AGROECOLOGIE
AGROECOLOGIE
Décembre
2015 publication du Groupe de Travail Désertification
La transition agroécologique dans les territoires
soumis à la désertification :
Proposition d'une démarche d'accompagnement
Auteurs : Marion Finet et Adeline Derkimba (CARI)
Coordination de la rédaction et de l’édition : Adeline Derkimba (CARI)
Le Groupe de Travail Désertification (GTD) est une plateforme française d’acteurs mobilisés
dans le domaine de la lutte contre la désertification. Il trouve sa force dans la diversité
des profils de ses membres : ONG, acteurs professionnels agricoles, scientifiques,
collectivités locales, acteurs du secteur privé, mais aussi dans le lien étroit qu’il a tissé
et qu’il entretient avec les décideurs politiques français (MAEDI, MEDDE).
Tous ont comme point commun d’intervenir au moins pour une partie de leurs activités sur le
thème du développement des zones arides, de la restauration des terres et des alternatives
possibles face à la dégradation des ressources naturelles et économiques dans ces zones.
[Link]
Le GTD est un réseau coordonné par le CARI 12
rue du courreau 34380 Viols le Fort - France
+33(0)4 67 55 61 18 - info@[Link]
"Pour une transition agroécologique dans les territoires soumis à la désertification - Proposition d’une démarche
d’accompagnement" de Marion Finet et Adeline Derkimba, Groupe de Travail Désertification, est mis à disposition
selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Partage dans les Mêmes Conditions 3.0 non transposé.
Les autorisations au-delà du champ de cette licence peuvent être obtenues à [Link].
Nous voulons remercier ici tous ceux qui, de près ou de loin, ont contribué
à ce travail, dont :
• Les membres du GTD qui ont passé du temps dans des
discussions souvent passionnées ;
• Les personnes qui se sont impliquées dans la rédaction des fiches outils ;
Avec la contribution de :
Sommaire
Territoires et agroécologie
Introduction - Une réflexion sur les territoires et l’agroécologie :
continuité et aboutissement d’un travail collectif 6
4
5 Conduite de la démarche agroécologique dans les territoires 39
5.1 Favoriser une compréhension holistique partagée des enjeux au service d’un
Territoires et agroécologie diagnostic territorial 40
5.2 Susciter l’intérêt agroécologique en minimisant les risques et en créant un
contexte favorable pour apprendre 42
5.2.1 Les processus de démonstration technique 42
5.2.2 Les processus de démonstration technique et économique 44
5.2.3 La mise en réseau des acteurs 45
5.3 Aider à la transition agroécologique 46
5.4 Favoriser l’insertion du modèle agroécologique au sein de filières locales 48
5.4.1 Apporter de la valeur ajoutée aux produits 49
5.4.2 Sécuriser les rapports marchands 50
5-4.3 Sécuriser la qualité collectivement 51
5.5 Intégrer et contribuer à orienter les pouvoirs publics locaux 52
5.6 Mobiliser la recherche-développement pour accompagner la transition 55
Pour conclure 57
Acronymes et abréviations 59
5
Une réflexion sur les territoires
et l’agroécologie : continuité et
Territoires et agroécologie
aboutissement d’un
travail collectif
Le Groupe de Travail Désertification (GTD) est engagé depuis 2001 sur le sujet de la désertification
et de la dégradation des terres. En 2009 le GTD a réédité un document de référence Désertification :
repères pour comprendre et agir, afin d’orienter les acteurs du développement dans la compréhension et
la mise en œuvre d’actions pour répondre à ce phénomène, dans le cadre de la Convention des Nations
Unies de Lutte contre la Désertification. La désertification, un processus complexe, aux multiples
dimen-sions (climatiques, biophysiques et sociales), conduit à la fois à une baisse de la productivité du
milieu naturel et à la péjoration des conditions de vie des sociétés humaines. Les conséquences de la
désertifi-cation impliquent une intervention à la fois sur la prise en compte des équilibres
écosystémiques et sur les capacités de résilience des populations concernées. L’agroécologie est dans ce
cadre considérée par le GTD comme un levier possible d’action.
En 2013, le GTD publie un nouveau document intitulé : "Agroécologie, une transition vers des modes de
vie et de développement viables", dans lequel l’agroécologie apparait telle qu’elle est pratiquée et vécue dans
les pays par ceux qui l’ont adoptée. Les remarques apportées dans cet ouvrage conduisent à penser que,
malgré certaines faiblesses et quelques insuffisances internes, l’agroécologie est en effet un moyen par
excellence pour lutter durablement contre la dégradation de l’environnement, pour réduire la pauvreté et
l’impact des crises alimentaires dans le monde. Il en ressort une vision engageante de l'agroé-cologie qui
présuppose d’envisager une véritable transition en termes de développement agricole, parti-culièrement dans
les territoires soumis à la désertification. Cette transition est possible dans la mesure où l’agroécologie
prévoit de considérer l’activité agricole dans son ensemble selon une approche systémique, socio-
économique et englobante. Une telle application suggère la mise en place de processus collectifs de
négociation, de coordination, d’élaboration de projets ou de compromis.
6
Le GTD considère le territoire comme un espace pertinent pour la lutte contre la désertification et la
dégradation des terres. En parallèle, l’agroécologie apporte des réponses particulièrement adaptées aux
contraintes rencontrées en milieux à fortes contraintes hydriques (GTD/CARI, 2013). L’ensemble des membres
la
du GT D s’est donc engagé dans réalisation d’un chantier thématique visant à favoriser une approche du
développement des territoires à travers les principes de l’agroécologie. Ce chantier, concrétisé ici par la
production de ce guide d’accompagnement, n’a pas pour objectif de rester centré sur la diffusion de bonnes
pratiques à l’échelle des territoires, mais bien celui de proposer une démarche spécifique, s’appuyant sur les
principes de l’agroécologie pour repenser le développement des territoires en zone sèche.
Ce document propose ainsi une base d'informations permettant de clarifier des concepts clefs et de d
éterminer les voies possibles d'engagement pour favoriser la transition agroécologique dans les territoires. Pour
ce faire, il s’appuie sur des éléments bibliographiques (scientifiques et techniques) et sur la capitalisation
d’expériences des partenaires du GTD, à partir de projets se rapportant à la thématique. Ce qui en ressort résulte
d’une réflexion menée à partir des élé-ments relatifs aux différentes visions partagées actuellement par les
membres du GTD. Il se veut un point d’étape des discussions sur l’association des notions de territoire et
d’agroécol ogie et est destiné aux acteurs du dév eloppement déjà engagés dans une démarche agroécologique et
qui souhaitent s’investir pour aller plus loin dans les processus de transition.
Ce guide est con struit en deux temps : com ment comprendre et justifier une approche agroécologique à
l’échelle des terri toires dans les régio ns soumises à la désertification ? Et comment const ruire et conduire une
démarche agroécologique intégrée à cette échelle?
