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Cours de Méthodologie PDF

Méthodologie sur la dissertation

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Méthodologie sur la dissertation

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Cours de méthodologie à l’Université panafricaine

Campus de Yaoundé/Cameroun
Professeur : Fweley Diangitukwa

IèrePartie
« Un individu qui vient au monde arrive dans un monde où existe déjà beaucoup de
savoir. Celui qui vise à devenir physicien sera confronté avec un corps de savoir qui
constitue l’état actuel de développement de la physique, et lui faudra se familiariser
avec une grande partie de ce savoir s’il souhaite faire une contribution au domaine »
(Alan F. Charles, Qu’est-ce que la science ?, La Découverte, 1987, p. 188).
Il existe différentes manières d’analyser le fait social, car il y a différentes politiques
selon les écoles et les courants de pensées. Les libéraux ne regardent pas les faits
sociaux de la même façon que les socialistes ; les Africains, les Asiatiques, les Sud-
Américains ne regardent pas le monde de la même façon que les Occidentaux. Les
faits sociaux sont donc interprétés selon la culture et l’école d’appartenance car les
uns et les autres ne voient pas le même monde. Le cours de méthodologie en
sciences sociales est une identification du fait social.

Mettre en cause le sens commun

Il existe une variété de visions pour des objets assez courants ou une variété de
points de vue. Ces variétés sont difficiles à décrire en sciences sociales sans
connaissance préalable. Ce que nous voyons correspond-il toujours à la réalité ?
Mais qu’est-ce que la réalité ? Est-elle immuable ou changeante ?

D’où vient la science

Le débat sur l’origine de la science reste ouvert. Vient-elle de l’observation ou


l’observation précède-t-elle la science ? Disons que la science ne commence pas par
l’observation car nous n’avons pas la science infuse1. Nous observons la nature ou
notre environnement à partir de ce que nous savons, de ce que nous avons appris.
C’est uniquement lorsque tout ce que nous avons appris et savons ne nous sert à
rien que l’observation se met au service de la science (courant en sciences exactes).
La science est un témoignage de notre difficulté de percevoir réellement ce que
nous voyons. À partir de l’ensemble, comment peut-on comprendre l’essentiel ? Il
faut faire une sélection. L’Union Africaine est un ensemble, pour comprendre son
fonctionnement, il faut sélectionner en s’intéressant à la politique sectorielle, c’est-
1
Savoir de façon innée, sans avoir appris, prétendre tout savoir.
à-dire à un domaine précis (étude de cas). Mais l’observation ne fournit pas une
base solide. Il est possible de se tromper. C’est pour cette raison que les énoncés
d’observation seront toujours formulés dans le langage d’une théorie. Il ne faut pas
oublier qu’il n’est pas possible de voir ou d’observer sans l’anti-théorie.
Il existe deux traditions rivales de la théorie de la connaissance, le rationalisme
classique et l’empirisme. Ces deux traditions s’affrontent. « Les êtres humains, en
tant qu’individus, disposent de deux façons d’acquérir une connaissance sur le
monde : la pensée et l’observation. Si nous privilégions le premier mode sur le
second, nous obtenons une théorie rationaliste de la connaissance (souvent associée à
la déduction), et dans le cas contraire, l’empirisme(souvent associé à l’induction), »
(Ibid., pp. 186-187).

Mais qu’est-ce que la théorie ?

La théorie est la sélection ou le choix des éléments de la réalité qui nous entoure.
En d’autres termes, elle est un ensemble d’idées, de concepts abstraits, plus ou
moins organisés, appliqué à un domaine particulier. C’est une construction
intellectuelle méthodique et organisée, de caractère hypothétique (au moins en
certains de ses parties) et synthétique.
Elle est une interprétation de la réalité ou du monde. Dans ce sens, elle est une
caricature qui représente une partie de la réalité des éléments les plus saillants. Pour
être solide, elle doit être fiable et surtout critiquable ou falsifiable.

Le vocabulaire en méthodologie des sciences

L’épistémologie est la théorie de la connaissance et de sa validité ou l’étude critique


des sciences, destinée à déterminer leur origine, leur valeur et leur portée. C’est la
philosophie des sciences. La construction de la théorie est nécessaire car la réalité
ne s’offre pas à nous avec une seule griffe. Elle est souvent sujette à interprétation.
Pour cette raison, on a besoin de la science, de la méthodologie. En effet, si la
réalité s’offre à nous sans ambiguïté, on pouvait clairement saisir le monde et on
n’aurait pas besoin de la science car chacun aurait la science infuse (ou une
connaissance répanduedu monde). Or, dans la réalité, une vision s’oppose
radicalement à une autre vision. Par exemple, dans une maison, l’escalier peut être
placé selon différentes façons selon le goût du maître d’œuvre ou selon le choix de
l’architecte, il peut être en bas ou en haut, à l’intérieur ou à l’extérieur.
Le concept est une représentation mentale générale et abstraite d’un objet. C’est une
idée générale ou une représentation. Si je parle de voiture, tout le monde pense à la
voiture, personne ne se représente l’avion à la place de la voiture ; de la même
façon, si je vous demande de m’apporter un couteau, vous n’apporterez pas une
assiette car vous et moi avons le même concept (mental) de l’objet dont nous
parlons. Le concept est défini en termes d’autres concepts, dont les significations
sont données. Pour le dire en d’autres termes, un concept est un mot ou une
expression. C’est un instrument fondamental en recherche scientifique. Il permet
de traduire notre représentation mentale de la réalité et de construire notre
explication de cette réalité. « L’instrument fondamental en recherche scientifique
est le concept ; c’est le pivot de la méthode scientifique sur lequel repose tout notre
savoir. Sans concept bien défini, aucune connaissance scientifique n’est possible »,
in Gordon Mace, Gordon Mace, Guide d’élaboration d’un projet de recherche, Bruxelles,
De Boeck Wesmaels.a., 1991, p. 20. La compréhension des mots est possible parce
qu’il y a un consensus sur la signification des concepts utilisées. Les mots que le
chercheur utilise doivent être compris de la même façon par les lecteurs (membres
du jury). Pour cette raison, le chercheur doit être très attentif aux concepts qu’il
utilise. Les mots ambigus doivent être définis méticuleusement et bien précisés.
L’histoire d’un concept commence par l’émergence du concept sous la forme d’une
idée vague, et se poursuit par une phase de clarification progressive, quand la
théorie qui l’intègre se précise et devient plus cohérente (par exemple le concept
d’Internet).

Holismeest une vision du tout, c’est-à-dire de l’ensemble. Le concept de forêt n’est


pas la même lorsqu’on considère la vision holistique et la vision individualiste. Pour
les individualistes, la forêt n’existe pas comme telle, elle est l’ensemble des arbres,
dans le sens que c’est chaque arbre qui constitue la forêt. Le Cameroun est un État
(holistes) au-delà des individus (individualistes). Pour les individualistes, la société
est l’ensemble des individus alors que pour la politique, c’est l’analyse et la
compréhension de la hiérarchie entre les individus qui importent.

Empirisme : qui s’appuie sur l’expérience spontanée ou commune, n’a rien de


rationnel ni de systématique. C’est l’observation de la réalité qui poursuit comme
objectif la saisie des faits (données). Ces faits ne sont pas donnés (venus du Bon
Dieu), ils doivent être fabriqués ou construits. Voilà pourquoi il doit y avoir une
interaction entre l’observateur et l’observé. La connaissance vient du monde, pas de
nous, or, le monde est extérieur à l’homme. L’empirisme dit le contraire du
rationalisme.
Rationalisme : doctrine selon laquelle tout ce qui existe a sa raison d’être et peut donc
être considéré comme intelligible. C’est une tournure d’esprit d’une personne qui
n’accorde de valeur qu’à la raison (Le nouveau Petit Robert, 2009). Le rationalisme
postule que la connaissance vient de nous. C’est pourquoi l’être connaissant a foi à
sa propre raison.
L’empirisme (la connaissance vient par l’observation) et le rationalisme (la
connaissance vient par la pensée) s’opposent. Parce que les deux concepts sont
antinomiques ou opposés, ils provoquent une tension. La science se trouve entre
ces deux concepts, elle est une synthèse entre les deux. D’où la nécessité de recourir
à une méthodologie pour analyser les faits sociaux.
L’objectivité, la vérité, la réalité sont des mots inappropriés en science. Dans une
recherche, on n’est jamais objectif, le chercheur projette sa subjectivité. Le résultat
de la recherche est accepté lorsque la recherche conduit à une intersubjectivité,
c’est-à-dire à une subjectivité commune entre différents sujets qui partagent la
même subjectivité.

Ontologie : c’est la science de l’être en tant qu’être. C’est la science de l’essence


(nature de quelque chose). C’est la partie de la métaphysique qui s’applique à l’être
en tant qu’être, indépendamment de ses déterminations particulières. Onto signifie
élément, du grec ôn, ontos, « l’être, ce qui est ». Par exemple la preuve ontologique de
l’existence de Dieu vise à prouver l’existence de Dieu par la seule analyse de sa
définition (Dieu est parfait, donc il existe).

Axiologie est la science et la théorie des valeurs morales, elle examine ce qui est bon
et ce qui ne l’est pas.

Le modèle est une théorie partielle. C’est un cas particulier, une idée ou une
hypothèse ou encore un chemin vers la bonne explication [l’explication est ce qui
met l’esprit au repos]. En étudiant le leadership et le management,
FweleyDiangitukwa applique la théorie sur le modèle suisse (voir sa publication :
Leadership et Management. L’exemple suisse, Presses Académiques Francophones,
Saarbrücken (Allemagne), mars 2015).

L’hypothèse est une réponse anticipée que le chercheur formule à la question


spécifique de recherche. En effet, l’hypothèse répond temporairement, sinon
précocement, à la question principale. « On peut saisir plus adéquatement son
véritable rôle en tant que pont entre les deux parties centrales de la méthode
scientifique […] elle joue ainsi le rôle d’un pont entre le travail d’élaboration
théorique, dont elle constitue en quelque sorte l’aboutissement, et le travail de
vérification, auquel elle fournit l’orientation générale », in Gordon Mace, Guide
d’élaboration d’un projet de recherche, op. cit., p. 37. L’hypothèse(assomption) est la base
de la démonstration d’une théorie. C’est une conjecture ou une supposition
concernant l’explication ou la possibilité d’un événement. Qu’est-ce qui explique la
pauvreté ou le sous-développement des pays africains ? Qu’est-ce qui retarde
l’intégration des pays africains ? Pourquoi la gouvernance des États africains est-elle
médiocre ? On fait des suppositions pour répondre à ces questions de départ et on
vérifie ensuite, après une analyse, ou une longue démonstration, la validité de ces
suppositions. L’hypothèse peut être faible, fragile, fantaisiste, hardie, solide.
L’hypothèse est opposée à la certitude. On écrit un mémoire ou une thèse pour
vérifier et avoir la certitude si la supposition, c’est-à-dire l’hypothèse de départ, est
la bonne réponse au problème.L’hypothèse sert à établir un pont entre la réflexion
théorique et le travail de vérification.
Il faut dire que « toutes les hypothèses ne sont pas à retenir. Toute hypothèse ou
tout système d’hypothèse doit satisfaire une condition fondamentale pour acquérir
le statut de loi ou de théorie scientifique. Pour faire partie de la science, une
hypothèse doit être falsifiable » (Ibid., p. 75).
Dans le vocabulaire de Loubet del Bayle, l’hypothèse qui porte sur un concept ou
un seul phénomène est appelée hypothèse-uniformité tandis que l’hypothèse qui sous-
tend une relation entre concepts est appelée hypothèse-interaction. Les concepts
opératoires sont des termes-clés contenus dans l’hypothèse et les concepts
théoriques sont ceux qui sont utilisés dans la formulation du problème de
recherche.
« Une conjecture est audacieuse si ses affirmations apparaissent en porte à faux par rapport
au savoir acquis contemporain […] Les confirmations de théories nouvelles sont
importantes dans la mesure où elles sont une preuve que la nouvelle théorie constitue une
amélioration de celle qu’elle remplace. […] Autrement dit, une confirmation sera jugée
significative si le savoir acquis contemporain rendait jusque-là son avènement improbable »,
Alan F. Chalmers, op. cit., p. 101 et pp. 102, 103, 104.

Paradigmeest un terme polysémique. Il s’agit d’un modèle de pensée ou de référence


ou encore une école particulière de pensée. C’est un système de représentations, de
valeurs, de normes qui influent sur la perception du monde. Marx est un paradigme
de l’analyse de la société qui a donné naissance au marxisme. « Un paradigme est
fait d’hypothèses théoriques générales et des lois et techniques nécessaires à son
application qu’adoptent les membres d’une communauté scientifique » (Ibid., p.
151). ThomasKhun appelle aussi le terme paradigme « matrice disciplinaire au sens
large et « exemple » au sens restreint. Il existe différents paradigmes.

Normatif (vient du nom norme = formule abstraite de ce qui doit être, qui est
conforme à la règle générale), qui constitue une norme, est relatif à la norme, dont
l’objet est constitué par des jugements de valeurs, et qui donne des règles, des
préceptes.

Heuristique : partie de la science qui a pour objet la découverte des faits. Méthode
heuristique consistant à faire découvrir à l’élève ce qu’on veut lui enseigner.
Méthode de recherche fondée sur l’approche progressive d’un problème donné.

Les principales écoles de pensée

Il existe quatre principales écoles de pensée que vous avez certainement déjà
étudiées et sur lesquelles nous ne pouvons pas nous appesantir.
1. Le fonctionnalisme est une explication par les buts. On part de l’idée que si
quelque chose existe, c’est parce que cela sert à quelque chose, c’est-à-dire
que cela a une fonction. Le référendum sert à déstabiliser le système politique
en faisant triompher la volonté du peuple. Le principe simple réside dans
l’affirmation suivante : « la fonction crée l’organe ». Une fonction répond à un
besoin. Le fonctionnalisme est une vision conservatrice.
2. Les approches compréhensivesmettent l’accent surl’« humain » et non sur un
système, un besoin ou une fonction. Elles s’intéressent aux subjectivités d’un
acteur social et non pas d’un individu quelconque. Elles sont une approche
qui se propose de comprendre par l’interprétation de l’action sociale et par là
d’expliquer causalement son déroulement et ses effets. Pour les approches
compréhensives, la société n’est pas un organisme naturel mais plutôt un
artefact2 humain. L’objectif social n’est pas donc une réalité externe, c’est une
construction subjectivement vécue. Le chercheur postule que le sens visé se
rapporte au comportement d’autrui par rapport auquel s’oriente son
déroulement. Il faut chercher à comprendre les sens divers attachés à
l’activité sociale (symbolique) qui ne permet pas de comprendre l’action
sociale, c’est-à-dire la société. Par exemple, l’Université de l’Union Africaine
recourt à FweleyDiangitukwa pour enseigner le cours de méthodologie ?
Explication : il a publié un livre sur cette discipline, il enseigne la
méthodologie et il a publié plusieurs livres.
2
Artefact ou artéfact : phénomène d’origine humaine, artificielle (dans l’étude de faits naturels).
Avec les approches compréhensives, la subjectivité peut être saisie par :
l’empathie (1) qui est la faculté de s’identifier à quelqu’un, de ressentir ce
qu’il ressent, par la raison (2) qui est une compréhension intellectuelle du
contexte des intentions des acteurs, par la construction d’un acteur
hypothétique (3), c’est-à-dire à travers un processus, une institution, etc.
pour créer un modèle théorique.
Le type idéal (Weber) est une construction utopique, pas une preuve ; il sert
à établir une hypothèse.
L’analyse de l’acteur dans une situation donnée se fait aisément par les
approches compréhensives. Elles permettent l’analyse de l’autorité qui peut
être charismatique (qui attire les suiveurs), traditionnelle (fondée sur la tradition
ou sur les coutumes) ou légale rationnelle fondée sur le respect des règles
établies.
Le leader charismatique est fondé sur la grâce, sur le don reçu de sa propre
personne. Le charisme est une qualité d’une personne douée d’une force
surnaturelle, providentielle. Par exemple : les leaders qui ont rejeté le
colonialisme, Fidèle Castro avant la prise du pouvoir à Cuba. Il faut dire que
le pouvoir charismatique est instable, il s’use avec le temps car il n’est pas
fondé sur de règles établies surl’obéissance à la personne du leader. Pour ce
fait, il faut le renouveler. Il y a une difficulté de succéder à un leader
charismatique après sa disparition.
L’autorité traditionnelle est fondée sur les coutumes, la tradition. Par
exemple, dans la royauté, le pouvoir est donné, conféré par les traditions.
Même si le chef est mauvais ou pas compétent, son pouvoir n’est pas mis en
cause.
L’autorité légale est établie en vertu de la légalité dans le respect des
institutions. Il est transmis par une procédure régulière. C’est le cas des
serviteurs de l’État moderne.
3. L’individualisme méthodologique est une explication par les intérêts. La société
existe à partir des intérêts des individus. Le chercheur postule que la politique
est le résultat d’actions individuelles. Les intérêtsdes individus font naître des
actions qui, à leur tour, donnent des résultats collectifs. À partir de la théorie
des intérêts des individus, on observe ce qui se passe dans la société ou dans
la collectivité.La politique est une doctrine par laquelle il est légitime
d’expliquer le politique en partant des individus et, acontario, il est illégitime
d’explique le politique sans partir des individus.
L’individualiste voit la connaissance comme un agencement particulier de
croyances possédées par les individus et qui se situent dans leurs esprits ou
cerveaux. L’individualiste qui accepte cette façon de comprendre le savoir en
termes de croyance n’acceptera pas toutes les croyances comme savoir
authentique. Pour qu’une croyance puisse faire partie d’un savoir
authentique, on doit pouvoir la justifier en montrant qu’elle est vraie, ou
probablement vraie, en faisant appel à une preuve appropriée. La question de
justification par la preuve ouvre la porte à ce qu’on appelle la régression
infinie des causes qui remonte au moins à Platon(cela signifie qu’aussi
longtemps qu’on apporte des preuves, le débat sera loin d’être clos).
4. Le systémismeest une explication par le tout, l’ensemble ou par le système. C’est
« l’analyse faite selon les principes de la systémique, un champ
interdisciplinaire relatif à l’étude d’objets complexes réfractaires aux
approches de compréhension classiques. Dans certains cas, le schéma de
causalité linéaire classique n’est pas opérant pour rendre compte du
fonctionnement d’un ensemble, qu’il s’agisse d’un être vivant, d’une
organisation sociale ou encore d’un système électronique de régulation de
température. Face à ce type de problème, il est nécessaire d’adopter une
démarche globale :
- en s’attachant davantage aux échanges entre les parties du système qu’à
l’analyse de chacune d’elles,
- en raisonnant par rapport à l’objectif du système (téléologie),
- en établissant les états stables possibles du système »3.
Une grève, ou une loi, est expliquée plus facilement en recourant au
systémisme, en établissant les relations qui sont à l’origine de la grève ou de
la loi.
Le système est un ensemble d’éléments interdépendants qui ne peut être
compris qu’ense référantà l’ensemble (le tout).

Le système international

Les relations internationales (RI) sont établies sur les relations entre les États.
Elles sont caractérisées par une hiérarchie. L’État a le monopole de la violence
légitime physique (Max Weber). Les citoyens obéissent aux lois. Sur le plan
international et national, il y a aussi une hiérarchie. Les plus forts tirent tout de leur
côté et les plus faibles doivent s’incliner. Pour analyser le niveau de politique
internationale, il faut s’intéresser à ce qui existe au niveau national. Il faut des lois
universelles pour développer une communauté et pour qu’il y ait partage de mêmes
attitudes. Si chacun suit son propre intérêt comme dans un marché, il n’y a pas
communauté de vues.

3
([Link]
Pour éviter de l’anarchie au plan international, on recourt à une forme de
dictature mondiale (= l’organisation des Nations Unies) pour réaliser au plan
mondial ce qui se fait sur le plan interne par le respect des lois. Les Nations Unies
établissent des règles de comportement pour les États qu’elles aident à préserver en
préservant le système. Les velléités expansionnistes et hégémoniques d’un État ou
d’un groupe d’États provoquent une contre-coalition défensive pour éviter
l’anarchie. Malheureusement, cela ne fonctionne qu’en un sens. Les grandes
puissances se coalisent contre les États faibles et le contraire est difficile voire
impossible car l’objectif dans les relations internationales est la préservation de la
paix universelle qui se confond avec la préservation des grandes puissances mais
pas avec la paix ou la justice.

Les grandes écoles de pensée en relations internationales

Les Acteurs rationnels analysent les relations internationales en termes de


coût/bénéfice. Ils décident de faire la guerre si celle-ci servira à quelque chose, si
elle va rapporter en termes de bénéfice (Irak, Libye, Côté d’Ivoire).
Coalition : A + D C+E
S’il y a une guerre entre A et C, on peut s’attendre à une coalition entre D et E.
La vision anarchique fait disparaître la relation hiérarchique et fait naître une
absence de pouvoir suprême.
Les Réalistes analysent les relations internationales en termes d’États uniquement.
Ils mettent l’accent sur les rapports de force entre les Nations, principalement
militaires parce qu’ils partent de l’idée que l’anarchie caractérisent les relations
internationales. En revanche, les États sont toujours rationnels surtout dans le cas
de guerre, ils regardent le coût et le bénéfice avant de s’engager.
Dans l’équilibre des forces, on s’intéresse uniquement aux grandes puissances. La
justice n’est pas la chose que l’on cherche en premier. On part du principe que les
puissances ne se font pas la guerre entre elles. Il faut dire que le système
international ne fonctionne pas sur la base de la justice pour tous. Il n’est pas un
système juste. Pour s’en rendre compte, il suffit d’examiner le fonctionnement de la
CPI où il n’y a que les acteurs des États faibles qui sont incarcérés mais leurs
commanditaires qui tiraient les ficelles sont libres.

Différence entre changement dans le système et changement de système

Avec les premiers termes – changement dans le système –, le système est


préservé. On observe les conditions systématiques de fonctionnement et on
améliore ce qui doit l’être. Il s’agit d’une critique du système. Il y a préservation du
statu quo dans les relations entre les puissances. Le contrôle se fait par la coalition et
la contre-coalition avec les autres nations mais aussi par une grande flexibilité. Les
alliances peuvent changer, les ennemis d’hier peuvent devenir des amis mais les
puissances font rechercher l’équilibre des forces. Les guerres du XIXe siècle
s’inscrivent dans une recherche de l’équilibre des forces. L’annexion de l’Alsace et
de la Lorraine par l’Allemagne a mis fin à la coalition et à l’alliance entre la France
et l’Allemagne qui sont devenues des ennemis. Dès lors, l’Allemagne a cherché des
coalitions vers l’Autriche et la Hongrie, tandis que la France a cherché la coalition
vers l’Angleterre. S’il l’adaptation est possible, la transformation se fait dans le
système.
Avec les seconds termes – changement de système –, le système n’est plus
préservé. On passe d’un système dans un autre. C’était la volonté des Burkinabè
mais ils ont échoué car la victoire du peuple a été récupérée par le système. Avec la
Première et la Seconde Guerres mondiales, l’Allemagne voulait un changement de
système international mais elle a échoué car il y a eu coalition des puissances
traditionnelles (France, Grande-Bretagne et États-Unis pour maintenir le statu quo).
Après son échec, l’Allemagne a cherché le changement de système par d’autres
moyens : le développement économique (= force financière), la réunification de
deux Allemagnes et son entrée dans l’Union européenne. Si l’adaptation n’est pas
possible, il y a transformation du système ou changement de système.

Pour éviter le changement de système, les puissances se sont mises à développer


des armes pour dissuader les attaques surprises (voir développement des missiles
américains).
Pendant longtemps, le système international était bipolaire : États-Unis et URSS.
La relation était simple car fixée entre deux pôles A et B. La coalition est plus
possible et plus facile. Après la chute de l’URSS, le monde est passé par un système
unipolaire (puissance concentrée entre le seul État américain) avant de redevenir
multipolaire. S’il y a quatre acteurs (A, B, C, D), combien de relations a-t-on ? Il y
en a six et non quatre : A/B ; A/C ; B/D ; C/D ; A/D ; C/B. Lorsque la situation
est complexe, le contrôle est plus difficile.
Il y a un risque de guerre ou de menace de guerre lorsque l’équilibre entre
puissances ou entre États est rompu.

Le droit de négliger dans la recherche (mais que faut-il négliger ?)

Le chercheur recourt au droit de négliger lorsqu’il mène ses recherches et surtout


lorsqu’il rédige son mémoire ou sa thèse. À la fin de ses recherches, les documents
consultés et les livres lus sont plus volumineux que le résultat de ses recherches. La
sélection est un travail de chercheur et surtout d’historien qui néglige (par sélection)
certains détails. Dans la rédaction d’un mémoire ou dans une thèse, le chercheur ne
retient que ce qu’il juge utile à son travail. Bachelard a écrit : « Un des signes des
plus distinctifs de l’esprit scientifique et de l’esprit philosophique : nous voulons
parler du droit de négliger. L’esprit scientifique explique clairement et distinctement
ce droit de négliger ce qui est négligeable qu’inlassablement l’esprit philosophique
lui refuse », inGaston Bachelard,La formation de l’esprit scientifique, Paris, Vrin, 1983, p.
222.

Deux conceptions simples de la science


L’inductivisme : la science est un savoir issu des faits de l’expérience

Avec l’inductivisme naïf, « les théories scientifiques sont tirées de façon


rigoureuse des faits livrés par l’observation et l’expérience. Il n’y a pas de place dans
la science pour les opinions personnelles, goûts et spéculation de l’imagination. La
science est objective. On peut se fier au savoir scientifique parce que c’est un savoir
objectivement prouvé » (Alan F. Chalmers, op. cit., p. 21). L’inductivisme est surtout
utilisé en sciences exactes. On postule que « pour comprendre la Nature, il faut
consulter la Nature elle-même et non les écrits d’Aristote » (Ibid., pp. 21-22). Avec
cette approche, c’est l’expérience qui devient la source de la connaissance. J.J.
Davies écrit dans son livre On the ScientificMethod (Longman, Londres, 1968, p. 8)
que « la science est une construction bâtie sur des faits ». Ainsi, « les énoncés
produits formeront la base sur laquelle prennent naissance les lois et théories qui
constituent le savoir scientifique ».
Les énoncés peuvent être simples ou singuliers, c’est-à-dire court et précis, par
exemple :
- on se brûle au contact du feu ;
- le bébé pleure en naissant ;
- l’eau se met à bouillir à 100 degrés (si elle est pure et subit la même pression
atmosphérique).
Cette vérité peut être observée par tout observateur qui désire la vérifier.
Il est nécessaire de préciser à ce niveau que les « logiques fondées uniquement
sur des énoncées d’observation vrais, à supposer que nous en disposions, ne nous
permettent en aucun cas d’aboutir à des lois universelles et à des théories […]. Les
énoncées singuliers d’observation peuvent nous conduire à la fausseté de lois et de
théories universelles » (Ibid., p. 74). Par exemple : L’affirmation : « tous les corbeaux
sont noirs » sera contredite si on a observé un corbeau qui n’est pas noir, au lieu x à
l’instant t. De cette découverte découlera logiquement la fausseté de l’induction :
« tous les corbeaux sont noirs ».
Les énoncés peuvent être universels lorsqu’ils portent sur la totalité des événements
d’un type particulier, en tous lieux et en tous temps, par exemple :
- les planètes tournent selon des ellipses autour de leur Soleil.
- les animaux éprouvent généralement le besoin inhérent d’extérioriser leur
agressivité ;
- l’acide fait virer le papier de tournesol au rouge.
Les énoncés passent par l’état singulier à l’état universel par la généralisation d’une
série finie d’énoncés d’observation singuliers en une loi universelle. On observe
d’abord la naissance d’un bébé dans un lieu précis puis on compare le résultat avec
les bébés naissant dans d’autres lieux, d’autres pays, d’autres continents et d’autres
races pour aboutir à la loi universelle qui dit que le bébé pleure à la [Link]
conditions à satisfaire pour que de telles généralisations puissent être considérées
comme légitimes par l’inductiviste sont donc les suivantes :
1. Le nombre d’énoncés d’observation formant la base de la généralisation doit
être élevé.
2. Les observations doivent être répétées dans une grande variété de
conditions.
3. Aucun énoncé d’observation accepté ne doit entrer en conflit avec la loi
universelle qui en est dérivée. Si l’on observe un seul cas qui ne correspond
pas, alors la généralisation universelle n’est plus justifiée. La condition 3 est
essentielle pour rendre un énoncé universel.
Ce type de raisonnement qui, à partir d’une série finie d’énoncés singuliers, aboutit
à légitimer un énoncé universel, qui fait passer du particulier au général, est appelé
raisonnement inductif, le processus lui-même étant l’induction. La position
inductiviste naïve qui tient dans l’affirmation que la science se base sur le principe
de l’induction, s’exprime de la manière suivante :
Si un grand nombre de A ont été observés dans des circonstances très variées, et si
l’on observe que toutes les A sans exception possèdent la propriété B, alors tous les
A ont la propriété B.
Plus le chercheur observe et plus ses expériences s’améliorent et plus grands sont le
degré de généralité. Avec une somme d’expériences nées d’une généralité
d’observations, il devient possible au chercheur d’expliquer et de prédire (voir son
application dans la prédiction de la météorologie : demain il pleuvra ou ne pleuvra
pas).
Avec le raisonnement inductif, la dimension personnelle, subjective, n’y a pas sa
place. La validité des énoncés s’obtient uniquement par l’observation.
L’inférence inductive initiale reste vraie aussi longtemps qu’elle n’est pas contredite
par une observation contraire.
La science part donc des faits établis par l’observation afin d’établir, par
l’induction, les lois et théories et, de celles-ci, on fait la déduction qui permet les
prédictions et les explications. Leraisonnement déductif vient du raisonnement
inductif. Une fois que la vérité a été établie, tous les théorèmes qui en découlent par
déduction seront également vrais. L’induction est une forme d’empirisme tandis
que la déduction est une forme de rationalisme.

Le raisonnement logique et déductif

La déduction ne naît pas de l’expérience mais des lois et des théories universelles
desquelles le scientifique pourra en tirer diverses conséquences qui seront les
explications et les prédictions.
Par exemple, en partant du fait que les métaux se dilatent lorsqu’ils sont chauffés,
on en conclura que des rails de chemin de fer continus, non disjoints par de petits
intervalles, se tordront par temps [Link] type de raisonnement est appelé déductif.
L’étude du raisonnement déductif constitue l’objet de la logique.
Par exemple
1. Tous les hommes sont mortels.
2. Je suis un homme.
3. Je suis mortel.
Dans ce raisonnement, (1) et (2) sont des prémisses et (3) la conclusion. On
considère comme une évidence que, puisque (1) et (2) sont vrais, (3) doit être vrai.
Une déduction logiquement valide se caractérise par le fait que, si les prémisses
sont vraies, alors la conclusion doit nécessairement être vraie. Dans ce
raisonnement, (1) est une prémisse générale, elle traite de tous les cas et pas de
quelques cas seulement. Si (1) est faux, (3) sera fatalement faux. La conclusion d’un
argument ne s’impose que si ses prémisses sont acceptées.

Choisir la démarche scientifique qui permet de traiter au mieux le sujet

Les deux grands types de recherches

Dans les typologies de la recherche, les auteurs d’ouvrages de méthodologie


distinguent deux grands types de recherches : la recherche expérimentale et la
recherche non expérimentale, appelée aussi recherche ex post4. La recherche
expérimentale préoccupe les sciences de la nature et les sciences pures ou exactes.
Dans cette catégorie, on s’attend à ce que le chercheur soit en mesure de vérifier les
facteurs qui influencent ou peuvent influencer l’objet d’étude. Généralement, le
chercheur reproduit au laboratoire les conditions de la réalité observable. Cette
expérience est difficile en sciences sociales (sauf en psychologie expérimentale et
occasionnellement en sociologie ou en science politique) parce que le chercheur ne
maîtrise pas les facteurs qui peuvent influencer son objet d’étude. Il est souvent
amené à étudier des comportements ou des événements qui se sont déjà produits.
D’où le terme ex post.

La méthode hypothético-inductive

Dans un travail de science exacte, la démonstration se fait généralement sur la


base de l’inductivisme. Le savoir est issu des faits livrés par l’observation et
l’expérience. J. J. Davies a écrit : « La science est une construction bâtie sur des
faits »5. Les résultats des observations ou de l’expérimentation donnent lieu à des
affirmations générales que l’on appelle énoncés universels qui se muent en loi
universelle (voir plus haut). Mais pour parvenir à un tel résultat, il est indispensable
que le nombre d’énoncés d’observation formant la base de la généralisation soit
élevé, que les observations soient répétées dans une grande variété de conditions,
qu’aucun énoncé d’observation accepté n’entre en conflit avec la loi universelle qui
en est dérivée6. Dans ce genre de démarche, l’absence de conflit est un point
essentiel, car c’est par cela que l’on passe du particulier au général et qu’on aboutit
4
Je me réfère à Gordon Mace, Mace (Gordon), Guide d’élaboration d’un projet de recherche, Bruxelles,
De Boeck Wesmaels.a., 1991, op. cit., p. 2.
5
J. J. Davies, « On the ScientificMethod », Longman, Londres, 1968, p. 8, cité par Alan F.
Chalmers, op. cit., p. 22.
6
Alan F. Chalmers, op. cit., pp. 25-26. Un énoncé est une façon de raisonner.
au raisonnement inductif. L’induction se résume ainsi : « Si un grand nombre de A
ont été observés dans des circonstances très variées, et si l’on observe que tous les
A sans exception possèdent la propriété B, alors tous les A ont la propriété B »7.
« La construction part de l’observation. L’indicateur est de nature empirique. À
partir de lui, on construit de nouveaux concepts, de nouvelles hypothèses et, par là,
le modèle que l’on soumettra à l’épreuve des faits »8. Avec l’induction, le
raisonnement part des faits établis par l’observation pour aboutir à des lois et
théories. Dans une approche inductive, « l’hypothèse est produite directement à la
suite de l’observation de la réalité. Dans ce cas, elle précède l’élaboration
conceptuelle, laquelle pourra par la suite être comparée à la réalité au moyen d’une
ou plusieurs hypothèses plus élaborées »9.
Dans le cas de l’inductivisme, les prémisses ont été construites à partir de
l’observation ou de l’expérimentation. Ce raisonnement est fort répandu même s’il
relève de l’inductivisme naïf. On a tendance à oublier qu’en science, « les
arguments inductifs ne sont pas des arguments logiquement valides. Le fait que
les prémisses d’une inférence inductive sont vraies n’implique pas que la
conclusion l’est. La conclusion d’un argument inductif peut être fausse et ses
prémisses vraies sans qu’il y ait pour autant contradiction »10.

Pour illustrer ces propos, Alan F. Chalmers donne l’exemple suivant :


« Supposons, par exemple, que j’aie observé un grand nombre de corbeaux dans des
circonstances fort variées ; ayant constaté que tous ceux observés jusqu’à ce jour étaient
noirs, j’en conclus : ‘tous les corbeaux sont noirs’. C’est une inférence inductive
parfaitement légitime. Les prémisses de l’inférence sont constituées par de nombreux
énoncés comme celui-ci : ‘Le corbeau x a été observé noir à un instant t’ et nous les
considérons tous comme vrais. Mais la logique n’offre aucune garantie que le prochain
corbeau que j’observerai ne sera pas rose. Si cela se produisait, l’assertion tous les
corbeaux sont noirs deviendrait fausse »11.

C’est à cause de ses défauts que l’inductivisme est appelé à être abandonné. Cette
approche a « de plus en plus échoué à jeter une lumière nouvelle et intéressante sur
la nature de la science »12. Le défaut de l’inductivisme a conduit Imre Lakatos à le
qualifier de programme en voie de dégénérescence (voir plus loin).

La méthode hypothético-déductive

La démonstration dans un travail de sciences sociales se fait généralement sur la


base de dé[Link] la déduction, on part des lois et théories pour aboutir aux

7
Ibid., p. 27.
8
Raymond Quivy et Luc Van Campenhoudt, Manuel de recherche en sciences sociales, Paris, éditions
Dunod, 1995op. cit., p. 143.
9
Gordon Mace, op. cit., p. 37.
10
Alan F. Chalmers, op. cit., p. 39.
11
Ibid., p. 39.
12
Ibid., p. 71.
prédictions et explications. Le raisonnement hypothético-déductif, couramment
utilisé dans l’ensemble des sciences sociales et humaines, repose sur l’observation
qui permet la déduction qui est en trois étapes. Elle part du général au particulier.
Exemple d’un syllogisme (voir plus haut):
1. Tous les hommes sont mortels.
2. (or) Fweley est un homme.
3. (donc) Fweley est mortel.
Il n’y a pas d’exception. On ne dira pas « de nombreux hommes sont mortels »
mais bien « tous les hommes sont mortels ».
Dans l’exemple ci-dessus, les deux premières propositions forment les
prémisses et la troisième constitue la conclusion. Si les prémisses sont vraies, la
conclusion sera nécessairement vraie. De la même façon, si les prémisses sont
fausses, la conclusion sera nécessairement fausse. Ainsi, devant une réalité que
l’on ne maîtrise pas, il est possible d’interpréter faussement le monde en
établissant des prémisses fausses qui aboutiront à des lois et des théories fausses.
Les approches inductive et déductive sont complémentaires. Certaines
recherches empiriques nécessitent le recours à l’approche inductive et d’autres, plus
théoriques, nécessitent le recours à l’approche hypothético-déductive. La théorie
aide à observer les faits et les faits aident à construire la théorie. Les deux
entretiennent, en quelque sorte, la relation entre l’œuf et la poule. Qui est premier ?
Bien malin est celui qui est capable de répondre à cette question.
Avec la méthode hypothético-déductive, « la construction part d’un postulat ou
concept postulé comme modèle d’interprétation du phénomène étudié. Ce modèle
génère, par un travail logique, des hypothèses, des concepts et des indicateurs
auxquels il faudra rechercher des correspondances dans le réel »13. Le raisonnement
déductif se limite à ce qui a été observé. Il ne va pas au-delà.
Il est communément admis que l’expérimentation, qui est possible en science
exacte, est difficile en sciences sociales. Raymond Quivy et Luc Van Campenhoud
conseillent le recours à la méthode hypothético-inductiveaux chercheurs qui font
leurs premiers pas sur un terrain qu’ils découvrent pour la première fois.
L’inductivisme part de l’observation vers les lois ou du bas vers le haut. En
revanche, laméthode hypothético-déductive prend le contre-pied. On part du
général vers le particulier ou du haut vers le bas. En réalité, les deux démarches se
complètent et ne s’opposent pas.

