Partie 2.
Les sûretés réelles :
Elles consistent en l’affectation d’un bien ou d’un ensemble de biens à la
garantie du créancier. L’art. 2323 du Cciv en donne une définition précise
et ouvre le sous-titre premier sur les sûretés réelles. Cette définition est
particulièrement vraie pour les SR traditionnelles. Le créancier se voit
accorder un droit réel sur tel ou tel bien de son débiteur qui vont
s’ajouter au droit de gage général lié à son droit personnel et qui lui
permet de se payer par préférence sur le bien grevé. Mais parfois,
l’affectation du bien au profit du créancier est très indirect, elle résulte
non du fait que le créancier aura sur ce bien un droit réel, mais du fait
que le débiteur et/ou les autres créanciers verront leur droit restreint sur
ce bien, ce qui peut limiter voire exclure le concours sur ce bien.
Par ailleurs, créancier se trouve parfois investi d’un droit exclusif sur tel
ou tel bien qui normalement devrait faire partie du patrimoine du
débiteur mais qui s’en trouve soustrait pour assurer la garantie de sa
créance.
Titre 1 : Les sûretés restreignant les droits du débiteur
ou des tiers
La situation de faveur faite à un créancier par rapport aux autres peut
résulter de ce que le débiteur, ou parfois les autres créanciers, voient leur
droit restreint sur un bien ou un ensemble de biens, et que cela provienne
de l’effet de la loi ou d’un contrat. Le créancier peut profiter de manière
assez variable de cette restriction de droit. C’est à cela que tendent les
sûretés négatives, mais aussi surtout le ppe du droit de rétention.
Chap. 1. Les sûretés négatives
C’est la doctrine qui a dégagé cette notion, car elles n’ont reçu aucune
consécration, ni en JP, ni dans les textes. On range généralement sous
cette expression un certain nb de clauses qui limitent les pvr du débiteur.
Mais on peut aussi en rapprocher diverses situations, d’origine légale ou
contractuelle, où les autres créanciers vont se trouver privés du droit de
saisir un élément d’actif, qui se trouve indirectement réservé au profit du
paiement d’un seul créancier.
Section 1. La restriction des pouvoirs du débiteur
L’idée est de limiter les prérogatives du débiteur sur certains de ses
biens, voire sur l’ensemble de son patrimoine, afin de protéger le
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créancier contre l’aliénation de ses biens, ou contre l’octroi de nouvelles
garanties, et plus généralement contre les modif de substance du
patrimoine. Dans la grande majorité des cas, ces stipulations ne font
naître que des obligations perso à la charge du débiteur et ne sont donc
pas d’une très grande efficacité.
Par exemple, le débiteur peut souscrire, pour garantir le remboursement
du prêt qui lui est accordé, divers engagements complémentaires qui
visent à la préservation de son droit de gage général (ex : le débiteur
s’engage à laisser le créancier surveiller l’évolution de son patrimoine, ou
bien à ne pas vendre tel bien, à ne pas accorder une hypothèque à un
autre créancier).
Par ces stipulations, le créancier n’a pas pris une vraie sûreté, il
n’a donc aucun droit de préférence et de suite. Mais par le biais de
cet engagement, le créancier espère se protéger « négativement » contre
les risques de concurrence avec les autres créanciers de son débiteur,
notamment au risque lié à l’aliénation de son bien. Mais ces stipulations
qui sont de simples limitations de libertés de gestion du patrimoine ne
sont que d’une efficacité limitée. Si le débiteur manque à son
engagement, il n’encourra que des sanctions personnelles.
La q° s’est alors posée de savoir s’il est possible d’aller plus loin, et de
limiter conventionnellement le droit réel du débiteur. Cela permettrait de
rendre ces limitations opposable aux tiers et d’aboutir à des sanctions
plus efficaces (ex : clause d’inaliénabilité). La Cass semble refuser toutes
limitations de ce type dans les contrats de crédit. La 3è ch. civ. Cass,
13/12/2005 a annulé la clause qui interdisait au débiteur de donner à bail
son immeuble, car atteinte injustifiée au droit de ppté. Cela ne serait que
des clauses assez illusoires. Elles devraient être publiées vu qu’elles
portent sur un immeuble. Mais alors, si le contrat contraire à la clause
était annulé, le bien réintégrerait le patrimoine du débiteur au profit de
tous le créanciers et pas juste au profit de celui pour lql la clause a été
stipulé.
Pour les meubles, le créancier qui prétendrait récupérer le bien meuble
entre les mains d’un acquéreur se heurterait à l’art. 2276 du Cciv.
Section 2. L’insaisissabilité par les autres créanciers
Dans un certain nb de cas, un créancier n’a pas de droit particulier sur tel
ou tel bien, mais, sa situation de faveur vient de ce que le bien considéré
est soustrait aux poursuites des autres créanciers, donc aucun concours
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n’est possible. C’est ce qui ce passe lorsqu’un bien est frappé
d’insaisissabilité mais qu’elle est levée au profit d’un créancier. Par
exemple, les biens nécessaires à la vie et au travail du débiteur sont
insaisissables, sauf pour le paiement de leur prix (art. L. 112-2 5° du
CPC), donc le vendeur se trouve en situation d’exclusivité sur les meubles
vendus, alors même qu’il n’a pas de droit réel sur ces biens. Aussi, le
créancier d’une pension alimentaire peut, dans certaines conditions,
saisir la fraction insaisissable des salaires du débiteur. Le même résultat
est atteint lorsqu’un entrepreneur individuel qui bénéficie d’une
insaisissabilité de plein droit de sa résidence principale, et qui peut par
ailleurs faire un déclaration notariée d’insaisissabilité pour d’autres de
ses biens (art. L. 526-1 du C.com). L’opposabilité de cette
d’insaisissabilité est soumise à l’accomplissement d’une double formalité
de pub et n’a d’effet qu’à l’égard des créanciers dont la créance est née
de la créance pro après pub de la déclaration d’insaisissabilité.
Opposable à la convention collective : Cass, 28/06/2011 => cela est
possible depuis la loi du 01/08/2003 et étendu avec la loi du 04/08/2008
car l’art. L. 626 du C.com prévoit que la renonciation à l’insaisissabilité
peut être faite au bénéfice d’un ou pls créanciers mentionnées à l’art. L.
626-1.
Ainsi, il peut être intéressant pour un créancier de faire d’abord souscrire
par son débiteur avec déclaration d’insaisissabilité puis de le faire
renoncer à cette insaisissabilité à son seul profit.
C’est une nouvelle manière de constituer une garantie qui présente un
caractère accessoire, car art. L. 626 du C.com. Elle permet à son
bénéficiaire de saisir le bien concerné en échappant au concours et à
l’ouverture d’une éventuelle PC à l’encontre de son débiteur. Elle existe
aussi dans le cadre de la résidence principale, pour lql la loi Macron du
06/08/2015 prévoir une insaisissabilité de plein droit.
On peut aussi parler de situation d’exclusion négative lorsqu’un créancier
exerce l’action paulienne, car elle aura pour résultat de faire déclarer
l’aliénation du bien frauduleux inopposable au créancier. Donc seul ce
créancier pourra saisir ce bien.
Dans tous ces cas, le créancier est placé dans une vraie situation
d’exclusivité alors qu’il n’a pas de droit particulier sur le bien soustrait
aux autres. On ne peut pas techniquement parler de SR, mais on en est
proche par l’esprit. En raison de l’exclusivité et de l’exclusion qui frappe
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les autres créanciers un bien réservé au paiement du seul créancier qui
peut exercer son droit de gage général sur ce bien.
Chap. 2. Le droit de rétention
C’est le droit de retenir une chose que l’on devrait restituer. Lsq le
créancier détient une chose qui appartient à son débiteur et qu’il doit en
ppe lui restituer, il peut dans un certain nb de cas refuser de le faire tant
qu’il n’est pas intégralement payé (ex : le garagiste qui a fait des
réparations qui n’ont pas été payées par le client peut opposer ce droit).
