Cours de Méthodologie PDF
Cours de Méthodologie PDF
Campus de Yaoundé/Cameroun
Professeur : Fweley Diangitukwa
IèrePartie
« Un individu qui vient au monde arrive dans un monde où existe déjà beaucoup de
savoir. Celui qui vise à devenir physicien sera confronté avec un corps de savoir qui
constitue l’état actuel de développement de la physique, et lui faudra se familiariser
avec une grande partie de ce savoir s’il souhaite faire une contribution au domaine »
(Alan F. Charles, Qu’est-ce que la science ?, La Découverte, 1987, p. 188).
Il existe différentes manières d’analyser le fait social, car il y a différentes politiques
selon les écoles et les courants de pensées. Les libéraux ne regardent pas les faits
sociaux de la même façon que les socialistes ; les Africains, les Asiatiques, les Sud-
Américains ne regardent pas le monde de la même façon que les Occidentaux. Les
faits sociaux sont donc interprétés selon la culture et l’école d’appartenance car les
uns et les autres ne voient pas le même monde. Le cours de méthodologie en
sciences sociales est une identification du fait social.
Il existe une variété de visions pour des objets assez courants ou une variété de
points de vue. Ces variétés sont difficiles à décrire en sciences sociales sans
connaissance préalable. Ce que nous voyons correspond-il toujours à la réalité ?
Mais qu’est-ce que la réalité ? Est-elle immuable ou changeante ?
La théorie est la sélection ou le choix des éléments de la réalité qui nous entoure.
En d’autres termes, elle est un ensemble d’idées, de concepts abstraits, plus ou
moins organisés, appliqué à un domaine particulier. C’est une construction
intellectuelle méthodique et organisée, de caractère hypothétique (au moins en
certains de ses parties) et synthétique.
Elle est une interprétation de la réalité ou du monde. Dans ce sens, elle est une
caricature qui représente une partie de la réalité des éléments les plus saillants. Pour
être solide, elle doit être fiable et surtout critiquable ou falsifiable.
Axiologie est la science et la théorie des valeurs morales, elle examine ce qui est bon
et ce qui ne l’est pas.
Le modèle est une théorie partielle. C’est un cas particulier, une idée ou une
hypothèse ou encore un chemin vers la bonne explication [l’explication est ce qui
met l’esprit au repos]. En étudiant le leadership et le management,
FweleyDiangitukwa applique la théorie sur le modèle suisse (voir sa publication :
Leadership et Management. L’exemple suisse, Presses Académiques Francophones,
Saarbrücken (Allemagne), mars 2015).
Normatif (vient du nom norme = formule abstraite de ce qui doit être, qui est
conforme à la règle générale), qui constitue une norme, est relatif à la norme, dont
l’objet est constitué par des jugements de valeurs, et qui donne des règles, des
préceptes.
Heuristique : partie de la science qui a pour objet la découverte des faits. Méthode
heuristique consistant à faire découvrir à l’élève ce qu’on veut lui enseigner.
Méthode de recherche fondée sur l’approche progressive d’un problème donné.
Il existe quatre principales écoles de pensée que vous avez certainement déjà
étudiées et sur lesquelles nous ne pouvons pas nous appesantir.
1. Le fonctionnalisme est une explication par les buts. On part de l’idée que si
quelque chose existe, c’est parce que cela sert à quelque chose, c’est-à-dire
que cela a une fonction. Le référendum sert à déstabiliser le système politique
en faisant triompher la volonté du peuple. Le principe simple réside dans
l’affirmation suivante : « la fonction crée l’organe ». Une fonction répond à un
besoin. Le fonctionnalisme est une vision conservatrice.
2. Les approches compréhensivesmettent l’accent surl’« humain » et non sur un
système, un besoin ou une fonction. Elles s’intéressent aux subjectivités d’un
acteur social et non pas d’un individu quelconque. Elles sont une approche
qui se propose de comprendre par l’interprétation de l’action sociale et par là
d’expliquer causalement son déroulement et ses effets. Pour les approches
compréhensives, la société n’est pas un organisme naturel mais plutôt un
artefact2 humain. L’objectif social n’est pas donc une réalité externe, c’est une
construction subjectivement vécue. Le chercheur postule que le sens visé se
rapporte au comportement d’autrui par rapport auquel s’oriente son
déroulement. Il faut chercher à comprendre les sens divers attachés à
l’activité sociale (symbolique) qui ne permet pas de comprendre l’action
sociale, c’est-à-dire la société. Par exemple, l’Université de l’Union Africaine
recourt à FweleyDiangitukwa pour enseigner le cours de méthodologie ?
Explication : il a publié un livre sur cette discipline, il enseigne la
méthodologie et il a publié plusieurs livres.
2
Artefact ou artéfact : phénomène d’origine humaine, artificielle (dans l’étude de faits naturels).
Avec les approches compréhensives, la subjectivité peut être saisie par :
l’empathie (1) qui est la faculté de s’identifier à quelqu’un, de ressentir ce
qu’il ressent, par la raison (2) qui est une compréhension intellectuelle du
contexte des intentions des acteurs, par la construction d’un acteur
hypothétique (3), c’est-à-dire à travers un processus, une institution, etc.
pour créer un modèle théorique.
Le type idéal (Weber) est une construction utopique, pas une preuve ; il sert
à établir une hypothèse.
L’analyse de l’acteur dans une situation donnée se fait aisément par les
approches compréhensives. Elles permettent l’analyse de l’autorité qui peut
être charismatique (qui attire les suiveurs), traditionnelle (fondée sur la tradition
ou sur les coutumes) ou légale rationnelle fondée sur le respect des règles
établies.
Le leader charismatique est fondé sur la grâce, sur le don reçu de sa propre
personne. Le charisme est une qualité d’une personne douée d’une force
surnaturelle, providentielle. Par exemple : les leaders qui ont rejeté le
colonialisme, Fidèle Castro avant la prise du pouvoir à Cuba. Il faut dire que
le pouvoir charismatique est instable, il s’use avec le temps car il n’est pas
fondé sur de règles établies surl’obéissance à la personne du leader. Pour ce
fait, il faut le renouveler. Il y a une difficulté de succéder à un leader
charismatique après sa disparition.
L’autorité traditionnelle est fondée sur les coutumes, la tradition. Par
exemple, dans la royauté, le pouvoir est donné, conféré par les traditions.
Même si le chef est mauvais ou pas compétent, son pouvoir n’est pas mis en
cause.
L’autorité légale est établie en vertu de la légalité dans le respect des
institutions. Il est transmis par une procédure régulière. C’est le cas des
serviteurs de l’État moderne.
3. L’individualisme méthodologique est une explication par les intérêts. La société
existe à partir des intérêts des individus. Le chercheur postule que la politique
est le résultat d’actions individuelles. Les intérêtsdes individus font naître des
actions qui, à leur tour, donnent des résultats collectifs. À partir de la théorie
des intérêts des individus, on observe ce qui se passe dans la société ou dans
la collectivité.La politique est une doctrine par laquelle il est légitime
d’expliquer le politique en partant des individus et, acontario, il est illégitime
d’explique le politique sans partir des individus.
L’individualiste voit la connaissance comme un agencement particulier de
croyances possédées par les individus et qui se situent dans leurs esprits ou
cerveaux. L’individualiste qui accepte cette façon de comprendre le savoir en
termes de croyance n’acceptera pas toutes les croyances comme savoir
authentique. Pour qu’une croyance puisse faire partie d’un savoir
authentique, on doit pouvoir la justifier en montrant qu’elle est vraie, ou
probablement vraie, en faisant appel à une preuve appropriée. La question de
justification par la preuve ouvre la porte à ce qu’on appelle la régression
infinie des causes qui remonte au moins à Platon(cela signifie qu’aussi
longtemps qu’on apporte des preuves, le débat sera loin d’être clos).
4. Le systémismeest une explication par le tout, l’ensemble ou par le système. C’est
« l’analyse faite selon les principes de la systémique, un champ
interdisciplinaire relatif à l’étude d’objets complexes réfractaires aux
approches de compréhension classiques. Dans certains cas, le schéma de
causalité linéaire classique n’est pas opérant pour rendre compte du
fonctionnement d’un ensemble, qu’il s’agisse d’un être vivant, d’une
organisation sociale ou encore d’un système électronique de régulation de
température. Face à ce type de problème, il est nécessaire d’adopter une
démarche globale :
- en s’attachant davantage aux échanges entre les parties du système qu’à
l’analyse de chacune d’elles,
- en raisonnant par rapport à l’objectif du système (téléologie),
- en établissant les états stables possibles du système »3.
Une grève, ou une loi, est expliquée plus facilement en recourant au
systémisme, en établissant les relations qui sont à l’origine de la grève ou de
la loi.
Le système est un ensemble d’éléments interdépendants qui ne peut être
compris qu’ense référantà l’ensemble (le tout).
Le système international
Les relations internationales (RI) sont établies sur les relations entre les États.
Elles sont caractérisées par une hiérarchie. L’État a le monopole de la violence
légitime physique (Max Weber). Les citoyens obéissent aux lois. Sur le plan
international et national, il y a aussi une hiérarchie. Les plus forts tirent tout de leur
côté et les plus faibles doivent s’incliner. Pour analyser le niveau de politique
internationale, il faut s’intéresser à ce qui existe au niveau national. Il faut des lois
universelles pour développer une communauté et pour qu’il y ait partage de mêmes
attitudes. Si chacun suit son propre intérêt comme dans un marché, il n’y a pas
communauté de vues.
3
([Link]
Pour éviter de l’anarchie au plan international, on recourt à une forme de
dictature mondiale (= l’organisation des Nations Unies) pour réaliser au plan
mondial ce qui se fait sur le plan interne par le respect des lois. Les Nations Unies
établissent des règles de comportement pour les États qu’elles aident à préserver en
préservant le système. Les velléités expansionnistes et hégémoniques d’un État ou
d’un groupe d’États provoquent une contre-coalition défensive pour éviter
l’anarchie. Malheureusement, cela ne fonctionne qu’en un sens. Les grandes
puissances se coalisent contre les États faibles et le contraire est difficile voire
impossible car l’objectif dans les relations internationales est la préservation de la
paix universelle qui se confond avec la préservation des grandes puissances mais
pas avec la paix ou la justice.
La déduction ne naît pas de l’expérience mais des lois et des théories universelles
desquelles le scientifique pourra en tirer diverses conséquences qui seront les
explications et les prédictions.
Par exemple, en partant du fait que les métaux se dilatent lorsqu’ils sont chauffés,
on en conclura que des rails de chemin de fer continus, non disjoints par de petits
intervalles, se tordront par temps [Link] type de raisonnement est appelé déductif.
L’étude du raisonnement déductif constitue l’objet de la logique.
Par exemple
1. Tous les hommes sont mortels.
2. Je suis un homme.
3. Je suis mortel.
Dans ce raisonnement, (1) et (2) sont des prémisses et (3) la conclusion. On
considère comme une évidence que, puisque (1) et (2) sont vrais, (3) doit être vrai.
Une déduction logiquement valide se caractérise par le fait que, si les prémisses
sont vraies, alors la conclusion doit nécessairement être vraie. Dans ce
raisonnement, (1) est une prémisse générale, elle traite de tous les cas et pas de
quelques cas seulement. Si (1) est faux, (3) sera fatalement faux. La conclusion d’un
argument ne s’impose que si ses prémisses sont acceptées.
La méthode hypothético-inductive
C’est à cause de ses défauts que l’inductivisme est appelé à être abandonné. Cette
approche a « de plus en plus échoué à jeter une lumière nouvelle et intéressante sur
la nature de la science »12. Le défaut de l’inductivisme a conduit Imre Lakatos à le
qualifier de programme en voie de dégénérescence (voir plus loin).
La méthode hypothético-déductive
7
Ibid., p. 27.
8
Raymond Quivy et Luc Van Campenhoudt, Manuel de recherche en sciences sociales, Paris, éditions
Dunod, 1995op. cit., p. 143.
9
Gordon Mace, op. cit., p. 37.
10
Alan F. Chalmers, op. cit., p. 39.
11
Ibid., p. 39.
12
Ibid., p. 71.
prédictions et explications. Le raisonnement hypothético-déductif, couramment
utilisé dans l’ensemble des sciences sociales et humaines, repose sur l’observation
qui permet la déduction qui est en trois étapes. Elle part du général au particulier.
Exemple d’un syllogisme (voir plus haut):
1. Tous les hommes sont mortels.
2. (or) Fweley est un homme.
3. (donc) Fweley est mortel.
Il n’y a pas d’exception. On ne dira pas « de nombreux hommes sont mortels »
mais bien « tous les hommes sont mortels ».
Dans l’exemple ci-dessus, les deux premières propositions forment les
prémisses et la troisième constitue la conclusion. Si les prémisses sont vraies, la
conclusion sera nécessairement vraie. De la même façon, si les prémisses sont
fausses, la conclusion sera nécessairement fausse. Ainsi, devant une réalité que
l’on ne maîtrise pas, il est possible d’interpréter faussement le monde en
établissant des prémisses fausses qui aboutiront à des lois et des théories fausses.
Les approches inductive et déductive sont complémentaires. Certaines
recherches empiriques nécessitent le recours à l’approche inductive et d’autres, plus
théoriques, nécessitent le recours à l’approche hypothético-déductive. La théorie
aide à observer les faits et les faits aident à construire la théorie. Les deux
entretiennent, en quelque sorte, la relation entre l’œuf et la poule. Qui est premier ?
Bien malin est celui qui est capable de répondre à cette question.
Avec la méthode hypothético-déductive, « la construction part d’un postulat ou
concept postulé comme modèle d’interprétation du phénomène étudié. Ce modèle
génère, par un travail logique, des hypothèses, des concepts et des indicateurs
auxquels il faudra rechercher des correspondances dans le réel »13. Le raisonnement
déductif se limite à ce qui a été observé. Il ne va pas au-delà.
Il est communément admis que l’expérimentation, qui est possible en science
exacte, est difficile en sciences sociales. Raymond Quivy et Luc Van Campenhoud
conseillent le recours à la méthode hypothético-inductiveaux chercheurs qui font
leurs premiers pas sur un terrain qu’ils découvrent pour la première fois.
L’inductivisme part de l’observation vers les lois ou du bas vers le haut. En
revanche, laméthode hypothético-déductive prend le contre-pied. On part du
général vers le particulier ou du haut vers le bas. En réalité, les deux démarches se
complètent et ne s’opposent pas.
13
Raymond Quivy et Luc Van Campenhoudt, op. cit., p. 143.
Méthode hypothético-inductive vs méthode hypothético-déductive
Source : Raymond Quivy et Luc Van Campenhoudt, Manuel de recherche en sciences sociales, op. cit.,
p. 144.
14
Il faut reconnaître que très peu de travaux en sciences sociales ont pu parvenir à un degré
satisfaisant de falsification des hypothèses telle que la démarche a été développée par Karl
Popper.
par une théorie. « Des théories précises, clairement formulées, sont une condition
préalable pour que des énoncés d’observation soient précis. En ce sens, la théorie
précède l’observation »15. [Tout au début de la science, l’observation a précédé la
théorie].
Dans le cas de l’inductivisme, c’est l’observation qui donne la signification à de
nombreux concepts de base. Ce qui précède permet de dire que « pour établir la
validité d’un énoncé d’observation, il est nécessaire de faire appel à la théorie ; plus
la validité d’un énoncé doit être fermement établie, plus le savoir théorique mis à
contribution sera important »16.
En s’appuyant sur la déduction, il est permis de reconnaître que si la théorie qui
sert de fondement au raisonnement est fausse, la conclusion sera fausse. En
sciences sociales et humaines, la falsification sert comme critère de délimitation
pour les théories. Elle permet d’éliminer les hypothèses qui ne résistent pas à la
critique et qui ne parviennent pas à acquérir le statut de loi ou de théorie
scientifique. C’est pour cette raison qu’il est admis que « pour faire partie de la
science, une hypothèse doit être falsifiable »17, c’est-à-dire qu’elle doit revêtir un
caractère de généralité et avoir la possibilité d’être testée ultérieurement à partir des
données récentes. Pour Karl R. Popper, une hypothèse peut être tenue pour vraie
(provisoirement) tant que tous ses contraires sont faux. Pour cela, elle doit remplir
les deux conditions énoncées précédemment, à savoir : « primo, que l’hypothèse
revête un caractère de généralité, et secundo qu’elle accepte des énoncés contraires
qui sont théoriquement susceptibles d’être vérifiées »18. La falsification se fait par la
soumission de l’hypothèse à une série de critiques objectives. Il suffit pour cela de
produire un énoncé ou une série d’énoncés qui confirme(nt) ou infirme(nt)
l’hypothèse en question.
Après avoir beaucoup insisté, on sait maintenant qu’« une hypothèse est une
proposition qui anticipe une relation entre deux termes qui, selon, les cas peuvent
être des concepts ou des phénomènes. Elle est donc une proposition provisoire,
une présomption, qui demande à être vérifiée. Dès lors, l’hypothèse sera
confrontée, dans une étape ultérieure de la recherche, à des données
d’observation »19.
Une bonne hypothèse doit être falsifiable, c’est-à-dire qu’elle doit résister à la
falsification car cela permet de la confirmer. Toute hypothèse qui n’est pas
falsifiable doit être rejetée. Aussi, en matière de recherche, il n’y a pas de thèse sans
falsification des hypothèses et la falsification d’une hypothèse entraîne ipso facto la
falsification de la théorie qui la porte afin de la certifier et de la rendre meilleure.
15
Alan F. Chalmers, op. cit., p. 61. Il est important d’inscrire le sujet de mémoire ou la thèse dans
une école de pensée. Les idées émises par certains penseurs, notamment Gaston Bachelard, Alan
F. Chalmers, Thomas S. Kuhn, Karl Popper, ImerLakatos, etc. peuvent être d’un grand apport
dans la compréhension du sujet.
16
Ibid., p. 64.
17
Ibid., p. 75. Falsifiable est ici synonyme de vérifiable.
18
Raymond Quivy et Luc Van Campenhoudt, op. cit., p. 146.
19
Raymond Quivy et Luc Van Campenhoudt, op. cit., p. 150.
Une théorie falsifiable devient une référence parce qu’elle résiste chaque fois qu’elle
est testée. Donc, « une théorie est d’autant meilleure qu’elle fournit davantage
d’énoncés »20.
Tout thésard doit aspirer à devenir un parfait falsificationiste. Il doit, à tout
moment, prendre le risque de soumettre à la falsification toute théorie contenant
une information car une théorie est jugée meilleure lorsqu’elle est falsifiable. En
tout cas, elle doit être plus falsifiable que celle qu’elle vise à remplacer.
20
Alan F. Chalmers, op. cit., p. 80.
alors une loi ou une théorie acquiert une valeur informative. L’énoncé (5), qui est
infalsifiable, est une source de conflit. Il doit de ce fait être abandonné car il ne
nous apprend rien. Les théories qui ne sont pas falsifiables doivent être rejetées.
« On attend d’une loi ou d’une théorie scientifique qu’elle nous donne quelque
information sur le comportement réel du monde, à l’exception de tous les
comportements (logiquement) possibles mais qui ne se produisent pas » (Ibid., p.
77).De ce fait, si une théorie a un contenu informatif, elle doit courir le risque d’être
falsifiée. Donc, « une plus théorie est falsifiable, meilleure elle est, cela entendu au
sens large » (Ibid., p. 79). Une bonne théorie résiste aux falsifications chaque fois
qu’elle est soumise à test. Mais pour être falsifiable, les théories doivent être
clairement formulées et précises. Les énoncés les plus précis sont les meilleurs.
Le recours nécessaire à la falsification est une preuve que la science progresse par
essais et erreurs.
Dès l’enfance, les parents apprennent à leur enfant à manger, à marcher, à parler,
à toucher des objets, à observer l’environnement autour de lui, etc. Devenu un peu
plus âgé, le maître apprend au jeune écolier à lire, à écrire, à compter, à dessiner,
etc. Adulte, on apprend à conduire, à dactylographier (il y a quelques décennies), à
utiliser un ordinateur (à l’heure actuelle), etc.
Il peut arriver que deux individus placés dans les mêmes conditions visuelles, et,
vivant dans une société où la chaise fait partie du vécu, ne voient pas le même
objet. Il suffit pour cela qu’il y ait un seul petit détail flou pour que le doute
s’installe, que les deux observateurs n’interprètent pas de la même façon l’objet
qu’ils voient. Si c’est bien le même objet qui est soumis à leur observation, ils ne
voient plus forcément la même chose25.
Face aux faits sociaux, les hommes vivent les mêmes événements mais ils ne les
interprètent pas nécessairement de la même façon. Pour le dire en d’autres termes,
les faits sociaux ne sont pas analysés et compris de la même façon par les hommes.
Une révolution dans un pays peut être vue comme une « bonne chose » ou comme
une « mauvaise chose » selon qu’on est un homme du pouvoir ou un opposant au
régime. Il en découle que les mêmes événements vécus n’aboutissent pas forcément
à la même perception. Dans ce sens, il arrive que les mêmes hommes ne voient pas
la même chose face aux mêmes événements. C’est à ce niveau que les sciences
sociales ont leur importance. L’observation ne suffit pas, elle doit être interprétée et
analysée afin qu’elle soit validée avant d’être acceptée comme étant vraie.
Il faut toujours s’interroger sur la manière de combiner les « faits » et les
« théories », sur « comment mettre à l’épreuve des faits les théories les plus
adaptées »26.
24
Michel Beaud, L’art de la thèse, Paris, La Découverte, 2006, p. 70.
25
Nous commençons par apprendre avant de reconnaître. Donc, l’homme ne reconnaît que ce
qu’il a déjà vu, autrement il manifeste son ignorance.
26
Sophie Boutillier, Alban Goguel D'Allondans, Nelly Labère et Dimitri Uzunidis, op. cit., p. 14.
Distinction entre la théorie et les faits
Il est impossible de traiter un sujet sur les relations entre grandes et petites
entreprises sans explorer les thèses de Piore et Sabet, de même qu’il est impossible
d’ignorer les travaux de Karl Marx lorsqu’on parle de la pauvreté dans le monde
et de l’inégale répartition des fruits du travail ou d’ignorer les travaux de Max
Weber lorsqu’on écrit un sujet sur la légitimité et les travaux de Durkheim
27
Ibid., p. 14.
28
Rappel : « Les hypothèses de travail, qui constituent les axes centraux d’une recherche, se
présentent comme des propositions de réponse à la question de départ », in Raymond Quivy et
Luc Van Campenhoudt, op. cit., p. 38. Si les hypothèses théoriques ne sont pas vérifiées par les
faits, il faut formuler des nouvelles hypothèses puis re-vérifier les faits.
29
Raymond Quivy et Luc Van Campenhoudt, op. cit., p. 146.
