INSUFFISANCE RENALE CHRONIQUE
I- INTRODUCTION
1- Définition
Détérioration lente, progressive, permanente et irréversible de la fonction rénale avec un DGF inf. a
60ml /mn évoluant depuis plus de 3 mois.
Correspond au stade III-IV-V de la MRC
2- Intérêt
PSP
Affection fréquente, terme ultime de toutes les néphropathies
Grave pouvant mettre en jeu le PV par ses complications
Polymorphisme clinique
Etiologies multiples dominées par les GN primitives, le diabète et HTA
Difficultés d’accès à l’EER
II- DIAGNOSTIC
1- Diagnostic positif
a- Clinique
CDD :
Clinique : Sd d’urémie chronique
Fortuite : urée, creat, DFG
Complications
Syndrome d’urémie chronique : non spécifique, apparait au stade tardif
Signes digestifs
o Fœtor urémique (haleine odeur urine), langue saburrale dépapillée gardant
l’empreinte des dents, hoquet tenace
o Anorexie non sélective, nausées, vomissements
Signes cardio-vasculaires
o HTA de sévérité variable (signes de Dieulafoy)
o Signes d’IVG mais pouvant être globale
o Péricardite : sèche avec douleur et frottement péricardique mais il peut s’agir d’une
péricardite avec épanchement donnant un assourdissement des BDC : on dit que la
péricardite sonne le glas de l’urémie
Signes hématologiques
o Syndrome anémique : dyspnée, pâleur des muqueuses, souffles systoliques
fonctionnels…
o Epistaxis, gingivorragie
Signes ostéoarticulaires : douleurs osseuses diffuses prédominant au ceinture, faiblesse
musculaire avec signe du tabouret, fracture path
Signes cutanéo-phanériens
o Peau sèche, fine avec perte de son élasticité
o Prurit avec lésions de grattage
o Givre d’urée
o Cheveux secs, cassants
Signes endocriniens
o Hyperparathyroïdie secondaire
o Troubles gonadiques
Femme : dysménorrhée, aménorrhée
Homme : dysfonctionnement érectile, gynécomastie
Signes neuro-musculaires
o Crampes musculaires, crises tétaniformes voire convulsions tonico-cloniques
pouvant aller jusqu’au coma ; coma urémique (calme non fébrile sans SLN
o Somnolence, difficulté d’attention et de concentration
o Polynévrites urémiques sensitivo-motrices
Signes généraux : asthénie physique et psychique, amaigrissement, rarement OMI
b- Paraclinique
- Biologie:
Urée et créatinine élevées, clairance de la creat (DFG) < 60 ml/min/1,73m2
NFS: anémie normochrome normocytaire arégénérative
Bilan phosphocalcique : Hypocalcémie, hyperphosphorémie, PTH augmentée
Gaz du sang : bicarbonates : variables, le plus souvent acidose métabolique
Ionogramme : variables hyperK+-HypoNa+
- Echographie : reins sont diminués de taille avec une mauvaise différenciation
cortico-médullaire (sauf dans diabète, néphropathie liée au VIH, amylose, PKR,
hydronéphrose)
2- Diagnostic de gravité
Complications liées aux troubles ioniques :
- Acidose métabolique
Clinique: polypnée ample en 4 temps, régulière de type Küssmaul
Biologie: GDS: pH ˂ 7,38; HCO3- ˂ 22 mmol/l, trou anionique
CAT en urgence: VV de gros calibre, bicarbonates en IV, EER
- Hyperkaliémie
Clinique: peut-être asymptomatique ou se manifester par des palpitations,tachycardie,
fatigabilité musculaire, paresthésies des extrémités ou une paralysie flasque ascendante
Ionogramme sanguin: K+ ˃ 5,5 meq/l
ECG: ondes T amples, pointues, ↑ espace PR, élargissement QRS, bradycardie
Evolution: risque de tachycardie ventriculaire, fibrillation ventriculaire mort subite avec arrêt
cardiaque
CAT en urgence: donner du gluconate de calcium puis insuline /Protocole 30
- Hypocalcémie sévère :
Complications liées à la surcharge hydrosodée
- Encéphalopathie hypertensive : grave, pouvant engager le PV
Clinique : HTA sévère, céphalées intenses, vomissements, confusion, rétinopathie
