Réflexions sur l’Ultime perfection…..
Lors de l’initiation au 14° degré, le Trois Fois Puissant Grand Maître demande aux
Chevaliers de Royale Arche : « que venez-vous chercher ici » ? Réponse : « l’Ultime
Perfection » ! Certes, si nos Ateliers du 4° au 14° degrés sont bien nommés Loges de perfection,
la terminaison Ultime pourrait sembler présomptueuse si nous n’analysions pas le sens de la
démarche initiatique depuis le 1er degré.
L‘une des spécificités du Rite Écossais Ancien et Accepté est la notion de Spiritualité,
c'estàdire la primauté de l'esprit sur la matière, primauté n’impliquant pas abandon, mais détachement
de tout ce qui est « inutile » pour son élévation… Mes frères, nous ne sommes plus dans le monde
profane…c’est-à-dire que nous entrons dans un espace sacré. Etre dans le monde sacré, cela revient à
s’affranchir de la temporalité puisque, selon Hegel, seuls les êtres finis sont soumis au temps, tandis
que le Vrai, l'Idée, l'Esprit sont éternels…
Déjà, dès le soir de son initiation, le Postulant est invité à se dépouiller de ses métaux, ce qui
est non seulement une incitation à se détacher de la matérialité, mais aussi à descendre au plus
profond de soi, dans son Subconscient, afin de l’épurer. En faisant mourir le vieil homme, il se
dépouille de sa personnalité passée, qui n’est qu’illusoire et impropre à permettre d’accéder à des
modes supérieurs de pensée.
Au 1er Degré, lorsque le V\M\en Loge ouvre rituellement les travaux par la phrase: « Nous
avons laissé nos métaux à la porte du Temple », il s’agit d’une véritable injonction à se détacher de la
matière…
Le second degré est celui de la réflexion: il s'adresse à l'intelligence, sous ses deux composantes:
l'imagination prospective et la raison. Ainsi, le compagnon découvre-t-il que la véritable connaissance
se situe au-dessus de ses facultés mentales conscientes.
Le 3ème degré inaugure le passage de l’équerre au compas, de la Matière à l’Esprit, il permet
l’élévation à de plus hautes connaissance ; Hiram, «qui éclaire nos travaux de ses lumières»
représente ainsi l'Esprit Surconscient.
Si, du premier au troisième degré, l’initié découvre l'ego et des fonctionnements mécaniques de
l'homme animal, le travail dans une Loge de Perfection vise à faire pénétrer le maçon au coeur d'une
connaissance transcendant à la fois la perception des sens et le raisonnement conceptuel. C’est ce qui
nous aide en permanence à intégrer nos fantasmes pour maîtriser nos Parques intérieures.
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Cette voie est difficile, secrète et exige de l'ego un prix exorbitant, mais elle affranchit des
douloureuses relations avec le monde éphémère et corruptible de la matière.
Le Maître Secret commence à pénétrer dans les hautes régions de la Connaissance spirituelle ;
son privilège, en ouvrant l'accès aux secrets de la structure intime de l'univers dont nous faisons
partie, est de développer petit à petit la fabuleuse voie de l'intuition.
Le Maître Parfait, sensible aux deux niveaux d'expression de la vie, sait qu'à tout moment son
oeuvre peut être interrompue, aussi s’efforce-t-il toujours de devenir parfait. Le Secrétaire Intime a
su regagner la confiance de son Être Secret, redonner courage à votre énergie d'action. C’est un
homme honnête qui avance avec humilité sur le chemin de la perfection, et qui voit encore l'homme
ordinaire glisser sur la pente du désir de vengeance. Dans le silence sacré, le Prévôt et Juge, ayant
perçu la raison étrange de sa mission, de l'acte juste, qui va l’intégrer à l'univers, il s’établira dans la
transcendance et, il est prêt à poursuivre son chemin et à ajouter un nouveau travail au travail sans
cesse recommencé.
L'apprentissage d'une perspective nouvelle et inconnue a consisté, pour l’ Intendant des
Bâtiments, à s’efforcer de mieux connaître l'excellence du métier possédé par Adoniram et son
équipe. Sur son tablier se retrouve d’ailleurs les mandalas des degrés précédents : l'étoile à cinq
branches du Maître Secret et les trois triangles du Secrétaire Intime. La vérité, avec le développement
du sens de la Justice, n'est pas une vérité au nom de laquelle on dénigre, on massacre ou on
emprisonne d'autres vérités relatives.