Ce droit, constitue un formidable moyen de pression sur le débiteur, car
svt il aura besoin de la chose retenue. Pour autant, la nature juridique du
droit de rétention reste discutée. Il n’est ni un gage ni un privilège, parce-
qu’il ne donne pas au rétenteur le pvr de faire vendre la chose pour se
payer sur le prix par préférence aux autres créanciers. Mais le rétenteur
a un avantage considérable qui lui donne dans les faits bcp de chances
d’être payé.
Ce droit se rapproche de l’exception d’inexécution. Des auteurs pensent
même qu’il n’y a pas de diff entre ces deux-là. Pourtant le droit de
rétention est indivisible, chaque partie de la créance est garantie par la
totalité de la chose. Le paiement partiel, même important, autorise les
créanciers à conserver la chose retenue. Au contraire, l’exception
d’inexécution ne peut pas jouer en cas d’inexécution partielle de faible
gravité. De plus, le droit de rétention est opposable à tous alors que
l’exception d’inexécution est relative.
Arrêt 1ère ch. civ, 24/09/2009, n°08.10-152 : c’est un droit réel.
Mais c’est critiqué par la doctrine car le rétenteur n’a aucune des
caractéristiques du droit réel, ni de se servir de la chose ou d’en tirer
profit. Donc ce droit serait plutôt une modalité de l’oblig de restituer qui
pèse sur le rétenteur. Donc difficile de dire que c’est une vraie SR.
L’efficacité de ce droit vient de la situation négative du débiteur car il ne
peut plus se servir de la chose. Aussi, les autres créanciers ne peuvent
pas saisir cette chose. Il a une remarquable efficacité et simplicité.
Il répond à une certaine exigence de justice privée. Mais en contrepartie,
il présente de graves inconvénients, il peut être injuste lorsque le
débiteur n’est pas propriétaire de la chose ou qu’il existe une disparité de
valeur entre la valeur de la créance et la chose retenue. Aussi, c’est un
droit sauvage, donc il doit avoir des frontières. Avant la réforme de 2006,
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il n’y avait pas de dispositions générales, mais juste qlq règles
particulières accordant un droit de rétention dans pls situations.
C’est l’ordonnance de 2006 qui a fait rentrer ce droit à l’art. 2286
du Cciv. Il peut être invoqué dans 4 hypothèses :
-Celui à qui la chose a été remise jusqu'au paiement de sa créance.
-Celui dont la créance impayée résulte du contrat qui l'oblige à la livrer.
-Celui dont la créance impayée est née à l'occasion de la détention de la
chose
-Celui qui bénéficie d'un gage sans dépossession.
Section 1. Les conditions du droit de rétention
Il faut le cantonner dans les limites du raisonnable et concilier les
intérêts contraires en cause qui trouvent dans ce droit une garantie
puissante, intérêt du débiteur qui se trouve dépossédé de la chose et des
autres créanciers qui se trouvent privés du droit de gage général qu’ils
ont sur la chose. Il serait choquant qu’un créancier détienne une chose
pour un motif étranger à la créance mais puisse tout de même retenir la
chose. Mais il est juste que le créancier détienne la chose dès lors qu’elle
a un rapport avec la créance.
§1. La créance
Peu importe l’origine contractuelle ou extra contractuelle, en revanche,
elle doit être certaine, liquider et exigible. En effet, le créancier exerce
sans contrôle judiciaire une sorte de voie d’exécution, donc il doit avoir
une créance lui permettant de pratiquer une saisie. Il est nécessaire que
la dette soit certaine au moins pour une morale contractuelle. Il serait
contraire à la BF de retenir une chose alors qu’on a juste une créance
douteuse. Pour la même raison, la dette doit être liquide et exigible, sinon
il serait contraire à la BF de retenir une chose alors qu’on a juste une
créance à terme. Aussi, en raison du but même du droit de rétention, à
savoir contraindre le débiteur à payer ce qu’il doit.
§2. La détention de la chose
A) Les choses pouvant être retenues
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Pdt lgtps la JP et la doctrine ont considéré que seule une chose corporelle
était susceptible de la mainmise matérielle, d’où résulte la détention.
Com, 30/01/2019 : admet la possible rétention d’un immeuble par
l’acquéreur à la suite de l’annulation de la vente tenu de restituer
l’immeuble au complet remboursement du prix par le vendeur.
En revanche, la Cass refusait la rétention de biens incorporels : par
exemple elle refusait la rétention de parts sociales par le cessionnaire en
cas de nullité de la vente (affaire du crédit Suisse du 22/11/1970).
Une difficulté apparaissait à l’égard des biens mixtes (corporels et
incorporels). Par exemple, pour la propriété littéraire et artistique, le ppe
est que la chose matérielle qui lui sert de support est susceptible de
rétention, à la condition de ne pas supprimer complètement l’exploitation
du droit d’auteur.
En revanche, sur un bien totalement incorporel (ex : une créance, une
part sociale) le droit de rétention était difficilement concevable. Une 1re
évolution s’est produite avec la loi du 02/07/1996, qui a accordé
expressément au créancier un droit de rétention sur les titres financiers
et les sommes en toute monnaie sur les comptes nantis à son profit (art.
L. 211-20 du CMF). Confirmé par l’ordonnance de 2006, qui énonce à
l’art. 2263 du Cciv "Après notification, le créancier nanti bénéficie d'un
droit de rétention sur la créance donnée en nantissement et a seul le
droit à son paiement tant en capital qu'en intérêts. Le créancier nanti,
comme le constituant, peut en poursuivre l'exécution, l'autre dûment
informé". Donc le créancier a un droit de créance sur la créance nantie.
Il a donc le pvr de bloquer à son seul profit le paiement de la créance,
pour échapper au concours des autres créanciers.
Seules peuvent être retenues les choses susceptibles de faire l’objet d’un
droit privatif qui se trouvent dans le commerce juridique (ex : pas de droit
de rétention pour l’entrepreneur de pompes funèbres sur le corps du
défunt. De même, le commissionnaire n’a pas ce droit sur les
marchandises contrefaites). Il importe peu que la chose appartienne ou
non au débiteur, il peut être à l’origine propriétaire de la chose et l’avoir
vendue, ou bien le débiteur et le propriétaire peuvent être 2 personnes
distinctes (ex : une personne qui confie sa voiture au garagiste).
B) Un pouvoir effectif de détention
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Suppose un pvr exercé sur la chose par le créancier ou un tiers agissant
pour son compte, il doit être effectif. Le rétenteur doit avoir la maîtrise de
la chose, elle ne doit pas être entre les mains du débiteur, ce qui n’est pas
le cas d’un stock de marchandises conservées dans les locaux du débiteur
auxquelles il a librement accès (08/04/2015).
La perte de ce pvr, si elle est volontaire, entraine la perte du droit de
rétention. Notamment, il ne se transporte pas sur le prix en cas de vente
de la chose. À l’inverse, le droit de rétention subsiste si ce pvr est
involontairement perdu (ex : en cas de saisie par un tiers), là le droit se
transporte sur le prix.
On admet parfois qu’il existe alors même que le débiteur conserve le droit
d’usage de la chose, notamment pour le gage sans dépossession sur
véhicule. On parle de dématérialisation du droit de rétention (= fiction
légale). Elle a été étendue au gage sans dépossession du droit commun
par la loi de 2008.
Cette dématérialisation a été vivement critiquée en doctrine pour
2 raisons :
-Cela dénature le droit de rétention, car on en admet l’existence là
où le créancier n’a aucun pvr de blocage du bien, donc il n’y a
aucune efficacité.
