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L'abstention électorale : enjeux et normes sociales

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A.

Du « paradoxe de l’électeur » à la norme du vote


1/ Quand le vote paraissait incongru : l’abstention, un vieux
problème

« La grève des électeurs », Octave Mirbeau, 28/11/1888 Le Figaro

Ce texte rappelle un chose essentielle ; au début pour les premiers


électeurs, ce n’est pas l’abstention qui semble incongrue mais le vote.
Autrement dit, l’attachement au droit de vote n’est pas présent dès le
début du suffrage universel (1848). Cet attachement va se traduire par
des taux de participations très fluctuants, souvent très faibles. En 1848 le
1er vote a connu un très grande participation car les électeurs avaient
compris que c’était obligatoire, après avoir appris que ça ne l’était pas
l’abstention a été beaucoup plus forte. En 1862 élection législative où le
taux de participation a été le plus bas. Le problème qui se pose au début
du suffrage universel n’est pas de convaincre les électeurs de voter pour
un candidat mais de les amener à se déplacer afin de voter. Plusieurs
mécanismes ont été mis en place afin de les inciter à voter, comme offrir à
boire où à manger aux électeurs.
L’abstention n’est pas du tout un fait inédit des derrières années, mais un
fait structurel des démocraties.
On avait un peu oublié ce problème car pendant une 50aine d’années
(entre 2 guerres jusqu’à fin 70), la participation électorale devient presque
systématique.
Ce reflexe électoral n’est pas inné, il ne nait pas depuis 1848, il est le fruit
de politiques publiques d’incitation au vote qui vont notamment être
déployées sous la 3e république jusqu’à aujourd’hui. Il y a des politiques
publiques qui vont socialiser les individus à la norme du vote (instruction
civique à l’Ecole  « il faut que cela devienne chez lui une sorte d’instinct
acquis », Paul Bert, 1882. S’agit de faire du vote un rituel qui suscite chez
le citoyen une émotion, un attachement). Par exemple l’élection des
déléguées à l’école  simulation du vote. Ces politiques d’incitation au
vote prennent encore la forme de campagnes de sensibilisation au vote.
Ces mécanismes fonctionnent puisque à partir de l’entre 2 guerres le rôle
social de l’électeur devient valorisé, ce n’est pas obligatoire à proprement
parler mais devient une norme sociale, obligatoire socialement. Ils vont
retirer des gratifications symboliques (sentiment de devoir accompli) qui
vont encore + l’inciter. On peut voire que le vote est devenu une norme
sociale qui a une influence sur les pratiquants  ambiance des bureaux de
votes est très silencieuse, solennelle et un peu grave, souvent les
individus font un effort vestimentaire. Pendant une partie non négligeable
du XXe siècle le vote devient une norme sociale contraignante, la
participation électorale se généralise, avec parfois des pics très importants
de participation, elle est presque parfaite, elle devient le comportement de
la majorité des citoyens.
Or de cette parenthèse, le vote n’est pas une norme parfaitement
contraignante.

2/ Est-il déraisonnable de s’abstenir ? Le paradoxe de l’électeur


A partir des années 50, se développe un théorie économique de la
démocratie avec des économistes qui se questionnent autour d’une
énigme principale : le paradoxe de l’électeur ou le paradoxe de la
participation électorale.
Si on applique le calcul économique, il parait déraisonnable pour les
électeurs de se déplacer aux hommes, s’il raisonne de manière
économique, mais que malgré tout les individus se déplacent aux urnes.
Il s’agit d’envisager l’électeur comme un consommateur comme les
autres : les électeurs font leurs décisions d’achat (de vote) à partir de
calculs d’utilité.
Equation : la décision d’aller vote ou non dépend de 3 variables.
-Coût de la pratique électorale (coût financier, administratif, de temps,
d’acquisition de l’information électorale…)
-Bénéfices de la pratique électorale (l’influence que l’on pense exercer sur
le résultat final, avoir pesé sur l’orientation des politiques publiques)
-Probabilité que son bulletin de vote fasse la différence, soit utile (+ le
sentiment du résultat de l’élection dépend de son bulletin, + on va voter).
Cette condition là est quasiment nulle car elle n’est advenue qu’une fois
au cours de 16 000 élections aux USA, où le vote s’était joué à 1 voix près.
Les écarts entre le 1er et le 2nd élu sont souvent importants et ne se jouent
pas à 1, ni à 100, ni à 1000 voix près.
Donc si le comportement de l’électeur était totalement rationnel, la
participation électorale semble déraisonnable. C’est pourtant un acte
normal et très diffusé, ce paradoxe de l’électeur se résout lorsqu’on prend
en compte les gratifications et les sanctions symboliques et qu’on
considère le vote comme une norme sociale.
Il s’exerce donc sur les individus des micro-pressions qui l’incitent à
respecter cette norme sociale et civique.
Le vote est avant tout une norme sociale.

