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AGROECOLOGIE

Guide d'agroécologie

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ouattara bourahima
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Territoires et agroécologie

Pour une transition


agroécologique dans
les territoires soumis
à la désertification
Proposition d’une démarche
d’accompagnement

Décembre
2015 publication du Groupe de Travail Désertification
La transition agroécologique dans les territoires
soumis à la désertification :
Proposition d'une démarche d'accompagnement
Auteurs : Marion Finet et Adeline Derkimba (CARI)
Coordination de la rédaction et de l’édition : Adeline Derkimba (CARI)

Le Groupe de Travail Désertification (GTD) est une plateforme française d’acteurs mobilisés
dans le domaine de la lutte contre la désertification. Il trouve sa force dans la diversité
des profils de ses membres : ONG, acteurs professionnels agricoles, scientifiques,
collectivités locales, acteurs du secteur privé, mais aussi dans le lien étroit qu’il a tissé
et qu’il entretient avec les décideurs politiques français (MAEDI, MEDDE).
Tous ont comme point commun d’intervenir au moins pour une partie de leurs activités sur le
thème du développement des zones arides, de la restauration des terres et des alternatives
possibles face à la dégradation des ressources naturelles et économiques dans ces zones.

Le GTD favorise le renforcement de capacité de ses membres et constitue une force


collective dans les actions de plaidoyer en vue d’influer sur les décisions politiques.

[Link]
Le GTD est un réseau coordonné par le CARI 12
rue du courreau 34380 Viols le Fort - France
+33(0)4 67 55 61 18 - info@[Link]

Photo de couverture : CARI


Photos de la quatrième de couverture : CARI
Iconographie : Photos prises dans le cadre des projets d’Agrisud International, d’AVSF,du
CARI, de Danaya, d’Eau Vive, d’Etc Terra, du GRET et de Terre et humanisme
Maquette et mise en page : Renaud Bevia
Relecture et corrections : Géraldine Allemand, Georges Buttet, Antoine Cornet,
Patrice Burger et Jean-Baptiste Cheneval
Impression : Imp’Act imprimerie, 34980, Saint Gély du Fesc
Editions CARI 2015
Centre d’actions et de réalisations
internationales 12, Rue du Courreau
34380 Viols Le Fort, France
Tél : +33 4 67 55 61 18
Fax : + 33 4 67 55 74 37
Mail : contact@[Link]
Site : [Link]

"Pour une transition agroécologique dans les territoires soumis à la désertification - Proposition d’une démarche
d’accompagnement" de Marion Finet et Adeline Derkimba, Groupe de Travail Désertification, est mis à disposition
selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Partage dans les Mêmes Conditions 3.0 non transposé.
Les autorisations au-delà du champ de cette licence peuvent être obtenues à [Link].
Nous voulons remercier ici tous ceux qui, de près ou de loin, ont contribué
à ce travail, dont :
• Les membres du GTD qui ont passé du temps dans des
discussions souvent passionnées ;
• Les personnes qui se sont impliquées dans la rédaction des fiches outils ;

- Sylvain Berton, Ivonig Caillaud et Elphege Ghestem-Zahir (Agrisud),


- Gauthier Ricordeau (AVSF),
- Christophe Brossé (CARI),
- Antoine Cornet (CSFD),
- Bernard Terris (Danaya),
- Christian Houdus (Eau Vive),
- Clovis Grinand et Virginie Rogez (Etc Terra),
- Pierre Ferrand (GRET),
- Pierre-François Pret (Terre et Humanisme)

Notre reconnaissance va également à tous ceux qui ont réfléchi, écrit ou


mis en œuvre l’agroécologie et dont le contenu s’est inspiré.

Ce document a été réalisé avec le soutien :


• du Ministère de l’Ecologie, du Développement Durable et de l’Energie
• du Ministère des Affaires Etrangères et du Développement International.
Les points de vue et exposés de ce document reflètent uniquement l'opinion du Groupe de Travail
Désertification et ne sauraient être considérés comme une position officielle des institutions partenaires.

Avec la contribution de :
Sommaire
Territoires et agroécologie
Introduction - Une réflexion sur les territoires et l’agroécologie :
continuité et aboutissement d’un travail collectif 6

Partie 1 - L’agroécologie comme levier de développement dans les territoires 9


1 Les enjeux de la lutte contre la désertification dans les régions à fortes
contraintes hydriques 9
1.1 Des enjeux en termes de démographie et de sécurité alimentaire 10
1.2 Des enjeux en termes de temporalité 10
1.3 Des enjeux en termes d'espace 11

2 Le territoire : une échelle pour comprendre et agir 12


2.1. Du territoire aux territoires : pertinence d’une approche systémique 12
2.1.1 Il n’existe pas un, mais des territoires ! 12
2.1.2. Le territoire en tant que système 13
2.2. Interrelations entre territoire et agroécosystèmes dans une démarche de
développement territorial 14
2.2.1 Pratiques / Ecosystèmes 14
2.2.2 Ecosystèmes / Acteurs 15
2.2.3 Acteurs / Pratiques 15
2.2.4 Identifier les effets de l’approche territoriale sur les agroécosystèmes pour
envisager un développement territorial durable 16

3 L’agroécologie dans les territoires : un levier pour l’action 17


3.1 L’agroécologie : rappels sur l’évolution d’un concept 17
3.2 La pertinence de l’agroécologie à l’échelle des territoires 18
3.2.1 L’agroécologie dans le champ environnemental 18
3.2.2 L’agroécologie dans le champ économique 19
3.2.3 L’agroécologie dans le champ social 20
3.3 Les caractéristiques des projets agroécologiques dans les territoires 21
Pour conclure… 24

Partie 2 - Construire et conduire une dynamique d’action 27


4 Construction d’une démarche agroécologique dans les territoires 29
4.1 Définir le territoire du projet 29
4.1.1 Le territoire de projet, de quoi parle-t’on ? 29
4.1.2 Comment choisir le territoire de projet ? 30
4.2 Choisir les acteurs à mobiliser 32
4.2.1 Des acteurs et des organisations sur le territoire 32
4.2.2 Des rôles spécifiques pour chaque acteur au service du projet 33
4.2.3 Les interactions entre acteurs 34
4.2.4 Comment choisir les acteurs 34
4.3 Intégrer la démarche de transition agroécologique dans les territoires 35
4.3.1 Utiliser les savoir-faire locaux 36
4.3.2 Disposer d’une vision dynamique/évolutive sur les ressources naturelles
et comprendre l’organisation de l’espace 37
4.3.3 Caractériser les modes de production vers l’intensification agroécologique 37
4.3.4 Repérer les interactions sylvoagropastorales 38
4.3.5 Caractériser les vulnérabilités des systèmes environnementaux,
économiques et sociaux 38

4
5 Conduite de la démarche agroécologique dans les territoires 39
5.1 Favoriser une compréhension holistique partagée des enjeux au service d’un
Territoires et agroécologie diagnostic territorial 40
5.2 Susciter l’intérêt agroécologique en minimisant les risques et en créant un
contexte favorable pour apprendre 42
5.2.1 Les processus de démonstration technique 42
5.2.2 Les processus de démonstration technique et économique 44
5.2.3 La mise en réseau des acteurs 45
5.3 Aider à la transition agroécologique 46
5.4 Favoriser l’insertion du modèle agroécologique au sein de filières locales 48
5.4.1 Apporter de la valeur ajoutée aux produits 49
5.4.2 Sécuriser les rapports marchands 50
5-4.3 Sécuriser la qualité collectivement 51
5.5 Intégrer et contribuer à orienter les pouvoirs publics locaux 52
5.6 Mobiliser la recherche-développement pour accompagner la transition 55
Pour conclure 57

Perspectives ouvertes pour l’action 58

Acronymes et abréviations 59

Pour en savoir plus 60

5
Une réflexion sur les territoires
et l’agroécologie : continuité et
Territoires et agroécologie

aboutissement d’un
travail collectif
Le Groupe de Travail Désertification (GTD) est engagé depuis 2001 sur le sujet de la désertification
et de la dégradation des terres. En 2009 le GTD a réédité un document de référence Désertification :
repères pour comprendre et agir, afin d’orienter les acteurs du développement dans la compréhension et
la mise en œuvre d’actions pour répondre à ce phénomène, dans le cadre de la Convention des Nations
Unies de Lutte contre la Désertification. La désertification, un processus complexe, aux multiples
dimen-sions (climatiques, biophysiques et sociales), conduit à la fois à une baisse de la productivité du
milieu naturel et à la péjoration des conditions de vie des sociétés humaines. Les conséquences de la
désertifi-cation impliquent une intervention à la fois sur la prise en compte des équilibres
écosystémiques et sur les capacités de résilience des populations concernées. L’agroécologie est dans ce
cadre considérée par le GTD comme un levier possible d’action.
En 2013, le GTD publie un nouveau document intitulé : "Agroécologie, une transition vers des modes de
vie et de développement viables", dans lequel l’agroécologie apparait telle qu’elle est pratiquée et vécue dans
les pays par ceux qui l’ont adoptée. Les remarques apportées dans cet ouvrage conduisent à penser que,
malgré certaines faiblesses et quelques insuffisances internes, l’agroécologie est en effet un moyen par
excellence pour lutter durablement contre la dégradation de l’environnement, pour réduire la pauvreté et
l’impact des crises alimentaires dans le monde. Il en ressort une vision engageante de l'agroé-cologie qui
présuppose d’envisager une véritable transition en termes de développement agricole, parti-culièrement dans
les territoires soumis à la désertification. Cette transition est possible dans la mesure où l’agroécologie
prévoit de considérer l’activité agricole dans son ensemble selon une approche systémique, socio-
économique et englobante. Une telle application suggère la mise en place de processus collectifs de
négociation, de coordination, d’élaboration de projets ou de compromis.

Niger © Eau Vive 2005

6
Le GTD considère le territoire comme un espace pertinent pour la lutte contre la désertification et la
dégradation des terres. En parallèle, l’agroécologie apporte des réponses particulièrement adaptées aux
contraintes rencontrées en milieux à fortes contraintes hydriques (GTD/CARI, 2013). L’ensemble des membres
la
du GT D s’est donc engagé dans réalisation d’un chantier thématique visant à favoriser une approche du
développement des territoires à travers les principes de l’agroécologie. Ce chantier, concrétisé ici par la
production de ce guide d’accompagnement, n’a pas pour objectif de rester centré sur la diffusion de bonnes
pratiques à l’échelle des territoires, mais bien celui de proposer une démarche spécifique, s’appuyant sur les
principes de l’agroécologie pour repenser le développement des territoires en zone sèche.
Ce document propose ainsi une base d'informations permettant de clarifier des concepts clefs et de d
éterminer les voies possibles d'engagement pour favoriser la transition agroécologique dans les territoires. Pour
ce faire, il s’appuie sur des éléments bibliographiques (scientifiques et techniques) et sur la capitalisation
d’expériences des partenaires du GTD, à partir de projets se rapportant à la thématique. Ce qui en ressort résulte
d’une réflexion menée à partir des élé-ments relatifs aux différentes visions partagées actuellement par les
membres du GTD. Il se veut un point d’étape des discussions sur l’association des notions de territoire et
d’agroécol ogie et est destiné aux acteurs du dév eloppement déjà engagés dans une démarche agroécologique et
qui souhaitent s’investir pour aller plus loin dans les processus de transition.
Ce guide est con struit en deux temps : com ment comprendre et justifier une approche agroécologique à
l’échelle des terri toires dans les régio ns soumises à la désertification ? Et comment const ruire et conduire une
démarche agroécologique intégrée à cette échelle?

Sénégal © Agrisud 2014

7
L’agroécologie comme
levier de développement
PARTIE 1

dans les territoires


Le processus de désertification se définit comme la dégradation des terres dans les zones
arides, semi-arides et sub-humides sèches par suite de divers fact eurs, parmi lesquels les
variations cli-matiques et les activités humaines (UNCCD). La désertification désigne ainsi
le déclin irréversible ou la destruction du potentiel biologique des terres et de leur capacité à
1
supporter ou à nourrir les populations (CSFD ).
La désertification et ses victimes (UNCCD)

• 1.5 milliards de personnes dans le monde sont touchées par la désertification,


• 110 pays sont concernés sur tous les continents du monde
• 74% des plus démunis sont directement touchés à l’échelle mondiale, y
compris des agriculteurs qui souffrent de la faim,
• d’ici à 2020, près de 60 millions de personnes auront quitté les zones désertifiées de
2
l’Afrique Subsaharienne pour des raisons économiques .
Les phénomènes de désertification entrainent de graves problèmes sur les agroécosystèmes en
altérant les conditions de culture, la production et les revenus des paysans (Lazarev, 2009). La
désertification menace ainsi la sécurité alimentaire des zones affectées, dans la mesure où le
fonc-tionnement des agro-systèmes a un impact direct sur la production alimentaire des
populations pay-sannes. Selon une étude présentée lors d'une conférence de l'ONU à Bonn, en
avril 2013, jusqu'à 5 % de la valeur de la production agricole mondiale est perdue chaque année,
soit environ 450 mil-liards de dollars (340 milliards d'euros), à cause de l a désertification et de la
3
sécheres se, rendant les sols incultivables .
1. Les enjeux de la lutte contre la désertification dans les
régions à fortes contraintes hydriques
La désertification, a pour conséquence une réduction de la matière organique des sols, ce qui
entraine à l’échelle globale une augmentation des émissions de carbone provenant du sol (Turbé et
autres, 2010) et donc participe à l’amplification des phénomènes liés au changement climatique.
Réciproquement, le c hangement climatique, par l’ augmentation des évènement s ext rêmes (ex :
sècheresses, pluies diluviennes), favorise la désertification et la dégradation des sols par l'érosion
hydrique et éolienne (UNCCD, 2012). Mais si le réchauffement climatique concourt à la dégrada-tion
des terres, il ne faut pas oublier que le type de modèle agricole peut constituer également un facteur
aggravant des processus de désertification. Dufumier (2009) nous rappel le que certaines formes
d'agricultures pratiquées actuellement ont un impact négatif sur l'environnement. A titre d'exemple,
l'élargissement et l ’intensification des surfaces culti vées ou pâturées encouragent la déforestation, la
p erte de matière organique et l' érosion plus rapi de des s ols. Les nappes phréa - tiques se réduisent à
cause du pompage souvent exagéré pour répondre aux besoins de l'irrigation agricole et de l’élevage
(ibid). Le recours inconsidéré aux énergies fossiles pour l'utilisation d'en - gins agricoles et la
mécanisation des systèmes productifs participent à l' émission de gaz à effet de serre… Tous ces
mécanismes, qu'ils soient d'ordre biophysiques ou bien issus de logiques éco-

1 - Comité Scientifique Français sur la Désertification


2 - [Link]
3 - [Link]
9
nomiques, ont des incidences interconnectées les unes aux autres (ibid). La baisse de la biodiversité
et de la fertilité des sols compromet la fourniture des s ervices écosystémiques et non march ands
des milieux naturels : stockage du carbone, cycle de la photosynthèse, régulation et purification des
les
eaux, ainsi q ue capacités productives des terres agricoles et pastorales. En Afrique, sur le plan
Territoires et agroécologie
social et économique, on constate q ue la b aisse de l a p roductivité favori se l a vul nérabilité et la
paupéri sation des s ociétés rurales, l'exode rural ainsi que l'augmentation des tensions sociales
liées aux conflits pour l'accès aux res-sources naturelles et aux terres fertiles dans les zones sèches
2013)
(Dufumier, 2009 ; Lazarev, 2009 ; Charreton, . Il devient évident qu’un choix de
développement durable voire un changement de paradigme de l’agriculture s’impose.
Pour dessiner les perspectives d’un processus de déve loppement respectueux de l’
environnement et susceptible de répondre à la vulnérabilité des sociétés humaines dans les régions
soumises à la désertifi-cation, il convient de s’intéresser aux enjeux de la Lutte Contre la
Désertification. A partir de ces enjeux, il devient nécessaire de réfléchir à des processus de
développ ement agricole durables, afin d’assurer la préservation des agroécosystèmes et par
conséquent la sécurité al imentaire des populat ions locales. Il s’agit de comprendre comment une
approche du développement à l’échelle territoriale est valable et en quoi l’agroécologie constitue
un levier efficace pour permettre un essor agricole durable dans les ter ri-toires.
1.1. Des enjeux en termes de démographie et de sécurité alimentaire
Dans les régions Sub-sahariennes, en 1990 la population était estimée à environ 450 millions de
per-sonnes. D'ici 2020 ce nombre passera à 1500 mi llions (Lazarev, 2009). Cette tendance
démographique globale augmente de manière inquiétante les besoins en ressources alimentaires et
menace la sécurité ali-mentaire de ces régions déjà sensibles.
L'une des réponses est d'augmenter les capacités productives des cultures, par l'utilisation d'intrants, telle
qu’initiée lors de la révolution verte. Cependant ce mode de réponse a montré ses limites et la surex-
ploitation irraisonnée et continue des sols et l’expansion de méthodes agricoles industrielles ne peuvent
qu’accentuer la raréfaction des ressources naturelles dans les régions arides ou semi-arides. En effet, les agro-
écosystèmes sont fragiles en zones sèches. Ainsi l'augmentation des capaci tés de produc tion pour répondre
au phénomène d’accroissement de l a population, doit tenir compte plus qu'ailleurs des enjeux
environnementaux. Un équilibre entre la nécessité d'augmenter la quantité de production pour répondre aux
besoins alimentaires et la préservation des services agroécosystémiques doit être trouvé.
Le dé fi e st aussi d e pouvoir m obiliser et o ccuper une main d’œ uvre grandis sante et disponi ble
(Dufumier, 2009). Il est important de considérer que les populations dans les régions sèches ont un r ôle
important à jouer dans la Lutte Contre la Désertification. Sans elles, les possibilités d'actions se
réduisent (absence progressive d'acteurs et de personnes ressources). L'objectif est d'éviter les
phénomènes d'émi-gration et d e désertification hu maine des régions sèches (abandon des terres, délai
ssement des zon es cultivées, exode interne et saisonnier etc.). La Lutte Contre la Désertification n'est
donc pas seulement un combat pour changer les modes de gestion des ressources naturelles, elle est
aussi un combat général pour le développement (Bied-Charreton, 2013).
1.2. Des enjeux en termes de temporalité
La préservation de l'environnent et le ralentissement ou l’arrêt des processus de désertification et de
dégradation requièrent une prise en compte du facteur temporel. D’une part, la lutte contre la désertifica-tion
s'inscrit dans une réelle course contre le temps (UNFCC 2008). Si les dynamiques de destruction des
ressources naturelles ne sont pas enrayées, l'entreprise de restauration des équilibres agroécologiques via-bles
dans les régions sèches devra affronter des phénomènes d'irréversibilité, comme par exemple la trans-
formation des sols en sols stériles (Cornet, 2002). Le défi actuel doit alors prendre en compte l'urgence d'une
prise de conscience collective afin d'éviter de compromett re définitivement le potentiel productif des agro-
écosystèmes cultivés et pâturés, pour les générations présentes et futures.
D’un autre coté, la restauration et la préservation des milieux font intervenir des processus
biologiques longs. Ainsi il faut du temps pour que les mécanismes biologiques de r econversion
(augmentation de la fertilité des sols, restauration des zones érodées) soient efficients (ibid). Une
vision sur le long terme est nécessaire pour permettre l'installation durable de méthodes
respectueuses des équilibres écosysté - miques.
10
Cependant les raison nements sur le long terme ne sont pas toujours évidents d'un point de vue cult urel et écono-
mique dans les zones sèches et vulnérables (Dufumier, 2009). En effet, dans des contextes souvent difficiles, les
popu-lations ont pour priorité la satisfaction de besoins premiers (nourriture, santé, logement etc). Les projections sur
terme
le long sont difficiles car le futur semble incertain (incertitudes de la production agricole en fonction des
conditions cli-matiques, faiblesse de la résilience des producteurs, insécurité foncière) et les contraintes économiques,
quant à elles, pressantes. L’urgence des besoins immédiats amène les populations à favoriser des prati ques agricoles
dont les résul-tats concluants sont palpables à court terme. Autrement dit pour que de nouvelles pratiques agricoles
être
durables puissent acceptées et adoptées par les populations paysannes, un équilibre doit être trouvé entre les
objectifs de long terme et la satisfaction des besoins immédiats (Cornet, 2002).
1.3. Des enjeux en termes d'espace
Les unités spatiales touchées par la désertification dépassent l'échelle de l'exploitation familiale. 25% des terres du
globe sont fortement dégradées ou subissent un taux élevé de dégradation. En Afrique, on estime que les deux tiers
des terres sont déjà plus ou moins dégradées et que cette dégradation touche au moins 485 millions de personnes, soit
4
65% de la population du continent . Par ailleurs les hectares qui ne sont pas dégradés sont eux-mêmes soumis à des
5
risques de sècheresse, à la déforestation et à la dégradation des terres . De fait, la désertification et le déséquilibre des
écosys-tèmes font intervenir des phénomènes d'interactions très vastes qu'il faut pouvoir appréhender de manière
globale pour comprendre les incidences loca les. La compréhension des mécanisme s de dés ertification et de dégr
adation des agro-écosystèmes exige une approche large de l'espace pour rendre compte des effets en chaîne, comme
ceux de certaines pratiques agricoles ou de gestion des terres par exemple.
Très souvent les paysans n e prennent en compte ces conséquences que lorsqu'elles touchent leurs propres cultures
ou lorsqu'elles affectent directement leur mode de vie (ex : manque de fertil ité des sol s, érosion, raréfaction du bois
pour la cuisine) (Dufumier, 2009). Inversement, il est difficile pour les agriculteurs de comprendre les enjeux
environ-nementaux quand ceux-ci n'affectent pas directement leurs propres parcelles. Les territoires sont complexes
et ne sont généralement pas perçus par les populations locales comme des ensembles clairement définis (Rapport
FAO, 2012). L'importance de l'approche spatiale est donc de pouvoir rendre intelligible la délimitation des agro-
écosystèmes dans les territoires tout en parvenant à identifier les acteurs qui agissent sur l'équilibre de ces systèmes.
Ainsi la lutte contre la désertification et la dégradation des terres est multidimensionnelle en prenant en compte les
interactions au sein des agro-écosystèmes et les diverses synergies produites par les systèmes sociaux en mouvement. Le
caractère transversal de nombreux enjeux actuels nécessite la conjonction d'efforts de la part des populations locales et des
secteurs d’activités basés sur la transformation des écosystèmes, à l’échelle territoriale. Les questions environ-nementales
relatives au fonctionnement des agro-écosystèmes ne peuvent donc pas être résolues uniquement à l'échelle des ex
ploitations (Oxfam, 2 014) d ans la me sure où l ’obtention de résultats s ignificatifs ne peut être espérée qu’à l’échelle
d’entités territoriales où des effets de seuils écologiques et économiques peuvent être appréhendés et infléchis.