7
L’agroécologie comme
levier de développement
PARTIE 1
A ne pas confondre
Territoire
Espace multifonctionnel Terroir Paysage
délimité pour l’adaptation et
l’activité de sociétés humaines Traits, formes et caractères
Espace délimité par une d’un espace donné
Développement
appropriation identitaire
Aménagement
Panorama
Prise en compte
Communauté Traditions Dimension représentative
environnementale
Savoir-faire Reflet de politiques
Usages multifonctionnel
Usage locaux d’aménagement
Acteurs multiples
Ecosystèmes Produits spécifiques et d’un ensemble contextuel
Histoire Inspiré de Réalisation Agora 21 : ARMINES, Ecole
La notion de territoire étant complexe, elle peut être appréhendée de différentes façons. Nous proposons ici la
vision de Moine (2008), qui propose une définition systémique du territoire, et qu’il semble pertinente de retenir afin
d’inté-grer la plurifonctionnalité et la multi dimensionnalité des agroécosystèmes et des modes d’organisation. Il est
ainsi pos-sible de définir un système territorial sur la base de plusieurs sous-systèmes dynamiques, en interaction :
• Un sous-système de l’espace géographique : espace approprié par l’homme, aménagé et au sein duquel
appa-raissent des organisations spatiales et de multiples interactions fondées sur des interrelations entre les
espaces naturels, anthropisés, sociaux, économiques et institutionnalisés
• Un sous-système acteurs : dynamique d’acteurs qui agissent consciemment ou inconsciemment sur
l’espace géo-graphique, influencés par différents éléments, et suivant leur position au sein de ce système.
sous-systèm e de
'espacegéog
de l raphique
sy
stème a ct e c o i t o n de
vi e
nd i s
s-
u
urs
o
acteur appartenant
à plusieurs réseaux
Figure 2 : Le système territorial, un ensemble de sous-systèmes en interrelations, adapté d’après A. Moine (2008)
L’étude des agroécosystèmes permet de rendre compte des relations entre les activités humaines
et les services écosystémiques rendus pour assurer le maintien des capacités productives et la
préservation des espaces naturels. Dans la mesure où les territoires incluent de manière dynamique
des écosystèmes, des acteurs et des pratiques, ils constituent une porte d’entrée pertinente pour la
compréhension et la mise en place d’actions durables, au niveau du développement rural en tenant
compte des aspects environnemen-taux, économiques et sociaux.
Le schéma suivant permet d’introduire les troi s entrées possibles de l’étude des agroécosystèmes à
l’échelle des territoires afin d’expliciter les liens substantiels entre pratiques, écosystèmes et acteurs.
Au delà des aménagements entrepris par les acteurs territoriaux sur les agro-écosystèmes, la mise en place de pro-
cessus de coordination, d’apprentissage, de négociation et de régulat ion permet d’im pliquer un large panel d’acteu rs
locaux autour d’intérêts partagés (Boiffin et autres 2014). Il s’agit d’organiser des dispositifs d’action élaborés socia-
lement par la communauté humaine (histoire locale, traits culturels communs, structuration communautaire etc.) en
fai-sant appel à des compétences spécifiques (savoir-faire, éco savoirs etc.) ainsi qu’à des profils d’acteurs multiples
(pay-sans, techniciens, entrepreneurs, politiques, administrateurs etc.) (Duru et autres, 2014).
En réalité, la plur alité des acteurs impliqués dans la construction et le fonctionnement des agro-écosystèmes font
que les démarches de gestion du territoire doivent être conçues et mises en œuvre de façon collective et concertée
(ibid). La coordination, la négociation favorisent la création de lieux de concertation, de nouvelles techniques d'action
et de décision, de nouveau processus politiques dans le sens d’orientations stratégiques, ce qui permet de débloquer
des situa-tions de conflits ou d'inertie. On parle alors de la notion de gouvernance territoriale.
Le
Territoires et agroécologie développement territorial durable peut se définir comme un processus de mobilisation
d’acteurs qui aboutit à l’élaboration d’une stratégie durable d’adaptation aux contraintes extérieures
(ex : mondialisa-tion, marchés concurrentiels, changement climatique etc.), sur la base d’une
une
indentification collective à culture et à un lieu donné (Boiffin et al., 2014). C’est un processus
qui se fonde sur l’émergence d’un projet de destin partagé (projet de développement local) visant à
mettre en valeur les atouts d'un territoire et activer son potentiel spécifique (Lazarev, 2009).
Le principe de spécification consiste à la valorisation des ressources propres à un terri toire, lui per-
mettant de se différencier de ses voisins plutôt que d'être en concurrence sur des produits standards
iden-tiques (Pecqueur, 2005). Le développement territorial suggère que les populations donnent vie à
une éco-nomie locale qui puisse prendre en compte différentes dimensions complémentaires, la satisf
action des nécessités de base des populations, la résilience écologique des milieux exploités, les
ressources locales, la recherche d’autonomie des acteurs locaux et un système de gouvernance efficient.
Dans le contexte de lutte contre la désertification et la dégradation des terres, l'échelle territoriale per-met
ainsi de pouvoir prendre en compte l'organisation des agroécosystèmes dans leur ensemble en consi-dérant
l'impact de l'homme sur leurs évolutions. Elle prévoit la prise en compte des ressources, des sys-tèmes
d’organisation et d’échanges de savoirs, qui permettent la création d'actions de terrain. D’une cer-taine
manière, la dimension territoriale permet d’envisager la valorisation durable du p otentiel agricole local dans
une optique de développement durable (PNUD, 2007), à savoir (Prévost et al., 2014) :
• Une valorisation écologique des agrosystèmes par la gest ion raisonnée de s biens comm uns
(pro-tection et renouvellement des ressources naturelles territoriales, renforcement et optimisation
des services rendus par les écosystèmes), ce qui renvoie au caractère durable du développement
• Une valorisation marchande du potentiel économique des agroécosystèmes, en défend ant une
qualité spécifique des produits, des paniers de biens et des services locaux, de marque, d’origine, et en
proposant une stratégie de différentiation (marketing territorial, protection juridique, confiance produc-
teur-consommateur, informations, partage de la valeur ajoutée des agrosystèmes entre les acteurs)
• Une valorisation culturelle (identité du milieu), via la patrimonialisation (paysagère,
anthropolo-gique, culinaire etc.) des pratiques agricoles en fonction du territoire pour qu’une
identité se crée à partir des agroécosystèmes au sein des territoires selon des modes de vie, un
sentiment d’appartenance, et une possibilité d’intégration des nouveaux arrivants.
Le schéma suivant récapitule l’ensemble de ces points en mettant en évidence les interactions
entre les associations P ratiques-Ecosystème-Acteurs, qui permet tent d’i ntégrer l es agroéc
osystèmes dans une dimension territoriale. Ces interactions sont des leviers dynamiques permettant
le développement territo-rial, en valorisant la production agricole.
Figure 4 : Schéma récapitulatif inspiré du schéma de Prévost et al., 2014, sur le terroir comme système productif et culturel local
16
Ce que l’on retient
L’échelle du territoire implique la construction d’un nouveau mode de développement agricole, non pas basé
s im-plement sur la d uplication de pratiques plus r espectueuses de l’environnement mais bien sur la mi se
réels
en place de systèmes de coopérations et d’organisations des acteurs locaux au sein de trajectoires
écologiques et socio-économiques communes et résilientes.
3. L’agroécologie dans les territoires : un levier pour l’action
Selon le GTD, l’agroécologie est une proposition intéressante pour favoriser un développement agricole
durable au sein des territoires. Cependant dans quelle mesure est-elle une option pertinente pour répondre aux
défis de sauvegarde des écosystèmes et des sociétés humaines dans les zones soumises à la désertification ?
3.1. L’agroécologie : rappels sur l’évolution d’un concept
L’agroécologie est un concept complexe et polysémique, c’est pourquoi il n’existe pas qu’une seule manière de
défi-nir et de travailler en agroécologie. Néanmoins si l’on s ’intéresse à l’évolution de l ’agroécologie dans son appr
oche fédératrice, il est possible de distinguer différentes phases de définition de cette notion (Stassart et al., 2012) :
• L’agroécologie des systèmes de production
• L’agroécologie des systèmes alimentaires
• L’agroécologie comme l’étude des rapports entre production alimentaire et société au sens plus large
Initialement, l’ agroécologie a é té id entifiée comme ét ant une t entative agrono mique d’int égrer les
principe s de l’écologie à la redéfinition de pratiques agricoles non respectueuses de l’environnement (Odum,
1971 ; Vandermeer, 1981 ; Altieri, 1989 etc.). Centrée sur l’étude des agroécosystèmes du point de vue
biologique, l’agroécologie était per-çue comme un moyen de prod uire des connaissances et de développer des
pratiques agricoles selon une dimension durable : « l’agroécologie est l’application de l’écologie à l’étude, la
conception et la gestion des agroécosystèmes » (Gliessman, 1998 cité dans Stassart et al., 2012).