-Admettre que le droit de rétention peut exister sans être efficace
déprécie ce droit : ce droit n’empêche pas le débiteur de se servir du
bien et si le débiteur vend le bien et le délivre au tiers acquéreur, le droit
de rétention ne gênera pas non plus ce tiers.
§3. Le lien de connexité
Pour qu’il y ait droit de rétention, il faut qu’il existe une connexité entre
la créance et la détention ou le pvr de blocage du bien. Elle peut aussi
bien être juridique, matérielle ou conventionnelle.
Il y a connexité juridique : lorsque la créance et la détention se
rattache à un même rapport juridique, sans que ce rapport ait eu pour
objet essentiel la création du droit de rétention (ex : le garagiste détient
la chose en vertu du contrat passé avec le client).
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Il y a connexité matérielle : lorsque la créance a pris naissance à
l’occasion de la détention de la chose (ex : dépenses faites pour le
possesseur pour conserver ou réparer la chose).
Il y a connexité conventionnelle : lorsqu’un débiteur remet un bien à
son créancier afin de garantir le paiement de sa dette, sans pour autant
donner ce bien en gage (ex : la remise de certificat d’immatriculation au
prêteur qui finance l’achat par un concessionnaire de véhicule).
Il constitue donc un diminutif du gage avec dépossession, en ce qu’il ne
confère notamment ni droit de préférence ni droit à l’attribution
judiciaire du bien. Donc sa constitution doit être soumise à certaines des
règles applicables au gage, notamment pour sa validité à l’exigence d’un
écrit, et pour son opposabilité à l’exigence de dépossession. Il n’y a pas
de connexité donc pas de droit de rétention lorsque la créance et la
détention n’ont aucun rapport, ni juridique ni matérielle.
Certaines difficultés lorsqu’il y a pls créances entre les parties. Ex : le
garagiste, qui sans être payé, restitue le véhicule à son client, qui le lui
confie à nouveau pour d’autres réparation. Mais alors peut-il opposer le
droit de rétention pour être payé de la 1ère créance ?
Pour la JP, la règle générale est que la créance est perdue car les
créances procèdent de contrats différents (23/06/1964). Il en va
différemment si les créances procèdent du même contrat (29/11/1967).
Section 2. Les effets du droit de rétention
Le législateur ne dit rien quant à cela.
Ce droit produit ses effets directs dans les rapports entre le créancier et
le débiteur, mais il est parfois plus intéressant vis-à-vis des tiers.
§1. Les effets entre le créancier et le débiteur
L’effet de ce droit est purement négatif, c’est une exception. Il permet de
refuser la restitution de la chose détenue. Ce droit est par nature
indivisible. Le rétenteur peut conserver totalement la chose tant qu’il
n’est pas payé, même s’il y a eu paiement partiel. Si le débiteur décède et
que sa dette se divise entre les héritiers, le créancier pourra demander à
chacun d’entre eux.
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Aussi, il est discrétionnaire, càd qu’on ne peut jamais lui reprocher d’user
de ce droit, même si la valeur du bien est largement supérieure à la
valeur de la créance. C’est précisément ce qui fait l’efficacité de ce droit.
Soit la pression est efficace : le débiteur a payé et le créancier restitue
la chose.
Soit le débiteur ne paye pas : besoin pas urgent ou pas les moyens de
payer. Donc que peut faire le créancier ? Il peut d’abord diligenter une
procédure de saisie en vue de faire vendre la chose et de se payer sur son
prix. Mais dans ce cas il perdra le droit de rétention et sera traité comme
un créancier ordinaire. Il peut donc attendre et espérer que d’autres
créanciers prennent l’initiative ou que s’ouvre une procédure collective.
§2. Les effets à l’égard des tiers
Ce droit est opposable à tous, sauf exceptions légales (ex : créancier
chirographaire, débiteur). Cette opposabilité n’est subordonnée à aucun
accomplissement de formalité, même quand il s’agit d’un immeuble. Elle
va geler la chose et gêner tout le monde. Si la créance du rétenteur
est d’un montant inférieur à la chose, le rétenteur sera payé par
préférence à tout autre créancier. Il faut que le débiteur se débarrasse du
créancier en l’indemnisant. Mais médiocre si inférieure à la créance, il
devra garder la chose sans pvr la vendre, à peine de devenir un créancier
chirographaire. Dans ce cas, un marchandage, le rétenteur consentira à
se débarrasser de la chose s’il est débarrassé d’une partie de la créance.
En cas de procédure collective : pdt la période d’observation, le juge
commissaire peut autoriser le débiteur à payer des créances antérieures
au jugement pour retirer le gage ou une chose légitimement retenue,
lorsque ce retrait est justifié par la poursuite de l’activité.
C’est une exception remarquable aux règles de la PC, notamment à la
règle de l’interdiction des paiements des créanciers antérieurs après
ouverture de la PC. Existe aussi en liquidation judiciaire. Le liquidateur
devra au cours de la liquidation payer le créancier rétenteur. Ce droit se
transforme alors en un super droit de préférence, car même en cas
de PC, le créancier peut passer avant tous les autres créanciers.
Titre II. Les sûretés conférant un droit préférentiel
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Chap. 1. Les sûretés portant sur l’ensemble du patrimoine : les
privilèges généraux
Un seul type de suretés réelles porte sur l’ensemble du patrimoine du
débiteur : les privilèges généraux qui, comme tous les privilèges,
constituent des suretés légales.
Comme toute sureté réelle, les privilèges généraux posent deux
problèmes :
-Le problème des créances garanties. Ce qui justifie qu’une créance
bénéficie d’un préférence légale est sa qualité humanitaire, économique
ou sociale.
-Le problème de leur assiette, càd la détermination des biens sur lesquels
s’exercent la sûreté. Ici, le pb est plus équivoque puisque le privilège ne
porte pas sur un bien déterminé, mais sur un ensemble de biens du
débiteur, soit tous les meubles (on parle alors de privilèges généraux),
soit vraiment tout le patrimoine (meubles et immeubles) et c’est bien de
ce privilège pleinement général qu’il est q° ici.
Section 1. Les cas
Depuis 1955, il ne restait que deux privilèges généraux portant à la fois
sur les meubles et immeubles. Ils ont été maintenus, puisque les créances
qui garantissent sont apparues suffisamment dignes de faveur pour
mériter cette protection.
Les 2 privilèges sont les frais de J et les salaires, mais les réformes des
procédures collective (1985-2005) ont ajouté le privilège qui s’exerce en
cas d’ouverture d’une procédure co au profit des créanciers postérieurs
au jugement d’ouverture. Et plus récemment, le privilège de New Money
a été institué au bénéfice du créancier, en participant à une conciliation
préalable en consentant un apport nouveau, en argent frais.
§1. Les frais de justice
On vise celui qui fait des frais afin d’obtenir une protection quelconque.
La conservation ou la réalisation des biens de son débiteur et donc celui
qui avance des frais pour conserver ou réaliser les biens de son débiteur
bénéficie de par la loi, d’un privilège, prc que son acte a été utile à tous
(car chacun a droit sur le patrimoine du débiteur) et donc la créance est
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prélevée sur le prix qui provient des biens du débiteur avant distribution
aux autres créanciers.
Comme tout privilège, il est de droit étroit, càd que les frais doivent avoir
été utiles et qu’ils aient une connexité étroite avec la procédure.
Le cas le plus important est celui des créances auxiliaires de justice qui
participent à la procédure collective. Ils pourront bénéficier du privilège
des frais de J selon que leurs frais auront été ou non utiles à l’entreprise
en difficulté (art. 622-17 du Code de commerce). Ces auxiliaires devront
être payés en priorité, à l’exception du privilège des salaires.
§2. Les salaires
La loi confère un privilège aux salariés, pour deux raisons :
-Parce-que, comme le salarié ne participe pas au profit de l’entreprise, il
ne doit pas supporter le risque de son insolvabilité.