Niger © CARI 2007

4 - UNCCD, 2014 : La Terre en chiffres, Moyens de subsistance à un point


de basculement 5 - [Link]

Partie 1 : L’agroécologie comme levier de développement dans les territoires 11


2. Le territoire : une échelle pour comprendre et agir
L'approche territoriale semble être l'entrée la plus pertinente pour s atisfaire les objectifs de la
Territoires et agroécologie lutte contre la désertification. Le territoire est en effet le lieu de mise en œuvre d'aménagements
capables de répondre à la préservation des agro-écosystèmes, tout en étant le lieu de convergence
d’acteurs multiples susceptibles de travailler durablement sur des actions collectives et concertées.
Ceci étant, la notion du territoire n’est pas si évidente à aborder et doit être différenciée par rapport
à celle de terroir et celle de paysage.

A ne pas confondre

Territoire
Espace multifonctionnel Terroir Paysage
délimité pour l’adaptation et
l’activité de sociétés humaines Traits, formes et caractères
Espace délimité par une d’un espace donné
Développement
appropriation identitaire
Aménagement
Panorama
Prise en compte
Communauté Traditions Dimension représentative
environnementale
Savoir-faire Reflet de politiques
Usages multifonctionnel
Usage locaux d’aménagement
Acteurs multiples
Ecosystèmes Produits spécifiques et d’un ensemble contextuel
Histoire Inspiré de Réalisation Agora 21 : ARMINES, Ecole

Nationale Supérieure des Mines de Saint-Etienne. 1999

2.1. Du territoire aux territoires : pertinence d’une approche systémique


2.1.1. Il n’existe pas un, mais des territoires !
L’approche territoriale est l’objet de nombreuses attentions depuis une vingtaine d’années, dans
la mesure où elle permet d’appréhender la complexité qui compose les milieux dans lesquels
évoluent les sociétés (Moine, 2006). Cependant, il existe une profusion de définitions qui
permettent de parler du ter-ritoire à la fois comme un espace organisé, un espace vécu, voire
comme un espace approprié et politisé (Tafani, 2010).
La notion de territoire fait souvent référence à l’espace géré et aménagé par les hommes sur la base de
ressources disponibles (Bonnemaison, 2000 ; Pecqueur 2005, Moine, 2005 ; Tafani, 2010) associant à la fois
le milieu physique, naturel et le milieu organisé par l’homme (territoire environnemental, territoire
économique et administratif etc.). Une autre approche aborde la notion de territoire comme une assimila-tion
à un espace politique (Tafani, 2010), lieu d’emprise et d’expression d’un pouvoir (village, commune,
département, cercle, région, pays etc.). Les groupes sociaux se l’approprient et l’aménagent en fonction de
leurs besoins, en termes de gestion du pouvoir, en fonction des échelles. Dans un contexte de décen-
tralisation, le territoire perçu comme un espace administré, devient le cadre d’un dispositif qui permet de
redécouvrir les espaces infranationaux, de stimuler les initiatives d’acteurs publics et privés, de gar antir la
fourniture ou la gestion de biens publics et de répondre à des problémat iques locales précises (Caron, 2005).
Ces trois premières approches du territoire enferment ainsi l’espace dans des limites assez rigides, par la
détermination de frontières ou de zones de démarcations clairement déterminées (Moine, 2010).
Il semblerait cependant que ces espaces structurels ne soient pas vécus de la même manière dans toutes
les sociétés, par les hommes et les groupes qui les composent. A insi le territoire peut également être
appréhendé d’un point de vue subjectif et exist entiel, on parle alors de t erritoire vécu, perçu ( Moine, 2005).
Cette notion du territoire n’est pas figée, elle est mouvante, symbolique et évolutive en fonction des
considérations, des projections et des représentations que se font les sociétés de leur environnement. C’est un
espace social non clos et qui ne correspond pas nécessairement à un tissu spatial continu, il est changeant
voire comporte certains vides (Bonnemaison, 1981). Dans cette perspective, Di Meo (1998) présente le
territoire comme étant une appropriation par des groupes qui se donnent une représ entation particulière
d’eux-mêmes, de leur histoire, et de leur singularité, selon une identité collective et particu-lière. Ces
différentes notions présentent des zones de recouvrement spatiales, sociales et économiques.
12
Ce que l’on retient sur la notion de terr itoire (Réseau Rural, 2013)
Une unité administrative à fon- Un espace délimité par des Des espaces identitaires définis
dement ju ridique qui exprime l’e x- traits s ocio-économiques en ra p- et circonscrits par l es c omporte-
pression d’un pouvoir politique cir- port avec un s ystème p roductif ments, les pratiques culturelles et les
conscrit par des frontières (outils de production, filières…), un représentations d’un groupe qui les
environnement… occupe et épr ouve un sentiment
d’appartenance
Finalement, il est aisé de comprendre qu’il n’existe pas une forme de territoire mais des territoires à la fois
organi-sés, contrôlés, vécus, appropriés et politisés. L’approche territoriale n’est donc pas un concept clairement
caractérisa-ble compte tenu de la diversité des niveaux de lecture que l’on p eut entreprendre. Quand bien même
il serait possible de se mettre d’accord sur le caractère géographique ou symbolique d’un territoire, plusieurs
échelles d’approches peu-vent être envisagées. C’est pourquoi il est intéressant d’admettre que sur le plan
naturaliste comme sur le plan de l’ac-tion humaine, le territoire est un emboitement complexe, fonctionnel et
systémique de niveaux spatiaux interdépendants (écologiques ou sectoriels) en fonction d’une certaine
pertinence, des propriétés, des thématiques spécifiques ou bien certaines projections culturelles.
2.1.2. Le territoire en tant que système

La notion de territoire étant complexe, elle peut être appréhendée de différentes façons. Nous proposons ici la
vision de Moine (2008), qui propose une définition systémique du territoire, et qu’il semble pertinente de retenir afin
d’inté-grer la plurifonctionnalité et la multi dimensionnalité des agroécosystèmes et des modes d’organisation. Il est
ainsi pos-sible de définir un système territorial sur la base de plusieurs sous-systèmes dynamiques, en interaction :
• Un sous-système de l’espace géographique : espace approprié par l’homme, aménagé et au sein duquel
appa-raissent des organisations spatiales et de multiples interactions fondées sur des interrelations entre les
espaces naturels, anthropisés, sociaux, économiques et institutionnalisés
• Un sous-système acteurs : dynamique d’acteurs qui agissent consciemment ou inconsciemment sur

l’espace géo-graphique, influencés par différents éléments, et suivant leur position au sein de ce système.

sous-systèm e de

'espacegéog
de l raphique
sy
stème a ct e c o i t o n de
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s-
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urs
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acteur appartenant
à plusieurs réseaux

Figure 2 : Le système territorial, un ensemble de sous-systèmes en interrelations, adapté d’après A. Moine (2008)

Partie 1 : L’agroécologie comme levier de développement dans les territoires 13


Ainsi, le concept de territoire-système permet de rendre compte de l'articulation entre l'espace
géo-graphique organisé par et autour de l’activité agricole, en associant la géographie des
écosystèmes dégra-dés à l'en semble du jeu des acteurs. Le caractère dynamique de cette
Territoires et agroécologie gence
articulation se t raduit par l’émer- de pratiques d’acteurs, associant les différents vécus et
perceptions, aux contraintes et aux améni-tés rencontrées dans le milieu. Pour que ces pratiques
puis sent répondre favorablement aux pr obléma-tiques liées à la désertification, il s’agit d’intégrer
les populations locales en tant que parties prenantes des processus de dégradation et des actions de
Lutte Contre la Désertification. Cela engage une approche ter-ritoriale systémique qui vise à
comprendre et à agir sur les agroécosystèmes dans une perspective de déve-loppement territorial.

2.2. Interrelations entre territoire et agroécosystèmes dans une démarche


de développement territorial

L’étude des agroécosystèmes permet de rendre compte des relations entre les activités humaines
et les services écosystémiques rendus pour assurer le maintien des capacités productives et la
préservation des espaces naturels. Dans la mesure où les territoires incluent de manière dynamique
des écosystèmes, des acteurs et des pratiques, ils constituent une porte d’entrée pertinente pour la
compréhension et la mise en place d’actions durables, au niveau du développement rural en tenant
compte des aspects environnemen-taux, économiques et sociaux.
Le schéma suivant permet d’introduire les troi s entrées possibles de l’étude des agroécosystèmes à

l’échelle des territoires afin d’expliciter les liens substantiels entre pratiques, écosystèmes et acteurs.

Figure 3 : schéma inspiré de l’article de Prévost et al., 2014

2.2.1. Pratiques / Ecosystème


Les territoires disposent de ressources naturelles spécifiques (sol, climat, eau, végétation, faune, bio-
diversité etc.) et présentent un certain nombre de caractéristiques physiques en termes d’espace (topogra-
phie, relief etc.). La prise en compte des ressources naturelles disponibles localement et des caractéris - tiques
physiques liées à l’espace participe à la détermination et à l ’évaluation du pot entiel productif de
l’agriculture, des difficultés mais aussi de l’impact des pratiques agricoles sur l’environnement (Prévost et
al., 2014). Les relations entre les écosystèmes et les pratiques humaines permettent d’identifier l’im-pact des
processus biochimiques et techniques des activités agricoles, impliqués dans les dér èglements
environnementaux. Cette analyse est possible en étudiant les incidences de ces pratiques, en les associant à
des connaissances scientifiques spécifiques au milieu (ibid).
Aussi, il est possible de construire une vision systémique et holistique des modes de productions
agri-coles notamment sur l’évolution des ressources naturelles disponibles au cours du temps . Ceci
permet également d’évaluer la pertinence des itinéraires techniques mis en œuvre en pondérant leur
efficacité économique apparente par leurs contreparties environnementales et social es (Moine,
2008). D ans cette perspective, des espaces vulnérables peuvent être identifiés voire hiérarchisés et
des périmètres agroéco-systémiques prioritaires peuvent être délimités ; tout ceci en fonction
d’enjeux environnementaux, éco - nomiques et sociaux imminents.
14
2.2.2. Ecosystème / Acteurs
L’approche territoriale permet également d’envisager un certain nombre d’adaptations des acteurs locaux
face à leur environnement, afin de rendre optimal les capacités productives de l’agriculture et d’assurer la
préservation des éco - systèmes. A ce sujet, plusieurs exemples montrent comment des communautés
d’agriculteurs familiaux se sont organi-sées pour aménager l’espace et m ettre en œuvre des stratégies
collectives en vue de gérer durablement les ressources naturelles. Il s’agit par exemple de la mise en place de
périmètre irrigué, l’organisation de bassin de collecte de pro-duits agricoles, la construction sociale de la qualité
des produits dans le cadre de systèmes agroalimentaires localisés, etc. (Caron, 2005).
Pour atteindre leurs objectifs, les acteurs territoriaux définissent et mettent en œuvre des procédures d’intervention
différenciées dans l’espace, impliquant la coordination d’un nombre plus ou moins important d’agents, de processus
et reposant sur une logistique souvent sophistiquée. Cette coordination territoriale permet notamment d‘organiser les
sys-tèmes agricoles (systèmes de production, systèmes agraires) entre eux et de l es intégrer au sei n de
l’environnement naturel social et économique local (ibid). Intégrer les systèmes agricoles au sein des territoires
permet d’évaluer leur influence à l’intérieur des systèmes agro-alimentaires, grâce à une considération des systèmes
d’organisation en amont comme en aval de la production (relation production-transformation-distribution-
consommation) (Prévost et autres, 2014). Ceci participe à la création et au renforcement des services locaux en lien
avec l’agriculture (services techniques agricoles, banques de semences etc.).
2.2.3. Acteurs / Pratiques

Au delà des aménagements entrepris par les acteurs territoriaux sur les agro-écosystèmes, la mise en place de pro-
cessus de coordination, d’apprentissage, de négociation et de régulat ion permet d’im pliquer un large panel d’acteu rs
locaux autour d’intérêts partagés (Boiffin et autres 2014). Il s’agit d’organiser des dispositifs d’action élaborés socia-
lement par la communauté humaine (histoire locale, traits culturels communs, structuration communautaire etc.) en
fai-sant appel à des compétences spécifiques (savoir-faire, éco savoirs etc.) ainsi qu’à des profils d’acteurs multiples
(pay-sans, techniciens, entrepreneurs, politiques, administrateurs etc.) (Duru et autres, 2014).
En réalité, la plur alité des acteurs impliqués dans la construction et le fonctionnement des agro-écosystèmes font
que les démarches de gestion du territoire doivent être conçues et mises en œuvre de façon collective et concertée
(ibid). La coordination, la négociation favorisent la création de lieux de concertation, de nouvelles techniques d'action
et de décision, de nouveau processus politiques dans le sens d’orientations stratégiques, ce qui permet de débloquer
des situa-tions de conflits ou d'inertie. On parle alors de la notion de gouvernance territoriale.

Brésil © AVSF 2009


La GOUVERNANCE TERRITORIALE permet d' engager de s é volutions organisationnelles , en f onction des
enjeux locaux, des acteurs et des dispositifs institutionnels à impliquer. Elle est définie par Chia et al. (2010) comme
étant « un pro - cessus dynamique de coordination (hiérarchie, conflits, concertation) entre des acteurs publics et privés
aux identités multi - ples et aux ressources (au sens très large : pouvoirs, relations, savoirs, statuts, capitaux financiers)
asymétriques autour d'en-jeux territorialisés. Elle vise la construction collective d’objectifs et d'a ctions en mettant en
œuvre des dispositifs de régle - mentation et de normes multiples qui reposent sur des apprentissages collectifs et qui
participent à des reconfigurations/inno-vations institutionnelles et organisationnelles au sein des territoires. De manière
générale, l'approche territoriale est intéres - sante dans les processus de gouvernance puisqu'elle suggère une proximité
entre les acteurs et un meilleur ancrage des déci-sions dans le contexte local.
Partie 1 : L’agroécologie comme levier de développement dans les territoires 15
2.2.4. Identifier les effets de l’approche territoriale sur les agroécosystèmes pour
envisager un développement territorial durable

Le
Territoires et agroécologie développement territorial durable peut se définir comme un processus de mobilisation
d’acteurs qui aboutit à l’élaboration d’une stratégie durable d’adaptation aux contraintes extérieures
(ex : mondialisa-tion, marchés concurrentiels, changement climatique etc.), sur la base d’une
une
indentification collective à culture et à un lieu donné (Boiffin et al., 2014). C’est un processus
qui se fonde sur l’émergence d’un projet de destin partagé (projet de développement local) visant à
mettre en valeur les atouts d'un territoire et activer son potentiel spécifique (Lazarev, 2009).
Le principe de spécification consiste à la valorisation des ressources propres à un terri toire, lui per-
mettant de se différencier de ses voisins plutôt que d'être en concurrence sur des produits standards
iden-tiques (Pecqueur, 2005). Le développement territorial suggère que les populations donnent vie à
une éco-nomie locale qui puisse prendre en compte différentes dimensions complémentaires, la satisf
action des nécessités de base des populations, la résilience écologique des milieux exploités, les
ressources locales, la recherche d’autonomie des acteurs locaux et un système de gouvernance efficient.
Dans le contexte de lutte contre la désertification et la dégradation des terres, l'échelle territoriale per-met
ainsi de pouvoir prendre en compte l'organisation des agroécosystèmes dans leur ensemble en consi-dérant
l'impact de l'homme sur leurs évolutions. Elle prévoit la prise en compte des ressources, des sys-tèmes
d’organisation et d’échanges de savoirs, qui permettent la création d'actions de terrain. D’une cer-taine
manière, la dimension territoriale permet d’envisager la valorisation durable du p otentiel agricole local dans
une optique de développement durable (PNUD, 2007), à savoir (Prévost et al., 2014) :
• Une valorisation écologique des agrosystèmes par la gest ion raisonnée de s biens comm uns
(pro-tection et renouvellement des ressources naturelles territoriales, renforcement et optimisation
des services rendus par les écosystèmes), ce qui renvoie au caractère durable du développement
• Une valorisation marchande du potentiel économique des agroécosystèmes, en défend ant une
qualité spécifique des produits, des paniers de biens et des services locaux, de marque, d’origine, et en
proposant une stratégie de différentiation (marketing territorial, protection juridique, confiance produc-
teur-consommateur, informations, partage de la valeur ajoutée des agrosystèmes entre les acteurs)
• Une valorisation culturelle (identité du milieu), via la patrimonialisation (paysagère,
anthropolo-gique, culinaire etc.) des pratiques agricoles en fonction du territoire pour qu’une
identité se crée à partir des agroécosystèmes au sein des territoires selon des modes de vie, un
sentiment d’appartenance, et une possibilité d’intégration des nouveaux arrivants.
Le schéma suivant récapitule l’ensemble de ces points en mettant en évidence les interactions
entre les associations P ratiques-Ecosystème-Acteurs, qui permet tent d’i ntégrer l es agroéc
osystèmes dans une dimension territoriale. Ces interactions sont des leviers dynamiques permettant
le développement territo-rial, en valorisant la production agricole.

Figure 4 : Schéma récapitulatif inspiré du schéma de Prévost et al., 2014, sur le terroir comme système productif et culturel local

16
Ce que l’on retient
L’échelle du territoire implique la construction d’un nouveau mode de développement agricole, non pas basé
s im-plement sur la d uplication de pratiques plus r espectueuses de l’environnement mais bien sur la mi se
réels
en place de systèmes de coopérations et d’organisations des acteurs locaux au sein de trajectoires
écologiques et socio-économiques communes et résilientes.
3. L’agroécologie dans les territoires : un levier pour l’action
Selon le GTD, l’agroécologie est une proposition intéressante pour favoriser un développement agricole
durable au sein des territoires. Cependant dans quelle mesure est-elle une option pertinente pour répondre aux
défis de sauvegarde des écosystèmes et des sociétés humaines dans les zones soumises à la désertification ?
3.1. L’agroécologie : rappels sur l’évolution d’un concept
L’agroécologie est un concept complexe et polysémique, c’est pourquoi il n’existe pas qu’une seule manière de
défi-nir et de travailler en agroécologie. Néanmoins si l’on s ’intéresse à l’évolution de l ’agroécologie dans son appr
oche fédératrice, il est possible de distinguer différentes phases de définition de cette notion (Stassart et al., 2012) :
• L’agroécologie des systèmes de production
• L’agroécologie des systèmes alimentaires
• L’agroécologie comme l’étude des rapports entre production alimentaire et société au sens plus large

Initialement, l’ agroécologie a é té id entifiée comme ét ant une t entative agrono mique d’int égrer les
principe s de l’écologie à la redéfinition de pratiques agricoles non respectueuses de l’environnement (Odum,
1971 ; Vandermeer, 1981 ; Altieri, 1989 etc.). Centrée sur l’étude des agroécosystèmes du point de vue
biologique, l’agroécologie était per-çue comme un moyen de prod uire des connaissances et de développer des
pratiques agricoles selon une dimension durable : « l’agroécologie est l’application de l’écologie à l’étude, la
conception et la gestion des agroécosystèmes » (Gliessman, 1998 cité dans Stassart et al., 2012).
Par la suite, l’étude de l'agroécologie sort des systèmes productifs pour s’interroger sur la gestion des biens
com - muns (eau, terre etc.) et la pérennisation des accès aux ressources naturelles. Elle intègre ainsi de plus en
plus de déter-minants sociaux jusqu’à s’intéresser à la c onception et la gestion de systèmes alimentaires
durables (Francis et al., 2003). La production agricole est ainsi associée aux notions d’organisation de filières et
de consommation, ce qui per-met d’intégrer les dimensions socioéconomiques et politiques de l’agroécologie
dans la construction des systèmes ali-mentaires (Stassart et al.,2012).

Niger © Eau Vive 2015

Partie 1 : L’agroécologie comme levier de développement dans les territoires 17


Enfin l’agroécologie et son association progressive au x s ciences social es (sociologie, économie,
anthropologie, histoire, sciences politiques etc.) contribuent à mettre en lumière les interactions entre la
dimension scientifique et l'élaboration d'un réel mouvement social (Buttel, 2003 ; Dalgaar, 2003 ;
Territoires et agroécologie Rabhi, 2008 ; Wezel et al., 2009 ; Dufumier, 2009, Mendez et al., 2012, Rosset et al., 2012). Au Brésil
par exem-ple, le mouvement agroécologique devient un mouvement de rési stance historique au modè le
agricole dominant, une orientation politique forte pour un changement de par adigme, défendant une
agriculture paysanne et familiale, la préservation de la biodiversité, de la souveraineté alimentaire, ainsi
en
qu’une mise relation des différents types de connaissances et de savoirs, non scientifiques.
L’émergence de ce mou-vement s ocial, implique la r éunion d’acteurs m ultiples (pay sans, consommat
eurs, poli tiques) enga gés dans la promotion d’un profond changement au niveau agricole, fondé sur
une véritable éthique voire des considérations philosophiques.
La dimension territoriale de l’agroécologie et son potentiel en termes de développement durable font
l'objet de nombreuses recherches récentes, comme en t émoignent le groupe scientifique belge G IRAF
(Groupe Interdisciplinaire belge de Recherches en Agroécologie du FNRS) grâce à la création d'un certi-ficat
interuniversitaire intitulé : « Agroécologie et transition vers des systèmes alimentaires durables ». Sur la
même lancée, il est possible de mentionner le rapport de Marion Guillou (2011) pour le Ministre de
l'Agriculture sur l’agroécologie et ses enjeux territoriaux, ainsi que le projet interdisciplinaire TATA-BOX,
porté par l'INRA, en cours de réalisation, qui vise à développer une méthodologie d’accompagne-ment des
6. Le poten-
acteurs dans la conception des modalités de transition agroécologique de leur territoire tiel de
développement de l'agroécologie dans les territoires du sud est clairement identifié et analysé par les acteur s
de la s ociété c ivile, comme ceux du G TD dans sa premi ère publicati on in titulée :
« Agroécologie, une transition vers des modes de vie et de développement viables » (GTD/CARI,
2013). L’agroécologie est désormais présentée comme une réponse possible aux enjeux alimentaires, et
ce en lien avec la préservation de la biodiversité et le développement socio-économique des territoires
(FAO, 2012 ; Oxfam, 2014, De Schutter, 2010 ; Inra-Cirad, 2009, Stassart et al., 2011).
Quels sont donc les arguments qui justifient de telles considérations à ces différents niveaux?