Par la suite, l’étude de l'agroécologie sort des systèmes productifs pour s’interroger sur la gestion des biens
com - muns (eau, terre etc.) et la pérennisation des accès aux ressources naturelles. Elle intègre ainsi de plus en
plus de déter-minants sociaux jusqu’à s’intéresser à la c onception et la gestion de systèmes alimentaires
durables (Francis et al., 2003). La production agricole est ainsi associée aux notions d’organisation de filières et
de consommation, ce qui per-met d’intégrer les dimensions socioéconomiques et politiques de l’agroécologie
dans la construction des systèmes ali-mentaires (Stassart et al.,2012).
Figure 5 : Schéma récapitulatif des liens entre territoires et agroécologie (Finet, 2014)
Au sein de ce schéma récapitulatif, il est possible d’observer les liens potentiels entre l’agroécologie
et les territoires, selon les trois champs définis précédemment. On constate que l’association des compo-
santes territoriales avec les principes de l’agroécologie permet de mettre en avant la préservation des
res-sources naturelles, l’augmentation des services écosystémiques, la création d’emplois, le
développement de p roduits « te rroir » de q ualité, l ’émergence et la cons truction d’une i dentité, la
mutualisation des connaissances et des savoir-faire, l’amélioration de conditions sanitaires des paysans
ainsi que l’organi-sation de systèmes de gouvernance multi acteurs.
20
Ce que l’on retient
Au final, l’agroécologie propose des méthodes et des techniques de productions adaptées et surtout
adaptables. Le fait que ces méthodes ne se limitent pas au champ de la production agronomique, mais
considèrent aussi les aspects environnementaux, économiques et sociaux, confèrent à l’agroécologie un
puissant potentiel de développement ter-ritorial et de Lutte Contre la Désertification.
3.3. Les caractéristiques des projets agroécologiques dans les territoires
Afin d’évaluer la pertinence d’une démarche agroécologique à l’échelle des territoires, il convient de
réfléchir à des pistes d’action possibles dans le cadre des projets de développement. Le GTD se propose
d’aborder ces pistes d’actions selon cinq caractéristiques agroécologiques inspirées de l’ouvrage "Agroécologie,
une transition vers des modes de vie et de développement viables". Ces cinq caractéristiques sont redéfinies à l
’occasion de l’élaboration de ce document d’accompagnement.
• Valoriser les savoir-faire locaux
L’un des fondements de l’agroéco gie à l’échelle du territoire est la prise en compte des savoir-faire locaux dans la
mesure où l’agroécologie nécessite une connaissance précise du potentiel agro-écosystèmique local pour pouvoir agir
sans intrant chimique (GTD, 2013), ou seulement en dernier recours . Cette prise en compte se réfère à la reconnais-
sance des savoirs accumulés par les acteurs locaux en fonction du contexte dans lequel ils évoluent.
A force d’observation et d’adaptation, les populations locales connaissent le fonctionnement et les
spécificités de leur environnement (Association AEI, 2011). Elles savent quels sont les facteurs qui permettent
d’optimiser l’agricul-ture dans les agro-écosystèmes et les problèmes associés. Ces savoirs font également partie
de la culture et sont héri-tés d’expériences passées, ce q ui confère à leur valorisation le soutien des
communautés. De plus, l’intégration des savoir-faire locaux aux connaissances scientifiques et modernes
participe à l’ évolution de l’agroécologie (Agropolis International, 2013).
Pour
Territoires et agroécologie pouvoir restaurer les systèmes dégradés, l’agroécologie s’appuie sur des méthodes de
culture qui permettent de produire sans détruire, en mobilisant notamment le potentiel des
ressources naturelles et leurs caractéristiques au sein du patrimoine naturel transmissible (GTD,
poser
2013). Il est nécessaire d e dis- d’une vision évolutive sur l’état des ressources naturelles,
dans le but d’améliorer les services natu-rels r endus et de p ermettre le d éveloppement de
l’agroécologie s elon de bonne s condi tions écosysté - miques. Il s’agit d’accompagner sur le long
terme leur amélioration et de pouvoir s’adapter à l’évolution des conditions (ibid).
En ce qui concerne la gestion de l’espace, une connexion synergi que fonctionnelle entre les
espaces productifs et l’ ensemble du territoire environnant est une condition pour des résultats
agroécologiques satisfaisants. Comprendre et agir sur l’organisation de l’espace permet d’optimiser
l’occupation d’un ter-ritoire et la protection des espaces productifs et naturels, et de favoriser la
fourniture de services écosys-témiques. L’objectif visé est de bénéficier des facteurs les plus
favorables et des meilleurs services four-nis par les écosystèmes (Dufumier, 2009).
r p
• Intensifie et diversifier les systèmes de roduction
A l’échelle du ter itoire, il est possible d’envisager ar l’agroécologie une rée lle intensification
de la production. Cette intensification semble devoir passer par un certain nombre d’innovations
techniques respectueuses de l’environnement et des conditions de production qui puissent
augmenter la productivité des sols, des écosystèmes et du travail des paysans (Lazarev, 2009).
Dans cette perspective, l’intensification agroécologique suppose le dével oppement de serv ices
agri-coles à l’échelle du territoire qui permettent à la fois de propos er des formations techniques,
des suivi-accompagnements pour les paysans, et de faciliter l’insertion des systèmes productifs au
sein de systèmes alimentaires et de l’environnement économique.
Par ailleurs, l’agroécologie entend développer la diversi fication des s ystèmes productifs en fais
ant interagir différents domaines de compétences, tels que l’agroforesterie, la pisciculture et
l’agropastora-lisme (GTD, 2013).
s
• Défendre les interaction entre élevage, agriculture et gestion de la forêt
Par la diversification des système productifs à l’échelle des territoires, l’agroécologie propose
d’éta-blir des interactions synergiques entre différents acteurs territoriaux issus de domaines de
compétences complémentaires. Cette particularité tend à ne pas cantonner les acti vités agricoles
dans le s imple giron agronomique (Duru et al., 2014). Elle permet de réun ir des intérêts
convergents entre l ’élevage, l’agri-culture, et la gestion forestière jusqu’alors très souvent opposés
au sein des systèmes agricoles conven-tionnels (Côte, 2014).
animale et végétale locale et d’assurer la survie des populations dans les zones soumises à la désertification.
• Réduire les vulnérabilités des systèmes environnementaux, économiques et sociaux
En valorisant les savo ir-faire locaux, en intervenant sur la vitalité et la résilience des écosystèmes, en opti
misant l’utilisation de l’espace ainsi qu’en créant des relations synergiques à l’échelle du territoire,
l’intensification de l’agroé-cologie peut par ticiper à réduir e la vu lnérabilité des systèmes environnementaux,
économiques et s ociaux locaux (GTD, 2013). Cette réduction des vulnérabilités permet la résilience des
systèmes, à savoir « la capacité à prévenir les catastrophes et les crises ainsi qu’à anticiper, absorber les chocs et
adapter ou rétablir la situation d'une manière rapide, efficace et durable. Cela comprend la protection, la
restauration et l'amélioration des systèmes des moyens d'existence face à des menaces ayant u n impact sur l'agr
7
iculture, la sécurité nutritionnelle et a limentaire et la sécu rité des aliments» .
En ce qui concerne les sociétés humaines, l’agroécologie dans sa multi- dimensionnalité, renforce la
résilience des sociétés paysannes, grâce à l’émergence d’une cohésion sociale forte autours de valeurs éthiques
et économiques (déve-loppement de gr oupements d’a cteurs pr ofessionnels uni s écon omiquement pour l a
défens e de l’environnemen t), la reconnaissance d’une identité (produit agroécologique de qualité), l’intégration
économique (ex : l’intégration des sys-tèmes productifs dans des filières de commercialisation) sans oublier une
hygiène de vie plus saine et durable (aliments biologiques, pas d’intrants chimiques etc.) (GTD, 2013).