13
Raymond Quivy et Luc Van Campenhoudt, op. cit., p. 143.
Méthode hypothético-inductive vs méthode hypothético-déductive

Source : Raymond Quivy et Luc Van Campenhoudt, Manuel de recherche en sciences sociales, op. cit.,
p. 144.

Il n’y a pas de connaissance sans base théorique

La problématique retenue doit être inscrite dans un ensemble de diverses


approches se rattachant implicitement ou explicitement à des systèmes théoriques
qui serviront de base de raisonnement. Le chercheur a le choix d’inscrire son travail
dans un des cadres théoriques classiques ou de concevoir un nouveau modèle.
Dans ce cas, il devra s’appuyer sur une description théorique convaincante pour
créer une certaine unanimité. En général, le chercheur se réfère à un cadre
théorique existant. Le choix de la théorie de référence se fait en tenant compte de la
nature du problème à analyser, des liens entre la question de départ, les
informations recueillies dans l’exploration documentaire et/ou dans l’enquête sur le
terrain et le but final à atteindre.

La dépendance de l’observation par rapport à la théorie

L’induction dépend de l’observation et la déduction dépend des lois et théories


issues de l’induction. Or l’observation elle-même est faite à partir de la théorie.
Pour reconnaître une chaise, il faut déjà connaître ce qu’est une chaise. Si la théorie
accuse des lacunes, celles-ci auront un impact sur l’observation et le résultat de
l’observation pourrait être imparfait voire faux. Il faut donc que l’observation soit
menée avec rigueur et en dehors de tout préjugé. En cas de doute, le chercheur ne
doit tirer aucune conclusion afin de laisser mûrir l’observation. Il faut toutefois dire
et reconnaître l’observation dépend de notre disposition d’esprit ou de notre état
mental qui dépend lui-même de notre degré de connaissance, de notre milieu, de
nos attentes, etc. C’est ainsi qu’il arrive que deux individus (voire plus) peuvent
vivre la même expérience sans voir la même chose. C’est sur cette base que
l’inductivisme est qualifié de naïf. Deux personnes qui s’intéressent à la même
voiture ne portent pas nécessairement leur attention sur les mêmes détails : l’un
peut s’intéresser à la grandeur du coffre, au nombre de portes pendant que l’autre
peut s’intéresser à la couleur, aux appareils de musique, etc.
Nous observons le monde autour de nous à partir de la théorie et les énoncés
d’observation sont faits à partir de notre théorie. « Des théories précises, clairement
formulées, sont une condition préalable pour que des énoncés d’observation soient
précis. En ces sens, la théorie précède l’observation » (Ibid., p. 61). À partir de cette
affirmation, « il est faux de prétendre que la science commence avec l’observation
[…] parce qu’il faut une théorie avant tout énoncé d’observation, et les énoncés
d’observation, parce qu’ils sont faillibles, ne constituent pas une base sûre sur
laquelle la connaissance scientifique peut être fondée » (Ibid., p. 61 et p. 66). En
d’autres termes, il faut présupposer l’existence de la théorie. Les résultats de nos
recherches constituent des vérités qui nous permettent d’avancer vers la
Vérité.Nous devons comprendre que « la science est un savoir qui évolue dans le
temps, et qu’une théorie ne peut être correctement évaluée que si l’on accorde
l’attention voulue au contexte de l’époque où elle a été formulée » (Ibid., p. 70).
Parce que la science évolue et parce que l’inductivisme « a de plus en plus échoué à
jeter une lumière nouvelle et intéressante sur la nature de la science, Imre Lakatos
(voir plus loin) le qualifie de programme en voie de dégénérescence » (Ibid., p. 71).
La science peut commencer avec l’observation si seulement si la théorie que nous
possédons ne nous sert d’aucun intérêt et ne peut répondre aux questions que nous
posons. Par exemple lorsqu’on observe un élément ou un fait tout à fait nouveau.
On parle de « découverte » lorsque le résultat ne fait pas la lumière sur une théorie
connue mais montre quelque chose d’autre qui sera à l’origine d’une nouvelle
manière d’observer et d’une nouvelle théorie.
Mais notre théorie est-elle toujours la meilleure ?Pas nécessairement. Pour cette
raison, la conclusion de nos énoncés ou de nos recherches doit être considérée
comme provisoire. En science, la Vérité n’existe pas. Il n’y a que des vérités
provisoires sinon probables.

L’importance de la falsification(Karl Popper)

Le falsificationiste part de l’idée que


« l’observation est guidée par la théorie dont elle présuppose l’existence. Et il renonce le
cœur léger à toute prétention d’établir la vérité des théories – ou leur vérité probable – à
partir des faits d’observation. Il considère les théories comme des conjectures ou des
suppositions librement créées par l’esprit qui s’efforce de résoudre les problèmes posés par
les théories précédentes et de décrire de façon appropriée le comportement de certains
aspects du monde ou de l’[Link] fois énoncées, les théories spéculatives doivent être
confrontées rigoureusement et impitoyablement à l’observation et à l’expérience. Il faut
éliminer les théories incapables de résister aux tests de l’observation ou de l’expérience et
les remplacer par d’autres conjectures spéculatives. La science progresse par essais et
erreurs, par conjecture et réfutations. Seules les théories les mieux adaptées survivent. One
ne s’autorisera jamais à dire d’une théorie qu’elle est vraie, mais on tendra à affirmer qu’elle
est la meilleure disponible, qu’elle dépasse toutes celles qui l’ont précédée. »(Ibid., p. 73)

Dans l’Europe médiévale, on admettait généralement que la Terre se trouvait au


centre d’un univers fini et que le Soleil, les planètes et les étoiles gravitaient autour
d’elle. La physique et la cosmologie qui constituaient le cadre de cette astronomie
étaient fondamentalement les mêmes que celles développées par (1) Aristote au IVe
siècle avant J.-C. Au second siècle après J.-C., (2) Ptolémée avait inventé un
système astronomique détaillé qui précisait les orbites de la Lune, du Soleil et de
toutes les planètes mais son programme a dégénéré et a laissé à la place un rival
plus progressiste, (3) celui de [Link] les premières décennies du XVIe
siècle, Copernic conçut une astronomie nouvelle, dans laquelle la Terre était en
mouvement, et qui entrait en conflit avec les systèmes aristotélicien et ptolémaïque.
Selon Copernic, la Terre n’est pas stationnaire au centre de l’univers, mais gravite
autour du Soleil comme les autres planètes. Depuis lors, l’idée de Copernic a pris
corps, la vision du monde aristotélicienne a été remplacée par la nouvelle
conception. C’est en 1543 que Copernic publia les détails de sa nouvelle
astronomie. Le changement de cette vision du monde a duré plus d’un siècle et le
débat était houleux. « Il s’écoula plus de soixante-dix ans avant que l’on aperçoive
que la prédiction de Copernic sur les phases de Vénus était correcte, et plusieurs
siècles avant que l’on confirme sa prédiction que les étoiles fixes devaient révéler un
parallèle » (Ibid., p.145).
Les théories sur lesquelles le chercheur voudrait s’appuyer doivent être basées sur
les résultats d’observation et d’expérience pour montrer leur fausseté ou leur
solidité. Dans le domaine de la recherche, on travaille sur la base de l’hypothèse.
« Pour faire partie de la science, une hypothèse doit être falsifiable » ou, en d’autres
termes, vérifiable. Un énoncé est falsifiable lorsqu’il peut être vérifié par un énoncé
alternatif quiconfirme sa validité.

La falsification constitue le fondement des sciences sociales

La falsification est une alternative à l’inductivisme. Elle permet la confrontation


des hypothèses à des données d’observation ou d’expérimentation. Contrairement
aux affirmations inductivistes en science exacte, la falsification14 doit être précédée

14
Il faut reconnaître que très peu de travaux en sciences sociales ont pu parvenir à un degré
satisfaisant de falsification des hypothèses telle que la démarche a été développée par Karl
Popper.
par une théorie. « Des théories précises, clairement formulées, sont une condition
préalable pour que des énoncés d’observation soient précis. En ce sens, la théorie
précède l’observation »15. [Tout au début de la science, l’observation a précédé la
théorie].
Dans le cas de l’inductivisme, c’est l’observation qui donne la signification à de
nombreux concepts de base. Ce qui précède permet de dire que « pour établir la
validité d’un énoncé d’observation, il est nécessaire de faire appel à la théorie ; plus
la validité d’un énoncé doit être fermement établie, plus le savoir théorique mis à
contribution sera important »16.
En s’appuyant sur la déduction, il est permis de reconnaître que si la théorie qui
sert de fondement au raisonnement est fausse, la conclusion sera fausse. En
sciences sociales et humaines, la falsification sert comme critère de délimitation
pour les théories. Elle permet d’éliminer les hypothèses qui ne résistent pas à la
critique et qui ne parviennent pas à acquérir le statut de loi ou de théorie
scientifique. C’est pour cette raison qu’il est admis que « pour faire partie de la
science, une hypothèse doit être falsifiable »17, c’est-à-dire qu’elle doit revêtir un
caractère de généralité et avoir la possibilité d’être testée ultérieurement à partir des
données récentes. Pour Karl R. Popper, une hypothèse peut être tenue pour vraie
(provisoirement) tant que tous ses contraires sont faux. Pour cela, elle doit remplir
les deux conditions énoncées précédemment, à savoir : « primo, que l’hypothèse
revête un caractère de généralité, et secundo qu’elle accepte des énoncés contraires
qui sont théoriquement susceptibles d’être vérifiées »18. La falsification se fait par la
soumission de l’hypothèse à une série de critiques objectives. Il suffit pour cela de
produire un énoncé ou une série d’énoncés qui confirme(nt) ou infirme(nt)
l’hypothèse en question.
Après avoir beaucoup insisté, on sait maintenant qu’« une hypothèse est une
proposition qui anticipe une relation entre deux termes qui, selon, les cas peuvent
être des concepts ou des phénomènes. Elle est donc une proposition provisoire,
une présomption, qui demande à être vérifiée. Dès lors, l’hypothèse sera
confrontée, dans une étape ultérieure de la recherche, à des données
d’observation »19.
Une bonne hypothèse doit être falsifiable, c’est-à-dire qu’elle doit résister à la
falsification car cela permet de la confirmer. Toute hypothèse qui n’est pas
falsifiable doit être rejetée. Aussi, en matière de recherche, il n’y a pas de thèse sans
falsification des hypothèses et la falsification d’une hypothèse entraîne ipso facto la
falsification de la théorie qui la porte afin de la certifier et de la rendre meilleure.

15
Alan F. Chalmers, op. cit., p. 61. Il est important d’inscrire le sujet de mémoire ou la thèse dans
une école de pensée. Les idées émises par certains penseurs, notamment Gaston Bachelard, Alan
F. Chalmers, Thomas S. Kuhn, Karl Popper, ImerLakatos, etc. peuvent être d’un grand apport
dans la compréhension du sujet.
16
Ibid., p. 64.
17
Ibid., p. 75. Falsifiable est ici synonyme de vérifiable.
18
Raymond Quivy et Luc Van Campenhoudt, op. cit., p. 146.
19
Raymond Quivy et Luc Van Campenhoudt, op. cit., p. 150.
Une théorie falsifiable devient une référence parce qu’elle résiste chaque fois qu’elle
est testée. Donc, « une théorie est d’autant meilleure qu’elle fournit davantage
d’énoncés »20.
Tout thésard doit aspirer à devenir un parfait falsificationiste. Il doit, à tout
moment, prendre le risque de soumettre à la falsification toute théorie contenant
une information car une théorie est jugée meilleure lorsqu’elle est falsifiable. En
tout cas, elle doit être plus falsifiable que celle qu’elle vise à remplacer.

Que signifie une hypothèse falsifiable ?

On parle de falsification lorsqu’on cherche à confirmer la validité d’une hypothèse


en recourant à un autre énoncé. « Une hypothèse est falsifiable si la logique autorise
l’existence d’un énoncé ou d’une série d’énoncés d’observation qui lui sont
contradictoires, c’est-à-dire, qui la falsifieraient s’ils se révélaient vrais » (Ibid., p. 76).
La falsification est considérée comme alternative à l’induction. Les énoncés qui ne
réussissent pas à surmonter les tests d’observation et d’expérience sont considérés
faux tandis que ceux qui survivent à tous les tests auxquels ils sont soumis sont
retenus à l’essai. « La base empirique de la science objective ne comporte donc rien
d’ ‘absolu’ » (Ibid., p. 111). Les avancées significatives dans la science se produisent
lorsque ces théories audacieuses sont falsifiées. Voici quelques exemples d’énoncés
simples qui sont falsifiables au sens désiré.
1. Il ne pleut jamais le mercredi.
2. Tous corps se dilatent lorsqu’ils sont chauffés.
3. Les objets lourds, tels qu’une brique, lâchés près de la surface Terre,
tombent vers le bas si rien ne les retient.
4. Quand un rayon de lumière est réfléchi sur un miroir plan, l’angle
d’incidence est égal à l’angle de réflexion.
L’énoncé (1) est falsifiable : il suffit qu’il pleuve un mercredi. L’énoncé (2) est
falsifiable. Il peut être falsifié en produisant un énoncé d’observation selon lequel
un certain corps, x, ne s’est pas dilaté lorsqu’il a été chauffé. L’observation de l’eau
près de son point d’ébullition peut servir à falsifier l’énoncé (2). Les énoncés (3) et
(4) sont aussi tous deux falsifiables, même s’ils ont toutes chances d’être vrais (Ibid.,
p. 76).
Lorsqu’un énoncé est faux avec évidence, il ne satisfait pas à l’exigence de la
falsification. Par exemple :
5. Soit il pleut soit il ne pleut pas.
6. On peut avoir de la chance dans les paris sportifs.
Il n’existe aucun énoncé d’observation logique qui puisse réfuter (5). L’énoncé est
vrai quel que soit le temps qu’il fait. L’énoncé (6) n’affirme rien. Il annonce un
hasard.
Pour confirmer son énoncé, le falsificationiste exhibe une série d’énoncés
d’observation logiquement envisageable. Si l’énoncé résiste à une série de tests,

20
Alan F. Chalmers, op. cit., p. 80.
alors une loi ou une théorie acquiert une valeur informative. L’énoncé (5), qui est
infalsifiable, est une source de conflit. Il doit de ce fait être abandonné car il ne
nous apprend rien. Les théories qui ne sont pas falsifiables doivent être rejetées.
« On attend d’une loi ou d’une théorie scientifique qu’elle nous donne quelque
information sur le comportement réel du monde, à l’exception de tous les
comportements (logiquement) possibles mais qui ne se produisent pas » (Ibid., p.
77).De ce fait, si une théorie a un contenu informatif, elle doit courir le risque d’être
falsifiée. Donc, « une plus théorie est falsifiable, meilleure elle est, cela entendu au
sens large » (Ibid., p. 79). Une bonne théorie résiste aux falsifications chaque fois
qu’elle est soumise à test. Mais pour être falsifiable, les théories doivent être
clairement formulées et précises. Les énoncés les plus précis sont les meilleurs.
Le recours nécessaire à la falsification est une preuve que la science progresse par
essais et erreurs.

En sciences sociales, les certitudes sont théoriquement exclues

En sciences sociales, « les certitudes sont théoriquement exclues, mais comment


faire face aux idées reçues ? La sélection des informations s’opère de façon
consciente selon les présupposés, parfois des idées reçues plus ou moins fondées.
Mais s’agissant d’un travail universitaire, donc s’appuyant sur des hypothèses
scientifiques spécifiques, la démarche doit être rigoureuse et argumentée »21.
L’imagination du chercheur ne doit jamais être sous-estimée mais elle doit être
appuyée par des citations afin qu’il valide ses propres idées.
Notre manière de voir et d’interpréter le monde est liée à la théorie, à ce que
nous avons appris ou à ce que nous voyons autour de nous. Lorsqu’une image nous
est présentée, nous cherchons rapidement dans notre mental l’information qui colle
à cet objet et qui correspond ou peut correspondre à ce que nous voyons22. Si cela
ressemble à une chaise, nous dirons sans hésiter à celui qui nous présente l’image
que nous voyons une chaise. Mais imaginons une société où la chaise n’a jamais
existé dans le vécu des gens, l’individu à qui l’on présente une chaise, pensera à
autre chose mais jamais à une chaise car ce concept est absent de son mental.
Notre savoir est tributaire de notre vécu et de notre imaginaire. En matière de
rédaction d’un travail de fin d’études ou d’une thèse de doctorat, le chercheur sera
amené à inscrire son travail dans un cadre théorique. Toutefois, il est nécessaire de
garder présent à l’esprit que « la science est un savoir qui évolue dans le temps, et
qu’une théorie ne peut être correctement évaluée que si l’on accorde l’attention
voulue au contexte de l’époque où elle a été formulée »23.
Un bon mémoire ou une bonne thèse s’ouvre sur une partie théorique pour
situer le lecteur sur le champ de travail dans lequel s’inscrit la recherche ou la
21
Sophie Boutillier, AlbanGoguelD'Allondans, Nelly Labère et Dimitri Uzunidis, Méthodologie de la
thèse et du mémoire, 3e édition, Studyrama, 2007, p. 57.
22
Nous avons dans notre mental la représentation d’une infinité d’objets (appris ou déjà vus) qui
nous permet d’établir des comparaisons avec ce que nous voyons.
23
Alan F. Chalmers, op. cit., p. 70.
réflexion. Il n’y a pas de thèse sans partie théorique. Même les thèses dites
« empiriques » (travail d’enquête, recherche de statistiques, travail sur des archives,
etc.) ont une partie théorique. Il faut un juste milieu entre la théorie et l’empirisme
et éviter toute forme de digression dans le développement de la pensée.
La connaissance innée n’existe pas. Tout est apprentissage et progression dans
l’acquisition de la connaissance. C’est par elle que l’on parvient à rendre compte du
réel. Tout travail de réflexion part du réel, de l’observation ou d’une réflexion. Dans
tout travail scientifique, il y a une théorie à la base.
À propos de la théorie, Michel Beau a écrit :« La connaissance est le
mouvement par lequel on utilise des ‘outils idéels’ (théoriques, conceptuels,
scientifiques) pour lire, interpréter, analyser une réalité ; et, dans ce travail sur la
réalité, on est amené à améliorer, élaborer, perfectionner les ‘outils idéels’
existants »24.

La théorie précède l’observation

Dès l’enfance, les parents apprennent à leur enfant à manger, à marcher, à parler,
à toucher des objets, à observer l’environnement autour de lui, etc. Devenu un peu
plus âgé, le maître apprend au jeune écolier à lire, à écrire, à compter, à dessiner,
etc. Adulte, on apprend à conduire, à dactylographier (il y a quelques décennies), à
utiliser un ordinateur (à l’heure actuelle), etc.
Il peut arriver que deux individus placés dans les mêmes conditions visuelles, et,
vivant dans une société où la chaise fait partie du vécu, ne voient pas le même
objet. Il suffit pour cela qu’il y ait un seul petit détail flou pour que le doute
s’installe, que les deux observateurs n’interprètent pas de la même façon l’objet
qu’ils voient. Si c’est bien le même objet qui est soumis à leur observation, ils ne
voient plus forcément la même chose25.
Face aux faits sociaux, les hommes vivent les mêmes événements mais ils ne les
interprètent pas nécessairement de la même façon. Pour le dire en d’autres termes,
les faits sociaux ne sont pas analysés et compris de la même façon par les hommes.
Une révolution dans un pays peut être vue comme une « bonne chose » ou comme
une « mauvaise chose » selon qu’on est un homme du pouvoir ou un opposant au
régime. Il en découle que les mêmes événements vécus n’aboutissent pas forcément
à la même perception. Dans ce sens, il arrive que les mêmes hommes ne voient pas
la même chose face aux mêmes événements. C’est à ce niveau que les sciences
sociales ont leur importance. L’observation ne suffit pas, elle doit être interprétée et
analysée afin qu’elle soit validée avant d’être acceptée comme étant vraie.
Il faut toujours s’interroger sur la manière de combiner les « faits » et les
« théories », sur « comment mettre à l’épreuve des faits les théories les plus
adaptées »26.
24
Michel Beaud, L’art de la thèse, Paris, La Découverte, 2006, p. 70.
25
Nous commençons par apprendre avant de reconnaître. Donc, l’homme ne reconnaît que ce
qu’il a déjà vu, autrement il manifeste son ignorance.
26
Sophie Boutillier, Alban Goguel D'Allondans, Nelly Labère et Dimitri Uzunidis, op. cit., p. 14.
Distinction entre la théorie et les faits

Il y a deux grandes parties dans chaque travail de mémoire ou de thèse : la


théorie et les faits. La théorie ne doit pas être séparée de l’analyse factuelle car « la
théorie éclaire les faits ; les faits, une fois étudiés, peuvent valider ou invalider une
théorie ou une (ou plusieurs) hypothèse(s) »27. La théorie et les faits doivent aller
ensemble parce qu’ils sont interdépendants. Grâce à la théorie, les faits deviennent
plus intelligibles et susceptibles d’être expliqués. C’est à partir des connaissances
théoriques que l’étudiant inscrit son sujet dans une polémique scientifique à
l’intérieur de laquelle il devra prendre position et défendre ses arguments. Tout
l’exercice consiste à réussir le choix de la théorie qui va correspondre avec les faits
et le passage entre les deux parties. Il faut ensuite défendre l’idée force ou l’idée
principale (la problématique) qui sous-tend l’ensemble du travail. La théorie aide à
formuler ses propres hypothèses de recherche et à les valider ou les invalider28. Elle
aide à construire un argumentaire solide et à rédiger un mémoire ou une thèse
digne d’intérêt.
Les résultats des hypothèses choisies sont toujours provisoires. Ces résultats sont
acceptés comme vrais, c’est-à-dire confirmés, aussi longtemps que les mêmes
hypothèses sont falsifiables et qu’elles n’ont jamais été contredites par d’autres
recherches. « En ce sens, un progrès de la connaissance n’est jamais autre chose
qu’une victoire partielle et éphémère sur l’ignorance humaine »29.
Les vérités absolues n’existent pas en sciences sociales car la connaissance et
la compréhension du monde évoluent toujours. Ce qui est aujourd’hui considéré
comme une « vérité » est en réalité le résultat des corrections successives de ce
qui était pris hier pour vrai.
« La théorie n’estpas le résultat de l’élucubration de pensées farfelues par des auteurs en
mal de notoriété, mais le résultat d’une réflexion ordonnée qui suit l’observation des
faits selon un ensemble d’hypothèses. La référence à une théorie se fait soit parce qu’elle
valide les faits, soit parce qu’elle les contredit. Il faut justifier la référence faite à telle ou
telle théorie et la manière dont elle permet d’expliquer les faits économiques ou
sociaux »30.

Il est impossible de traiter un sujet sur les relations entre grandes et petites
entreprises sans explorer les thèses de Piore et Sabet, de même qu’il est impossible
d’ignorer les travaux de Karl Marx lorsqu’on parle de la pauvreté dans le monde
et de l’inégale répartition des fruits du travail ou d’ignorer les travaux de Max
Weber lorsqu’on écrit un sujet sur la légitimité et les travaux de Durkheim

27
Ibid., p. 14.
28
Rappel : « Les hypothèses de travail, qui constituent les axes centraux d’une recherche, se
présentent comme des propositions de réponse à la question de départ », in Raymond Quivy et
Luc Van Campenhoudt, op. cit., p. 38. Si les hypothèses théoriques ne sont pas vérifiées par les
faits, il faut formuler des nouvelles hypothèses puis re-vérifier les faits.
29
Raymond Quivy et Luc Van Campenhoudt, op. cit., p. 146.
30
Sophie Boutillier, Alban Goguel D'Allondans, Nelly Labère et Dimitri Uzunidis, op. cit., p. 41.
lorsqu’on travaille sur le suicide. De même qu’il est impossible d’ignorer
l’approche de Braudel en termes d’« économie-monde » lorsqu’on étudie les
rapports économiques internationaux ou de parler de l’entrepreneur sans se
référer à Schumpeter.
Il est inutile de reproduire dans le mémoire ou dans la thèse les théories qui sont
déjà présentées dans des manuels. Un simple rappel ou un renvoi peut suffire.
Quant aux faits, on peut étudier les faits historiques à partir des livres d’Histoire,
des rapports scientifiques, des archives, des témoignages des personnes ayant vécu
l’événement ou les événements faisant l’objet de la recherche. On peut également
étudier les faits d’actualité à partir des livres récents, des rapports scientifiques, des
articles de presse scientifique, des statistiques établies par des grands organismes de
collecte de traitement de données quantitatives (tels que l’Insee, l’ONU, Eurostat,
l’OCDE, Union Africaine, etc.) ou encore à partir d’une enquête de terrain.

La théorie éclaire les faits


Eclaire
THEORIE ← FAITS
valident ou
invalident
a) Sémantique : si le sujet porte
a) Où en est la réflexion sur le sur un fait précis, la question est
sujet ? de savoir d’abord ce que l’on
Quelles sont les origines de la entend par le vocabulaire qu’on
question ? utilise pour le décrire ; quelles
Comment la pensée a-t-elle sont les origines des mots ?
évolué ?
b) Historique : à partir de quel
b) Quels sont les principaux moment dans l’Histoire la
auteurs ? question du fait que l’on étudie
Comment leurs filiations ont s’est-elle posée et pourquoi ?
été établies ?
Quels sont les apports de
chaque auteur ?
c) Quelles sont les c) Actualité : à l’heure actuelle,
controverses majeures sur le quels sontles indicateurs et les
sujet, et quels en furent les paramètres définissant, décrivant
principaux protagonistes ? et expliquant le fait étudié ?
Quelles furent les principales idées,
les principaux concepts
formulés ?
Source : Sophie Boutillier, Alban Goguel D'Allondans, Nelly Labère et Dimitri
Uzunidis, op. cit., p. p. 63.

La théorie éclaire les faits et les faits valident ou invalident la théorie. Il est admis
que les ressources théoriques sont des outils indispensables dans la recherche car
elles permettent de rendre la réalité intelligible. Elles donnent des points de repères
à partir desquels le travail d’élucidation devient possible. Il est difficile voire
impossible de mener un travail de recherche sans s’appuyer sur une base théorique.
Voilà pourquoi un bon chercheur doit posséder une solide culture théorique mais il
doit aller au-delà en intégrant le cadre théorique dans le processus de composition
et de recomposition de son travail.

La science progresse par essais et erreurs

La science est cumulative. Avant d’arriver à construire la voiture, l’avion,


l’ordinateur, etc. que nous connaissons, les concepteurs ont d’abord essayé ; ils ont
commis des erreurs qui ont été corrigées et perfectionnées pour arriver à l’état
actuel du progrès.
« Une fois énoncées, les théories spéculatives doivent être confrontées rigoureusement
et impitoyablement à l’observation et à l’expérience. Il faut éliminer les théories
incapables de résister aux tests de l’observation ou de l’expérience et les remplacer par
d’autres conjectures spéculatives. La science progresse par essais et erreurs, par
conjectures et réfutations. Seules les théories les mieux adaptées survivent »31.

Pour cette raison et par précaution : « On ne s’autorisera jamais à dire d’une


théorie qu’elle est vraie, mais on tendra à affirmer qu’elle est la meilleure
disponible, qu’elle dépasse toutes celles qui l’ont précédée. »32
La falsification est faite à partir de la théorie qui précède l’observation. La
conclusion à laquelle aboutit une recherche n’est qu’une vérité provisoire qui est
admise tant qu’on n’a pas fait la démonstration contraire. Ce qui veut dire que les
théories elles-mêmes sont des constructions idéelles provisoires, des « conjectures
ou des suppositions librement créées par l’esprit qui s’efforce de résoudre les
problèmes posés par les théories précédentes et de décrire de façon appropriée le
comportement de certains aspects du monde ou de l’univers »33. En d’autres termes,
« on ne peut jamais dire d’une théorie qu’elle est vraie, même si elle a surmonté
victorieusement des tests rigoureux, mais on peut heureusement dire qu’une théorie
actuelle est supérieure à celles qui l’ont précédée au sens où elle est capable de
résister à des tests qui avaient falsifié celles qui l’ont précédée »34.
Nous apprenons plus par nos erreurs que par nos réussites. Si la réussite nous
donne satisfaction et une paix cordiale, au contraire l’échec nous appelle à nous

31
Ibid., p. 73.
32
Ibid., p. 73.
33
Ibid., p. 73.
34
Ibid., p. 85.
améliorer et à nous dépasser. Comme nous ne détenons pas la vérité absolue, le
seul moyen de confirmer nos croyances, c’est de procéder à la falsification des
hypothèses auxquelles nous aimerions accorder un crédit. La falsification nous
permet de dire que telle hypothèse est vraie, parce qu’elle est falsifiable, ou
fausse. « Les falsifications deviennent les points de repère essentiels, les réussites
saisissantes, les facteurs de croissance majeurs dans la science. »35 En sciences
sociales, la falsification est l’unique moyen d’éliminer les théories spéculatives à
l’issue de tests d’observation ; elle est l’unique moyen d’apporter des solutions au
problème. Mais la falsification d’une théorie exige qu’elle soit formulée en des
termes clairs et précis. C’est donc par la falsification que naît le progrès en sciences
sociales.
Il est important de retenir que la notion de falsification est au cœur du travail de
rédaction d’un mémoire ou d’une thèse. Pour contribuer de façon significative au
progrès de la connaissance ou de la science, « une hypothèse doit être plus
falsifiable que celle qu’elle vise à remplacer »36. Il faut proposer des conjectures
audacieuses, hautement falsifiables. « Les avancées significatives dans la science se
produisent lorsque ces théories audacieuses sont falsifiées »37.

Le travail de mémoire et de thèse s’inscrit dans une démarche scientifique

Gaston Bachelard a résumé la démarche scientifique en quelques mots :


« Le fait scientifique est conquis, construit et constaté »38,
- conquis sur les préjugés (présupposés)
- construit par la raison,
- constaté dans les faits.
Bourdieu, Chamboredon et Passeron décrivent la démarche scientifique
comme un processus en trois actes dont l’ordre doit être respecté. C’est ce qu’ils
appellent la hiérarchie des actes épistémologiques. Ces trois actes sont la rupture, la
construction et la constatation (ou expérimentation). Il faut chercher à « rompre
avec les préjugés et les fausses évidences qui nous donnent seulement l’illusion de
comprendre les choses. La rupture est donc le premier acte constitutif de la
démarche scientifique »39.Àpartir des théories, le chercheur construit
méthodiquement des propositions explicatives du phénomène qu’il soumet à
l’étude et à une analyse méthodique.
« Sans cette construction théorique, il n’y aurait pas d’expérimentation valable. Il ne peut
y avoir, en sciences sociales, de constatation fructueuse sans construction d’un cadre
théorique de référence. On ne soumet pas n’importe quelle proposition à l’épreuve des

35
Ibid., pp. 81-82.
36
Ibid., p. 91.
37
Ibid., p. 97.
38
Gaston Bachelard, cité par Raymond Quivy et Luc Van Campenhoudt, op. cit., p. 14.
39
Raymond Quivy et Luc Van Campenhoudt, op. cit., p. 15.
faits. Les propositions explicatives doivent être le produit d’un travail rationnel fondé sur
la logique et sur un système conceptuel valablement constitué »40.

Une proposition ne devient scientifique que lorsqu’elle est susceptible d’être


vérifiée par des informations sur la réalité concrète. Dans la recherche, on a
besoin de constater ou d’expérimenter.
Le travail de mémoire et de thèse s’inscrit dans une démarche de connaissance,
une démarche scientifique. Il est universellement admis que tout travail scientifique
doit avoir un fondement théorique. Généralement, le plan de travail reprend une
partie théorique de l’analyse pour situer le sujet. Par exemple si vous travaillez sur le
concept de gouvernance41, il est important de choisir la définition ou les définitions
qui entre(nt) dans votre analyse, car la gouvernance est un sujet « bateau », c’est-à-
dire transversal, qui va de l’entreprise à la science politique, en passant par les
relations internationales.
« L’approche théoriqueconstitue un ensemble intégré de concepts et de sous-concepts
que l’on tente habituellement d’utiliser pour mieux structurer l’explication de la réalité
observable. Dans le projet de recherche, l’approche théorique intervient d’abord au
moment de la formulation du problème puisqu’elle peut fournir l’assise à l’énoncé de la
question spécifique de recherche. Et dans un tel cas, elle intervient également au moment
de la structuration de l’hypothèse et de la construction du cadre opératoire »42.

Dans le cas d’un travail purement théorique, l’étudiant peut travailler sur
l’évolution de la pensée d’un auteur particulier en la situant dans le temps et en
précisant le courant intellectuel en vogue à l’époque où l’auteur publie ses idées,
« sur la place qu’il y occupe, sur ses rapports avec les autres penseurs de son
époque, sur ses apports théoriques »43. Une importante documentation sur l’auteur
doit venir appuyer l’analyse. L’étudiant peut travailler sur un courant intellectuel.
Dans ce cas, il doit montrer « comment ce courant s’est-il formé, quelles sont ses
idées et concepts majeurs, (qui sont) ses principaux représentants et ses
ramifications. À quels débats politiques et sociaux se réfère-t-il et quelle est son
actualité ? »44. L’étudiant peut également travailler sur un concept. Dans ce cas, il
doit « montrer les origines du concept ainsi que la manière dont il est employé
actuellement. Son utilisation a-t-elle évolué au cours du temps ? S’agit-il d’un
concept qui fut très à la mode à un moment donné et qui est depuis tombé dans
l’oubli (par exemple : le marxisme) ? Ou est-ce au contraire un concept en vogue à
l’heure actuelle et l’étudiant curieux cherchera à en connaître les raisons (par
exemple la gouvernance) ? »45.

40
Ibid., p. 17. Se référer également à (J.-M. Berthelot, L’Intelligence du social, Paris, PUF, 1990, p. 39).
41
La gouvernance est un concept polysémique. J’ai retenu seize définitions de ce terme dans mon
livre, FweleyDiangitukwa, Gouvernance, action publique et démocratie participative, Saint-Légier (Suisse)
éditions Monde Nouveau/Afrique Nouvelle, 2011, pp. 249-252.
42
Gordon Mace, op. cit., p. 24.
43
Raymond Quivy et Luc Van Campenhoudt, op. cit., p. 56.
44
Ibid., p. 56.
45
Raymond Quivy et Luc Van Campenhoudt, op. cit., p. 56.
L’arrangement des concepts et des sous-concepts, ou leur explication, sert à
asseoir théoriquement l’analyse ultérieure de l’objet d’étude.
Dans une recherche scientifique, le cadre théorique constitue l’étape
intermédiaire et indispensable entre l’hypothèse et le travail empirique d’analyse. Il
précise ce qui doit être analysé avant la vérification de l’hypothèse de travail.
Certains concepts n’ont pas la même signification46 pour tous les acteurs suivant
le domaine spécifique d’intervention. Pour certains concepts, il existe autant de
définitions que d’auteurs. Il est conseillé de préciser si le concept a évolué dans le
temps, s’il y a eu des moments de ruptures et les raisons qui ont motivé ces
ruptures47. La définition des termes permet, dans les grandes lignes, de limiter le
champ de la recherche et de désigner les phénomènes. Il faut également préciser si
l’analyse se situe au niveau micro ou macro. Si certains mots repris dans le titre
peuvent être sujets à confusion, il est nécessaire de les définir afin de partager avec
le lecteur le contenu que vous accordez à ces mots. Il est aussi indiqué voire
nécessaire de faire le tour des débats autour de la question sur laquelle vous
travaillez afin de délimiter le champ d’investigation et de dégager les lignes de
clivages. Au-delà de la délimitation de votre sujet d’étude, il faut également penser à
la délimitation d’une stratégie de recherche. Délimiter un sujet, « c’est se livrer à un
exercice d’interrogation systématique. C’est transformer un thème d’étude ou une
idée de recherche en un problème à résoudre. C’est en quelque sorte donner forme
à son imagination et à ses intuitions ». C’est, en définitive, « poser un problème,
c’est identifier une question principale, c’est bâtir un terrain d’enquête en fonction
d’une série d’intuitions initiales »48. Cette manière de travailler évite des remarques
inutiles de la part d’un membre du jury qui risquera de reprocher au thésard de
n’avoir pas parlé de telle théorie ou de tel auteur ou de n’avoir pas inscrit la
réflexion dans tel courant ou telle école de pensée. Il faut tout prévoir même si cela
est difficile.

Ayez un esprit scientifique et choisissez un angle d’approche

Il va sans dire que la méthode donne des outils à la bonne préparation d’une
rédaction fondée sur la capacité de discernement, d’observation et de jugement en
connaissance de cause. Tout en définissant la méthode de recherche, il faut clarifier
les bases théoriques sur lesquelles vous allez asseoir votre recherche. Lisez ou
relisez le livre de Gaston Bachelard,Le Nouvel Esprit scientifiqueet d’Alan F.

46
« Durkheim indique que le savant doit d’abord définir les choses dont il traite afin que l’on
sache et qu’il sache bien de quoi il est question... une théorie ne peut être contrôlée que si l’on sait
reconnaître les faits dont elle doit rendre compte », in Emile Durkheim (1895, B, 159 bis), p. 34,
cité par Madeleine Grawitz, Méthodes des sciences sociales, Paris, Dalloz, 1993, p. 329.
47
C’est en tout cas le cas avec le concept de « géopolitique ». Utilisé par les Nazis, ce terme a été
abandonné après la Seconde Guerre mondiale pour réapparaître à la fin des années quatre-vingts
avec de nouvelles préoccupations.
48
Jocelyn Létourneau, Le coffre à outils du chercheur débutant : guide d’initiation au travail intellectuel,
Toronto, Oxford UniversityPress, 1989, cité par Medzegue M'Akuè Joël-Jadot, op. cit., pp. 72-73.
Chalmers, Qu’est-ce que la science ? Révisez vos cours si cela est nécessaire et
choisissez la méthode scientifique qui convient à votre travail : l’analyse
documentaire49, les approches compréhensives50, une enquête sociologique, une
étude économétrique, une analyse du discours, un entretien non directif, etc. Quelle
approche aimeriez-vous privilégier : approche par les institutions, par les intérêts,
par les idées, une approche historique, sociologique, séquentielle,
organisationnelle51, etc. ? Le champ est énorme et il est impossible d’énumérer
toutes les méthodes. Il existe de très bons manuels qui vous aident à remettre vos
connaissances à jour. Consultez-les. Si cela pose problème, allez suivre un cours sur
les méthodes à la faculté. Il ne vous fera aucun mal. Bien au contraire, il ne vous
fera que du bien car vous vous sentirez plus à l’aise dans l’approche
méthodologique à exploiter dans votre travail. Retenez la méthode qui éclaire au
mieux la question étudiée et qui permet de traiter le sujet. Souvenez-vous que
chaque méthode a ses propres règles et ses limites qui doivent être connues du
thésard.