30
Sophie Boutillier, Alban Goguel D'Allondans, Nelly Labère et Dimitri Uzunidis, op. cit., p. 41.
lorsqu’on travaille sur le suicide. De même qu’il est impossible d’ignorer
l’approche de Braudel en termes d’« économie-monde » lorsqu’on étudie les
rapports économiques internationaux ou de parler de l’entrepreneur sans se
référer à Schumpeter.
Il est inutile de reproduire dans le mémoire ou dans la thèse les théories qui sont
déjà présentées dans des manuels. Un simple rappel ou un renvoi peut suffire.
Quant aux faits, on peut étudier les faits historiques à partir des livres d’Histoire,
des rapports scientifiques, des archives, des témoignages des personnes ayant vécu
l’événement ou les événements faisant l’objet de la recherche. On peut également
étudier les faits d’actualité à partir des livres récents, des rapports scientifiques, des
articles de presse scientifique, des statistiques établies par des grands organismes de
collecte de traitement de données quantitatives (tels que l’Insee, l’ONU, Eurostat,
l’OCDE, Union Africaine, etc.) ou encore à partir d’une enquête de terrain.
→
Eclaire
THEORIE ← FAITS
valident ou
invalident
a) Sémantique : si le sujet porte
a) Où en est la réflexion sur le sur un fait précis, la question est
sujet ? de savoir d’abord ce que l’on
Quelles sont les origines de la entend par le vocabulaire qu’on
question ? utilise pour le décrire ; quelles
Comment la pensée a-t-elle sont les origines des mots ?
évolué ?
b) Historique : à partir de quel
b) Quels sont les principaux moment dans l’Histoire la
auteurs ? question du fait que l’on étudie
Comment leurs filiations ont s’est-elle posée et pourquoi ?
été établies ?
Quels sont les apports de
chaque auteur ?
c) Quelles sont les c) Actualité : à l’heure actuelle,
controverses majeures sur le quels sontles indicateurs et les
sujet, et quels en furent les paramètres définissant, décrivant
principaux protagonistes ? et expliquant le fait étudié ?
Quelles furent les principales idées,
les principaux concepts
formulés ?
Source : Sophie Boutillier, Alban Goguel D'Allondans, Nelly Labère et Dimitri
Uzunidis, op. cit., p. p. 63.
La théorie éclaire les faits et les faits valident ou invalident la théorie. Il est admis
que les ressources théoriques sont des outils indispensables dans la recherche car
elles permettent de rendre la réalité intelligible. Elles donnent des points de repères
à partir desquels le travail d’élucidation devient possible. Il est difficile voire
impossible de mener un travail de recherche sans s’appuyer sur une base théorique.
Voilà pourquoi un bon chercheur doit posséder une solide culture théorique mais il
doit aller au-delà en intégrant le cadre théorique dans le processus de composition
et de recomposition de son travail.
31
Ibid., p. 73.
32
Ibid., p. 73.
33
Ibid., p. 73.
34
Ibid., p. 85.
améliorer et à nous dépasser. Comme nous ne détenons pas la vérité absolue, le
seul moyen de confirmer nos croyances, c’est de procéder à la falsification des
hypothèses auxquelles nous aimerions accorder un crédit. La falsification nous
permet de dire que telle hypothèse est vraie, parce qu’elle est falsifiable, ou
fausse. « Les falsifications deviennent les points de repère essentiels, les réussites
saisissantes, les facteurs de croissance majeurs dans la science. »35 En sciences
sociales, la falsification est l’unique moyen d’éliminer les théories spéculatives à
l’issue de tests d’observation ; elle est l’unique moyen d’apporter des solutions au
problème. Mais la falsification d’une théorie exige qu’elle soit formulée en des
termes clairs et précis. C’est donc par la falsification que naît le progrès en sciences
sociales.
Il est important de retenir que la notion de falsification est au cœur du travail de
rédaction d’un mémoire ou d’une thèse. Pour contribuer de façon significative au
progrès de la connaissance ou de la science, « une hypothèse doit être plus
falsifiable que celle qu’elle vise à remplacer »36. Il faut proposer des conjectures
audacieuses, hautement falsifiables. « Les avancées significatives dans la science se
produisent lorsque ces théories audacieuses sont falsifiées »37.
35
Ibid., pp. 81-82.
36
Ibid., p. 91.
37
Ibid., p. 97.
38
Gaston Bachelard, cité par Raymond Quivy et Luc Van Campenhoudt, op. cit., p. 14.
39
Raymond Quivy et Luc Van Campenhoudt, op. cit., p. 15.
faits. Les propositions explicatives doivent être le produit d’un travail rationnel fondé sur
la logique et sur un système conceptuel valablement constitué »40.
Dans le cas d’un travail purement théorique, l’étudiant peut travailler sur
l’évolution de la pensée d’un auteur particulier en la situant dans le temps et en
précisant le courant intellectuel en vogue à l’époque où l’auteur publie ses idées,
« sur la place qu’il y occupe, sur ses rapports avec les autres penseurs de son
époque, sur ses apports théoriques »43. Une importante documentation sur l’auteur
doit venir appuyer l’analyse. L’étudiant peut travailler sur un courant intellectuel.
Dans ce cas, il doit montrer « comment ce courant s’est-il formé, quelles sont ses
idées et concepts majeurs, (qui sont) ses principaux représentants et ses
ramifications. À quels débats politiques et sociaux se réfère-t-il et quelle est son
actualité ? »44. L’étudiant peut également travailler sur un concept. Dans ce cas, il
doit « montrer les origines du concept ainsi que la manière dont il est employé
actuellement. Son utilisation a-t-elle évolué au cours du temps ? S’agit-il d’un
concept qui fut très à la mode à un moment donné et qui est depuis tombé dans
l’oubli (par exemple : le marxisme) ? Ou est-ce au contraire un concept en vogue à
l’heure actuelle et l’étudiant curieux cherchera à en connaître les raisons (par
exemple la gouvernance) ? »45.
40
Ibid., p. 17. Se référer également à (J.-M. Berthelot, L’Intelligence du social, Paris, PUF, 1990, p. 39).
41
La gouvernance est un concept polysémique. J’ai retenu seize définitions de ce terme dans mon
livre, FweleyDiangitukwa, Gouvernance, action publique et démocratie participative, Saint-Légier (Suisse)
éditions Monde Nouveau/Afrique Nouvelle, 2011, pp. 249-252.
42
Gordon Mace, op. cit., p. 24.
43
Raymond Quivy et Luc Van Campenhoudt, op. cit., p. 56.
44
Ibid., p. 56.
45
Raymond Quivy et Luc Van Campenhoudt, op. cit., p. 56.
L’arrangement des concepts et des sous-concepts, ou leur explication, sert à
asseoir théoriquement l’analyse ultérieure de l’objet d’étude.
Dans une recherche scientifique, le cadre théorique constitue l’étape
intermédiaire et indispensable entre l’hypothèse et le travail empirique d’analyse. Il
précise ce qui doit être analysé avant la vérification de l’hypothèse de travail.
Certains concepts n’ont pas la même signification46 pour tous les acteurs suivant
le domaine spécifique d’intervention. Pour certains concepts, il existe autant de
définitions que d’auteurs. Il est conseillé de préciser si le concept a évolué dans le
temps, s’il y a eu des moments de ruptures et les raisons qui ont motivé ces
ruptures47. La définition des termes permet, dans les grandes lignes, de limiter le
champ de la recherche et de désigner les phénomènes. Il faut également préciser si
l’analyse se situe au niveau micro ou macro. Si certains mots repris dans le titre
peuvent être sujets à confusion, il est nécessaire de les définir afin de partager avec
le lecteur le contenu que vous accordez à ces mots. Il est aussi indiqué voire
nécessaire de faire le tour des débats autour de la question sur laquelle vous
travaillez afin de délimiter le champ d’investigation et de dégager les lignes de
clivages. Au-delà de la délimitation de votre sujet d’étude, il faut également penser à
la délimitation d’une stratégie de recherche. Délimiter un sujet, « c’est se livrer à un
exercice d’interrogation systématique. C’est transformer un thème d’étude ou une
idée de recherche en un problème à résoudre. C’est en quelque sorte donner forme
à son imagination et à ses intuitions ». C’est, en définitive, « poser un problème,
c’est identifier une question principale, c’est bâtir un terrain d’enquête en fonction
d’une série d’intuitions initiales »48. Cette manière de travailler évite des remarques
inutiles de la part d’un membre du jury qui risquera de reprocher au thésard de
n’avoir pas parlé de telle théorie ou de tel auteur ou de n’avoir pas inscrit la
réflexion dans tel courant ou telle école de pensée. Il faut tout prévoir même si cela
est difficile.
Il va sans dire que la méthode donne des outils à la bonne préparation d’une
rédaction fondée sur la capacité de discernement, d’observation et de jugement en
connaissance de cause. Tout en définissant la méthode de recherche, il faut clarifier
les bases théoriques sur lesquelles vous allez asseoir votre recherche. Lisez ou
relisez le livre de Gaston Bachelard,Le Nouvel Esprit scientifiqueet d’Alan F.
46
« Durkheim indique que le savant doit d’abord définir les choses dont il traite afin que l’on
sache et qu’il sache bien de quoi il est question... une théorie ne peut être contrôlée que si l’on sait
reconnaître les faits dont elle doit rendre compte », in Emile Durkheim (1895, B, 159 bis), p. 34,
cité par Madeleine Grawitz, Méthodes des sciences sociales, Paris, Dalloz, 1993, p. 329.
47
C’est en tout cas le cas avec le concept de « géopolitique ». Utilisé par les Nazis, ce terme a été
abandonné après la Seconde Guerre mondiale pour réapparaître à la fin des années quatre-vingts
avec de nouvelles préoccupations.
48
Jocelyn Létourneau, Le coffre à outils du chercheur débutant : guide d’initiation au travail intellectuel,
Toronto, Oxford UniversityPress, 1989, cité par Medzegue M'Akuè Joël-Jadot, op. cit., pp. 72-73.
Chalmers, Qu’est-ce que la science ? Révisez vos cours si cela est nécessaire et
choisissez la méthode scientifique qui convient à votre travail : l’analyse
documentaire49, les approches compréhensives50, une enquête sociologique, une
étude économétrique, une analyse du discours, un entretien non directif, etc. Quelle
approche aimeriez-vous privilégier : approche par les institutions, par les intérêts,
par les idées, une approche historique, sociologique, séquentielle,
organisationnelle51, etc. ? Le champ est énorme et il est impossible d’énumérer
toutes les méthodes. Il existe de très bons manuels qui vous aident à remettre vos
connaissances à jour. Consultez-les. Si cela pose problème, allez suivre un cours sur
les méthodes à la faculté. Il ne vous fera aucun mal. Bien au contraire, il ne vous
fera que du bien car vous vous sentirez plus à l’aise dans l’approche
méthodologique à exploiter dans votre travail. Retenez la méthode qui éclaire au
mieux la question étudiée et qui permet de traiter le sujet. Souvenez-vous que
chaque méthode a ses propres règles et ses limites qui doivent être connues du
thésard.
La science commence par des problèmes qui nécessitent des solutions. Devant
l’impossibilité de connaître les meilleures solutions qui résoudront efficacement les
problèmes, des hypothèses falsifiables sont proposées par le scientifique en tant
qu’elles apportent des solutions au problème. Les conjectures (hypothèses) seront
ensuite critiquées et testées. Celles qui ne résistent pas seront rapidement éliminées.
Celles qui s’avéreront fructueuses seront soumises à une critique encore plus serrée
et à des tests. Si à l’issue de ces tests, il surgit un nouveau problème, il faut recourir
à la formulation de nouvelles hypothèses qui seront suivies par une nouvelle
critique et à de nouveaux tests. Il s’agit d’un processus continu qui se poursuit ainsi
indéfiniment. « On ne peut jamais dire d’une théorie qu’elle est vraie, même si elle a
surmonté victorieusement des tests rigoureux, mais on peut heureusement dire
qu’une théorie actuelle est supérieure à celles qui l’ont précédée au sens où elle est
capable de résister à des tests qui avaient falsifié celles qui l’ont précédée. » (Ibid.,
pp. 84-85). Une hypothèse doit être falsifiable et elle retiendra davantage l’attention
de scientifiques si elleest plus falsifiable que celle qu’elle vise à remplacer et si en
particulier elle prédit un nouveau type de phénomène que l’ancienne n’avait pas
envisagé.
49
Se référer à Gordon Mace & François Pétry, Guide d’élaboration d’un projet de recherche en sciences
sociales, Bruxelles, De Boeck Université, 2000.
50
Sur l’approche de la sociologie compréhensive, lire Julien Freund, Sociologie de Max Weber, Paris,
PUF, 1968, pp. 76-115.
51
Pour de plus amples informations, référez-vous à Daniel Kübler et Jacques de Maillard,
Analyser les politiques publiques, Presses universitaires de Grenoble (PUG), septembre 2009 ; Laurie
Boussaguet, Sophie Jacquot, Pauline Ravinet (sous la direction de), Dictionnaire des politiques
publiques, Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences politique, 2006;
FweleyDiangitukwa, Gouvernance, action publique et démocratie participative, Saint-Légier (Suisse),
éditions Monde Nouveau/Afrique Nouvelle, 2011, pp. 17-44.
« Une modification dans une théorie, telle que l’ajout d’un postulat supplémentaire
ou un changement dans un postulat existant, n’ayant pas de conséquences testables
qui n’aient déjà été des conséquences testables de la théorie non modifiée, sera
appelée modification ad hoc » (Ibid., p. 93). Par exemple : (Tout) le pain nourrit, à
l’exception de celui produit dans la boulangeriex. Cette précision est une
modification ad hoc qui change tout à l’énoncé singulier.À cause de cette
modification, il devient impossible de tester la théorie car les tests de la théorie
modifiée se restreignent à la consommation de pain autre que celui produit dans la
boulangerie x. L’hypothèse modifiée est moins falsifiable que la version originale.
Toute modification ad hoc qui change tout à l’énoncé est rejetée par le
falsificationiste car les hypothèses ad hoc ne sont pas testables indépendamment et
parce qu’elles violent le noyau dur.
Dans son livre La Structure des révolutions scientifiques (trad. Laure Meyer, Flammarion,
1983), Kuhn développa sa propre théorie de science pour tenter d’être davantage
en accord avec la situation historique qui se présentait à lui. « Un des points clés de
sa théorie est l’accent mis sur le caractère révolutionnaire du progrès scientifique,
une révolution signifiant l’abandon d’une structure théorique et son remplacement
par une nouvelle, incompatible avec elle » (Ibid., p. 150).
Il faut dire que le point de vue de Khun est antérieur à la méthodologie des
programmes de recherche de Lakatos. Ce dernier adapta certains des résultats de
Khun à ses propres buts. Les conceptions philosophiques de ces deux scientifiques
sont issues d’une critique fondée sur l’histoire des sciences. « La différence majeure
entre Khun d’une part, Popper et Lakatos d’autre part réside dans l’importance que
le premier accorde aux facteur d’ordre sociologique.
Pour Khun, une science progresse par un processus sans fin qui est le suivant :
Pré-science – science normale – crise-révolution – nouvelle science normal – nouvelle crise.
La science est précédée par une activité désorganisée et multiforme (=pré-science) qui
précède la formation d’une science qui finit par se structurer et s’orienter quand un
paradigme donné reçoit l’adhésion de la communauté scientifique. La science normale,
c’est-à-dire mûre, est caractérisée par l’absence de désaccords sur les fondements
alors que la pré-science est caractérisée par un état de désaccord total et l’existence
d’un débat permanent sur ses fondements, au point qu’il est impossible de
descendre jusqu’au travail de spécialisation, de détail. Il y pratiquement autant de
théories qu’il y a de scientifiques travaillant dans le domaine, et chaque théoricien
est obligé de répartir de zéro et de justifier sa propre approche. Khun propose
comme exemple l’optique52 avant Newton. Il existait une grande diversité de
théories sur la nature de la lumière dans la période allant de l’Antiquité à l’époque
de Newton. Dans cet état de désaccord sur les hypothèses théoriques
fondamentales mais également sur la théorie dont relevait tel ou tel phénomènes
observés, il a fallu qu’un paradigme,qui suscite un consensus, vienne guider la
recherche et l’interprétation de phénomènes observables (voir évolution d’un ‘jeu’
depuis son début jusqu’à l’établissement des règles qui font l’unanimité de tous les
joueurs qui se conforment, voir aussi l’évolution du concept de l’État ou
d’intégration régionale = il y a une évolution jusqu’à la stabilisation qui crée
l’unanimité de tous les citoyens ou de tous les États qui se conforment).
« Ceux qui se situent à l’intérieur d’un paradigme pratiquent ce que Khun appelle la science
normale. Les hommes de science normale formulent et étendent le paradigme dans le but de
rendre compte et d’intégrer le comportement de certains éléments pertinents du monde
réel, révélé à travers les résultats de l’expérience. Ce faisant, ils rencontreront
inévitablement des difficultés et seront confrontés à des falsifications apparentes. S’ils ne
parviennent pas à les surmonter, un état de crise se développe. Une crise se résout lorsqu’un
paradigme entièrement nouveau émerge et gagne l’adhésion d’un nombre toujours plus
grand de scientifiques jusqu’à ce que le paradigme original, source du problème, soit
finalement abandonné. Le changement discontinu constitue une révolution scientifique. Le
nouveau paradigme, prometteur, qui n’est pas grevé par des difficultés apparemment
insurmontables, sert désormais de guide à la nouvelle activité scientifique normale jusqu’au
moment où il connaît à son tour de sérieuses difficultés qui engendrent une nouvelle crise,
ouvrant une nouvelle révolution » (Ibid., p. 151).
Une science mûre est guidée par un paradigme unique (= noyau dur de Lakatos).
Le paradigme définit la norme de ce qu’est une activité légitime à l’intérieur du
domaine scientifique qu’il régit. Il coordonne et guide le travail des hommes de
science normale qui consiste en la ‘résolution d’énigmes’ dans le domaine
scientifique qui est le sien, sous l’égide des règles dictées par un paradigme.
L’existence d’un paradigme capable d’étayer une tradition de science normale est la
caractéristique qui distingue la science de la non-science, selon Khun.
Crise et révolution
52
Science qui a pour objet l’étude de la lumière, de ses lois et de leurs relations avec la vision.
La période de crise arrive lorsqu’apparaissent des anomalies non résolues à
l’intérieur d’un paradigme qui touchent ses bases fondamentales. Quand les
anomalies en arrivent à poser de sérieux problèmes à un paradigme, c’est une
période de ‘grandes insécurité pour les scientifiques’ qui s’ouvre. Une fois qu’un
paradigme est affaibli et déconsidéré au point que ses tenants perdent confiance en
lui, le temps est mûr pour la révolution. La crise s’aggrave lorsqu’un paradigme rival
fait son apparition.
« Khun compare les révolutions scientifiques aux revolutions politiques. Puisque les
‘révolutions politiques visent à changer les institutions par des procédés que ces institutions
elles-mêmes interdisent’, tout recours politique échoue ; de la même façon, le choix ‘entre
paradigmes concurrents s’avère être un choix entre des modes de vie de la communauté qui
sont incompatibles’ et aucun argument ‘ne saurait être rendu contraignant sur le plan de la
logique ou même des probabilités » (Ibid., pp. 161-162). « Une révolution scientifique
signifie l’abandon d’un paradigme et l’adoption d’un nouveau, non par un savant isolé, mais
par la communauté scientifique concernée dans son ensemble. À mesure que davantage de
savants se convertissent, pour diverses raisons, au niveau paradigme, il se produit une
‘modification croissante de la distribution des persuasions professionnelles. Si la révolution
est victorieuse, cette modification va faire tache d’huile jusqu’à concerner la majorité de la
communauté scientifique, ne laissant à l’écart qu’une poignée de dissidents » (Ibid., p. 162).
53
Dont le sens est caché, réservé à des initiés. Par extension, se dit de toute doctrine ou
connaissance qui se transmet par tradition orale à des adeptes qualifiés.
clair et précis. - Toujours bien réfléchir avant de se lancer
- Il faut réfléchir à ce que l’on veut savoir et dans la collecte de données.
à la manière de mener la recherche. - Eviter la gloutonnerie livresque ou
- Il faut définir un plan de travail provisoire ; statistique. Lire l’essentiel en rapport avec la
même s’il semble banal et peu consistant, il problématique à traiter.
sera progressivement revu et précisé. - N’oubliez pas que le monde existe avant
- Pour éviter toute angoisse paralysante que vous. La roue a déjà été inventée. Il ne faut
certains étudiants rencontrent au début, il pas refaire ce qui existe. « Tout travail de
faut rapidement choisir un fil conducteur recherche s’inscrit dans un continuum et
clair quitte à le préciser en cours de route. peut être situé dans ou par rapport à des
- Le projet de recherche s’énonce sous la courants de pensée qui le précèdent et
forme d’une question de départ à travers l’influencent. Il est donc normal qu’un
laquelle le chercheur annonce ce qu’il chercheur prenne connaissance des travaux
cherche à savoir ou à démontrer. Cette antérieurs qui portent sur des objets
question doit être formulée de façon comparables et qu’il soit explicite sur ce qui
univoque, claire et concise. rapproche et sur ce qui distingue son propre
- Seuls les bons auteurs doivent être travail de ces courants de pensée. Il est
consultés et il faut s’inspirer de leurs important […] de situer clairement son
concepts et de leurs hypothèses. travail par rapport à des cadres conceptuels
- Il faut rédiger les hypothèses de travail reconnus. Cette exigence porte un nom qui
avant de se lancer à la collecte des données. exprime bien ce qu’il est censé exprimer : la
- Il faut définir une méthode de recherche et validité externe », in Raymond Quivy et Luc
retenir un cadre théorique existant que le Van Campenhoudt, Manuel de recherche en
chercheur maîtrise. sciences sociales, op. cit., p. 43.
- Avancez par étapes en réalisant les - N’oubliez pas de sauver régulièrement
premières avant d’aborder les suivantes, votre texte pour ne pas regretter la perte des
sinon aborder les suivantes sans perdre de données après plusieurs heures de travail.
vue les précédentes. - Gardez votre travail sur deux voire trois
- Le style doit être simple et clair. Les mots supports différents pour éviter la perte
utilisés doivent avoir la même totale de votre thèse en cas d’incident.
compréhension chez chaque lecteur. - Il y a deux étapes importantes qui ne
- Il faut être authentique et éviter le plagiat. doivent pas être oubliées ni négligées : la
- Dans l’articulation, votre mémoire ou votre recherche sur le sujet et la défense (idée
thèse doit contenir une question de départ, centrale) du mémoire ou de la thèse.
une problématique, des hypothèses - Il ne faut pas oublier de présenter
falsifiables. clairement les relations entre les concepts et
- Dans sa composition, votre thèse doit les hypothèses.
avoir une introduction, des chapitres avec - Dans son ensemble, le travail doit être
des sections, une conclusion, une annexe ou construit avec suffisamment de cohérence
des annexes, une bibliographie, une table des et de clarté.
matières. - N’oubliez pas de numéroter chaque page
- Les références doivent être clairement et de rendre, à la fin, un travail propre et
indiquées. Cela fait partie de la validité bien espacé pour permettre au directeur et
extrême d’un travail de recherche. aux membres du jury d’écrire leurs
remarques.