3.2. La pertinence de l’agroécologie à l’échelle des territoires


Les principes agroécologiques reposent ainsi prioritairement sur un souci d’amélioration et
d’optimi-sation durable et écologique des potentiels agroécosystèmiques. Cependant la prise en
compte d u fonc-tionnement des agroécosystèmes ne peut se restreindre à une étude à l'échelle des
parcelles et des exploi-tations. L’agriculture se confronte et est soumise à des enjeux qui se jouent
majoritairement à des échelles spatiales larges telles que (Schaller, 2013) :
• Le maintien de la biodiversité au niveau des habitats et des paysages,
• La qualité de l’eau potable au niveau d’une aire d’alimentation de captage,
• La limitation de l’érosion et la durabilité au niveau du bassin versant, des territoires de
production ou de collecte
• La réduction des émissions de GES à un niveau global.

Ces différents enjeux font intervenir des considérations environnementales, économiques et


sociales. En effet, on parle ici de techniques et de pratiques, mai s aussi de gesti on des ressources,
d’organisation des filières et des acteurs et de gouvernance territoriale.
3.2.1. L’Agroécologie dans le champ environnemental

Sur le plan environnemental, l’agroécologie propose :


• Un travail du sol qui ne bouleverse pas sa structure et perturbe peu l a vie des sols
• Le maintien ou l’instauration d’un couvert végétal ou boisé afin de protéger les sols
• Une fertilisation organique fondée sur les engrais verts, sur une variété de formes de
compostage qui en outre améliore l’aération des sols et leur capacité de stockage de l’eau
• Des traitements phytosanitaires à base de produits naturels fortement biodégradables et
l’utilisation d’antagonistes
• Le recours à des variétés animales et végétales adaptées aux territoires
• Le faible recours aux énergies fossiles
• Un aménagement du territoire qui vise la maximisation des services rendus par l’écosystème
• Le maintien d’une biodiversité animale et végétale qui offre plus d’options écologiques

pour le maintien des équilibres écosystémiques


6 - [Link]
18
Rappel sur les principes de base de l’agroécologie selon Altieri et al. (2005)
1 - Miser sur le recyclage de la biomasse et optimiser la disponibilité et l’équilibre des nutriments
2 - Assurer des conditions optimales pour la croissance des plantes par la bonne gestion de la matière organique et
de
l’activité biotique dans le sol
3 - Limiter la perte des flux d’énergie lumineuse, d’air et d’eau par la gestion du microclimat, la récolte
d’eau et la gestion du sol par l’augmentation de sa couverture
4 - Favoriser la diversification génétique et des espèces dans l’espace et dans le temps
5 - Augmenter les interactions et les synergies biologiques bénéfiques entre les composantes de l’agro
biodiversité pour les processus et les services écologiques
L'agroécologie a donc besoin d’une disponibilité en ressources naturelles présentes sur un territoire et le territoire peut
compter sur les principes agroécologiques pour assurer la pérennité de ses écosystèmes et l'augmentation des ser-vices
écologiques rendus par ces derniers (Agrisud International, 2010). Au-delà du maintien des services des écosys-tèmes,
l’application des pratiques agroécologiques est également une voie pour diminuer les effets du changement cli-matique et
de la désertification (GTD, 2013, De Schutter, 2010). D’une part, l’agroécologie renforce la résilience et la résistance des
agroécosystèmes face aux aléas climatiques et à l’apparition de nouveaux organismes voire de nouvelles maladies. D’autre
part, l’agroécologie contribue au stockage de carbone via la matière organique qu’elle réintroduit et protège au niveau des
sols (Côte, 2014). De la sorte, elle participe à la diminution des gaz à effet de serre libérés dans l’atmosphère ; elle est donc
un élément de réponse au changement climatique et à la désertification.

Niger © CARI 2007


3.2.2. L’Agroécologie dans le champ économique
Les déterminants économiques du territoire dans lesquels s’insère l'agroécologie sont multiples. Il est important de
rappeler que dans les rég ions rurales, l'agriculture est souvent le seul secteur économique (Lazarev, 2009). Or avec le
développement de l'agriculture conventionnelle, la mécanisation des moyens de production et la bais se de fertilité de
sols, l'agriculture s'est vidée de s es emplois et les territoires ruraux ont vu leur population se réduire (ibid), souvent
d'ailleurs sous l'effet de politiques publiques orientant la main d’œuvre vers les villes et l'industrie. Potentiellement
l'agroécologie peut donc inverser ce phénomène et transformer l'agriculture vers des systèmes économiques attractifs
à l'échelle territoriale. En effet, l'utilisation limitée des moyens mécaniques de production génère une demande en
main d’œuvre importante. En d'autres termes l'agroécologie est un secteur d'activité susceptible de mobiliser l'arrivée
sur le marché du nombre grandissant de travailleurs résultant de la croissance démographique (Dufumier, 2005).
En parallèle, les régions sèches ont des ressources naturelles fragiles et peu abondantes (Dufumier, 2009). L'option de
miser durablement sur l’élargissement des zones cultivables pour générer des profits et palier les problèmes de fer-tilité ne
peut donc être envisageable. Ainsi, l'agroécologie, par ses méthodes biologiques de production, permet l’ob-tention de
produits de qualité, qui, valorisés par des s ystèmes de certification par exem ple, peuvent ouvrir des per s-pectives
commerciales aux petits producteurs. L'intérêt du travail qualitatif est de pouvoir contribuer à la spécification du territoire,
par la mise en exergue de la notion de « terroir » et la création d'une image agroécologique forte porteuse d’éthique et
d’engagements sociaux (Prévost et autres, 2014). De nouvelles filières structurées peuvent ainsi émerger.
Enfin, l’agroécologie permet de limiter la dépendance des producteurs aux filières d’approvisionnement en
intrants. Par nature peu dépensière, elle se recentre sur l’utilisation de ressources locales, et favorise la création d’un t
issu éco-nomique dynamique dans le territoire. Cela permet aux agriculteurs une plus grande indépendance
notamment vis à vis des fluctuations du marché mondialisé. En d'autres termes l'agroécologie peut donner aux
territoires une valeur écono-mique largement exploitable, au-delà de sa simple production agricole.

Partie 1 : L’agroécologie comme levier de développement dans les territoires 19


3.2.3. L’Agroécologie dans le champ social
En a ccompagnant le s p aysans v ers de s modes de product ion écologi ques, l'agroécologie pr end en
compte
le cadre socioculturel du territoire auquel elle s'applique. Elle suggère une adaptation fine des pra-
Territoires et agroécologie tiques
agricoles en fonction du contexte, nécessitant des connaissances empiriques bien ancrées (Agrisud,
2010). C ’est p ourquoi l’ agroécologie fa it appel aux savoirs t raditionnels combinés aux connai ssances
scientifiques d’aujourd’hui (Agropolis International, 2013) et valorise le savoir-faire des agriculteurs.
La multifonctionnalité de l'agroécologie, au ni veau des systèmes d’exploitation et des systèmes
ali-mentaires implique la participation d ’acteurs multiples (p roducteurs, consommateurs, in
stitutions publiques, etc.) et la nécessité de pouvoir instaurer des systèmes de négociation, de
gestion de l’espace et de gouvernance locale : on entre ainsi dans un système multidimensionnel,
territorialisé dans lequel il est possible de saisir des modes d’organisation multi-échelles.
Enfin, en tant que mouvement social, l’agroécologie suggère le développement de structures
associa-tives, de systèmes d’organisation et de représentation des engagements d’acteurs militants
(GTD, 2013). Les mouvements agroécologiques ont leur importance à l’échelle du territoire dans la
mesure où ils per-mettent de rassembler des acteurs selon des intérêts communs, en réseaux ou
sous la forme de partena-riats, créant ainsi des interactions fortes entre agents du territoire. Ils sont
indispensables pour défendre une agriculture durable puisqu’ils aident à interpeler les institutions
qui jouent un rôle dans la détermina-tion des modèles agricoles (Altieri, 2009) et la sphère
politique pour modifier et renforcer les réglemen-tations.
Enfin la qualité des aliments produits par l’agroécologie et la diversité des espèces cultivées
sont une réponse a ux phénomènes de maln utrition (GT D, 2 013). L’agroécologie p articipe à l
’amélioration d es conditions de santé des paysans par la culture et la consommation d’aliments
sains et biologiques et le fai-ble recours à des pesticides chimiques (ibid).

Figure 5 : Schéma récapitulatif des liens entre territoires et agroécologie (Finet, 2014)

Au sein de ce schéma récapitulatif, il est possible d’observer les liens potentiels entre l’agroécologie
et les territoires, selon les trois champs définis précédemment. On constate que l’association des compo-
santes territoriales avec les principes de l’agroécologie permet de mettre en avant la préservation des
res-sources naturelles, l’augmentation des services écosystémiques, la création d’emplois, le
développement de p roduits « te rroir » de q ualité, l ’émergence et la cons truction d’une i dentité, la
mutualisation des connaissances et des savoir-faire, l’amélioration de conditions sanitaires des paysans
ainsi que l’organi-sation de systèmes de gouvernance multi acteurs.

20
Ce que l’on retient
Au final, l’agroécologie propose des méthodes et des techniques de productions adaptées et surtout
adaptables. Le fait que ces méthodes ne se limitent pas au champ de la production agronomique, mais
considèrent aussi les aspects environnementaux, économiques et sociaux, confèrent à l’agroécologie un
puissant potentiel de développement ter-ritorial et de Lutte Contre la Désertification.
3.3. Les caractéristiques des projets agroécologiques dans les territoires
Afin d’évaluer la pertinence d’une démarche agroécologique à l’échelle des territoires, il convient de
réfléchir à des pistes d’action possibles dans le cadre des projets de développement. Le GTD se propose
d’aborder ces pistes d’actions selon cinq caractéristiques agroécologiques inspirées de l’ouvrage "Agroécologie,
une transition vers des modes de vie et de développement viables". Ces cinq caractéristiques sont redéfinies à l
’occasion de l’élaboration de ce document d’accompagnement.
• Valoriser les savoir-faire locaux
L’un des fondements de l’agroéco gie à l’échelle du territoire est la prise en compte des savoir-faire locaux dans la
mesure où l’agroécologie nécessite une connaissance précise du potentiel agro-écosystèmique local pour pouvoir agir
sans intrant chimique (GTD, 2013), ou seulement en dernier recours . Cette prise en compte se réfère à la reconnais-
sance des savoirs accumulés par les acteurs locaux en fonction du contexte dans lequel ils évoluent.
A force d’observation et d’adaptation, les populations locales connaissent le fonctionnement et les
spécificités de leur environnement (Association AEI, 2011). Elles savent quels sont les facteurs qui permettent
d’optimiser l’agricul-ture dans les agro-écosystèmes et les problèmes associés. Ces savoirs font également partie
de la culture et sont héri-tés d’expériences passées, ce q ui confère à leur valorisation le soutien des
communautés. De plus, l’intégration des savoir-faire locaux aux connaissances scientifiques et modernes
participe à l’ évolution de l’agroécologie (Agropolis International, 2013).

Myanmar © GRET 2004

Partie 1 : L’agroécologie comme levier de développement dans les territoires 21


• Avoir une vision dynamique/évolutive sur les ressources naturelles et agir sur l’orga-
nisation de l’espace

Pour
Territoires et agroécologie pouvoir restaurer les systèmes dégradés, l’agroécologie s’appuie sur des méthodes de
culture qui permettent de produire sans détruire, en mobilisant notamment le potentiel des
ressources naturelles et leurs caractéristiques au sein du patrimoine naturel transmissible (GTD,
poser
2013). Il est nécessaire d e dis- d’une vision évolutive sur l’état des ressources naturelles,
dans le but d’améliorer les services natu-rels r endus et de p ermettre le d éveloppement de
l’agroécologie s elon de bonne s condi tions écosysté - miques. Il s’agit d’accompagner sur le long
terme leur amélioration et de pouvoir s’adapter à l’évolution des conditions (ibid).
En ce qui concerne la gestion de l’espace, une connexion synergi que fonctionnelle entre les
espaces productifs et l’ ensemble du territoire environnant est une condition pour des résultats
agroécologiques satisfaisants. Comprendre et agir sur l’organisation de l’espace permet d’optimiser
l’occupation d’un ter-ritoire et la protection des espaces productifs et naturels, et de favoriser la
fourniture de services écosys-témiques. L’objectif visé est de bénéficier des facteurs les plus
favorables et des meilleurs services four-nis par les écosystèmes (Dufumier, 2009).
r p
• Intensifie et diversifier les systèmes de roduction
A l’échelle du ter itoire, il est possible d’envisager ar l’agroécologie une rée lle intensification
de la production. Cette intensification semble devoir passer par un certain nombre d’innovations
techniques respectueuses de l’environnement et des conditions de production qui puissent
augmenter la productivité des sols, des écosystèmes et du travail des paysans (Lazarev, 2009).
Dans cette perspective, l’intensification agroécologique suppose le dével oppement de serv ices
agri-coles à l’échelle du territoire qui permettent à la fois de propos er des formations techniques,
des suivi-accompagnements pour les paysans, et de faciliter l’insertion des systèmes productifs au
sein de systèmes alimentaires et de l’environnement économique.
Par ailleurs, l’agroécologie entend développer la diversi fication des s ystèmes productifs en fais
ant interagir différents domaines de compétences, tels que l’agroforesterie, la pisciculture et
l’agropastora-lisme (GTD, 2013).
s
• Défendre les interaction entre élevage, agriculture et gestion de la forêt

Par la diversification des système productifs à l’échelle des territoires, l’agroécologie propose
d’éta-blir des interactions synergiques entre différents acteurs territoriaux issus de domaines de
compétences complémentaires. Cette particularité tend à ne pas cantonner les acti vités agricoles
dans le s imple giron agronomique (Duru et al., 2014). Elle permet de réun ir des intérêts
convergents entre l ’élevage, l’agri-culture, et la gestion forestière jusqu’alors très souvent opposés
au sein des systèmes agricoles conven-tionnels (Côte, 2014).

Madagascar © Etc Terra 2014


22
Le constat montre que dans certains cas, l’agriculture participe à la déforestation en augmentant les surfaces
culti-vables au détriment des couverts boisés (GTD, 2013). Par ailleurs, de nombreux conflits éclatent
notamment dans les régions sahéliennes pour l’accès aux ressources, nécessaires aux pas teurs comme aux
agriculteurs. Il y a un m anque certain d’interrelations entre le s pratiques et les problèmes récurrents relatifs à l’
accès au f oncier ainsi qu’aux res - sources naturelles (Cornet, 2002).
L’agroforesterie par exemple et l’utilisation des animaux de travail ou du fumier sur les parcelles
agroécologiques permettent quant à elles de cré er un lien efficace et non dissociable entre agriculture, élevage
et la gestion des forêts, particulièrement dans le cadre d e la Lutte Contre la Désertification (si les règles d’accès
aux ressources sont renégo-ciées). Plus précisément, l’agroforesterie intègre les arbres aux systèmes agricoles,
de manière entre autres à augmen-ter la quantité d’azote dans le sol (Rosenstock et al., 2014). Cette technique
permet à la fois d’accroître la fertilité des sols, la productivité agricole et d e veiller à une bonne gestion des
ressources naturelles. L’élevage permet quant à lu i la production de fumier, qui une fois épandu dans les
champs cultivés, favorise la fertilité des sols (Vall et al., 2014). Réciproquement, l’agriculture, par la
diversification des espèces cultivées, apporte aux éleveurs des variétés de four-rage de qualité.
Ainsi l’association des trois activités permet de lutter contre l’érosion des sols, de favoriser la biodiversité

animale et végétale locale et d’assurer la survie des populations dans les zones soumises à la désertification.
• Réduire les vulnérabilités des systèmes environnementaux, économiques et sociaux

En valorisant les savo ir-faire locaux, en intervenant sur la vitalité et la résilience des écosystèmes, en opti
misant l’utilisation de l’espace ainsi qu’en créant des relations synergiques à l’échelle du territoire,
l’intensification de l’agroé-cologie peut par ticiper à réduir e la vu lnérabilité des systèmes environnementaux,
économiques et s ociaux locaux (GTD, 2013). Cette réduction des vulnérabilités permet la résilience des
systèmes, à savoir « la capacité à prévenir les catastrophes et les crises ainsi qu’à anticiper, absorber les chocs et
adapter ou rétablir la situation d'une manière rapide, efficace et durable. Cela comprend la protection, la
restauration et l'amélioration des systèmes des moyens d'existence face à des menaces ayant u n impact sur l'agr
7
iculture, la sécurité nutritionnelle et a limentaire et la sécu rité des aliments» .
En ce qui concerne les sociétés humaines, l’agroécologie dans sa multi- dimensionnalité, renforce la
résilience des sociétés paysannes, grâce à l’émergence d’une cohésion sociale forte autours de valeurs éthiques
et économiques (déve-loppement de gr oupements d’a cteurs pr ofessionnels uni s écon omiquement pour l a
défens e de l’environnemen t), la reconnaissance d’une identité (produit agroécologique de qualité), l’intégration
économique (ex : l’intégration des sys-tèmes productifs dans des filières de commercialisation) sans oublier une
hygiène de vie plus saine et durable (aliments biologiques, pas d’intrants chimiques etc.) (GTD, 2013).
Ces différentes caractéristiques nous permettent de dessiner les perspectives d’une démarche agroécologique
englo-bante et multidimensionnelle afin de répondre à une majorité d’enjeux pour le développement des
territoires, et tout en considérant les difficultés déjà anticipées par le GTD.

7 - [Link]

Partie 1 : L’agroécologie comme levier de développement dans les territoires 23


Pour conclure…
A partir des éléments abordés dans cette première partie, nous avons posé les bases de ce qui
consti-tue notre vision d’une transition agroécologique dans les territoires. Mais au-delà de
Territoires et agroécologie
mulée
l’expérience accu- par les agriculteurs et les acteurs du développement, la question de la
transition agroécologique et du changement d’échelle des processus agroécologiques vers une
dimension t erritoriale, fait f ace à des réalités et des inclinaisons économiques encore peu
favorables aujourd’hui (GTD, 2013). Différents fac-teurs limitant peuvent être identifiés.

Un premier facteur limitant correspond à l’exigence en termes de connaissances, d’apprentissages et


de mise e n place des processus agroécologiques par rapport au ret our différé sur l’investissement, en
temps et en travail. Ces processus font appel à des cycles naturels qui s’étalent dans le temps (Dufumier,
2009). I ls r equièrent un e c ertaine e xpérimentation pour mesurer l eur adaptabil ité en fonct ion des
contextes (restauration des services écosystémiques, rotation et association culturale, etc.) et demandent
un temps d e tr avail b eaucoup p lus i mportant que l’agri culture con ventionnelle, ass ociée s ouvent à la
monoculture et à la mécanisation des moyens de production (ibid). De cette manière, les agriculteurs les
plus pauvres hésitent à choisir l’agroécologie, au profit de pratiques agricoles capables de satisfaire leurs
besoins alimentaires de manière plus immédiate (Lazarev, 2009).
Un second facteur bloquant concerne l’absence de garantie d’accès aux ressources fonciè res, entre
autres dans les régions arides (Côté, 2014). Un propriétaire d’une terre sera en effet davantage
prédisposé à investir dans l’agroécologie s’il peut avoir l’effet à long terme de son investissement. A
l’inverse, un paysan qui a des droits non sécurisés sur une terre ne sera pas en couragé à augmenter sa
productiv ité et sa durabilité au long terme (Institut international de Recherche sur les Politiques
Alimentaires, 2011). D’autre part, les systèmes d’organisation, de négociation, de sensibilisation et
d’information sur la ges-tion des ressources naturelles sont des processus qui se déploient
progressivement au sein des sociétés et qui prennent du temps (GTD, 2013). Or ce rapport temporel
n’est pas adapté à la vitesse des phénomènes de désertification. Dans la mesure où l’agroécologie
compte sur ces formes de gest ion pour réactiver les processus d’utilisation des services écosystémiques,
l’agroécologie à l’échelle du territoire peut paraître difficile à mettre en place.
Un troisième facteur met en évidence l’opposition éventuelle des modes de production, à l’ échelle d’un
territoire. Les activités agricoles, entre les différents types de systèmes productifs, peuvent avoir des impacts
contradictoires en fonction de l’usage des biens co mmuns (ressources naturelles) qu’ils mettent en œuvre
(Côte, 2014). A titre d’exemple un paysan qui fait le choix d’utiliser des OGM dans ses champs, compromet
le potentiel biologique des cultures environnantes (Lazarev, 2009). Ainsi la juxtaposition spa-tiale de l’
agriculture co nventionnelle et de l ’agroécologie n’est pas systém atiquement évi dente. Ceci implique à
l’échelle du territoire une certaine homogénéité et une certaine cohérence en termes de choix agricoles
globaux (ibid). Pour qu’une agroécologie à l’échelle du territoire puisse être viable, il convient donc
d’envisager de réels territoires articulant au mieux l’agroécologie avec les autres modèles d’ agri-culture.
Malheureusement au regard d’une majorité des politiques publiques, dans les régions soumises à la
désertification, le choix d’une agriculture conventionnelle demeure encore l’option prépondérante et
défendue (Côté, 2014), au détriment de la mise en œuvre de l’agroécologie.

Burkina Faso © Terre et humanisme 2012


24
Les facteurs de blocage d’une transition agroécologique dans les territoires
• Nécessité d’une vision sur le long terme pour m ettre en place les processus de transi tion agroécologiques en
contraste avec l’urgence des effets de la désertification et des besoins économiques des populations locales

Intérêts divergeants des différents acteurs
• Précarité de l’accès aux ressources foncières
• Antagonisme des modèles agricoles dans la gestion des biens communs territoriaux
• Insuffisance des politiques publiques en faveur de l’agroécologie

Ces différents facteurs de blocage ou facteurs limitants nous amènent à proposer des outils pour faciliter la mise
en œuvre de projets agroécologiques à l’échelle des territoires. Ainsi, la deuxième partie de ce document propose de
mon-trer comment, à travers des principes fondamentaux de l’agroécologie, on peut imaginer et s’équiper pour
construire des projets de développement territoriaux adaptés au contexte et aux besoins identifiés.

Maroc © Agrisud 2006

Ce que l’on retient


L’atteinte de résultats significatifs en matière d’agroécologie appliquée à la Lutte Contre la Désertification ne
peut envisager une certaine efficacité qu’à la condition de se projeter à l’échel le de territoires, dans lesquels
les acteurs sont parties prenantes d’une dynamique partagée en faveur de l’agroécologie. Pour ce faire la
transition agroécolo-gique doit être accompagnée, r enforcée, et les conditions favorables à s on
développement doivent être réunies (GTD, 2013).

