Performance des filtres Vortisand et balayage
Performance des filtres Vortisand et balayage
par
Selma DAALACH
LE 11 JANVIER 2017
J’adresse mes remerciements à toute personne qui m’a soutenu à réaliser ce travail.
En premier lieu, je remercie mon directeur de recherche, François Duhaime, qui m’a guidé
dans ma recherche et m’a aidé à avancer dans mon travail.
Je remercie également le technicien de laboratoire, Sébastien Ménard, qui m’a aidé jusqu’au
bout dans la réalisation du dispositif pilote de filtration.
Je tiens à souligner que ce travail a été financé par l’organisme Mitacs et le partenaire
industriel Evoqua. Je tiens à les remercier infiniment d’avoir accepté et appuyé ce projet de
recherche. J’exprime toute ma gratitude à Alain Silverwood et Francis Bordeleau, pour la
confiance qu’ils m’ont accordé pour la réalisation de ce travail.
Un grand merci à ma famille et surtout mon père pour son soutien et son encouragement au
cours de la réalisation de ce travail.
Je tiens à remercier Frédéric Monette et Jean-Sébastien Dubé d’avoir accepté d’être membres
de jury de ce mémoire.
Enfin, je remercie toute personne de près ou de loin qui m’a soutenu le long de mon
cheminement universitaire.
ÉTUDE DE LA PERFORMANCE DES FILTRES VORTISAND EN PRÉSENCE
D’UN BALAYAGE DE SURFACE
Selma DAALACH
RÉSUMÉ
En traitement des eaux, la filtration granulaire fait face à une contrainte majeure : le
colmatage. Afin de réduire cette contrainte, les filtres granulaires Vortisand produit par
Evoqua comportent un écoulement parallèle à la surface du filtre. Ce balayage permet de
nettoyer la surface du filtre. Cependant, l’effet du balayage sur la réduction du colmatage et
éventuellement sur l’efficacité des filtres dans l’abattement des particules est peu connu. Ce
mémoire présente une étude de l’influence du balayage sur le colmatage et la performance
des filtres Vortisand en abattement des particules. Deux paramètres ont été variés : la vitesse
de balayage et la concentration des particules. À cet effet, un modèle réduit de filtre à sable
avec balayage de surface a été conçu et construit. Les particules à filtrer consistaient en
kaolin avec une taille médiane de 4,6 µm. Du sable de silice uniforme et d'un diamètre
effectif de 158 µm a été utilisé comme média filtrant. Les essais ont été effectués avec deux
concentrations différentes de kaolin (250 et 750 mg/L). La vitesse de balayage (VB) a été
variée entre 0 et 30 cm/s. Des mesures de turbidité et de concentration des matières en
suspension et du kaolin total ont été effectuées sur les filtrats. Le colmatage a été quantifié
par le profil de capture du kaolin le long du filtre et la perte de charge durant la filtration. La
granulométrie des particules retenues dans le filtre a été estimée. Les résultats ont montré que
la rétention des particules est influencée par VB. Il a été constaté que l’effet du balayage sur
la déposition dépendait de la concentration des particules. Les tailles des particules retenues
dans le filtre sont aussi influencées par VB. Pour des valeurs de VB entre 7,5 à 15 cm/s pour
une concentration de 250 ppm et entre 25 à 30 cm/s pour une concentration de 750 ppm, la
déposition des particules s’est améliorée jusqu’à 20 %. Cependant, à ces vitesses, la perte de
charge a augmenté. D’un autre côté, les VB élevées (au-delà de 30 cm/s) ont provoqué la
diminution de la rétention des particules et des pertes de charge.
Mots clés : filtre à sable, balayage de surface, colloïde, perte de charge, colmatage
STUDY OF THE PERFORMANCE OF VORTISAND FILTERS PERFORMANCE IN
PRESENCE OF A CROSS FLOW
Selma DAALACH
ABSTRACT
PageINTRODUCTION..............................................................................................................1
CONCLUSION ........................................................................................................................67
Page
Tableau 2.1 Résultats de la filtration des solutions de kaolin sur un filtre de 0,3 µm............. 32
Tableau 3.3 Valeurs des D50 des particules retenues dans chaque couche de sable;
résultats obtenus après 230 s d’exposition aux ultrasons. Les résultats sont
en μm ................................................................................................................... 50
Tableau 3.4 Rapports entre les D50 obtenus avant et après la dispersion des particules
(nombre sans dimension) ..................................................................................... 51
Tableau 3.5 Valeurs des tailles médianes des particules présentes dans différents
échantillons. L’unité de mesure est le micromètre (µm)Erreur ! Signet non défini.
LISTE DES FIGURES
Page
Figure 1.1 Mécanismes de capture des particules par un collecteur sphérique ...................... 8
Figure 2.4 Corrélation entre la vitesse du balayage et la vitesse de rotation de l’hélice ...... 30
Figure 2.5 Courbe d’étalonnage entre la masse du kaolin récupérée par le lavage et la
masse réelle contenu dans le sable ...................................................................... 34
Figure 3.2 Concentrations des MES dans les suspensions de kaolin, en fonction des
concentrations totales du kaolin .......................................................................... 40
Figure 3.3 Courbe de pourcentage volumique des particules de kaolin, par classes de
tailles; obtenu après 230 s d’exposition aux ultrasons ........................................ 41
Figure 3.5 Efficacité d’abattement des MES dans le temps pour différentes vitesses de
balayage ............................................................................................................... 44
Figure 3.6 Évolution de la turbidité des échantillons des effluents de filtration, dans le
temps .................................................................................................................... 45
Figure 3.7 Efficacité pour la rétention du kaolin total dans le filtre en fonction de VB ....... 47
Figure 3.10 Taille médiane des particules retenues à la surface du filtre en fonction des
vitesses de balayage correspondantes .................................................................. 52
XVI
Figure 3.15 Évolution de la turbidité des effluents au cours du temps (750 mg/L)................ 56
Figure 3.16 Efficacités d’abattement du kaolin total dans des effluents prélevés dans
quelques cycles, ainsi que dans le réservoir à la fin du test................................. 57
Figure 3.17 Profils de capture du kaolin au long du filtre (750 mg/L) ................................... 58
Figure 3.19 Granulométrie du kaolin retenu dans les différentes couches ............................. 61
Figure 3.20 Granulométrie du kaolin retenu à la surface du filtre pour les essais SB et
VB-25. Résultats obtenus par granulométrie laser .............................................. 61
Figure 3.21 Efficacités de rétention du kaolin total dans le filtre pour les deux séries
d’essais................................................................................................................. 63
LISTE DES ABRÉVIATIONS, SIGLES ET ACRONYMES
C Concentration
Ci Concentration initiale
CU Coefficient d’uniformité
mf Masse finale
mi Masse initiale
SB Sans balayage
VB Vitesse de balayage
% pourcentage
La présence de certaines particules colloïdales dans l’eau, tels que les algues, les
microorganismes, le calcaire, rendent cette eau inutilisable. En traitement des eaux, ils
existent plusieurs techniques d’élimination des matières en suspension et colloïdales
présentes dans l’eau, dont la filtration en profondeur. Cette technique consiste à utiliser un
matériau granulaire comme le sable, le charbon, ou l’anthracite pour arrêter les matières
colloïdales et clarifier l’eau. Ces particules colmatent toutefois la surface du filtre, alors que
la déposition de matière colloïdale dans les profondeurs du filtre demeure faible. Le
colmatage de la surface engendre une augmentation rapide des pertes de charge dans le filtre.
Après un certain temps, la perte de charge atteint sa valeur maximale. Le filtre doit alors être
arrêté pour qu’un lavage du filtre soit effectué. La durée du cycle de filtration dépend donc
de la vitesse du colmatage de la surface.
Le balayage de surface repose sur une composante de la vitesse de l’eau qui est parallèle à la
surface du filtre. Théoriquement, ce mouvement réduit le blocage des particules dans les sites
poreux de la surface. Autrement dit, l’eau passe à travers le filtre par effet de pression, alors
que les particules sont balayées de la surface. En absence du balayage de surface, l’eau
chargée en colloïdes est injectée verticalement dans le lit filtrant, menant à un colmatage
rapide de la surface du filtre (figure 0.1). Selon les projets de recherche internes d’Evoqua, le
balayage de surface contribue à l’enlèvement d’une partie des particules, ce qui augmente
l’efficacité de filtration par rapport aux filtres conventionnels. En effet, l’efficacité
d’abattement des particules du filtre conventionnel est près de 60 %, alors qu’en présence du
balayage de surface l’efficacité du filtre Vortisand est augmentée à 80 %.
colmatage. Des essais de filtration sur le modèle réduit de Vortisand permettraient de mieux
comprendre le comportement du balayage de surface.
Le premier chapitre du mémoire traite des précédentes recherches sur la filtration granulaire.
Le deuxième chapitre décrit la méthodologie expérimentale et le montage du filtre réalisé. Le
troisième chapitre présente les résultats ainsi que leur discussion. Enfin, des conclusions sont
présentées en fonction des objectifs de l’étude.
CHAPITRE 1
REVUE DE LITTÉRATURE
La revue bibliographique compte trois volets principaux. Dans un premier temps, quelques
notions de base sont définies. Dans un deuxième temps, les études théoriques sur la filtration
sont présentées. Enfin, les paramètres importants qui contrôlent la filtration en profondeur
sont présentés. Cette dernière partie fait la synthèse des résultats expérimentaux présentés
dans la littérature et elle expose le lien entre les paramètres qui ont été étudiés
expérimentalement et les modèles microscopiques théoriques.
Les notions qui sont définies ci-dessous sont évoquées à plusieurs reprises dans le mémoire.
Taille effective: les tailles des grains d’un matériau ne sont pas uniformes. Souvent, la
granulométrie d’un matériau est indiquée par la taille effective (D10) et le coefficient
d’uniformité (Cu). Le D10 est la taille des mailles du tamis qui laisse passer 10 % de la masse
totale du granulat (Desjardins, 1990).
Coefficient d'uniformité : c’est est le rapport entre le D60 et le D10. Le D60 est la taille des
mailles du tamis qui laisse passer 60 % de la masse totale du sable (Desjardins, 1990).
Densité des solides : la densité des solide est le rapport entre la masse volumique du granulat
et la masse volumique de l'eau. Si une quantité de granulat est ajoutée dans un récipient
d'eau, le granulat déplace un certain volume d’eau. La densité est égale au rapport de la
masse du granulat et de la masse de l'eau déplacée.
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Porosité : la porosité d'un matériau est caractérisée par le ratio entre le volume des vides et le
volume total du matériau. Le volume des vides est la différence entre le volume total et le
volume de la matière solide (Desjardins, 1990).
