies ne
permet pas à ses titulaires de procéder seuls à une autopsie. Mais dans la mesure où les
activités thanatologiques ne sont exercées qu’au sein des grands centres hospitaliers, cette
formation est complétée, dans le cadre du compagnonnage, par une pratique de centaines
d’autopsies avec des professionnels expérimentés.
En 1993, la médecine légale fait son entrée parmi les spécialités médicales à part entière
16 avec une durée de formation de 4 ans13.
Un an plus tard, le premier service universitaire de médecine légale voit le jour dans
l’enceinte du CHU Ibn Rochd de Casablanca sous la direction du Pr. Said Louahlia.
Mais il a fallu attendre jusqu’en février 1999 pour accueillir la première promotion de
résidents ; le résidanat étant la seule voie de spécialisation en médecine au Maroc.
Le peu d’engouement des médecins pour cette discipline s’explique, selon le chef de
service de médecine légale du CHU Ibn Rochd, par l’absence d’une valorisation de
cette discipline. D’une part parce que les activités médico-légales peuvent être réalisées
par n’importe quel médecin, quelle que soit sa spécialité et, d’autre part, parce que les
médecins légistes ne sont pas autorisés à s’inscrire sur les tableaux des experts, au motif
avancé par le ministère de la Santé que l’expertise judiciaire est une activité libérale, dont
l’exercice est incompatible avec le statut de la fonction publique. Et enfin, parce que les
conditions de travail des médecins légistes affectés dans les morgues hospitalières sont
loin de motiver des vocations.
13 - Décret N° 2-92-182 du 22 kaada 1413 (14 mai 1993) fixant le régime des études et des examens en vue de l’obtention du
diplôme de spécialité médicale. Bulletin Officiel N° : 4207 du 16/06/1993
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Le rythme de formation des médecins spécialistes ne permettant pas de parer aux besoins
urgents du pays en médecins légistes, l’orientation vers une formation en thanatologie
des médecins des Bureaux municipaux d’hygiène (BMH) et de la Gendarmerie Royale
s’est imposée, d’autant plus que dans bon nombre de villes, les autopsies sont pratiquées
dans les BMH. Avec le soutien de la Direction générale des collectivités locales et de
l’Etat-major des Forces Armées Royales, un Certificat d’études spéciales en médecine
légale a été instauré à la Faculté de médecine et de pharmacie de Casablanca en 2002,
comportant une douzaine de séminaires durant les fins de semaine, répartis sur deux ans.
Cette initiative a permis de former trois promotions, totalisant environ 70 médecins des
BMH et 15 médecins de la Gendarmerie Royale.
Ainsi, la formation académique en médecine légale est encore à ses premiers balbutiements,
avec la disponibilité de trois enseignants dans cette discipline pour tout le Royaume, et
l’absence de service hospitalo-universitaire dans quatre CHU sur les cinq que compte le
pays. 17
Malheureusement, cette circulaire est restée lettre morte, probablement faute d’une
concertation préalable avec les administrations concernées par cette discipline. Ainsi, à ce
jour, cet institut ne dispose ni de siège, ni de directeur, ni de textes réglementaires.
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L’article 77 traite de la procédure à suivre en cas de découverte d’un cadavre, qu’il s’agisse
ou non d’une mort violente, si la cause en est inconnue ou suspecte. L’OPJ qui en est avisé
informe immédiatement le Procureur du Roi, se rend sans délai sur les lieux et procède
aux premières constatations.
Le Procureur du Roi se rend sur place s’il le juge nécessaire, et se fait assister de personnes
capables d’apprécier la nature et les circonstances du décès (enquête pour recherche des
18 causes de la mort).
Les articles 194 et suivants traitent de la procédure relative aux expertises ordonnées
par les juridictions d’instruction ou de jugement. Sauf exception, l’expert commis doit
être inscrit au tableau des experts judiciaires. Une procédure de désignation d’un expert
assistant par le juge d’instruction est prévue sur demande du parquet ou des parties si
l’expertise porte sur des indices susceptibles d’altération. En cas de besoin d’un avis dans
un domaine étranger à la compétence de l’expert, celui-ci peut demander la désignation
d’un autre technicien qui établit son propre rapport à joindre à celui du premier expert.
Enfin, les experts peuvent être entendus à l’audience comme de simples témoins.
14 - Dahir N° 1-02-255 du 3 octobre 2002 tel qu’il a été modifié et complété par les lois N° 35.11-58.11 -37.10-36.10-13.10-24.05-
23.05 et 03.03 ; version arabe
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15 - Dahir portant loi N° 1-74-447 (11 ramadan 1394) approuvant le texte du Code de procédure civile (B.O. du 30 septembre
1974), tel qu’il a été complété et modifié
16 - Arrêté résidentiel du 8 juin 1953 relatif au code de déontologie des médecins ; Bulletin Officiel N°2121 du 19/6/1953 - Page
: 828.
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17 - Dahir portant loi N° 1-84-177 du 6 moharram 1405 (2 octobre 1984) relatif à l’indemnisation des victimes d’accidents causés
par des véhicules terrestres à moteur (B.O N° 3753 du 3 octobre 1984)
18 - Décret N° 2-84-744 du 22 rebia II 1405 (14 janvier 1985) relatif au barème fonctionnel des incapacités ; B.O. N° 3768 du 16
janvier 1985 (pp. 55-67)
19 - Dahir N°1-60-223 du 12 ramadan 1382 (6 février 1963) portant modification en la forme du Dahir du 25 hija 1345 (25 juin
1927) relatif à la réparation des accidents du travail ; B.O.N°2629 du 15 mars 1963 (pp. 357-379)
20 - Dahir du 31 mai 1943 (26 joumada I 1362) étendant aux maladies d’origine professionnelle des dispositions du Dahir du 25 juin
1927 (25 hija 1345) concernant les responsabilités des accidents dont les ouvriers sont victimes dans leur travail.
21 - Arrêté du Directeur des communications, de la production industrielle et du travail, du 21 mai 1943, relatif au barème indicatif
d’invalidité devant servir à la détermination de l’incapacité permanente dont peuvent être atteintes les victimes d’accidents du travail,
in Répertoire de la législation du travail, 1994, El FekkakMahmed, Librairie Al Wahda Al Arabia, Casablanca, Maroc, pp. 183-230.
22 - Arrêté du ministère du Développement Social de la Solidarité, de l’Emploi et de la Formation Professionnelle N° 919-99 du
14 ramadan 1420 (23 décembre 1999) modifiant et complétant l’arrêté du ministre du Travail et des Affaires Sociales N° 100-68
du 20 mai 1967, pris pour l’application du Dahir du 26 joumada I 1362 (31 mai 1943) étendant aux maladies professionnelles les
dispositions de la législation sur la réparation des accidents du travail, B.O N° 4788 du 20 avril 2000 (pp. 242-299)
23 - Arrêté du ministre du Travail et des Affaires Sociales N°101-68 du 20 mai 1967 déterminant les modalités spéciales d’application
de la législation sur la réparation des maladies professionnelles aux pneumoconioses professionnelles, B.O. N°2899, 22 mai 1968
(pp. 519-522)
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24 - Dahir N°1-86-238 du 28 rebia II 1407 (31 décembre 1986) portant promulgation de la loi N° 23-86 règlementant les frais de
justice en matière pénale, B.O. N° 3877, 18 février 1967 (pp. 39-47)
25 - Arrêté conjoint du ministre de la Santé et du ministre des Finances et de la Privatisation N° 10-04 du 3 safar 1425 (25 mars
2004) fixant les tarifs des services et prestations rendus par les hôpitaux et services relevant du ministère de la Santé, B.O. N° 5210,
6 mai 2004 (pp. 705-707)
26 - Circulaire du ministre de la Santé N°162 du 17 décembre 2010 relative à la gratuité des certificats médicolégaux pour les
femmes et enfants violentés.