Partie 1 : L’agroécologie comme levier de développement dans les territoires 25


Construire et conduire
une transition
PARTIE 2

agroécologique
Afin de dessiner les fondements d’une démarche agroécologique à l’échelle des territoires, il
convient de poser les bases d’une approche systémique au niveau du fonct ionnement des
agroécosystèmes et de l’organisation de la société humaine. Il s’agit d’appréhender l’agroécologie
comme la mise en marche de processus en vironnementaux et socioéconomiques durables, par l
’émergence d’un modèle ag ricole pérenne et spécifique.
Dans s es multiples dimensions, l’agroécologie s’ inscrit dans l es territ oires sel on plus ieurs c
hamps d’actions, qu’il faut pouvoir aborder de manière holistique, en termes de techniques agricoles,
d’identifi-cation culturelle, de gestion du territoire et de ses ressources, de systèmes productifs, en vue
d’assurer la souveraineté alimentaire des populations et la durabilité de leur environnement.
Construire une démarche agroécologique requiert un certain nombre de fondamentaux, mais il
existe autant de voies d’engagement qu’il existe de champs d’actions à l ’agroécologie. Dans cette
section, il s’agit donc d’exposer ces fondamentaux, notamment en ce qui concerne le choix du territoire
d’action et des acteurs susceptibles de servir une démarche en agroécologie dans ces territoires.
Conduire une démarche agroécologique consiste à agir s ur le développement de conditions de
vie favorables dans les territoires. Il est question de s’interroger sur le rôle de l’acteur du
développement pour accompagner les acteurs locaux et promouvoir l’agroécologie au sein de
systèmes territorialisés. Dans ce document, sont ainsi proposées des pistes d’actions, des outils, des
voies d’engagements possibles et des notes sur les écueils à éviter.
La mise en place de projets agroécologiques à l 'échelle du t erritoire, si l 'on se réfère au x caractéris-
tiques agroécologiques issues du premier ouvrage du GTD/CARI (2013), suggère plusieurs domaines
d'intervention, avec des temps de projet différents, des actions pluridimensionnelles et des acteurs multi-ples.
Considérer qu'il existe une linéarité dans les phases successives d'élaboration de projets agroécolo-giques
semble réducteur. Ce document ne propose donc pas un ch eminement classique de montage de projet, basé
exclusivement sur des étapes clefs. Une approche thématique a été choisie pour aborder l'en-semble des
domaines d'actions possibles, en travaillant à partir des composantes territoriales et des per-sonnes ressources
locales qu’il convient de repérer et de mobil iser pour pouvoir i nitier une dynamique d’action glo bale. Cette
p roposition d ’accompagnement, ess entiellement thémati que, se bas e sur un dialogue entre informations
théoriques, contributions d’acteurs de terrain et illustrations pratiques.
A partir des rencontres de huit partenaires, membres du GTD, et l’étude d’un ou plusieurs
projets menés respectivement par les structures, ce document d’accompagnement propose de
nombreuses infor-mations relatives au choix du territoire et des acteurs de projets ainsi qu’au
repérage des éléments agroé-cologiques déterminants à saisir. Pour aller plus loin, ces enquêtes ont
permis de réunir des exemples mul-tiples et des outils pratiques pour illustrer le cadre de réfl exion
sur l’émergence d’une dynamique d’ac - tion favorable au développement de l’agroécologie.

27
Thèmes transversaux pour accompagner la
Outils pratiques et récits d’expériences
a
g

o
é

o
g

e
c
r

i
transition agroécologique
Favoriser une compréhension holistique partagée Danya : critères d’un projet agroécologique au Mali
Le choix du territoire Etc Terra : critères d’un programme holistique de conservation des forêts à Madagascar
Agrisud : critères d’un projet d’aménagement du bassin versant de Limbé en Haîti

Agrisud : mise en place de commissions rurales


Le choix des acteurs
Terre et humanisme : création d’une union des associations

Outil de diagnostic territorial


e

AVSF : Cartographie participative avec maquette 3D


t

des enjeux au service d’un diagnostic territorial


T
e

e
s
r
r

r
t
i

Etc Terra : Système d’information géographique agro-environnemental


Les processus de démonstration technique
Agrisud : Aménagement de périmètres de démonstration des pratiques agoécologiques
Suciter l’intérêt agroécologique en minimisant les GRET: Projet pilote d’aménagement de micros bassins versants
risques et en créant un contexte favorable pour Les processus de démonstration technique et économique
apprendre CARI : Associer la création d’une filière et la démonstration des techniques de pépinière
La mise en réseau des acteurs
GRET : mise en place d’un réseau de paysans leaders
L’accompagnement sur le territoire
Aider à la transition écologique Agrisud : les cycles d’apprentissage en Agroécologie
GRET : la mise en place d’un réseau régional multiacteurs

L’apport de valeur ajoutée aux produits


CARI : certification biologique d’une filière de Hénnè
Favoriser l’insertion du modèle agoécologique au La sécurisation des transports marchands
sein de filières locales Agrisud : les protocoles d’achat de proximité
La sécurisation collective de la qualité
GRET : les systèmes participatifs de garantie pour la production de semences de qualité

Les outils de planification stratégique


Intégrer et contribuer à orienter les pouvoirs
Agrisud : la construction d’un plan prioritaire communal
publics locaux
AVSF : la construction d’un schéma d’aménagement pastoral
Les collaborations possibles
Mobiliser la recherche-développement pour
GRET/CIRD/Apsara : Test et élaboration des innovations agroécologiques
accompagner la transition
Etc Terra : Etude de l’empreinte carbone d’un projet

France © GTD 2014

28
4. Construction d’une démarche agroécologique dans les territoires
Construire un projet d’agroécologie à l’échelle d’un territoire, consiste à réunir un certain nombre d’éléments
lyse
d’ana- et de compréhension, nécessaires avant de pouvoir envisager une quelconque dynamique d’action.
Parlant de ter-ritoire, il semble indispensable, dans un premier temps, de définir le périmètre géographique à
gager
considérer, avant d’en- une quelconque action. Le territoire, sur lequel on cherche à construire la transition
agroécologique, implique une articulation complexe entres différents niveaux spatiaux, à la con fluence entre les
dimensions biophysiques et s ocio-économiques, portées par un ou plusieurs modes de gouvernance (GTD, 2014).
L’identification des acteurs et des organisations territoriales, ainsi que leurs interactions, doit aussi permettre de

mettre en évidence des syn ergies possibles, en as sociant des compét ences et des moyens transversaux au s ervice du

développement agroécologique. Mais comment déterminer le territoire de projet et les acteurs pertinents à mobiliser?
4.1. Définir le territoire du projet
S’il est un fait que la notion de territoire se décline selon des dimensions multiples et qu’il faille les
concevoir selon une vision systémique, il semb le toutefois nécessaire d’apporter des éclairages supplémentaires
sur la concep tion du territoire dans le cadre du montage d’un projet. En agroécologie, et notamment dans le
cadre de la Lutte Contre la Désertification, le caractère environnemental, social et économique du territoire est
essentiel (CSFD, 2013). Une unité territoriale qui recouvre des zones dégradées par la désertification n’est pas
nécessairement en correspondance avec les unités administratives et p olitiques qui la compose et la gouverne
(GTD, 2014). Par exemple, à l’échelle d’un bassin versant, plusieurs co mmunes/villages peuvent exercer leurs r
esponsabilités. Il semble donc uti le d’envisager un e approche territoriale qui assoc ie u ne cohére nce envi
ronnementale (écosystème considéré), une cohérence sociale (acteurs partie-prenantes) et un e cohérence
économique (filière de mis e en valeur des ressources) : on pa rle alors de territoire de projet.
4.1.1 Le territoire de projet, de quoi parle-t’on ?
Le territoire de projet est un périmètre géographique stratégique et cohérent pour la mise en place d'une
action col-lective (Berriet-Solliec, 2013). Le territoire de projet doit pouvoir réunir l’ensemble des conditions
techniques, écono-miques, opérationnelles, environnementales, politiques et sociales de mise en œuvre d'une
dynamique de développe-ment, sans oublier d es savoirs, des personnes, des moyens financiers et
institutionnels, des infrastructures, des res-sources naturelles et des intérêts communs nécessaires à la
construction d’un projet. La pertinence du territoire de pro-jet va donc reposer sur sa capacité à recouvrir le
maximum de composantes territoriales en termes de ressources et de systèmes d’organisation des acteurs.

Les ressources du territoire


Eau, sols, air, biodiversité, paysages, etc.
Ressources
naturelles
Ressources
Infrastructures, moyens de production, de distribution, de consommation, services, SAU, etc.
productives
Institutions publiques nationales et territoriales, centres de formation/éducation/santé,
Ressources
institutionnelles législation, secteurs d'activités, etc.
et législatives
Ressources Savoirs, savoir-faire, connaissances, codes sociaux, traditions et pratiques sociales, croyances, etc.
immatérielles
et culturelles
Agriculteurs, éleveurs, acteurs techniques, prestataires de services, tendances
Ressources
humaines
Ressources démographiques, etc. Capitaux, fonds de garantie, etc.
financières

Organisation de l’activité humaine sur le territoire


OSC, coopératives, collectivités locales, collectifs, groupements de paysans, syndicats,
Structures
etc. Réseaux d’acteurs, filières, plateforme, partenariat, alliances diverses, etc.
Mode
d'organisation
Administratif, politique, agricole, socioculturel, environnemental, etc.
Domaine
d'organisation

Partie 2 : Construire et conduire une transition agroécologique 29


4.1.2. Comment choisir le territoire
e
de projet ?
Niveau de contraintes lié au contexte du proj t
Territoires et agroécologie Sur le terrain, la détermination du territoire d projet peut suivre des chem ins multiples. Les
critères mobilisés par les acteurs du développement vont être dépendants du type de projet et de l’
objectif fixé. Ces critères analytiques peuvent globalement être de 3 ordres : géomorphologiques
siques),
(ress ources biophy- socio-économiques (dont gouvernance) et opérationnels (pertinence
d’intervention). Ils ne sont pas forcément exclusifs et les expériences montrent que l’association de
ces différents types de critères se révèle pertinente et efficace. Les porteurs de projet s’appuient
alors sur ces différents critères pour déli-miter le territoire de projet.

Retours d’expériences
Danaya, Mali

Dans le cadre de cette association de migrants mettant en place un projet agroécologique au

Mali, la détermination du territoire de projet a suivi plusieurs étapes (sur la base de critères) :

Critères Définition du Type de critère


Risque élevé de territoire Prise de décision Géomorphologique
Région de Nioro du ONG
désertification et de
dégradation des terres Sahel
Socio économique
Commune ne possédant Commune de Gogui ONG et association des
pas de jumelage migrants du cercle de
Villages possédant 65%
Nioro du Sahel
de la population Villages de Diandioumé ONG et association de la Socio économique
de la commune et Tourourou Commune
Cohérence Villages de Diandioumé ONG, association des
Géomorphologique
et Tourourou, même migrants du cercle de
d’aménagement
bassin versant Nioro du Sahel et
association de la

Commune

Mali © Danaya 2013

30
Etc Terra, Madagascar
Dans le cadre de leur programme holistique de conservation des forêts, faisant suite à une première phase de
jet,
pro- l’ONG Etc Terra et ses partenaires Agrisud et WWF ont fait un choix parmi les 5 zones d’interventions
historiques sur la base des critères suivants :
Critère Raisons du choi x Type de critère
Valeur de conservation du Paysages prioritaires de Géomorphologique
territoire conservation, résilience des
écosystèmes
Cohérence avec les politiques Priorités définies dans la Socio économique
nationales politique REDD+
Partenariats techniques et Partenariats existants, Socio économique
financiers présence d’acteurs relais
(stratégie de sortie)
Accessibilité des sites Efficience de la mise en œuvre Opérationnel

Connaissances existantes sur Disponibilité et qualité des études Opérationnel


les sites scientifiques
Potentiel REDD+ des sites Projections existantes Opérationnel

Potentiel de succès des activités Résultats de la première phase Opérationnel


de projet
Agrisud, Haïti
Dans le cadre de son projet d’aménagement du bassin versant de Limbé et de mesure de l’impact
environnemental des activités agricoles, l’ONG et ses partenaires GRADIMIRH et Etc Terra, ont défini leur
territoire de projet selon les critères suivants :

Critères Définition du Prise de décision Type de critère


terri to ire
Zone d’intervention Bassin versant
cohérente au plan de Limbé ONGs Géomorphologique
agroenvironnemental
Rôle des autorités locales 4 communes principales
dans la gouvernance du bassin versant ONGs Socio économique
Partenariat existant dans 4 communes principales
le cadre d’une ONGs, bailleurs Socio économique
du bassin versant
coopération décentralisée
Analyse à l’échelle Localités prioritaires
avec organisations de ONGs, communes Opérationnel
communale
producteurs
Cohérence Zone de culture
géomorphologique ONGs et organisations Géomorphologique
cohérente (ensemble des
de l’intervention producteurs et parcelles) de producteurs

Dans le cadre de la mise en œuvre de projets agroécologiques sur les territoires, s’appuyant donc sur les
ressources humaines et naturelles locales et devant intégrer les modes de gouvernance existants, ce croisement
entre les différents types de critères est essentiel.
Au sein du territoire de p rojet, il c onvient aussi de distinguer différentes zones : par exempl e, une zone de d iag-nostic
et une zone d’action peuvent être distinctes. La zone de diagnostic (a priori large et englobante) comprend celle de l’action
(dépendant de la problématique précise à traiter). Par exemple, à partir d’un diagnostic élaboré à l’échelle d’une commune
pour répondre à un besoin identifié par les autorités locales, il peut s’avérer pertinent de n’intervenir que sur certaines
localités. Ainsi les projets agroécologiques à l’échelle du territoire demandent aux porteurs de projet

Partie 2 : Construire et conduire une transition agroécologique 31


Territoires et agroécologie

Haïti © Agrisud 2015


de pouvoir intégrer les différentes échelles permettant une approche large et systémique ou une approche plus
centrée sur une problématique particulière. Par ailleurs, il est aussi possible d’adapter les limites géo-
graphiques du territoire de projet (zone de diagnostic et zone d’action) au cours du temps en fonction des
résultats et évaluations.

Facteurs de blocage
Sur les vastes territoires :
• actions locales pertinentes sur de petites surfaces (ha) m ais non suffisantes à l ’échelle du
2
terri-toire complet (km )
• multiplication des acteurs et projets sans concertation : doublon de certaines actions et /ou
contra-dictions
Partenariats avec les autorités locales :
• l’instabilité politique peut rendre les choses difficiles sur la durée avec des formes

d’engagement non homogènes à travers le temps

Recommandations méthodologiques
• maintenir les deux niveaux d’intervention : global pour l’élaboration de la planification
stra-tégique et local pour la mise en œuvre des aménagements
• mobiliser les communautés locales des territoires sur lesquels on cherche à intervenir : pour un
projet territorial, il faut s’assurer d’avoir une vision partagée du territoire et de ses composantes
• évaluer les barrières dès la phase d’instruction et de définition du territoire : accès aux

zones d’intervention du projet, capacités des autorités sur ces zones …

4.2. Choisir les acteurs à mobiliser


4.2.1 Des acteurs et des organisations sur le territoire
Pour que la participation des populations locales puisse être effectuée dans de bonnes
conditions, en fonction du rôle, des compétences et de la responsabilité de chacun, un recensement
des acteurs et des organisations e n présence su r l e t erritoire est une étape i ndispensable à la
const ruction d’ un projet (Beaudoin et al., 2013).

32
Il est important de savoir reconnaître la pertinence des participations, en fonction des visions respectives des
p ar-ties prenantes, de leurs intérêts propres, de leurs forces contractuelles et de leurs m arges d’intégration
(FAO, 2012). Ainsi, à chaque pr oblématique sont associés des acteurs territoriaux spécifiques, en faveur ou en
A
défaveur du projet. ce sujet, il est intéressant de savoir positionner les acteurs dans ce qu’ils peuvent
représenter en tant que freins ou forces motrices.
Les catégories d’acteurs à l’échelle du territoire sont multiples. On peut distinguer, sans être exhaustif :

Des acteurs et des organisations économiques tels que les groupements professionnels (groupements de
paysans, coopératives, comités de gestion des ressources) ou bien les entreprises, les structures de
financements (organismes de microcrédit, banques)
• Des acteurs et des organisations institutionnels publics ou privés tels que les services déconcentrés de
l’état au niveau communal, départemental et régional, les centres de formation, les scientifiques, les
instituts de recherche ou bien les bureaux d’experts, etc.
• Des acteurs et des organisations politiques tels que les élus locaux, les partis politiques et militants, etc.
• Des acteurs et des organisations de la société civile, tels que les associations locales (environnement,
développe ment, éducation, santé, promotion culturelle), les chefferies traditionnelles, les comités
villageois, les leaders reli-gieux, les foyers, etc.
• Des acteurs internationaux tels que les ONG et OSI, les bailleurs de fonds, les institutions

internationales de développement.

4.2.2 Des rôles spécifiques pour chaque acteur au service du projet

Le rôle joué par ces différents acteurs pour le projet relève de champs d’actions différents. Il y a ceux qui
vont met-tre en œuvre des pratiques agroécologiques, ceux qui vont participer à la diffusion des processus du
modèle, ceux qui accompagnent, ceux qui appuient, ceux qui financent, etc.

Exemple d’acteurs mobilisables et de leur rôle potentiel dans un projet

Acteurs Rôle général potentiel


Rôle multiple et décisif à l’échelle du territoire. Grâce à leur expérience et leurs savoirs et
Paysans savoir-faire en matière d’agriculture, grâce à leur ancrage physique sur le territoire et à leurs
droits écrits et non écrits, les paysans participent à la mise en valeur des territoires agricoles
et de modèles tels que l'agroécologie.
Permettent l’intégration du projet dans des systèmes d’organisation pour renforcer les
Organisations dynamiques d’actions, optimiser les efforts engagés et valoriser plus largement les résultats
de paysans
obtenus, diffuser et vulgariser de nouvelles pratiques telles que l'agroécologie.
Permettent de renforcer le projet dans le cadre d’intérêts communs, de partage de
ONG et compétences et de moyens (partenariats possibles). Les associations locales dans le domaine
associations de la santé, de la jeu-nesse, de la culture, etc. permettent par ailleurs, d’appuyer le projet sur
locales des t hématiques transver-sales de l’agroécologie.
Accompagnent et appuient le projet. Elles peuvent influencer les orientations, les perceptions
Autorités et les représentations en vue de permettre l’intégration de l’agroécologie au sei n des s
traditionnelles ystèmes sociaux qui véhiculent des représentations du territoire.
et religieuses
Appuient, influencent et renforcent l’intégration de l’agroécologie dans les territoires, en
Autorités veillant à la crédibilité d’un système juridique garantissant l’accès aux ressources, en
publiques favorisant des poli - tiques d’aménagement et de développement du territoire. Elles sont
sources de moyens techniques et financiers.
Proposent des compétences techniques agricoles pour venir en appui aux paysans et aux
Services
techniques organisa-tions, avec une connaissance large du territoire et de ses enjeux.
privés ou publics
Appuient et renforcent les savoirs et les savoir-faire des acteurs agricoles, tout en
Instituts de
recherche et développant des techniques existantes et en accompagnant l’émergence des innovations
universitaires
agroécologiques chez les paysans.

Partie 2 : Construire et conduire une transition agroécologique 33


4.2.3. Les interactions entre acteurs
Il est également important de considérer les phénomènes d’interactions entre les acteurs et de s’inter-
Territoires et agroécologie roger sur ce qui les relie entre eux. L’étude des interactions entre acteurs peut se faire soit de manière
ver-ticale (interactions de subordination) soit de manière horizontale (interactions partenariales).
Dans
un premier temps, il convient d’évaluer les rapports de subordination qui s’établissent
entre les acteurs en termes de gestion du pouvoir. Il s’agit d’entrevoir, selon la FAO (2012), la
capacité de certains acteurs à influencer les autres. La notion de pouvoir peut s’appuyer sur des
compétences, le contrôle des relations dans l’environnement, la maîtrise de la communicat ion ou b
ien les connaissances du système (ibid). La subordination repose sur des liens hiérarchiques voire
des normes ou des systèmes de règ le-mentation. Pour l’ensemble des membres du GTD, la
construction d’un projet agroécologique sur les ter-ritoires nécessite l’approbation des autorités
locales pour le déploiement de moyens et la mise en place de dynamiques d’action pérennes.

A retenir
• Savoir reconnaître les relations d’influence qui s’établissent entre les acteurs
• Connaître les compétences et comprendre le jeu de pouvoir des autorités traditionnelles
locales pour mieux saisir les mécanismes de gouvernance locale
• Veiller à ce que les autorités locales ne soient pas un obstacle au projet et y adhèrent pleinement
• Avoir une bonne connaissance du contexte sociopolitique local

Dans un second temps, il est important de pouvoir comprendre les relations qui s’établissent entre les
acteurs de manière horizontale, au sein notamment des sys tèmes productifs (filières, relations commer-
ciales, etc) . L’organisation de réseaux et la mise en place d’interactions partenariales sont également des
dynamiques d’acteurs à saisir, pour leur visibilité, leurs compétences et les capacités qu’ils réunissent.

A retenir
• Repérer les réseaux associés aux mêmes thématiques d’actions
• Veiller à ce que les dynamiques d’organisation locales existent et soient complémentaires

et non concurrentes
4.2.4. Comment choisir les acteurs

Une fois les acteurs et leurs dynamiques identifiés à l’échelle du territoire, il faut être en mesure
de déterminer lesquels seront mieux à même de participer au projet.
Les partenaires du GTD sont unanimes sur le fait que les paysans, les organisations
professionnelles ainsi que l’ensemble des partenaires locaux doivent être motivés, compétents et
ancr és au sein de le ur environnement pour participer au projet.

Burkina Faso © Terre et humanisme 2014


34
A retenir
• La concertation avec les autorités locales est indispensable, aussi bien pour la phase de préparat ion du
projet que de mise en œuvre
• Les autorités locales peuvent être d’un appui important pour identifier les bénéficiaires, mais il ne faut
pas se contenter de leur point de vue : l’identification des acteurs à associer au projet doit se faire dans la
concertation avec l’ensemble des parties prenantes dans le territoire
• Il est important d’être capable d’identifier le niveau de motivation des acteurs afin de s’assurer une réelle impli-
cation sur la durée complète du projet et au-delà : il ne faut donc pas négliger le temps de dialogue et de discussion
à ce sujet (différentes cultures = différentes temporalités nécessaires)
• Même si les ONG prônent les synergies, la mise en place effective de relations partenariales peut être

difficile et des logiques de concurrence peuvent prévaloir : il faut y être attentif.

