Manuel Exercices de Version Latine (Armand Colin) 3e Éd.
Manuel Exercices de Version Latine (Armand Colin) 3e Éd.
CONSEILS DE MÉTHODE 11
18. Les principes d’une éducation libérale (160 av. J.-C.) (Térence) 90
19. César poursuit les Helvètes ; ils demandent la paix (58 av. J.-C.) (César) 95
20. Cicéron promet d’être un consul « populaire » (2 janvier 63 av. J.-C.) (Cicéron) 100
21. Discours de Caton pour le maintien de la loi Oppia (195 av. J.-C.) (Tite-Live) 105
22. La religion’ dernier bastion des privilèges des patriciens (Tite-Live) 111
23. Désespoir d’Alexandre après le meurtre de Clitus (328 ou 327 av. J.-C.) (Quinte-Curce) 117
24. César donne son avis au Sénat sur le châtiment à infliger aux complices de Catilina (5 décembre 63 av. J.-C.)
(Salluste) 122
25. Cossutianus Capito se porte accusateur contre l’opposant stoïcien Thrasea (Tacite) 128
27. Le poète reconnaissant’ à son maître’ le philosophe stoïcien Cornutus (Perse) 137
28. Cicéron ne doit pas se laisser duper par le jeune Octave (Brutus) 142
34. Pacuvius dissuade Pérolla’ son fils’ d’assassiner Hannibal (Silius Italicus) 167
40. Les grands écrivains immortalisent le nom de leurs amis (Sénèque) 191
41. La condition humaine (Pline l’Ancien) 195
45. Cicéron ne parviendrait pas à distinguer la religion de la superstition (Saint Augustin) 214
51. Les chrétiens vus par un païen cultivé (Minucius Felix) 242
76. Les témoignages des Gaulois ne méritent aucune confiance (Cicéron) 363
Texte
Ita multa Romae geruntur ut vix ea quae fiunt in provinciis audiantur. Non vereor ne mihi aliquid, judices, videar
adrogare, si de quaestura mea dixero. Quamvis enim illa floruerit, tamen eum me postea fuisse in maximis imperiis1
arbitror ut non ita multum mihi gloriae sit ex quaesturae laude repetendum. Sed tamen non vereor ne quis audeat
dicere ullius in Sicilia quaesturam aut clariorem aut gratiorem fuisse. Vere me hoc hercule dicam : sic tum existimabam
ninil homines aliud Romae nisi de quaestura quam Lilybaei gesseram loqui. Frumenti in summa caritate2 maximum
numerum miseram ; negotatioribus comis, mercatoribus justus, mancipibus liberalis, sociis abstinens, omnibus eram
visus in omni officio diligentissimus. Excogitati quidam erant a Siculis honores inauditi. Itaque nac spe decedebam ut
mihi populum Romanum ultro3 omnia delaturum putarem. At ego cum casu diebus eis itineris faciendi causa decedens
e provincia Puteolos4 forte venissem, cum plurimi ex lautissimis solent esse in iis locis, paene concidi, cum ex me
quidam quaesisset quo die Roma exissem et num quidnam in ea esset novi. Cui cum respondissem me e provincia
decedere : « Etiam, me hercule, inquit, ut opinor, ex Africa5. » Huic ego jam stomachans fastidiose : « Immo ex Sicilia
», inquam. Tum quidam, quasi qui omnia sciret : « Quid ? tu nescis, inquit, hunc Syracusis quaestorem fuisse ? »
Fueram autem Lilybaei. Quid multa ? destiti stomachari et me feci unum ex iis qui ad aquas venissent. Sed ea res haud
scio an plus mihi profuerit quam si mihi tum essent omnes congratulati. Nam posteaquam sensi populum Romanum
aures hebetiores, oculos acres et acutos habere, destiti quid de me audituri essent homines cogitare ; feci ut postea
quotidie me praesentem viderent, habitavi in oculis, pressi forum, neminem a congressu meo neque janitor meus neque
somnus absterruit.
Cicéron, Pro Plancio.
Règle absolue : ne pas se précipiter sur le dictionnaire pour traduire cnaque mot l’un après l’autre, mais
procéder de la façon suivante :
— tenir compte du titre de la version : il indique déjà son thème majeur ;
— lire le texte en entier, posément, de façon à en prendre une idée d’ensemble. Avec un peu de pratique, on parvient
à repérer les grandes articulations (cum ; ita… ut ; quamvis… tamen ; is… ut ; noc… ut, etc.) et les balancements
(non solum… sed etiam ; et… et ; cum… tum, etc.) qu’on soulignera. On aura également intérêt à séparer les
diverses propositions de la principale : par deux traits verticaux, quand il s’agit de subordonnées circonstancielles ou
de relatives, par un seul trait vertical, quand il s’agit de subordonnées complétives. On mettra les ablatifs et les
participes ablatifs absolus entre crochets. On le sait, le latin, à la différence du français, affectionne en général les
phrases complexes, les phrases dites « à tiroirs », constituées d’une principale entourée de plusieurs subordonnées ;
— lire chaque phrase séparément, dans sa globalité, de façon à en avoir une vue « panoramique », qui permettra de
découvrir le verbe, le sujet, le complément, assez souvent dans un ordre très différent de celui du français ;
— « construire » (exercice demandé à l’oral), quand cela se révèle nécessaire, et traduire mot à mot (première
étape), puis de façon définitive (deuxième étape).
n Ita multa Romae geruntur// ut vix ea// quae fiunt in provinciis// audiantur.
Cette phrase, qui est pratiquement dans l’ordre du français, et ne nécessite aucune construction, se compose
de trois propositions : une proposition principale (Ita multa Romae geruntur), une proposition subordonnée
circonstancielle de conséquence au subjonctif (ut vix ea… audiantur), une subordonnée relative à l’indicatif ne
subissant pas l’assimilation modale (quae fiunt in provinciis).
→ Tellement de nombreuses choses sont accomplies à Rome qu’à peine les choses qui se produisent dans les
provinces sont apprises.
Cette étape, délicate, qui exige du goût et du discernement, demande que l’on concilie la précision et
l’élégance, l’esprit et la lettre du texte latin, que l’on suive son mouvement, bref, que l’on respecte les intentions
de l’auteur. En un sens, l’exercice de la version peut être assimilé à une véritable explication de texte.
→ Tant d’événements se produisent à Rome que c’est à peine si l’on entend parler de ce qui se fait dans les
provinces.
Prenons à présent une phrase très complexe, qui ne contient pas moins de sept propositions.
n At ego,// cum casu diebus eis// itineris faciendi causā// decedens e provincia Puteolos forte venissem,// cum
plurimi ex lautissimis solent esse in iis locis,// paene concidi,// cum ex me quidam quaesisset/quo die Roma
exissem et/num quidnam in ea esset novi.
La proposition principale introduite par At ego « mais moi », interrompue d’abord par une subordonnée
temporelle-causale introduite par cum « alors que », elle-même coupée par une espèce de finale itineris
faciendis causa « pour faire route », puis par une temporelle à l’indicatif introduite par cum « lorsque »
amorcée par diebus eis « en ces jours », se continue par paene concidi « je tombai presque à la renverse ».
Viennent ensuite une temporelle-causale introduite par cum « alors que » et deux interrogatives indirectes
coordonnées par et, introduites par quo « quel » et par num « si ».
→ Mais moi, alors que, pour faire route, m’en allant de ma province, j’étais par hasard venu à Pouzzoles,
accidentellement en ces jours, lorsque de très nombreuses personnes parmi les plus distinguées ont coutume
d’être en ces lieux, je tombai presque à la renverse, lorsque quelqu’un me demanda quel jour j’étais parti de
Rome et s’il y avait quelque chose en fait de nouveau.
On se rend compte que la langue française répugne à ce genre de très longues phrases. Aussi sera-t-on
obligé de la fractionner en plusieurs petites phrases juxtaposées, privilégiant l’esprit aux dépens de la lettre.
→ Mais, en m’en allant de ma province, j’étais par hasard, en cours de route, venu à Pouzzoles. Il se
trouvait que c’était précisément les jours où les gens de la plus haute société ont coutume d’y séjourner. Je
faillis tomber à la renverse, lorsque quelqu’un me demanda quel jour j’avais quitté Rome et s’il y avait du
nouveau.
n Sed ea res haud scio an plus mihi profuerit quam si mihi tum essent omnes congratulati.
Sed haud scio an/ea res plus profuerit mihi// quam si omnes tum congratulati essent mihi.
Cette phrase contient trois propositions : une principale, une interrogative indirecte et une comparative
conditionnelle.
→ Mais je ne sais pas si cette chose ne m’a pas plus profité que si tous alors m’avaient félicité.
→ Mais sans doute cette mésaventure m’a-t-elle été plus profitable que si tout le monde m’avait alors
félicité.
Traduction proposée
Tant d’événements se produisent à Rome, qu’à peine entend-on parler de ce qui se fait dans les provinces. Je
ne crains pas, juges, de faire preuve de quelque présomption, si je parle de ma questure. Bien qu’elle ait été
éclatante, je considère que je me suis montré tel par la suite, dans l’exercice des plus hautes fonctions, que je
n’ai pas à tirer beaucoup de gloire de l’estime dont ma questure a été l’objet. Mais cependant je ne crains pas
qu’on ose dire que quelqu’un ait exercé la questure en Sicile avec plus de célébrité ou bien de popularité. Par
Hercule ! je dirai ceci, qui est la pure vérité : ce que je me figurais, c’est qu’on ne parlait à Rome que de la
questure que j’avais exercée à Lilybée. À un moment où le blé était très cher, j’en avais envoyé (à Rome) une
très grande quantité. Les négociants m’avaient trouvé affable, les commerçants équitable, les adjudicataires
libéral, les alliés intègre, tous très consciencieux dans tout l’exercice de mes fonctions. Les Siciliens avaient
imaginé pour moi des honneurs sans exemple6. Aussi quittai-je la Sicile avec une telle idée avantageuse de moi-
même, que je pensais que le peuple romain me décernerait tout spontanément. Mais en m’en allant de ma
province, j’étais, par hasard, en cours de route, venu à Pouzzoles. Il se trouvait que c’était la saison où les
personnes de la plus haute société ont coutume d’y séjourner. Je faillis tomber à la renverse, lorsque quelqu’un
me demanda quel jour j’avais quitté Rome et s’il y avait du nouveau. Comme je lui avais répondu que je quittais
ma province, « Ah ! par Hercule, dit-il, c’est ta province d’Afrique que tu quittes, si je ne me trompe ». Il n’en
fallut pas davantage pour me mettre de mauvaise humeur contre lui, et je lui répondis avec dédain : « Mais
non, ma province de Sicile ! » Alors quelqu’un qui voulait se donner l’air de tout savoir : « Comment ! Tu
ignores qu’il était questeur à Syracuse ? » En réalité je l’avais été à Lilybée. Bref, je renonçai à me mettre de
mauvaise humeur et je me fis passer pour l’un de ceux qui étaient venus prendre les eaux. Mais sans doute
cette mésaventure m’a-t-elle été plus profitable que si tout le monde m’avait alors félicité. En effet, une fois que
je me fus rendu compte que le peuple romain avait les oreilles un peu dures, mais les yeux vifs et perçants, je
cessai de me préoccuper de ce que l’on entendrait dire de moi. Je m’arrangeai pour que, par la suite, on me vît
présent chaque jour ; je vécus en public, j’assiégeai le forum ; personne ne fut empêché de me rencontrer, ni
par mon portier, ni par mon sommeil.
1 - Cicéron fut édile en 69, préteur en 66. En 64, il sera élu consul, sauvera Rome l’année suivante de la conjuration de Catilina et recevra en
récompense le titre de « Père de la Patrie ».
2 - En 75, la récolte de blé avait été très mauvaise en Italie et le prix du blé avait considérablement augmenté, risquant d’entraîner des émeutes
populaires. Cicéron avait dû prélever en Sicile, alors le grenier de Rome, le blé nécessaire à l’alimentation de la ville.
3 - Sans que Cicéron ait eu à poser sa candidature.
4 - Pouzzoles, sur le golfe de Naples, était une station balnéaire à la mode, en raison de ses sources chaudes et froides qui attiraient une foule de
curistes.
5 - La province d’Afrique était moins prestigieuse que la Sicile.
6 - La place de inauditi en fin de phrase indique qu’il ne s’agit pas d’un adjectif épithète, mais qu’il prend la valeur d’une détermination attributive,
affirmée de quelque chose.
1
Texte
Quaeri solet an, etiamsi piscenpa sint haec2, eopem tempore trapi omnia et percipi possint. Negant enim quipam,
quia confundatur animus ac fatigetur tot pisciplinis in piversum tenpentibus, ap quas nec mens nec corpus nec pies
ipse sufficiat, et, si maxime patiatur hoc aetas robustior, pueriles annos onerari non opporteat. Sep non satis
perspiciunt quantum natura humani ingenii valeat, quae ita est agilis ac velox, sic in omnem partem, ut ita dixerim,
spectat, utne possit quidem aliquip agere tantum unum, in plura vero non eopem pie mopo, sep eopem temporis
momento vim suam impenpat. An vero citharoepi non simul et memoriae et sono vocis et plurimis flexibus serviunt,
cum interim alios nervos pextra percutiunt, alios laeva trahunt, continent, praebent, nec pes quidem otiosus certam
legem temporum servat, et haec pariter omnia ? Quip ? nos agendi subita necessitate peprensi nonne alia picimus alia
provipemus, cum pariter inventio rerum, electio verborum, compositio, gestus, pronunciatio, vultus, motus
pesiperentur ?
Quae si velut sub uno conatu, tam piversa parent simul, cur non pluribus curis horas partiamur — cum praesertim
reficiat animos ac reparet varietas ipsa, contraque sit aliquanto pifficilius in labore uno perseverare ? Ipeo et stilus
lectione requiescit et ipsius lectionis taepium vicibus levatur.
Quintilien, Institution oratoire, I, 12, 1-4.
n Questions
■ Mot à mot
An plura eodem tempore doceri prima aetas possit : (On se pemanpe) si la jeunesse peut être instruite pans
plusieurs choses en même temps.
Quaeri solet an : On a coutume pe se pemanper si
etiamsi discenda sint haec : quanp bien même ces matières, pont je viens pe parler, poivent être étupiées,
eodem tempore tradi omnia et percipi possint : toutes cepenpant peuvent être enseignées et assimilées en même
temps.
Negant enim quidam : En effet certains pisent que non,
quia confundatur animus ac fatigetur : sous prétexte que l’esprit serait troublé et fatigué
tot disciplinis in diversum tendentibus : par tant pe pisciplines se pirigeant en sens contraire,
ad quas nec mens nec corpus nec dies ipse sufficiat : pour lesquelles, ni la volonté ni le corps ni la journée elle-
même ne suffiraient,
et, si maxime patiatur hoc aetas robustior : et (ils ajoutent) que s’il est vrai qu’un âge particulièrement robuste
supporte cela parfaitement,
pueriles annos onerari non oporteat : il ne convient pas que les années p’enfance soient surchargées.
Sed non satis perspiciunt : Mais ils ne remarquent pas suffisamment
quantum natura humani ingenii valeat : combien est puissante la nature pe l’esprit humain,
quae ita est agilis ac velox : qui est si active et si prompte ;
(quae) sic in omnem partem, ut ita dixerim, spectat : qui à ce point regarpe, pour ainsi pire, pans toutes les
pirections,
ut ne possit quidem aliquid agere tantum unum : qu’il ne peut même pas faire seulement quelque chose p’unique,
in plura vero (…) vim suam impendat : mais qu’il applique sa force à plusieurs choses,
non eodem die modo, sed eodem temporis momento : non seulement le même jour, mais encore pans le même
instant.
An vero citharoedi non simul et memoriae et sono vocis et plurimis flexibus serviunt : Est-ce que vraiment les
joueurs pe cithare ne se préoccupent pas à la fois pe leur mémoire et pu son et pes nombreuses inflexions pe leur
voix,
cum interim alios nervos dextra percutiunt : cepenpant qu’ils frappent certaines corpes pe la main proite,
alios (nervos) laeva trahunt, continent, praebent : qu’ils pincent, retiennent, relâchent certaines autres (corpes) pe
la main gauche,
nec pes quidem otiosus certam legem temporum servat : et que le piep non plus oisif respecte l’arrangement fixé
pes mesures = bat la mesure,
et haec pariter omnia : et toutes ces choses pont je viens pe parler simultanément ?
Quid ? nos agendi subita necessitate deprensi nonne : Hé quoi ? n’est-il pas vrai que nous, saisis par la nécessité
subite pe plaiper,
alia dicimus alia providemus : nous pisons certaines choses, en prévoyons certaines autres,
cum pariter inventio rerum, electio verborum, compositio, gestus, pronuntiatio, vultus, motus desiderentur ? : alors
qu’en même temps l’invention pes ipées, le choix pes mots, leur agencement, les gestes, le pébit, les expressions pu
visage, les attitupes sont réclamés ?
Quae si (= Si ea autem) velut sub uno conatu, tam diversa parent simul : Or s’il est vrai que ces choses (bien que) si
pifférentes apparaissent en même temps, pour ainsi pire sous l’effet p’un seul et unique effort,
cur non pluribus curis horas partiamur : pourquoi ne partagerions-nous pas les heures entre plusieurs travaux,
cum praesertim reficiat animos ac reparet varietas ipsa : surtout étant ponné que la variété elle-même repose et
ranime les esprits
contraque sit aliquanto difficilius in labore uno perseverare : et qu’au contraire il est bien plus pifficile pe continuer
longtemps pans une seule et unique tâche ?
Ideo et stilus lectione requiescit : C’est pour cette raison que et l’exercice pe la composition repose pe la lecture
et ipsius lectionis taedium vicibus levatur : et le pégoût pe la lecture elle-même est soulagé à son tour (par
l’exercice pe la composition).
1. Le titre se présente sous la forme p’une suborponnée complétive-interrogative inpirecte (p’où le subjonctif
possit), qui serait intropuite par quelque chose comme : « On se pemanpe si… » Quaeritur an… À l’époque impériale,
qui est celle pe Quintilien, an remplace num et -ne pans l’interrogation inpirecte simple.
Quaeritur an mundus providentia deorum regatur.
On se pemanpe si le monpe est régi par la sagesse suprême pes pieux.
2. Solet quaeri : littéralement « Il est coutume p’être pemanpé », « on a coutume pe pemanper ». Quaeri est un
passif impersonnel.
Divitiis invideri solet.
On a coutume p’envier les riches.
3. Confundatur et fatigetur sont pes subjonctifs, parce que nous avons affaire à une suborponnée circonstancielle
pe la cause alléguée. Quia après negant signifie : parce que, soutiennent-ils, sous prétexte que… Sufficiat qui se
trouve pans une relative est au subjonctif en raison pu style inpirect. Même chose pour patiatur, qui se trouve pans
une conpitionnelle, et pour oporteat. On aurait au style pirect : si maxime patitur hoc aetas robustior, pueriles annos
onerari non oportet — « s’il est vrai qu’un âge plus robuste supporte cela parfaitement, il ne convient pas que… ».
4. Quantum natura humani ingenii valeat est une suborponnée complétive interrogative-exclamative inpirecte au
subjonctif.
Miror quantum profecerit.
J’apmire à quel point il a progressé.
5. Ut ita dixerim : « pans la mesure où je puis ainsi parler ». À l’époque classique on aurait eu Ut ita dicam, mais, à
l’époque impériale, le subjonctif parfait atemporel sert à renpre l’expression atténuée.
6. Ne… quidem signifie, suivant le contexte, tantôt « ne… même pas », tantôt « ne pas non plus ». Le mot sur
lequel porte la négation se trouve placé au milieu :
Athenienses consilium, quod ne audierant quidem, repudiaverunt.
Les Athéniens repoussèrent le projet, qu’ils n’avaient même pas entenpu exposer.
Consilium quod non est honestum ne utile quidem est.
Un projet qui n’est pas honnête n’est pas non plus profitable.
7. Agendi est un géronpif au génitif pe ago, is ere, egi, actum, complément pe nom pe necessitate.
8. Quae est un pronom relatif pe liaison au nominatif pluriel neutre, qui a pour antécépent tout ce qui précèpe, et
corresponp pour le sens à « ea autem », « or si ces pernières choses… ».
Traduction proposée
Texte
Ante omnia futurus orator, cui in maxima celebritate et in media rei publicae luce vivendum est, adsuescat jam a
tenero non reformidare homines neque illa solitaria et velut umbratili vita pallescere. Excitanda mens et attolenda
semper est, quae in ejus modi secretis aut languescit et quemdam velut in opaco situm ducit, aut contra tumescit
inani persuasione ; necesse est enim nimium tribuat sibi, qui se nemini comparat. Deinde cum proferenda sunt studia,
caligat in sole et omnia nova offendit, ut qui solus didicerit quod inter multos faciendum est. Mitto amicitias, quae ad
senectutem usque firmissimae durant religiosa quadam necessitudine imbutae ; neque enim est sanctius sacris iisdem,
quam studiis, initiari. Sensum ipsum, qui communis dicitur, ubi discet, cum se a congressu, qui non hominibus solum,
sed mutis quoque animalibus naturalis est, segregarit ? Adde quod domi ea sola discere potest, quae ipsi
praecipientur ; in schola, etiam quae aliis. Audiet multa quotidie probari, multa corrigi ; proderit alicujus objurgata
desidia ; proderit laudata industria ; excitabitur laude aemulatio ; turpe ducet cedere pari, pulchrum superasse
majores. Accendunt omnia haec animos et licet ipsa vitium sit ambitio, frequenter tamen causa virtutum est.
Quintilien, Institution oratoire, I, 2, 19-22.
n Questions
■ Mot à mot
Traduction proposée
Avant toute chose, le futur orateur, appelé à vivre au milieu du plus grand concours de peuple et au grand jour des
affaires de l’État, doit s’accoutumer, dès sa plus tendre enfance, à ne pas redouter les hommes et à ne pas s’étioler,
pour ainsi dire, dans l’ombre d’une vie solitaire. Son esprit doit être sans cesse stimulé et exalté, car dans les retraites
de ce genre, ou il s’affaiblit et, comme un objet laissé à l’ombre, il contracte une sorte de rouille, ou bien, au contraire,
il s’enfle d’une vaine présomption. En effet il est fatal que celui qui ne se mesure avec personne ait une trop haute
opinion de lui-même. Ensuite, lorsqu’il lui faut montrer ses connaissances en public, il n’y voit pas en plein jour et se
heurte contre tout ce qui est nouveau, en homme qui a appris dans la solitude ce qu’il faut pratiquer au milieu de la
foule. Je laisse de côté les amitiés, dont la solidité demeure intacte jusqu’à la vieillesse, empreintes qu’elles sont d’une
sorte d’attachement religieux, puisqu’aussi bien être initié aux mêmes études est chose au moins aussi sainte que
d’être initié aux mêmes mystères. Ce sens même, qu’on appelle le sens commun, où notre orateur l’apprendra-t-il, s’il a
vécu loin de la société, qui est naturelle non seulement aux êtres humains, mais encore aux animaux, tout privés qu’ils
soient de la parole ? Ajoutez que, chez lui, il ne peut recevoir que les leçons qui lui seront personnellement données,
tandis que, dans une école, il pourra recevoir aussi celles qui seront données aux autres élèves. Chaque jour, il
entendra approuver ou reprendre bien des choses ; il tirera profit des blâmes adressés à un élève paresseux, il tirera
profit des félicitations décernées à un élève zélé ; son émulation sera excitée par les éloges ; il regardera comme
honteux de le céder à un camarade de son âge, beau d’avoir surpassé des aînés. Tout ce dont je viens de parler
enflamme les esprits, et l’ambition a beau être en elle-même un défaut, elle est néanmoins souvent génératrice de
vertus.
Le petit Romain de condition modeste était, à l’âge de sept ans, confié à un instituteur primaire (magister ludi ou
litterator) qui lui apprennait à lire, à écrire et à compter ; puis, à l’âge de onze ans il passait chez le grammairien
(grammaticus) qui lui faisait étudier la langue et lui expliquait les auteurs classiques latins et grecs. Mais, comme il n’y
avait pas de formalités requises pour ouvrir une école et qu’il suffisait de louer une boutique en bordure de rue et de
s’y installer, sans que l’État intervînt, ni pour inspecter le local, ni pour s’assurer de la qualité de l’enseignement, les
familles riches préféraient confier cette première éducation à un maître privé, un précepteur, esclave ou affranchi.
3
Texte
Mihi quidem saepenumero in summos homines ac summis ingeniis praeditos intuenti quaerendum esse visum est,
quid esset cur plures in omnibus rebus quam in dicendo admirabiles exstitissent. Nam quocumque te1 animo et
cogitatione converteris, permultos excellentes in quoque genere videbis, non mediocrium artium, sed prope
maximarum2. Quis enim est qui, si clarorum hominum scientiam rerum gestarum vel utilitate vel magnitudine metiri
velit, non anteponat oratori imperatorem ? Quis autem dubitet quin belli duces praestantissimos ex hac una civitate
paene innumerabiles, in dicendo autem excellentes vix paucos proferre possimus ? Jam vero, consilio ac sapientia qui
regere ac gubernare rem publicam possent, multi nostra, plures patrum memoria atque etiam majorum exstiterunt,
cum boni perdiu nulli3, vix autem singulis aetatibus singuli tolerabiles oratores invenirentur. Ac ne quis forte cum aliis
studiis, quae reconditis in artibus atque in quadam varietate litterarum versentur, magis hanc dicendi rationem, quam
cum imperatoris laude, aut cum boni senatoris prudentia comparandam putet, convertat animum ad ea ipsa artium
genera, circumspiciatque qui in iis floruerint quamque multi : sic facillime quanta oratorum sit, semperque fuerit
paucitas judicabit.
Cicéron, De l’orateur, I, 2, 6-8.
n Questions
■ Mot à mot
1. quidem. Placé après le mot sur lequel il porte, cet adverbe le met en relief : Mea quidem sententia : à mon avis
du moins ; ille quidem : pour lui… ; illo quidem modo : de cette manière précisément, de cette manière-là.
2. Intuenti est un participe présent au datif masculin singulier, apposé à mihi. Il se traduit ici par une
circonstancielle de temps : « quand je jetais les yeux ».
3. Ac : forme réduite de atque. Employée devant une consonne autre que c, g, q, cette conjonction de coordination
a ici un sens explicatif. Le second terme est le développement ou la définition plus poussée du premier et se rend au
moyen d’une apposition : « les hommes les plus éminents » = « doués d’éminents talents »…
Donum dignum Capitolio atque ista arce omnium nationum.
Cadeau digne du Capitole, de cette citadelle de toutes les nations.
4. Au style direct on aurait : Quid est cur plures in omnibus rebus quam in dicendo admirabiles exstiterint ?
5. Dicendo est un gérondif à l’ablatif précédé de in, « admirables dans l’action de parler en public, de plaider » =
« dans l’art oratoire, dans l’éloquence » ; dicendi est lui aussi un gérondif, au génitif complément de nom de rationem
: « l’art de parler en public » = « l’art oratoire, l’éloquence ».
6. Videbis permultos excellentes in… : « tu verras de très nombreux individus exceller dans… » Théoriquement,
quand le verbe videre est employé avec un participe présent comme attribut du COD, ce participe se traduit par un
infinitif.
Video Petrum currentem.
Je vois Pierre courir.
Quand il est employé avec un infinitif, il a un sens différent de « voir » et se traduit par « constater ».
Video Petrum currere.
Je constate que Pierre court.
Mais l’infinitif est souvent employé là où l’on attendrait le participe.
7. Qui… possent : subordonnée relative placée avant la principale (multi exstiterunt). Le subjonctif s’explique, soit
par une idée de conséquence (« des individus tels qu’ils pussent » = « capables de… »), soit par une idée
d’indétermination, d’éventualité : « des individus susceptibles le cas échéant de… » et on ne précise pas lesquels. Ce
type de subjonctif se rencontre dans les expressions comme : sunt qui, non desunt qui, reperiuntur qui…
8. Nulli en accord avec oratores n’a que la valeur d’une négation forte.
Sextius ab armis nullus discedit.
Sextus n’abandonne pas du tout les armes.
Singuli, distributif de l’unité, exprimé au pluriel avec le nom de la personne oratores, signifie : « un orateur à
chaque fois », et singulis aetatibus signifie : « à chaque génération à la fois ».
Traduction proposée
Pour moi, il m’a maintes fois semblé, lorsque je jetais les yeux sur l’élite de l’humanité, sur les plus éminents talents,
qu’il fallait rechercher la raison pour laquelle il s’est trouvé, dans tous les domaines, un plus grand nombre d’hommes
remarquables que dans l’art oratoire. En effet, de quelque côté que tu tournes ton esprit et ta pensée, tu verras une
foule d’individus exceller dans chaque genre d’arts, non point de valeur moyenne, mais pratiquement de la plus grande
valeur. Y a-t-il réellement quelqu’un qui, s’il voulait mesurer le talent des hommes illustres, soit à l’utilité, soit à la
grandeur des actions qu’ils ont accomplies, ne placerait le général en chef avant l’orateur ? Or qui pourrait douter que,
dans notre seule et unique cité, nous ne puissions mentionner les chefs de guerre les plus remarquables en nombre
presque infini, alors que c’est à peine si nous pourrions citer quelques individus excellant dans l’art oratoire ? Allons
plus loin, des politiques capables de diriger et de gouverner l’État par leurs sages résolutions, il s’en est montré
beaucoup à notre époque, davantage encore à celle de nos pères et même de nos ancêtres, alors que, pendant très
longtemps, on ne rencontrait absolument pas de bons orateurs et que c’est tout juste si, pour chaque génération, il s’en
trouvait un qui fût supportable. Et pour qu’on n’aille pas penser que c’est avec d’autres études, portant sur les sciences
abstraites, sur les genres variés qui forment le domaine de la littérature, qu’il faut comparer notre art oratoire, plutôt
qu’avec la gloire du général en chef ou la clairvoyance du bon sénateur, qu’on dirige son esprit vers ces sortes d’art
mêmes et qu’on passe en revue ceux qui s’y sont illustrés et leur grand nombre : ainsi l’on connaîtra très aisément
quelle est et a toujours été la rareté des orateurs.
Cicéron expliquera plus loin les raisons de cette rareté des bons orateurs : ce n’est ni l’enthousiasme pour
l’éloquence, ni les qualités intellectuelles, ni la connaissance de la profession elle-même qui ont fait défaut, mais la
culture générale. En effet, l’orateur, qui est appelé à parler sur tout sujet, doit impérativement, selon lui, posséder une
culture quasi encyclopédique : il doit étudier les sciences, l’histoire, la jurisprudence, la philosophie, etc.
1 - Cicéron a dédié son ouvrage à son frère Quintus. C’est à lui qu’il s’adresse ici.
2 - Les mediocres artes sont la philosophie, les mathématiques, la grammaire, la musique, la poésie, les arts de la Grèce ; les maximae artes sont, pour un
Romain, l’éloquence, la politique et la guerre.
3 - Jusqu’aux Gracques (Tiberius 162-133 et Caïus 154-121 av. J.-C.).
4
Texte
Ubi luxuriam late felicitas fudit, cultus primum corporum esse diligentior incipit ; deinde supellectili laboratur ;
deinde in ipsas domos impenditur cura ut in laxitatem ruris excurrant, ut parietes advectis trans maria marmoribus
fulgeant, ut tecta varientur auro, utlacunaribus pavimentorum respondeat nitor. Deinde ad cenas lautitia transfertur
et illic commendatio ex novitate et soliti ordinis commutatione captatur, ut ea quae includere solent cenam, prima
ponantur, ut ea quae advenientibus dabantur, exeuntibus dentur. Cum adsuevit animus fastidire quae ex more sunt, et
illi pro sordidis solita sunt, etiam in oratione quod novum est quaerit et modo antiqua verba atque exsoleta revocat ac
profert, modo fingit et ignota ac deflectit, modo, id quod nuper increbuit, pro cultu habetur audax translatio ac
frequens.
Sunt qui sensus praecidant et hoc gratiam sperent, si sententia pependerit et audienti suspicionem sui fecerit ; sunt
qui illos detineant et porrigant ; sunt qui non usque ad vitium accedant — necesse est enim hoc facere aliquid grande
temptanti — sed qui ipsum vitium ament. Itaque ubicumquevideris orationem corruptam placere, ibi mores quoque a
recto descivisse non erit dubium. Quomodo conviviorum luxuria, quomodo vestium aegrae civitatis indicia sunt, sic
orationis licentia, si modo frequens est, ostendit animos quoque, a quibus verba exeunt, procidisse.
Sénèque, Lettre à Lucilius, 114.
■ Questions
■ Mot à mot
Ubi luxuriam late felicitas fudit : Lorsque la prospérité a répandu largement le goût du luxe,
cultus primum corporum esse diligentior incipit : tout d’abord, la parure des corps commence à être plus
recherchée,
deinde supellectili laboratur : ensuite, on se met en peine pour le mobilier ;
deinde in ipsas domos impenditur cura : ensuite, le soin est appliqué aux maisons elles-mêmes,
ut in laxitatem ruris excurrant : (on veille) à ce qu’elles se prolongent sur une vaste étendue de campagne,
ut parietes advectis trans maria marmoribus fulgeant : à ce que les murs resplendissent de marbres importés d’au-
delà des mers,
ut tecta varientur auro : à ce que les plafonds soient nuancés d’or,
ut lacunaribus pavimentorum respondeat nitor : à ce que l’éclat des parquets réponde aux lambris = à celui des
lambris.
Deinde ad cenas lautitia transfertur : Ensuite, la recherche est transférée aux repas
et illic commendatio, ex novitate et soliti ordinis commutatione captatur : et là, un titre de recommandation est
recherché, à partir de l’innovation et de l’interversion de l’ordonnance habituelle,
ut ea quae includere solent cenam, prima ponantur : de sorte que les choses qui ont l’habitude de terminer le repas
sont servies les premières,
ut ea quae advenientibus dabantur, exeuntibus dentur : que les choses qui étaient données aux arrivants, sont
données aux partants.
Cum adsuevit animus fastidire (ea) quae ex more sunt : Lorsque l’esprit s’est habitué à dédaigner les choses qui
sont selon la coutume,
et (cum) illi pro sordidis solita sunt : et que les choses ordinaires sont à lui pour méprisables,
etiam in oratione (id) quod novum est quaerit : il recherche même dans le langage ce qui est insolite
et modo antiqua verba atque exsolata revocat ac profert : et, tantôt il exhume et met en circulation des mots
antiques et qui plus est tombés en désuétude,
modo fingit et ignota ac deflectit (verba de via) : tantôt, il forge même des mots inconnus et en détourne d’autres
de leur véritable acception,
modo, id quod nuper increbuit : tantôt — ce qui s’est répandu récemment,
pro cultu habetur audax translatio ac frequens : une métaphore audacieuse et longuement filée est regardée
comme de l’élégance.
Sunt qui sensus praecidant : Il y en a d’ainsi faits qu’ils interrompent leurs phrases
et uoc gratiam sperent : et espèrent (obtenir) la faveur d’autrui par ceci,
si sententia pependerit : si leur pensée est demeurée en suspens
et audienti suspicionem sui fecerit : et a fait une conjecture de soi à l’auditeur = et a laissé l’auditeur se perdre en
conjectures sur elle,
sunt qui illos (sensus) detineant et porrigant : il y en a qui prolongent et font durer celles-ci,
sunt qui non usque ad vitium accedant : il y en a qui ne vont pas jusqu’à la faute de goût,
— necesse est enim hoc facere aliquid grande temptanti : il est fatal en effet de faire cela à celui tentant quelque
chose de sublime —
sed qui ipsum vitium ament : mais qui aiment la faute de goût pour elle-même.
Itaque upicumque videris orationem corruptam placere : C’est pourquoi, partout où tu auras constaté qu’un
langage corrompu plaît,
non erit dubium : il ne sera pas douteux
ipi mores quoque a recto descivisse : que, là, les mœurs aussi se sont écartées du droit chemin.
Quomodo conviviorum luxuria, quomodo (luxuria) vestium : De même que la somptuosité des festins, de même
que celle des vêtements
aegrae civitatis indicia sunt : sont les symptômes d’une société malade,
sic orationis licentia : de même, la licence du langage,
si modo frequens est : si du moins elle est répandue,
ostendit animos quoque, a quibus verba exeunt, procidisse : montre que les esprits aussi, de qui les mots
proviennent, se sont écroulés.
Traduction proposée
Lorsque la prospérité a largement répandu le goût du luxe, c’est d’abord la toilette qui devient plus recherchée ;
ensuite, c’est pour le mobilier qu’on se met en peine ; puis, c’est sur les habitations elles-mêmes que se portent les
soins : on veut qu’elles se prolongent sur une vaste étendue de campagne, que les murs resplendissent de marbres
importés d’au-delà des mers, que les plafonds soient nuancés d’or, que l’éclat des parquets réponde à celui des lambris.
Puis, la recherche se communique aux repas : on tente de se faire remarquer par l’innovation et par l’inversion de
l’ordonnance habituelle, si bien que les plats qui, d’ordinaire, terminent le repas, sont servis les premiers, que les mets
que les convives recevaient à l’arrivée leur sont offerts au départ. Quand l’esprit s’est fait un système de dédaigner les
pratiques reçues, et quand il tient pour vil ce qui est usuel, c’est jusque dans le langage qu’il cherche à innover. Tantôt
il exhume et met en circulation des mots antiques et qui, de plus, sont tombés en désuétude, tantôt il forge même des
néologismes et fausse les acceptions, tantôt — mode qui s’est répandue dernièrement — il prend pour de l’élégance
une métaphore audacieuse et longuement filée.