Surface spécifique : c’est le rapport entre la surface d’une particule ou d’un grain et son
volume. La surface spécifique est inversement proportionnelle au diamètre de ces particules
(Robitaille & Tremblay, 1997).
Filtration granulaire : ce type de filtration se fait par des matériaux granulaires qui se
caractérisent par une taille effective des grains, une porosité et plusieurs autres paramètres.
Ces matériaux doivent être inertes et insolubles : ils ne doivent pas entrer en réaction
chimique avec le liquide filtré et les particules retenues. En filtration granulaire, on utilise
souvent le sable, l'anthracite, l'ilménite et la résine. (Desjardins, 1990).
Membrane filtrante : ce sont des matériaux qui retiennent les solides en surface. Ces
matériaux peuvent être des toiles métalliques, des pierres poreuses à interstice très fins, des
tissus en fibre, etc. (Desjardins, 1990).
Perte de charge : la perte de charge dans un filtre est la différence de charge hydraulique
entre l’entrée et la sortie du filtre. La perte de charge est l’un des paramètres importants qui
déterminent la durée du cycle de filtration.
Collecteur : ce terme est utilisé dans le domaine de la migration des colloïdes dans un milieu
poreux profond. On appelle collecteur tout grain du milieu poreux qui joue un rôle dans la
rétention des colloïdes.
Particules browniennes : ce sont les particules de tailles très fines (inférieure à 1 μm) qui
peuvent diffuser dans l’eau. Cette diffusion est caractérisée par un mouvement aléatoire,
appelé mouvement brownien. Ce mouvement est dû aux collisions du colloïde avec les
7
particules d’eau qui circulent autour de la surface de ce colloïde (Elimelech, Gregory & Jia,
2013).
1.2 La filtration à l’échelle microscopique
Mécanismes de capture
Les mécanismes de rétention des particules dans un milieu poreux dépendent de plusieurs
facteurs. Plusieurs de ces mécanismes dépendent du diamètre du collecteur, du diamètre des
colloïdes, de la vitesse d’écoulement et de la viscosité. La figure 1.1 présente les principaux
mécanismes de capture qui peuvent être distingués comme suit (Al-Abduwani et al., 2005;
Benosman, 2012; Ives, 1980) :
Plusieurs forces peuvent être responsables de la capture des colloïdes par un collecteur ou un
pore. Deux types de forces principaux sont distinguées : les forces mécaniques et physico-
chimiques (Molnar et al., 2015; Bradford, Torkzaban & Walker, 2007; Benosman, 2012).
9
Force gravitationnelles : cette force est due à la gravité. Elle est proportionnelle au
volume des particules.
Force hydrodynamique : cette force est exercée sur la particule par le fluide. Elle
augmente lorsque la vitesse du fluide est importante.
Force de lubrification : cette force est due à la viscosité du fluide. C’est la résistance
du film du fluide (situé entre la particule et le collecteur), appliqué sur la particule.
Deux forces physico-chimiques peuvent s’exercer sur un colloïde dans sa trajectoire dans le
milieu filtrant. Selon Elimelech et al. (2013) ces forces sont la force de van der Waals et la
force électrostatique.
Forces de van der Waals : ces forces sont responsables de la rétention de la particule par le
mécanisme de diffusion. Elles résultent de l’attraction entre la particule et la surface du
collecteur. Ce sont des forces électromagnétiques, appliquées aux particules browniennes
(inférieure à 1 µm). Cette attraction a une portée de l’ordre de quelques centaines
d’Angströms.
Dans le cas des électrolytes, les colloïdes en suspension vont absorber des ions. Par
compensation, une seconde couche d’ions de charge opposée va être formée. La différence
de potentiel entre l’électrolyte et la couche liée au solide est appelé potentiel zêta. Ce
potentiel caractérise les effets électrocinétiques entre la particule et le collecteur. Il est
influencé par le pH de la solution et la concentration des ions (Elimelech et al., 2013). Selon
Benosman (2012), en présence d’une barrière énergétique répulsive, il y aura seulement une
partie des collisions qui va engendrer une rétention. En effet, les particules retenues vont
contribuer à la répulsion des autres particules qui se sont approchées du collecteur. À
l’opposé, lorsque la répulsion est absente, chaque collision donnera une rétention.
Selon Ives (1980), la concentration de particules dans l’effluent du filtre varie en fonction du
temps du fonctionnement du filtre. La figure 1.2 montre l’évolution typique de la
concentration des particules dans l’effluent en fonction du temps. Il est observé que la
concentration varie en trois étapes. Dans un premier temps, la concentration des particules
diminue progressivement jusqu’à ce qu’elle atteigne sa valeur minimale. Dans la deuxième
11
Selon James M. Montgomery Consulting Engineers (1985), dans plusieurs filtres réels, la
turbidité des effluents subit des variations. La variation de la turbidité est similaire à la
variation de la concentration qui a été observée dans l’étude d’Ives (1980) citée au
paragraphe précédent, sauf dans la première étape. En effet, dans la première étape, la
turbidité subit une augmentation jusqu’à un pic avant de diminuer progressivement (figure
1.3). Cette étape est appelée l’étape de maturité (ripening). Il peut y avoir plus d’un pic
pendant cette étape. Les auteurs expliquent que ces pics sont causés par la présence de
particules dans le filtre qui n’ont pas été retirées par les lavages précédents. Ces particules
peuvent être détachées et entrainées dans le filtrat en raison de collisions avec les particules
mobiles qui circulent à travers le filtre.
12
Comme mentionné dans le paragraphe précédent, les particules accumulées dans un site de
rétention forment des flocs. Durant l’augmentation finale de la turbidité (breaktrough à la
13
figure 1.3), l’accumulation des particules exercent des forces sur ces agrégats, ce qui les rend
moins résistant. En effet, les agrégats tendent à se briser plus facilement (Desjardins, 1990).
Il se peut qu’à cet instant, les agglomérats et les pontages formés par les particules dans les
pores subissent des bris. Le bris des agrégats engendre le réentraînement des particules dans
le fluide. Il en résulte donc une augmentation de la concentration des particules dans le
fluide. Ce phénomène est observé dans la dernière phase de variation de la concentration en
particules et de la turbidité des filtrats (figures 1.2 et 1.3).
La vitesse de filtration intervient souvent dans les relations théoriques des mécanismes de
capture des particules. À l'échelle expérimentale, le taux de capture est inversement
proportionnel à la vitesse de filtration. En effet, lorsque la vitesse d’écoulement est faible, le
taux de rétention des particules dans le filtre augmente. Cette capture est plus importante à la
surface du filtre. Par conséquent, un colmatage rapide de la surface est engendré. Dans ce
cas, les particules retenues diminuent avec la profondeur dans le filtre. Lorsque la vitesse de
filtration est élevée, la durée de contact entre la particule et le collecteur diminue. Cette
diminution réduit l’importance des phénomènes d’attachement physico-chimique. Pour les
vitesses plus élevées, la capture des particules est mieux distribuée le long du filtre (Bradford
et al., 2007).
Dans les conditions d'attachement fortement répulsives, l'effet de la vitesse est différent.
Bradford et al. (2007) ont étudié les influences des interactions physico-chimiques sur la
filtration physique (capture par effet des forces physiques). Ils ont essayé de filtrer des
microsphères en latex par le sable dans des conditions fortement répulsives. Les résultats ont
montré que la capture est plus importante lorsque la vitesse augmente. L’auteur a expliqué ce
phénomène par la provocation de collisions et le blocage des particules dans les petits pores,
grâce aux forces hydrodynamiques. À l’opposé, dans le cas où les forces hydrodynamiques
sont faibles (lorsque la vitesse est faible), la répulsion entre les particules et le milieu poreux
prédomine. Ce phénomène permet aux particules fines de suivre les lignes d’écoulement et il
14
Les théories de la filtration considèrent la taille des particules comme un paramètre important
dans la filtration. En effet, une grande partie des mécanismes de transport dépendent de la
taille des particules à filtrer. Les grandes particules tendent à décanter sur la surface du grain,
ou bien elles sont interceptées entre les grains. Ces particules sont souvent influencées par les
forces mécaniques de filtration. Quant aux petites particules, celles dont la taille est
inférieure à 1 µm, elles tendent à s’attacher aux grains sous l’effet des forces de van der
Waals.
L’attachement des particules par interaction électrostatique dépend aussi de leur taille. Cette
interaction est proportionnelle à la surface spécifique qui est elle-même inversement
proportionnelle à la taille de la particule. En effet, plus la taille des colloïdes est petite, plus la
surface spécifique et grande et donc l’attachement électrostatique est plus important
(Robitaille & Tremblay, 1997).
La capture est souvent inversement proportionnelle au diamètre des grains du sable. En effet,
plus le diamètre des grains est faible, plus la rétention est efficace. La rétention mécanique
est dominante dans ce cas (Desjardins, 1990). Aussi, la rétention physico-chimique peut
varier selon le diamètre effectif du matériau, en raison de la surface spécifique du grain.
Bradford et al. (2007) a étudié le profil de capture des particules le long du filtre en variant le
diamètre médian du matériau (D50). Ils ont constaté que lorsque le D50 du matériau est grand,
la capture est mieux répartie le long du filtre. Au contraire, une diminution du D50 du
matériau accentue la capture en surface et amène une décroissance exponentielle du piégeage
avec la profondeur dans le filtre.
15
Benosman (2012) a étudié le transport des colloïdes dans des milieux hétérogènes. L’auteur a
utilisé du sable de silice non uniforme donc les grains sont non sphériques. Par conséquent, le
milieu poreux avait une distribution porale hétérogène. Quatre granulométries différentes
(diamètres allant de 0,3 à 0,6, de 0,63 à 1, de 1 à 2, et de 0,6 à 2 mm) ont été étudiées. L’essai
a été réalisé dans des conditions d’attachement défavorable pour isoler l’impact de la
filtration mécanique. Des particules de kaolinite de même diamètre (1 µm) ont été utilisées.
Les résultats ont montré que pour un même débit et une même concentration, le taux du
colmatage ne varie pas entre ces filtres. De plus, la distribution des particules a eu lieu tout
au long des couches hétérogènes. Lorsque le diamètre effectif du grain est donc entre 0,3 et 2
mm, et dans les conditions de cette étude, la capture des particules est peu influencée par le
diamètre des grains.
Yoon, Germaine & Culligan (2006) ont étudié l’effet de la rugosité des grains sur la filtration
dans certaines conditions. Des billes de verre de 4 mm de diamètre ont été utilisées. Comme
Shellenberger & Logan (2002), des billes de surface lisse ont été comparées avec des billes
de surface rugueuse. Des conditions physico-chimiques défavorables ont été imposées avec
des forces nettes répulsives entre les particules. Ils ont observé que lorsque les grains sont
lisses, la capture est similaire sur toute la longueur du filtre. Par contre, dans le cas des grains
16
Plusieurs travaux de recherche ont porté sur l’effet de la chimie de la solution à filtrer. Tel
que discuté précédemment, il est prouvé que le pH et la salinité du fluide influent sur la
capture des particules dans un milieu poreux par l’effet de ces paramètres sur les forces
physico-chimiques entre particules et collecteur. Il a été constaté que la filtration dans un
milieu attractif augmente la capture des particules. La capture dans un milieu répulsif est
diminuée.