27 - Décret N° 2-99-651 du 25 joumada II 1420 (6 octobre 1999) portant statut particulier du corps interministériel des médecins,
pharmaciens et chirurgiens dentistes, B.O. N° 4736, (pp. 858-862)
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28- Arrêté du ministre de la Santé N° 456-11 du 23 rejeb 1431(6 juillet 2010) portant règlement intérieur des hôpitaux, B.O. N°
5926, 17 mars 2011 (pp. 291-308)
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les médecins généralistes une pratique médicale effective de 15 ans et pour les médecins
spécialistes une pratique médicale effective de 10 ans. L’article 2 du précédent arrêté
permet, sur proposition du Procureur général du Roi près la Cour d’appel concernée,
de réduire la durée de l’expérience exigée sans qu’elle ne soit inférieure à la moitié de
la durée requise ;
Disposer d’un domicile dans la circonscription de la Cour d’appel dans laquelle il
entend exercer ses fonctions.
Pour l’inscription d’une personne morale, son représentant légal ainsi que les personnes
physiques qui supervisent les expertises doivent remplir les conditions précitées.
Ainsi, l’inscription des médecins sur les tableaux des experts judiciaires est essentiellement
conditionnée par une ancienneté dans l’exercice de la médecine. Par contre, il n’est
nullement exigé du candidat à l’inscription de justifier une formation quelconque en
expertise médicale, tant au niveau de la connaissance des règles et des procédures qu’au
niveau des techniques d’évaluation du dommage corporel.
L’inscription peut se faire au tableau d’une Cour d’appel et/ou au tableau national avec
mention de la spécialité.
23
La demande d’inscription au tableau national peut être formulée par l’expert cinq ans
après son inscription au tableau d’une Cour d’appel.
Les demandes d’inscription sont instruites par une commission relevant du ministère de
la Justice qui élabore et révise annuellement en plus les tableaux des experts judiciaires.
Cette commission est présidée par un représentant du ministre de la Justice et composée
de trois premiers Présidents de Cours d’appel, de trois Procureurs généraux du Roi près
des Cours d’appels et de deux experts judiciaires parmi lesquels le président de l’Ordre
ou le président d’une association professionnelle, lorsqu’il s’agit d’un candidat à l’inscription
à une discipline d’expertise relevant d’un Ordre ou représentée par une association.
L’inscription est valable pour une année mais il n’y a pas lieu de renouveler les demandes
d’inscription.
La sanction disciplinaire est prononcée par arrêté motivé du ministre de la Justice, sur
proposition de la commission. Les sanctions disciplinaires sont prononcées à l’encontre de
tout expert qui a commis une infraction aux textes législatifs ou réglementaires relatifs à
l’expertise, a manqué à ses obligations professionnelles ou a commis des faits contraires à
l’honneur, à la probité ou aux bonnes mœurs.
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Ces activités concernent essentiellement les examens externes et les autopsies sur les
corps. Les levées de corps sont rarement pratiquées sur les lieux de découverte des
cadavres.
Les visites dans les villes nous ont permis de constater que ces activités sont exécutées soit
exclusivement à l’hôpital (ex. El Jadida, Khouribga, Fès), soit exclusivement dans une morgue
municipale à l’extérieur de l’hôpital (ex. Rabat) ou plus rarement intra-hospitalière (Tanger).
Dans certaines villes, les activités médico-légales thanatologiques sont effectuées aussi bien
dans la morgue hospitalière que dans la morgue municipale (ex. Casablanca, Safi).
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Les visites effectuées dans les morgues des villes mentionnées ci-dessus ont permis
de constater des réalités différentes, que ce soit sur le plan des infrastructures et des
équipements, ou sur le plan des ressources humaines et de leur compétence, ou encore
sur le plan des modalités de gestion et de coordination avec les autres intervenants.
A titre d’illustration, nous avons relevé l’absence de toute activité médico-légale thanatologique
dans les deux Centres hospitaliers universitaires (CHU) de Rabat et de Fès, sachant que la
formation spécialisante en médecine légale ne se fait qu’au niveau des CHU.
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Parallèlement, les villes d’El Jadida, de Khouribga et même de Fès n’abritent pas d’activités
thanatologiques médico-légales au sein de leurs Bureaux municipaux d’hygiène (BMH).
Aucune de ces recommandations et spécificités n’a été observée lors des visites des
26 morgues hospitalières. Les autopsies sont effectuées la plupart du temps dans une petite
salle sordide, sans aération, ni climatisation (El Jadida, Safi), sur des tables d’autopsie
en céramique, parfois inconfortables (trop élevées du sol à Khouribga), parfois même
sans arrivée d’eau au niveau de la table d’autopsie ou même dans toute la salle (ex. El
Jadida, Safi). L’absence d’aération et de climatisation entraîne l’émanation en permanence
d’odeurs putrides. Les médecins à El Jadida préfèrent même effectuer les autopsies dans
la cour de la morgue, à ciel ouvert, sur des brancards afin de contourner le problème
de l’aération de la salle minuscule d’autopsie. Assez souvent, dans l’enceinte même de la
morgue hospitalière ou à proximité (ex. El Jadida, Safi), le matériel en réforme de l’hôpital
est entassé (lits, brancards, instruments divers, ...)
Les morgues municipales visitées sont relativement en meilleur état avec une séparation
nette entre la zone technique et la zone publique, bien que des défaillances architecturales
aient été relevées concernant le sens de circulation des corps et du personnel dans les
locaux techniques. La nouvelle morgue municipale de Safi est encore en chantier avec les
travaux en arrêt depuis plusieurs mois en raison du manque de budget. Les autopsies sont
alors effectuées par le seul médecin du BMH affecté à cette tâche à même le sol. Quant
à la morgue municipale d’El Jadida, récemment construite et disposant de 16 casiers
frigorifiques, elle n’est pas encore fonctionnelle.
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Lorsque les casiers ou les chambres frigorifiques sont encore en marche, le système de
réfrigération est très insuffisant et inadéquat, ne permettant pas d’obtenir des températures
négatives. A cela s’ajoute également les pannes récurrentes des chambres frigorifiques en
raison de l’ancienneté des équipements ou de l’absence d’une maintenance régulière.