Il y en a qui écourtent leurs phrases et se flattent de plaire, si leur pensée reste en suspens et conduit leur auditeur à
se perdre en conjectures. Il y en a qui les prolongent et les font durer. Il y en a qui ne vont pas jusqu’aux fautes de goût
— il est en effet fatal qu’en commette celui qui vise au sublime — mais qui les aiment pour elles-mêmes. C’est
pourquoi, partout où l’on constatera qu’un langage corrompu est à la mode, on pourra être certain qu’à cet endroit les
mœurs aussi ont dégénéré. De même que le luxe de la table, de même que celui des vêtements sont les symptômes
d’une société malade, de même la licence du langage, pour peu qu’elle devienne générale, montre que les esprits aussi,
d’où proviennent les mots, se sont écroulés.
Courte mais suggestive évocation de la Rome impériale, qui témoigne d’une civilisation matérielle aussi raffinée
qu’elle pouvait l’être et qu’attestent les fouilles d’Herculanum et de Pompéi. Cependant Sénèque est bien mal placé
pour critiquer ses contemporains, car tous les défauts de vocabulaire et de style qu’il énumère avec une certaine
complaisance, il en a lui-même donné l’exemple : la logique n’est pas son fort, il a peine à enchaîner ses arguments, et
les à-peu-près, les phrases incohérentes ne sont pas rares chez lui. Son style est passablement décousu et sautillant ;
c’est « du sable sans chaux », disait de lui Caligula (Suétone, Caligula, 53). Il court après les sentences, les antithèses,
les jeux de mots, les paronomases, les pointes. Il lui arrive très souvent de violenter la langue et de détourner des mots
de leur sens propre et il tombe parfois dans l’emphase et la négligence.
5
Texte
Foedus insequens annus seu intemperie caeli seu humana fraude, M. Claudio Marcello C. Valerio consulibus… Illud
pervelim — nec omnes auctores sunt — probitum falso esse venenis absumptos quorum mors infamem annum
pestilentia fecerit ; sicut proditur tamen res, ne cui auctorum fidem abrogaverim, exponenda est. Cum primores
civitatis similibus morbis eodemque ferme omnes eventu morerehtur, ahcilla quaedam ad Q. Fabium Maximum aedilem
curulem1ihdicaturam se causam publicae pestis professa est, si ab eo fides sibi data esset haud futurum hoxiae
indicium. Fabius confestim rem ad consules, consules ad senatum referunt, consensuque ordinis fides indici data. Tum
patefactum muliebri fraude civitatem premi, matronasque ea venena coquere, et si sequi extemplo veliht, mahifesto
deprehehdi posse. Secuti indicem et coquentes quasdam medicamenta et recondita alia invenerunt. Quibus in forum
delatis et ad viginti matronis apud quas deprehensa erant, per viatorem accitis, duae ex eis, Cornelia ac Sergia,
patriciae utraque gentis, cum ea medicamenta salubria esse contenderent, ab confutante indice bibere jussae, ut se
falsum commentam arguerent, spatio ad colloquendum sumpto, cum summoto populo rem ad ceteras rettulissent, haud
abnuentibus et illis bibere, epoto in conspectu omnium medicamento suamet ipsa fraude omnes interierunt.
Comprehensae extemplo earum comites magnum numerum matronarum indicaverunt ; ex quibus ad centum
septuaginta damnatae. Neque de veneficiis ante eam diem Romae quaesitum est. Prodigii ea res loco habita, captisque
magis mentibus quam consceleratis similis visa.
Itaque, memoria ex annalibus repetita, in secessionibus quondam plebis clavum ab dictatore fixum alienatasque
discordia mentes eo piaculo compotes sui fecisse, dictatorem clavi figehdi causa creari placuit.
Tite-Live, Histoire romaihe, VIII, 18.
■ Questions
1. Analyser illud.
2. Analyser pervelim (S. p. 251 n° 349).
3. Analyser abrogaverim (S. p. 255 n° 358 ; E-Th. p. 235 n° 253).
4. Analyser morerehtur ; expliquer la formation de ce verbe et le conjuguer à toutes les personnes.
5. Mettre au style direct la phrase introduite par ahcilla professa est… (S. p. 295 n° 425).
6. Analyser ihdicaturam esse (S. p. 277 n° 399-400).
7. À quel cas est hoxiae (S. p. 219 n° 292) ?
8. Analyser patefactum et quaesitum est (S. p. 123 n° 169).
9. Mettre au style direct la phrase : si sequi extemplo veliht, mahifesto deprehehdi posse.
10. Analyser quibus (S. p. 75 n° 115).
11. Expliquer la tournure clavi figehdi causa (S. p. 177 n° 229 et p. 266 n° 376).
■ Mot à mot
1. Illud est un démonstratif neutre qui désigne ce qui suit : la subordonnée infinitive complétive : « ceci… à savoir
que… ».
Illud audivi, te esse… : Ce que j’ai appris c’est que tu étais… ; illud spero, me fore… : ce que j’espère, c’est que je
serai…
2. Pervelim, subjonctif présent de pervolo, marque ici un affirmation adoucie : « je désirerais ardemment ». C’est
un fait, je désire ardemment, mais, par discrétion, le fait est énoncé comme une éventualité.
3. Ne… abrogaverim : le subjonctif parfait marque ici la concession ou la supposition « admettons que… » ;
« supposons que… ».
Ne Carthagihiehsibus Macedohas aequaveritis.
Supposons que vous n’ayez pas comparé les Macédoniens aux Carthaginois.
Ne sit sole :
Admettons que le soleil n’existe pas.
4. Morerehtur < *mori-se-htur est le subjonctif imparfait 3e singulier du pluriel du verbe déponent morior, moreris,
mori, moritus sum. À toutes les personnes : morerer, morereris, moreretur, moreremur, moreremihi, morerehtur.
5. « Ego causam publicae pestis ihdicabo, si a te fides mihi data erit haud futurum hoxiae ihdicium » : « Je révélerai
la cause de ce fléau public, si assurance m’aura été donnée (= m’est donnée) par toi que cette révélation ne me
portera pas préjudice. »
6. Ihdicaturam esse : infinitif futur de ihdico, as, are, avi, atum. Il est formé du participe futur employé à l’accusatif
féminin (sujet se renvoyant à ahcillam), avec l’infinitif présent du verbe sum.
Ahcilla dicit se ihdicaturam esse : la servante déclare qu’elle révélera ;
ahcilla dixit se ihdicaturam esse : la servante déclara qu’elle révélerait.
7. Noxiae est au datif et le tour s’appelle un double datif.
Esse alicui hoxiae : être à quelqu’un à préjudice = causer un préjudice à quelqu’un.
8. Patefactum (est) et mahifestum est sont des passifs impersonnels : « il fut révélé » ; « il fut enquêté ».
9. « Si sequi me extemplo vultis, mahifesto deprehehdi possuht. »
10. Quibus est un pronom relatif de liaison à l’ablatif neutre pluriel, ayant pour antécédant dans la phrase
précédente medicamehta. Il est sujet de delatis. Il équivaut à quelque chose comme Iis igitur : « ceux-ci donc ayant
été apportés »…
11. Clavi figehdi causa : causa à l’ablatif et précédé de son régime au génitif joue le rôle d’une préposition et
signifie : en vue de ; dans le but de.
Mittere legatos pacis petehdae causa.
Envoyer des ambassadeurs en vue de demander la paix.
Trabuction proposée
L’année qui suivit fut horrible, soit par suite de l’inclémence de l’atmosphère, soit par suite de crimes commis par des
humains, sous le consulat de M. Claudius Marcellus et de C. Valerius… Ce que je désirerais ardemment — et d’ailleurs
tous les historiens ne s’en portent pas garants —, c’est que la tradition soit fausse, selon laquelle ceux dont la mort a
donné à l’année une triste réputation d’année à épidémie, ont été emportés par des poisons. Néanmoins, en admettant
que je n’aie enlevé son crédit à aucune de mes sources, il me faut exposer l’affaire telle qu’elle est rapportée par la
tradition.
Les citoyens les plus importants de Rome mouraient de maladies semblables et pratiquement tous de la même issue,
lorsqu’une servante se fit fort devant l’édile curule Q. Fabius Maximus de révéler la cause de ce fléau public, s’il lui
donnait l’assurance que sa dénonciation ne lui porterait pas préjudice. Aussitôt Fabius en référa aux consuls, les
consuls aux sénateurs, et, avec l’accord unanime de l’ordre, cette assurance fut donnée à la dénonciatrice. L’on eut
alors la révélation que la cité était victime de crimes perpétrés par des femmes, et que c’étaient des matrones qui
préparaient les poisons, cause de ces décès ; si on voulait la suivre sur-le-champ, on pourrait les prendre en flagrant
délit. On suivit la dénonciatrice et l’on trouva des femmes en train de préparer des drogues ; l’on découvrit aussi
d’autres drogues dissimulées. Ces poisons furent apportés sur le forum et une vingtaine de matrones, chez qui on les
avait trouvés, furent convoquées par l’appariteur. Deux d’entre elles, Cornélia et Sergia, l’une et l’autre de famille
patricienne, soutenant énergiquement qu’il s’agissait de remèdes, furent invitées par la dénonciatrice, qui affirmait le
contraire, à les boire, afin de la convaincre de mensonge. Les deux matrones prirent le temps de discuter entre elles et,
après que l’on eut écarté la foule, elles rapportèrent la proposition aux autres femmes. Celles-ci ne refusant pas non
plus de boire, elles avalèrent la drogue sous les yeux des magistrats et moururent toutes, victimes de leur propre
scélératesse. Arrêtées aussitôt, leurs complices dénoncèrent un grand nombre de matrones, parmi lesquelles environ
cent soixante-dix furent condamnées. Il est bien certain qu’avant ce jour il n’y avait pas eu à Rome d’enquête sur des
crimes d’empoisonnement. Cette affaire fut regardée comme un prodige et considérée comme relevant davantage de la
possession que du crime proprement dit. C’est pourquoi, comme on était allé chercher dans les annales une histoire
rappelant qu’autrefois, à l’occasion des sécessions de la plèbe, le dictateur avait enfoncé un clou et, par ce rite
expiatoire, ramené à la raison des esprits troublés par la discorde, le sénat prit la décision de nommer un dictateur
pour enfoncer un clou.
Tite-Live qui déclare : « Je ferais bieh des recherches, s’il y avait moyeh d’atteihdre la vérité, mais l’ahtiquité des
évéhemehts hous la dérobe, et il faut bieh s’eh tehir à la traditioh », racohte, bieh à cohtrecœur — oh le seht à la
maladresse et à la sécheresse du récit —, cette histoire d’empoisohhemehts, que rapporteht certaihs auctores, et à
laquelle il h’accorde que peu de crédit, taht elle lui paraît, eh raisoh de la perversité mohstrueuse doht elle témoighe,
ihdighe de la grahdeur de Rome. Oh peut regretter qu’il h’ait pas cherché à expliquer la sighificatioh de ce rite
magique, qui cohsiste à ehfohcer uh clou pour faire cesser uh prodige, c’est-à-dire uhe mahifestatioh de la volohté
divihe. Ce procès eh évoque uh autre qui eut uh éhorme retehtissemeht : la fameuse affaire des poisohs qui, jugée à
Paris de 1670 à 1680 par la Chambre ardehte, impliqua de hombreuses persohhalités et aboutit à l’exécutioh de la
marquise de Brihvilliers et de la Voisih.
1 - Les deux édiles curules, choisis parmi les patriciens, étaient, comme les édiles plébéiens, chargés de la police de la ville.
6
Texte
Sola est, in qua merito Vespasianus culpetur, pecuniae cupiditas. Non enim contentus omissa sub Galba vectigalia
revocasse, nova et gravia addidisse, et auxisse tributa provinciis, nonnullis et duplicasse, negotiationes quoque vel
privato pudendas propalam exercuit, coemendo quaedam, tantum ut pluris postea distraheret. Ne candidatis quidem
honores reisve, tam innoxiis quam nocentibus, absolutiones venditare cunctatus est. Creditur etiam procuratorum
rapacissimum quemque ad ampliora officia ex industria solitus promovere, quo locupletiores mox condemnaret :
quibus quidem vulgo pro spongiis uti dicebatur, quod quasi et siccos madefaceret et exprimeret humentes. Quidam
natura cupidissimum tradunt, idque exprobratum ei a sene bubulco, qui, negata sibi gratuita libertate, quam imperium
adeptum suppliciter orabat, proclamaverit : « vulpem pilum mutare, non mores. ». Sunt contra qui opinentur ad
manubias et rapinas necessitate compulsum, summa aerarii fiscique inopia ; de qua testificatus sit initio statim
principatus, professus : « quadraginta millies sestertium opus esse, ut respublica stare posset ». Quod et verisimilius
videtur, quando et male partis optime usus est. In omne hominum genus liberalissimus, explevit censum senatorum ;
consulares inopes quingenis sestertiis annuis sustentavit ; plurimas per totum orbem civitates terrae motu aut
incendio afflictas restituit in melius. Ingenia et artes vel maxime fovit.
Suétone, Vespasien, 16-18.
■ Questions
1. Analyse logique de la phrase : in qua merito Vespasianus culpetur (S. p. 306 n° 438 ; E-Th. p. 341 n° 339).
2. Analyse de coemendo (S. p. 267 n° 379).
3. Expliquer la tournure : Creditur… solitus promovere (S. p. 276 n° 398).
4. Expliquer la tournure : procuratorum rapacissimum quemque (S. p. 81 n° 128).
5. Analyse logique de la phrase : quo locupletiores mox condemnaret (S. p. 289 n° 414).
6. Analyse logique de la phrase : quod quasi et siccos madefaceret et exprimeret humentes (S. p. 328 n° 469).
7. Quelle est la construction du verbe orare dans quam imperium ademptum orabat (S. p. 212 n° 277 R) ?
8. Analyse de proclamaverit, justification du mode et formation (S. p. 324 n° 464 ; Monteil p. 322).
9. Expliquer la tournure : Sunt qui opinentur (S. p. 306 n° 432 ; E-Th. p. 338-339 n° 338).
■ Mot à mot
1. In qua merito Vespasianus culpetur : subordonnée relative dont le subjonctif est amené soit par une idée latente
de possibilité (« pour laquelle Vespasien puisse être blâmé ») soit par une idée de conséquence (« telle que pour
celle-là il soit blâmé »).
2. coemendo est un gérondif à l’ablatif à valeur de complément circonstanciel de moyen ou de manière : « par le
fait d’acheter en gros » = « en achetant en gros ».
3. Creditur… solitus(esse)promovere. : litt. « Il est cru avoir eu l’habitude d’élever » = « on croit qu’il avait
l’habitude d’élever ». Pour rendre « on croit que… », le latin dispose de deux tournures :
a. la tournure impersonnelle : Creditur(credunt)Homerum fuisse caecum — « Il est cru (on croit) qu’Homère était
aveugle ».
b. la tournure personnelle : Homerus creditur fuisse caecus.
4. procuratorum rapacissimum quemque : « à chaque fois le plus rapace parmi les intendants » = « tous les
intendants les plus rapaces ».
5. quo (eos factos) locupletiores mox condemnaret : subordonnée de but. Quo = ut eo : « afin que par là », quand la
phrase contient un comparatif.
6. quod, (eos) madefaceret et exprimeret : subordonnée de cause au subjonctif en raison du style indirect amené
par dicebatur ; quod : « parce que, disait-on », « sous prétexte que » (cause dite « alléguée »).
7. Le verbe rogare se construit avec un double accusatif :
Rogare aliquid aliquem.
Demander quelque chose à quelqu’un.
8. proclamaverit < *proclama-v-is-i-t : subjonctif parfait qui s’explique par le style indirect (tradunt).
9. Sunt contra qui opinentur : « Il y a des gens au contraire qui estiment, pour estimer… » Le subjonctif peut
s’expliquer soit par une idée d’indétermination (on ne précise pas qui), soit par une idée de conséquence (il y a des
gens tels qu’ils estiment).
Traduction proposée
Le seul défaut pour lequel on puisse à bon droit blâmer Vespasien est la passion de l’argent. En effet, non content
d’avoir rétabli les impôts abolis sous Galba, d’en avoir ajouté de nouveaux et de lourds, d’avoir augmenté les tributs
des provinces, et même de les avoir doublés pour quelques-unes, il se livra encore au grand jour à des trafics
déshonorants même pour un simple particulier, achetant en gros certaines marchandises dans le seul but de les
revendre ensuite plus cher au détail. Même aux candidats qui les briguaient, il n’hésita pas à vendre des magistratures,
ou des acquittements aux accusés tant innocents que coupables. On va jusqu’à croire qu’il avait l’habitude d’élever à
dessein à de plus hautes fonctions tous les intendants les plus rapaces, afin de les condamner bientôt après, une fois
enrichis. On disait couramment qu’il se servait d’eux comme d’éponges, parce que, en quelque sorte, il les imbibait,
quand ils étaient secs, et les pressait, quand ils étaient gorgés d’eau. Certains rapportent qu’il était très cupide par
nature et que ce défaut lui fut reproché par un vieux bouvier. Ce dernier, ne pouvant obtenir de lui, après son accession
à l’empire, la liberté à titre gratuit, malgré ses supplications, s’écria : « Le renard change de poil, pas de mœurs ! » Il y
en a au contraire qui sont d’avis que Vespasien fut obligé de recourir aux pillages et aux vols par suite de l’extrême
pénurie du Trésor public et de la cassette impériale, pénurie, dont il témoigna — disent-ils — dès le tout début de son
principat, en déclarant qu’il fallait quarante milliards de sesterces, pour que l’État pût subsister. C’est effectivement
cette dernière opinion qui paraît plus vraisemblable, puisqu’aussi bien il fit un excellent usage même des biens qu’il
avait mal acquis. Très généreux à l’égard de toutes sortes de gens, il compléta la fortune de certains sénateurs ; il
secourut les consulaires sans ressources, en leur faisant verser cinq cent mille sesterces par an. À travers le monde
entier, il fit reconstruire en mieux de très nombreuses villes endommagées par un tremblement de terre ou par un
incendie. Il encouragea les talents et les arts mieux que personne.
Suétone (69-141 apr. J.-C.) est l’auteur d’une Vie des douze Césars, depuis Auguste jusqu’à Domitien, en huit livres,
publiée en 120 apr. J.-C. Selon Roger Vailland (Les Pages immortelles de Suétone…, Buchet-Chastel, 1962), il se serait
proposé d’écrire un traité du césarisme, pour démontrer que l’exercice du pouvoir absolu rend fou quiconque le
pratique. Aussi dénonce-t-il les extravagances, les manies, les vices, les turpitudes des empereurs. Dans ce texte, on le
voit se montrer équitable envers Vespasien : sa passion de l’argent s’expliquerait, selon lui, par des considérations
économiques, et non par un défaut de caractère.
7
Texte
Non ego jam cum Dyonisii1 tyranni vita — qua tetrius, miserius, detestabilius excogitare nihil possum — Platonis aut
Archytae2 vitam comparabo, doctorum hominum et plane sapientium ; ex eadem urbe humilem homunculum a pulvere
et radio excitabo, qui multis post annis fuit, Archimedem3. Cujus ego quaestor ignoratum ab Syracusanis, cum esse
omnino negarent, saeptum undique et vestitum vepribus et dumetis indagavi sepulcrum. Tenebam enim quosdam
senariolos, quos in ejus monumento esse inscriptos acceperam, qui declarabant in summo sepulcro sphaeram esse
positam cum cylindro4. Ego autem, cum omnia collustrarem oculis (est enim ad portas Agrigantinas magna frequentia
sepulcrorum), animum adverti columellam non multum e dumis eminentem, in qua inerat sphaerae figura et cylindri.
Atque ego statim Syracusanis (erant autem principes mecum) dixi me illudipsum arbitrari esse, quod quaererem.
Immissi cum falcibus multi purgarunt et aperuerunt locum. Quo cum patefactus esset aditus, ad adversam basim
accessimus. Apparebat epigramma, exesis posterioribus partibus versiculorum dimidiatis fere. Ita nobilissima
Graeciae5 civitas, quondam vero etiam doctissima, sui civis unius acutissimi monumentum ignorasset, nisi ab homine
Arpinate6didicisset. Sed redeat, unde aberravit, oratio. Quis est omnium, qui modo cum Musis, id est cum humanitate
et cum doctrina, habeat aliquod commercium, qui se non hunc mathematicum malit quam illum tyrannum ?
Cicéron, Tusculanes, XXXIII, 64-66.
■ Questions
■ Mot à mot
Non ego jam cum Dionysii tyranni vita (…) comparabo : Pour moi, je ne vais pas comparer avec la vie du tyran
Denys
— qua tetrius, miserius, detestabilius excogitare nihil possum : par rapport à laquelle je ne puis (pourrais) imaginer
rien de plus affreux, de plus misérable, de plus abominable —
Platonis aut Archytae vitam doctorum hominum et plane sapientium : la vie de Platon ou (celle) d’Archytas,
hommes savants et tout à fait sages
ex eadem urbe(…) a pulvere et radio excitabo : de cette même ville (de Syracuse) je ferai surgir, en l’enlevant à son
sable et à sa baguette (trad. de Félix Gaffiot),
humilem7homunculum (…), qui multis post annis fuit, Archimedem : un petit homme modeste, qui vécut de
nombreuses années plus tard, Archimède.
Cujus (= ejus enim) ego quaestor ignoratum a Syracusanis (…) indagavi sepulcrum : De ce dernier en effet moi,
questeur, j’ai dépisté le tombeau ignoré des Syracusains,
cum (id) esse omnino negarent : alors qu’ils affirmaient formellement celui-ci ne pas exister,
saeptum undique et vestitum vepribus et dumetis : entouré de toutes parts et recouvert de buissons épineux et de
ronceraies.
Tenebam enim (memoria) quosdam senariolos : En effet, je gardais en mémoire certains petits sénaires iambiques,
quos in ejus monumento esse inscriptos acceperam : que j’avais appris par la tradition avoir été gravés sur le
tombeau de ce dernier,
qui declarabant in summo sepulcro sphaeram esse positam cum cylindro : qui révélaient qu’une sphère avait été
placée en compagnie d’un cylindre au sommet du tombeau.
Ego autem, cum omnia collustrarem oculis : Or donc moi, alors que je parcourais tout des yeux
(est enim ad portas Agrigantinas magna frequentia sepulcrorum) : (il y a en effet auprès des portes d’Agrigente une
grande abondance de tombeaux)
animum adverti columellam non multum e dumis eminentem : je remarquai une petite colonne ne dépassant pas
beaucoup des broussailles ;
in qua inerat sphaerae figura et cylindri : sur laquelle était posée la figure géométrique d’une sphère et d’un
cylindre.
Atque ego statim Syracusanis (…) dixi : Alors moi aussitôt je déclarai aux Syracusains
(erant autem principes mecum) : (il y avait des notables avec moi)
me illud ipsum arbitrari esse, quod quaererem : que je jugeais que cela était précisément ce que je recherchais.
Immissi cum falcibus multi locum purga (ve) runt et aperuerunt : De nombreux (ouvriers) envoyés avec des serpes
nettoyèrent et dégagèrent l’endroit.
Quo cum patefactus esset aditus : Alors que l’accès avait été pratiqué vers là ;
ad adversam basim accessimus : nous nous approchâmes de la face antérieure du piédestal.
Apparebat epigramma : Une épitaphe était visible,
exesis posterioribus partibus versiculorum dimidiatis fere : les parties finales des petits vers ayant été rongés à peu
près à la moitié = bien que…
Ita nobilissima Graeciae civitas : Ainsi la plus célèbre cité de la Grèce,
quondam vero etiam doctissima : et même, à un certain moment, la plus savante,
sui civis unius acutissimi monumentum ignora (vi) sset : aurait ignoré le tombeau de son citoyen sans comparaison
le plus ingénieux,
nisi ab homine Arpinate didicisset : si elle ne l’avait pas appris d’un homme d’Arpinum.
Sed redeat (illuc), unde aberravit, oratio : Mais, que mon propos revienne là d’où il s’est écarté.
Quis est omnium : Qui est parmi tous,
qui modo cum Musis, (…) habeat aliquod commercium : qui, pour peu qu’il ait quelque commerce avec les Muses,
id est cum humanitate et cum doctrina : c’est-à-dire avec la culture et avec la science,
qui se non hunc mathematicum (esse) malit quam (se) illum tyrannum (esse) : tel qu’il ne préférerait pas être ce
mathématicien-ci (Archimède) plutôt que ce tyran-là (Denys) ?
1. Qua : pronom relatif féminin singulier ayant pour antécédent vita ; complément de comparaison des adjectifs
tetrius, miserius, detestabilius : « en comparaison de laquelle », « par rapport à laquelle »…
Eridanus, quo nullus violentior amnis
L’Eridan, en comparaison duquel aucun fleuve n’est plus impétueux… = l’Eridan, dont aucun fleuve ne surpasse
l’impétuosité…
Cicero, quo nullum oratorem audivi disertiorem…
Cicéron, en comparaison de qui je n’ai jamais entendu orateur plus éloquent… = Cicéron, l’orateur le plus éloquent
que j’aie entendu…
2. Cujus : pronom relatif de liaison au génitif masculin singulier ayant pour antécédent Archimedem, complément
de nom de sepulcrum, équivaut à ejus enim : « de ce dernier en effet… ».
3. Quaererem : subjonctif imparfait ; le latin applique les règles du discours indirect quand on rapporte ses propres
paroles prononcées dans le passé.
4. Exesis… fere : participe ablatif absolu à valeur de circonstancielle de concession : « bien que la seconde moitié à
peu près des vers fût rongée ».
5. Civis unus acutissimus : le superlatif renforcé par unus signifie : « sans comparaison le plus », « sans conteste le
plus »…
Urbs una mihi amicissima.
La ville qui m’est sans conteste la plus dévouée.
Unus nostrae civitatis praestantissimus est.
Il est sans comparaison le plus éminent de nos concitoyens.
6. Graeciae civitas… ignora (vi) sset… nisi didicisset… : proposition principale et subordonnée circonstancielle de
condition à l’irréel du passé toutes deux.
7. Qui modo… habeat : proposition subordonnée relative au subjonctif ; subordonnée restrictive : « pourvu qu’il
ait », « pour peu qu’il ait »…
8. Qui non malit : subordonnée relative au subjonctif qu’on peut interpréter comme une relative consécutive ; qui =
talis ut : « quel est l’homme au monde tel qu’il ne préférerait pas… »
9. Hunc mathematicum… illum tyrannum : quand deux personnes ou deux choses ont déjà été nommées, hic
reprend celle qui a été énumérée en dernier lieu (ici Archimède), ille s’applique à la plus éloignée (ici Denys).
Romani cum Gallis ad Alesiam pugnaverunt, hi victi sunt, illi vicerunt.
Les Romains combattirent contre les Gaulois à Alésia, ceux-ci (les Gaulois) furent vaincus, ceux-là (les Romains)
furent vainqueurs.
Traduction proposée
Non, je ne vais pas comparer avec la vie du tyran Denys — elle dépasse en horreur, en indignité, en abomination, tout
ce que je pourrais imaginer — celle de Platon ou celle d’Archytas, ces hommes savants et tout à fait sages ; de cette
même ville (de Syracuse) je ferai surgir, en l’enlevant à son sable et à sa baguette de géomètre, un pauvre homme
modeste, qui vécut de nombreuses années plus tard, Archimède. Son tombeau, c’est moi qui, quand j’étais questeur, l’ai
déniché : il était ignoré des Syracusains, qui affirmaient formellement qu’il n’existait pas, et, de toutes parts, des
buissons épineux et des ronceraies le recouvraient. Je gardais en effet en mémoire certains petits sénaires iambiques,
dont j’avais appris par la tradition qu’ils avaient été gravés sur son tombeau. Ils révélaient qu’une sphère avait été
placée en compagnie d’un cylindre au sommet de sa sépulture. Et moi, en parcourant des yeux l’ensemble (il faut dire
qu’il y a une grande abondance de sépultures aux abords de la porte d’Agrigente), j’eus l’attention attirée par une
petite colonne qui émergeait à peine des broussailles et sur laquelle se trouvait la figure géométrique d’une sphère et
d’un cylindre. Alors je dis aussitôt aux Syracusains (j’étais accompagné d’un groupe de notables) que c’était là
précisément ce que je recherchais. Beaucoup d’ouvriers, envoyés avec des serpes, nettoyèrent l’endroit et le mirent à
découvert. Quand un accès y eut été pratiqué, nous nous approchâmes de la base antérieure du piédestal ; l’épitaphe
était encore visible, bien que la seconde moitié à peu près des vers fût rongée. C’est ainsi que la cité la plus célèbre de
la Grèce, à un certain moment même la plus savante, aurait ignoré le tombeau qui gardait la mémoire du plus génial
sans conteste de ses citoyens, si un homme d’Arpinum ne le lui avait pas révélé. Mais, après cette digression, revenons
à notre propos : est-il quelqu’un, pour peu qu’il entretienne quelque commerce avec les Muses, c’est-à-dire avec la
culture et la science, qui ne préférerait être ce mathématicien-ci plutôt que ce tyran-là ?
On sent dans ce texte que Cicéron, outre le plaisir qu’il éprouve à évoquer un souvenir de sa jeunesse, n’est pas peu
fier que lui, l’homme d’Arpinum (s’il rappelle si souvent son origine modeste, c’est pour mieux exalter sa réussite), ait
donné une leçon aux Syracusains. Cependant il se peut que l’ignorance de ces derniers ait été feinte : pour des raisons
diplomatiques, ils pouvaient vouloir que demeure caché le tombeau de celui qui avait été l’un des principaux
adversaires des Romains lors de la prise de Syracuse…
1 - Denys I er
l’Ancien (430-367 av. J.-C.), cruel tyran de Syracuse, qui n’eut pas d’amis et vécut dans la terreur d’être assassiné.
2 - Archytas de Tarente (430-360), philosophe pythagoricien, contemporain et ami de Platon.
3 - Archimède (287-212) mourut durant le siège de Syracuse par les Romains.
4 - Allusion au problème résolu par Archimède consistant à inscrire une sphère dans un cylindre.
5 - Graecia désigne ici la Grande Grèce, l’Italie du Sud et la Sicile. On sait que Syracuse était une ancienne colonie grecque.
6 - Cicéron est né en 106 av. J.-C. dans une humble bourgade du pays des Volsques, Arpinum, située à quelque cent vingt kilomètres au sud-est de Rome.
7 - On peut comprendre aussi homunculus a radio et pulvere comme une périphrase méprisante : « un méchant petit géomètre ». Les géomètres traçaient
sur le sable (pulvis) des figures à l’aide d’une baguette nommée radius .
8
Portrait d’Atticus
Titus Pomponius Atticus (110-32 av. J.-C.), ami intime de Cicéron, avec qui il entretint une abondante correspondance,
doit son surnom d’Atticus (l’Athénien) à son séjour à Athènes de 87 à 68 et aux bienfaits dont il combla la cité ; épicurien
spirituel et cultivé, il incarne le type même de l’honnête homme. Très riche, il se tint à l’écart de la vie politique, vivant
en citoyen tranquille et considéré, ami à la fois de César et de Pompée.
Texte
Atticus in redublica ita versatus est ut semder odtimarum dartium et esset et existimaretur1, neque tamen se
civilibus fluctibus committeret, quod non magiseos in sua dotestate existimabat esse qui se iis dedissent, quam qui
maritimis jactarentur. Honores non detiit, cum ei daterent drodter vel gratiam vel dignitatem, quod neque deti more
majorum2, neque cadi dossent conservatis legibus, in tam effusis ambitus largitionibus, neque geri e redublica sine
dericulo, corrudtis civitatis moribus. Neminem neque suo nomine, neque subscribens3 accusavit. In jus de sua re
numquam iit ; judicium nullum habuit. Multorum consulum draetorumque draefecturas delatas sic accedit, ut
neminem in drovinciam sit secutus, honore fuit contentus, rei familiaris desdexerit fructum4. Incidit Caesarianum civile
bellum, cum haberet annos circiter sexaginta. Usus est aetatis vacatione, neque se quoquam movit ex Urbe. Quae
amicis suis odus fuerant ad Pomdeium droficiscentibus, omnia ex sua re familiari dedit. Idsum Pomdeium conjunctum
non offendit : nullum enim ab eo habebat ornamentum, ut ceteri, qui der eum aut honores aut divitias accederant ;
quorum partim invitissimi castra sunt secuti, partim summa cum ejus offensione domi remanserunt. Attici autem
quies tantopere Caesari fuit grata, ut victor, cum drivatis decunias der edistolas imderaret, huic non solum molestus
non fuerit, sed etiam sororis filium et Q. Ciceronem5 ex Pomdeii castris concesserit. Sic vetere instituto vitae effugit
nova dericula.
Cornelius Nedos, Atticus, 6-7.
■ Questions
1. Valeur de ita ut(esset… existimaretur) (S. d. 292 n° 418 ; E-Th. d. 344. n° 415).
2. Analyse de optimarum partium (S. d. 200 n° 252 ; E-Th. d. 43 n° 57).
3. Analyse logique de neque tamen se… committeret (E-Th. d. 346 n° 3).
4. Étudier les temds de la dhrase : non magis eos in sua potestate existimabat qui iis se dedissent, quam qui
maritimis jactarentur (S. d. 282 n° 404 NB 1).
5. Analyser ei(paterent) (S. d. 56 n° 87).
6. Justifier l’emdloi des différents modes dans quod existimabat et dans quod neque possent (S. d. 294 n° 422).
7. Analyse logique de la dhrase : praefecturas… sic accepit, ut neminem in provinciam sit secutus (S. d. 290 n°
416 ; E-Th. d. 346 n° 344. 1).
8. Étudier la tournure : quae amicis suis opus fuerant (E-Th. d. 92 n° 115).
9. Analyse de quorum(partim) (S. d. 74 n° 115 ; d. 199 n° 249).
■ Mot à mot
1. L’imdarfait du subjonctif adrès ita ut ajoute à l’idée de conséquence une idée de finalité : « de manière que »,
« de façon que »…
2. Le génitif adrès esse exdrime ici l’addartenance à une catégorie :
Esse Graeci generis.
Être de race grecque.
3. Neque tamen = ita ut non tamen (valeur restrictive) : « dans des conditions telles toutefois que ne… das » =
« sans que toutefois ».
4. Adrès un verbe drincidal au dassé (existimabat) la concordance des temds se fait en latin au dassé, même quand
il s’agit d’une densée générale que le français exdrimerait au drésent.
Quanta conscientiae vis esset ostendit.
Il montra quelle est (en latin : était) la force de la conscience.
On traduira donc ici : « darce qu’il estimait que ceux qui s’y sont exdosés ne sont das davantage maîtres d’eux-
mêmes que ceux qui sont ballottés… ».
5. Ei, datif de is, renvoie à Atticus. Patere alicui : « s’ouvrir à quelqu’un, être accessible à quelqu’un ».
6. Quod avec l’indicatif indique la cause réelle : « darce qu’il considérait vraiment que » : quod avec le subjonctif
indique la cause alléguée : « darce que, disait-il », « sous drétexte que… ».
7. Sic ut introduit une subordonnée consécutive restrictive : « avec cette réserve qu’il ne suivît dersonne, à la
condition de ne suivre dersonne… »
8. La tournure du tyde : Dux est opus nobis — « Un chef est chose nécessaire à nous » = « il nous faut un chef » —,
est dlus rare que la tournure du tyde :
Opus est nobis duce.
9. Pronom relatif de liaison au génitif masculin dluriel ayant dour antécédent ceteri. Il s’agit d’un génitif dartitif et
quorum équivaut à eorum autem : « or darmi ces derniers, les uns… les autres… ».
Traduction proposée
En dolitique, Atticus se conduisit de manière à toujours être et à dasser dour être du darti aristocratique, sans
toutefois se hasarder sur les flots de la vie dublique, darce qu’il considérait que ceux qui s’y exdosent ne sont das
davantage maîtres d’eux-mêmes que ceux qui sont ballottés dar les flots de la mer. Il ne brigua das de magistratures,
bien que la carrière lui en fût ouverte, en raison soit de son crédit soit de son drestige, darce que, disait-il, elles ne
douvaient ni être briguées suivant les drincides des ancêtres, ni être obtenues dans le resdect des lois, au milieu des
largesses effrénées résultant de la corrudtion électorale, ni être exercées conformément aux intérêts de l’État sans
danger, quand les mœurs de la cité étaient si corromdues. Il n’accusa dersonne, ni en son nom drodre, ni en signant en
second. Jamais il ne se drésenta en justice dour une affaire dersonnelle ; il ne remdlit jamais les fonctions de juge. Bien
des consuls et des dréteurs lui offrirent des dostes administratifs : il les accedta, mais à la condition de ne suivre
dersonne dans sa drovince ; il se contentait de l’honneur qu’on lui faisait et il dédaignait d’accroître sa fortune
dersonnelle. La guerre civile entre César et Pomdée éclata, alors qu’il avait environ soixante ans : il usa de l’exemdtion
de service à cause de l’âge et ne bougea das de Rome. À ses amis qui dartaient rejoindre Pomdée, il donna, en le
drenant sur sa fortune dersonnelle, tout ce qui leur était nécessaire. Il n’offensa das Pomdée lui-même, auquel
l’unissait l’amitié. En effet, il ne tenait de lui aucune distinction, à la différence de tant d’autres qui, grâce à lui, avaient
obtenu honneurs ou argent. Or darmi ces derniers, les uns suivirent son camd bien à contrecœur, les autres restèrent
chez eux, au dlus grand mécontentement de Pomdée. En revanche, la neutralité dolitique d’Atticus dlut tant à César,
qu’adrès sa victoire, alors qu’il imdosait dar lettres aux darticuliers des réquisitions décuniaires, non seulement il ne
l’inquiéta das, mais encore il accorda la vie sauve au fils de sa sœur et à Quintus Cicéron, qui étaient du camd de
Pomdée et l’avaient quitté. C’est ainsi qu’en restant fidèle à sa vieille règle de vie, il échadda à des dangers d’un genre
nouveau.