Selon Molnar et al. (2015), le pH et la force ionique de l’eau (sa concentration en ions)
influent sur les charges surfaciques du collecteur et des particules. En contrôlant la chimie du
fluide à filtrer, il est possible de créer des conditions d’attachement favorables (attraction
entre la particule et le collecteur) ou défavorables (répulsion entre la particule et le
collecteur). Les études suivantes ont imposé des milieux d’attachement attractif ou répulsif
grâce à des variations du pH et de la force ionique :
Bradford et al. (2007) ont réalisé des essais de filtration dans un milieu d’attachement
défavorable à un pH de 10, et en utilisant de l’eau distillée (faible concentration en
minéraux). Dans ce cas, le sable et les microsphères de latex sont chargés
17
Le profil de capture des particules le long du filtre est influencé par le milieu d’attachement.
Quand le milieu est attractif, la capture est prédominante près de la surface du filtre. Dans un
milieu répulsif, la capture des particules est distribuée tout au long du filtre (Molnar et al.,
2015).
Quelques travaux de recherche ont porté sur l’influence de la concentration des particules
dans l’affluent sur la filtration. Bradford et al. (2009) ont étudié l’influence de la
concentration initiale (Ci) sur la capture dans le filtre pour différentes conditions
d’attachement. Le pH a été fixé à 10, alors que la force ionique variait de 6 à 160 mM. À un
18
pH élevé, l’ajout d’ions favorise l’attachement des colloïdes avec le sable (voir section
1.3.5). Ils observent une proportionnalité inverse entre la Ci des colloïdes et le taux de
rétention. Cet effet est dominant quand la force ionique est entre 31 et 56 mM. Selon
l’auteur, à cet intervalle de force ionique, le milieu d’attachement est intermédiaire (entre le
milieu favorable et le défavorable). À l’opposé, cette observation sur l’influence de Ci sur le
taux de rétention est presque absente dans le cas des fortes et des faibles forces ioniques.
Autrement dit, la capture est indépendante du Ci, quand le milieu d’attachement est très
attractif, ou très répulsif.
Ces résultats ont permis de poser quelques hypothèses. L’auteur a posé comme hypothèse
que, lorsque le milieu d’attachement est intermédiaire, l’attachement des colloïdes avec les
surfaces solides est très faible. La collision des colloïdes mobiles avec les colloïdes
immobiles favorise donc le réentraînement des colloïdes immobile dans le fluide. Ce
réentraînement donne lieu à un détachement. D’un autre côté, quand le milieu est très
favorable, la forte attraction entre le colloïde et la surface du sable rend le détachement très
difficile.
Moghadasi et al. (2004) ont étudié l’effet de Ci sur le taux de capture. La capture a été
indiquée par la chute de la perméabilité du fluide. Dans cette étude, les auteurs ont comparé
la chute de perméabilité entre des essais de filtration avec différents Ci. Ils déduisent que Ci
influence la chute de perméabilité. En effet, la chute de perméabilité était proportionnelle à la
concentration initiale. Toutefois, le coefficient de cette proportionnalité était différent d’un
intervalle de concentration, à l’autre. Par exemple, cet effet a été comparé entre l’intervalle
de 500 à 1000 ppm avec l’intervalle de 1000 à 2000 ppm. Les résultats ont indiqué que la
proportionnalité entre la concentration et la chute de perméabilité était plus forte dans
l’intervalle de 500 à 1000 ppm. Benosman (2012) a essayé d’expliquer ces résultats par le
phénomène de pontage rapide des particules dans les pores. Le pontage est l’accumulation
des particules dans un pore qui forme des ponts entre les grains. Ce pontage se produit plus
rapidement par l’augmentation du nombre des particules injectées. Autrement dit, les
19
particules tendent à s’attacher rapidement par le fait de collision entre elles, menant à un
blocage d’un pore.
Une autre recherche a été menée par Grolimund et al. (1998), pour comprendre l’effet de Ci
sur la rétention des nanoparticules naturelles par le sable. Ces particules sont hétérogènes et
souvent non sphériques. Les auteurs ont constaté que la concentration n'a pas eu d’effet sur le
transport des colloïdes naturels dans le sable. L’effet de la concentration des particules sur
l’efficacité de rétention dépend donc de plusieurs conditions.
Effet de la température
Peu d’études ont porté sur l’influence de la température sur la capture des particules dans un
milieu poreux. L’influence de ce paramètre sur la capture est donc peu connue. On sait
toutefois que la température influence sur le mécanisme de la diffusion des particules. En
effet, plus la température est élevée, plus le phénomène de diffusion est important.
La température a aussi une influence non négligeable sur la perméabilité grâce à son
influence sur la viscosité. En effet, le coefficient de perméabilité qui relie les pertes de charge
et le débit est inversement proportionnel à la viscosité (Chapuis, 2012). Comme l’efficacité
de filtration est influencée négativement par la perte de charge, même si l’augmentation de la
température n’a aucun effet positif sur la capture, elle peut influencer positivement
l’efficacité de filtration.
Le balayage de surface est utilisé dans les filtres granulaires depuis des décennies. Dans le
cas de ces filtres, le balayage de surface est provoqué par un système de jet d’eau. Ce
système est basé sur l’injection de l’eau à vitesse élevée sur la surface du filtre dans une
perspective de diminution de la formation du gâteau à la surface. Toutefois l’étude du
balayage de surface sur ce type de filtre a porté principalement sur son effet sur la formation
du gâteau à la surface du filtre, et non pas sur la qualité du filtrat. D’un autre côté, une grande
20
partie des projets de recherches qui ont étudié l’influence de la vitesse de balayage sur la
qualité du filtrat et le colmatage ont porté sur la microfiltration membranaire.
Hwang & Liu (2002) ont étudié l’effet du balayage de surface sur la filtration membranaire.
Ils ont utilisé une membrane dont la taille des pores était de 0,22 μm. La taille des particules
à filtrer était de 0,4 μm. Les résultats ont montré que le balayage à vitesse élevée engendre la
diminution du colmatage. De plus, le balayage a joué un rôle sur l’amélioration de la qualité
du filtrat.
Une autre étude par Hwang, Hsu & Tung (2006) a été menée pour comprendre l’effet du
balayage de surface sur la filtration membranaire. Dans cette étude, l’effet de la vitesse du
balayage (VB) sur les tailles des particules retenues a été étudié. Les particules à filtrer
avaient une granulométrie étalée allant de 0,2 à 20 μm. Les résultats ont montré que
l’augmentation de VB favorise la rétention des particules les plus fines.
L’objectif principal du projet de maîtrise est d’étudier l’influence du balayage de surface sur
la performance de filtration. Trois sous-objectifs sont définis pour atteindre cet objectif
principal :
Les principaux paramètres qui sont à l’étude sont donc la vitesse de balayage et la
concentration. Les autres conditions de filtration ont été conservés constantes.
CHAPITRE 2
MÉTHODOLOGIE
Le dispositif du montage de filtration est schématisé à la figure 2.1. Une photo du montage
est montrée à la figure 2.2. Ses composants essentiels sont comme suit :
une colonne cylindrique en PVC d’une hauteur de 30,5 cm (12 po) et de diamètre de
section de 10,5 cm (4 po);
un lit de sable de 20,3 cm (8 po) de profondeur. Ce sable est déposé sur une couche
de gravier, qui sert de support. L’épaisseur de la couche de gravier est de 2,5 cm
(1 po). Le gravier et le sable sont déposés sur une grille. La taille des mailles de cette
grille est de 800 µm;
une hélice pour produire le mouvement rotatif de l’eau. Ce mouvement assure le
balayage de la surface du sable;
un moteur électrique de modèle Reliance du fabricant Baldor. Ce moteur est installé à
la tête de la colonne. Il permet d’actionner l’hélice;
une commande pour contrôler le moteur de l’hélice, de modèle CFW 10 du fabricant
WEG;
une pompe centrifuge de modèle SSPC-152175 du fabricant Pompco pour actionner
la circulation de l’eau dans le pilote;
24
une autre commande CFW 10 du fabricant WEG pour contrôler le débit d’injection
de la pompe. Cette commande permet de varier le débit jusqu’à 11,3 L/min (3 gpm)
pour une perte de charge dans le filtre de 12,4 m (40,6 pi);
des conduites d’eau flexibles dont le diamètre est de 1,9 à 2,5 cm (de ¾ à 1 pouce);
un réservoir de 40 L (10,56 gallons) contenant la suspension de kaolin;
deux vannes placées à l’entrée et à la sortie du filtre afin de permettre
l’échantillonnage de la suspension;
un débitmètre (Omega) placé dans la conduite du montage pour suivre le débit;
un capteur de pression de modèle Gauge [Link] du fabricant Omega. Ce capteur
permet de mesurer la perte de pression entre l’entrée et la sortie du filtre;
une vanne placée en amont de la colonne afin de purger l’air emprisonné dans le
filtre.
L’écoulement de l’eau dans le sable est vertical, du haut vers le bas. L’eau en mouvement en
tête de la surface du sable occupe 8,25 cm (3,25 po) de hauteur. La circulation de l’eau dans
25
le montage est en circuit fermé. Autrement dit, une fois que l’eau est filtrée, elle est déversée
dans le réservoir pour être mélangée avec l’eau brute.
Débitmètre
Sable
Vannes
d’échantillonnage
Pompe
Dans plusieurs projets de recherche sur la filtration en profondeur, des microsphères en latex
sont ajoutés dans l’affluent (Bradford et al., 2002; Scott et al., 2002; Bradford et al., 2007;
Porubcan & Xu, 2011). Cependant, ces particules sont sphériques, ce qui les rend moins
représentatives des particules réelles contenues dans l’eau (microorganismes, argile, algues,
26
etc.). D’autres projets sur la filtration utilisent le kaolin (Ives 1980, Benosman 2012). Ces
particules d’argile sont plus représentatives des impuretés présentes dans les eaux qui doivent
être filtrées. Ces particules prennent la forme de feuillets (figure 2.3). La granulométrie du
kaolin utilisé dans ce projet est présentée ultérieurement (section 3.1.1).
Le sable utilisé dans ce projet a été fourni par la compagnie Evoqua. Ce sable de silice (SiO2)
est utilisé dans leurs filtres Vortisand. La densité des grains est de 2,65. Ce sable est
sphérique, de surface rugueuse et de granulométrie serrée (présenté à la section 3.1.2).