- Dans la bibliographie, n’oubliez pas
d’inverser l’ordre de présentation de
l’auteur. On commence par le nom de
famille suivi du prénom.
Comment préparer la bibliographie
Les documents de référence sont classés par ordre alphabétique des auteurs, du
premier auteur commençant par la lettre A au dernier terminant par la lettre Z,
c’est-à-dire chronologiquement. La bibliographie reproduit, selon une présentation
normalisée, les références qui se trouvent dans les notes de bas de page54. Les
références bibliographiques doivent être bien établies afin de faciliter l’identification
des documents utilisés. Il faut distinguer les publications officielles (documents
publiés par les gouvernements et/ou les organisations internationales) des travaux
(livres, articles de revues spécialisées, articles de journaux, etc.). Les citations et les
notes de bas de page se trouvant dans le texte doivent non seulement avoir un lien
avec la bibliographie mais en plus elles doivent avoir une présentation cohérente et
logique selon des règles précises. Il faut identifier le type du document cité en
précisant s’il s’agit d’un ouvrage, d’un article, d’un cours, d’un congrès, d’un
colloque, etc. Il faut également déterminer son support de transmission (papier,
électronique, etc.).
Vous gagnerez en temps, si vous commencez à préparer la bibliographie dès le
début de votre recherche. Vous aurez ensuite à l’enrichir ou à supprimer les
ouvrages que vous avez prévus utiliser mais auxquels vous avez finalement
renoncé.
La bibliographie sert à rappeler l’ensemble des sources utilisées dans le mémoire
ou la thèse. On reprend la liste des documents qui ont permis au chercheur de
54
Sur cette question, on peut consulter les documents suivants disponibles sur Internet : Marie-
Laure Malingre, Introduction aux outils de gestion bibliographique [en ligne],
in[Link] ; URFIST de Lyon, Les logiciels de
références bibliographiques [en ligne], in[Link]
[Link]/38131655/0/fiche_pagelibre/&RH=1215024899213 ; URFIST de Paris. Fourmi :
Bibliographies (rédaction, gestion, manuels d’utilisation, citation des documents [en ligne], in
[Link]
mener le travail à terme. Les auteurs sont présentés en ordre alphabétique en
commençant par le nom suivi du prénom mis entre parenthèses. Jocelyn
Létourneau affirme que : « Toutes les sections de la référence doivent être séparées
par une virgule, jamais de point. Il s’agit d’une convention universelle qui doit être
strictement appliquée »55. En réalité, il n’existe pas une façon de présenter la
bibliographie universellement admise. Lorsqu’on a adopté un modèle de
présentation, il faut le maintenir du début à la fin. Dans ce livre, j’ai choisi la
présentation suivante : nom, prénom (entre parenthèses), titre de l’ouvrage (en
italique), ville de publication, maison d’édition, année de publication (à la fin).
Quant aux prénoms des auteurs, il faut faire un choix : soit on opte pour
l’abréviation soit on écrit le prénom entier. Certains chercheurs mettent le prénom
entre parenthèses, d’autres indiquent uniquement l’initiale du prénom mais cette
façon de procéder peut être une source de confusion lorsque deux auteurs portant
le même nom ont un prénom commençant par la même lettre. Exemple : Beaud
(Michel) et Beaud (Marcel). Dans ce cas, l’initiale ne nous aide pas. Il est possible
d’utiliser les deux lorsqu’on est sûr que la confusion est exclue.
La façon de présenter la bibliographie diffère légèrement d’une université à une
autre et d’un directeur à l’autre, mais en règle générale, on retrouve les mêmes
données. L’indication de la référence bibliographique varie selon le type (ouvrage,
article, congrès…) et le support (papier, en ligne, cédérom…) du document auquel
elle se rapporte. Certains éléments sont obligatoires comme l’auteur, le titre de
l’ouvrage ou de l’article, la maison d’édition, l’année de publication, etc. Ces
éléments, qui doivent être présentés selon un ordre précis qui doit être toujours le
même, sont à trouver sur la page de couverture (titre, maison d’édition), dans l’une
de premières pages intérieures (année de publication, lieu de publication)56.
55
Jocelyn Létourneau, Le coffre à outils du chercheur débutant : guide d’initiation au travail intellectuel,
Toronto, Oxford UniversityPress, 1989, cité par Medzegue M'Akuè Joël-Jadot, op. cit., p. 102.
56
Veuillez consulter le Guide de gestion des références bibliographiques, in [Link]
[Link]/refbibli/[Link]
57
« Nous précisons également à ce niveau que l’ancienne pratique qui voulait que l’on mette le
titre de l’article entre les guillemets (« ... » ) ou alors qu’on le souligne était simplement due au
fait que la technologie de l’époque (la machine à écrire mécanique notamment) ne permettait
pas beaucoup de manipulations. En effet, la machine à écrire mécanique ne pouvait, à l’époque, que
mettre les guillemets ou encore souligner les mots ou le titre entier ; alors qu’aujourd’hui, la technologie
informatique, notamment la PAO et le traitement de texte permettent toutes les facilités possibles
de manipulation de texte : l’italique, le gras, le souligné ou le double souligné, etc. La logique
voudrait donc que l’on mette désormais le titre en italique (titre du livre ou titre de l’article) et
que seule la source (le nom du périodique dans lequel a été publié) soit soulignée. Enfin, le
italique), le lieu de publication, la maison d’édition, l’année de publication. Pour une
référence complète, cela donne :
Pour les ouvrages et les articles trouvés sur Internet, il faut reprendre la référence
comme ci-dessous et ajouter l’adresse complète où l’information a été trouvée ainsi
que la date de la consultation ; en définitive, la présentation est la suivante :
Dans la bibliographie, distinguez les sources principales des autres sources. Par
sources principales, il faut entendre les principaux matériaux qui ont servi au
développement de votre démonstration.
Les ouvrages qui ne se rapportent pas directement à la thèse et dans lesquels le
thésard a emprunté une citation peuvent être ignorés d’autant plus qu’ils ont déjà
été signalés dans les notes de bas de page. N’oubliez pas de signaler les livres écrits
par votre directeur et par l’un ou l’autre membre du jury qui sont en rapport avec le
sujet traité dans le mémoire ou dans la thèse. Cela fait partie de la courtoisie
élémentaire. Il est aussi possible de citer les ouvrages qui se rapportent au sujet
mais qui n’ont pas été utilisés58.
Les sources sont présentées en ordre alphabétique, de A à Z, précédés d’un petit
trait à gauche. Si un auteur a publié plusieurs ouvrages qui se rapportent à la thèse,
signalez-les en les séparant par un point-virgule suivi d’un petit trait. Pour les
ouvrages sans nom de l’auteur ou des auteurs, le titre devient le nom de l’auteur.
Lorsqu’il y a deux ou trois auteurs, on écrit :
nom du périodique (la source dans laquelle est publié l’article) doit obligatoirement être
précédé de la mention In », inMedzegue M'Akuè Joël-Jadot, op. cit., p. 103. Malgré cette mise au
point, je rappelle qu’en matière de bibliographie, il n’y a pas de règle de présentation admise par la
communauté scientifique.
58
Faites ici très attention, un membre du jury peut vous coincer lors de la défense s’il découvre
qu’un livre cité dans la bibliographie n’a pas été lu, consulté ou exploité. Afin d’éviter toute
confusion ou tout malentendu, je conseille de ne pas signaler ce groupe d’ouvrages. C’est plus
prudent. Mais notez leur référence pour votre propre information. Vous pourriez les utiliser plus
tard, dans la suite de vos recherches post doctorales.
Nom et prénom du premier, du deuxième et du troisième auteur, titre de
l’ouvrage en italique, ville de publication, maison d’édition et année de publication.
Lorsqu’il y a plus de trois auteurs avec un auteur principal, on écrit :
Nom et prénom de l’auteur suivis de [al.]59, titre de l’ouvrage en italique, ville de
publication, maison d’édition et année de publication.
Lorsqu’un auteur a publié plusieurs ouvrages, on mentionne d’abord le dernier
ouvrage publié suivi des autres présentés en ordre chronologique décroissant, c’est-
à-dire du plus récent au plus ancien.
Pour un ouvrage collectif avec un directeur de publication, on écrit :
Nom et prénom [sous la direction de], titre de l’ouvrage en italique, ville de
publication, maison d’édition et année de publication.
Pour un article, on écrit :
Nom et prénom, « titre de l’article » (entre guillemets), in nom de la revue (en
italique), mois, année, lieu de publication.
Si le livre a été publié avec un sous-titre, signalez-le. S’il y a plusieurs éditeurs
pour un même livre, signalez-les tous. Si la maison d’édition n’est pas indiquée et si
également l’un ou l’autre détail manque, comme la date d’édition, le lieu d’édition,
précisez-cela. Si l’ouvrage a plusieurs volumes, indiquez pour chaque tome l’année
de publication et précisez le volume que vous avez utilisé. S’il s’agit d’une
traduction, il est nécessaire de signaler la référence bibliographique d’origine dans la
note de bas de page et de la compléter par la formule « cité par… » suivie de la
référence complète de l’ouvrage dans lequel on a puisé l’information.
Bibliographie
59
« Dans le cas d’un document de plus de trois auteurs, on cite uniquement les 3 premiers
noms selon l’ordre de présentation sur le document et on met entre crochets carrés la
mention et al. (Ex. [et al.]), du latin e t a l i i , qui veut dire « et les autres ». On le met entre
crochets carrés parce qu’on l’ajoute de son propre chef (et al. n’est écrit nulle part dans le
document, sinon il y aura atteinte au droit moral des auteurs) », inMedzegue M'Akuè Joël-
Jadot, op. cit., p. 110.
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- Morin (Edgar), La Méthode, Paris, Seuil, 2004.
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Revue
- Repère. Ressources électroniques pour les étudiants, la recherche et l’enseignement, 2009, publié
par FORMIST (formation à l’information scientifique et technique).
Internet
Introduction
63
Gordon Mace, op. cit., p. 36.
Un travail de recherche qui ne commence pas par une préparation minutieuse
avant d’entreprendre la rédaction sera de peu de valeur. Dès le départ, le chercheur
doit avoir une idée claire de son sujet, il doit déterminer ce qu’il veut démontrer et
la manière de procéder (méthodologie) pour parvenir à la démonstration. Il doit
préciser l’objet d’étude, penser à rédiger un plan (provisoire) qui définit les grandes
étapes de la recherche, définir les stratégies et techniques de recherche les plus
appropriées compte tenu de son objet d’étude et du but à atteindre.
Comme la vie est un apprentissage sans fin, un travail de recherche se construit
progressivement : chaque jour, chaque semaine, chaque mois et chaque année.
Plus tôt on se lève pour entreprendre un voyage, plus vite on arrive à destination.
Le voyageur prévoyant ne part jamais aux heures de pointe où les embouteillages
sont nombreux sur les axes principaux.
La situation est semblable pour la rédaction d’un travail de fin d’études ou d’une
thèse de doctorat. Plus tôt on se met à trouver un sujet, un directeur, une question
de départ ou une question principale et que l’on commence à rassembler les idées et
les documents de travail, plus vite on se mettra à rédiger le plan de travail et ensuite
le plan de rédaction et plus vite aussi on pourra finir. Il ne faut jamais oublier que la
recherche à mener dépend de la question de départ.
Tout dépend de l’engagement et de l’organisation de l’étudiant, plus
particulièrement du temps qu’il va y consacrer journellement, hebdomadairement et
mensuellement. Il faut constamment se rappeler qu’écrire un mémoire ou une thèse
de doctorat est un travail harassant et épuisant. Il nécessite de la volonté et de la
persévérance. Ceux qui lisent beaucoup, qui réfléchissent beaucoup, qui ont une
certaine facilité d’écrire et qui savent manipuler un traitement de texte et un tableur
ont un avantage sur les autres. Ils peuvent travailler sans compter sur la
disponibilité des tierces personnes, en particulier dans la saisie de différentes
versions du manuscrit. La connaissance des langues étrangères, principalement
l’anglais, est un atout indéniable. Il y a beaucoup plus de publications et de
traductions en anglais qu’en français. Et plus, dans la vie professionnelle, il y a plus
d’opportunités de postes de travail dans les universités et centres de recherche qui
utilisent l’anglais que le français. Pourquoi ne pas suivre une formation en anglais et
en informatique pour ne pas être handicapé (voir infra)?
Un mémoire ou une thèse commence toujours par une intention suivie d’un
choix du sujet ou d’un thème central qui va vous occuper tout au long de votre
travail de recherche. Ce choix doit être motivé en indiquant les raisons qui ont
poussé le chercheur à retenir ce sujet plutôt qu’un autre. C’est lui qui clarifie, dès le
départ, la démarche à suivre, réduit les risques de confusion ultérieure et prévoit les
solutions aux difficultés éventuelles qu’il rencontrera. Il faut d’abord bien
comprendre son sujet et le limiter dans le temps (à quelle date, à quelle période ?) et
dans l’espace (où, dans quel pays, quels sont les auteurs de référence ?), en posant,
dans la mesure du possible, des bornes précises ou des frontières afin de faciliter la
recherche documentaire, l’établissement du bilan (inventaire) de la connaissance
dans le domaine précis de la recherche, en faisant un état des lieux de ce qui a déjà
été dit sur la question. Le chercheur doit absolument trouver un intérêt réel64 à traiter
le sujet qu’il a choisi parce qu’il va investir l’énergie nécessaire afin de mener la
recherche à terme et surmonter les difficultés inhérentes à toute recherche
scientifique. Il doit connaître les travaux antérieurs consacrés sur le sujet qu’il veut
étudier. Un sujet de recherche qui n’a connu aucun travail antérieur est difficile à
aborder. « Les travaux antérieurs sont en effet particulièrement utiles lorsque vient
le moment de formuler le problème et de choisir la stratégie de vérification »65. Il ne
s’agira pas de reproduire les mêmes travaux mais de « voir comment les autres ont
procédé afin de choisir une façon originale de mener l’étude et d’évaluer les chances
de succès de l’approche à privilégier »66. Si le chercheur découvre des silences ou
des manquements dans les travaux antérieurs traitant du même sujet, il peut
chercher à les combler en apportant un éclaircissement ou des solutions au
problème. S’il découvre des lacunes méthodologiques, les conclusions de ces
travaux doivent être remises en question. Pour cette raison, il faut préférer lire des
études et des analyses car c’est dans ces travaux que le chercheur découvrira le
problème particulier de sa recherche et la façon de l’aborder. Il doit chercher à
savoir si l’information sur le sujet d’étude est disponible, abondante, confidentielle,
accessible ou non, pertinente ou non. La disponibilité de l’information permet au
chercheur de déterminer l’orientation à donner à la recherche. Il doit être au clair avec
la démarche méthodologique la mieux appropriée compte tenu de ce qu’il veut
démontrer (analyse documentaire, interview, sondage, observation participante,
etc.).
Les domaines étudiés par les sciences sociales et humaines étant très vastes,
aucun chercheur ne peut avoir la prétention de maîtriser tous les domaines. D’où la
nécessité de limiter le champ d’étude dans le temps et dans l’espace. Il faut parler de
ce que l’on sait et avoir l’honnêteté intellectuelle de reconnaître ce que l’on ne sait
pas. Les dictionnaires spécialisés, les encyclopédies et les manuels peuvent être d’un
apport certain à cette étape. Faites un brainstorming (tempête de cerveau) en passant
en revue les termes (approche lexicale) se trouvant dans le titre du sujet retenu.
Certains sujets peuvent s’inscrire dans un programme de recherche cohérent
permettant de guider une recherche67.
Un sujet est jugé bon lorsque :
64
L’« intérêt réel » du sujet fait allusion à la pertinence sociale du sujet à traiter. Le chercheur peut
expliquer la raison pour laquelle il a choisi d’étudier un thème par rapport à un autre et donner la
raison pour laquelle il le considère comme plus important du point de vue de la collectivité ou de
la vie en société.
65
Gordon Mace, op. cit., p. 9.
66
Ibid., p. 9.
67
Dans ce cas, le sujet de mémoire va concerner la rédaction d’une partie dudit programme.
- il y a des choses à dire,
- il suscite un vrai intérêt ou un vrai débat,
- il est un sujet sur lequel il est possible de travailler pendant quelques années
et d’apporter de nouveaux éclairages,
- il n’est pas un sujet sur lequel on a déjà trop travaillé (sauf s’il y a de
nouvelles idées qui méritent d’être portées à la connaissance du milieu
académique pour faire avancer la connaissance),
- la documentation est disponible (sans documentation, c’est vite l’impasse),
- il crée un champ nouveau qui nécessite qu’on y consacre une étude.
Il faut choisir un thème qui va vous intéresser et vous préoccuper, car vous serez
identifié par rapport à ce sujet qui pourrait vous coller à la peau le reste de votre
vie. Vous deviendrez un expert (une référence) dans ce domaine. Par exemple, celui
qui a décidé de travailler sur le pouvoir politique peut consacrer le reste de sa vie à
ce thème, en explorant les différentes facettes ou les différents aspects de la vie
politique. Il en est ainsi pour celui qui décide de travailler sur la démocratie
participative. Le choix doit être fait en fonction de ses propres centres d’intérêt ou
en fonction d’un problème de société qui mérité d’être réfléchi ou approfondi en
vue d’y apporter une réponse sinon un début de réponse. Ce sujet doit recevoir
l’accord d’un enseignant habilité à diriger un travail de recherche ou une thèse de
doctorat. Cela revient à dire que l’étudiant doit présenter un sujet mûrement
réfléchi, susceptible de retenir l’attention de l’enseignant. Mais pour pouvoir choisir
un bon sujet, il faut avoir acquis au préalable de bonnes connaissances théoriques
générales.
« Une recherche est par définition quelque chose qui se cherche. Elle est un
cheminement vers une meilleure connaissance et elle doit être acceptée comme tel, avec
tout ce que cela implique d’hésitation, d’errements et d’incertitude. Beaucoup vivent cette
réalité comme une angoisse paralysante : d’autres au contraire la reconnaissent comme un
phénomène normal et, pour tout dire, stimulant »68.
Ne prenez jamais le risque de traiter un sujet qui dépasse vos moyens et que seul
un centre de recherche peut valablement traiter. Evitez également de retenir un
sujet à double interprétation ou qui comporte une connotation morale parce que
« la confusion entre l’analyse et le jugement de valeur est assez courante et n’est pas
toujours facile à déceler »69. Les sujets moraux sont très polémiques et il est difficile
que les lecteurs se mettent facilement d’accord. La démonstration elle-même reste
souvent subjective.
Choisissez un sujet qui vous permet d’apporter une plus-value réelle.
68
Raymond Quivy et Luc Van Campenhoudt, Manuel de recherche en sciences sociales, Paris, éditions
Dunod, 1995, p. 21.
69
Ibid., p. 29.
Si toutes les conditions sont remplies et vous avez choisi un sujet, mûri votre
réflexion pour savoir si votre choix est pertinent, si personne d’autre n’a mené une
recherche sur ce sujet, demandez-vous : quel est l’intérêt de travailler sur ce sujet ;
quelles nouvelles idées apporterai-je afin de contribuer à une avancée significative
dans la connaissance sur ce sujet particulier ou quelle sera mon apport dans la
réflexion générale sur ce thème ? Ces questions préalables vont vous éviter une
perte de temps et d’énergie70.
70
Un contrôle sur Internet, par mots-clés, peut vous renseigner sur les mémoires (ou thèses)
éventuels préparés et présentés sur le sujet qui vous intéresse.
71
L’enquête ou la pratique sur terrain permet d’assimiler un savoir-faire. Sur cette question, lire
Stéphane Beaud et Florence Weber, Guide de l’enquête de terrain, Paris, La Découverte, collection
« Guides Repères », 2003 ; Cefaï Daniel (dir.), L’enquête de terrain, Paris, La Découverte/MAUSS,
2003 ; Jean Copans, L’Enquête ethnologique de terrain, Paris, Armand Colin, 2011.
72
Le mémoire de DEA (actuellement master recherche) est considéré comme le premier pas vers
la rédaction de la thèse. A ce niveau, le choix du thème de mémoire doit être bien réfléchi car il
peut déterminer l’orientation des travaux à venir (thèse, publications, etc.)
Choisissez un titre parlant qui accroche le lecteur
Le titre d’un mémoire, d’une thèse ou d’un livre, ressemble à un miroir qui
montre le visage ou le corps extérieur ou encore à une vitrine qui montre
l’échantillon du magasin. Il ne doit pas être négligé dans la mesure où il indique la
ligne directrice à partir de laquelle la recherche sera menée. Un bon sujet doit être
concis, précis et bien délimité dans le temps et dans l’espace. Le titre doit être assez
explicite, court, simple et surtout parlant, c’est-à-dire important. Il doit être une
invitation à la lecture et à la découverte. Ne retenez jamais un sujet vague et large.
Aucun directeur ne l’acceptera. Par exemple : « La crise économique dans les pays
pétroliers ». Mais un sujet tel que : « Les causes de la crise économique dans les pays
pétroliers entre 2009-2011 » peut susciter un intérêt réel si la compréhension de ces
causes peut éviter de nouvelles crises. « Sont également à éviter les ‘titres
entonnoirs’, où l’on parle d’un thème large pour finir sur un objet très précis, tels
que ‘Le problème du sous-développement. Le cas de l’Afrique. Le cuivre en
Zanubie’ »73. Sur ce genre de sujet, Michel Beaud dit : « Ces titres multiplient en
effet les causes de déception pour le lecteur et les occasions de critique offertes aux
membres du jury »74.
73
Michel Beaud, op. cit., p. 27.
74
Idem, p. 27.
Chapitre III : Comment formuler la question de départ
Il y a dans tout travail de fin d’études et toute thèse une « question de départ »
que d’autres appellent « question principale ». Pour le dire autrement, il n’y a pas de
thèse sans question de départ. Cette question est non seulement incontournable
mais en plus essentielle car on la retrouve à toutes les étapes : dans la définition de la
problématique (c’est-à-dire la ligne directrice du mémoire qui apparaît sous forme
d’une question), le plan de travail qui établit les liens entre les idées présentées dans le
mémoire, le plan de rédaction qui analyse en profondeur les idées annoncées dans le
plan de travail et la conclusion qui répond à la question posée dans l’introduction, qui
reprend sous forme de synthèse les principaux arguments repris dans la
démonstration et qui annonce les perspectives d’avenir ouvertes dans le domaine
de la recherche en question. Toute recherche commence avec la formulation d’une
question qui constitue l’étape initiale du processus de recherche. C’est elle qui
montre la direction, qui sous-tend toute la recherche, c’est-à-dire qui assure la
cohérence de l’ensemble du travail et qui contribue à la démonstration de la thèse.
