Démocratie et Populisme : Un Changement?
Démocratie et Populisme : Un Changement?
La crise de la démocratie
Introduction
Le concept de crise convoqué en permanence peut s’apparenter à de la fainéantise intellectuelle
Une crise est un moment qui se définit par le fait qu’il est temporaire. En effet, il a un
commencement, connait ensuite un apogée et, finalement, se termine.
Le concept de crise est connoté négativement ; ce mot n’est jamais utilisé comme un mot neutre.
Mais attention, il y a une neutralité à conserver. Souvent, on se réfère au mot « crise » pour
décrire les évolutions, les transformations, les mutations. À noter que celles-ci ne sont pas
toujours négatives.
On dit que le système démocratique est en crise depuis très longtemps. Au vu de la définition
de la crise, cette notion de « crise de la démocratie » ne décrit pas le phénomène que l’on peut
observer depuis plusieurs décennies. Il faudrait plutôt parler de changement(s).
Mais quels sont les symptômes de « cette crise » : la montée d’un certain nombre de partis
populistes, radicaux, d’extrême droite (question mondiale, Bolsonaro, Inde) ? C’est une
certaine attirance pour des leaders forts, qui se traduit par une baisse d’organisations syndicales,
mutuelles, de participations aux élections. C’est une question mondiale, car le monde entier est
concerné par ces évolutions. Il y a une difficulté de dialogue, à se faire entendre, et on sent que
la société vit un basculement qui s’accompagne d’inquiétudes et d’angoisses.
« Devant une telle diversité que le concept de populisme est censé embrasser, la première
question qui s’impose est l’existence d’un corpus idéologique commun. La réponse la plus
communément admise à cette question affirme que le populisme ne dispose pas d’un cœur
idéologique solide comme le libéralisme, le socialisme ou le conservatisme, ces idéologies
fondatrices de la modernité. Il se manifesterait en revanche toujours en symbiose avec une
autre idéologie, le plus souvent avec le nationalisme, et acquérir sa coloration locale de cette
symbiose. Dans cette approche minimaliste, le populisme est décrit comme une
représentation bipolaire de la société entre « l’élite et le peuple », « eux et nous »,
« l’authentique et le cosmopolite », « le national et l’étranger », etc. »
C’est un terme valise (= on met tout ce qu’on veut dedans) que l’on emploie en sciences
politiques. Le problème, c’est que ce terme perd de son sens, de sa substance, lorsque le grand
public l’emploie. À présent, tout le monde est populiste si on regarde les débats à la télévision.
Il y a au moins 150 définitions de ce terme.
Ce phénomène a suscité l’inquiétude de l’Union européenne qui a donc financé un grand
nombre d’études pour savoir ce que c’est au final. Mais on va se concentrer sur les facteurs
suivants :
- Le populisme ne conserve pas de corpus intellectuels et idéologiques solides. Le
populisme s’accroche toujours à une autre idéologie ;
- Généralement, il se rapproche du nationalisme ;
- Il a comme caractéristique de reposer dans une société bipolaire, où une division entre
le peuple et les élites règne ;
- Les leader populistes se proclament souvent leader du peuple, mais ceux-ci sont parfois
très peu représentatifs du peuple. Ex. : Trump, milliardaire, n’a pas grand-chose en
commun avec l’ouvrière lambda. Mais en faisant le nous (enraciné dans le national) et
le eux, cela permet d’agréger des groupes sociaux très différents.
En sciences politiques, il faut être le plus neutre possible. On ne peut condamner moralement
certaines pratiques politiques, car ça n’a aucun apport (sauf les extrêmes purs, entendons-nous
bien). Il faut d’abord analyser, comprendre pour expliquer les phénomènes et peut-être les
combattre.
Stein Rokkan identifie quatre grands clivages socioculturels et historiques sur lesquels il s’est
basé pour élaborer une typologie des partis politiques européens par la suite. De grandes
révolutions qu’a connues l’Europe induisent ces clivages.
- La Révolution nationale qui nourrit l’opposition entre Église et État ainsi qu’entre centre
et périphéries ;
- La Révolution industrielle qui est à l’origine du clivage entre la classe ouvrière et la
bourgeoisie ainsi qu’entre le milieu rural et le milieu urbain ;
Avec la mondialisation, il y a une nouvelle révolution qui induit un nouveau clivage, celui entre
les gagnants et les perdants ou s petites villes qui se sentent abandonnées par les gagnants, les
cosmopolites. Par exemple, Le Pen récolte peu de votes dans les grandes villes, mais rafle les
votes émanant des petites villes. Ces villes se sentent abandonnées par la mondialisation et les
transformations sociales. La question n’est pas de savoir si ces personnes sont gagnantes ou
perdantes, car c’est comment elles se sentent qui les définit !