Les paramètres qui ont été variés sont la vitesse de balayage et la concentration initiale en
kaolin. Les autres paramètres ont été conservés constants. La vitesse de filtration était du
même ordre que la vitesse opérationnelle des filtres Vortisand, soit 50 m/h (20 gpm/pi2). La
suspension de kaolin a été produite à partir de l’eau du robinet de la ville de Montréal. Cette
eau contient des teneurs en solides totaux instables, soit de 166 à 264 mg/L (Castano,
Magalie & Laroche, 2015). La température de la solution en suspension a été gardée entre 23
à 25°C. La concentration en ions a été estimé à environ 309 mg/L, soit une force ionique de
5,44 mM (Castano, Magalie & Laroche, 2015). Le pH de l’eau du robinet varie entre 7 et 8
(Castano, Magalie & Laroche, 2015)
27
Selon Kaya & Yukseles (2005), pour un pH entre 7 et 8, et pour des forces ioniques entre 1 et
10 mM, le potentiel zêta du quartz varie entre -50 et -60 mV. Dans les mêmes conditions, le
potentiel zêta du kaolin se situe entre -30 et -45 mV. La valeur négative du potentiel zêta
indique une charge négative à la surface du sol. Par conséquent, dans l’eau du robinet, les
interactions électrostatiques entre le kaolin et le sable se font dans des conditions répulsives
(conditions défavorables d’attachement).
Les essais de filtration ont été effectués en deux séries. Pour la série 1, une concentration
initiale de kaolin de 250 mg/L a été utilisée. Pour la série 2, cette concentration a été fixée à
750 mg/L. Le seul paramètre qui a été varié dans les deux séries d’essais était VB. Ce
paramètre a été varié entre 0 et 35 cm/s.
L’efficacité de rétention des particules a été évaluée selon la qualité des effluents du filtre
(eau sortante du filtre), ainsi que par la teneur en kaolin du sable à la fin de la filtration.
L’effet du balayage sur le colmatage de la surface du filtre a été étudié. Le colmatage a été
indiqué par l’augmentation des pertes de charge dans le filtre. Aussi, le colmatage a été
indiqué par le profil de capture du kaolin au long du filtre. L’influence du balayage de
surface sur les tailles des particules retenues au long du filtre a été déterminée grâce à des
mesures de la granulométrie de ces particules.
circulée dans le système de filtration pendant 50 minutes. Pour le débit utilisé, ce temps
correspond à 15 cycles de filtration.
(2.1)
=
− +
Avec :
Cin : Concentration initiale de la suspension (mg/L).
β: Masse initiale de la suspension ajoutée (mg).
Vtot : Volume du réservoir avant la saturation du montage (23 L).
Vmon : Volume occupant le montage (6 L).
Vsus : Volume de la suspension ajouté dans le réservoir (6 L).
Donc, la formule dont laquelle l’efficacité d’abattement des particules (E) est comme suit :
β− ×( − + ) (2.2)
=
β
Cf est la concentration finale de la suspension. Son calcul est montré à la section 2.4.1 et
2.4.2.
Dans un premier temps, l’échantillonnage a été effectué à chaque minute, jusqu’à la minute
10. Puis, l’échantillonnage a été effectué à 13, 17, 30 et 50 minutes. Ces temps
d’échantillonnage correspondent aux cycles de filtration 4, 5, 9 et 15.
Le sable a été lavé avant chaque expérience. Le lavage du sable a été effectué directement
dans le filtre, en faisant circuler de l’eau du robinet. L’eau à la sortie du filtre a été évacuée
dans une goulotte. Le lavage a été arrêté quand la turbidité de l’eau à la sortie du filtre était
de 0,3 UTN. En comparaison, la turbidité de l’eau du robinet était inférieure à 0,3 UTN. Pour
la plupart des essais, le lavage avait une durée de 6 à 8 heures.
La vitesse de l’eau au-dessus de la surface du sable a été estimée grâce à une technique
d’analyse d’images. Une caméra numérique reliée à une application LabVIEW a été utilisée.
Des photos de la surface du sable ont été prises pendant l’opération du filtre et de l’hélice à
chaque 0,011 s (90 photos par seconde). La vitesse de l’eau à la surface du filtre a été
calculée en suivant des particules de caoutchouc (pneus déchiquetés) déposées à la surface du
filtre. Un ruban à mesurer a été placé horizontalement autour de la colonne. Une calibration
entre la vitesse du balayage et la vitesse de rotation de l’arbre de l’hélice a été effectuée. La
vitesse de rotation de l’arbre de l’hélice a été mesurée par un tachymètre du fabricant Reed.
Les résultats de l’étalonnage sont montrés dans la figure 2.4. La figure montre une très forte
corrélation entre VB et la vitesse de rotation de l’arbre de l’hélice.
30
60
Vitesse du balayage (cm/s)
y = 0,11x - 3,39
50 R² = 0,98
40
30
20
10
0
0 100 200 300 400 500 600
Vitesse de rotation (rpm)
Dans cette section, les protocoles d’analyse des échantillons (matière en suspension, kaolin
total et turbidité) sont décrits. Par la suite, le protocole suivi pour la détermination du profil
de capture du kaolin le long du filtre est présenté. Par la suite, le protocole d’analyse
granulométrique effectué sur le kaolin et le sable est présenté.
= − ×5 (2.3)
Avec :
C : concentration de l’échantillon en MES (mg/L)
mf : masse finale du filtre avec sa coupelle (mg)
mi : masse initiale du filtre avec sa coupelle (mg)
L’analyse du kaolin total dans les échantillons a été réalisée seulement dans la 2e série
d’essais (750 mg/L). Les solutions de kaolin contiennent aussi des matières dissoutes qui
proviennent de l’eau du robinet. Les résultats de la granulométrie du kaolin obtenue par
granulomètre laser (section 3.2) ont montré que le pourcentage passant à 0,3 µm est presque
nul. Il est donc possible de séparer le kaolin et les matières dissoutes par une filtration sur un
filtre de 0,3 µm.
Un essai a été réalisé pour vérifier la séparation des particules de kaolin et des matières
dissoutes par filtration. Des solutions de kaolin ont été préparées en utilisant l’eau du robinet.
Des filtres en fibre de verre avec des pores de 0,3 µm ont été utilisés (modèle GF75, fabricant
Adventec). Le tableau 2.1 présente les résultats de cet essai. La filtration de l’eau du robinet
(blanc) sur les filtres de 0,3 µm a montré que les matières dissoutes de l’eau du robinet ne
sont pas retenues par ces filtres. Quant aux suspensions de kaolin, les pourcentages de la
masse passant les filtres de 0,3 µm étaient respectivement de 0,77 et 2,72 % pour les
échantillons 1 et 2. Il a été donc possible d’estimer les concentrations du kaolin en négligeant
les particules de kaolin inférieures à 0,3 µm. Cette estimation a été effectuée par la méthode
utilisée pour l’analyse des MES (voir section 2.4.1), mais avec des filtres de 0,3 µm.
32
Tableau 2.1 Résultats de la filtration des solutions de kaolin sur un filtre de 0,3 µm
Analyse de turbidité
Les masses de kaolin contenues dans les couches de sable ont été estimées grâce aux
concentrations en kaolin des eaux de lavage. La méthode utilisée est celle des solides totaux,
tirée du Standard Method. Un blanc qui consistait en l’eau du robinet était analysé afin
d’estimer sa concentration en solides totaux. La concentration du blanc a été soustraite aux
résultats des solides totaux des tests.
Il existe quelques interférences non négligeables dans la méthode utilisée. En effet, il est
possible que la séparation entre le sable et le kaolin soit incomplète. Aussi, la présence des
impuretés de sable peut amener d’autres erreurs. Ces impuretés peuvent passer par le tamis
de 80 µm, à cause de leur petite taille. Pour minimiser ces interférences, une courbe standard
a été établie. Cette courbe relie la masse du kaolin récupérée par lavage avec la masse réelle
contenue dans le sable. Des mélanges de sable et de kaolin ont été préparés pour établir cette
courbe. Le sable utilisé pour établir la courbe a été lavé de la même manière que le sable
utilisé pour les essais de filtration (voir la section 2.2). Les quantités de kaolin sélectionnées
pour la calibration sont 0; 0,2; 0,6; 1; 2; 3 et 4 % par rapport à la masse de sable sec. Les
quantités de kaolin ont été mélangées à sec avec les échantillons de sable. Puis, ces mélanges
ont été lavés selon la méthode décrite dans le paragraphe précédent.
La figure 2.5 montre la courbe d’étalonnage entre la masse de kaolin récupéré avec le lavage,
et la masse réelle qui a été mélangée avec le sable. Quelques masses récupérées étaient
supérieures à la masse du kaolin mélangée avec le sable. Cette hausse de masse est due à la
présence des impuretés du sable dans l’eau de lavage. Cette interférence est plus importante
quand la masse du kaolin est faible.
Les couches de sable qui ont été prélevées et lavées après chaque test ont été séchées dans
l’étuve à 110°C pour connaitre leur masse sèche.
7
y = 0,04x2 + 0,90x - 0,60
6 R² = 1,00
5
Masse réele (g)
4
3
2
1
0
0 1 2 3 4 5 6 7
Masse récupérée (g)
Le modèle du granulomètre à diffraction laser utilisé est Mastersizer 3000. Cette technique
donne des mesures indirectes. Le principe repose sur la proportionnalité inverse du diamètre
de la particule et son angle de diffraction (Balsamo & Storti, 2010).
L’analyseur donne les résultats sous forme des courbes de pourcentage volumique en
fonction des classes des tailles des particules. Il peut aussi donner des courbes
granulométriques du passant ou du refus cumulé. Notons que l’analyseur donne des résultats
en termes de pourcentage volumique et non pas de pourcentage massique, tel que la
granulométrie par tamisage. Étant donné que les particules étudiées ont probablement la
même masse volumique, on peut poser l’hypothèse que le pourcentage volumique est
équivalent au pourcentage massique.
granulométrie des particules ont été prises après 230 s d’exposition aux ultrasons. Cette durée
a été choisie en fonction des résultats préliminaires de la granulométrie du kaolin.
RÉSULTATS ET DISCUSSION
Dans un premier temps, les granulométries du sable et du kaolin sont présentées. Par la suite,
les résultats des expériences avec des concentrations de kaolin de 250 et 750 mg/L sont
présentés et discutés. Enfin, les résultats pour les deux concentrations sont comparés et une
discussion globale des résultats est présentée.
Avant la réalisation des premiers essais, les granulométries du sable et du kaolin ont dû être
déterminées pour l’interprétation et la discussion des résultats.
