Analyse prosodique des rythmes du slam
Analyse prosodique des rythmes du slam
Anne-Catherine Simon
Dans Langage et société 2020/3 (N° 171) , pages 139 à 169
Éditions Éditions de la Maison des sciences de l'homme
ISSN 0181-4095
ISBN 9782735126644
DOI 10.3917/ls.171.0139
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Les rythmes dans le slam
Anne-Catherine Simon
Université catholique de Louvain, Institut Langage et
Communication, Centre VALIBEL/Discours et Variation
[Link]@[Link]
1. Introduction1
Cette contribution propose une analyse prosodique d’un corpus de
slams pour y rendre compte de la création de styles vocaux particu-
liers, ou phonostyles, dans la performance orale. Notre approche doit
beaucoup à la phonostylistique développée par Léon (2009) et, plus
largement, aux linguistes qui ont donné une place première à la signifi-
cation des faits phonétiques, comme Gumperz (1982), Fónagy (1983)
ou Auchlin (2013). La phonostylistique de Léon est apparentée à la
sociolinguistique ou à la sociophonétique lorsqu’elle vise à décrire « un
répertoire des styles sonores, ou phonostyles, tels qu’ils sont perçus en
tant que caractéristiques d’un individu (jeune, vieux, homme, femme),
d’un groupe social (prolétaire, bourgeois), ou d’une circonstance par-
ticulière (discours politique, sermon), etc. » (Léon 1993 : 3). Décrire
1. Mes remerciements vont aux évaluateurs ou évaluatrices de la revue. Par leurs com-
mentaires avisés et constructifs, ils ou elles m’ont permis d’améliorer sensiblement la
première version de cet article. Je remercie également Josiane Boutet et Luca Greco
pour leur suivi éditorial sans faille.
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à vérifier si le slam forme un phonostyle stable ou facilement iden-
tifiable, et distinct du rap par exemple. Le slam étant une forme de
poésie orale extrêmement libre et variée, nous ne pensons pas qu’il
existe un modèle ou un canon que des études perceptives pourraient
mettre en évidence. Si l’on revient à la phonostylistique, on constate
que Léon l’associe également à une poétique de l’oralité et cherche à
observer « avant tout comment le travail sur la substance et la forme
de l’expression manifeste des sens nouveaux par rapport au discours
ordinaire, considéré seulement comme un instrument de communi-
cation » (Léon 1993 : 44). L’analyse phonostylistique vise alors les
processus de déconstruction et de reconstruction du signe aux niveaux
phonématique et prosodique. Le rôle de la substance phonétique est
crucial pour comprendre comment une parole devient expressive,
c’est-à-dire une parole centrée sur le locuteur qui lui permet d’expri-
mer des attitudes ou des émotions ou d’emphatiser certaines parties
des énoncés. Mais la parole expressive n’est pas seulement centrée sur le
locuteur : elle produit aussi des effets sur les auditeurs. Ces effets sont
instanciés par la substance phonétique et font l’objet d’une interpréta-
tion expérientielle (Auchlin 2013 : 8) : c’est particulièrement sensible
dans la dimension rythmique et temporelle de la parole, qui impose
d’une manière directe une vitesse à l’expérience perceptive (on ne peut
pas écouter plus vite que la parole n’est produite).
Étudier les phonostyles du slam permet de catégoriser les formes
que peut prendre cet art de la parole libre (Vorger 2011 : 65) qui vise
avant tout à partager des émotions (Raket & Mezmizi 2017 : 6). La
définition formelle du slam ne présuppose aucune forme d’écriture ni
d’interprétation (Cabot 2017 : 3). L’ensemble des auteurs s’accordent
cependant pour dire que le rythme tient une place prédominante dans
le slam, rythme créé avec les mots, la voix et le souffle. Notre recherche
est empirique et inductive. Nous cherchons d’abord à établir une
classification des différents phonostyles, ou styles vocaux, dans un cor-
pus de slam à partir de leurs caractéristiques prosodiques principales et
de pallier ainsi l’absence d’analyses prosodiques instrumentées du slam.