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Aucune morgue hospitalière visitée ne dispose d’une salle qui pourrait être réfrigérée en
cas d’afflux massif de cadavres (ex. lors d’une catastrophe de masse), ou pour entreposer
temporairement les corps en cas de panne des casiers frigorifiques. Tout cela aboutit à la
décomposition rapide des corps en quelques jours et au dégagement des odeurs putrides,
parfois perçues de l’extérieur de la morgue. Pour les cadavres devant être conservés pour
de longues durées, surtout ceux non identifiés ou non réclamés par leurs familles, ou si
l’enquête sur les circonstances du décès est encore ouverte, ils deviennent rapidement
altérés rendant difficile toute éventuelle reconnaissance physique ultérieure par leurs
familles pour les premiers, et compromettant les chances de toute nouvelle investigation
sur les corps pour les seconds.
Par opposition à l’état lamentable dans lequel se trouvent les installations frigorifiques des
morgues hospitalières, celles des morgues municipales sont mieux nanties, parfois à l’excès.
Ainsi, la morgue municipale de Casablanca dispose de 120 casiers frigorifiques et 20
chambres froides dont 4 permettant des températures négatives. La morgue municipale
de Tanger dispose de 30 casiers frigorifiques en parfait état de fonctionnement.
La scie électrique pour l’ouverture du crâne fait parfois défaut (absente à Khouribga et
en panne à Fès depuis 8 mois - visite effectuée le 07/02/2013). Ce qui signifie que des
autopsies sont effectuées sans l’ouverture du crâne. Pour les cas de morts suspectes ou
de cause inconnue, ceci est inadmissible et constitue un manquement grave aux règles les
plus élémentaires dans la conduite des autopsies. Aucun crédit ne devrait être accordé
aux rapports établis dans ce contexte. Le médecin légiste de l’hôpital de Khouribga, qui
a une formation académique complète en médecine légale, nous a expliqué que pour
les cas qu’il juge « sérieux », il les réfère tout simplement à Casablanca. C’est alors un
parcours de combattant auquel les familles endeuillées sont contraintes de se livrer pour
le transfert et la récupération de leurs dépouilles.
A Fès, les corps sont transférés du CHU vers l’hôpital El Ghassani à bord d’ambulances médicales, en
contravention avec les règlements interdisant l’usage des ambulances pour le transport des cadavres.
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Les médecins spécialistes en médecine légale, affectés exclusivement dans des morgues
hospitalières dont la plupart sont dans un état déplorable (Fès, El Jadida, Khouribga).
Même s’ils ont reçu une formation académique des plus complètes (4 années à plein
temps), ils sont souvent contraints, soit de référer les corps à Casablanca par manque
de matériel d’autopsie -pourtant non coûteux- comme c’est le cas à Khouribga, ou par
manque d’autres médecins compétents pour constituer une équipe de roulement (ex.
El Jadida), soit d’effectuer des autopsies incomplètes par manque de scie électrique (ex.
hôpital El Ghassani à Fès). Cinq autres médecins spécialistes en médecine légale, deux à
Rabat et trois à Casablanca, ont été affectés dans des établissements n’abritant pas une
activité thanatologique médico-légale. Quatre d’entre eux font des vacations au service
de médecine légale du CHU Ibn Rochd de Casablanca pour ne pas perdre tout contact
avec cette activité professionnelle ;
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Les médecins ayant reçu une formation en thanatologie dans le cadre du Certificat
d’Etudes Spéciales en Médecine Légale, travaillant exclusivement dans des morgues
municipales bien équipées pour la plupart. Certains parmi eux ont pu compléter leur
formation initiale -durant laquelle ils n’ont pu assister qu’à un nombre limité d’autopsies-
par leur implication personnelle dans une activité thanatologique, sous la supervision de
collègues plus expérimentés dans le cadre du compagnonnage ou en concertation avec
des collègues hospitaliers. D’autres médecins des BMH travaillent dans un isolement total
de l’environnement hospitalier sans aucun encadrement, ni contrôle quelconque de leur
activité.
Enfin, une autre catégorie de médecins des BMH, quoique ayant reçu une formation
universitaire en pratique d’autopsie, ne désirent pas s’y atteler. Ceci risque de causer dans
un proche avenir un réel souci pour la relève des médecins des BMH exerçant aujourd’hui
et dont certains ont déjà atteint la limite d’âge et sont pour beaucoup d’entre eux en
préretraite ;
d’autopsie sont réduits généralement à une page avec des constatations maigres, dont
l’interprétation mêle quelques vérités à beaucoup de préjugés sans fondement scientifique.
De tels rapports peuvent tout simplement déboucher sur de véritables sinistres judiciaires.
Un seul médecin du BMH de Tanger formé, secondé par deux médecins hospitaliers
non formés ;
Un seul médecin spécialiste en médecine légale à l’hôpital de Khouribga, secondé par
quatre autres médecins hospitaliers non formés ;
Un seul médecin spécialiste en médecine légale à El Jadida secondé par un autre
médecin hospitalier non formé ;
Un médecin spécialiste en médecine légale et un médecin hospitalier formé à Fès ;
Cinq médecins hospitaliers non formés à l’Hôpital de Safi et un médecin du BMH de
Safi formé, chacun travaillant isolément dans la structure dont il relève ;
Trois médecins formés à la morgue municipale de Casablanca ;
Une dizaine de médecins du BMH de Rabat, la plupart formés à l’activité thanatologique.
La situation dans les morgues municipales est différente. A titre d’exemple, la morgue
de Tanger dispose d’un major, de deux secrétaires et de cinq agents de la morgue, tous
relevant de la commune urbaine de Tanger en plus d’un infirmier polyvalent relevant de
l’hôpital.
de cadavre, si la cause en est inconnue, aboutit, en fonction des villes, à une ordonnance
d’autopsie tantôt établie par le Tribunal de première instance, tantôt par la Cour d’appel.
Selon les juridictions, la mortalité accidentelle (exemple par accidents de trafic) aboutit
soit à un examen extérieur du cadavre seul, soit à une autopsie et ce, même si le décès a
été constaté sur les lieux de l’accident par le Service des accidents de la circulation ou une
Brigade de la Gendarmerie Royale. C’est en fin de compte au représentant du parquet
général que revient la décision de recourir à un examen externe ou à une autopsie, même si
le médecin peut avoir éventuellement en sa possession des documents médicaux (un dossier
d’hospitalisation par exemple). On peut même trouver des disparités dans les pratiques au
sein d’une même juridiction d’un procureur à un autre. A Rabat, les accidentés de la voie
publique décédés ne font même pas l’objet d’un quelconque examen médico-légal.
Les cas de recours à la collégialité des experts ne sont pas également uniformes. A
Casablanca, se dégage une tendance au recours à une autopsie collégiale pour tous les
cas de décès des détenus et pour les cas de mise en jeu de la responsabilité médicale. Ce
n’est pas le cas dans la plupart des autres villes.
Les cas où les dépouilles non identifiées ou non réclamées par leurs familles ne sont pas
traités partout d’une manière uniforme. Si dans certains parquets, l’autorisation d’inhumer
peut être délivrée au bout de deux mois, des délais plus importants sont observés pour les 31
autres. Ce qui entraîne l’encombrement et la décomposition des corps dans les morgues
hospitalières à faible capacité de stockage et de réfrigération, et rend difficile l’entretien
des installations frigorifiques.