Un autre aspect qui pourrait expliquer « la crise » de la démocratie est que les questions
sociétales (féminisme, LGBTQI+) prennent plus de place au détriment des questions sociales
(niveau de vie, le pouvoir d’achat, etc.). L’ascenseur social est cassé, l’avenir est incertain pour
les jeunes d’aujourd’hui. La question sociale est quasi inexistante dans le débat politique
actuel !
N.B. Les questions sociétales sont des questions culturelles. Elles concernent les questions liées
aux droits des femmes, droit à l’avortement, droit à l’euthanasie, etc. ; tandis que les questions
sociales sont des questions économiques, telles que le pouvoir d’achat, le salaire, la sécurité
sociale, etc.
La montée de l’individualisme est aussi un phénomène à prendre en compte. Début 68,
l’individualisme a été vu comme une grande liberté, car les individus n’étaient plus dépendants
de leurs familles, de leurs groupes sociaux, de leurs villages. Ils pouvaient rechercher un
bonheur personnel. Mais maintenant, il est clair que chacun considère que ses droits individuels
sont prioritaires. La conscience de classe pour soi (cf. Marx) est beaucoup moins présente.
Un facteur important est la fin de l’alternative au système capitaliste en place. Avant, un autre
système économique était possible. La chute du mur a fait que cette pensée alternative a été
complètement emportée. La population ne se sent plus très mobilisée si les différences
économiques se font de plus en plus ténues. Rien ne change.
L’alternance remplace l’alternative : les partis sont dans l’opposition, puis dans la coalition,
etc., mais rien ne change radicalement. Tout le monde est plus au moins d’accord sur une
même logique.
Pendant longtemps, on avait aussi des partis qui représentaient les pendants de la société, ceux
en-dehors du système, mais ces partis essayaient de les intégrer au système. De nos jours, les
partis de gauche ou de droite ont perdu cette fonction tribunitienne (= parler au nom des
exclus). Les partis populistes ou radicaux reprennent alors cette fonction.
« Dans l’histoire récente des partis d’extrême droite en Europe, la plupart d’entre eux, comme
le Front national, sont devenus populistes. Ils ont adjoint la dimension populiste au corpus
d’idées de l’extrême droite, car après 1945 cette dernière a compris qu’il y avait un tabou sur
la dimension antidémocratique liée à son idéologie durant l’entre-deux-guerres et conduisant
au fascisme. Pour comprendre ces mouvements, les termes de « droite radicale
populiste » sont les plus appropriés, car tous ne sont pas des mouvements d’extrême droite
– le Fidesz, en Hongrie, a d’abord été un parti libéral. Le modèle de « droite radicale
populiste » intègre ces extrêmes droites – Giorgia Meloni en Italie, le Rassemblement national
(RN) en France, ou le FPÖ en Autriche –, et d’autres partis hors de l’extrême droite stricto
sensu. »
L’extrême droite est historiquement fasciste. Attention, il faut donc utiliser ce terme
consciencieusement. Par exemple, Orban n’est pas fasciste, car son parti n’est pas
historiquement lié à ce mouvement. Il est toutefois bel et bien populiste.
Ces partis d’extrême droite ont compris qu’il fallait qu’ils sortent de cette tendance
antidémocratique d’après-guerre pour pouvoir continuer à exister et sont devenus populistes.
Le populisme est d’abord lié à un ensemble d’insécurités économiques, qui sont le produit de
la mondialisation, mais aussi de crises comme celle de 2008 (les subprimes).
Le deuxième bloc, plutôt à droite, renvoie aux insécurités culturelles. Ce populisme de droite
exploite d’abord des insécurités relatives à l’identité, à l’immigration et à la culture, plus
que les implications économiques, même si les deux sont liées. C’est pour cela que ce type
de populisme a pu être populaire dans des pays en bonne santé économiques comme l’Autriche
ou les pays scandinaves.