Cette classification des phonostyles du slam ne peut cependant se fon-
der uniquement sur des caractéristiques prosodiques, aussi détaillées
soient-elles : elle doit tenir compte de leur interaction avec la dimension
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le matériel prosodique (débit, accentuation, scansion, silences) dans la
construction des rythmes.
Enfin, pour établir la signification de ces rythmes et leur contri-
bution à la parole expressive, nous proposons des analyses basées
sur l’importance des faits phonétiques concrets (Boutet 2014), la
prosodie des émotions (Léon 1993 ; Kraxenberger, Menninghaus,
Roth & Scharinger 2018) et l’interprétation iconique de la prosodie
(Fónagy 1999 ; Auchlin 2013 ; Prsir & Simon 2013). Par sa fonction
iconique, ou imitative, la prosodie peut représenter la forme spatiale
ou temporelle d’un signifié. Elle fait ainsi apparaitre un signifié dans
la parole d’une manière élémentaire, expérientielle, qui donne une
impression ou un accès direct à une signification (comme une voix
qui descend progressivement vers des tons de plus en plus graves peut
donner l’impression d’une chute).
Dans la suite de cette contribution, nous donnons quelques éléments
factuels sur le slam (2) avant de présenter la méthodologie d’analyse pro-
sodique du corpus (3). Les quatre phonostyles identifiés sont décrits
de manière détaillée dans la section (5) et on montre enfin comment
chaque slameur les combine de manière originale (6).
2. Voir des études antérieures où nous avons insistons sur l’importance d’analyser la pro-
sodie dans ses « mises en phase » et « déphasages » avec les autres niveaux de l’analyse
linguistique, afin d’en comprendre l’apport (Simon & Auchlin 2001 ; Simon 2004 ;
Degand & Simon 2009).
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tant de sujets politiques ou intimes, tournés de manière à leur donner
une dimension universelle. Ce qui le constitue en genre, ce ne sont
pas des contraintes formelles d’écriture ou de déclamation, ni des
contraintes thématiques, mais un dispositif situationnel particulier ins-
taurant une série de coupures avec la parole ordinaire ou convention-
nelle (Cabot 2017) : le slameur est sur scène et sa voix est amplifiée vers
le public par un micro ; il prend la parole pour un temps limité et la
possibilité de lui répondre se fait éventuellement par un slam ultérieur ;
il s’exprime souvent sous un pseudonyme. On comprend que le slam a
« pour enjeu symbolique l’émergence d’une parole partagée, démocra-
tique, démarquée du discours dominant, utilitaire, médiatique, politi-
cien, vénal, doxique » (Cabot 2017 : 4-5).
Le slam est un art accessible : la scène est ouverte à toutes et à tous.
Le rôle du maitre de cérémonie est d’inviter les spectateurs à s’inscrire
pour monter sur scène au cours de la soirée. Il n’est pas nécessaire d’être
passé par une formation particulière pour venir défendre son texte5 et
l’accessibilité est à la fois financière (droit d’entrée libre ; souvent, un
texte dit donne droit à une boisson), technique (pas de contrainte à
respecter dans l’écriture ni dans la déclamation) et sociale (les lieux où
s’organisent des scènes slam ne sont pas réservés à certaines catégories
sociales ou d’âge). Il y a parfois des tournois visant à élire un gagnant ou
une gagnante de la soirée à l’issue de plusieurs manches, mais dans un
climat bienveillant.
Enfin, le slam est une pratique poétique partagée. La première
chose qui est partagée, c’est le temps de parole. La durée des presta-
tions est limitée à trois minutes pour ne pas lasser le public et laisser
la possibilité à chacun de s’exprimer. Le strict respect de cette limite
est très variable, comme varie la façon d’indiquer la fin du temps de
3. Reynolds et Vorger (2014) proposent une analyse détaillée de l’étymologie et des sens
actuels du mot anglais et français.