Les rares levées de corps pratiquées le sont par les médecins des BMH de Tanger et de
Casablanca. Cependant le nombre insuffisant des médecins formés dans ces morgues
municipales (un à Tanger et trois à Casablanca) ne leur permet pas une disponibilité à
toute heure pour répondre à toutes les injonctions des autorités policières et judiciaires.
Les autres médecins hospitaliers, même s’ils ont une formation académique ou une
formation post-universitaire en médecine légale, ne peuvent tout simplement pas se
déplacer puisqu’aucun fourgon mortuaire n’est à leur disposition.
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Et pourtant la levée de corps médico-légale ne peut jamais être remplacée par le seul
examen externe ou interne du cadavre à la morgue. Par contre, dans bien des cas, elle
pourrait faire l’économie d’une autopsie si elle arrive à apporter toutes les réponses sur
les circonstances et la cause de la mort.
3.1.4.3 Une implication insuffisante des médecins légistes dans les enquêtes
L’isolement des médecins légistes existe également vis-à-vis des praticiens en charge
d’analyser les prélèvements issus de l’autopsie dans le cadre de la toxicologie, de l’anatomo-
pathologie, ou de toute autre discipline des sciences légales. Les laboratoires d’analyse
répondent uniquement à l’autorité qui les a requis. Et pourtant, le résultat des analyses
ne peut être interprété par le parquet seul, mais doit être analysé par le médecin légiste
à la lumière des données autopsiques et autres informations en sa possession. Ainsi, les
investigations scientifiques réalisées sur un cadavre ne font pas l’objet d’une synthèse
globale mais sont livrées de façon fragmentée, ne permettant pas à l’autorité requérante
de comprendre toujours leurs significations.
Par ailleurs, l’acheminement des prélèvements vers les laboratoires compétents se heurte
parfois à l’absence de moyens de transport adéquats. Si les morgues municipales arrivent
à juguler ce problème en acheminant les prélèvements par l’intermédiaire des fourgons
mortuaires, plusieurs morgues hospitalières continuent à envoyer ces prélèvements via
les services de messagerie des sociétés de transport avec le même conditionnement que
celui de n’importe quel colis banal.
La situation a quelque peu changé depuis l’affectation de médecins légistes dans les
hôpitaux d’El Jadida, de Khouribga et de Fès. Ces prélèvements sont dorénavant récupérés,
sur réquisition du parquet général, après demande du médecin légiste, par les éléments
de la Police scientifique ou de la Gendarmerie Royale et acheminés par leurs moyens aux
laboratoires correspondants.
Le seul contrôle, très théorique, sur ces médecins est celui des magistrats qui les désignent.
Mais quelle pourrait être l’appréciation d’un magistrat à la formation purement juridique
sur la qualité d’une prestation très technique qui, dans le cas d’une autopsie, ne peut se
faire correctement qu’une seule fois ?
Le seul pouvoir disciplinaire est celui qui est exercé par la hiérarchie administrative du
médecin fonctionnaire. Le président de la collectivité locale a de larges pouvoirs pour
attribuer une fonction de médecin légiste ou une autre fonction à tel ou tel médecin du
Bureau municipal d’hygiène. Mais aucune procédure n’est établie pour que les nominations
soient motivées par des critères de compétence.
Aucun contrôle n’est fait, non plus, sur les actes d’autopsies réalisés par les médecins des
hôpitaux. Ce contrôle ne pourrait être concevable, du moins concernant la prestation
purement technique, par l’administration. Ceci du fait de l’indépendance professionnelle
qui est un trait fondamental de l’exercice de la médecine.
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Ces montants sont très insignifiants et ne reflètent même pas le coût de la prestation
intellectuelle du médecin (y compris les frais de rédaction et de dépôt du rapport au
greffe du tribunal). Ils ne prétendent pas non plus couvrir les frais de structure et de mise
à disposition des locaux et du matériel. D’ailleurs, la rémunération est dûe seulement au
médecin ayant effectué l’acte. Aucun versement n’est prévu pour l’établissement qui offre
le personnel et l’infrastructure dédiée à l’activité médico-légale.
Par ailleurs, certaines dépenses ne font l’objet d’aucune rémunération. En effet, la conservation
des corps ou des ossements à des fins d’identification ou dans l’attente d’une autorisation
d’inhumer, ainsi que la conservation des prélèvements à visée toxicologique ou génétique
ou d’autres prélèvements effectués à titre conservatoire, ne font l’objet d’aucune indemnité
car cette conservation se fait sans mise sous scellés. Pourtant, ces corps ou ces prélèvements
peuvent être conservés des semaines et des mois dans l’intérêt et sur demande de la justice.
Ceci explique le peu d’enthousiasme manifesté par certains hôpitaux (ex. El Jadida,
Avicenne de Rabat et El Ghassani de Fès) pour équiper et entretenir des morgues dont le
fonctionnement profite en grande partie aux autorités judiciaires sans aucune contrepartie
financière pour les établissements.
3.2 Les activités de délivrance des certificats médico-légaux dans les hôpitaux
Les visites entreprises au niveau des hôpitaux des villes ont permis à la mission de constater
la faible structuration de cette activité, ce qui ouvre la porte à toutes les dérives, de la
simple complaisance à la rédaction de faux certificats et à la corruption caractérisée.
Les médecins en charge de cette activité sont soit ceux qui sont de garde aux urgences,
faisant tour à tour les soins et l’établissement de ces documents, y compris le soir et 35
les jours non ouvrables (Hôpital Moulay Youssef, Hôpital de Khouribga), ou alors des
médecins désignés parmi les médecins de garde à tour de rôle pour vaquer à cette activité
durant les matinées des jours ouvrables (Hôpitaux Avicenne, El Ghassani, Safi). Toutefois,
dans tous les hôpitaux visités à l’exception du CHU Ibn Rochd, les médecins spécialistes
établissent les CML pour leurs patients hospitalisés, la plupart du temps en dehors de
toute procédure identifiable.
Dans les autres hôpitaux qui disposent de carnets à souche, les formulaires ne sont pas
remplis correctement. A l’hôpital Moulay Youssef (Casablanca), le carnet à souche est tenu
par le caissier, qui remet à la victime après paiement, l’imprimé et sa souche. Le médecin
établit son certificat et garde la souche pour qu’elle soit classée, puis secondairement
archivée dans un carnet à souche vide. La consultation des archives montre que seules
quelques souches sont conservées, sans aucun classement.
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Certains médecins de l’hôpital Avicenne (Rabat) établissent les CML sur les imprimés
des carnets à souche, en prenant le soin de mettre un intercalaire entre l’imprimé et la
souche qui demeure ainsi vide. Le Directeur de cet hôpital nous a affirmé que moins d’un
dixième des CML établis dans son hôpital est encaissé par la régie. Le reste des CML
continue à être établi dans les services hospitaliers ou aux abords de l’hôpital et sont pris
en considération par les autorités judiciaires, malgré les multiples correspondances faites à
ces autorités par la direction de l’hôpital. A l’exception du CHU Ibn Rochd (Casablanca)
où les CML sont exclusivement établis par le service de médecine légale, aucun des autres
hôpitaux ne dispose de registre dédié à l’enregistrement des patients ayant reçu des CML.