Retour d’expériences
Exemple de la création de collectifs d’accompagnement

Plusieurs expériences ont montré qu’à partir des phases de concert ation avec les acteurs locaux, peuvent
émerger des collectifs d’accompagnement du projet. Ces collectifs peuvent être temporaires ou être formalisés
et pérennisés, indépendamment du projet. Deux exemples permettent d’illustrer cela.
• En Haïti, dans le cadre d’un projet porté par Agrisud dans le bassin versant de Limbé, des commissions commu-nales
sont mises en place dans les communes concernées par le projet. Elles réunissent les maires, les bureaux agricoles
communaux, les agents de section communale, les leaders locaux, etc. Elles sont représentatives de l’ensemble du ter-
ritoire communal et permettent de traiter des points suivants : recensement des ressources et de leur état, identification des
zones prioritaires d’interventions etc… Elles permettent également de favoriser la pérennité du projet.
• Au Mali, dans le cadre d’un projet de diffusion de l’agroécologie porté par Terre et Humanisme en 1997,
une union des associations a été créée sur les bases d’une concertation engagée avec les représentants des
associations locales, les membres de la chefferie et l’ONG. Cette Union pour un Avenir Ecologique et Solidaire
(UAVES) est devenue le par-tenaire majeur du projet dès 2001. Cette union des associations a perduré au-delà
du projet et est aujourd’hui un acteur majeur au service de la diffusion de l’agroécologie au Mali.
REMARQUE : Dans le cadre d’organisations professionnelles, il est important d’évaluer la fiabilité des structures
partenaires, en s’intéressant à leur mode de représentation, à leur gestion interne financière et organisationnelle et à
leurs ressources opérationnelles. Cette évaluation peut inclure l’étude des projets antérieurs et l’analyse du dyna -
misme de ses membres, en termes d’initiatives et d’efficacité sur la zone d’intervention.
Dans la perspective de dif fusion des processus agroécologiques, il est essentiel que les partenair es du
projet soient communément reconnus sur le territoire ; le mieux reste qu’ils puissent être collectivement
désignés par les populations locales. En définitif le défi est de pouvoir renforcer, modifier ou ancrer les
dynamiques des sociétés afin d’intégrer la démarche agroécologique dans les territoires.
4.3. Intégrer la démarche de transition agroécologique dans les territoires
L’intégration de la démarche de transition agroécologique dans les territoires consiste à repérer un certain
nombre d’éléments participant à la transition agroécologique à l’échelle locale. Ces éléments sont déterminants
pour promou-voir l’agroécologie dans les terr itoires et fonder des dynamiques d’acti on selon une démarche
spécifique en fonction du contexte d’intervention. Ils se basent sur différentes composantes territoriales.
Pour disposer d’une lecture claire des composantes territoriales correspondant aux caractéristiques agroécologiques et
comprendre leur importance, la section suivante décrit les actions de diagnostic à mener autour de différents thèmes :
• utiliser les savoir-faire locaux
• disposer d’une vision dynamique/évolutive sur les ressources naturelles et comprendre l’organisation de l’espace
• caractériser les modes de production vers l’intensification écologique
• repérer les interactions agrosylvopastorales
• caractériser les vulnérabilités des systèmes environnementaux, économiques et sociaux

Pour chacune de ces th ématiques, nous précisons les composantes, les syst èmes territoriaux à repérer et l es
8
per-sonnes ressources à mobiliser .

8 - Cette proposition est le fruit de la synthèse des entretiens menés auprès des partenaires du GTD, c’est pourquoi elle n’a pas la
prétention d’être exhaustive. Elle vise à apporter néanmoins des éclairages suffisants pour construire une dynamique d’action. Des
éléments théoriques supplémentaires viennent renforcer les propos.

Partie 2 : Construire et conduire une transition agroécologique 35


4.3.1. Utiliser les savoir-faire locaux

Les connaissances : connaissances/informations locales relatives aux plantes


Territoires et agroécologie
et leurs usages (ex : connaissances phytosanitaires / pharmacopée), mais
aussi aux processus environnementaux, économiques et sanitaires, etc.
Les compétences : techniques, pratiques agricoles, etc.
Les représentations et le contexte social : les croyances
religieuses, l’histoire locale, etc.
A l’échelle du territoire se Les systèmes d’organisation et de gestion : gestion de la fertilité des sols,
renseigner sur... gestion de l’eau, gestion de la biodiversité, gestion agricole de l’espace, ges-
tion des animaux, systèmes d’évitement des risques (moyens de résilience),
systèmes agraires, trajectoires des systèmes agraires et sociaux en ayant
une vision dynamique sur leur évolution dans le temps, etc.
Les systèmes de transmission des savoirs et des savoir-faire :
cadres exis-tants, modes de transmission, etc.

Exemples de personnes Paysans , Autorités traditionnelles, Services techniques, Scientifiques


ressources potentielles En plus : Doyens, Tradipraticiens

L’identification des savoir-faire locaux permet :

• D ’utiliser et d e v aloriser l ’existant notamment les savoi r-faire vertueux pour


l’environnement naturel et social. A fortiori cela participe à la diffusion, la généralisation et la
capitalisation de bonnes pra-tiques paysannes. A l’inverse, il est possible d’identifier des
mauvaises pratiques pour lutter contre, de manière efficace.
• De faire le lien ente savoir-faire traditionnels et connaissances scientifiques : il s’agit de
mettre en avant un apport mutuel entre l’existant et les nouvell es techniques apportées, afin de
proposer de s innovations adaptées.
• De préserver et de soutenir les modes de transmission, en développant, soutenant et
améliorant leurs cadres, de manière à ce que les savoirs et les savoir-faire ne se perdent pas. En cas
de manque de cadre, la nécessité de créer de nouvelles structures (ex : centre de form ation –
exploitation école) s’im-pose.
Bon à savoir
Il peut y avoir « rejet » des pratiques ancestrales qualifiées de non modernes et donc jugées non
per-formantes. C e fut le cas lors du projet de cent re de formation à l'agroécologie à Gorom-
Gorom (Burkina Faso) dans les années 80, où les porteurs du projet ont été soupçonnés de ne
pas vouloir lais-ser les paysans a ccéder à la mo dernité. Les p opulations son t p arfois en rec
herche de « nouveautés » et l’organisme qui va les accompagner, s’il veut être crédi ble, doit
pouvoir trouver l’équilibre entre valorisation des savoirs locaux et « innovations ».

Burkina Faso © Terre et humanisme 2014


36
4.3.2. Disposer d’une vision dynamique/évolutive sur les ressources naturelles et comprendre
l’organisation de l’espace

L’évolution de l’état des ressources naturelles : évaluation de la


disponibilité des ressources dans le temps (eau, sol fertile, biodiversité)
La perception des acteurs territoriaux sur l’évolution de l’état des ressources naturelles :
vision de l’état des ressources par les acteurs (eau, sols, biodiversité, etc.), causes de mise
en danger des ressources naturelles (ex : ravageurs et maladies en présence)
Les problématiques associées à l’état et l’évolution des ressources naturelles :
identification des enjeux prioritaires (ex : manque d’eau pour les cultures,
baisse des rende-ments agricoles, érosion, désertification, etc.)
A l’échelle du territoire
L’usage/l’accessibilité des ressources naturelles : localisation des points
se renseigner sur... d’accès aux ressources (ex : sources, cours d’eau, forêts), pratiques liées à
l’utilisation des ressources, conditions d’accès aux ressources
Le droit et les règles en vigueur pour l’utilisation et la répartition des ressources naturelles :
droit foncier, droit coutumier, droit d’usage, droit d’accès aux ressources (ex : en eau)
La gestion spatiale et sociale des ressources naturelles : gestion des ressources, gestion de
l’espace territorial, gestion de la durabilité, interactions environnementales et sociales, flux et
partages, structures et infrastructures, aménagements et plans d’aménagement local

Paysans, Autorités traditionnelles, Autorités locales, Associations locales


Exemples de personnes
Services techniques, Scientifiques
ressources potentielles En plus : Comités de gestion des ressources

Disposer d’une vision dynamique et évolutive sur les ressources naturelles permet :

• D’obtenir une compréhension holistique du territoire et permet de construire une vision


territoriale du projet agroécologique.
• D’identifier comment préserver et/ou restaurer durablement les ressources naturelles : par la
déter-mination de zones géographiques pertinentes et prioritaires en fonction de l’enjeu à traiter. Il convient
par la suite de définir les moyens à mettre en œuvre en fonction des priorités définies (ex : construction de
puits, mise en place de dispositifs d’irrigation, introduction et réintroduction de variétés, mise en place de
systèmes anti-érosifs et de dispositifs d’aménagement des parcelles cultivées, etc.) .
• De mieux gérer l’espace en mettant en évidence les concurrences, notamment au niveau de
l’accessi-bilité des terres fertiles. Il convient de prévenir des conflits éventuels, faire évoluer et
formaliser le droit fon-cier entre tradition et législation. L’intérêt est de mettre en place une
coordination locale sur la gestion de l’es-pace et l’usage des ressources naturelles.

4.3.3. Caractériser les modes de production vers l’intensification agroécologique

Les systèmes de production : moyens de production, contexte de production


Les itinéraires techniques : équilibres favorables entre la culture de plantes,
élevage et services rendus, rapport utilité/service, modes de gestion
A l’échelle du territoire culturale, gestion des effets de saisonnalité, transformation des produits…
se renseigner sur... Les voies transversales pour l’intensification agroécologique : diversité
génétique, gestion de la fertilité, de l’eau et de la pression sanitaire, facteurs
de production, diversification des services

Exemples de personnes Paysans, Services techniques


ressources potentielles En plus : Semenciers, Pépiniéristes, Banques de semences

Partie 2 : Construire et conduire une transition agroécologique 37


Caractériser les modes de production à partir des savoir-faire locaux et des ressources naturelles
dis-ponibles conduit à rechercher des solutions pour l ’intensification agroécologique des product
ions agri-coles. Il est question d’identifier les leviers d’intensification, de repérer des potentialités
synergie
culturale (ex : association de variétés complémentaires) et d’identifier les
Territoires et agroécologie
en termes de
possibilités de travaux collaboratifs (exemple : puiser parmi la richesse des pratiques celles les plus
adaptées aux éléments dis-ponibles). Les travaux collaboratifs peuvent être intéressants dans le
cadre d’aménagements requérant de la main d’œuvre. Les leviers d’intensification agroécologique
la
peuvent être les suivants : amélioration de fertilité des sols, valorisation de flux entre l es
systèmes agraires, diversification des productions en fonction des capacités de l’écosystème, de la
vision des paysans et de la communauté et ouverture de nou-velles perspectives économiques.
Bon à savoir
La c aractérisation de s m odes de p roduction e st un exercice intéressant à faire s ur la bas e de

l a construction de calendrier d’activités (cultures / élevage) en mode participatif.

4.3.4. Repérer les interactions sylvoagropastorales

Les interactions existantes et possibles : points synergiques entre


culture, élevage et gestion forestière au sein des systèmes de
production, usages dans la valorisation des sous-produits
A l’échelle du territoire se d’élevage et des sous-produits agricoles et de sylviculture
renseigner sur... Les facteurs bloquants des interactions : concurrences entre
élevage, cultures et zones forestières, conflits d’usages
Les modes de gestion de l’espace : répartition des terres, droit
applicable, moyens de gestion

Eleveurs, Paysans, Services techniques


Exemples de personnes
Sur les questions foncières : Autorités locales, Autorités traditionnelles
ressources potentielles En plus : Vétérinaires

Pour que l’agroécologie puisse favoriser des synergies entre l’élevage, les cultures et la gestion
fores-tière, il faut :
• Repérer les facteurs bloquants de sorte à pouvoir trouver des mesures correctives et
maintenir un équilibre entre les trois formes d’activité. Cette synergie permet de valoriser les
produits voire les sous-produits.
• Faciliter les relations entre éleveurs et cultivateurs, en développant des modes de
contractualisa-tion le cas échant.
• Promouvoir la création de services agricoles associés, tel que le développement des soins

vétéri-naires via la pharmacopée locale par exemple.

[Link]ériser les vulnérabilités des systèmes environnementaux,


économiques et sociaux

Au niveau agroenvironnemental : conditions agropédoclimatiques


dont cli-mat et géomorphologie, conditions d’accès aux semences
de qualité, les besoins d’intrants dans les systèmes de culture
Au niveau économique : modes de dépendance aux marchés, aux
Etats, aux bailleurs, aux systèmes de commercialisation, aux filières
A l’échelle du territoire se
(infrastructures - voies de communication), activités secondaires
renseigner sur... génératrices de revenus (diversification des activités), étalement
des productions et des périodes de récoltes (donc des revenus)
Au niveau social : systèmes de gouvernance locale, moyens sociaux et
orga-nisationnels déjà mis en œuvre pour répondre aux vulnérabilités et
accroître la résilience, capacités d’adaptation au sein des communautés

Paysans (cultivateurs, éleveurs), Autorités locales


Exemples de personnes
En plus : Distributeurs, Transporteurs, Commerçants
ressources potentielles

38
Le fait de caractériser les vulnérabilités des systèmes environnementaux, économiques et sociaux conduit à
s’inter-roger de manièr e englobante, sur comment limiter les dépendances, notamment des sociétés par rapport
à leur envi-ronnement. Cette étude s’impose en vue de :
• Améliorer la résilience des familles paysannes et de l’ensemble des systèmes territoriaux liés directement ou
indirectement à l’activité agricole. Cette amélioration consiste entre autres à pérenniser les conditions d’accessibilités des
zones de production et des marchés (ex : construction de pistes, désenclavement des zones de production, sécurisation des
échanges entre acteurs et renforcement des services agricoles, banques de semences, pépinières, coopérative, etc.).
• Identifier les capacités des paysans à s’adapter aux changements ou aux aléas dans le territoire :
selon les partenaires GTD, ces capacités d’adaptation vont reposer sur l’amélioration et la diversification des
revenus des pay-sans à moyen et long termes, sur la diversification des activités rurales et la création de
nouveaux emplois en lien avec les processus agr oécologiques (ex : b ûcherons, menuisi ers, charbonniers). Ces
dyna miques d’action propo sent de s alternatives économiq ues face aux risques de mauvaises récol tes, et de fl
uctuation des cours du marché. D ans un contexte économique fragile, l’adaptation au changement consiste pour
le paysan, à rester compétitif dans et en dehors du territoire.

A retenir
Cette proposition de construction d’une dynamique d’action agroécologique repose sur des orientations
thématiques « tiroirs » qui permettent aux acteurs du développement d’identifier ce qu’il semble déterminant
à connaître et com-prendre sur le territoire et dans quel but. L’effet « tiroir » renvoie au fait de pouvoir se
référer à une t hématique et pas nécessairement à toutes, selon l’angle d’action que les acteurs souhaitent
développer. Un projet agroécologique, comme en témoignent les expériences des membres du GTD, ne p
ourra ce rtainement p as ré pondre à l’ensemble des orientations proposées. Néanmoins les champs
thématiques traités font état de la richesse de la trans-versalité de l’agroécologie.

Mali © Eau Vive 2014

5. Conduite de la démarche agroécologique dans les territoires


Par « conduire la transition agroécologique », il faut entendre développer des démarches d’accompagnement
et des outils de projet innovants qui puissent participer à l’émergence de conditions favorables pour l’évolution
de l’agroé-cologie. Dans cette optique, l’acteur du développement a un rôle à j ouer sur de multiples champs
d’action intégrés à des systèmes et à des processus qu’il convient de bien cibler.
Il n’est donc pas question dans cette section, de présenter une méthode de projet, ni même de désigner des étapes à
suivre pas à pas. Une approche thématique est choisie pour répondre à la complexité qui s’impose de manière trans-
versale aux acteurs de développement pour mener une transition agroécologique dans les territoires.
Les thématiques abordées sont présentées sur la base de dires d’acteurs interrogés et d’éléments
bibliographiques. Des voies d’engagement possibles seront proposées ; des outils pratiques et récits
d’expériences viendront étayer les propositions selon leur pertinence en fonction des contextes d’intervention.
Partie 2 : Construire et conduire une transition agroécologique 39
5.1. Favoriser une compréhension holistique partagée des enjeux au service
d’un diagnostic territorial
Afin de pouvoir fixer des objectifs pertinents en fonction des contextes, une bonne compréhension du
contexte d’intégration est nécessaire en amont du projet (GTD, 2013). Compte tenu de la difficulté d’ap-
Territoires et agroécologie
préhender la complexité des systèmes territoriaux, une vision holistique des enjeux est nécessaire (GTD,
2014). Aussi le projet agroécologique doit intégrer les particularités d’un territoire et répondre avec per-
tinence aux besoins des populations locales. En satisfaisant les attentes des acteurs, l’idée est de progres-
sivement les amener à saisir l’intérêt qu’ils ont de devenir maître d’œuvre du projet (Côté, 2014).
Il est important que les populations locales participent à la définition de la problématique et des solu-
tions contextualisées, dans la mesure où les attentes, les projections et les intérêts des acteurs d’un terri-
toire peuvent converger ou s’opposer. Les différents acteurs territoriaux et les organisations doivent par-
ticiper aux processus de diagnostic afin de le rendre le plus complet et exhaustif possible. L’intérêt
d’im-pliquer les acteurs territoriaux en lien avec l’agroécologie, dans la phase de diagnostic, permet de
définir un projet territorial cohérent, solidaire et adapté (Beaudoin et al, 2013).
La phase de diagnostic se veut donc participative et peut s’appuyer sur différents outils. Nous
présen-terons ici des outils techniques permettant la réalisation efficace de ce di agnostic territorial
participatif. On notera que selon l’objectif recherché et les enjeux spécifiques dans le territoire
considéré, on n’utili-sera pas forcément le même outil.

Propositions d’outils techniques de diagnostic territorial

Nom de l’outil Cartographie participative avec maquette 3D


Agronomes et vétérinaires sans frontières - AVSF (Haïti)
ONG concernée Valoriser les connaissances et savoirs individuels de populations faiblement
Enjeux lettrées Créer un espace d’échange adéquat avec des acteurs locaux ayant des
visions parfois différentes de leur territoire et de ses enjeux de développement
• construction du relief pour le bassin versant déterminé :
Mise en œuvre • sur la base des courbes de niveaux, utiliser une superposition de couches de
(démarche) cartons aux dimensions des différentes courbes.
• pour atténuer l’aspect escalier de la superposition des couches, utiliser des
épais-seurs de papier crépon afin de créer une surface adéquate qui permet de
peindre des-sus
• rassembler les représentants des z ones du bassi n versant afin qu’ils reportent
le maximum d’informations sur la maquette
• environnement et ressources : sources, cours d’eau, usages de la terre…
• services de base : écoles, centres de santé, routes…
• utiliser la maquette comme support de discussion et de débat pour le comité de
pilo-tage (représentants des organisations de base, autorités locales, ministère
de l’agri-culture, ONG) afin de déterminer les orientations à donner au projet
• l’équipe technique fait des propositions qui sont débattues jusqu’à obtention
d’un consensus au sein du comité (zones d’interventions, activités etc…)
• utiliser l'outil tout seul n'a pas de sens, il faut l'associer à un accompagnement
Facteurs des paysans
de blocage • la lutte anti-érosive doit être traitée avec les autres t hèmes listés sur le
territoire. Alors seulement il y aura un impact réel sur l'érosion.
• la construction du relief de la maquette peut être réalisée avec les enfants
Recommandations d’une école
• favoriser les symboles simples et des couleurs prédéfinies pour les représentations
des informations sur la carte 3D afin que chacun puisse s’y retrouver facilement
• il est possible de faire des photos à la verticale de la maquette et de les
exploiter dans un logiciel SIG en redessinant les informations pour produire des
cartes théma-tiques consultables plus largement
Delerue Florian, 2009, L’intégration des familles paysannes haïtiennes dans la
Références lutte antiérosive à travers la cartographie participative, AVSF
http :// [Link]. org/pub lic/p osts/6 21/lu tte -contre -l-e rosio n-e t-c artogra

phie [Link] ; [Link]

40
Nom de l’outil Système d’information géographique agro-environnemental
Etc Terra (Madagascar)
ONG concernée Permet de gérer l’information pour de grands territoires et sur plusieurs sites
Enjeux Répond aux besoins de transparence, de communication et de partage d’informations qui ne
sont pas forcément accessibles aux acteurs du développement et aux collectivités
• définition des données à récolter et des protocoles de recueil de ces données : suivi des activités
Mise en œuvre (formations, réalisations, aménagements sur le terrain, etc.) et relevés sur l’impact environnemen-
(démarche) tal (inventaire sol et biomasse, cartographie de l’usage des terres, empreinte carbone…)
• récolte des données et traitement sous forme de couches SIG superposées sur une carte
• analyse croisée des données pour répondre à certaines questions spécifiques au projet
(vulnéra-bilité des sols, scénarios de changements de pratiques, zone potentielle d’adoption
des pratiques, etc.)
• mise à disposition des données sur Internet permettant de f ournir une plat eforme de part
age et d’échange d’informations
• les acteurs du développement et les scientifiques détenant des informations doivent
Facteurs accepter de les partager
de blocage • les protocoles et outils de recueil de données doivent être adaptés
• nécessite un niveau d’expertise sur : outil SIG, analyse multicritères, analyse d’images
satellites, webmapping, etc.
• né cessite u n m atériel spécifique pour la col lecte (GPS, et c.) et le t raitement des
données (logiciels, interface, etc.)
• faire une analyse de l’existant et des besoins afin de déterminer les données
Recommandations déjà disponibles et les outils adaptés
• privilégier des outils et protocoles simples
• définir collectivement un système de codage des informations
• favoriser le partage et la diffusion d’information vers les acteurs locaux
• accompagner la prise en main des outils par des séances de

Références formation [Link]

Madagascar © Etc Terra 2013 Madagascar © Etc Terra 2013


A partir de ces différentes illustrations, quelques recommandations générales peuvent être extraites :
• il est important de croiser les points de vue sur la phase de diagnostic (le recours à l’expertise en sciences
humaines peut être très utile en complément du travail avec les acteurs locaux)
• prévoir des visites de terrain pour confirmer les projections faites sur les cartes peut s’avérer pertinent aussi
bien pour valider certaines informations que pour renforcer la dynamique collective
• les diagnostics territoriaux sont une étape fondamentale qui prend du temps. Il faut prévoir des délais
suffisants pour cette phase au sein des projets. Il est cependant nécessaire de trouver un équilibre entre la
bonne compréhen-sion des choses, le temps qu’elle nécessite et les besoins de passer à des actions concrèt es
pour limiter le risque de démotiver les parties-prenantes.