CAT en urgence : VV de gros calibre, baisse progressive TA par Nicardipine IV
- Œdème aigu du poumon
Clinique : dyspnée de décubitus, toux productive ramenant une expectoration blanchâtre ou
rose saumonée, des râles crépitants en marée montante à l’auscultation
Rx: opacités péri-hilaires en aile de papillon
CAT en urgence
o VVP, O2, furosémide en IV pour dépléter en l’absence d’obstacle ou EER
o Drainage par sonde urétérale ou néphrostomie si obstacle
- Poussée d’IRA sur fond chronique
Aggravation rapide de l’altération de la FR pouvant aller jusqu’à l’anurie
CAT en urgence :
o VVP de gros calibre
o Furosémide en l’absence d’obstruction ou EER
o Drainage par sonde urétérale ou néphrostomie en cas d’obstacle
Complications métaboliques liés a la rétention azotée :
- Encéphalopathie urémique
Clinique : coma calme, non fébrile et sans signe de localisation neurologique
CAT en urgence : EER + bicarbonates de Na
- Hémorragies digestives
Clinique : hématémèse ou méléna
CAT : VVP, O2, bilan en urgence NFS, GSRH, TP, TCK, remplissage par macromolécules
ou mieux transfuser, faire TR/Endoscopie, pancarte de surveillance
- Anémie
Syndrome anémique mal toléré avec souffrance viscérale
CAT : EPO ou à défaut transfusion iso groupe iso rhésus
3- Diagnostic différentiel : Insuffisance rénale aigue
Pas d’antécédents de néphropathie connue : fonction rénale antérieurement normale
Alteration brutale de la FR et le plus souvent (spontanément) réversible
Peu de signes cliniques ou tout au plus ceux en rapport avec l’étiologie
Biologie : bilan phosphocalcique normale, pas d’anémie
Echographie : reins sont de taille normales et bien différenciés
4- Diagnostic étiologique
a- Enquête étiologique
Interrogatoire : précise
État civil, mode d’installation
Notion de manifestations rénales antérieures, de prise médicamenteuse néphrotoxique au
long cours, notion d’examen d’imagerie avec injection de PDC, HTA ou diabète mal suivi,
notion de maladie systémique
Atcds néphrologiques personnels et familiaux
Signes fonctionnels extra-rénaux
Examen physique:
Examen général : apprécie EG, constantes (TA, poids, diurèse, T°, FR), OMI…
Examen physique recherche un gros rein, souffle sur les axes vasculaires, signes extra-
rénaux de maladie systémique
FO
Bandelettes urinaires : à la recherche de Hu, Pu, leucocyturie
Paraclinique
Biologie:
o Sang: EPS, NFS, glycémie, Ac anti DNA
o Urines : Pu, ECBU, HLM
Echo : taille des reins, différenciation, contours
PBR + étude histologique
b- Etiologies
Néphropathies acquises :
Néphropathies glomérulonéphrite chronique
Suspectée devant syndrome œdémateux rénal, protéinurie, hématurie macro et micro, HTA
Causes :
- Primitive : syndrome néphrotique idiopathique impur, GEM, mie de Berger,
GNMP
- Secondaire ; lupique, diabétique, amylose
Néphropathies tubulo-interstitielles chroniques
Suspectées devant : polyurie, Pu faible inf a 1g /24h, absence HTA et œdèmes, perte de
sel, leucocyturie sans germe
Causes
o Pyélonéphrite chronique, lithiase, RVU, obstacle cervical, uropathie malformative,
tuberculose urinaire
o Toxiques (Li, Pb…), médicamenteux (néphropathie des analgésiques)
o Métaboliques : hypercalcémie, hyperoxalurie, cysturie…
o Granulomatoses (sarcoïdose, TB) maladie de Gougerot Sjögren
Néphropathies vasculaires
HTA sévère au premier plan, Absence d’œdèmes de type rénal, absence d’anomalies
majeures au SU, donnent une IR rapidement progressive
Causes : sténoses de l’artère rénal, SAPL, embols des cristaux de cholestérol,
sclérodermie
Causes congénitales
Polykystose rénale : maladie héréditaire, écho pose le diagnostic
Néphronophtise
Syndrome d’Alport : associé à une surdité de perception