Les étapes de la recherche

La science commence par des problèmes qui nécessitent des solutions. Devant
l’impossibilité de connaître les meilleures solutions qui résoudront efficacement les
problèmes, des hypothèses falsifiables sont proposées par le scientifique en tant
qu’elles apportent des solutions au problème. Les conjectures (hypothèses) seront
ensuite critiquées et testées. Celles qui ne résistent pas seront rapidement éliminées.
Celles qui s’avéreront fructueuses seront soumises à une critique encore plus serrée
et à des tests. Si à l’issue de ces tests, il surgit un nouveau problème, il faut recourir
à la formulation de nouvelles hypothèses qui seront suivies par une nouvelle
critique et à de nouveaux tests. Il s’agit d’un processus continu qui se poursuit ainsi
indéfiniment. « On ne peut jamais dire d’une théorie qu’elle est vraie, même si elle a
surmonté victorieusement des tests rigoureux, mais on peut heureusement dire
qu’une théorie actuelle est supérieure à celles qui l’ont précédée au sens où elle est
capable de résister à des tests qui avaient falsifié celles qui l’ont précédée. » (Ibid.,
pp. 84-85). Une hypothèse doit être falsifiable et elle retiendra davantage l’attention
de scientifiques si elleest plus falsifiable que celle qu’elle vise à remplacer et si en
particulier elle prédit un nouveau type de phénomène que l’ancienne n’avait pas
envisagé.
49
Se référer à Gordon Mace & François Pétry, Guide d’élaboration d’un projet de recherche en sciences
sociales, Bruxelles, De Boeck Université, 2000.
50
Sur l’approche de la sociologie compréhensive, lire Julien Freund, Sociologie de Max Weber, Paris,
PUF, 1968, pp. 76-115.
51
Pour de plus amples informations, référez-vous à Daniel Kübler et Jacques de Maillard,
Analyser les politiques publiques, Presses universitaires de Grenoble (PUG), septembre 2009 ; Laurie
Boussaguet, Sophie Jacquot, Pauline Ravinet (sous la direction de), Dictionnaire des politiques
publiques, Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences politique, 2006;
FweleyDiangitukwa, Gouvernance, action publique et démocratie participative, Saint-Légier (Suisse),
éditions Monde Nouveau/Afrique Nouvelle, 2011, pp. 17-44.
« Une modification dans une théorie, telle que l’ajout d’un postulat supplémentaire
ou un changement dans un postulat existant, n’ayant pas de conséquences testables
qui n’aient déjà été des conséquences testables de la théorie non modifiée, sera
appelée modification ad hoc » (Ibid., p. 93). Par exemple : (Tout) le pain nourrit, à
l’exception de celui produit dans la boulangeriex. Cette précision est une
modification ad hoc qui change tout à l’énoncé singulier.À cause de cette
modification, il devient impossible de tester la théorie car les tests de la théorie
modifiée se restreignent à la consommation de pain autre que celui produit dans la
boulangerie x. L’hypothèse modifiée est moins falsifiable que la version originale.
Toute modification ad hoc qui change tout à l’énoncé est rejetée par le
falsificationiste car les hypothèses ad hoc ne sont pas testables indépendamment et
parce qu’elles violent le noyau dur.

Les théories comme structures

En annonçant que la science progresse par essais et erreurs, on démontre que


l’induction et la falsification ne parviennent pas à rendre compte de la complexité
des théories scientifiques les plus importantes. Pour cette raison, il sera plus
approprié de considérer les théories comme des globalités structurées d’un certain
type car l’évolution et les progrès des sciences les plus importantes révèlent une
structure qui échappe à l’inductivisme ou au falsificationisme. Par exemple, le
développement programmatique de la théorie de Copernic a duré plus d’un siècle.
Cette expérience a conduit à déduire que les théories sont des globalités structurées.
Le concept Internet reste une idée vague lorsqu’il est enseigné à des enfants qui ne
connaissent pas l’ordinateur, mais il se précise lorsque les mêmes enfants ont accès
à cet instrument et l’utilisent pour échanger des messages ou des e-mails. On voit
bien qu’il y a une progression dans la compréhension qui ressemble à une structure
mentale organisée. Le concept Internet chez des enfants qui, au départ, n’ont pas
accès à l’ordinateur et qui deviennent ensuite des utilisateurs montre qu’« Il est clair
que la science pourra mieux progresser si les théories ont une structure qui contient
des clés et des prescriptions assez claires concernant leur développement et leur
extension. Ces structures ouvertes doivent proposer un programme de recherche,
comme ce qu’a offert la mécanique de Newton aux physiciens des XVIIIe et XIXe
siècles[…] Malheureusement, les théories sociologiques modernes ne parviennent
pas à mettre sur pied un programme cohérent permettant de guider une recherche
future. » (Ibid., p. 135)

Les programmes de recherches de Lakatos

Le point de vue d’Imre Lakatos représente l’apogée du falsificationisme poppérien


auquel il répond directement et dont il tente de dépasser les limitations. Dans un
article publié en 1974 et intitulé « Méthodologie des programmes de recherche
scientifique », il a proposé une remarquable tentative d’analyse des théories en tant
que structures. Il développa cette thèse sur la science dans le but de dépasser le
falsificationisme poppérien et de vaincre les objections qui lui étaient opposées.
« Un programme de recherche lakatosien est une structure qui guide la recherche future
d’une façon positive et aussi d’une façon négative. L’heuristique négative d’un programme
consiste en ce que les hypothèses de base sous-tendant le programme, son noyau dur, ne
doivent être ni rejetées ni modifiées. Il est protégé des falsifications par une ceinture
protectrice d’hypothèse auxiliaires, de conditions initiales, etc. L’heuristique positive est
constituée de lignes de conduite générale qui sont des directions de développement du
programme de recherche. Elles consistent à compléter le noyau dur par des hypothèses
supplémentaires visant à rendre compte de phénomènes déjà connus et à en prédire de
nouveaux » […] « Le noyau dur d’un programme est, avant tout, ce qui permet le mieux de
le caractériser. Il est formé de quelques hypothèses théoriques très générales, base à partir
de laquelle le programme doit se développer » (Ibid., p. 136).

L’heuristique négative d’un programme est l’exigence de maintenir inchangé et


intact le noyau dur au cours du développement du programme. Tout savant qui
effectue une modification du noyau dur choisit de sortir du programme de
recherche en question.
La ceinture protectrice consiste non seulement en des hypothèses auxiliaires
explicites complétant le noyau dur mais encore en des hypothèses sous-jacentes à la
description des conditions initiales et en des énoncés d’observation (Ibid., p. 137).
L’heuristique positive est cet aspect du programme de recherche qui indique aux
scientifiques ce qu’ils devraient faire et non ce qu’ils devraient ne pas faire. « Elle
indique comment enrichir le noyau dur afin d’être à même d’expliquer et de prédire
des phénomènes réels. Pour reprendre les propres termes de Lakatos,
« l’heuristique positive consiste en une série partiellement formulée de propositions
ou d’indications sur la façon d’opérer des transformations, de développer la
ceinture protectrice ‘réfutable’ » (Ibid., pp. 138-139). Pour évaluer un programme de
recherche qui accède au qualificatif de scientifique, il faut remplir deux conditions.
« D’abord, un programme de recherche doit posséder un degré de cohérence qui lui
permet d’inclure la définition d’un programme pour la recherche future.
Deuxièmement, un programme de recherche doit conduire à la découverte de
phénomènes nouveaux, au moins occasionnellement » (Ibid., pp. 141-142). « En
raison de l’incertitude qui plane sur l’issue de futures tentatives de développement
et de test d’un programme de recherche, on ne peut jamais dire qu’il a dégénéré au-
delà de tout espoir. Il est toujours possible que quelque modification ingénieuse de
sa ceinture protectrice conduise à quelque découverte spéculative qui donnera une
nouvelle vie au programme et le replacera dans une phase progressive. » (Ibid., p.
145).
Pour conclure sur le point de vue de Lakatos, il faut dire qu’
« on ne peut jamais énoncer sans preuves à l’appui qu’un programme de recherche est
‘meilleur’ qu’un rival. Lakatos lui-même admet que les mérites relatifs de deux programmes
ne peuvent être jugés qu’‘avec du recul’. Parce qu’il n’a pas su proposer un critère précis
pour le rejet d’un programme de recherche cohérent, ou pour le choix entre des
programmes de recherche rivaux, on serait tenté de dire, avec Feyerabend, que la
méthodologie de Lakatos est ‘un ornement verbal’, comme une mémoire des temps
meilleurs où il était encore possible de conduire une affaire complexe et souvent
catastrophique telle que la science en se fiant à un petit nombre de règles simples et
‘rationnelles’ » (Ibid., p. 147), se référer à P.K. Feyerabend, « Consolations for the
Specialist », in Criticism and the Growth of Knowledge, I. Lakatos et A. Musgrave éd (Cambridge
UniversityPress, Cambridge, 1974).

Différence entre Popper et Lakatos

Pour Popper, les décisions concernent uniquement l’acceptation d’énoncés singuliers,


Lakatos étend le dispositif pour qu’il puisse s’appliquer aux énoncés universels qui
constituent le noyau dur.

Les paradigmes de Thomas Kuhn

Dans son livre La Structure des révolutions scientifiques (trad. Laure Meyer, Flammarion,
1983), Kuhn développa sa propre théorie de science pour tenter d’être davantage
en accord avec la situation historique qui se présentait à lui. « Un des points clés de
sa théorie est l’accent mis sur le caractère révolutionnaire du progrès scientifique,
une révolution signifiant l’abandon d’une structure théorique et son remplacement
par une nouvelle, incompatible avec elle » (Ibid., p. 150).
Il faut dire que le point de vue de Khun est antérieur à la méthodologie des
programmes de recherche de Lakatos. Ce dernier adapta certains des résultats de
Khun à ses propres buts. Les conceptions philosophiques de ces deux scientifiques
sont issues d’une critique fondée sur l’histoire des sciences. « La différence majeure
entre Khun d’une part, Popper et Lakatos d’autre part réside dans l’importance que
le premier accorde aux facteur d’ordre sociologique.
Pour Khun, une science progresse par un processus sans fin qui est le suivant :
Pré-science – science normale – crise-révolution – nouvelle science normal – nouvelle crise.
La science est précédée par une activité désorganisée et multiforme (=pré-science) qui
précède la formation d’une science qui finit par se structurer et s’orienter quand un
paradigme donné reçoit l’adhésion de la communauté scientifique. La science normale,
c’est-à-dire mûre, est caractérisée par l’absence de désaccords sur les fondements
alors que la pré-science est caractérisée par un état de désaccord total et l’existence
d’un débat permanent sur ses fondements, au point qu’il est impossible de
descendre jusqu’au travail de spécialisation, de détail. Il y pratiquement autant de
théories qu’il y a de scientifiques travaillant dans le domaine, et chaque théoricien
est obligé de répartir de zéro et de justifier sa propre approche. Khun propose
comme exemple l’optique52 avant Newton. Il existait une grande diversité de
théories sur la nature de la lumière dans la période allant de l’Antiquité à l’époque
de Newton. Dans cet état de désaccord sur les hypothèses théoriques
fondamentales mais également sur la théorie dont relevait tel ou tel phénomènes
observés, il a fallu qu’un paradigme,qui suscite un consensus, vienne guider la
recherche et l’interprétation de phénomènes observables (voir évolution d’un ‘jeu’
depuis son début jusqu’à l’établissement des règles qui font l’unanimité de tous les
joueurs qui se conforment, voir aussi l’évolution du concept de l’État ou
d’intégration régionale = il y a une évolution jusqu’à la stabilisation qui crée
l’unanimité de tous les citoyens ou de tous les États qui se conforment).
« Ceux qui se situent à l’intérieur d’un paradigme pratiquent ce que Khun appelle la science
normale. Les hommes de science normale formulent et étendent le paradigme dans le but de
rendre compte et d’intégrer le comportement de certains éléments pertinents du monde
réel, révélé à travers les résultats de l’expérience. Ce faisant, ils rencontreront
inévitablement des difficultés et seront confrontés à des falsifications apparentes. S’ils ne
parviennent pas à les surmonter, un état de crise se développe. Une crise se résout lorsqu’un
paradigme entièrement nouveau émerge et gagne l’adhésion d’un nombre toujours plus
grand de scientifiques jusqu’à ce que le paradigme original, source du problème, soit
finalement abandonné. Le changement discontinu constitue une révolution scientifique. Le
nouveau paradigme, prometteur, qui n’est pas grevé par des difficultés apparemment
insurmontables, sert désormais de guide à la nouvelle activité scientifique normale jusqu’au
moment où il connaît à son tour de sérieuses difficultés qui engendrent une nouvelle crise,
ouvrant une nouvelle révolution » (Ibid., p. 151).

Une science mûre est guidée par un paradigme unique (= noyau dur de Lakatos).
Le paradigme définit la norme de ce qu’est une activité légitime à l’intérieur du
domaine scientifique qu’il régit. Il coordonne et guide le travail des hommes de
science normale qui consiste en la ‘résolution d’énigmes’ dans le domaine
scientifique qui est le sien, sous l’égide des règles dictées par un paradigme.
L’existence d’un paradigme capable d’étayer une tradition de science normale est la
caractéristique qui distingue la science de la non-science, selon Khun.

Crise et révolution
52
Science qui a pour objet l’étude de la lumière, de ses lois et de leurs relations avec la vision.
La période de crise arrive lorsqu’apparaissent des anomalies non résolues à
l’intérieur d’un paradigme qui touchent ses bases fondamentales. Quand les
anomalies en arrivent à poser de sérieux problèmes à un paradigme, c’est une
période de ‘grandes insécurité pour les scientifiques’ qui s’ouvre. Une fois qu’un
paradigme est affaibli et déconsidéré au point que ses tenants perdent confiance en
lui, le temps est mûr pour la révolution. La crise s’aggrave lorsqu’un paradigme rival
fait son apparition.
« Khun compare les révolutions scientifiques aux revolutions politiques. Puisque les
‘révolutions politiques visent à changer les institutions par des procédés que ces institutions
elles-mêmes interdisent’, tout recours politique échoue ; de la même façon, le choix ‘entre
paradigmes concurrents s’avère être un choix entre des modes de vie de la communauté qui
sont incompatibles’ et aucun argument ‘ne saurait être rendu contraignant sur le plan de la
logique ou même des probabilités » (Ibid., pp. 161-162). « Une révolution scientifique
signifie l’abandon d’un paradigme et l’adoption d’un nouveau, non par un savant isolé, mais
par la communauté scientifique concernée dans son ensemble. À mesure que davantage de
savants se convertissent, pour diverses raisons, au niveau paradigme, il se produit une
‘modification croissante de la distribution des persuasions professionnelles. Si la révolution
est victorieuse, cette modification va faire tache d’huile jusqu’à concerner la majorité de la
communauté scientifique, ne laissant à l’écart qu’une poignée de dissidents » (Ibid., p. 162).

Abandonnés, les dissidents finiront par mourir. La révolution permet de passer


d’un paradigme qui accuse des anomalies à un autre jugé meilleur que le précédent.
Telle est la fonction des révolutions. Pour que la science progresse, il est nécessaire
de passer par la phase de révolution et de remplacer l’entièreté du paradigme par un
autre.
Chez les inductivistes, le progrès se fait au fur et à mesure que s’accumulent les
observations, permettant la formation de nouveaux concepts, par l’affinement des
anciens et la découverte de nouvelles relations donnant lieu à des lois. Du point de
vue de Khun, cette vision est erronée, parce qu’elle amène à ignorer le rôle joué par
les paradigmes pour guider l’observation et l’expérience. Pour lui, le remplacement
d’un paradigme par un autre doit être révolutionnaire.

Différence entre « rationalisme » et « relativisme »

Le rationalisme part de l’idée suivante : toute connaissance certaine vient de la


raison. Quelle que soit la formulation détaillée que le rationaliste donne au critère
permettant d’évaluer les mérites comparés de théories rivales, l’une de ses
caractéristiques majeures sera son universalité et son caractère ahistorique. Quant à
la distinction entre la science et la non-science, seules les théories qui peuvent être
clairement évaluées à l’aide du critère universel et qui surmontent le test méritent le
qualificatif de scientifiques. L’astrologie n’est pas une science parce qu’elle ne peut
être induite des faits d’observation, le marxisme n’est pas scientifique parce qu’il
n’est pas falsifiable. Le rationaliste considérera comme évident le fait de privilégier
le savoir qui s’accorde avec le critère d’universalité.
Le relativiste nie l’existence d’une norme de rationalité universelle, ahistorique, qui
permettrait de juger qu’une théorie est meilleure qu’une autre. Ce qui est jugé
meilleur ou pire du point de vue des théories scientifiques varie d’un individu à
l’autre ou d’une communauté à l’autre. Le but de la quête du savoir dépendra de ce
qui est important ou mis en valeur par l’individu ou la communauté en question.
Par exemple,on attribuera le plus souvent un statut élevé à la recherche de la
maîtrise matérielle dela nature dans les sociétés capitalistes occidentales, mais elle
sera peu considérée dans une culture où on conçoit le savoir comme un moyen
d’accéder au bonheur ou à la paix (Ibid., p. 169).
Les décisions et choix que font les scientifiques ou les groupes de scientifiques
seront gouvernés par ce que valorisent ces individus ou ces groupes. Dans une
situation où un choix doit être fait, il n’y a pas de critère universel qui impose une
décision logiquement nécessaire pour le scientifique ‘relativiste’. Pour comprendre
les choix opérés par un scientifique en particulier, il faut comprendre ce qu’il met
en valeur ; c’est là une démarche de type psychologique. Pour comprendre les choix
opérés par une communauté, il faudra recourir à une démarche de type sociologique.
Etant donné que les critères pour juger les mérites de théories dépendent, pour le
relativiste, des valeurs ou intérêts de l’individu ou de la communauté, la distinction
entre ce qui relève de la science et ce qui s’en sépare variera également de la même
façon. Par exemple, la théorie du changement historique de Marx est de la bonne
science pour les uns et de la propagande pour les autres. Pour le relativiste
extrémiste, la distinction entre science et non-science est bien plus arbitraire et bien
moins essentielle qu’elle ne l’est pour un rationaliste.
Lakatos peut être qualifié de rationaliste même s’il a échoué dans cette voie. Il dit :
« En absence de critères rationnels pour orienter le choix d’une théorie, tout
changement d’allégeance théorique s’apparente à une conversion religieuse » (Ibid.,
p. 172). Pour lui, l’évaluation de théories découle de son principe que « la
méthodologie des programmes de recherche scientifique est mieux appropriée que
toute autre méthodologie pour approcher la vérité dans notre univers réel ». La
science progresse grâce à la compétition entre programmes de recherche. Un
programme de recherche est meilleur qu’un de ses rivaux s’il a un caractère plus
progressiste, ce qui dépend de son degré de cohérence et du nombre de prédictions
nouvelles auxquelles il a [Link] proposait un critère de rationalité ou de
scientificité visant l’universalité qui pouvait être atteint en soumettant le programme
à des tests.
Khun peut être qualifié de relativiste mais il a nié lui-même être relativiste et se
considérait plutôt comme rationaliste. Parmi les critères qui peuvent être utilisés
pour évaluer si une théorie est meilleure que sa rivale, il y a « la précision de la
prédiction, en particulier de la prédiction quantitative ; le rapport entre le nombre
de sujets quotidiens et de sujets ésotériques53 ; et le nombre de problèmes différents
résolus ». Pour lui, des tels critères constituent les valeurs de la communauté
scientifique. Le moyen par lequel ces valeurs sont spécifiées « doit, en dernière
analyse, être psychologique ou sociologique. Autrement dit, il doit être une
description du système de valeurs d’une idéologie, en même temps qu’une analyse
des institutions à travers lesquelles ce système se transmet et se renforce ». Il n’y a
pas d’autorité supérieure à l’assentiment du groupe concerné. Pour qu’une théorie
soit meilleurs qu’une autre, elle doit être jugée relativement aux normes de la
communauté appropriée, et ces normes varient selon la situation historique et
culturelle de la communauté.
Il a écrit dans la conclusion de la postface de La Structure des révolutions scientifiques :
« Comme le langage, la connaissance scientifique est intrinsèquement la propriété
commune d’un groupe, ou alors elle n’est pas. Pour la comprendre, il nous faudra
connaître les caractéristiques particulières des groupes qui la créent et l’utilisent ».
La vision de la science de Khun amène à envisager la dépendance d’un problème
par rapport à un paradigme ou à une communauté. Tout en ne niant pas que la
science progresse, Khun lui refuse sans ambiguïté un progrès vers la vérité (qui est
toujours provisoire).
Il arrive que des individus ou les groupes se trompent dans leurs jugements sur la
nature ou le statut d’une théorie. Pour cette raison, il faut être toujours prudent
dans l’analyse d’un fait social et utiliser la méthode la plus adéquate qui permet
d’aboutir à un bon résultat. La science est cumulative et progresse par essais et par
erreurs.<

Ce qu’il faut absolument savoir et ce qu’il ne faut jamais oublier

Rappel : Conseils pratiques


Ce qu’il faut absolument savoir Ce qu’il ne faut jamais oublier
- Il faut au départ un sujet qui doit susciter - Il faut aller par étapes successives et éviter
un intérêt réel. Ce sujet doit être bien défini, la fuite en avant.

53
Dont le sens est caché, réservé à des initiés. Par extension, se dit de toute doctrine ou
connaissance qui se transmet par tradition orale à des adeptes qualifiés.
clair et précis. - Toujours bien réfléchir avant de se lancer
- Il faut réfléchir à ce que l’on veut savoir et dans la collecte de données.
à la manière de mener la recherche. - Eviter la gloutonnerie livresque ou
- Il faut définir un plan de travail provisoire ; statistique. Lire l’essentiel en rapport avec la
même s’il semble banal et peu consistant, il problématique à traiter.
sera progressivement revu et précisé. - N’oubliez pas que le monde existe avant
- Pour éviter toute angoisse paralysante que vous. La roue a déjà été inventée. Il ne faut
certains étudiants rencontrent au début, il pas refaire ce qui existe. « Tout travail de
faut rapidement choisir un fil conducteur recherche s’inscrit dans un continuum et
clair quitte à le préciser en cours de route. peut être situé dans ou par rapport à des
- Le projet de recherche s’énonce sous la courants de pensée qui le précèdent et
forme d’une question de départ à travers l’influencent. Il est donc normal qu’un
laquelle le chercheur annonce ce qu’il chercheur prenne connaissance des travaux
cherche à savoir ou à démontrer. Cette antérieurs qui portent sur des objets
question doit être formulée de façon comparables et qu’il soit explicite sur ce qui
univoque, claire et concise. rapproche et sur ce qui distingue son propre
- Seuls les bons auteurs doivent être travail de ces courants de pensée. Il est
consultés et il faut s’inspirer de leurs important […] de situer clairement son
concepts et de leurs hypothèses. travail par rapport à des cadres conceptuels
- Il faut rédiger les hypothèses de travail reconnus. Cette exigence porte un nom qui
avant de se lancer à la collecte des données. exprime bien ce qu’il est censé exprimer : la
- Il faut définir une méthode de recherche et validité externe », in Raymond Quivy et Luc
retenir un cadre théorique existant que le Van Campenhoudt, Manuel de recherche en
chercheur maîtrise. sciences sociales, op. cit., p. 43.
- Avancez par étapes en réalisant les - N’oubliez pas de sauver régulièrement
premières avant d’aborder les suivantes, votre texte pour ne pas regretter la perte des
sinon aborder les suivantes sans perdre de données après plusieurs heures de travail.
vue les précédentes. - Gardez votre travail sur deux voire trois
- Le style doit être simple et clair. Les mots supports différents pour éviter la perte
utilisés doivent avoir la même totale de votre thèse en cas d’incident.
compréhension chez chaque lecteur. - Il y a deux étapes importantes qui ne
- Il faut être authentique et éviter le plagiat. doivent pas être oubliées ni négligées : la
- Dans l’articulation, votre mémoire ou votre recherche sur le sujet et la défense (idée
thèse doit contenir une question de départ, centrale) du mémoire ou de la thèse.
une problématique, des hypothèses - Il ne faut pas oublier de présenter
falsifiables. clairement les relations entre les concepts et
- Dans sa composition, votre thèse doit les hypothèses.
avoir une introduction, des chapitres avec - Dans son ensemble, le travail doit être
des sections, une conclusion, une annexe ou construit avec suffisamment de cohérence
des annexes, une bibliographie, une table des et de clarté.
matières. - N’oubliez pas de numéroter chaque page
- Les références doivent être clairement et de rendre, à la fin, un travail propre et
indiquées. Cela fait partie de la validité bien espacé pour permettre au directeur et
extrême d’un travail de recherche. aux membres du jury d’écrire leurs
remarques.
- Dans la bibliographie, n’oubliez pas
d’inverser l’ordre de présentation de
l’auteur. On commence par le nom de
famille suivi du prénom.
Comment préparer la bibliographie

Faire figurer les principaux documents utilisés

Tout travail universitaire et scientifique nécessite la lecture de plusieurs ouvrages


généraux et spécialisés. L’ensemble de documents est contenu dans une
bibliographie (articles de revues, ouvrages, aujourd’hui ressources Web…). La
bibliographie reprise à la fin de la recherche reprend les ouvrages qui ont
directement servi à réaliser la recherche. Elle permet de situer et de légitimer le
travail de recherche par rapport à la littérature déjà produite sur le sujet.
Il existe des règles de présentation de la bibliographie qui doivent être
rigoureusement respectées. Puisqu’il en existe aucune qui est universellement
admise, il faut se conformer aux exigences de l’université où le mémoire ou la thèse
sera présenté/e.

Les documents de référence sont classés en ordre alphabétique des auteurs

Les documents de référence sont classés par ordre alphabétique des auteurs, du
premier auteur commençant par la lettre A au dernier terminant par la lettre Z,
c’est-à-dire chronologiquement. La bibliographie reproduit, selon une présentation
normalisée, les références qui se trouvent dans les notes de bas de page54. Les
références bibliographiques doivent être bien établies afin de faciliter l’identification
des documents utilisés. Il faut distinguer les publications officielles (documents
publiés par les gouvernements et/ou les organisations internationales) des travaux
(livres, articles de revues spécialisées, articles de journaux, etc.). Les citations et les
notes de bas de page se trouvant dans le texte doivent non seulement avoir un lien
avec la bibliographie mais en plus elles doivent avoir une présentation cohérente et
logique selon des règles précises. Il faut identifier le type du document cité en
précisant s’il s’agit d’un ouvrage, d’un article, d’un cours, d’un congrès, d’un
colloque, etc. Il faut également déterminer son support de transmission (papier,
électronique, etc.).
Vous gagnerez en temps, si vous commencez à préparer la bibliographie dès le
début de votre recherche. Vous aurez ensuite à l’enrichir ou à supprimer les
ouvrages que vous avez prévus utiliser mais auxquels vous avez finalement
renoncé.
La bibliographie sert à rappeler l’ensemble des sources utilisées dans le mémoire
ou la thèse. On reprend la liste des documents qui ont permis au chercheur de

54
Sur cette question, on peut consulter les documents suivants disponibles sur Internet : Marie-
Laure Malingre, Introduction aux outils de gestion bibliographique [en ligne],
in[Link] ; URFIST de Lyon, Les logiciels de
références bibliographiques [en ligne], in[Link]
[Link]/38131655/0/fiche_pagelibre/&RH=1215024899213 ; URFIST de Paris. Fourmi :
Bibliographies (rédaction, gestion, manuels d’utilisation, citation des documents [en ligne], in
[Link]
mener le travail à terme. Les auteurs sont présentés en ordre alphabétique en
commençant par le nom suivi du prénom mis entre parenthèses. Jocelyn
Létourneau affirme que : « Toutes les sections de la référence doivent être séparées
par une virgule, jamais de point. Il s’agit d’une convention universelle qui doit être
strictement appliquée »55. En réalité, il n’existe pas une façon de présenter la
bibliographie universellement admise. Lorsqu’on a adopté un modèle de
présentation, il faut le maintenir du début à la fin. Dans ce livre, j’ai choisi la
présentation suivante : nom, prénom (entre parenthèses), titre de l’ouvrage (en
italique), ville de publication, maison d’édition, année de publication (à la fin).
Quant aux prénoms des auteurs, il faut faire un choix : soit on opte pour
l’abréviation soit on écrit le prénom entier. Certains chercheurs mettent le prénom
entre parenthèses, d’autres indiquent uniquement l’initiale du prénom mais cette
façon de procéder peut être une source de confusion lorsque deux auteurs portant
le même nom ont un prénom commençant par la même lettre. Exemple : Beaud
(Michel) et Beaud (Marcel). Dans ce cas, l’initiale ne nous aide pas. Il est possible
d’utiliser les deux lorsqu’on est sûr que la confusion est exclue.
La façon de présenter la bibliographie diffère légèrement d’une université à une
autre et d’un directeur à l’autre, mais en règle générale, on retrouve les mêmes
données. L’indication de la référence bibliographique varie selon le type (ouvrage,
article, congrès…) et le support (papier, en ligne, cédérom…) du document auquel
elle se rapporte. Certains éléments sont obligatoires comme l’auteur, le titre de
l’ouvrage ou de l’article, la maison d’édition, l’année de publication, etc. Ces
éléments, qui doivent être présentés selon un ordre précis qui doit être toujours le
même, sont à trouver sur la page de couverture (titre, maison d’édition), dans l’une
de premières pages intérieures (année de publication, lieu de publication)56.

La meilleure manière de présenter la bibliographie

Dans la bibliographie, n’oubliez pas d’inverser l’ordre de présentation de l’auteur.


On commence par le nom de famille suivi du prénom.
Pour les articles, la présentation est la suivante : le nom et le prénom de l’auteur,
le titre de l’article (entre guillemets)57, le nom de la revue ou du périodique (en

55
Jocelyn Létourneau, Le coffre à outils du chercheur débutant : guide d’initiation au travail intellectuel,
Toronto, Oxford UniversityPress, 1989, cité par Medzegue M'Akuè Joël-Jadot, op. cit., p. 102.
56
Veuillez consulter le Guide de gestion des références bibliographiques, in [Link]
[Link]/refbibli/[Link]
57
« Nous précisons également à ce niveau que l’ancienne pratique qui voulait que l’on mette le
titre de l’article entre les guillemets (« ... » ) ou alors qu’on le souligne était simplement due au
fait que la technologie de l’époque (la machine à écrire mécanique notamment) ne permettait
pas beaucoup de manipulations. En effet, la machine à écrire mécanique ne pouvait, à l’époque, que
mettre les guillemets ou encore souligner les mots ou le titre entier ; alors qu’aujourd’hui, la technologie
informatique, notamment la PAO et le traitement de texte permettent toutes les facilités possibles
de manipulation de texte : l’italique, le gras, le souligné ou le double souligné, etc. La logique
voudrait donc que l’on mette désormais le titre en italique (titre du livre ou titre de l’article) et
que seule la source (le nom du périodique dans lequel a été publié) soit soulignée. Enfin, le
italique), le lieu de publication, la maison d’édition, l’année de publication. Pour une
référence complète, cela donne :

FweleyDiangitukwa,« Terrorisme et piraterie dans le Golfe de Guinée : esquisses de


solutions », pp. 97-117, in Piraterie et terrorisme. De nouveaux défis sécuritaires en Afrique
centrale. Actes de colloque (Libreville Hôtel Laico, 19-20 novembre 2009) publiés
par la Fondation © Friedrich Ebert Stiftung (FES), Bureau du Cameroun. ISBN :
97 89 95 64.

Pour les ouvrages et les articles trouvés sur Internet, il faut reprendre la référence
comme ci-dessous et ajouter l’adresse complète où l’information a été trouvée ainsi
que la date de la consultation ; en définitive, la présentation est la suivante :

[Link] consulté le 18 octobre


2011 à 4 h 12’.

[Link] consulté le 2 septembre 2011 à 19


h 42’.

Dans la bibliographie, distinguez les sources principales des autres sources. Par
sources principales, il faut entendre les principaux matériaux qui ont servi au
développement de votre démonstration.
Les ouvrages qui ne se rapportent pas directement à la thèse et dans lesquels le
thésard a emprunté une citation peuvent être ignorés d’autant plus qu’ils ont déjà
été signalés dans les notes de bas de page. N’oubliez pas de signaler les livres écrits
par votre directeur et par l’un ou l’autre membre du jury qui sont en rapport avec le
sujet traité dans le mémoire ou dans la thèse. Cela fait partie de la courtoisie
élémentaire. Il est aussi possible de citer les ouvrages qui se rapportent au sujet
mais qui n’ont pas été utilisés58.
Les sources sont présentées en ordre alphabétique, de A à Z, précédés d’un petit
trait à gauche. Si un auteur a publié plusieurs ouvrages qui se rapportent à la thèse,
signalez-les en les séparant par un point-virgule suivi d’un petit trait. Pour les
ouvrages sans nom de l’auteur ou des auteurs, le titre devient le nom de l’auteur.
Lorsqu’il y a deux ou trois auteurs, on écrit :

nom du périodique (la source dans laquelle est publié l’article) doit obligatoirement être
précédé de la mention In », inMedzegue M'Akuè Joël-Jadot, op. cit., p. 103. Malgré cette mise au
point, je rappelle qu’en matière de bibliographie, il n’y a pas de règle de présentation admise par la
communauté scientifique.
58
Faites ici très attention, un membre du jury peut vous coincer lors de la défense s’il découvre
qu’un livre cité dans la bibliographie n’a pas été lu, consulté ou exploité. Afin d’éviter toute
confusion ou tout malentendu, je conseille de ne pas signaler ce groupe d’ouvrages. C’est plus
prudent. Mais notez leur référence pour votre propre information. Vous pourriez les utiliser plus
tard, dans la suite de vos recherches post doctorales.
Nom et prénom du premier, du deuxième et du troisième auteur, titre de
l’ouvrage en italique, ville de publication, maison d’édition et année de publication.
Lorsqu’il y a plus de trois auteurs avec un auteur principal, on écrit :
Nom et prénom de l’auteur suivis de [al.]59, titre de l’ouvrage en italique, ville de
publication, maison d’édition et année de publication.
Lorsqu’un auteur a publié plusieurs ouvrages, on mentionne d’abord le dernier
ouvrage publié suivi des autres présentés en ordre chronologique décroissant, c’est-
à-dire du plus récent au plus ancien.
Pour un ouvrage collectif avec un directeur de publication, on écrit :
Nom et prénom [sous la direction de], titre de l’ouvrage en italique, ville de
publication, maison d’édition et année de publication.
Pour un article, on écrit :
Nom et prénom, « titre de l’article » (entre guillemets), in nom de la revue (en
italique), mois, année, lieu de publication.
Si le livre a été publié avec un sous-titre, signalez-le. S’il y a plusieurs éditeurs
pour un même livre, signalez-les tous. Si la maison d’édition n’est pas indiquée et si
également l’un ou l’autre détail manque, comme la date d’édition, le lieu d’édition,
précisez-cela. Si l’ouvrage a plusieurs volumes, indiquez pour chaque tome l’année
de publication et précisez le volume que vous avez utilisé. S’il s’agit d’une
traduction, il est nécessaire de signaler la référence bibliographique d’origine dans la
note de bas de page et de la compléter par la formule « cité par… » suivie de la
référence complète de l’ouvrage dans lequel on a puisé l’information.

L’ordre de présentation des ouvrages et des articles

L’ordre de présentation des ouvrages et des articles sera le suivant :


 sources principales ou ouvrages généraux,
 autres sources ou autres ouvrages,
 revues et journaux (articles),
 rapports,
 dictionnaires spécialisés,
 sites Internet.
S’il s’agit d’une recherche internationale, il est important de procéder par pays ou
par continent suivant l’importance du nombre d’ouvrages à signaler.

Bibliographie

59
« Dans le cas d’un document de plus de trois auteurs, on cite uniquement les 3 premiers
noms selon l’ordre de présentation sur le document et on met entre crochets carrés la
mention et al. (Ex. [et al.]), du latin e t a l i i , qui veut dire « et les autres ». On le met entre
crochets carrés parce qu’on l’ajoute de son propre chef (et al. n’est écrit nulle part dans le
document, sinon il y aura atteinte au droit moral des auteurs) », inMedzegue M'Akuè Joël-
Jadot, op. cit., p. 110.
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IIèmePartie

Introduction

Ecrire un mémoire – et surtout une thèse de doctorat – est un travail fastidieux,


de longue haleine, qui ne doit pas être pris à la légère. Il ne suffit pas d’ingérer un
vocabulaire scientifique, de respecter les règles de la recherche scientifique et de
tenir un discours opaque que seuls des initiés peuvent comprendre aisément ; il
faut, au-delà, savoir mettre en pratique ou en application toutes les notions apprises
afin de contribuer utilement à l’avancement de la connaissance humaine. Il faut
savoir qu’il y a toujours plus de thèses commencées que des thèses conduites
jusqu’à la soutenance.
Que l’idée, c’est-à-dire le thème à traiter, naisse intuitivement dans la tête du
futur chercheur ou qu’elle soit le résultat d’une construction, c’est-à-dire d’un
travail réfléchi, il faut se mettre au travail pour clarifier ce que l’on souhaite
entreprendre et le but à atteindre. Rien ne se fait et ne se gagne sans travail.
Ceux qui ont des idées claires dès le début de leurs études ont un avantage sur les
autres car, lorsqu’ils sont organisés, ils rassemblent la documentation au fur et à
mesure qu’ils avancent dans leurs études. Ils observent les professeurs et se font
une opinion sur ceux qui pourront être pressentis à diriger leur thèse au cas où ils
parviendraient à pousser leurs études jusqu’au bout. C’est chez ces étudiants que la
longueur du temps de rédaction est plus courte. Ils font le choix des cours et de
leurs lectures en fonction du but final. Ils préparent les séminaires, toujours en
fonction du but final. Ils commencent très tôt à noter les références des livres qui
pourront les intéresser dans la suite de leurs études. Ils composent ainsi de façon
prématurée une bibliographie provisoire de leur futur mémoire ou de leur thèse.
Bref, ce sont des étudiants qui anticipent et, comme on le sait, l’anticipation n’a
jamais été une mauvaise démarche dans la vie.
Idéalement, il est préférable de choisir son sujet de thèse dans la continuité du
sujet que l’on a déjà traité dans le mémoire de master. La rédaction de ce travail
doit être considérée comme une préparation au travail de thèse qui suivra.
Même si au départ d’une recherche, l’étudiant sait vaguement le problème qu’il
voudrait étudier, la rédaction d’un mémoire ou d’une thèse reste une tâche ardue,
longue et difficile car l’étudiant ne sait pas dans les moindres détails comment
aborder utilement le sujet et comment déboucher sur des propositions concrètes.
Malgré cela, il faut se lancer dans la recherche afin que cet exercice cesse de paraître
harassant. Il faut trouver des documents pertinents, exploiter toutes les ressources
disponibles, rechercher, évaluer et critiquer l’information, mais aussi déchiffrer,
comprendre, assimiler et restituer les contenus. Ce sont ces compétences qui
constituent les facteurs-clés de la réussite d’un travail universitaire. Au fur et à
mesure que l’étudiant avance dans la rédaction, il trouve du plaisir en découvrant et
en développant de nouvelles idées. En toute évidence, la rédaction d’une thèse
semble le plus souvent difficile avant d’avoir commencé. A ce propos, Sénèque a
dit : « Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, mais
parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles ».
La rédaction d’une thèse est la voie classique pour accéder au savoir et à la
reconnaissance dans le domaine particulier de la recherche. Cette voie permet,
lorsque cela est possible, d’accéder à des postes de haute responsabilité et parfois
très bien rémunérés mais pas forcément à l’enrichissement60.