Une bonne question de départ s’appuie toujours sur un cadre conceptuel, c’est-à-
dire sur une théorie.
La question principale permet d’élaborer la problématique, d’orienter la
recherche et de construire un plan de travail cohérent. La problématique constitue
un ensemble des concepts et des représentations du monde en fonction desquels le
chercheur va construire le questionnement de sa recherche.
Comme pour le choix du titre, la question principale doit être formulée de façon
claire (le sens ne doit prêter à aucune confusion), concise, précise, sérieuse, réaliste.
Il faut éviter une question vague ou floue car la question de départ doit ressembler
à la clé avec laquelle on ouvre toutes les portes de la maison (thèse). Elle doit
permettre au chercheur de savoir où il va. A travers la question de départ, « le
chercheur devra s’efforcer de combler l’espace libre [ou vide] entre les données
recueillies lors des premières lectures et la question finale à laquelle doit répondre
temporairement l’hypothèse »75. Elle annonce le plan de travail de recherche et le
travail de rédaction. C’est à partir d’elle que naissent les hypothèses, les
questionnements, une hiérarchisation de la réflexion, le choix du cadre théorique
sur lequel va reposer le raisonnement. En formulant la question de départ, le
chercheur doit s’assurer que la documentation dont il dispose lui permettra
d’apporter des éléments de réponse valables aux questions qu’il va soulever dans
75
Medzegue M'Akuè Joël-Jadot, La méthodologie documentaire comme base d’un travail scientifique, Paris,
L’Harmattan, 2009, p. 73. L’hypothèse doit toujours être vérifiable, ne pas comporter de
jugements de valeur (bon, mauvais…) et pouvoir se rattacher à une théorie existante.
son travail. Plus le thésard accumule des notes, plus la rédaction du mémoire ou de
la thèse en sera facilitée. En effet, la documentation permet de faire le point sur
l’état de la connaissance scientifique relative au thème étudié. Il faut prendre
connaissance d’une multitude de documents.
Dans le choix de la question de départ, l’étudiant ne doit jamais perdre de vue le
fait que « la mission première du chercheur en sciences humaines et sociales est de
rendre intelligible le monde qui l’entoure »76. Pour cela, il doit être
intellectuellement curieux et développer cette faculté.
Dans la formulation du problème, il faut tenir compte des principales étapes
suivantes :
- choix du thème général de recherche. Ce choix se fait par la lecture des
ouvrages généraux qui permettent de découvrir comment le problème a été
posé et traité par les chercheurs et l’établissement d’une bibliographie
exhaustive provisoire ;
- identification du problème général de recherche. Cette identification se fait
par le choix du thème particulier de recherche (objet d’étude et concepts),
des éléments généraux du problème et l’énonciation de la question générale.
Cette identification se concrétise par la lecture des ouvrages spécialisés sur le
thème particulier de la recherche ;
- formation du problème spécifique de recherche. A cette étape, le chercheur
énonce la question spécifique de recherche77.
76
Sophie Boutillier, Alban Goguel D'Allondans, Nelly Labère et Dimitri Uzunidis, Méthodologie de
la thèse et du mémoire, 3e édition, Studyrama, 2007, p. 58.
77
Se référer à Gordon Mace, op. cit., p. 27.
78
Ibid., p. 14.
79
Ibid., p. 37.
départ insatisfaisante et une situation d’arrivée désirable »80. Elle donne un sens ou
une orientation à la recherche et la réponse sera donnée sur la base de l’état de
connaissance de l’objet d’étude. Ceci signifie que la question de départ doit
absolument être pertinente pour orienter toute une recherche. Dans la réponse à
donner, le chercheur doit parvenir à mettre en relation les différents éléments
constituants de ce problème. La formulation de la question de départ est donc une
étape capitale de la recherche scientifique. Une question de départ bien posée
assure en grande partie le succès du travail de recherche à entreprendre.
La question de départ peut être la suivante : La dépendance de la RD Congo explique-
t-elle le sous-développement de ce pays ?
Cette question sera l’axe principal de réflexion à laquelle viendront se greffer une
problématique et des hypothèses de travail. L’étudiant doit pouvoir travailler à
partir d’elle et il doit pouvoir apporter des éléments de réponse. Dans sa démarche,
il ne doit pas s’écarter de la question de départ ni se disperser dans ses réflexions.
Elle ne doit pas être vague ni floue. Son sens ne doit prêter aucune confusion et
chaque lecteur doit la comprendre de la même façon.
Il faut éviter une question par laquelle il est possible de répondre par oui ou par
non. Du genre : Les dictateurs maltraitent-ils leurs compatriotes ?
80
Ibid., p. 14. Cette idée est empruntée à P. R. Bize, P. Goguelin et R. Carpentier, Le penser efficace,
tome II, La problématique, Paris, Société d’édition d’enseignement supérieur, 1967, pp. 12-13.
81
« Une bonne question de départ doit être une ‘vraie question’ ou encore une question ‘ouverte’,
c’est-à-dire que plusieurs réponses différentes doivent pouvoir être envisagées a priori et que l’on
n’est pas habité de la certitude d’une réponse toute faite », inMedzegue M'Akuè Joël-Jadot, La
méthodologie documentaire comme base d’un travail scientifique, op. cit., p. 75. Par une vraie question, il faut
entendre une question qui doit aborder l’étude de ce qui existe, fonder l’étude du changement sur
celle du fonctionnement.
82
Raymond Quivy et Luc Van Campenhoudt, Manuel de recherche en sciences sociales, op. cit., p. 35.
financière, diplomatique, technologique ? Le terme « développement » doit
également être précisé. Quel type de développement voudrait-on privilégier :
l’industrie lourde ou légère et dans quel secteur d’activité (construction des
machines, horlogerie, agriculture, habillement, pêche, tourisme, hôtellerie, artisanat,
informatique, services, etc.) ? Cette question va former l’unité de la recherche. La
réponse peut déboucher sur une rupture avec la compréhension précédente si le
chercheur parvient à démontrer l’existence d’autres facteurs qui doivent être pris en
compte et placés au même niveau que la dépendance étrangère. Cette nouvelle
compréhension sera à l’origine de la construction d’un modèle d’analyse du sous-
développement de la RD Congo. Delà, il deviendra possible de passer à la
constatation à partir de l’analyse des informations disponibles et de conclure
ensuite. Une telle analyse pourrait permettre de dépasser les interprétations établies
et de proposer une autre compréhension du sous-développement basée sur les
significations des phénomènes étudiés, plus éclairants et plus pertinents que les
précédents.
Le mémoire ou la thèse est une démarche en trois étapes. La première (A)
correspond à la situation de départ qui fait soulever la question principale et qui
pousse à mener une réflexion sérieuse afin de trouver une explication voire une
solution à la question posée. La deuxième étape (B) correspond à la démonstration
magistrale qui permet d’aboutir à la troisième étape (C) qui est la validation de la
thèse à partir de l’hypothèse ou des hypothèses retenue(s). Pour y parvenir
aisément, il faut une méthodologie adaptée au sujet choisi.
Conseil pratique : placez en grands caractères la question de départ sur l’écran de
votre ordinateur afin de ne jamais s’éloigner de ce fil rouge qui va guider le reste de
votre travail.
83
Gordon Mace, op. cit., p. 37.
84
Ibid., p. 38.
85
Ibid., p. 39.
Caractéristiques d’une bonne hypothèse86
Elle doit être plausible Elle doit avoir un rapport assez étroit avec le
phénomène qu’elle prétend expliquer. Elle ne
doit pas servir à démontrer une vérité
évidente, elle doit plutôt laisser place à un
certain degré d’incertitude.
Elle doit être vérifiable L’information disponible est un critère
déterminant dans la vérification de
l’hypothèse.
Elle doit être précise Sa formulation doit éviter toute ambiguïté et
toute confusion quant au choix des concepts
ou termes-clés utilisés.
Elle doit être communicable Elle doit être comprise d’une seule et même
façon par tous les chercheurs afin que, lors
du contrôle ultime, quelqu’un d’autre puisse
produire, pour besoin de vérification, les
différentes étapes de la démonstration. Pour
cela, le contrôleur ou le vérificateur doit avoir
compris exactement ce que le chercheur
voulait démontrer. D’où l’importance d’être
bien précis dans la formulation de
l’hypothèse.
86
Ibid., p. 39.
Chapitre IV : Comment trouver le profil d’un directeur idéal
4.1. Approchez le professeur qui enseigne la discipline dans laquelle le mémoire sera inscrit
Si vous avez la certitude que le sujet qui vous intéresse n’a jamais été traité et que
vous êtes certain d’apporter de nouvelles idées, approchez le professeur que vous
avez pressenti être le directeur de votre mémoire ou de votre thèse. En allant le
voir, vous devez manifester un intérêt réel sur le sujet mais aussi une connaissance
du thème. Prenez soin de préparer quelques pages : sur la première doit figurer le
titre provisoire et sur les autres une présentation du thème sur lequel vous prévoyez
travailler en mettant en exergue l’objectif (provisoire) que vous entendez atteindre
en travaillant sur cette problématique précise. Joignez un curriculum vitae et, si c’est
déjà le cas, aussi un article que vous avez écrit ou indiquez le titre d’un livre que
vous avez publié. Choisissez le moyen le plus adéquat87 qui puisse vous permettre
de rencontrer le directeur et lui parler directement. Si vous manifestez une réelle
motivation, il est possible que le directeur manifeste, à son tour, le même intérêt et
accepte de vous encadrer. Le jour du rendez-vous, munissez-vous d’un carnet pour
noter ses différentes suggestions. S’il n’accepte pas votre projet, ne vous
découragez pas et trouvez un autre. Il se pourrait que le directeur pressenti jouisse
d’une grande réputation et soit régulièrement sollicité par les étudiants. Comme il
ne peut pas diriger tous les travaux, il doit hélas refuser d’autres étudiants. Ce n’est
pas la fin du monde, il faut trouver un autre directeur qui travaille sur le même
thème, dans la même université ou dans une autre.
En revanche, si plusieurs professeurs refusent de diriger votre mémoire ou votre
thèse, c’est un mauvais signe : soit votre sujet n’intéresse personne soit vous êtes
réputé être un étudiant paresseux ou pour une autre raison inconnue. En tout cas,
dans une telle situation, interrogez-vous sérieusement, remettez-vous en question.
Si un directeur potentiel vous conseille de changer de sujet et vous en propose
un de son propre gré, suivez ses conseils mais interrogez-vous si son sujet pourrait
vous passionner. Certains professeurs utilisent les thésards pour avancer dans leurs
propres recherches et ils piquent des idées dans les thèses des étudiants qu’ils
encadrent. Soyez attentif à cela.
Le choix du directeur de thèse est une étape primordiale, délicate, parfois risqué
car il peut être une source de motivation, d’encouragement ou de découragement. Il
87
Sollicitez un rendez-vous auprès du secrétariat du département où il enseigne. Vous pouvez
l’aborder à la fin de son cours ou encore lui envoyer une courte lettre dans laquelle vous lui
proposez d’être le directeur de votre travail de fin d’études ou de votre thèse de doctorat. Sinon,
parlez-en à l’un de ses collègues que vous connaissez et qui pourrait vous introduire auprès de lui.
peut déboucher sur un bon ou mauvais travail suivant l’intérêt manifesté par le
directeur de thèse et l’encadrement reçu par l’étudiant. Certes tout le travail de
recherche et de rédaction incombe à l’étudiant, le directeur n’étant qu’un guide et ce
dernier ne fera jamais le travail à la place de l’étudiant ; néanmoins ses conseils et sa
disponibilité sont essentiels pour que le travail de recherche soit mené à bien.
Toutefois, on peut avoir un bon directeur de thèse et ne pas écrire une bonne thèse
mais lorsqu’un bon étudiant – travailleur, motivé et fouineur – rencontre un bon
directeur – motivé par le sujet et disponible – le résultat est généralement
encourageant. La durée de la recherche se trouve réduite dans la plupart des cas.
Plusieurs facteurs influencent le choix d’un directeur de thèse parmi lesquels il y
a en premier lieu l’intérêt de l’étudiant et la discipline88 dans laquelle la recherche
sera menée. Les qualités pédagogiques des enseignants peuvent être déterminantes
dans le choix de la thématique, puis du sujet. Il est rare qu’un étudiant choisisse un
sujet dans un cours qui a été très mal présenté et dans lequel il n’a trouvé aucune
motivation. En revanche, l’enseignant qui manifeste une grande capacité à
intéresser les étudiants à son cours a plus de chance d’être sollicité pour diriger les
travaux de mémoire et des thèses. Il y a également le champ de connaissance de
l’enseignant. Celui qui excite la curiosité des étudiants, qui crée une certaine osmose
entre son cours et les questionnements intellectuels sera plus sollicité que ses
collègues.
Faites un bon choix du directeur de thèse. Celui-ci sera votre « maître » ou votre
« guide » tout au long de votre recherche. Renseignez-vous s’il a déjà publié dans le
domaine sur lequel vous aimeriez travailler, si les étudiants qu’il a déjà encadrés ont
été satisfaits, s’il prend le temps de lire les travaux que les étudiants lui remettent,
après combien de temps il leur répond, s’il est ouvert à la discussion et s’il accepte
la contradiction, s’il a bonne presse auprès de ses collègues. Mais n’oubliez pas que
vous êtes le seul responsable de votre thèse et c’est vous qui serez jugé. Le rôle du
directeur se limite à vous conseiller, à vous orienter, à vous encourager mais aussi à
vous critiquer et à vous faire des suggestions en vue d’améliorer la qualité de votre
recherche. N’oubliez pas également que tout en vous encadrant, il vous juge. Si
vous ne savez pas défendre vos idées pendant la préparation de votre thèse, ne
soyez pas étonné qu’il ne vous défende pas activement le jour de la soutenance et,
si vous êtes paresseux, il peut renoncer à diriger votre thèse sinon il ne contribuera
pas à rehausser la note finale le jour de la soutenance. Pour votre thèse, vous êtes à
la fois l’architecte et le maçon. Le directeur de thèse est celui qui vient apprécier le
travail qui est en train d’être accompli. Vous devez savoir vous adapter en fonction
de son mode de fonctionnement et de son rythme de travail mais aussi en fonction
de ses humeurs.
Pour bénéficier d’un meilleur encadrement, choisissez un sujet pertinent qui
entre dans le champ d’intérêt et de compétences de votre directeur de thèse. Vous
vous épanouirez et, en retour, il s’épanouira aussi. Toutefois, faites attention, ne
88
Par exemples : un travail en microéconomie ou en macroéconomie, en comportement politique
ou en action publique, en sociologie de la famille, en sociologie des religions ou en sociologie
juridique, etc.
reproduisez pas le travail qu’il fait et ne cherchez pas à le contrarier bêtement. Si
vous avez des arguments allant dans ce sens, gardez-les. Vous les présenterez ou les
publierez après votre soutenance, sinon changez carrément de directeur.
Vous avez un sujet et un directeur, vous pouvez maintenant commencer à
penser au mouvement d’ensemble de votre mémoire ou de votre thèse. Vous avez
quelques années (voire plusieurs années) de travail devant vous pour contribuer à
une avancée dans la connaissance.
4.3. La présentation du sujet et du plan provisoire au directeur
Au début, pour faire la sélection, ne lisez pas tout car vous n’avez pas le temps,
mais feuilletez rapidement le contenu afin d’évaluer la pertinence de chaque
document. Faites un tri intelligent parmi la quantité d’informations. L’analyse de la
littérature sur le sujet permet de faire un premier tri des recherches déjà réalisées
sur le même sujet et de la quantité d’informations disponibles. En d’autres termes,
elle permet de vérifier si le sujet a déjà été étudié en totalité ou en partie et si les
sources disponibles sont en nombre suffisant. Ce travail peut être fastidieux surtout
si la cherche occupe une période de temps assez longue et une certaine exhaustivité.
Plus tard, vous approfondirez les ouvrages retenus qui ont un rapport direct avec le
sujet ou le domaine à traiter. Si vous trouvez ces documents dans un ordinateur,
parcourez-les rapidement sur l’écran. N’oubliez pas que « l’abondance
d’informations mal intégrées finit par embrouiller les idées »95. Ne vous intéressez
qu’aux ouvrages, articles, rapports, statistiques, tableaux, documents d’archives, etc.
se rapportant directement à votre sujet. Oubliez les autres. Adressez-vous aux
centres documentaires, librairies spécialisées et bibliothèques ou à d’autres
chercheurs qui vous indiqueront une liste des titres qui traitent le sujet. N’hésitez
93
Le tri est nécessaire car avec « l’évolution actuelle de la technologie, l’information est devenue
présente partout et sur tous les supports. Cette omniprésence de l’information, et donc de
surinformation, peut avoir des conséquences sur la démarche scientifique du chercheur
débutant », inMedzegue M'Akuè Joël-Jadot, op. cit., p. 18.
94
A. Bloc, L’intelligence économique, Paris, Economica, 2e édition, 1999, cité par Medzegue M'Akuè
Joël-Jadot, op. cit., p. 67.
95
Raymond Quivy et Luc Van Campenhoudt, op. cit., p. 10.
pas à faire venir des livres qui sont dans des bibliothèques situées loin de votre lieu
de résidence. Il existe un service de prêt entre bibliothèques. Dans certaines
conditions, vous pouvez faire venir un livre de l’étranger. Adressez-vous aux
différents centres de documentation existants et spécialisés dans votre domaine de
recherche. Faites le nécessaire pour obtenir les livres qui vous paraissent
indispensables pour votre recherche. Il est plus avantageux de lire en profondeur
peu de textes, sérieux et directement en rapport avec le sujet, que de se perdre dans
des textes peu parlants. En tout cas, il est impossible de mener une recherche sans
« prendre connaissance d’un minimum de travaux de référence sur le même
thème ou, plus largement, sur des problématiques qui y sont liées. Il serait à la
fois absurde et présomptueux de croire que nous pouvons nous passer
purement et simplement de ces apports, comme si nous étions en mesure de
tout réinventer par nous-mêmes »96.
Le but d’une telle organisation est de parvenir à faire le point sur les
connaissances intéressant le sujet de recherche en rassemblant les documents dans
lesquels les auteurs ont traité le même sujet en profondeur. Il faut ensuite chercher
à aller plus loin dans la compréhension et l’interprétation des phénomènes étudiés
en se référant aux approches diversifiées de ces phénomènes.
« La méthodologie documentaire constitue, logiquement l’alpha et l’oméga
du travail scientifique en ce sens qu’elle est d’abord en amont de la rédaction.
C’est elle, en effet, qui permet, grâce aux informations pertinentes qu’elle va
fournir, de pouvoir rédiger un travail acceptable [...] Et, en aval, ensuite, tout
simplement parce que, grâce aux informations et références bibliographiques
pertinentes fournies, le jury peut autoriser la soutenance »97.
En appui à cet argument, Jacques Delors dit : « La maîtrise de la méthodologie
documentaire est devenue le gage de la réussite universitaire et professionnelle »98.
Si vous ne le faites pas au début, vous risquez de découvrir plus tard que la thèse (la
principale idée force) que vous avez défendue dans votre travail de recherche a déjà
été défendue ou détruite avec des arguments solides par un autre chercheur. Vous
aurez perdu du temps parce que vous n’avez pas été curieux et persévérant.
C’est dans les grandes villes que l’on trouve de bonnes bibliothèques
scientifiques qui comportent des répertoires spécialisés comme la Bibliothèque
internationale des sciences sociales (Londres et New York, Routledge) et le Bulletin
signalétique du Centre de documentation du CNRS (Paris). Les bibliothèques
universitaires sont les premiers endroits à fréquenter. N’hésitez pas à faire le
déplacement. Vous avez tout à y gagner pour l’avancement de votre thèse.
Consultez les encyclopédies classiques comme l’Universalis, la Britannica.
96
Ibid., p. 43.
97
MedzegueM'AkuèJoël-Jadot, op. cit., p. 22.
98
Jacques Delors, « Interview », in Libération, 12 octobre 1994.
Visitez régulièrement les librairies spécialisées pour vous informer des
publications les plus récentes, en rapport avec votre sujet. Il faut chercher à
acquérir les livres que vous jugez indispensables afin de travailler plus
tranquillement chez vous. La constitution d’une bibliothèque importante est le
premier pas vers le métier de chercheur. En plus de la lecture des ouvrages, il est
indispensable de consulter les critiques dans les revues et journaux spécialisés.
Si vous travaillez dans les sciences sociales, faites un tour sur le site créé par le
professeur Jean-Marie Tremblay, professeur de sociologie au département des
sciences humaines du Cégep de Chicoutimi en collaboration avec l’université du
Québec dont voici l’adresse Internet :
[Link]
[Link]
100
Medzegue M'Akuè Joël-Jadot, op. cit., p. 51.
morale, en spoliant les droits moraux et patrimoniaux d’un auteur dont
l’œuvre est pillée. Le plagiat prend de nombreuses formes, de la simple
citation sans guillemets à la recopie servile de paragraphes entiers, en passant
par l’emprunt de la trame d’une histoire »101.
5.6. Appuyez vos idées par des citations des chercheurs ou auteurs chevronnés
Un travail est dit scientifique lorsqu’il s’appuie sur des articles et documents déjà
publiés. C’est pourquoi, il faut citer correctement les auteurs.
Dans un mémoire, les citations servent comme des appuis aux arguments
présentés par l’étudiant pour soutenir sa thèse. « Une citation ne sert qu’à illustrer
un autre propos, une thèse et ne doit pas sortir de cette finalité »102. Pour le dire
autrement, « la citation ne doit pas porter atteinte au droit moral de l’auteur : elle
doit être exactement reproduite en respectant la visée originale de l’auteur : ainsi,
une citation tronquée ou sortie de son contexte afin de lui donner un sens autre que
celui voulu par l’auteur serait condamnable »103.
Dans le texte, les citations sont numérotées par ordre d’apparition, tandis que
dans la partie notes de bas de page, les références doivent être précédées de l’appel
de citation telle qu’elle figure dans le texte. Les numéros sont placés entre crochets,
entre parenthèses ou en exposants.
Puisqu’on ne doit pas inventer la roue qui existe déjà, il faut faire appel aux faits
et données en rapport avec le sujet traité et dont la véracité a déjà été démontrée
par d’autres chercheurs chevronnés.