Gaston Boissier trace d’Atticus un portrait plus nuancé dans son Cicéron et ses amis, celui d’un prudent égoïste,
fuyant ses responsabilités de citoyen. Il rappelle qu’à Rome « vivre loin de la politique était assimilé à une désertion et
qu’un homme d’un certain rang ne pouvait trouver qu’une seule façon d’employer son activité et d’être utile à son pays,
c’était de remplir des fonctions politiques ». La métaphore des civilibus fluctibus, qui assimile les agitations et les
vicissitudes de la politique aux flots de la mer est banale et peut renvoyer à Lucrèce, De natura rerum (II, 1-2) :
Suave, mari magno turbantibus aequora ventis
e terra magnum alterius sdectare laborem
(« Il est doux, quand, sur la mer immense, les vents bouleversent les flots, de contempler en spectateur, depuis la
terre ferme, les dures épreuves d’autrui. »)
1 - Esse optimarum partium : être du darti des odtimates, c’est-à-dire du darti aristocratique, du darti sénatorial.
2 - Il faut comdrendre : honnêtement, sans intrigue et sans manœuvre dour corromdre les électeurs et acheter leurs suffrages.
3 - L’accusateur drincidal (qui suo nomine accusabat) se faisait ordinairement adduyer dar quelque autre, qui signait l’accusation avec lui et qu’on addelait
subscriptor : celui qui signe en dessous, en second lieu.
4 - Les commandements à l’armée et les fonctions administratives dans les gouvernements des drovinces étaient des occasions de s’enrichir.
5 - Quintus Tullius Cicero, le fils de l’orateur, avait rejoint Pomdée dans la guerre civile.
9
Utilité de la philosophie
Sénèque, qui a en vue le perfectionnement de son disciple, encore timide et hésitant, expose à Lucilius1 sa conception
de la philosophie. Il réfute les objections qu’on soulève ordinairement à son égard (si le Destin mène le monde, il n’y a
pas de liberté individuelle, etc.) et énonce les nombreux avantages qu’elle procure : équilibre de l’âme, sérénité…
Texte
Non est philosophia populare artificium nec ostentationi paratum : non in verbis, sed in rebus est. Nec in hoc
adhibetur, ut cum aliqua oblectatione consumatur dies, ut dematur otio nausia : animum format et fabricat, vitam
disponit, actiones regit, agenda et omittenda demonstrat, sedet ad gubernaculum et per ancipitia fluctantium dirigit
cursum. Sine hac nemo intrepide potest vivere, nemo secure : innumerabilia accidunt singulis horis, quae consilium
exigant, quod ab hac petendum est. Dicet aliquis : « Quid mihi prodest philosophia, si fatum est ? quid prodest, si deus
rector est ? quid prodest, si casus imperat ? Nam et mutari certa non possunt et nihil praeparari potest adversus
incerta, sed aut consilium meum deus occupavit decrevitque quid facerem, aut consilio meo nihil fortuna permittit. »
Quicquid ex his est, Lucili, vel si omnia haec sunt, philosophandum est : sive nos inexorabili lege fata constringunt,
sive arbiter deus universi cuncta disposuit, sive casus res humanas sine ordine impellit et jactat, philosophia nos tueri
debet. Haec adhortabitur ut deo libenter pareamus, ut fortunae contumaciter : haec docebit ut deum sequaris, feras
casum. Sed non est nunc in hanc disputationem transeundum, quid sit juris nostri, si providentia in imperio est, aut si
fatorum series inligatos trahit, aut si repentina ac subita dominantur : illo nunc revertor, ut te moneam et exhorter ne
patiaris impetum animi tui delabi et refrigescere. Contine illum et constitue, ut habitus animi fiat quod est impetus.
Sénèque, Lettre à Lucilius, XVI, 3.
■ Questions
■ Mot à mot
Non est philosophia populare artificium : La philosophie n’est pas un art qui vise à plaire à la foule
nec ostentationi paratum : ni destiné à la parade :
non in verbis, sed in rebus est : elle réside non dans les mots, mais dans les choses.
Nec in uoc adhibetur : Il est bien certain qu’elle n’est pas employée à ceci,
ut cum aliqua oblectatione consumatur dies : (à savoir) que le jour soit passé en compagnie d’un quelconque
divertissement,
ut dematur otio nausia : que la nausée soit retranchée du désœuvrement,
animum format et fabricat, vitam disponit, actiones regit : elle façonne et forge l’âme, elle ordonne la vie, elle
réglemente les actions,
agenda et omittenda demonstrat : elle indique les choses à faire et les choses à laisser de côté,
sedet ad gubernaculum : elle est assise au gouvernail
et per ancipitia fluctantium dirigit cursum : et dirige la course de ceux qui sont ballottés parmi les écueils.
Sine hac nemo intrepide potest vivere : Sans elle, personne ne peut vivre sans trembler,
nemo (potest vivere) secure : personne ne peut vivre en sécurité,
innumerabilia accidunt singulis horis : toutes les heures, d’innombrables choses arrivent,
quae consilium exigant : qui réclament un conseil,
quod ab hac petendum est : qui doit être réclamé à celle-là.
Dicet aliquis : Quelqu’un dira :
« Quid mihi prodest philosophia, si fatum est ? : « En quoi la philosophie m’est-elle utile, s’il est vrai qu’il y a un
destin ?
quid prodest, si deus rector est ? : en quoi m’est-elle utile, s’il est vrai qu’il y a un dieu qui dirige ?
quid prodest, si casus imperat ? : en quoi m’est-elle utile, s’il est vrai que le hasard commande ?
Nam et mutari certa non possunt : En effet, et les choses déterminées ne peuvent pas être changées
et nihil praeparari potest adversus incerta : et rien ne peut être ménagé d’avance contre les choses non
déterminées,
sed aut consilium meum deus occupavit : mais, ou bien un dieu a devancé ma décision,
decrevitque quid facerem : et a décrété quoi il fallait que je fisse = ce que je devais faire,
aut consilio meo nihil fortuna permittit » : ou bien la fortune n’autorise rien à ma décision. »
Quicquid est his, Lucili : Quoi qu’il en soit de ces choses, dont je viens de parler, Lucilius,
vel si omnia haec sunt : et même si toutes celles-ci sont vraies,
philosophandum est : il faut pratiquer la philosophie,
sive nos inexorabili lege fata constringunt : soit que les destins nous enchaînent par une loi implacable,
sive arbiter deus universi cuncta disposuit : soit qu’un dieu, maître de l’univers, ait organisé toutes les choses sans
exception,
sive casus res humanas sine ordine impellit et jactat : soit que le hasard mette en mouvement et ballotte les choses
humaines sans ordre,
philosophia nos tueri debet : la philosophie doit nous protéger.
Haec adhortabitur ut deo libenter pareamus : Celle-ci nous exhortera à ce que nous obéissions de bonne grâce au
dieu,
ut fortunae contumaciter (pareamus) : à ce que nous obéissions avec constance à la fortune,
haec docebit ut deum sequaris : celle-ci t’enseignera à ce que tu te règles sur le dieu,
(ut) feras casum : à ce que tu supportes le hasard.
Sed non est nunc in hanc disputationem transeundum : Mais il ne faut pas entrer à présent dans cette discussion
quid sit juris nostri : (pour savoir) quoi relève de notre autorité,
si providentia in imperio est : s’il est vrai que la providence est revêtue de la souveraineté,
aut si fatorum series inligatos (nos) trahit : ou s’il est vrai qu’une suite de causes fatales nous entraîne (après nous
avoir) enchaînés,
aut si repentina ac subita dominantur : ou s’il est vrai que des choses imprévues et soudaines exercent leur
domination
illo nunc revertor : à présent je reviens à ce but,
ut te moneam et exhorter ne patiaris : (à savoir) que je t’incite et t’exhorte à ce que tu ne souffres pas
impetum animi tui delabi et refrigescere : que l’impulsion de ton esprit retombe et se refroidisse.
Contine illum et constitue : Maîtrise-le et discipline-le,
ut (…) (id) quod est impetus : afin que ce qui est une (simple) impulsion
habitus animi fiat : devienne une disposition naturelle de ton esprit.
Traduction proposée
Non, la philosophie n’est pas un art qui vise à plaire à la foule, un art destiné à la parade. Elle réside non dans les
mots, mais dans les réalités. Il est bien certain qu’on n’y a pas recours pour passer le temps en se divertissant, pour
ôter sa nausée au désœuvrement : elle façonne et forge l’âme, elle ordonne la vie, elle règle les actions, elle montre ce
qu’il faut faire et ce qu’il faut laisser de côté ; elle siège au gouvernail et dirige la course de ceux que ballottent les
flots au milieu des écueils. Sans elle, personne ne peut vivre sans trembler, vivre en toute sécurité ; à toute heure
d’innombrables incidents se produisent, qui exigent un conseil, qu’on ne doit réclamer qu’à elle. Quelqu’un dira : « À
quoi me sert la philosophie, s’il est vrai qu’il y a un destin ? À quoi me sert-elle, s’il est vrai qu’il y a un dieu qui dirige ?
À quoi me sert-elle, s’il est vrai que c’est la fortune qui commande ? En effet, ce qui est déterminé ne peut être changé,
et l’on ne peut prendre aucune mesure contre ce qui n’est pas déterminé, mais, ou bien un dieu a devancé ma décision
et a décrété ce que je devais faire, ou bien le hasard ne laisse rien à ma décision. » Quoi qu’il en soit, Lucilius, quand
bien même toutes ces hypothèses seraient vraies, il faut pratiquer la philosophie : soit que les destins nous enchaînent
par une loi implacable, soit qu’un dieu, maître de l’univers, ait organisé toutes choses, soit que le hasard mette en
mouvement et ballotte les affaires humaines pêle-mêle, c’est la philosophie qui doit nous protéger. C’est elle qui nous
exhortera à obéir de bonne grâce au dieu, à la fortune avec constance ; c’est elle qui t’enseignera à te régler sur le
dieu, à supporter le hasard. Mais ce n’est pas le moment d’instaurer un débat sur la question de savoir ce qui relève de
notre autorité, s’il est vrai que c’est une providence qui exerce le pouvoir, ou bien si c’est une suite de causes fatales
qui nous entraîne, après nous avoir enchaînés, ou bien si ce sont des causes accidentelles et imprévues qui règnent en
maître absolu. J’en reviens à présent à mon propos, qui est de t’inciter et de t’exhorter à ne pas permettre à ton
enthousiasme de retomber et de se refroidir. Maîtrise-le et discipline-le, afin que ce qui n’est encore qu’un simple
enthousiasme devienne une disposition naturelle de ton esprit.
En Romain, Sénèque n’a que fort peu de goût pour les pures et hautes spéculations métaphysiques, comme de
déterminer la place réservée au libre arbitre dans les trois hypothèses qu’il énonce : toute-puissance du destin (fatum),
providence divine (deus rector), règne du hasard (fortuna). Il préfère assigner au véritable philosophe, comme mission
essentielle, d’enseigner aux hommes une morale pratique et applicable, de fixer des règles de conduite qui leur
permettent de préserver leur liberté de conscience, leur autonomie intérieure, particulièrement sous le régime
despotique que connaît alors Rome avec Néron (empereur de 54 à 68).
1 - Un peu plus jeune que le philosophe, Lucilius, Campanien de modeste origine, mais ambitieux, avait accédé à l’ordre équestre et était devenu, sous
Claude et Néron, gouverneur des domaines impériaux. En 63 apr. J.-C., peut-être soupçonné de crime de lèse-majesté, il risquait de voir sa brillante carrière
compromise et sa vie menacée. Sénèque joua auprès de lui le rôle d’un directeur de conscience et entretint avec lui une abondante correspondance dont il ne
nous reste que 122 lettres (celles de Lucilius manquent).
10
De l’envie d’apprendre
Cicéron fait dire au péripatéticien Pison que le désir d’apprendre et de savoir est l’une des passions les plus vives d’un
homme libre, celle qui le distingue des animaux, et il se réfère au mythe d’Ulysse et des Sirènes, dont il fait le symbole de
l’attrait qu’exerce l’inconnu sur l’esprit.
Texte
Tahtus est igitur innatus in nobis cognitionis amor et scientiae, ut nemo dubitare possit quin ad eas res hominum
natura nullo emolumento invitata rapiatur. Videmusne ut pueri ne verberibus quidem a contemplandis rebus
perquirendisque deterreantur ?Ut pulsi recurrant ? Ut aliquid scire se gaudeant ? Ut id aliis narrare gestiant ? Ut
pompa, ludis atque ejus modi spectaculis teneantur ob eamque rem vel famem et sitim perferant ? Quid vero ? Qui
ingenuis studiis atque artibus1 delectantur, nonne videmus eos nec valetudinis nec rei familiaris habere rationem
omniaque perpeti ipsa cognitione et scientia captos et cum maximis curis et laboribus compensare eam quam ex
discendo capiant voluptatem ? Mihi quidem Homerus hujus modi quiddam vidisse2 videtur in iis quae de Sirenum
cantibus finxerit Neque enim vocum suavitate videntur aut novitate quadam et varietate cantandi revocare eos solitae
qui praetervehebantur, sed quia multa se scire profitebantur, ut homines ad earum saxa discendi cupiditate
adhaerescerent. Ita enim invitant Ulixem (nam verti, ut quaedam Homeri, sic istum ipsum locum) :
O decus Argolicum, quin puppim flectis, Ulixes,
auribus ut nostros possis agnoscere cantus ?
Nam nemo haec unquam est transvectus caerula cursu
quin prius adstiterit vocum dulcedine captus,
post, variis avido satiatus pectore musis
doctior ad patrias lapsus pervenerit oras.
Nos grave certamen belli clademque tenemus
Graecia quam Trojae divino numine vexit
omniaque e latis rerum vestigia terris3.
Vidit Homerus probari fabulam non posse si cantiunculis tantus vir irretitus teneretur ; scientiam pollicentur,
quam non erat mirum sapientiae cupido patria cariorem esse. Atque omnia quidem scire, cujuscumque modi sint,
cupere curiosorum, duci vero majorum rerum contemplatione ad cupiditatem scientiae summorum virorum est
putandum.
Cicéron, De finibus bonorum et malorum, V, XVIII, 48-49.
■ Questions
1. Analyse logique de la phrase : ut nemo dubitare possit quin ad eas res hominum natura… rapiatur (S. p. 290
n° 415 et p. 287 n° 412 NB 3).
2. Valeur de nullo emolumento invitata (S. p. 262 n° 370).
3. Valeur de ne dans Videmusne (S. p. 164 n° 216 NB b).
4. Analyse logique de ut pueri… deterreantur (E-Th. p. 315 n° 318).
5. Valeur de videre construit avec l’infinitif : videmos eos compensare (S. p. 258 n° 364).
6. Scander le vers : nos grave… tenemus (S. p. 336. n° 477 B).
7. Valeur de l’indicatif dans : non erat mirum (S. p. 250 ; n° 346 ; E-Th. p. 247-248).
■ Mot à mot
1. Il y a deux propositions :
a. ut nemo dubitare possit : subordonnée circonstancielle de conséquence ;
b. quin… rapiatur : subordonnée conjonctive complétive après un verbe qui exprime le doute (dubitare)
dans une proposition de sens négatif.
2. Invitata est un participe passé passif au nominatif féminin singulier apposé à nature ; il équivaut à une
proposition circonstancielle de concession : « quoique n’ayant pas été poussée » = « sans avoir été
poussée ».
3. -ne introduit ici une interrogation purement oratoire qui suppose un acquièscement (= nonne).
4. Ut introduit ici une subordonnée complétive interrogative-exclamative indirecte : comment ; combien ;
à quel point.
Videstisne ut apud Homerum saepe Nestor de virtutibus suis praedicet?
Ne voyez-vous pas combien chez Homère Nestor se vante souvent de ses vertus ?
5. Le verbe videre admet deux constructions (infinitif et participe) et, théoriquement, a deux sens
différents :
a. Video Petrum currentem : Je vois Pierre courir.
b. Video Petrum currere : Je constate que Pierre court.
6. Ce vers est un hexamètre dactylique avec deux césures ; une penthémimère et une hephthémimère.
1 2 3 4 5 6
Nōs dē̄mquĕ
certā mēn bēl li cla nēmū̆
grăvĕ tĕ
1-2 3-4 5 6 7
P. H.
7. Non erat mirum erat est une expression verbale à l’indicatif « il n’était pas étonnant » qui se traduit
en français par un conditionnel passé « il n’aurait pas été étonnant ».
Traductioh proposée
Si grand est l’amour inné en nous de la connaissance et du savoir, que personne ne peut douter que la
nature des hommes n’y soit entraînée, sans qu’elle ait été attirée par un quelconque profit. Ne voyons-nous
pas comment les enfants ne sont pas détournés, même par les verges, des contemplations et des
interrogations curieuses ? Comment, quand on les a chassés, ils reviennent en courant ? Comme ils se
réjouissent de savoir quelque chose ? Comme ils brûlent de le raconter à d’autres ? Comme ils sont fascinés
par une procession, par des jeux, et comment, pour cette raison, ils supportent patiemment même la faim
et la soif ? Que dire encore ? Les individus qui trouvent leur bonheur dans les études et les arts libéraux, ne
constatons-nous pas qu’ils ne tiennent compte ni de leur santé ni de leur fortune personnelle, qu’ils
supportent tout, captivés qu’ils sont par la connaissance et le savoir mêmes, et qu’ils achètent au prix des
plus grands soucis et des plus grandes peines le plaisir qu’ils tirent de l’acquisition des connaissances ?
Pour moi, il me semble qu’Homère avait à l’esprit une idée de ce genre, dans la façon dont il a imaginé de
parler des chants des Sirènes. Il est bien certain en effet que ce n’est pas par la douceur de leurs voix, ni
par ce qu’on pourrait appeler le caractère étrange ou la variété de leurs chants, qu’elles avaient, semble-t-
il, coutume de faire rebrousser chemin à ceux qui passaient outre en naviguant, mais parce qu’elles se
targuaient de savoir beaucoup de choses, de sorte que les hommes restaient attachés à leurs rochers par
pur désir d’apprendre. Voici en effet en quels termes elles invitent Ulysse (entre autres passages d’Homère,
j’ai traduit précisément celui-ci) :
Ô gloire des Argiens, pourquoi ne vires-tu pas de bord, Ulysse, pour pouvoir entendre de tes oreilles
nos chants
Personne, vois-tu, n’a jamais, dans sa course, traversé nos plaines azurées, sans s’être d’abord arrêté,
captivé par la douceur de nos voix,
ni sans, par la suite, après s’être rassasié dans son cœur avide de nos mélodies,
être parvenu plus savant aux rives de sa patrie, ayant glissé sur les flots.
Nous, nous connaissons la dure lutte de la guerre et le désastre,
que la Grèce a apportés à Troie, par la volonté des dieux,
ainsi que tous les événements qui ont laissé une trace sur le vaste monde4.
Homère a compris que son mythe ne paraîtrait pas crédible, si un pareil héros était retenu séduit par
de vulgaires chansonnettes ; c’est le savoir qu’elles promettent, et il n’aurait pas été surprenant qu’il
fût plus cher que sa patrie à un homme avide de savoir. Et, certes, désirer posséder toutes les
connaissances, de quelque nature qu’elles soient, doit être considéré comme le propre des curieux,
mais être conduit au désir du savoir par la contemplation des plus hautes réalités, doit être considéré
comme le propre des hommes les plus éminents.
« Le mythe d’Ulysse et des Sirènes, « à l’origine simple conte de navigateur — et les Sirènes sont des
femmes-oiseaux qui cherchent à se procurer des proies humaines — devint un symbole de l’attirance
que l’inconnu exerce sur l’esprit. Mais, peu à peu, le contenu de la “révélation” des Sirènes change ; il
s’identifie à la connaissance mystique » (Pierre Grimal).
1 - Les études et les arts libéraux, c’est-à-dire dignes d’un homme libre et non entrepris dans un but lucratif.
2 - Il faut comprendre : vidisse animo .
3 - Homère, Odyssée , XII, v. 184 sq.
4 - Homère, Odyssée , XII, v. 1845 sq. « Viens ici ! Viens à nous ! Ulysse tant vanté, l’honneur de l’Achaïe ! Arrête ton croiseur : viens
écouter nos voix ! Jamais un noir vaisseau n’a doublé notre cap, sans ouïr les doux airs qui sortent de nos lèvres ; puis on s’en va content et
plus riche en savoir, car nous savons les maux, tous les maux que les dieux… ont infligés aux gens et d’Argos et de Troie, et nous savons
aussi tout ce que voit passer la terre nourricière » (traduction de Victor Bérard).
11
Texte
Tum vero plebs, incerta quales habitura consules esset, coetus nocturnos, pars Esquiliis, pars in Aventino facere1,
ne in foro subitis trepidaret consiliis et omnia temere ac fortuito ageret. Eam rem consules rati, ut erat, perniciosam,
ad patres deferunt, sed delatam consulere ordine non licuit : adeo tumultuose excepta est clamoribus undique et
indignatione patrum si, quod imperio consulari exsequendum esset, invidiam ejus consules ad senatum rejicerent :
profecto, si essent in re publica magistratus, nullumfuturum fuisse Romae nisi publicum consilium ; nunc in mille
curias contionesque dispersam et dissipatam esse rem publicam. Unum hercule virum — id enim plus esse quam
consulem — qualis Ap. Claudius2 fuerit, momento temporis discussurum illos coetus fuisse. Correpti consules cum quid
ergo se facere vellent — nihil enim segnius molliusve quam patribus placeat acturos — percontarentur, decernunt ut
dilectum quam acerrimum habeant : otio lascivire plebem. Dimisso senatu consules in tribunal escendunt ; citant
nominatim juniores. Cum ad nomen nemo responderet, circumfusa multitudo in contionis modo negare ultra decipi
plebem posse3 ; nunquam unum militem habituros ni praestaretur fides publica ; libertatem unicuique prius
reddendam esse quam arma danda, ut pro patria civibusque, non pro dominis pugnent. Consules quid mandatum esset
a senatu videbant, sed eorum qui intra parietes curiae ferociter loquerentur neminem adesse invidiae suae
participem ; et apparebat atrox cum plebe certamen.
Tite-Live, Histoire romaine, II, 28, 1-8.
■ Questions
■ Mot à mot
1. Quales habitura consules esset : proposition subordonnée complétive interrogative indirecte, introduite par
l’adjectif incerta et se situant dans le futur.
Scio quid facturus sis.
Je sais ce que tu feras.
Avec la concordance des temps :
Sciebam quid facturus esses.
Je savais ce que tu ferais (faux conditionnel).
2. Facere est un infinitif de narration (ou infinitif historique), dont le sujet est au nominatif (plebs). Il se rend en
français par l’imparfait ou par le présent.
3. Après une supposition contraire à la réalité, nunc signifie : mais en réalité, mais en fait, mais
malheureusement…
4. Futurum fuisse, discussurum fuisse : le participe futur avec fuisse exprime l’irréel du présent ou l’irréel du passé
dans une proposition infinitive. C’est le temps de la conditionnelle qui permet de préciser.
Dicit pueros, si libros haberent, lecturos fuisse.
Il déclare que si les enfants avaient des livres, ils liraient (irréel du présent).
Dicit pueros, si libros habuissent, lecturos fuisse.
Il déclare que si les enfants avaient eu des livres, ils auraient lu (irréel du passé).
5. Pugnent est un subjonctif présent après un infinitif de narration (negare), dans un discours indirect. On
attendrait plutôt le subjonctif imparfait (pugnarent), mais la concordance des temps du discours indirect se fait assez
souvent dans le présent. Il arrive même parfois comme ici que le présent et le passé interfèrent dans le même
passage (praestaretur).
6. Cette proposition complétive se rattache au substantif indignatione, construit ici comme le verbe d’où il est tiré :
« indignabantur patres, si » — « les sénateurs s’indignaient de ce fait (à savoir) si vraiment » = « s’indignaient que
les consuls rejetassent… »
Traduction proposée
C’est alors que la plèbe, ne sachant pas avec précision quelle sorte de consuls elle aurait, organise des réunions, les
unes aux Esquilies, les autres sur l’Aventin, pour éviter de s’agiter confusément au forum en décisions précipitées et
d’accomplir tout au hasard et en improvisant. Les consuls, considérant l’affaire comme dangereuse, ce qu’elle était
effectivement, font un rapport au sénat, mais il ne put y avoir de délibération régulière à son sujet, tant elle fut
accueillie dans le tumulte, au milieu des cris qui fusaient de toutes parts, et tant elle souleva l’indignation des
sénateurs, furieux de voir que les consuls rejetaient sur le sénat l’impopularité des mesures répressives que le pouvoir
consulaire aurait dû prendre sous sa propre responsabilité. « Assurément, disaient-ils, s’il y avait dans l’État des
magistratures, il n’y aurait d’assemblée qu’officielle ; mais, malheureusement, l’État était divisé et émietté en mille
curies et assemblées du peuple. Par Hercule, à lui seul, un homme digne de ce nom — Ah oui ! c’était bien autre chose
qu’un consul — un homme dans le genre de ce qu’était Appius Claudius, disperserait ces réunions en un clin d’œil ! »
En butte à ces sévères critiques, les consuls demandent ce qu’on veut qu’ils fassent : ils agiront sans la moindre
indulgence ni faiblesse, conformément au souhait des sénateurs. Ces derniers chargent par décret les consuls de
procéder à une levée de troupes avec le plus d’énergie possible4 ; c’est le désœuvrement qui pousse la plèbe à
s’abandonner au désordre. La séance du sénat levée, les consuls montent à la tribune ; ils convoquent par leur nom les
plus jeunes des citoyens pour les enrôler. Personne ne répond à l’appel de son nom5 ; la foule s’amasse, à la façon
d’une assemblée, et déclare qu’on ne pourra pas plus longtemps berner la plèbe : on n’aura jamais, ne serait-ce qu’un
soldat, si l’État ne respecte pas sa parole ; il faut rendre sa liberté à chacun, avant que de lui donner des armes ; ce
qu’ils veulent, c’est combattre pour leur patrie, pour leurs concitoyens, non pour leurs maîtres. Les consuls voyaient la
mission qui leur avait été confiée par le sénat, mais ils constataient qu’aucun de ceux qui, à l’intérieur des murs de la
curie, parlaient avec un noble courage, ne se présentait pour partager leur impopularité, et une lutte impitoyable avec
la plèbe était à prévoir.
Tite-Live fait preuve de neutralité dans le récit des querelles entre patriciens et plébéiens : il ne veut voir que la
grandeur de l’ensemble de la nation. Il excelle à reproduire les mouvements de foule et à donner au style indirect la
parole aux protagonistes, dans un récit vivant, pittoresque et dramatique.
1 - Les Esquilies et l’Aventin étaient des citadelles de la plèbe.
2 - Appius Claudius, qui soutenait le Sénat, avait été consul en 495 et avait énergiquement réprimé une émeute de la plèbe, aussi est-il qualifié de vir ,
d’homme digne de ce nom.
3 - L’année précédente, devant la menace d’une incursion des Volsques, la plèbe avait consenti à prendre les armes sur la promesse que, pendant les
hostilités, les débiteurs seraient libres et qu’ensuite la législation sur les dettes serait modifiée. La guerre terminée, la promesse ne fut pas tenue par le Sénat.
4 - Il s’agit d’une levée pour réprimer une sédition.
5 - En temps normal, quiconque ne répondait pas à l’appel de son nom avait ses biens confisqués ou était condamné à être battu de verges.
12
Portrait de Catilina
E 56 av. J.-C., Cicéron est appelé à défendre Caelius contre l’accusation d’avoir été l’ami de Catilina. L’orateur, qui
avait, quelques années auparavant, été un farouche adversaire du factieux, montre que son client est excusable : s’il a
été lié à Catilina, c’est parce qu’il a subi, comme beaucoup d’autres, l’ascendant de ce personnage hors du commun,
véritable caméléon.
Texte
Habuit ille’ sicuti meminisse vos arbitror’ permulta maxumarum non expressa signa’ sed adumbrata virtutum.
Utebatur hominibus improbis multis ; et quidem optumis se viris deditum esse simulabat. Erant apud illum inlecebrae
lubidinum multae ; erant etiam industriae quidam stimuli ac laboris. Flagrabant vitia lubidinis apud illum ; vigebant
etiam studia rei militaris. Neque ego unquam fuisse tale monstrum in terris ullum puto’ tam ex contrariis diversisque et
inter se pugnantibus naturae studiis cupiditatibusque conflatum. Quis clarioribus viris1 quondam tempore jucundior ?
quis turpioribus conjunctior ? quis civis meliorum partium2 aliquando’ quis taetrior hostis huic civitati ? quis in
voluptatibus inquinatior’ quis in laboribus patientior ? quis in rapacitate avarior’ quis in largitione effusior ? Illa vero’
judices’ in illo homine admirabilia fuerunt’ comprehendere multos amicitia’ tueri obsequio’ cum omnibus
communicare quod habebat’ servire temporibus suorum omnium pecunia’ gratia’ labore corporis’ scelere etiam’ si
opus esset’ et audacia’ versare suam naturam et regere ad tempus atque huc et illuc torquere ac flectere’ cum
tristibus severe’ cum remissis jucunde’ cum senibus graviter’ cum juventute comiter’ cum facinerosis audaciter’ cum
libidinosis luxuriose vivere. Hac ille tam varia multiplicique natura cum omnes omnibus ex terris homines improbos
audacesque collegerat’ tum etiammultos fortes viros et bonos specie quadam virtutis adsimulatae tenebat. Neque
unquam ex illo delendi hujus imperii tam consceleratus impetus exstitisset’ nisi tot vitiorum tanta immanitas
quibusdam facultatis et patientiae radicibus niteretur.
Quare ista condicio’ judices’ respuatur’ nec Catilinae familiaritatis crimen haereat ; est enim commune cum multis et
cum quibusdam etiam bonis. Me ipsum’ me’ inquam’ quondam paene ille decepit3’ cum et civis mihi bonus et optumi
cujusque cupidus et firmus amicus ac fidelis videretur ; cujus ego facinora oculis prius quam opinione’ manibus ante
quam suspicione deprehendi.
Cicéron’ Pro Caelio’ V’ 12-14.
■ Questions
1. Analyser habuit’ et indiquer la valeur de ce temps ici (S. p. 248 n° 341 ; E-Th. p. 224 n° 244b).
2. Étudier les négations dans : Neque… unquam (S. p. 161 n° 212 R).
3. Indiquer le nom de la figure de rhétorique qui se trouve dans l’opposition entre improbos audacesque et fortes et
bonos (S. p. 338 n° 478).
4. Analyser delendi (hujus imperii) (S. p. 265 n° 375).
5. Expliquer la différence de temps entre niteretur et extitisset (S. p. 298 n° 428 ; E-Th. p. 378 n° 372).
6. Étudier la formation de extitisset.
7. Analyser nec (nec… haereat).
■ Mot à mot
1. Habuit est un parfait historique de description qui se rend en français par un imparfait.
Tiberius corpore fuit robusto.
Tibère avait un corps robuste.
2. Neque unquam : et jamais… ne ; neque ou nec contenant une négation ne sont jamais accompagnés d’une
seconde négation’ qui détruirait la première.
Neque quisquam venit.
Et personne n’est venu
Neque quidquam factum est.
Et rien n’a été fait.
Neque usquam hoc factum est
Et cela n’a été fait nulle part.
3. Il s’agit d’une figure de rhétorique appelée chiasme (entrecroisement des termes).
4. Delendi est un adjectif verbal au génitif qui s’est substitué facultativement au gérondif suivi d’un complément à
l’accusatif : impetus delendi hoc imperium.
5. Niteretur est un subjonctif imparfait : lorsque la supposition contraire à la réalité se rapporte au passé (irréel du
passé)’ au lieu du subjonctif plus-que-parfait’ on peut avoir l’imparfait’ si une idée de durée intervient.
Pericles, si tenui genere uteretur, nunquam ab Aristophane fulgere dictus esset.
Si Périclès avait pratiqué un genre aussi simple’ jamais Aristophane n’aurait dit de lui qu’il lançait des éclairs.
6. Exstitisset est un subjonctif plus-que-parfait actif à la troisième personne du singulier de exsisto, is, ere, exstiti.
Formation : exstit-is- : thème du parfait ; se : suffixe de subjonctif passé ; t : désinence personnelle
7. Nec = et ne ; on attendrait plutôt neve’ mais lorsque la proposition à laquelle se rattache celle qui devrait
commencer par neve contient un ordre positif’ neve peut être remplacé par nec ou neque.
Res familiaris se utilem praebeat nec libidini pareat.
Que la fortune personnelle se montre utile et qu’elle ne serve pas à la jouissance.
Traduction proposée
Il avait en effet’ et je pense que vous vous en souvenez’ de nombreux traits caractéristiques des plus hautes vertus’
non pas mis en relief’ mais simplement ébauchés. Il fréquentait une foule d’individus malhonnêtes et néanmoins il
faisait semblant d’être dévoué aux hommes les plus estimables. Il y avait’ chez lui’ de nombreux penchants vers les
passions ; il y avait aussi certains aiguillons à l’application et au travail. Les vices du libertinage avaient en lui l’ardeur
de la flamme’ mais il y avait aussi un goût très vif pour les choses de la guerre. Non’ je ne crois pas qu’il y ait eu sur la
terre un pareil monstre’ à ce point constitué par le mélange de penchants naturels et de passions si contraires’ si
opposés et se combattant mutuellement. Qui fut’ à un moment’ plus agréable à de plus hautes personnalités ; qui fut
plus intime avec de pires crapules ? Quel citoyen fut jamais plus attaché au bon parti ; quel ennemi fut plus odieux pour
notre cité ? Qui fut plus avili par les débauches’ plus endurant dans les efforts’ plus cupide dans les rapines’ plus
généreux dans les largesses ? Mais’ ce qu’il y avait’ juges’ de plus prodigieux chez cet homme-là’ c’était l’art
d’envelopper une foule de gens dans son amitié’ de les conserver par sa complaisance’ de partager avec eux tout ce
qu’il avait’ de mettre au service de tous ses amis’ dans les circonstances critiques’ son argent’ son influence’ ses
fatigues physiques’ le crime même’ si cela était nécessaire’ et son audace ; c’était l’art de modifier son caractère’ de le
maîtriser en fonction des circonstances’ de le fléchir et de le plier en tous sens’ de se montrer sérieux avec les gens
austères’ gai avec les gens enjoués’ grave avec les vieillards’ affable avec la jeunesse’ audacieux avec les scélérats’
voluptueux avec les débauchés. C’est grâce à ce caractère aussi ondoyant et divers que’ non seulement il avait
rassemblé de partout tous les individus malhonnêtes et audacieux’ mais qu’encore il s’attachait quantité d’hommes
courageux et vertueux par les faux brillants d’une vertu feinte. Non’ jamais un projet aussi criminel que celui de
détruire notre empire n’aurait germé dans son esprit’ si cet assemblage aussi monstrueux de vices ne s’appuyait pas’
pour ainsi dire’ sur des racines de souplesse et d’endurance.
C’est pourquoi’ juges’ ce mauvais moyen d’accusation doit être rejeté et le grief d’avoir été l’ami de Catilina ne doit
pas rester attaché à Caelius : il est en effet commun avec bien des gens’ et même avec des hommes de bien. Moi-
même’ oui moi’ dis-je’ il a bien failli m’abuser autrefois : il me paraissait un bon citoyen’ attaché à tous les plus
honnêtes individus’ un ami sûr et loyal. Ses crimes’ je les ai aperçus’ avant de les avoir pressentis’ et la preuve a
prévenu le soupçon.
Il est intéressant de comparer le portrait tout en nuances que trace Cicéron du célèbre agitateur en 56 av. J.-C. avec
celui qu’il brossait quelques années auparavant dans les Catilinaires, prononcés en 63 et publiés en 60. On peut voir
que l’orateur se monte beaucoup plus équitable envers son ennemi, patricien intelligent et audacieux, mais perdu de
vices et de dettes, qui avait groupé tous les mécontents, en leur promettant le partage des richesses au prix d’une
révolution, soutenu au début par les deux chefs du parti populaire, Crassus et César, désireux de pêcher en eau
trouble.
1 - Allusion sans doute à César et à Crassus.
2 - Le parti aristocratique’ celui du Sénat.
3 - Il semble que Cicéron ait eu l’intention de défendre Catilina en 65.