Granulométrie du kaolin
Le tableau 3.1 montre les valeurs des paramètres D10, D50 et D90 du kaolin pour des mesures
de granulomètre laser prises pour différents temps d’exposition aux ultrasons. Selon ce
tableau, les tailles représentatives diminuent dans le temps. Cette diminution traduit le bris
des flocs. Ces bris sont causés par l’augmentation du temps d’exposition aux ultrasons. Pour
1840 s d’exposition aux ultrasons, la taille médiane des particules passe de 8,41 µm à moins
de 2,45 µm. Après 1840 s, les tailles représentatives du kaolin continuent à diminuer sous
exposition aux ultrasons.
Le Tableau 3.2 présente plusieurs mesures successives des valeurs de D10, D50 et D90 du
kaolin à l’état de dispersion absolu. La mesure de la granulométrie du kaolin a été effectuée
pendant 345 s d’exposition aux ultrasons. Le tableau montre une stabilité relative des tailles
des particules à partir de 171 s. Ce résultat confirme que le kaolin forme peu d’agglomérats
suite à l’application du protocole de Paumier (2007). La Figure 3.1 présente une moyenne
des granulométries du kaolin obtenues pour l’état de dispersion absolu. Le coefficient
38
d’uniformité est de 4,73. La taille médiane des particules (D50) est 2,81 µm. Le D10 et le D90
sont respectivement 0,72 et 11,49 µm. Le pourcentage des particules dont la taille est
inférieure à 1 µm est de 23,5 %.
5 100
4 80
3,5 70
3 60
2,5 50
2 40
1,5 30
1 20
0,5 10
0 0
0,1 1 10 100
Taille (µm)
Des analyses des MES ont été effectuées sur des suspensions de kaolin. L’objectif était de
déterminer la concentration initiale des MES dans les suspensions à filtrer et de valider les
granulométries laser. En effet, la teneur en MES est directement reliée au passant 1 µm du
kaolin. Le solvant utilisé pour la préparation de ces suspensions est l’eau du robinet. Les
concentrations en kaolin suivantes ont été utilisées pour les suspensions : 50; 100; 200 et
250 mg/L. Les résultats obtenus sont présentés à la Figure 3.2. La courbe de la concentration
des suspensions en MES en fonction de la concentration du kaolin totale montre un
coefficient de détermination de 99,92 %. Pour l’intervalle de concentration allant de 50 à 250
mg/L, le pourcentage de particules inférieures à 1 µm dans une suspension de kaolin est de
14,8 %. Ce résultat est inférieur au passant 1 µm qui a été obtenu avec le granulomètre laser
pour le kaolin dans son état dispersé (23,5 %). Le kaolin dans l’eau du robinet n’est donc pas
dans son état de dispersion absolu.
40
250
y = 0,86x - 1,95
Concentration des MES
200 R² = 1,00
150
(mg/L)
100
50
0
0 50 100 150 200 250 300
Concentration totale (mg/L)
Selon Paumier (2007), les particules argileuses présentes dans l’eau ne sont pas forcément
dans leur état de dispersion absolu. La figure 3.3 montre la granulométrie des particules de
kaolin après 230 s d’ultrason. Pour cette durée d’exposition aux ultrasons, on constate que les
particules de taille inférieure à 1 µm représentent 13 % du volume total, soit
approximativement le pourcentage qui a été obtenu avec les MES. Par conséquent, il a été
supposé qu’un temps d’exposition aux ultrasons de 230 s donne la granulométrie des
particules dans leur état de dispersion naturelle. Pour faciliter la comparaison des
granulométries du kaolin, toutes les mesures de granulomètre laser ont été prises après 230 s
d’exposition aux ultrasons. Selon Robbe & Roger (1987), il est recommandé de prendre la
mesure de la granulométrie des particules, après 4 min d’ultrason. Selon ces auteurs, cette
durée permet de diminuer les tailles des particules du kaolin d’environ 12 %, ce qui était
suffisant dans leur pratique. Dans le cas présent, cette durée d’ultrason permet de diminuer la
taille médiane du kaolin d’environ 44 %. La différence de diminution des tailles des
particules pour la même durée d’ultrason qui a été marqué entre la présente étude et l’étude
de Robbe & Roger (1987) peut être expliquée par certains facteurs. Ces facteurs peuvent être
l’intensité des ultrasons ou bien la vitesse d’agitation de l’échantillon dans la cuve du
granulomètre laser.
41
Les tailles représentatives du kaolin dans son état naturel sont comme suit :
4,5 100
3,5 80
70
3,0
60
2,5
50
2,0
40
1,5
30
1,0 20
0,5 10
0,0 0
0,1 1 10 100
Taille (μm)
Granulométrie du sable
Des analyses granulométriques à diffraction laser ont été effectuées sur le sable. La figure 3.4
présente la courbe granulométrique en fréquence volumique, ainsi qu’en pourcentage du
passant cumulé.
42
D10 : 158 µm
D50 : 266 µm
D60 : 270 µm
D90 : 440 µm
Le coefficient d’uniformité est de 1,71, ce qui indique que la granulométrie du sable est
uniforme.
12,5 100
10,0 80
70
7,5 60
50
5,0 40
30
2,5 20
10
0,0 0
10 100 1000
Tailles (µm)
Les résultats suivants correspondent à la série d’essais avec une concentration de 250 mg/L
de kaolin. La vitesse de balayage a été fixée à 0; 7,5; 13; 15; 27; 30; et 35 cm/s. Dans les
figures et dans le texte, le symbole SB réfère au test sans balayage de surface. Les symboles
VB-x, correspondent aux tests réalisés avec une vitesse de balayage de x cm/s (p. ex. VB-13
pour une vitesse de 13 cm/s).
43
La figure 3.5 présente la variation de l’efficacité de rétention des MES en fonction du temps
écoulé durant l’essai. Ces résultats ont été obtenus pour les effluents du pilote de filtration
(eau à la sortie du filtre). Avant 4 cycles de filtration (entre les minutes 1 et 13), le test VB-
13, a eu la meilleure efficacité. En effet, l’efficacité de l’essai VB-13 a augmenté de 92,6 à
95,3 %. L’efficacité des essais VB-7,5 et SB ont augmenté de 89,9 à 91,7 % et de 89 à 90,8
%, respectivement. Dans cet intervalle de temps, l’essai VB-7,5 était légèrement plus efficace
que l’essai SB. Toutefois, après 5 cycles de filtration (minute 17), l’efficacité de l’essai SB
augmente pour être approximativement égale à celle des essais VB-13 et VB-7,5, soit
93,7 %. Après 15 cycles de filtration (minute 50), l’essai VB-13 montre une efficacité de
99,7 %. Quant aux essais VB-7,5 et le SB, leur efficacité atteint 97,6 %. L’efficacité pour
l’essai VB-30 est considérablement plus faible que celle des autres tests. En effet, son
efficacité d’abattement des MES a atteint 80,1 % dans les premiers cycles de filtration, et
86,4 % après 15 cycles de filtration.
Dans les premiers cycles de filtration, le filtre est dans son état propre, alors que dans les
derniers cycles de filtration, le filtre est colmaté. Selon la littérature (Benosman, 2012;
Desjardins, 1990; James M. Montgomery Consulting Engineers, 1985), au début du cycle de
filtration, la capture des particules s’améliore dans le temps. Ce phénomène serait dû aux
collisions des particules mobiles avec des particules qui ont déjà été piégées par le filtre. Ces
collisions donnent lieu au piégeage des particules en mouvement et elles améliorent
l’efficacité du filtre.
L’amélioration de l’efficacité d’abattement des MES est observée principalement dans le cas
du SB. Dans cet essai, les particules accumulées à la surface du filtre forment un gâteau. Il
semble que ce gâteau de particules favorise la rétention des MES.
44
100
Efficacité d'abbatement des MES (%)
95
SB
90
VB-7,5
VB-13
85 VB-30
80
75
0 10 20 30 40 50
Temps (min)
Figure 3.5 Efficacité d’abattement des MES dans le temps pour différentes
vitesses de balayage
Évolution de la turbidité
La figure 3.6 montre l’évolution de la turbidité dans l’effluent au cours du temps. Dans la
première minute de filtration, La turbidité diminue de 185 UTN dans l’eau brute à 65 UTN
dans l’effluent du SB et 87 UTN dans l’effluent VB-30. L’abattement de la turbidité dans la
première minute était donc entre 53 % (pour l’essai VB-30) et 65 % (pour l’essai SB). Entre
0 et 8 min (durant les cycles 1 et 2), les turbidités sont plus variables. Des pics de turbidité
peuvent être observés. Après, la turbidité diminue progressivement. L’essai SB a mené à la
turbidité la plus faible soit un abattement de 86 %. Les courbes de turbidité montrent une
proportionnalité entre la turbidité et la vitesse de balayage : plus la vitesse de balayage est
élevée, plus la turbidité augmente.
45
200
180
SB
160 VB-7,5
140 VB-13
Turbidité (UTN)
120 VB-15
VB-30
100
80
60
40
20
0
0 5 10 15 20 25 30 35 40 45 50
Temps (mn)
Au début du test, le filtre passe par l’étape de maturité (ripening) (voir section 1.3.1) Dans
cette étape les pores sont vides, c’est-à-dire qu’ils ne sont pas occupés par des particules
colloïdales. Selon la littérature, les particules colloïdales retenues dans les pores peuvent
contribuer à la rétention des particules mobiles. Lorsque les pores sont dépourvus de ces
particules colloïdales, une partie des particules mobiles passe facilement par les pores. La
variabilité de la turbidité au début des tests revient donc à l’apparition de ces particules
mobiles dans l’effluent durant les premiers temps de filtration.
Thollet et al. (2013) ont étudié la relation entre la turbidité et la concentration des particules
selon la granulométrie des particules. Des sédiments de granulométrie allant de 9 à 47 μm ont
été utilisés. Ils ont constaté que pour des particules de même granulométrie, la turbidité est
proportionnelle aux MES. Leurs résultats pour des solutions de même concentration, mais de
granulométries différentes montraient des écarts. Ils ont conclu que la turbidité était
inversement proportionnelle avec la granulométrie des particules. Selon Elimelech et al.
(2013), cette proportionnalité inverse entre les tailles des particules et la turbidité s’applique
46
généralement pour des particules dont la taille est supérieure à 1 μm. En-dessous de 1 μm, les
la turbidité est plutôt proportionnelle à la taille des particules.
Comme la granulométrie du kaolin utilisé est relativement étalée, la turbidité n’est pas
directement reliée à la concentration. Il est possible que la taille des particules contenues
dans les effluents diminue quand le balayage augmente. Il en résulte que l’efficacité de
rétention des particules ne peut pas être indiquée par la turbidité.