« Le savoir étant cumulatif, la rédaction de la thèse s’appuie sur le savoir
précédemment acquis et sur des informations constituées par l’observation
de la réalité. Les appels bibliographiques, les citations et les données
proviennent du travail effectué dans le passé par une ou plusieurs
personnes, lesquelles ont elles-mêmes mis en valeur des travaux antérieurs
et ainsi de suite »104
A l’aide des fiches de lecture ou d’un ordinateur, classez les références dans les
dossiers sous les chapitres correspondants selon l’évolution de la rédaction du plan
101
Repère. Ressources électroniques pour les étudiants, la recherche et l’enseignement, op. cit., p. 70. Sur le
plagiat, lire Yzabelle Martineau, Le faux littéraire, plagiat littéraire, intertextualité et dialogisme, Nota
bene, 2002 ; Hélène Maurel-Indart, Plagiats, les coulisses de l’écriture, Paris, La Différence, 2007 ;
Hélène Maurel-Indart, Le plagiat [en ligne], in[Link] Nicole Perreault, Le
plagiat et autres types de triche scolaire à l’aide des technologies : une réalité, des solutions. Profweb, 17 janvier
2007 [en ligne], in http :[Link]/fr/dossiers(le-plagiat-et-autres-types-de-de-triche-
scolaire-a-l-aide-des-technologies-une-réalité-des-solutions/etat-de-de-la-
question/dossier/3/[Link]
102
Ibid., p. 71.
103
Ibid., p. 70.
104
Sophie Boutillier, Alban Goguel D'Allondans, Nelly Labère et Dimitri Uzunidis, op. cit., p. 72.
détaillé du mémoire ou de la thèse. Consultez les bibliographies des ouvrages pour
trouver les titres susceptibles de vous intéresser. N’oubliez pas de noter clairement
les sources des informations que vous trouvez et les lieux où se trouve cette
documentation. C’est important pour éviter de perdre du temps au moment où
vous aurez besoin de lire le livre ou pour ne pas oublier. C’est important aussi pour
la bibliographie que vous établirez à la fin. Souvenez-vous toujours que la mémoire
est faillible. A partir des mots-clés contenus dans le sujet, vous allez être amené à
constituer des fiches de lecture. Ces fiches doivent être établies par chapitre et par
objet pour faciliter plus tard le travail de rédaction.
107
Appelée aussi intercommunalité, la coopération intercommunale est un sujet récent qui ne
compte pas beaucoup d’ouvrages publiés en dehors de l’Occident.
préalablement testée auprès d’un petit groupe d’interlocuteurs. Selon le sujet, le
chercheur peut aussi décider d’interviewer des dirigeants ou des décideurs lorsque
l’enquête porte sur les acteurs de la décision108. Dans ce cas, l’entretien109 permet de
décoder l’origine du problème, sa manifestation et les enjeux autour de la décision.
Le chercheur peut faire une évaluation de l’impact de la décision sur
l’environnement. Les résultats de l’enquête obtenus seront mesurés et croisés avec
les questions empiriques de nature théorique. Tout matériau en rapport avec votre
recherche sera pris en compte. Tout au long de la recherche, il ne faut jamais perdre
de vue que la rédaction d’une thèse est une volonté clairement affichée de faire
intelligemment le point d’une situation.
Si vous avez retenu un sujet que vous avez trouvé captivant mais pour lequel
vous ne parvenez pas à réunir la documentationnécessaire, parlez-en à votre
directeur et proposez-lui d’innover en privilégiant, par exemple, une enquête sur
terrain si cela est possible. Autrement, il faut abandonner ce projet risqué. Il faut
dire que certains thésards n’arrivent pas à achever la rédaction de leur recherche
faute de documents. Et le manque de documents provient d’une mauvaise
recherche de l’information.
Le candidat au mémoire ou à la thèse doit vite prendre conscience de
l’importance de la documentation sur la réussite d’un travail scientifique car le
travail intellectuel est fondé sur la connaissance et la maîtrise de l’information110.
Mais il doit avant tout s’interroger sur comment collecter les informations
nécessaires. C’est en connaissant ce qui s’est fait avant que l’étudiant pourrait faire
le choix des lectures utiles, qu’il pourrait se positionner par rapport aux débats sur
le sujet, adopter une démarche novatrice et contribuer à l’avancement de la
connaissance. Comme le dit Medzegue M'Akuè Joël-Jadot,
« la constitution d’une bonne documentation (sources d’information) est le
point de départ de toute recherche qui se veut sérieuse et fructueuse. L’accès
108
Se référer à S. Cohen (dir.), L’art d’interviewer les dirigeants, Paris, PUF, 1999.
109
Sophie Duchesne et Florence Haegel, L’enquête et ses méthodes : L’entretien collectif, Paris, Armand
colin, 2008.
110
Il existe différents types d’information : documentaire, spécialisée, professionnelle, juridique,
scientifique, technique, journalistique, information codée des informaticiens, etc. « Il est
également possible de dire que la recherche de l’information prouve à suffisance que cette
dernière (information) est véritablement devenue ‘la première des matières premières’, la ‘matière
première del’action’ non seulement pour la recherche scientifique, mais également pour
l’administration etl’entreprise, pour le travailleur et l’homme de décisions. C’est elle qui
permet notamment de poser des actes (des bons actes en l’occurrence), de mener des
actions, de prendre des décisions fiables et/ou viables, de minimiser les risques qui,
sans elle (information), seraient autrement catastrophiques. ‘Maîtriser la recherche
d’information est donc tout à la fois une compétence instrumentale de premier plan pour
la réussite universitaire et une compétence à faire acquérir par les futurs professionnels de
haut niveau qui doivent être des diplômés universitaires’ »,in RESEAU no 57, avril 2005, p. 1,
cité par Medzegue M'Akuè Joël-Jadot, op. cit., pp. 132-133.
aux bonnes sources – et donc aux informations pertinentes – permettra de
rédiger un bon travail scientifique qui sera apprécié par le jury »111.
La première collecte d’information se fait au travers d’ouvrages de référence.
Cette étape est indispensable parce qu’elle permet de clarifier les notions impliquées
par le sujet. Il est impossible de rédiger un mémoire ou une thèse de doctorat sans
posséder l’information nécessaire.
111
Medzegue M'Akuè Joël-Jadot, op. cit., p. 20.
Chapitre VI : Travail fondé sur les faits empiriques versustravail purement
théorique
Le travail de recherche fondé sur les faits empiriques peut prendre l’un des deux
orientations suivantes : soit l’étudiant cherche à réaliser un travail de pionner114 (ce
qui est beaucoup plus valorisant), soit qu’il fait un travail de synthèse (ce qui est
plus courant) afin de faire le point sur une question précise. Dans ce cas,
« l’étudiant aura élaboré une sorte de base de données visant à récapituler les
différents documents sur lesquels il a travaillé. Il aura ainsi réalisé un travail de
taxinomie, de classification, en établissant un glossaire par mots-clés. Il aura
expliqué sa démarche, mis en avant l’historique et les limites de la
constitution des données quantitatives et, en utilisant la théorie, montré
leur utilité et établi un guide d’utilisation »115.
112
Sophie Boutillier, Alban Goguel D'Allondans, Nelly Labère et Dimitri Uzunidis, op. cit., p. 40.
113
Idem, p. 89.
114
Le travail de pionnier consiste à mener une étude qui n’a jamais été réalisée dans un domaine
spécifique. Dans une telle démarche, l’étudiant est appelé à innover mais son innovation, c’est-à-
dire l’originalité de sa découverte, peut être une source des controverses car toute nouveauté
intrigue.
115
Sophie Boutillier, Alban Goguel D'Allondans, Nelly Labère et Dimitri Uzunidis, op. cit., p. 55.
Les sciences exactes recourent à la stratégie expérimentale de vérification des
résultats car le chercheur maîtrise la variable indépendante et la variable
dépendante. « Il peut manipuler les facteurs d’intervention pour en déterminer les
effets possibles sur l’objet ou le sujet de l’intervention »116. Avec la stratégie
quasiexpérimentale, « le chercheur ne vérifie que les conditions d’intervention de la
variable indépendante, il ne maîtrise donc aucunement la variable dépendante et se
contente d’observer ses réactions aux stimuli provoqués par la variable
indépendante »117. On recourt à ce type de stratégie dans les travaux de simulation,
et particulièrement pour les simulations sur ordinateur.
Il faut reconnaître qu’« il est très difficile, même pour un chercheur professionnel
et expérimenté, de produire une connaissance véritablement nouvelle qui fasse
progresser sa propre discipline »118.
L’établissement des vérités définitives est un rêve qui est difficile à réaliser en
sciences sociales car il est impossible d’adopter une rigueur analogue aux sciences
exactes, à celle des physiciens ou des biologistes. Pour cette raison, il y a une remise
en question perpétuelle des acquis provisoires de la connaissance.
116
Gordon Mace, op. cit., p. 68.
117
Ibid., pp. 68-69.
118
Raymond Quivy et Luc Van Campenhoudt, op. cit., p. 8.
119
Luc Albarello, Choisir l’étude de cas comme méthode de recherche, éditions De Boeck, 1re édition 2011.
120
Il faut préciser la population visée en constituant un échantillon représentatif de celle-ci. Il faut
préciser si l’interview sera faite directement, par courrier, par téléphone, par e-mail et comment
les réponses reçues seront traitées.
d’un questionnaire121 formulé selon les hypothèses de travail retenues ou encore par
un guide d’interview. Il permet de construire des allers-retours entre les catégories
d’analyse théorique et l’expérience du terrain (des hypothèses vers le terrain et vice-
versa du terrain vers les hypothèses d’analyse théorique). Si vous envisagez mener
une enquête, un sondage ou un entretien, pensez donc à rédiger les questions et à
comment les interviews seront menées et enregistrées. Il faut penser aux moyens de
récolter les données et à leur degré de fiabilité. Pour chaque question, il faut se
demander si les informations à recueillir vont correspondre au degré de précision
dont vous aurez besoin dans la phase ultérieure de la recherche. Il faut s’interroger
sur les moyens de mesurer la fiabilité des informations à recueillir et comment les
mettre en relation avec le reste du travail.
Le chercheur peut également favoriser l’observation directe sur terrain. Avant de
chercher à rencontrer les experts et les personnes directement concernées par votre
enquête, il faut chercher à savoir si des enquêtes similaires ont été réalisées dans le
passé dans le même lieu ou dans d’autres lieux par d’autres chercheurs. Si la
réponse est positive, il faut chercher à connaître les résultats de ces enquêtes et se
demander si cela vaut la peine d’initier une nouvelle enquête, pour quels résultats ?
Si la réponse est négative, soyez attentif pendant l’entretien et efforcez-vous à
décoder les discours. Dans l’enquête sur terrain, la plus-value de la thèse se situe au
niveau de l’analyse et de l’explication des faits.
Rappelez-vous toujours que « la méthode elle-même ne suffit pas en effet à
mener une recherche, elle n’est qu’un moyen utilisable en fonction d’un but, c’est-
à-dire lié au contenu du domaine à étudier, aux problèmes qui se posent »122.
Relisez les cours de méthodologie que vous avez suivis et choisissez l’approche qui
convient à votre recherche.
Vous pouvez aussi mener une recherche de données statistiques auprès
d’organismes spécialisés sur un thème particulier ou un travail sur archives dans un
ministère, dans une commune, dans une entreprise, une organisation internationale
ou une ONG.
« Il faut utiliser les statistiques officielles, établies par des organismes
agréés (celles des institutions nationales ou internationales bénéficiant d’un
label ou ayant une activité reconnue en la matière) en se reportant aux
annuaires et rapports qu’ils publient régulièrement »123.
124
Les entretiens permettent au chercheur d’avoir un contact direct avec les experts ou avec la
réalité vécue par les acteurs sociaux et de comprendre les phénomènes sur lesquels il n’a aucune
emprise. Ils permettent au chercheur d’avoir une information qu’il ne peut obtenir nulle part
ailleurs mais uniquement auprès de personnes qui ont été les témoins ou acteurs d’événements
sur lesquels porte la recherche. Au-delà de cette compréhension, ils permettent de trouver des
pistes de réflexion auprès des témoins privilégiés, c’est-à-dire des personnes qui ont une bonne
connaissance du problème étudié parce qu’elles sont directement concernées. Il est important de
préciser les personnes que l’on a rencontrées (leurs noms si elles ont donné leur autorisation et
les fonctions qu’elles occupent). Le chercheur peut aussi joindre le protocole d’entretien, sinon il
peut indiquer les thèmes principaux des questions posées pour faciliter, en cas de besoin, la
vérification de l’hypothèse. Pour le sondage, il est important de justifier l’échantillon retenu
(nombre et type de répondants), d’indiquer le sujet de sondage, le lieu ainsi que la période
d’observation, de fournir les questions retenues et le mode de leur administration.
125
Gordon Mace, op. cit., p. 81.
126
Raymond Quivy et Luc Van Campenhoudt, op. cit., p. 81.
6.4. La nature du sujet détermine la stratégie la plus appropriée
Dans chaque cas, c’est la nature du sujet qui détermine la stratégie de vérification
la plus appropriée. Gordon Mace dit : « Ce n’est pas la stratégie ou la technique qui
détermine le problème de recherche mais que c’est bien plutôt la nature du
problème qui impose la stratégie et détermine la technique à utiliser »127.
Après l’étape de collecte de l’information, il faut passer à l’étape suivante :
l’analyse des données récoltées et leur utilisation. « Le traitement des données est
certainement l’un des exercices les plus difficiles du processus de recherche sur le
plan opérationnel »128. Le chercheur doit parvenir à donner un sens aux
informations et aux faits en les transformant en données analysables et
interprétables pour sa recherche. Dans l’analyse qualitative des données, le
chercheur doit taire sa propre subjectivité pour privilégier la confrontation, par la
comparaison tacite, des données ou de l’explication proposée avec la proposition
initiale et le cadre théorique. « L’analyse qualitative est le procédé de traitement de
données qui exige du chercheur le plus de discipline, le plus de rigueur et l’attention
la plus soutenue […] c’est sa rigueur (celle du chercheur) qui fait foi de tout »129.
L’analyse du contenu se rapporte à l’interprétation systématique du contenu des
communications officielles. C’est l’une des techniques les plus utilisées en analyse
du discours des acteurs pour interpréter leurs idées et leurs intentions ou encore
leurs motivations. Le chercheur répond généralement aux cinq questions suivantes :
Qui parle ? A qui parle-t-il ? Pour dire quoi ? Par quels procédés ? Avec quel effet
recherché ?130
L’analyse statistique ou probabiliste recourt à la quantification des données pour
étudier les relations mathématiques entre les variables déterminées dans le cadre
opératoire. L’analyse statistique a l’avantage d’accroître la précision de l’analyse et
de réduire ainsi les risques de biais.
A l’ère des nouvelles technologies de l’information et de la communication
(NTIC), on recourt de plus en plus à la simulation sur ordinateur. Cette technique
d’analyse nécessite la maîtrise de l’outil informatique. Le résultat dépend des
informations qui ont été introduites dans l’ordinateur et il peut être tronqué, c’est-à-
dire loin de la vérité ou de la réalité. C’est à ce niveau que le risque se situe.
6.5. L’hypothèse sert à établir un pont entre la réflexion théorique et le travail de vérification
127
Gordon Mace, op. cit., p. 70.
128
Ibid., p. 91.
129
Ibid., p. 95.
130
Pour plus d’information sur ce sujet, se référer à Daniel Vanderveken, Les Actes de discours,
Liège-Bruxelles, éditions Pierre Mardaga, 1988 ; John L. Auston, Quand dire c’est faire, Paris, Seuil,
1970 ; Françoise Armengaud, La pragmatique, Paris, PUF, 1985 ; Pierre Bourdieu, Ce que parler veut
dire, Paris, Fayard, 1982.
à-dire qu’elle transforme les concepts théoriques de la question spécifique en des
concepts opératoires »131. L’hypothèse permet en quelque sorte de réduire le niveau
d’abstraction sans immédiatement amorcer l’analyse. On passe concrètement du
niveau plus large, c’est-à-dire abstrait, de la formulation du problème (question
spécifique de recherche), à l’hypothèse au niveau plus étroit, c’est-à-dire concret.
C’est le cadre opératoire ou théorique qui permet ce passage.
« Les concepts opératoires de l’hypothèse précisent et rendent plus concrets
les concepts théoriques contenus dans la question spécifique de recherche,
tandis que les variables et les indicateurs du cadre opératoire jouent un rôle
semblable à l’égard des concepts opératoires de l’hypothèse. Ainsi, le cadre
opératoire contribue doublement à la précision et au développement logique
de l’ensemble de la démonstration puisqu’il ajoute deux niveaux de
spécification en construisant deux types de référents empiriques que sont la
variable et l’indicateur »132.
131
Gordon Mace, op. cit., p. 46.
132
Ibid., p. 47.
Une bonne hypothèse doit éviter toute modification ad hoc133 parce que la
falsification ou la validation d’une théorie modifiée est difficile. La validation ou la
falsification est une étape cruciale voire stratégique parce que le chercheur réalise
l’articulation entre la question de départ, les hypothèses théoriques et le résultat. La
validation doit permettre de comparer les résultats attendus et les résultats observés
et rechercher la signification des écarts. Donc, après avoir rédigé le document final,
le chercheur doit procéder à la réévaluation des hypothèses à la lumière des
connaissances acquises tout au long du travail.
133
Lorsqu’on ajoute un détail supplémentaire du genre : « tous les immigrés sont victimes de
xénophobie en Occident sauf les membres de l’Union européenne ».
134
Pour Marc Catanas, « Il existe généralement deux types d’hypothèses dans une recherche :
l’hypothèse générale ou principale et les hypothèses opérationnelles ou secondaires », inDe la
problématique aux hypothèses, op. cit. En revanche, Madeleine Grawitz distingue trois types
d’hypothèses : hypothèses supposant l’existence d’uniformités permettant de quantifier des
distributions de comportements, hypothèses supposant l’existence de liens logiques à partir de
corrélations empiriques, hypothèses concernant des relations entre variables analytiques et
complexes, in Madeleine Grawitz, Méthode des sciences sociales, Editions Dalloz, 11e édition, 2002.
135
Je me réfère à Raymond Quivy et Luc Van Campenhoudt, op. cit., pp. 135-136.
Tableau des parités possibles entre les stratégies de vérification, les techniques de collecte de
l’information et les techniques d’analyse des données136.
Princi Princi
pales pales
techni techni
ques ques
de de
collect traite
e de ment
l’infor des
matio donné
n es
Princi Obser Obser Obser Entr Que Analy Simul Analy Analy
pales vation vation vation evue stion se ation se de se
straté docu direct partici naire statisti sur conte qualit
gies menta e pante que ordina nu ative
de ire teur
vérific
ation
Straté X X X X X
gie
expéri
menta
le
Straté X X X X X
gie
quasi
expéri
menta
le
Enqu X X X X X X X
ête
Etude X X X X X X X
de cas
136
Ce tableau a été proposé par Gordon Mace, op. cit., p. 105.
Chapitre VIII : Les étapes de la recherche
En effet, dans le travail, toutes les étapes sont liées et reliées. Elles sont en étroite
interaction. Chaque étape n’est pas solidement séparée des autres comme dans le
cas d’une frontière. Il y a un incessant va et vient entre les sept étapes.
Avoir un plan provisoire139 est très important car cela vous évite de tourner en
rond, de savoir par où commencer, par où passer et où aller dans la réflexion et
dans la rédaction. Avant de vous lancer dans la recherche de la documentation140,
prenez soin de bien mûrir la pensée, de penser à la question de départ, à avoir un
plan provisoire divisé en parties et en chapitres (voir supra). Prenez soin d’établir
des classeurs et donnez des numéros à vos documents suivant un ordre de priorité.
Par exemple, du plus important au moins important, en allant du numéro 1 au
numéro 7. Précisez à quelle étape de la recherche ces documents vont être utilisés
et quel genre d’éclairage ils apportent à la démonstration. La recherche
documentaire ou l’exploration vise à mieux circonscrire ou à « apprivoiser » le sujet.
C’est pourquoi il se doit « d’effectuer un examen approfondi et systématique des
publications traitant du domaine de recherche choisi »141.
8.2. Dans chaque livre, lisez les chapitres qui ont un lien direct avec votre recherche
137
Ces trois actes sont expliqués plus haut, au point 7.8.
138
Raymond Quivy et Luc Van Campenhoudt, op. cit., p. 16. Pour en savoir plus, lire Madeleine
Grawitz, Méthodes des sciences sociales, Paris, Dalloz, 1993, p. 326-ss.
139
Ce plan provisoire sera revu, corrigé et enrichi au fur et à mesure que la recherche avance.
140
L’étape appelée « exploration », dans le vocabulaire de Raymond Quivy et Luc Van
Campenhoudt, est équivalent de la recherche documentaire.
141
Marc Catanas, De la problématique aux hypothèses, in :
[Link] mardi 18 mars 2003, consulté le 03
septembre 2011, à 5h30’.
Commencez la lecture en fonction du tri déjà fait mais, une fois de plus, ne lisez
pas tout. Il est admis que l’abondance d’informations mal intégrées finit par
embrouiller les idées142. Soyez sélectif et lisez avec méthode. Lisez prioritairement la
table des matières pour sélectionner les chapitres qui sont directement en rapport
avec votre recherche, en tenant compte de la question de départ, de la
problématique et du plan provisoire (qui deviendra la table des matières enrichie).
Lisez les livres et les articles de base avec un crayon à la main. Marquez les
passages-clés et prenez régulièrement des notes en extrayant les passages pertinents
de la pensée d’un auteur à partir desquels vous rédigerez des fiches de lecture qui
vous faciliteront plus tard le travail de rédaction. Faites encore un second tri après
la lecture. Puis, classez cette documentation par ordre d’importance. Constituez un
dossier par chapitre. Si vous travaillez avec un ordinateur, avec votre souris et votre
clavier, procédez de la même façon. Mettez en couleur les passages importants.
Dans le plan provisoire, distinguez clairement les parties et les chapitres qui
serviront à réunir les informations dans cette phase de la recherche documentaire.
Vous pouvez placer les liens les plus importants (sites ou autres) dans les favoris
afin d’y accéder d’un seul clic lorsque vous le souhaitez. A chaque fois que vous
trouvez une information utile, il faut vite préparer une fiche sur laquelle vous
reprenez cette information en indiquant le livre, la page et le lieu (bibliothèque) où
cette information a été trouvée, classez-la ensuite dans le dossier ou à l’endroit de
l’ordinateur qui correspond. Faites-le au fur et à mesure que vous progressez dans
la réunification de la documentation. Si vous êtes méthodique et rigoureux, vous
gagnerez en temps. Le travail de rédaction sera simplifié car vous aurez réussi à
réunir l’information nécessaire pour chaque partie et chaque chapitre. Ces
classements vont vous permettre de trouver facilement l’information, la citation ou
la référence dont vous avez besoin au moment de la rédaction. Cela vous évitera de
relire tout un ouvrage dans l’unique but de retrouver un passage à introduire dans la
thèse ou pour procéder à une ultime vérification. Est-il nécessaire de le répéter ?