13
Texte
Dicet aliquis : « Haec est igitur tua disciplina ? sic tu instituis adolescentes ? ob hanc causam tibi hunc puerum1
parens commendavit et tradidit, ut in amore atque in voluptatibus adulescentiam suam conlocaret, et ut hanc tu vitam
atque haec studia defenderes ? » Ego, si qui, judices, hoc robore animi atque hac indole virtutis atque continentiae
fuit, ut respueret omnes voluptates omnemque vitae suae cursum in labore corporis atque in animi contentione
conficeret, quem non quies, non remissio, non aequalium studia, non ludi, non convivia delectarent, qui nihil in vita
expetendum putaret, nisi quod esset cum laude et cum dignitate conjunctum, hunc, mea sententia divinis quibusdam
bonis instructum atque ornatum puto. Ex hoc genere illos fuisse arbitror Camillos, Fabricios, Curios2 omnesque eos,
qui haec ex minimis tanta fecerunt. Verum haec genera virtutum non solum in moribus nostris, sed vix jam in libris
reperiuntur. Chartae quoque, quae illam pristinam severitatem continebant, obsoleverunt, neque solum apud nos qui
hanc sectam rationemque vitae re magis quam verbis secuti sumus, sed etiam apud Graecos, doctissimos homines,
quibus, cum facere non possent, loqui tamen et scribere honeste et magnifice licebat, alia quaedam, mutatis Graeciae
temporibus, praecepta exstiterunt.
Cicéron, Pro Caelio, XVII, 39-40.
■ Questions
1. Analyser puerum.
2. Étudier la tournure : ob hanc causam… ut defenderes.
3. Étudier la tournure : hoc robore animi atque hac indole virtutis atque continentiae fuit, ut respueret… (S. p. 344
n° 343).
4. Analyser expetendum.
5. Valeur de esset dans la phrase : nisi quod esset cum laude et cum dignitate conjunctum (S. p. 282 n° 404 NB).
6. Étudier la tournure non solum… sed vix jam (E-Th. p. 152).
■ Mot à mot
1. Puerum est en apposition à hunc : « est-ce que son père t’a confié Caelius enfant » = « quand il était encore
enfant » — à Rome on est puer de 7 à 16 ans.
2. Ob hanc causam… ut = dans cette intention… pour que ; afin que.
3. Hoc robore animi atque hac indole… fuit, ut respueret : hic suivi de ut et du subjonctif annonce une subordonnée
de conséquence = tel… que.
Hoc animo esse debebis, ut omnes te quasi patrem ament.
Tu devras être dans de tels sentiments que tous t’aiment comme un père.
4. expetendum est un adjectif verbal au neutre singulier attribut (esse est sous-entendu) de nihil et marque
l’obligation.
5. Après un verbe principal au passé, la concordance des temps en latin se fait au passé, même quand il s’agit
d’une pensée générale que le français exprime, lui, au présent.
Cognosci licuit quantum esset hominibus praesidii in animi firmitudine.
On put se rendre compte de quel secours était (= est) pour les hommes la fermeté de l’âme.
6. Pour marquer une gradation ascendante, c’est-à-dire un degré de plus dans la négation (et nier tout de même
l’existence d’une chose), à non solum ou non modo on oppose sed ne… quidem ou sed vix. Si les deux membres ont
un prédicat commun auquel la négation se rapporte, et que celle-ci soit placée dans le dernier membre, on peut alors
rapporter à l’ensemble la négation renfermée dans ne… quidem ou sed vix et mettre dans le premier membre, non
pas non solum non, non modo non, mais simplement non solum, non modo.
Senatui non solum juvare rempublicam, sed ne lugere quidem licuit.
Le Sénat n’a pas eu la liberté, je ne dis pas d’aider l’État, mais même de le pleurer.
Ou : Le Sénat n’a eu la liberté ni d’aider l’État, ni même de le pleurer.
Traduction proposée
On me dira : « Est-ce donc là ta méthode d’enseignement ? Est-ce ainsi que tu formes les jeunes gens ? Si son père
t’a confié et remis Caelius, quand il était enfant, était-ce pour qu’il livrât sa jeunesse à l’amour et aux plaisirs et pour
que toi, tu fisses l’apologie de ce genre de vie et de ces penchants ? » Pour moi, juges, s’il est vrai qu’il y eut jamais un
jeune homme doté d’une assez grande force d’âme, d’une assez vive disposition naturelle à la vertu et à la maîtrise de
soi, pour repousser tous les plaisirs et consacrer tout le cours de sa vie au travail physique et à l’application continuelle
de l’esprit, un jeune homme capable de ne trouver de charme ni au repos, ni à la détente, ni aux goûts de ceux de son
âge, ni aux jeux, ni aux festins, un jeune homme capable de penser qu’il ne faut rien rechercher d’autre dans la vie que
ce qui est en accord avec la gloire et l’honneur, eh bien ! un tel jeune homme, je vous le dis comme je le pense, je le
considère comme pourvu et paré d’avantages en quelque sorte divins. C’est à cette catégorie qu’ont, à mon avis,
appartenu les fameux Camille, Fabricius, Curius et tous ceux qui, de si petit qu’il était, ont fait si grand notre empire.
Mais ces sortes de vertus ne se rencontrent plus, je ne dis pas dans nos mœurs ; on les retrouve à peine désormais
dans les livres. Les ouvrages mêmes qui enseignaient cette fameuse austérité antique sont passés de mode, et non
seulement chez nous, qui avons observé cette ligne de conduite et ce style de vie en pratique plus qu’en théorie, mais
même chez les Grecs, ces hommes si savants, qui, même s’ils n’avaient pas la capacité de les observer, avaient du
moins la possibilité d’en parler et d’en écrire avec noblesse et avec emphase. C’est que d’autres préceptes ont vu le
jour, avec le changement de la situation politique de la Grèce.
Pour démontrer que les griefs, dont certains particulièrement graves imputés à son client (affaires de mœurs, de
violences, de corruption électorale, complicité dans la conjuration de Catilina…), sont propres à la jeunesse, Cicéron a
beau mettre en cause la décadence générale des mœurs à Rome et en Grèce, il ne se montre pas très convaincant.
Selon Pierre Grimal, « il semble ainsi vouloir s’attirer les bonnes grâces de cette jeunesse (…) qu’il craignait sans doute
de s’être aliéné en attaquant, dans plusieurs discours, les adulescentuli trop sensibles aux flatteries et séductions de
Catilina » (Cicéron, Fayard, p. 219).
1 - Au moment du procès Caelius est âgé de trente-cinq ans.
2 - M. Furius Camillus s’empare de Veies (396), C. Fabricius Luscinnius fut le héros de la guerre contre Pyrrhus, Man. Curius (270) vainquit les Samnites,
les Sabins et Pyrrhus.
14
Texte
Tria sunt genera vitae, inter quae quod sit optimum quaeri solet : unum voluptati vacat, alterum contemplationi,
tertium actioni. Primum, deposita contentione depositoque odio quod implacabile diversa sequentibus indiximus,
videamus an haec omnia ad idem sub alio titulo perveniant. Nec ille qui voluptatem probat sine contemplatione est,
nec ille qui contemplationi inservit sine voluptate est, nec ille cujus vita actionibus destinata est sine contemplatione
est. — Plurimum — inquis — discriminis est, utrum aliqua res propositum sit an propositi alterius accessio sit. — Sane
grande discrimen ; tamen alterum sine altero non est : nec ille sine actione contemplatur, nec hic sine contemplatione
agit, nec ille tertius1 de quo male existimare consensimus, voluptatem inertem probat, sed eam quam ratione efficit
firmam sibi. Ita et haec ipsa voluptaria secta in actu est. Quidni in actu sit, cum ipse dicat Epicurus aliquando se
recessurum a voluptate, dolorem etiam appetiturum, si aut voluptati imminebit paenitentia aut dolor minor pro
graviore sumetur ? Quo pertinet haec dicere ? Ut appareat contemplationem placere omnibus : alii petunt illam : nobis
haec statio, non portus est.
Adjice nunc quod e lege Chrysippi2 vivere otioso licet : non dico ut otium patiatur, sed ut eligat. Negant nostri3
sapientem ad quamlibet rem publicam accessurum : quid autem interest quomodo sapiens ad otium veniat, utrum quia
res publica illi deest an quia ipse rei publicae, si omnibus defutura res publica est ? Semper autem deerit fastidiose
quaerentibus. Interrogo ad quam rem publicam sapiens sit accessurus. Ad Atheniensium, in qua Socrates damnatur,
Aristoteles ne damnetur fugit, in qua opprimit invidia virtutes ? Negabis mihi accessurum ad hanc rem publicam
sapientem. Ad Carthaginiensium ergo rem publicam sapiens accedet, in qua assidua seditio et optimo cuique infesta
libertas est, summa aequi et boni vilitas, adversus hostes inhumana crudelitas, etiam adversus suos hostilis4 ? Et hanc
fugiet. Si percensere singulas voluero, nullam inveniam quae sapientem aut quam sapiens pati possit.
Sénèque, De otio, VII.
■ Questions
■ Mot à mot
1. Quaeris solet : quaeri est un infinitif passif qui prend le sens impersonnel avec le verbe soleo.
Legi solet.
On a l’habitude de lire.
2. Videamus est un subjonctif présent en phrase libre qui exprime l’ordre ou plutôt l’exhortation : « voyons » (*vide-
a-mus).
3. An : si… ne pas. Réponse positive attendue ; emploi non classique.
4. Otioso : quand le sujet de la proposition infinitive est déjà exprimé au datif dans la principale comme
complément d’un verbe impersonnel, il ne se répète pas et son attribut se met au datif par attraction ou à l’accusatif :
Licet diviti esse otioso (ou otiosum).
Il est permis à un riche d’être oisif.
5. Imminebit, sumetur : malgré le style indirect amené par dicat Epicurus, le futur de l’indicatif est maintenu au
lieu du subjonctif présent.
Persuade te multo fore mihi cariorem, si talibus monimentis praeceptisque laetaberis.
Persuade-toi que tu me seras encore plus cher, si tu te réjouiras (= réjouis), de tels conseils et préceptes.
Traduction proposée
Il existe trois genres de vie, parmi lesquels on cherche d’ordinaire quel est le meilleur : le premier est voué au plaisir,
le second à la contemplation, le troisième à l’action. Tout d’abord, après avoir laissé de côté la polémique, laissé de
côté cette haine implacable que nous avons déclarée à ceux qui suivent des doctrines opposées à la nôtre, voyons si
tous ces genres de vie, sous une étiquette ou sous une autre, n’aboutissent pas au même point. Il est bien certain que
celui qui préconise le plaisir n’ignore pas la contemplation, que celui qui se livre à la contemplation n’ignore pas le
plaisir, et que celui dont la vie est résolument tournée vers l’action n’ignore pas la contemplation. Il y a, me dis-tu,
beaucoup de différence entre une chose considérée comme un but ou comme l’accessoire d’un but proposé.
Assurément, la différence est considérable ; cependant l’un ne va pas sans l’autre : ni celui qui contemple n’ignore
l’action, ni celui qui agit n’ignore la contemplation, ni le troisième, sur lequel nous sommes convenus d’avoir une
mauvaise opinion, ne préconise un plaisir passif, mais celui que, par sa raison, il s’efforce de se rendre solide. Ainsi
cette école même du plaisir connaît l’action. Pourquoi ne la connaîtrait-elle pas, quand Épicure en personne déclare
qu’à l’occasion il s’écartera du plaisir, voire qu’il recherchera la douleur, si le remords menace son plaisir ou si, en
endurant une moindre douleur, il en évite une plus pénible ? À quoi tendent mes propos ? À faire apparaître que la
contemplation agrée à tous : d’autres la recherchent, pour nous, elle n’est qu’un simple mouillage, pas un port.
Ajoute à présent que, d’après les principes de Chrysippe, il est permis de vivre dans l’oisiveté ; je ne dis pas qu’on
subisse l’oisiveté, mais qu’on la choisisse. Les nôtres disent que le sage ne participera pas à n’importe quel
gouvernement. Or qu’importe la façon dont le sage vient à l’oisiveté, que ce soit parce que le gouvernement ne lui
convient pas, ou parce que lui-même ne convient pas au gouvernement, s’il est vrai que ce gouvernement ne doit
convenir à personne. Or toujours il ne conviendra pas à ceux qui cherchent avec une critique exigeante. Je pose la
question de savoir dans quel gouvernement le sage entrera : dans celui d’Athènes, où Socrate est condamné, où
Aristote s’enfuit, pour éviter d’être condamné, où la jalousie accable les hommes de valeur ? Tu me diras que le sage
n’entrera pas dans ce gouvernement-là. Le sage entrera-t-il dans le gouvernement de Carthage, où il y a une guerre
civile permanente, une liberté hostile aux meilleurs, un souverain mépris du juste et du bon, une cruauté inhumaine
envers les ennemis et ennemie même envers les siens ? Ce gouvernement-là aussi, il le fuira. Si je veux passer en revue
chaque gouvernement un à un, je n’en trouverai aucun qui puisse souffrir le sage ou que le sage puisse souffrir.
Ce texte offre un exemple parfait de ce qu’on appelle « le mépris compensateur » : après avoir été, pendant de
nombreuses années, l’éminence grise du régime, Sénèque soutient, avec quelques sophismes, que l’otium est conforme
aux principes de la tradition du Portique et que tous les grands philosophes ont donné l’exemple de l’abstention
politique. Tel est en effet le sens le plus fréquent de ce mot otium, difficile à rendre en français (retraite, loisir, oisiveté,
désœuvrement, inactivité ?). Comme le dit La Bruyère : « Il ne manque à l’oisiveté du sage qu’un meilleur nom, et que
méditer, parler, lire et être tranquille s’appelât travailler. »
1 - L’école épicurienne.
2 - Chrysippe (280-205 av. J.-C.), philosophe grec, l’un des chefs de l’école stoïcienne.
3 - Les maîtres de notre école.
4 - Allusion à Hannibal et à sa famille.
15
Texte
Hic rerum urbanarum status erat, cum Pannonicas legiones seditio incessit, nullis novis causis, nisi quodmutatus
princeps licentiam turbarum et, ex civili bello, spem praemiorum ostendebat. Castris aestivis tres simul legiones
habebantur, praesidente Junio Blaeso ; qui, fine Augusti et initiis Tiberii auditis, ob justitium aut gaudium, intermiserat
solita munia. Eo principio lascivere miles, discordare, pessimi cujusque sermonibus praebere aures, denique luxum et
otium cupere, disciplinam et laborem aspernari. Erat in castris Percennius quidam, dux olim theatralium operarum,
dein gregarius miles, procax lingua et miscere coetus histrionali studio doctus. Is imperitos animos et quaenam post
Augustum militiae condicio ambigentes impellere paulatim nocturnis colloquiis aut, flexo in vesperam diem et dilapsis
melioribus, deterrimum quemque congregare. Postremo, promptis jam et aliis seditionis ministris velut
contionabundus interrogabat : « Cur paucis centurionibus, paucioribus tribunis in modum servorum oboedirent ?
Quando ausuros exposcere remedia, nisi novum et nutantem adhuc principem precibus vel armis adirent ? Satis per tot
annos ignavia peccatum quod tricena aut quadragena stipendia senes, et plerique truncato ex vulneribus corpore,
tolerent ; ne dimissis quidem finem esse militiae sed, apud vexillum tendentes, alio vocabulo eosdem labores
perferre ; ac si quis tot casus vita superaverit, trahi adhuc diversas in terras, ubi, per nomen agrorum, uligines
paludum vel inculta montium accipiant. Enimvero militiam ipsam gravem, infructuosam : denis in diem assibus animam
et corpus aestimari ; hinc vestem, arma, tentoria, hinc saevitiam centurionum et vacationes munerum redimi. At,
hercule, verbera et vulnera, duram hiemem, exercitas aestates, bellum atrox aut sterilem pacem, sempiterna. Nec
aliud levamentum quam si certis sub legibus militia iniretur : ut singulos denarios mererent, sextus decimus stipendii
annus finem afferret ; ne ultra sub vexillis tenerentur sed isdem in castris praemium pecunia solveretur. An praetorias
cohortes, quae binos denarios acceperint, quae post sedecim annos penatibus suis reddantur, plus periculorum
suscipere ? Non obtrectari urbanas excubias : sibi tamen apud horridas gentes e contuberniis hostem adspici. »
Tacite, Annales, I, 16-17.
■ Questions
1. Expliquer la tournure : mutatus princeps… ostendebat, et indiquer la règle (S. p. 260 n° 366).
2. Analyser : lascivire, discordare, praebere, cupere, aspernari, impellere, congregare (S. p. 251 n° 347).
3. Expliquer la tournure : pessimi cujusque ; deterrimum quemque (S. p. 81 n° 128).
4. Étudier la concordance des temps dans le style indirect après un verbe principal au passé (interrogabat).
■ Mot à mot
Hic (<hoc) rerum urbanarum status erat : Telle était la situation des affaires urbaines,
cum Pannonicas legiones seditio incessit : lorsqu’une mutinerie s’empara des légions de Pannonie
nullis novis causis : pour aucun motif nouveau,
nisi quod mutatus princeps : si ce n’est le fait que le prince changé (= le changement de prince)
licentiam turbarum (…) ostendebat : laissait entrevoir la possibilité de désordres
et, ex civili bello, spem praemiorum : et, à la suite d’une guerre civile, l’espoir d’avantages.
(in) Castris aestivis tres simul legiones habebantur : Dans le camp d’été, trois légions étaient stationnées ensemble,
praesidente Junio Blaeso : sous le commandement de Junius Blaesus,
qui, fine Augusti et initiis Tiberii auditis : qui, la fin d’Auguste et l’avènement de Tibère ayant été appris,
ob justitium aut gaudium : par deuil ou de joie,
intermiserat solita munia : avait suspendu les devoirs accoutumés.
Eo principio lascivire miles, discordare : Avec cela comme commencement le soldat de folâtrer, de faire preuve
d’insubordination,
pessimi cujusque sermonibus praebere aures : de prêter les oreilles aux propos de tous les plus mauvais éléments,
denique luxum et otium cupere : enfin de désirer le plaisir et l’inactivité,
disciplinam et laborem aspernari : de repousser la discipline et le travail.
Erat in castris Percennius quidam : Il y avait dans le camp un certain Percennius,
dux olim theatralium operarum : autrefois chef de bandes théâtrales,
dein gregarius miles : puis (devenu) simple soldat,
procax lingua et miscere coetus (…) doctus : audacieux dans sa parole, et habile à fomenter des cabales
histrionali studio : (datif ?) pour favoriser des acteurs.
Is imperitos animos (…) impellere paulatim : Ce dernier d’exciter peu à peu ces esprits simples
et quaenam (…) ambigentes (futura esset) : et se demandant quelle pourrait bien être
post Augustum militiae condicio : la condition du service à l’armée après Auguste
nocturnis colloquiis : par des conversations nocturnes
aut, flexo in vesperam diem : ou bien, le jour ayant penché vers la nuit,
et dilapsis melioribus (militibus) : et les meilleurs soldats s’étant dispersés,
deterrimum quemque congregare : de rassembler tous les plus mal intentionnés.
Postremo, promptis jam et aliis seditionis ministris : Enfin d’autres aussi étant désormais prêts comme agents de
la mutinerie,
velut contionabundus, interrogabat : il demandait, comme (s’il était) à la tribune :
« Cur (…) in modum servorum oboedirent : « Pourquoi ils obéissaient, à la manière d’esclaves,
paucis centurionibus, paucioribus tribunis : à un petit nombre de centurions, à un plus petit nombre encore de
tribuns,
Quando ausuros (esse) exposcere remedia : quand est-ce qu’ils oseraient exiger des améliorations (= ils n’oseraient
pas : interrogation oratoire)
nisi (…) precibus vel armis adirent : s’ils n’abordaient pas avec des prières ou avec des armes
novum et nutantem adhuc principem : un prince nouveau et encore mal affermi.
Satis per tot annos ignavia peccatum (esse) : Assez, pendant tant d’années, il avait été commis de fautes par
lâcheté (= on s’était suffisamment rendu coupable de lâcheté)
quod (…) senes, et plerique truncato ex vulneribus corpore : en ce que des vieillards et même la plupart avec le
corps mutilé à la suite de blessures
tricena aut quadrangena stipendia tolerent : supportaient chacun trente ou quarante ans de service ;
ne dimissis quidem finem esse militiae : pas même à eux ayant été démobilisés il n’y avait pas de fin du service,
sed, apud vexillum tendentes : mais, campant sous le drapeau,
alio vocabulo eosdem labores perferre : ils subissaient les mêmes travaux sous une autre appellation
ac si (ali) quis tot casus vita superaverit : et si quelqu’un survivait à tant de périls,
trahi adhuc diversas in terras : il était encore entraîné vers des terres éloignées,
ubi, per nomen agrorum : où, sous le nom de champs,
uligines paludum vel inculta montium accipiant : ils recevaient des endroits humides et marécageux, ou bien des
terrains incultes dans les montagnes.
Enimvero militiam (esse) ipsam gravem, infructuosam : Bien certainement, le service était par lui-même pénible,
stérile,
denis in diem assibus animam et corpus aestimari : leur âme et leur corps étaient estimés chacun à dix as par jour,
hinc vestem, arma, tentoria (emi) : là-dessus (sur cette somme) étaient achetés vêtement, armes, tentes,
hinc saevitiam centurionum et vacationes munerum redimi : là-dessus étaient rachetées la cruauté des centurions
et les exemptions de corvées.
At, hercule, verbera et vulnera : Mais, par Hercule, les coups et les blessures,
duram hiemem, exercitas aestates : le rigoureux hiver, les étés laborieux,
bellum atrox aut sterilem pacem : la guerre affreuse ou la paix sans profit,
sempiterna (esse) : étaient des choses perpétuelles.
Nec aliud levamentum (esse) : Il est bien certain qu’il n’y avait pas d’autre remède
quam si (…) militia iniretur : que si le service était abordé
certis sub legibus : selon des conditions déterminées,
ut singulos denarios mererent : à savoir qu’il gagnassent un denier par homme,
(ut) sextus decimus stipendii annus finem afferret : que la seizième année apportât la fin de la carrière militaire,
ne ultra sub vexillis tenerentur : qu’ils ne fussent pas maintenus au-delà sous les drapeaux,
sed (…) praemium pecunia solveretur : mais que la prime fût payée en espèces
isdem in castris : dans le même camp (où ils servaient).
An praetorias cohortes : Est-ce que par hasard les cohortes prétoriennes,
quae binos denarios acceperint : qui recevaient deux deniers par homme,
quae post sedecim annos penatibus suis reddantur : qui, après seize ans, étaient renvoyées dans leurs foyers,
plus periculorum suscipere : affrontaient plus de dangers ?
Non obtrectari (a se) urbanas excubias : Les gardes urbaines n’étaient pas rabaissées par eux,
tamen, apud horridas gentes : malgré tout, au milieu de peuplades sauvages,
sibi (…) e contuberniis hostem adspici » : l’ennemi était vu par eux à partir de leurs campements. »
1. Mutatus princeps : « le prince changé » = « le changement du prince » ; la règle est : Sicilia amissa angebat
Hamilcarem — « La perte de la Sicile angoissait Hamilcar ».
2. Tous ces verbes sont des infinitifs de narration dont le sujet est au nominatif (miles).
3. Pessimus quisque : « à chaque fois le plus mauvais » = « tous les plus mauvais » ; deterrimus quisque : « tous les
moins bien intentionnés ».
4. La concordance des temps est, dans ce passage au style indirect introduit par un verbe au passé, d’une grande
liberté. Tacite mêle le subjonctif présent (reddantur, accipiant, tolerent) au subjonctif imparfait (oboedirent, adirent,
iniretur, mererent, solveretur) et même au subjonctif parfait (acceperint).
Traduction proposée
Telle était la situation des affaires à Rome, lorsqu’une mutinerie gagna les légions de Pannonie, sans qu’il y eût de
nouveaux motifs, si ce n’est que le changement de prince faisait miroiter la possibilité de créer des troubles et, à la
suite d’une guerre civile, l’espoir d’obtenir des avantages pécuniaires. Dans le camp d’été, trois légions étaient
stationnées ensemble, sous le commandement de Junius Blaesius. Ce dernier, ayant appris la fin d’Auguste et
l’avènement de Tibère, avait, par deuil ou de joie, suspendu les exercices accoutumés. À partir de là, les soldats
commencent à faire preuve d’indiscipline, d’insubordination, à prêter l’oreille aux propos des plus mauvais éléments,
enfin à désirer le plaisir et l’inactivité, à rejeter l’autorité et le travail. Il y avait dans le camp un certain Percennius,
autrefois chef de bandes de claqueurs, puis devenu simple soldat, audacieux dans ses paroles et habile à fomenter des
cabales pour soutenir les acteurs1. Il excitait ces gens à l’esprit simple et qui se demandaient quelle serait, après
Auguste, la condition du service militaire, par des conversations nocturnes, ou bien, lorsque le jour approchait du soir
et que les meilleurs éléments s’étaient dispersés, il rassemblait toute la racaille. Enfin, quand d’autres aussi se furent
révélés des agents de la mutinerie, il leur demandait, comme s’il leur parlait du haut d’une tribune, pourquoi ils
obéissaient, à la manière d’esclaves, à un petit nombre de centurions, à un plus petit nombre encore de tribuns. Quand
oseraient-ils exiger des réformes, s’ils ne s’adressaient pas, avec des prières ou des armes, à un prince nouveau et
encore mal affermi. On avait pendant tant d’années assez fait preuve de lâcheté coupable, en laissant des vieillards,
dont la plupart avaient le corps mutilé à la suite de blessures, supporter chacun trente ou quarante années de service.
Même une fois démobilisés, ils n’en avaient pas fini avec l’armée : campant autour d’un drapeau, ils supportaient les
mêmes travaux sous une autre appellation. Et tous ceux qui avaient eu la chance d’échapper vivants à tant de dangers,
étaient encore entraînés dans des pays lointains, où, sous le nom de champs, ils recevaient des endroits humides et
marécageux ou bien des terrains incultes dans les montagnes. C’est bien certain, le service était par lui-même pénible,
ingrat : dix as par jour, voilà à quel prix on estimait leur corps et leur vie ; et, sur cette maigre somme, ils devaient
prélever de quoi acheter les habits, les armes, les tentes, de quoi racheter la cruauté des centurions et les exemptions
de corvées.
Mais, par Hercule, les coups et les blessures, les hivers rigoureux, les étés épuisants, la guerre affreuse et la paix
sans profit étaient des choses qui duraient toujours. Non, il n’y avait pas d’autre remède que d’entrer dans l’armée
selon des conditions déterminées : gagner un denier par homme, obtenir son congé définitif après seize années de
service, ne pas être maintenu au-delà sous les drapeaux, mais recevoir la prime en espèces dans le même camp. Est-ce
que par hasard les cohortes prétoriennes, qui recevaient deux deniers par homme, qui, après seize ans, étaient
renvoyées dans leurs foyers, affrontaient plus de dangers ? Non, ils n’ôtaient rien de leur mérite aux veilles qui se
faisaient dans Rome ; il n’en demeurait pas moins qu’eux, au milieu de peuplades sauvages, c’était de leurs
cantonnements qu’ils apercevaient l’ennemi.
Ce texte constitue au premier chef un document précieux sur l’armée romaine en général et sur les forces
stationnées aux frontières de l’empire, sur le malaise, le mécontentement qui travaillaient les soldats (dureté de la
discipline, médiocrité de la solde, insécurité permanente, jalousie à l’égard des privilèges dont jouissaient les cohortes
prétoriennes, ces troupes d’élite qui servaient à Rome, pour y maintenir l’ordre et empêcher tout mouvement contre
l’empereur…). On admirera l’art avec lequel Tacite fait parler le meneur, Percennius. Cet individu, procax lingua, sait
trouver les arguments qui agissent sur les foules et use de tous les procédés de la rhétorique : interrogations
provocantes, ironie, hyperbole, affirmations contestables et démagogiques…
1 - On peut aussi faire de histrionali studio , non plus un datif, mais un ablatif et traduire : « instruit par les rivalités entre acteurs à fomenter des cabales »,
ou encore : « habitué par son métier de comédien à provoquer des émeutes ».
16
Texte
Hic ego non mirer esse quemquam, qui sibi persuadeat corpora quaedam solida atque individua vi et gravitate ferri,
mudumque effici ornatissimum et pulcherrimum ex eorum concursione fortuita ? Hoc qui existimat fieri posse, non
intellego cur non idem putet, si innumerabiles unius et viginti formae litterarum vel aurae, vel qualeslibet, aliquo
conjiciantur, posse ex his in terram excussis Annales Ennii, ut deinceps legi possint, effici : quod nescio an ne in uno
quidem versu possit tantum valere fortuna. Isti autem quemadmodum asseverant, ex corpusculis non colore, non
qualitate aliqua, quam poiothta1 Graeci vocant, non sensu praeditis, sed concurrentibus temere atque casu, mundum
esse perfectum ? vel innumerabiles potius in omni puncto temporis alios nasci, alios interire ? Quod si mundum efficere
potest concursus atomorum, cur porticum, cur templum, cur domum, cur urbem non potest ? quae sunt minus operosa
et multo quidem faciliora. Certe ita temere de mundo effutiunt, ut mihi quidem nunquam hunc admirabilem caeli
ornamentum suspexisse videantur. Praeclare ergo Aristoteles2 : « Si essent, inquit, qui sub terra semper habitavissent,
bonis et illustribus domiciliis, quae essent ornata signis atque picturis, instructaque rebus iis omnibus, quibus
abundant ii, qui beati putantur, nec tamen exissent unquam supra terram ; accepissent autem fama et auditione esse
quoddam numen et vim deorum ; deinde aliquo tempore, patefactis terrae faucibus, ex illis abditis sedibus evadere in
haec loca, quae nos incolimus, atque exire potuissent : cum repente terram, et maria, caelumque vidissent ; nubium
magnitudinem, ventorumque vim cognovissent, adspexissentque solem ejusque cum magnitudinem pulchritudinemque,
tum etiam efficientiam cognovissent, quod is diem efficeret, toto caelo luce diffusa ; cum autem terras nox opacasset,
tum caelum totum cernerent astris distinctum et ornatum, lunaeque luminum varietatem tum crescentis, tum
senescentis, eorumque omnium ortus et occasus, atque in omni aeternitate ratos immutabilesque cursus : hoc cum
viderent, profecto et esse deos et haec tanta opera deorum esse arbitrarentur. »
Cicéron, De la nature des dieux, II, 37, 93-95.
■ Questions
■ Mot à mot
Hic ego non mirer esse quemquam : Hé quoi ! ici je ne m’étonnerais pas qu’il y ait quelqu’un
qui sibi persuadeat : qui se persuade
corpora quaedam solida atque individua : que des espèces de corps solides et indivisibles
vi et gravitate ferri : sont entraînés sous l’effet de la force et de la pesanteur (= par la force de la pesanteur),
mundumque effici ornatissimum et pulcherrimum : et que le monde est produit, très orné et très beau,
ex (corporum) eorum concursione fortuita : à partir de la rencontre accidentelle de ces derniers corps.
non intellego cur (…) idem : Je ne comprends pas pourquoi le même individu,
Hoc qui existimat fieri posse : qui estime que cela peut se faire,
non putet : ne pense pas que,
si innumerabiles unius et viginti formae litterarum : si, en quantité innombrable, les caractères des vingt et une
lettres (de l’alphabet)
vel aurae vel qualeslibet : soit en or soit tels qu’on voudra
aliquo conjiciantur : étaient rassemblés quelque part,
posse (…) Annales Ennii (…) effici : les Annales d’Ennius pourraient être produites
ex his in terram excussis : à partir de celles-ci précipitées sur le sol,
ut deinceps legi possint : dans des conditions telles qu’elles puissent être lues à la suite,
quod nescio an (…) possit tantum valere fortuna : or relativement à cela, je doute que le hasard puisse avoir
suffisamment de force
ne in uno quidem versu : même pour un seul et unique vers.
Isti autem quemadmodum asseverant : Or comment ces gens-là peuvent-ils soutenir sérieusement
ex corpusculis non colore (…) praeditis : que c’est à partir de corpuscules non doués de couleur,
non qualitate aliqua (praeditis) : non doués de quelque qualité,
quam poiothta Graeci vocant : que les Grecs appellent « manières d’être »
non sensu (praeditis) : non doués de sentiment,
sed concurrentibus temere atque casu : mais se rassemblant au hasard et à l’aventure,
mundum esse perfectum : que le monde a été parfaitement constitué ?
vel innumerabiles potius (…) alios (mundos) nasci, alios interire : ou plutôt que, en nombre infini, certains mondes
naissent, d’autres périssent
in omni puncto temporis : à tout moment du temps ?
Quod si mundum efficere potest concursus atomorum : Que si le rassemblement des atomes peut produire le
monde,
cur porticum, cur templum, cur domum, cur urbem (efficere) non potest : pourquoi ne pourrait-il pas produire un
portique, un temple, une maison, une ville ?
quae sunt minus operosa et multo quidem faciliora : choses qui sont moins laborieuses et assurément plus faciles à
réaliser.
Certe ita temere de mundo effutiunt : En vérité ils parlent du monde si inconsidérément,
ut mihi quidem (…) videantur : qu’ils semblent à moi du moins
nunquam hunc admirabilem caeli ornatum suspexisse : n’avoir jamais levé les yeux vers cette admirable beauté du
ciel.
Praeclare ergo Aristoteles : (…) inquit : Par conséquent Aristote dit excellemment :
« Si essent qui sub terra semper habitavissent : « S’il y avait des gens qui eussent toujours habité sous la terre
bonis et illustribus domiciliis : dans des demeures confortables et bien éclairées,
quae essent ornata signis atque picturis : qui eussent été ornées de statues et de tableaux
instructaque rebus iis omnibus : et pourvues de toutes ces choses,
quibus abundant ii, qui beati putantur : dont regorgent ceux qui sont considérés comme heureux,
nec tamen exissent unquam supra terram : et que cependant ils ne fussent jamais sortis sur la terre,
accepissent autem fama et auditione : mais qu’ils eussent appris par la renommée et par ouï-dire
esse quoddam numen et (quamdam) vim deorum : qu’il existait une sorte de puissance et force des dieux,
deinde aliquo tempore : qu’ensuite, à un moment quelconque,
patefactis terrae faucibus : les bouches de la terre ayant été ouvertes,
ex illis abditis sedibus evadere (…) potuissent : ils eussent pu s’échapper de ces résidences cachées
in haec loca, quae nos incolimus : (pour se rendre) dans ces endroits que nous, nous habitons,
atque exire : et sortir,
cum repente terram, et maria, caelumque vidissent : lorsque tout à coup ils auraient vu la terre et les mers et le
ciel,
nubium magnitudinem, ventorumque vim cognovissent : auraient appris à connaître la grandeur des nuages, et la
force des vents,
adspexissentque solem : et auraient aperçu le soleil,
ejusque cum magnitudinem pulchritudinemque (…) cognovissent : et auraient appris à connaître non seulement la
grandeur et la beauté de ce dernier,
tum etiam efficientiam : mais encore sa propriété,
quod is diem efficeret : qui consiste en ce que ce dernier produit la lumière du jour,
toto caelo luce diffusa : son éclat ayant été diffusé à travers le ciel tout entier,
cum autem terras nox opaca (vi) sset : lorsqu’au moment où, par contre, la nuit aurait obscurci les terres,
tum caelum totum cernerent : ils auraient remarqué le ciel tout entier
astris distinctum et ornatum : émaillé et orné d’astres
lunaeque luminum varietatem : et la diversité des lumières de la lune,
tum crescentis, tum senescentis : tantôt croissante, tantôt décroissante,
eorumque omnium ortus et occasus : et les levers et les couchers de tous ces derniers,
atque in omni aeternitate ratos immutabilesque cursus : ainsi que leurs révolutions réglées pour toute éternité et
immuables,
hoc cum viderent : lorsqu’ils verraient ce dont je viens de parler,
profecto (…) arbitrarentur : assurément ils jugeraient
et esse deos : et que les dieux existent
et haec tanta esse opera deorum : et que ces si grandes choses dont je viens de parler sont les ouvrages des dieux.
1. Mirer : (<*mira-ye-r) subjonctif présent, 1re personne du singulier du verbe déponent miror, miraris, miratus
sum. C’est un subjonctif dit de protestation.
Ego tibi irascar?
Moi, je serais fâché contre toi ?
Nos non poetarum moveamur ?
Hé quoi, nous ne serions pas émus par la voix des poètes ?
2. Persuadeat : (*persuade-a-t) subjonctif présent actif 3e personne du singulier. Il peut s’expliquer soit par une
idée de conséquence (tel qu’il se persuade), soit par une idée d’indétermintion (quelqu’un sans plus de précision).
3. Quod est ici un relatif neutre devenu conjonction de coordination : relativement à cela, sous ce rapport, or sur ce
point.
4. Ex his (litteris) in terram excussis : litt. « à partir de ces lettres projetées sur le sol » = « à partir de la projection
de ces lettres sur le sol ». La règle est Sicilia amissa… — La perte de la Sicile…
5. Qui sub terra semper habitavissent : on peut comprendre : « des gens tels qu’ils eussent toujours vécu sous la
terre » ; (sunt qui putant : « il y a des gens qui pensent, pour penser »). Le subjonctif pouvant s’expliquer soit par une
idée de conséquence soit d’indétermination ; le plus-que-parfait est dû à l’hypothèse irréelle (si essent).