Cette notion est par ailleurs rarement signalée par les médecins dans le certificat médical
initial pour coups et blessures volontaires. Il s’en suit que la procédure est parfois engagée
d’une manière erronée sur la base de violences n’entraînant qu’une incapacité de travail
personnel, avant de se rendre compte, alors que le jugement a parfois acquis l’autorité de
la chose jugée, que les faits ont entraîné en fait une infirmité permanente. De même, le
parquet général n’a aucun contrôle efficace sur la qualité et la pertinence des CML produits.
Ces derniers peuvent être produits par n’importe quel médecin et servir en justice. Il
est vrai que le nouveau code de la route a institué une procédure de contrôle des CML
faisant état d’une incapacité temporaire de travail de plus de 21 jours ou d’une infirmité
permanente, en obligeant le recours à une expertise médicale ; mais cette disposition n’est
pas mise en pratique vue la masse importante des CML produits dans le cadre des accidents
de la circulation et l’absence d’un mécanisme souple pour la vérification des CML concernés.
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Au CHU Ibn Rochd (Casablanca), le CML est d’abord établi sur le carnet à souche, puis
il est demandé au patient de le régler à la régie de l’hôpital. Le numéro de la quittance
est ensuite apposé sur le CML. Mais parfois, le patient insatisfait de la durée d’incapacité
consignée, préfère ne pas régler les frais du CML et part à la recherche d’un médecin plus
complaisant dans un autre hôpital, laissant ainsi le CML sur le carnet à souche.
C’est ainsi que, après une agression, c’est la victime qui garde le pouvoir de produire en
justice le certificat médico-légal qui lui convient et qu’elle aura cherché auprès du médecin
sinon le plus corrompu, du moins le plus complaisant. Une justice prise en otage de
certificats médico-légaux produits dans un tel contexte ne peut être que sujette à caution. 37
D’un autre côté, le CML restant à la charge du patient, les victimes les plus vulnérables
socialement et/ou économiquement pourraient être pénalisées, les empêchant ainsi
d’accéder à la justice, d’autant plus que le CML ne fait pas partie du panier des soins
couverts par le Régime d’assistance médicale (RAMED).
Pourtant, outre le rôle joué par les CML dans la qualification pénale des infractions à
l’origine des blessures, ces documents constituent la base de discussion des séquelles pour
l’indemnisation des victimes. Ainsi des CML estimant largement les durées d’incapacité
pourraient conduire à une qualification incorrecte des faits et à une indemnisation indue
du dommage.
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Il est rare que ces unités soient bien identifiées au niveau de l’hôpital, comme c’est le cas à
38
l’hôpital Moulay Youssef (Casablanca) et à l’hôpital Mohammed V (Tanger). Souvent, l’unité
se réduit à un bureau occupé par une assistante sociale qui cumule d’autres tâches dans
l’établissement. A l’exception de l’hôpital Moulay Youssef, aucune des unités hospitalières
visitées ne disposait d’un(e) psychologue. La collecte des données relatives au profil de la
victime et à la nature de la violence subie se fait rarement d’une manière informatisée. Le
CML est délivré dans le même cadre que les autres patients, c’est-à-dire par les mêmes
médecins qui rédigent les autres CML, sauf dans les hôpitaux d’Avicenne (Rabat), du CHU
Ibn Rochd et à l’hôpital Moulay Youssef (Casablanca) où il est délivré par des médecins
légistes désignés spécialement pour cette activité. Par ailleurs, ces hôpitaux sont les seuls
de notre échantillon qui disposent d’une table d’examen gynécologique au sein même de
l’unité. Dans les autres hôpitaux, les victimes sont obligées de se déplacer vers les services
de gynécologie pour être examinés par les médecins légistes et/ou les gynécologues.
Le recours aux prélèvements médico-légaux pour les victimes des agressions sexuelles est
encore une pratique rare, sinon inexistante dans certains hôpitaux (hôpitaux de Tanger
et de Safi).
Les expertises médicales ordonnées par les tribunaux et cours du Royaume sont
généralement effectuées par des médecins inscrits dans les tableaux des experts près
de chaque Cour d’appel. Ces expertises sont de nature diverse. Le cadre de l’évaluation
des dommages résultant des accidents de la voie publique, des accidents du travail et des
maladies professionnelles est toutefois dominant.
Par ailleurs, l’inscription des médecins du secteur public n’est pas autorisée par les
responsables du ministère de la Santé, au motif que l’exercice de l’expertise est une
activité libérale incompatible avec le statut de la fonction publique sauf à obtenir une
dérogation à cet effet, signée par le Chef de gouvernement. Cette interprétation discutable
des fonctions du médecin expert et qui rend difficile l’accès des médecins du secteur
public -au premier rang desquels les professeurs universitaires et les médecins légistes-
au tableau des experts judiciaires, prive tout simplement la justice et les justiciables de
compétences reconnues en matière d’expertise et vide même le qualificatif « d’expert »
de tout sens.
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C’est ainsi que dans son rapport de mission au Maroc (du 15 au 22 septembre 2012),
présenté le 28/2/2013 à la vingt-deuxième session du Conseil des droits de l’Homme,
le Rapporteur spécial des Nations unies sur la torture et autres peines ou traitements
cruels, inhumains ou dégradants, note «avec préoccupation que la plupart des examens
médicaux dans les allégations de la torture sont effectués non pas par des experts
médico-légaux mais par de simples cliniciens figurant dans les listes des experts des
tribunaux. Ces personnes n’ont aucune formation ou compétence spécifique en matière
de médecine légale. Les rapports médicaux produits à la suite d’allégations de torture
et de mauvais traitements sont de très mauvaise qualité ; ils ne sont pas conformes aux
normes minimales internationales régissant les examens médico-légaux auxquels ont droit
les victimes et ne sont pas acceptables en tant que preuves médico-légales » Il conclut que
« le système médico-légal actuel du Maroc, dans le cadre duquel les détenus sont soumis
à des examens effectués par des médecins sans spécialisation en médecine légale (de
simples cliniciens travaillant comme ‘experts’ auprès des tribunaux), n’est pas conforme
aux normes internationales ».
Il est remarquable de noter que les médecins légistes qui ont fait du service de la justice
leur vocation professionnelle sont les seuls médecins spécialistes interdits par le ministère
de la Santé de s’inscrire aux tableaux des experts, du fait qu’ils sont tous fonctionnaires.
40 Les rubriques intitulées « autopsies » ou « médecine légale » ne sont tout simplement
pas prévues dans les tableaux des experts. Par conséquent, les rares médecins légistes que
compte le pays, effectuent exceptionnellement, sinon pas du tout, les expertises judiciaires
dans le cadre de l’évaluation du dommage corporel, malgré la formation poussée qu’ils
ont reçu dans ce domaine.