142
A propos de la gloutonnerie livresque ou statistique,Raymond Quivy et Luc Van
Campenhoudt ont écrit : « Comme son nom l’indique, la gloutonnerie livresque ou statistique
consiste à se ‘bourrer le crâne’ d’une grande quantité de livres, d’articles ou de données chiffrées
en espérant y trouver, au détour d’un paragraphe ou d’une courbe, la lumière qui permettra de
préciser enfin correctement et de manière satisfaisante l’objectif et le thème du travail que
l’on souhaite effectuer. Cette attitude conduit immanquablement au découragement, car
l’abondance d’informations mal intégrées finit par embrouiller les idées.
« Il faudra alors revenir en arrière, réapprendre à réfléchir plutôt qu’à engloutir, à lire en
profondeur peu de textes soigneusement choisis et à interpréter judicieusement quelques données
statistiques particulièrement parlantes. La fuite en avant n’est pas seulement inutile, elle est
nuisible. Beaucoup d’étudiants abandonnent leurs projets de travail de fin d’études ou de thèse
pour les avoir ainsi entamés.[...] Ce qui implique notamment que l’on ne s’engage jamais dans
un travail important sans réfléchir auparavant à ce que l’on cherche à savoir et à la
manière de s’y prendre », in Raymond Quivy et Luc Van Campenhoudt, op. cit., pp. 10-11.
Soyez précis dans l’identification des sources utilisées. Des sources bien établies et
bien identifiées, des références bien notées vous permettront de gagner beaucoup
de temps dans la rédaction de votre travail et dans la réalisation de votre
bibliographie. Au début, le chercheur constitue une bibliographie de départ, c’est-à-
dire provisoire, qui remplit deux fonctions : déterminer l’ampleur du matériel
disponible et déterminer ensuite la nature du matériel avec lequel la recherche sera
menée. L’état de la bibliographie de départ permet de décider si la recherche vaut la
peine d’être effectuée ou non. Si le matériel répertorié est pauvre et ne permet pas
de mener la recherche à bien, le chercheur peut décider d’abandonner le projet ou,
alors, il peut choisir une méthodologie beaucoup plus appropriée ou adaptée, autre
que la recherche documentaire, par exemple l’observation participante. Dans un
premier temps, le chercheur consulte uniquement les ouvrages généraux.
Chaque fiche à glisser dans un classeur doit avoir le nom et le prénom de
l’auteur, le titre de l’ouvrage, le lieu de publication, la maison d’édition, l’année de
publication, le numéro de la page où l’information a été trouvée. Pour les livres
trouvés à l’extérieur, il est impératif d’indiquer le lieu où ils se trouvent (exemple :
bibliothèque municipale, cantonale, universitaire, chez tel ami, etc.). Pour un livre
qui se trouve dans sa propre bibliothèque, cela donne :
Vous pouvez aussi choisir d’utiliser de grosses enveloppes, soit une par étape :
l’introduction, la question de départ, la problématique, la méthodologie, les
hypothèses de travail, chaque chapitre, la conclusion, la bibliographie. Si vous
procédez ainsi, vous n’aurez aucune difficulté à avancer dans la rédaction de votre
thèse. Précisez l’usage exact que vous ferez de la référence indiquée sur la fiche.
Les étapes143 conduisant du choix du sujet à la formulation de la problématique
sont les suivantes :
143
Pour de plus amples informations, se référer à Michel Beaud, op. cit., p. 40 et Raymond Quivy
et Luc Van Campenhoudt, op. cit., p. 16.
Il y a deux étapes importantes qui ne doivent pas être oubliées ni négligées : la
recherche sur le sujet et le choix des hypothèses théoriques qui permettront la
rédaction du mémoire ou de la thèse. Si les deux étapes doivent être distinguées, il
faut retenir que les deux sont complémentaires.
Conseil pratique : tout en menant la recherche, pensez à la rédaction et tout en
rédigeant, poursuivez la recherche en la complétant. Si vous agissez ainsi, vous
réaliserez un bon travail. Revoyez toujours vos idées en fonction de la
compréhension du sujet et consolidez-les. Vous pouvez changer les intitulés de
certains chapitres, retravailler certains paragraphes, ajouter ou supprimer des
passages. Tenez compte de votre manière de travailler et adaptez-vous aux
exigences de votre recherche et aux conseils de votre directeur.
Chapitre IX : Comment procéder pour rédiger l’introduction
Dès que vous commencez à écrire, soyez rigoureux et exigeant. Ne retenez que
les idées jugées pertinentes. Rédigez tant que vous êtes motivé et habité par
l’inspiration. Ne forcez pas votre cerveau. Ne vous imposez pas un nombre de
pages par jour ni par semaine mais ayez l’idée d’une moyenne. Produisez plus
quand vous pouvez. Vous allez ainsi rattraper le retard des jours où l’esprit était
ailleurs, où vous étiez moins motivé, où vous avez eu un autre problème à régler. Si
votre cerveau accuse un début de fatigue, arrêtez de réfléchir et d’écrire, faites autre
chose, une autre activité comme écouter de la musique, aller faire une promenade,
jouer au football, au tennis, aller voir un film, etc. Au retour, vous serez plus frais et
plus disposé à poursuivre votre travail de réflexion. Il ne faut jamais hésiter à
recommencer plusieurs fois lorsque vous n’êtes pas satisfait du travail accompli.
L’introduction se trouve au début d’un ouvrage mais dans le cas d’un mémoire
ou d’une thèse de doctorat, je suggère que la rédaction de l’introduction soit rédigée
à la fin, sinon celle rédigée au début de la recherche doit être revue, corrigée et
enrichie à la fin de la recherche car c’est à ce moment que l’étudiant a une meilleure
vue de l’ensemble de son travail. Cela peut surprendre mais la rédaction de
l’introduction est l’étape la plus difficile dans la mesure où le sujet doit être présenté
de façon exhaustive et l’étudiant/chercheur doit parvenir à convaincre le lecteur en
lui donnant envie de lire et en suscitant son intérêt à aller découvrir les idées
démontrées ou défendues dans le corps du texte. Le plan du travail doit
soigneusement décrire la démarche qu’il suivra dans son mémoire ou dans sa
thèse pour répondre aux questions qu’il se pose. C’est dans l’introduction que le
thésard prend position en soulignant
« la pertinence du sujet choisi par rapport à la théorie et/ou par rapport à un
fait historique ou d’actualité. Il est nécessaire de se positionner d’emblée dans
le débat théorique et de justifier ce positionnement en défendant le choix du
sujet et la démarche qui suivra. Ladite démarche apparaîtra dans
l’introduction par une présentation claire de la problématique et de
l’organisation des démonstrations : le lecteur doit savoir assez rapidement ce
qu’il va lire (où on le conduit)»144.
144
Sophie Boutillier, Alban Goguel D'Allondans, Nelly Labère et Dimitri Uzunidis, op. cit., pp. 75-
76.
être exposées de façon ordonnée, les références doivent être précises pour faciliter
le contrôle par les membres du jury, le raisonnement bien agencé ; les arguments
doivent être convaincants, magistraux et utilisés chaque fois au bon endroit ; les
citations doivent être équilibrées et en harmonie avec les passages qu’elles viennent
appuyer. Si une citation dépasse cinq lignes, il est préférable de la décaler à droite
en la mettant en retrait. Dans ce cas, il est indiqué d’utiliser un corps de texte
inférieur de deux points. Le même corps que celui choisi pour présenter les notes
de bas de page. Dans la mesure du possible, il faut éviter les citations trop longues
qui risquent de casser le rythme d’enchaînement des idées. Il faut citer correctement
les textes consultés, sans tronquer la pensée de l’auteur.
Dans tout mémoire ou toute thèse, il doit y avoir une introduction dans laquelle
la méthodologie sera clairement définie. Cette introduction ne sera ni trop courte ni
trop longue, sa longueur doit correspondre à l’ampleur de la thèse. Par exemple
entre 15 et 20 pages pour un travail contenant 400 à 500 pages. Elle doit être en
rapport avec le reste du texte et annoncer les différentes étapes (parties et
chapitres). Le chercheur doit avancer les raisons qui l’ont poussé à choisir le sujet
qu’il traite et souligner son importance dans le domaine scientifique. Il doit
annoncer la contribution qu’il entend apporter à la connaissance.
145
Michel Beaud, op. cit., p. 154.
Chapitre X : La problématique est au centre de la réflexion
Le choix de la problématique est une phase cruciale car cette étape donne une
orientation théorique et des bases sérieuses de réflexion. La problématique définit
les lignes de force et ouvre les voies de la découverte. Elle donne une cohérence à
l’ensemble de la recherche.
Sophie Boutillier, Alban Goguel D'Allondans, Nelly Labère et Dimitri Uzunidis
précisent :
« Trouver une problématique consiste à sélectionner, de façon pertinente, les
principaux repères théoriques de la recherche dans le but de rendre
intelligible la réalité du sujet. Il s’agit alors de construire un cadre conceptuel
logiquement adapté à l’objet de votre recherche, donc en rapport avec votre
question de départ »146.
10.2. Rédigez la problématique après avoir lu quelques ouvrages sur le sujet de la recherche
Le chercheur arrive aisément à rédiger une problématique après avoir exploité les
lectures qui traitent son sujet d’étude et/ou après avoir rassemblé les entretiens
avec les acteurs directement concernés par les différents aspects du problème. Le
travail préalable permet de faire le point de différentes problématiques possibles, de
comparer leur pertinence et de réfléchir à la méthodologie qui conviendrait pour
149
Pour en savoir plus, se référer à Raymond Quivy et Luc Van Campenhoudt, op. cit., pp. 98-100.
150
Ibid., p. 102. Pour Marc Catanas, « la problématique correspond à un construit de l’ensemble
des réponses aux questions que l’on doit se poser à partir de l’énoncé de base de la situation
problème (ici ce qui préside à la question de départ), en vue de proposer une réponse provisoire,
qui sera infirmée ou confirmée dans la phase d’observation ou expérimentation (validation ou
invalidation de l’hypothèse avec un outil d’investigation : grilles d’observation, entretiens,
questionnaires ou autres...). L’espace entre les données de départ et l’hypothèse doit être rempli à
partir de questions à inventer et dont les réponses progressives permettent de relier les deux
bouts de la situation problème ».
« En bref, l’ensemble ‘thème - objet d’étude - champs d’analyse - modèle théorique de référence’
constitue la problématique. Pour certains auteurs, la problématique est la manière d’argumenter et
de poser la question, pour d’autres elle est plutôt le projet de traitement de la question. Quoi qu’il
en soit, toute problématique se termine par une question, et l’hypothèse constitue en quelque
sorte une réponse provisoire à cette question », Marc Catanas, De la problématique aux hypothèses, op.
cit.
une meilleure exploitation du sujet. C’est donc par la confrontation critique des
diverses perspectives qui paraissent possibles que la problématique s’élabore
progressivement en fonction de la dynamique propre du travail de recherche.
« Pratiquement, construire sa problématique revient à formuler les principaux
repères théoriques de sa recherche : la question qui structure finalement le travail,
les concepts fondamentaux et les idées générales qui inspireront l’analyse »151. C’est
en procédant ainsi que l’on arrive à « élaborer une manière spécifique d’envisager
un problème et à proposer les lignes de forces de la réponse à la question de
départ »152. La problématique ne naît pas intuitivement, elle est le résultat d’une
construction intellectuelle mûrement réfléchie.
Prenons le cas d’une recherche dont la question de départ est la suivante :
Pourquoi la RD Congo est-elle instable depuis son indépendance ? La définition de la
problématique liée à cette question de départ se fait en deux temps. Le chercheur
examinera d’abord les différentes problématiques susceptibles de répondre à cette
question. Il appuiera sa démarche d’élucidation par des théories et des ouvrages de
référence. L’analyse du pouvoir pourrait être la base théorique de réflexion. Le
chercheur choisira sa propre problématique et, à partir des théories exposées
précédemment sur le pouvoir, il s’appuiera sur son propre cadre théorique adapté
au problème, tout en expliquant l’angle sous lequel il décide d’aborder l’objet de sa
recherche. Sur la base de la connaissance théorique, il reformulera la question de
départ en en faisant la question centrale. Il parviendra ainsi à expliquer la captation
de l’Etat, le fonctionnement des réseaux clientélistes, la mainmise étrangère sur les
ressources naturelles et les conflits qui sont la cause de l’instabilité permanente du
pays.
Une recherche qui porte sur la paix et la stabilité politique peut par exemple
s’appuyer sur la théorie de la démocratie participative.
Il faut avoir une très bonne maîtrise de la problématique (voir infra) avant d’aller
à la connaissance du terrain, car si le travail est bâclé pendant l’interview, il sera
difficile de solliciter une seconde rencontre, une seconde enquête ou un second
entretien. Donc, le travail sur terrain doit être mené ni trop tôt ni trop tard, c’est-à-
dire au moment où le raisonnement est suffisamment mûr, sinon comment poser
des questions pertinentes ou mener une enquête vraiment utile et obtenir de
bonnes informations ? Les appréhensions et les intuitions du chercheur sont
vérifiées dans l’entretien qualitatif avec les acteurs du terrain concernés directement
par la problématique traitée dans le travail de recherche.
Après l’enquête, le chercheur doit pouvoir expliquer comment les résultats ont
été obtenus. Les matériaux ayant servi dans le travail sur terrain doivent figurer
151
Raymond Quivy et Luc Van Campenhoudt, op. cit., p. 86.
152
Ibid., p. 88.
dans la thèse, mis dans la partie annexes s’ils sont longs. Toutefois, le renvoi doit
être annoncé dans le corps du travail.
En sciences sociales et humaines, les méthodes et techniques varient avec
chaque recherche particulière. Elles ne peuvent pas être appliquées telles quelles se
présentent. Raymond Quivy et Luc Van Campenhoudt précisent cela en disant :
« Les dispositifs d’investigation varient considérablement d’une recherche à
l’autre »153.
Après avoir fait le tour, il faut retenir les documents les plus importants qui ont
un lien direct avec le sujet de votre travail. Ces ouvrages seront lus en premier, en
prenant des notes. S’il s’agit de livres qui vous appartiennent, n’hésitez pas à mettre
des annotations qui vous permettront plus tard de rafraîchir la mémoire et de ne
pas relire tout le livre lorsque vous aurez à l’exploiter. Ne mettez aucune annotation
dans les livres de la bibliothèque ou dans ceux qu’un ami vous a prêtés. La lecture
des livres en rapport direct avec le sujet à traiter vous pousseront à réfléchir, à vous
interroger, à formuler des questions, des hypothèses, à ouvrir peut-être des débats
et à susciter parfois des doutes, à combler des zones d’ignorance. Après la lecture
des livres en rapport avec le sujet, vous devez être capable de circonscrire votre
sujet et « décider sur quels axes vous allez concentrer votre recherche, sur quels
terrains vous allez concentrer votre effort, sur quels matériaux vous allez mener
l’approfondissement »154. Si ce travail n’est pas fait, vous allez rencontrer des
problèmes dans la suite. A certains moments, il y aura une situation de blocage et
de découragement. En revanche, si la documentation a été bien faite, vous serez
capable de trouver facilement la question de départ ou la question principale, de
rédiger la problématique et d’élaborer un plan de travail provisoire contenant une
introduction, une méthodologie, des parties divisées en chapitres, une conclusion et
une bibliographie. A ce stade, il faut déjà préciser la méthodologie qui soutiendra la
mise en oeuvre de l’ensemble du travail. Soyez prudent et ne retenez jamais une
méthodologie que vous ne maîtrisez pas.
La partie introductive doit contenir la formulation du problème, l’énoncée de la
question de départ et de l’hypothèse ou des hypothèses de travail, le choix de la
méthodologie et les grandes étapes de la démarche. La partie centrale traite en
profondeur le sujet et discute des résultats de l’analyse. Dans la conclusion, le
chercheur fait le point sur la vérification de l’hypothèse, il critique la méthode155
qu’il a utilisée et, cela est indispensable, il donne des orientations sur les nouveaux
postes de recherche. Le travail de vérification peut aboutir à une confirmation ou à
une infirmation de l’hypothèse. Toutefois, « l’attitude de départ doit être d’infirmer
l’hypothèse156, car c’est cette attitude qui renforce le doute, caractéristique de toute
153
Raymond Quivy et Luc Van Campenhoudt, op. cit., p. 5.
154
Michel Beaud, op. cit., p. 54.
155
Le chercheur doit garder une distance critique par rapport à son objet de recherche.
156
Infirmer une hypothèse signifie que l’on n’a pas trouvé, après analyse des données, une
relation postulée en hypothèse. En revanche, confirmer une hypothèse signifie qu’on a trouvé
dans la réalité le lien postulé en hypothèse. Ceci est une situation plutôt rare en sciences sociales
où il est difficile d’établir la relation de cause à effet, rappelle Gordon Mace.
démarche scientifique, et qui réduit le risque d’interpréter les faits pour les orienter
à tout prix dans le sens de l’hypothèse et ce, au détriment de leur signification »157.
L’hypothèse est confirmée seulement si aucune des données recueillies ne l’invalide.
En d’autres termes, « l’hypothèse ne se vérifie qu’en tentant de l’infirmer »158. Le
contrôle de la validité de l’hypothèse se fait par le recours à une contre-hypothèse
ou à deux contre-hypothèses rivales.
Il faut toujours se rappeler qu’une hypothèse n’est pas une question mais qu’elle
découle de la question de départ.
10.4. La rédaction d’un mémoire ressemble à la construction d’une maison ou à un voyage vers
une destination inconnue
Avant de se lancer dans le projet, l’architecte se fait une idée de ce que sera la
future maison. Il conceptualise (dans sa tête) le plan avant de dessiner le croquis sur
un papier. Il y a des architectes qui sont des génies. Ils innovent en proposant des
plans qui n’ont jamais existé et qui deviennent rapidement des modèles imités par
d’autres. Il existe d’autres qui ne sont pas des génies et qui, avant de dessiner et de
construire la maison, doivent consulter ce que les autres ont réalisé afin de trouver
leur propre inspiration. A partir de l’idée des autres, ils construisent leur propre
« idée » en lui donnant une certaine originalité. C’est pareil en matière de rédaction
d’un mémoire master ou d’une thèse de doctorat.
En établissant un parallélisme, il est permis de dire qu’écrire une thèse ressemble
à la construction d’une maison. Tout commence par l’intention suivie du repérage
de l’endroit qui accueillera la villa. Il faut ensuite rassembler les matériaux
(documentation pour la thèse), avoir un plan de l’ensemble et des plans détaillés,
penser à tout jusqu’au moindre détail, réfléchir à la méthode et au rythme de travail,
obtenir l’autorisation de bâtir (autorisation de rédiger du directeur de thèse), etc. Le
plan de rédaction de la thèse correspond à la construction proprement dite de la
maison. C’est à ce moment que le monde extérieur (équivalent aux membres du
jury) vient découvrir ce qui a été conçu en privé ou en cachette. Il devient
impossible de cacher le résultat au public.
La problématique sous-tend le reste du travail, elle relie l’introduction aux
parties, les parties aux chapitres et les chapitres à la conclusion générale. Tout doit
former un corps pour qu’il y ait une cohérence parfaite.
Dans la rédaction d’un mémoire et/ou d’une thèse, « la manipulation des
concepts et des mécanismes de réflexion occupe une place déterminante »159.
Entrevoir d’écrire un mémoire de master de recherche, une thèse ou tout autre
document ressemble également à la volonté d’entreprendre un voyage vers un lieu
inconnu. Le pilote, le touriste ou le simple voyageur se fait d’abord une idée de la
destination. Tout commence par là. Où aller et comment y aller ? A partir de la fixation
du point de destination, il trace en grande ligne la direction ou l’itinéraire qu’il va
157
Gordon Mace, op. cit., p. 40.
158
Ibid., p. 41.
159
Raymond Quivy et Luc Van Campenhoudt, op. cit., p., p. 13.
suivre pour atteindre sa destination – ce qui ressemble au plan de l’architecte. Tout
est fait jusque-là dans sa tête. Actuellement, les automobilistes utilisent de plus en
plus le GPS pour se diriger. Mais, même avec cet appareil, il faut introduire
certaines informations avant de démarrer la voiture. Le GPS doit connaître le pays
de destination, la ville et son code postal, l’avenue ou la rue et le numéro. Après
avoir introduit toutes ces données, on valide. Le GPS cherche pendant un moment
puis il indique à l’automobiliste qu’il a trouvé la position et qu’il est prêt. En effet,
tout ce travail est provisoire. Le conducteur doit être plus intelligent que le GPS car
la machine peut se tromper ou se « planter ». Il peut y avoir des imprévus, des
modifications, etc. A chaque étape, c’est le conducteur qui prend la décision finale,
qui choisit la voie à suivre pour atteindre la prochaine étape. Le GPS ou le plan
n’est qu’un moyen, une aide ou un guide. La situation ressemble à la rédaction d’un
mémoire ou d’une thèse de doctorat. Le chercheur est le seul maître de son travail.
Il doit choisir une problématique qui va guider l’ensemble de son travail.
Devant l’annonce d’un danger, le pilote peut décider de changer de direction, le
conducteur peut décider de freiner brusquement. En tout cas, l’un ou l’autre
réfléchit sans arrêt tout au long du chemin à parcourir avant d’atteindre le lieu de
destination qui correspond à la soutenance de la thèse. Lorsque l’avion atterrit, le
pilote soupire, il est soulagé mais son travail n’est pourtant pas achevé. Il doit
conduire l’avion jusqu’au tarmac et éteindre l’appareil160. Il arrive qu’un accident se
produise à la toute dernière minute. Ceci veut dire qu’une prudence est exigée à
toute étape jusqu’au dernier moment.
Même proclamer « docteur » par les membres du jury, le travail du thésard,
devenu à l’instant « docteur », n’est pourtant pas terminé. Il y a encore une étape à
franchir (voir infra) avant d’oublier définitivement le travail qui lui a pris tout son
temps pendant quelques années.
A la fin du travail, il est prudent de laisser une ouverture pour des recherches
futures en recourant à une heuristique positive « constituée de lignes de conduite
générale qui sont des directions de développement du programme de recherche.
Elle (cette heuristique positive) consiste à compléter le noyau dur par des hypothèses
supplémentaires visant à rendre compte de phénomènes déjà connus et à en prédire
162
Raymond Quivy et Luc Van Campenhoudt, Manuel de recherche en sciences sociales, cité par
Medzegue M'Akuè Joël-Jadot, op. cit., p. 78.