Partie 2 : Construire et conduire une transition agroécologique 41


5.2. Susciter l’intérêt agroécologique en minimisant les risques et en
créant un contexte favorable pour apprendre
Susciter l’intérêt agroécologique auprès des paysans et des aut res acteurs locaux est un point ind is-
pensable pour f avoriser l’ adhésion d e la majorit é des part ies pren antes et la péren nisation du projet.
Territoires et agroécologie
L’intérêt concerne a ussi b ien d es a spects techn iques (pert inence agronom ique), qu’ économique (effi -
cience et sécurisation de revenus) et politique (adhésion à une philosophie plus large et prise en c ompte de
l’agroécologie dans une volonté de construire le territoire de demain). Dans les zones touchées par la
désertification, où la vulnérabilité des populations agricoles est importante et où l’insécurité alimentaire est
un réel enjeu, ce sont avant tout les paysans qui doivent trouver dans ce mode de développement, une
réponse à leurs attentes. Leurs choix agricoles se tournent en effet vers des solutions dont les résultats sont
immédiats, en dépit de pratiques parfois néfastes pour l’environnement (Côte, 2014). Il convient donc de
répondre à la nécessité d’offrir des résultats à court terme, sans que les paysans ne prennent de risques
importants en s’engageant dans la transition agroécologique. Sachant que les processus agroécologiques
s’appuient sur des processus naturels longs (Dufumier, 2005), il faut donc être capable de susciter un inté-rêt
en montrant les avantages à court terme (sur le revenu des familles par exemple ou l’accroissement de la
disponibilité alimentaire en période de soudure) et à l ong terme (impact sur la ferti lité des sols et la
réduction des processus d’érosion par exemple).
Susciter cet intérêt peut s’appuyer sur différents axes de travail ou outils. Les processus de démons-
tration sont largement utilisés par les partenaires du GTD, généralement dans le cadre de projets pilotes,
de même que la formation des paysans et des agents des services techniques agricoles locaux.

5.2.1. Les processus de démonstration technique

Aménagement de périmètres de démonstration des pratiques


Nom de l’outil

ONG concernée Agrisud (Maroc) agroécologiques (cultures maraîchères)


Enjeux Dépasser la résistance au changement par la démonstration et une prise de risque par-
tagée : création d’un périmètre « vitrine »
Mise en œuvre • Actions au niveau collectif :
(démarche) - s écurisation d ’un p érimètre (obtention d’un t itre foncier pour l ’Association de
Développement Local, ADL)
- aménagement du périmètre (épierrage, protection : clôture, plantations pour favori-
ser la création d’un micro-climat, limiter les effets du vent)
- mise en place des infrastructures d’irrigation (investissement dans le cadre du pro-
jet)
- parcellaire du périmètre avec chaque producteur (droit d’exploiter concédé pour
3 ans par l’ADL ; renouvellement possible si bonne valorisation de la parcelle)
• Actions au niveau individuel :
- transfert des pratiques agroécologiques clés (identifiées en lien avec le contexte)
- acquisition de semences, intrants, matière organique pour la mise en œuvre des pra-
tiques transférées
- suivi, conseil et analyse des résultats (comparaison avec les anciennes pratiques)
Facteurs • Moyens nécessaires pour les investissements au démarrage
de blocage • Nécessité de négocier pour le foncier avec l’ADL, et d’une mise à disposition indi-
viduelle des parcelles (et non collective)
Recommandations • Le choix du lieu est important : passage fréquent, proche d’un marché etc.
• Accompagnement nécessaire sur le volet organisationnel pour une pris e en charge
progressive par les producteurs (l’ADL ne porte la dynamique que de m anière tran-
sitoire)
• Association des services techniques existants, relais pour la diffusion des résultats
Références Agrisud, Rapport d ’activités d u PA PAMO, Projet d’Amélioration des P ratiques

Agricoles en Milieu Oasien, [Link]

42
Projet pilote d’aménagement de micro bassins versants
Nom de l’outil
GRET (Myanmar)
ONG concernée
Permet de dé montrer de s pratiques relativement nouvelles a fin d e sen sibiliser non
Enjeux
seulement les communautés concernées mais aussi la recherche et les pouvoirs publics
• Identification des sites et sensibilisation des communautés
Mise en œuvre • Faisabilité technique (avec les services déconcentrés de l’Etat et les communautés concernées)
(démarche) • Faisabilité sociale (inclusion des villages concernés pour mobilisation, suivi évaluation et
diffu-sion)
• Création d’un comité de gestion des ouvrages (élu par les communautés au niveau de chaque site)
• Mise en place des aménagements sur la base d’une formation des membres du comité, des
villa-geois et des travailleurs journaliers
• Suivi évaluation participatif : suivi régulier assuré par les membres du projet et du comité
de ges-tion et suivi évaluation régulier avec la participation des communautés (cette
participation favorise l’intérêt des villageois pour les activités)
• Visites d’échanges et d’exposition : organisées sur les sites pilotes avec d’autres
communautés, mais aussi avec la recherche, l’enseignement supérieur et les services
techniques et déconcentrés de l’Etat
• Le coût des investissements sur les sites reste élevé et nécessite une implication des
Facteurs pouvoirs publics (dans le cadre d’une politique sectorielle)
de blocage • Le même problème se pose pour la diffusion sur les différents territoires
• Un partenariat très étroit est indispensable avec les communautés où les sites de
Recommandations démonstration sont implantés
• U ne b onne s ensibilisation et m obilisation comm unautaire permet une véritable pris e de
conscience et implication
Volli, Carucci, 2001, Guidelines on soil and water management for Myanmar Dry zone, FAO
Références U Pe Than and Salgarolo Patrice, 2014, Report on water and soi l conservation works done
by GRET, Myanmar f armers innovating for rural devel opment and e nvironmental
restoration (MyFIRE) project, GRET

Myanmar © GRET 2015

Partie 2 : Construire et conduire une transition agroécologique 43


De nombreux partenaires s’appuient sur la démonstration technique des pratiques
agroécologiques sur les territoires. Voir par exemple :
• CARI, 2014, Mise en place d’une ferme de production et de démonstration pour la diffusion des pra-
tiques
Territoires et agroécologie agroécologiques en milieu oasien, Rapport d’activités 2013-2014 ([Link])
• Agroécologie et développement, 2012, Rapport d’étape du projet « Appui à la promotion de l’agroé-
cologie au Mali - Soutien au programme de 2012», avec Terre et Humanisme ([Link])
• UAVES, 2009, pour une diffusion des pratiques agroécologiques au Mali, avec Terre et

Humanisme ([Link])

5.2.2. Les processus de démonstration technique et économique

Projet pilote de plants maraichers : associer la création d’une filière et


Nom de l’outil
CARI (Maroc)la démonstration des techniques de pépinière
ONG concernée
Permet d’associer une nouvelle pratique à la création d’une fi lière
Enjeux économiquement rentable
• Identification du partenaire et du site d’implantation : partenaire sensible à la pro-
Mise en œuvre blématique et site approvisionné en eau et à proximité d’une voie de communication
(démarche) • Formation du partenaire : formation à la gestion administrative et financière,
et for-mation technique de pépinière (couche chaude, gestion de l’arrosage, etc.)
• Installation du site
• C ommercialisation d es plants : s ur la base d’une s tratégie de com
mercialisation antérieure à la production
• Organisation de journées de démonstration des techniques : l’ouverture du lieu
aux visites doit se faire en présence du partenaire et dans un objectif
pédagogique (sur les techniques et sur le mode de commercialisation)
• Accès à l’eau : ne doit pas être un facteur limitant car il y a besoin d’apports
Facteurs régu-liers lors de phases critiques
de blocage • La bonne gouvernance du projet avec le partenaire : il est important de trouver le bon
équilibre entre l’intérêt commercial et l’intérêt général avec la structure partenaire
Il est essentiel de déterminer un plan de formation en amont du p rojet afin de doter
Recommandations
la structure partenaire des compétences nécessaires (technique, économique, etc.)
CARI, Création d’une pépinière de plants potagers sur couche chaud e et vente
Références
des plants a vec les femmes d ’Aglaguel, 2008-2010, Program me de sauveg
arde e t de développement d es o asis du sud ma rocain, composante G uelmim
(Assa, Ta ta), [Link]

Maroc © CARI 2011


L’association d’une dimension économique aux aspects techniques de démonstration permet de
susci-ter un intérêt d’autant plus important que la question des revenus générés par l’activité est
essentielle dans ces zones où l’enjeu de sécurité alimentaire est majeur.
44
5.2.3. La mise en réseau des acteurs
pour
La mise en réseau des acteurs impliqués ou l a connexion avec des réseaux existants est aussi une voie p lébiscitée
la diffusion des pratiques et des résultats, permettant aussi une forme de plaidoyer auprès des autorités locales. Ainsi
l’approche « pa ysan à paysan » telle que plébiscitée par le G RET dans un projet à Madagascar. Cet te approche, qui repose
vaste
sur un réseau de paysans leaders, permet de diffuser de nouvelles pratiques à moindre coût, sur un territoire très et
avec un bien meilleur taux d’adoption. En effet, le paysan leader apparait comme un vecteur / promoteur de l’in-novation
(qu’il teste directement sur ses propres parcelles) plu s fiable et plus efficace. Par ailleurs, la réputation de ces paysans
leaders, du fait de leur expérience technique reconnue localement, est souvent bien meilleure que celle des tech-niciens
(dont les paysans se méfient très souvent), facilitant par là-même, la diffusion de nouveaux messages techniques.
Quelques mots sur la mise en place d’un réseau paysans leaders pour la dissémination de bonnes pratiques agroéco-
logiques innovantes dans le sud de Madagascar par le GRET : Fabrice Lheriteau, Rakotondramanana, Adrien Ratimo,
2014, St ock taking of CT A sc heme of lead farmer’s experience for the dissemination of innovative good practice s,
International Conference on Agroécology for Africa (03-07 novembre 2014, Antananarivo, Madagascar)
La dissémination de nouvelles pratiques agroécologiques dans la zone semi-aride du sud de Madaga scar a été déve-
loppée par le Gret depuis 2011 au travers d’une approche « paysan à paysan ». Elle s’est construite à la suite d’interven-
tions précédentes qui mettaient l’accent sur des écoles en plein champs (farmer field schools). Le réseau comprend à pré-
sent 40 paysans leaders (ou paysans relais) pratiquant et disséminant tout un ensemble de pratiques agroécologiques
inno-vantes au tr avers d’actions de vulgarisation de proximité (à destination des autres paysans locaux), de distributions
de « coupons semences », de visites d’é change et partages d’expériences (via des réunions et des ateliers de travail). Ce
réseau est appuyé techniquement par une petite équipe du CTAS, le Centre Technique Agroécologique du Sud (une
ONG locale formée par le Gret). Le travail engagé par les paysans leaders a permis un véritable changement des
pratiques agro-nomiques au sein de leurs communes et la dissémination à grande échelle (une bande littorale de 30km
par 90km) de leurs propres variétés de semences, adaptées aux conditions pédo-climatiques locales.

Le fonct onemendu réseau obéit à difféentes étapes :


•L’identification despaysans leaders estfaite parmi les pa ysans
avec qui le Gret tr availlait auparavant et qui ont adopté les pratiques agroécologiques développées et testées par le projet
(conjointement avec la recherche). Les critères de sélection sont l’expérience dans la mise en œuvre des pratiques agroécologiques, leur
aptitude rédactionnelle, leur moti-vation à travailler pour aider les autres paysans, leur statut social au sein de leur communauté, leur
absence d’engagement sur la scène politique locale, leur disponibilité (temps qu’ils peuvent consacrer à l’activité).
• Mise en œuvre des activités de base des paysans leaders : chacun d’entre eux couvre 5 villages et y organise des
formations 2 fois par saison de culture à destination de 5 à 30 paysans. A chaque session de formation, le paysan leader présente
une pratique particulière (à l’aide de supports pédagogiques), organise une discussion puis distribue des « cou - pons semences
» valables dans les magasins de semences locaux qui participent au réseau et font la promotion de varié-tés nouvelles
spécifiquement utilisées pour les pratiques agroécologiques. Les participants sont aussi invités à venir chez les paysans leaders
pour observer la mise en œuvre et les résultats des pratiques agroécologiques présentées en formation.
• Séminaire d’échange et partage d’expérience : 2 fois par an, les paysans leaders sont invités à se r
assembler par le CTAS pour échanger sur les pratiques et leur efficacité, leurs expérimentations individuelles, sur
de nouvelles variétés ou innovations recommandées par des paysans originaires d’autres zones. Ces temps
d’échange permettent a u réseau de se structurer aussi comme une sorte de « think tank » rural.
• Evaluation et incitations/motivations : chaque année, tous les paysans leaders sont évalués par le CTAS à la fois
sur leur compétence (aptitude à partager leur expérience avec les autres paysans, respect des plans de f ormation, bonne
tenue de leurs parcelles / bonne application des pratiques agroécologiques…) et sur leur impact / efficacité (nombre de
participants à leur formation, nombres de parcelles où sont mises en œuvre les pratiques agroécologiques, nombres de
for-mations organisées…). Ils sont ainsi classés en 3 catégories : débutants, confirmés, experts. Les paysans leaders sont
encou-ragés par une petite indemnisation (environs 1 USD / formation) et par des « coupons semences ».
Les paysans leader confirmés et experts sont ensuite encouragés à travailler au-delà de leur zone de 5 villages,

avec un appui du CTAS pour le déplacement. Ils perçoivent aussi une indemnisation plus importante.

Voies d’engagement possibles


• Montrer que l’agroécologie peut produire des résultats sur le court terme et sur le long terme
• Démontrer que les retours sur investissement peuvent être satisfaisants et durables
• Développer les sites de démonstration en fonction des contextes d’intervention
• Optimiser le nombre de personnes formées en s’appuyant sur des modes de transmission endogènes
(paysan à paysan)
• Favoriser l’accès à la formation et les échanges de savoir-faire

Partie 2 : Construire et conduire une transition agroécologique 45


La réplication du système « paysans à paysans » doit toujours tenir compte des spécificités locales. Il est
nécessaire d'impliquer le plus tôt possible les paysans dans la réflexion sur la meilleure manière d'ani-mer le

Territoires et agroécologie dispositif. Cependant, il faut aussi imprimer une ambition et ne pas simplement suivre les propo-sitions
paysannes, qui peuvent dévier sur une stratégie de captation. Le travail de construction du dispo-sitif peut se
comprendre comme une négociation qui prend en compte les attentes et contraintes des pay-sans et la volonté
d'obtenir des avancées et des résultats palpables de la part des acteurs du développement.
5.3. Aider à la transition agroécologique
La transition agroécologique peut correspondre à une période de risque pour les paysans, ce qui néces-site
de pouvoir optimiser les capacités de production en faisant face aux aléas conjoncturels liés à la spé-cificité
du contexte (Coordination sud ; 2013). C ’est pourquoi l’acteur du dével oppement doit pouvoir accompagner
la transition afin que le minimum de facteurs puisse entraver le changement agricole.
L’accompagnement peut consister à proposer un appui financier (ex : subventions, microcrédit) pour
aider à l’investissement dans les moyens productifs et techniques (ex : suivi par des t echniciens ou don
d’accessoires pour le travail agricole). De surcroît, la disponibilité et la sécurisation des facteurs de p ro-
duction agricole sont indispensables (ex : améliorer la disponibilité des ressources naturelles à long terme,
l’accès au foncier, etc.) pour minimiser sur le long terme les entraves au déploiement des pratiques agroé-
cologiques. L’acteur d u développement doi t ainsi pa rticiper à l a sécurisat ion des terres cu ltivables en
termes d’usage et de l’accès à des superficies d’exploitation suffisamment grandes pour que puissent être
développées la diversification des activités agricoles, comme l’intégration de l’élevage aux cultures ainsi que
l’arboriculture. Il est important également de développer une offre de services agricoles locale permet-tant
notamment aux paysans de disposer de semences et de plants de qualité tout en réduisant les coûts grâce à
des économies d’échelle. Les activités de plaidoyer et les projets œuvrant dans ce sens pourront aider à la
transition en permettant une meilleure prise en compte de l’enjeu de cette transition pour le territoire.
Mais au-delà de ces aspects spécifiques, différents outils existent permettant de favoriser cette
transi-tion territoriale, en permettant un accompagnement global sur le territoire.

Nom de l’outil Cycles d’Apprentissage en Agroécologie (CAA)


ONG concernée Agrisud
Enjeux • Adopter une méthode de diffusion des pratiques en lien avec les contraintes du
ter-ritoire (= « milieu naturel », « milieu économique » et « milieu social »)
• Prendre en compte la diversité des contextes et des situations des exploitations
au sein d’un même territoire
• Aborder la diffusion de l’agroécologie sous l’angle technique (pratiques
agricoles) et sous l’angle méthodologique (animation de séances de formation)
Mise en œuvre Le CAA est destiné à des organisations qui accompagnent des producteurs. Il
(démarche) repose sur un transfert de méthodes et d’outils pour permettre aux participants de :
• Comprendre l’agroécologie et ses dimensions environnementales,
économiques et sociales
• Comprendre le territoire des exploitations accompagnées (sous l’angle naturel,
l’an-gle économique et l’angle social) et les systèmes de production mis en
œuvre par ces exploitations
• Identifier les contraintes et les pratiques agroécologiques qui permettraient de
limi-ter ces contraintes
• Préparer, animer et évaluer une séance de formation sur les pratiques agroécologiques
La méthode que propose le CAA pour diffuser efficacement l’agroécologie repose sur
l’identification de toutes les contraintes qui se posent aux producteurs. Les pratiques
agroécologiques viennent ap porter d es réponses à chacune de ces contraintes. L a
somme des pratiques contribue au changement progressif.
Facteurs Difficile de s’assurer de l’utilisation des acquis de la formation s’il n’y a pas de
de blocage suivi post-formation, mis à part pour les partenaires directs du projet
Recommandations Assurer u n s uivi des o rganisations dans la mise en appli cation des n ouvelles
méthodes et des nouveaux outils pour s’assurer de leur bonne application
Références Rapports de cycle d’apprentissage, Agrisud ([Link])

46
Cet ax e d’accomp agnement su r le renforcement des compétences à l ’échelle t erritoriale es t aus si uti lisé
par l’UAVES, Agroécologie et Développement et Terre et Humanisme, qui mettent en place des formati ons
d’animateurs pour disposer de paysans relais en agroécologie dans différents territoires. Ainsi, un appui
lement
technique est disponible faci- pour les paysans dans les territoires, ce qui permet de faciliter leur
transition vers l’agroécologie. Une approche de mise en réseau peut aussi s’appliquer à une échelle plus vaste.

Nom de l’outil Mise en place d’ un réseau régional multi-acteurs


ONG concernée GRET, région du Mékong (Cambodge, Laos, Myanmar, Vietnam)
Enjeux • Rassembler les mouvements agroécologiques vers le même objectif de transition
• Les rendre plus audibles pour les politiques et reconnaissable par le grand public
• Mieux partager les pratiques, connaissances et expériences, en multi-acteurs et entre différents pays
Mise en œuvre • Mise en place et animation d’un site Web attractif et convivial rassemblant une base de données
(démarche) régionale sur l’agroécologie
• Réalisation d’études pour documenter et cartographier des pratiques, expériences et réseaux agro-
écologiques dans les pays de la région
• Réalisation d’évaluations conjointes d’expériences et pratiques agroécologiques (études de cas), en
analysant les conditions de changement d’échelle
• Organisation d’ateliers pluri-acteurs nationaux et régionaux visant à favoriser des échanges d’ex-
périences, construire des ponts, stimuler des synergies et formuler un concept commun de « transi-
tion agroécologique », et assurer une couverture médiatique de ces ateliers
• Mise en place d’un « Dispositif de Petites Subventions » pour cofinancer des actions visant à tisser
des liens et collaborations entre a cteurs, partager des expériences, documenter des études de cas,
construire ou tester des concepts novateurs…
• Mise en place d’un réseau d’experts dans chaque pays et au niveau régional, qui seront sollicités
dans la sélection et l’évaluation des projets du « Dispositif de Petites Subventions »
• Organisation d’assemblées générales nationales et régionales du réseau, visant à définir le modèle
de gouvernance, de finance et de gestion du réseau
Facteurs de • Compréhensions multiples derrière le mot agroécologie dues à la diversité des acteurs impliqués
blocage • Risque de clivage entre les discours agroécologiques (techniques et politiques) et les réalités des
acteurs de terrain (paysans)
Recommandations Certains principes doivent être mis en avant :
• Définition d’objectifs communs
• Mise en place d’une gouvernance démocratique
• Assurer une autonomie financière
• Permettre une combinaison de réseaux nationaux et de réseaux thématiques régionaux
Références Jean Christophe Castella, Jean François Kibler, December 2013, Feasibility study of a regional
project promoting agroecology in the Great Mekong Region (report commissioned by AFD)
Ces exemples d’outils mis en œuvre par des ONG partenaires montrent comment il est possible de rass

embler et rendre cohérente la transition agroécologique dans un territoire.

Cambodge © GRET 2012

Partie 2 : Construire et conduire une transition agroécologique 47


Voies d’engagement possibles
• Accompagner la transition de manière progressive : ne pas envisager des changements du jour
au lendemain, offrir un large éventail de pratiques adaptables et combinables selon les territoires

Territoires et agroécologie
Aider les premiers investissements : achat de matériel (brouette, pelle, houe, pioche, etc.) pour
initier la transition et permettre le développement de la productivité
• Sécuriser l’accès au foncier en travaillant sur les règlementations en vigueur : droit
positif/droit coutumier
• Favoriser et impulser des chantiers collectifs et la participation conjointe des paysans pour
la mise en place d’aménagements communs et d’infrastructures collectives, entre autres pour
des économies d’échelle
• Ne pas écarter le fait que des individus peuvent être appuyés dans la mise en place des
services utiles et nécessaires à la communauté. La gestio n individuelle du service étant parfois
plus effica ce (et donc durable) que la gestion collective
• Organiser les acteurs en réseaux multi-acteurs à différentes échelles

Bon à savoir
Demander une p articipation des p aysans dans le financement des investissements agroécologiques
permet aux producteurs de mieux s’investir dans le projet . Néanmoins cette participation doit êtr e
évaluée en fonction de la prise de risque engendrée et des capacités financières des paysans . Elle ne
peut être envisagée que lorsque les pratiques agroécologiques concernées ont fait la preuve de leu r
impact positif à court et moyen terme dans le contexte local.

