Lycée Louis-Le-Grand, Paris Lundi 10/06/2024
MP2I – Mathématiques
A. Troesch
Devoir Surveillé no 9 (4h)
Le dernier (pour vous et pour moi)
La présentation, la lisibilité, l’orthographe, la qualité de la rédaction, la clarté, la précision et la concision des raison-
nements entreront pour une part importante dans l’appréciation des copies.
Les candidats sont invités à encadrer dans la mesure du possible les résultats de leurs calculs.
L’usage de tout document et de tout matériel électronique est interdit. Notamment, les téléphones portables doivent
être éteints et rangés.
Problème 1 – (Somme d’Euler, Partie I de Centrale MP 2015)
n
ÿ 1
Dans tout le problème, on note, pour tout entier n ě 1, Hn “ .
k“1
k
`8
ÿ 1
On note ζ la fonction définie pour x ą 1 par ζpxq “ x
.
n“1
n
ř Hn
Le but du problème est d’étudier des séries faisant intervenir la suite pHn q, en l’occurrence les séries pn`1qr . Euler
a exprimé, pour r entier naturel supérieur ou égal à 2, la somme de cette série à l’aide de valeurs de ζ en des points
entiers. L’objet du problème original était de retrouver ces relations. Après avoir établi quelques généralités sur ces
séries, nous nous contenterons d’en obtenir la valeur pour r “ 2, en fonction de ζp3q.
Rappels et résultats admis
żb żx
‚ On rappelle que si f est continue sur ra, br, on dit que f ptq dt converge si x ÞÑ f ptq dt admet une limite
a a
finie lorsque x Ñ b´
‚ On adapte facilement cette définition au cas de la borne inférieure.
żb żc żb
‚ Si f est continue sur sa, br, on dit que f ptq dt converge si, pour c Psa, br, f ptq dt et f ptq dt convergent.
a a żcb
‚ Soit f une fonction continue sur I de bornes a et b. On dit que f est intégrable sur I si |f ptq| dt converge.
a
‚ On rappelle le théorème suivant (CVA implique CV) :
żb
Si f est intégrable sur I d’extrémités a et b, alors f ptq dt est convergente.
a
‚ On rappelle le théorème d’intégrabilité par comparaison :
Si f et g sont continues sur I “sa, bs et |f | ď |g|, alors l’intégrabilité de g sur I implique celle de f .
‚ On admet le théorème d’intégration terme à terme :
Soit pfn q une suite de fonctions définies sur un intervalle I de bornes a et b, avec a ď b. On suppose que :
(H1) les fonctions fn sont continues sur I (ou au moins continues par morceaux) et intégrables sur I ;
ÿ `8
ÿ
(H2) pour tout x P I, la série fn pxq est convergente ; on note alors f pxq “ fn pxq ;
nPN n“0
(H3) la fonction f est continue sur I(ou au moins continue par morceaux)
ÿżb
(H4) |fn ptq| dt ă `8.
nPN a
ż b `8
ÿ `8
ÿ żb
Alors f est intégrable sur I, et fn ptq dt “ fn ptq dt.
a n“0 n“0 a
ż n`1
1 dt
1. (a) Justifier que la série de terme général an “ ´ converge.
n n t
(b) Montrer qu’il existe une constante A telle que Hn “ lnpnq ` A ` op1q
`8
1
ÿ Hn
2. Soit r un entier naturel. Pour quelles valeurs de r la série est-elle convergente ?
ně1
pn ` 1qr
`8
ÿ Hn
Dans toute la suite, on notera Sr “ lorsque la série converge.
n“1
pn ` 1qr
3. (a) Montrer que pour tout t Ps ´ 1, 1r,
`8 `8
1 ÿ ÿ tn
“ tn et lnp1 ´ tq “ ´ .
1 ´ t n“0 n“1
n
On pourra déduire le second développement du premier, en vérifiant soigneusement les hypothèses du théo-
rème utilisé.
(b) Montrer l’existence d’une suite pan qnPN , qu’on explicitera à l’aide des réels Hn , telle que pour tout t Ps´1, 1r,
`8
lnp1 ´ tq ÿ
´ “ a n tn .
1´t n“0
4. Pour tout couple d’entiers naturels pp, qq et pour ε Ps0, 1r, on note :
ż1 ż1
Ip,q “ tp plnptqqq dt et ε
Ip,q “ tp plnptqqq dt.
0 ε
(a) Montrer que l’intégrale Ip,q est convergente pour tout couple d’entiers naturels pp, qq.
(b) Montrer que pour tout p P N, tout q P N˚ et tout ε Ps0, 1r :
ε q ε εp`1 pln εqq
Ip,q “´ Ip,q´1 ´ .
p`1 p`1
q
(c) En déduire que pour tout p P N et tout q P N˚ , Ip,q “ ´ Ip,q´1 .
p`1
(d) En déduire une expression de Ip,q en fonction des entiers p et q.