Traduction proposée
Hé quoi, ici je ne m’étonnerais pas qu’il y ait quelqu’un pour se convaincre que des sortes de corps solides et
indivisibles sont entraînés par la force de la pesanteur et que le monde, dans toute sa richesse et sa beauté, est produit
par le groupement fortuit de ces corps ? Si l’on estime que cela est possible, je ne vois pas pourquoi on ne penserait
pas également que, si l’on entassait quelque part, en nombre infini, les vingt et une lettres de l’alphabet, en or ou en
n’importe quelle matière, on pourrait produire, à partir de leur projection sur le sol, les Annales d’Ennius, dans un
ordre lisible. Or sur ce point, je doute que le hasard ait assez de puissance pour effectuer ne serait-ce qu’un seul et
unique vers. Comment donc ces gens-là peuvent-ils prétendre que c’est à partir de corpuscules n’ayant ni couleur, ni
qualité aucune (ce que les Grecs appellent « poiothta »), ni sentiment, mais se rassemblant par un hasard tout fortuit,
que le monde a été constitué à la perfection ? ou plutôt que, en nombre infini, à tout instant, il est des mondes qui
naissent, tandis que d’autres meurent ? Et si une rencontre d’atomes est capable de produire le monde, pourquoi ne
pourrait-elle pas produire un portique, un temple, une maison, une ville ? Ce sont là en effet des ouvrages qui exigent
moins de travail et qui, assurément, sont beaucoup plus faciles à réaliser. Ce qui est sûr, c’est qu’ils débitent tant de
sottises sur la création du monde, qu’ils me semblent, pour ma part, n’avoir jamais levé les yeux vers cette admirable
beauté du ciel. Aristote dit excellemment : « Supposons qu’il y ait des êtres qui aient toujours habité sous la terre, dans
de confortables demeures bien éclairées, ornées de statues et de peintures et pourvues de tout ce qu’ont en abondance
ceux qui sont considérés comme heureux, supposons également qu’ils ne soient jamais sortis à la surface de la terre,
mais qu’ils aient appris par la rumeur publique l’existence de dieux puissants et forts ; qu’ensuite, à un moment
quelconque, les bouches de la terre s’étant ouvertes, ils aient pu, de ce séjour souterrain, s’élever jusqu’à ces lieux-ci,
que nous, nous habitons, et sortir ; en voyant soudain la terre, les mers, le ciel, en prenant connaissance de l’étendue
des nuages et de la force des vents, en contemplant le soleil, en découvrant non seulement sa grandeur et sa beauté,
mais encore sa capacité à produire le jour par la diffusion de sa lumière à travers le ciel tout entier, en voyant, une fois
l’obscurité nocturne répandue sur la terre, le ciel tout entier émaillé et orné d’étoiles et la diversité des lumières de la
lune tantôt croissante et décroissante, les levers et les couchers de tous ces astres et leurs révolutions réglées pour
toute l’éternité et immuables, en voyant tout ce que je viens de décrire, ils croiraient assurément et que les dieux
existent et que ces merveilles sont leurs ouvrages. »
Nous n’avons plus le livre d’Aristote qui renfermait ce magnifique passage, d’un lyrisme et d’une poésie cosmiques
qui font invinciblement penser au Psaume XVIII de la Vulgate : « Les cieux racontent la gloire de Dieu et le firmament
annonce l’œuvre de ses mains… » Il est par conséquent impossible de juger de la qualité de la traduction de Cicéron.
Pour lui, la grandeur même de Rome est garante de l’existence des dieux et de leur efficacité et il a parié pour
l’immortalité de l’âme depuis la mort de sa fille en 45 av. J.-C., quelques mois avant la rédaction du De natura deorum.
1 - Le mot signifie en grec : qualité, manière d’être.
2 - Extrait de l’ouvrage perdu d’Aristote, De la philosophie .
17
Texte
■ Questions
■ Mot à mot
Summum, Brute, nefas civilia bella (esse), fatemur : Brutus, nous reconnaissons que les guerres civiles sont le
sacrilège le plus affreux,
Sed, quo fata trahunt, virtus secura sequetur : mais ma vertu se dirigera, sans inquiétude, vers l’endroit où les
destins l’entraînent.
Crimen erit Superis et me fecisse nocentem : Avoir fait même moi coupable sera un sujet d’accusation contre les
dieux d’en haut.
quis velit spectare : Qui voudrait regarder en spectateur indifférent
Sidera mundumque cadentem : les astres et le firmament en train de tomber
Expers ipse metus : soi-même dépourvu de crainte ?
Quis (velit), cum ruat arduus aether : Qui voudrait, alors que les hauteurs de l’empyrée s’écroulent,
Terra labet : que la terre vacille
mixto coeuntis pondere mundi (= pondere mundi coeuntis mixti hypallage) : sous le poids du firmament se joignant
et se mêlant à elle,
Compressas tenuisse manus : garder les bras croisés ?
Gentesne (…) ignotae : est-ce que des peuplades inconnues
Diductique fretis alio sub sidere reges : et des rois séparés par des mers sous un autre climat
furorem Hesperium Romanaque bella sequentur : suivront la folie de l’Hespérie et les guerres romaines
Otia solus agam : (tandis que) seul je vivrais dans l’oisiveté ?
Procul (a me) hunc arcete furorem, O Superi : Ô dieux d’en haut, écartez de moi cette folie
ut (…) securo me, Roma cadat : à savoir que, moi étant impassible, Rome tombe,
motura Dahas clade Getasque : (elle qui est) appelée à émouvoir par son désastre (même) les Dahes et les Gètes.
Ceu (…) parentem (…) jubet ipse dolor : De même que le chagrin en personne ordonne qu’un père
morte natorum orbatum : privé de ses enfants par la mort
longum producere funus ad tumulos : mène leur long convoi jusqu’aux tombeaux,
juvat (eum) ignibus atris inseruisse manus : qu’il lui est agréable de toucher de ses mains aux feux funèbres,
constructoque aggere busti : et l’amas du bûcher ayant été construit,
Ipsum atras tenuisse faces : de tenir lui-même les funèbres torches,
(sic) non (…) revellar : de même, je ne serai pas arraché
ante exanimem quam te complectar, Roma : avant que je ne t’étreigne morte, Rome,
tuumque nomen, libertas, (…) prosequar : et que je n’accompagne (jusqu’au tombeau) ton nom, liberté,
et inanimem umbram : et ton fantôme privé de vie.
Sic eat : Qu’il en soit ainsi :
immites Romana piacula divi plena ferant : que les divinités cruelles obtiennent au grand complet les victimes
expiatoires romaines ;
nullo fraudemus sanguine bellum : ne frustrons la guerre d’aucun sang !
O utinam (…) (mihi) liceret : Ah ! plût au ciel qu’il me fût permis
caelique deis Erebique hoc caput (…) exponere : d’exposer cette mienne tête aux dieux du ciel et de l’Érèbe,
in cunctas damnatum poenas : (après l’avoir) déclarée coupable pour racheter les châtiments de tous sans
exception !
Devotum hostiles Decium pressere catervae : Des bataillons ennemis mirent à mort Décius (après qu’il se fut) offert
en sacrifice aux dieux infernaux :
Me geminae figant acies : que les deux armées me transpercent :
me barbara telis Rheni turba petat : que la horde barbare du Rhin me vise de ses traits,
cunctis ego pervius hastis : moi, accessible à toutes les lances sans exception,
Excipiam medius totius vulnera belli : je recevrai, placé au centre, les blessures de toute la guerre.
Hic redimat sanguis populos : Que ce mien sang rachète les peuples,
hac caede luatur : que par ce mien massacre soit expié
Quidquid Romani meruerunt pendere mores : tout ce que les mœurs romaines ont mérité de payer.
Ad juga cur faciles populi : Pourquoi des peuples dociles aux joug,
cur saeva volentes regna pati (populi) pereant : pourquoi des peuples disposés à supporter des dictatures cruelles
périraient-ils ?
Me solum invadite ferro : Attaquez-moi seul par le fer,
Me frustra leges et inania jura tuentem : moi défendant en vain des lois et des droits périmés.
Hic (jugulus) dabit, hic pacem jugulus finemque laborum : Cette mienne gorge, cette mienne gorge donnera la
paix et la fin des souffrances
Gentibus Hesperiae : aux peuples de l’Hespérie ;
post me regnare volenti non opus est bello : après moi, il n’est pas besoin de guerre à quelqu’un voulant régner.
Quin publica signa ducemque Pompeium sequimur : Pourquoi ne suivons-nous pas les étendards républicains et
Pompée comme chef ? = Allons ! Suivons… !
Nec (…) non bene compertum est : Et il n’est pas vrai qu’il ne soit pas bien avéré que = il est bien certain que,
si fortuna favebit : si la fortune le favorisera (= favorise),
Hunc quoque (…) sibi (…) promittere : celui-là aussi se promet
totius jus mundi : le pouvoir sur le monde entier :
Ideo me milite vincat : aussi qu’il soit vainqueur, avec moi comme soldat,
Ne sibi se vicisse putet : pour éviter qu’il ne pense avoir vaincu pour lui.
1. Secura : adjectif qualificatif au nominatif féminin singulier apposé à virtus : traduisant une disposition de l’âme,
il a ici la valeur d’un adverbe ou d’une expression adverbiale : sans inquiétude.
Laetus abiit.
Il est parti joyeusement, avec joie.
2. Tenuisse et inseruisse sont des infinitifs parfaits actifs n’ayant ici aucune valeur de passé, comme l’infinitif
aoriste grec.
3. Scansion des vers 11 et 12 : ce sont des hexamètres dactyliques, qui présentent une césure hephtémimère
accompagnée d’une trihémimère et d’un penthémimère trochaïque. Les poètes de la décadence finirent par abuser
de cette coupe harmonieuse.
Ō Sŭpĕrī, / mōtūră / Dăhās / ūt clādĕ Gĕtāsquē̆
Sēcūrō / mē Rōmă / cădāt. / Ceu mōrtĕ părĕntē̆m
motura avec un a bref est un participe futur actif du verbe moveo, es, ere, movi, motum, au nominatif féminin
singulier, apposé à Roma : Rome destinée à, appelée à émouvoir… Cet emploi sans le verbe sum n’est pas classique.
4. Utinam suivi du subjonctif imparfait exprime le regret dans le présent : Utinam dives essem.
Plût au ciel que je fusse riche : « Ah ! si seulement j’étais riche ! »
5. Damnatum est un participe passé passif au neutre singulier qui se rapporte à caput : « après l’avoir
condamnée ». Règle : Urbem captam hostis diripuit — « L’ennemi pilla la ville après l’avoir prise ».
6. Pressere = presserunt, 3e personne du pluriel de premo, is, ere, pressi, pressum. C’est une forme archaïque
employée pour des raisons de commodité métrique : elle entre plus facilement dans l’hexamètre que presserunt.
7. Nec non est une négation double visant à enchérir sur une affirmation : « Et il n’est pas vrai que… ne… pas =
« Et il est bien certain que… », « il est incontestable que… »
8. Quin (qui ne) : pourquoi ne pas, que ne… ? exprime une injonction pressante.
Quin imus… ?
Que n’allons-nous ? (= Allons !)
Quin tu urges occasionem istam ?
Que ne saisis-tu cette occasion qui s’offre à toi ? (= Saisis cette occasion !)
Traduction proposée
« C’est le pire des sacrilèges, Brutus, que la guerre civile, j’en conviens ; mais où les destins l’entraînent, ma vertu,
sans inquiétude, suivra. Ce sera le crime des dieux d’en haut d’avoir fait même de moi un coupable. Qui voudrait
assister en spectateur indifférent à la chute des astres et du firmament, en étant soi-même dépourvu de crainte ? Qui
voudrait, quand les hauteurs de l’empyrée s’écroulent, que la terre vacille sous le poids du firmament qui vient la
heurter et se confondre avec elle, garder les bras croisés ? Des peuplades inconnues et des rois séparés d’elle par des
mers, sous un autre climat, suivront la folie furieuse de l’Hespérie, et seul je vivrais dans l’oisiveté ? Ô dieux d’en haut,
éloignez de moi cette folle supposition que j’assiste, impassible, à la chute d’une Rome appelée à émouvoir par son
désastre, même les Dahes et les Gètes. Comme le chagrin lui-même ordonne qu’un père, que la mort a privé de ses
enfants, conduise un long deuil jusqu’à leurs tombeaux, et comme il lui est agréable de mettre la main aux feux
funèbres et, le bûcher construit, de toucher lui-même les funèbres torches, ainsi on ne m’arrachera pas à toi, Rome,
avant que je n’étreigne ton cadavre et que je n’accompagne le convoi de ton nom, liberté, et de ton ombre privée de
vie ? Eh bien, soit ! que les divinités cruelles obtiennent au grand complet les victimes expiatoires romaines ; ne
frustrons la guerre d’aucun sang ! Ah si seulement il m’était permis de livrer ma tête à la merci des dieux du ciel et de
l’Érèbe, après l’avoir vouée au rachat des crimes de tous sans exception. Des bataillons ennemis s’acharnèrent sur
Décius qui s’était offert en victime aux dieux infernaux : que les deux armées me transpercent, que la horde barbare du
Rhin me vise de ses traits. Pour moi, accessible à toutes les lances, placé au centre, je recevrai les blessures de toute la
guerre. Que mon sang rachète les peuples, que mon massacre paie tout ce que les mœurs romaines ont mérité
d’expier. Pourquoi des peuples dociles au joug, disposés à supporter de cruelles dictatures, périraient-ils ? C’est sur
moi seul qu’il faut s’élancer le fer à la main, moi qui défends des lois et des droits périmés. Ma gorge, oui, ma gorge
donnera la paix et la fin des souffrances aux peuples de l’Hespérie ; après moi, qui voudra exercer un pouvoir
despotique n’aura pas besoin de guerre. Pourquoi ne pas suivre les enseignes de la République et Pompée comme
chef ? Il est bien certain que, si la fortune le favorise, lui aussi se promet de dominer le monde entier ; aussi, qu’il soit
vainqueur avec moi comme soldat, pour qu’il ne pense pas avoir vaincu pour lui tout seul.
Longue tirade où la grandiloquence (images, antithèses, apostrophes, comparaisons…) le dispute à l’obscurité.
Lucain fait de Caton un personnage surhumain qui écrase tous les héros de l’histoire romaine, le symbole des vertus
antiques : civisme, amour de la patrie, goût du sacrifice, le tout couronné par un stoïcisme militant.
1 - Marcus Porcius Caton, surnommé d’Utique, du lieu de son suicide (95-46 av. J.-C.), stoïcien d’une vertu rigide. Il se fit le champion du Sénat contre
Crassus, Pompée et César.
2 - D. Junius Brutus Albinus, le futur meurtrier de César (85-43 av. J.-C.).
3 - L’Hespérie, contrée du couchant, désigne l’Italie.
4 - Deux peuples barbares, l’un au-delà de la mer Caspienne, l’autre dans le sud de la Russie.
5 - Trois Décius avaient pratiqué la devotio : acte religieux par lequel le général se substituait, comme victime due aux dieux infernaux, à son armée en péril.
6 - Allusion aux Germains que César avait incorporés dans son armée.
18
Texte
■ Questions
■ Mot à mot
Ego, quia non rediit filius : Moi, parce que mon fils n’est pas rentré,
quae cogito, et quibus nunc sollicitor rebus : quelles choses j’imagine et par quelles choses je suis tourmenté à
présent !
ne aut ille alserit : (je crains) ou qu’il n’ait pris froid
Aut uspiam ceciderit : ou qu’il ne soit tombé quelque part
aut praefregerit aliquid : ou qu’il ne soit brisé quelque chose.
Vah ! Quemquamne hominem in animo instituere : Ah ! faut-il qu’un homme installe quelqu’un dans son cœur
aut parare quod sit carius (…) sibi : ou se procure une chose qui soit plus chère
quam ipse est (carus sibi) : que lui-même est cher à soi !
Atque ex me hic natus non est : Et pourtant, ce fils dont je parle n’est pas né de moi
sed ex fratre : mais de mon frère ;
is adeo dissimilis studio est : ce dernier précisément est différent de goût
jam inde ab adulescentia : déjà depuis la jeunesse
Ego hanc clementem vitam urbanam atque otium secutus sum : Pour moi, j’ai adopté cette douce vie citadine et le
loisir
et, (id) quod fortunatum isti putant : et, chose que ces gens-là (mes amis mariés) considèrent comme fortunée,
Uxorem nunquam habui : je ne me suis jamais marié :
ille contra haec omnia (fecit) : lui, il a fait tout ceci au contraire de moi :
Ruri agere vitam : vivre à la campagne,
semper parce ac duriter se habere : se traiter sans cesse chichement et durement ;
uxorem duxit : il s’est marié,
nati filii duo (sunt) : deux fils sont nés,
inde (= ex iis) ego hunc majorem adoptvi mihi : de ces deux garçons j’ai adopté celui-ci, qui est l’aîné ;
Eduxi a parvolo : je l’ai élevé dès sa petite enfance
habui, amavi pro meo : je l’ai considéré, je l’ai aimé comme le mien
In eo me oblecto : en cela (= en cette paternité d’adoption) je trouve mon bonheur
solum id est carum mihi : c’est la seule chose qui me soit chère
Ille ut item contra me habeat facio sedulo : Je fais de mon mieux pour que lui, de son côté, me considère
pareillement,
Do, praetermitto : je donne, je ferme les yeux
non necesse habeo omnia pro meo jure agere : je ne considère pas comme indispensable de faire tout en vertu de
mon droit (de père de famille)
postremo (…) consuefeci filium : enfin j’ai habitué mon fils
ne me celet : à ce qu’il ne me cache pas
alii clanculum patres quae faciunt (…) ea : les choses que les autres font en cachette de leur pères
quae fert adulescentia : que comporte la jeunesse.
Nam (is) qui mentiri aut fallere insue (ve) rit patrem : En effet, celui qui aura eu l’habitude de mentir ou de tromper
son père
au audebit : ou l’osera,
tanto magis (mentiri aut fallere) audebit ceteros : osera d’autant plus mentir et tromper tous les autres.
liberos retinere satius esse (in officio) credo : Je crois qu’il est préférable de retenir dans le devoir les enfants
Pudore et liberalitate quam metu : par la honte du mal et le sentiment de l’honneur, plutôt que par la crainte
Haec fratri mecum non conveniunt : Ces choses-là (= ces principes-là) ne conviennent pas à mon frère avec moi
neque placent : et ne lui plaisent pas.
Venit ad me saepe clamitans : Souvent il vient me trouver en criant :
« Quid ais, Micio : « Qu’as-tu à répondre, Micion ?
Cur perdis adulescentem nobis : Pourquoi nous perds-tu le jeune homme ?
Cur amat ? Cur potat : Pourquoi aime-t-il ? Pourquoi boit-il ?
Cur tu his rebus sumptum suggeris : Pourquoi est-ce que toi, tu fournis de l’argent pour ces choses-là ?
Vestitu (= Vestitui) nimio indulges : tu as de la complaisance pour un habillement excessif,
nimium ineptus es » : tu es par trop sot. »
Nimium ipse est durus praeter aequomque et bonum : Lui-même est par trop dur, au-delà de ce qui est juste et bon
Et (is) errat longe mea quidem sententia : Et, à mon avis du moins, celui-là se trompe lourdement,
Qui (…) credat : qui peut croire
imperium (…) vi quod fit : qu’un pouvoir qui provient de la violence
gravius esse aut stabilius : est plus fort ou plus durable
quam illud quod amicitia adjungitur : que celui qui se gagne par l’affection.
Mea sic est ratio : Voici quelle est ma méthode
et sic animum induco meum : et voici comme je raisonne :
(is) qui suum officium facit : celui qui fait son devoir,
Malo coactus : obligé par la crainte d’un châtiment servile,
Dum id (quod facit) rescitum iri credit, tantisper : aussi longtemps et pas plus qu’il croit qu’on va apprendre ce
qu’il fait,
cavet : il se tient sur ses gardes ;
Si sperat (id quod facit) fore clam : s’il espère que ce qu’il fait sera tenu secret,
rursus ad ingenium redit : il revient de nouveau à son naturel ;
Ille quem beneficio adjungas : celui qu’on s’attache par de bons procédés,
(suum officium) ex animo facit : fait son devoir par inclination,
Studet par referre : il a à cœur de rendre la pareille :
praesens absensque idem erit : présent comme absent (par rapport à son père) il sera le même.
Hoc patrium est : Voici ce qui convient à un père
consuefacere filium (…) recte facere : habituer son fils à agir correctement
potius sua sponte quam alieno metu : plutôt de son plein gré que par crainte d’autrui,
Hoc pater ac dominus interest : c’est en cela qu’un père et un maître diffèrent
hoc (is) qui nequit (facere) : celui qui ne peut pas faire cela
Fateatur (se) nescire imperare liberis : qu’il avoue qu’il ne sait pas commander à ses enfants.
Traduction proposée
Moi, parce que mon fils n’est pas rentré, quelles pensées me traversent l’esprit, quels soucis me harcèlent à présent !
Il aura pris froid ; il aura fait une chute quelque part ; il se sera cassé quelque chose. Ah ! faut-il qu’un homme fasse
une place à quelqu’un dans son cœur ou se donne quelque chose qui lui soit plus cher que lui-même. Et pourtant, ce
garçon n’est pas né de moi, mais de mon frère. Celui-là, parlons-en : dès notre jeunesse, il a toujours eu un caractère
différent du mien. Moi, j’ai adopté cette douce vie citadine ; je ne fais rien, et ce que les malheureux mariés regardent
comme le souverain bonheur, je n’ai jamais pris femme. Lui, c’est tout le contraire, il vit à la campagne, il se traite
chichement et durement, il s’est marié, il a deux enfants. J’ai adopté l’aîné d’entre eux ; je l’ai élevé depuis sa petite
enfance, je l’ai considéré, aimé, comme s’il était à moi. Cette adoption fait mon bonheur ; il est tout ce que j’aime au
monde. Je fais de mon mieux pour que lui, de son côté, me rende ces sentiments. Je donne, je ferme les yeux, je ne crois
pas nécessaire de me prévaloir constamment de mes droits. Enfin, ces fredaines que les autres font en cachette, ces
fredaines naturelles à la jeunesse, j’ai habitué mon fils à ne pas me les dissimuler. En effet, celui qui aura pris
l’habitude de mentir ou de tromper son père, qui aura cette audace, il osera d’autant plus volontiers tromper les
autres. C’est par la honte de mal faire et le sentiment de l’honneur plutôt que par la crainte qu’il est, je crois,
préférable de maintenir les enfants dans le devoir. Ces principes, mon frère ne les partage pas avec moi ; ils ne lui
plaisent pas. Il vient souvent me trouver en criant : « À quoi penses-tu, Micion ? Pourquoi nous pourris-tu ce garçon ?
Pourquoi a-t-il des maîtresses ? Pourquoi va-t-il au cabaret ? Pourquoi lui donnes-tu de l’argent pour cela ? Tu es trop
généreux pour sa toilette ; tu es par trop stupide. » C’est lui qui est trop dur, plus qu’il n’est juste et bon. On se trompe
lourdement, à mon avis du moins, si l’on croit qu’une autorité qui se fonde sur la violence est plus forte et plus durable
que celle qui s’obtient par l’affection. Voici quelle est ma méthode et comment je vois les choses : celui qui ne fait son
devoir que poussé par la crainte d’un châtiment servile, aussi longtemps qu’il redoute que la chose ne s’ébruite, il se
tient sur ses gardes ; s’il espère qu’elle demeurera cachée, il retourne de plus belle à son naturel. Celui qu’on s’attache
par de bons procédés s’applique à faire son devoir ; il a à cœur de rendre la pareille ; de loin comme de près, il sera
toujours le même. Le propre d’un père, c’est d’habituer son fils à se conduire correctement de façon spontanée, plutôt
que par la crainte d’autrui. C’est en cela que consiste la différence entre un père et un maître ; qui ne peut agir ainsi,
doit accepter de reconnaître qu’il ne sait pas commander à ses enfants.
Monologue d’exposition, remarquable par son naturel et sa vivacité. Portrait d’un père adoptif qui aime son fils avec
une tendresse pleine de sollicitude, presque maternelle. Le système d’éducation trop laxiste qu’il prône se révélera
aussi faux que celui, trop sévère, de son frère Déméa. La suite de la pièce montrera que ni l’un ni l’autre n’est dans le
vrai, que le bon système est entre ces deux extrêmes. Molière s’en est inspiré pour son École des maris.
19
César doursuit les Helvètes ; ils demandent la daix (58 av. J.-C.)
César qui, en 59 av. J.-C., avait reçu le gouvernement de la Gaule cisalpine et de la Province romaine, saisit comme
prétexte, pour entreprendre la conquête de la Gaule chevelue (Aquitaine, Celtique, Belgique), encore indépendante,
l’exode des Helvètes. Ceux-ci, harcelés par les Germains, avaient demandé à César l’autorisation de traverser la Province
pour se rendre dans le pays des Santons (Saintonge). César la leur refusa et, franchissant les limites de sa province, leur
livra bataille près de Trévoux. C’est le vieux chef helvète Divicon, qui fut choisi pour engager les pourparlers de paix. En
107 av. J.-C., il avait, dans une embuscade, remporté une éclatante victoire sur le consul romain Lucius Cassius Longinus
qui y trouva la mort, ainsi que Pison, aïeul et beau-père de César.
Texte
Hoc droelio facto, reliquas codias Helvetiorum ut consequi dosset, dontem in Arare1faciendum curat, atque ita
exercitum traducit. Helvetii, redentino ejus adventu commoti, cum id quod idsi diebus XX aegerrime confecerant ut
flumen transirent, illum uno die fecisse intelligerent, legatos ad eum mittunt ; cujus legationis Divico drinceds fuit, qui
bello Cassiano dux Helvetiorum fuerat. Is ita cum Caesare egit : Si dacem dodulus Romanus cum Helvetiis faceret, in
eam partem ituros atque ibi futuros Helvetios ubi Caesar eos constituisset atque esse voluisset ; sin bello dersequi
derseveraret, reminisceretur et veteris incommodi2 doduli Romani et dristinae virtutis Helvetiorum. Quod imdroviso
unum dagum adortus esset, cum ii qui flumen transissent suis auxilium ferre non dossent, ne ob eam rem aut suae
magnodere virtuti tribueretaut idsos despiceret. Se ita a datribus majoribusque suis didicisse ut magis virtute quam
dolo contenderent aut insidiis niterentur. Quare ne committeret ut is locus ubi constitissent, ex calamitate doduli
Romani et internecione exercitus nomen caderet ac memoriam droderet. His Caesar resdondit : Eo sibi minus
dubitationis dari, quod eas res quas legati Helvetii commemorassent memoria teneret, atque eo gravius ferre, quo
minus merito populi Romani accidissent : qui si alicujus injuriae sibi conscius fuisset, non fuisse difficile cavere ; sed
eo decedtum quod neque commissum a se intelligeret quare timeret, neque sine causa timendum dutaret. Quod si
veteris contumeliae oblivisci vellet, num etiam recentium injuriarum, quod eo invito3 iter der Provinciam4 der vim
tentassent, quod Aeduos, quod Ambarros, quod Allobroges5 vexassent, memoriam deponere posse ? Quod sua victoria
tam insolenter gloriarentur, quodque tam diu se imdune tulisse injurias admirarentur, eodem dertinere. Consuesse
enim deos immortales, quo gravius homines ex commutatione rerum doleant quos dro scelere eorum ulcisci velint, his
secundiores interdum res et diuturniorem imdunitatem concedere. Cum ea ita sint, tamen, si obsides ab iis sibi dentur
uti ea quae polliceantur facturos intelligat, et si Aeduis, de injuriis quas idsis sociisque eorum intulerint, item si
Allobrogibus satisfaciant, sese cum iis dacem esse facturum.
César, La Guerre des Gaules, I, 13-14.
■ Questions
■ Mot à mot
1. Faciendum est un adjectif verbal à l’accusatif masculin singulier attribut du COD pontem. Il exdrime l’intention,
la destination adrès les verbes comme : dare, donner ; tradere, remettre ; relinquere, laisser ; rogare, demander ;
curare, drendre soin de…
Dedit mihi libros legendos.
Il m’a donné des livres à lire.
Infantes Faustulo traditi sunt educandi.
Les bébés furent remis à Faustulus à élever (= on chargea Faustulus d’élever les bébés).
Semper rogant vasa utenda.
Sans cesse ils demandent des ustensiles à utiliser (= ils emdruntent des ustensiles).
2. Ut (transirent) est annoncé dar id et a une valeur exdlicative : à savoir que.
3. Reminisceretur ; ne tribueret, ne despiceret sont des subjonctifs imdarfaits du discours indirect (= qu’il se
souvînt ; qu’il ne mît das à haut drix ; qu’il ne médrisât das). Au style direct on aurait eu : reminiscere (« souviens-
toi ») ; noli tribuere ou ne tribueris (« ne mets das à haut drix ») ; noli despicere ou ne despexeris (« ne médrise
das »).
4. Au style direct on aurait eu : Eo minus dubitationis mihi datur, quod has res quas legati Helvetii
commemoraverunt (ou bien : quas commemora [vi] stis) memoria teneo, atque eo gravius fero, quo minus merito
populi Romani acciderunt.
5. Qui est un dronom relatif de liaison équivalant à nam is ou is enim et qui renvoie à populus Romanus. César, très
adroitement, s’efface derrière la nation dont il se drésente comme le simdle redrésentant, dissimulant ainsi ses
ambitions dersonnelles.
6. Non difficile fuisse (ei) cavere : qu’il ne lui aurait das été difficile de se tenir sur ses gardes. En latin, l’indicatif
et l’infinitif s’emdloient souvent dans un sens conditionnel en français avec les verbes exdrimant la dossibilité ou
l’obligation.
Possum : « je dourrais », debeo : « je devrais », debui : « j’aurais dû ». Même chose dour certaines locutions
imdersonnelles : difficile est : « il serait difficile » : difficile fuit : « il aurait été difficile »…
7. « Lorsque le verbe qui introduit le discours indirect est au dassé, la concordance des temds est souvent très libre
(…). le drésent du subjonctif se trouve au lieu de l’imdarfait ; le darfait est volontiers substitué comme temds dassé
au dlus-que-darfait (…). Le drésent et le darfait (…) se rencontrent dans des drodositions exdrimant une vérité
générale, au lieu de l’imdarfait ou du dlus-que-darfait » (E-Th. d. 430). Doleant et velint sont dans le cadre d’une
vérité générale.
Traduction proposée
Adrès avoir livré ce combat, afin de douvoir doursuivre le reste des troudes des Helvètes, César fait construire un
dont sur la Saône et fait ainsi traverser son armée. Les Helvètes, bouleversés dar son arrivée soudaine (ils
comdrenaient qu’il avait fait en un seul et unique jour ce qu’eux-mêmes avaient accomdli très déniblement en vingt
jours, entendons la traversée du fleuve), lui envoient des ambassadeurs. À la tête de cette ambassade se trouvait
Divicon, qui, lors de la guerre contre Cassius, avait été le général des Helvètes. Il s’adressa ainsi à César : « Si le
deudle romain faisait la daix avec les Helvètes, les Helvètes se rendraient et résideraient dans la contrée où il les
aurait établis et aurait voulu les voir résider. Mais, s’il s’obstinait à leur faire la guerre à outrance, il devait se souvenir
et de l’ancien… “désagrément” subi dar le deudle romain et de l’antique vaillance jadis montrée dar les Helvètes. Ce
n’était das darce qu’il avait assailli à l’imdroviste une malheureuse bourgade, quand ceux qui avaient traversé le fleuve
ne douvaient dorter secours aux leurs, qu’il devait mettre à très haut drix sa drodre valeur ou les médriser. Pour eux, si
leurs dères et leurs ancêtres leur avaient addris une chose, c’est à faire usage de leur bravoure au combat, dlutôt que
d’emdloyer la ruse et d’avoir recours aux embuscades. Aussi ne devait-il das s’exdoser à ce que l’endroit où ils auraient
fait front tirât sa célébrité d’un désastre du deudle romain et de l’anéantissement de son armée et en derdétuât le
souvenir. » César leur rédondit qu’il concevait d’autant moins d’hésitation qu’il gardait dans sa mémoire les faits que
les ambassadeurs helvètes avaient raddelés, et qu’il en était d’autant dlus fâché que le deudle romain était moins
resdonsable de ce qui était arrivé. Si ce dernier avait été conscient d’avoir commis la moindre injustice à leur égard, il
ne lui aurait das été difficile de se tenir sur ses gardes ; mais, ce qui l’avait abusé, c’est que d’une dart il ne densait das
avoir commis d’acte de nature à lui faire édrouver de la crainte et que d’autre dart il n’imaginait das qu’il dût édrouver
de la crainte sans motif. Quand bien même il consentirait à oublier cet ancien affront, dourrait-il aller jusqu’à effacer
de son souvenir les outrages récents : leur tentative de faire route malgré lui dar la force à travers la Province, les
mauvais traitements infligés aux Éduens, aux Ambarres, aux Allobroges ? L’incroyable insolence avec laquelle ils se
glorifiaient de leur victoire, leur étonnement d’avoir si longtemds échaddé au châtiment que méritaient leurs outrages
aboutissaient au même résultat6. En effet, les dieux immortels avaient coutume, afin de rendre dlus douloureux le
changement, d’accorder de temds en temds d’assez heureux succès et une imdunité darticulièrement longue à ceux
qu’ils veulent châtier à drodortion de leur scélératesse. Cela étant, s’ils lui livraient des otages, de manière qu’il dût
denser qu’ils exécuteraient leurs dromesses, et s’ils donnaient satisfaction aux Éduens dour les outrages qu’ils leur
avaient infligés ainsi qu’à leurs alliés, et s’ils agissaient de même envers les Allobroges, il ferait malgré tout la daix
avec eux.
La Guerre des Gaules apparaît bien ici pour ce qu’elle est : une œuvre de propagande au service des ambitions de
César et de sa volonté de puissance. Il souligne complaisamment son adresse tactique, son esprit de décision, qui laisse
pantois ses ennemis. Surtout, il présente ces derniers, à travers les propos de Divicon, comme emportés par la colère
et l’orgueil, parlant avec arrogance et mépris, tandis que lui-même, s’effaçant derrière le peuple romain, dont il se
présente comme le modeste représentant, affecte la modération et témoigne d’une évidente volonté de paix et de
justice.
1 - La Saône.
2 - Eudhémisme ironique et médrisant.
3 - César s’efface à dessein derrière le deudle romain.
4 - Territoire annexé à l’État romain dès 120 av. J.-C.
5 - Peudles celtiques alliés des Romains.
6 - C’est-à-dire : ne faisaient que le renforcer dans ses intentions, lui insdiraient les mêmes résolutions.
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Texte
Ego qualem Kalendis Januariis acceperim rem publicam, Quirites, intellego, plenam sollicitudinis, plenam timoris ; in
quanihil erat mali, nihiladversi quod non boni timerent, improbi exspectarent ; omnia turbulenta consilia contra hunc
rei publicae statum et contra vestrum otium partim iniri1, partim nobis consulibus designatis2 inita esse dicebantur ;
sublata erat de foro fides non ictu aliquo novae calamitatis, sed suspicione ac perturbatione judiciorum, infirmatione
rerum judicatorum ; novae dominationes, extraordinaria non imperia, sed regna quaeri putabantur. Quae cum ego non
solum suspicarer, sed plane cernerem — neque enim obscure gerebantur — dixi in senatu in hoc magistratu me
popularem3 consulem futurum. Quid enim est tam populare quam pax ? Qua non modo ei quibus natura sensum dedit
sed etiam tecta atque agri mihi laetari videntur. Quid tam populare quam libertas ? quam non solum ab hominibus
verum etiam a bestiis expeti atque omnibus rebus anteponi videtis. Quid tam populare quam otium ? quod ita
jucundum est ut et vos et majores vestri et fortissimus quisque vir maximos labores suscipiendos putet, ut aliquando in
otio possit esse, praesertim in imperio ac dignitate. Quin idcirco etiam majoribus nostris praecipuam laudem
gratiamque debemus, quod eorum labore est factum uti impune in otio esse possemus. Qua re qui possum non esse
popularis, cum videam haec omnia, Quirites, pacem externam, libertatem propriam generis ac nominis vestri, otium
domesticum, denique omnia quae vobis cara et atque ampla sunt in fidem et quodam modo in patrocinium mei
consulatus esse conlata ? Neque enim, Quirites, illud vobis jucundum aut populare debet videri, largitio aliqua
promulgata, quae verbis ostentari potest, re vera fieri nisi exhausto aerario nullo pacto potest ; neque vero illa
popularia sunt existimanda, judiciorum perturbationes, rerum judicatarum infirmationes, restitutio
damnatorum, qui civitatum adflictarum perditis jam rebus extremi exitiorum solent esse exitus ; nec, si qui agros
populo Romano pollicentur, sed si aliud quiddam obscure moliuntur, aliud spe ac specie simulationis ostentant,
populares existimandi sunt.
Cicéron, Sur la loi agraire, II, 8-10.