-Parce-que cette créance présente un caractère alimentaire, sur les 6
derniers mois de salaries et tous les accessoires.
En cas d’ouverture d’une procédure co, le privilège du salarié risquerait
souvent d’être primé par les privilèges fiscaux et risquerait d’être entravé
par les lenteurs de la procédure.
Donc, pour pallier à ces risques, depuis 1935, une partie de la créance du
salarié est garantie par un super privilège qui passe avant tous les autres,
et qui doit être payé sur les premiers fonds (actifs) de l’entreprise avant
même la vérification des créances.
Ce super privilège l’emporte sur toutes les dettes qui naissent après le
jugement d’ouverture. Les salaires doivent être payés aux salariés par
priorité avant même les frais de J et les autres créances.
Mais cette protection présente ttefois une limite puisqu’elle ne sert à rien
si l’employeur n’a aucun fond, et c’est pk une loi de 1973 a organisé une
garantie des salaires par le biais d’une assurance obligatoire pour les
employeurs.
Et c’est l’AGS qui est chargée de mettre en œuvre cette assurance. Son
rôle est essentiel car dans le cadre d’une procédure co, elle va prendre en
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charge le règlement immédiat des salariés, et elle permet d’envisager la
sauvegarde de l’entreprise.
§3. Les créances postérieures au jugement d’ouverture de la
procédure collective
Lorsqu’est ouverte une procédure co, va s’appliquer le gel du passif :
-Interdiction de toutes les créances qui ont une créance née avant la PC.
-Interdiction des poursuites. Les créanciers antérieurs à la PC n’ont pas
le droit de poursuivre.
-Les créanciers antérieurs doivent déclarer leurs créances (ce qui permet
aux auxiliaires d’estimer le montant du passif).
Au jour de la PC, on fait une distinction entre les créances nées avant la
procédure, et celles qui naissent après (et qui pourront être payées que si
elles sont utiles à la procédure parce qu’elles sont nées pour les besoins
du déroulement de la procédure, mais également toutes les créances qui
sont nées en contrepartie d’une prestation fournie au débiteur).
§4. Les créances de « New Money »
Ce privilège a été créé par la loi de sauvegarde de 2005 : dernière
réforme majeure du droit des procédures co qui a instauré au sein de
l’art. L. 611-11 du Code de commerce un nouveau privilège de « New
Money » qui est au profit des créanciers qui aident le débiteur en
difficulté en injectant de l’argent frais dans l’entreprise (ex : en
consentant un nouveau prêt). Ces créanciers vont aider le débiteur qui
sollicite une procédure de conciliation.
Mais, ce privilège ne pourra être mis en œuvre par le créancier, que dans
l’hypothèse où l’accord amiable issu de la conciliation n’aurait pas
empêché une PC ultérieure, et donc, que dans l’hypothèse où sera
effectivement ouverte une PC, et c’est à l’issue de cette procédure que le
créancier pourra se prévaloir de ce rang privilégié.
Il faut également que ce privilège soit consenti dans un accord amiable
homologué.
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Dès lors que les deux conditions sont remplies, le créancier peut se
prévaloir de ce privilège et être payé avant les créanciers postérieurs et
antérieurs.
Section 2. Les effets
Comme toutes les sûretés réelles le privilège confère un droit de
préférence.
Donc, en cas de saisie d’un des biens quelconques du débiteur, le
créancier exerce son droit de préférence en respectant le pcp de
subsidiarité pour les meubles, càd que le privilège ne s’exerce que si le
prix des meubles est insuffisant (art. 2376 Cciv).
En dehors de la PC :
-Frais de J.
-Salaires.
Avec une PC :
-Super salaires.
-Frais de J.
Par ailleurs, des privilèges mobiliers généraux (ex : bénéfice au fisc) ou
des privilèges mobiliers spécaiux peuvent l’emporter pour les meubles
sur les privilèges généraux. Mais, les textes résument bien les rangs
notamment dans le cadre de la PC.
Chapitre 2. Les sûretés mobilières
Le dvpt de la fortune mobilière a fait des meubles un instrument
important du crédit, c’est beaucoup plus vrai en 1804.
L’ordo de 2006 a recherché à remédier aux inconvénients des sûretés
mobilières, notamment parce que leur revendication peut être entravée
par leur mobilité, qu’il peut être difficile de les identifier, parce-que leur
publicité est plus délicate par rapport aux immeubles etc.
L’ordo a tout d’abord abandonné l’exigence de dépossession, et elle a
organisé un nouveau système de publicité pour assurer l’opposabilité de
certaines sûretés comme le gage.
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Ensuite, elle a modifié la classification des sûretés. Désormais, elles sont
classées en fonction de leur nature mobilière ou immobilière, et au sein
des sûretés mobilières, elles sont classées en fonction de la nature
corporelle ou incorporelle de leur objet (art. 2329 du Cciv).
Section 1. Le gage
Il est défini à l’art. 2333, une déf° qui fait apparaitre les trois caractères
du gage :
-Il est une sûreté, càd un contrat accessoire à une créance principale, le
plus svt un prêt.
-Il est sûreté conventionnelle.
-Il est sûreté mobilière.
Avant l’ordo de 2021, le gage commençait à être modernisé, mais c’était
encore imparfait. De nombreux régimes spéciaux avaient été consacrés,
et rendaient le paysage assez obscure.
L’attractivité du gage est clairement sortie renforcée de la réforme de
2021.
Par nature, le contrat de gage est civil, puisque l’affectation d’un meuble
en garantie n’est pas en elle-même un acte de commerce.
Pour autant, le gage répond svt aux nécessités du crédit com. Cette
sureté est adaptée aux besoins du commerce puisque bien svt, le
patrimoine de l’entreprise est composé de biens meubles. Il faut donc
pouv permettre au commerçant de mobiliser ces valeurs.
Est commercial le gage constituée en garantie d’une dette commerciale,
au moins à l’égard du DP.
La distinction vaut pour 3 éléments de régimes :
-La compétente du tribunal.
-La réalisation forcée du gage peut être opérée sans aucune intervention
jud pour le gage commercial (art. L. 521-3 du Code de commerce).
-En matière de gage commercial, les parties sont dispensées de la
rédaction d’un écrit (L. 521-1 al. 1 du Code de commerce).
14
§1. La formation
A) Parties et objet
Les parties doivent avoir la capacité de s’obliger et le constituant du gage
doit également avoir la capacité d’aliéner l’objet du gage, même si le
transfert qu’opère le gage n’a pas pour objet la propriété, mais seulement
la possession.
Il faut la capacité d’aliéner le bien puisque le gage expose à la vente ou à
la perte du meuble.
Le gage peut porter sur tout espèce de meuble dans le commerce et être
constitué sur un meuble temporairement inaliénable.
Comme le prévoit l’art. 2233, l’assiette du gage peut consister en un
meuble présent ou future ou un ensemble de biens meubles présents ou
futurs.
L’assiette peut aussi consister en un gage individualisé ou par destination.
L’objectif est de faciliter le financement d’équipements qui ont vocation à
être attachés ou affectés à l’exploitation d’un immeuble.
La mise en œuvre de cette règle soulève des difflués, et les auteurs de
l’ordo ont cherché à les résoudre, qu’il s’agisse de la possibilité pour le
créancier de diligenter une saisie vente (L. 112-3 du Code des PC
d’exécution), mais également la q° des conflits qui peuvent surgir avec le
créancier inscrit sur l’immeuble auquel est affecté le meuble gagé (résolu
à l’article 2419 du Cciv), ou la q° redoutable des modalités de la purge
offerte à l’acquéreur de l’immeuble (art. 2472 du Cciv).
L’assiette du gage peut encore consister en une chose fongible (art. 2341
du Cciv).