5. Soit r un entier naturel non nul et f une fonction définie sur s ´ 1, 1r telle qu’il existe une suite pbn qnPN de réels
tels que
`8
ÿ
@t Ps ´ 1, 1r, f ptq “ b n tn .
n“0
bn
On admet qu’alors f est continue sur s ´ 1, 1r. On suppose de plus que la série de terme général est
pn ` 1qr
absolument convergente.
ż1 `8
ÿ bn
Montrer que plnptqqr´1 f ptq dt “ p´1qr´1 pr ´ 1q! .
0 n“0
pn ` 1qr
6. (a) Déduire des questions précédentes que pour tout r ě 2,
`8 ż1
ÿ Hn p´1qr lnp1 ´ tq
Sr “ r
“ pln tqr´1 dt.
n“1
pn ` 1q pr ´ 1q! 0 1´t
ż1
p´1qr pln tqr´2 plnp1 ´ tqq2
(b) Établir que l’on a alors Sr “ dt.
2pr ´ 2q! 0 t
ż1
1 pln tq2
(c) En déduire que S2 “ dt, puis déterminer la valeur de S2 en fonction de ζp3q.
2 0 1´t
Problème 2 – (Autour de la méthode de Newton)
Ce problème a pour but d’étudier la vitesse de convergence de la méthode de Newton, qui est une méthode de recherche
de solution d’une équation f pcq “ 0, où f est une fonction dérivable définie sur un intervalle I de R et à valeurs dans
R. Nous montrons pour commencer sur certains exemples que cette méthode peut ne pas être définie, ou bien ne pas
converger, puis nous montrons qu’en cas de convergence, sous certaines hypothèses, on a une convergence très rapide.
2
La méthode de Newton est une méthode itérative. On choisit pour commencer x0 P I, puis on approche la courbe
de f par sa tangente en x0 . La valeur x1 (première approximation de c) est alors définie comme l’abscisse du point
d’intersection de l’axe des abscisses et de la tangente à la courbe de f en x0 (si ce point d’intersection existe et est
unique ; dans le cas contraire, x1 n’est pas défini). De même, si x1 P I, la deuxième approximation x2 de c est l’abscisse
du point d’intersection de l’axe des abscisses et de la tangente à la courbe de f en x1 , en cas d’existence et unicité.
De façon plus générale, si on a pu définir xn et si xn P I, on définit xn`1 comme l’abscisse du point d’intersection de
l’axe des abscisses et de la tangente à la courbe de f en xn , si celui-ci existe et est unique.
On montre dans ce problème que si f est de classe C 2 , et que f 1 pcq ‰ 0, alors il existe V un voisinage de c tel que si
n
x0 est dans V , alors pxn q converge vers c, et ceci extrêmement rapidement : il existe β Ps0, 1r tel que xn ´ c “ opβ 2 q.
Notations
‚ Dans tout le problème, xn désignera toujours la valeur obtenue à l’issue de n itérations de la méthode de Newton.
‚ Lorsque x ą y, l’intervalle rx, ys désigne ry, xs.
‚ Pour a P R et r ą 0, on notera Bpa, rq la boule ouverte de centre a et de rayon r, c’est-à-dire l’intervalle
sa ´ r, a ` rr.
Question préliminaire
f pxn q
Montrer que si xn et xn`1 sont définis, alors xn`1 “ xn ´ .
f 1 pxn q
Partie I – Exemples
1. Algorithme de Héron.
Dans cette question, f est la fonction définie sur R par x ÞÑ x2 ´ a sur R, où a Ps1, `8r et x0 “ a.
1 a
(a) Montrer que pxn q est bien définie et que pour tout n P N, xn`1 “ pxn ` q.
2 xn
?
(b) Montrer que pxn q est décroissante et minorée par a. En déduire l’existence et la valeur de la limite de pxn q
? ˆ ? ˙2
xn`1 ´ a xn ´ a
(c) Montrer que pour tout n P N, 0 ď ? ď ? .
2 a 2 a
? n
(d) Montrer qu’il existe α Ps0, 1r tel que xn ´ a “ Opα2 q et en déduire l’existence de β Ps0, 1r tel que
`8
? n
xn ´ a “ opβ 2 q.
`8
2. Une méthode de Newton non définie.
Donner graphiquement un exemple de fonction f telle que f 1 ă 0 sur I, et de point initial x0 , tel que la méthode
de Newton soit définie jusqu’au calcul de x2 , puis plus au-delà.
3. Une méthode de Newton définie divergente.
Soit f : R Ñ R une fonction T -périodique dérivable, non constante. On suppose que f p0q ą 0 et que f n’est pas
de signe constant.
(a) Montrer l’existence de pa, bq P r0, T s2 tel que a ă b et f paq “ f pbq “ 0.
x
(b) En considérant l’application g : x ÞÑ f pxqe T , montrer qu’il existe d P r0, T s tel que la tangente à la courbe
de f au point d coupe l’axe des abscisses en d ` T .
(c) Montrer que la méthode de Newton pour f initialisée avec x0 “ d définit une suite pxn qnPN de limite `8.
4. Une méthode de Newton définie oscillante.
Dans cette question, f “ cos. On veut montrer l’existence de d Ps0, π2 r tel que la tangente de la courbe de f en
d coupe l’axe des abscisses en un point d1 Ps π2 , πr, et tel que la tangente en d1 coupe l’axe des abscisses en d.