B. Une norme électorale sans surveillance : la variable de l’intégration


sociale et du déclin du charme électoral

Les 1ers travaux à s’intéresser à l’abstention  Alain Lancelot 1er politique


qui s’intéresse à l’abstention avant que cela devienne
L’abstention doit être considérée comme une norme culturelle et que le
respect de cette norme dépend de facteurs sociaux : degré d’intégration
sociale  la densité des relations sociale entretenues avec nos différents
entourages (familial, professionnel, amical…).
Ces acteurs sociaux vont exercer une pression pour aller voter, ils vont
agir comme un dispositif d’incitation au vote. Plus les relations sociales
sont distendues, moins l’incitation au vote est forte.
Globalement, plus la position dans le cycle de vie est avancée, plus la
participation au vote est forte car le degré d’intégration sociale augmente
avec l’âge.
Le statut matrimonial pèse sur les chances de s’abstenir ou de participer
des individus. Par exemple en 2017, les pacsés/mariés n’ont que 12%
d’abstention tandis que concubins et divorcés présentent 20%
d’abstention, célibataires 27% et les veufs 31%.
L’abstention est souvent plus faible en zones rurales que dans les grandes
villes.
Le vote devient une norme culturelle surveillée par les entourages et plus
elle l’est plus cette norme contraint les pratiques. Sur tous les plans de
notre vie, l’âge de l’intégration sociale s’éloigne (âge du 1 er emploi, du 1er
couple, du 1er enfant…). Nous sommes plus longtemps moins exposés à
ces micro-pressions de l’entourage.
Nous sommes aussi la 1ere génération dont les parents ont appris à voter
dans un contexte de moindre participation.
Ce cadre d’analyse met à distance les jugements de valeur que l’on peut
avoir face à l’abstention.
L’abstention est-elle un expression politique, un choix ou au contraire le
produit d’une exclusion.

C. Une grève des urnes ? L’abstention comme un geste politique

C’est l’interprétation politique la plus fréquente concernant l’abstention,


notamment lors des soirées électorales qui consistent à donner du sens
aux personnes qui ne se sont pas exprimées. L’abstention serait alors un
message. Les abstentionnistes sont alors perçus comme des individus
critiques envers l’offre électorale et non pas dépolitisés.
Autrement dit, l’abstentionnisme aurait une nature politique,
contestataires. On exprime pas un soutient mais une protestation. C’est
l’interprétation d’Anne Muxel, son idée est que l’abstention n’est pas une
crise politique mais un signe de vitalité démocratique. L’idée de la
démocratie représentative serait un peu « périmée »  souhaite
s’exprimer au-delà du bureau de vote
D’après Anne Muxel, il y a 2 formes d’abstention
L’abstention dans le jeu/civique – des populations beaucoup plus
diplômées et urbaines, et qui déclarent un fort intérêt pour la politique et
qui pourtant s’abstiennent plus que les générations précédentes.
L’abstention hors jeu - les citoyens qui ne participent jamais à l’activité
électorale à cause d’un déficit de ressources pour s’y intéresser.
L’abstention se généralise et se démocratise, elle serait un geste
principalement politique et ne serait plus réservée à un certain groupe de
personnes.
Problème, cette interprétation fait comme si l’abstention concernait
aujourd’hui tous les groupes d’âges, tous les groupes sociaux, comme s’il
n’existait plus de déterminants de l’abstention.

D. Du « cens caché » à la « ségrégation électorale » : le suffrage est-il


véritablement universel ?

On se focalise sur le noyau dur de l’abstentionnisme : les abstentionnistes


constants (20% du corps électoral). Or, cette abstention sociologique
relève principalement de variables socio-économiques, l’abstention est
distribuée en fonction de :
-du niveau de diplôme : + de diplôme = + de vote et inversement
-du statut patrimonial : entre locataires et propriétaires il y a un écart de
10 points
-la CSP
-le niveau de revenu : + le revenu est faible + l’abstention est forte
La majorité électorale représente donc une minorité sociologique. Cette
exclusion électorale n’est pas un fait conjoncturel et mais un fait
structurel. C’est l’hypothèse du « cens caché » de Daniel Gaxie dans le
livre Inégalités culturelles et ségrégation politique. Le sens économique
qui valait jusqu’en 1848 s’est transformé en un sens culturel, c’est-à-dire
que la participation électorale dépend très largement des ressources
culturelles des citoyens. Cette lecture réaliste des démocraties
représentatives est aujourd’hui très majoritairement vérifiée par les
enquêtes. Les démocraties contemporaines sont structurées par une
division du travail, de la société avec d’un coté les actifs dans la vie
politique et de l’autre une majorité de citoyens plus passifs.
1 - Montrer que les pratiques de participation ne concernent qu’une
minorité des citoyens
2 - La participation relève non pas de choix individuels mais de
déterminants sociaux.