Candidat au diplôme de master ou à la thèse

De l’intention d’écrire un mémoire à la soutenance, le chemin est long, voire très


long et très épuisant. Seuls quelques candidats parviennent à réaliser leur rêve.
Soyez persévérant pour compter un jour parmi eux. Quels que soient les écueils, les
difficultés et les moments d’impasse, ne vous découragez pas. Dites-vous toujours à
chaque découragement : « beaucoup ont suivi le chemin et s’en sont sortis.
Pourquoi pas moi ? ».

Se lancer tôt dans la recherche

Le meilleur moyen de réduire la durée d’un travail de recherche, c’est de vous


lancer tôt, si possible, autant y rêver pendant vos études de master en commençant
à vous préparer dans vos travaux de séminaire, en rédigeant par exemple un
mémoire pour le master de recherche qui trouvera son prolongement dans le travail
de thèse, en réunissant progressivement la documentation dont vous aurez besoin
si vous parvenez à faire admettre le sujet et à trouver un directeur. Il est important
que certains de vos travaux de master s’inscrivent dans une stratégie personnelle, en
anticipant, c’est-à-dire en vous projetant dans l’avenir. « Une thèse doit s’inscrire
dans une stratégie. C’est dès la licence que vous devez penser à l’orientation de
votre master ; et dès votre master que vous devez penser à votre doctorat »61. Si on
s’est lancé tôt et si on est bien organisé, tenace, rigoureux, discipliné et déterminé à
aller jusqu’au bout, il est possible de soutenir une thèse après trois ou quatre ans. Il
faut pour cela consacrer toute une année pour la documentation et la définition du
plan de travail qui doit être rigoureux et structuré et entamer la rédaction dès
l’entrée dans la deuxième année de recherche.
Vous avez l’intention d’écrire un mémoire ou une thèse de doctorat62 ? Vous
avez rempli toutes les conditions et obtenu l’autorisation de la faculté ou du
département et de votre directeur ? Il ne suffit pas d’avoir un sujet de thèse et un
directeur, faudrait-il encore que le projet soit accepté par une commission
académique qui siège et statue sur les différents sujets présentés. Suivant les
universités, cette exigence mène l’étudiant à rédiger un texte de quelques vingt à
60
Ce n’est pas une voie sûre pour l’enrichissement – il existe d’autres passerelles pour cela mais
souvent fermées et réservées aux membres de certains réseaux.
61
Michel Beaud, L’art de la thèse, Paris, La Découverte, 2006, p. 30.
62
Le chemin qui mène à l’obtention du titre de docteur est long, épuisant et parfois décourageant.
Il faut vouloir pour aller jusqu’au bout.
trente pages dans lequel il présente son sujet et défend son originalité. Il explique ce
qu’il prétend apporter comme nouveauté dans le champ de la connaissance. Il
présente également, de façon anticipée, une bibliographie provisoire.
Si l’étudiant n’a pas publié un seul article ou un livre et s’il ne présente pas
régulièrement ses travaux aux dates indiquées, s’il ne suit pas les conseils de son
directeur, s’il ne montre pas qu’il maîtrise son sujet et est prêt à indiquer le chemin
à suivre dans sa recherche (c’est lui qui rédige la thèse – c’est sa thèse et pas le
contraire), il n’ira pas jusqu’au bout. En revanche, s’il consulte des documents
originaux, pertinents et sérieux, il y a de forte chance que son directeur ne le garde
pas pendant toute une éternité. En tout cas, il l’aidera à finir son travail et à devenir
son concurrent voire son collègue.
Plus tôt on est prévenu, mieux on se prépare à éviter les pièges éventuels dans le
futur, parmi lesquels se trouvent la maîtrise d’une méthodologie adaptée à la
discipline et au sujet choisi mais aussi le problème de la connaissance (savoir
théorique), de la démarche scientifique en sciences sociales et humaines,
économiques et juridiques. La méthodologie choisie doit avoir un rapport direct
avec l’objet de la recherche. En d’autres termes, il faut qu’il y ait une adéquation
entre la méthodologie choisie et le résultat à obtenir. Donc, le chercheur doit bien
avoir conscience du type d’approche(s) qu’il choisit et il doit évaluer les
conséquences de façon à ce qu’il ne démarre pas son travail sur de fausses pistes.
Les étudiants qui ne maîtrisent pas la question de la connaissance du champ dans
lequel ils vont inscrire leur thèse de doctorat et de la méthodologie adaptée au sujet
de thèse éprouvent beaucoup de peine à avancer dans la conceptualisation, dans la
rédaction du plan de travail mais également dans l’étape de validation de
l’hypothèse ou des hypothèses retenue(s). L’hypothèse est un élément important du
processus de recherche. En effet, il n’y a pas de thèse sans hypothèse, sans
connaissance théorique et sans méthodologie. L’hypothèse est construite à partir de
la question de départ (problématique) pour laquelle le chercheur cherche une
solution ou une réponse. Elle est cette réponse provisoire ou supposée qui sera
examinée tout au long de la recherche (thèse). A la fin, cette hypothèse sera vérifiée
pour la valider ou ne pas la valider. Une bonne « hypothèse établit une relation qu’il
nous faudra vérifier en la comparant aux faits. C’est une relation qui sera établie
entre les concepts ou, plus généralement entre des attributs de concepts qui
représentent et servent à décrire les phénomènes observés »63. Il faut formuler des
hypothèses susceptibles d’être vérifiées par le travail ou par l’enquête définitive.

Choisir la démarche scientifique la mieux indiquée

Il faut toujours choisir la démarche scientifique la mieux indiquée par rapport à


la recherche à mener et la méthodologie la plus appropriée qui permet de traiter
aisément le sujet. Autrement, on tombe vite dans l’impasse.

63
Gordon Mace, op. cit., p. 36.
Un travail de recherche qui ne commence pas par une préparation minutieuse
avant d’entreprendre la rédaction sera de peu de valeur. Dès le départ, le chercheur
doit avoir une idée claire de son sujet, il doit déterminer ce qu’il veut démontrer et
la manière de procéder (méthodologie) pour parvenir à la démonstration. Il doit
préciser l’objet d’étude, penser à rédiger un plan (provisoire) qui définit les grandes
étapes de la recherche, définir les stratégies et techniques de recherche les plus
appropriées compte tenu de son objet d’étude et du but à atteindre.
Comme la vie est un apprentissage sans fin, un travail de recherche se construit
progressivement : chaque jour, chaque semaine, chaque mois et chaque année.

Comment choisir un bon sujet

Plus tôt on se lève pour entreprendre un voyage, plus vite on arrive à destination.
Le voyageur prévoyant ne part jamais aux heures de pointe où les embouteillages
sont nombreux sur les axes principaux.
La situation est semblable pour la rédaction d’un travail de fin d’études ou d’une
thèse de doctorat. Plus tôt on se met à trouver un sujet, un directeur, une question
de départ ou une question principale et que l’on commence à rassembler les idées et
les documents de travail, plus vite on se mettra à rédiger le plan de travail et ensuite
le plan de rédaction et plus vite aussi on pourra finir. Il ne faut jamais oublier que la
recherche à mener dépend de la question de départ.
Tout dépend de l’engagement et de l’organisation de l’étudiant, plus
particulièrement du temps qu’il va y consacrer journellement, hebdomadairement et
mensuellement. Il faut constamment se rappeler qu’écrire un mémoire ou une thèse
de doctorat est un travail harassant et épuisant. Il nécessite de la volonté et de la
persévérance. Ceux qui lisent beaucoup, qui réfléchissent beaucoup, qui ont une
certaine facilité d’écrire et qui savent manipuler un traitement de texte et un tableur
ont un avantage sur les autres. Ils peuvent travailler sans compter sur la
disponibilité des tierces personnes, en particulier dans la saisie de différentes
versions du manuscrit. La connaissance des langues étrangères, principalement
l’anglais, est un atout indéniable. Il y a beaucoup plus de publications et de
traductions en anglais qu’en français. Et plus, dans la vie professionnelle, il y a plus
d’opportunités de postes de travail dans les universités et centres de recherche qui
utilisent l’anglais que le français. Pourquoi ne pas suivre une formation en anglais et
en informatique pour ne pas être handicapé (voir infra)?

Qu’est-ce qu’un bon sujet de mémoire ou de thèse ?

Un mémoire ou une thèse commence toujours par une intention suivie d’un
choix du sujet ou d’un thème central qui va vous occuper tout au long de votre
travail de recherche. Ce choix doit être motivé en indiquant les raisons qui ont
poussé le chercheur à retenir ce sujet plutôt qu’un autre. C’est lui qui clarifie, dès le
départ, la démarche à suivre, réduit les risques de confusion ultérieure et prévoit les
solutions aux difficultés éventuelles qu’il rencontrera. Il faut d’abord bien
comprendre son sujet et le limiter dans le temps (à quelle date, à quelle période ?) et
dans l’espace (où, dans quel pays, quels sont les auteurs de référence ?), en posant,
dans la mesure du possible, des bornes précises ou des frontières afin de faciliter la
recherche documentaire, l’établissement du bilan (inventaire) de la connaissance
dans le domaine précis de la recherche, en faisant un état des lieux de ce qui a déjà
été dit sur la question. Le chercheur doit absolument trouver un intérêt réel64 à traiter
le sujet qu’il a choisi parce qu’il va investir l’énergie nécessaire afin de mener la
recherche à terme et surmonter les difficultés inhérentes à toute recherche
scientifique. Il doit connaître les travaux antérieurs consacrés sur le sujet qu’il veut
étudier. Un sujet de recherche qui n’a connu aucun travail antérieur est difficile à
aborder. « Les travaux antérieurs sont en effet particulièrement utiles lorsque vient
le moment de formuler le problème et de choisir la stratégie de vérification »65. Il ne
s’agira pas de reproduire les mêmes travaux mais de « voir comment les autres ont
procédé afin de choisir une façon originale de mener l’étude et d’évaluer les chances
de succès de l’approche à privilégier »66. Si le chercheur découvre des silences ou
des manquements dans les travaux antérieurs traitant du même sujet, il peut
chercher à les combler en apportant un éclaircissement ou des solutions au
problème. S’il découvre des lacunes méthodologiques, les conclusions de ces
travaux doivent être remises en question. Pour cette raison, il faut préférer lire des
études et des analyses car c’est dans ces travaux que le chercheur découvrira le
problème particulier de sa recherche et la façon de l’aborder. Il doit chercher à
savoir si l’information sur le sujet d’étude est disponible, abondante, confidentielle,
accessible ou non, pertinente ou non. La disponibilité de l’information permet au
chercheur de déterminer l’orientation à donner à la recherche. Il doit être au clair avec
la démarche méthodologique la mieux appropriée compte tenu de ce qu’il veut
démontrer (analyse documentaire, interview, sondage, observation participante,
etc.).
Les domaines étudiés par les sciences sociales et humaines étant très vastes,
aucun chercheur ne peut avoir la prétention de maîtriser tous les domaines. D’où la
nécessité de limiter le champ d’étude dans le temps et dans l’espace. Il faut parler de
ce que l’on sait et avoir l’honnêteté intellectuelle de reconnaître ce que l’on ne sait
pas. Les dictionnaires spécialisés, les encyclopédies et les manuels peuvent être d’un
apport certain à cette étape. Faites un brainstorming (tempête de cerveau) en passant
en revue les termes (approche lexicale) se trouvant dans le titre du sujet retenu.
Certains sujets peuvent s’inscrire dans un programme de recherche cohérent
permettant de guider une recherche67.
Un sujet est jugé bon lorsque :

64
L’« intérêt réel » du sujet fait allusion à la pertinence sociale du sujet à traiter. Le chercheur peut
expliquer la raison pour laquelle il a choisi d’étudier un thème par rapport à un autre et donner la
raison pour laquelle il le considère comme plus important du point de vue de la collectivité ou de
la vie en société.
65
Gordon Mace, op. cit., p. 9.
66
Ibid., p. 9.
67
Dans ce cas, le sujet de mémoire va concerner la rédaction d’une partie dudit programme.
- il y a des choses à dire,
- il suscite un vrai intérêt ou un vrai débat,
- il est un sujet sur lequel il est possible de travailler pendant quelques années
et d’apporter de nouveaux éclairages,
- il n’est pas un sujet sur lequel on a déjà trop travaillé (sauf s’il y a de
nouvelles idées qui méritent d’être portées à la connaissance du milieu
académique pour faire avancer la connaissance),
- la documentation est disponible (sans documentation, c’est vite l’impasse),
- il crée un champ nouveau qui nécessite qu’on y consacre une étude.

Choisissez un thème central

Il faut choisir un thème qui va vous intéresser et vous préoccuper, car vous serez
identifié par rapport à ce sujet qui pourrait vous coller à la peau le reste de votre
vie. Vous deviendrez un expert (une référence) dans ce domaine. Par exemple, celui
qui a décidé de travailler sur le pouvoir politique peut consacrer le reste de sa vie à
ce thème, en explorant les différentes facettes ou les différents aspects de la vie
politique. Il en est ainsi pour celui qui décide de travailler sur la démocratie
participative. Le choix doit être fait en fonction de ses propres centres d’intérêt ou
en fonction d’un problème de société qui mérité d’être réfléchi ou approfondi en
vue d’y apporter une réponse sinon un début de réponse. Ce sujet doit recevoir
l’accord d’un enseignant habilité à diriger un travail de recherche ou une thèse de
doctorat. Cela revient à dire que l’étudiant doit présenter un sujet mûrement
réfléchi, susceptible de retenir l’attention de l’enseignant. Mais pour pouvoir choisir
un bon sujet, il faut avoir acquis au préalable de bonnes connaissances théoriques
générales.
« Une recherche est par définition quelque chose qui se cherche. Elle est un
cheminement vers une meilleure connaissance et elle doit être acceptée comme tel, avec
tout ce que cela implique d’hésitation, d’errements et d’incertitude. Beaucoup vivent cette
réalité comme une angoisse paralysante : d’autres au contraire la reconnaissent comme un
phénomène normal et, pour tout dire, stimulant »68.

Ne prenez jamais le risque de traiter un sujet qui dépasse vos moyens et que seul
un centre de recherche peut valablement traiter. Evitez également de retenir un
sujet à double interprétation ou qui comporte une connotation morale parce que
« la confusion entre l’analyse et le jugement de valeur est assez courante et n’est pas
toujours facile à déceler »69. Les sujets moraux sont très polémiques et il est difficile
que les lecteurs se mettent facilement d’accord. La démonstration elle-même reste
souvent subjective.
Choisissez un sujet qui vous permet d’apporter une plus-value réelle.

68
Raymond Quivy et Luc Van Campenhoudt, Manuel de recherche en sciences sociales, Paris, éditions
Dunod, 1995, p. 21.
69
Ibid., p. 29.
Si toutes les conditions sont remplies et vous avez choisi un sujet, mûri votre
réflexion pour savoir si votre choix est pertinent, si personne d’autre n’a mené une
recherche sur ce sujet, demandez-vous : quel est l’intérêt de travailler sur ce sujet ;
quelles nouvelles idées apporterai-je afin de contribuer à une avancée significative
dans la connaissance sur ce sujet particulier ou quelle sera mon apport dans la
réflexion générale sur ce thème ? Ces questions préalables vont vous éviter une
perte de temps et d’énergie70.

Vous vivez votre première expérience de chercheur

Après la présentation du sujet au directeur, une discussion s’engage entre les


deux parties qui conduira à la définition du sujet (termes et mots-clés), mais il s’agit
là d’un travail provisoire car le sujet pourra être réajusté en fonction de nouvelles
connaissances acquises par l’étudiant à travers ses lectures ou à l’issue de l’enquête
de terrain71.
Avant de vous lancer dans la recherche, prenez la peine de lire deux bons
mémoires si vous êtes au niveau Master72 sinon deux bonnes thèses de doctorat. Par
« bon » ou « bonne », j’entends un texte bien rédigé qui a obtenu une très bonne
note. Lisez les travaux les plus importants par rapport à votre mémoire ou à votre
thèse afin d’élargir votre champ de réflexion. Si vous ne le faites pas, soyez certain
que votre directeur vous fera la remarque en vous disant que votre démarche n’est
pas scientifique et plus tard un membre du jury (si pas tous les membres) vous fera
la même remarque. Il n’y a rien de plus désagréable que d’apprendre, en pleine
soutenance, l’existence d’un document essentiel que l’étudiant n’a pas lu. Votre
directeur pourrait vous citer quelques titres s’il dirige déjà des travaux de fin
d’études ou des thèses, autrement vous pourriez vous renseigner au secrétariat de
votre département ou de la faculté où vous êtes inscrit en tant qu’étudiant régulier.
Réfléchissez sérieusement et profondément avant de vous lancer dans la recherche.
Si vous le faites assez tôt, vos idées vont continuer à mûrir dans votre tête au fur et
à mesure que vous avancerez dans le travail de réflexion. Une question de départ
jaillit subitement, une hypothèse vous traverse l’esprit, notez toutes les idées fortes
qui ont un rapport avec votre recherche. Vous les retravaillerez. Toute recherche
prend forme progressivement. Aucun mémoire n’a été écrit en quelques jours ni en
quelques semaines.

70
Un contrôle sur Internet, par mots-clés, peut vous renseigner sur les mémoires (ou thèses)
éventuels préparés et présentés sur le sujet qui vous intéresse.
71
L’enquête ou la pratique sur terrain permet d’assimiler un savoir-faire. Sur cette question, lire
Stéphane Beaud et Florence Weber, Guide de l’enquête de terrain, Paris, La Découverte, collection
« Guides Repères », 2003 ; Cefaï Daniel (dir.), L’enquête de terrain, Paris, La Découverte/MAUSS,
2003 ; Jean Copans, L’Enquête ethnologique de terrain, Paris, Armand Colin, 2011.
72
Le mémoire de DEA (actuellement master recherche) est considéré comme le premier pas vers
la rédaction de la thèse. A ce niveau, le choix du thème de mémoire doit être bien réfléchi car il
peut déterminer l’orientation des travaux à venir (thèse, publications, etc.)
Choisissez un titre parlant qui accroche le lecteur

Le titre d’un mémoire, d’une thèse ou d’un livre, ressemble à un miroir qui
montre le visage ou le corps extérieur ou encore à une vitrine qui montre
l’échantillon du magasin. Il ne doit pas être négligé dans la mesure où il indique la
ligne directrice à partir de laquelle la recherche sera menée. Un bon sujet doit être
concis, précis et bien délimité dans le temps et dans l’espace. Le titre doit être assez
explicite, court, simple et surtout parlant, c’est-à-dire important. Il doit être une
invitation à la lecture et à la découverte. Ne retenez jamais un sujet vague et large.
Aucun directeur ne l’acceptera. Par exemple : « La crise économique dans les pays
pétroliers ». Mais un sujet tel que : « Les causes de la crise économique dans les pays
pétroliers entre 2009-2011 » peut susciter un intérêt réel si la compréhension de ces
causes peut éviter de nouvelles crises. « Sont également à éviter les ‘titres
entonnoirs’, où l’on parle d’un thème large pour finir sur un objet très précis, tels
que ‘Le problème du sous-développement. Le cas de l’Afrique. Le cuivre en
Zanubie’ »73. Sur ce genre de sujet, Michel Beaud dit : « Ces titres multiplient en
effet les causes de déception pour le lecteur et les occasions de critique offertes aux
membres du jury »74.

73
Michel Beaud, op. cit., p. 27.
74
Idem, p. 27.
Chapitre III : Comment formuler la question de départ

3.1. Il n’y a pas de thèse sans question de départ

Il y a dans tout travail de fin d’études et toute thèse une « question de départ »
que d’autres appellent « question principale ». Pour le dire autrement, il n’y a pas de
thèse sans question de départ. Cette question est non seulement incontournable
mais en plus essentielle car on la retrouve à toutes les étapes : dans la définition de la
problématique (c’est-à-dire la ligne directrice du mémoire qui apparaît sous forme
d’une question), le plan de travail qui établit les liens entre les idées présentées dans le
mémoire, le plan de rédaction qui analyse en profondeur les idées annoncées dans le
plan de travail et la conclusion qui répond à la question posée dans l’introduction, qui
reprend sous forme de synthèse les principaux arguments repris dans la
démonstration et qui annonce les perspectives d’avenir ouvertes dans le domaine
de la recherche en question. Toute recherche commence avec la formulation d’une
question qui constitue l’étape initiale du processus de recherche. C’est elle qui
montre la direction, qui sous-tend toute la recherche, c’est-à-dire qui assure la
cohérence de l’ensemble du travail et qui contribue à la démonstration de la thèse.
Une bonne question de départ s’appuie toujours sur un cadre conceptuel, c’est-à-
dire sur une théorie.
La question principale permet d’élaborer la problématique, d’orienter la
recherche et de construire un plan de travail cohérent. La problématique constitue
un ensemble des concepts et des représentations du monde en fonction desquels le
chercheur va construire le questionnement de sa recherche.
Comme pour le choix du titre, la question principale doit être formulée de façon
claire (le sens ne doit prêter à aucune confusion), concise, précise, sérieuse, réaliste.
Il faut éviter une question vague ou floue car la question de départ doit ressembler
à la clé avec laquelle on ouvre toutes les portes de la maison (thèse). Elle doit
permettre au chercheur de savoir où il va. A travers la question de départ, « le
chercheur devra s’efforcer de combler l’espace libre [ou vide] entre les données
recueillies lors des premières lectures et la question finale à laquelle doit répondre
temporairement l’hypothèse »75. Elle annonce le plan de travail de recherche et le
travail de rédaction. C’est à partir d’elle que naissent les hypothèses, les
questionnements, une hiérarchisation de la réflexion, le choix du cadre théorique
sur lequel va reposer le raisonnement. En formulant la question de départ, le
chercheur doit s’assurer que la documentation dont il dispose lui permettra
d’apporter des éléments de réponse valables aux questions qu’il va soulever dans

75
Medzegue M'Akuè Joël-Jadot, La méthodologie documentaire comme base d’un travail scientifique, Paris,
L’Harmattan, 2009, p. 73. L’hypothèse doit toujours être vérifiable, ne pas comporter de
jugements de valeur (bon, mauvais…) et pouvoir se rattacher à une théorie existante.
son travail. Plus le thésard accumule des notes, plus la rédaction du mémoire ou de
la thèse en sera facilitée. En effet, la documentation permet de faire le point sur
l’état de la connaissance scientifique relative au thème étudié. Il faut prendre
connaissance d’une multitude de documents.
Dans le choix de la question de départ, l’étudiant ne doit jamais perdre de vue le
fait que « la mission première du chercheur en sciences humaines et sociales est de
rendre intelligible le monde qui l’entoure »76. Pour cela, il doit être
intellectuellement curieux et développer cette faculté.
Dans la formulation du problème, il faut tenir compte des principales étapes
suivantes :
- choix du thème général de recherche. Ce choix se fait par la lecture des
ouvrages généraux qui permettent de découvrir comment le problème a été
posé et traité par les chercheurs et l’établissement d’une bibliographie
exhaustive provisoire ;
- identification du problème général de recherche. Cette identification se fait
par le choix du thème particulier de recherche (objet d’étude et concepts),
des éléments généraux du problème et l’énonciation de la question générale.
Cette identification se concrétise par la lecture des ouvrages spécialisés sur le
thème particulier de la recherche ;
- formation du problème spécifique de recherche. A cette étape, le chercheur
énonce la question spécifique de recherche77.

3.2. La question de départ est au centre de la recherche scientifique

La question de départdonne un sens au travail. Elle structure et oriente


l’ensemble de la recherche. Il est nécessaire de poser une question pertinente à
propos d’un sujet d’étude et de répondre dans la recherche, sur la base de
l’information disponible. « Toute démarche scientifique est fondamentalement une
démarche de questionnement »78. Pour le dire autrement, « toute connaissance
scientifique ne progresse qu’en présence d’un questionnement, ce dernier ne peut
être productif que si on lui fournit une orientation de réponse éventuelle au moyen
de l’hypothèse »79.
En science, les questions à poser sont plus importantes que les réponses à
donner car sans question on n’envisage pas fournir une réponse. Les questions
naissent à partir d’un problème. Un bon travail de recherche commence par une
question de départ qui concerne une situation mauvaise et la recherche se donne
l’ambition de répondre à cette question ou à cette absence de réponse. La question
de départ (ou problème non résolu) naît de l’« écart constaté entre une situation de

76
Sophie Boutillier, Alban Goguel D'Allondans, Nelly Labère et Dimitri Uzunidis, Méthodologie de
la thèse et du mémoire, 3e édition, Studyrama, 2007, p. 58.
77
Se référer à Gordon Mace, op. cit., p. 27.
78
Ibid., p. 14.
79
Ibid., p. 37.
départ insatisfaisante et une situation d’arrivée désirable »80. Elle donne un sens ou
une orientation à la recherche et la réponse sera donnée sur la base de l’état de
connaissance de l’objet d’étude. Ceci signifie que la question de départ doit
absolument être pertinente pour orienter toute une recherche. Dans la réponse à
donner, le chercheur doit parvenir à mettre en relation les différents éléments
constituants de ce problème. La formulation de la question de départ est donc une
étape capitale de la recherche scientifique. Une question de départ bien posée
assure en grande partie le succès du travail de recherche à entreprendre.
La question de départ peut être la suivante : La dépendance de la RD Congo explique-
t-elle le sous-développement de ce pays ?
Cette question sera l’axe principal de réflexion à laquelle viendront se greffer une
problématique et des hypothèses de travail. L’étudiant doit pouvoir travailler à
partir d’elle et il doit pouvoir apporter des éléments de réponse. Dans sa démarche,
il ne doit pas s’écarter de la question de départ ni se disperser dans ses réflexions.
Elle ne doit pas être vague ni floue. Son sens ne doit prêter aucune confusion et
chaque lecteur doit la comprendre de la même façon.
Il faut éviter une question par laquelle il est possible de répondre par oui ou par
non. Du genre : Les dictateurs maltraitent-ils leurs compatriotes ?

3.3. Tenez compte du temps, des moyens financiers et logistiques

En formulant la question de départ, il faut tenir compte du temps, des moyens


financiers et logistiques dont on dispose et qui permettront d’apporter des éléments
de réponse valables dans le délai imparti. Les contraintes matérielles, en particulier
celles liées au temps, peuvent être la cause d’un abandon.
Une question de départ doit être une vraie question qui suscite un débat dans
lequel les prises de position sont difficiles au départ car plusieurs réponses sont
possibles et la certitude, sans une démonstration préalable, est difficile à établir81.
Une bonne question de départ est celle qui mérite une explication avant de se
mettre d’accord sur une réponse. Elle doit remplir trois exigences : clarté, faisabilité
et pertinence82.
Dans l’exemple donné plus haut, la question de départ consiste à savoir si la
dépendance de la RD Congo est la cause principale de sonsous-développement.
Avant de répondre à cette question, il est nécessaire de préciser d’abord le terme
« dépendance ». De quelle dépendance s’agit-il : politique, militaire, économique,

80
Ibid., p. 14. Cette idée est empruntée à P. R. Bize, P. Goguelin et R. Carpentier, Le penser efficace,
tome II, La problématique, Paris, Société d’édition d’enseignement supérieur, 1967, pp. 12-13.
81
« Une bonne question de départ doit être une ‘vraie question’ ou encore une question ‘ouverte’,
c’est-à-dire que plusieurs réponses différentes doivent pouvoir être envisagées a priori et que l’on
n’est pas habité de la certitude d’une réponse toute faite », inMedzegue M'Akuè Joël-Jadot, La
méthodologie documentaire comme base d’un travail scientifique, op. cit., p. 75. Par une vraie question, il faut
entendre une question qui doit aborder l’étude de ce qui existe, fonder l’étude du changement sur
celle du fonctionnement.
82
Raymond Quivy et Luc Van Campenhoudt, Manuel de recherche en sciences sociales, op. cit., p. 35.
financière, diplomatique, technologique ? Le terme « développement » doit
également être précisé. Quel type de développement voudrait-on privilégier :
l’industrie lourde ou légère et dans quel secteur d’activité (construction des
machines, horlogerie, agriculture, habillement, pêche, tourisme, hôtellerie, artisanat,
informatique, services, etc.) ? Cette question va former l’unité de la recherche. La
réponse peut déboucher sur une rupture avec la compréhension précédente si le
chercheur parvient à démontrer l’existence d’autres facteurs qui doivent être pris en
compte et placés au même niveau que la dépendance étrangère. Cette nouvelle
compréhension sera à l’origine de la construction d’un modèle d’analyse du sous-
développement de la RD Congo. Delà, il deviendra possible de passer à la
constatation à partir de l’analyse des informations disponibles et de conclure
ensuite. Une telle analyse pourrait permettre de dépasser les interprétations établies
et de proposer une autre compréhension du sous-développement basée sur les
significations des phénomènes étudiés, plus éclairants et plus pertinents que les
précédents.
Le mémoire ou la thèse est une démarche en trois étapes. La première (A)
correspond à la situation de départ qui fait soulever la question principale et qui
pousse à mener une réflexion sérieuse afin de trouver une explication voire une
solution à la question posée. La deuxième étape (B) correspond à la démonstration
magistrale qui permet d’aboutir à la troisième étape (C) qui est la validation de la
thèse à partir de l’hypothèse ou des hypothèses retenue(s). Pour y parvenir
aisément, il faut une méthodologie adaptée au sujet choisi.
Conseil pratique : placez en grands caractères la question de départ sur l’écran de
votre ordinateur afin de ne jamais s’éloigner de ce fil rouge qui va guider le reste de
votre travail.

3.4. Choisissez une bonne hypothèse de travail

La thèse à défendre n’est rien d’autre que la vérification de l’hypothèse. C’est


donc « l’hypothèse qui oriente et donne son sens à la démonstration »83. Pour cette
raison, toute recherche scientifique doit avoir au moins une hypothèse car elle est
« le pivot de tout travail de recherche puisqu’elle fournit l’orientation générale de ce
travail »84.
L’hypothèse est au centre de la recherche scientifique. Vu son importance, elle
doit absolument être bien formulée afin de faciliter le travail ultérieur de
vérification. « L’aptitude à formuler une hypothèse pertinente est directement
proportionnelle à la connaissance que nous aurons acquise sur l’objet d’étude »85.
D’où la nécessité d’une lecture approfondie sur le sujet pour mieux le connaître.

83
Gordon Mace, op. cit., p. 37.
84
Ibid., p. 38.
85
Ibid., p. 39.
Caractéristiques d’une bonne hypothèse86
Elle doit être plausible Elle doit avoir un rapport assez étroit avec le
phénomène qu’elle prétend expliquer. Elle ne
doit pas servir à démontrer une vérité
évidente, elle doit plutôt laisser place à un
certain degré d’incertitude.
Elle doit être vérifiable L’information disponible est un critère
déterminant dans la vérification de
l’hypothèse.
Elle doit être précise Sa formulation doit éviter toute ambiguïté et
toute confusion quant au choix des concepts
ou termes-clés utilisés.
Elle doit être communicable Elle doit être comprise d’une seule et même
façon par tous les chercheurs afin que, lors
du contrôle ultime, quelqu’un d’autre puisse
produire, pour besoin de vérification, les
différentes étapes de la démonstration. Pour
cela, le contrôleur ou le vérificateur doit avoir
compris exactement ce que le chercheur
voulait démontrer. D’où l’importance d’être
bien précis dans la formulation de
l’hypothèse.

86
Ibid., p. 39.
Chapitre IV : Comment trouver le profil d’un directeur idéal

4.1. Approchez le professeur qui enseigne la discipline dans laquelle le mémoire sera inscrit

Si vous avez la certitude que le sujet qui vous intéresse n’a jamais été traité et que
vous êtes certain d’apporter de nouvelles idées, approchez le professeur que vous
avez pressenti être le directeur de votre mémoire ou de votre thèse. En allant le
voir, vous devez manifester un intérêt réel sur le sujet mais aussi une connaissance
du thème. Prenez soin de préparer quelques pages : sur la première doit figurer le
titre provisoire et sur les autres une présentation du thème sur lequel vous prévoyez
travailler en mettant en exergue l’objectif (provisoire) que vous entendez atteindre
en travaillant sur cette problématique précise. Joignez un curriculum vitae et, si c’est
déjà le cas, aussi un article que vous avez écrit ou indiquez le titre d’un livre que
vous avez publié. Choisissez le moyen le plus adéquat87 qui puisse vous permettre
de rencontrer le directeur et lui parler directement. Si vous manifestez une réelle
motivation, il est possible que le directeur manifeste, à son tour, le même intérêt et
accepte de vous encadrer. Le jour du rendez-vous, munissez-vous d’un carnet pour
noter ses différentes suggestions. S’il n’accepte pas votre projet, ne vous
découragez pas et trouvez un autre. Il se pourrait que le directeur pressenti jouisse
d’une grande réputation et soit régulièrement sollicité par les étudiants. Comme il
ne peut pas diriger tous les travaux, il doit hélas refuser d’autres étudiants. Ce n’est
pas la fin du monde, il faut trouver un autre directeur qui travaille sur le même
thème, dans la même université ou dans une autre.
En revanche, si plusieurs professeurs refusent de diriger votre mémoire ou votre
thèse, c’est un mauvais signe : soit votre sujet n’intéresse personne soit vous êtes
réputé être un étudiant paresseux ou pour une autre raison inconnue. En tout cas,
dans une telle situation, interrogez-vous sérieusement, remettez-vous en question.
Si un directeur potentiel vous conseille de changer de sujet et vous en propose
un de son propre gré, suivez ses conseils mais interrogez-vous si son sujet pourrait
vous passionner. Certains professeurs utilisent les thésards pour avancer dans leurs
propres recherches et ils piquent des idées dans les thèses des étudiants qu’ils
encadrent. Soyez attentif à cela.