Ces différentes caractéristiques nous permettent de dessiner les perspectives d’une démarche agroécologique
englo-bante et multidimensionnelle afin de répondre à une majorité d’enjeux pour le développement des
territoires, et tout en considérant les difficultés déjà anticipées par le GTD.
7 - [Link]
Ces différents facteurs de blocage ou facteurs limitants nous amènent à proposer des outils pour faciliter la mise
en œuvre de projets agroécologiques à l’échelle des territoires. Ainsi, la deuxième partie de ce document propose de
mon-trer comment, à travers des principes fondamentaux de l’agroécologie, on peut imaginer et s’équiper pour
construire des projets de développement territoriaux adaptés au contexte et aux besoins identifiés.
agroécologique
Afin de dessiner les fondements d’une démarche agroécologique à l’échelle des territoires, il
convient de poser les bases d’une approche systémique au niveau du fonct ionnement des
agroécosystèmes et de l’organisation de la société humaine. Il s’agit d’appréhender l’agroécologie
comme la mise en marche de processus en vironnementaux et socioéconomiques durables, par l
’émergence d’un modèle ag ricole pérenne et spécifique.
Dans s es multiples dimensions, l’agroécologie s’ inscrit dans l es territ oires sel on plus ieurs c
hamps d’actions, qu’il faut pouvoir aborder de manière holistique, en termes de techniques agricoles,
d’identifi-cation culturelle, de gestion du territoire et de ses ressources, de systèmes productifs, en vue
d’assurer la souveraineté alimentaire des populations et la durabilité de leur environnement.
Construire une démarche agroécologique requiert un certain nombre de fondamentaux, mais il
existe autant de voies d’engagement qu’il existe de champs d’actions à l ’agroécologie. Dans cette
section, il s’agit donc d’exposer ces fondamentaux, notamment en ce qui concerne le choix du territoire
d’action et des acteurs susceptibles de servir une démarche en agroécologie dans ces territoires.
Conduire une démarche agroécologique consiste à agir s ur le développement de conditions de
vie favorables dans les territoires. Il est question de s’interroger sur le rôle de l’acteur du
développement pour accompagner les acteurs locaux et promouvoir l’agroécologie au sein de
systèmes territorialisés. Dans ce document, sont ainsi proposées des pistes d’actions, des outils, des
voies d’engagements possibles et des notes sur les écueils à éviter.
La mise en place de projets agroécologiques à l 'échelle du t erritoire, si l 'on se réfère au x caractéris-
tiques agroécologiques issues du premier ouvrage du GTD/CARI (2013), suggère plusieurs domaines
d'intervention, avec des temps de projet différents, des actions pluridimensionnelles et des acteurs multi-ples.
Considérer qu'il existe une linéarité dans les phases successives d'élaboration de projets agroécolo-giques
semble réducteur. Ce document ne propose donc pas un ch eminement classique de montage de projet, basé
exclusivement sur des étapes clefs. Une approche thématique a été choisie pour aborder l'en-semble des
domaines d'actions possibles, en travaillant à partir des composantes territoriales et des per-sonnes ressources
locales qu’il convient de repérer et de mobil iser pour pouvoir i nitier une dynamique d’action glo bale. Cette
p roposition d ’accompagnement, ess entiellement thémati que, se bas e sur un dialogue entre informations
théoriques, contributions d’acteurs de terrain et illustrations pratiques.
A partir des rencontres de huit partenaires, membres du GTD, et l’étude d’un ou plusieurs
projets menés respectivement par les structures, ce document d’accompagnement propose de
nombreuses infor-mations relatives au choix du territoire et des acteurs de projets ainsi qu’au
repérage des éléments agroé-cologiques déterminants à saisir. Pour aller plus loin, ces enquêtes ont
permis de réunir des exemples mul-tiples et des outils pratiques pour illustrer le cadre de réfl exion
sur l’émergence d’une dynamique d’ac - tion favorable au développement de l’agroécologie.
27
Thèmes transversaux pour accompagner la
Outils pratiques et récits d’expériences
a
g
o
é
o
g
e
c
r
i
transition agroécologique
Favoriser une compréhension holistique partagée Danya : critères d’un projet agroécologique au Mali
Le choix du territoire Etc Terra : critères d’un programme holistique de conservation des forêts à Madagascar
Agrisud : critères d’un projet d’aménagement du bassin versant de Limbé en Haîti
e
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r
r
t
i
28
4. Construction d’une démarche agroécologique dans les territoires
Construire un projet d’agroécologie à l’échelle d’un territoire, consiste à réunir un certain nombre d’éléments
lyse
d’ana- et de compréhension, nécessaires avant de pouvoir envisager une quelconque dynamique d’action.
Parlant de ter-ritoire, il semble indispensable, dans un premier temps, de définir le périmètre géographique à
gager
considérer, avant d’en- une quelconque action. Le territoire, sur lequel on cherche à construire la transition
agroécologique, implique une articulation complexe entres différents niveaux spatiaux, à la con fluence entre les
dimensions biophysiques et s ocio-économiques, portées par un ou plusieurs modes de gouvernance (GTD, 2014).
L’identification des acteurs et des organisations territoriales, ainsi que leurs interactions, doit aussi permettre de
mettre en évidence des syn ergies possibles, en as sociant des compét ences et des moyens transversaux au s ervice du
développement agroécologique. Mais comment déterminer le territoire de projet et les acteurs pertinents à mobiliser?
4.1. Définir le territoire du projet
S’il est un fait que la notion de territoire se décline selon des dimensions multiples et qu’il faille les
concevoir selon une vision systémique, il semb le toutefois nécessaire d’apporter des éclairages supplémentaires
sur la concep tion du territoire dans le cadre du montage d’un projet. En agroécologie, et notamment dans le
cadre de la Lutte Contre la Désertification, le caractère environnemental, social et économique du territoire est
essentiel (CSFD, 2013). Une unité territoriale qui recouvre des zones dégradées par la désertification n’est pas
nécessairement en correspondance avec les unités administratives et p olitiques qui la compose et la gouverne
(GTD, 2014). Par exemple, à l’échelle d’un bassin versant, plusieurs co mmunes/villages peuvent exercer leurs r
esponsabilités. Il semble donc uti le d’envisager un e approche territoriale qui assoc ie u ne cohére nce envi
ronnementale (écosystème considéré), une cohérence sociale (acteurs partie-prenantes) et un e cohérence
économique (filière de mis e en valeur des ressources) : on pa rle alors de territoire de projet.
4.1.1 Le territoire de projet, de quoi parle-t’on ?
Le territoire de projet est un périmètre géographique stratégique et cohérent pour la mise en place d'une
action col-lective (Berriet-Solliec, 2013). Le territoire de projet doit pouvoir réunir l’ensemble des conditions
techniques, écono-miques, opérationnelles, environnementales, politiques et sociales de mise en œuvre d'une
dynamique de développe-ment, sans oublier d es savoirs, des personnes, des moyens financiers et
institutionnels, des infrastructures, des res-sources naturelles et des intérêts communs nécessaires à la
construction d’un projet. La pertinence du territoire de pro-jet va donc reposer sur sa capacité à recouvrir le
maximum de composantes territoriales en termes de ressources et de systèmes d’organisation des acteurs.
Retours d’expériences
Danaya, Mali
Mali, la détermination du territoire de projet a suivi plusieurs étapes (sur la base de critères) :
Commune
30
Etc Terra, Madagascar
Dans le cadre de leur programme holistique de conservation des forêts, faisant suite à une première phase de
jet,
pro- l’ONG Etc Terra et ses partenaires Agrisud et WWF ont fait un choix parmi les 5 zones d’interventions
historiques sur la base des critères suivants :
Critère Raisons du choi x Type de critère
Valeur de conservation du Paysages prioritaires de Géomorphologique
territoire conservation, résilience des
écosystèmes
Cohérence avec les politiques Priorités définies dans la Socio économique
nationales politique REDD+
Partenariats techniques et Partenariats existants, Socio économique
financiers présence d’acteurs relais
(stratégie de sortie)
Accessibilité des sites Efficience de la mise en œuvre Opérationnel
Dans le cadre de la mise en œuvre de projets agroécologiques sur les territoires, s’appuyant donc sur les
ressources humaines et naturelles locales et devant intégrer les modes de gouvernance existants, ce croisement
entre les différents types de critères est essentiel.