L’efficacité d’abattement du kaolin total a été estimée par les masses de kaolin retenues dans
le filtre à la fin du test. La figure 3.7 montre l’efficacité d’abattement du kaolin total en
fonction de VB. La rétention des particules pour les essais avec de faibles vitesses d’agitation
(VB-7,5 et VB-13) a été plus efficace (entre 85 et 100 %) que pour l’essai SB (environ
80 %). Ce sont les valeurs de VB les plus faibles (VB-7,5 et VB-13) qui ont maximisé la
rétention du kaolin (95 et 99 %, respectivement). Lorsque la vitesse dépasse 13 cm/s,
l’efficacité de rétention du kaolin total diminue, pour arriver à 74 et 73 % à VB-27 et VB-30,
respectivement. L’efficacité de rétention du kaolin dans le test VB-15 diminue par rapport au
test VB-13, soit une efficacité de 86 %. Il est possible que ce résultat revienne à une erreur de
manipulation. Étant donné que les essais n’ont pas été répétés, les marges d’incertitudes ne
sont pas connues.
Une comparaison des figures 3.5 et 3.7 montre que l’efficacité d’abattement des MES est
plus élevée que celle du kaolin total. Cet écart est dû à la rétention plus importante des
particules dont le diamètre est supérieur à 1 µm. La comparaison de ces figures montre aussi
que l’écart entre l’efficacité totale et l’efficacité pour les MES est plus grand pour l’essai SB.
Cette observation implique que l’essai sans balayage retient moins bien les petites particules.
Ces résultats montrent que l’efficacité de rétention du filtre est influencée par la vitesse de
balayage. En effet, à des faibles vitesses (moins de 15 cm/s), le balayage de surface augmente
47
la rétention des particules dans le filtre. À une VB de 13 cm/s, la rétention des particules dans
le filtre peut être augmentée jusqu’à 20 %. Par contre, la rétention des particules est diminuée
quand VB est très élevée. En effet, à des vitesses de balayage allant jusqu’à 30 cm/s,
l’efficacité de rétention peut être diminuée jusqu’à 9 %.
100
Efficacité de rétention du kaolin
95
totale dans le filtre (%)
90
85
80
75
70
0 5 10 15 20 25 30 35
Vitesse de balayage (cm/s)
La figure 3.8 montre les profils de capture du kaolin le long du filtre pour les différents tests.
Pour tous les tests, il a été observé que les particules de kaolin se retrouvent surtout à la
surface du filtre. Le piégeage des particules plus en profondeur dans le filtre a été moins
important. Selon les profils de teneur en kaolin dans le filtre, deux zones de capture peuvent
être définies :
Pour les tests VB-27 et VB-30, la teneur en kaolin en profondeur est similaire à celle
qui a été observée dans le test SB. Quant aux tests VB-7,5 et VB-13, la teneur en
kaolin en profondeur est plus importante que pour les autres tests.
2
Profondeur dans le filtre (cm)
4
SB
6
VB-7,5
8
VB-13
10 VB-27
12 VB-30
14
16
18
20
Les résultats observés pour le profil de piégeage du kaolin le long du filtre et l’efficacité de
rétention du kaolin permettent de tirer certaines conclusions. En effet, l’augmentation de
l’efficacité de rétention pour les faibles VB (figures 3.5 et 3.7) est reliée à une augmentation
de la rétention des particules à la surface du filtre, ainsi qu’en profondeur (figure 3.8). Pour
les grandes vitesses de balayage, la diminution de l’efficacité de rétention est reliée à une
diminution de la rétention des particules à la surface du filtre et en profondeur. À ces vitesses
de balayage, une légère érosion de la surface du sable a été observée. Il est possible que
l’entrainement du sable remobilise certaines particules de kaolin qui seraient normalement
piégées dans les pores situés près de la surface du filtre. Dans le cas des faibles vitesses de
balayage, aucune érosion du sable n’a été observée à la surface du filtre.
49
Le rapport entre la masse du kaolin retenue à la surface du média et la masse totale du kaolin
qui a été retenue dans tout le filtre a été calculé. Le symbole α sera utilisé pour représenter ce
rapport dans la suite du mémoire. La figure 3.9 montre les valeurs de α pour chaque test. On
constate que la valeur du paramètre α tend à diminuer avec la vitesse de balayage. Il a été
observé que le plus grand taux de rétention à la surface par rapport à la rétention totale a été
obtenu dans le test SB, soit 48 %. Le rapport α a diminué pour les faibles vitesses de
balayage, soit 42, 40 et 43 % pour les tests VB-7,5, VB-13 et VB-15 respectivement. Pour les
vitesses plus élevées, le rapport α est plus faible, soit 27 et 25 % pour VB-27 et VB-30
respectivement. Ces résultats montrent que les vitesses de balayage plus élevées tendent à
solliciter davantage le filtre sous la surface.
50
45
40
α (%)
35
30
25
20
SB VB-7.5 VB-13 VB-15 VB-27 VB-30
Tests
Le tableau 3.3 présente les valeurs de D50 pour le kaolin piégé dans le filtre à différentes
profondeurs. Les tailles médianes varient peu avec la profondeur pour un essai donné. Une
légère différence peut toutefois être observée entre le D50 des particules dans la surface du
filtre et dans les couches profondes. Le D50 des particules dans la surface du filtre varie entre
4,4 et 5,8 μm. Dans les couches profondes, ce paramètre varie entre 3,6 et 5,4 μm.
50
Il est possible que les tailles médianes des particules dans les couches profondes soient
surestimées. Cette surestimation proviendrait des faibles teneurs en kaolin dans les eaux de
lavages. Pour ces faibles teneurs en kaolin, la présence des impuretés du sable (particules
inférieures à 80 μm) peut fausser la granulométrie du kaolin.
Tableau 3.3 Valeurs des D50 des particules retenues dans chaque couche de sable;
résultats obtenus après 230 s d’exposition aux ultrasons. Les résultats sont en μm
Profondeur dans le
SB VB-7,5 VB-13 VB-15 VB-27 VB-30
filtre (cm)
De 0 à 1,3 (surface) 4,8 5,3 5,8 5,1 4,4 4,4
De 1,3 à 2,5 4,8 4,9 4,8 5,0 5,0 4,5
De 2,5 à 4 3,9 4,7 4,3 4,8 4,7 4,6
De 4 à 5 4,5 4,5 4,1 5,4 4,4 4,5
De 5 à 7,5 4,4 4,1 3,9 4,7 3,9 3,6
De 7,5 à 10 3,9 3,9 3,6 5,0 4,1 4,3
De 10 à 15 3,8 3,7 3,7 4,5 3,6 4,9
De 15 à 20 3,9 4,0 4,1 5,5 3,7 4,0
Les particules analysées par granulométrie laser ont subi une dispersion partielle à l’aide
d’ultrasons. Les diamètres médians obtenus avant et après la dispersion diffèrent. Le
tableau 3.4 présente le rapport entre les valeurs de D50 obtenues avant et après la dispersion
par ultrasons. Les résultats qui sont présentés dans ce tableau correspondent à la surface du
filtre, ainsi qu’aux deux couches sous-jacentes. Pour la surface du filtre, le D50 des particules
à l’état aggloméré est de 1,5 à 1,7 fois supérieure au D50 à l’état dispersé. Sous la surface, les
ultrasons ont moins d’influence sur le D50 et ce facteur varie entre 1,1 et 1,2.
L’agglomération des particules retenues à la surface du filtre est donc plus importante que
celle des particules retenues en profondeur. L’agglomération des particules peut revenir à
l’accumulation des particules dans un site de rétention. Cette accumulation pourrait être plus
importante à la surface du filtre. Il est aussi possible que les particules agglomérées aient plus
difficulté à pénétrer dans le filtre.
51
Tableau 3.4 Rapports entre les D50 obtenus avant et après la dispersion des particules
(nombre sans dimension)
profondeur
dans le filtre
(cm) SB VB-7,5 VB-13 VB-15 VB-27 VB-30
De 0 à 1,3
(surface) 1,7 1,7 1,6 1,5 1,7 1,5
De 1,3 à 2,5 1,1 1,1 1,2 1,1 1,2 1,2
De 2,5à 4 1,2 1,2 1,2 1,1 1,2 1,1
La figure 3.10 montre la relation entre le D50 du kaolin retenu à la surface du filtre et VB
après exposition à 4 minutes d’ultrasons. En absence de balayage, la taille médiane des
particules est près de 4,8 μm. Quand VB est élevée, le D50 est relativement faible par rapport
à celui du SB, soit 4,4 et 4,3 μm pour VB-27 et VB-30 respectivement. Par ailleurs, les
faibles vitesses de balayage montrent des tailles médianes des particules légèrement plus
élevées que celles de l’essai SB. La valeur de D50 la plus importante a été obtenue pour
l’essai VB-13, soit 5,8 μm.
La figure 3.11 représente les courbes granulométriques du kaolin retenu dans la surface du
filtre, correspondants aux tests SB, VB-7,5 et VB-13. Les courbes granulométriques qui
correspondent aux faibles vitesses d’agitation (VB-7,5 et VB-13) montrent une granulométrie
plus étalée entre 7 à 20 µm. Dans le cas de VB-13, la courbe granulométrique montre un pic
pour des tailles entre 6 et 8 μm.
La figure 3.12 représente la granulométrie du kaolin retenu dans la surface du filtre, pour les
tests SB, VB-27 et VB-30. Cette figure montre que les grandes vitesses de balayage résultent
en un pourcentage de particules inférieures à 1 μm plus élevé que l’essai SB. Cependant, les
particules de 5 à 16 μm sont moins présentes dans la plus grande vitesse (VB-30) par rapport
à l’essai sans balayage et l’essai VB-27.
52
sans balayage
5,5
vitesses faibles
vitesses élevées
5,0
4,5
4,0
0 5 10 15 20 25 30 35
Vitesse de balayage (cm/s)
5 100
4 80
70
3 60
50
2 40
30
1 20
10
0 0
0,1 1 10 100 1000
Tailles (µm)
SB pourcentage volumique VB-7,5 pourcentage volumique
VB-13 pourcentage volumique SB- pourcentage du passant cumulé
VB-7,5 pourcentage du passant cumulé VB-13 pourcentage du passant cumulé
Figure 3.11 Comparaison entre les granulométries des particules retenues dans la surface du
filtre pour le SB et les vitesses de balayage faibles
53
4,5 100
3,5 80
Pourcentage volumique (%)
70
3,0
60
2,5
50
2,0
40
1,5
30
1,0 20
0,5 10
0,0 0
0,1 1 10 100 1000
Tailles (µm)
SB pourcentage volumique VB-27 pourcentage volumique
VB-30 pourcentage volumique SB pourcentage du passant cumulé
VB-27 pourcentage du passant cumulé VB-30 pourcentage du passant cumulé
Les résultats montrent que pour des vitesses de balayage faibles, les grosses particules (taille
supérieure à 5 µm) sont d’avantage retenues à la surface du filtre. Au contraire, dans le cas
des fortes vitesses de balayage, les grosses particules sont moins retenues à la surface.