4.2. Le choix du directeur de thèse est une étape primordiale

Le choix du directeur de thèse est une étape primordiale, délicate, parfois risqué
car il peut être une source de motivation, d’encouragement ou de découragement. Il
87
Sollicitez un rendez-vous auprès du secrétariat du département où il enseigne. Vous pouvez
l’aborder à la fin de son cours ou encore lui envoyer une courte lettre dans laquelle vous lui
proposez d’être le directeur de votre travail de fin d’études ou de votre thèse de doctorat. Sinon,
parlez-en à l’un de ses collègues que vous connaissez et qui pourrait vous introduire auprès de lui.
peut déboucher sur un bon ou mauvais travail suivant l’intérêt manifesté par le
directeur de thèse et l’encadrement reçu par l’étudiant. Certes tout le travail de
recherche et de rédaction incombe à l’étudiant, le directeur n’étant qu’un guide et ce
dernier ne fera jamais le travail à la place de l’étudiant ; néanmoins ses conseils et sa
disponibilité sont essentiels pour que le travail de recherche soit mené à bien.
Toutefois, on peut avoir un bon directeur de thèse et ne pas écrire une bonne thèse
mais lorsqu’un bon étudiant – travailleur, motivé et fouineur – rencontre un bon
directeur – motivé par le sujet et disponible – le résultat est généralement
encourageant. La durée de la recherche se trouve réduite dans la plupart des cas.
Plusieurs facteurs influencent le choix d’un directeur de thèse parmi lesquels il y
a en premier lieu l’intérêt de l’étudiant et la discipline88 dans laquelle la recherche
sera menée. Les qualités pédagogiques des enseignants peuvent être déterminantes
dans le choix de la thématique, puis du sujet. Il est rare qu’un étudiant choisisse un
sujet dans un cours qui a été très mal présenté et dans lequel il n’a trouvé aucune
motivation. En revanche, l’enseignant qui manifeste une grande capacité à
intéresser les étudiants à son cours a plus de chance d’être sollicité pour diriger les
travaux de mémoire et des thèses. Il y a également le champ de connaissance de
l’enseignant. Celui qui excite la curiosité des étudiants, qui crée une certaine osmose
entre son cours et les questionnements intellectuels sera plus sollicité que ses
collègues.
Faites un bon choix du directeur de thèse. Celui-ci sera votre « maître » ou votre
« guide » tout au long de votre recherche. Renseignez-vous s’il a déjà publié dans le
domaine sur lequel vous aimeriez travailler, si les étudiants qu’il a déjà encadrés ont
été satisfaits, s’il prend le temps de lire les travaux que les étudiants lui remettent,
après combien de temps il leur répond, s’il est ouvert à la discussion et s’il accepte
la contradiction, s’il a bonne presse auprès de ses collègues. Mais n’oubliez pas que
vous êtes le seul responsable de votre thèse et c’est vous qui serez jugé. Le rôle du
directeur se limite à vous conseiller, à vous orienter, à vous encourager mais aussi à
vous critiquer et à vous faire des suggestions en vue d’améliorer la qualité de votre
recherche. N’oubliez pas également que tout en vous encadrant, il vous juge. Si
vous ne savez pas défendre vos idées pendant la préparation de votre thèse, ne
soyez pas étonné qu’il ne vous défende pas activement le jour de la soutenance et,
si vous êtes paresseux, il peut renoncer à diriger votre thèse sinon il ne contribuera
pas à rehausser la note finale le jour de la soutenance. Pour votre thèse, vous êtes à
la fois l’architecte et le maçon. Le directeur de thèse est celui qui vient apprécier le
travail qui est en train d’être accompli. Vous devez savoir vous adapter en fonction
de son mode de fonctionnement et de son rythme de travail mais aussi en fonction
de ses humeurs.
Pour bénéficier d’un meilleur encadrement, choisissez un sujet pertinent qui
entre dans le champ d’intérêt et de compétences de votre directeur de thèse. Vous
vous épanouirez et, en retour, il s’épanouira aussi. Toutefois, faites attention, ne
88
Par exemples : un travail en microéconomie ou en macroéconomie, en comportement politique
ou en action publique, en sociologie de la famille, en sociologie des religions ou en sociologie
juridique, etc.
reproduisez pas le travail qu’il fait et ne cherchez pas à le contrarier bêtement. Si
vous avez des arguments allant dans ce sens, gardez-les. Vous les présenterez ou les
publierez après votre soutenance, sinon changez carrément de directeur.
Vous avez un sujet et un directeur, vous pouvez maintenant commencer à
penser au mouvement d’ensemble de votre mémoire ou de votre thèse. Vous avez
quelques années (voire plusieurs années) de travail devant vous pour contribuer à
une avancée dans la connaissance.
4.3. La présentation du sujet et du plan provisoire au directeur

Après avoir rédigé votre plan de travail, soumettez-le à votre directeur et


discutez le contenu avec lui. S’il l’accepte, intégrez ses remarques et remettez-lui
ensuite une copie. Lorsque vous vous mettrez à rédiger le travail, rappelez-lui le
plan de travail à chaque fois que vous lui remettrez une partie de votre mémoire ou
de votre thèse. Pour ne pas le submerger, soumettez-lui votre travail par chapitre.
N’attendez pas qu’il vous réponde pour poursuivre la rédaction. Avant de se lancer
dans le travail de rédaction, l’étudiant doit d’abord s’interroger sur comment
constituer un argumentaire convaincant. Avancez dans votre travail et intégrez
progressivement les remarques de votre directeur. En cas de désaccord dans le
fond, sollicitez une rencontre avec lui et exposez-lui courtoisement votre pensée
afin qu’il comprenne mieux et qu’il apprécie vos arguments. N’acceptez pas
bêtement toutes ses suggestions. Rappelez-vous : vous avez une thèse à défendre et
vous êtes le seul responsable de son contenu. Vous avez une vue d’ensemble et
vous savez clairement la direction que vous suivez. Le directeur découvre
progressivement le fond de votre pensée même s’il en a une idée générale. Prouvez-
lui que vous maîtrisez le sujet, qu’il peut aussi apprendre de vous. Mais ne cherchez
pas à le contredire lorsque ses remarques vont dans le sens d’améliorer votre
mémoire ou votre thèse. C’est lui qui est le directeur et pas vous. Vous l’avez choisi
sur la base de son excellente connaissance dans votre domaine de recherche. Alors,
intégrez ces remarques dans votre travail en vous les appropriant et montrez-lui
ensuite le résultat pour qu’il découvre comment vous y avez remédié. De toutes les
façons, s’il découvre que vous ne tenez pas compte de ses observations, il refusera
poliment de diriger votre travail.
Si vous faites une très bonne thèse, vous serez félicité, votre directeur aussi, mais
en cas d’échec, vous serez le seul responsable. Votre directeur se justifiera sans
remords. Donc, si l’étudiant n’est pas seul pendant la rédaction de son travail de
recherche, si l’enseignant qui le suit a aussi une part de responsabilité, l’étudiant est
le seul responsable du résultat final. Il va de son intérêt et de son honneur, ainsi que
pour sa future carrière, de rédiger une thèse qui séduira les membres du jury et
contribuera à l’avancement de la connaissance universelle sur le sujet particulier de
sa recherche.
Chapitre V : Comment réunir une documentation solide

Le travail de recherche et la rédaction d’un texte scientifique (article, rapport,


mémoire, thèse de doctorat, etc.) nécessite une recherche approfondie. Pour être
crédible, « une recherche doit impérativement être située de la manière la plus
rigoureuse par rapport aux travaux scientifiques existant sur le sujet »89.
La recherche, qui est inscrite dans une démarche scientifique90, s’appuie sur les
travaux existants et réalisés par des chercheurs dont la compétence est reconnue.
Grâce à l’information que le chercheur trouve dans les travaux antérieurs, il peut
développer une réflexion personnelle pertinente. La crédibilité scientifique d’un
travail de recherche dépend en grande partie des documents retenus et analysés ou
des personnes source.

5.1. Consultez les travaux antérieurs portant sur le même thème

Un bon projet de recherche commence par la constitution d’un fond


documentaire sans laquelle la rédaction d’un plan de travail où sont exposées les
hypothèses, la problématique, puis les étapes d’analyse et de démonstration devient
difficile.

« La qualité du travail dépend beaucoup de l’esprit méthodologique et


critique de l’étudiant et de son investissement dans la compréhension du
phénomène étudié, exigeant une approche historique et la collecte de toutes
sortes de données (qualitatives et quantitatives) utiles à la mise en évidence
de la pertinence du sujet choisi »91.

Pierre Muller rappelle que « la recherche n’est pas toujours un processus


parfaitement linéaire ! Mais certaines de ces étapes seront des points de passage
obligé dans une stratégie de recherche »92.
Avant de vous lancer dans la constitution de la documentation, commencez par
faire le tour du sujet en cherchant à savoir qui sont les auteurs qui ont déjà traité ce
89
Pierre Muller, Les politiques publiques, PUF, 8e édition, 2009, p. 96.
90
Certains livres sont utiles, voire indispensables, notamment Alan F. Chalmers, Qu’est-ce que la
science ?, Paris, La Découverte, 1987 ; Gaston Bachelard,Le Nouvel Esprit scientifique, Paris, PUF,
1934,11e édition, 1971 ; Karl Popper, The Logicof ScientificDiscovery, Londres, Hutchison ;
1959,trad. fr., La Logique de la découverte scientifique, Paris, Payot, 1973 ; Thomas S. Kuhn, The
Structure of Scientific Révolutions, University ofChicago Press, 1962, 2e édition, 1970 ; trad. fr.,
La Structure des révolutions scientifiques, Paris, Flammarion, 1970 ;Paul K.
Feyerabend,AgainstMethod, Londres, Verso Books, 1975,trad. fr.,Contre la méthode, Paris,
Seuil, 1979 ; Edgar Morin, La Méthode, Paris, Seuil, 1977.
91
Sophie Boutillier, Alban Goguel D'Allondans, Nelly Labère et Dimitri Uzunidis, op. cit., p. 32.
92
Pierre Muller, op. cit., p. 89.
sujet ou un sujet analogue. Faites une exploration systématique de la
documentation existante. Si vous travaillez avec un ordinateur, tapez les mots-clés
de votre sujet dans un moteur de recherche comme Google ou Yahoo. Vous
pouvez même introduire le titre entier de votre sujet de mémoire ou de thèse. Le
moteur de recherche vous dira si quelqu’un, à travers le monde, a déjà traité le
même sujet ou un sujet semblable. Vous trouverez parfois des articles, voire des
livres, qui se réfèrent à votre problématique. Faites ensuite le tri93 en ne retenant
que les documents que vous jugez utiles et pertinents. Dans la masse des
documents qui va passer sous vos yeux, seuls quelques-uns seront essentiels et
déterminants pour votre recherche et vous permettront de cerner le problème et de
mieux délimiter l’objet d’étude en précisant les éléments qui seront pris en compte.
Donc, après avoir sélectionné les documents, il faut traiter ceux que vous avez
retenus car il faut absolument procéder à un triage de l’information et « rassembler
l’ensemble des données recueillis par différents canaux pour en faire une synthèse
cohérente et, surtout, porteuse de sens pour l’utilisateur »94. Parcourez les
documents pour vous faire une idée du contenu, car comme on dit : « avoir un bon
document de base (une bonne information) c’est déjà résoudre une partie du
problème ».

5.2. Au début, ne lisez pas tout

Au début, pour faire la sélection, ne lisez pas tout car vous n’avez pas le temps,
mais feuilletez rapidement le contenu afin d’évaluer la pertinence de chaque
document. Faites un tri intelligent parmi la quantité d’informations. L’analyse de la
littérature sur le sujet permet de faire un premier tri des recherches déjà réalisées
sur le même sujet et de la quantité d’informations disponibles. En d’autres termes,
elle permet de vérifier si le sujet a déjà été étudié en totalité ou en partie et si les
sources disponibles sont en nombre suffisant. Ce travail peut être fastidieux surtout
si la cherche occupe une période de temps assez longue et une certaine exhaustivité.
Plus tard, vous approfondirez les ouvrages retenus qui ont un rapport direct avec le
sujet ou le domaine à traiter. Si vous trouvez ces documents dans un ordinateur,
parcourez-les rapidement sur l’écran. N’oubliez pas que « l’abondance
d’informations mal intégrées finit par embrouiller les idées »95. Ne vous intéressez
qu’aux ouvrages, articles, rapports, statistiques, tableaux, documents d’archives, etc.
se rapportant directement à votre sujet. Oubliez les autres. Adressez-vous aux
centres documentaires, librairies spécialisées et bibliothèques ou à d’autres
chercheurs qui vous indiqueront une liste des titres qui traitent le sujet. N’hésitez

93
Le tri est nécessaire car avec « l’évolution actuelle de la technologie, l’information est devenue
présente partout et sur tous les supports. Cette omniprésence de l’information, et donc de
surinformation, peut avoir des conséquences sur la démarche scientifique du chercheur
débutant », inMedzegue M'Akuè Joël-Jadot, op. cit., p. 18.
94
A. Bloc, L’intelligence économique, Paris, Economica, 2e édition, 1999, cité par Medzegue M'Akuè
Joël-Jadot, op. cit., p. 67.
95
Raymond Quivy et Luc Van Campenhoudt, op. cit., p. 10.
pas à faire venir des livres qui sont dans des bibliothèques situées loin de votre lieu
de résidence. Il existe un service de prêt entre bibliothèques. Dans certaines
conditions, vous pouvez faire venir un livre de l’étranger. Adressez-vous aux
différents centres de documentation existants et spécialisés dans votre domaine de
recherche. Faites le nécessaire pour obtenir les livres qui vous paraissent
indispensables pour votre recherche. Il est plus avantageux de lire en profondeur
peu de textes, sérieux et directement en rapport avec le sujet, que de se perdre dans
des textes peu parlants. En tout cas, il est impossible de mener une recherche sans
« prendre connaissance d’un minimum de travaux de référence sur le même
thème ou, plus largement, sur des problématiques qui y sont liées. Il serait à la
fois absurde et présomptueux de croire que nous pouvons nous passer
purement et simplement de ces apports, comme si nous étions en mesure de
tout réinventer par nous-mêmes »96.
Le but d’une telle organisation est de parvenir à faire le point sur les
connaissances intéressant le sujet de recherche en rassemblant les documents dans
lesquels les auteurs ont traité le même sujet en profondeur. Il faut ensuite chercher
à aller plus loin dans la compréhension et l’interprétation des phénomènes étudiés
en se référant aux approches diversifiées de ces phénomènes.
« La méthodologie documentaire constitue, logiquement l’alpha et l’oméga
du travail scientifique en ce sens qu’elle est d’abord en amont de la rédaction.
C’est elle, en effet, qui permet, grâce aux informations pertinentes qu’elle va
fournir, de pouvoir rédiger un travail acceptable [...] Et, en aval, ensuite, tout
simplement parce que, grâce aux informations et références bibliographiques
pertinentes fournies, le jury peut autoriser la soutenance »97.
En appui à cet argument, Jacques Delors dit : « La maîtrise de la méthodologie
documentaire est devenue le gage de la réussite universitaire et professionnelle »98.
Si vous ne le faites pas au début, vous risquez de découvrir plus tard que la thèse (la
principale idée force) que vous avez défendue dans votre travail de recherche a déjà
été défendue ou détruite avec des arguments solides par un autre chercheur. Vous
aurez perdu du temps parce que vous n’avez pas été curieux et persévérant.

5.3. Devenez rapidement un rat des bibliothèques

C’est dans les grandes villes que l’on trouve de bonnes bibliothèques
scientifiques qui comportent des répertoires spécialisés comme la Bibliothèque
internationale des sciences sociales (Londres et New York, Routledge) et le Bulletin
signalétique du Centre de documentation du CNRS (Paris). Les bibliothèques
universitaires sont les premiers endroits à fréquenter. N’hésitez pas à faire le
déplacement. Vous avez tout à y gagner pour l’avancement de votre thèse.
Consultez les encyclopédies classiques comme l’Universalis, la Britannica.

96
Ibid., p. 43.
97
MedzegueM'AkuèJoël-Jadot, op. cit., p. 22.
98
Jacques Delors, « Interview », in Libération, 12 octobre 1994.
Visitez régulièrement les librairies spécialisées pour vous informer des
publications les plus récentes, en rapport avec votre sujet. Il faut chercher à
acquérir les livres que vous jugez indispensables afin de travailler plus
tranquillement chez vous. La constitution d’une bibliothèque importante est le
premier pas vers le métier de chercheur. En plus de la lecture des ouvrages, il est
indispensable de consulter les critiques dans les revues et journaux spécialisés.
Si vous travaillez dans les sciences sociales, faites un tour sur le site créé par le
professeur Jean-Marie Tremblay, professeur de sociologie au département des
sciences humaines du Cégep de Chicoutimi en collaboration avec l’université du
Québec dont voici l’adresse Internet :

[Link]

Ce site propose en ligne des ouvrages classiques de sciences sociales.

5.4. N’oubliez pas d’utiliser l’Internet

La recherche sur Internet peut s’avérer [Link] partie de votre recherche


pourrait être menée sur Internet. Mais l’Internet peut être une source de problème
au-delà d’être un appui à la recherche. Il est indispensable d’évaluer l’information
parce qu’il y a une absence de filtre éditorial. Etant un système de publication
totalement ouvert, n’importe qui peut publier son texte sur Internet sans recevoir
au préalable la probation d’un comité scientifique ou d’une personne spécialisée,
comme cela se passe pour les revues scientifiques ou dans le monde de l’édition.
D’où la nécessité d’évaluer et de valider l’information, de vérifier sa fiabilité avant
tout usage. Il faut pour cela bien savoir ce que l’on cherche en jugeant si la source
est pertinence ou non, en identifiant clairement cette source. L’identification de la
source se fait en posant trois questions : qui est l’auteur du document publié sur
Internet (son nom, son statut, son degré d’expertise dans le domaine, sa notoriété,
son institution de travail, ses réseaux d’affiliation, à qui s’adresse-t-il et pourquoi
publie-t-il sur le Web), par qui le document a-t-il été publié (crédibilité de l’éditeur,
du site hébergeur, quels sont les objectifs de ce site, quel est le degré de fiabilité de
l’information, son caractère d’exactitude, la richesse des sources, la clarté
d’indication des références bibliographiques, et à quel public s’adresse-t-il99), quel
est le type de document (quel est le genre documentaire, s’agit-il d’un document
scientifique ou de vulgarisation, quand a-t-il été publié, mis à jour) ? En cas
d’hésitation, il faut solliciter l’avis des experts du domaine, sinon il faut confronter
l’information en consultant d’autres sites et d’autres documents traitant du même
sujet. C’est par la confrontation d’avis et de sources différentes qu’on parvient à
une bonne évaluation d’une source.
99
Le décodage des URL et des noms de domaine s’avère ici une compétence précieuse. Pour plus
d’information, se référer à la revue Repère. Ressources électroniques pour les étudiants, la recherche et
l’enseignement, 2009, publié par FORMIST qui signifie : formation à l’information scientifique et
technique, [Link] pp. 66-68.
Soyez exigeant quant à la compétence des auteurs des articles que vous trouvez,
quant à la qualité des sources et au sérieux des sites où les documents ont été
puisés. Faites attention lorsque vous consultez un nouveau site, souvenez-vous que
les documents et les articles n’ont pas été tous écrits par des scientifiques de grande
réputation. Il vous appartient de faire le tri en étant rigoureux, exigeant et très
sélectif.
Conseil pratique : faites toujours un contrôle de qualité des auteurs que vous
trouvez sur Internet. Cherchez à découvrir leur degré de réputation ou de sérieux
dans la recherche. Ne retenez que les articles signés par des personnes dont la
compétence est reconnue. Quant aux nouveaux auteurs, cherchez à les découvrir et
à les apprécier en tapant leurs noms dans un moteur de recherche. Lorsque vous
n’êtes pas sûr, remontez la filière pour découvrir le premier auteur d’un document.
Ne vous arrêtez que sur les articles qui vous semblent pertinents et défendant des
idées qui confortent votre thèse ; laissez tomber tous les autres.
Souvenez-vous que l’utilisation des nouvelles technologies de l’information et de
la communication (NTIC) est devenue incontournable dans les domaines
d’acquisition de la connaissance. Interrogez les moteurs de recherche Internet,
notamment Google et Yahoo. Allez voir ce que dit Wikipédia sur son site :

[Link]

Il y a maintenant beaucoup de sites et de lieux où vous pouvez trouver les


ouvrages et documents dont vous aurez besoin pour votre travail.
Dans la littérature scientifique, il existe un mode de publication dite littérature
« blanche » (c’est-à-dire accessible, commercialisée, largement diffusée : les revues
scientifiques, les livres, les banques de données scientifiques, etc. On peut l’acquérir
par exemple dans une librairie. Ce sont des documents qui ont suivi le circuit
normal de l’édition) et littérature « grise » ou « littérature souterraine »100(ce sont les
documents qui ne suivent pas le circuit normal de l’édition). Cette littérature est
généralement non commercialisée, diffusée de manière restreinte : actes de congrès,
thèses, mémoires de maîtrise, rapports, etc.

5.5. Le plagiat est un vol punissable par la loi

Méfiez-vous de la tentation au plagiat. Ce moyen est proscrit. Un contrôle est


vite fait en procédant par mots-clés. Ce genre de vol est sévèrement sanctionné
dans les milieux académiques et intellectuels. Si le cas est grave, vous pouvez être
renvoyé et voir votre rêve de devenir « docteur » s’arrêter à cause d’un vol des idées
des autres.
Le plagiat est
« un vol littéraire dont la faute est double : d’abord intellectuelle – il est
malhonnête de s’attribuer le mérite d’un texte écrit par un autre – ; ensuite,

100
Medzegue M'Akuè Joël-Jadot, op. cit., p. 51.
morale, en spoliant les droits moraux et patrimoniaux d’un auteur dont
l’œuvre est pillée. Le plagiat prend de nombreuses formes, de la simple
citation sans guillemets à la recopie servile de paragraphes entiers, en passant
par l’emprunt de la trame d’une histoire »101.

5.6. Appuyez vos idées par des citations des chercheurs ou auteurs chevronnés

Un travail est dit scientifique lorsqu’il s’appuie sur des articles et documents déjà
publiés. C’est pourquoi, il faut citer correctement les auteurs.
Dans un mémoire, les citations servent comme des appuis aux arguments
présentés par l’étudiant pour soutenir sa thèse. « Une citation ne sert qu’à illustrer
un autre propos, une thèse et ne doit pas sortir de cette finalité »102. Pour le dire
autrement, « la citation ne doit pas porter atteinte au droit moral de l’auteur : elle
doit être exactement reproduite en respectant la visée originale de l’auteur : ainsi,
une citation tronquée ou sortie de son contexte afin de lui donner un sens autre que
celui voulu par l’auteur serait condamnable »103.
Dans le texte, les citations sont numérotées par ordre d’apparition, tandis que
dans la partie notes de bas de page, les références doivent être précédées de l’appel
de citation telle qu’elle figure dans le texte. Les numéros sont placés entre crochets,
entre parenthèses ou en exposants.
Puisqu’on ne doit pas inventer la roue qui existe déjà, il faut faire appel aux faits
et données en rapport avec le sujet traité et dont la véracité a déjà été démontrée
par d’autres chercheurs chevronnés.
« Le savoir étant cumulatif, la rédaction de la thèse s’appuie sur le savoir
précédemment acquis et sur des informations constituées par l’observation
de la réalité. Les appels bibliographiques, les citations et les données
proviennent du travail effectué dans le passé par une ou plusieurs
personnes, lesquelles ont elles-mêmes mis en valeur des travaux antérieurs
et ainsi de suite »104

5.7. Soyez méthodique dans la manière de prendre des notes

A l’aide des fiches de lecture ou d’un ordinateur, classez les références dans les
dossiers sous les chapitres correspondants selon l’évolution de la rédaction du plan
101
Repère. Ressources électroniques pour les étudiants, la recherche et l’enseignement, op. cit., p. 70. Sur le
plagiat, lire Yzabelle Martineau, Le faux littéraire, plagiat littéraire, intertextualité et dialogisme, Nota
bene, 2002 ; Hélène Maurel-Indart, Plagiats, les coulisses de l’écriture, Paris, La Différence, 2007 ;
Hélène Maurel-Indart, Le plagiat [en ligne], in[Link] Nicole Perreault, Le
plagiat et autres types de triche scolaire à l’aide des technologies : une réalité, des solutions. Profweb, 17 janvier
2007 [en ligne], in http :[Link]/fr/dossiers(le-plagiat-et-autres-types-de-de-triche-
scolaire-a-l-aide-des-technologies-une-réalité-des-solutions/etat-de-de-la-
question/dossier/3/[Link]
102
Ibid., p. 71.
103
Ibid., p. 70.
104
Sophie Boutillier, Alban Goguel D'Allondans, Nelly Labère et Dimitri Uzunidis, op. cit., p. 72.
détaillé du mémoire ou de la thèse. Consultez les bibliographies des ouvrages pour
trouver les titres susceptibles de vous intéresser. N’oubliez pas de noter clairement
les sources des informations que vous trouvez et les lieux où se trouve cette
documentation. C’est important pour éviter de perdre du temps au moment où
vous aurez besoin de lire le livre ou pour ne pas oublier. C’est important aussi pour
la bibliographie que vous établirez à la fin. Souvenez-vous toujours que la mémoire
est faillible. A partir des mots-clés contenus dans le sujet, vous allez être amené à
constituer des fiches de lecture. Ces fiches doivent être établies par chapitre et par
objet pour faciliter plus tard le travail de rédaction.

5.8. Réfléchissez au mouvement d’ensemble

L’ébauche d’une thèse commence toujours par rassembler la documentation


nécessaire qui permettra de réfléchir au mouvement d’ensemble et plus tard à la
rédaction de la thèse elle-même. En réalité, la lecture des documents se fait tout le
long du travail de recherche.
Au fur et à mesure que le thésard rassemble les idées, même s’il ne travaille pas
encore sur les chapitres concernés par ces idées, il doit prendre le temps de noter
les références bibliographiques (voir supra), s’il lui arrive d’être traversé par des idées
pertinentes dont il aura besoin dans la suite, il doit également prendre la peine de
les noter dans un classeur correspondant au chapitre prévu dans son travail. Il les
exploitera au moment opportun lorsqu’il se mettra à écrire le chapitre en question,
car la mémoire est faillible et rien ne garantit que ces mêmes idées reviendront dans
le même enchaînement. S’il travaille avec un ordinateur, c’est encore mieux. Il
saisira régulièrement les idées sous les chapitres provisoires pour éviter de les
perdre définitivement.

5.9. Appuyez-vous sur une documentation solide

Il n’y a pas de mémoire ou de thèse sans une documentation importante. Elle


ressemble à l’ensemble des matériaux qui permettent la construction de la maison.
Rassemblez le maximum d’informations qui concernent le sujet sur lequel vous
allez travailler, en cherchant à connaître ce qui a déjà été écrit, débattu, défendu,
mis en avant, « les thèses ou hypothèses proposées ; les principales interprétations
ou constructions théoriques. Pour cela, il faut ‘faire le tour’ des principales
publications existantes : articles, études ou rapports, thèses et travaux universitaires,
ouvrages publiés »105. Il ne faut pas répéter ce qui a déjà été démontré, affirmé ou
détruit. La recherche documentaire106 permet de rassembler une bibliographie
sérieuse et exhaustive. Partez d’un livre ou d’un article récent, consultez la
bibliographie et utilisez la méthode de la « remontée des filières » pour découvrir
105
Michel Beaud, op. cit., p. 72.
106
Avec la recherche documentaire, vous avez accès en ligne à différents types de banques de
données (bibliographiques, économiques, sociales, démographiques, statistiques, juridiques). Pour
en savoir plus, référez-vous au livre de Medzegue M'Akuè Joël-Jadot, op. cit.
d’autres livres et articles traitant le même thème. En allant du plus récent ouvrage
au plus ancien, notez les références utiles. Faites un choix de lecture judicieux.
Etablissez des liens en s’appuyant sur la méthode de « recherche systématique ».
Vous découvrirez les auteurs qui travaillent sur le même sujet depuis longtemps ou,
peut-être, que la problématique n’a pas encore reçu beaucoup de publications. Une
telle découverte peut inciter le thésard à enrichir le nouveau domaine. C’est en tout
cas le cas en matière de coopération intercommunale décentralisée107.
Vous devez parvenir à réunir un début de documentation au bout de 2 ou 3
semaines pour un mémoire et en 4 ou 8 semaines pour une thèse.
En préparant ce livre, la méthode de la « remontée des filières » m’a permis de
découvrir le livre Michel Beaud déjà cité et publié plusieurs fois. Ce dernier cite
quelques anciens livres dans le domaine de la recherche documentaire. En feuillant
ces publications, on découvre qu’avant l’ère de l’informatique, les fichiers étaient à
la mode dans les bibliothèques, que le texte était dactylographié à l’aide de la
machine à écrire qui a définitivement disparu des bureaux.
En matière de recherche, il n’est pas permis de refaire la roue, il faut aller de
l’avant en apportant des innovations dans la connaissance. C’est le but d’une thèse
de doctorat. Quel que soit votre degré d’intelligence, vous ne pouvez pas rédiger un
mémoire ou écrire une thèse sans vous appuyer sur une documentation solide. En
combinant la méthode de la « remontée des filières » et la méthode de « recherche
systématique » (recherche par mots-clés), vous arriverez à établir facilement des
liens et à vous rendre compte que A, qui a publié en 2011, a cité B qui a publié en
2000 et que les deux citent un ouvrage fondamental qui a été publié en 1976. Un tel
ouvrage ne peut pas être ignoré. Il doit absolument être lu. Il faut rassembler les
ouvrages et articles qui sont les plus cités par les chercheurs confirmés. Vous devez
parvenir à rassembler les auteurs les plus importants qui ont travaillé sur votre sujet.
Par exemple, vous ne pouvez pas travailler sur la bureaucratie et sur la sociologie
politique sans consulter les travaux de Max Weber ou mener des recherches sur le
pouvoir sans lire Sun Tzu, Machiavel, Thomas Hobbes, Jean-Jacques Rousseau,
Robert Dalh, etc.
Conseil pratique : pendant que vous vous mettez à rassembler la documentation,
pensez déjà à préparer progressivement votre bibliographie, quitte à supprimer et à
ajouter des ouvrages et des articles tout au long de la rédaction. C’est un gain de
temps considérable.
Dans votre recherche et dans la constitution de la documentation, vous serez
amené à consulter des livres, des articles, des archives, des statistiques. Peut-être
que vous aurez à effectuer un travail de terrain, à mener des enquêtes, à faire des
relevés géographiques ou cartographiques. Dans l’enquête sur terrain, il est question
de rencontrer les individus qui sont concernés par l’objet de recherche et de
discuter sérieusement avec eux à partir des questions dont la pertinence a été

107
Appelée aussi intercommunalité, la coopération intercommunale est un sujet récent qui ne
compte pas beaucoup d’ouvrages publiés en dehors de l’Occident.
préalablement testée auprès d’un petit groupe d’interlocuteurs. Selon le sujet, le
chercheur peut aussi décider d’interviewer des dirigeants ou des décideurs lorsque
l’enquête porte sur les acteurs de la décision108. Dans ce cas, l’entretien109 permet de
décoder l’origine du problème, sa manifestation et les enjeux autour de la décision.
Le chercheur peut faire une évaluation de l’impact de la décision sur
l’environnement. Les résultats de l’enquête obtenus seront mesurés et croisés avec
les questions empiriques de nature théorique. Tout matériau en rapport avec votre
recherche sera pris en compte. Tout au long de la recherche, il ne faut jamais perdre
de vue que la rédaction d’une thèse est une volonté clairement affichée de faire
intelligemment le point d’une situation.
Si vous avez retenu un sujet que vous avez trouvé captivant mais pour lequel
vous ne parvenez pas à réunir la documentationnécessaire, parlez-en à votre
directeur et proposez-lui d’innover en privilégiant, par exemple, une enquête sur
terrain si cela est possible. Autrement, il faut abandonner ce projet risqué. Il faut
dire que certains thésards n’arrivent pas à achever la rédaction de leur recherche
faute de documents. Et le manque de documents provient d’une mauvaise
recherche de l’information.
Le candidat au mémoire ou à la thèse doit vite prendre conscience de
l’importance de la documentation sur la réussite d’un travail scientifique car le
travail intellectuel est fondé sur la connaissance et la maîtrise de l’information110.
Mais il doit avant tout s’interroger sur comment collecter les informations
nécessaires. C’est en connaissant ce qui s’est fait avant que l’étudiant pourrait faire
le choix des lectures utiles, qu’il pourrait se positionner par rapport aux débats sur
le sujet, adopter une démarche novatrice et contribuer à l’avancement de la
connaissance. Comme le dit Medzegue M'Akuè Joël-Jadot,
« la constitution d’une bonne documentation (sources d’information) est le
point de départ de toute recherche qui se veut sérieuse et fructueuse. L’accès

108
Se référer à S. Cohen (dir.), L’art d’interviewer les dirigeants, Paris, PUF, 1999.
109
Sophie Duchesne et Florence Haegel, L’enquête et ses méthodes : L’entretien collectif, Paris, Armand
colin, 2008.
110
Il existe différents types d’information : documentaire, spécialisée, professionnelle, juridique,
scientifique, technique, journalistique, information codée des informaticiens, etc. « Il est
également possible de dire que la recherche de l’information prouve à suffisance que cette
dernière (information) est véritablement devenue ‘la première des matières premières’, la ‘matière
première del’action’ non seulement pour la recherche scientifique, mais également pour
l’administration etl’entreprise, pour le travailleur et l’homme de décisions. C’est elle qui
permet notamment de poser des actes (des bons actes en l’occurrence), de mener des
actions, de prendre des décisions fiables et/ou viables, de minimiser les risques qui,
sans elle (information), seraient autrement catastrophiques. ‘Maîtriser la recherche
d’information est donc tout à la fois une compétence instrumentale de premier plan pour
la réussite universitaire et une compétence à faire acquérir par les futurs professionnels de
haut niveau qui doivent être des diplômés universitaires’ »,in RESEAU no 57, avril 2005, p. 1,
cité par Medzegue M'Akuè Joël-Jadot, op. cit., pp. 132-133.
aux bonnes sources – et donc aux informations pertinentes – permettra de
rédiger un bon travail scientifique qui sera apprécié par le jury »111.
La première collecte d’information se fait au travers d’ouvrages de référence.
Cette étape est indispensable parce qu’elle permet de clarifier les notions impliquées
par le sujet. Il est impossible de rédiger un mémoire ou une thèse de doctorat sans
posséder l’information nécessaire.

111
Medzegue M'Akuè Joël-Jadot, op. cit., p. 20.
Chapitre VI : Travail fondé sur les faits empiriques versustravail purement
théorique

6.1. L’importance de l’Histoire dans la connaissance scientifique

La référence à l’Histoire est impérative dans toute recherche scientifique car la


science n’est pas infuse, elle a une évolution, c’est-à-dire une histoire. « Tout
phénomène économique, juridique, social ou politique est le fruit de l’Histoire. Il
convient donc de donner les éléments nécessaires pour replacer une question
d’actualisé dans une perspective historique pour comprendre, puis faciliter, l’analyse
de ses origines et de son déroulement »112. Partant de ce constat, il faut également
reconnaître que
« toute problématique est liée à un contexte socio-historique particulier, et
doit donc être soumise à une révision périodique. Chaque chercheur, si
éminent soit-il, est influencé par son époque, les courants de pensée
dominants et par ses multiples contingences. C’est pourquoi tout objet
d’analyse, sans regret excessif, est historiquement et socialement situé »113.

Le recours à l’Histoire permet de situer le sujet dans l’espace et dans le temps :


où et quand ?

6.2. Le travail de recherche fondé sur les faits empiriques

Le travail de recherche fondé sur les faits empiriques peut prendre l’un des deux
orientations suivantes : soit l’étudiant cherche à réaliser un travail de pionner114 (ce
qui est beaucoup plus valorisant), soit qu’il fait un travail de synthèse (ce qui est
plus courant) afin de faire le point sur une question précise. Dans ce cas,
« l’étudiant aura élaboré une sorte de base de données visant à récapituler les
différents documents sur lesquels il a travaillé. Il aura ainsi réalisé un travail de
taxinomie, de classification, en établissant un glossaire par mots-clés. Il aura
expliqué sa démarche, mis en avant l’historique et les limites de la
constitution des données quantitatives et, en utilisant la théorie, montré
leur utilité et établi un guide d’utilisation »115.

112
Sophie Boutillier, Alban Goguel D'Allondans, Nelly Labère et Dimitri Uzunidis, op. cit., p. 40.
113
Idem, p. 89.
114
Le travail de pionnier consiste à mener une étude qui n’a jamais été réalisée dans un domaine
spécifique. Dans une telle démarche, l’étudiant est appelé à innover mais son innovation, c’est-à-
dire l’originalité de sa découverte, peut être une source des controverses car toute nouveauté
intrigue.
115
Sophie Boutillier, Alban Goguel D'Allondans, Nelly Labère et Dimitri Uzunidis, op. cit., p. 55.
Les sciences exactes recourent à la stratégie expérimentale de vérification des
résultats car le chercheur maîtrise la variable indépendante et la variable
dépendante. « Il peut manipuler les facteurs d’intervention pour en déterminer les
effets possibles sur l’objet ou le sujet de l’intervention »116. Avec la stratégie
quasiexpérimentale, « le chercheur ne vérifie que les conditions d’intervention de la
variable indépendante, il ne maîtrise donc aucunement la variable dépendante et se
contente d’observer ses réactions aux stimuli provoqués par la variable
indépendante »117. On recourt à ce type de stratégie dans les travaux de simulation,
et particulièrement pour les simulations sur ordinateur.
Il faut reconnaître qu’« il est très difficile, même pour un chercheur professionnel
et expérimenté, de produire une connaissance véritablement nouvelle qui fasse
progresser sa propre discipline »118.
L’établissement des vérités définitives est un rêve qui est difficile à réaliser en
sciences sociales car il est impossible d’adopter une rigueur analogue aux sciences
exactes, à celle des physiciens ou des biologistes. Pour cette raison, il y a une remise
en question perpétuelle des acquis provisoires de la connaissance.

6.3. Le travail de recherche en sciences sociales

En sciences sociales, les stratégies de vérification sont généralement l’enquête et


l’étude de cas119. Avec l’enquête, le chercheur ne contrôle aucune des variables en
cause. Il observe simplement l’objet d’étude et les facteurs qui l’influent. L’enquête
privilégie l’utilisation de l’entrevue ou du sondage.
Si vous devez mener une recherche sur terrain, il est nécessaire de prendre
contact avec les personnes et/ou les institutions qui vous accueilleront et le terrain
avec lequel vous travaillerez. Evaluez les freins et les obstacles éventuels. Pensez
aux personnes qui pourront appuyer votre démarche ou qui pourront vous
renseigner utilement.
Dans le cas d’un travail fondé sur les faits empiriques, l’enquête sur le terrain
peut prendre différentes formes : une étude de cas (il peut s’agir d’un pays, d’une
institution, d’une entité administrative, d’une entreprise, d’une ferme avicole, etc.),
une enquête menée sur un échantillon représentatif120 ou sur la totalité d’une
population cible, une étude d’un problème spécifique (la gouvernance locale, l’état
de l’intercommunalité, la piraterie lacustre, la pauvreté des pays producteurs des
matières premières ou vendeurs de cacao, etc.). Dans ce cas, la méthode de travail
doit être adaptée et rigoureusement choisie. Le travail d’enquête est réalisé à partir

116
Gordon Mace, op. cit., p. 68.
117
Ibid., pp. 68-69.
118
Raymond Quivy et Luc Van Campenhoudt, op. cit., p. 8.
119
Luc Albarello, Choisir l’étude de cas comme méthode de recherche, éditions De Boeck, 1re édition 2011.
120
Il faut préciser la population visée en constituant un échantillon représentatif de celle-ci. Il faut
préciser si l’interview sera faite directement, par courrier, par téléphone, par e-mail et comment
les réponses reçues seront traitées.
d’un questionnaire121 formulé selon les hypothèses de travail retenues ou encore par
un guide d’interview. Il permet de construire des allers-retours entre les catégories
d’analyse théorique et l’expérience du terrain (des hypothèses vers le terrain et vice-
versa du terrain vers les hypothèses d’analyse théorique). Si vous envisagez mener
une enquête, un sondage ou un entretien, pensez donc à rédiger les questions et à
comment les interviews seront menées et enregistrées. Il faut penser aux moyens de
récolter les données et à leur degré de fiabilité. Pour chaque question, il faut se
demander si les informations à recueillir vont correspondre au degré de précision
dont vous aurez besoin dans la phase ultérieure de la recherche. Il faut s’interroger
sur les moyens de mesurer la fiabilité des informations à recueillir et comment les
mettre en relation avec le reste du travail.
Le chercheur peut également favoriser l’observation directe sur terrain. Avant de
chercher à rencontrer les experts et les personnes directement concernées par votre
enquête, il faut chercher à savoir si des enquêtes similaires ont été réalisées dans le
passé dans le même lieu ou dans d’autres lieux par d’autres chercheurs. Si la
réponse est positive, il faut chercher à connaître les résultats de ces enquêtes et se
demander si cela vaut la peine d’initier une nouvelle enquête, pour quels résultats ?
Si la réponse est négative, soyez attentif pendant l’entretien et efforcez-vous à
décoder les discours. Dans l’enquête sur terrain, la plus-value de la thèse se situe au
niveau de l’analyse et de l’explication des faits.
Rappelez-vous toujours que « la méthode elle-même ne suffit pas en effet à
mener une recherche, elle n’est qu’un moyen utilisable en fonction d’un but, c’est-
à-dire lié au contenu du domaine à étudier, aux problèmes qui se posent »122.
Relisez les cours de méthodologie que vous avez suivis et choisissez l’approche qui
convient à votre recherche.
Vous pouvez aussi mener une recherche de données statistiques auprès
d’organismes spécialisés sur un thème particulier ou un travail sur archives dans un
ministère, dans une commune, dans une entreprise, une organisation internationale
ou une ONG.
« Il faut utiliser les statistiques officielles, établies par des organismes
agréés (celles des institutions nationales ou internationales bénéficiant d’un
label ou ayant une activité reconnue en la matière) en se reportant aux
annuaires et rapports qu’ils publient régulièrement »123.