163
La validation d’un raisonnement spécifique ou des idées neuves doit être nourrie d’hypothèses
théoriques solides.
164
Marc Catanas, De la problématique aux hypothèses, op. cit.
165
Ibid. p. 82.
166
MedzegueM'AkuèJoël-Jadot, op. cit., p. 80.
167
Ibid., p. 80.
de nouveaux »168. En opposition, « l’heuristique négative d’un programme consiste en
ce que les hypothèses de base sous-tendant le programme, son noyau dur, ne doivent
être ni rejetées ni modifiées. Il est protégé des falsifications par une ceinture protectrice
d’hypothèses auxiliaires, de conditions initiales, etc. »169.
168
Alan F. Chalmers, op. cit., p. 136.
169
Ibid., p. 136.
Chapitre XI : La question des méthodes en politique comparée
Vous avez suivi quelques cours de méthodologie tout au long de vos études. Si
vous ne les avez pas aimés ou si vous les avez étudiés juste pour avoir une note qui
vous a permis de passer l’année, vous avez maintenant l’occasion de les relire car la
connaissance – sinon la maîtrise – de la méthodologie est indispensable dans la
recherche170 et plus particulièrement dans la rédaction d’un mémoire ou d’une
thèse. Il n’y a pas de travail de recherche sans méthode. Il faut se rappeler que
chaque domaine ou chaque science a ses propres méthodes d’analyse. Il n’est donc
pas possible d’énumérer toutes les méthodes utilisées en sciences économiques,
sociales, humaines, juridiques, etc. Toutefois, il est utile de savoir que la
méthodologie retenue doit correspondre à votre discipline, au sujet traité et à
l’angle d’approche.
Vous ne pouvez pas vous appuyer sur une méthodologie propre à la littérature
pour préparer un travail relevant des politiques publiques. Par ailleurs, il faut
adapter la méthodologie à chaque étape de la recherche : exploration,
documentation, recherche, rédaction. Ne vous lancez jamais dans une thèse sans au
préalable définir clairement la méthodologie. En d’autres termes, pour écrire un
mémoire ou une thèse, il faut avoir l’esprit de chercheur et vouloir devenir
chercheur. Si vous n’avez pas cet esprit et si vous n’êtes pas prêt à l’intégrer en
vous, il faut renoncer à écrire une thèse car vous vous ferez beaucoup de mal pour
rien. La recherche est un travail lourd, voire ingrat. Elle exige une organisation de la
vie du thésard qui doit faire preuve de ténacité, de courage et de détermination. Il
faut aimer le faire pour y trouver du plaisir. Lorsqu’on se lance dans la recherche,
on n’est jamais sûr d’arriver au bout ni d’être récompensé à sa juste valeur.
170
C’est l’occasion de relire le livre de Julien Freund, Sociologie de Max Weber, op. cit., pp. 33-75.
171
Dans cette partie, nous nous référons essentiellement aux livres de Mattei Dogan et
Dominique Pelassy, Sociologie politique comparative, Paris, Economica, 1982 et La comparaison
internationale en sociologie politique, Librairies Techniques (LITEC), 1980 ; MamoudouGazibo et Jane
Jenson, La politique comparée, Les Presses de l’Université de Montréal, 2004 et Daniel-Louis Seiler,
La politique comparée, Paris, Armand Colin, 1982 ; Bertrand Badie, Guy Hermet, La politique
comparée, Paris, Armand Colin, 2001 ; YvetMény et Yves Surel, Politique comparée, Paris,
Montchrestien, 8e édition, 2009.
dans la mesure où le chercheur fera face à des contraintes matérielles. Il sera, par
exemple, appelé à mener des enquêtes dans deux ou plusieurs pays. C’est par la
comparaison que l’homme se dote des points de repère indispensables à la
compréhension du monde qui l’entoure. La comparaison est ce qui permet
d’évaluer nos connaissances, de nous évaluer et d’évaluer les autres ; elle permet de
mesurer les écarts et le rapprochement entre les pays ou à l’intérieur d’un seul pays
ou encore les écarts entre la réalité et l’objectif à atteindre ; elle permet également à
classer les pays ou les étudiants en ordre utile. Par la comparaison, il devient
possible d’échapper aux préjugés et d’établir une meilleure relation avec l’autre et
avec les autres.
La méthode comparative est au principe de toute connaissance et elle est la
démarche universelle de toute connaissance scientifique172. Si le physicien ou le
chimiste peut provoquer les phénomènes qu’il compare, le sociologue ne peut
comparer que des phénomènes qui se produisent indépendamment de sa volonté.
La méthode comparative a été perçue par Compte ou Durkheim comme la voie
fondamentale, qui pourrait jouer, dans les sciences sociales, le rôle dévolu dans les
sciences physiques ou biologiques à la méthode expérimentale173 : « Nous n’avons
qu’un moyen de démontrer qu’un phénomène est cause d’un autre, c’est de
comparer les cas où ils sont simultanément présents ou absents »174, écrivait
Durkheim dans Les règles de la méthode sociologique, soulignant par cette déclaration la
différence entre expérimentation et comparaison.
La science politique comparative, qui se veut explicative et non descriptive,
permet d’insérer chaque étude dans un ensemble plus large afin que la connaissance
progresse. C’est par la comparaison que le chercheur arrive à établir les différences
ou à renforcer l’idée de ressemblances. Comment savoir que tel État est
démocratique et tel autre ne l’est pas si l’on ne compare pas les deux États ?
Comment conclure que l’Afrique est le continent le plus soumis, le plus pillé et le
plus dominé si l’on ne compare pas les continents les uns avec les autres, etc. ?
La comparaison entre les pays permet d’inventorier les similitudes et les
différences entre deux ou plusieurs situations, elle permet surtout de comprendre
les autres en mettant en lumière l’originalité des contextes nationaux et en
« cherchant en même temps la constante, les lois tendancielles, les variables de
signification universelle »175. Elle permet également de classer les systèmes
politiques, de les hiérarchiser et d’en démontrer le mécanisme. Dans ce sens, la
comparaison s’érige en véritable levier de connaissance176, car elle permet
d’appréhender les causes de phénomènes sociaux. Cette méthode est indispensable,
mais son domaine étant très vaste, la comparaison nécessite une « délimitation
172
Raymond Boudon, Philippe Besnard, Mohamed Cherkaoui, Bernard-Pierre Lécuyer,
Dictionnaire de Sociologie, Paris, Larousse, 2003, p. 38.
173
Mattei Dogan et Dominique Pelassy, Sociologie politique comparative, op. cit., p. 17.
174
Idem, p. 18.
175
Ibid., p. 5.
176
Ibid., p. 5.
sectorielle et spatiale d’un champ optimum »177. L’étude peut être sectorielle et
restrictive comme elle peut aussi être globale. Dans ce dernier cas, la théorie se perd
dans l’abstrait. Le passage du sectoriel au global correspond à une progression du
particulier au général (induction). Mais il y a un problème : comment contrôler les
incidences du contexte national sur le secteur analysé ? La comparaison sectorielle
peut viser avec plus ou moins de force la synthèse ; elle peut s’orienter plutôt vers
l’analyse diachronique ou plutôt vers l’analyse synchronique. On peut comparer le
comportement des jeunes générations à celui des couches plus âgées comme R.
Inglehart l’avait fait dans son ouvrage SilentRevolution178.
C’est par la comparaison que l’esprit humain arrive à apprécier les hommes et
leurs idées, les pays et les continents. On ne le dira jamais assez, la comparaison
permet « d’évaluer plus objectivement sa situation en tant qu’individu, collectivité
ou nation »179. Enfin, la comparaison permet de mieux se découvrir soi-même à
travers l’autre qui devient un miroir de soi. C’est à travers la politique comparée que
le chercheur arrive à « apprécier les caractéristiques respectives des peuples et des
systèmes »180, qu’il découvre la plupart des valeurs, des structures et des systèmes
qui peuvent enrichir notre vécu et contribuer ainsi à l’éveil de notre identité. « Il n’y
aurait peut-être pas eu la Révolution française sans l’exemple anglais, ni l’ère du
Meiji sans le choc que représenta pour les Japonais la découverte du monde
occidental »181.
Dans toute étude comparative, il faut « éviter les pièges de l’ethnocentrisme, qui
attribue une valeur universelle à des phénomènes qui sont en réalité le produit de
l’histoire particulière d’un petit nombre de sociétés »182. L’ethnocentrisme est cette
tendance de faire que « soi-même » (sa culture) devient la norme universelle au
détriment de l’« Autre »183 ou encore la lanterne à partir de laquelle on s’efforce de
comprendre l’« Autre ». Le chercheur doit éviter de croire que les comportements
et les configurations organisationnelles qu’il y a chez lui ou dans les pays qu’il
connaît déjà existent également partout ailleurs. Le risque d’ethnocentrisme
ambiant qui doit être évité est appelé sociocentrisme184, c’est-à-dire « la projection
177
Ibid., p. 6.
178
R. Inglehart, Silent Revolution, Princeton University Press, 1977.
179
Mattei Dogan et Dominique Pelassy, Sociologie politique comparative, op. cit., p. 8.
180
Ibid., p. 8.
181
Ibid., p. 9.
182
ReinhartBendix, « Tradition and ModernityReconsidered », Comparative Studies in Society and
History, vol. 9, avril 1964, p. 292-346, cité par MamoudouGazibo et Jane Jenson, La politique
comparée, op. cit., p. 55. Voir également la critique émise par Bertrand Badie sur le caractère
ethnocentrique du développentalisme. Se référer à son livre Le développement politique, Paris
Economica, 1994.
183
MamoudouGazibo et Jane Jenson, La politique comparée, op. cit., p. 11.
184
Il y a aussi le danger du mimétisme comme cela a été abondamment observé dans les pays du
Tiers-Monde qui, au lendemain des indépendances, ont simplement copié le modèle
par le comparatiste de la logique propre à sa culture nationale et au système de
valeurs de son groupe social, et l’utilisation de catégories analytiques (par exemple
les concepts de modernisation, de développement) ou d’instruments de mesure (par
exemple le produit national brut) qui ne sont pas nécessairement pertinents pour
évaluer la situation d’autres sociétés »185.
Les concepts de « nation », « État-nation », « classe sociale » ne sont pas compris
de la même façon en France, au Tchad, au Botswana, en Birmanie et au Chili. Mal
utilisé ou mal interprété, un concept peut entraîner un contresens surprenant qui le
dénature de son sens propre.
La culture du comparatiste peut limiter l’étendue de son champ visuel et
l’amener à réduire tout à sa propre culture ou à vouloir tout expliquer à partir de sa
propre culture. Ceci peut être un handicap sérieux, d’où le souci de vouloir toujours
comprendre tout phénomène « nouveau » ou « bizarre », c’est-à-dire différent de sa
culture, avant toute interprétation. La comparaison doit permettre au sociologue, au
politologue, au juriste et à l’économiste de se désenclaver de son carcan culturel en
allant à la découverte de l’autre ou des autres.
Le comparatiste vise avant tout la généralisation. L’exemple le plus intéressant de
l’ethnocentrisme est celui, par exemple, d’universaliser la théorie de Lipset qui, à la
fin des années 1950, avançait l’établissement d’une relation directe entre le
développement économique et la démocratie. Si cette hypothèse se vérifie aisément
dans les pays occidentaux qui vivaient déjà une période de paix après la fin de la
Seconde Guerre mondiale, elle devient inefficace dans les pays du Tiers-Monde en
proie à des conflits sanglants. Dans ce cas-ci, il faut d’abord viser l’établissement de
la paix sociale avant de penser à la relation directe entre le développement
économique et la démocratie. L’autre erreur de l’ethnocentrisme est de vouloir
trouver partout des États-nations, or, en ce qui concerne l’Afrique, ils n’existent pas
encore car ils sont en construction.
constitutionnel occidental, sans se donner la peine de l’adapter aux réalités et aux cultures des
pays concernés.
185
Raymond Boudon, Philippe Besnard, Mohamed Cherkaoui, Bernard-Pierre Lécuyer,
Dictionnaire de Sociologie, op. cit., p. 38.
11.4. Examinez la possibilité de construire un modèle d’analyse pour établir la comparaison
En matière de comparaison, deux causes ne suffisent pas pour tirer une loi, il
faut que plusieurs conditions soient préalablement réunies. Mais il est possible de
construire un idéaltype wébérien186 qui peut être comparé à d’autres exemples. Dans
ce cas-ci, il faut partir d’un modèle idéaltype destiné à être testé en le comparant avec
d’autres pays ou d’autres contextes. « C’est lorsque les propositions originelles sont
confirmées ou affinées par d’autres études que l’hypothèse se consolide en
règle »187.
Le comparatiste a une meilleure connaissance du monde par rapport à
l’observateur qui se penche sur l’étude d’un seul pays, car la comparaison
internationale188 ou intranationale « élargit les capacités de compréhension en même
temps que le champ visuel »189 du chercheur. A cause de l’imprégnation de la
culture sur le vécu des peuples et à cause de la distance qui les sépare, il est rare que
des situations comparées soient suffisamment homogènes « pour qu’on puisse
considérer comme effectivement nulle la fluctuation de l’environnement »190. Voilà
pourquoi Sartori a voulu donner cette précision qui est de taille en sciences
sociales : « Ce n’est pas la perfection paralysante que doit viser le chercheur en
sciences ; c’est l’approximation la plus satisfaisante »191.
La comparaison entre les pays ne se fait pas au hasard et sans règles. « Il faut dès
le départ une orientation théorique »192 pour éviter de se perdre ou de s’égarer
dangereusement. Toute analyse doit être fondée sur la base des concepts
opérationnels. Une étude comparative est bien menée lorsque le chercheur utilise
« des concepts opérationnels, c’est-à-dire incisifs, orientés vers l’efficacité pratique
plus que vers la beauté abstraite ou la représentation philosophique »193. Sur ce
sujet, Kant disait : « les intuitions sans concepts sont aveugles, les concepts sans les
intuitions sont vides ». Je répète que le concept est cette abstraction intellectuelle
qui permet de généraliser et « généraliser, c’est gagner en capacité explicative ce que
l’on perd en précision »194. Ceci revient à dire que les concepts doivent non
seulement être bien choisis, mais ils doivent être clairs, (c’est-à-dire compris de la
même façon par tous) tout en étant abstraits. Il n’y a pas d’analyse comparative sans
concepts et « c’est avec de bons concepts qu’on ouvre les portes de la
186
Sur cette question, lire Julien Freund, Sociologie de Max Weber, op. cit., pp. 51-61.
187
Mattei Dogan et Dominique Pelassy, Sociologie politique comparative, op. cit., p. 21.
188
Se référer à Mattei Dogan et Dominique Pelassy, La comparaison internationale en sociologie politique,
Librairies Techniques (LITEC), 1980.
189
Mattei Dogan et Dominique Pelassy, Sociologie politique comparative, op. cit., p. 12.
190
Ibid., p. 19.
191
Ibid., p. 19.
192
Ibid., p. 25.
193
Ibid., p. 31.
194
Michel Bergès, « Les conflits paradigmatiques de la comparaison : science politique ou
sociologie historique ? », Revue internationale de politique comparée, vol., 1, no 1, avril 1994, p. 120, cité
par MamoudouGazibo et Jane Jenson, La politique comparée, op. cit., p. 19.
comparaison »195. Dans l’analyse scientifique, le chercheur « doit se garder de
l’impérialisme conceptuel, ce défaut qui pousse à tout expliquer en terme de
culture, de classe ou d’impérialisme »196.
11.5. Comparaison entre pays rapprochés versus comparaison entre pays éloignés
S’il est plus facile de comparer des pays rapprochés, le chercheur doit s’élever à
un haut niveau d’abstraction lorsqu’il compare des pays éloignés ou lorsqu’il
compare plusieurs pays, car les éléments qui sont déterminants dans le cas des pays
homogènes ne le sont pas nécessairement dans le cas des pays éloignés ou
multiples. Donc, plus les pays à comparer sont éloignés, contrastés ou multiples,
plus il est nécessaire de prendre de la hauteur. Il est parfois nécessaire de souligner
les exceptions notables et les cas déviants intéressants qui doivent être expliqués
davantage.
Les difficultés que peut rencontrer le chercheur qui compare les cultures sont
nombreuses parmi lesquelles il y a à signaler : l’extraction des données partielles
hors de leur contexte, car les cultures sont toujours perçues comme des ensembles
cohérents. Le chercheur ne doit pas comparer des structures ayant des fonctions
différentes. Exemple : vouloir comparer la culture politique des citoyens dans un
pays qui n’a qu’un parti politique avec la culture des citoyens dans un autre pays
dans lequel il y a plusieurs partis politiques ne rime à rien. Il faut également éviter
que les conceptions de l’une des parties – américaine ou européenne en
l’occurrence – ne serve de référence universelle197. A ce propos, Durkheim disait
que « tout sociologue doit chercher dans les structures et les processus sociaux
observables la clé des phénomènes qu’il étudie »198. Le chercheur ne peut pas perdre
de vues les données subjectives qui sont difficilement observables mais qui
appartiennent au réel et sans lesquelles il aurait peu de chance de mener une analyse
compréhensive199.
Il faut au départ délimiter ou « segmenter » la part du système politique et social
qui est soumise à la comparaison. Il faut ensuite choisir et préciser le nombre et le
genre des pays à inclure dans l’analyse. La limitation voire la délimitation de son
terrain ou de son champ d’investigation permet une meilleure analyse et elle permet
de rendre l’analyse fonctionnelle. Le chercheur peut aussi expliquer les raisons qui
l’ont conduit à choisir certains pays et pas d’autres. Le découpage en segments du
système est la voie normale de l’approche comparative.
195
Ibid., p. 33.
196
Ibid., p. 33.
197
Ibid., p. 63.
198
Ibid., pp. 63-64.
199
Ibid., p. 64. Sur l’approche de la sociologie compréhensive, lire Julien Freund, Sociologie de Max
Weber, op. cit., pp. 76-115.
Dans le but de maximiser les résultats de la comparaison et de faire en sorte que
ces résultats apparaissent dans leur plus grande clarté, le chercheur doit
« débroussailler le champ d’investigation au point que les variables étudiées
apparaissent quasiment dénudées »200. Ce sont les termes-clés de l’hypothèse qui se
transforment en variables. « Une variable est une caractéristique, un attribut ou
encore une dimension d’un phénomène observable empiriquement et dont la valeur
varie en fonction de l’observation. Ainsi la variable Sexe peut changer de valeur
selon que les individus observés sont de sexe masculin ou de sexe féminin ; de
même, la variable Age comporte une valeur qui ne sera pas la même pour tous les
individus observables »201.
206
Ibid., p. 121.
Chapitre XII : Comment concevoir un bon plan de rédaction
Vous avez fait le choix de votre cadre théorique, vous avez arrêté votre système
d’interprétation et d’explication, vous avez défini les idées essentielles, vous avez
une vraie thèse à défendre magistralement, la documentation solide est prête à
soutenir l’argumentation, vous avez déjà un bon plan de travail divisé en parties et
en chapitres, il est temps de penser à la rédaction de l’ensemble. Je répète que sans
une question de départ, sans problématique, sans hypothèses à vérifier, sans
documentation, sans plan détaillé de l’ensemble, il est inutile de vous lancer dans
une rédaction précoce car ce sera du temps perdu. Le premier plan détaillé, élaboré
à partir des hypothèses théoriques formulées, est toujours provisoire, il sera
remanié au fur et à mesure que le travail de réflexion et de rédaction avancera et au
fur et à mesure que le directeur de thèse apportera ses corrections et suggestions.
Avec le travail de rédaction, vous êtes arrivé à l’étape d’accouchement. Votre
« bébé » a atteint ses neuf mois. Il doit maintenant sortir du ventre. En d’autres
termes, vous êtes appelé à exposer les résultats de votre recherche. Mais avant de
vous lancer dans la rédaction, prenez quelques papiers et écrivez :
- le titre du mémoire ou de la thèse,
- les idées fortes à reproduire dans l’introduction,
- la question de départ,
- la problématique,
- les hypothèses,
- les variables,
- le titre et les idées fortes de chaque chapitre,
- les idées à reproduire dans la conclusion de chaque chapitre207,
- l’idée principale (fil rouge) à défendre,
- les idées fortes à reproduire dans la conclusion générale.
C’est seulement lorsque ce travail est fait – et bien fait – que vous allez
commencer à écrire votre mémoire ou votre thèse. Jamais avant. A partir de ce
moment, vous êtes certain d’aller jusqu’au bout sans vous essouffler en cours de
route.
Celui qui lit beaucoup trouve facilement les arguments car sa mémoire est
régulièrement entraînée à réfléchir. En plus, la documentation, si elle a été bien
préparée, aide à surmonter et à dépasser l’angoisse devant la page blanche.
Faites un effort pour équilibrer les chapitres. Par bon sens, vous ne pouvez pas
placer un chapitre de dix pages à côté d’un autre qui a quarante pages. Si vous avez
réuni une documentation qui donne lieu à un chapitre assez long, examinez la
possibilité de le scinder en deux sinon exploitez une partie de la matière dans un
autre chapitre. Les chapitres qui n’ont pas trouvé une documentation doivent être
enrichis par un travail supplémentaire de réflexion et de recherche tandis que le
chapitre pour lequel il n’a pas été possible de réunir une documentation suffisante
doit être supprimé et les arguments prévus pour ce chapitre doivent être exploités
ailleurs. S’il y a une matière de trop qu’il est difficile à insérer quelque part dans le
développement du mémoire ou de la thèse, ne vous faites aucun souci. Constituez
un dossier à part, vous pouvez publier un article dans une revue scientifique, sinon
vous intégrerez cette matière dans une publication future, après votre thèse.
A ce stade, c’est l’idée directrice, c’est-à-dire votre thèse – l’idée à défendre par
une démonstration magistrale – qui va être au centre de la réflexion ; c’est elle qui
va guider la rédaction. Pensez constamment à établir un lien entre la question de
départ, la problématique, le développement de cette idée directrice et la conclusion.