Résumé
Un facteur que toutes les analyses sociologiques montrent, c’est la peur du déclassement des
classes moyennes ; c’est la peur d’une partie parfois majoritaire de la population de ne plus
avoir accès à ce à quoi elle a eu accès. Elles se sentent concurrencées par la migration.
Il y a aussi une idéologie du déclinisme (Zemmour) qui dit que les Occidentaux sont en déclins,
qu’il faut revenir aux valeurs fondamentales, chrétiennes, pour garantir sa position face aux
autres, face au monde. Il faut donc prendre des mesures pour mettre fin au déclinisme.
La question qui rend cette angoisse extrêmement prégnante est de savoir où se situe exactement
le pouvoir ; à qui en vouloir ? À qui me plaindre ? Qui peut m’entendre ?
Une nouvelle tendance naissante est celle de l’émergence d’un nouveau capitalisme autoritaire
(Turquie, Russie, Chine). Ces régimes hybrides ne sont ni démocratie, ni complètement
dictatoriaux. C’est un type de régime où on se sent obligé de faire des élections. Ces régimes
ont aussi en commun la mise en confrontation avec le monde occidental.
- Nous sommes le futur, tout dépend de nous. Les générations antérieures ont échoué ;
- La crise sociale, la colère est présente partout ;
- Il faut aussi pouvoir voir les nombreux progrès réalisés (progrès médicaux,
mondialisation, pauvreté ;
- N’oublions pas le sud !
- Les progrès ne sont jamais acquis et que ce qui l’est, car il est le produit de luttes
incessantes.
Questions-réponses
Quel est le rôle/la fonction de personnes telles que Bolloré ou Elon Musk ?
Bolloré a financé Zemmour, finance la droit et frise avec l’extrême droite. Il met à disposition
de la droite l’appareil médiatique qu’il possède. Cela pose la question du rôle des médias, de
leur régulation.
Elon Musk : libertarien. Il est contre l’État et toute forme de contrôle. Il est pour la liberté
d’expression à outrance, il est pour la tradition américaine assez forte.
Concernant le climat, la question se pose très fortement. Est-ce qu’on peut vaincre la crise
climatique démocratiquement ? Les intellectuels chinois avec lesquels M. De Waelle a parlé se
posent la question de savoir comment croire que la démocratie peut sauver la planète ?
Comment un parti politique pourrait-il prend des mesures drastiques (qui limiteraient les
libertés des individus) dans une démocratie ?
On voit aujourd’hui : dès que des groupes sociaux expriment leur mécontentement avec les
mesures drastiques et/ou controversées en faveur du climat, on observe un recul. De surcroit,
on ne peut pas prendre des mesures impopulaires pendant ou avant les élections, ce qui est
problématique.
Cela dépend d’un pays d’un autre, de l’équilibre des pouvoirs, surtout du pouvoir judiciaire, si
l’on a une Cour constitutionnelle qui fonctionne bien (ce qui est le cas du Sénégal, par exemple).
Pourrions-nous envisager de priver de liberté ceux qui sont contre la liberté dans une
démocratie ?
àCordon sanitaire
à Extrême droite pas invitée en région francophone, en Région flamande elle l’est.
Y a-t-il une limite à la démocratie ?
Oui, tout n’est pas permis : on ne peut pas tout dire, on ne peut pas tout faire. Mais quelles sont
les réelles limites ?
C’est une question d’ordre de la philosophie politique : on ne serait même pas d’accord sur les
frontières de la démocratie alors que l’on a quelque chose en commun, nos études.
Pourquoi certains groupes sociaux en Europe sont de plus en plus attirés par des partis
autoritaires/populistes ?
Les personnes âgées votent nettement plus que les jeunes, mais toutes les personnes âgées ne
votent pas spécialement pour des partis plus conservateurs (ça dépend du pays). Une série de
jeunes est attirée par des partis de droite radicale et par des partis populistes.
Attention, il faut toutefois éviter la catégorisation en sciences politiques ! L’âge en commun n’a
pas énormément de sens, car tout le monde vit sa jeunesse autrement, par exemple.
On oublie souvent l’Afrique (qui représente 1,5 milliard d’habitants de la planète) alors qu’elle
est indispensable à l’évolution et au développement du monde.
Présentation du rédacteur en chef du journal Le Soir, Christophe Berti
Le soir ? à Journal de qualité qui n’a pas d’affinité politique précise.
150 articles tous les jours.