Lorsque les informations chiffrées proviennent d’une source douteuse, peu


crédible ou discutable, le chercheur doit le signifier afin de se couvrir contre les
attaques éventuelles.
Dans l’étude de cas, le chercheur ne manipule pas les variables en cause, mais il
observe en profondeur les interrelations entre ces variables. On peut étudier un cas
unique ou des cas multiples. L’étude de cas recourt indirectement à l’analyse
121
François de Singly, Le Questionnaire, 3e édition, Paris, Armand Colin, 2012.
122
Madeleine Grawitz, Méthodes des sciences sociales, Paris, Dalloz, 1986, p. 360, citée par Medzegue
M'Akuè Joël-Jadot, op. cit., p. 26.
123
Sophie Boutillier, Alban Goguel D'Allondans, Nelly Labère et Dimitri Uzunidis, op. cit., p. 72.
comparative (voir infra). Pour parvenir à un résultat fiable, il doit utiliser des sources
multiples d’information et d’évidence en s’appuyant sur l’analyse documentaire
pour la collecte de l’information. Il est pratiquement impossible de mener une
recherche empirique sans une base suffisante d’informations et si le chercheur ne
réunit pas l’information nécessaire et indispensable pour alimenter le cadre
opératoire, la vérification de l’hypothèse pourrait s’avérer difficile. Il faut consulter
les publications officielles qui sont des documents publiés par les gouvernements et
les organisations internationales mais aussi des travaux composés de livres écrits
par des chercheurs chevronnés, des articles dans des revues spécialisées, les
journaux, les magazines.
Le questionnement de départ est enrichi par la documentation que l’on
rassemble et/ou par les entretiens de la phase exploratoire124. Pendant les
entretiens, il faut éviter de prendre trop de notes et privilégier l’enregistrement afin
de ne pas perdre le fil des idées. L’entrevue (entretien) est utile au début, après
avoir mûri la réflexion et bien compris l’objet d’étude, et à la fin de la recherche.
« Au début, elle sert essentiellement à s’assurer que les grands axes retenus pour la
recherche s’appuient sur des bases solides et peut permettre de découvrir des pistes
de recherche insoupçonnées ; à la fin, elle sert plutôt à assurer le bien-fondé de
certaines conclusions auxquelles on est parvenu ou encore à nuancer certains
jugements analytiques »125. Le contrôle de la véracité de l’information obtenue est
fait par la réalisation de plusieurs entrevues et la confrontation des renseignements
recueillis. Comme le précise Marc Catanas, il faut, en posant des questions,
chercher à obtenir une description de différents aspects ou dimensions du
problème (sociologiques, psychologiques, politiques, économiques, juridiques,
institutionnels, etc.) et prendre en compte le vécu du problème par les principaux
protagonistes : population, professionnels, hiérarchies, institutions, etc. « Les
entretiens exploratoires complètent utilement les lectures. Ils permettent au
chercheur de prendre conscience d’aspects de la question auxquels sa propre
expérience et ses seules lectures ne l’auraient pas rendu sensible »126.

124
Les entretiens permettent au chercheur d’avoir un contact direct avec les experts ou avec la
réalité vécue par les acteurs sociaux et de comprendre les phénomènes sur lesquels il n’a aucune
emprise. Ils permettent au chercheur d’avoir une information qu’il ne peut obtenir nulle part
ailleurs mais uniquement auprès de personnes qui ont été les témoins ou acteurs d’événements
sur lesquels porte la recherche. Au-delà de cette compréhension, ils permettent de trouver des
pistes de réflexion auprès des témoins privilégiés, c’est-à-dire des personnes qui ont une bonne
connaissance du problème étudié parce qu’elles sont directement concernées. Il est important de
préciser les personnes que l’on a rencontrées (leurs noms si elles ont donné leur autorisation et
les fonctions qu’elles occupent). Le chercheur peut aussi joindre le protocole d’entretien, sinon il
peut indiquer les thèmes principaux des questions posées pour faciliter, en cas de besoin, la
vérification de l’hypothèse. Pour le sondage, il est important de justifier l’échantillon retenu
(nombre et type de répondants), d’indiquer le sujet de sondage, le lieu ainsi que la période
d’observation, de fournir les questions retenues et le mode de leur administration.
125
Gordon Mace, op. cit., p. 81.
126
Raymond Quivy et Luc Van Campenhoudt, op. cit., p. 81.
6.4. La nature du sujet détermine la stratégie la plus appropriée

Dans chaque cas, c’est la nature du sujet qui détermine la stratégie de vérification
la plus appropriée. Gordon Mace dit : « Ce n’est pas la stratégie ou la technique qui
détermine le problème de recherche mais que c’est bien plutôt la nature du
problème qui impose la stratégie et détermine la technique à utiliser »127.
Après l’étape de collecte de l’information, il faut passer à l’étape suivante :
l’analyse des données récoltées et leur utilisation. « Le traitement des données est
certainement l’un des exercices les plus difficiles du processus de recherche sur le
plan opérationnel »128. Le chercheur doit parvenir à donner un sens aux
informations et aux faits en les transformant en données analysables et
interprétables pour sa recherche. Dans l’analyse qualitative des données, le
chercheur doit taire sa propre subjectivité pour privilégier la confrontation, par la
comparaison tacite, des données ou de l’explication proposée avec la proposition
initiale et le cadre théorique. « L’analyse qualitative est le procédé de traitement de
données qui exige du chercheur le plus de discipline, le plus de rigueur et l’attention
la plus soutenue […] c’est sa rigueur (celle du chercheur) qui fait foi de tout »129.
L’analyse du contenu se rapporte à l’interprétation systématique du contenu des
communications officielles. C’est l’une des techniques les plus utilisées en analyse
du discours des acteurs pour interpréter leurs idées et leurs intentions ou encore
leurs motivations. Le chercheur répond généralement aux cinq questions suivantes :
Qui parle ? A qui parle-t-il ? Pour dire quoi ? Par quels procédés ? Avec quel effet
recherché ?130
L’analyse statistique ou probabiliste recourt à la quantification des données pour
étudier les relations mathématiques entre les variables déterminées dans le cadre
opératoire. L’analyse statistique a l’avantage d’accroître la précision de l’analyse et
de réduire ainsi les risques de biais.
A l’ère des nouvelles technologies de l’information et de la communication
(NTIC), on recourt de plus en plus à la simulation sur ordinateur. Cette technique
d’analyse nécessite la maîtrise de l’outil informatique. Le résultat dépend des
informations qui ont été introduites dans l’ordinateur et il peut être tronqué, c’est-à-
dire loin de la vérité ou de la réalité. C’est à ce niveau que le risque se situe.

6.5. L’hypothèse sert à établir un pont entre la réflexion théorique et le travail de vérification

« L’hypothèse constitue donc une amorce de l’opérationnalisation puisqu’elle


concrétise la relation abstraite énoncée à la fin de la formulation du problème, c’est-

127
Gordon Mace, op. cit., p. 70.
128
Ibid., p. 91.
129
Ibid., p. 95.
130
Pour plus d’information sur ce sujet, se référer à Daniel Vanderveken, Les Actes de discours,
Liège-Bruxelles, éditions Pierre Mardaga, 1988 ; John L. Auston, Quand dire c’est faire, Paris, Seuil,
1970 ; Françoise Armengaud, La pragmatique, Paris, PUF, 1985 ; Pierre Bourdieu, Ce que parler veut
dire, Paris, Fayard, 1982.
à-dire qu’elle transforme les concepts théoriques de la question spécifique en des
concepts opératoires »131. L’hypothèse permet en quelque sorte de réduire le niveau
d’abstraction sans immédiatement amorcer l’analyse. On passe concrètement du
niveau plus large, c’est-à-dire abstrait, de la formulation du problème (question
spécifique de recherche), à l’hypothèse au niveau plus étroit, c’est-à-dire concret.
C’est le cadre opératoire ou théorique qui permet ce passage.
« Les concepts opératoires de l’hypothèse précisent et rendent plus concrets
les concepts théoriques contenus dans la question spécifique de recherche,
tandis que les variables et les indicateurs du cadre opératoire jouent un rôle
semblable à l’égard des concepts opératoires de l’hypothèse. Ainsi, le cadre
opératoire contribue doublement à la précision et au développement logique
de l’ensemble de la démonstration puisqu’il ajoute deux niveaux de
spécification en construisant deux types de référents empiriques que sont la
variable et l’indicateur »132.

La forme de l’entonnoir est la meilleure représentation de la démarche dans un


travail de recherche scientifique. Au-delà, l’hypothèse permet d’amorcer la
réflexion, d’établir un pont entre la réflexion théorique contenue dans l’énoncé du
problème et le travail de vérification.
.
6.5.1. Doit-on traiter une seule hypothèse ou des hypothèses ?

Pour Raymond Quivy et Luc Van Campenhoudt, les hypothèses traduisent


l’esprit de découverte qui caractérise tout travail scientifique. Elles montrent la
direction dans laquelle il convient de mener la recherche. Un travail de recherche
qui se veut sérieux doit avoir au moins deux hypothèses nécessairement liées entre
elles (une secondaire dépendant de la principale) pour permettre la cohérence de la
démonstration. Cela permet de mener correctement la discussion et d’approfondir
la réflexion. Avec une seule hypothèse, le travail court le risque d’être jugé faible et
irrecevable sur le plan scientifique. Les membres dujury risquent de conclure que la
recherche s’apparente à une évidence qui ne valait pas la peine d’être soulevée. Au-
delà de cette précision, il faut retenir qu’une hypothèse est toujours une réponse
provisoire à une question posée. C’est pour cette raison qu’elle doit toujours être
soumise à la vérification. Dans ce sens, elle demeure une proposition appelée à être
discutée, confirmée ou infirmée selon le cas. Elle s’impose dans toute démarche
scientifique car elle permet au chercheur de suivre une voie qui le conduit à
résoudre le problème qu’il a posé et de pouvoir conclure la discussion. Il faut donc
se rappeler constamment que le travail scientifique se défend par la démonstration
des hypothèses faite par le chercheur.

131
Gordon Mace, op. cit., p. 46.
132
Ibid., p. 47.
Une bonne hypothèse doit éviter toute modification ad hoc133 parce que la
falsification ou la validation d’une théorie modifiée est difficile. La validation ou la
falsification est une étape cruciale voire stratégique parce que le chercheur réalise
l’articulation entre la question de départ, les hypothèses théoriques et le résultat. La
validation doit permettre de comparer les résultats attendus et les résultats observés
et rechercher la signification des écarts. Donc, après avoir rédigé le document final,
le chercheur doit procéder à la réévaluation des hypothèses à la lumière des
connaissances acquises tout au long du travail.

6.5.2. Les deux types d’hypothèses134

En effet, il existe deux formes d’hypothèses.


Première forme. L’hypothèse se présente comme l’anticipation d’une relation entre un
phénomène et un concept capable d’en rendre compte. Par exemple : Pasteur a
formulé une hypothèse sur l’existence des micro-organismes. Les physiciens ont
avancé, à une certaine époque, l’hypothèse selon laquelle l’atome est la plus petite
unité, irréductible, de la matière.
Deuxième forme. L’hypothèse se présente comme l’anticipation d’une relation entre
deux concepts ou, entre les deux types de phénomènes qu’ils désignent. La relation
présumée entre la présence du bacille de Koch et la maladie des tuberculoses est
une hypothèse de ce type135.
En réalité, il est difficile d’établir une ligne de démarcation entre une recherche
empirique et une recherche théorique car le découpage entre les deux est factice.
Un travail empirique s’élabore à partir d’une connaissance théorique que l’on a du
monde ambiant ou des objets que l’on observe. C’est cette connaissance qui permet
de retenir les hypothèses théoriques de travail. Il arrive que dans une réflexion
théorique, l’étudiant appuie ses propos à l’aide d’exemples empiriques pris dans
l’Histoire ou dans l’actualité afin de mieux étayer la démonstration de ses
hypothèses. L’étudiant ne doit pas perdre de vue que le but final de la
méthodologie est d’obtenir des réponses aux questions posées et aux hypothèses
formulées.

133
Lorsqu’on ajoute un détail supplémentaire du genre : « tous les immigrés sont victimes de
xénophobie en Occident sauf les membres de l’Union européenne ».
134
Pour Marc Catanas, « Il existe généralement deux types d’hypothèses dans une recherche :
l’hypothèse générale ou principale et les hypothèses opérationnelles ou secondaires », inDe la
problématique aux hypothèses, op. cit. En revanche, Madeleine Grawitz distingue trois types
d’hypothèses : hypothèses supposant l’existence d’uniformités permettant de quantifier des
distributions de comportements, hypothèses supposant l’existence de liens logiques à partir de
corrélations empiriques, hypothèses concernant des relations entre variables analytiques et
complexes, in Madeleine Grawitz, Méthode des sciences sociales, Editions Dalloz, 11e édition, 2002.
135
Je me réfère à Raymond Quivy et Luc Van Campenhoudt, op. cit., pp. 135-136.
Tableau des parités possibles entre les stratégies de vérification, les techniques de collecte de
l’information et les techniques d’analyse des données136.

Princi Princi
pales pales
techni techni
ques ques
de de
collect traite
e de ment
l’infor des
matio donné
n es
Princi Obser Obser Obser Entr Que Analy Simul Analy Analy
pales vation vation vation evue stion se ation se de se
straté docu direct partici naire statisti sur conte qualit
gies menta e pante que ordina nu ative
de ire teur
vérific
ation
Straté X X X X X
gie
expéri
menta
le
Straté X X X X X
gie
quasi
expéri
menta
le
Enqu X X X X X X X
ête
Etude X X X X X X X
de cas

136
Ce tableau a été proposé par Gordon Mace, op. cit., p. 105.
Chapitre VIII : Les étapes de la recherche

8.1. Les grandes parties d’un travail de recherche

D’après Raymond Quivy et Luc Van Campenhoudt, un bon travail scientifique


doit contenir les trois actes qui sont la rupture, la construction et la constatation (ou
expérimentation)137 et ces trois actes sont divisés en sept étapes :
1. La question de départ,
2. L’exploration (lectures, entretiens exploratoires),
3. La problématique,
4. La construction du modèle d’analyse,
5. L’observation,
6. L’analyse des informations (validation),
7. Les conclusions138.

En effet, dans le travail, toutes les étapes sont liées et reliées. Elles sont en étroite
interaction. Chaque étape n’est pas solidement séparée des autres comme dans le
cas d’une frontière. Il y a un incessant va et vient entre les sept étapes.
Avoir un plan provisoire139 est très important car cela vous évite de tourner en
rond, de savoir par où commencer, par où passer et où aller dans la réflexion et
dans la rédaction. Avant de vous lancer dans la recherche de la documentation140,
prenez soin de bien mûrir la pensée, de penser à la question de départ, à avoir un
plan provisoire divisé en parties et en chapitres (voir supra). Prenez soin d’établir
des classeurs et donnez des numéros à vos documents suivant un ordre de priorité.
Par exemple, du plus important au moins important, en allant du numéro 1 au
numéro 7. Précisez à quelle étape de la recherche ces documents vont être utilisés
et quel genre d’éclairage ils apportent à la démonstration. La recherche
documentaire ou l’exploration vise à mieux circonscrire ou à « apprivoiser » le sujet.
C’est pourquoi il se doit « d’effectuer un examen approfondi et systématique des
publications traitant du domaine de recherche choisi »141.

8.2. Dans chaque livre, lisez les chapitres qui ont un lien direct avec votre recherche

137
Ces trois actes sont expliqués plus haut, au point 7.8.
138
Raymond Quivy et Luc Van Campenhoudt, op. cit., p. 16. Pour en savoir plus, lire Madeleine
Grawitz, Méthodes des sciences sociales, Paris, Dalloz, 1993, p. 326-ss.
139
Ce plan provisoire sera revu, corrigé et enrichi au fur et à mesure que la recherche avance.
140
L’étape appelée « exploration », dans le vocabulaire de Raymond Quivy et Luc Van
Campenhoudt, est équivalent de la recherche documentaire.
141
Marc Catanas, De la problématique aux hypothèses, in :
[Link] mardi 18 mars 2003, consulté le 03
septembre 2011, à 5h30’.
Commencez la lecture en fonction du tri déjà fait mais, une fois de plus, ne lisez
pas tout. Il est admis que l’abondance d’informations mal intégrées finit par
embrouiller les idées142. Soyez sélectif et lisez avec méthode. Lisez prioritairement la
table des matières pour sélectionner les chapitres qui sont directement en rapport
avec votre recherche, en tenant compte de la question de départ, de la
problématique et du plan provisoire (qui deviendra la table des matières enrichie).
Lisez les livres et les articles de base avec un crayon à la main. Marquez les
passages-clés et prenez régulièrement des notes en extrayant les passages pertinents
de la pensée d’un auteur à partir desquels vous rédigerez des fiches de lecture qui
vous faciliteront plus tard le travail de rédaction. Faites encore un second tri après
la lecture. Puis, classez cette documentation par ordre d’importance. Constituez un
dossier par chapitre. Si vous travaillez avec un ordinateur, avec votre souris et votre
clavier, procédez de la même façon. Mettez en couleur les passages importants.
Dans le plan provisoire, distinguez clairement les parties et les chapitres qui
serviront à réunir les informations dans cette phase de la recherche documentaire.
Vous pouvez placer les liens les plus importants (sites ou autres) dans les favoris
afin d’y accéder d’un seul clic lorsque vous le souhaitez. A chaque fois que vous
trouvez une information utile, il faut vite préparer une fiche sur laquelle vous
reprenez cette information en indiquant le livre, la page et le lieu (bibliothèque) où
cette information a été trouvée, classez-la ensuite dans le dossier ou à l’endroit de
l’ordinateur qui correspond. Faites-le au fur et à mesure que vous progressez dans
la réunification de la documentation. Si vous êtes méthodique et rigoureux, vous
gagnerez en temps. Le travail de rédaction sera simplifié car vous aurez réussi à
réunir l’information nécessaire pour chaque partie et chaque chapitre. Ces
classements vont vous permettre de trouver facilement l’information, la citation ou
la référence dont vous avez besoin au moment de la rédaction. Cela vous évitera de
relire tout un ouvrage dans l’unique but de retrouver un passage à introduire dans la
thèse ou pour procéder à une ultime vérification. Est-il nécessaire de le répéter ?

142
A propos de la gloutonnerie livresque ou statistique,Raymond Quivy et Luc Van
Campenhoudt ont écrit : « Comme son nom l’indique, la gloutonnerie livresque ou statistique
consiste à se ‘bourrer le crâne’ d’une grande quantité de livres, d’articles ou de données chiffrées
en espérant y trouver, au détour d’un paragraphe ou d’une courbe, la lumière qui permettra de
préciser enfin correctement et de manière satisfaisante l’objectif et le thème du travail que
l’on souhaite effectuer. Cette attitude conduit immanquablement au découragement, car
l’abondance d’informations mal intégrées finit par embrouiller les idées.

« Il faudra alors revenir en arrière, réapprendre à réfléchir plutôt qu’à engloutir, à lire en
profondeur peu de textes soigneusement choisis et à interpréter judicieusement quelques données
statistiques particulièrement parlantes. La fuite en avant n’est pas seulement inutile, elle est
nuisible. Beaucoup d’étudiants abandonnent leurs projets de travail de fin d’études ou de thèse
pour les avoir ainsi entamés.[...] Ce qui implique notamment que l’on ne s’engage jamais dans
un travail important sans réfléchir auparavant à ce que l’on cherche à savoir et à la
manière de s’y prendre », in Raymond Quivy et Luc Van Campenhoudt, op. cit., pp. 10-11.
Soyez précis dans l’identification des sources utilisées. Des sources bien établies et
bien identifiées, des références bien notées vous permettront de gagner beaucoup
de temps dans la rédaction de votre travail et dans la réalisation de votre
bibliographie. Au début, le chercheur constitue une bibliographie de départ, c’est-à-
dire provisoire, qui remplit deux fonctions : déterminer l’ampleur du matériel
disponible et déterminer ensuite la nature du matériel avec lequel la recherche sera
menée. L’état de la bibliographie de départ permet de décider si la recherche vaut la
peine d’être effectuée ou non. Si le matériel répertorié est pauvre et ne permet pas
de mener la recherche à bien, le chercheur peut décider d’abandonner le projet ou,
alors, il peut choisir une méthodologie beaucoup plus appropriée ou adaptée, autre
que la recherche documentaire, par exemple l’observation participante. Dans un
premier temps, le chercheur consulte uniquement les ouvrages généraux.
Chaque fiche à glisser dans un classeur doit avoir le nom et le prénom de
l’auteur, le titre de l’ouvrage, le lieu de publication, la maison d’édition, l’année de
publication, le numéro de la page où l’information a été trouvée. Pour les livres
trouvés à l’extérieur, il est impératif d’indiquer le lieu où ils se trouvent (exemple :
bibliothèque municipale, cantonale, universitaire, chez tel ami, etc.). Pour un livre
qui se trouve dans sa propre bibliothèque, cela donne :

FweleyDiangitukwa, Qu’est-ce que le pouvoir ?, Paris, L’Harmattan, 2004, p. 203.

Vous pouvez aussi choisir d’utiliser de grosses enveloppes, soit une par étape :
l’introduction, la question de départ, la problématique, la méthodologie, les
hypothèses de travail, chaque chapitre, la conclusion, la bibliographie. Si vous
procédez ainsi, vous n’aurez aucune difficulté à avancer dans la rédaction de votre
thèse. Précisez l’usage exact que vous ferez de la référence indiquée sur la fiche.
Les étapes143 conduisant du choix du sujet à la formulation de la problématique
sont les suivantes :

1. choix du sujet (réunir la documentation après le choix du sujet). Le choix du


sujet peut susciter quelques questions qui vont orienter la suite de la
réflexion ;
2. choix de la problématique provisoire (circonscription du sujet dans le temps
et dans l’espace) ; réflexion sérieuse sur le sujet et prise de conscience de
l’ampleur du domaine de travail et de la complexité ; multiplication des
questions et des axes d’approches ; identification des champs et des points
nodaux à étudier (voir Michel Beaud, op. cit., p. 56) ;
3. élaboration de la problématique (construction de la question de départ qui va
guider le reste du travail et construire les hypothèses).

143
Pour de plus amples informations, se référer à Michel Beaud, op. cit., p. 40 et Raymond Quivy
et Luc Van Campenhoudt, op. cit., p. 16.
Il y a deux étapes importantes qui ne doivent pas être oubliées ni négligées : la
recherche sur le sujet et le choix des hypothèses théoriques qui permettront la
rédaction du mémoire ou de la thèse. Si les deux étapes doivent être distinguées, il
faut retenir que les deux sont complémentaires.
Conseil pratique : tout en menant la recherche, pensez à la rédaction et tout en
rédigeant, poursuivez la recherche en la complétant. Si vous agissez ainsi, vous
réaliserez un bon travail. Revoyez toujours vos idées en fonction de la
compréhension du sujet et consolidez-les. Vous pouvez changer les intitulés de
certains chapitres, retravailler certains paragraphes, ajouter ou supprimer des
passages. Tenez compte de votre manière de travailler et adaptez-vous aux
exigences de votre recherche et aux conseils de votre directeur.
Chapitre IX : Comment procéder pour rédiger l’introduction

9.1. La rigueur est la première exigence dans la rédaction d’un mémoire

Dès que vous commencez à écrire, soyez rigoureux et exigeant. Ne retenez que
les idées jugées pertinentes. Rédigez tant que vous êtes motivé et habité par
l’inspiration. Ne forcez pas votre cerveau. Ne vous imposez pas un nombre de
pages par jour ni par semaine mais ayez l’idée d’une moyenne. Produisez plus
quand vous pouvez. Vous allez ainsi rattraper le retard des jours où l’esprit était
ailleurs, où vous étiez moins motivé, où vous avez eu un autre problème à régler. Si
votre cerveau accuse un début de fatigue, arrêtez de réfléchir et d’écrire, faites autre
chose, une autre activité comme écouter de la musique, aller faire une promenade,
jouer au football, au tennis, aller voir un film, etc. Au retour, vous serez plus frais et
plus disposé à poursuivre votre travail de réflexion. Il ne faut jamais hésiter à
recommencer plusieurs fois lorsque vous n’êtes pas satisfait du travail accompli.
L’introduction se trouve au début d’un ouvrage mais dans le cas d’un mémoire
ou d’une thèse de doctorat, je suggère que la rédaction de l’introduction soit rédigée
à la fin, sinon celle rédigée au début de la recherche doit être revue, corrigée et
enrichie à la fin de la recherche car c’est à ce moment que l’étudiant a une meilleure
vue de l’ensemble de son travail. Cela peut surprendre mais la rédaction de
l’introduction est l’étape la plus difficile dans la mesure où le sujet doit être présenté
de façon exhaustive et l’étudiant/chercheur doit parvenir à convaincre le lecteur en
lui donnant envie de lire et en suscitant son intérêt à aller découvrir les idées
démontrées ou défendues dans le corps du texte. Le plan du travail doit
soigneusement décrire la démarche qu’il suivra dans son mémoire ou dans sa
thèse pour répondre aux questions qu’il se pose. C’est dans l’introduction que le
thésard prend position en soulignant
« la pertinence du sujet choisi par rapport à la théorie et/ou par rapport à un
fait historique ou d’actualité. Il est nécessaire de se positionner d’emblée dans
le débat théorique et de justifier ce positionnement en défendant le choix du
sujet et la démarche qui suivra. Ladite démarche apparaîtra dans
l’introduction par une présentation claire de la problématique et de
l’organisation des démonstrations : le lecteur doit savoir assez rapidement ce
qu’il va lire (où on le conduit)»144.

Il faut se rappeler constamment que la rédaction d’un mémoire ou d’une thèse


est un travail scientifique qui a ses exigences. Non seulement il faut que le
chercheur soit rigoureux mais en plus il doit avoir une méthode. Les idées doivent

144
Sophie Boutillier, Alban Goguel D'Allondans, Nelly Labère et Dimitri Uzunidis, op. cit., pp. 75-
76.
être exposées de façon ordonnée, les références doivent être précises pour faciliter
le contrôle par les membres du jury, le raisonnement bien agencé ; les arguments
doivent être convaincants, magistraux et utilisés chaque fois au bon endroit ; les
citations doivent être équilibrées et en harmonie avec les passages qu’elles viennent
appuyer. Si une citation dépasse cinq lignes, il est préférable de la décaler à droite
en la mettant en retrait. Dans ce cas, il est indiqué d’utiliser un corps de texte
inférieur de deux points. Le même corps que celui choisi pour présenter les notes
de bas de page. Dans la mesure du possible, il faut éviter les citations trop longues
qui risquent de casser le rythme d’enchaînement des idées. Il faut citer correctement
les textes consultés, sans tronquer la pensée de l’auteur.
Dans tout mémoire ou toute thèse, il doit y avoir une introduction dans laquelle
la méthodologie sera clairement définie. Cette introduction ne sera ni trop courte ni
trop longue, sa longueur doit correspondre à l’ampleur de la thèse. Par exemple
entre 15 et 20 pages pour un travail contenant 400 à 500 pages. Elle doit être en
rapport avec le reste du texte et annoncer les différentes étapes (parties et
chapitres). Le chercheur doit avancer les raisons qui l’ont poussé à choisir le sujet
qu’il traite et souligner son importance dans le domaine scientifique. Il doit
annoncer la contribution qu’il entend apporter à la connaissance.

9.2. N’alourdissez pas inutilement l’introduction

Il n’est pas nécessaire d’alourdir l’introduction après avoir dit l’essentiel.


L’annonce de la problématique et du modèle d’analyse doit obligatoirement figurer
dans l’introduction générale du travail, car c’est elle qui détermine le lecteur à
poursuivre la lecture ou non. Dans cette partie, « le sujet doit être amené,
présenté, situé dans son contexte. Il est souvent recommandé, dès ce stade, de
survoler, d’évoquer, de semer l’état de la réflexion ou de l’analyse, les débats en
cours, les enjeux. Il faut aussi, par touches successives, présenter les grandes lignes
de la problématique adoptée pour ensuite dégager la démarche d’exposition
qui a été choisie, et finalement annoncer le plan »145.

145
Michel Beaud, op. cit., p. 154.
Chapitre X : La problématique est au centre de la réflexion

10.1. La problématique met face à face la perspective théorique et l’objet de recherche

Le choix de la problématique est une phase cruciale car cette étape donne une
orientation théorique et des bases sérieuses de réflexion. La problématique définit
les lignes de force et ouvre les voies de la découverte. Elle donne une cohérence à
l’ensemble de la recherche.
Sophie Boutillier, Alban Goguel D'Allondans, Nelly Labère et Dimitri Uzunidis
précisent :
« Trouver une problématique consiste à sélectionner, de façon pertinente, les
principaux repères théoriques de la recherche dans le but de rendre
intelligible la réalité du sujet. Il s’agit alors de construire un cadre conceptuel
logiquement adapté à l’objet de votre recherche, donc en rapport avec votre
question de départ »146.

Après avoir trouvé la problématique, il faut construire et énoncer une ou


plusieurs hypothèses (de préférence deux hypothèses) qui se définissent comme
des propositions de réponses anticipées et provisoires du phénomène étudié. Un
travail de recherche n’annonce aucune certitude au départ. Il n’y a qu’une
hypothèse sinon des hypothèse. L’hypothèse est le fil conducteur du travail de
recherche. Elle permet d’établir une relationentre deux concepts. En d’autres
termes, elle détermine apriori une relationcausale, ou une relation de réciprocité,
qu’il faudra démontrer.

« La problématique se conçoit comme un questionnement portant sur


l’objet d’étude. Autrement dit, il s’agit de formulerunproblème tout en
explicitant les hypothèses et leur articulation (objet de la problématique).
Ces hypothèses seront testées ultérieurement au cours de l’analyse, pour
aboutir à la phase de validation, c’est-à-dire à leur vérification et à leur
[Link] faisant, il y a sans cesse un mouvement pendulaire qui
va de l’exploration à la vérification (terrain → théorie / théorie
→terrain) » 147.

Tout en explicitant le cadre conceptuel dans lequel s’inscrit la recherche et en


structurant les analyses, la problématique met face à face la perspective théorique et
l’objet de recherche. En d’autres termes, une recherche s’appuie sur un cadre
théorique existant et adapté au problème étudié148. Par exemple, lorsqu’on étudie
146
Sophie Boutillier, Alban Goguel D'Allondans, Nelly Labère et Dimitri Uzunidis, op. cit., p. 80.
147
Ibid., p. 80.
148
Le chercheur choisit un cadre théorique qu’il maîtrise afin de ne pas se perdre dans l’analyse.
les conflits politiques dans un pays, on structure les analyses autour de quelques
concepts-clés de cette approche, comme les concepts de pouvoir, de force militaire,
de stratégie, de rapports de force, de zones d’incertitude à gérer, la répartition des
rôles dans la société, la place de l’économie.
Pour exploiter au mieux la problématique des conflits sociaux, il est nécessaire de
s’appuyer sur des outils théoriques qui ont déjà fait leur preuve et auxquels le
chercheur apportera éventuellement des adaptations ou des corrections pour rendre
ces outils « compatibles » à l’objet qu’il étudie. Si le chercheur a de l’expérience, il
peut se référer à plusieurs approches théoriques différentes. Dans ce cas, il faut
veiller à ce que ces approches théoriques soient en relation avec l’objet d’étude et
éviter de se perdre dans la falsification des hypothèses de travail.
C’est en explicitant la problématique que le chercheur parvient à reformuler
utilement la question de départ, en la resituant au centre de la réflexion. A cette
étape, il peut préciser et limiter ses ambitions en regard avec l’objet théorique
développé dans la problématique149. Lorsque le chercheur ne possède pas les
ressources théoriques nécessaires à son mémoire ou à sa thèse, il doit recourir à des
lectures exploratrices supplémentaires et bien ciblées.
Rappel : « La problématique est l’approche ou la perspective théorique qu’on
décide d’adopter pour traiter le problème posé par la question de départ. Elle est
une manière d’interroger les phénomènes étudiés »150. Elle constitue une étape
charnière entre la rupture et la construction.

10.2. Rédigez la problématique après avoir lu quelques ouvrages sur le sujet de la recherche

Le chercheur arrive aisément à rédiger une problématique après avoir exploité les
lectures qui traitent son sujet d’étude et/ou après avoir rassemblé les entretiens
avec les acteurs directement concernés par les différents aspects du problème. Le
travail préalable permet de faire le point de différentes problématiques possibles, de
comparer leur pertinence et de réfléchir à la méthodologie qui conviendrait pour

149
Pour en savoir plus, se référer à Raymond Quivy et Luc Van Campenhoudt, op. cit., pp. 98-100.
150
Ibid., p. 102. Pour Marc Catanas, « la problématique correspond à un construit de l’ensemble
des réponses aux questions que l’on doit se poser à partir de l’énoncé de base de la situation
problème (ici ce qui préside à la question de départ), en vue de proposer une réponse provisoire,
qui sera infirmée ou confirmée dans la phase d’observation ou expérimentation (validation ou
invalidation de l’hypothèse avec un outil d’investigation : grilles d’observation, entretiens,
questionnaires ou autres...). L’espace entre les données de départ et l’hypothèse doit être rempli à
partir de questions à inventer et dont les réponses progressives permettent de relier les deux
bouts de la situation problème ».
« En bref, l’ensemble ‘thème - objet d’étude - champs d’analyse - modèle théorique de référence’
constitue la problématique. Pour certains auteurs, la problématique est la manière d’argumenter et
de poser la question, pour d’autres elle est plutôt le projet de traitement de la question. Quoi qu’il
en soit, toute problématique se termine par une question, et l’hypothèse constitue en quelque
sorte une réponse provisoire à cette question », Marc Catanas, De la problématique aux hypothèses, op.
cit.
une meilleure exploitation du sujet. C’est donc par la confrontation critique des
diverses perspectives qui paraissent possibles que la problématique s’élabore
progressivement en fonction de la dynamique propre du travail de recherche.
« Pratiquement, construire sa problématique revient à formuler les principaux
repères théoriques de sa recherche : la question qui structure finalement le travail,
les concepts fondamentaux et les idées générales qui inspireront l’analyse »151. C’est
en procédant ainsi que l’on arrive à « élaborer une manière spécifique d’envisager
un problème et à proposer les lignes de forces de la réponse à la question de
départ »152. La problématique ne naît pas intuitivement, elle est le résultat d’une
construction intellectuelle mûrement réfléchie.
Prenons le cas d’une recherche dont la question de départ est la suivante :
Pourquoi la RD Congo est-elle instable depuis son indépendance ? La définition de la
problématique liée à cette question de départ se fait en deux temps. Le chercheur
examinera d’abord les différentes problématiques susceptibles de répondre à cette
question. Il appuiera sa démarche d’élucidation par des théories et des ouvrages de
référence. L’analyse du pouvoir pourrait être la base théorique de réflexion. Le
chercheur choisira sa propre problématique et, à partir des théories exposées
précédemment sur le pouvoir, il s’appuiera sur son propre cadre théorique adapté
au problème, tout en expliquant l’angle sous lequel il décide d’aborder l’objet de sa
recherche. Sur la base de la connaissance théorique, il reformulera la question de
départ en en faisant la question centrale. Il parviendra ainsi à expliquer la captation
de l’Etat, le fonctionnement des réseaux clientélistes, la mainmise étrangère sur les
ressources naturelles et les conflits qui sont la cause de l’instabilité permanente du
pays.
Une recherche qui porte sur la paix et la stabilité politique peut par exemple
s’appuyer sur la théorie de la démocratie participative.