L’ordo de 2021 s’efforce à ce propos de faciliter l’emploi du gage sur les
choses fongibles, en apportant trois modif° aux textes antérieurs.
-D’abord, lorsque le gage de choses fongibles a lieu sans dépossession, la
possibilité pour le constituant de disposer des actifs grevés devient le
pcp, à charge pour lui de les remplacer par une quantité équivalente de
choses semblables. Et, une clause n’est désormais utile dans l’acte
15
constitutif, que si les parties souhaitent retirer cette liberté au débiteur
constituant (art. 2342 du Cciv).
Ensuite, lorsque le gage de choses fongibles a lieu avec dépossession, et
que le créancier n’est pas dispensé de l’obligation de tenir les biens
gagés à l’écart de ses propres actifs, le constituant peut, à condition que
le contrat le prévoit, aliéner les choses gagées, à charge de les remplacer
par une quantité équivalente de biens semblables.
Enfin, dans les deux hypothèses, le nouvel art. 2342-1 du Cciv indique
que les biens acquis par le constituant en remplacement des choses qu’il
a aliéné sont de plein droit compris dans l’assiette du gage.
Par ailleurs, l’art. 2335 du Cciv prévoit que « le gage de la chose d’autrui
peut être annulé à la demande du créancier qui ignorait que la chose
n’appartenait pas au constituant ».
Il s’agit d’empêcher qu’une personne puisse donner un gage, une chose
appartenant à autrui, sans que le créancier le sache.
Sûreté non domino : l’acte est frappé de nullité retenue donc à la seule
disposition du créancier gagiste.
Si le vrai proprio entend pouvoir récupérer son bien, il n’a que l’action en
revendication qui est contrée en matière de meuble par la règle en fait de
meubles possession vaut titre.
Quant à la créance garantie, elle doit ê présente ou future, et quand elle
est future, elle doit être déterminable (art. 2333 al. 2).
L’art. 2336 impose aussi que la créance soit désignée dans l’écrit qui
constate le gage.
B) La rédaction d’un écrit
Depuis l’ordo de 2006, la rédaction d’un écrit contenant la désignation de
la dette garantie et l’identification des biens engagés par leur quantité et
leur nature pour les corps certains ou leur espèce pour les choses de
genre, est une règle de perfection du gage, càd de validité du gage.
Donc, le contrat de gage est un contrat solennel.
16
En l’absence d’écrit, le gage est inexistant. Cet écrit n’a pas besoin
d’avoir date certaine, c’est au tiers qui conteste cette date de prouver sa
fausseté, notamment dans le cadre d’une PC, il y a ce qu’on appelle la
« période suspecte » (période qui va de la date de l’état de cessation de
paiement supposé du débiteur à la date d’ouverture de la procédure).
C) La remise de la chose
Avant la réforme de 2006, la remise de la chose au créancier gagiste ou à
un tiers convenu était imposée par le Cciv. Par csqt, la méconnaissance
de cette exigence entrainait la nullité du gage.
Donc l’ordo de 2006 a remplacé la dépossession par la solennité de
l’écrit.
La remise de la possession peut se faire par entiercement (art. 2337 du
Cciv) càd le fait de remettre le bien entre les mains d’un tiers qui va le
détenir pour le compte du créancier.
Peut présenter plusieurs avantages :
-Le créancier est débarrassé de la garde de la chose et n’a donc pas à
l’entretenir.
-Si le gage le prévoit le créancier peut continuer à utiliser la chose sous le
contrôle du tiers débiteur.
§2. La publicité
Le Cciv distingue désormais la C° du gage dans les rapports entre le
constituant et le créancier qui est seulement soumis à la solennité de
l’écrit et à la double spécialité (préciser la créance garantie et le bien
donné en gage), et d’autre part, l’opposabilité du gage aux tiers qui va
nécessiter une formalité supplémentaire qui rapproche le gage de
l’hypothèque.
Les parties ont le choix entre deux formalités :
-Soit une formalité de publicité (l’inscription).
-Soit la dépossession entre les mains du créancier ou d’un tiers convenu.
L’art. 2337 al. 2 du Code a été modifié par la réforme de 2021 afin de
reconnaitre que le gage avec dessaisissement est rendu opposable aux
tiers par la remise du bien gagé, ou du titre qui, tel un connaissement, le
représente.
17
Cette idée que la dépossession du constituant, et l’entrée en possession
du créancier puissent jouer un rôle de formalité de publicité n’est pas
nouvelle, puisqu’aux yeux de tous, notamment des ayants causes à titre
particulier du constituant, le constituant n’apparait plus comme le
propriétaire du bien.
Donc, les ayants-causes ne peuvent plus prétendre avoir été victime d’une
apparence trompeuse.
En revanche, l’entrée en possession du créancier ne permet pas à ses
ayants-causes de savoir de quels titres il dispose, et à cet égard, la
dépossession est une publicité imparfaite.
Mais il a été choisi de la maintenir à égalité avec la publicité parce-que le
constituant peut ne pas vouloir révéler son endettement.
Donc, c’est un moyen de fuir la publicité, et surtout parce-que la
dépossession comporte pour le créancier, un avantage considérable
qu’est le droit de rétention.
L’inscription est quant à elle réalisée sur un registre spécial tenu au
greffe des tribunaux de commerce, même pour les non-commerçants, et
les modalités sont réglées par décret. L’inscription est relayée sur un
ficher national accessible gratuitement. Cette centralisation est l’un des
succès du gage tel qu’il a été réformé.
Afin de rendre pleinement efficace l’inscription, dans cette hypothèse, la
loi met à l’écart l’art. 2276, càd que, les ayants-cause à titre particulier
du constituant qui seraient en possession de l’objet mis en gage, ne
pourront pas invoquer la possession du constituant même de bonne avec
lequel ils auront contracté, et ils devront s’incliner devant les droits du
gagiste par l’inscription.
En contrepartie, il est vrai que l’on peut constater un alourdissement des
transactions mobilières, notamment d’une certaine importance.
Désormais, dans ces cas-là, l’acquéreur ne pourra se prévaloir de l’art.
2276. Il devra nécessairement se renseigner au fichier national et auprès
du greffe pour vérifier si une inscription est révélée.
Par ailleurs, afin de permettre une utilisation optimale de la valeur de
certains meubles, il fallait rendre possible leur affectation à plusieurs
créanciers successifs. L’exigence de la dépossession était un obstacle
18
parce-que le bien engagé ne pouvait être mis à la dépossession de
plusieurs créanciers distincts (= indivisibilité de la dépossession).
Ainsi, le premier créancier pouvait empêcher la constitution de nouveaux
gages sur ce bien. La seule solution est l’entiercement.
Mais, avec l’instauration du gage par inscription, cet obstacle disparait.
Le même meuble peut faire l’objet de gages successifs. Il faudra
déterminer le rang de chaque créancier gagiste : le rang des créanciers
dépend de l’ordre de leurs inscriptions (art. 2240 al. 1 du Cciv).
Un gage avec dépossession peut succéder à un gage sans dépossession.
Dans ce cas, la loi maintient le rang du créancier inscrit en premier en
dépit de la possession du bien par le second. C’est pk le droit de rétention
du possesseur va s’incliner devant le droit de préférence du créancier
inscrit en premier (art. 2340 al. 2).
§2. Les effets du gage
Deux sortes d’effets sont produits par le gage :
A) Les effets liés à sa nature de contrat de restitution
Lorsque le gage confère au gagiste la possession de la chose, la propriété
de la chose reste au constituant, et le gagiste a donc l’obligation
principale de rendre la chose après paiement.
Comme le crénacier veut avant tout être payé, il veut donc que ça crée
une pression.
