Menaces sur les aires marines en Afrique
Thèmes abordés
Menaces sur les aires marines en Afrique
Thèmes abordés
4 Ce réseau est un organisme qui rassemble les AMP de la région en un ensemble représentatif
et cohérent. Il vise à appuyer les équipes de gestion par un soutien logistique, scientifique et
financier (sans toutefois se substituer aux administrations). Sa zone d’influence s’étend sur
sept pays côtiers d’Afrique de l’Ouest : Mauritanie, Sénégal, Cap Vert, Gambie, Guinée-
Bissau, Guinée et Sierra Leone.
5 Seule une enquête de ce type a été menée par la coopération américaine à Bamboung, Cayar
et Joal au Sénégal (Sène, 2013). Il existe aussi, de façon sporadique, des enquêtes de
perception et des analyses pluridisciplinaires à l’échelle d’un site (par exemple Bamboung,
Alban et al., 2011). Par ailleurs, les AMP du réseau font régulièrement l’objet, dans le cadre
d’un diagnostic interne, d’évaluations participatives portant sur l’efficacité de gestion.
Celles-ci suivent toutefois un protocole fixe (le RAPPAM, voir infra), se basant sur une
« carte à points » : un grand nombre de questions sont posées concernant l’ensemble de la
gestion du site, dont la réponse consiste en une note qualitative comprise entre 0 et 4. Ces
réponses doivent reposer sur des données quantitatives ou, le cas échéant, sur les
impressions des gestionnaires. L’agrégation de ces résultats détermine l’état de gestion du
site.
6 Des copies du questionnaire peuvent être obtenues en s’adressant aux auteurs de cet article.
Figure 1 : Liste et contours des AMP interrogées lors de l’état de référence des
AMP en Afrique de l'Ouest
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2. RÉSULTATS
9 À savoir les six étapes suivantes : Contexte, Planification, Intrants, Processus, Résultats,
Effets/Impacts (Leverington et al., 2010). Les pressions et les menaces font l’objet d’une
analyse en préambule de l’évaluation de ce cycle de gestion.
10 Les méthodes RAPPAM, IMET et Rose des vents sont des outils d’évaluation de l’efficacité
de gestion des aires protégées. Ces évaluations sont consensuelles et participatives. Elles
sont conduites par des consultants extérieurs en collaboration avec l’équipe de gestion d’une
aire protégée. Elles se présentent sous forme de questionnaires couvrant l’intégralité du
cycle de gestion d’un site protégé. La méthode de la Rose des vents n’aborde pas les
pressions exercées sur les sites. Le RAPPAM, en raison de sa structure rigide et peu
exhaustive, n’est pas assimilable à une enquête de perception. Seul l’IMET – qui est une
amélioration du RAPPAM – s’en approche ; toutefois, ce dernier outil n’a été utilisé que sur
trois sites (PNUD/Go-Wamer, 2017).
Surexploitation
Infrastructures
Démographie
Perte habitats
Agriculture
Transports
Pêche non
ressources
Tourisme
contrôlée
Pollution
terrestres
Industrie
Chasse
Diawling
Banc d’Arguin
Bamboung
Saint-Louis
Sangomar
Cayar
Kawawana
Joal-Fadiouth
Langue de Barbarie
Palmarin
Popenguine
Îles de la Madeleine
Abéné
Gandoul
Somone
Santa Luzia
Boa Vista
Bao Bolong
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Selon les gestionnaires, les sites qui subissent la pollution de façon la plus sévère
sont les AMP dont l’emplacement est proche des grandes villes : le Parc
national des îles de la Madeleine situé le long des côtes de Dakar (Sénégal), les
sites de Tanbi et Tanji à proximité de Banjul (Gambie) et la réserve de Bao
Bolon (Gambie), bordée par une route nationale à proximité de l’agglomération
de Farafenni. L’APAC de Kawawana/Mangagoulack, est, pour le moment, le
seul site dont le gestionnaire ne déplore aucune menace : son emplacement en
Casamance, le long de bolongs retirés et éloignés de sites industriels et urbains
expliquerait cela.