Au sein du territoire de p rojet, il c onvient aussi de distinguer différentes zones : par exempl e, une zone de d iag-nostic
et une zone d’action peuvent être distinctes. La zone de diagnostic (a priori large et englobante) comprend celle de l’action
(dépendant de la problématique précise à traiter). Par exemple, à partir d’un diagnostic élaboré à l’échelle d’une commune
pour répondre à un besoin identifié par les autorités locales, il peut s’avérer pertinent de n’intervenir que sur certaines
localités. Ainsi les projets agroécologiques à l’échelle du territoire demandent aux porteurs de projet
Facteurs de blocage
Sur les vastes territoires :
• actions locales pertinentes sur de petites surfaces (ha) m ais non suffisantes à l ’échelle du
2
terri-toire complet (km )
• multiplication des acteurs et projets sans concertation : doublon de certaines actions et /ou
contra-dictions
Partenariats avec les autorités locales :
• l’instabilité politique peut rendre les choses difficiles sur la durée avec des formes
Recommandations méthodologiques
• maintenir les deux niveaux d’intervention : global pour l’élaboration de la planification
stra-tégique et local pour la mise en œuvre des aménagements
• mobiliser les communautés locales des territoires sur lesquels on cherche à intervenir : pour un
projet territorial, il faut s’assurer d’avoir une vision partagée du territoire et de ses composantes
• évaluer les barrières dès la phase d’instruction et de définition du territoire : accès aux
32
Il est important de savoir reconnaître la pertinence des participations, en fonction des visions respectives des
p ar-ties prenantes, de leurs intérêts propres, de leurs forces contractuelles et de leurs m arges d’intégration
(FAO, 2012). Ainsi, à chaque pr oblématique sont associés des acteurs territoriaux spécifiques, en faveur ou en
A
défaveur du projet. ce sujet, il est intéressant de savoir positionner les acteurs dans ce qu’ils peuvent
représenter en tant que freins ou forces motrices.
Les catégories d’acteurs à l’échelle du territoire sont multiples. On peut distinguer, sans être exhaustif :
•
Des acteurs et des organisations économiques tels que les groupements professionnels (groupements de
paysans, coopératives, comités de gestion des ressources) ou bien les entreprises, les structures de
financements (organismes de microcrédit, banques)
• Des acteurs et des organisations institutionnels publics ou privés tels que les services déconcentrés de
l’état au niveau communal, départemental et régional, les centres de formation, les scientifiques, les
instituts de recherche ou bien les bureaux d’experts, etc.
• Des acteurs et des organisations politiques tels que les élus locaux, les partis politiques et militants, etc.
• Des acteurs et des organisations de la société civile, tels que les associations locales (environnement,
développe ment, éducation, santé, promotion culturelle), les chefferies traditionnelles, les comités
villageois, les leaders reli-gieux, les foyers, etc.
• Des acteurs internationaux tels que les ONG et OSI, les bailleurs de fonds, les institutions
internationales de développement.
Le rôle joué par ces différents acteurs pour le projet relève de champs d’actions différents. Il y a ceux qui
vont met-tre en œuvre des pratiques agroécologiques, ceux qui vont participer à la diffusion des processus du
modèle, ceux qui accompagnent, ceux qui appuient, ceux qui financent, etc.
A retenir
• Savoir reconnaître les relations d’influence qui s’établissent entre les acteurs
• Connaître les compétences et comprendre le jeu de pouvoir des autorités traditionnelles
locales pour mieux saisir les mécanismes de gouvernance locale
• Veiller à ce que les autorités locales ne soient pas un obstacle au projet et y adhèrent pleinement
• Avoir une bonne connaissance du contexte sociopolitique local
Dans un second temps, il est important de pouvoir comprendre les relations qui s’établissent entre les
acteurs de manière horizontale, au sein notamment des sys tèmes productifs (filières, relations commer-
ciales, etc) . L’organisation de réseaux et la mise en place d’interactions partenariales sont également des
dynamiques d’acteurs à saisir, pour leur visibilité, leurs compétences et les capacités qu’ils réunissent.
A retenir
• Repérer les réseaux associés aux mêmes thématiques d’actions
• Veiller à ce que les dynamiques d’organisation locales existent et soient complémentaires
et non concurrentes
4.2.4. Comment choisir les acteurs
Une fois les acteurs et leurs dynamiques identifiés à l’échelle du territoire, il faut être en mesure
de déterminer lesquels seront mieux à même de participer au projet.
Les partenaires du GTD sont unanimes sur le fait que les paysans, les organisations
professionnelles ainsi que l’ensemble des partenaires locaux doivent être motivés, compétents et
ancr és au sein de le ur environnement pour participer au projet.
Retour d’expériences
Exemple de la création de collectifs d’accompagnement
Plusieurs expériences ont montré qu’à partir des phases de concert ation avec les acteurs locaux, peuvent
émerger des collectifs d’accompagnement du projet. Ces collectifs peuvent être temporaires ou être formalisés
et pérennisés, indépendamment du projet. Deux exemples permettent d’illustrer cela.
• En Haïti, dans le cadre d’un projet porté par Agrisud dans le bassin versant de Limbé, des commissions commu-nales
sont mises en place dans les communes concernées par le projet. Elles réunissent les maires, les bureaux agricoles
communaux, les agents de section communale, les leaders locaux, etc. Elles sont représentatives de l’ensemble du ter-
ritoire communal et permettent de traiter des points suivants : recensement des ressources et de leur état, identification des
zones prioritaires d’interventions etc… Elles permettent également de favoriser la pérennité du projet.
• Au Mali, dans le cadre d’un projet de diffusion de l’agroécologie porté par Terre et Humanisme en 1997,
une union des associations a été créée sur les bases d’une concertation engagée avec les représentants des
associations locales, les membres de la chefferie et l’ONG. Cette Union pour un Avenir Ecologique et Solidaire
(UAVES) est devenue le par-tenaire majeur du projet dès 2001. Cette union des associations a perduré au-delà
du projet et est aujourd’hui un acteur majeur au service de la diffusion de l’agroécologie au Mali.
REMARQUE : Dans le cadre d’organisations professionnelles, il est important d’évaluer la fiabilité des structures
partenaires, en s’intéressant à leur mode de représentation, à leur gestion interne financière et organisationnelle et à
leurs ressources opérationnelles. Cette évaluation peut inclure l’étude des projets antérieurs et l’analyse du dyna -
misme de ses membres, en termes d’initiatives et d’efficacité sur la zone d’intervention.
Dans la perspective de dif fusion des processus agroécologiques, il est essentiel que les partenair es du
projet soient communément reconnus sur le territoire ; le mieux reste qu’ils puissent être collectivement
désignés par les populations locales. En définitif le défi est de pouvoir renforcer, modifier ou ancrer les
dynamiques des sociétés afin d’intégrer la démarche agroécologique dans les territoires.
4.3. Intégrer la démarche de transition agroécologique dans les territoires
L’intégration de la démarche de transition agroécologique dans les territoires consiste à repérer un certain
nombre d’éléments participant à la transition agroécologique à l’échelle locale. Ces éléments sont déterminants
pour promou-voir l’agroécologie dans les terr itoires et fonder des dynamiques d’acti on selon une démarche
spécifique en fonction du contexte d’intervention. Ils se basent sur différentes composantes territoriales.