A titre d’exemple, le Service de médecine légale du CHU Ibn Rochd de Casablanca, qui
compte cinq médecins légistes à plein temps et deux à temps partiel, n’a effectué durant
l’année 2012 que 22 expertises judiciaires, toutes concernant des accidents du travail et
des maladies professionnelles dans le cadre de l’assistance judiciaire. La plupart du temps,
les missions effectuées par ce service ont été confiées au Directeur du CHU Ibn Rochd
et non pas au Service de médecine légale en tant que tel. Alors que c’est le seul service
de formation en médecine légale et en expertise médicale, aucune expertise en matière
d’évaluation du dommage corporel dans le cadre d’accidents de la voie publique ne lui
a été confiée depuis son inauguration en 1994. Pendant ce temps, un seul chirurgien
dentiste a pu effectuer, durant la seule année 2012 et pour un seul tribunal de Casablanca,
181 expertises portant sur des évaluations de dommage corporel, absolument étrangères
à l’art dentaire.
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Les tableaux des experts sont très peu actualisés. Certains médecins experts n’exerçant
plus la médecine, d’un âge avancé, voire décédés, figurent toujours dans les tableaux.
D’autres ont changé d’adresse et de villes et figurent également dans les tableaux près les
Cours d’appels d’origine.
La liste des experts inscrits montre une redondance dans les intitulés des différentes
spécialités (ex. maladies respiratoires et pneumologie), ce qui ne facilite pas une utilisation
correcte du tableau.
Par ailleurs, les coordonnées de certains experts sont incomplètes (ex. pas de numéro de
téléphone, numéro de télécopie rarement noté). 41
Les modalités de choix de l’expert varient entre deux tendances : celle qui privilégie
la rapidité d’exécution des missions et celle qui respecte l’ordre de l’inscription dans le
tableau.
Dans les deux cas, il en résulte que les expertises sont réalisées par des médecins experts
débordés par le nombre important des missions qui leur sont confiées, ou non compétents
vis-à-vis de l’objet de l’expertise. Dans les deux cas, les expertises rendues ne peuvent
être que de qualité médiocre.
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Par ailleurs, certains médecins experts exercent en même temps les fonctions de médecins-
conseils pour des compagnies d’assurances parties aux procès. Souvent, la victime de
dommage corporel n’a aucune connaissance du conflit d’intérêt existant -hypothéquant
l’impartialité de l’expert- et ne recourt pas en conséquence à la procédure de récusation
de ce dernier.
3.3.4 Une procédure non standardisée pour la notification des expertises aux experts
Les ordonnances d’expertise sont notifiées aux médecins experts par plusieurs moyens.
Assez souvent, ce sont les médecins experts ou leurs assistants qui récupèrent les missions
dans les bureaux des expertises dans les tribunaux à l’occasion de la remise de rapports
déjà établis.
42
Parfois, les ordonnances d’expertise sont remises directement aux conseils des victimes
ou aux victimes elles mêmes pour se charger de les remettre aux médecins experts.
Dans ce cas, il n’est pas accusé réception de l’ordonnance d’expertise d’une manière
systématique par l’expert commis, ce qui prive le tribunal de toute possibilité de contrôler
la notification effective de sa mission à l’expert.
Ainsi, certains modèles font référence uniquement au Dahir du 2 octobre 1984 sans
citer les dommages à évaluer par le médecin expert. D’autres modèles font référence à
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la nécessité d’une réforme globale
certains dommages, mais pas à d’autres. Dans le ressort d’un tribunal de première instance
d’une grande ville, les modèles de missions d’expertise ne font pas référence au préjudice
professionnel. Les rapports établis par les médecins experts de cette ville en exécution de
ces ordonnances ne font pas non plus une évaluation de ce chef de préjudice.
De même, certains modèles d’ordonnance d’expertise sont utilisés tout aussi bien pour
les accidents du travail que pour les maladies professionnelles, alors que les points de la
mission sont différents pour l’un ou l’autre fait dommageable.
Ainsi, si les parties sont généralement dûment convoquées par les médecins experts,
leurs conseils ne le sont que rarement. La position des tribunaux vis-à-vis de l’absence de
convocation des conseils des parties par les experts n’est pas unifiée, même si la tendance
est de ne pas frapper de nullité les expertises établies en violation de cette dernière règle.
Par ailleurs, certains experts évaluent les chefs de préjudice indemnisables en signalant,
le cas échéant, l’accord convenu en ce sens avec les médecins conseils des compagnies 43
d’assurances. Cette pratique constitue une violation du principe du contradictoire, puisque
cet accord intervient à l’insu de la personne expertisée, et qu’il n’est pas du mandat de
l’expert de trouver un arrangement avec l’une des parties au détriment de l’autre.
Les rapports établis n’obéissent pas à une méthodologie précise et uniforme. La plupart
des rapports ne décrivent pas les circonstances du fait dommageable. Ainsi, dans le cadre
des accidents sur la voie publique, il est rarement fait état de la position de la victime et des
secours immédiats qu’elle aurait reçus. Les données de l’examen physique sont rarement
étoffées et se résument parfois à la consignation de simples doléances de la victime sans
aucune objectivation clinique ou explication médicale. Exceptionnellement, sont discutés les
éléments d’imputabilité des séquelles relevées à l’événement objet du contentieux. Pourtant,
le lien de causalité constitue la pierre angulaire de toute expertise en évaluation du dommage
corporel. Quant aux chefs de préjudices, ils sont déterminés d’une manière péremptoire
sans aucune justification ou motivation par référence aux chapitres concernés du barème
fonctionnel des incapacités ou du barème d’invalidité. Cette absence de motivation donne
libre cours aux appréciations les plus divergentes entre les médecins experts. Des écarts
inadmissibles de 20% ou 30% dans les taux d’Incapacité permanente partielle sont ainsi
relevés entre les experts après une contre-expertise ou après interjection d’appel.
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3.3.7 Une rémunération insuffisante des experts avec des procédures compliquées
de paiement
La rémunération des experts se fait soit à partir des montants consignés par les parties,
en l’occurrence les victimes pour la première expertise, soit par le Trésor public dans le
cadre de l’assistance judiciaire. Lorsque les frais de l’expertise sont à avancer par l’une des
parties, les montants varient généralement entre 400 DH et 600 DH, et sont consignés
au niveau de la caisse du tribunal. Si la procédure de recouvrement est relativement
simple, les montants paraissent insuffisants eu égard au temps nécessaire pour mener une
expertise dans les règles de l’art et rédiger un rapport circonstancié, nonobstant le coût
lié à la convocation des parties et de leurs conseils par des lettres recommandées avec
accusé de réception.
Cette structure centrale pourrait consister en une commission interministérielle dont les
acteurs principaux seraient :
la Direction des affaires civiles et la Direction des affaires criminelles et de grâces
dépendantes du ministère de la Justice et des Libertés ;
la Direction des hôpitaux et des soins ambulatoires au ministère de la Santé ;
la Direction générale des collectivités locales au ministère de l’Intérieur.
De tels instituts existent dans les pays ayant fait le choix d’un modèle médico-légal fortement
institutionnalisé et hiérarchisé (Portugal, Pays-Bas, Egypte, Jordanie…). Ce type d’institut
peut être rattaché fonctionnellement ou statutairement, mais en tout cas financièrement
au ministère de la Justice, ou alors doté d’une large autonomie administrative et financière.