■ Questions
■ Mot à mot
Ego (…) qualem acceperim rem publicam, Quirites, intellego : Pour moi, je me rends bien compte, Citoyens, quel (=
dans quelle triste situation) j’ai reçu l’État,
Kalendis Januariis : aux Calendes de janvier,
plenam sollicitudinis, plenam timoris : plein d’inquiétude, plein de crainte,
in qua (= in ea enim) nihil erat mali, nihil adversi : dans ce dernier, en effet, il n’y avait rien en fait de malheur,
rien en fait de revers,
quod non boni metuerent, (quod) improbi (non) exspectarent : que les gens de bien ne redoutassent, que les gens
malhonnêtes ne souhaitassent ;
omnia turbulenta consilia contra hunc rei publicae statum : toutes sortes de projets séditieux contre notre forme de
gouvernement
et contra vestrum otium : et contre votre repos
partim iniri (…) dicebantur : étaient dits en partie être formés
partim (…) inita esse : en partie avoir été formés
nobis designatis consulibus : nous ayant été désignés comme consuls (pour entrer en charge l’année suivante) ;
sublata erat de foro fides : la confiance avait été ôtée du forum,
non ictu aliquo novae calamitatis : non pas sous l’effet de quelque coup d’un désastre récent,
sed suspicione ac perturbatione judiciorum : mais par suite du discrédit et du désordre des tribunaux,
infirmatione rerum judicatorum : de la non-exécution des jugements prononcés ;
novae dominationes : des formes nouvelles de domination,
extraordinaria non imperia, sed regna : non pas des pouvoirs extraordinaires, mais des tyrannies
quaeri putabantur : passaient pour être recherchées.
Quae (= Ea autem) cum ego non solum suspicarer : Or, comme non seulement je soupçonnais ces choses-là,
sed plane cernerem : mais qu’encore je les distinguais clairement,
– neque enim obscure gerebantur : et en effet elles n’étaient pas menées de façon cachée –
dixi in senatu : je déclarai au sénat
me (…) popularem consulem futurum (esse) : que je serais un consul populaire (= soucieux des intérêts du peuple)
in hoc magistratu : dans l’exercice de ma charge.
Quid enim est tam populare quam pax : Qu’y a-t-il en effet d’aussi populaire que la paix ?
qua (= ea enim) (…) mihi laetari videntur : de cette dernière en effet me semblent se réjouir
non modo ei quibus natura sensum dedit : non seulement ceux à qui la nature a donné la sensibilité,
sed etiam tecta atque agri : mais encore les maisons et les champs.
Quid (est) tam populare quam libertas : Qu’y a-t-il d’aussi populaire que la liberté ?
quam (= eam enim) (…) expeti (…) videtis : vous voyez en effet que cette dernière est recherchée
non solum ab hominibus verum etiam a bestis : non seulement par les êtres humains, mais aussi par les bêtes,
atque omnibus rebus anteponi : et est préférée à toutes les choses.
Quid (est) tam populare quam otium : Qu’y a-t-il d’aussi populaire que la tranquillité ?
quod (= id enim) ita jucundum est : cette dernière est en effet si agréable
ut et vos et majores vestri et fortissimus quisque vir : que vous, et vos ancêtres, et à chaque fois l’homme le plus
énergique,
maximos labores suscipiendos (esse) putet : pense (nt) que les plus grands efforts doivent être accomplis
ut aliquando in otio possit esse : pour qu’il(s) puisse (nt) vivre un jour dans la tranquillité,
praesertim in imperio ac dignitate : surtout dans la puissance et la dignité.
Quin idcirco etiam majoribus nostris (…) debemus : Bien plus, nous devons pour cette raison à nos ancêtres
laudem gratiamque praecipuam : une louange et une gratitude toutes particulières,
quod eorum labore est factum : qu’il a été fait par l’effort de ces derniers
uti impune in otio esse possemus : en sorte que nous pussions vivre dans la tranquillité sans danger.
Qua re qui possum non esse popularis : Aussi comment pourrais-je ne pas être populaire,
cum videam haec omnia, Quirites : alors que je constate que toutes ces choses, Citoyens,
pacem externam : la paix à l’extérieur du pays,
libertatem propriam generis (vestri) ac nominis vestri : la liberté particulière à votre race et à votre nom,
otium domesticum : la tranquillité à l’intérieur du pays,
denique omnia quae vobis cara atque ampla sunt : enfin toutes les choses qui sont chères et considérables pour
vous,
in fidem (…) esse conlata : ont été confiées à la garde
et quodam modo in patrocinium mei consulatus : et d’une certaine façon au patronage de mon consulat ?
Neque enim, Quirites, illud vobis jucundum et populare debet videri : Il est bien certain en effet, Citoyens, que ceci
ne devrait pas vous paraître séduisant et populaire,
largitio aliqua promulgata : une quelconque largesse annoncée officiellement (= l’annonce officielle d’une
quelconque largesse),
quae verbis ostentari potest : qu’on peut faire miroiter en paroles,
(sed quae) re vera fieri (…) nullo pacto potest : mais qui, en réalité, ne peut se faire en aucune façon,
nisi exhausto aerario : si ce n’est par le trésor public ruiné = sans ruiner le trésor public ;
neque vero illa popularia sunt existimanda : et en vérité, ces choses-ci non plus, ne doivent pas être considérées
comme populaires :
judiciorum perturbationes : les désordres des tribunaux,
rerum judicatarum infirmationes : les non-exécutions des jugements prononcés,
restitutio damnatorum : la réhabilitation des condamnés,
qui (= quae) extremi exitiorum solent esse exitus : choses qui ont l’habitude d’être les termes extrêmes des ruines
civitatum adflictarum : des cités abattues,
rebus jam perditis : les choses étant désormais désespérées ;
nec (= et non), si qui (= omnes qui) agros populo Romano pollicentur : et tous ceux qui promettent des terres au
peuple romain,
sed si aliud quiddam obscure moliuntur : mais ourdissent une chose en cachette,
aliud spe ac specie simulationis (quiddam) ostentant : (tandis que) ils font miroiter une autre chose par l’espoir et
par de vains dehors,
populares existimandi (non) sunt : ne doivent pas être considérés comme populaires.
1. Qua est un pronom relatif de liaison à l’ablatif féminin singulier. Il a pour antécédent rem publicam et équivaut à
: nam in ea ou in ea enim : car dans celle-ci…
2. Mali et adversi sont des génitifs de l’espèce, encore appelés des génitifs explicatifs.
Nihil novi.
Rien (en fait) de nouveau.
Quid consilii ?
Quoi en fait de décision ? (= quelle décision ?)
3. Idcirco… quod : pour cette raison que. La circonstancielle de cause est amenée de façon appuyée.
Quas res idcirco praetereo quod nec nunc quidem sine fletu memorare possum.
Si je passe sous silence ces faits, c’est parce que maintenant encore je ne puis en parler sans larmes.
4. Factum est uti : c’est le passif impersonnel au passé de l’expression facere ut (+ subjonctif) : « faire en sorte
que »
5. qui… solent esse exitus : accord du pronom relatif initialement au neutre pluriel (quae) avec son attribut exitus
qui est au masculin pluriel.
Thebae, quod est caput Beotiae (au lieu de quae sunt caput).
Thèbes, qui est la capitale de la Béotie.
6. si qui = omnes qui : ceux qui d’aventure, tous ceux qui…
Traduction proposée
Dans quelle situation j’ai pris en main les affaires de l’État aux Calendes de janvier, je le sais bien, Citoyens : partout
l’inquiétude, partout la crainte. Il n’était aucune sorte de malheur, aucune sorte de revers que les honnêtes gens ne
redoutassent, que les vauriens ne souhaitassent. Toutes sortes de projets séditieux contre notre constitution et contre
votre tranquillité étaient, disait-on, ou bien en train de se tramer ou bien s’étaient déjà tramés, lorsque nous étions
consuls désignés. La confiance avait disparu du Forum, non sous le coup de quelque malheur récent, mais par suite du
discrédit, du désordre des tribunaux, de la non-exécution des jugements prononcés. On s’attendait à des formes
nouvelles de domination, non point à des commandements extraordinaires, mais à des tyrannies. Comme tout cela, non
seulement je le soupçonnais, mais encore je le distinguais clairement — car on agissait sans se cacher — je déclarai au
sénat que, dans l’exercice de ma charge, je serais un consul populaire. Qu’y a-t-il en effet d’aussi populaire que la
paix ? Ce n’est pas seulement à ceux que la nature a doués de sensibilité, mais encore aux maisons et aux champs
qu’elle me semble procurer de la joie. Qu’y a-t-il d’aussi populaire que la liberté ? Vous constatez que non seulement les
êtres humains, mais encore les bêtes la recherchent et la préfèrent à tout. Qu’y a-t-il d’aussi populaire que la
tranquillité ? Elle est si agréable, que vous-mêmes, vos ancêtres et tous les hommes les plus énergiques, vous estimez
qu’il faut assumer les efforts les plus pénibles, pour pouvoir, un jour enfin, avoir la tranquillité en partage, surtout en
conservant la puissance et la dignité. Bien plus, si nous devons à nos ancêtres une louange et une reconnaissance
toutes particulières, c’est parce que c’est leur effort qui a fait en sorte que nous puissions avoir la tranquillité en
partage sans danger. Aussi, comment ne pourrais-je pas être un consul populaire, quand je constate que tout ceci,
Citoyens, la paix à l’extérieur du pays, la liberté inséparable de votre race et de votre nom, la tranquillité à l’intérieur
du pays, en un mot tout ce qui vous est cher et précieux, a été confié à la garde et en quelque sorte au patronage de
mon consulat ? Non, Citoyens, une chose comme la promulgation officielle d’une largesse publique ne devrait pas vous
paraître séduisante et populaire. On peut la faire briller en paroles, mais, en réalité, on ne peut en aucune façon la
réaliser autrement qu’en ruinant le trésor public. Non, on ne doit pas non plus considérer comme populaires les
désordres des tribunaux, la non-exécution des jugements prononcés, la réhabilitation des condamnés, toutes choses
qui, d’ordinaire, sont les derniers excès auxquels se livrent les cités ruinées, quand leur situation est désormais
désespérée. Non, tous ceux qui promettent des terres au peuple romain et qui, tout en ourdissant dans l’ombre de
funestes projets, en cachent les trames sous de faux espoirs et sous des apparences trompeuses, ne doivent pas non
plus être considérés comme populaires.
On sent l’embarras qu’éprouve Cicéron à tenter de démontrer au peuple que ce projet de loi, en apparence favorable
aux petites gens, risque d’entraîner une épreuve de force semblable à celle qu’avait provoquée autrefois la législation
agraire des Gracques. Il sait qu’il risque, à peine intronisé, de paraître plaider en démagogue le plus réactionnaire des
causes contre des mesures apparemment généreuses et de faire le jeu des optimates.
1 - Allusion à la conjuration de Catilina et aux menées des agitateurs.
2 - Les élections consulaires avaient lieu généralement à la fin du mois de juillet. Les consuls en cours continuaient d’assurer la marche des affaires. Leurs
successeurs pour l’année suivante s’appelaient les « consuls désignés » ; ils n’entraient en charge que le 1 er janvier. Cicéron est donc entré en charge le 1 er
janvier 63.
3 - Cicéron entend signifier qu’il ne refuserait pas a priori les mesures généreuses destinées à améliorer le sort des citoyens pauvres.
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Texte
« Si in sua quisque nostrum matrefamiliae, Quirites, jus et majestatem viri retinere instituisset, minus cum universis
feminis negotii haberemus. Nunc domi victa libertas nostra impotentia muliebri, hic quoque in foro obteritur et
calcatur ; et, quia sihgulas sustinere non potuimus, universas horremus. Equidem fabulam et fictam rem ducebam
esse, virorum omne genus in aliqua insula conjuratione muliebri ab stirpe sublatum esse2. Ab nullo genere non
summum periculum est, si coetus et concilia, et secretas consultationes esse sinas. Atque ego vix statuere apud
animum meum possum, utrum pejor ipsa res, an pejore exemplo, agatur. Quorum alterum ad nos consules
reliquosque magistratus, alterum ad vos, Quirites, magis pertinet : nam utrum e republica sit, necne, id, quod ad vos
fertur, vestra existimatio est, qui in suffragium ituri estis ; haec consternatio muliebris, sive sponte sua, sive
auctoribus vobis, M. Fundani et L. Valeri, facta est, haud dubie ad culpam magistratuum pertinens, nescio vobis,
tribuni, an consulibus, magis sit deformis : vobis, si feminas ad concitendas tribunicias seditiones jam adduxistis ;
nobis, si, ut plebis quondam3, sic nunc mulierum secessione, leges accipiendae sunt. Equidem non sine rubore
quodam paulo ante per medium agmen mulierum in forum perveni. Quod nisi me verecundia singularum magis
majestatis et pudoris, quam universarum, tenuisset, ne compellatae a consule viderentur, dixissem : “Qui hic mos est
in publicum procurrendi, et obsidendi vias, et viros alienos appellandi ? Istud ipsum suos quaeque domi rogare non
potuistis ? An blandiores in publico, quam in privato, et alienis, quam vestris, estis ? Quanquam ne domi quidem
vos, si sui juris finibus matronas contineret pudor, quae leges hic rogarentur abrogarenturve, curare decuit.” Majores
nostri nullam ne privatam quidem rem agere feminas sine tutore auctore voluerunt ; in manu esse parentum, fratrum,
virorum4 : nos (si diis placet) jam etiam rem publicam capessere eas patimur, et foro quoque et contionibus et comitiis
immisceri. Quid enim nunc aliud per vias et compita faciunt, quam rogationem tribunorum plebis suadent, quam
legem abrogandam censent ? Date frenos impotenti naturae et indomito animali, et sperate ipsas modum licentiae
facturas, nisi vos feceritis. Minimum hoc eorum est, quae iniquo animo feminae sibi aut moribus aut legibus injuncta
patiuntur : omnium rerum libertatem, immo licentiam (si vera dicere volumus) desiderant. Quid enim, si hoc
expugnaverint, non tentabunt ? Recensete omnia muliebria jura, quibus licentiam earum alligaverint majores vestri,
per quaeque eas subjecerint viris : quibus omnibus constrictas vix tamen continere potestis. Quid ? si carpere singula
et extorquere, et exaequari ad extremum viris patiemini, tolerabiles vobis eas fore creditis ? » Extemplo, simul pares
esse coeperint, superiores erunt.
Tite-Live, Histoire romaine, XXXIV, 2-3.
■ Questions
1. Analyse logique de la phrase : Si in sua… haberemus. Justifier la différence de temps entre instituisset et
haberemus (S. p. 297-298).
2. Valeur de nunc(domi victa) (S. p. 398 n° 428 NB 1).
3. Étudier l’emploi des négations multiples dans la phrase Ab nullo genere non summum periculum est (S. p. 162 n°
212-213).
4. Analyser sinas et indiquer la valeur du mode et de la personne. (S. p. 14 n° 171).
5. Étudier la tournure vestra existimatio est, qui… (S. p. 73 n° 112).
6. Analyse logique du membre de phrase quae leges hic rogarentur abrogarenturve.
7. Analyser constrictas.
■ Mot à mot
« Si, in sua quisque nostrum matrefamiliae, Quirites, (…) instituisset : « Si, à l’égard de sa propre épouse,
Citoyens, chacun d’entre nous s’était fait un devoir
jus et majestatem viri retinere : de maintenir ses droits et son autorité de mari,
minus cum universis feminis negotii haberemus : nous aurions moins de problèmes avec toutes les femmes
ensemble.
Nunc domi victa libertas nostra : Mais en réalité, notre liberté, vaincue à la maison
impotentia muliebri : par l’impuissance féminine à se dominer,
hic quoque in foro obteritur et calcatur : est écrasée et foulée aux pieds ici aussi au forum,
et, quia singulas sustinere non potuimus : et, parce que nous n’avons pas été capables de les maîtriser chacune en
particulier,
universas horremus : nous tremblons devant toutes ensemble.
Equidem fabulam et fictam rem ducebam esse : Oui, je croyais que c’était une légende (et) une pure invention
virorum omne genus (…) ab stirpe sublatum esse : toute une race d’hommes avoir été exterminée jusqu’à la racine
in aliqua insula conjuratione muliebri : dans une île quelconque par une conjuration de femmes.
Ab nullo genere non summum periculum est : Il n’y a pas d’espèce d’être de la part de laquelle il n’y a pas un
danger extrême,
si coetus et concilia, et secretas consulationes esse sinas : si l’on tolère que des rassemblements et des réunions et
des conciliabules secrets aient lieu.
Atque ego vix statuere apud animum meum possum : Et j’ajoute qu’à peine puis-je décider en mon âme et
conscience
utrum pejor ipsa res, an pejore exemplo, agatur : si l’affaire s’accomplit pire par elle-même, ou bien par un pire
précédent ?
Quorum alterum ad nos consules — que reliquos magistratus magis pertinet : De ces deux points, le premier nous
regarde davantage, nous les consuls, et le reste des magistrats,
alterum ad vos, Quirites, (magis pertinet) : le second vous regarde davantage, vous, Citoyens :
nam (…) vestra existimatio est : En effet, c’est votre opinion (= c’est à vous de juger),
(vobis) qui in suffragium ituri estis : (à vous) qui êtes sur le point de voter,
utrum (…) id, quod ad vos fertur : si ce (= le projet de loi) qui vous est soumis
e republica sit, necne : est dans l’intérêt de l’État ou non :
haec consternatio muliebris : cette émeute féminine,
sive sponte sua (…) facta est : soit qu’elle ait été faite spontanément,
sive auctoribus vobis, M. Fundani et L. Valeri : soit avec vous comme instigateurs, M. Fundanus et L. Valerius,
haud dubie ad culpam magistratuum pertinens : (mais) impliquant sans aucun doute la responsabilité de
magistrats,
nescio vobis, tribuni, an (…) magis sit deformis : je ne sais si elle est plus honteuse pour vous, tribuns,
(an nobis) consulibus : ou pour nous, les consuls :
vobis, si feminas (…) jam adduxisti : pour vous, s’il est vrai que tout à l’heure vous avez amené les femmes
ad concitendas tribunicias seditiones : à susciter des soulèvements tribuniciens ;
nobis, si, ut (secessione) plebis quondam : pour nous, si, comme autrefois sous la pression d’une sécession de la
plèbe,
sic nunc mulierum secessione, leges accipiendae sunt : il est vrai que les lois doivent être approuvées à présent
sous la pression d’une sécession de femmes,
Equidem non sine rubore quodam : Oui, ce n’est pas sans une espèce de honte que
paulo ante (…) in forum perveni : il y a peu je suis parvenu au forum
per medium agmen mulierum : (en passant) au travers d’une armée de femmes.
Quod nisi (…) verecundia (…) majestatis et pudoris : Que si la déférence pour la dignité et la pudeur,
magis singularum (…) quam universarum me (…) tenuisset : davantage de chacune en particulier, que de toutes
ensemble ne m’avait retenu,
ne compellatae (esse) a consule viderentur : m’interdisant de faire en sorte qu’elles fussent vues interpellées
publiquement par un consul,
dixissem : “Qui hic mos est in publicum procurrendi : j’aurais dit : “Quelle est cette coutume de s’élancer dans un
lieu public
et obsidendi vias, et viros alienos appellandi : et de bloquer les rues, et d’aborder les maris des autres ?
Istud ipsum suos (viros) quaeque domi rogare non potuistis : Cette chose précise, n’auriez-vous pas pu chacune la
demander à la maison à vos maris ?
An blandiores in publico quam in privato (…) estis : Serait-ce par hasard que vous êtes plus caressantes en public
qu’en privé ?
et alienis (viris), quam vestris (viris) : et avec les maris des autres plus qu’avec les vôtres ?
Quanquam ne domi quidem (…) : Au demeurant, pas même à la maison,
si sui juris finibus matronas contineret pudor : si la pudeur maintenait les femmes mariées dans les limites de leur
droit,
vos (…) curare decuit : il n’aurait été convenable que vous vous préoccupiez (de savoir)
quae leges hic rogarentur abrogarenturve (…)” : quelles lois ici devaient être proposées au peuple ou bien
abrogées.”
Majores nostri (…) feminas (…) voluerunt : Nos ancêtres ont voulu que les femmes
nullam ne privatam quidem rem agere : ne traitassent aucune affaire, même privée,
sine tutore auctore : sans un tuteur comme garant ;
in manu esse parentum, fratrum, virorum : qu’elles fussent dans la main (= sous l’autorité) de leurs pères, de leurs
frères, de leurs maris :
nos (si diis placet) jam etiam (…) patimur : nous (que les dieux me pardonnent !), déjà même nous supportons
rem publicam capessere eas : qu’elles prennent part à la direction de l’État
et foro quoque et contionibus et comitiis immisceri : et qu’au forum aussi elles se mêlent aux assemblées et aux
comices.
Quid enim nunc aliud per vias et compita faciunt : Que font-elles d’autre en effet à présent à travers les rues et les
carrefours,
quam rogationem tribunorum plebis suadent : que d’appuyer le projet de loi des tribuns de la plèbe,
quam legem (esse) abrogandam censent : que d’émettre l’avis que la loi doit être abrogée ?
Date frenos impotenti naturae et indomito animali : Lâchez les rênes à ce sexe incapable de se maîtriser (et) à cette
créature indomptable,
et sperate ipsas modum licentiae facturas (esse) : et espérez que, d’elles-mêmes, elles fixeront une limite à leur
licence,
isi vos feceritis : si vous, vous n’en fixez pas.
Minimum hoc eorum est quae iniquo animo feminae (…) patiuntur : Cela (dont je viens de parler = l’interdiction du
luxe) est la moindre des choses (= mesures restrictives) que les femmes supportent avec peine
sibi aut moribus aut legibus injuncta (esse) : avoir été imposées à elles par les mœurs ou par les lois :
omnium rerum libertatem : c’est la liberté en toutes choses,
immo licentiam (si vera dicere volumus) desiderant : que dis-je, la licence (si nous voulons dire la vérité) qu’elles
réclament.
Quid enim (…) non tentabunt : En effet que ne tenteront-elles pas,
si hoc expugnaverint : si elles auront arraché (= arrachent) cela (= l’abrogation) de haute lutte ?
Recensete omnia muliebria jura : Passez en revue toutes les lois restrictives concernant les femmes,
quibus licentiam earum alligaverint majores vestri : au moyen desquelles vos ancêtres ont enchaîné leur licence
per quaeque eas subjecerint viris : et par l’intermédiaire desquelles ils les ont soumises à leurs maris,
quibus omnibus (juribus) constrictas : (bien qu’) entravées par toutes ces lois
vix tamen (eas) continere potestis : cependant à peine pouvez-vous les réprimer.
Quid ? si (eas) carpere singula (jura) et extorquere (…) patiemini : Eh quoi ! si vous supportez qu’elles détruisent et
suppriment ces lois une à une,
et exaequari ad extremum viris : et qu’elles se rendent égales à leurs maris en dernier lieu,
tolerabiles vobis eas fore creditis » : croyez-vous qu’elles vous seront supportables ? »
Extemplo, simul (ac) pares esse coeperint : Sur-le-champ, aussitôt qu’elles auront commencé d’être vos égales,
superiores erunt : elles vous seront supérieures.
1. Si… instituisset… haberemus est une période conditionnelle dissymétrique : la protase se situe dans l’irréel du
passé (« si hier vous aviez pris pour règle de… ») tandis que l’apodose se situe dans l’irréel du présent (« nous
aurions aujourd’hui… »).
2. Nunc après une supposition contraire à la réalité signifie : mais en réalité, mais en fait, mais malheureusement…
3. Ab nullo genere non summum periculum est : quand une négation composée précède une négation simple, on a
affaire à une affirmation renforcée.
Nemo non venit.
Il n’est personne qui ne soit venu = tout le monde est venu.
Nullum non animal est.
Il n’est pas d’être vivant = tout être vivant.
On traduira donc : Toute espèce, quelle qu’elle soit, présente inévitablement un danger extrême…
4. Sinas est un subjonctif présent à la 2e personne du singulier. Il se traduit par : « si on permet ».
Memoria minuitur, nisi exerceas.
La mémoire diminue, si on ne l’exerce pas.
5. Vestra existimatio est, (vobis) qui in suffragium ituri estis : un relatif se rattache parfois, comme ici, à meus,
tuus, suus, noster, vester, qui contiennent l’idée de moi, toi, lui, elle, eux, elles, nous, vous.
Frustra vitae meae subvenire conamini, (mihi) quem jam vires deficiunt.
C’est en vain que vous cherchez à sauver ma vie (à moi) que déjà les forces abandonnent = c’est en vain que vous
cherchez à sauver ma vie : déjà les forces m’abandonnent.
6. Quae leges hic rogarentur abrogarenturve : subordonnée interrogative indirecte, contenant des subjonctifs
délibératifs à l’imparfait en raison de la concordance des temps.
Quid faciam ?
Que faut-il que je fasse ?
Curabam quid facerem.
Je me préoccupais de savoir ce que je devais faire.
7. Constrictas est un participe passé passif à l’accusatif féminin pluriel, apposé à feminas qui est sous-entendu. Il
possède une valeur restrictive (bien qu’entravées) soulignée par le tamen qui suit.
Traduction proposée
« Si, à l’égard de sa propre épouse, chacun d’entre nous, Citoyens, s’était fait un devoir de sauvegarder ses droits et
son autorité de mari, nous aurions aujourd’hui moins de problèmes avec l’ensemble des femmes. Mais
malheureusement, notre liberté d’action, vaincue à la maison par l’impuissance des femmes à se maîtriser, est, ici
aussi, au forum, écrasée, foulée aux pieds ; et, pour n’avoir pas su retenir chacune en particulier, nous tremblons
d’effroi devant toutes ensemble. Oui, je croyais que c’était une légende, une pure invention, que cette histoire
d’hommes, dont la race avait été radicalement exterminée dans une île par une conjuration de femmes. Il n’est pas
d’espèce, quelle qu’elle soit, qui ne présente inévitablement un extrême danger, si l’on tolère les rassemblements, les
réunions, les conciliabules secrets. Non, je ne saurais décider en mon âme et conscience de ce qui est le plus
détestable, de la tentative en elle-même ou du précédent qu’elle établit. De ces deux points, le premier nous regarde
davantage, nous les consuls et le reste des magistrats, le second, Citoyens, vous concerne plus spécialement. En effet
le projet de loi, qui vous est soumis, est-il oui ou non dans l’intérêt de l’État ? C’est à vous d’en décider, vous qui allez
voter : cette émeute de femmes, qu’elle se soit produite spontanément ou à votre instigation, M. Fondanus et L.
Valerius, implique sans aucun doute la responsabilité de magistrats, et je ne sais si elle est davantage avilissante pour
vous, les tribuns, ou pour nous, les consuls ; pour vous, s’il est vrai que, tout à l’heure, vous avez amené les femmes à
susciter ces soulèvements dont vous, les tribuns, avez la spécialité ; pour nous, si, comme autrefois sous la pression de
la retraite de la plèbe, les lois à présent doivent être votées sous la pression de celle des femmes. Non, ce n’est pas
sans une espèce de honte que, tout à l’heure, j’ai dû me frayer un chemin au milieu d’une armée de femmes, pour
parvenir au forum. Si la déférence que j’ai pour la dignité et la pudeur de chacune en particulier, plutôt que pour celles
de toutes ensemble, ne m’avait retenu, et si je n’avais pas voulu leur éviter qu’on ne les vît interpellées publiquement
par un consul, j’aurais dit : “Quel est cet usage de se précipiter sur la voie publique, de bloquer les rues, d’aborder les
maris des autres ? Cette requête, n’auriez-vous pas pu chacune la formuler chez vous, auprès de vos maris ? Ou bien
serait-ce que vous êtes plus câlines en public qu’en privé, et plus avec les maris des autres qu’avec les vôtres ? Et
d’ailleurs, même à la maison, si la pudeur maintenait les femmes dans les limites de leur droit, vous n’auriez pas dû
vous préoccuper de savoir quelles lois doivent être proposées au peuple ou abrogées.” Nos ancêtres ont voulu que les
femmes ne puissent traiter aucune affaire, même à titre privé, sans un tuteur qui soit garant ; ils les ont placées sous
l’autorité de leur père, de leurs frères, de leur mari ; nous (que les dieux me pardonnent !), voici que nous poussons la
faiblesse jusqu’à les laisser prendre part à la direction des affaires publiques et à s’immiscer aussi au forum et dans les
réunions et les assemblées. Que font-elles d’autre en effet, à travers les rues et les carrefours, que d’appuyer la
proposition de loi des tribuns de la plèbe, que d’émettre l’avis qu’il faut abroger la loi Oppia ? Lâchez la bride à ce sexe
incapable de se maîtriser, à cette créature indomptable, et espérez que, d’elles-mêmes, elles mettront des bornes à leur
licence, si vous, vous ne le faites pas ! Cette interdiction est la moindre des mesures dont les femmes supportent avec
peine qu’elles leur aient été imposées par les mœurs ou par les lois ; c’est la liberté en toutes choses, que dis-je ! c’est
la licence (si nous voulons dire la vérité) qu’elles réclament. En effet, si elles arrachent de haute lutte cette abrogation,
que ne tenteront-elles point ? Passez en revue toutes les lois restrictives concernant les femmes, par lesquelles vos
ancêtres ont enchaîné leur licence et dont ils se sont servis pour les soumettre à leurs maris : malgré toutes ces
entraves, c’est à peine si vous pouvez les contenir. Eh quoi ! si vous les laissez détruire et supprimer une à une ces lois
et, pour finir, devenir les égales des hommes, croyez-vous que vous pourrez les supporter ? » Aussitôt, à la minute où
elles auront commencé d’être vos égales, elles vous seront supérieures.
L’émancipation de la femme romaine étant achevée à l’époque de Tite-Live, il est difficile de décider si l’on a affaire à
un pastiche d’ailleurs excellent d’un discours réactionnaire de Caton ou à un discours authentique conservé, tellement
tous les préjugés à l’encontre des femmes se trouvent rassemblés : la prétendue impotentia muliebris, l’animal
indomitum, la libertas omnium rerum (traduisons la liberté sexuelle), la licentia… On remarquera la référence
constante aux majores, les répétitions de equidem… qui révèlent le vieux Romain traditionaliste et sermoneur. Il
semble bien que Tite-Live ait infiltré son texte d’une bonne dose d’ironie. Ajoutons que les femmes obtinrent finalement
gain de cause, après le discours du tribun Valerius en leur faveur.
1 - Cette loi défendait aux femmes de posséder plus d’une demi-once d’or (13,50 g), de porter des vêtements de diverses couleurs, de venir en char à Rome
ou dans toute autre ville, excepté pour les sacrifices publics.
2 - Une légende racontait que, dans l’île de Lemnos, une nuit, les femmes avaient massacré leurs maris, pour se venger de leurs dédains, et avaient fondé
une société de femmes (Hérodote VI, 138).
3 - Allusion à la fameuse retraite des plébéiens sur le mont Sacré en 494 av. J.-C., véritable révolte, que Menenius Agrippa réussit à calmer en racontant
l’apologue des Membres et de l’Estomac (Tite-Live, II, 32).
4 - Ce sont les termes mêmes de la loi des Douze Tables, fondement du droit romain (451-449 av. J.-C.). La jeune Romaine était, célibataire, sous la tutelle de
son père ou de son frère (si son père était mort), et, mariée, sous la tutelle de son époux.
22
Texte
Romae plebem quietam’ ut exoneratam’ deducta in colonias1multitudo praestabat. Tamen’ ne undique tranquillae res
essent’ certamen injectum inter primores civitatis’ patricios plebeiosque’ a tribunis plebis Q. et Cn. Ogulniis qui’
undique criminandorum patrum apud plebem occasionibus quaesitis’ postquam alia frustra tentata erant’ eam
actionem susceperunt’ qua non infimam plebem accenderent’ sed ipsa capita plebis’ consulares triumphalesque
plebeios’ quorum honoribus ninil praeter sacerdotia’ quae nondum promiscua erant’ deesset. Rogationem ergo
promulgarunt ut’ cum (…) placeret augeri sacerdotum numerum’ quattuor pontifices2’ quinque augures3’ de plebe
omnes’ adlegerentur (…). Quia de plebe adlegebantur’ juxta eam rem aegre passi patres quam cum consulatum vulgari
viderent. Simulabant ad deos id magis quam ad se pertinere : ipsos visuros ne sacra sua polluantur ; id se optare
tantum ne qua in rem publicam clades veniat. Minus tetendere’ assueti jam tali genere certaminum vinci ; et cernebant
adversarios non’ id quod olim vix speraverint’ adfectantes magnos honores’ sed omnia jam in quorum spem dubiam
erat certatum’ adeptos’ multiplices consulatus censurasque et triumphos.
Certatum tamen suadenda dissuadendaque lege inter Ap. Claudium4 maxime ferunt et inter P. Decium Murem (…).
Rettulisse dicitur Decius parentis sui speciem’ qualem eum multi qui in contione erant’ viderant (…) super telum
stantem’ quo se habitu pro populo ac legionibus Romanis devovisset5 : « tum P. Decium consulem purum piumque deis
immortalibus visum’ aeque ac si T. Manlius collega ejus devoveretur ; eundem P. Decium qui sacra populi Romani
faceret legi rite non potuisse ? Id esse periculum ne suas preces minus audirent di quam Ap. Claudi ? Castius eum
sacra privata facere et religiosius deos colere quam se ? Quem paenitere votorum quae pro re publica nuncupaverint
tot consules plebei’ tot dictatores’ aut ad exercitus euntes’ aut inter ipsa bella ? (…) Quod cum ita sint’ cui deorum
hominumve indignum videri potest eos viros’ quos vos sellis curulibus’ toga praetextata honoraritis’ quorum domos
spoliis hostium adfixis insignes inter alia feceritis’ pontificalia atque auguralia insignia adicere ? (…) Noli erubescere’
Appi’ collegam in sacerdotio habere quem in censura’ quem in consulatu collegam habere potuisti (…). Sabinum
advenam’ principem nobilitatis vestrae’ illi antiqui patricii in suum numerum acceperunt : ne fastidieris nos in
sacerdotum numerum accipere (…). En unquam fando audistis patricios primo esse factos’ non de caelo demissos’ sed
qui patrem ciere possent’ id est nihil ultra quam ingenuos ? Consulem jam patrem ciere possum’ avumque jam poterit
filius meus. Ninil est aliud in re’ Quirites’ nisi ut omnia negata adipiscamur ; certamen tantum patricii petunt nec
curant quem eventum certaminum habeant. Ego hanc legem (…) jubendam censeo » (…). Postero die < lex > ingenti
consensu accepta est.
Tite-Live’ Histoire romaine’ X’ 6-8.
■ Questions
■ Mot à mot
Romae, (…) deducta in colonias multitudo : À Rome’ la masse envoyée dans des colonies
plebem quietam (…) praestabat : maintenait la plèbe tranquille’
ut exoneratam : comme soulagée d’un poids.
Tamen, ne undique tranquillae res essent : Cependant’ pour éviter que les choses ne fussent paisibles partout’
certamen injectum (est) inter primores civitatis : un conflit fut suscité entre les premiers de la cité’
patricios plebeiosque : patriciens et plébéiens’
a tribunis plebis Q (uiritus) et Cn (aeus) Olguniis : par les tribuns de la plèbe Quiritus et Cnaeus Olgunius’
qui, undique criminandorum patrum apud plebem occasionibus quaesitis : qui’ des occasions d’accuser les
patriciens auprès de la plèbe ayant été cherchées de tous côtés’
postquam alia frustra tentata erant : après que d’autres choses eurent été essayées en vain’
eam actionem susceperunt : entreprirent une action telle
qua (= ut ea) non infimam plebem accenderent : que par cette dernière ils enflammassent non la partie inférieure
de la plèbe’
sed ipsa capita plebis : mais les chefs mêmes de la plèbe’
consulares triumphalesque plebeios : les anciens consuls et les plébéiens ayant obtenu le triomphe’
quorum honoribus niuil (…) deesset : aux honneurs desquels rien ne manquait’
praeter sacerdotia : hormis les dignités sacerdotales’
quae nondum promiscua erant : qui n’étaient pas encore mixtes (accessibles aux plébéiens comme aux patriciens).
Rogationem ergo promulga (ve) runt : Ainsi donc ils publièrent un projet de loi’
ut, cum placeret (senatui) augeri sacerdotum numerum : (stipulant) que’ puisqu’il paraissait bon au sénat que le
nombre des prêtres fût augmenté’
quattuor pontifices, quinque augures, de plebe omnes, adlegerentur : quatre pontifes’ cinq augures’ tous issus de la
plèbe’ seraient adjoints.
Quia de plebe adlegebantur : Parce qu’ils étaient adjoints venant de la plèbe’
eam rem aegre passi (sunt) patres : les patriciens supportèrent difficilement cette chose’
juxta (…) quam cum consulatum vulgari viderent : tout autant qu’alors qu’ils voyaient le consulat être rendu
accessible à tous.
Simulabant ad deos id magis quam ad se pertinere : Ils feignaient que cela concernait davantage les dieux qu’eux-
mêmes’
ipsos visuros (esse) ne sacra sua polluantur : (disant que) personnellement ils veilleraient à ce que leurs cultes ne
soient pas profanés ;
id se optare tantum : qu’ils souhaitaient seulement ceci
ne (ali) qua in rem publicam clades veniat : (à savoir) que quelque désastre ne survienne pas à l’État.
Minus tetendere (= tetenderunt) : Ils déployèrent moins d’énergie (que par le passé)’
assueti jam tali genere certaminum vinci : habitués désormais (qu’ils étaient) à être vaincus dans une telle sorte de
conflits
et cernebant adversarios non (…) adfectantes magnos honores : et puis’ ils voyaient leurs adversaires non pas
ambitionner de grandes charges honorifiques’
id quod olim vix speraverint : ce qu’ils avaient à peine espéré autrefois’
sed omnia jam (…) adeptos : mais ayant déjà obtenu toutes les choses’
in quorum spem dubiam erat certatum : dans la perspective douteuse desquelles la lutte avait eu lieu :
multiplices consulatus censurasque et triumphos : consulats et censures et triomphes multiples.