Pour disposer d’une lecture claire des composantes territoriales correspondant aux caractéristiques agroécologiques et
comprendre leur importance, la section suivante décrit les actions de diagnostic à mener autour de différents thèmes :
• utiliser les savoir-faire locaux
• disposer d’une vision dynamique/évolutive sur les ressources naturelles et comprendre l’organisation de l’espace
• caractériser les modes de production vers l’intensification écologique
• repérer les interactions agrosylvopastorales
• caractériser les vulnérabilités des systèmes environnementaux, économiques et sociaux
Pour chacune de ces th ématiques, nous précisons les composantes, les syst èmes territoriaux à repérer et l es
8
per-sonnes ressources à mobiliser .
8 - Cette proposition est le fruit de la synthèse des entretiens menés auprès des partenaires du GTD, c’est pourquoi elle n’a pas la
prétention d’être exhaustive. Elle vise à apporter néanmoins des éclairages suffisants pour construire une dynamique d’action. Des
éléments théoriques supplémentaires viennent renforcer les propos.
Disposer d’une vision dynamique et évolutive sur les ressources naturelles permet :
Pour que l’agroécologie puisse favoriser des synergies entre l’élevage, les cultures et la gestion
fores-tière, il faut :
• Repérer les facteurs bloquants de sorte à pouvoir trouver des mesures correctives et
maintenir un équilibre entre les trois formes d’activité. Cette synergie permet de valoriser les
produits voire les sous-produits.
• Faciliter les relations entre éleveurs et cultivateurs, en développant des modes de
contractualisa-tion le cas échant.
• Promouvoir la création de services agricoles associés, tel que le développement des soins
38
Le fait de caractériser les vulnérabilités des systèmes environnementaux, économiques et sociaux conduit à
s’inter-roger de manièr e englobante, sur comment limiter les dépendances, notamment des sociétés par rapport
à leur envi-ronnement. Cette étude s’impose en vue de :
• Améliorer la résilience des familles paysannes et de l’ensemble des systèmes territoriaux liés directement ou
indirectement à l’activité agricole. Cette amélioration consiste entre autres à pérenniser les conditions d’accessibilités des
zones de production et des marchés (ex : construction de pistes, désenclavement des zones de production, sécurisation des
échanges entre acteurs et renforcement des services agricoles, banques de semences, pépinières, coopérative, etc.).
• Identifier les capacités des paysans à s’adapter aux changements ou aux aléas dans le territoire :
selon les partenaires GTD, ces capacités d’adaptation vont reposer sur l’amélioration et la diversification des
revenus des pay-sans à moyen et long termes, sur la diversification des activités rurales et la création de
nouveaux emplois en lien avec les processus agr oécologiques (ex : b ûcherons, menuisi ers, charbonniers). Ces
dyna miques d’action propo sent de s alternatives économiq ues face aux risques de mauvaises récol tes, et de fl
uctuation des cours du marché. D ans un contexte économique fragile, l’adaptation au changement consiste pour
le paysan, à rester compétitif dans et en dehors du territoire.
A retenir
Cette proposition de construction d’une dynamique d’action agroécologique repose sur des orientations
thématiques « tiroirs » qui permettent aux acteurs du développement d’identifier ce qu’il semble déterminant
à connaître et com-prendre sur le territoire et dans quel but. L’effet « tiroir » renvoie au fait de pouvoir se
référer à une t hématique et pas nécessairement à toutes, selon l’angle d’action que les acteurs souhaitent
développer. Un projet agroécologique, comme en témoignent les expériences des membres du GTD, ne p
ourra ce rtainement p as ré pondre à l’ensemble des orientations proposées. Néanmoins les champs
thématiques traités font état de la richesse de la trans-versalité de l’agroécologie.
40
Nom de l’outil Système d’information géographique agro-environnemental
Etc Terra (Madagascar)
ONG concernée Permet de gérer l’information pour de grands territoires et sur plusieurs sites
Enjeux Répond aux besoins de transparence, de communication et de partage d’informations qui ne
sont pas forcément accessibles aux acteurs du développement et aux collectivités
• définition des données à récolter et des protocoles de recueil de ces données : suivi des activités
Mise en œuvre (formations, réalisations, aménagements sur le terrain, etc.) et relevés sur l’impact environnemen-
(démarche) tal (inventaire sol et biomasse, cartographie de l’usage des terres, empreinte carbone…)
• récolte des données et traitement sous forme de couches SIG superposées sur une carte
• analyse croisée des données pour répondre à certaines questions spécifiques au projet
(vulnéra-bilité des sols, scénarios de changements de pratiques, zone potentielle d’adoption
des pratiques, etc.)
• mise à disposition des données sur Internet permettant de f ournir une plat eforme de part
age et d’échange d’informations
• les acteurs du développement et les scientifiques détenant des informations doivent
Facteurs accepter de les partager
de blocage • les protocoles et outils de recueil de données doivent être adaptés
• nécessite un niveau d’expertise sur : outil SIG, analyse multicritères, analyse d’images
satellites, webmapping, etc.
• né cessite u n m atériel spécifique pour la col lecte (GPS, et c.) et le t raitement des
données (logiciels, interface, etc.)
• faire une analyse de l’existant et des besoins afin de déterminer les données
Recommandations déjà disponibles et les outils adaptés
• privilégier des outils et protocoles simples
• définir collectivement un système de codage des informations
• favoriser le partage et la diffusion d’information vers les acteurs locaux
• accompagner la prise en main des outils par des séances de
42
Projet pilote d’aménagement de micro bassins versants
Nom de l’outil
GRET (Myanmar)
ONG concernée
Permet de dé montrer de s pratiques relativement nouvelles a fin d e sen sibiliser non
Enjeux
seulement les communautés concernées mais aussi la recherche et les pouvoirs publics
• Identification des sites et sensibilisation des communautés
Mise en œuvre • Faisabilité technique (avec les services déconcentrés de l’Etat et les communautés concernées)
(démarche) • Faisabilité sociale (inclusion des villages concernés pour mobilisation, suivi évaluation et
diffu-sion)
• Création d’un comité de gestion des ouvrages (élu par les communautés au niveau de chaque site)
• Mise en place des aménagements sur la base d’une formation des membres du comité, des
villa-geois et des travailleurs journaliers
• Suivi évaluation participatif : suivi régulier assuré par les membres du projet et du comité
de ges-tion et suivi évaluation régulier avec la participation des communautés (cette
participation favorise l’intérêt des villageois pour les activités)
• Visites d’échanges et d’exposition : organisées sur les sites pilotes avec d’autres
communautés, mais aussi avec la recherche, l’enseignement supérieur et les services
techniques et déconcentrés de l’Etat
• Le coût des investissements sur les sites reste élevé et nécessite une implication des
Facteurs pouvoirs publics (dans le cadre d’une politique sectorielle)
de blocage • Le même problème se pose pour la diffusion sur les différents territoires
• Un partenariat très étroit est indispensable avec les communautés où les sites de
Recommandations démonstration sont implantés
• U ne b onne s ensibilisation et m obilisation comm unautaire permet une véritable pris e de
conscience et implication
Volli, Carucci, 2001, Guidelines on soil and water management for Myanmar Dry zone, FAO
Références U Pe Than and Salgarolo Patrice, 2014, Report on water and soi l conservation works done
by GRET, Myanmar f armers innovating for rural devel opment and e nvironmental
restoration (MyFIRE) project, GRET
Humanisme ([Link])
avec un appui du CTAS pour le déplacement. Ils perçoivent aussi une indemnisation plus importante.
Territoires et agroécologie dispositif. Cependant, il faut aussi imprimer une ambition et ne pas simplement suivre les propo-sitions
paysannes, qui peuvent dévier sur une stratégie de captation. Le travail de construction du dispo-sitif peut se
comprendre comme une négociation qui prend en compte les attentes et contraintes des pay-sans et la volonté
d'obtenir des avancées et des résultats palpables de la part des acteurs du développement.