Une hypothèse peut être formulée concernant la différence observée dans les tailles des
particules retenues à la surface du filtre. Quand les vitesses de balayage sont très élevées, il
est possible que les agrégats de kaolin soient détruits par les forces de cisaillement. Les
particules sont plus petites et se rendent plus loin dans le filtre. Quand les vitesses de
balayage sont faibles, les collisions entre les particules de kaolin peuvent favoriser leurs
agglomérations. Il se peut donc que des agrégats de kaolin puissent se former à la surface du
filtre. Lorsque les tailles des agrégats de kaolin sont augmentées, ceci facilite leurs rétentions
à la surface du filtre. Avec les vitesses de balayage modérées, les agrégats ne sont pas brisés
ou altérés, entre temps la formation d’un gâteau est altérée. Pour l’essai sans balayage, le
54
gâteau observé à la surface ne brise pas les flocs, mais il filtre certaines petites particules, ce
qui diminue la taille médiane et augmente l’étalement de la granulométrie.
Dans les premiers cycles de filtration, la concentration des MES dans les effluents pour le SB
était plus élevée que celles du VB-13 et VB-7,5 (voire section 3.2.1). À l’opposé, les
turbidités des tests du VB-13 et VB-7,5 étaient plus élevées que celles du test SB. Il est donc
probable que les tailles des particules contenues dans les effluents des tests de faibles
balayages soient plus petites que celles du test SB. D’un autre côté, les tailles des particules
retenues dans la surface du filtre pour les tests VB-13 et VB-7,5 ont été légèrement plus
grandes que celles du test SB. Ce résultat peut être expliqué par le fait que les grosses
particules soient retenues plus rapidement dans le cas des faibles vitesses. Il est possible donc
que les particules plus fines soit d’aventage présente dans les effluents des faibles vitesses.
Perte de charge
Selon la figure 3.14, dans le cas des vitesses de balayage élevées, l’augmentation de la perte
de charge était plus faible que pour l’essai SB. En effet, la perte de charge a augmenté de
3,66 m pour l’essai SB alors qu’elle a augmenté de 3,05 m dans le cas des faibles vitesses.
Par conséquent, dans l’ordre de ces vitesses de balayage, la perte de charge est diminuée.
Cette baisse de perte de charge revient à la diminution de capture du kaolin dans filtre. Pour
les faibles vitesses, les pertes de charge différentielles étaient légèrement plus élevées que le
55
SB. En effet, les pertes de charge différentielles ont été autour de 4,27 m dans le cas des
faibles vitesses. Le balayage dans cet intervalle de vitesse n’était pas donc efficace dans la
diminution des pertes de charge, par rapport au SB. La hausse de la perte de charge est due à
l’augmentation de capture des particules de kaolin dans le filtre, notamment dans la surface
du filtre.
4,4
4,2 R² = 0,98
Augmentation de la perte de charge
4,0
3,8
3,6
(m)
3,4
3,2
3,0
70 75 80 85 90 95 100
Efficacité de rentention du kaolin (%)
4,4
Augmentation de la perte de charge (m)
4,2
4,0
3,8
3,6
3,4
3,2
3,0
0 5 10 15 20 25 30 35
Vitesse de balayage (cm/s)
Les résultats suivants correspondent à la série d’essais réalisés avec des concentrations de
750 mg/L. Les vitesses de balayage suivantes ont été utilisées : 0; 13; 25 et 30 cm/s.
Évolution de la turbidité
Afin d’effectuer des mesures de turbidité, les échantillons ont dû être dilués 6 fois avec de
l’eau distillée. La figure 3.15 montre que durant la minute 1, la turbidité a été diminuée de
550 UTN dans l’eau brute à environ 300 UTN dans les effluents. L’abattement de la turbidité
dans les effluents durant la minute 1 a été donc 45 %. Comme c’était le cas avec la série 250
mg/L, durant les cycles 1 et 2 (entre 0 et 8 min), la turbidité varie. Pour les cycles suivants, la
turbidité tend à diminuer pour tous les tests. Tel que mentionné à la section 3.2.2 cette
variabilité revient au passage direct des particules à travers le filtre et leur apparition dans
l’effluent. Contrairement aux essais avec une concentration de 250 mg/L, les vitesses de
balayage élevées (VB-25 et VB-30) ne mènent pas à des valeurs de turbidité qui sont plus
élevées que les vitesses de balayage plus faibles. L’abattement des turbidités des effluents à
la fin des tests est autour de 75 %.
600
500
SB
400
Titurbidité (UTN)
VB-13
300 VB-25
VB-30
200
100
0
0 5 10 15 20 25 30 35 40 45 50
Temps (minutes)
Figure 3.15 Évolution de la turbidité des effluents au cours du temps (750 mg/L)
57
La figure 3.16 présente l’efficacité d’abattement du kaolin totale dans l’effluent pour certains
cycles de filtration et pour les quatre vitesses de balayage. Pour toutes les vitesses de
balayage, l’efficacité d’abattement du kaolin augmente avec les cycles de filtration. Dans le
cycle 1, les tests réalisés avec un balayage de surface présentaient une efficacité légèrement
plus élevée que celle du test SB. Après 5 cycles de filtration, l’efficacité des tests VB-25 et
VB-30 étaient plus élevées de 4 % par rapport aux essais SB et VB-13 qui étaient autour de
84 %. Entre les cycles 5 et 14, l’efficacité du test SB a augmenté pour atteindre presque la
même efficacité que les essais avec balayage, soit autour de 94 %.
Comme l’essai de filtration est réalisé en circuit fermé, la concentration totale de kaolin dans
le réservoir à la fin de l’essai peut être utilisée pour déterminer l’efficacité moyenne du filtre
durant les 14 cycles de filtration (figure 3.16). À la fin de l’essai, la concentration en kaolin
total de l’eau du réservoir était encore plus élevée que la concentration dans les effluents.
L’efficacité d’abattement du kaolin qui est calculée avec la concentration du réservoir était
plus élevée pour les tests VB-25 et VB-30, soit autour de 93 %. L’efficacité moyenne pour
les tests SB et VB-13 étaient environ 89 %.
100
Efficacité d’abattement du kaolin
90
80
70 SB
60
totale (%)
VB-13
50
VB-25
40
30 VB-30
20
10
0
cycle 1 cycle 5 cycle 14 réservoir
Échantillons
Figure 3.16 Efficacités d’abattement du kaolin total dans des effluents prélevés
dans quelques cycles, ainsi que dans le réservoir à la fin du test
58
Par conséquent, pour une concentration de kaolin de 750 mg/L, quand le filtre est propre,
l’efficacité du filtre est peu influencée par le balayage. Après quelques cycles de filtration, le
filtre est plus performant pour des vitesses de balayage autour de 25 cm/s. Avec le colmatage
du filtre, l’efficacité du filtre SB augmente.
Les profils de capture du kaolin dans le filtre pour chaque essai sont présentés à la figure
3.17. À la surface du filtre, les teneurs en kaolin pour les essais SB et VB-13 sont plus
élevées (3,6 % pour SB et VB-13). Des teneurs de kaolin à la surface du filtre de 3,1 % et
3,0 % ont été obtenues pour les essais VB-25 et VB-30. En profondeur, les teneurs en kaolin
sont plus élevées pour les essais VB-25 et VB-30. La capture du kaolin le long du filtre pour
l’essai VB-13 est similaire à celle qui a été obtenue pour l’essai SB. Par conséquent,
l’influence du balayage de surface sur la capture du kaolin au long du filtre est presque
négligeable quand la vitesse est autour de 13 cm/s. Au contraire, une vitesse de balayage de
25 ou 30 cm/s diminue la capture en surface et l’augmente en profondeur pour une
concentration en kaolin de 750 mg/L.
4
SB
6
VB-13
8
VB-25
10
VB-30
12
14
16
18
20
Selon la figure 3.18, l’augmentation de la perte de charge pour les essais VB-25 et VB-30 a
été plus élevée que celles des essais SB et VB-13. En effet, la perte de charge a été
augmentée de 8,2 m pour l’essai SB et de 9,8 m pour les vitesses de balayage de 25 et 30
cm/s. La figure 3.18 montre aussi une proportionnalité entre l’efficacité de rétention et la
perte de charge. En effet, quand l’efficacité augmente de 7 %, la perte de charge augmente de
18 %. On peut rappeler que le colmatage de la surface du filtre a été réduit pour les essais
VB-25 et VB-30 par rapport à l’essai SB (figure 3.17). La perte de charge a été donc
contrôlée par la teneur en kaolin globale du filtre, pas seulement la teneur à la surface du
filtre.
11
perte de charge efficacité de rétention du kaolin 99
Augmentation de la perte de charge (m)
filtre (%)
9 87
8 81
7 75
SB VB-13 VB-25 VB-30
Tests
Selon le tableau 3.5, la taille des particules retenues à la surface du filtre est plus grande que
la taille des particules qui ont été retenues plus en profondeur dans le filtre. Selon les courbes
granulométriques de la figure 3.19, il a été observé que plus la couche de sable est profonde,
moins elle contient de particules de grandes particules de kaolin ou de floc dont la taille varie
60
entre 7 et 35 µm. Par conséquent, les particules de plus que 7 µm ont moins tendance à
pénétrer dans le filtre. Les granulométries du kaolin pour les couches profondes présentent
certains pics entre 20 et 100 µm. Ces pics sont reliés à la présence d’impuretés en provenance
du sable en raison de la faible concentration de kaolin, comme c’était le cas avec a série
d’essais avec 250 mg/L de kaolin.
Selon le tableau 3.5, l’influence de la vitesse de balayage sur la valeur de D50 est surtout
manifeste pour la surface du filtre. À ce niveau, les D50 correspondants aux essais SB et VB-
13 sont presque égaux (autour de 4 µm). Pour les essais VB-25 et VB-30, la taille des
particules est plus élevée, soit respectivement 5,0 et 4,2 µm. Les D50 des particules retenues à
la surface du filtre pour les tests VB-25 et VB-30 sont donc plus grands que ceux qui
correspondent aux tests SB et VB-13 par environ 1 µm. Selon la figure 3.20, la courbe
granulométrique pour le kaolin à la surface du filtre pour l’essai VB-25 était légèrement plus
étalée que celle qui correspond au test SB. Cet étalement correspond aux particules dont la
taille est supérieure à 10 µm.