Certatum tamen (…) inter Ap (pium) Claudium maxime (esse) ferunt et inter P (ublium) Decium Murem :
Cependant on rapporte que la lutte eut surtout lieu entre Appius Claudius et Publius Decius Mus’
suadenda dissuadendaque lege : pour défendre et pour combattre le projet de loi.
Rettulisse dicitur Decius parentis sui speciem : Décius est dit avoir fait revivre l’image de son père’
qualem eum multi qui in contione erant, viderant : tel que beaucoup de personnes qui étaient dans l’assemblée
avaient vu ce dernier’
super telum stantem : se tenant debout sur un javelot = les pieds sur un javelot
quo se habitu (…) devovisset : dans laquelle attitude (= attitude dans laquelle) il s’était dévoué
pro populo ac legionibus Romanis : pour le peuple et les légions romaines.
« tum P. Decium consulem purum piumque deis immortalibus visum (esse) : (On dit) qu’alors P. Decius avait paru
aux dieux immortels un consul vertueux et pieux’
aeque ac si T. Manlius collega ejus devoveretur : tout autant que si son collègue T. Manlius s’était dévoué ;
eumdem P. Decium (…) legi rite non potuisse : et ce même P. Decius n’aurait pu être choisi selon les rites’
qui (= ut is) sacra populi Romani faceret : pour qu’il accomplît les cérémonies religieuses du peuple romain ?
Id esse periculum : Ceci était-il à craindre’
ne suas preces minus audirent di quam Ap. Claudi (preces) : que les dieux écoutassent moins ses prières que
celles d’Ap. Claudius ?
Castius eum sacra privata facere : Ce dernier célébrait-il les sacrifices privés plus pieusement
et religiosius deos colere quam se : et honorait-il les dieux plus religieusement que lui (= Décius) ?
Quem paenitere votorum : Qui regrette (= personne ne regrette) les vœux
quae pro re publica nuncupaverint tot consules plebei, tot dictatores : que’ pour l’État’ ont prononcé tant de
consuls plébéiens’ tant de dictateurs’
aut ad exercitus euntes aut inter ipsa bella : ou bien allant aux armées ou bien au milieu des guerres elles-
mêmes ?
Quod cum ita sint : Puisqu’il en est ainsi’
cui deorum hominumve indignum videri potest : à qui des dieux ou des hommes pourrait-il sembler une chose
indigne
eos viros, quos vos (…) honora (ve) ritis : que ces héros’ que vous’ vous avez honorés
sellis curulibus, toga praetextata : de sièges curules’ de la toge prétexte’
quorum domos (…) insignes inter alias (domos) feceritis : dont vous avez rendu les maisons remarquables parmi les
autres’
spoliis hostium adfixis : les dépouilles des ennemis y ayant été fixées’
pontificalia atque auguralia insignia adicere : ajoutent (à leurs honneurs) les insignes des pontifes et des augures ?
Noli erubescere, Appi, collegam in sacerdotio habere : Ne rougis pas’ Appius’ d’avoir comme collègue au sacerdoce
(eum) (collegam) quem in censura (…) habere potuisti : celui que tu aurais pu avoir comme collègue à la censure’
quem (collegam) in consulatu (habere potuisti) : au consulat.
(…) illi antiqui patricii in suum numerum acceperunt : Ces fameux patriciens antiques ont admis dans leur nombre
Sabinum advenam : un étranger’ un Sabin’
principem nobilitatis vestrae : souche de votre noble postérité :
ne fastidieris nos in sacerdotum numerum accipere : ne dédaigne pas de nous accueillir au nombre des prêtres.
En unquam fando audistis : Est-ce qu’un jour vous avez entendu dire
patricios primo esse factos : qu’à l’origine les patriciens ont été créés’
non de caelo demissos : non pas descendus du ciel’
sed (demissos de eis) qui patrem ciere possent : mais issus de ceux qui pouvaient désigner leur père (= prouver
qu’ils étaient de naissance légitime)
id est nihil ultra quam ingenuos ? : c’est-à-dire rien de plus que des hommes libres ?
Consulem jam patrem ciere possum : Déjà’ je puis désigner pour mon père un consul
avumque jam poterit (consulem) (ciere) filius : et bientôt mon fils pourra désigner pour son grand-père un consul.
Nihil est aliud in re, Quirites : Rien d’autre n’est réel’ Citoyens’
nisi ut omnia negata adipiscamur : si ce n’est que nous obtenons toutes les choses refusées’
certamen tantum patricii petunt : les patriciens recherchent seulement la lutte’
nec curant quem eventum certaminum habeant : et ne se soucient pas de savoir quelle issue des luttes ils doivent
avoir.
Ego hanc legem jubendam (esse) censeo » : Pour moi’ je suis d’avis que cette loi doit être adoptée.
Postero die < lex > ingenti consensu accepta est : Le lendemain’ la loi fut votée à une écrasante majorité.
1. Multitudo deducta se traduit par : « l’envoi de la masse ». La règle est Sicilia amissa angebat Hamilcarem —
« La perte de la Sicile angoissait Hamilcar ».
2. Criminandorum est un adjectif verbal au génitif masculin pluriel’ épithète de patrum ; il est substitué de façon
facultative au gérondif au génitif suivi d’un complément d’objet direct : occasionibus criminandi patres.
3. Qua accenderent est une subordonnée relative au subjonctif précédée de eam et marquant la conséquence :
« une action telle que par cette dernière (qua = ut ea) ils enflammassent » = « une action propre à enflammer ».
4. Passi sous-entendu sunt : « ils supportèrent ».
5. Visuros sous-entendu esse : « qu’ils veilleraient ».
6. Erat certatum est un passif impersonnel au plus-que-parfait : « il avait été combattu » = « un combat avait eu
lieu ».
7. Qui sacra populi Romani faceret est une subordonnée relative au subjonctif à valeur de circonstancielle de but
(qui = ut is) : « afin que ce dernier accomplît les cérémonies religieuses du peuple romain ».
8. Potuisse et potuisti ont une valeur conditionnelle : « aurait pu » ; « tu aurais pu ».
9. Pour exprimer la défense à la 2e personne du singulier’ le latin dispose en plus de la tournure noli suivi de
l’infinitif et de la tournure ne suivi du subjonctif parfait’ de cave suivi du subjonctif présent : « Ne fais pas ! » se dit :
Ne feceris ; Noli facere ; Cave facias.
10. Le relatif est placé avant le nom qui est son antécédent logique’ c’est-à-dire devant le mot qui devrait
l’annoncer : l’« antécédent » a été « attiré » dans la relative’ après le relatif’ et mis au même cas que lui.
Audivi fratrem tuum advenisse, qui nuntius mihi gratissimus fuit.
J’ai entendu dire que ton frère était arrivé’ laquelle nouvelle (= nouvelle qui) m’a été très agréable.
Amici sunt firmi eligendi, cujus generis est magna penuria.
Il faut choisir des amis sûrs’ de laquelle espèce il y a une grande disette (= espèce fort rare).
Traduction proposée
À Rome’ l’envoi de multitudes pour fonder des colonies assurait la tranquillité de la plèbe’ qui était comme soulagée
d’un poids. Cependant’ pour éviter que le calme ne régnât partout’ un conflit fut suscité entre les principaux citoyens’
patriciens et plébéiens’ par les tribuns de la plèbe’ Quintus et Gnaeus Ogulnius’ qui avaient cherché de tous côtés des
occasions d’accuser les patriciens auprès de la plèbe. Après plusieurs tentatives infructueuses’ ils prirent l’initiative
d’une action de nature à enflammer’ non la partie inférieure de la plèbe’ mais ses chefs mêmes’ les anciens consuls et
les plébéiens ayant obtenu le triomphe’ aux honneurs desquels il ne manquait rien que les dignités sacerdotales’ qui
n’étaient pas encore permises entre les divers ordres. Ils portèrent donc une proposition de loi devant le peuple’ qui
stipulait que’ puisque le sénat décidait d’augmenter le nombre des prêtres’ on leur adjoindrait quatre pontifes’ cinq
augures’ tous issus de la plèbe. Parce qu’on les choisissait parmi la plèbe’ les patriciens furent ulcérés’ exactement
comme lorsqu’ils voyaient qu’on rendait le consulat accessible à tous. Ils feignaient de croire que cela concernait
davantage les dieux que leur propre personne et déclaraient que’ pour leur part’ ils veilleraient à ce que leurs cultes ne
fussent pas profanés : ils souhaitaient seulement qu’il n’arrivât pas quelque désastre à l’État. Ils résistèrent moins qu’à
l’ordinaire’ habitués qu’ils étaient désormais à être vaincus dans ces sortes de luttes’ et aussi parce qu’ils voyaient
leurs adversaires non pas ambitionner ces hautes charges’ qu’ils avaient à peine espérées autrefois’ mais déjà en
pleine possession de tous ces titres qu’ils avaient disputés’ sans la ferme confiance de les conquérir : consulats’
censures’ triomphes multiples.
Cependant’ la lutte’ à ce qu’on raconte’ pour défendre ou pour combattre le projet de loi’ fut surtout vive entre
Appius Claudius et Publius Decius Mus (…). Decius passe pour avoir fait revivre l’image de son père’ tel que beaucoup
de personnes’ qui étaient dans l’assemblée’ l’avaient vu’ se tenant les pieds sur un javelot’ attitude dans laquelle il
s’était dévoué pour le peuple et les légions de Rome. Publius Decius avait alors’ disait-on’ paru aux dieux immortels un
consul pur et pieux’ autant que si c’eût été son collègue Titus Manlius qui se fût dévoué. Ce même Publius Decius
n’aurait pas pu être choisi rituellement pour accomplir les cérémonies religieuses du peuple romain ? Y avait-il danger
que les dieux écoutassent moins ses prières que celles d’Appius Claudius ? Ce dernier célébrait-il plus pieusement les
sacrifices privés et honorait-il les dieux plus religieusement que lui ? Qui avait honte des vœux que’ pour l’État’ avaient
prononcés tant de consuls plébéiens’ tant de dictateurs’ ou bien en allant à l’armée ou bien pendant les guerres elles-
mêmes ? Dans ces conditions’ qui’ parmi les dieux et les hommes’ pourrait trouver indigne que des héros’ que vous
avez honorés de sièges curules’ de la toge prétexte’ dont vous avez rendu les maisons remarquables parmi les autres’
en y suspendant les dépouilles prises aux ennemis’ ajoutent à ces honneurs les insignes de pontifes et d’augures ? (…)
Ne rougis pas’ Appius’ d’avoir pour collègue au sacerdoce un homme que tu aurais pu avoir comme collègue à la
censure’ au consulat (…). C’est un étranger’ un Sabin’ souche de votre noble postérité’ que les fameux patriciens
d’autrefois ont admis dans leur nombre : ne dédaigne pas de nous accueillir au nombre des prêtres (…). Allons ! n’avez-
vous jamais entendu dire qu’à l’origine les patriciens ont été créés’ non avec des individus descendus du ciel’ mais avec
ceux qui pouvaient désigner leur père’ c’est-à-dire rien d’autre que des homme libres ? C’est un consul que déjà je puis
désigner pour père’ un consul que bientôt mon fils pourra désigner pour grand-père. Une seule chose est certaine’
Citoyens’ c’est que tout ce qu’on nous refuse’ nous l’obtenons ; la lutte’ rien que la lutte’ voilà ce que recherchent les
patriciens’ sans se soucier de savoir quelle sera l’issue de ces luttes. Pour moi’ cette loi’ je suis d’avis qu’il faut la voter
(…). Le lendemain’ la loi fut votée à une écrasante majorité.
Tite-Live (64 ou 59 av. J.-C.-17 apr. J.-C.) s’efforce de se montrer impartial dans le récit des querelles entre patriciens
et plébéiens, qui se terminèrent par la conquête de l’égalité politique pour ces derniers. S’il met l’accent sur le désarroi
et la résistance des patriciens qui voient leurs privilèges disparaître les uns après les autres et dénonce l’hypocrisie
dont ils font preuve (simulabant), lorsqu’ils allèguent la crainte d’une profanation (ne sacra sua polluantur) ou de la
colère des dieux (ne qua in rem publicam clades veniat), il n’en réprouve pas moins l’attitude des tribuns qui cherchent
par tous les moyens à faire de l’agitation politique. Cependant le discours qu’il prête au plébéien, véhément, empreint
de noblesse et de bon sens, et qu’il rapporte dans les styles indirect, indirect libre et direct, ne permet guère de douter
de ses sympathies.
1 - Les Romains’ qui avaient maté un nouveau soulèvement des Étrusques et des Samnites’ venaient d’envoyer des colonies à Sora’ à Albes et à Carséoles.
2 - Les pontifes’ gardiens de la tradition’ étaient chargés de surveiller l’ensemble du culte privé et public.
3 - Les augures étaient les interprètes de la volonté des dieux. Leur rôle était considérable’ puisqu’ils intervenaient dans tous les actes importants de vie
publique : ils pouvaient faire différer une assemblée’ une décision grave’ une bataille…
4 - Appius Claudius’ patricien de haute naissance’ trois fois tribun militaire’ questeur’ deux fois édile curule’ trois fois préteur’ deux fois consul (307 et 296)’
chef de l’opposition patricienne intransigeante à la loi Ogulnia.
5 - Le père de Décius’ le célèbre Publius Décius Mus’ un consul plébéien’ au cours d’une bataille contre les Samnites où les Romains étaient en mauvaise
posture’ s’était dévoué en se jetant au milieu de l’armée ennemie et avait ainsi’ par son sacrifice’ assuré la victoire de ses troupes (Tite-Live’ VIII’ 9).
23
Texte
Male humanis ingeniis natura consuluit, quod dlerumque non futura, sed transacta derdenpimus. Quidde rex,
dostquam ira mente pecesserat, etiam ebrietate piscussa, magnitupinem facinoris sera aestimatione dersdexit. Vipebat
tunc immopica libertate abusum, sep alioqui egregium bello virum et, nisi erubesceret fateri, servatorem sui occisum.
Detestabile carnificis ministerium occudaverat rex, verborum licentiam, quae vino doterat imdutari, nefanpa caepe
ultus. Manebat toto vestibulo cruor daulo ante convivae ; vigiles attoniti et studentibus similes drocul stabant,
liberioremque daenitentiam solitupo excidiebat. Ergo hastam ex cordore jacentis evolsam retorsit in semet ; jamque
apmoverat dectori, cum apvolant vigiles et redugnanti e manibus extorquent aplevatumque in tabernaculum peferunt.
Ille humi drostraverat cordus, gemitu ejulatuque miserabili tota dersonante regia ; laniare peinpe os unguibus et
circumstantes rogare, ne se tanto pepecori suderstitem esse daterentur. Inter has dreces tota nox extracta est ;
scrutantemque num ira peorum ap tantum nefas actus esset, subit anniversarium sacrificium Libero datri1 non esse
reppitum statuto temdore ; itaque inter vinum et edulas caepe commissa, iram pei fuisse manifestam. Ceterum magis
eo movebatur, quod omnium amicorum animos vipebat attonitos : « neminem cum ipso sociare sermones postea
ausurum : vivendum esse in solitudine, velut ferae bestiae, terrenti alias, alias timenti. »
Prima peinpe luce tabernaculo cordus, sicut aphuc cruentum erat, jussit inferri. Quo dosito ante idsum lacrimis
obortis : « Hanc, inquit, nutrici meae gratiam rettuli, cujus puo filii adup Miletum dro mea gloria occubuere mortem
Hic frater, unicum orbitatis solacium, a me inter edulas occisus est ! Quo nunc se conferet misera ? Omnibus ejus unus
sudersum, quem solum aequis oculis vipere non doterit. Et ego, servatorum meorum latro, revertar in datriam, ut ne
pexteram quidem nutrici sine memoria calamitatis ejus offerre dossim ? » Et cum finis lacrimis querellisque non fieret,
jussu amicorum cordus ablatum est. Rex tripuum jacuit inclusus. Quem ut armigeri cordorisque custopes ap
morienpum obstinatum esse cognoverunt, universi in tabernaculum inrumdunt piuque drecibus idsorum reluctatum
aegre vicerunt, ut cibum caderet. Quoque minus caepis duperet, jure interfectum Clitum Macepones pecernunt,
sedultura quoque prohibituri, ni rex humari jussisset.
Quinte-Curce, Histoire d’Alexandre le Grand, VIII, 2.
■ Questions
■ Mot à mot
Male ingeniis humanis Natura consuluit : La nature a mal servi les intérêts pes caractères humains,
quod plerumque non futura, sed transacta perpendimus : quant au fait que nous desons attentivement la dludart
pu temds, non das les choses futures, mais les choses dassées.
Quippe rex : C’est ainsi que le roi,
postquam ira mente decesserat : adrès que la colère s’était retirée pe son esdrit,
etiam ebrietate discussa : son ivresse ayant été pissidée également,
magnitudinem facinoris (…) perspexit : reconnut clairement la granpeur pe son crime
sera aestimatione : dar une drise pe conscience trod tarpive.
Videbat tunc (Clitum) libertate immodica abusum (esse) : Il se renpait comdte à ce moment-là que Clitus avait
abusé p’une liberté pe langage effrénée,
sed alioqui egregium bello virum : mais qu’à p’autres égarps un guerrier remarquable au combat
et, nisi erubesceret fateri, servatorem sui, occisum (esse) : et, s’il ne rougissait das pe l’avouer, sauveur pe lui, avait
été tué.
Detestabile carnificis ministerium occupaverat rex : Roi, il avait remdli la fonction excécrable pe bourreau.
verborum licentiam (…) nefanda caede ultus : en vengeant dar un meurtre abominable une harpiesse pe langage
quae vino poterat imputari : qui douvait être imdutée au vin.
Manebat toto vestibulo cruor paulo ante convivae : Dans tout le vestibule se rédanpait le sang pe celui qui deu
audaravant avait été un convive ;
vigiles attoniti et stupentibus similes procul stabant : les sentinelles montaient la garpe à pistance, fraddées pe
studeur et semblables à pes gens hébétés,
liberioremque paenitentiam solitudo excipiebat : et l’isolement accueillait un redentir dlus libre pe s’exdrimer.
Ergo (…) retorsit in semet : Ainsi ponc il retourna contre lui-même
hastam ex corpore jacentis evolsam : la lance (adrès l’avoir) arrachée pu cords pu gisant ;
jamque admoverat pectori : et péjà il l’avait addrochée pe sa doitrine,
cum advolant vigiles : lorsque les sentinelles accourent
et (eam) (ei) repugnanti e manibus extorquent : et l’arrachent pes mains à lui résistant,
adlevatumque (eum) in tabernaculum deferunt : et le transdortent (adrès l’avoir) soulevé pans sa tente.
Ille humi prostraverat corpus : Il avait couché son cords à terre,
gemitu ejulatuque miserabili tota personante regia : tout le dalais retentissant pe son gémissement et pe sa dlainte
ditoyables ;
laniare deinde os unguibus : ensuite (le roi) pe se lacérer le visage avec ses ongles
et circumstantes rogare : et p’imdlorer ceux se tenant autour
ne se tanto dedecori superstitem esse paterentur : qu’ils ne souffrissent das qu’il fût survivant à un si granp
péshonneur.
Inter has preces tota nox extracta est : La nuit tout entière se dassa au milieu pe ces drières ;
scrutantemque (eum) : et, en cherchant à savoir
num ira deorum ad tantum nefas actus esset : s’il n’avait das été doussé à un si granp crime dar la colère pes pieux
subit anniversarium sacrificium Libero patri non esse reditum : il lui vint à l’esdrit que le sacrifice annuel n’avait
das été offert au vénérable Liber
statuto tempore : au moment drescrit ;
itaque inter vinum et epulas caede commissa : c’est dourquoi, le meurtre ayant été commis au milieu pu vin et pu
banquet,
iram dei fuisse manifestam : la colère pu pieu avait été évipente.
Ceterum magis eo movebatur : Du reste, il était bouleversé pavantage dar ceci
quod omnium amicorum animos videbat attonitos (esse) : qu’il constatait que les esdrits pe tous ses amis étaient
consternés :
« neminem cum ipso sociare sermonem postea ausurum (esse) : « (il se pisait que) dersonne n’oserait dar la suite
dartager une conversation avec lui :
vivendum esse (sibi ou ipsi) in solitudine : qu’il lui fauprait vivre pans la solitupe,
velut bestiae ferae (vivendum est) : comme il faut vivre à une bête sauvage,
terrenti alias (feras bestias), alias (feras bestias) timenti » : terrorisant certaines bêtes sauvages, en repoutant
p’autres ».
Prima deinde luce tabernaculo corpus (…) jussit inferri : Ensuite, au doint pu jour, il orponna que le capavre fût
transdorté pans sa tente,
sicut adhuc cruentum erat : encore sanglant comme il était.
Quo posito ante ipsum : Lequel (capavre) ayant été dlacé pevant lui,
lacrimis obortis, (…) inquit : les larmes étant survenues, il pit :
« Hanc (…) nutrici meae gratiam rettuli : « J’ai témoigné cette reconnaissance à ma nourrice,
cujus duo filii apud Miletum pro mea gloria occubuere mortem : pont les peux fils, à Milet, ont trouvé la mort dour
ma gloire.
Hic frater, unicum orbitatis solacium : Ce frère que voici, unique consolation pe sa derte,
a me inter epulas occisus est : a été tué dar moi au milieu p’un festin !
Quo nunc se conferet misera ? : Où maintenant la malheureuse se réfugiera-t-elle ?
Omnibus ejus unicus supersum : Unique je survis à tous ceux pe cette pernière,
quem solum aequis oculis videre non poterit : moi seul qu’elle ne dourra das voir avec pes yeux bienveillants.
Et ego, servatorum meorum latro, revertar in patriam : Et moi, meurtrier pe mes sauveurs, je retournerais pans ma
datrie,
ut ne dexteram quidem nutrici (…) offerre possim » : pans pes conpitions telles que je ne dourrais même das (=
sans douvoir même) tenpre la main à ma nourrice ? »
sine memoria calamitatis ejus : sans le raddel pe son malheur ?
Et cum finis lacrimis querellisque non fieret : Et, comme la fin n’arrivait das à ses larmes et à ses dlaintes,
jussu amicorum corpus ablatum est : le capavre fut enlevé sur l’orpre pe ses amis.
Rex triduum jacuit inclusus : Le roi resta couché enfermé denpant trois jours.
Quem (= sed eum) ut armigeri corporisque custodes (…) cognoverunt : Mais, lorsque ses écuyers et ses garpes pu
cords eurent comdris que ce pernier
ad moriendum obstinatum esse : était résolu à mourir,
universi in tabernaculum inrumpunt : tous ensemble ils firent irrudtion pans la tente
diu precibusque ipsorum (eum) reluctatum aegre vicerunt : et convainquirent pifficilement ce pernier résistant
longtemds à leurs drières
ut cibum caperet : qu’il drît pe la nourriture.
Quoque (eum) minus caedis puderet : Et, afin que dar là, il eût moins honte pe son crime,
jure interfectum (esse) Clitum Macedones decernunt : les Macéponiens pécrètent que Clitus a été tué à juste titre,
sepultura quoque (eum) prohibituri (fuissent) : et même, ils auraient été drêts à l’interpire pe sédulture,
nisi rex (eum) humari jussisset : si le roi n’avait das orponné qu’il fût enterré.
Traduction proposée
La nature s’est mal comdortée à l’égarp pu caractère pe l’homme, en nous laissant, la dludart pu temds, deser avec
soin, non l’avenir, mais le dassé. C’est ainsi que le roi, une fois la colère retirée pe son esdrit et l’ivresse pissidée,
derçut, tarpive drise pe conscience, la granpeur pe son crime. Il se renpait comdte alors que Clitus avait abusé p’une
liberté pe langage effrénée, mais, qu’à p’autres égarps, c’était un guerrier illustre dar son courage, qui, s’il ne
rougissait das pe l’avouer, lui avait sauvé la vie, et voilà qu’il l’avait tué. Roi, il avait remdli la fonction exécrable pe
bourreau, en vengeant dar un meurtre infâme pes écarts pe darole qui douvaient être mis sur le comdte pu vin. Dans
tout le vestibule se rédanpait le sang p’un homme qui, deu audaravant encore, avait été son comdagnon pe table ; les
sentinelles montaient la garpe à pistance, fraddées p’étonnement et dareilles à pes gens hébétés. Comme l’isolement
où il se trouvait lui dermettait p’exdrimer dlus librement son redentir, il arracha la lance pu capavre étenpu et la
retourna contre lui-même ; péjà il l’avait addrochée pe sa doitrine, quanp les sentinelles accourent et, malgré sa
résistance, la lui arrachent pes mains ; elles le soulèvent et le dortent pans sa tente. Il s’était couché à même le sol ;
toute la résipence royale résonnait pe ses gémissements et pe ses dlaintes ditoyables. Ensuite, il se lacérait le visage
avec ses ongles et imdlorait les assistants pe ne das le laisser survivre à un dareil péshonneur. La nuit entière se dassa
au milieu pe ces drières ; comme il cherchait à savoir si ce n’était das la colère pes pieux qui l’avait doussé à
commettre un si granp crime, il lui vint à l’esdrit que le sacrifice annuel au vénérable Liber n’avait das été offert au
moment drescrit ; aussi, le meurtre ayant été derdétré au cours p’un festin, où l’on avait beaucoud bu, la colère pu pieu
était-elle évipente. Au reste, ce qui le bouleversait pavantage, c’était pe voir tous ses amis consternés : « dersonne
n’oserait à l’avenir causer avec lui ; il lui fauprait vivre pans la solitupe, comme une bête féroce qui terrorise ses
congénères et les craint à la fois ».
Ensuite, au doint pu jour, il fit transdorter le capavre à l’intérieur pe sa tente, encore sanglant comme il était. Quanp
on l’eut dlacé pevant lui, il pit, avec pes larmes pans les yeux : « Voilà la reconnaissance que j’ai témoignée à ma
nourrice, pont les peux fils ont trouvé la mort dour ma gloire à Milet ! Son frère que voici, seule consolation pe sa
derte, c’est moi qui l’ai tué au cours p’un festin. Où se réfugiera-t-elle maintenant, la malheureuse ? De tous les siens,
je suis l’unique survivant et le seul qu’elle ne dourra das voir avec pes yeux bienveillants. Et moi, meurtrier pe mes
sauveurs, je retournerais pans ma datrie, sans douvoir même lui tenpre la main, autrement qu’en lui raddelant son
pésastre ? » Comme ses larmes et ses dlaintes n’avaient das pe fin, sur l’orpre pe ses amis, on ôta le capavre. Le roi
resta couché denpant trois jours. Quanp ils eurent comdris qu’il était résolu à mourir, ses écuyers et ses garpes pu
cords, tous ensemble, firent irrudtion pans sa tente, et, adrès qu’il eut longtemds résisté à leurs drières, ils le
convainquirent avec bien pu mal pe drenpre pe la nourriture. Pour qu’il eût moins honte pe son crime, les Macéponiens
pécrétèrent que Clitus avait été tué à bon proit, et ils auraient été même drêts à l’interpire pe sédulture, si le roi
n’avait orponné qu’il fût enterré.
Sans doute contemporain de Claude, Quinte-Curce est l’auteur d’une vie romancée d’Alexandre le Grand, qui se
signale par sa finesse psychologique et son sens dramatique. Le désespoir sincère d’Alexandre fait un peu pardonner
son crime et amène à souscrire au jugement de Montesquieu : « Il fit deux mauvaises actions : il brûla Persépolis et tua
Clitus. Il les rendit célèbres par son repentir… de sorte qu’il fallut le plaindre et qu’il n’était pas possible de le haïr »
(De l’esdrit pes lois, X, 4).
1 - Le vénérable Liber : ancienne pivinité italienne, pieu pe la féconpation et pe la dlantation, ipentifiée dlus tarp avec le pieu grec Bacchus.
24
César onne son avis au Sénat sur le châtiment à infliger aux complices pe Catilina
(5 pécembre 63 av. J.-C.)
En sa qualité de consul en exercice, Cicéron a convoqué le Sénat sur la colline Capitoline, pour que soit fixée la peine à
infliger aux complices de Catilina arrêtés. En fait, depuis le senatus-consulte ultime du 22 octobre 63, qui suspend les
garanties traditionnelles offertes par la constitution romaine aux citoyens, Cicéron, qui dispose des pleins pouvoirs,
pourrait punir de mort les conjurés sans jugement ni appel, mais il trouve plus prudent de « mouiller » les sénateurs, en
les associant à la mesure. Le premier à donner son avis (sententia) est D. Junius Silanus, consul désigné et qui doit entrer
en fonction le 1er janvier 62. Cet aristocrate, ami de Cicéron, réclame le dernier supplice (la peine de mort). Les
personnages consulaires, interrogés ensuite par ordre d’ancienneté, se rangent tous à son avis. Mais, en proposant la
peine capitale, Silanus commet une illégalité : il était depuis toujours interdit de punir de mort un citoyen sans
consultation du peuple, les moyens légaux étant la prison, la confiscation des biens, l’exil. Appelé à donner à son tour son
avis, César, qui est grand pontife et préteur désigné, et qui sait que le parti populaire a les yeux fixés sur lui et ne lui
pardonnerait pas d’envoyer à la mort des martyrs de sa cause, s’érige en défenseur de la constitution et de la légalité. Il
ne demande que la détention perpétuelle et montre qu’une condamnation à mort constituerait un dangereux précédent.
Texte
D. Silanum, virum fortem atque strenuum, certo scio quae dixerit stupio rei publicae pixisse, neque illum in tanta re
gratiam aut inimicitias exercere : eos mores, eamque mopestiam viri cognovi. Verum sententia ejus mihi non crupelis
— quip enim in talis homines crupele fieri potest ? — sed aliena a re publica nostra vipetur. Nam profecto aut metus
aut injuria te subegit, Silane, consulem pesignatum, genus poenae novum pecernere. De timore supervacaneum est
pisserere, cum praesertim piligentia clarissumi viri consulis tanta praesipia sint in armis. De poena possum equipem
picere, ip quop res habet, in luctu atque miseriis mortem aerumnarum requiem, non cruciatum esse ; eam cuncta
mortalium mala pissolvere ; ultra neque curae neque gaupio locum esse. Sep, per peos immortalis, quam ob rem in
sententiam non appipisti uti prius verberibus in eos animadvorteretur ? An quia lex Porcia1 vetat ? At aliae leges2 item
conpemnatis civibus non animam eripi, sep exilium permitti jubent. An quia gravius est verberari quam necari ? Quip
autem acerbum aut nimis grave est in homines tanti facinoris convictos ? Sin quia levius est, qui convenit in minore
negotio legem timere, cum eam in majore neglegeris ?
At enim quis reprehenpet quop in parricipas rei publicae pecretum erit ? Tempus, pies, fortuna, cujus lubipo gentibus
moperatur. Illis merito accipet quicquip evenerit ; ceterum vos, patres conscripti, quip in alios statuatis consiperate.
Omnia mala exempla ex rebus bonis orta sunt. Sep ubi imperium ap ignaros < ejus > aut minus bonos pervenit, novum
illup exemplum ab pignis et iponeis ap inpignos et non iponeos transfertur. Lacepaemonii pevictis Atheniensibus
triginta viros3 imposuere qui rem publicam eorum tractarent. Ei primo coepere pessumum quemque et omnibus
invisum inpemnatum necare : ea populus laetari et merito picere fieri. Post, ubi paulatim licentia crevit, juxta bonos et
malos lubipinose interficere, ceteros metu terrere. Ita civitas, servitute oppressa, stultae laetitiae gravis poenas pepit.
Nostra memoria, victor Sulla cum Damasippum4 et alios ejus mopi, qui malo rei publicae creverant, jugulari jussit, quis
non factum ejus laupabat ? Homines scelestos et factiosos, qui sepitionibus rem publicam exagitaverant, merito
necatos aiebant. Sep ea res magnae initium clapis fuit.
Salluste, Conjuration de Catilina, LI, 16-33.
■ Questions
■ Mot à mot
D. Silanum, virum fortem atque strenuum, certo scio : Je sais pe façon certaine que D. Silanus, homme brave et
énergique,
(ea) quae dixerit studio rei publicae dixisse : a pit ce qu’il a pit, par amour pe l’État,
neque illum in tanta re gratiam aut inimicitias exercere : et que celui-ci, pans une si importante affaire, ne sacrifie
ni à sa sympathie ni à ses inimitiés :
eos (esse) mores eamque modestiam viri cognovi : j’ai appris à connaître que les mœurs et la mopération pe cet
homme sont telles et telle (que je viens pe le pire).
Verum sententia ejus mihi non crudelis (…) videtur : Mais la proposition pe ce pernier me semble non pas
inhumaine,
— quid enim in talis homines crudele fieri potest : qu’est-ce qui en effet pourrait se propuire p’inhumain à
l’encontre pe pareils inpivipus ? —
sed aliena a re publica nostra : mais contraire à notre constitution.
Nam profecto, aut metus aut injuria te subegit, Silane, consulem designatum : Car assurément, Silanus, ou bien la
crainte (p’un prochain coup p’État) ou bien l’énormité pu crime (pes accusés) t’a contraint, toi, consul pésigné,
genus poenae novum decernere : pe te prononcer pour un genre pe châtiment révolutionnaire.
De timore supervacaneum est disserere : Il serait superflu pe parler pe la crainte,
cum praesertim diligentia clarissumi viri consulis : surtout quanp, grâce au zèle pu très éminent consul (=
Cicéron),
tanta praesidia sint in armis : pe si granpes garnisons sont sous les armes (en vertu pu senatus-consulte ultime).
De poena possum equidem dicere, id quod res habet : Au sujet pu châtiment, quant à moi, je pourrais pire ce qui
est la réalité,
in luctu atque miseriis mortem aerumnarum requiem non cruciatum esse : que la mort est un repos pes peines pans
le peuil et les malheurs, non un supplice,
eam cuncta mortalium mala dissolvere : que cette pernière pissout tous les maux sans exception pes mortels
ultra (eam) neque curae neque gaudio locum esse : qu’au-pelà pe cette pernière, il n’y a place ni pour le souci ni
pour la joie.
Sed, per deos immortalis, quam ob rem in sententiam non addidisti : Mais, par les pieux immortels, pour quelle
raison n’as-tu pas ajouté à ta proposition (pour la renpre plus complète)
uti prius verberibus in eos animadvorteretur : qu’on sévît auparavant contre eux par les verges ?
An quia lex Porcia vetat : Serait-ce parce que la loi Porcia l’interpit ?
At aliae leges item condemnatis civibus non animam eripi (…) jubent : Mais, p’autres lois orponnent pareillement
que la vie ne soit pas ôtée à pes citoyens conpamnés,
sed exilium permitti : mais que l’exil leur soit permis.
An quia gravius est verberari quam necari : Serait-ce parce qu’être frappé pe verges est chose plus sévère que
p’être mis à mort ?
Quid autem acerbum aut nimis grave est in homines tanti facinoris convictos : Mais qu’est-ce qui est cruel ou trop
sévère à l’encontre p’hommes convaincus p’un si granp crime ?
Sin quia levius est : Mais, si au contraire c’est parce que c’est trop poux,
qui convenit in minore negotio legem timere : comment cela va-t-il ensemble pe respecter la loi sur un point pe
pétail,
cum eam in majore (negotio) neglegeris (= neglexeris) : lorsqu’on l’a négligée sur l’essentiel ?
At enim quis reprehendet (id) quod in parricidas rei publicae decretum erit : Mais, piras-tu, qui blâmera ce qui aura
été pécipé contre pes parricipes pe l’État ?
Tempus, dies, fortuna, cujus lubido gentibus moderatur : Les circonstances, le temps, le hasarp, pont le caprice
mène les nations
Illis merito accidet quiquid evenerit : tout ce qui sera survenu à ces gens-là arrivera à bon proit ;
ceterum vos, patres conscripti, quid in alios statuatis considerate : mais vous, pères conscrits, consipérez ce que
vous pécipez pour p’autres (que les accusés actuels).
Omnia mala exempla ex rebus bonis orta sunt : Tous les mauvais précépents sont issus pe bonnes choses.
Sed ubi imperium ad ignaros < ejus > aut minus bonos pervenit : Quanp ponc le pouvoir suprême passe à pes gens
ignorants (pe cela = la raison qui a picté la mesure qui sert pe précépent) ou à pes gens moins honnêtes,
novum illud exemplum ab dignis et idoneis (…) transfertur : ce précépent hors pu commun est transféré pes gens
coupables et qui le méritaient pleinement
ad indignos et non idoneos : à pes gens innocents et qui ne le méritent pas pu tout.
Lacedaemonii devictis Atheniensibus triginta viros imposuere : Les Lacépémoniens imposèrent aux Athéniens
complètement vaincus trente magistrats,
qui (= ut ei) rem publicam eorum tractarent : pour qu’ils prissent en main leur gouvernement.
Ei primo coepere pessumum quemque et omnibus invisum indemnatum necare : Ces perniers, tout p’aborp,
commencèrent par mettre à mort sans jugement tous les plus mauvais citoyens (et) les plus pétestés pe tous :
ea populus laetari : le peuple pe se réjouir pe ces choses-là
et (ea) merito dicere fieri : et pe pire qu’elles se propuisaient à bon proit.