Histoire
Emil Rossel lance un journal gratuit en 1887, qui se voulait déjà indépendant. Il faut noter que
les journaux de l’époque étaient affiliés à une couleur politique. Pour des raisons de marketing,
en partie, il trouvait qu’il y avait une place à prendre. Le journal doit son nom au fait qu’il était
distribué le soir, alors que tous les autres journaux étaient distribués le matin. Le but était de
donner les taux de bourse pour les navetteurs qui prenaient le train la nuit.
Victor Rossel, son fils, crée le prix Rossel, prix Goncourt belge.
Marie-Thérèse Rossel, sa petite fille, a résisté aux Allemands
Pendant la guerre, l’occupant prend Le Soir, en 1943. Le vrai Soir apparait pour lutter contre la
propagande allemande. Des journalistes y ont perdu la vie.
Le soir fait partie du groupe Rossel, un groupe familial. La famille Rossel est devenue la famille
Urban (par liens de mariages, etc.). Sur les 20 dernières années, Bernard Marchand a développé
une extension en France (il a racheté des Journaux de Lille jusque Reins). Il a fait ça pour
pouvoir continuer à développer des investissements. Il a également racheté RTL (qui était tenu
par un groupe allemand).
Le groupe Rossel est propriétaire à 50% de l’Echo et du De Tijd (50 autres VTG, Het Laatste
Nieuws, de Morgen, VTM).
- 6h du matin à minuit
- Entre ce temps-là, accord avec Belga pour leur donner accès au site Le Soir.
- À 6h du matin, le site réouvre
- Les moments clefs : 10h réunion rédaction, 14h passage de témoins,
10h : les gens en charges des pôles se réunissent et décident de ce qui est important pour la
journée.
On commence à discuter de la newsletter du midi et du soir. Les principales sont celles qui y a
le matin. À midi, c’est le prime time du web.
19h, c’est la newsletter JT. Vers 21h les pépites du soir une bonne interview, une chronique, un
reportage.
Le journal produit 2 éditions papier : une à Bruxelles (minuit) et une autre Wallonie (22h45)
Son imprimerie est à Nivelles : c’est là que se trouve la machinerie qui édite un peu près tous
les journaux francophones (La Libre, DH, Avenir = IPM)
Organisation du personnel
Après la crise du Covid, les journalistes se sont posé la question suivante : on devait
recommencer à zéro, qu’est-ce qu’on fait ?
Quand on saucissonne les infos, on perd de l’intelligence collective. Ils ont transformé la
rédaction en pôles et ont mis en place deux nouveaux pôles : Planète (énergie, mobilité,
écologie) et investigations (enquêtes).
Il y a en tout neuf pôles en plus des podcasts, des cartes blanches, data, Léna (UE), etc.
Google et Facebook sont les plus grands concurrents des journaux. Ils reprennent leurs infos
sans les payer.
La source de revenus du journal Le Soir est divisé comme suit : 50% lecteurs, 40% pubs, 5%
des pouvoirs publics et 5% de la diversification (BDs, etc.).
Pôle investigation
Ce pôle exige beaucoup de temps, beaucoup d’argent et est très compliqué à organiser. Il y a
l’association de journaux qui y prend part. La collaboration entre journaux permet de mener ces
investigations à bien et évite que ces derniers se concurrencent.
Le Soir fait partie de trois groupes d’investigations : le ICIJ (un groupe organisé autour du New
York Times), EIC (crée par Le Soir, avec Der Spiegel. Le groupe compte à ce jour 12-13
journaux), Forbidden Stories (Association de journalistes qui décident de poursuivent les
enquêtes de journalistes décédés)
La nouvelle stratégie
À l’époque, ils achetaient des mots sur Google (météo, ou autres conneries). Ça n’avait pas
beaucoup d’intérêt, car, à part enrichir Google, ils ne faisaient rien d’autre. Il y a 7 ans, ils ont
lancé le Web Payant. Ils avaient peur, car ils ne savaient pas qui allait acheter ça, qui allait payer
tout ça. Ils passent d’une stratégie d’audience à une activité d’édition.
De nos jours, ce qui pousse les lecteurs à s’abonner sont les sujets qui nous concernent, c’est-
à-dire, le portefeuille, la maison, l’argent…
Le Soir se concentre davantage sur la phase de fidélisation : important de garder les abonnés.
Ce que les abonnés lisent le plus : la politique, les investigations, les infos du soir (exclusivité)
et le sport.