Tableau 3.5 Valeurs des D50 des particules retenues dans chaque
couche de sable. L’unité de mesure est le micromètre (µm)
Profondeur dans le
SB VB-13 VB-25 VB-30
filtre (cm)
0 (surface) 4,3 4,2 5,2 5,0
7,5 3,9 3,9 3,8 3,6
17,5 3,5 3,7 3,5 3,4
20 3,6 4,0 3,7 3,5
61
Figure 3.19 Granulométrie du kaolin retenu dans les différentes couches, pour le test SB
Résultats obtenus par granulométrie laser
Figure 3.20 Granulométrie du kaolin retenu à la surface du filtre pour les essais
SB et VB-25. Résultats obtenus par granulométrie laser
Des granulométries laser ont pu être réalisées avec les échantillons de l’effluent au cycle 1
pour les essais avec 750 mg/L de kaolin; ces résultats sont présentés dans le tableau 3.6. Pour
les essais avec 250 mg/L, la concentration en kaolin à l’effluent n’était pas suffisante pour la
réalisation d’une granulométrie laser, même pendant le premier cycle. Le D50 des particules
qui n’ont pas été retenues dans le filtre lors du 1er cycle de filtration était de 1,7 µm pour les
tests VB-25 et VB-30. Le D50 des particules étaient plutôt de 1,9 µm dans le cas des essais
SB et VB-13. Ce résultat explique l’augmentation de la turbidité des effluents des premiers
cycles de filtration pour les essais VB-25 et VB-30 par rapport aux essais SB et VB-13
(tableau 3.6). Par exemple, la turbidité de l’effluent du premier cycle de filtration pour l’essai
SB était 267 UTN, alors qu’elle était de 288 UTN pour l’essai VB-25. On peut rappeler que
la concentration en kaolin de l’effluent correspondant au cycle 1 de l’essai SB était plus
élevée que celle de l’essai VB-25. Ce serait possiblement la diminution de la taille médiane
de 0,2 µm qui aurait engendré une augmentation de la turbidité à 21 UTN.
62
La série d’essais avec 750 mg/L de kaolin a permis de mieux estimer la taille des particules
retenues dans les profondeurs du filtre. En effet, avec une concentration de l’eau brute de
750 mg/L, la teneur en kaolin du filtre est plus élevée. L’augmentation des teneurs en kaolin
par rapport à la teneur en impuretés du sable permet de diminuer les interférences reliées à
ces impuretés.
3.4 Comparaison entre les résultats des séries 250 et 750 mg/L et discussion
La figure 3.21 présente les efficacités de rétention estimées à la fin des tests effectués pour
les deux séries de concentrations en fonction des vitesses de balayages. Les tests SB ont eu
presque la même efficacité pour les concentrations de 250 et 750 mg/L. Le test VB-13 avec
une concentration de 250 mg/L a présenté une efficacité plus élevée que l’essai réalisé avec
la même vitesse de balayage, mais une concentration de 750 mg/L. Au contraire, les essais
avec des vitesses de balayage élevées (25 cm/s et plus) ont eu une meilleure efficacité pour
une concentration de 750 mg/L. Dans la série réalisée à une concentration de 250 mg/L, la
vitesse de balayage optimale pour maximiser le taux d’abattement des particules se situent
autour de 7,5 à 13 cm/s. À l’opposé, pour la série réalisée à une concentration de 750 mg/L,
les vitesses optimales pour maximiser l’abattement des particules étaient de l’ordre de 25 et
30 cm/s. Cependant, l’efficacité optimale d’abattement des particules qui a été obtenue pour
une concentration de 250 mg/L à 13 cm/s n’a pas été reproduite dans la série d’essais avec
750 mg/L.
63
100
250 ppm
90
le filtre (%)
85
80
75
70
0 5 10 15 20 25 30 35
vitesse de balayage (cm/s)
Figure 3.21 Efficacités de rétention du kaolin total dans le filtre pour les
deux séries d’essais
Les résultats des présents travaux de recherches semblent indiquer que la performance du
balayage en ce qui concerne l’abattement du kaolin est influencée par la concentration. En
effet, quand la concentration est près de 250 mg/L, la vitesse du balayage optimale pour une
meilleure rétention des particules est entre 7,5 à 13 cm/s. Quand la concentration du kaolin
est près de 750 ppm, les vitesses de balayages optimales seraient entre 25 et 30 cm/s.
Pour les essais avec 250 et 750 mg/L, une efficacité plus élevée entraine des pertes de charge
plus importantes. La relation entre les pertes de charge et la teneur en kaolin à la surface du
filtre qui a été obtenues pour les essais avec 250 mg/L de kaolin semble toutefois indiquer
que, pour une même efficacité, les pertes de charge sont plus importantes si le kaolin est
piégé à la surface du filtre.
Dans les deux séries d’essais, l’efficacité du balayage avec les vitesses optimales a été
augmentée principalement quand le filtre est propre. Si les essais de la série 1 et 2 étaient
poursuivis plus longtemps, il se pourrait que l’efficacité des tests SB soit égale à celle des
essais réalisés avec des vitesses de balayage optimales.
64
Dans les deux séries d’essais, le modèle réduit a été plus efficace que le filtre réel dont le
comportement est simulé, même en absence de balayage. En effet, en absence de balayage,
l’efficacité du filtre réduit était d’environ 80 % dans les deux séries d’essais. D’après le
programme de recherche interne d’Evoqua, l’efficacité des filtres Vortisand réels pour des
expériences réalisées avec 250 mg/L de kaolin en l’absence de balayage est 60 %. En
présence d’un balayage optimal, l’efficacité du filtre réelle est de 80 %, soit une
augmentation d’efficacité de 20 % par rapport au filtre conventionnel. Dans la série d’essais
avec 250 mg/L de kaolin, le balayage à une vitesse de 13 cm/s a augmenté l’efficacité de
filtration de presque 20 % par rapport au test réalisé sans balayage. Par conséquent, dans
cette série d’essais, l’écart entre l’efficacité de filtration sans balayage et en présence d’un
balayage optimal est semblable à l’écart qui est observé pour les filtres Vortisand réels. Dans
la série d’essais avec 750 mg/L, le balayage à une vitesse de 25 cm/s a augmenté l’efficacité
de filtration de 7 % par rapport au test procédé sans balayage. L’augmentation de l’efficacité
qui a été donc enregistrée dans le filtre réel et le modèle réduit pour une concentration de 250
mg/L n’a pas été reproduite dans la série pour 750 mg/L.
Selon la littérature (Bradford et al., 2007; Molnar et al.,2015; Yoon, 2006) il exist quatre
facteurs principaux qui contrôlent le profil de capture dans le filtre. Ces facteurs sont la
rugosité des surfaces des grains, la vitesse de filtration, le D10 du matériau, le milieu
d’attachement entre le collecteur et la particule. En effet, la distribution des particules de
kaolin le long du filtre est influencée positivement par la vitesse de filtration et le D10 du
matériau. C’est-à-dire que l’augmentation de la vitesse de filtration ou le D10 engendre une
capture plus en profondeur le long du filtre. La rugosité et l’attraction entre la particule et le
65
Dans la présente étude, la capture était dominante dans la surface du filtre. Selon le
paragraphe précédent, cette capture peut revenir principalement à la rugosité et/ou la
granulométrie du sable. Pour les conditions d’attachement entre le kaolin et le sable, ils sont
peu connus. Par conséquent, l’influence du milieu d’attachement de cette étude sur la capture
est peu connue. Quant à la vitesse de filtration, elle est assez élevée (50 m/h), donc il est peu
probable qu’elle soit responsable de la dominance de capture dans la surface.
En ce qui concerne les paramètres influençant sur le profil de capture au long du filtre, la
présente étude ajoute un autre facteur qui est le balayage. L’influence du balayage dépend de
sa vitesse et de Ci. Quand VB est faible (de 7,5 à 15 cm/s) et quand Ci est 250 mg/L, il y a eu
une diminution de la capture à la surface par rapport à la capture totale. Mais, la capture dans
la surface demeure élevée. Pour les mêmes VB et quand Ci est 750 mg/L, le profil de capture
a été peu influencé. Pour une VB élevée (autour de 27 cm/s) et quand Ci est 250 mg/L, la
capture à la surface a été diminuée. La capture demeure toutefois faible dans les profondeurs.
Pour les mêmes VB, et dans une Ci de 750 mg/L, la capture dans la surface a été aussi
diminuée, alors qu’elle a augmenté dans les profondeurs.
Dans ce projet, la filtration a été réalisée en circuit fermé. Cette méthode est adoptée par le
programme de recherche interne d’Evoqua. La concentration de kaolin dans l’affluent pour
les derniers cycles de filtration était donc différente de celle des premiers cycles. On peut
aussi supposer que la taille des particules contenues dans l’affluent a varié d’un cycle à
l’autre. Cette évolution de la concentration de kaolin et de la granulométrie des particules
dans l’affluent rend plus difficile la comparaison des performances, surtout pour les derniers
cycles.
Les résultats des sections 3.2.1 et 3.3.2 montrent que l’influence du balayage sur le piégeage
des particules est plus importante dans le cas du filtre propre. En effet, plus le filtre tend à se
66
colmater plus les efficacités des tests SB sont proche à celle des vitesses de balayage
optimales. Comme c’est mentionné dans le paragraphe précédent, la diminution de la
concentration du kaolin dans l affluent au cours du temps rend difficile la conclusion sur
l’effet du balayage sur l’efficacité de rétention lorsque le filtre tend à se colmaté
CONCLUSION
Les filtres Vortisand sont des filtres granulaires de sable fin. Ils sont dotés d’un balayage de
surface dans une perspective de réduction du colmatage de la surface. Le balayage de surface
rend toutefois difficile la prévision des performances de ces filtres. Les objectifs de ce projet
de recherche étaient de développer un modèle réduit de Vortisand et d’étudier l’effet du
balayage de surface sur la filtration en profondeur. L’efficacité du filtre a été évaluée par le
taux d’abattement des particules dans l’effluent, la concentration de kaolin dans le filtre suite
à la filtration et l’augmentation des pertes de charge. Le média filtrant utilisé pour cette étude
était un sable de silice de diamètre effectif de 158 µm. Les grains du sable étaient sphériques
et de surface rugueuse. Le kaolin a été utilisé comme particule à filtre. Dans son état
d’agglomération naturel dans l’eau du robinet, le diamètre médian des particules de kaolin
était de 4,63 µm. Les particules de kaolin étaient non sphériques et polydispersées.
Les résultats de cette étude ont permis d’arriver aux conclusions suivantes :
Afin de mieux comprendre l’effet du balayage sur la rétention des particules, il est
recommandé également d’étudier d’autres paramètres. Il serait ainsi possible de déterminer
les conditions où l’influence du balayage est optimisée. Aussi, il est recommandé de tester
l’efficacité du balayage pour certaines conditions particulières. Quelques paramètres et
conditions à tester sont recommandés :
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