Bien que l’ensemble des menaces soient distribuées de façon homogène au sein
du réseau d’AMP, au Sénégal, les AMP semblent, selon les gestionnaires,
significativement moins sujettes aux menaces d’origine anthropique (figure 3).
En attribuant un score à chaque type de menace pour chaque site, il apparaît
que les AMP au Sénégal obtiennent un score moyen nettement inférieur à la
moyenne de celles des autres pays du littoral ouest-africain, traduisant une
vulnérabilité plus faible aux menaces d’origine anthropique.
La pression plus basse constatée dans les sites sénégalais vient essentiellement
du fait que la menace « surexploitation des ressources terrestres » est beaucoup
moins présente. Néanmoins, il existe au Sénégal plusieurs AMP qui sont
exclusivement marines, ce qui fait baisser le score national moyen pour cette
menace. En outre, l’implication des communautés locales au sein de la gestion
des AMP communautaires au Sénégal peut expliquer la meilleure préservation
des mangroves dans ce pays (Failler et Ba, 2017).
AMP étant toutes situées le long des côtes (aucune AMP hauturière), en milieu
insulaire et dans les estuaires, l’érosion du littoral ou des berges constitue une
menace systématique. Son effet est accéléré par la multiplicité des causes
aggravantes, opérant en cascade : les changements climatiques induisent une
baisse des précipitations (Descroix et al., 2015), responsable, à son tour, du
déficit sédimentaire qui fragilise le trait de côte (Faye, 2010) et favorise les
intrusions d’eau marine à l’intérieur des terres. Les menaces d’origine humaine
amplifient, par ailleurs, les effets de celles qui sont d’origine naturelle. Les
barrages sur les fleuves, les digues, les remblaiements et autres artefacts, ainsi
que la coupe du bois, exacerbent, par exemple, la détérioration du cordon
littoral.
Les changements climatiques, bien qu’étant moins cités que l’érosion, sont
considérés avec la plus grande attention par les gestionnaires car ils induisent,
selon eux, des effets diffus, alors que leurs origines sont souvent difficiles à
identifier (tableau 2). Les liens entre les phénomènes naturels eux-mêmes sont
globalement soulignés par les gestionnaires des AMP, pour qui l’érosion, la
salinisation et les intrusions marines sont intimement liées, de même pour la
modification des habitats – essentiellement un phénomène de désertification –
et les changements climatiques.
Changements
Ensablement
Modification
Salinisation
climatiques
Intrusions
invasives
Espèces
Erosion
Feux de
marines
habitats
brousse
Diawling
Banc d’Arguin
Bamboung
Saint-Louis
Sangomar
Cayar
Kawawana
Joal-Fadiouth
Langue de Barbarie
Palmarin
Popenguine
Îles de la Madeleine
Abéné
Gandoul
Somone
Santa Luzia
Boa Vista
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Globalement, les sites les moins touchés par les menaces naturelles sont les
AMP insulaires (Urok, Loos, Santa Luzia) et celles abritées dans le fond des
estuaires et constituées de mangroves (Bamboung, Kawawana). Le fort apport
sédimentaire de certains fleuves comme le Rio Geba en Guinée-Bissau, par
exemple, garantit une certaine stabilité du trait de côte.
Globalement, les connexions entre les mesures de gestion (en gris foncé) et les
phénomènes à contrecarrer (en gris clair) sont donc incomplètes et
déséquilibrées.
3. DISCUSSION
Pour comprendre les enjeux afférents aux AMP en Afrique de l’Ouest, les
enquêtes de perceptions sont des outils précieux, complémentaires des analyses
et de suivis quantitatifs classiques (Álvarez-Berastegui et al., 2014 ; Fatori and
Morén-Alegret, 2013). Les connaissances in situ des parties prenantes sont en
effet essentielles à l’amélioration du savoir (UICN/PAPACO, 2012) ainsi qu’à
la valorisation du travail des gestionnaires et à leur intégration effective dans le
processus plus large de gouvernance des AMP ouest-africaines (Rodriguez-
Rodriguez and Martinez-Vega, 2016).