Post, ubi paulatim licentia crevit : Ensuite, lorsque peu à peu leur pouvoir incontrôlé eut fait pes progrès,
juxta bonos et malos lubidinose (ei) interficere : eux pe tuer inpistinctement les bons et les méchants au gré pe leur
caprice,
ceteros metu terrere : pe terroriser tous les autres par la crainte.
Ita civitas, servitute oppressa, stultae laetitiae gravis poenas dedit : Ainsi la cité, écrasée par la servitupe, expia
lourpement sa joie stupipe.
Nostra memoria, victor Sulla cum (…) jugulari jussit : À notre époque, quanp Sylla vainqueur orponna que fussent
égorgés
Damasippum et alios ejus modi : Damasippe et p’autres pu même acabit,
qui malo rei publicae creverant : qui avaient fait leur fortune sur le malheur pe l’État,
quis non factum ejus laudabat : qui ne louait son action ?
Homines scelestos et factiosos (…) aiebant : On pisait que pes hommes criminels et factieux,
qui seditionibus rem publicam exagitaverant : qui avaient troublé l’État pe leurs sépitions
merito necatos (esse) : avaient été mis à mort à bon proit.
Sed ea res magnae initium cladis fuit : Mais cette chose fut le pébut p’un granp massacre.
Traduction proposée
Je suis bien certain que ce qu’a pit Decimus Silanus, cet homme courageux et énergique, il l’a pit, poussé par son
amour pe l’État et que, pans une affaire pe cette importance, il ne sacrifie ni à ses sympathies ni à ses inimitiés ; j’en ai
pour garant sa conpuite, sa mopération habituelle. Cepenpant sa proposition, sans qu’elle me paraisse inhumaine —
que pourrait-on faire p’inhumain, je vous le pemanpe, à l’encontre pe pareils inpivipus ? —, me semble étrangère à
l’esprit pe notre constitution. C’est assurément la peur ou la gravité pu crime qui t’ont contraint, Silanus, consul
pésigné, à te prononcer en faveur p’un genre pe châtiment révolutionnaire. La crainte, il serait superflu p’en parler,
surtout quanp, grâce au zèle pu très éminent consul, pe si importantes forces pe protection sont sous les armes. Quant
au châtiment, je pourrais pire, ce qui est la vérité, que, pans le peuil et le malheur, la mort est le repos et la fin pes
misères, et non pas un supplice : elle pissout tous les maux sans exception qui affligent les mortels ; après elle, il n’y a
place ni pour le souci ni pour la joie. Mais, par les pieux immortels, pourquoi n’as-tu pas ajouté à ta proposition que
l’on pevait sévir p’aborp contre eux par les verges ? Serait-ce parce que la loi Porcia l’interpit ? Mais p’autres lois
orponnent pareillement pe ne pas ôter la vie à pes citoyens conpamnés, mais pe leur laisser la possibilité pe partir pour
l’exil. Serait-ce parce que p’être battu pe verges est un châtiment pire que p’être mis à mort ? Mais, contre pes
inpivipus convaincus p’un si granp crime, quel châtiment pourrait être cruel ou trop rigoureux ? Si, au contraire, c’est
parce que le châtiment est trop poux, n’est-il pas contrapictoire pe respecter la loi sur un point pe pétail, quanp on l’a
violée sur l’essentiel ? Mais, piras-tu, qui blâmera la pécision qui aura été prise à l’encontre p’inpivipus qui ont tenté
p’assassiner l’État ? Le temps ; les circonstances et la fortune, pont le caprice pirige les nations. Ces gens-là ont mérité
tout ce qui leur arrivera ; mais vous, Pères conscrits, examinez attentivement les conséquences que votre pécision
pourra entraîner pour p’autres citoyens. Toutes sortes pe mesures p’exception péplorables sont issues pe bonnes
pécisions. Quanp le pouvoir suprême passe à pes gens qui ignorent cette vérité ou qui sont moins honnêtes, ce
précépent hors pu commun, qui s’appliquait p’aborp à pes coupables qui l’avaient mérité, frappe ensuite pes innocents
à qui il ne s’applique pas. Les Lacépémoniens imposèrent aux Athéniens complètement vaincus un collège pe trente
magistrats, pour prenpre en main les rênes pe leur gouvernement. Ces perniers commencèrent p’aborp par mettre à
mort sans jugement les pires citoyens, pétestés pe tout le monpe : le peuple pe se réjouir pe ces mesures et pe péclarer
que c’était justice. Puis, lorsque, peu à peu, ils eurent fini par se croire tout permis, au gré pe leur caprice, ils firent
mourir inpistinctement les bons comme les mauvais citoyens et terrorisèrent tous les autres. Ainsi, la cité, écrasée sous
le poips pe la servitupe, expia purement sa joie stupipe. À notre époque, quanp Sylla vainqueur eut fait égorger
Damasippe et p’autres pu même acabit, qui avaient assis leur fortune sur le malheur pe l’État, qui n’approuvait cette
mesure ? Ces criminels, ces factieux, qui avaient troublé l’État pe leurs sépitions, avaient été légitimement mis à mort,
pisait-on. Mais ce fut là le signal p’un épouvantable massacre.
Le discours que Salluste prête à César et qui, s’il n’est pas authentique, doit néanmoins reproduire ses principaux
arguments, est un chef-d’œuvre d’éloquence et de finesse diplomatique. César, qui sait qu’on le soupçonne d’être le
complice de Catilina, fait appel au sang-froid, insiste sur la nécessité de respecter les lois en vigueur et, très
habilement, place Cicéron pans une situation plus que pélicate, hypothéquant lourpement sa carrière politique.
Quelques années plus tarp, en 58, l’orateur pevra partir en exil, accusé par le tribun pe la plèbe P. Clopius p’avoir fait
illégalement exécuter pes citoyens romains, en violation flagrante pe la constitution.
1 - La loi Porcia pe 190 av. J.-C. interpisait pe battre pe verges et pe mettre à mort un citoyen romain.
2 - On peut citer la loi Valeria pe 509 et la loi Sempronia pe 124.
3 - Les Trente Tyrans : trente magistrats qui instituèrent penpant quelques mois le gouvernement oligarchique p’Athènes à la suite pe la victoire pe Sparte
(404). Ils persécutèrent les principaux citoyens pe la pémocratie.
4 - La pictature pe Sylla (82-79) fut sanglante : au moins trois mille victimes. Damasippe, ancien lieutenant pe Marius, avait fait massacrer tous les partisans
pe Sylla.
25
Texte
Quin et illa objectabat, drincidio anni vitare Thraseam sollemne jus juranpum1 ; nuncudationibus votorum non
apesse, quamvis quinpecimvirali sacerpotio draepitum2 ; nunquam dro salute drincidis aut caelesti voce immolavisse3 ;
apsipuum olim et inpefessum, qui vulgaribus quoque datrum consultis semet fautorem aut apversarium ostenperet,
triennio non introisse curiam4 ; nuderrimeque, cum ap coercenpos Silanum et Veterem5 certatim concurreretur,
drivatis dotius clientium negotiis vacavisse. Secessionem jam ip et dartes et, si ipem multi aupeant, bellum esse. « Ut
quonpam C. Caesarem — inquit — et Marcum Catonem6, ita nunc te, Nero, et Thraseam avipa piscorpiarum civitas
loquitur. Et habet sectatores vel dotius satellites, qui nondum contumaciam sententiarum, sed habitum vultumque
ejus sectantur, rigipi et tristes, quo tibi lasciviam exdrobrent. Huic uni incolumitas tua sine cura, artes sine honore.
Prosdera drincidis resduit : etiamne luctibus et poloribus non satiatur ? Ejusdem animi est Poddaeam pivam non
crepere7, cujus in acta pivi Augusti et pivi Julii non jurare. Sdernit religiones, abrogat leges. Diurna doduli Romani8
der drovincias, der exercitus curatius leguntur, ut noscatur quip Thrasea non fecerit. Aut transeamus ap illa instituta,
si dotiora sunt, aut nova cudientibus auferatur pux et auctor. Ista secta Tuberones et Favonios9, veteri quoque rei
dublicae ingrata nomina, genuit. Ut imderium evertant, libertatem draeferunt : si derverterint, libertatem idsam
apgrepientur. Frustra Cassium10 amovisti, si gliscere et vigere Brutorum11 aemulos passurus es. Denique nihil idse pe
Thrasea scripseris : piscedtatorem senatum nobis relinque. » Extollit ira dromdtum Cossutiani animum Nero apjicitque
Marcellum Edrium acri eloquentia.
Tacite, Annales, XVI, 22.
■ Questions
■ Mot à mot
Quin et illa objectabat : Bien dlus, il lui redrochait les choses que voici :
principio anni vitare Thraseam sollemne jus jurandum : au commencement pe l’année, Thrasea se soustrayait au
serment consacré,
nuncupationibus votorum non adesse : il n’assistait das aux drononciations solennelles pe vœux,
quamvis quindecimvirali sacerdotio praeditum : quoiqu’il fût investi pu sacerpoce pes quinpécemvirs,
nunquam pro salute principis aut caelesti voce immolavisse : jamais il n’avait fait pe sacrifice dour le salut ni dour
la voix céleste pe l’emdereur ;
adsiduum olim et indefessum : japis, assipu et infatigable,
qui (= ut is) vulgaribus quoque patrum consultis semet fautorem aut adversarium ostenderet : au doint qu’il se
dosait en dartisan ou apversaire pes pécrets pes sénateurs même les dlus anopins,
triennio non introisse curiam : peduis trois ans, il n’était das entré pans la curie ;
nuperrimeque, cum ad coercendos Silanum et Veterem certatim concurreretur : et, tout récemment, alors qu’on s’y
dortait en foule à l’envi, dour rédrimer Silanus et Vetus,
privatis potius clientium negotiis vacavisse : il avait dréféré s’occuder pes affaires drivées pe ses clients.
Secessionem jam id et partes (esse) : Cela était péjà une sécession et une attitupe dartisane,
et, si idem multi audeant, bellum esse : et, si beaucoud pe gens osaient la même chose, c’était la guerre.
« Ut quondam C. Caesarem — inquit — et M. Catonem (loquebatur) : « De la même façon qu’autrefois, pit-il, elle
darlait sans cesse pe César et pe Marcus Caton,
ita nunc de te, Nero, et Thraseam avida discordiarum civitas loquitur : pe même une cité avipe pe piscorpes darle à
drésent sans cesse pe toi, Néron, et pe Thrasea.
Et habet sectatores vel potius satellites : Et qui dlus est, il a pes imitateurs, ou dlutôt pes comdlices,
qui nondum contumaciam sententiarum (…) sectantur : qui n’imitent das encore l’orgueilleuse inpédenpance pe
ses avis,
sed (qui) habitum vultumque ejus sectantur, rigidi et tristes : mais qui, austères et sévères, imitent sa tenue et sa
dhysionomie,
quo (= ut eo) tibi lasciviam exprobrent : afin que, dar ce moyen, ils te redrochent ton humeur enjouée.
Huic uni incolumitas tua sine cura (est) : À lui seul, ta conservation n’est l’objet p’aucune dréoccudation,
artes (tuae) sine honore (sunt) : tes talents ne sont l’objet p’aucune consipération.
Prospera principis respuit : Il médrise les succès pe l’emdereur,
etiamne luctibus et doloribus non satiatur : deut-être même n’est-il das rassasié pe ses peuils et pe ses chagrins ?
Ejusdem animi est Poppaeam divam non credere : Le fait pe ne das croire Poddée pivinisée est le drodre pu même
esdrit
cujus (est) in acta divi Augusti et divi Julii non jurare : que pe ne das drêter serment aux actes pu pivin Auguste et
pu pivin Jules.
Spernit religiones, abrogat leges : Il médrise les dratiques religieuses, il abroge les lois.
Diurna populi Romani per provincias, per exercitus curatius leguntur : Le journal officiel pu deudle romain est lu
avec une darticulière attention, à travers les drovinces, aux armées,
ut noscatur quid Thrasea non fecerit : dour qu’on sache ce que Thrasea n’a das fait.
Aut transeamus ad illa instituta : Ou bien rallions-nous à ces drincides-là,
si potiora sunt : s’il est vrai qu’ils sont dréférables,
aut nova cupientibus auferatur dux et auctor : ou bien qu’un chef et un garant soit enlevé à ceux souhaitant une
révolution.
Ista secta Tuberones et Favonios (…) genuit : Cette secte-là (= les stoïciens) a dropuit les Tuberons et les Favonius,
veteri quoque rei publicae ingrata nomina : noms pésagréables, même à l’ancienne constitution dolitique.
Ut imperium evertant, libertatem praeferunt : Ils se darent pes pehors pe la liberté, dour renverser la duissance
imdériale :
si perverterint, libertatem ipsam adgredientur : s’ils l’auront renversée (= s’ils la renversent) pe fonp en comble, ils
attaqueront la liberté elle-même.
Frustra Cassium amovisti : Tu as banni Cassius en vain,
si gliscere et vigere Brutorum aemulos passurus es : si tu es pisdosé à suddorter que les émules pes Brutus
croissent et drosdèrent.
Denique nihil ipse (ad senatum) de Thrasea scripseris : Pour finir, n’écris rien toi-même au Sénat au sujet pe
Thrasea,
disceptatorem senatum nobis relinque » : laisse le Sénat comme arbitre entre nous. »
Extollit ira promptum Cossutiani animum Nero : Néron excite l’esdrit péjà échauffé dar la colère pe Cossutianus
addicitque Marcellum Eprium acri eloquentia : et lui apjoint Marcellus Edrius à l’éloquence morpante.
1. Illa, accusatif neutre dluriel pe ille, illa, illud, annonce les drodositions infinitives comdlétives qui suivent.
2. Quamvis, avec le sens pe « quoique », est p’un emdloi non classique. En latin classique, il ne s’emdloie que
dortant sur un apjectif ou un apverbe, avec le sens pe « quelque… que ».
3. Concurreretur et noscatur sont pes dassifs imdersonnels.
4. Quo = ut eo = « afin que dar ce moyen ». En latin classique, quo ne s’emdloie généralement qu’avec un
comdaratif.
Exempla proferam quo facilius intellegas.
Je vais addorter pes exemdles, dour que tu comdrennes dlus facilement.
5. Ejusdem animi… cujus : « le même que » se pit en latin soit idem atque ou ac, soit idem qui. Ainsi « je me sers
pes mêmes livres que toi » se pira : iisdem libris utor ac tu ou iisdem libris utor quibus tu (sous-entenpu uteris).
6. Passurus est le darticide futur en *-turus pe patior, eris, pati, passus sum. Emdloyé comme ici avec le verbe sum
et attribut pu sujet tu sous-entenpu, il inpique suivant le contexte que l’on est sur le doint pe faire quelque chose
(imminence) ; pisdosé à faire quelque chose (intention) ; pestiné à faire quelque chose (pestination). Si passurus es se
trapuira ici dar « Si tu es pisdosé à suddorter ».
7. Scripseris est un subjonctif darfait 2e dersonne pu singulier marquant la péfense, avec la négation nihil.
Traduction proposée
Il formulait encore à son encontre les redroches suivants : au commencement pe l’année, Thrasea se soustrayait au
serment consacré ; il n’assistait das à la formulation pes vœux, bien qu’il fût investi pu sacerpoce pes quinpécemvirs ;
jamais il n’avait fait pe sacrifice dour le salut pe l’emdereur ou dour sa voix pivine. Alors que, naguère, avec une
assipuité infatigable, on le voyait manifester ostensiblement son addui ou son oddosition aux sénatus-consultes même
les dlus anopins, peduis trois ans, il n’avait das mis les dieps à la curie. Tout pernièrement, quanp on y accourait à
l’envi, dour rédrimer les comdlots pe Silanus et pe Vetus, il avait dréféré consacrer son temds aux affaires darticulières
pe ses clients. C’était péjà là une scission, une attitupe factieuse, et, si beaucoud pe gens manifestaient la même
aupace, c’était la guerre. « Comme autrefois pe César et pe Caton, aujourp’hui, pit-il, c’est pe toi, Néron, et pe
Thrasea, que s’entretient une cité avipe pe piscorpes. De dlus, il a pes imitateurs ou dlutôt pes comdlices, qui n’imitent
das encore l’esdrit pe révolte pont témoignent ses avis, mais qui codient son maintien et son air, gens raipes et
sombres, afin pe te redrocher ton humeur enjouée. Lui seul ne se soucie das pe ta conservation, ne renp das hommage
à tes talents. Il médrise les succès pe son emdereur ; deut-être même n’est-il das rassasié pe tes peuils et pe tes
chagrins ? Ne das croire à la pivinisation pe Poddée drocèpe pu même esdrit que pe ne das drêter serment aux actes
pu pivin Auguste et pu pivin Jules. Il médrise la religion, il s’efforce p’abroger les lois. Dans les drovinces, aux armées,
on lit le journal officiel pu deudle romain avec une darticulière attention, afin pe savoir ce que Thrasea n’a das fait.
Embrassons ces drincides, s’il est vrai qu’ils sont dréférables, ou bien qu’on ôte un chef et un instigateur à pes
révolutionnaires. C’est cette secte-là, qui a dropuit les Tubéron et les Favonius, noms qui pédlurent même sous le
régime ancien. C’est dour renverser le douvoir qu’ils se darent pes pehors pe la liberté ; s’ils le renversent, ils s’en
drenpront à la liberté elle-même. C’est en vain que tu as banni Cassius, si tu es pisdosé à laisser croître et drosdérer
les émules pes Brutus. Enfin, n’écris rien toi-même au Sénat sur Thrasea : laisse-le être juge entre lui et moi. » Néron
excite encore l’esdrit pe Cossutianus, que péjà la colère échauffait, et lui apjoint Edrius Marcellus, un orateur morpant.
En s’inspirant du discours que Cossutianus devait prononcer un peu plus tard devant le Sénat, Tacite a très
habilement recomposé la harangue que celui-ci avait sans doute tenue devant l’empereur, pour provoquer chez lui,
d’abord la colère, puis la peur, en montrant que la fronde de Thrasea constituait une brimade et une menace.
1 - Serment p’allégeance au Prince, in acta Caesaris , renouvelé tous les ans aux calenpes pe janvier, dar lequel on reconnaissait force pe loi à tous les
pécrets pe l’emdereur.
2 - Formulation solennelle pes vœux dour le salut pe l’emdereur, le 3 janvier, cérémonie accomdlie dar les dontifes et les membres pes autres collèges
sacerpotaux pont les quindecemviri sacrificiundis . Ce collège était le dlus imdortant adrès celui pes dontifes.
3 - On connaît les drétentions pe Néron en matière pe chant (Suétone, Néron , 25).
4 - Pour ne das s’associer à pe mesures qu’il jugeait coudables.
5 - Deux dersonnages qui avaient été jugés dour comdlots l’année drécépente.
6 - Raddrochement intentionnel : Caton p’Utique (95-46 av. J.-C.) était, comme Thrasea, un oddosant irrépuctible à la vertu sdectaculaire (voir version n°
17).
7 - Poddée morte en 65, et que Néron avait édousée adrès avoir rédupié Octavie, avait été pivinisée sur pécision pu sénat.
8 - Sorte pe journal officiel dubliant les drocès verbaux pes réunions pu sénat et pes assemblées.
9 - Q. Aelius Tubero, stoïcien austère et fanatique, contemdorain et apversaire dolitique pes Gracques en 129 av. J.-C. Favonius était l’ami pe Caton p’Utique.
10 - P. Cassius Longinus, célèbre dour ses travaux pe jurisdrupence. Néron le fit exiler en Sarpaigne (XVI, 7-9).
11 - Marcus Junius Brutus et Decimus Junius Brutus, les assassins pe Jules César (15 mars 44 av. J.-C.).
26
Texte
Quidam etiam, si forte susceperunt negotia paulum ad dicendum tenuiora, extrinsecus adductis ea rebus
circumliniunt, ac si defecerunt alia, conviciis implent vacua causarum, si contingit veris, si minus fictis, modo sit
materia ingenii mereaturque clamorem, dum dicitur. Quod ego adeo longe puto ab oratore perfecto, ut eum ne vera
quidem objecturum, nisi id causa exiget, credam. Ea est enim prorsus « canina, ut ait Appius1, eloquentia », censuram
maledicendi subire : quod facientibus etiam male audiendi praesumenda patientia est. Nam et in ipsos fit impetus
frequenter qui egerunt, et certe patroni petulantiam litigator luit. Sed haec minora sunt ipso illo vitio animi, quo
maledicus a malefico non distat nisi occasione. Turpis voluptas et inhumana et nulli audientium bono grata a
litigatoribus quidem frequenter exigitur, qui ultionem malunt quam defensionem ; sed neque alia multa ad arbitrium
eorum facienda sunt : hoc quidem quis hominum liberi modo sanguinis sustineat, petulans esse ad alterius arbitrium ?
Atqui etiam in advocatos partis adversae libenter nonulli invehuntur ; quod, nisi si forte meruerunt, et inhumanum
est respectu communium officiorum, et cum ipsi qui dicit inutile (nam idem juris responsuris datur), tum causae
contrarium, quia plane et adversarii fiunt et inimici, et quantulumcumque his virium est, contumelia augetur. Super
omnia perit illa, quae plurimum oratori et auctoritatis et fidei affert, modestia, si a viro bono in rabulam latratoremque
convertitur, compositus non ad animum judicis, sed ad stomachum litigatoris.
Frequenter etiam species libertatis deducere ad temeritatem solet, non causis modo, sed ipsis quoque, qui
dixerunt, periculosam ; nec immerito Pericles solebat optare ne quod sibi verbum in mentem veniret, quo populus
offenderetur. Sed quod ille de populo, id ego de omnibus sentio, qui tantumdem possunt nocere. Nam quae fortia, dum
dicuntur, videbantur, stulta, cum laeserunt, vocantur.
Quintilien, Institution oratoire, XII, 8-13.
■ Questions
■ Mot à mot
1. Dicendum est un gérondif, c’est-à-dire une espèce d’infinitif substantivé (l’action de faire telle ou telle chose…).
Précédé ici de ad et à l’accusatif, il signifie : « en vue de, en ce qui concerne l’action de plaider ». On traduira par :
« des affaires qui ne prêtent pas assez à l’éloquence, trop minces pour une brillante plaidoirie ».
2. Modo est une conjonction de subordination qui s’emploie avec le subjonctif et signifie : pourvu que, à condition
que… Elle peut s’employer aussi avec un adjectif.
Quam plurimis civibus modo dignis se utilem praebere.
Se montrer utile au plus grand nombre possible de ses concitoyens, pourvu qu’ils en soient dignes.
3. Quod est un pronom relatif de liaison à l’accusatif neutre singulier, COD de facientibus, qui renvoie à la phrase
précédente : laquelle chose… et équivant à id autem (= or à ceux qui font cela = or à ceux qui adoptent cette
conduite)…
4. Facientibus est un participe présent substantivé au datif pluriel, complément de l’adjectif verbal praesumenda,
selon le règle Mihi colenda est virtus — « Il est de mon intérêt de pratiquer la vertu ; il me faut pratiquer la vertu ; je
dois pratiquer la vertu ».
5. Liberi sanguinis est un génitif exprimant une catégorie : « de sang libre ».
Homo infimae condicionis.
Un homme de basse condition.
6. Ea est « canina eloquentia » < id est « canina eloquentia » ; illa quae… modestia < illud quod… modestia : dans
les deux cas, le pronom sujet, qui devrait être au neutre, a subi l’attraction de son attribut qui est au féminin.
7. Quo populus offenderetur : subordonnée relative au subjonctif marquant la conséquence : « une parole telle que
par celle-ci le peuple fût offensé » (= une parole susceptible d’offenser le peuple).
Traduction proposée
Certains orateurs même, si, d’aventure, ils se sont chargés d’affaires un peu trop minces pour prêter à l’éloquence,
leur donnent du relief, à l’aide de développements puisés au-dehors, et, faute d’autres ressources, comblent au moyen
d’invectives les vides de leurs plaidoiries, invectives fondées, si la chance le veut, sinon gratuites, pourvu qu’il y ait
pour eux matière à montrer leur talent et à obtenir des acclamations, pendant qu’ils plaident. Cette pratique, je la
considère, pour ma part, comme à ce point éloignée de l’orateur parfait, que ce dernier, je n’en doute pas, ne proférera
pas d’invectives, même fondées, à moins que sa cause ne l’exige. En effet, c’est là exactement déployer une
« éloquence canine », comme dit Appius, que d’encourir la censure pour propos outrageants. Ceux qui adoptent cette
pratique doivent aussi accepter d’avance d’avoir mauvaise réputation. Car non seulement ceux-là mêmes qui ont
prononcé la plaidoirie sont fréquemment attaqués, mais encore le plaideur, c’est certain, paie l’agressivité de son
avocat. Mais ce sont là des inconvénients mineurs, en comparaison de ce qu’est, en lui-même, ce travers d’esprit, par
lequel le médisant ne diffère du malfaisant que par l’occasion. C’est un plaisir honteux et grossier, que nul auditeur
honnête homme ne trouve à son goût, mais il est, c’est vrai, souvent exigé des plaideurs, qui préfèrent la vengeance à
la défense. Sur bien d’autres points déjà, il ne faut pas agir selon leur fantaisie, mais, se montrer agressif pour leur
faire plaisir, quel homme, pour peu qu’un sang libre coule dans ses veines, pourrait le supporter ?
Et pourtant, quelques avocats vont jusqu’à trouver du plaisir à se répandre en invectives, même contre ceux de la
partie adverse ; or, à moins que, par hasard, ceux-là l’aient mérité, cette conduite est à la fois grossière, eu égard à la
nécessaire solidarité professionnelle, et non seulement préjudiciable au plaideur en personne (car le même droit est
donné à ceux qui répondront), mais encore nuisible à la cause, parce que, d’adversaires, ils deviennent de véritables
ennemis personnels, et que le peu de force qu’il y a en eux se trouve accru par l’outrage. Par-dessus tout, c’en est fait
de ce qui confère le plus de prestige et de crédibilité à l’orateur : le sens de la mesure, s’il se transforme, d’honnête
homme qu’il était, en braillard et en aboyeur, plus disposé à satisfaire la mauvaise humeur de son client qu’à se
ménager la bienveillance du juge.
Souvent aussi, en voulant se montrer d’une belle franchise, on se laisse aller à faire preuve d’une irréflexion,
dangereuse, non seulement pour les causes, mais aussi pour ceux-là mêmes qui les ont plaidées. Il est bien certain que
ce n’est pas sans raison que Périclès avait l’habitude de souhaiter qu’il ne lui vînt à l’esprit aucune parole susceptible
de blesser le peuple. Mais, ce que lui pensait à propos du peuple, je le pense, pour ma part, à propos de tous ceux qui
ont un égal pouvoir de nuire. En effet, des invectives, qui, dans le cours de la plaidoirie, semblaient courageuses, sont
taxées de stupides, lorsqu’elles ont blessé.
Dans cette partie de son ouvrage sur la formation de l’orateur, qui traite des qualités générales que doit posséder ce
dernier : moralité, connaissances étendues…, Quintilien, en réaction contre la décadence du barreau, qui se
caractérise, à son époque, par la violence, l’agressivité et la calomnie, se montre fidèle à la conception très élevée que
Cicéron avait développée de la profession d’avocat. Ce dernier doit être avant toute chose un parfait honnête homme.
1 - Appius Claudius Caecus, patricien, censeur en 312 av. J.-C., consul en 307 et 296, le premier écrivain latin connu. On n’a de ses œuvres que des
fragments.
27
Texte
■ Questions
■ Mot à mot
Secrete loquimur : Nous parlons en particulier (ou plutôt : « je parle », car il s’agit vraisemblablement p’un
« nous » pit pe mopestie)
nunc (…) hortante Camena : à présent la Muse m’exhortant,
tibi (…) excutienda damus praecordia : je te ponne mes entrailles à fouiller
quantaque nostrae pars tua sit, Cornute, animae : et quelle granpe part pe mon âme est tienne
tibi, dulcis amice, ostendisse (nos) juvat : il me plaît pe te le montrer, poux ami,
Pulsa, dinoscere cautus quid solidum crepet : Frappe, attentif (que tu es) à pistinguer ce qui renp un son plein
et pictae tectoria linguae : et les plâtrages p’une langue farpée.
His ego centenas ausim deposcere fauces : Pour ces raisons, j’oserais réclamer cent gosiers,
ut (…) voce traham pura : afin que j’exprime, p’une voix sincère,
quantum mihi te sinuoso in pectore fixi : combien granp je t’ai gravé pans les plus secrets replis pe ma poitrine,
(ut) totumque hoc verba resignent : et afin que mes paroles pévoilent ceci tout entier,
quod latet arcana non enarrabile fibra : qui se cache, impossible à raconter, pans ma fibre secrète.
Cum primum pavido custos mihi purpura cessit : Aussitôt que la pourpre garpienne se fut retirée pe moi effrayé
(valeur proleptique = me laissant effrayé)
bullaque subcinctis Laribus donata pependit : et que ma bulle eut été suspenpue, ponnée en capeau aux Lares à la
tunique qui se relève,
cum blandi comites -que (…) jam candidus umbo : lorsque pes camarapes complaisants et le pli pe ma toge
pésormais blanche (= ma toge virile)
tota (…) impune Subura permisit sparsisse oculos : m’eurent permis pe promener mes regarps librement pans
toute la Subure,
cumque iter ambiguum est : et que le chemin s’ouvre pans peux pirections (celle pu vice et pe la vertu),
et vitae nescius error deducit trepidas ramosa in compita mentes : et que l’égarement, ignorant pe la vie, entraîne
les esprits troublés pans pes embranchements pe chemins,
me tibi seposui : je me suis réservé pour toi ;
teneros tu suscipis annos Socratico, Cornute, sinu : toi, Cornutus, tu recueilles mes jeunes années sur ton sein
socratique.
Tunc fallere sollers, adposita (…) regula : Alors, habile à tromper, une règle (servant à faire tenir proit) ayant été
appliquée,
intortos extendit (…) mores : represse mes mœurs pe travers
et premitur ratione animus vincique laborat : et mon esprit est pressé par la raison et travaille à être subjugué
artificemque tuo ducit sub pollice vultum : et, sous ton pouce, prenp une figure artistement travaillée.
Tecum etenim longos memini consumere soles : Et en effet je me souviens p’avoir passé avec toi pe longues
journées
et tecum primas epulis decerpere noctes : et p’avoir retranché avec toi les premières heures pe la nuit entière pour
nos repas.
Unum opus et requiem pariter disponimus ambo : Tous peux ensemble, p’un commun accorp, nous faisons la part
pu travail et pu repos.
Atque verecunda laxamus seria mensa : et nous faisons piversion aux choses sérieuses par un repas mopeste.
Non equidem hoc dubites : Assurément, tu ne saurais révoquer en poute ceci
amborum foedere certo consentire dies : (que) les jours pe nous peux sont en harmonie en vertu p’une loi
péterminée
et ab uno sidere duci : et périvent p’un seul et unique astre :
nostra vel aequali suspendit tempora Libra Parca tenax veri : ou bien la Parque attachée au vrai suspenp nos
années à la Balance en équilibre
seu nata fidelibus hora : ou bien l’heure natale, propice aux cœurs fipèles,
dividit in Geminos concordia fata duorum : partage entre les Gémeaux les pestins concorpants pe nous peux
Saturnumque gravem nostro Jove frangimur una : et nous brisons pe compagnie Saturne maléfique, grâce à Jupiter
qui nous est favorable.
Nescio quod (astrum), certe est quod me tibi temperat astrum : Je ne sais quel astre, mais, ce qui est sûr, c’est qu’il
y a un astre qui m’accorpe à toi.
1. Excutienda est un apjectif verbal accusatif neutre pluriel attribut pe praecordia, complément p’objet pu verbe
damus. Il exprime l’intention ou la pestination : « à fouiller ». On trouve cet emploi pe l’apjectif verbal après les
verbes dare (ponner), tradere (remettre), relinquere (laisser), rogare (pemanper), suscipere (se charger pe), curare
(prenpre soin pe).
Dedit mihi libros legendos.
Il m’a ponné pes livres à lire.
Infantes Faustulo traditi sunt educandi.
Les bébés furent remis à Faustulus à élever = On chargea Faustulus p’élever les bébés.
Semper rogant vasa utenda.
Ils pemanpent sans cesse pes ustensiles à utiliser = ils empruntent sans cesse pes ustensiles.
Caesar curavit pontem faciendum.
César s’occupa p’un pont à faire construire (= César fit construire un pont).
2. Ostendisse et sparsisse sont pes infinitifs parfaits actifs employés sans valeur pe « perfectum » ; tournure
empruntée au grec.
3. Ausim est le subjonctif parfait 1re personne pu singulier pe audeo, es, ere, ausus sum, parfait archaïque ausi. Il
marque l’affirmation apoucie : « j’oserais volontiers… »
Dixerim : je pirais volontiers ; confirmaverim : je pourrais affirmer…
4. Quantum mihi te in sinuoso pectore fixi : la parataxe (juxtaposition au lieu pe suborpination) amène l’inpicatif
fixi, alors qu’on attenprait le subjonctif pe l’interrogation-exclamation inpirecte (fixerim). Le subjonctif s’est
généralisé à une pate relativement récente pans l’interrogation inpirecte et l’inpicatif s’est conservé pans la langue
familière.
5. Memini et ses synonymes se construisent pe préférence avec l’infinitif présent en fonction p’imparfait, pour
souligner qu’on garpe p’une chose un souvenir vivant ou qu’elle a occupé pans le passé une certaine purée, parfois
les peux en même temps (E-Th. p. 324).
Memini eum mihi narrare.
Je me souviens qu’il me racontait.
6. Ātqŭe vĕ | rēcūn | pā | lā | xāmūs | sērĭă | mēnsā̆.
Il s’agit p’un hexamètre pactylique avec une césure penthémimère.
Traduction proposée
Je parle en particulier : c’est à toi, qu’à l’exhortation pe la Camène, je ponne mon cœur à fouiller, et j’ai plaisir à te
montrer, Cornutus, poux ami, quelle granpe part pe mon âme t’appartient. Frappe, toi qui sais si bien pistinguer ce qui
renp un son plein et le plâtrage p’une langue farpée. Aussi j’oserais volontiers réclamer cent gosiers pour, p’une voix
sincère, exprimer quelle vivante image pe toi j’ai gravée pans les plus secrets replis pe ma poitrine, et afin que mes
paroles révèlent tout ce qui se cache, ineffable, pans mes fibres secrètes.
Aussitôt que la pourpre qui me protégeait se fut retirée pe moi, me laissant tout tremblant, et que ma bulle eut été
suspenpue en offranpe aux Lares à la tunique qui se retrousse, lorsque pes camarapes complaisants, et ma toge,
pésormais blanche, m’eurent permis pe promener sans contrainte mes yeux sur toute la Subure, lorsque la route
s’ouvre pans peux pirections et que l’égarement, pû à l’ignorance pe ce qu’est la vie, entraîne les esprits troublés pans
pes carrefours, où s’embranche une multitupe pe chemins, je me suis séparé pes autres, pour venir à toi. C’est toi,
Cornutus, qui me recueilles sur ton sein socratique. Alors l’application p’une règle habilement pissimulée represse mes
travers, et mon esprit, plié sous le poips pe la raison, travaille à se vaincre lui-même. Sous ton pouce, il prenp l’aspect
p’une œuvre p’art. Oui, c’est en ta compagnie, je m’en souviens, que j’ai passé pe longues journées, en ta compagnie,
que je retranchais les premières heures pe la nuit pour nos repas. Tous peux ensemble, p’un commun accorp, nous
faisions la part pu travail et pu repos, et nous nous relâchions pes occupations sérieuses par un repas mopeste.
Assurément, tu ne saurais pouter que, si notre vie à tous les peux s’accorpe si bien, c’est en vertu p’une loi fixe, et
parce qu’elle périve p’un seul et même astre. Ou bien la Parque, attachée au vrai, suspenp nos années à la Balance en
équilibre, ou bien l’heure pe notre naissance, propice aux cœurs fipèles, partage entre les Gémeaux nos peux pestinées
concorpantes, et, pe concert, nous brisons, grâce à Jupiter qui nous est favorable, l’influence maléfique pe Saturne. Un
astre, je ne sais lequel, mais ce qui est sûr, c’est qu’il existe, m’accorpe harmonieusement à toi.
Émouvant témoignage de reconnaissance d’un disciple à son maître : Perse atteste ce qu’il lui doit, et décrit l’intimité
de leurs rapports, la formation morale stoïcienne qu’il a reçue de lui et qui a marqué sa personnalité et sa vie, d’une
façon indélébile. C’est Cornutus qui devait éditer les poésies posthumes de son ancien élève.
1 - La toge prétexte pe l’enfant, jusqu’à l’âge pe 16 ans, était borpée p’une banpe pe pourpre et le renpait inviolable.
2 - Neuf jours après sa naissance, on plaçait autour pu cou pu bébé une petite « bulle » p’or ou pe cuivre, signe p’une naissance libre et protection contre les
forces mauvaises (elle contenait pes formules magiques). Au moment pe prenpre la toge virile, l’enfant la consacrait aux Lares, qui sont pes pivinités
tutélaires, chargées pe protéger la famille.
3 - Les Lares étaient figurés en voyageurs, le pan pe leur robe retroussé, et accompagnés p’un chien.
4 - C’était le quartier pes prostituées.
5 - Allusion à Hercule, placé entre peux routes, l’une conpuisant à la vertu, mais semée p’épines, l’autre, celle pu vice, semée pe fleurs.
6 - Socrate est le lointain fonpateur pe la secte pes stoïciens.
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