(a) Montrer que d Ps0, π2 r vérifie la propriété ci-dessus si et seulement si 2d ` cotanpdq “ π.
(b) Montrer l’existence de d dans s0, π2 r vérifiant l’équation de la question précédente.
(c) Que peut-on dire de la méthode de Newton initialisée en d ?
5. Une condition suffisante de convergence globale.
On suppose que f est convexe de classe C 1 sur l’intervalle ra, `8r, et que f paq ă 0, et f 1 paq ą 0.
(a) Montrer l’existence et l’unicité de c Psa, `8r tel que f pcq “ 0.
(b) Soit x0 P ra, `8r. Montrer que x1 est bien défini, et x1 ě c.
3
(c) Montrer que la suite pxn qnPN est bien définie, décroissante à partir du rang 1, et minorée par c. Quelle est
sa limite ?
Partie II – Convergence locale
On suppose dans cette question que f est de classe C 2 sur un intervalle ouvert I, et s’annule en un point c P I tel que
f 1 pcq ‰ 0.
1. Montrer l’existence de δ1 ą 0, m1 ą 0 et M2 ą 0 tels que Bpc, δ1 q Ă I, et tels que |f 1 | ě m1 et |f 2 | ď M2 sur
Bpc, δ1 q.
2. En déduire l’existence de pδ, m1 , M2 q, vérifiant les mêmes propriétés que pδ1 , m1 , M2 q, et vérifiant de plus les
M2
inégalités δ ¨ ă 1 et δ ă 1.
m1
3. On initialise la méthode de Newton en x0 P Bpc, δq. Montrer l’existence de d P rx0 , cs tel que
f 1 px0 q ´ f 1 pdq
x1 ´ c “ px0 ´ cq ,
f 1 px0 q
M2
et en déduire que |x1 ´ c| ď |x0 ´ c|2 .
m1
4. Montrer que x1 P Bpc, δq, puis plus généralement que pxn qnPN est bien définie, et à valeurs dans Bpc, δq.
˜ˆ ˙2n ¸
M2
5. Montrer que xn ´ c “ O |x0 ´ c| .
`8 m1
´ ¯
Indication : on pourra remarquer que si pxn q n’est pas stationnaire, on peut majorer ln M 2
m1 |xn ´ c| par une
suite géométrique. ´ ¯ n
6. Montrer qu’il existe β Ps0, 1r tel que xn ´ c “ o β 2 .
`8
Partie III – La méthode des sécantes
Un problème de la méthode de Newton, outre son instabilité, est qu’elle nécessite le calcul de f 1 . Pour une implémenta-
tion informatique, il faut soit que l’utilisateur fournisse cette dérivée, soit qu’on implémente également un algorithme de
dérivation numérique, ce qui pose en réalité des problèmes importants d’approximation numérique. On peut contourner
ce problème en évitant le calcul des tangentes, et en les remplaçant par les cordes. Il s’agit de la méthode des sécantes.
Soit f définie sur un intervalle ouvert I. On initialise la méthode des sécantes en se donnant deux valeurs distincts y0
et y1 dans I. La valeur y2 est alors l’abscisse de l’intersection avec l’axe des abscisses de la droite sécante à la courbe
aux points d’abscisses y0 et y1 , si ce point d’intersection existe et est unique. Si y2 existe et est dans I, on définit de
même y3 comme intersection de la sécante en y1 et y2 avec l’axe des abscisses, et on continue cette construction tant
que possible.
1. Soit n P N. Montrer que si yn , yn`1 et yn`2 sont définis, alors
yn`1 ´ yn
yn`2 “ yn`1 ´ f pyn`1 q .
f pyn`1 q ´ f pyn q
M2
2. On définit, comme dans la partie II, un réel δ ą 0 tel que Bpc, δq Ă I, δ ă 1 et 2δ ¨ ă 1 (la condition
m1
imposée à δ est donc un peu plus forte qu’auparavant, mais son existence se montre de la même façon).
Montrer que si yn et yn`1 sont deux réels distincts de Bpc, δqztcu, alors
M2
Dpdn , d1n q P rc, yn`1 s ˆ ryn , yn`1 s, |yn`2 ´ c| ď |yn`1 ´ c| ¨ |d1n ´ dn |,
m1
et en déduire que yn`2 P Bpc, δq et que yn`2 ‰ yn`1 .
3. On initialise la méthode des sécantes avec y0 et y1 distincts dans Bpc, δqztcu, et on suppose que pour tout n P N,
si yn est défini, yn est distinct de c. Montrer que le suite pyn qnPN est bien définie, et que pour tout n P N˚ ,
1
|yn`2 ´ c| ď |yn`1 ´ c| ¨ |yn ´ c|.
δ
4. En notant ϕ le nombre d’or, c’est-à-dire l’unique racine positive de X 2 ´ X ´ 1, montrer que, sous les hypothèses
n
de la question précédente, il existe β Ps0, 1r tel que yn ´ c “ opβ ϕ q.
`8