Rôle de rédacteur en chef : trouver l’équilibre entre tout ça. Comment garder le projet éditorial.
L’environnement jamais dans les plus lus.
Augmenter la fidélisation : les newsletters. 30% des abonnés du soir viennent sur le soir via la
newsletter. 50 par semaine.
Les données sont bonnes à avoir, pour pouvoir déceler les titres phares, mais ils ne doivent pas
être la seule source d’information. On risque de devenir trop caricatural.
La deuxième semaine de janvier, le groupe Sud Info a touché plus de 2M et Le Soir plus de 1M.
C’est un journal de qualité, mais généraliste. C’est extrêmement important pour avoir un
impact sur le lecteur et ne pas devenir un journal de niche.
Questions-réponses
Dans chaque pôle, il y a un contrat de lecture. Politique à pôle pouvoir, car il n’y a plus les
politiciens qui font la politique.
Le projet de la rédaction, c’est de faire du 50/50 : 50% de réactivité à l’actualité qui tombe ;
50% d’anticipation, c’est-à-dire, que l’on se pose la question de savoir ce qu’on peut apporter
de plus sur un sujet, comment le développer sous différents angles ? Chaque pôle est composé
d’une dizaine de journalistes qui choisiront chaque jour les thématiques les plus importantes.
Ils choisiront aussi d’autres sujets, plus importants, plus grands, qu’ils prépareront sur plusieurs
jours.
Les gens s’abonnent souvent après avoir lu un sujet qui les intéresse. Des sujets sur la durée.
Le plus gros frein à la liberté d’expression, ce sont les communicants. Ex. : patron de la
première banque de Belgique, le journal veut poser des questions sur l’INFO et la banque, au
lieu d’y répondre, veut se vendre.
Les Lobbys
à peuvent avoir une influence sur les sources
La liberté de la presse n’est pas acquise à vie, tout comme la démocratie. C’est dans nos
mains. On recule pour l’instant, il faut rester attentif et la défendre.
Le rédacteur en chef de la Liberdad est entouré non-stop, il est sous protection policière, car il
est sous menace. Il en est de même pour les rédacteurs en chef de la Repubblica.
Gazeta Wyborcza : défend la démocratie. Le journal était sous pression, difficulté de l’accès à
l’info.
Opération Pourquoi à Appel aux abonnés pour poser leurs questions. Dans cette volonté de
transformation de l’information, de ne plus avoir peur du public.
à Juge corrompu, journalistes pourris : des faux comptes sur Twitter qui démolissaient les
journalistes du Le Soir.
En octobre 2022 des journalistes Le Soir, demandent de mettre le téléphone à l’autre côté de la
pièce (pour éviter que des informations fuitent). Il s’agissait d’une source qui leur parlait du
Qatargate. Mais publier cette information de manière anticipée aurait pu nuire à l’enquête ? Il
a fallu que les journalistes attendent l’autorisation du parquet et que les perquisitions aient eu
lieu.
Quid de l’impartialité ?
Certains médias manquent de transparence quand ils ne disent pas qu’ils sont des médias
d’opinions. Certains font d’articles d’opinons, des articles de faits.
Indépendance par rapport à leurs opinons. Il faut faire la différence entre objectivité et
impartialité. On n’est jamais objectif, mais il faut être impartial.
Différence entre la France et la Belgique. Patron de Rossel : éditeur, n’a pas de vice caché.
Bernard Arnaud, Bolloré : rendement, business.
La CADA : permet à tout citoyen qui n’a pas accès à un document administratif de saisir
l’organisation pour qu’elle examine notre cas . Elle décide si on a droit de voir un document ou
pas.
- On se rend compte que tout le monde ne pense pas comme nous ; on pensait tous que la
terre entière deviendrait une démocratie ;
- Il y a clairement une loi du mort au kilomètre.
- Le site internet est défendu par des « murs » qui quadruplent de volume chaque année
pour se protéger davantage. Ils sont attaqués tous les jours.
- Niveau individuel : le téléphone éteint, ne jamais mettre un document confidentiel sur
un google drive, sms, les réunions internationales se font sur signal. Il y a aussi des
réseaux de communication secrets.
- Protéger les sources (les lanceurs d’alertes, etc.)
Crise des médias et démocratie en crise, par Alain Gerlache
Alain Gerlache, journaliste, porte-parole de Guy Verhofstadt quand il était Premier ministre.