46
Quoiqu’il en soit, la nature des questions à traiter dans le cadre de tout modèle médico-
légal choisi nécessite des aménagements législatifs, pour permettre d’assurer la stabilité
et la lisibilité du futur cadre institutionnel. Les initiatives sectorielles n’apportent que des
réponses parcellaires aux préoccupations d’une discipline éminemment transversale aux
enjeux à la fois judiciaires et médico-sociaux, sans oublier les aspects financiers qui s’y
rattachent.
Parmi les questions à traiter dans ce cadre légal à concevoir, on peut citer :
1- La définition des qualifications requises pour les médecins en vue de l’exercice des
différentes activités médico-légales, gardant à l’esprit que la compétence acquise au terme
d’une formation normative devrait être un des critères déterminants ;
2- L’identification des champs d’intervention du médecin légiste en mettant l’accent sur
certaines activités qui restent sous-développées dans notre pays, telles que les levées de corps
et l’examen des gardés à vue. Une meilleure identification des activités médico-légales passe par
une organisation favorisant une approche globale, prenant en compte à la fois la thanatologie
et la médecine légale du vivant, les examens des victimes et des auteurs présumés ;
3- La détermination des sites habilités à abriter ces activités médico-légales en définissant
leur rattachement institutionnel, les normes requises en termes d’infrastructure et
d’équipement ainsi que les modalités d’organisation ;
4- L’établissement de normes et standards pour l’exécution des différentes prestations
médico-légales, dans le but d’homogénéiser les pratiques tant des prescriptions par la police
et les magistrats que les modalités d’exécution des actes par les professionnels de la santé.
Ensuite, le service public hospitalier offre une très bonne assise territoriale couvrant tout
le Royaume, organisée en Centres hospitalo-universitaires, Centres hospitaliers régionaux,
Centres hospitaliers provinciaux ou préfectoraux et hôpitaux locaux. Les exigences de
neutralité, de permanence, ou encore d’égalité de traitement qui fondent l’organisation de
ces établissements sont autant de qualités attendues par l’autorité judiciaire pour l’exercice
de la médecine légale.
Ces considérations sont confortées par des aspects pratiques et humains déterminants.
Les établissements hospitaliers ont pour vocation d’accueillir, pour les soigner, toutes
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la nécessité d’une réforme globale
les victimes de violences. Il est de l’intérêt des victimes de trouver également dans
ces établissements les compétences nécessaires en matière de constatations médico-
légales. Quant à la thanatologie -l’autopsie et sa prémisse, la levée de corps- on
conçoit difficilement, compte tenu notamment de la nécessité de la disponibilité d’un
équipement radiologique, et de l’intérêt de la proximité du plateau technique apte à
traiter les prélèvements effectués, qu’elle puisse trouver un lieu d’exercice mieux adapté
que l’hôpital public. Par ailleurs, les impératifs d’hygiène et de sécurité sanitaire sont de
première importance. La gestion des déchets issus de l’autopsie est plus facile et plus
sûre à l’hôpital, du fait du caractère organisé et réglementé de la collecte des déchets
hospitaliers.
Enfin, les Centres hospitalo-universitaires sont les seuls sites pour la formation des
médecins dans la spécialité de médecine légale. Les Centres hospitaliers régionaux et
provinciaux sont les seuls sites d’affectation des médecins légistes déjà formés. Organiser
l’activité médico-légale en dehors de l’hôpital constituerait un obstacle à la formation des
médecins en cette discipline et empêcherait ceux déjà formés d’exercer leur spécialité. Il
en résulterait une impossibilité de combler la pénurie de notre pays en médecins légistes.
En définitive, on peut dire que la médecine légale a une mission de service public auxiliaire
du service public de la justice. Considérée sous cet aspect, qui coexiste avec ses missions
48 sanitaires, médico-sociales et universitaires d’enseignement et de recherche, elle trouve
naturellement sa place au sein du service public hospitalier.
2.2. Place des morgues municipales, des médecins des Bureaux municipaux d’hygiène
et des médecins du secteur privé dans le dispositif proposé
Si le service public hospitalier doit être le maître d’œuvre d’une nouvelle organisation, il ne
saurait aujourd’hui assumer à lui seul la totalité de l’activité médico-légale.
Les morgues municipales des grandes villes peuvent apporter un appui aux instituts
médico-légaux hospitaliers déjà existants ou à créer. Des médecins légistes peuvent y
être affectés provisoirement pour améliorer la qualité de leur prestation. Ceci pourrait
bénéficier à des villes comme Casablanca, Rabat, Marrakech et Kénitra.
Dans les autres villes où les autopsies sont habituellement pratiquées au sein des hôpitaux,
s’il devait y avoir création de nouvelles morgues par les municipalités, celles-ci devraient le
faire au sein des hôpitaux ou à proximité. Les médecins des Bureaux municipaux d’hygiène
formés à la pratique autopsique peuvent intégrer l’équipe médico-légale hospitalière.
Rien n’interdit en effet que des médecins de santé publique travaillent au sein d’une
morgue municipale, qu’elle soit intra ou extra hospitalière. L’inverse est tout aussi vrai.
Les médecins des Bureaux municipaux d’hygiène peuvent également officier au sein des
morgues hospitalières.
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la nécessité d’une réforme globale
Une refonte des textes réglementaires fixant les critères exigés pour l’inscription au tableau
des experts doit intervenir. Le but est que le critère de la compétence soit privilégié
quelque soit le type d’exercice du médecin, public ou privé. Les médecins légistes, de par
leur vocation professionnelle, devraient être inscrits d’office. Les médecins ayant justifié
d’une formation en expertise et en réparation du dommage corporel doivent avoir la
priorité dans l’inscription dans les tableaux.
En attendant une telle réforme, les médecins déjà inscrits doivent être astreints dans le
cadre de la formation continue à suivre une formation normative en matière d’évaluation 49
du dommage corporel.
Les inscriptions dans les tableaux ne devraient plus se faire à vie. Les demandes d’inscription
doivent être renouvelées au terme d’un certain nombre d’années (ex. cinq années) sur
production d’un bilan d’activité des années écoulées dans l’activité expertale.
Ce maillage pourrait être calqué, sans s’y conformer, sur celui de l’organisation hospitalière,
permettant la création de services médico-légaux distincts au sein des hôpitaux de rang
provincial et plus. Ces services doivent être correctement budgétisés pour assurer aussi
bien les activités médico-légales thanatologiques que cliniques.
Les activites medico-legales au Maroc
la nécessité d’une réforme globale
La pratique des autopsies devrait être réservée aux grands hôpitaux provinciaux et
aux hôpitaux régionaux et universitaires. Ces derniers -et en leur absence- les hôpitaux
régionaux constitueraient les centres de référence pour les cas compliqués. Les autres
hôpitaux, faisant d’ailleurs très peu d’autopsie, ne peuvent maintenir de parfaites conditions
de sécurité sanitaire, ni un plateau technique adéquat pour satisfaire aux normes d’une
autopsie bien conduite.
L’approche devrait être différente lorsqu’il s’agit des actes médico-légaux de proximité.