5.3. Aider à la transition agroécologique
La transition agroécologique peut correspondre à une période de risque pour les paysans, ce qui néces-site
de pouvoir optimiser les capacités de production en faisant face aux aléas conjoncturels liés à la spé-cificité
du contexte (Coordination sud ; 2013). C ’est pourquoi l’acteur du dével oppement doit pouvoir accompagner
la transition afin que le minimum de facteurs puisse entraver le changement agricole.
L’accompagnement peut consister à proposer un appui financier (ex : subventions, microcrédit) pour
aider à l’investissement dans les moyens productifs et techniques (ex : suivi par des t echniciens ou don
d’accessoires pour le travail agricole). De surcroît, la disponibilité et la sécurisation des facteurs de p ro-
duction agricole sont indispensables (ex : améliorer la disponibilité des ressources naturelles à long terme,
l’accès au foncier, etc.) pour minimiser sur le long terme les entraves au déploiement des pratiques agroé-
cologiques. L’acteur d u développement doi t ainsi pa rticiper à l a sécurisat ion des terres cu ltivables en
termes d’usage et de l’accès à des superficies d’exploitation suffisamment grandes pour que puissent être
développées la diversification des activités agricoles, comme l’intégration de l’élevage aux cultures ainsi que
l’arboriculture. Il est important également de développer une offre de services agricoles locale permet-tant
notamment aux paysans de disposer de semences et de plants de qualité tout en réduisant les coûts grâce à
des économies d’échelle. Les activités de plaidoyer et les projets œuvrant dans ce sens pourront aider à la
transition en permettant une meilleure prise en compte de l’enjeu de cette transition pour le territoire.
Mais au-delà de ces aspects spécifiques, différents outils existent permettant de favoriser cette
transi-tion territoriale, en permettant un accompagnement global sur le territoire.
46
Cet ax e d’accomp agnement su r le renforcement des compétences à l ’échelle t erritoriale es t aus si uti lisé
par l’UAVES, Agroécologie et Développement et Terre et Humanisme, qui mettent en place des formati ons
d’animateurs pour disposer de paysans relais en agroécologie dans différents territoires. Ainsi, un appui
lement
technique est disponible faci- pour les paysans dans les territoires, ce qui permet de faciliter leur
transition vers l’agroécologie. Une approche de mise en réseau peut aussi s’appliquer à une échelle plus vaste.
Bon à savoir
Demander une p articipation des p aysans dans le financement des investissements agroécologiques
permet aux producteurs de mieux s’investir dans le projet . Néanmoins cette participation doit êtr e
évaluée en fonction de la prise de risque engendrée et des capacités financières des paysans . Elle ne
peut être envisagée que lorsque les pratiques agroécologiques concernées ont fait la preuve de leu r
impact positif à court et moyen terme dans le contexte local.
CARI, 2011, Rapport sur la mise en place de la filière henné biologique, Programme de lutte contre la
Références
désertification et la pauvreté par la sauvegarde des oasis dans le sud marocain
Territoires et agroécologie
Nom de l’outil Protocole d’achats de proximité
Agrisud (Sénégal)
ONG concernée
• Sécuriser les nouvelles filières mises en pl ace entre producteurs et structures
Enjeux tou-ristiques pour l’écoulement de produits cultivés en agroécologie
• Créer un espace de concertation entre producteurs et acheteurs
Ce document contractuel est élaboré de manière participative par des acheteurs et des
Mise en œuvre producteurs. Il est particulièrement pertinent dans le cadre d’une collaboration avec les
(démarche) structures touristiques, désireuses d’offrir à leurs clients des produits de qualité. Cet
outil se base sur le principe des systèmes participatifs de garantie, avec :
d’une part les engagements des producteurs (cahier des charges agroécologique) :
quelles sont les pratiques que les producteurs s’engagent à mettre en œuvre
garantis-sant à l’acheteur d es p roduits d e q ualité agroécologique (ut ilisation de
la ma tière organique, pra tiques é conomes e n e au, t raitements n aturels…) et
d’au tre p art les engagements des acheteurs (critères de préférence d’achat s : acha
t de p roximité, valorisation des produits sur les buffets…).
Il favorise la professionnalisation des producteurs et l’établissement
d’engagements solides et durables.
• Craintes à f ormaliser le s e ngagements tant du côté des acheteurs (i ncertains
Facteurs des taux de remplissage de leur structure) que du côté des producteurs
de blocage (accidents cli-matiques…)
• Pour les producteurs : accidents climatiques
• Pour les acheteurs : troubles politiques
• Programmer plusieurs réunions de travail pour cibler les contraintes tant du
Recommandations côté de la demande que de l’offre (achat et production)
• Tester le système pour permettre les ajustements au fur et à mesure (actualiser
le protocole à chaque campagne ou saison)
Protocole d’achat de proximité, Agrisud / Club Méditerranée ([Link])
Références
50
5.4.3. Sécuriser la qualité collectivement
Nom de l’outil Système Participatif de Garantie pour la production de semences de qualité (SPG)
ONG concernée GRET (Myanmar)
Enjeux • Ca dre pertinent pour t ravailler sur la commerci alisation et l a mise en ma rché
collective (meilleur accès au marché)
• Mise en place d’un processus participatif et local de contrôle qualité
• Pertinent pour développer une approche territoriale (favorise le partage d’expériences, et la mise
en réseau)
• Fort potentiel pour la valorisation de produits issus de l’agriculture biologique
• Evite l’écueil des coûts élevés de la certification formelle
• Mais peut être complémentaire avec ce système
Mise en œuvre Le SPG est un système d’assurance qualité ancré localement. Il certifie les producteurs sur la base
(démarche) d’une participation active des acteurs concernés (définition issue de l’IFOAM).
Facteurs de
blocage
Recommandations
Références
Ces différentes formes d’accompagnement des producteurs dans le domaine économique sont des voies d’action
possible pour favoriser l’insertion du modèle agroécologique dans des filières. Plus ou moins lourds à mettre en
œuvre, ils peuvent constituer des sources d’inspiration pour de nombreuses autres initiatives dans ce champ.
Agrisud ([Link])
développement local
Bon à savoir
Disposer d’un soutien des pouvoirs publics et éviter d’initier le projet en période d’élections, au risque de
Bon à savoir
Intégrer des programmes de recherche au sein d es projets peut aussi permettre d’ouvrir des
perspec-tives de financements
56
Pour conclure…
Après avoir proposé des orientations pratiques pour la conduite d’une démarche agroécologique dans les
territoires, il semble pertinent d’ouvrir les perspectives de cette dynamique sur des points transversaux à considérer.
Il semble essentiel que les Etats puissent jouer un rôle dans le sens du développement agroécologique. Selon
De Schutter (2014), l’Etat est un acteur important pour la réduction de la pauvreté des petits exploitants s’il
investit dans les infrastructures de chaines d ’approvisionnement alimentaire, dans la format ion publique et da
ns la diffusion à très larges échelles de l’agroécologie. Le soutien financier de l’Etat pour un projet
agroécologique peut constituer une aide majeure ce qui facilite la mise en place des processus agroécologiques.
Malheureusement, les Etats sont souvent des facteurs bloquants dans la mesure où ils défendent encore majoritai-
rement les principes d’une agriculture conventionnelle, selon des logiques dîtes économiques mais où les dimensions
territoriales et temporelles ont été minimisées. Un enjeu s’impose pour les acteurs du développement afin de faire
por-ter la voix de l’agroécologie de manière convaincante jusqu’aux politiques nationales.
Il apparait donc primordial de documenter, et valider scientifiquement les pratiques agroécologiques afin de les
dis-séminer de manière plu s large et de nourrir des actions de plaidoyer à destination des Etats. Un focus particulier
doit être mis sur la mesure des impacts sociaux et économiques des pratiques agroécologique. Il y a encore trop peu
d’études d’impact qu i per mettent de dé montrer aux Etats les as pects bénéfiques des pratiques agr oécologiques en
term e de réduction de la pauvreté, d’accroissement de la sécurité /souveraineté alimentaire, d’appuis aux
exploitations agricoles familiales (prévention de la migration, sécurisation des emplois en zones rurales…).