Pour le Maître Élu des Neufs, le pardon que réclament les compagnons de Johaben, c’est la
compréhension de sa faiblesse par rapport à la dimension verticale qu'il recherche. Le Grade fera
prendre conscience au maçon des réalités de la vie et démontre que l’idéal de Justice et d’Equité,
triomphe de l’ignorance et du fanatisme, grâce aux progrès de la connaissance et de la morale. Au
niveau d'élévation atteint par Johaben, même avec un mental parfois silencieux, il ne possède pas
encore la clé de la perfection. Aussi, dans l'état actuel, les chutes méritent-elles d'être pardonnées.
Par la capture et la punition des deux derniers responsables de la mort d’Hiram, s’achève
l’Illustre Élu des Quinze. Par la purification du récipiendaire, il clôt les grades dits « de vengeance »,
pour accéder à plus de spiritualité, de conscience et d’amour…
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En recevant son épée, le Sublime Chevalier Élu est devenu alors capable, parce que sans désir,
de voir et de juger ce qui est vrai, et d’agir pour accomplir et réaliser la Justice. Mais connaître le vrai
sans pouvoir le faire régner ne sert à rien. II faut, quoi qu'il puisse arriver ultérieurement, exécuter, ici
et maintenant, ce qui doit être fait pour l'Ordre, la Connaissance et l'Amour.
Le Grand Maître Architecte, véritable pédagogue de la Loge de Perfection, munis du compas de
proportion, mesure le haut, le reporte sur le bas et le restitue avec justesse dans le haut.
Intercesseur entre la Connaissance qui libère et le cherchant qui la désire, le Grand Maître Architecte,
médiateur grâce à la parole, réalise que la Connaissance fait aussi partie du Sacré.
L'arche, "arkê", fournit aussi le mot "archétype", dont le rôle dans le fonctionnement de
l'inconscient collectif est dynamique et structurant. Le symbole de l'Arche -Voûte est intuitivement
évident à chacun. Le Chevalier de l’Arche Royale vient de découvrir dans la neuvième voûte une
pierre d'agate avec le Tétragramme Sacré הוהי, qui concerne beaucoup plus Dieu en tant qu'il
s'incarne dans l'homme, qu'il entre dans l'expérience créée . Les 4 lettres du tétragramme sont
fondatrices de nousmêmes. Elles vont informer la totalité de l'être de chacun de nous jusqu'à la
forme de notre corps. Tout Chevalier possède une épée ; dans le Zohar, le Tétragramme est une
épée : le yod est le pommeau, le vav, la lame, les deux hé, les deux tranchants. La lettre hé est la lettre
qui signifie « le souffle », et ces deux hé, ce sont les deux poumons qui se prolongent par les deux
mains.
Nous sommes vraiment ce « YodHé-VavHé », cet arbre qui est aussi l'Arbre de la Connaissance
qui est en nous; et nous fonde lui aussi. Mais ce n'est pas l'Arbre de la Connaissance du Bien et du
Mal, mais l'arbre de la connaissance de ce qui est accompli et de ce qui n'est pas encore accompli.
C'est dans cette crypte ultime, sous la Voûte Secrète, que les cherchants sont parvenus au Centre
de l'Idée et sereinement affirmé: " Je suis qui je suis. Je suis ce que je suis. Je suis. " C’est ce qu'a
entendu Moïse : Aeyeh Asher Aeyeh, et que nous pouvons traduire au mieux par « Je serai qui je
serai », bien que la voix soit celle de « Je suis ».
A cet instant, le Chevalier, juste entre les mondes, a été illuminé de lumière divine. Debout sous
la voûte, sous la pierre centrale qui en est la clef, il relie dans la verticale plusieurs voûtes
superposées : les voûtes de son corps, le microcosme: la voûte plantaire pour soutenir, la voûte
palatale pour parler et la voûte crânienne pour protéger.
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Elles se succèdent et sont emboîtées dans la voûte de pierre, elle-même coiffée par la voûte
étoilée. Se tenir dans l'axe de ces voûtes, c'est sortir du Moi, c'est dépasser la condition humaine,
c'est enfin "relier le fini à l'infini".