De ce fait, il faut en déduire 2 csq :
-D’une part, le créancier doit conserver la chose mise en gage, sauf si elle
est périssable. Dans tous les cas, le créancier sera responsable de la
perte de la chose ou de sa détérioration, dès lors que ça relève de sa
négligence.
Inversement, s’il a amélioré la chose, il aura droit à un remboursement si
les dépenses ont été nécessaires ou utiles (art. 2243 Cciv).
-D’autre part, le créancier n’a pas le droit de jouir et d’user de la chose,
mais étant en possession, il est le seul à pouvoir recevoir les fruits, il les
perçoit mais à charge de les imputer sur les intérêts ou le capital de la
19
créance, sauf convention contraire. Le créancier n’a pas le droit aux fruits
car le gage n’a pas les attributs de la propriété.
Le créancier n’a pas le droit de faire des actes d’A° relatifs au gage, c’est
le constituant qui conserve ce pouvoir, sauf convention contraire. Mais il
ne doit pas exercer ce pouvoir si le gage perd de sa valeur.
Le constituant peut également obtenir la restitution du bien gagé et
éventuellement réparation si le créancier ou le tiers convenu ne conserve
pas le gage. C’est le sens de l’art. 2344 al. 1 du Code.
Quand le gage est constitué par inscription, le constituant propriétaire
conserve la possession, mais le meuble est grevé du droit réel du gagiste
qui peut l’opposer aux ayants-causes du constituant.
Mais il peut y avoir des difficultés d’identification du gage puisque les
mutations ne sont pas publiées sur le même registre et le risque de
disparition de la chose rendent le droit de suite du gagiste illusoire.
Ainsi, le constituant ne peut pas aliéner le gage, sauf si il est constitué de
la chose fongible, et si le contrat le prévoit.
Le constituant gagiste doit aussi faire le nécessaire pour conserver la
chose engagée, sous la menace de la déchéance du terme (càd
l’obligation de payer tout de suite) ou de l’obligation de compléter le gage
(art. 2344 Cciv).
B) Les effets du gage liés à sa dimension de sûreté réelle
Depuis la réforme de 2006, le droit de préférence du créancier gagiste
peut être réalisé à la suite de la vente forcée du gage, mais aussi par
l’attribution du gage par le créancier.
Pour la vente forcée du juge :
Le créancier gagiste a le droit comme tout créancier de saisir et faire
vendre le bien qui appartient à son débiteur, mais, en tant que créancier
privilégié, il peut se faire payer par préférence avant tous les autres (art.
2248 Cciv).
Le créancier qui a la chose en sa possession doit obtenir une autorisation
judicaire pour la faire vendre.
20
A contrario, en cas de gage sans dépossession et donc par inscription,
une saisie est nécessaire.
La vente doit impérativement être ordonnée en justice selon les
procédures civiles d’exécution, l’exception du gage commercial (pour
lequel la vente peut se faire par l’intermédiaire d’un courtier
-> art. L. 521-1 du Code de commerce).
Le privilège du créancier gagiste est énoncé à l’art. 332-3 du Cciv par
renvoi à l’art. 2332-4.
S’agissant de l’attribution du gage au créancier :
Le créancier gagiste qui n’est pas payé à échéance peut demander au
tribunal que le gage lui soit attribué en paiement. Le juge peut ordonner
une expertise afin d’évaluer le bien : si la valeur du gage excède les droits
du gagiste (sa créance), la différence doit lui être payée, ou s’il existe
d’autres gagistes, elle doit être consignée.
L’attribution judicaire qui est de droit dès lors qu’elle est demandée n’est
en pcp qu’une faculté pour le gagiste, et dont l’exercice présente des
avantages et des inconvénients.
Elle est avantageuse parce-qu’elle lui permet de réaliser son gage en cas
de faillite du constituant, sans courir le risque d’être primé par d’autres
créanciers privilégiés ou super privilégiés.
Mais elle présente aussi des inconvénients, puisqu’en obligeant le
créancier gagiste à devenir propriétaire du bien, même si ça ne
l’intéresse pas et dont la revente n’est pas nécessairement facile ni
fructueuse.
L’attribution jud est possible en cas de liquidation, même en l’absence de
droit de rétention.
Depuis la réforme de 2006, le pacte commissoire est autorisé (art. 2248
Cciv), ce qui permet au créancier de devenir automatiquement
propriétaire du gage du seul fait de la défaillance du débiteur. Et cette
clause peut être constituée dès l’acte constitutif ou postérieurement.
Le moment du transfert de la pté est importante dans l’hypothèse où le
constituant fait l’objet d’une PC puisque le pacte ne peut pas être réalisé
après le jugement d’ouverture.
21
Limites :
Sa validité est interdite dans le gage de droit commun garantissant le
remboursement d’un crédit à la consommation, et depuis 2006,
l’ouverture d’une PC fait obstacle à sa réalisation.
Par ailleurs, en cas de gage constitué avec dépossession, la possession
donne au créancier gagiste un droit supplémentaire : le droit de rétention
(art. 2286 1° du Cciv). Et comme ce droit est indivisible, le gage peut être
entièrement retenu tant que la totalité de la dette n’est pas payée. Et il en
est de même lorsque le débiteur décède en laissant plusieurs cohéritiers
entre lesquels le droit se divise.
Ce droit est aussi opposable aux tiers, le gagiste peut donc interdire la
saisie de la chose par un autre créancier même privilégié, à l’exception
du créancier gagiste premier inscrit (art. 2340 al. 2).
Le gagiste ne peut être constraint de se déssair du gage qu’en cas de PC
du débiteur puisque, dans cette hypothèse, la saisie est exercée par
l’administrateur ou le liquidateur judicaire, contre le paiement de la
créance garantie.
Section 2. Le nantissement de créances
Défini à l’art. 2355 du Cciv. Il en existe plusieurs types. Certains ont une
certaine originalité liée au fait qu’il ont pour un objet un droit de pté
intellectuelle (ex : brevets, marque, logiciel).
Leur constitution suppose la rédaction d’un écrit pour leur validité, et une
inscription sur un registre spécial pour leur opposabilité aux tiers, et svt,
une obligation d’exploitation est aussi imposée au constituant.
D’autres nantissements ont un régime spécifique qui résulte de
l’incorporation de leur objet dans un titre et que le transfert de cet objet
peut s’effectuer de façon simplifiée.
Mais c’est le nantissement de créances qui constitue le modèle du
nantissement des droits incorporels.
Une créance peut faire l’objet d’une sureté. Par exemple, afin d’obtenir
plus facilement un crédit d’un banquier, une entreprise va nantir les
créances qu’elle détient sur l’un de ses clients. Le créancier nanti pourra
22
alors réclamer le paiement à une autre personne que le DP. Cette sûreté
réelle présente donc certains aspects d’une sûreté personnelle.
Le bien remis à titre de sûreté a une nature particulière à deux égards :
-D’abord parce-que la créance est incorporelle, ce qui a un impact sur la
possession.
-Ensuite, la créance suppose un lien entre deux personne si bien que le
nantissement entraine une opération à 3 personnes : une personne
s’engage.
A l’instar du gage, le nantissement a été modifié en 2006, puis également
avec la réforme de 2021 qui est venue asseoir le droit exclusif du
créancier nanti sur la technique du droit de rétention.
§1. Les conditions du nantissement
1ère condition : rédaction d’un écrit qui constate ce nantissement (art.
2356 al. 1).
Cet écrit peut être un acte authentique ou sous seing privé. Dans le
système prévu avec l’ordonnance de 2006, la date de la ccl° du
nantissement avait une importance capitale : la date commande
l’opposabilité de la sûreté aux tiers et permet donc de trancher les
conflits pouvant apparaitre. L’ordo de 2021 complète l’art. 2361 en
indiquant qu’en cas de contestation, la preuve de la date incombe au
créancier nanti qui peut la rapporter par tout moyen.