4. Chaque extrait est identifié par le nom de scène de son auteur. Première phrase d’un
slam de Petit Poussin (Simon Raket). Voir en ligne : <[Link]
watch?v=ezKOOZjFkZg>, page consultée le 27/11/2018.
5. Cf. la notion d’art moyen (Pierre Bourdieu, Un art moyen. Essai sur les usages
sociaux de la photographie, Éditions de Minuit, Paris, [1965] 2003, cité par
Cabot 2017 : 4).
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des claquements de doigts. Enfin, une dimension importante du partage
est donnée par le rythme. En scandant son texte, le slameur produit une
pulsation rythmique qui est entendue par l’auditoire. Cette pulsation
induit une synchronisation sensorimotrice :
Le fait est banal. Qui ne s’est surpris à battre du pied en écoutant un mor-
ceau de musique au rythme très marqué ? Cette banalité nous empêche
peut-être de nous étonner d’une conduite assez singulière. Non seule-
ment celui qui « accompagne » un rythme exécute un mouvement dont la
période coïncide avec celle des sons, mais en outre ses frappes coïncident
dans le temps avec les stimulus marqués. En d’autres termes, le mouvement
est doublement synchrone. (Fraisse 1974 : 63)
6. Le slam est une pratique orale et il n’est généralement pas possible de se référer à
une version écrite, stable, du texte. La régularité métrique observée est basée sur un
décompte des syllabes prononcées, et non pas sur des règles de versification de la langue
littéraire (Jenny 2003)
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(1) [Skash]
Et quand l'espoir se casse [skas]
mes gars se taisent [stɛz]
mes gars stagnent [stagn]
mes gars se tassent [stas]
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avec l'angoisse [gwas]
en guise de métastases [staz]
7. Le quatrième vers délimité par la rime ne compte que deux syllabes, ce qui produit un
effet de syncope par rapport aux octosyllabes qui précèdent.
8. Conventions de notation : les scansions rythmiques sont transcrites avec un retour à la
ligne délimitant chaque groupe de syllabes scandé par un accent (symbole ˈ). Les barres
obliques représentent les battements. On indique parfois le nombre de syllabes par
groupe accentué (isométrie). La durée moyenne des intervalles temporels entre deux
syllabes accentuées successives (ou battements) est indiquée en secondes (isochronie).
Cette durée permet de calculer le tempo (nombre de battements par minute). Le cas
échéant, la durée des pauses silencieuses est indiquée entre parenthèses en secondes.
Ce système de notation est adapté de Auer, Couper-Kulhen et Müller (1999).
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de nous-ˈmêmes. / 3
(0,82 sec)
C'est la ˈpeau / 3
qui nous ˈchauffe / 3
et nous ˈaime. / 3 0,65 s 92 bpm
Dans le slam, les mots sont travaillés dans leur matérialité et leur musicalité
[…]. Ce flot de mots n’est endigué par aucun rythme préétabli, à la diffé-
rence du rap […]. La musique tend à sourdre des mots, de leurs sonorités
et de leur succession. (Vorger & Abry 2009 : 64)
4. Méthode
Nous présentons le corpus de 12 slams à la base de cette étude, ainsi
que les méthodes d’annotation et les outils d’extraction de mesures pro-
sodiques utilisés. Ces outils sont distribués librement et utilisables sur
n’importe quel corpus d’enregistrements.
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dio par un ingénieur du son dans le cadre d’un projet de diffusion et
pour lesquels nous avons reçu un accord d’analyse à des fins scienti-
fiques9. Habituellement, la durée d’un slam est limitée à trois minutes,
mais on voit que cette règle n’a pas été respectée strictement pour
ces enregistrements.