10.3. Ayez une maîtrise de la problématique avant l’entretien

Il faut avoir une très bonne maîtrise de la problématique (voir infra) avant d’aller
à la connaissance du terrain, car si le travail est bâclé pendant l’interview, il sera
difficile de solliciter une seconde rencontre, une seconde enquête ou un second
entretien. Donc, le travail sur terrain doit être mené ni trop tôt ni trop tard, c’est-à-
dire au moment où le raisonnement est suffisamment mûr, sinon comment poser
des questions pertinentes ou mener une enquête vraiment utile et obtenir de
bonnes informations ? Les appréhensions et les intuitions du chercheur sont
vérifiées dans l’entretien qualitatif avec les acteurs du terrain concernés directement
par la problématique traitée dans le travail de recherche.
Après l’enquête, le chercheur doit pouvoir expliquer comment les résultats ont
été obtenus. Les matériaux ayant servi dans le travail sur terrain doivent figurer

151
Raymond Quivy et Luc Van Campenhoudt, op. cit., p. 86.
152
Ibid., p. 88.
dans la thèse, mis dans la partie annexes s’ils sont longs. Toutefois, le renvoi doit
être annoncé dans le corps du travail.
En sciences sociales et humaines, les méthodes et techniques varient avec
chaque recherche particulière. Elles ne peuvent pas être appliquées telles quelles se
présentent. Raymond Quivy et Luc Van Campenhoudt précisent cela en disant :
« Les dispositifs d’investigation varient considérablement d’une recherche à
l’autre »153.
Après avoir fait le tour, il faut retenir les documents les plus importants qui ont
un lien direct avec le sujet de votre travail. Ces ouvrages seront lus en premier, en
prenant des notes. S’il s’agit de livres qui vous appartiennent, n’hésitez pas à mettre
des annotations qui vous permettront plus tard de rafraîchir la mémoire et de ne
pas relire tout le livre lorsque vous aurez à l’exploiter. Ne mettez aucune annotation
dans les livres de la bibliothèque ou dans ceux qu’un ami vous a prêtés. La lecture
des livres en rapport direct avec le sujet à traiter vous pousseront à réfléchir, à vous
interroger, à formuler des questions, des hypothèses, à ouvrir peut-être des débats
et à susciter parfois des doutes, à combler des zones d’ignorance. Après la lecture
des livres en rapport avec le sujet, vous devez être capable de circonscrire votre
sujet et « décider sur quels axes vous allez concentrer votre recherche, sur quels
terrains vous allez concentrer votre effort, sur quels matériaux vous allez mener
l’approfondissement »154. Si ce travail n’est pas fait, vous allez rencontrer des
problèmes dans la suite. A certains moments, il y aura une situation de blocage et
de découragement. En revanche, si la documentation a été bien faite, vous serez
capable de trouver facilement la question de départ ou la question principale, de
rédiger la problématique et d’élaborer un plan de travail provisoire contenant une
introduction, une méthodologie, des parties divisées en chapitres, une conclusion et
une bibliographie. A ce stade, il faut déjà préciser la méthodologie qui soutiendra la
mise en oeuvre de l’ensemble du travail. Soyez prudent et ne retenez jamais une
méthodologie que vous ne maîtrisez pas.
La partie introductive doit contenir la formulation du problème, l’énoncée de la
question de départ et de l’hypothèse ou des hypothèses de travail, le choix de la
méthodologie et les grandes étapes de la démarche. La partie centrale traite en
profondeur le sujet et discute des résultats de l’analyse. Dans la conclusion, le
chercheur fait le point sur la vérification de l’hypothèse, il critique la méthode155
qu’il a utilisée et, cela est indispensable, il donne des orientations sur les nouveaux
postes de recherche. Le travail de vérification peut aboutir à une confirmation ou à
une infirmation de l’hypothèse. Toutefois, « l’attitude de départ doit être d’infirmer
l’hypothèse156, car c’est cette attitude qui renforce le doute, caractéristique de toute

153
Raymond Quivy et Luc Van Campenhoudt, op. cit., p. 5.
154
Michel Beaud, op. cit., p. 54.
155
Le chercheur doit garder une distance critique par rapport à son objet de recherche.
156
Infirmer une hypothèse signifie que l’on n’a pas trouvé, après analyse des données, une
relation postulée en hypothèse. En revanche, confirmer une hypothèse signifie qu’on a trouvé
dans la réalité le lien postulé en hypothèse. Ceci est une situation plutôt rare en sciences sociales
où il est difficile d’établir la relation de cause à effet, rappelle Gordon Mace.
démarche scientifique, et qui réduit le risque d’interpréter les faits pour les orienter
à tout prix dans le sens de l’hypothèse et ce, au détriment de leur signification »157.
L’hypothèse est confirmée seulement si aucune des données recueillies ne l’invalide.
En d’autres termes, « l’hypothèse ne se vérifie qu’en tentant de l’infirmer »158. Le
contrôle de la validité de l’hypothèse se fait par le recours à une contre-hypothèse
ou à deux contre-hypothèses rivales.
Il faut toujours se rappeler qu’une hypothèse n’est pas une question mais qu’elle
découle de la question de départ.

10.4. La rédaction d’un mémoire ressemble à la construction d’une maison ou à un voyage vers
une destination inconnue

Avant de se lancer dans le projet, l’architecte se fait une idée de ce que sera la
future maison. Il conceptualise (dans sa tête) le plan avant de dessiner le croquis sur
un papier. Il y a des architectes qui sont des génies. Ils innovent en proposant des
plans qui n’ont jamais existé et qui deviennent rapidement des modèles imités par
d’autres. Il existe d’autres qui ne sont pas des génies et qui, avant de dessiner et de
construire la maison, doivent consulter ce que les autres ont réalisé afin de trouver
leur propre inspiration. A partir de l’idée des autres, ils construisent leur propre
« idée » en lui donnant une certaine originalité. C’est pareil en matière de rédaction
d’un mémoire master ou d’une thèse de doctorat.
En établissant un parallélisme, il est permis de dire qu’écrire une thèse ressemble
à la construction d’une maison. Tout commence par l’intention suivie du repérage
de l’endroit qui accueillera la villa. Il faut ensuite rassembler les matériaux
(documentation pour la thèse), avoir un plan de l’ensemble et des plans détaillés,
penser à tout jusqu’au moindre détail, réfléchir à la méthode et au rythme de travail,
obtenir l’autorisation de bâtir (autorisation de rédiger du directeur de thèse), etc. Le
plan de rédaction de la thèse correspond à la construction proprement dite de la
maison. C’est à ce moment que le monde extérieur (équivalent aux membres du
jury) vient découvrir ce qui a été conçu en privé ou en cachette. Il devient
impossible de cacher le résultat au public.
La problématique sous-tend le reste du travail, elle relie l’introduction aux
parties, les parties aux chapitres et les chapitres à la conclusion générale. Tout doit
former un corps pour qu’il y ait une cohérence parfaite.
Dans la rédaction d’un mémoire et/ou d’une thèse, « la manipulation des
concepts et des mécanismes de réflexion occupe une place déterminante »159.
Entrevoir d’écrire un mémoire de master de recherche, une thèse ou tout autre
document ressemble également à la volonté d’entreprendre un voyage vers un lieu
inconnu. Le pilote, le touriste ou le simple voyageur se fait d’abord une idée de la
destination. Tout commence par là. Où aller et comment y aller ? A partir de la fixation
du point de destination, il trace en grande ligne la direction ou l’itinéraire qu’il va
157
Gordon Mace, op. cit., p. 40.
158
Ibid., p. 41.
159
Raymond Quivy et Luc Van Campenhoudt, op. cit., p., p. 13.
suivre pour atteindre sa destination – ce qui ressemble au plan de l’architecte. Tout
est fait jusque-là dans sa tête. Actuellement, les automobilistes utilisent de plus en
plus le GPS pour se diriger. Mais, même avec cet appareil, il faut introduire
certaines informations avant de démarrer la voiture. Le GPS doit connaître le pays
de destination, la ville et son code postal, l’avenue ou la rue et le numéro. Après
avoir introduit toutes ces données, on valide. Le GPS cherche pendant un moment
puis il indique à l’automobiliste qu’il a trouvé la position et qu’il est prêt. En effet,
tout ce travail est provisoire. Le conducteur doit être plus intelligent que le GPS car
la machine peut se tromper ou se « planter ». Il peut y avoir des imprévus, des
modifications, etc. A chaque étape, c’est le conducteur qui prend la décision finale,
qui choisit la voie à suivre pour atteindre la prochaine étape. Le GPS ou le plan
n’est qu’un moyen, une aide ou un guide. La situation ressemble à la rédaction d’un
mémoire ou d’une thèse de doctorat. Le chercheur est le seul maître de son travail.
Il doit choisir une problématique qui va guider l’ensemble de son travail.
Devant l’annonce d’un danger, le pilote peut décider de changer de direction, le
conducteur peut décider de freiner brusquement. En tout cas, l’un ou l’autre
réfléchit sans arrêt tout au long du chemin à parcourir avant d’atteindre le lieu de
destination qui correspond à la soutenance de la thèse. Lorsque l’avion atterrit, le
pilote soupire, il est soulagé mais son travail n’est pourtant pas achevé. Il doit
conduire l’avion jusqu’au tarmac et éteindre l’appareil160. Il arrive qu’un accident se
produise à la toute dernière minute. Ceci veut dire qu’une prudence est exigée à
toute étape jusqu’au dernier moment.
Même proclamer « docteur » par les membres du jury, le travail du thésard,
devenu à l’instant « docteur », n’est pourtant pas terminé. Il y a encore une étape à
franchir (voir infra) avant d’oublier définitivement le travail qui lui a pris tout son
temps pendant quelques années.

10.5. Il n’y a pas de thèse sans problématique

Il faut une problématique sans laquelle il est impossible – sinon absurde –


d’écrire une thèse. Beau et Latouche, cités par Marc Catanas, affirment : « Il n’y a
pas de bonne thèse sans bonne problématique »161. Elle est essentielle et
indispensable. Elle peut être comparée au cerveau d’un être humain, au moteur
d’une voiture ou au poste de pilotage pour un avion de ligne. Elle naît précocement
à la suite d’une réflexion menée sur l’ensemble du travail, à partir du premier
questionnement, c’est-à-dire de la question de départ ou de la question principale.
Généralement, la problématique retenue au début du travail est provisoire. Elle
pourra être revue, confirmée ou améliorée dans la suite mais la problématique est
indispensable car elle accompagne la rédaction du travail et elle permet d’amorcer la
réflexion. Elle doit être précise, solide, concise et sans équivoque. La problématique
se présente en deux formes. Dans le plan de travail, elle guide le travail de
160
La situation est semblable pour le conducteur qui doit parquer sa voiture avant de la quitter. Il
peut encore cogner le mur ou la barrière s’il ne fait pas attention.
161
Beau et Latouche, 1988, p. 47, cités par Marc Catanas, De la problématique aux hypothèses, op. cit.
recherche et dans le plan de rédaction, elle encadre le travail et permet la
démonstration de la thèse.
Certaines universités organisent un séminaire de recherche dans le cadre de
l’école doctorale. Profitez de ce séminaire pour présenter votre problématique. Les
observations, les critiques et les suggestions des autres (animateurs, encadreurs et
étudiants-thésards) vous seront d’une grande utilité. Ne dit-on pas que du choc des
idées jaillit la lumière ? Si la rédaction d’un mémoire ou d’une thèse est un travail
individuel, c’est-à-dire solitaire, les discussions informelles organisées par l’école
doctorale et les débats improvisés qu’elles suscitent doivent vous permettre
d’enrichir la réflexion sur votre sujet de recherche. Vous y apprendrez à vous
habituer à être ouvert à la critique et à être attaqué sur des idées que vous avez cru
solides. Cette expérience va vous préparer à travailler vos idées, à préparer une
argumentation solde et constructive, soutenue par des faits et des théories et à se
préparer ainsi à répondre, le jour de la soutenance, aux remarques même les plus
décourageantes ou les plus paralysantes. Grâce à l’expérience de l’école doctorale et
à votre participation à la soutenance des thèses des étudiants qui défendent avant
vous, vous ne serez pas pris au dépourvu le jour de votre propre soutenance. En
plus de votre participation aux séminaires organisés dans le cadre de l’école
doctorale, il sera utile d’assister à des colloques scientifiques.

10.6. Informez régulièrement le directeur de l’avancement de votre recherche

Comme pour la question de départ, la problématique évolue, s’améliore au fur et


à mesure que le thésard avance dans sa recherche. En mûrissant sa réflexion, il peut
être amené à revoir sa problématique et à la modifier. Après avoir rédigé la
problématique, il faut prendre soin de la soumettre à votre directeur. N’avancez
jamais sans obtenir au préalable l’accord de votre directeur sur cette étape
essentielle de votre thèse. En lui soumettant la problématique, profitez-en pour
discuter avec lui sur l’orientation générale de votre mémoire ou de votre thèse, sur
la méthodologie que vous avez retenue et sur les étapes de la recherche (plan
provisoire détaillé). Si vous procédez ainsi, vous gagnerez en temps.
La problématique doit naturellement découler des différentes lectures acharnées
faites pendant la phase de la recherche documentaire ou de l’exploration du sujet.
Pour formuler une hypothèse pertinente, il est important de bien « pénétrer » les
documents (sur le sujet) qui serviront de base de réflexion ; c’est cette réflexion qui
va structurer l’ensemble de votre pensée. Il faut maîtriser les différentes dimensions
du problème (sujet à traiter) avant de penser à écrire la problématique qui est, selon
Raymond Quivy et Luc Van Campenhoudt, « l’approche ou la perspective
théorique qu’on décide d’adopter pour traiter le problème posé par la question de
départ. Elle est une manière d’interroger les phénomènes étudiés […]. Construire
une problématique revient à répondre à la question : comment vais-je aborder ce
problème ? »162. Si l’approche théorique est bien comprise, le chercheur peut
facilement inscrire sa problématique dans un des cadres théoriques exposés (voir
supra) mais il peut aussi proposer d’innover en ouvrant un nouveau modèle, c’est-à-
dire un nouveau cadre théorique de réflexion.
La problématique vient préciser la question de départ qui peut ainsi être
reformulée à la lumière des informations retirées de la phase exploratoire. A ce
stade, le chercheur soulève la question de départ qui devient la question centrale qui
va le préoccuper tout le long de la recherche et le conduira à proposer une réponse
ou des réponses qui sera/seront confirmée(s) ou non dans la phase de validation163
de l’hypothèse ou des hypothèses retenue(s) avec les outils prévus à cet effet :
grilles d’observation, questionnaire, entretien, etc. Pour Marc Catanas, « toute
problématique se termine par une question, et l’hypothèse constitue en quelque
sorte une réponse provisoire à cette question »164. Comme cela a été dit plus haut, la
problématique est « l’ensemble construit, autour d’une question principale, des
hypothèses de recherche et des lignes d’analyse qui permettront de traiter le sujet
choisi »165.
La problématique doit aider à bien exposer le problème soumis à l’examen. C’est
elle qui va amener à fournir l’explication théorique sur laquelle se fonde la
recherche et elle va imposer le modèle d’analyse ainsi que la méthodologie à
privilégier pour atteindre l’explication souhaitée. Marc Catanas dit : « La
problématique expose les faits, les hypothèses les démontrent »166. Elle précède les
hypothèses qui seront soumises à l’épreuve des faits dans la partie réservée à la
falsification. C’est un moment-clé de la recherche dans la mesure où elle montre
explicitement comment le chercheur comprend le problème qu’il analyse. « En
définitive, la problématique est l’étape de position et de circonscription du
problème à élucider et/ou à résoudre au terme de la recherche. […] elle annonce
une ou plusieurs hypothèses dont elle contient d’ailleurs les éléments
constitutifs »167.

10.7. Laissez une ouverture pour des recherches futures

A la fin du travail, il est prudent de laisser une ouverture pour des recherches
futures en recourant à une heuristique positive « constituée de lignes de conduite
générale qui sont des directions de développement du programme de recherche.
Elle (cette heuristique positive) consiste à compléter le noyau dur par des hypothèses
supplémentaires visant à rendre compte de phénomènes déjà connus et à en prédire

162
Raymond Quivy et Luc Van Campenhoudt, Manuel de recherche en sciences sociales, cité par
Medzegue M'Akuè Joël-Jadot, op. cit., p. 78.
163
La validation d’un raisonnement spécifique ou des idées neuves doit être nourrie d’hypothèses
théoriques solides.
164
Marc Catanas, De la problématique aux hypothèses, op. cit.
165
Ibid. p. 82.
166
MedzegueM'AkuèJoël-Jadot, op. cit., p. 80.
167
Ibid., p. 80.
de nouveaux »168. En opposition, « l’heuristique négative d’un programme consiste en
ce que les hypothèses de base sous-tendant le programme, son noyau dur, ne doivent
être ni rejetées ni modifiées. Il est protégé des falsifications par une ceinture protectrice
d’hypothèses auxiliaires, de conditions initiales, etc. »169.

168
Alan F. Chalmers, op. cit., p. 136.
169
Ibid., p. 136.
Chapitre XI : La question des méthodes en politique comparée

11.1. Relisez les cours et les livres de méthodologie

Vous avez suivi quelques cours de méthodologie tout au long de vos études. Si
vous ne les avez pas aimés ou si vous les avez étudiés juste pour avoir une note qui
vous a permis de passer l’année, vous avez maintenant l’occasion de les relire car la
connaissance – sinon la maîtrise – de la méthodologie est indispensable dans la
recherche170 et plus particulièrement dans la rédaction d’un mémoire ou d’une
thèse. Il n’y a pas de travail de recherche sans méthode. Il faut se rappeler que
chaque domaine ou chaque science a ses propres méthodes d’analyse. Il n’est donc
pas possible d’énumérer toutes les méthodes utilisées en sciences économiques,
sociales, humaines, juridiques, etc. Toutefois, il est utile de savoir que la
méthodologie retenue doit correspondre à votre discipline, au sujet traité et à
l’angle d’approche.
Vous ne pouvez pas vous appuyer sur une méthodologie propre à la littérature
pour préparer un travail relevant des politiques publiques. Par ailleurs, il faut
adapter la méthodologie à chaque étape de la recherche : exploration,
documentation, recherche, rédaction. Ne vous lancez jamais dans une thèse sans au
préalable définir clairement la méthodologie. En d’autres termes, pour écrire un
mémoire ou une thèse, il faut avoir l’esprit de chercheur et vouloir devenir
chercheur. Si vous n’avez pas cet esprit et si vous n’êtes pas prêt à l’intégrer en
vous, il faut renoncer à écrire une thèse car vous vous ferez beaucoup de mal pour
rien. La recherche est un travail lourd, voire ingrat. Elle exige une organisation de la
vie du thésard qui doit faire preuve de ténacité, de courage et de détermination. Il
faut aimer le faire pour y trouver du plaisir. Lorsqu’on se lance dans la recherche,
on n’est jamais sûr d’arriver au bout ni d’être récompensé à sa juste valeur.

11.2. Comment comparer des situations différentes

La méthode comparative171 est une démarche cognitive par la quelle le chercheur


s’efforce de comprendre un phénomène par la confrontation de situations
différentes. Le choix de la méthode comparative a des conséquences importantes

170
C’est l’occasion de relire le livre de Julien Freund, Sociologie de Max Weber, op. cit., pp. 33-75.
171
Dans cette partie, nous nous référons essentiellement aux livres de Mattei Dogan et
Dominique Pelassy, Sociologie politique comparative, Paris, Economica, 1982 et La comparaison
internationale en sociologie politique, Librairies Techniques (LITEC), 1980 ; MamoudouGazibo et Jane
Jenson, La politique comparée, Les Presses de l’Université de Montréal, 2004 et Daniel-Louis Seiler,
La politique comparée, Paris, Armand Colin, 1982 ; Bertrand Badie, Guy Hermet, La politique
comparée, Paris, Armand Colin, 2001 ; YvetMény et Yves Surel, Politique comparée, Paris,
Montchrestien, 8e édition, 2009.
dans la mesure où le chercheur fera face à des contraintes matérielles. Il sera, par
exemple, appelé à mener des enquêtes dans deux ou plusieurs pays. C’est par la
comparaison que l’homme se dote des points de repère indispensables à la
compréhension du monde qui l’entoure. La comparaison est ce qui permet
d’évaluer nos connaissances, de nous évaluer et d’évaluer les autres ; elle permet de
mesurer les écarts et le rapprochement entre les pays ou à l’intérieur d’un seul pays
ou encore les écarts entre la réalité et l’objectif à atteindre ; elle permet également à
classer les pays ou les étudiants en ordre utile. Par la comparaison, il devient
possible d’échapper aux préjugés et d’établir une meilleure relation avec l’autre et
avec les autres.
La méthode comparative est au principe de toute connaissance et elle est la
démarche universelle de toute connaissance scientifique172. Si le physicien ou le
chimiste peut provoquer les phénomènes qu’il compare, le sociologue ne peut
comparer que des phénomènes qui se produisent indépendamment de sa volonté.
La méthode comparative a été perçue par Compte ou Durkheim comme la voie
fondamentale, qui pourrait jouer, dans les sciences sociales, le rôle dévolu dans les
sciences physiques ou biologiques à la méthode expérimentale173 : « Nous n’avons
qu’un moyen de démontrer qu’un phénomène est cause d’un autre, c’est de
comparer les cas où ils sont simultanément présents ou absents »174, écrivait
Durkheim dans Les règles de la méthode sociologique, soulignant par cette déclaration la
différence entre expérimentation et comparaison.
La science politique comparative, qui se veut explicative et non descriptive,
permet d’insérer chaque étude dans un ensemble plus large afin que la connaissance
progresse. C’est par la comparaison que le chercheur arrive à établir les différences
ou à renforcer l’idée de ressemblances. Comment savoir que tel État est
démocratique et tel autre ne l’est pas si l’on ne compare pas les deux États ?
Comment conclure que l’Afrique est le continent le plus soumis, le plus pillé et le
plus dominé si l’on ne compare pas les continents les uns avec les autres, etc. ?
La comparaison entre les pays permet d’inventorier les similitudes et les
différences entre deux ou plusieurs situations, elle permet surtout de comprendre
les autres en mettant en lumière l’originalité des contextes nationaux et en
« cherchant en même temps la constante, les lois tendancielles, les variables de
signification universelle »175. Elle permet également de classer les systèmes
politiques, de les hiérarchiser et d’en démontrer le mécanisme. Dans ce sens, la
comparaison s’érige en véritable levier de connaissance176, car elle permet
d’appréhender les causes de phénomènes sociaux. Cette méthode est indispensable,
mais son domaine étant très vaste, la comparaison nécessite une « délimitation

172
Raymond Boudon, Philippe Besnard, Mohamed Cherkaoui, Bernard-Pierre Lécuyer,
Dictionnaire de Sociologie, Paris, Larousse, 2003, p. 38.
173
Mattei Dogan et Dominique Pelassy, Sociologie politique comparative, op. cit., p. 17.
174
Idem, p. 18.
175
Ibid., p. 5.
176
Ibid., p. 5.
sectorielle et spatiale d’un champ optimum »177. L’étude peut être sectorielle et
restrictive comme elle peut aussi être globale. Dans ce dernier cas, la théorie se perd
dans l’abstrait. Le passage du sectoriel au global correspond à une progression du
particulier au général (induction). Mais il y a un problème : comment contrôler les
incidences du contexte national sur le secteur analysé ? La comparaison sectorielle
peut viser avec plus ou moins de force la synthèse ; elle peut s’orienter plutôt vers
l’analyse diachronique ou plutôt vers l’analyse synchronique. On peut comparer le
comportement des jeunes générations à celui des couches plus âgées comme R.
Inglehart l’avait fait dans son ouvrage SilentRevolution178.
C’est par la comparaison que l’esprit humain arrive à apprécier les hommes et
leurs idées, les pays et les continents. On ne le dira jamais assez, la comparaison
permet « d’évaluer plus objectivement sa situation en tant qu’individu, collectivité
ou nation »179. Enfin, la comparaison permet de mieux se découvrir soi-même à
travers l’autre qui devient un miroir de soi. C’est à travers la politique comparée que
le chercheur arrive à « apprécier les caractéristiques respectives des peuples et des
systèmes »180, qu’il découvre la plupart des valeurs, des structures et des systèmes
qui peuvent enrichir notre vécu et contribuer ainsi à l’éveil de notre identité. « Il n’y
aurait peut-être pas eu la Révolution française sans l’exemple anglais, ni l’ère du
Meiji sans le choc que représenta pour les Japonais la découverte du monde
occidental »181.

11.3. Le danger de l’ethnocentrisme

Dans toute étude comparative, il faut « éviter les pièges de l’ethnocentrisme, qui
attribue une valeur universelle à des phénomènes qui sont en réalité le produit de
l’histoire particulière d’un petit nombre de sociétés »182. L’ethnocentrisme est cette
tendance de faire que « soi-même » (sa culture) devient la norme universelle au
détriment de l’« Autre »183 ou encore la lanterne à partir de laquelle on s’efforce de
comprendre l’« Autre ». Le chercheur doit éviter de croire que les comportements
et les configurations organisationnelles qu’il y a chez lui ou dans les pays qu’il
connaît déjà existent également partout ailleurs. Le risque d’ethnocentrisme
ambiant qui doit être évité est appelé sociocentrisme184, c’est-à-dire « la projection

177
Ibid., p. 6.
178
R. Inglehart, Silent Revolution, Princeton University Press, 1977.
179
Mattei Dogan et Dominique Pelassy, Sociologie politique comparative, op. cit., p. 8.
180
Ibid., p. 8.
181
Ibid., p. 9.
182
ReinhartBendix, « Tradition and ModernityReconsidered », Comparative Studies in Society and
History, vol. 9, avril 1964, p. 292-346, cité par MamoudouGazibo et Jane Jenson, La politique
comparée, op. cit., p. 55. Voir également la critique émise par Bertrand Badie sur le caractère
ethnocentrique du développentalisme. Se référer à son livre Le développement politique, Paris
Economica, 1994.
183
MamoudouGazibo et Jane Jenson, La politique comparée, op. cit., p. 11.
184
Il y a aussi le danger du mimétisme comme cela a été abondamment observé dans les pays du
Tiers-Monde qui, au lendemain des indépendances, ont simplement copié le modèle
par le comparatiste de la logique propre à sa culture nationale et au système de
valeurs de son groupe social, et l’utilisation de catégories analytiques (par exemple
les concepts de modernisation, de développement) ou d’instruments de mesure (par
exemple le produit national brut) qui ne sont pas nécessairement pertinents pour
évaluer la situation d’autres sociétés »185.
Les concepts de « nation », « État-nation », « classe sociale » ne sont pas compris
de la même façon en France, au Tchad, au Botswana, en Birmanie et au Chili. Mal
utilisé ou mal interprété, un concept peut entraîner un contresens surprenant qui le
dénature de son sens propre.
La culture du comparatiste peut limiter l’étendue de son champ visuel et
l’amener à réduire tout à sa propre culture ou à vouloir tout expliquer à partir de sa
propre culture. Ceci peut être un handicap sérieux, d’où le souci de vouloir toujours
comprendre tout phénomène « nouveau » ou « bizarre », c’est-à-dire différent de sa
culture, avant toute interprétation. La comparaison doit permettre au sociologue, au
politologue, au juriste et à l’économiste de se désenclaver de son carcan culturel en
allant à la découverte de l’autre ou des autres.
Le comparatiste vise avant tout la généralisation. L’exemple le plus intéressant de
l’ethnocentrisme est celui, par exemple, d’universaliser la théorie de Lipset qui, à la
fin des années 1950, avançait l’établissement d’une relation directe entre le
développement économique et la démocratie. Si cette hypothèse se vérifie aisément
dans les pays occidentaux qui vivaient déjà une période de paix après la fin de la
Seconde Guerre mondiale, elle devient inefficace dans les pays du Tiers-Monde en
proie à des conflits sanglants. Dans ce cas-ci, il faut d’abord viser l’établissement de
la paix sociale avant de penser à la relation directe entre le développement
économique et la démocratie. L’autre erreur de l’ethnocentrisme est de vouloir
trouver partout des États-nations, or, en ce qui concerne l’Afrique, ils n’existent pas
encore car ils sont en construction.

constitutionnel occidental, sans se donner la peine de l’adapter aux réalités et aux cultures des
pays concernés.
185
Raymond Boudon, Philippe Besnard, Mohamed Cherkaoui, Bernard-Pierre Lécuyer,
Dictionnaire de Sociologie, op. cit., p. 38.
11.4. Examinez la possibilité de construire un modèle d’analyse pour établir la comparaison

En matière de comparaison, deux causes ne suffisent pas pour tirer une loi, il
faut que plusieurs conditions soient préalablement réunies. Mais il est possible de
construire un idéaltype wébérien186 qui peut être comparé à d’autres exemples. Dans
ce cas-ci, il faut partir d’un modèle idéaltype destiné à être testé en le comparant avec
d’autres pays ou d’autres contextes. « C’est lorsque les propositions originelles sont
confirmées ou affinées par d’autres études que l’hypothèse se consolide en
règle »187.
Le comparatiste a une meilleure connaissance du monde par rapport à
l’observateur qui se penche sur l’étude d’un seul pays, car la comparaison
internationale188 ou intranationale « élargit les capacités de compréhension en même
temps que le champ visuel »189 du chercheur. A cause de l’imprégnation de la
culture sur le vécu des peuples et à cause de la distance qui les sépare, il est rare que
des situations comparées soient suffisamment homogènes « pour qu’on puisse
considérer comme effectivement nulle la fluctuation de l’environnement »190. Voilà
pourquoi Sartori a voulu donner cette précision qui est de taille en sciences
sociales : « Ce n’est pas la perfection paralysante que doit viser le chercheur en
sciences ; c’est l’approximation la plus satisfaisante »191.
La comparaison entre les pays ne se fait pas au hasard et sans règles. « Il faut dès
le départ une orientation théorique »192 pour éviter de se perdre ou de s’égarer
dangereusement. Toute analyse doit être fondée sur la base des concepts
opérationnels. Une étude comparative est bien menée lorsque le chercheur utilise
« des concepts opérationnels, c’est-à-dire incisifs, orientés vers l’efficacité pratique
plus que vers la beauté abstraite ou la représentation philosophique »193. Sur ce
sujet, Kant disait : « les intuitions sans concepts sont aveugles, les concepts sans les
intuitions sont vides ». Je répète que le concept est cette abstraction intellectuelle
qui permet de généraliser et « généraliser, c’est gagner en capacité explicative ce que
l’on perd en précision »194. Ceci revient à dire que les concepts doivent non
seulement être bien choisis, mais ils doivent être clairs, (c’est-à-dire compris de la
même façon par tous) tout en étant abstraits. Il n’y a pas d’analyse comparative sans
concepts et « c’est avec de bons concepts qu’on ouvre les portes de la

186
Sur cette question, lire Julien Freund, Sociologie de Max Weber, op. cit., pp. 51-61.
187
Mattei Dogan et Dominique Pelassy, Sociologie politique comparative, op. cit., p. 21.
188
Se référer à Mattei Dogan et Dominique Pelassy, La comparaison internationale en sociologie politique,
Librairies Techniques (LITEC), 1980.
189
Mattei Dogan et Dominique Pelassy, Sociologie politique comparative, op. cit., p. 12.
190
Ibid., p. 19.
191
Ibid., p. 19.
192
Ibid., p. 25.
193
Ibid., p. 31.
194
Michel Bergès, « Les conflits paradigmatiques de la comparaison : science politique ou
sociologie historique ? », Revue internationale de politique comparée, vol., 1, no 1, avril 1994, p. 120, cité
par MamoudouGazibo et Jane Jenson, La politique comparée, op. cit., p. 19.
comparaison »195. Dans l’analyse scientifique, le chercheur « doit se garder de
l’impérialisme conceptuel, ce défaut qui pousse à tout expliquer en terme de
culture, de classe ou d’impérialisme »196.

11.5. Comparaison entre pays rapprochés versus comparaison entre pays éloignés

S’il est plus facile de comparer des pays rapprochés, le chercheur doit s’élever à
un haut niveau d’abstraction lorsqu’il compare des pays éloignés ou lorsqu’il
compare plusieurs pays, car les éléments qui sont déterminants dans le cas des pays
homogènes ne le sont pas nécessairement dans le cas des pays éloignés ou
multiples. Donc, plus les pays à comparer sont éloignés, contrastés ou multiples,
plus il est nécessaire de prendre de la hauteur. Il est parfois nécessaire de souligner
les exceptions notables et les cas déviants intéressants qui doivent être expliqués
davantage.
Les difficultés que peut rencontrer le chercheur qui compare les cultures sont
nombreuses parmi lesquelles il y a à signaler : l’extraction des données partielles
hors de leur contexte, car les cultures sont toujours perçues comme des ensembles
cohérents. Le chercheur ne doit pas comparer des structures ayant des fonctions
différentes. Exemple : vouloir comparer la culture politique des citoyens dans un
pays qui n’a qu’un parti politique avec la culture des citoyens dans un autre pays
dans lequel il y a plusieurs partis politiques ne rime à rien. Il faut également éviter
que les conceptions de l’une des parties – américaine ou européenne en
l’occurrence – ne serve de référence universelle197. A ce propos, Durkheim disait
que « tout sociologue doit chercher dans les structures et les processus sociaux
observables la clé des phénomènes qu’il étudie »198. Le chercheur ne peut pas perdre
de vues les données subjectives qui sont difficilement observables mais qui
appartiennent au réel et sans lesquelles il aurait peu de chance de mener une analyse
compréhensive199.
Il faut au départ délimiter ou « segmenter » la part du système politique et social
qui est soumise à la comparaison. Il faut ensuite choisir et préciser le nombre et le
genre des pays à inclure dans l’analyse. La limitation voire la délimitation de son
terrain ou de son champ d’investigation permet une meilleure analyse et elle permet
de rendre l’analyse fonctionnelle. Le chercheur peut aussi expliquer les raisons qui
l’ont conduit à choisir certains pays et pas d’autres. Le découpage en segments du
système est la voie normale de l’approche comparative.

11.6. Faites ressortir les variables

195
Ibid., p. 33.
196
Ibid., p. 33.
197
Ibid., p. 63.
198
Ibid., pp. 63-64.
199
Ibid., p. 64. Sur l’approche de la sociologie compréhensive, lire Julien Freund, Sociologie de Max
Weber, op. cit., pp. 76-115.
Dans le but de maximiser les résultats de la comparaison et de faire en sorte que
ces résultats apparaissent dans leur plus grande clarté, le chercheur doit
« débroussailler le champ d’investigation au point que les variables étudiées
apparaissent quasiment dénudées »200. Ce sont les termes-clés de l’hypothèse qui se
transforment en variables. « Une variable est une caractéristique, un attribut ou
encore une dimension d’un phénomène observable empiriquement et dont la valeur
varie en fonction de l’observation. Ainsi la variable Sexe peut changer de valeur
selon que les individus observés sont de sexe masculin ou de sexe féminin ; de
même, la variable Age comporte une valeur qui ne sera pas la même pour tous les
individus observables »201.

11.7. Les trois catégories de variables

Les variables peuvent être dépendantes, indépendantes et intermédiaires (ou


intervenantes). Une variable est dite dépendante lorsque sa valeur varie en fonction
de celle des autres. Elle est dite indépendante lorsque le changement de valeur
influe sur celui d’autres variables. « En recherche expérimentale, c’est la ou les
variables que les chercheurs manipule pour étudier l’influence sur la variable
dépendante […] Une variable intermédiaire est une variable qu’il faut parfois
introduire dans le cadre opératoire parce qu’elle conditionne la relation entre la
variable indépendante et la variable dépendante. C’est un élément alors obligatoire
de l’équation qui permet de qualifier ou de préciser la relation reproduite dans le
cadre opératoire »202.
Gordon Mace cite l’exemple intéressant ci-dessous qui illustre la relation entre
les trois catégories de variables. Des chercheurs ont établi une relation étroite entre
la consommation de café et les maladies cardiovasculaires.

Variable indépendante Variable dépendante


Consommation de café Maladies cardiovasculaires

En introduisant une variable intermédiaire comme la consommation de tabac,


une nouvelle équipe des chercheurs ont non seulement confirmé les résultats
précédents mais en plus ils ont conclu que l’incidence des maladies
cardiovasculaires était beaucoup plus forte chez les consommateurs de café qui
étaient également des fumeurs que chez les consommateurs de café non-fumeurs203.

Variable indépendante Variable intermédiaire Variable dépendante


Consommation de café Consommation de tabac Maladies cardiovasculaires

11.8. Précisez le niveau de comparaison


200
Mattei Dogan et Dominique Pelassy, Sociologie politique comparative, op. cit., p. 111.
201
Gordon Mace, Guide d’élaboration d’un projet de recherche, op. cit., p. 48.
202
Ibid., p. 50 et p. 51.
203
Ibid., p. 56.
Le chercheur doit faire un choix, il doit sélectionner l’organe ou les organes sur
le(s)quel(s) portera la comparaison. Il peut se limiter à comparer les institutions
politiques ; il peut comparer les groupes sous l’angle de divers types d’acteurs et de
leurs moyens d’actions en vue d’apprécier le jeu politique, il peut comparer les
partis politiques, les groupes de pression, la relation entre la religion et le pouvoir,
le mode de prise de décision, les bureaucraties, les armées et le rôle des militaires,
les syndicats, les entreprises privées, etc. La segmentation a intérêt à se doubler
d’un choix rigoureux des pays à comparer (on ne peut pas englober le Japon, la
Gambie, le Canada, le Paraguay, la France et l’Afghanistan dans une même étude, à
moins qu’il y ait une variable pertinente qui permet de le faire). Le chercheur peut
comparer comment se cristallisent les opinions et s’établit la légitimité dans divers
pays et régimes, par quels relais procède la communication sociale, comment
mûrissent les réformes et sont sélectionnés les leaders, par quels canaux circulent
les demandes, etc.204. Il peut chercher à connaître les facteurs qui déterminent les
choix politiques faits par les gouvernants. Dans cette optique, on peut jauger
l’influence des idéologies. Il peut également se demander par exemple : quelle
relation peut-on établir entre « la gauche » et le degré d’inégalité des revenus. Il peut
s’intéresser à analyser et à comparer les élites politiques et leur rôle, les groupes
d’intérêts, les réseaux, le modèle de leadership, etc. Il peut étudier le rôle que joue
l’armée dans la chute d’un dictateur qu’elle a soutenu (cas du Portugal, de l’ex-
URSS, du Chili de Pinochet, etc.).

11.9. Les stratégies de comparaison

Mattei Dogan et Dominique Pelassy distinguent cinq stratégies permettant de


délimiter le champ de la comparaison :
- l’étude de cas (ideal type) qui est une monographie et qui ne ressemble pas à une
étude comparative. Mais, Sidney Verba a dit, et il a eu raison, qu’« on ne peut
expliquer valablement un cas particulier que sur la base d’hypothèses générales »205.
Le cas unique suppose une comparaison tacite avec le reste ou avec tous les autres
cas non décrits. Il est dit « unique » parce qu’il est différents des autres ;
- l’analyse binaire (entre deux pays) ;
- la comparaison entre pays analogues (similaires) ;
- la comparaison entre pays contrastés (différents) ;
- l’homogénéisation conceptuelle d’un champ hétérogène.
Il est évident que les indicateurs à utiliser ne seront pas les mêmes suivant que
l’étude est centrée sur quelques pays aux structures analogues ou englobe un grand
nombre de systèmes très différents. Il est rare de trouver beaucoup de variables
dont la signification soit constante et homogène aux États-Unis et au Ghana, en
Suisse, en Russie, au Burkina Faso et au Swaziland. Par exemple, la pratique
204
Pour plus de détails, lire Mattei Dogan et Dominique Pelassy, Sociologie politique comparative, op.
cit., p. 112.
205
Mattei Dogan et Dominique Pelassy, op. cit., p. 121.
religieuse n’a pas le même sens en Hongrie, au Soudan, en Irlande, en Iran, en Inde,
en Colombie, au Brésil, en Ukraine, en Inde, en Norvège, au Zimbabwe, etc.
Il n’y a pas qu’une seule approche possible à la comparaison. Dans tous les cas,
l’objectif majeur est d’expliquer au maximum les faits sociaux par d’autres faits
sociaux, les processus observés par des phénomènes concrets observables et
mesurables206.