On suppose qu’il y a un lien entre les deux, les médias et la démocratie. Pour qu’une société
soit démocratique, il faut que les médias soient libres, indépendants et solides. Quand les
médias sont en crise, cela a un impact sur la société ; une société en crise n’est pas bénéfique
pour les médias.
Depuis une vingtaine d’années, les médias sont soumis à des mutations qui sont inédites. Au
début du 20ème siècle, les journaux détenaient le monopole de l’information. Apparaissent
ensuite les radios et la télévision, ce qui était effrayant dans un premier temps, mais les trois
sources ont appris à coexister. De nos jours, avec internet et les réseaux sociaux, cette mutation
se fait plus importante.
I-Alain Gerlache nous présente l’image d’un train aux États-Unis dans les années 30-40 : tout
le monde avec journal ; aujourd’hui, c’est les smartphones. Dans un système d’interaction
comme internet, il y a une évolution qui change le modèle du journalisme : on se trouve dans
une période de « conversation ». C’est un système qui permet de réagir et de communiquer,
sans réserver la parole journalistique à une personne autorisée, qui a un certain statut. En
effet, avant, les journalistes étaient les seuls qui passaient l’information au public. Ils savaient
de quoi ils traitaient et on ne pouvait pas y réagir. Aujourd’hui, le modèle du journalisme a
changé ; on est davantage dans l’échange et tout le monde peut transmettre/être porteur de
l’information.
Il y a donc une différence fondamentale qui s’est instaurée de nos jours et celle-ci a un impact
sur la manière dont la démocratie s’exerce.
Le net est un nouveau média ; il a totalement intégré et absorbé la manière dont on s’informe ;
et le smartphone a intégré tous les médias.
Aujourd’hui les journaux ont un problème majeur, un réel défi économique, avant leur
économie était basée sur l’acte d’achat. Les journaux papier ont dû faire une révolution en
passant de l’impression sur papier à la numérisation. Ils ont aussi dû s’adapter à la manière dont
les gens consomment ce contenu.
Le modèle économique qui permet de faire vivre un journal est le papier et les abonnements.
Ils doivent être ingénieux et développer de nouvelles manières de divulguer l’information.
ð Crise du système économique ; les médias sont affaiblis économiquement, ce qui les
rend moins libres.
Les médias ont toujours été à la pointe de la technologie, mais les choses changent. Une des
choses qui ont changé fondamentalement le milieu sont les fake news. De nos jours, nous
sommes confrontés à une systématisation des fake news (on s’en est rendu surtout compte lors
du Brexit).
ð Les médias ont compris que non seulement ils doivent pourvoir des bonnes infos ; mais
aussi démentir celles qui sont fausses. Tous les médias passent du temps non seulement
à dépeindre la réalité telle qu’elle est, mais aussi à démentir les fausses informations.
Ils participent donc à la santé du système démocratique.
Autre aspect qui a changé dans les médias : les partis n’ont plus besoin des médias traditionnels
pour toucher le public. Ils peuvent directement s’adresser à la population grâce aux réseaux
sociaux. La Belgique octroie des montants particulièrement importants aux partis politiques. Il
y a. un grand financement des partis en Belgique. Sur internet, il « y a aucun filtre
journalistique » ; cela peut être dangereux.
Autre (r)évolution majeure : IA. On en arrive à un stade où l’on y est de plus en plus
confrontés (cf. titre images IA vs. Objectifs). ChatGPT est aussi de plus en plus utilisé, même
par les journalistes. Ceci pose des questions déontologiques, de confidentialité, est-ce que
ChatGPT est neutre ?... Cela reste un outil qui a été programmé par des personnes, pas toujours
objectives ou bien attentionnées…
Le contexte géopolitique
La crise de confiance
Il y a une méfiance vis-à-vis des médias. Les médias sont un des vecteurs les plus importants
de la propagande dont se servent les fausses démocraties. La confiance que les gens accordent
aux médias, aux politiciens, etc, ne cesse de baisser d’année en année. Pourtant, les
statistiques montrent que les médias traditionnels remontent dans l’estime des citoyens, au
détriment des nouveaux médias (réseaux sociaux, internet, etc.).
àNous ne vivons dans un pays qui possède deux systèmes médiatiques assez différents, qui ne
présentent pas la même chose, ni de la même manière. Premièrement, ils sont divisés
linguistiquement, ensuite culturellement, et pour finir, idéologiquement.