5.4. Favoriser l’insertion du modèle agroécologique au sein de filières


locales

Le travail de l’acteur du développement doit pouvoir prendre en compte l ’intégration de


l’agroécolo-gie au sein des filières de commercialisation. En effet, la modification des systèmes de
production vers des modèles basés sur les principes agroécologiques nécessite de prendre en
compte le maintien de reve-nus suffisant pour les producteurs. Au-delà d’initiatives individuelles
innovantes permettant une meilleure valorisation des produits, différentes pistes existent à l’échelle
des territoires pour favoriser une dyna-mique économique collective.
Dans cette perspective, il peut s’agir d’organiser des systèmes de ventes collectifs, de sorte à pallier
le désavantage de certains producteurs à accéder aux chaines économiques (Beaudoin et al., 2013), de
don-ner de la valeur ajoutée aux produits en développant la transformation et le conditionnement, ou de
déve-lopper auprès des consommateurs une image positive de l’agroécologie pour renforcer le potentiel
éco-nomique de produits qui en sont issus, en particulier localement.

Burkina Faso © Eau Vive 2008


48
En conséquence, le rôle de l’acteur du développement est de pouvoir sécuriser les échanges commerciaux en
faveur des paysans, en servant de lien dynamique entre les producteurs et les acteurs commerciaux (ex :
informer les produc-teurs sur les cours de prix du marché, trouver des nouveaux débouchés économiques, etc.).
les
Il est essentiel toutefois que paysans puissent eux-même participer à l’élaboration et la construction des
systèmes d’échanges de sorte qu’ils puissent organiser de manière collective et concertée les choix stratégiques à
prendre en matière de commercialisation (ex : création de labels établis selon des normes collectives, etc.).

5.4.1. Apporter de la valeur ajoutée aux produits

Certification biologique d’une filière (henné)


Nom de l’outil
CARI (Maroc)
ONG concernée
• Augmenter la valeur ajoutée sur une culture à faible valeur (ex : henné)
Enjeux • Améliorer les revenus par le conditionnement et la valorisation par les producteurs
• Relancer la production par une labellisation de qualité
• Phase de diagnostic :
Mise en œuvre - étude sur la valorisation de la filière henné -
(démarche) identification des acteurs et de leur fonction
• Phase de renforcement de capacités :
- formation des agriculteurs à la gestion financière d’une coopérative
- recherche bibliographique sur le développement des filières de henné de haute
qualité - échanges d’expériences sur la production de henné de qualité
• Mise en place d’un atelier de transformation (moulin à henné, emballage)
• Exploitation pilote certifiée en agriculture biologique
- démonstration sur les techniques agricoles et sur les procédures de certification
- formation des agriculteurs aux pratiques de l’agriculture biologique
• Mise en place de mesures incitatives (politiques et/ou financières) à la reconversion en
labellisa-tion biologique
Les principaux facteurs sont financiers :
Facteurs • il faut absolument s’assurer qu’il y a un débouché pour ce produit labellisé (étude de marché)
de blocage • le coût de la certification, s’il est trop élevé, peut être difficile à assumer en sortie de projet
par la filière directement
• Réalisation d’une étude de marché
Recommandations • investir dans le renforcement de capacités aussi bien technique, qu’administratif et organisationnel

CARI, 2011, Rapport sur la mise en place de la filière henné biologique, Programme de lutte contre la
Références
désertification et la pauvreté par la sauvegarde des oasis dans le sud marocain

Maroc © CARI 2008

Partie 2 : Construire et conduire une transition agroécologique 49


5.4.2. Sécuriser les rapports marchands

Territoires et agroécologie
Nom de l’outil Protocole d’achats de proximité
Agrisud (Sénégal)
ONG concernée
• Sécuriser les nouvelles filières mises en pl ace entre producteurs et structures
Enjeux tou-ristiques pour l’écoulement de produits cultivés en agroécologie
• Créer un espace de concertation entre producteurs et acheteurs
Ce document contractuel est élaboré de manière participative par des acheteurs et des
Mise en œuvre producteurs. Il est particulièrement pertinent dans le cadre d’une collaboration avec les
(démarche) structures touristiques, désireuses d’offrir à leurs clients des produits de qualité. Cet
outil se base sur le principe des systèmes participatifs de garantie, avec :
d’une part les engagements des producteurs (cahier des charges agroécologique) :
quelles sont les pratiques que les producteurs s’engagent à mettre en œuvre
garantis-sant à l’acheteur d es p roduits d e q ualité agroécologique (ut ilisation de
la ma tière organique, pra tiques é conomes e n e au, t raitements n aturels…) et
d’au tre p art les engagements des acheteurs (critères de préférence d’achat s : acha
t de p roximité, valorisation des produits sur les buffets…).
Il favorise la professionnalisation des producteurs et l’établissement
d’engagements solides et durables.
• Craintes à f ormaliser le s e ngagements tant du côté des acheteurs (i ncertains
Facteurs des taux de remplissage de leur structure) que du côté des producteurs
de blocage (accidents cli-matiques…)
• Pour les producteurs : accidents climatiques
• Pour les acheteurs : troubles politiques
• Programmer plusieurs réunions de travail pour cibler les contraintes tant du
Recommandations côté de la demande que de l’offre (achat et production)
• Tester le système pour permettre les ajustements au fur et à mesure (actualiser
le protocole à chaque campagne ou saison)
Protocole d’achat de proximité, Agrisud / Club Méditerranée ([Link])
Références

Sénégal © Agrisud 2011

50
5.4.3. Sécuriser la qualité collectivement

Nom de l’outil Système Participatif de Garantie pour la production de semences de qualité (SPG)
ONG concernée GRET (Myanmar)
Enjeux • Ca dre pertinent pour t ravailler sur la commerci alisation et l a mise en ma rché
collective (meilleur accès au marché)
• Mise en place d’un processus participatif et local de contrôle qualité
• Pertinent pour développer une approche territoriale (favorise le partage d’expériences, et la mise
en réseau)
• Fort potentiel pour la valorisation de produits issus de l’agriculture biologique
• Evite l’écueil des coûts élevés de la certification formelle
• Mais peut être complémentaire avec ce système

Mise en œuvre Le SPG est un système d’assurance qualité ancré localement. Il certifie les producteurs sur la base
(démarche) d’une participation active des acteurs concernés (définition issue de l’IFOAM).

Facteurs de
blocage

Recommandations

Références

• Mise en place d’une instance de coordination :


- initialement, salariés nationaux du projet, agronomes, paysans
- à terme, remplacement des salariés du projet par une a ssociation des producteurs de seme nces
avec une collaboration des services décentralisés du ministère de l’agriculture
- l’instance de coordination participe à l ’élaboration de t ous les prot ocoles de product ion de
semences et aux standards qualités
• Processus de certification des semences
• Adhésion du producteur de semence au SPG
• Suivi régulier de la production et participation aux inspections en plein champs des autres pro-
ducteurs (formation)
• Inspection croisée des producteurs de semence (entre chaque groupe)
• Sou mission des r ésultats d e l’inspection de chaque groupe à l’ instance de coordinat ion pou r
approbation de la certification
• Non participation effective de l’ensemble des acteurs : freine la garantie d’une bonne
reconnais-sance des produits
• Non coopération avec les agents du Ministère de l’Agriculture : entrave des processus en marche

• La participation active de l’ensemble des acteurs (producteurs, consommateurs, détaillants,


gros-sistes…)
• Une vision partagée qui doit guider la responsabilité collective et le processus de décision
• La transparence qui se traduit par une connaissance du mécanisme de contrôle par
l’ensemble des parties prenantes (producteurs, consommateurs, traders…)
• La confiance qui est la clé de voute du système, l’intégrité du SPG reposant sur cette
confiance accordée aux producteurs
• L’horizontalité qui permet de faire du SPG un système non hiérarchique et démocratique
avec notamment des responsabilités partagées et tournantes entre les membres
• La mise en réseau des différents groupes de producteurs et autres acteurs, visant in fine à
former une structure institutionnelle globale
Christopher May, 2008, PGS Guidelines: How Participatory Guarantee Systems can develop and
function, IFOAM
Le Manuel Pratique des Systèmes Participatifs de Garantie
Nature & Progrès, 2009,
Allaverdian Céline, U Hla Min (2014) Participatory guarantee system for Q uality Paddy s

eed in the Delta of Ayeyarwaddy, Gret

Ces différentes formes d’accompagnement des producteurs dans le domaine économique sont des voies d’action

possible pour favoriser l’insertion du modèle agroécologique dans des filières. Plus ou moins lourds à mettre en

œuvre, ils peuvent constituer des sources d’inspiration pour de nombreuses autres initiatives dans ce champ.

Partie 2 : Construire et conduire une transition agroécologique 51


Voies d’engagement possibles
• Développer des formes de contractualisation entre acteurs du territoire au sein des chaines agricoles
Territoires et agroécologie • Adapter les capacités de négociation entre acteurs

Stimuler et renforcer les réseaux professionnels locaux
• Favoriser l’ouverture de débouchés économiques en mettant en lien les paysans avec les

autres acteurs des systèmes agricoles

5.5. Intégrer et contribuer à orienter les pouvoirs publics locaux


Les mouvements agroécologiques ont largement contribué à l’expansion de l’agroécologie beaucoup plus
que les politiques publiques. Ceci étant, la participation des pouvoirs publics est essentielle pour le
développement de la transition agroécologique. Ils proposent en effet des supports ou des orientations qui
peuvent être des bases solides pour la concrétisation et la pérennisation de l’agroécologie sur les terri-toires
(Côte, 2014). A l’inverse si les politiques publiques sont défavorables à l’agroécologie, elles peu-vent
constituer des freins majeurs à l’implantation des processus nécessaires. Dans cette mesure, il faut pouvoir
établir un lien étroit entre les politiques publiques et le pro jet. L’acteur du développement doit s’informer des
orientations politiques de la zone d’intervention afin de pouvoir intégrer au mieux les tra-jectoires locales, en
matière de développement. L’objectif est de pouvoir saisir le potentiel des collectivi-tés au service du projet,
notamment en termes de financements (ex : fonds de développement régionaux) et de compétences (ex :
aménagement de l’espace, construction de grandes infrastructures, routes, pistes, etc.).
Il s’agit également de servir d’intermédiaire et de porte-parole entre les collectivités et les paysans
(ex : transmission d’informations sur les normes, les arrêtés et les réglementations en vigueur). Par
ailleurs, il est possible d’influencer les décisions et les orientations suivies par les pouvoirs publics, en
s’insérant au sein des cellules de prise de décisions, et ce à plusieurs niveaux (ex : comités de pilotage,
conseil com-munal, clusters, etc.). Les politiques sont également un moyen de rendre plus facilement
visible et crédi-ble le projet sur le territoire, en appuyant le projet au sein de programmes de
développement. Enfin, il est important de noter que les compétences des pouvoirs publics sont parfois
fragiles, aussi il est pertinent de pouvoir les renforcer en les dotant de méthodes et d’outils pour mieux
gérer les biens communs et mon - ter des programmes de développement locaux.

Sénégal © Eau Vive 2010


52
Cas spécifiques des outils de planification stratégique

Construction d’un plan prioritaire communal (PPC)


Nom de l’outil
Agrisud (Haïti)
ONG concernée
• Prioriser les actions à mener dans un territoire
Enjeux •
Associer une diversité d’acteurs dont les autorités locales
• Mise en place d’un comité de développement communal, composé : des mai res, des
Mise en œuvre services déconcentrés de l’état concernés, des agents des sections communales, de
(démarche) représentants d’organi-sations professionnelles
• Identification des thèmes à traiter lors de l’assemblée
• Travail sur les thèmes par section : identification des localités cibles et des projets prioritaires
• Restitution, validation et hiérarchisation collective en assemblée
• Il est difficile de se rendre systématiquement dans l’ensemble des localités ciblées pour
Facteurs valider les projets
de blocage • Difficulté des élus et représentants de l’état à s’approprier ce travail (bien que co-construit)
et tra-vailler à sa mise en œuvre (recherche de fonds, réalisation de projets, orientation des
partenaires…) en dehors du cadre du projet
• Le PPC doit être complété par des études plus spécifiques
Recommandations • Le PPC ne doit pas être trop large car il deviendrait peu concret et difficilement finançable
• L’assemblée doit être représentative de tout le territoire (chaque section communale)
• L’animation des sessions est essentielle : favoriser la compréhension des enjeux, préparer
les ses-sions de restitution, favoriser la bonne orientation en lien avec les objectifs mais sans
décider à la place de la commune
Méthode pour l’élaboration des plans de sécurité alimentaire
Références Plan pr ioritaire d ’Aménagement Co mmunal de Li mbé, A cul du N ord, Marmelade, B as Limbe ,
Agrisud ([Link])
Plan prioritaire de Sécurité Alimentaire de Limonade, Limbé et Bas Limbé,

Agrisud ([Link])

Haïti © Agrisud 2012

Partie 2 : Construire et conduire une transition agroécologique 53


Construction d’un schéma d’aménagement pastoral
Nom de l’outil
Agronomes et vétérinaires sans frontières - AVSF (Mali)
ONG concernée
Faire face de manière concertée aux enjeux de gestion foncière sur le
Territoires et agroécologie
Enjeux territoire Meilleure planification des aménagements au niveau local

Analyse des causes de conflits et des enjeux fonciers dans la zone concernée
Mise en œuvre • Création et animation d’un Cadre De Concertation (CDC) de Cercle : 5 représen-
(démarche) 9
tants par commune du Cercle (élus des délégations locales des chambres d’agricul-
tures et des collectivités locales, représentants des différentes catégories de produc-
teurs organisés ou non, autorités administratives préfectorales, services techniques)
• Réalisation d’un diagnostic des ressources naturelles (par le CDC)
• Recensement et c artographie (géo-référencement) des bes oins
d’aménagements pastoraux
• Elaboration du schéma d’aménagement pastoral (dont le plan d’investissement)
• Les élus sont peu formés et outillés sur leurs responsabilités d’aménagement
Facteurs du ter-ritoire
de blocage • Les pasteurs sont peu organisés et peu influants
• Les enjeux électoraux peuvent venir brouiller les travaux
• Formation des acteurs peu préparés à la démarche de concertation
Recommandations • Importance de la prise en compte des systèmes d’élevage mobile dans ces
zones : leur organisation peut être un atout pour la réussite du projet
• S’appuyer sur le mode de découpage administratif adapté : ici le Cercle
• Intégrer ce schéma dans le schéma d’aménagement du territoire, s’il existe
Le schéma d’aménagement pastoral : un outil de reconnaissance et de sécurisation
Références
du foncier pastoral d ans le Delta In térieur du Niger (Mopti, Tombouctou) ;
Yacouba Sangaré p our In itiatives Co nseils et Développement & Florent Cornu e t
Marc Chapon pour Agronomes et Vétérinaires sans frontières ([Link])

Mali © AVSF 2007

9 - Unité territoriale administrative au Mali


54
Voies d’engagement possibles
• Promouvoir le projet auprès des pouvoir publics
• Faire en sorte que le pro jet d’aménagement pastoral agr oécologique soit en accor d avec l es
programmes de développement local
• Participer autant que possible aux instances décisionnelles des pouvoirs publics
• Officialiser des accords entre les parties pour pérenniser les liens établis avec les pouvoirs publics
• Renforcer les capacités des pouvoirs publics au niveau de la planification des programmes de

développement local

Bon à savoir
Disposer d’un soutien des pouvoirs publics et éviter d’initier le projet en période d’élections, au risque de

voir chan-ger les orientations politiques

5.6. Mobiliser la recherche-développement pour accompagner la transition


La recherche-développement se distingue de la recherche classique dans la mesure où elle s’emploie à
trouver des résultats concrètement exploitables et réutilisables sur le terrain, notamment par les acteurs du
développement. Elle est nécessaire au sein de la transition agroécologique et ce pour plusieurs raisons.
Tout d’abord, avoir recours à l’agroécologie ne correspond pas à un retour en arrière des pratiques au temps
où la mécanisation et l’utilisation d’intrants chimiques n’existaient pas. Au contraire l’agroécologie doit être vue
comme une démarche innovante pour valoriser les terres (culture, élevage etc.), c’est pourquoi la recherche a un
rôle à jouer dans l’émergence de pratiques écologiques et productives innovantes. Au regard de t outes les
techniques qui se s ont déjà développées à travers le monde, la recherche peut aussi s’employer à capitaliser sur
les pratiques paysannes et à valo-riser leur impact sur l’environnement, la sécurité alimentaire, l’atténuation du
changement climatique et/ou ses consé-quences etc. La recherche peut ainsi s’appuyer sur les expériences
empiriques pour pouvoir dégager une analyse pré-cise des agroécosystèmes, ce qui peut constituer des éléments
de plaidoyer pour la société civile qui défend ces modes de production.
Les compétences scientifiques apportent également des outils pratiques aux acteurs du développement, en
dévelop-pant des approches méthodologiques utilisables par les acteurs sur le terrain, ou en donnant accès à des
outils qu’eux seuls peuvent utiliser (télédétection, mesure des empreintes carbone, etc.). La recherche-
développement peut être un appui déterminant dans l’analyse et la compréhension des problématiques et des
potentiels territoriaux, mais aussi dans l’analyse et le suivi des effets des projets mis en œuvre.

Test et élaboration des innovations agroécologique


Nom de l’outil
GRET (Cambodge) / CIRD / Département agricole Apsara
ONG concernée
• Améliorer et renforcer la crédibilité scientifique des innovations agroécologiques
Enjeux • Etablir des références techniques et s’assurer des effets attendus
• Identification de thématiques de travail partagées (scientifiques, acteurs de terrain)
Mise en œuvre • Mise en place de dispositifs expérimentaux en station de recherche
(démarche) • Produire des documents techniques sur la base des résultats obtenus
• Organiser des formations auprès des paysans pour diffuser ces techniques

• Temps long des expérimentations pour avoir des résultats fiables


Facteurs • Innovations conduites en station pas toujours adaptables en milieu paysan
de blocage • Risque de non capitalisation (temps de travail) ce qui limite la diffusion des techniques

• Les expérimentations peuvent être menées en station et en milieu paysan


Recommandations • Adapter les protocoles en les simplifiant pour les essais chez les agriculteurs
Gret / Cird, Projet APICI – Agriculture Paysanne Semi-intensive peu consommatrice
Références
d’Intrants – Siem Reap, Cambodge (financement CG92)

Partie 2 : Construire et conduire une transition agroécologique 55


Cas spécifique de l’évaluation de l’impact d’un projet

Etude de l’empreinte carbone d’un projet


Nom de l’outil
Territoires et agroécologie
Etc Terra (Madagascar) / IRD / LRI / Agrisud
ONG concernée
Etre capable d’évaluer l’impact d’un projet agroécologique sur un territoire en
Enjeux termes d’atténuation du changement climatique
• Identification et interconnaissance des partenaires
Mise en œuvre • Définition des objectifs pour la recherche en lien avec les activités de terrain
(démarche) • Structuration du pr ogramme d e re cherche avec t ous l es partenaires
impliqués (convention cadre de recherche) :
- empreinte carbone des exploitations,
- stockage de carbone dans la biomasse
ligneuse - stockage de carbone dans les sols
- modélisation et simulation
• Mise en place des protocoles de recherche (définition des échantillons
d’études, enquêtes/inventaires/relevés terrain, etc…) en coopération avec les
partenaires opé-rationnels
• Croisement des données de réalisations terrain et des données de r echerche
pour produire les résultats
• Analyse et valorisation conjointes
• Méfiance et/ou incompréhension entre les différents acteurs
Facteurs • Objectifs de la recherche et des acteurs de terrain distincts : risque de
de blocage déconnection en cours de projet
• Manque de communication et/ou de coordination sur les activités des partenaires
(mauvaise articulation des calendriers, redondance de certains travaux, etc.)
• Identifier un partenaire scientifique pertinent : expertise et ouverture au x
Recommandations collabo-rations
• Définir un langage partagé et prendre le temps de bien se conn aitre
• Harmoniser les outils de collecte des données (codage des parcelles, des
produc-teurs, etc.)
• Organiser des comités de pilotage et des réunions conjointes régulièrement
(partage d’information, suivi des activités, etc.)
• Dans le cas d’un enjeu d’éligibilité du projet à la finance carbone, s’assurer
que le projet soit de taille suffisante
FAO, Ex-ante Carbone balance tool ([Link]
Références
act-home/en/?fb_locale=fr_FR) Etc-Terra, à venir, Document de

capitalisation du projet Mahavotra

Voies d’engagement possibles


• Intégrer la recherche-développement au service du projet pour valoriser et valider s
cientifique-ment les pratiques agroécologiques
• Prioriser l’intervention de chercheurs locaux pour pérenniser les travaux scientifiques
• Associer les travaux de terrain avec les travaux de recherche pour ouvrir de nouvelles

perspec-tives (paiement pour services environnementaux, etc.)