Pour ce faire, les initiatives agroécologiques doivent se réunir en réseaux afin de renforcer l’engagement des
acteurs au sein de mouvements sociaux suffisamment imposants et audibles. La mise en réseaux des acteurs de
l’agroécologie permet également de p artager des expériences réussies et de diffuser plus aisément des processus
d’action efficaces. Les projets associant les ONG et les scientifiques dans les projets favorisant l’agroécologie
doivent êt re privilégiés. Outre la fédération mon diale IFOAM qui privilégie depuis peu la démarche agr
oécologique au delà de la seule ag ri-culture biologique, d'autres réseaux se mobilisent régionalement.
Actuellement les grands bailleurs de fonds financent les projets d’aide au développement sur des temps très
courts qui varient entre deux et cinq ans. Or les processus agroécologiques sont des processus longs, qui
nécessitent que les initiatives soient poursuivies sur le long terme.
Dans cette mesure, une dissonance s’établit entre la dépendance des acteurs de terrain aux subventions, les temps
agrosystémiques et les exigences des bailleurs. Bien qu’il soit nécessaire dans un premier tem ps de pouvoir disposer
de résultats agroécologiques concluants, à court termes, pour convaincre notamment les paysans, il est toutefois
néces-saire de réfléchir à une évolution des cycles de projets afin d’accompagner les processus agroécologiques dans
la durée et d’assurer l’autonomie des populations et le retour d’une synergie écosystémique durable.
Après avoir proposé des orientations pratiques pour la conduite d’une démarche agroécologique
dans les territoires, il semble pertinent d’ouvrir les perspectives de cette dynamique sur des points
transversaux à considérer.
Il semble essentiel que les Etats puissent jouer un rôle dans le sens du développement
agroécologique. Selon De Schutter (2014), l’Etat est un acteur important pour la réduction de la
pauvreté des petits exploi-tants s’il investit dans les infrastructures de chaines d’approvisionnement
alimentaire, dans la formation publique et dans la diffusion à très larges échelles de l’agroécologie.
Le soutien financier de l’Etat pour un projet agroécologique peut constituer une aide majeure ce qui
facilite la mise en place des processus agroécologiques.
Malheureusement, les Etats sont souvent des facteurs bloquants dans la mesure où ils défendent
encore majoritairement les principes d’une agriculture conventionnelle, selon des l ogiques dîtes
économiques mais où les dimensions territoriales et temporelles ont été minimisées. Un enjeu
s’impose pour les acteurs du développement afin de faire porter la voix de l’agroécologie de
manière convaincante jusqu’aux poli-tiques nationales.
Il apparait donc primordial de documenter, et valider scientifiquement les pratiques agroécologiques
afin de les disséminer de manière plus large et de nourrir des actions de plaidoyer à destination des
Etats. Un focus particulier doit être mis sur la mesure des impacts sociaux et économiques des pratiques
agroé-cologique. Il y a e ncore trop peu d’études d’impact qui permettent de démontrer aux Et ats les
aspect s bénéfiques des pratiques agroécologiques en terme de réduction de l a pauvreté, d
’accroissement de la sécurité / souveraineté alim entaire, d’a ppuis aux exploitations agricoles fam
iliales (pr évention de la migration, sécurisation des emplois en zones rurales…).
Pour ce faire, les initiatives agroécologiques doivent se réunir en réseaux a fin de renforcer
l’engage-ment des acteurs au sein de mouvements sociaux suffisamment imposants et audibles. La
mise en réseaux des acteurs de l’agroécologie permet également de partager des expériences
réussies et de diffuser plus aisément des processus d’action efficaces. Les projets associant les
ONG et les scientifiques dans les pro-jets favorisant l’agroécologie doivent être privilégiés. Outre
la fédération mondiale IFOA M qui privilé-gie depuis peu la démarche agroécologique au delà de
la seule agriculture biologique, d'autres réseaux se mobilisent régionalement.
Actuellement le s grands b ailleurs d e fonds f inancent l es projet s d’aide au dével oppement s
ur des temps très courts qui varient entre deux et cinq ans. Or les processus agroécologiques sont
des processus longs, qui nécessitent que les initiatives soient poursuivies sur le long terme.
Dans cette mesure, une dissonance s’établit entre la dépendance des acteurs de terrain aux
subven - tions, les temps agrosystémiques et les exigences des bailleurs. Bien qu’il soit nécessaire
dans un premier temps de p ouvoir d isposer d e ré sultats agr oécologiques concl uants, à court t
ermes, pour convaincre notamment les paysans, il est toutefois nécessaire de réfléchir à une évol
ution des cycles de projets afin d’accompagner les processus agroécologiques dans la durée et
d’assurer l’autonomie des populations et le retour d’une synergie écosystémique durable.
58
Dans la même collection
Agroécologie, une transition vers des modes de vie et de
développement viables.
[Link]
Paroles d’acteurs
L’agroécologie et la Lutte Contre la Désertification
La dégradation des terr es et la désertification s on caractérisés par la
perte des capacités des sols à rendre les services nécessaires à l’écosys-
tème comme l’infiltration de l’ea u, le r enouvellement de la f ertilité, la
capacité d’héberger des systèmes racinaires, et c. La l utte cont re la
désertification a p our rôle d’a rrêter le pr ocessus de dégradation en
favorisant ces fonctions. L’agroécologie se base sur des principes agro-
nomiques éprouvés via lesquels l’homme tente de maîtriser la produc-tion
en composant avec certaines fonctions essentielles de la nature.
Maroc © CARI
59
Territoires et agroécologie
Acronymes et abréviations
60
Pour en savoir plus…
1) Adessou, Faye, Dembele, Yeboi et Alagbe, 2009. Colloque international du SIFEE « Changements climati ques et
évaluation environnementale ». Enjeux et outils pour l’évaluation des impacts et l’élaboration des plans d’adaptation.
Dans Secrétariat international francophone pour l’évaluation environnementale. Acte des colloques.
[Link]
(Dernière consultation le 1 juillet 2014)
2) Agrisud International, 2010. L’agroécologie en pratiques.
[Link]
(Dernière consultation 15 juillet 2014)
3) [Link], 2008. What is agroecology ? Dans [Link].
Home. [Link] - (Dernière consultation le 25 juillet 2014)
4) Agropolis International, 2013. Séminaire d’agroécologie Montpellier 12.03.2013 : L’agroécologie pour
nourrir le monde et lutter contre la désertification. Sur Vimeo. AgropolisInternational’svideo.
[Link] - (Dernière consultation 25 juillet 2014)
5) Altieri, 1989. Agroecology: A New Research and Development Paradigm, Agriculture, Ecosystems and
Environment, 27 (1989) 37-46 37 Elsevier Science Publishers B.V., Amsterdam for World Agriculture
6) Altieri, Garcia, 2005. Transgenic crops : Implication for biodiversity and sustainaible agriculture. Bulletin of
science, Technology and Society, vol. 25, n°4, p. 335-353
7) Altieri, 2009. Agroecology, small farms, and food souvereignty. Monthly Review, vol. 61, n°3, p. 102-113
8) Association AEI, 2011. L’agriculture écologiquement intensive face au changement global. Entertiens AEI
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SITOGRAPHIE
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Le Groupe de Travail Désertification (GTD) propose une démarche s’appuyant sur les principes
de l’agroécologie pour repenser le développement des territoires en zone sèche.
Ce document clarifie certains concepts clefs et détermine des voies possibles d'engagement
pour favoriser la transition agroécologique dans les territoires. Il s’appuie sur des éléments
bibliographiques et sur la capitalisation d’expériences des partenaires du GTD, et se veut un
point d’étape dans les discussions sur l’association des notions de territoire et d’agroécologie.
Il est construit en deux temps : comment comprendre et justifier une approche agroécologique à
l’échelle des territoires dans les régions soumises à la désertification ?
Et comment construire et conduire une démarche agroécologique intégrée à cette échelle?