Il faut que les créances garanties et nanties soient désignées dans l’acte
(al. 2 art. 2356).
Il est possible de faire un nantissement de créances futures. Dans ce cas,
c’est l’al. 3 de l’art. 2356 qui prévoit que « l’acte doit permettre leur
individualisation ou contenir des éléments permettant celles-ci, tels que
l’indication du débiteur, le lieu de paiement, le montant des créances ou
leur évaluation, et s’il y a lieu, leur échéance ».
Le nantissement de créances futures est consolidé par l’opposabilité de la
sûreté aux tiers dès la date de l’acte. Avec l’ordo de 2006, ce n’est plus
une condition de validité du nantissement de créance. Il y a avait avant
une exigence de signification du nantissement au débiteur cédé qui avait
23
pour objet de réaliser cette dépossession et cette exigence a été
supprimée.
Une réserve du débiteur de la créance nantie qui, tant qu’il n’a pas
connaissance du nantissement n’a qu’un seul créancier. Cela peut mener
à payer de bonne foi le constituant, ce paiement étant libératoire.
Art. 2362 du Cciv : « Pour être opposable au débiteur de la créance
nantie, le nantissement de créance doit lui être notifié ou ce dernier doit
intervenir à l’acte. A défaut, seul le constituant reçoit valablement
paiement de la créance ». Si cette notif° est effectuée, le bénéficiaire du
nantissement se trouve alors bien protégé puisque, selon l’art. 2363
« après notif°, seul le créancier nanti reçoit le paiement tant en capital
qu’en intérêts ».
Sous l’empire du droit avant 2006, la jp traditionnelle décidait que le
nantissement de la créance imposait aussi une mise en possession du
bénéficiaire du nantissement par la remise du titre.
L’ordo de 2006 a abandonné l’exigence d’une remise du titre et à simplifié
la réalisation du nantissement. Les textes antérieurs à 2021 ne disait rien
de la q° des nantissements successifs (possibilité de consentir plusieurs
nantissements à plusieurs bénéficiaires). La réforme de 2021 reconnait
clairement cette possibilité en organisant un recours de 1 er rang contre le
créancier de 2ème rang pour le cas où, au mépris de leurs droits respectifs,
le créancier de 2ème rang aurait été réglé de la créance nantie au bénéfice
du créancier de 1er rang (art. 2361-1).
Il faut aussi comprendre que le droit de rétention bénéficiant au
créancier nanti de 2ème rang est inopposable au créancier nanti de 1 er
rang.
§2. Les effets du nantissement
Les sommes payées au titre de la créance nantie s’imputent sur la
créance garantie quand elle est échue : art. 2364. Il n’a pas été prévu que
l’imputation doive se faire d’abord sur les sommes dues, et donc le choix
de la règle d’imputation est laissé aux choix des parties. Le nantissement
ne doit pas être une source de profit. L’art. 2366 dit que « s’il a été payé
au créancier nanti une somme sup à la dette garantie, celui-ci doit la
différence au constituant ».
24
Art. 2363-1 nouveau : tire ttes les csq de la spécificité de l’assiette de la
sureté. Cette sureté porte sur une créance que le débiteur pourrait avoir
de justes raisons de ne pas payer. De fait, l’ordo tire au clair la q° de
l’opposabilité des exceptions par le sous-débiteur en distinguant les
exceptions inhérentes à la dette et les exceptions propres au rapport
entre le débiteur nanti et le constituant. Ces exceptions ne peuvent être
invoquées contre le créancier nanti que si elles sont arrivées avant que la
sureté ne soit opposable au sous-débiteur.
Il faut distinguer 2 hypothèses :
-La créance est échue avant la créance garantie : art. 2363 : si le
bénéficiaire du nantissement avait pris les précautions de notifier le
nantissement au débiteur de la créance nantie, aussi bien le créancier
nanti que le constituant pouvaient agir contre ce débiteur, à condition de
prévenir l’autre créancier de son action. Mais, peu importe l’auteur de
cette action, seul le créancier nanti reçoit valablement paiement de la
créance donnée en nantissement tant en capital qu’en intérêts. Cet art.
avait fait l’objet de controverses et on visait le seul créancier nanti. Donc,
il était dit que seul le créancier avait un droit sur la créance nantie ce qui
lui permettait de triompher de toute prétention rivale.
Pour d’autres, le texte ne s’attachait à déterminer que celui qui pouvait
valablement recevoir paiement, sans pour autant préjuger de la solution
de conflit qui pourrait ensuite se nouer avec d’autres créanciers du
constituant. La chambre com. avait quant à elle pu refuser toute
exclusivité au créancier du nantissement de compte (arrêt 22 janvier
2020) alors que la 2ème chambre civile attachait un droit exclusif au
nantissement de police d’assurance vie prémunissant ainsi son titulaire
de tout concours avec les autres créanciers du constituant (arrêt 2 juillet
2020). Au final, les auteurs ont tranché et c’est un droit exclusif du
créancier nanti qui prend cpt les traits d’un droit de rétention.
Il est ajd prévu, qu’après notification, le créancier nanti bénéficie d’un
droit de rétention sur la créance donnée en nantissement et a seul droit à
son nantissement tant en capital qu’en intérêts (art. 2363). Cela
n’emporte pas la conviction car comment assimiler la détention physique
d’une chose à l’emprise qu’exerce le créancier sur l’obligation nantie du
fait de la notif° de la sureté.
Le nouvel art. 2364 al. 2 précise que si la créance garantie n’est pas
échue, le créancier nantie la conserve à titre de garantie sur un compte
spécialement affecté ouvert à cet effet auprès d’un établissement habilité
25
à les recevoir, à charge pour lui de restituer cette créance si l’obligation
garantie est exécutée. En cas de défaillance ultérieure du débiteur, en cas
de défaillance de la créance garantie et après 8 jours de mise en demeure
restée sans effet, le créancier affecte les fonds au remboursement de sa
créance dans la limite des sommes impayées.
Le créancier nanti peut en exiger le paiement et le nantissement de
créance se transforme alors en gage jusqu’à l’échéance de la créance
garantie avec obligation pour le créancier de verser des fonds perçus sur
un compte bancaire, mais il n’est pas exigé que ce soit un compte spécial
ou bloqué, ce qui présente l’inconvénient de faire courir au constituant le
risque d’une potentielle insolvabilité du bénéficiaire du nantissement.
Pour pallier à ce risque, il est préférable d’imposer dans le contrat
constitutif du nantissement, l’isolement des fonds perçus sur un compte
séquestre jusqu’à l’échéance de la créance garantie.
-La créance garantie est échue avant la créance nantie :
-Le créancier peut attendre que la créance soit échue pour agir en
paiement contre son débiteur ce qui ne lui fera pas courir un grand
risque s’il a pris la précaution de notifier le nantissement il bénéficie
alors du droit de rétention (art. 2363 al. 2).
-Le créancier nanti peut sans attendre l’échéance de la créance
nantie et en application de l’art. 2365, demander l’attribution jud de la
créance nantie ou invoquer le bénéfice du pacte commissoire qui aurait
été éventuellement contenu dans l’acte de nantissement sans qu’il soit
besoin que la valeur de la créance fasse l’objet d’une expertise.
Section 3. Les privilèges mobiliers
Difficile d’en dresser une liste car les différentes données éco ont conduit
à conférer des avantages à certains créanciers plutôt qu’à d’autres. Ils se
sont multipliés du fait de la tendance pour chaque créancier de s’estimer
prioritaire.
Privilège = c’est un droit que la qualité de la créance donne à un
créancier d’être préféré à d’autres créanciers (art. 2330 al. 4 du Cciv).