9. Ces enregistrements ont été réalisés par Ludo et rassemblés sous le titre : 23 textes,
23 voix, 23 poètes actifs à La Zone. Ils sont disponibles sur le site web de La Zone
(<[Link] page consultée le 14/04/2020). Nous remercions
Maxime Deflandre, responsable de cette scène, qui a sollicité l’accord des auteurs
pour l’exploitation scientifique de ces enregistrements. La Zone accueille des projets
culturels alternatifs axés sur « la résistance créative ouverte à toutes les formes d’ex-
pression et toujours réceptive aux cultures émergentes dans des rapports de tolérance,
de reconnaissance des désirs affinitaires et de garantie d’accès pour chacun ».
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Sur le fleuve Mineige 3 m 53 s 25 % 3,4 24 %
Ramour (femme)
Durée totale 36 m 42 s
du corpus
10. Pour 4 textes sur les 12, nous avons eu accès à une version écrite produite par les
auteurs, ce qui a permis de trancher entre des transcriptions multiples possibles : les
textes « Dandy » et « La vache » sont publiés dans l’ouvrage Slam. Poésies et voix de
Liège (Raket & Mezmizi 2017). Les textes « Métastases » et « Une rencontre » nous
ont été communiqués par leurs auteurs à l’occasion d’une rencontre avec les étudiantes
et étudiants en lettres à l’UCLouvain en mars 2019.
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visuellement la voix parlée comme sur une partition musicale. Les trois
couches d’annotation dans la partie inférieure du schéma (Figure 1) cor-
respondent aux syllabes, aux mots et aux énoncés. Pour chaque syllabe
articulée, un trait noir représente le noyau de la syllabe dont la hauteur
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mélodique (ou fréquence fondamentale) a été stylisée (Mertens 2004).
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en Hertz (141 Hz) et D71 Hz mesure la différence entre la hauteur mini-
male et maximale, correspondant au registre local11 ; le débit d’articulation
est calculé en syllabes par seconde (4,5 syll./s) ; enfin, la proportion 6/13
indique le nombre de syllabes détectées comme proéminentes sur le
nombre total de syllabes, donnant une indication de la densité accentuelle.
11. Les mesures mélodiques ont été extraites mais n’ont pas fait l’objet d’une analyse
systématique.
12. Ces mesures indiquent la saillance de la syllabe dans son contexte local. Elles sont cal-
culées à l’aide de l’outil de détection automatique des syllabes proéminentes ProsoProm
(Simon et al. 2008) intégré dans la ProsoBox. L’empan local utilisé pour mesurer la
hauteur et la durée relatives est de 4 syllabes : la syllabe cible, les deux qui précèdent et
celle qui suit. Cet empan est réduit à trois syllabes si une pause silencieuse supérieure
à 0,25 s précède ou suit la syllabe cible. Une syllabe dont la durée relative = 2 est donc
deux fois plus longue que la durée moyenne des 3 syllabes environnantes.
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tiques. L’isométrie, ou régularité métrique, provient de ce que les syllabes
accentuées sont séparées par un nombre régulier de syllabes inaccen-
tuées. On identifie un passage isochronique dès qu’on peut accompa-
gner la scansion en tapant en rythme dans les mains. L’isométrie requiert
un décompte des syllabes prononcées et ne correspond pas nécessaire-
ment aux règles classiques de la poésie métrée.
Les passages scandés sont identifiés auditivement et annotés selon
la méthode présentée dans Auer, Couper-Kuhlen et Müller (1999) et
adaptée au français par Simon et Grobet (2005). L’annotation vise à
objectiver et à valider la perception à l’aide de mesures. Elle consiste à
identifier les syllabes accentuées qui constituent les battements d’une
scansion, à mesurer les intervalles temporels entre ces battements et à
compter le nombre de syllabes non accentuées (faibles) entre deux syl-
labes accentuées (fortes) afin de vérifier si la scansion possède également
une régularité métrique. L’annotation se fait dans un fichier Textgrid du
logiciel Praat, comme illustré par la figure 3.
