Texte : Mr Rouget
M. Rouget était un gaillard d’une quarantaine d’années et doté d’une solide constitution physique. Pied-noir
d’Algérie, il avait eu des parents aisés. Aimant l’aventure, il s’engagea dans l’armée française. Il eut à
combattre en Indochine. Rentré en Algérie, il se heurta à la guerre d’indépendance de ce pays. Ce furent des
massacres de part et d’autre où il perdit ses parents et presque toute sa fortune. C’est alors qu’avec des fonds
relativement modestes, il gagna la Côte d’Ivoire et créa sa plantation de bananes.
Amadou koné,Les frasques d’Ebinto
Texte : La Belle Souad
Physiquement, Souad était une fille comme une autre, ni belle ni laide ; une fille passable, en somme.
De plus, elle ne cherchait pas à attirer l’attention des garçons, et encore moins à les séduire. Discrète, sobre,
indifférente à sa mise, elle ne se mettait jamais en avant, ne se maquillait jamais, ne se donnait même pas la
peine de se peigner convenablement.
Parfois, je lui disais en badinant, mais non sans un fond de vérité, que si un jour le lycée organisait un
concours d’élégance pour les filles, elle se retrouverait sans nul doute à la queue du classement. Souad se
contentait de rire de ma folle conjecture ; jamais elle n’avait fait de commentaire.
Souad n’était pourtant pas dénuée de charme ; il suffisait de la regarder un peu plus longuement, un peu
plus attentivement, pour se rendre compte qu’elle était une assez jolie fille. Des traits réguliers, de grands
yeux où le blanc et le noir étaient très tranchés, un buste fort, armé de deux melons pleins et arrogants, une
croupe au galbe parfait et de grandes jambes taillées dans le marbre.
Mohamed Nedali - le jardin des pleurs
Texte :
Je débutai chez le forgeron le lundi matin avec un salaire de trois cents francs par semaine. Je travaillais de
6 heures du matin à 6 heures du soir sauf une heure pour déjeuner.
La forge était divisée en deux. A une extrémité, il y avait les machine qui découpaient, moulaient et
assemblaient les boites métalliques : les ouvriers de ces machines avaient un salaire hebdomadaire régulier.
A l’autre extrémité, et dans un espace plus restreint, était installée une rangée de petit foyers avec chacun
son soufflet et sa provision de charbon. Un ouvrier ajustait et soudait, au dessus de ces foyers, les boites au
fur et à mesure qu’elles sortaient des machines. Les soudeurs travaillaient à la pièce, et, pour gagner deux
ou trois mille francs dans leur semaine, il leur fallait souder une montagne de boites. Chaque soudeur avait
un jeune garçon pour lui apporter les boites à leur sortie des machines, en enduire les arêtes avec du soufre
pulvérisé et facilité ainsi la soudure. Le jeune aide devait également en vérifier le nombre avant de les
transporter dans la cour, où des camions venaient les chercher.
Peter Abraham
Texte:
C’était un matin comme un autre. Le coq qui chante. Le chien qui se gratte derrière l’oreille.
L’arôme du café qui flotte dans la maison. Le perroquet qui imite la voix de Papa. Le bruit du balai qui
gratte le sol dans la cour d’à côté. La radio qui hurle dans le voisinage. Le margouillat aux couleurs vives
qui prend son bain de soleil. La colonne de fourmis qui emporte les grains de sucre qu’Ana a fait tomber de
la table. Un matin comme un autre.
Pourtant, c’était une journée historique. Partout dans le pays, les gens s’apprêtaient à voter pour la
première fois de leur vie. Dès les premières lueurs du jour, ils avaient commencé à se rendre au bureau de
vote le plus proche. Un cortège interminable de femmes aux pagnes colorés et d’hommes soigneusement
endimanchés marchait le long de la grand-route, où défilaient des minibus pleins à craquer d’électeurs
euphoriques. Sur le terrain de football, à côté de la maison, le monde affluait de toute part. On avait installé
des tables de vote et des isoloirs sur la pelouse. Je regardais à travers la clôture cette longue file d’électeurs
qui patientaient sous le soleil.
Gäel faye, petit pays
Texte: Zambo
Immense, les pieds plats, le torse trop long et au demeurant pas très droit, les hanches aussi étroites
qu’il est imaginable, le ventre légèrement bombé du paysan qui absorbe habituellement une nourriture dure,
c’est cette espèce de baobab humain qui lançait la boule lorsque le service passait à son camp. Je n’eus
aucune peine à savoir qu’il s’appelait Zambo, car à chacune de ses interventions, les clameurs des
spectateurs ne scandaient que ce nom comme s’il avait été celui d’un dieu favorable au cours du siège de
Troie. […]
Lorsque Zambo, fils de Mama, faisait le service, devant, de toutes ses forces, lancer la boule aussi fort
que possible pour ne pas favoriser ses partenaires qui se tenaient le plus près de lui, il le faisait avec un telle
violence qu’il n’était pas question, le plus souvent du moins, de pouvoir planter la sagaie dans le projectile.
En générale lorsqu’une sagaie s’abattait, la boule lancée par Zambo était passée depuis une ou
deux secondes.
Mongo Béti (Alexandre Biyidi) Mission terminée
Texte: La belle Fadimata
Fadimata avait la beauté et l’insouciance de ses seize ans. Le front haut, la bouche fine, les nez aquilin, son
visage juvénile était souriant et lorsqu’elle riait, elle montrait de jolies dents d’une blancheur éclatante. Son
cou gracile, sa chevelure noire, abondante. La tante et la mère de Fadimata ont veillé très tôt à lui donner
une bonne éducation. La jeune fille exécutait à merveille tous les travaux domestiques : épousseter
l’intérieur de la tente, laver les écuelles et autres récipients pouvant recevoir la nourriture. Il lui arrivait
souvent de remplacer sa mère souffrante à la préparation du dîner. Les repas étaient alors bien faits et la
famille entière lui exprime sa joie.
La nature avait doté Fadimata de qualités encore plus enviables : elle avait la candeur, de la
gentillesse, de la bonté. Ses jeunes frères et cousins étaient ravis de sa compagnie et ne la quittait pas d’un
pouce. Malgré leurs chahuts et leurs provocations, la jeune fille ne montrait aucun signe de colère ; elle se
contentait de sourire.
Avec Fadimata même les cabris, les agneaux et les veaux étaient à l’aise ; la bergère, en effet n’était
pas avare de caresses et de mots tendres chuchotés à l’oreille. Les mères laitières se laissaient traire
gentiment.
Certainement, cette jeune fille sera un jour une mère admirable et courageuse.
Fadimata serait une élève intelligente et studieuse si elle avait eu la chance d’être inscrite à l’école de
son village.