En effet, vu leur masse importante, les certificats médico-légaux pour les victimes de
violences physiques ou sexuelles et des blessures accidentelles (accidents sur la voie
publique, autres accidents du droit commun, accidents du travail,…) pourraient être
réalisés par tout médecin.
Toutefois, les enjeux judiciaires de ces certificats incitent à prévoir des mécanismes
de contrôle pour éviter les abus et les certificats de complaisance aux conséquences
50 fâcheuses pour une bonne administration de la justice.
Ainsi, on peut suggérer la création d’une unité médico-judiciaire dédiée pour toute
l’activité médico-légale clinique dans les grands hôpitaux provinciaux, hôpitaux régionaux
et hôpitaux universitaires. Ces unités seraient placées, chaque fois que possible, sous
la responsabilité d’un médecin légiste ou, en son absence, d’un médecin ayant eu une
formation universitaire en médecine légale ou en expertise médicale et constitueraient,
avec l’unité de thanatologie greffée sur la morgue hospitalière, le noyau du service de
médecine légale.
Les locaux des unités médico-judiciaires devraient être bien distincts, de préférence à
proximité du service d’accueil des urgences. Elles pourraient se greffer sur les unités
hospitalières d’accueil des femmes et enfants victimes de violences, ou sur les locaux
destinés aux certificats médicaux qui existent dans certains hôpitaux et dont elles
absorberaient l’activité.
Le personnel médical de l’unité devrait être nommément désigné et identifié par les
services de la police et du parquet. Etant donné la charge du travail prévisible, et selon
l’importance de l’hôpital et de la population desservie, un à deux médecins à temps
plein devraient y être affectés. D’autres médecins, à compétence générale, pourraient
faire des vacations journalières durant les horaires administratifs selon une liste préétablie
et participeraient à l’organisation d’une astreinte aux heures non ouvrables, week-end
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et jours fériés pour les levées de corps et l’examen des gardés à vue. En dehors de
leurs jours de vacation, ils poursuivraient leurs fonctions habituelles (urgences, chirurgie
générale, traumatologie, orthopédie…).
De même, des médecins du secteur privé pourraient être sollicités, en cas de besoin, à
œuvrer au sein de ces unités par des vacations dans le cadre du partenariat public-privé.
Enfin, parmi les médecins de l’unité, certains -surtout ceux qui font les levées de corps-
participeraient à l’activité des autopsies.
Dans les Centres hospitaliers universitaires où l’offre médico-légale est la plus étoffée, on
devrait également retrouver au sein du service de médecine légale une unité de toxicologie
médico-légale et une unité des empreintes génétiques. Ces disciplines, actuellement
concentrées dans les laboratoires scientifiques de la police et de la Gendarmerie Royale,
sont de plus en plus sollicitées en criminalistique, mais également par le corps médical
pour la première et par les juridictions civiles pour la seconde. Le nombre croissant des
affaires impose une décentralisation des laboratoires. Outre l’argument de proximité
qu’on peut invoquer pour l’hébergement de ces unités au sein des hôpitaux universitaires,
on peut également invoquer celui de la mise à la disposition de la justice de laboratoires
indépendants et constituant des terrains pour la formation et la recherche.
Les activites medico-legales au Maroc
la nécessité d’une réforme globale
Le premier pas consisterait d’abord à recruter des enseignants au sein des facultés de
médecine. En effet, l’attrait des jeunes médecins pour une discipline ou une spécialité est
largement conditionné par la présence au sein de leur faculté d’un professeur développant
un certain dynamisme dans le domaine de l’enseignement et de la recherche. Il est donc
nécessaire qu’au niveau national, les arbitrages rendus par les ministères en charge de
l’enseignement supérieur et de la santé portant sur les postes hospitalo-universitaires
prennent en compte la médecine légale dans leurs priorités. La présence minimale d’un
52 praticien de rang universitaire dans chaque CHU est de nature à améliorer l’enseignement
de base de la médecine légale, actuellement dispensé au cours du deuxième cycle des
études médicales avec un volume horaire de 25 à 35 heures.
Les services créés devraient être inscrits d’emblée en tant que personnes morales au
tableau des experts. En effet, la création d’un service hospitalo-universitaire de médecine
légale ne peut qu’avoir une contrepartie judiciaire : l’engagement des autorités judiciaires à
recourir prioritairement à cette structure pour toutes les missions et les expertises qu’elle
est en mesure d’accomplir.
Ainsi, une formation dans l’art expertal et l’évaluation du dommage corporel est plus que
nécessaire pour mettre à la disposition des tribunaux et des compagnies d’assurance des
médecins experts compétents. Cette formation existe déjà à la Faculté de médecine et 53
de pharmacie de Casablanca depuis plus de quinze ans. Des enseignants en droit et des
magistrats y participent en plus des enseignants en médecine.
Cette formation doit être valorisée en permettant aux médecins diplômés d’avoir la
priorité dans l’inscription aux tableaux des experts.
La médecine légale étant une discipline transversale et un outil auxiliaire de la justice, ses
principes et ses apports devraient également être diffusés parmi les utilisateurs et les
bénéficiaires de cette discipline.
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la nécessité d’une réforme globale
Ainsi, la formation en médecine légale doit être renforcée et consolidée dans la formation
des attachés judiciaires à l’Institut supérieur de la magistrature et dans la formation des
futurs commissaires et autres officiers de police à l’Institut Royal de Police.
Une revalorisation de ces tarifs est nécessaire pour garantir une viabilité et une transparence
du système médico-légal et devrait comporter une contrepartie financière pour le service
public hospitalier au titre des frais de structure.
Pour ce qui est des expertises médico-judiciaires, il est classique de distinguer entre celles
qui sont réalisées dans le cadre de l’assistance judiciaire et celles dont le montant est
consigné par l’une des parties. Tenant compte des frais liés à la convocation des parties,
la rédaction et le dépôt du rapport, les tarifs actuellement en vigueur devraient être
revalorisés, surtout dans le cadre de l’assistance judiciaire.
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la nécessité d’une réforme globale
La mise en place d’un dispositif structuré pour l’exercice de la médecine légale exige
l’instauration de procédures de financement profondément rénovées, globales et sûres.
Conclusion
La faible implication de certains départements concernés par cette discipline s’est traduite
par la désaffection du corps médical tout entier par rapport à cette spécialité.
Réhabiliter cette spécialité et lui redonner la place qui lui sied passe par un engagement de
tous les intervenants dans la structuration de l’activité médico-légale et la reconnaissance
de la valeur des médecins ayant acquis soit la spécialité soit une formation post-universitaire
dans cette discipline.
Considérant les enjeux considérables pour la sécurité publique et les droits individuels
attachés à l’activité médico-légale, indispensables au bon fonctionnement du service public
de la justice, il est impératif de réunir dans un premier temps tous les intervenants dans
le champs médico-légal avec en priorité les responsables de la Direction des affaires
criminelles et des grâces, de la Direction des hôpitaux et des soins ambulatoires et de
la Direction générale des collectivités locales pour penser à un modèle médico-légal
pour notre pays, capable de relever les innombrables défis qui se dressent devant cette
discipline et par extension devant la justice.