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tempo de cette scansion est de 80 battements par minute (bpm). Pour
représenter une scansion à l’écrit (exemple 5), on utilise les conven-
tions de notation présentées ci-dessus (note 8). La syllabe accentuée est
finale de groupe (quand elle est délimitée par un accent final démarcatif
primaire en français) ou initiale de groupe (ce qui produit un effet de
regroupement différent). Les travaux des psycholinguistes sur la synchro-
nisation motrice avec un rythme perçu auditivement nous informent de
plusieurs éléments importants (Fraisse 1974 ; Couper-Kuhlen 1993).
Un intervalle temporel est perçu comme identique au précédent malgré
des différences de durée qui peuvent aller jusqu’à 20 % (voire 30 % dans
certains cas). Ainsi, le raccourcissement de 4 % ou 8 % des intervalles
successifs dans l’exemple (5) ne dégrade la perception de la régularité
temporelle de la scansion.
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vocaux dans le slam. Les paramètres primaires sont ceux qui contri-
buent prioritairement à créer des rythmes car ils sont responsables de
la segmentation et de la scansion du texte. Les paramètres secondaires
viennent renforcer ces rythmes ou les colorer.
Paramètres primaires
rimes ou assonances (répétition de syl- scansions isochroniques
labes, de voyelles ou de consonnes en fin
de vers)
régularité métrique (nombre de syllabes) scansions isométriques
Paramètres secondaires
allitérations (répétition de consonnes à type d’accentuation (finale ou initiale)
l’initiale ou dans le mot)
homophonie ou paronomase (répétition densité accentuelle (proportion de syl-
de mots phoniquement identiques ou labes accentuées)
proches14)
répétitions lexicales ou syntaxiques débit d’articulation (en syllabes par
seconde)
etc. pauses silencieuses
13. Dans le cadre de cet article, nous nous limitons aux variables prosodiques temporelles.
Les variables mélodiques sont également très importantes : contours intonatifs, registre
mélodique restreint ou élargi, etc.
14. Ce paramètre est en interaction avec les rimes.
15. Par défaut le slam n’existe pas par écrit. La segmentation en vers se base sur les rimes
et ne correspond pas nécessairement à la manière dont les auteurs auraient opéré
le découpage graphique de leur texte (par retour à la ligne après chaque vers).
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Tableau 3 : Définition des quatre phonostyles de slam identifiés selon les
critères verbaux (+/- rimé) et prosodiques (+/- scandé)
- scandé + scandé
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dans le corpus (section 5. 4.).
5. 1. Le phonostyle parlé
Le style parlé représente 21 % du temps de parole dans le corpus. Par ses
paramètres prosodiques, le style parlé ressemble à une parole publique
prononcée à un débit normal (environ 4 syllabes par seconde) et avec
une densité accentuelle assez faible (moins de 20 % des syllabes sont
accentuées). Deux slams représentatifs de ce style démarrent l’un comme
une prise de parole politique (exemple 6) et l’autre comme un cours
de philosophie (exemple 7) :
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(7) [7e Œil]
Lorsque je dis « je pense donc je suis », cela revient à dire « je ne pense pas
donc je ne suis pas » dans le sens où émettre la négation d’une négation revient à
émettre une affirmation.
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Il existe une variante de ce style parlé qui présente des caractéristiques
prosodiques typiques d’une voix plus intime, proche de la confidence.
Deux slams sont représentatifs de cette tendance, ceux de Josh et de
Volauvent, où le registre mélodique est compressé, les accents initiaux
peu nombreux et le débit d’articulation lent (2,8 à 3,7 syllabes par
seconde). Dans ce style parlé intime, l’expressivité est marquée princi-
palement par des pauses silencieuses emphatiques placées à des endroits
non prévus par la syntaxe16 et donnant un relief particulier aux mots qui
suivent. De cette manière, le silence marque « des pauses, des blancs, des
syncopes, obligeant ainsi à des lignes de brisure entre les mots qui, en
les soudant différemment et de façon inusitée, rompent l’unité séman-
tique » (Tyszler 2009 : 17).