206
Ibid., p. 121.
Chapitre XII : Comment concevoir un bon plan de rédaction

12.1. Le plan facilite la rédaction du mémoire ou de la thèse

La rédaction du plan de travail est un moment capital – voire déterminant – car


le plan facilite la rédaction du mémoire ou de la thèse.
Avant de se lancer dans le plan de rédaction, il est important de se poser la
question suivante : quelle sera la plus-value ou que vais-je apporter de plus par
rapport à l’état actuel de la connaissance dans le domaine de recherche qui me
préoccupe ?
Le plan de rédaction découle de la problématique. Il se construit soit
intuitivement, soit par tâtonnements soit à partir des différentes lectures faites
auparavant, soit par l’observation de faits en rapport avec la théorie. Il est le
passage entre les idées que l’on a réunies et découvertes dans la recherche
documentaire et la traduction de ces idées en réalité, c’est-à-dire en écrits ou en un
projet de recherche opérationnel. Dans le plan de rédaction, vous devez définir
clairement par quoi vous allez commencer, par où vous allez passer avant
d’atteindre le lieu de destination, comme pour un voyage en voiture. Ce à quoi vous
voulez arriver doit être clair dans votre tête. Souvenez-vous de la thèse modèle que
vous avez lue, que votre directeur vous a recommandée de lire ou encore celle qui a
été unanimement acceptée par le jury.

Vous avez fait le choix de votre cadre théorique, vous avez arrêté votre système
d’interprétation et d’explication, vous avez défini les idées essentielles, vous avez
une vraie thèse à défendre magistralement, la documentation solide est prête à
soutenir l’argumentation, vous avez déjà un bon plan de travail divisé en parties et
en chapitres, il est temps de penser à la rédaction de l’ensemble. Je répète que sans
une question de départ, sans problématique, sans hypothèses à vérifier, sans
documentation, sans plan détaillé de l’ensemble, il est inutile de vous lancer dans
une rédaction précoce car ce sera du temps perdu. Le premier plan détaillé, élaboré
à partir des hypothèses théoriques formulées, est toujours provisoire, il sera
remanié au fur et à mesure que le travail de réflexion et de rédaction avancera et au
fur et à mesure que le directeur de thèse apportera ses corrections et suggestions.
Avec le travail de rédaction, vous êtes arrivé à l’étape d’accouchement. Votre
« bébé » a atteint ses neuf mois. Il doit maintenant sortir du ventre. En d’autres
termes, vous êtes appelé à exposer les résultats de votre recherche. Mais avant de
vous lancer dans la rédaction, prenez quelques papiers et écrivez :
- le titre du mémoire ou de la thèse,
- les idées fortes à reproduire dans l’introduction,
- la question de départ,
- la problématique,
- les hypothèses,
- les variables,
- le titre et les idées fortes de chaque chapitre,
- les idées à reproduire dans la conclusion de chaque chapitre207,
- l’idée principale (fil rouge) à défendre,
- les idées fortes à reproduire dans la conclusion générale.

C’est seulement lorsque ce travail est fait – et bien fait – que vous allez
commencer à écrire votre mémoire ou votre thèse. Jamais avant. A partir de ce
moment, vous êtes certain d’aller jusqu’au bout sans vous essouffler en cours de
route.

12.2. La peur de la page blanche vaincue par la lecture

Celui qui lit beaucoup trouve facilement les arguments car sa mémoire est
régulièrement entraînée à réfléchir. En plus, la documentation, si elle a été bien
préparée, aide à surmonter et à dépasser l’angoisse devant la page blanche.
Faites un effort pour équilibrer les chapitres. Par bon sens, vous ne pouvez pas
placer un chapitre de dix pages à côté d’un autre qui a quarante pages. Si vous avez
réuni une documentation qui donne lieu à un chapitre assez long, examinez la
possibilité de le scinder en deux sinon exploitez une partie de la matière dans un
autre chapitre. Les chapitres qui n’ont pas trouvé une documentation doivent être
enrichis par un travail supplémentaire de réflexion et de recherche tandis que le
chapitre pour lequel il n’a pas été possible de réunir une documentation suffisante
doit être supprimé et les arguments prévus pour ce chapitre doivent être exploités
ailleurs. S’il y a une matière de trop qu’il est difficile à insérer quelque part dans le
développement du mémoire ou de la thèse, ne vous faites aucun souci. Constituez
un dossier à part, vous pouvez publier un article dans une revue scientifique, sinon
vous intégrerez cette matière dans une publication future, après votre thèse.
A ce stade, c’est l’idée directrice, c’est-à-dire votre thèse – l’idée à défendre par
une démonstration magistrale – qui va être au centre de la réflexion ; c’est elle qui
va guider la rédaction. Pensez constamment à établir un lien entre la question de
départ, la problématique, le développement de cette idée directrice et la conclusion.
Dans le plan de travail, vous avez présenté le cadre théorique pour annoncer
votre thèse. Vous avez fait une large investigation pour rappeler et élargir votre
champ de recherche. Dans le plan de rédaction, vous devez, dans l’exposition des
idées, faire absolument la démonstration de l’originalité de votre travail, c’est-à-dire
207
« Il est conseillé à l’étudiant de rédiger, à la fin de chaque chapitre ou section, de petits
résumés ou rappels des principales idées avancées, des résultats obtenus ou de ses apports sur
tel ou tel point de la théorie et de l’observation. Il s’agit de guider le lecteur en lui rappelant ce
qu’il doit retenir. Puis, par la formulation d’une question ou d’une nouvelle hypothèse lui
montrer les prémisses d’un raisonnement qui se prolongera dans la section, le chapitre ou la
partie qui suit », inSophie Boutillier, Alban Goguel D'Allondans, Nelly Labère et Dimitri
Uzunidis, op. cit., p. 75.
défendre votre thèse en fournissant des idées fortes (développées dans les
différents chapitres) qui répondent à la question de départ. Le raisonnement doit
couvrir l’ensemble de l’argumentation sur la thèse. La démonstration doit être bien
construite, appuyée par des arguments et des citations. Vous devez parvenir à
capter l’intérêt du lecteur et à convaincre. Aucune question ne doit rester en
suspens. Les titres des chapitres doivent être courts, clairs et incitatifs (c’est-à-dire
qui invitent à la lecture). Si vous parvenez, à travers les différents arguments à
l’appui de votre thèse, à convaincre votre directeur de thèse, soyez sûr que vous
obtiendrez une bonne note. Mais si votre directeur hésite, ne trouve pas
d’innovation ou d’avancées significatives et vous demande de revoir vos idées,
d’améliorer votre argumentation et d’approfondir la réflexion, vous êtes mal parti.
Certes, rien n’est encore perdu mais c’est le moment de vous arrêter, de mûrir la
réflexion avant de vous relancer dans la rédaction. Il faut peut-être discuter avec
quelques spécialistes dans votre domaine.

12.3. C’est dans la rédaction de la thèse que l’on juge la capacité d’un thésard

C’est au pied du mur que l’on juge le maçon, de la même façon, c’est dans la
rédaction de sa thèse que l’on juge la capacité du thésard. Si le plan a été mal conçu
au départ, la maison sera mauvaise. Si le maçon n’est pas un virtuose dans son
métier, les murs seront en pente et les experts (lecteurs pour la thèse)
n’apprécieront pas, ils critiqueront sévèrement l’œuvre dans son ensemble. Ecrire
une thèse ressemble à la construction d’une maison. Il faut garder cette
représentation à l’esprit afin qu’elle vous guide tout au long de votre recherche.
Après avoir constitué la documentation et une base de données qualitatives
et/ou quantitatives, après avoir établi des fiches de lecture selon l’évolution du plan
de rédaction, après avoir rédigé le plan détaillé, il est temps de vous lancer enfin
dans la rédaction proprement dite. Mais, prenez soin de définir la mise en page, le
format, le mode des notes de bas de page. Soyez prudent quant à l’usage des notes
de bas de page. Ni trop, ni moins, mais le juste milieu. Trop de citations nuit à
l’originalité du travail. Moins de citations montre le degré de paresse du chercheur
et un manque de preuve que ses idées sont soutenues par des chercheurs
confirmés. Cela entame « la crédibilité de l’ensemble du travail »208. Pour une raison
d’honnêteté intellectuelle, n’oubliez pas d’indiquer vos sources avec précision. Cela
facilite le contrôle. Les citations ne doivent pas casser le rythme de votre
démonstration. C’est pour quoi, elles ne doivent pas être trop longues. Les notes de
bas de page servent aussi à présenter des commentaires qui risquent d’alourdir
inutilement le texte mais qui apportent une information supplémentaire utile au
débat.

208
Michel Beaud, op. cit., p. 87.
12.4. La bonne manière de citer et d’indiquer les notes de bas de page

Toute idée empruntée aux autres doit être mise entre guillemets. Dans la mesure
du possible, indiquez les citations de première main, c’est-à-dire les ouvrages
d’origine. Lorsque vous citez pour la première fois, vous êtes obliqué d’indiquer le
prénom et le nom de l’auteur, le titre de l’ouvrage en italique, le lieu de publication,
la maison d’édition, l’année de publication et la page où se trouve l’information.
Lorsque vous citez une deuxième fois le même auteur sur la même page209, mettez
Idem et après Ibid. Si, plus loin, vous devez citer le même auteur et le même livre,
mettez op. cit., en italique après le prénom et le nom de l’auteur, puis ajoutez la
page210. Si l’auteur est le même mais le titre de l’ouvrage change, citez correctement
en indiquant en italique le nouveau titre. Pour un article, on met l’intitulé (titre)
entre guillemets, le nom de la revue en italique (voir infra). Le nom de l’auteur peut
être celui d’un organisme. Par exemple : PNUD, Banque Mondiale, Banque
nationale de Kinshasa, etc. S’il s’agit d’une enquête sur le terrain, indiquez le nom
de la personne (son autorisation est requise) de qui vous avez reçu l’information et
le lieu où elle a été recueillie. Dans le corps du texte, les renvois se font avec supra
qui signifie voir plus haut et infra voir plus bas. Ces deux termes latins sont toujours
en italique. Leur usage ne doit pas être exagéré, autrement on se perd. Toujours
dans le corps du texte, évitez de vous perdre dans des numérotations quantitatives
ou chiffrées qui risquent d’embrouiller le lecteur et lui faire oublier le fil des idées.
La locution sic se met entre parenthèses à la suite d’une expression ou d’une phrase
citée pour souligner qu’on cite textuellement, si étrange que paraissent les termes.
Certains logiciels de traitement de texte ont des fonctions pratiques comme la
correction automatique, la définition de l’en-tête et du pied de page, la fonction de la
« Table des matières », etc. Activez ces commandes si vous avez choisi d’utiliser un
ordinateur pour rédiger votre travail de recherche. Il est plus avantageux d’utiliser
un tel outil que de rédiger votre travail à la main211.
Si vous avez choisi de rédiger votre thèse en utilisant l’ordinateur, prenez
l’habitude de sauver régulièrement le fichier et le garder à deux ou trois
endroits différents : un support interne et un ou deux support(s) externe(s). En cas

209
La première fois que l’on cite un auteur, on doit produire une note de bas de page complète. Si
on doit citer tout de suite après le même auteur et le même ouvrage, on utilise la locution Idem,
puis Ibidem. On emploie Id. après avoir employé Idem auparavant et Ibid. après avoir employé
Ibidem. Lorsque le passage se trouve dans différents endroits dans le même livre, on écrit : p. 47 et
passim.
210
Si la nouvelle citation d’un auteur est décalée par rapport à la précédente, on reprend la
référence, par exemple FweleyDiangitukwa, La thèse du complot contre l’Afrique. Pourquoi l’Afrique ne
se développe pas, op. cit. p. 256.
211
C’est non seulement fastidieux mais en plus en choisissant ce mode, on devient dépendant de
la personne qui va saisir le manuscrit et vous serez amené à relire le texte pour découvrir les mots
mal écrits et/ou les passages omis par celui qui a saisi votre travail. Un cours accéléré en
informatique, spécialement dans l’utilisation d’un traitement de texte, comme Word, ne vous fera
pas de mal. Au contraire, il ne vous fera que du bien car il vous permettra de gagner énormément
du temps.
de panne ou d’un virus, vous ne regretterez pas d’avoir perdu, en l’espace d’une
fraction de seconde, l’effort de deux ans, trois ou quatre ans de travail.

12.5. La qualité d’un mémoire ne se trouve pas dans le nombre de pages mais dans la profondeur
de la recherche

Ce n’est pas le nombre de pages qui fait le sérieux de la thèse mais sa profondeur
et la qualité de la méthodologie choisie. « C’est la qualité de la thèse que l’on juge,
en fin de course, non pas le temps de travail passé ni la bonne volonté de
l’étudiant »212. On a vu des thèses denses, voire très denses, obtenir la mention
« Passable » ou « Honorable » et des thèses modestes être bien notées. Ni trop
volumineux (cela dissuade le lecteur) ni trop maigre (le thésard risque d’être qualifié
de paresseux), le volume moyen d’une thèse, en sciences sociales, tourne autour de
350 et 500 pages.
Retenez un format de page standard : 2,5 cm en haut, en bas, à gauche et à
droite. Quant au caractère, choisissez de préférence Times New Roman 12 et
l’interligne 1,5 afin d’aérer le texte et de permettre au lecteur (chaque membre du
jury) de pouvoir noter des observations et des remarques.
L’idée principale à défendre (c’est-à-dire la thèse elle-même) est démontrée dans
la partie réservée au développement. « Le plan de rédaction, lui, sera l’armature
cohérente du raisonnement construit qui portera le texte de la thèse, raisonnement
qui impliquera le plus souvent une recomposition de la matière travaillée pour
apporter une réponse à la question principale »213. Il faut donc accorder beaucoup
d’importance à l’organisation du plan de rédaction qui est annoncé à partir de la
question principale.

12.6. Le style de rédaction

Quant au style de rédaction, ne vous cassez pas trop la tête. La thèse n’est pas
une oeuvre littéraire ou artistique. Vous avez lu deux à trois bonnes thèses avant de
vous lancer dans la recherche documentaire. Imitez ce style. En règle générale, le
style doit être simple et précis, rendant les idées accessibles à un public d’initiés.
« La simplicité du style et la clarté de la rédaction facilitent l’exposé et la lecture des
idées avancées »214. Utilisez donc des phrases courtes et un vocabulaire clair. Ne
jamais utiliser des mots dont le sens étymologique n’est pas bien compris. « Les
verbes sont au passé dans les parties descriptives et au présent pour tous les faits
acceptés [évidence] par la communauté scientifique »215. Chaque mot utilisé doit
avoir la même signification et la même compréhension chez chaque lecteur. Un
mémoire ou une thèse de doctorat s’écrit à la troisième personne du singulier.
212
Michel Beaud, op. cit., p. 21.
213
Ibid., p. 60.
214
Sophie Boutillier, Alban Goguel D'Allondans, Nelly Labère et Dimitri Uzunidis, op. cit., p. 74.
215
Medzegue M'Akuè Joël-Jadot, op. cit., p. 85.
Toutefois, les affirmations peuvent être avancées en utilisant le « nous » de majesté.
Evitez l’utilisation de « on » à cause de l’imprécision que ce pronom indéfini
introduit dans le travail.

« Ce qu’on attend d’une thèse, comme de tout travail de recherche, c’est un


progrès dans la connaissance : soit un éclairage nouveau sur une question en
débat, soit la reconnaissance d’un corpus explicatif, soit l’approfondissement
d’une analyse sur un point important. Une thèse doit contribuer, même si c’est
pour une part modeste, à l’amélioration, à l’élargissement ou à
l’approfondissement de la connaissance dans le domaine qu’elle concerne. »216

Pendant la rédaction de votre thèse, prenez le temps d’assister à la soutenance


d’autres thèses pour voir comment les autres thésards se défendent, comment les
membres du jury se comportent à leur égard et quels sont les éléments qui
constituent le centre de discussion dans le débat.

216
Michel Beaud, op. cit., p. 71.
Chapitre XIII : Comment écrire la conclusion

13.1. La conclusion reprend les idées principales développées dans le mémoire ou dans la thèse

Le chercheur présente les résultats obtenus en mettant en évidence les nouvelles


connaissances et les perspectives pratiques. Sur la base des connaissances à sa
disposition au moment où il conclut, il infirme ou confirme l’hypothèse sur la base
de la démonstration logique et rigoureuse qu’il a faite, après avoir étudié en
profondeur toutes les informations disponibles. Il indique en quoi la conclusion de
sa recherche contribue à faire avancer le connaissance à propos de l’objet de son
étude.
Dans cette partie, le thésard rappelle l’intérêt suscité par la recherche mais aussi
les difficultés rencontrées. Il souligne les principales découvertes et la contribution
de sa recherche dans la connaissance sur le sujet ; il ouvre les perspectives d’avenir
en indiquant les questions qui n’ont pas trouvé réponse dans la recherche, les
points qui nécessitent d’être approfondis et les raisons pour lesquelles
l’approfondissement n’a pas été possible.
En accord avec GeorgetaCislaru, Chantal Claudel et Monica Vlad, je répète que
« la fonction principale de la conclusion est de dresser un bilan du contenu de
l’article ou du mémoire en mettant en évidence l’originalité de l’apport. Elle permet
aussi d’annoncer des perspectives qui s’ouvrent à l’étude des questions
abordées »217. Il est nécessaire de rappeler les grandes lignes de la démarche et
d’annoncer les résultats obtenus en référence aux hypothèses et à la question de
départ. Il est également important de souligner la plus-value ou la valeur ajoutée
que cette recherche permet de réaliser, en mettant en évidence en quoi la recherche
a contribué à mieux connaître l’objet d’étude. Non seulement cette plus-value vient
enrichir les connaissances antérieures relatives au sujet soumis à l’analyse, mais en
plus elle apporte de nouvelles informations sur ce sujet. Selon le cas, le chercheur
peut remettre en question les connaissances acquises jusque-là, comme il peut
innover. Un bon chercheur est celui qui se pose les questions suivantes à la fin de
son travail : qu’ai-je appris de plus et qu’est-ce que j’ai apporté de plus (qui soit peu
connu) sur l’objet que j’ai soumis à l’analyse ?
En effet, un travail de recherche n’est jamais achevé car il est impossible de
maîtriser tout. La recherche est un processus, une quête infinie. Il faut donc, à un
moment ou à un autre mettre fin à sa recherche et présenter son mémoire au
directeur.

217
GeorgetaCislaru, Chantal Claudel et Monica Vlad, L’écrit universitaire en pratique, Bruxelles,
éditions De Boeck, 2009, p. 117.
13.2. Lecture et relecture du manuscrit

Si une thèse n’est pas une oeuvre littéraire, un bon mémoire ou une bonne thèse
doit être bien rédigé(e) et bien présenté(e), sans faute de frappe, d’orthographe ou
de grammaire. Prenez soin de relire régulièrement, et même religieusement, votre
travail. A part votre directeur de thèse, trouvez au moins un expert dans votre
domaine avec qui vous pourriez échanger de temps en temps sinon de temps à
autre.
Rappel : la commande « orthographe » permet de corriger les mots mal écrits.
Quant à la correction des fautes de grammaire, c’est votre responsabilité.
A la fin de la rédaction, trouvez un lecteur extérieur (un correcteur
professionnel) qui maîtrise la langue et qui lira votre travail avec l’objectif de
corriger les fautes et de se prononcer sur la cohérence des idées. Il y aura ainsi trois
avis : le vôtre, celui de l’expert que vous consultez et celui du lecteur-correcteur. Si
celui-ci ne se substitue pas à vous, il vous aide à présenter un travail propre sur le
plan de la forme. A force d’être plongé dans le texte, on ne voit plus les fautes de
grammaire, d’orthographe et de frappe. On lit les mots tels qu’ils sont inscrits dans
le cerveau. Les lecteurs externes vous aideront à prendre une certaine distance vis-
à-vis de votre texte.
Pendant le travail de lecture et relecture, il faut non seulement corriger les fautes
mais il faut, en plus, retravailler les passages incertains, supprimer les répétitions des
idées au niveau de la démonstration et des analyses théoriques et factuelles. Il faut
revoir la longueur des phrases, se prononcer sur l’équilibre entre les parties et les
chapitres, vérifier que les numéros des pages indiquées sur la table des matières
correspondent correctement aux pages intérieures. La bonne relecture se fait dans
le calme, avec un esprit critique. Il faut garder une certaine distance vis-à-vis du
texte. Cela devient possible si on laisse reposer le texte pendant quelque temps
avant de se lancer dans la relecture qui sert à améliorer l’ensemble du travail. Soyez
donc rigoureux car vous êtes appelé à présenter un travail aussi parfait que possible.
Retravaillez les passages qui ne vous donnent pas satisfaction.
Chapitre XIV : Comment présenter la table des matières

La table des matières présente le plan détaillé de votre mémoire ou de votre


thèse avec une indication du numéro de page à droite.
La tradition voudrait que la table de matières soit placée à la fin de l’ouvrage. Je
vous conseille de la placer au début. Un placement au début motive le lecteur à aller
vite chercher l’information dont il a besoin.

14.1. Lisez et relisez attentivement les titres et les sous-titres

Les titres et les sous-titres doivent être lus et relus avec une très grande attention.
Ils ressemblent à la porte d’entrée du salon et des chambres. Chaque titre doit
exprimer l’idée essentielle contenue dans la partie ou dans le chapitre qu’il annonce.
Il doit être court, précis et concis. N’hésitez jamais à changer les titres qui ne vous
donnent pas satisfaction. Si vous le faites, changez également ces titres à l’intérieur,
dans le corps du texte. Les meilleurs titres sont ceux qui sont parlants. Dans un
travail de fin d’études ou une thèse de doctorat, la table des matières doit être
considérée comme la 4e page de couverture d’un ouvrage. Elle permet au lecteur de
se faire une idée générale du contenu. Au-delà, il permet d’aller chercher
rapidement une information à l’intérieur du travail sans tout lire. Si elle est mal
présentée ou si elle est bâclée, le lecteur se fait vite une mauvaise idée de
l’ensemble. Une table des matières bien présentée sauve en partie le contenu, mais
jamais en totalité car l’inverse est aussi possible. On peut présenter une très bonne
table des matières et avoir un travail négligemment fait ou bâclé. Pour être
complète, la table des matières doit contenir des parties divisées en chapitres, une
conclusion, une bibliographie et, selon le cas, une annexe ou des annexes. S’il y a
une liste des abréviations qui a été prévue, indiquez-la.
14.2. Actionnez la fonction « Table des matières »

La fonction « Table des matières » dans les logiciels actuels facilite le travail. Il
suffit de définir les éléments qui doivent être pris en compte et l’endroit où il faut
faire figurer cette table des matières. L’ordinateur fait le reste.
Chapitre XV : Présentation du manuscrit final au directeur

15.1. Relisez une dernière fois votre travail

La présentation finale doit être soignée. Le texte doit être aéré et les phrases
claires et précises. Certains directeurs conseillent de garder une page entière pour
annoncer les parties et les chapitres. Utilisez la même police du début à la fin. Si le
corps de texte est saisi avec 12, utilisez le 16 en gras (et en lettres capitales) pour les
parties et le 14 également en gras pour les chapitres. Vous pouvez mettre en italique
les termes en langue étrangère. Les pages doivent être pleines, c’est-à-dire justifiées
à gauche et à droite. Si vous utilisez Times New Roman 12 pour le corps de texte,
utilisez alors 10 pour les notes de bas de pages. Prévoyez une différence de 2.
Préférez les notes de bas de page218 qui figurent sur chaque page plutôt que celles
qui sont placées à la fin de chaque chapitre ou à la fin du mémoire. Ce genre de
présentation crée un va et vient qui dissuade vite le lecteur. En plus, le contrôle
n’est pas facile avec cette façon de procéder.
Lorsque vous avez lu et relu la totalité du travail, relisez en dernier lieu
l’introduction, la partie réservée à la validation de la thèse, la conclusion de chaque
chapitre et la conclusion générale pour savoir si tout se tient, s’il y a une cohésion
entre les parties. Vous devez maintenant être capable de ressortir les grandes idées
que vous avez défendues et « le fil conducteur du raisonnement construit qui porte
votre thèse »219.

218
Les notes de bas de pages doivent être courtes et, présentées sous forme d’éclaircissement ;
elles doivent servir uniquement à soutenir les idées défendues dans la thèse.
219
Michel Beaud, op. cit., p. 153.
15.2. Suggérez le nom d’un professeur que vous connaissez dans la composition du jury

La composition des membres du jury est une affaire de votre directeur ou,
suivant les universités, elle est une affaire de la faculté. Toutefois, vous pouvez
suggérer un nom et, s’il y a un membre qui peut vous être visiblement nuisible pour
des raisons extérieures au travail de recherche (règlement de compte par exemple),
parlez-en à votre directeur de thèse. S’il y a un membre du jury qui est réputé
recaler régulièrement les étudiants pour des raisons inconnues220, parlez également
de ce détail avec votre directeur. Préférez un jury composé de professeurs dont les
compétences sont reconnues plutôt qu’un jury de complaisance. Les professeurs
qui jouissent d’une grande réputation peuvent vous établir des recommandations
qui pourront vous ouvrir des portes dans le monde du travail.
Votre travail est bien fini, votre directeur l’a lu et vous a donné le feu vert pour
préparer la soutenance, les rapporteurs ont déposé leurs rapports et acceptent que
la thèse puisse être admise à la soutenance publique, réjouissez-vous. Mais vous
n’êtes pas encore « docteur » et vous n’êtes pas encore au bout de vos efforts. La
date sera bientôt affichée à la faculté et peut-être annoncée dans les journaux, il est
temps de préparer la page de couverture qui doit contenir en haut le nom de
l’université, l’intitulé de la faculté qui va vous décerner le prestigieux titre de
« diplômé » ou de « docteur ». Au milieu de la page, écrivez en lettres capitales et en
gras le titre exact de votre mémoire ou de votre thèse. Ce titre est suivi de la
mention « Mémoire de diplôme présenté par…. » ou « Thèse de doctorat présentée
et soutenue publiquement par… » (votre prénom et votre nom) pour l’obtention
du titre de « docteur ès... ». En bas, vous notez le prénom et le nom de votre
directeur et des autres membres composant le jury, puis la date de présentation ou
de soutenance, en précisant le mois et l’année de l’établissement définitif du texte
ou de la soutenance. Le tout doit être centré.
Suivez ensuite les exigences de la faculté sur le nombre d’exemplaires à déposer.
Conseil pratique : organisez une fausse soutenance avec un groupe de chercheurs
et d’amis compétents dans votre domaine de recherche. Cette expérience vous sera
très utile car elle permettra d’avoir confiance en vous, de prévoir des questions
éventuelles. Demandez au groupe de chercheurs et d’amis d’être exigeants et
sévères à votre égard.

220
Il garde peut-être un mauvais souvenir de sa propre soutenance de thèse et cherche à se venger
sur les autres.
Chapitre XVII : Ecrire les remerciements et préparer la soutenance

La page de remerciements est ce qui s’écrit en dernier mais il doit figurer en


début de mémoire ou de thèse. Vous êtes libre de remercier qui vous voulez mais
de grâce n’oubliez pas celui par qui vous allez obtenir le titre de « docteur » car il a
dirigé la rédaction. Remerciez tous ceux qui, de près ou de loin, vous ont assisté
pendant vos études ou pendant la rédaction de votre mémoire ou de votre thèse ;
parmi lesquels il peut y avoir des professeurs, des amis, des chercheurs, ou encore
des personnes qui vous ont aidé dans la collecte de l’information pendant votre
travail de terrain ou l’assemblage de la documentation, etc. Vous pouvez aussi
remercier la personne qui a saisi votre travail sur l’ordinateur et celui qui a corrigé
votre manuscrit. Ne citez pas tous les membres de votre famille ni tous les amis de
votre enfance.

17.1. Prenez soin de lire les travaux des membres du jury en rapport avec le sujet de mémoire

Lorsque la composition du jury est portée à votre connaissance, cherchez à


savoir si l’un et l’autre parmi les membres ont théorisé sur votre sujet ou sur un
élément figurant dans votre thèse. Certains membres du jury aiment bien rappeler à
celui qui soutient sa thèse qu’il n’a pas pris connaissance de telle ou telle autre de
ses publications en rapport avec la thèse. Prenez soin de lire leurs travaux s’ils ont
une relation directe avec votre thèse.

17.2. La soutenance est l’examen le plus important de votre vie

Il est indispensable de relire minutieusement le travail pour la dernière fois


quelques jours avant la soutenance et se rappeler que la présentation finale sera
jugée sur la base de la plus-value que le travail apporte dans l’avancement de la
connaissance, sur la méthodologie de recherche, ainsi que sur la richesse de
l’argumentation, la clarté de l’exposé des idées éprouvées. Il est important de
ressortir les étapes de la démarche, de souligner les difficultés rencontrées, la
question principale, les hypothèses retenues, la base théorique à partir de laquelle
l’argumentation a été menée, les avancées, les découvertes et les conclusions.
Le directeur s’est fait une opinion sur l’étudiant qu’il a encadré en évaluant son
travail avant la soutenance en fonction de l’acquisition de connaissances théoriques
fondamentales et approfondies qui donnent à l’étudiant les capacités de devenir
spécialiste. Il s’agit maintenant de convaincre au-delà du cercle fermé et restreint
composé uniquement de son directeur de thèse.

17.3. Le jour de la soutenance


Ne vous fatiguez pas trop à la veille de la soutenance. Dormez suffisamment afin
d’être en forme pendant la soutenance. Cet examen doit être préparé sérieusement
car il est l’examen le plus important de votre carrière d’étudiant. Donnez le meilleur
de vous-même afin de convaincre le jury.
La soutenance de la thèse constitue le couronnement d’un long investissement.
Elle ressemble à la récompense de celui qui a construit une maison dans laquelle il
peut enfin dormir nuit et jour. Si la police peut retirer un permis de conduire à un
mauvais chauffeur, le titre de docteur est décerné à vie. C’est un privilège qui est
uniquement réservé aux plus méritants – a happy fewpeople (ou cercle des élus) – à qui
l’université demande de défendre l’honneur de l’Institution.
Le jour de soutenance, il est nécessaire de :
- parler des difficultés que vous avez rencontrées, du soutien et de la
compréhension dont vous avez bénéficié de la part de votre directeur de thèse ;
- remercier le directeur de thèse et les membres du jury qui ont pris la peine de lire
la thèse de A à Z ;
- remercier aussi le public qui est venu vous écouter et vous soutenir ;
- être calme, écouter attentivement les observations des membres du jury avant de
répondre ;
- être rigoureux, précis et concis, clair et structuré ;
- prévoir un verre d’eau ;
- ne pas s’énerver même si les critiques sont sévères et démoralisantes ;
- n’exprimer aucune inquiétude car les membres du jury risquent de croire que vous
avez bâclé le travail ou que vous n’êtes pas sûr de vous-même ;
- défendre votre thèse avec des idées bien construites en se référant constamment
au travail ;
- montrer les failles et les limites des travaux antérieurs et mettre en exergue les
nouvelles idées, en quoi le mémoire ou la thèse contribue à l’avancement de la
connaissance ;
- entrevoir les perspectives d’avenir ;
- parvenir à convaincre les membres du jury.
Pendant les minutes qui vous sont accordées pour présenter les résultats de votre
recherche, sachez communiquer avec clarté et éloquence. Vous devez maîtriser le
message que vous souhaitez transmettre. Soyez précis et concis et assurez-vous que
le message est clairement et correctement compris par le jury. La soutenance est
une étape qu’il ne faut jamais négliger car c’est par elle que vous accéderez au titre
de « docteur ès… ». Vous pouvez rédiger un travail excellent, mais si la soutenance
est médiocre, vous perdrez en grade et vous le regretterez le reste de votre vie. Par
exemple, la note « Honorable » ou « Passable » (le terme change d’une université à
une autre) ne vous donnera pas accès à la carrière d’enseignant dans les universités
qui cherchent toujours à recruter les docteurs qui ont obtenu la note « Très
Honorable, avec félicitations du jury » ou « Très bien », voire « Excellent avec
félicitations du jury ».
Le titre de docteur honore celui qui le porte. Il conserve son prestige. Alors, il
vaut mieux sortir avec un titre qui fera votre fierté après avoir travaillé plusieurs
années sur le sujet. Défendez-vous sérieusement et « affrontez » le jury avec
assurance. Ne soyez pas trop loquace. Répondez uniquement aux questions que les
membres du jury vous posent. Vous devez dominer le sujet en évitant le trac et le
stress.
Une mauvaise présentation risque de diminuer votre note finale, même si le texte
est superbement bien rédigé. Dominez la peur et contrôlez votre langage corporel.
Participez au débat en argumentant. En vous posant parfois des questions
embarrassantes, les membres du jury cherchent uniquement à connaître votre degré
de maîtrise du sujet. C’est par la thèse que vous défendez votre aptitude à la
recherche. Donc, pendant la soutenance publique, il est important de faire attention
à l’expression orale et à la maîtrise du langage du corps : bien se tenir, être attentif,
répondre avec courtoisie221.
Pendant les minutes qui vous sont accordées, ne vous contentez pas de résumer
votre travail – erreur que commettent beaucoup d’étudiants – mais présentez plutôt
les grandes lignes en rappelant la problématique et l’état des connaissances au
départ de votre recherche, en mettant en évidence la controverse ou les différents
débats sur le sujet, en expliquant le cheminement méthodologique ayant permis la
conduite de la recherche, en présentant les résultats ou les conclusions (confirment-
ils/elles les hypothèses retenues ou non ?), en mettant en évidence votre plus-value
en matière théorique (s’il y a une innovation), analytique ou explicative (dans la
plupart des cas), en soulignant les perspectives intellectuelles qui s’ouvrent dans
l’avenir (s’il s’agit d’un mémoire de master recherche) et qui pourraient conduire à
la rédaction d’une thèse de doctorat. La démonstration doit être appuyée par des
documents, des statistiques, des schémas, des tableaux, etc. L’essentiel doit être dit
au début222 ; les détails seront traités au cours de la discussion qui s’ouvrira après les
critiques des membres du jury.

17.4. Prenez le temps d’écouter attentivement les membres du jury

Vous êtes presque arrivé à la fin de votre peine. Faites attention à tout et au
moindre détail. Soignez votre prestation orale et vestimentaire. Prenez le temps
221
Evitez des mouvements corporels incontrôlés, la nervosité. Ne soyez pas continuellement sur
la défensive. Acceptez les remarques puis défendez vos arguments. Montrez que c’est vous qui
avez travaillé sur le sujet et c’est encore vous qui le maîtrisez mieux que quiconque. Ne croisez
pas constamment les bras pendant la soutenance, ne gardez pas constamment la tête baissée.
Quand vous parlez, fixez du regard les membres du jury (pas uniquement votre directeur de
thèse). Ne grattez pas constamment la tête ou le nez et ne tirez pas vos oreilles. Ne bougez pas
inutilement vos jambes. En revanche, souriez lorsque cela est nécessaire. Penchez-vous en avant.
Remerciez avant de répondre même si la remarque est démoralisante. Appuyez parfois vos
réponses par un geste de la main. Vous trouverez un résumé des attitudes et gestes à ne pas
afficher ou à afficher lors de la soutenance dans le livre de Medzegue M'Akuè Joël-Jadot, op. cit.,
pp. 128-129 et passim.
222
La présentation doit être magistrale (un coup de maître).
d’écouter attentivement les membres du jury. Répondez méthodiquement à leurs
questions sans vous perdre dans les détails et sans polémiquer face à leurs critiques
même si elles sont exagérément sévères. Défendez-vous avec assurance et ne vous
laissez pas emporté par la provocation.
Généralement les trois ou quatre membres du jury se répartissent le rôle : un
critique sévèrement, le directeur défend son étudiant et un troisième fait la
modération ou deux critiquent, un modère et le directeur défend. Le but est de
tester la capacité de l’étudiant à défendre sa thèse. Il ne faut pas se mettre en
position d’incapacité à défendre ses propres idées. Même s’il faut quelquefois
reconnaître les faiblesses et les erreurs que soulèvent les membres du jury, il est
important de clarifier les éventuels malentendus, d’expliquer les incompréhensions,
de préciser les arguments des auteurs consultés et vos propres arguments que vous
avez défendus dans la thèse. Vous devez insister sur les points forts de votre travail,
en montrant comment vous avez contribué à une meilleure compréhension du
problème traité dans votre mémoire ou votre thèse.

17.5. Après la proclamation des résultats

Les résultats viennent d’être proclamés. Vous avez fini avec mention : saluez le
directeur et les membres du jury. Remerciez-les encore et invitez-les à partager un
verre de champagne ou à la fête si cela a été prévu, même si, traditionnellement, ils
déclinent l’offre.
Vous avez franchi une très importante étape mais ne prétendez pas être le plus
intelligent dans votre domaine de recherche. Soyez humble et modeste et souvenez-
vous de cette pensée : « la prise de conscience de ce que l’on ne connaît pas est une
dimension essentielle de la connaissance »223. J’affirme : plus on apprend, plus on
découvre qu’on ignore beaucoup et plus on cultive l’envie de savoir davantage.
Voilà pour quelle raison les philosophes et les savants (ceux qui savent) sont des
gens humbles. L’orgueil est un comportement qui est propre aux demi-lettrés et
aux personnes peu cultivées qui se déclarent, souvent publiquement et facilement,
être des intellectuels sans attendre que les autres reconnaissent ce qu’ils sont.
Ceux qui savent disent publiquement qu’ils ne savent pas et ceux qui savent peu
disent orgueilleusement qu’ils savent. N’oubliez jamais que les personnes qui n’ont
pas suffisamment étudié détiennent un savoir du terroir que vous ignorez et dont
vous pourrez un jour avoir besoin. Avec votre nouveau diplôme, vous ne devenez
pas la lumière du monde. Ne soyez donc pas hautain mais humble et partagez vos
connaissances en toute modestie afin de participer à l’avancement de la
connaissance universelle.
Enfin, c’est votre dernier jour à l’université en tant qu’étudiant, vous êtes
maintenant docteur. Soyez le bienvenu dans le petit cercle des docteurs ès quelque
chose.

223
Michel Beaud, op. cit., p. 176.
Pour être professeur à l’université, il faut avoir défendu une thèse avec mention.
C’est une preuve que le candidat a déjà mené à bien une recherche qui a été
appréciée par un jury scientifique.
Après la soutenance :
- relisez attentivement le travail en introduisant les modifications demandées par les
membres du jury ;
- obtenez l’autorisation du directeur de thèse avant de déposer les exemplaires à la
faculté ;
- obtenez l’autorisation (et le financement) avant de publier votre thèse si elle a été
primée.
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