Syndromes néphrotiques congénitaux
Drépanocytose surtout SS
III- TRAITEMENT
1- Buts
Ralentir la progression de l’IRC
Eviter les complications
Obtenir une bonne qualité de vie
2- Moyens
Education du patient :
Eviter automédication (phytothérapie+++), éviction des médicaments néphrotoxiques et CI de
produits de contraste iodée
Adaptation de la posologie des médicaments au DFG
Mesures hygiéno-diététiques
- Restriction protidique : régime de 0,8 mg/kg/j de protéine
- Apport sodé normal sauf si HTA mal contrôlée
- Apport hydrique : en quantité suffisante pour favoriser une polyurie osmotique
- Apport potassique à surveiller, eau de vichy
Traitement néphroprotecteur :
- Objectifs : TA ;13/8, PU inf à 0,5g/24h
- IEC ou ARA2 seule en première intention, à débuter à faible dose et à augmenter
progressivement jusqu’à atteindre objectif
- Associé à un diurétique de l’anse/furosémide si PA > 13/8
- IEC +ARA2 si Pu/24h >0,5 g de façon persistante
- Adjoindre autres antihypertenseurs si objectif tensionnel non atteint
- Penser aux inhibiteurs des SGLT2 chez le patient atteint de néphropathie diabétique
Moyens symptomatiques
- Correction des troubles phosphocalciques
o Supplémentation en Ca++: 1 à 3 g/j au cours des repas
o Chélateur du phosphate : éviter gel d’Al
o Vitamine D: à utiliser si supplémentation en calcium ne corrige pas l’hypocalcémie
- Correction de l’hyperkaliémie : nécessaire si K+ > 5,5 mEq/l; en dehors des MHD
o Résines échangeuses d’ions (Kayexalate), insuline + SG30%
o Urgence : gluconate de calcium
- Correction acidose métabolique : objectif réserve alcaline > 22 mmol/L : bicarbonate de
sodium: 1 à 3 g/j
- Traitement anémie : transfusion avec culot globulaire en urgence, supplémentation en fer,
acide folique et vitamine B12
- Epuration extra-rénale : hémodialyse, dialyse péritonéale
- ATB
Chirurgie: transplantation rénale
Moyens étiologiques : si possible
3- Indications : Dépend du stade de la MRC
Education thérapeutique et MHD toujours de mise
Stade 3:
Néphroprotection+++ :
IEC et/ou ARAII surtout si HTA et/ou PU
Correction toute hypovolémie
Traiter infection urinaire
Eviter les néphrotoxiques
Correction anémie et acidose métabolique
Stade 4:
Traitement symptomatique
Préparation à l’EER et à la transplantation rénale
Stade 5: EER ou transplantation
Traitement des complications :Cf CAT d’urgence
4- Prévention
Prévention primaire
Suppression des facteurs d’induction de néphropathies chroniquess
Surveillance diabète, dépister et traitement par IEC
Dépistage traitement HTA
Dépistage et traitement des néphropathies
Prévention secondaire : si découverte au stade IRC précoce/Stade 1&2 MRC : lutter contre les
facteurs de progression, nephroprotection
Prévention tertiaire
IV- CONCLUSION
IRC véritable problème de SP, terme ultime de toutes les néphropathies dont la PEC crève les
budgets familiaux et nationaux
D’où l’intérêt de sa prévention par le dépistage et le traitement de ces causes principales
Une fois installée, les mesures thérapeutiques ne pourront au mieux que ralentir son évolution
Classification de l’insuffisance rénale chronique : 5 stades (NKF)
- Stade I: maladie rénale sans IR: DFG > 90 ml/min avec anomalies biologiques permanentes
(protéinurie) et/ou échographiques
- Stade 2: IR latente: 60 ml/min < DFG < 90 ml/min, créatininémie normale ou subnormale
- Stade 3: IR patente compensée: 30 ml/mn < DFG < 60 ml/min
- Stade 4: IR patente décompensée: DFG < 30 ml/min, anémie, hyperparathyroïdie… imposant la
préparation à l’E.E.R
- Stade 5: IRT dépendante de l’EER: DFG < 15-10 ml/min; environ 600 µmol créatinine →
pouvant évoluer vers le coma urémique (mal de Bright)