16. Habituellement, la durée d’une pause silencieuse est proportionnelle au degré de fron-
tière syntaxique : les pauses les plus longues sont situées en fin de phrase et renforcent
le découpage syntaxique (Candea 2000 ; Grosman, Simon & Degand 2018).
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5. 2. Le phonostyle poétique
Le style poétique représente 16 % du temps de parole dans le corpus. La
dimension poétique de ce style est produite par un système de rimes ou
de vers numériquement réguliers dans le texte. Les scansions prosodiques
sont absentes et le rythme est produit par les régularités du signifiant
phonique. Nous avons considéré comme rimée toute suite d’au moins
deux séquences (syntagmes ou phrases) terminées des phonèmes iden-
tiques, comme les rimes en [ʃɛk] ou [sɛk] dans (11) ou les différentes
assonances dans (12).
(11) [Josh]
On se demande pourquoi on court à l'échec.
En deux-mille-quatorze, t'es personne si t'as pas de chèque.
Pour oublier, il y en a qui boivent cul sec.
(12) [Π-Y]
Transgresser les normes, les on-dit.
Oublier sa donne, son nom maudit.
Effacer des tablettes, les règles et ses lingettes.
Absoudre la propreté dans un nitrate de soude aseptisé.
Dans le style poétique tel qu’il est défini ici, le signifiant verbal prime
sur le paraverbal dans la construction du rythme. Cette dimension
sonore du slam a été analysée par Vorger qui précise : « cette musique des
lettres est souvent première dans le slam, l’enjeu étant de faire sourdre
une mélodie à l’intérieur d’un texte » (2011 : 161).
Indépendamment de la présence de rimes, un texte peut être perçu
comme métré quand les énoncés successifs comptent un nombre régulier
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de rimes internes et en fin de vers.
(14) [NK]
Et j’me souviens d’ses premiers mots...
Elle m'a choisi, c'est stupéfiant
et moi j'la dévorais des yeux...
Enfin,
d'un œil rougi, sous stupéfiants.
(15) [Mineige]
Tu cherch(e)s son nom dans le vin sombr(e).
Tu compt(e)s le nombre de tes ombr(e)s.
Mon pauvre loup, tu es relou.
5. 3. Le phonostyle accentué
Le style accentué représente 19 % du temps de parole dans le corpus :
ce style caractérise des passages très accentués (densité accentuelle éle-
vée) mais dépourvus d’isochronie ou d’isométrie. Le plus souvent, on y
observe une proportion importante d’accents initiaux. Les accents ini-
tiaux ne font pas partie de la base du système accentuel du français et
sont moins fréquents que les accents finaux de groupes (Di Cristo 1999).
On les a dénommés accents d’intensification, accents expressifs, accents
d’insistance, ce qui met en avant leur caractère saillant. Ces accents sont
rendus plus frappants et leur saillance est augmentée par la répétition
de consonnes initiales de mots (allitérations). C’est le cas dans (16) : les
allitérations des consonnes [t] et [s], ainsi que la répétition des voyelles
[i] et [y], renforcent les syllabes accentuées et rendent ce passage plus
percutant. Dans le symbolisme sonore, qui associe certains timbres
vocaliques à des impressions auditives, les sons [i] et [t] sont considérés
comme durs ou anguleux (Léon 1993 : 50-52), ce qui renforce l’aspect
incisif de ce passage. En outre, ce slam se caractérise par un débit plutôt
rapide (4,1 syllabes par seconde), un taux de pause bas (13 %) et un
densité accentuelle élevée (31 %) produisant un rythme haché. Tous ces
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C’est pour tous mes ˈtêtus ˈtaciturnes qui diluent leur ˈlassitude au fond
d'un verre de ˈcigüe, jusqu'à ne plus savoir où ils se ˈsituent. Et ce qui
me ˈtue c'est que c'est peut-ˈêtre le ˈfait qu'on ˈtitube qui nous
ˈconstiˈtue, je sais plus j'ai qu'une ˈseule ˈcertiˈtude, une ˈseule chose
ˈdont je suis ˈsûr, c’est que c’est ˈpas parce qu’on se dit ˈtu qu’on se
dit ˈtout.