Grand Élu Parfait et Sublime Maçon est devenu « Grand », car parvenu à un haut niveau de
noblesse maçonnique grâce à son élévation spirituelle, » Élu », ayant tiré les leçons de son élévation,
il applique la Loi qui régit les droits et les devoirs des hommes, « Parfait », aussi, car il a parcouru le
cycle de Perfection du Rite et procédé à votre perfectionnement constant. Mais le Grand Elu est aussi
qualifié de « Sublime », terme qui interpelle et incite à se pencher sur la signification de ce vocable,
ce qui devrait nous éclairer sur le sens de « sublimes connaissances »…
Le vocable « sublime a deux origines étymologiques se complétant :
Par le préfixe spatial latin sub-, il impliquant une idée d'élévation, d'esprit de sommet,
d'achèvement, que l'on retrouve dans l'adjectif latin sublimis (suspendu en l'air, placé en haut»)
Il provient également du même préfixe sub- (dans le sens de «sous», mais aussi
«devant») accompagnant le nom limen, le seuil, rappelant que l’initié est prêt à franchir un nouveau
pas qui le mènera à un nouveau commencement.
Ainsi, l’initié, par son désir de transcendance, se prépare à de plus sublimes connaissances, en
s’élevant…Autrement dit, cette connaissance implique l'évolution du connaissant, son accession à des
niveaux de conscience de plus en plus élevés.
Pour y parvenir, il existe des clefs, des portes, véritables symboles de passage, qui évoquent la
fonction transcendante du psychisme et fait passer d'un niveau de profondeur symbolique à un autre.
Toute forme de « Cosmos » l'Univers, le Temple, la maison, le corps humain est pourvue d'une «
ouverture » supérieure, qui rend possible le passage d'une situation existentielle à une autre. Cette
ouverture, telle de la trappe fermant la Crypte (vide supra), indique la voie d’une remontée
progressive et à tâtons, dans la découpe du puits, un cercle étoilé. C'est une invitation à franchir le
seuil, (limen), la trappe, concrétisant aussi bien la délimitation entre le « dehors » et le « dedans », que
la possibilité de passage du profane au sacré un plan supérieur.
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Pour l’initié, la longue marche de l'abandon des métaux est difficile ; elle exige la prononciation
exacte des noms qui seule donne la liberté de passer : les neuf Noms de Dieu, qui sont à la fois des
mots couverts par la voûte étoilée et des mots de passe, permettant de nommer, donc de dénaturer la
majesté immobile du Soi. Au bout du voyage humain, il n'y a plus de noms de substitution...
Et si les trois Chevaliers épellent le nom, ils se conforment au commandement rituel : " Je ne sais ni
lire, ni écrire, je ne sais qu'épeler » ! Sur le plan symbolique, l'écart est important entre épeler un nom
et connaître sa prononciation. Épeler, c'est balbutier, c'est rendre épars, c'est séparer. Prononcer, c’est
« Réunir ce qui est épars » pour favoriser l' "individuation"...
Arrivé dans la crypte rouge, devant l'Arche d'Alliance que le G\E\P\S\M. est incité à
comprendre le message de la Loge de Perfection : l'Idée, le Principe, la Lumière, quelque soit le
nom de l'Absolu, est en nous, bien en nous… Et il ne croit pas qu'avec la prononciation du Nom
Ineffable et à l’instar de l’ordre du Christ intimé aux Apôtres, le départ de tous les ouvriers du Temple
vers toutes les parties du monde, les temps sont accomplis.
En particulier, il faut constater qu’au cours de son parcours au travers d’une véritable spirale
initiatique jusqu’au 14ème Degré, l’initié n’a pratiquement pas entendu parler de la notion d’Amour.
Dans les degrés supérieurs encore inconnus, on peut supposer qu'il s'agit de réintégrer les forces
divines qui animent l'Etre dans l'homme animal au quotidien, pour en faire l'expression de l'Amour
Universel.
La question qui se pose alors est la suivante : si l’Initié s‘est préparé à de plus sublimes
connaissances, il est en droit de s’interroger sur leur nature... La connaissance donnée par de
nouveaux états de conscience est toujours expérimentale, mais cette expérience n'est contrôlable que
par les connaissants d'égale évolution de conscience.
Ainsi, la connaissance est un mariage, une union du connu et du connaissant. Il est donc temps
d'oeuvrer avec une nouvelle conscience et d'apprendre à ouvrir de nouvelles portes. Et peut-être la
connaissance est-elle l’ultime perfection…Celle qui débouche sur l’Amour.