Adhérer à un parti = 1% des citoyens


Assister à des meetings électoraux = 2/3% des citoyens
Participer activement à une campagne = 3/4%
Conversations politiques actives pour convaincre = -10%
Part des citoyens très intéressés par la politique = 10/15% des citoyens
contre près de la moitié plutôt désintéressés

La compétence politique (compétence technique, comprendre l’offre


politique, et compétence sociale, capacité à s’approprier ce domaine
politique).
Une majorité des citoyens ne possède pas cette compétence politique, ce
qui ne les pousse pas à participer à la démocratie.
La 1ere manière de gérer cette incompétence c’est la délégation à un +
compétent,
2e manière de faire : choisir/participer mais sur la base de jugements non
politiques (moraux, éthiques, esthétiques) sur les candidats qui sont plus
accessibles. La 3e est l’auto-exclusion, ce qui correspond à l’abstention.
L’abstention est différentiée, elle est inégalement distribuée selon les
caractéristiques des individus. Le cens caché serait plus fort aujourd’hui
qu’avant. Le jeu politique s’est professionnalisé et l’accès à ce dernier est
devenu plus difficile. La 2e explication c’est la sélection sociale du
personnel politique. Cette sélection sociale est plus marquée que dans
l’après guerre : la distance entre le corps électoral et les élus s’est
accentuée, une partie des électeurs ne se reconnaissent plus dans leurs
élus (jeunes, certaines CPS…) propositions de parité sociale au
Parlement.
Une 3e explication de la démobilisation des catégories populaires c’est
l’affaiblissement de l’encadrement politique de ces dernières  moins de
dispositifs informels pour inciter au vote, ils ne font plus partie de leur
quotidien et la population y résidant est moins homogène qu’auparavant.
L’augmentation de la démobilisation électorale ce n’est pas non
seulement la baisse du nombre d’électeur mais le maintient de
l’abstention populaire.

Longtemps la démocratie s’est fondée sur le droit de vote. Le processus de


démocratisation passait par une démocratisation du droit. Si le droit de
vote est universel, le fait de voter/de participer l’est de moins en moins.
Aujourd’hui il s’agit de chercher des instruments pour rendre la
participation plus universelle. « système dans lequel tous les citoyens
doivent disposer d’opportunités égales et effectives pour faire connaitre
leur point de vue sur ce que la politique devrait être ».
C’est pour corriger ces écarts de participations que sont remis aujourd’hui
au gout du jour des instruments pour amener les électeurs vers les urnes
(referendum, proposition de vote obligatoire…). Le vote obligatoire c’est
l’importation du mode de scrutin belge (article 62 de la constitution belge
 le vote est obligatoire et secret). On le retriuve aussi au Luxembourg, en
Grèce, au Brésil, en Australie… Soit une vingtaine d’Etats dans le monde. Il
s’agit d’inciter les électeurs à se déplacer en ayant recours à des sanctions
(monétaires, administratives…), elles sont rarement mises en œuvre mais
fonctionnent tout de même, en Belgique le taux de l’abstention n’avoisine
que les 10%.
Globalement 2 arguments pour le vote obligatoire
-Le souci de représentativité du corps électoral  permette l’inclusion des
groupes qui se tiennent en marge de la vie politique  des résultats plus
en rapport avec l’avis général et oblige les partis politiques à s’adresser à
tous les citoyens
-L’obligation civique, de considérer les abstentionnistes comme des
déserteurs qui n’effectuent pas leur devoir de citoyen.
Deux arguments contre le vote obligatoire
-Est-ce que le vote obligatoire résout quoi que ce soit ? Ne touche en rien
aux causes de cette abstention.
-Ne pas s’exprimer fait partie de la liberté d’expression et rendre le vote
obligatoire (pas très démocratique mais pas anti démocratique, même si il
ne force pas à s’exprimer mais à se déplacer  vote blanc).

Section 2 : pour qui vote-on ? Le déterminisme électoral ou la contestation


empirique d’un mythe démocratique.
Le vote est supposé être individuel, autonome et informé. Le programme
de la sociologie électorale consiste précisément à tester la consistance
empirique d’un mythe démocratique.
Les modèles déterministes donnent des explications des préférences
électorales. L’idée que nos préférences électorales sont le produit de nos
appartenances sociales, territoriales, familiales. Des modèles
déterministes qui redonnent au vote un caractère collectif.
Déterminisme VS individualisme.
Permet de revenir sur des travaux pionniers. En France les études
électorales restent très dominées par cette approche.

A. « L’esprit des lieux » : l’approche écologique (=influence de


l’environnement sur un corps) du vote
1/ « Le granite vote à droite, le calcaire vote à gauche » : retour sur une
enquête fondatrice.

La géographie a longtemps été la seule source de représentation du vote


 on disposait de cartes socio-démographiques qui permettaient de
visualiser les différentes opinions. L’analyse électorale va longtemps se
fonder sur ces cartes plutôt que par des sondages. On observe plus
comment un quartier, une ville ou une région vote plutôt qu’un individu.
Un ouvrage : Tableau politique de la France de l’ouest, André Siegfried,
1913.

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