(17) [Mineige]
Tu prends ˈgoût au ˈlait ˈdes uˈsines, au ˈmiel de Méluˈsine, au ˈciel de
ton ˈlit, aux ˈcachets d'aspiˈrine.
5. 4. Le phonostyle élaboré
Le style élaboré représente 44 % du temps de parole dans le corpus.
Quantitativement, il est le style le plus fréquent dans ce corpus de slam.
Ce style est façonné par la combinaisons d’une dimension rimée ou
versifiée dans le texte avec des scansions rythmiques régulières dans la
performance orale. Ce style permet de nombreuses variantes selon le
débit d’articulation, le tempo des scansions et leur densité accentuelle.
Le tempo d’une scansion est fonction de la durée entre les accents suc-
cessifs et s’exprime en nombre de battements par minute (bpm). Les
tempos observés dans notre corpus varient entre 20 bpm et 360 bpm.
Un tempo est perçu comme lent lorsque les syllabes accentuées succes-
sives sont espacées de deux secondes ou plus. Ce tempo sera perçu diffé-
remment selon le nombre de syllabes faibles intercalées entre deux syllabes
accentuées. Dans (18), chaque mot monosyllabique est accentué et séparé
du suivant par une longue pause, de manière à créer un tempo parfaitement
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(18) [Gaëtan Sortet] Intervalle moy. Tempo
Je nous veux heureux et saints et saufs (1,56)
Je (1,33) /
nous (1,40) /
vie (1,57) /
eux (1,58) /
heure (1,59) /
eux (1,56) /
sains (1,27) /
saufs. / 1,9 s 30 bpm
Dans l’exemple (19), le tempo est aussi lent (25 bpm), mais l’effet
est très différent. D’une part, ce tempo lent entre en contraste avec le
passage qui précède, réalisé sur un tempo près de quatre fois plus rapide
(92 bpm). Ce brusque ralentissement incarne une dimension iconique,
puisque qu’on passe d’une course effrénée (tempo rapide) à la résolution
du morceau (tempo lent) qui donne la réponse à cette course : ne pas
mourir. Les syllabes accentuées de cette scansion lente sont séparées par
un grand nombre de syllabes non accentuées, ce qui produit un effet
apaisé, très différent des monosyllabes dans l’exemple précédent.
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C'était juste un autre ˈsoir /
et deux âmes perdues au fond d'un ˈbar /
Juste une autre nuit qui déˈcline /
les idées troublées par le ˈgin / 2,8 s 20 bpm
17. On pourrait s’étonner que ce débit corresponde à ce que Duez et Nishinuma (1987)
qualifient de débit « lent » en parole lue. Cependant, lorsque la parole est scandée,
c’est aussi l’écart temporel entre syllabes accentuées (le tempo) qui va donner une
impression de lenteur ou de vitesse, et pas uniquement la durée des syllabes.
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d’une frénésie d’activités qui vont peupler la nuit narrée dans le slam.
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ˈdos / 0,7 s
ˈdodus dodos / 1,1 s
ˈd'un zoo d'un / 0,7 s
ˈzozo du / 1,0 s
ˈSiam / 0,7 s 70 bpm
Phonostyles
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Slameurs parlé accentué poétique élaboré Total
16_Volauvent 48 % 20 % 5% 27 % 100 %
20_Josh 16 % 5% 62 % 18 % 100 %
21_PiY 23 % 25 % 19 % 33 % 100 %
15_Mineige 8% 43 % 13 % 35 % 100 %
03_NK 10 % 0% 38 % 52 % 100 %
04_Skash 4% 35 % 1% 60 % 100 %
08_Philippon 0% 11 % 2% 87 % 100 %
style poétique tandis que les styles sont plus panachés dans les deux
autres slams. Le troisième groupe rassemble les 6 slams restants : ils
se caractérisent par une utilisation majoritaire du style élaboré. Chez
Skash, le style accentué est aussi très présent (35 %) ; chez Petit Poussin
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et NK, le style élaboré se combine avec le style poétique. Chez Gaëtan
Sortet, Philippon et Ami Terrien, le style élaboré est quasiment uni-
formément utilisé.