Les résultats énoncés précédemment sont toutefois partiaux en raison de
l’aspect subjectif de la perception des parties prenantes interrogées (Carbutt and
Goodman, 2013). La hiérarchisation des menaces peut être influencée, par
exemple, par la façon dont sont posées les questions ou par différents facteurs
tels que l’inadéquation des échelles de temps (Kiringe et al., 2007), la position
géographique ou les opinions des gestionnaires et des chargés d’enquêtes (Lu et
al., 2012). L’homogénéité des réponses obtenues dans le présent travail pour
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CONCLUSION
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Tools like IMET and RAPPAM help assess management effectiveness, providing a framework for understanding and improving management strategies. IMET, a more flexible and perception-aligned tool compared to RAPPAM, aids in analyzing the entire management cycle, thereby facilitating informed decision-making and prioritization of threats. However, their impact is limited by the number of sites they have been applied to .
Current management interventions are largely ineffective in addressing climate change as they focus on more easily tackled issues, neglecting significant threats. The lack of specific studies and continuous monitoring exacerbates this disparity. Consequently, impacts such as erosion, desertification, and invasive species remain inadequately managed, highlighting a critical gap in climate change mitigation strategies .
Stakeholder perceptions heavily influence the hierarchy of threats due to subjective biases, leading to varied prioritization based on geographical and personal factors. This subjectivity can result in the underestimation of less visible threats like pollution while overemphasizing more immediately apparent issues, potentially skewing management priorities and strategies .
The primary anthropogenic threats to marine protected areas in West Africa include uncontrolled fishing, overexploitation of terrestrial resources, pollution, agriculture, and industrial activities. Uncontrolled fishing, which affects 86% of MPAs, often involves illegal practices not on the authorized list and is driven by the need for animal protein by the coastal population. This exploitation leads to resource depletion, negatively impacting the ecosystem's sustainability. Other threats include deforestation of mangroves for domestic use, exacerbating habitat loss and biodiversity decline .
The historical deficit in precipitation, especially during the 1970s-1980s, induced desertification and altered ecosystem structures by reducing vegetated areas like forests and mangroves. This led to increased salinization, loss of habitat, and biodiversity within MPAs, challenging their ecological integrity and resilience .
The focus on combating uncontrolled fishing is due to its prevalence and impact on meeting nutritional needs, as 70% of West Africa's population lives near the coast and relies heavily on marine resources. This prioritization, however, diverts attention from other significant threats such as climate change, erosion, and pollution, which are not adequately managed. Consequently, these threats continue to pose severe risks to the MPAs, as they do not receive sufficient resources and attention for effective mitigation .
Pollution significantly degrades MPAs through domestic and industrial waste, including macro- and micro-plastics, yet remains under-addressed due to limited resources and focus on more immediate threats like uncontrolled fishing. The diffuse nature of pollution and inadequate measures complicate its management despite its high occurrence and impact .
The lack of continuous monitoring for threats such as habitat loss and pollution results in poor understanding of their extent and severity, leading to insufficient management responses. This gap inhibits the ability of MPAs to proactively adapt and implement effective conservation strategies, thereby allowing these threats to persist and exacerbate ecosystem degradation .
Integrating local ecological knowledge into management strategies is challenged by subjective biases and the non-quantitative nature of this knowledge. Perceptions of threats vary based on geographical position and personal opinions of stakeholders. This inconsistency complicates decision-making and prioritization of threats, affecting the effectiveness of MPA governance .
Salinization, exacerbated by reduced freshwater inflows due to dams and reduced rainfall, alters ecosystems by increasing soil and water salinity. This change negatively affects mangrove ecosystems, leading to habitat degradation and loss of biodiversity. Attempts to address this include mangrove reforestation, which has been insufficient in counteracting the extensive salinization advancements .