La loi donne à un créancier le droit de se faire payer par préférence sur
le prix venant de la vente forcée d’un bien appartenant à son débiteur. Le
créancier privilégié sera payé avant les créanciers chirographaires. Les
privilèges mobiliers peuvent être pris sur l’intégralité des meubles
26
(privilèges généraux) ou seulement sur certains meubles (privilèges
spéciaux). Cela se caractérise par le droit de préférence et l’absence du
droit de suite (art. 2330).
Explosion quantitative de ces suretés, donc 3 critiques :
-Manque de clarté liste non exhaustive du Cciv.
-Diverses applications inadaptées à l’époque contemporaine : privilège de
l’hôtelier par ex.
-Effet d’empilement.
Réforme de 2021 a aménagé ces suretés avec des modif° de fond et de
forme sans bouleversement. L’ordonnance est venue renforcer le régime
général de ces privilèges en en rappelant les caractéristiques générales à
l’art. 2330 : légaux, spéciaux, d’interprétation stricte, droit de préférence,
pas de droit de suite et se rapportent sur la créance du prix du débiteur à
l’égard de l’acquéreur.
§1. Les créances privilégiées
A) Les privilèges mobiliers généraux
Ces privilèges s’expliquent pour des raisons diverses : soit pour des
raisons d’IG (cas pour le fisc ou la sécurité sociale), soit dans l’intérêt du
créancier (cas des salaires) soit dans l’intérêt du débiteur (cas des
fournitures de subsistance).
Art. 2331 énumèrent les créances qui bénéficient de ce privilèges.
L’apparition et l’importance de la sécurité sociale ont conduit l’ordo à se
questionner sur certains privilèges généraux comme les frais de dernière
maladie.
Certains sont d’ailleurs purement et simplement supprimés.
Sont distingués dans une dispo° spécifique les privilèges du trésor public
et de la sécurité sociale (art. 2333-1) en raison de leur importance.
B) Les privilèges mobiliers spéciaux
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Enoncés à l’art. 2332 du Cciv.
Il y a eu une grande opération de modernisation par la réforme qui visait
notamment à expulser du Cciv, trois privilèges jugés inutiles : le privilège
de l’aubergiste, le privilège des créanciers d’abus ou de prévarication de
fonctionnaires publics, ou le privilège lié aux accidents de la circulation.
L’art. supprime également la référence au gage qui n’était pas à sa place
puisque c’est une sureté conv alors que le privilège est légal.
Il existe des privilèges très importants dans d’autres codes comme le
privilège des porteurs d’obligations foncières dans le CMF.
Le fondement du privilège qui varie est le critère du classement. Il existe
2 groupes de privilèges mobiliers spéciaux :
-Ceux qui reposent sur l’idée de C° d’un gage tacite (ex : le privilège du
bailleur d’immeuble sur les meubles qui garnissent le logement).
-Ceux qui reposent sur une idée d’enrichissement du débiteur, et par cqst,
de ses autres créanciers, à raison de la mise ou de la conservation d’une
valeur dans son patrimoine.
1) Ceux fondés sur le gage tacite
Le plus important en droit civil est le privilège du bailleur d’immeuble qui
porte sur tous les meubles qui garnissent la chose louée (art. 2332). Ce
privilège s’explique en ce que le bailleur a sur les meubles garnissant la
chose louée, une certaine possession qui s’ajoute à celle du locataire.
Il a le droit de s’opposer à l’enlèvement des meubles, un pouv qui
ressemble au droit de rétention du gagiste. Ce privilège appartient à tous
les bailleurs, qu’ils soient proprio ou usufruitiers, et quel que soit la bail.
Il appartient aussi au locataire principal dans ses relations avec le sous-
locataire. Le privilège garantit toutes les créances qui découlent du bail
(loyer, indemnités de dégradations etc).
La réforme de 2021 a opéré un aménagement de ce privilège puisque
l’ancien art. 2332 prévoyait que tous les meubles garnissant l’assiette du
local étaient inclus dans le privilège, et désormais, seuls les biens qui
appartiennent au débiteur sont grevés du privilège spécial.
Du fait de ce privilège, le bailleur a d’ailleurs un droit de préférence qui
s’exerce soit sur le prix de vente forcée des meubles, soit sur l’indemnité
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de remplacement en cas de destruction des meubles. Le bailleur a aussi
un drt de rétention. Il peut s’opposer au déménagement de son locataire,
sauf s’il reste dans les lieux suffisamment de meubles pour garantir sa
créance.
2) Ceux fondés sur la conservation ou la mise d’une valeur dans le
patrimoine du débiteur
Une personne qui a une créance fondée sur la conservation d’un bien ou
la mise d’un bien nouveau dans le patrimoine de son débiteur doit
légitimement avoir sur ce bien un privilège qui lui permettra de se faire
payer par préférence à tout autre créancier.
Il existe d’abord un privilège pour frais de conservation (art. 2332 2°) : il
est limité aux meubles et ne garantit que les frais de conservation. La
conservation est ce qui empêche la chose de périr (ex : fait de donner des
soins à un animal). Ce n’est ni la création, ni l’amélioration, ni la
réparation du bien meuble. La Cass a décidé que ce privilège ne peut pas
être invoqué par celui qui a contribué à faire naitre une créance dans le
patrimoine du débiteur (Com., 27 oct. 1965).
Il existe ensuite un privilège de celui qui a introduit un meuble nouveau
dans la patrimoine du débiteur.
-Privilège du vendeur de meubles : il est attaché à tte vente de biens
meubles qd le vendeur n’est pas payé. Il garantit le prix et ses
accessoires. La perte de la chose éteint ce privilège, de même que la
transformation de la chose, lorsqu’elle empêche que le meuble soit
reconnaissable.
-Privilège accordé à l’auxiliaire salarié d’un travailleur à domicile : il
porte sur les sommes dues au travailleur à domicile. Il procède d’un
simple souci de la protection de créance de salaire en raison de
l’importance qu’elle revêt pour son titulaire.
§2. Les effets des privilèges mobiliers
L’essence de ces privilèges, comme toute sûreté, est de conférer un droit
de préférence au créancier.
Leur objet même est de donner une priorité au créancier privilégié sur le
créancier chirographaire.
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N’importe quel créancier privilégié l’emporte sur le chirographaire. La q°
se pose alors de savoir qui passe avant qui lorsqu’il y a plusieurs
créanciers, surtout quand ils prétendent exercer le même droit sur le
même bien.
2 solutions sont possibles :
-Soit on opte pour la solution du classement : on cherche la
préférence de la préférence.
-Soit on opte pour la solution du concours : tout en assurant une
égalité de préférence.
Le législateur a opté pour une combinaison des deux options puisque les
privilèges s’exercent dans un certain ordre, mais les créanciers
privilégiés dans le même rang sont payés par concurrence. Et, en cas de
conflit de créanciers d’un même privilège, il faudra prendre en compte la
date du privilège.
En général, le plus ancien prévaut, sauf pour la conservation de la chose
où c’est le dernier acte qui prévaut.
Classement des privilèges mobiliers :
-1° : Le droit de rétention.
-2° : Le privilège général des salaires.
-3° : Le privilège pour frais de justice.
-4° : Certains privilèges du fisc.
-5° : Le privilège du dernier conservateur.
-6° : Les privilèges fondés sur le gage suivant leur ancienneté.
-7° : Les privilèges fondés sur l’augmentation de la valeur du patrimoine
du débiteur.
L’art. 2332-4 du Cciv vient régler une q° de droit commun qui permet une
meilleure lisibilité du droit. Il précise désormais que, sauf loi spéciale, le
droit de préférence conféré par le gage s’exercera au rang du privilège
du bailleur d’immeuble. Ce texte vise à accorder au gagiste le même rang
que le bailleur d’immeuble.
Le conflit tournera tjrs en faveur du gagiste en cas de dépossession car il
est bénéficiaire du droit de rétention, sauf si le gage est antérieur.
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