Des combinaisons particulières de phonostyles forment le flow par-
ticulier de chaque slam. Cette description ne constitue pas un profil
définitif de chaque slameur, car ils peuvent tout à la fois se réinventer en
déclamant leur slam autrement la fois suivante ou utiliser d’autres tech-
niques dans d’autres slams. L’analyse a cependant montré l’étendue des
techniques possibles et l’importance de la combinaison de paramètres
verbaux et paraverbaux dans la création des rythmes.
7. Conclusion
Dans cette étude, nous avons analysé un corpus de 12 enregistrements
afin d’identifier et de définir quatre phonostyles du slam à partir de
paramètres verbaux et prosodiques. Au plan méthodologique, nous
avons objectivé le rythme à l’aide d’outils d’analyse prosodique dispo-
nibles librement pour la communauté scientifique. Au plan théorique,
nous avons défini le rythme comme une combinaison de paramètres
verbaux et paraverbaux et développé plusieurs pistes pour rendre compte
des effets interprétatifs propres à différents rythmes.
L’analyse a permis de d’identifier quatre phonostyles – parlé, poé-
tique, accentué et élaboré. Le style élaboré est le plus fréquent et peut-
être le plus typique du slam. Certains slameurs ont catégorisé les slams
sous les étiquettes suivantes : « rap », « théâtre » ou « poésie »18. Ces
catégories émiques semblent correspondre aux phonostyles mis au jour
par notre analyse : le style identifié comme rap correspondrait aux pho-
nostyles accentué et élaboré, où une scansion rythmique domine dans la
performance (Marc-Martínez 2010 : 191), que cette scansion soit irré-
gulière (style accentué) ou régulière (style élaboré) ; le style « théâtre »
correspondrait au style parlé, qui peut s’apparenter à une parole
publique ou plus intime selon les paramètres secondaires ; enfin, le style
« poésie » correspondrait au style « poétique », ancré principalement sur
18. Cette catégorisation a été évoquée par plusieurs slameurs rencontrés par Aline Colau
(UCLouvain) dans le cadre d’entretiens menés pour sa recherche doctorale. Nous la
remercions pour cette information qu’elle nous a communiquée.
166 / ANNE-C ATHERINE SIMON
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complexe en recourant à deux sources indissociables : des éléments ver-
baux (jeux sur le signifiant sonore) et paraverbaux (modification du
débit, de l’accentuation, du tempo). La structure métrique et sonore
d’un texte de slam sert de préparation à la performance orale et emprunte
« un ensemble de procédés que la poésie écrite a hérité de ses lointaines
origines orales, qu’elle a codifiés et a persisté à cultiver longtemps après
s’être préférentiellement diffusée par l’écrit, jusqu’au xixe siècle, et dont
elle n’a eu de cesse de s’affranchir depuis plus d’un siècle : les allitéra-
tions, les assonances, les homophonies, les paronymies, les vers fixes, la
rime » (Cabot 2017). D’autre part, la maitrise de la prosodie permet au
slameur de varier le débit d’articulation, de créer des scansions et d’uti-
liser les silences d’une manière emphatique. Ces procédés permettent
de créer une parole expressive, vivante, partagée. L’ancrage dans la subs-
tance phonétique est fondamental : la matérialité verbale et prosodique
créent un sens propre, supplémentaire au sens du texte. Ce sens relève
de l’emphase et de l’expressivité, de l’iconicité prosodique ou de l’expres-
sion des attitudes et des émotions. En cela, nous avons montré comment
l’analyse acoustique peut être au service de la phonostylistique définie
par Léon comme un « travail sur la substance et la forme de l’expres-
sion [manifestant] des sens nouveaux par rapport au discours ordinaire »
(1993 : 44).
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