Dans le plan de travail, vous avez présenté le cadre théorique pour annoncer
votre thèse. Vous avez fait une large investigation pour rappeler et élargir votre
champ de recherche. Dans le plan de rédaction, vous devez, dans l’exposition des
idées, faire absolument la démonstration de l’originalité de votre travail, c’est-à-dire
207
« Il est conseillé à l’étudiant de rédiger, à la fin de chaque chapitre ou section, de petits
résumés ou rappels des principales idées avancées, des résultats obtenus ou de ses apports sur
tel ou tel point de la théorie et de l’observation. Il s’agit de guider le lecteur en lui rappelant ce
qu’il doit retenir. Puis, par la formulation d’une question ou d’une nouvelle hypothèse lui
montrer les prémisses d’un raisonnement qui se prolongera dans la section, le chapitre ou la
partie qui suit », inSophie Boutillier, Alban Goguel D'Allondans, Nelly Labère et Dimitri
Uzunidis, op. cit., p. 75.
défendre votre thèse en fournissant des idées fortes (développées dans les
différents chapitres) qui répondent à la question de départ. Le raisonnement doit
couvrir l’ensemble de l’argumentation sur la thèse. La démonstration doit être bien
construite, appuyée par des arguments et des citations. Vous devez parvenir à
capter l’intérêt du lecteur et à convaincre. Aucune question ne doit rester en
suspens. Les titres des chapitres doivent être courts, clairs et incitatifs (c’est-à-dire
qui invitent à la lecture). Si vous parvenez, à travers les différents arguments à
l’appui de votre thèse, à convaincre votre directeur de thèse, soyez sûr que vous
obtiendrez une bonne note. Mais si votre directeur hésite, ne trouve pas
d’innovation ou d’avancées significatives et vous demande de revoir vos idées,
d’améliorer votre argumentation et d’approfondir la réflexion, vous êtes mal parti.
Certes, rien n’est encore perdu mais c’est le moment de vous arrêter, de mûrir la
réflexion avant de vous relancer dans la rédaction. Il faut peut-être discuter avec
quelques spécialistes dans votre domaine.
12.3. C’est dans la rédaction de la thèse que l’on juge la capacité d’un thésard
C’est au pied du mur que l’on juge le maçon, de la même façon, c’est dans la
rédaction de sa thèse que l’on juge la capacité du thésard. Si le plan a été mal conçu
au départ, la maison sera mauvaise. Si le maçon n’est pas un virtuose dans son
métier, les murs seront en pente et les experts (lecteurs pour la thèse)
n’apprécieront pas, ils critiqueront sévèrement l’œuvre dans son ensemble. Ecrire
une thèse ressemble à la construction d’une maison. Il faut garder cette
représentation à l’esprit afin qu’elle vous guide tout au long de votre recherche.
Après avoir constitué la documentation et une base de données qualitatives
et/ou quantitatives, après avoir établi des fiches de lecture selon l’évolution du plan
de rédaction, après avoir rédigé le plan détaillé, il est temps de vous lancer enfin
dans la rédaction proprement dite. Mais, prenez soin de définir la mise en page, le
format, le mode des notes de bas de page. Soyez prudent quant à l’usage des notes
de bas de page. Ni trop, ni moins, mais le juste milieu. Trop de citations nuit à
l’originalité du travail. Moins de citations montre le degré de paresse du chercheur
et un manque de preuve que ses idées sont soutenues par des chercheurs
confirmés. Cela entame « la crédibilité de l’ensemble du travail »208. Pour une raison
d’honnêteté intellectuelle, n’oubliez pas d’indiquer vos sources avec précision. Cela
facilite le contrôle. Les citations ne doivent pas casser le rythme de votre
démonstration. C’est pour quoi, elles ne doivent pas être trop longues. Les notes de
bas de page servent aussi à présenter des commentaires qui risquent d’alourdir
inutilement le texte mais qui apportent une information supplémentaire utile au
débat.
208
Michel Beaud, op. cit., p. 87.
12.4. La bonne manière de citer et d’indiquer les notes de bas de page
Toute idée empruntée aux autres doit être mise entre guillemets. Dans la mesure
du possible, indiquez les citations de première main, c’est-à-dire les ouvrages
d’origine. Lorsque vous citez pour la première fois, vous êtes obliqué d’indiquer le
prénom et le nom de l’auteur, le titre de l’ouvrage en italique, le lieu de publication,
la maison d’édition, l’année de publication et la page où se trouve l’information.
Lorsque vous citez une deuxième fois le même auteur sur la même page209, mettez
Idem et après Ibid. Si, plus loin, vous devez citer le même auteur et le même livre,
mettez op. cit., en italique après le prénom et le nom de l’auteur, puis ajoutez la
page210. Si l’auteur est le même mais le titre de l’ouvrage change, citez correctement
en indiquant en italique le nouveau titre. Pour un article, on met l’intitulé (titre)
entre guillemets, le nom de la revue en italique (voir infra). Le nom de l’auteur peut
être celui d’un organisme. Par exemple : PNUD, Banque Mondiale, Banque
nationale de Kinshasa, etc. S’il s’agit d’une enquête sur le terrain, indiquez le nom
de la personne (son autorisation est requise) de qui vous avez reçu l’information et
le lieu où elle a été recueillie. Dans le corps du texte, les renvois se font avec supra
qui signifie voir plus haut et infra voir plus bas. Ces deux termes latins sont toujours
en italique. Leur usage ne doit pas être exagéré, autrement on se perd. Toujours
dans le corps du texte, évitez de vous perdre dans des numérotations quantitatives
ou chiffrées qui risquent d’embrouiller le lecteur et lui faire oublier le fil des idées.
La locution sic se met entre parenthèses à la suite d’une expression ou d’une phrase
citée pour souligner qu’on cite textuellement, si étrange que paraissent les termes.
Certains logiciels de traitement de texte ont des fonctions pratiques comme la
correction automatique, la définition de l’en-tête et du pied de page, la fonction de la
« Table des matières », etc. Activez ces commandes si vous avez choisi d’utiliser un
ordinateur pour rédiger votre travail de recherche. Il est plus avantageux d’utiliser
un tel outil que de rédiger votre travail à la main211.
Si vous avez choisi de rédiger votre thèse en utilisant l’ordinateur, prenez
l’habitude de sauver régulièrement le fichier et le garder à deux ou trois
endroits différents : un support interne et un ou deux support(s) externe(s). En cas
209
La première fois que l’on cite un auteur, on doit produire une note de bas de page complète. Si
on doit citer tout de suite après le même auteur et le même ouvrage, on utilise la locution Idem,
puis Ibidem. On emploie Id. après avoir employé Idem auparavant et Ibid. après avoir employé
Ibidem. Lorsque le passage se trouve dans différents endroits dans le même livre, on écrit : p. 47 et
passim.
210
Si la nouvelle citation d’un auteur est décalée par rapport à la précédente, on reprend la
référence, par exemple FweleyDiangitukwa, La thèse du complot contre l’Afrique. Pourquoi l’Afrique ne
se développe pas, op. cit. p. 256.
211
C’est non seulement fastidieux mais en plus en choisissant ce mode, on devient dépendant de
la personne qui va saisir le manuscrit et vous serez amené à relire le texte pour découvrir les mots
mal écrits et/ou les passages omis par celui qui a saisi votre travail. Un cours accéléré en
informatique, spécialement dans l’utilisation d’un traitement de texte, comme Word, ne vous fera
pas de mal. Au contraire, il ne vous fera que du bien car il vous permettra de gagner énormément
du temps.
de panne ou d’un virus, vous ne regretterez pas d’avoir perdu, en l’espace d’une
fraction de seconde, l’effort de deux ans, trois ou quatre ans de travail.
12.5. La qualité d’un mémoire ne se trouve pas dans le nombre de pages mais dans la profondeur
de la recherche
Ce n’est pas le nombre de pages qui fait le sérieux de la thèse mais sa profondeur
et la qualité de la méthodologie choisie. « C’est la qualité de la thèse que l’on juge,
en fin de course, non pas le temps de travail passé ni la bonne volonté de
l’étudiant »212. On a vu des thèses denses, voire très denses, obtenir la mention
« Passable » ou « Honorable » et des thèses modestes être bien notées. Ni trop
volumineux (cela dissuade le lecteur) ni trop maigre (le thésard risque d’être qualifié
de paresseux), le volume moyen d’une thèse, en sciences sociales, tourne autour de
350 et 500 pages.
Retenez un format de page standard : 2,5 cm en haut, en bas, à gauche et à
droite. Quant au caractère, choisissez de préférence Times New Roman 12 et
l’interligne 1,5 afin d’aérer le texte et de permettre au lecteur (chaque membre du
jury) de pouvoir noter des observations et des remarques.
L’idée principale à défendre (c’est-à-dire la thèse elle-même) est démontrée dans
la partie réservée au développement. « Le plan de rédaction, lui, sera l’armature
cohérente du raisonnement construit qui portera le texte de la thèse, raisonnement
qui impliquera le plus souvent une recomposition de la matière travaillée pour
apporter une réponse à la question principale »213. Il faut donc accorder beaucoup
d’importance à l’organisation du plan de rédaction qui est annoncé à partir de la
question principale.
Quant au style de rédaction, ne vous cassez pas trop la tête. La thèse n’est pas
une oeuvre littéraire ou artistique. Vous avez lu deux à trois bonnes thèses avant de
vous lancer dans la recherche documentaire. Imitez ce style. En règle générale, le
style doit être simple et précis, rendant les idées accessibles à un public d’initiés.
« La simplicité du style et la clarté de la rédaction facilitent l’exposé et la lecture des
idées avancées »214. Utilisez donc des phrases courtes et un vocabulaire clair. Ne
jamais utiliser des mots dont le sens étymologique n’est pas bien compris. « Les
verbes sont au passé dans les parties descriptives et au présent pour tous les faits
acceptés [évidence] par la communauté scientifique »215. Chaque mot utilisé doit
avoir la même signification et la même compréhension chez chaque lecteur. Un
mémoire ou une thèse de doctorat s’écrit à la troisième personne du singulier.
212
Michel Beaud, op. cit., p. 21.
213
Ibid., p. 60.
214
Sophie Boutillier, Alban Goguel D'Allondans, Nelly Labère et Dimitri Uzunidis, op. cit., p. 74.
215
Medzegue M'Akuè Joël-Jadot, op. cit., p. 85.
Toutefois, les affirmations peuvent être avancées en utilisant le « nous » de majesté.
Evitez l’utilisation de « on » à cause de l’imprécision que ce pronom indéfini
introduit dans le travail.
216
Michel Beaud, op. cit., p. 71.
Chapitre XIII : Comment écrire la conclusion
13.1. La conclusion reprend les idées principales développées dans le mémoire ou dans la thèse
217
GeorgetaCislaru, Chantal Claudel et Monica Vlad, L’écrit universitaire en pratique, Bruxelles,
éditions De Boeck, 2009, p. 117.
13.2. Lecture et relecture du manuscrit
Si une thèse n’est pas une oeuvre littéraire, un bon mémoire ou une bonne thèse
doit être bien rédigé(e) et bien présenté(e), sans faute de frappe, d’orthographe ou
de grammaire. Prenez soin de relire régulièrement, et même religieusement, votre
travail. A part votre directeur de thèse, trouvez au moins un expert dans votre
domaine avec qui vous pourriez échanger de temps en temps sinon de temps à
autre.
Rappel : la commande « orthographe » permet de corriger les mots mal écrits.
Quant à la correction des fautes de grammaire, c’est votre responsabilité.
A la fin de la rédaction, trouvez un lecteur extérieur (un correcteur
professionnel) qui maîtrise la langue et qui lira votre travail avec l’objectif de
corriger les fautes et de se prononcer sur la cohérence des idées. Il y aura ainsi trois
avis : le vôtre, celui de l’expert que vous consultez et celui du lecteur-correcteur. Si
celui-ci ne se substitue pas à vous, il vous aide à présenter un travail propre sur le
plan de la forme. A force d’être plongé dans le texte, on ne voit plus les fautes de
grammaire, d’orthographe et de frappe. On lit les mots tels qu’ils sont inscrits dans
le cerveau. Les lecteurs externes vous aideront à prendre une certaine distance vis-
à-vis de votre texte.
Pendant le travail de lecture et relecture, il faut non seulement corriger les fautes
mais il faut, en plus, retravailler les passages incertains, supprimer les répétitions des
idées au niveau de la démonstration et des analyses théoriques et factuelles. Il faut
revoir la longueur des phrases, se prononcer sur l’équilibre entre les parties et les
chapitres, vérifier que les numéros des pages indiquées sur la table des matières
correspondent correctement aux pages intérieures. La bonne relecture se fait dans
le calme, avec un esprit critique. Il faut garder une certaine distance vis-à-vis du
texte. Cela devient possible si on laisse reposer le texte pendant quelque temps
avant de se lancer dans la relecture qui sert à améliorer l’ensemble du travail. Soyez
donc rigoureux car vous êtes appelé à présenter un travail aussi parfait que possible.
Retravaillez les passages qui ne vous donnent pas satisfaction.
Chapitre XIV : Comment présenter la table des matières
Les titres et les sous-titres doivent être lus et relus avec une très grande attention.
Ils ressemblent à la porte d’entrée du salon et des chambres. Chaque titre doit
exprimer l’idée essentielle contenue dans la partie ou dans le chapitre qu’il annonce.
Il doit être court, précis et concis. N’hésitez jamais à changer les titres qui ne vous
donnent pas satisfaction. Si vous le faites, changez également ces titres à l’intérieur,
dans le corps du texte. Les meilleurs titres sont ceux qui sont parlants. Dans un
travail de fin d’études ou une thèse de doctorat, la table des matières doit être
considérée comme la 4e page de couverture d’un ouvrage. Elle permet au lecteur de
se faire une idée générale du contenu. Au-delà, il permet d’aller chercher
rapidement une information à l’intérieur du travail sans tout lire. Si elle est mal
présentée ou si elle est bâclée, le lecteur se fait vite une mauvaise idée de
l’ensemble. Une table des matières bien présentée sauve en partie le contenu, mais
jamais en totalité car l’inverse est aussi possible. On peut présenter une très bonne
table des matières et avoir un travail négligemment fait ou bâclé. Pour être
complète, la table des matières doit contenir des parties divisées en chapitres, une
conclusion, une bibliographie et, selon le cas, une annexe ou des annexes. S’il y a
une liste des abréviations qui a été prévue, indiquez-la.
14.2. Actionnez la fonction « Table des matières »
La fonction « Table des matières » dans les logiciels actuels facilite le travail. Il
suffit de définir les éléments qui doivent être pris en compte et l’endroit où il faut
faire figurer cette table des matières. L’ordinateur fait le reste.
Chapitre XV : Présentation du manuscrit final au directeur
La présentation finale doit être soignée. Le texte doit être aéré et les phrases
claires et précises. Certains directeurs conseillent de garder une page entière pour
annoncer les parties et les chapitres. Utilisez la même police du début à la fin. Si le
corps de texte est saisi avec 12, utilisez le 16 en gras (et en lettres capitales) pour les
parties et le 14 également en gras pour les chapitres. Vous pouvez mettre en italique
les termes en langue étrangère. Les pages doivent être pleines, c’est-à-dire justifiées
à gauche et à droite. Si vous utilisez Times New Roman 12 pour le corps de texte,
utilisez alors 10 pour les notes de bas de pages. Prévoyez une différence de 2.
Préférez les notes de bas de page218 qui figurent sur chaque page plutôt que celles
qui sont placées à la fin de chaque chapitre ou à la fin du mémoire. Ce genre de
présentation crée un va et vient qui dissuade vite le lecteur. En plus, le contrôle
n’est pas facile avec cette façon de procéder.
Lorsque vous avez lu et relu la totalité du travail, relisez en dernier lieu
l’introduction, la partie réservée à la validation de la thèse, la conclusion de chaque
chapitre et la conclusion générale pour savoir si tout se tient, s’il y a une cohésion
entre les parties. Vous devez maintenant être capable de ressortir les grandes idées
que vous avez défendues et « le fil conducteur du raisonnement construit qui porte
votre thèse »219.
218
Les notes de bas de pages doivent être courtes et, présentées sous forme d’éclaircissement ;
elles doivent servir uniquement à soutenir les idées défendues dans la thèse.
219
Michel Beaud, op. cit., p. 153.
15.2. Suggérez le nom d’un professeur que vous connaissez dans la composition du jury
La composition des membres du jury est une affaire de votre directeur ou,
suivant les universités, elle est une affaire de la faculté. Toutefois, vous pouvez
suggérer un nom et, s’il y a un membre qui peut vous être visiblement nuisible pour
des raisons extérieures au travail de recherche (règlement de compte par exemple),
parlez-en à votre directeur de thèse. S’il y a un membre du jury qui est réputé
recaler régulièrement les étudiants pour des raisons inconnues220, parlez également
de ce détail avec votre directeur. Préférez un jury composé de professeurs dont les
compétences sont reconnues plutôt qu’un jury de complaisance. Les professeurs
qui jouissent d’une grande réputation peuvent vous établir des recommandations
qui pourront vous ouvrir des portes dans le monde du travail.
Votre travail est bien fini, votre directeur l’a lu et vous a donné le feu vert pour
préparer la soutenance, les rapporteurs ont déposé leurs rapports et acceptent que
la thèse puisse être admise à la soutenance publique, réjouissez-vous. Mais vous
n’êtes pas encore « docteur » et vous n’êtes pas encore au bout de vos efforts. La
date sera bientôt affichée à la faculté et peut-être annoncée dans les journaux, il est
temps de préparer la page de couverture qui doit contenir en haut le nom de
l’université, l’intitulé de la faculté qui va vous décerner le prestigieux titre de
« diplômé » ou de « docteur ». Au milieu de la page, écrivez en lettres capitales et en
gras le titre exact de votre mémoire ou de votre thèse. Ce titre est suivi de la
mention « Mémoire de diplôme présenté par…. » ou « Thèse de doctorat présentée
et soutenue publiquement par… » (votre prénom et votre nom) pour l’obtention
du titre de « docteur ès... ». En bas, vous notez le prénom et le nom de votre
directeur et des autres membres composant le jury, puis la date de présentation ou
de soutenance, en précisant le mois et l’année de l’établissement définitif du texte
ou de la soutenance. Le tout doit être centré.
Suivez ensuite les exigences de la faculté sur le nombre d’exemplaires à déposer.
Conseil pratique : organisez une fausse soutenance avec un groupe de chercheurs
et d’amis compétents dans votre domaine de recherche. Cette expérience vous sera
très utile car elle permettra d’avoir confiance en vous, de prévoir des questions
éventuelles. Demandez au groupe de chercheurs et d’amis d’être exigeants et
sévères à votre égard.
220
Il garde peut-être un mauvais souvenir de sa propre soutenance de thèse et cherche à se venger
sur les autres.
Chapitre XVII : Ecrire les remerciements et préparer la soutenance
17.1. Prenez soin de lire les travaux des membres du jury en rapport avec le sujet de mémoire
Vous êtes presque arrivé à la fin de votre peine. Faites attention à tout et au
moindre détail. Soignez votre prestation orale et vestimentaire. Prenez le temps
221
Evitez des mouvements corporels incontrôlés, la nervosité. Ne soyez pas continuellement sur
la défensive. Acceptez les remarques puis défendez vos arguments. Montrez que c’est vous qui
avez travaillé sur le sujet et c’est encore vous qui le maîtrisez mieux que quiconque. Ne croisez
pas constamment les bras pendant la soutenance, ne gardez pas constamment la tête baissée.
Quand vous parlez, fixez du regard les membres du jury (pas uniquement votre directeur de
thèse). Ne grattez pas constamment la tête ou le nez et ne tirez pas vos oreilles. Ne bougez pas
inutilement vos jambes. En revanche, souriez lorsque cela est nécessaire. Penchez-vous en avant.
Remerciez avant de répondre même si la remarque est démoralisante. Appuyez parfois vos
réponses par un geste de la main. Vous trouverez un résumé des attitudes et gestes à ne pas
afficher ou à afficher lors de la soutenance dans le livre de Medzegue M'Akuè Joël-Jadot, op. cit.,
pp. 128-129 et passim.
222
La présentation doit être magistrale (un coup de maître).
d’écouter attentivement les membres du jury. Répondez méthodiquement à leurs
questions sans vous perdre dans les détails et sans polémiquer face à leurs critiques
même si elles sont exagérément sévères. Défendez-vous avec assurance et ne vous
laissez pas emporté par la provocation.
Généralement les trois ou quatre membres du jury se répartissent le rôle : un
critique sévèrement, le directeur défend son étudiant et un troisième fait la
modération ou deux critiquent, un modère et le directeur défend. Le but est de
tester la capacité de l’étudiant à défendre sa thèse. Il ne faut pas se mettre en
position d’incapacité à défendre ses propres idées. Même s’il faut quelquefois
reconnaître les faiblesses et les erreurs que soulèvent les membres du jury, il est
important de clarifier les éventuels malentendus, d’expliquer les incompréhensions,
de préciser les arguments des auteurs consultés et vos propres arguments que vous
avez défendus dans la thèse. Vous devez insister sur les points forts de votre travail,
en montrant comment vous avez contribué à une meilleure compréhension du
problème traité dans votre mémoire ou votre thèse.
Les résultats viennent d’être proclamés. Vous avez fini avec mention : saluez le
directeur et les membres du jury. Remerciez-les encore et invitez-les à partager un
verre de champagne ou à la fête si cela a été prévu, même si, traditionnellement, ils
déclinent l’offre.
Vous avez franchi une très importante étape mais ne prétendez pas être le plus
intelligent dans votre domaine de recherche. Soyez humble et modeste et souvenez-
vous de cette pensée : « la prise de conscience de ce que l’on ne connaît pas est une
dimension essentielle de la connaissance »223. J’affirme : plus on apprend, plus on
découvre qu’on ignore beaucoup et plus on cultive l’envie de savoir davantage.
Voilà pour quelle raison les philosophes et les savants (ceux qui savent) sont des
gens humbles. L’orgueil est un comportement qui est propre aux demi-lettrés et
aux personnes peu cultivées qui se déclarent, souvent publiquement et facilement,
être des intellectuels sans attendre que les autres reconnaissent ce qu’ils sont.
Ceux qui savent disent publiquement qu’ils ne savent pas et ceux qui savent peu
disent orgueilleusement qu’ils savent. N’oubliez jamais que les personnes qui n’ont
pas suffisamment étudié détiennent un savoir du terroir que vous ignorez et dont
vous pourrez un jour avoir besoin. Avec votre nouveau diplôme, vous ne devenez
pas la lumière du monde. Ne soyez donc pas hautain mais humble et partagez vos
connaissances en toute modestie afin de participer à l’avancement de la
connaissance universelle.
Enfin, c’est votre dernier jour à l’université en tant qu’étudiant, vous êtes
maintenant docteur. Soyez le bienvenu dans le petit cercle des docteurs ès quelque
chose.
223
Michel Beaud, op. cit., p. 176.
Pour être professeur à l’université, il faut avoir défendu une thèse avec mention.
C’est une preuve que le candidat a déjà mené à bien une recherche qui a été
appréciée par un jury scientifique.
Après la soutenance :
- relisez attentivement le travail en introduisant les modifications demandées par les
membres du jury ;
- obtenez l’autorisation du directeur de thèse avant de déposer les exemplaires à la
faculté ;
- obtenez l’autorisation (et le financement) avant de publier votre thèse si elle a été
primée.
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