Bon à savoir
Intégrer des programmes de recherche au sein d es projets peut aussi permettre d’ouvrir des

perspec-tives de financements

56
Pour conclure…
Après avoir proposé des orientations pratiques pour la conduite d’une démarche agroécologique dans les
territoires, il semble pertinent d’ouvrir les perspectives de cette dynamique sur des points transversaux à considérer.
Il semble essentiel que les Etats puissent jouer un rôle dans le sens du développement agroécologique. Selon
De Schutter (2014), l’Etat est un acteur important pour la réduction de la pauvreté des petits exploitants s’il
investit dans les infrastructures de chaines d ’approvisionnement alimentaire, dans la format ion publique et da
ns la diffusion à très larges échelles de l’agroécologie. Le soutien financier de l’Etat pour un projet
agroécologique peut constituer une aide majeure ce qui facilite la mise en place des processus agroécologiques.
Malheureusement, les Etats sont souvent des facteurs bloquants dans la mesure où ils défendent encore majoritai-
rement les principes d’une agriculture conventionnelle, selon des logiques dîtes économiques mais où les dimensions
territoriales et temporelles ont été minimisées. Un enjeu s’impose pour les acteurs du développement afin de faire
por-ter la voix de l’agroécologie de manière convaincante jusqu’aux politiques nationales.
Il apparait donc primordial de documenter, et valider scientifiquement les pratiques agroécologiques afin de les
dis-séminer de manière plu s large et de nourrir des actions de plaidoyer à destination des Etats. Un focus particulier
doit être mis sur la mesure des impacts sociaux et économiques des pratiques agroécologique. Il y a encore trop peu
d’études d’impact qu i per mettent de dé montrer aux Etats les as pects bénéfiques des pratiques agr oécologiques en
term e de réduction de la pauvreté, d’accroissement de la sécurité /souveraineté alimentaire, d’appuis aux
exploitations agricoles familiales (prévention de la migration, sécurisation des emplois en zones rurales…).
Pour ce faire, les initiatives agroécologiques doivent se réunir en réseaux afin de renforcer l’engagement des
acteurs au sein de mouvements sociaux suffisamment imposants et audibles. La mise en réseaux des acteurs de
l’agroécologie permet également de p artager des expériences réussies et de diffuser plus aisément des processus
d’action efficaces. Les projets associant les ONG et les scientifiques dans les projets favorisant l’agroécologie
doivent êt re privilégiés. Outre la fédération mon diale IFOAM qui privilégie depuis peu la démarche agr
oécologique au delà de la seule ag ri-culture biologique, d'autres réseaux se mobilisent régionalement.
Actuellement les grands bailleurs de fonds financent les projets d’aide au développement sur des temps très
courts qui varient entre deux et cinq ans. Or les processus agroécologiques sont des processus longs, qui
nécessitent que les initiatives soient poursuivies sur le long terme.
Dans cette mesure, une dissonance s’établit entre la dépendance des acteurs de terrain aux subventions, les temps
agrosystémiques et les exigences des bailleurs. Bien qu’il soit nécessaire dans un premier tem ps de pouvoir disposer
de résultats agroécologiques concluants, à court termes, pour convaincre notamment les paysans, il est toutefois
néces-saire de réfléchir à une évolution des cycles de projets afin d’accompagner les processus agroécologiques dans
la durée et d’assurer l’autonomie des populations et le retour d’une synergie écosystémique durable.

Cambodge © GRET 2015

Partie 2 : Construire et conduire une transition agroécologique 57


Territoires et agroécologie
Perspectives ouvertes
pour l’action

Après avoir proposé des orientations pratiques pour la conduite d’une démarche agroécologique
dans les territoires, il semble pertinent d’ouvrir les perspectives de cette dynamique sur des points
transversaux à considérer.
Il semble essentiel que les Etats puissent jouer un rôle dans le sens du développement
agroécologique. Selon De Schutter (2014), l’Etat est un acteur important pour la réduction de la
pauvreté des petits exploi-tants s’il investit dans les infrastructures de chaines d’approvisionnement
alimentaire, dans la formation publique et dans la diffusion à très larges échelles de l’agroécologie.
Le soutien financier de l’Etat pour un projet agroécologique peut constituer une aide majeure ce qui
facilite la mise en place des processus agroécologiques.
Malheureusement, les Etats sont souvent des facteurs bloquants dans la mesure où ils défendent
encore majoritairement les principes d’une agriculture conventionnelle, selon des l ogiques dîtes
économiques mais où les dimensions territoriales et temporelles ont été minimisées. Un enjeu
s’impose pour les acteurs du développement afin de faire porter la voix de l’agroécologie de
manière convaincante jusqu’aux poli-tiques nationales.
Il apparait donc primordial de documenter, et valider scientifiquement les pratiques agroécologiques
afin de les disséminer de manière plus large et de nourrir des actions de plaidoyer à destination des
Etats. Un focus particulier doit être mis sur la mesure des impacts sociaux et économiques des pratiques
agroé-cologique. Il y a e ncore trop peu d’études d’impact qui permettent de démontrer aux Et ats les
aspect s bénéfiques des pratiques agroécologiques en terme de réduction de l a pauvreté, d
’accroissement de la sécurité / souveraineté alim entaire, d’a ppuis aux exploitations agricoles fam
iliales (pr évention de la migration, sécurisation des emplois en zones rurales…).
Pour ce faire, les initiatives agroécologiques doivent se réunir en réseaux a fin de renforcer
l’engage-ment des acteurs au sein de mouvements sociaux suffisamment imposants et audibles. La
mise en réseaux des acteurs de l’agroécologie permet également de partager des expériences
réussies et de diffuser plus aisément des processus d’action efficaces. Les projets associant les
ONG et les scientifiques dans les pro-jets favorisant l’agroécologie doivent être privilégiés. Outre
la fédération mondiale IFOA M qui privilé-gie depuis peu la démarche agroécologique au delà de
la seule agriculture biologique, d'autres réseaux se mobilisent régionalement.
Actuellement le s grands b ailleurs d e fonds f inancent l es projet s d’aide au dével oppement s
ur des temps très courts qui varient entre deux et cinq ans. Or les processus agroécologiques sont
des processus longs, qui nécessitent que les initiatives soient poursuivies sur le long terme.
Dans cette mesure, une dissonance s’établit entre la dépendance des acteurs de terrain aux
subven - tions, les temps agrosystémiques et les exigences des bailleurs. Bien qu’il soit nécessaire
dans un premier temps de p ouvoir d isposer d e ré sultats agr oécologiques concl uants, à court t
ermes, pour convaincre notamment les paysans, il est toutefois nécessaire de réfléchir à une évol
ution des cycles de projets afin d’accompagner les processus agroécologiques dans la durée et
d’assurer l’autonomie des populations et le retour d’une synergie écosystémique durable.

58
Dans la même collection
Agroécologie, une transition vers des modes de vie et de
développement viables.
[Link]
Paroles d’acteurs
L’agroécologie et la Lutte Contre la Désertification
La dégradation des terr es et la désertification s on caractérisés par la
perte des capacités des sols à rendre les services nécessaires à l’écosys-
tème comme l’infiltration de l’ea u, le r enouvellement de la f ertilité, la
capacité d’héberger des systèmes racinaires, et c. La l utte cont re la
désertification a p our rôle d’a rrêter le pr ocessus de dégradation en
favorisant ces fonctions. L’agroécologie se base sur des principes agro-
nomiques éprouvés via lesquels l’homme tente de maîtriser la produc-tion
en composant avec certaines fonctions essentielles de la nature.

« L’agroécologie co mprend l’ observation de s sy stèmes tradition-


nels, l’utilisation des sa voirs lo caux d e g estion de s agro -écosys-
tèmes, mais aussi la science moderne. Elle n e s’o ppose pas à la
technologie. La fertilité des agro-systèmes et la gestion phytosani-
taire y sont essentiellement fournies par les interactions appropriées dans
l’écosystème », selon Olivier de Schutter.

Dimension technique : Dimension socio- Dimension socio-politique :


elle applique les concepts et prin- économique et culturelle : elle a u ne réelle v olonté d e s’a p-
cipes écologiques à l’agriculture. elle g énère u n m ouvement de puyer sur l’accès et l’ utilisation
L’unité d’analyse d e b ase e st « transformation des m odes d e correcte de la nature pour élever le
l’agro-écosystème », que l ’on peut gestion de ce système et de l’envi- niveau d e vie à l ’intérieur de sy s-
interpréter comme l a f orme ronnement économique de la tèmes sociaux et corriger les iné-
d’artificialisation en un lieu de la production dans une dynamique galités en gendrées p ar l e p
nature par l’homme. participative. roces-sus historique.

Maroc © CARI

L’ouvrage présente une proposition de réponses aux


ques-tions que se posent de nombreux acteurs de
l’agriculture et de la solidarité internationale sur
l’agroécologie. Il est divisé en 4 parties :
1 - proposition d’une définition croisée
de l’agroécologie ;
2 - recueil de témoignages de professionnels ;
3 - analyse transversale des principaux
résultats et enfin ;
4 - ouverture sur les projets en cours et
les perspectives

Version numérique : [Link]

59
Territoires et agroécologie
Acronymes et abréviations

AFD Agence Française de Développement


AEI Association internationale pour une agriculture Ecologiquement
Intensive
ADL Association de Développement Local
AVSF Agronomes et Vétérinaires Sans Frontières
CAA Cycle d'Apprentissage en Agroécologie
CARI Centre d'Actions et de Réalisations Internationales
CDC Cadre de Concertation
CIRAD Centre de coopération Internationale sur la Recherche Agronomique
pour le Développement
CIRD Centre d'Information sur la Recherche et le Développement
CSFD Comité Scientifique Français de la Désertification
CTAS Centre Technique Agroécologique du Sud
FAO Food and Agriculture Organization of the United Nation
FNRS Fonds National de la Recherche Scientifique (Belgique)
GES Gaz à Effet de Serre
GIRAF Groupe Interdisciplinaire belge de Recherches en Agroécologie du
FNRS
GPS Global Position System
GRET Professionnels du développement solidaire
GTD Groupe de Travail Désertification
INRA Institut National de la Recherche Agronomique
IFOAM International Federation of Organic Agriculture Movements
IRD Institut de Recherche pour le Développement
LRI Laboratoire des Radio Isotopes
OGM Organisme Génétiquement modifié
ONU Organisation des Nation-Unies
OSC Organisation de la Société Civile
ONG Organisation Non-Gouvernementale
OSI Organisation de Solidarité Internationale
PAPAMO Projet d’Amélioration des Pratiques Agricoles en Milieu Oasien
PNUD Programme des Nations Unies pour le Développement
PPC Plan Prioritaire Communal
REDD+ Reducing Emissions from Deforestation and Forest Degradation
SAU Surface Agricole Utile
SIG Système Information Géographique
SPG Système Participatif de Garantie
TATA-BOX Transition Agro-écologique des Territoires Agricoles
UAVES Union pour un AVenir Ecologique et Solidaire
UNFCC United Nations Framework Convention on Climate Change
UNCCD United Nations Convention to Combat Desertification
USD Dollar américain
CG 92 Conseil Général des Hauts-de-Seine

60
Pour en savoir plus…
1) Adessou, Faye, Dembele, Yeboi et Alagbe, 2009. Colloque international du SIFEE « Changements climati ques et
évaluation environnementale ». Enjeux et outils pour l’évaluation des impacts et l’élaboration des plans d’adaptation.
Dans Secrétariat international francophone pour l’évaluation environnementale. Acte des colloques.
[Link]
(Dernière consultation le 1 juillet 2014)
2) Agrisud International, 2010. L’agroécologie en pratiques.
[Link]
(Dernière consultation 15 juillet 2014)
3) [Link], 2008. What is agroecology ? Dans [Link].
Home. [Link] - (Dernière consultation le 25 juillet 2014)
4) Agropolis International, 2013. Séminaire d’agroécologie Montpellier 12.03.2013 : L’agroécologie pour
nourrir le monde et lutter contre la désertification. Sur Vimeo. AgropolisInternational’svideo.
[Link] - (Dernière consultation 25 juillet 2014)
5) Altieri, 1989. Agroecology: A New Research and Development Paradigm, Agriculture, Ecosystems and
Environment, 27 (1989) 37-46 37 Elsevier Science Publishers B.V., Amsterdam for World Agriculture
6) Altieri, Garcia, 2005. Transgenic crops : Implication for biodiversity and sustainaible agriculture. Bulletin of
science, Technology and Society, vol. 25, n°4, p. 335-353
7) Altieri, 2009. Agroecology, small farms, and food souvereignty. Monthly Review, vol. 61, n°3, p. 102-113
8) Association AEI, 2011. L’agriculture écologiquement intensive face au changement global. Entertiens AEI
2011. Dans Association AEI. Publications. http:/[Link]/wp-content/uploads/brochure-AEI-2011-
2nde-%C3%[Link]
(Dernière consultation le 04 août 2014)
9) AVSF, 2013. Construction participative de maquette en trois dimensions. Guide méthodologique
10) Beaudoin, Frédéric, Huyghe, Lambert et Legile, 2013. L’agroécologie peut-elle répondre aux défis des
agricultures du Sud ? Dans AVSF. Publications. Editions Ruralter. La collection Etudes et témoignage.
[Link]
(Dernière consultation le 5 août 2014)
11) Berriet-Solliec, 2013. Développement des territoires de projet. Quels enjeux pour les politiques rurales ?.
Economie Rurale, N° 335
12) Bied-Charreton, 2011. Séminaire CEMOTEV : Le Développementdes zones arides. Power Point
disponible sur [Link]
[Link] - (Dernière consultation 5 mai 2014)
13) Boiffin, Benoît, le Bail, Papy, Stengel, 2014. Agronomie, espace, territoire : travailler « pour et sur » le
développement territorial, un enjeu pour l’agronomie, Inra
14) Bonnemaison, 1981. Voyage autour du territoire. L’espace Géographique, n°4, 249-262.
[Link] 4_3673
(Dernière consultation 16 août 2014)
15) Bonnemaison, 2000, La géographie culturelle. Paris, éditions du CTHS (coll. Format
38), 152 [Link] - (Dernière consultation 6 juillet 2014)
16) Buttel 2003, Envisioning the Future Development of Farming in the USA: Agroecology Between
Extinction and Multifunctionality? Dans New Directions in Agroecology Research and Education
[Link] - (Dernière consultation le 26 juillet 2014)
17)CARI, 2008, dossier spécial agroécologie, 32p.,
[Link]/IMG/pdf/spécial_agroecol_32p_coul.pdf
18) Caron, Saborin, Tonneau, 2004. Dynamique territoriales et trajectoires de développement local :
retour d’expériences dans le Nordeste brésilien. Cirad.
19) Caron, 2005. A quels territoires s’intéressent les agronomes ? Le point de vue d’un géographe tropicaliste.
Nature sciences société, 13 (2), p. 145-153
20) Chia, Mathé, Rey Valette, Michel, Soulard, Nougaredes, Jarrige, Clement, Barbe et Martinand. 2010.
“Comment Étudier (analyser) La Gouvernance Territoriale? Mise À L’épreuve D’une Grille de Lecture.” Dans
Colloque AISRE-ASRDLF 2010. Identité, Qualité et Compétitivité Territoriale. Développement Économique
et Cohésion Dans Les Territoires Alpins
21) Coordination Sud, 2013. Répondre aux défis du XXI siècle avec l’agroécologie : pourquoi et comment ? Dans
AVSF. Publications. [Link]
(Dernière consultation 6 juin 2014)

61
22) Cornet 2002. La désertification à la croisée de l’environnement et du développement : un
problème qui nous concerne. pp. 91-130 ; dans R. Barbault, Cornet A., Jouzel J., Megie G., Sachs
Territoires et agroécologie I., & J. Weber Edit. Johannesburg Sommet Mondial du Développement Durable 2002, Quels
enjeux ? La contribution des scientifiques au Débat. Paris, ADPF 201p.
23) CSFD 2013. Désertification et dégradation des terres. Un phénomène mondial. Dans CSFD,
Combattre la désertification. [Link]
desertification/item/desertification-degradation-des-terres
(Dernière consultation 6 août 2014)
24) Côte, 2014. Semer les graines de l’agroécologie à l’échelle de l’Afrique, est-ce possible ?
Essai présenté au Centre universitaire de formation en environnement et développement
durable en vue de l’obtention de grade de maître environnement
25) De Schutter, 2010. Rapport du Rapporteur spécial du droit à l’alimentation, Olivier De Schutter.
Dans Special Rapporteur on the right to food. Documentaires.
[Link]
(Dernière consultation 5 juillet 2014)
26) Di Meo, 1998. Géographie sociale et territoire, Paris : Nathan Université, collection Fac Géographie, 320 p.
27) Dufumier, 2009. Agroécologie et développement durable. Dans Innovation and
Sustainable Development in Agriculture and Food. [Link]
28) Duru, Fares, Therond, 2014. Un cadre conceptuel pour penser maintenant (et organiser
demain) la transition agroécologique de l’agriculture dans les territoires. Inra
29) Elidrissi et Hauch, 2008, Systèmes régionaux d’innovation : superpositions et articulations. L’exemple
de Sophia Antipolis. Publié dans La Revue Des Sciences de Gestion n° 233.
[Link] - (Dernière consultation le 20 août 2014)
30) FAO, 2011. The State of the world’s land and water resources for food and agriculture.
[Link] - (Dernière consultation 28 juillet 2014)
31) FAO, 2012. Directives volontaires pour une gouvernance responsable des régimes fonciers
applica-bles aux terres, aux pêches et aux forêts dans le contexte de la sécurité alimentaire
mondiale. [Link]
(Dernière consultation le 25 juillet 2014)
32) Francis, Lieblein et autres, 2003. Agroecology the ecology of food systems. Journal of
Sustainable Agriculture 22(3) : p. 99-118
33) Guillou, 2011. Rapport sur Le projet agroécologique : vers des agricultures doublement
performantes pour concilier compétitivité et respect de l’environnement, proposition du Ministère
34) GTD/CARI, 2013. Agroécologie, une transition vers des modes de vie et de développement
viables. [Link] - (Dernière consultation 28 juillet 2014)
35) Institut international de Recherche sur les Politiques Alimentaires, 2011. Rapport 2011 Publication
[Link] - (Dernière consultation 15 août 2014)
36) Lazarev, 2009. La Gouvernance territoriale et ses enjeux pour la gestion des ressources
naturelles. Des approches novatrices pour lutter contre la désertification et la dégradation des
terres et des eaux. Désertification, dégradation des terres et sécheresse document thématique
n°3. Etude [Link]
(Dernière consultation 28 juillet 2014)
37) MEA, 2005. Ecosystems and Human Well-being : Synthesis. Dans MEA. Rapports. Rapports
de synthèse. [Link]
(Dernière consultation 29 juillet 2014)
38) Moine, 2006. Le territoire comme un système complexe. Des outils pour l’aménagement et la géographie.
39) Morez, 2009 Recueil des bases et Savoir-Faire pour une agriculture durable.
Disponible sur [Link]
40) Odum, 1971. Fundamentals of ecology (3rd Edition) Philadelphia. W.B Saunders
41) Ouranos, 2013. Contribution des systèmes agroforestiers multifonctionnels à la capacité d’adaptation
aux changements climatiques des agrosystèmes. Dans Ouranos. Documents scientifiques.
(Dernière consultation 15 août 2014)
42) Oxfam, 2014. Discussion paper. Scaling-up agroecology approaches : what, why and how ?
[Link]
up%20agroecology, %20what,%20why%20and%20how%[Link]
43) Pecqueur 2005. Le développement territorial : une nouvelle approche des processus
de développement pour les économies du Sud. Dans le Territoire est mort, vive les
territoires !, IRD Editions, 2005
44) PNUD, 2007. Rapport mondial sur le développement humain 2007/2008 La lutte contre le
change-ment climatique : un impératif de solidarité humaine dans un monde divisé
62
45) Prévost, Capitaine, Gautier-Pellissier, Michelin, Jeanneaux, Fort, Javelle, Moïti-Maïzi, Lériche, Brunschwig,
Fournier, Lapeyronie et Josien, 2014. Le terroir, un concept pour l’action dans le développement des territoires.
Dans Vertigo - la revue électronique en sciences de l'environnement Volume 14 Numéro 1 : Des systèmes
alimentaires articulés et transversaux pour une sécurité alimentaire
46) Rabhi, 2008. Manifeste pour la Terre et l'Humanisme, Actes Sud
47) Rosenstock, Tuuly, Arias-Navarro, Neufeld, Butterbach-Bahl et Verchot, 2014. Agroforestery with N2-
Fixing trees: sustainable development’s friend or foe ? Environmental Sustainability, vol. 6, p.15-21
48) Rosset et Martinez-Torres, 2012. Rural Movement and Agroecology : Context, Theory, and Process.
Dans Research, part of a Special Feature on A Social-Ecological Analysis of Diversified Farming Systems :
Benefits, Costs, Obstacles and Enabling Policy Frameworks
49) Schaller, 2013. L’agroécologie : des définitions variées, des principes communs. Dans Analyse du
Ministère de l’Agriculture de l’Agroalimentaire et de la Forêt, Centre d’études et de prospective, n°59
50) Stassart, Baret, Grégoire, Hance, Mormont, Reheul, Stilmant, Vanloqueren et Visser, 2012. L’agroécologie
: trajec-toire et potentiel pour une transition vers des systèmes alimentaires durables. Dans Groupe
Interdisciplinaire belge de recherche en Agronomie du FNRS.
51) Stassart et Baret, conférence «L’agroécologie, un cadre pour la transition de nos systèmes
alimentaires», juin 2010 [Link]
52) Tafani, 2010. Pour une approche systémique de l’évaluation de la durabilité de l’agriculture : une
synthèse des approches agrosystémiques et géographiques ? Dans Colloque International francophone, «
Le développement durable : débats et controverses », université Blaise Pascal, Clermont-Ferrand.
[Link]
(dernière consultation 15 août 2014)
53) Turbé, De Toni, Benito, Lavelle, Ruiz, Van der Putten, Labouze, Mudgal, 2010. Soil biodiversity : fonctions,
threats and tools for policy makers. Dans European Commision. Environment. Soil.
[Link] - (dernière consultation 15 août 2014)
54) UNCCD, 2011. Land and soil in the context of a green economy for sustainable development, food
security and poverty eradication.
[Link]
(dernière consultation le 15 août 2014)
55) UNCCD, 2012. Zero net land degradation. A sustainable Development Goal for Rio+20.
[Link]
(dernière consultation le 20 juillet 2014)
56) UNESCO, 2009. Proposition d’un nouveau thème dans le contexte du Programme MAB : Les
agroécosystèmes. Dans International Coordinating Council of the Man and the Biosphere (MAB) Programme.
[Link] - (dernière consultation 5 juin 2014)
57) Vall E. et al, 2014. « Les facettes agroécologiques de l’élevage des ruminants en Afrique de l’Ouest et du
Centre », Grain de sel n°63-66, Agroécologie en Afrique de l’Ouest et du Centre : réalités et perspectives.
58) Vandermeer, 1981. The Interference Production Principle: An Ecological Theory for Agriculture, BioScience, 31
59) Wezel, Bellon, Doré, Francis, Vallod et David, 2009. Agroecology as a science, a movement or a
practice, Agronomy for Sustainable Development

SITOGRAPHIE
• [Link]/
• [Link]
• [Link]
• [Link]
• [Link]
• [Link]

63
Le Groupe de Travail Désertification (GTD) propose une démarche s’appuyant sur les principes
de l’agroécologie pour repenser le développement des territoires en zone sèche.
Ce document clarifie certains concepts clefs et détermine des voies possibles d'engagement
pour favoriser la transition agroécologique dans les territoires. Il s’appuie sur des éléments
bibliographiques et sur la capitalisation d’expériences des partenaires du GTD, et se veut un
point d’étape dans les discussions sur l’association des notions de territoire et d’agroécologie.
Il est construit en deux temps : comment comprendre et justifier une approche agroécologique à
l’échelle des territoires dans les régions soumises à la désertification ?
Et comment construire et conduire une démarche agroécologique intégrée à cette échelle?

Groupe de Travail D ésert ification


Lutte contre la désertificationet société civile
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