Les Flamands ont tendance à lire plus de journaux. (La crise de la distribution est plus
d’actualité en Wallonie).
1 parlement voire 2 coté flamand à contre 5 en Wallonie/Bruxelles : les deux parties du pays
ont une autre manière de percevoir l’information (surtout politique dans ce cas). Les angles
d’approches sont totalement différents.
- Les gens s’intéressent de moins en moins à l’actualité : l’info devient trop anxiogène,
ce qui induit un rejet de l’information ;
- Les gens essayent même d’éviter l’information : idem ;
- L’actualité locale a la cote : ailleurs, il y a la guerre, de la souffrance… ;
- La télévision reste le support le plus important pour l’information ;
- Il y a une prédominance de médias gratuits ;
- Le podcast est de plus en plus présent ;
Questions-Réponses
Les journalistes doivent être quelque part des lanceurs d’alertes. Ils ne doivent pas « bêtement »
rapporter l’information. Aujourd’hui, les médias investissent davantage dans l’investigation.
Elle est un outil fondamental.
Cependant, les journalistes ont besoin d’autres lanceurs d’alertes, de personnes qui vont
divulguer des infos. Attention, ces lanceurs d’alertes ne sont pas journalistes : ce sont juste des
personnes qui détiennent des informations qu’elles estiment importantes à dévoiler.
Julien Assange a dénoncé les crimes de guerre des États-Unis en Irak : en tant que
journaliste, où se limite l’information et comment gérer l’info qui peut créer des crises ?
C’est un lanceur d’alerte ; il a sélectionné les infos qu’il divulguait. On a aussi essayé de
déstabiliser. Dans une démocratie, les lanceurs d’alertes doivent être protégés.
M. était journaliste politique et est devenu porte-parole du Premier ministre. Ainsi, il a perdu sa
neutralité politique, même si le Premier ministre est un peu « au-dessus » de la politique
politicienne, qui est une action commune.
Pensez-vous que les journalistes ont un rôle à jouer dans la défense contre la
désinformation russe ?
Je ne sais pas, c’est une question fondamentale, mais pas d’opinion. Le fact-checking des
journaux va vérifier des nombres qu’un ministre donne par ex., mais on est face à des choses
artisanales. C’est fondamental en période électorale.
Mais la manipulation massive des réseaux sociaux est grave : sur X par exemple la
désinformation est énorme, on est dans quelque chose de fabriqué et les médias ne peuvent plus
les utiliser.
La fake news va bien au-delà de ce que les médias peuvent faire, l’action des médias doit être
scindée des services d’armée et d’espionnage.
Contrôle plus compliqué depuis que tout le monde peut-être émetteur de l’information.
La technologie n’est jamais neutre, elle est utilisée à un certain escient. Une évaluation humaine
doit suivre.
Une démocratie vivante a besoin de médias stables, c’est pour cela qu’il est impératif de
trouver des solutions. Le point de vue économique est important, car c’est clairement une
menace qui pèse sur les médias ; à partir du moment où l’on arrive plus à payer les journalistes,
l’information est mise en péril.
Pourtant, même dans les pays démocratiques, les politiques se demandent si ça en vaut la peine
de disposer de médias critiques. En effet, ils peuvent facilement convaincre, car ils ont la
possibilité de cibler leur public grâce aux réseaux sociaux. C’est inquiétant.
Cordon sanitaire : entorse à la déontologie journalistique à un parti politique n’a pas accès au
média de la même manière que les autres. (dossier revue flamande).
Il y a une distinction dans la manière dont les partis sont traités par les médias. Cela ne veut pas
dire qu’ils ne peuvent pas donner la parole aux partis d’extrême droite, mais ne peuvent pas le
faire par des débats. Mais le cordon sanitaire existe avant tout, car on pensait que cela allait
empêcher les partis d’extrême droite de véhiculer leurs idées. Mais ces idées sont partout. La
question qu’on doit se poser est la suivante : est-ce qu’aujourd’hui le cordon sanitaire
médiatique ne se retournerait pas contre les signataires ? En effet, les partis d’extrême droit
semblent même en tirer un certain profit ; ils instrumentalisent ce cordon pour démontrer le
rejet qui subissent et appuyer la légitimité de leurs idées.
Médiatique : on pensait que ça empêcherait de circuler des idées d’extrême droite, mais avec
l’avènement des réseaux sociaux, c’est raté…
C’est un problème fondamental qui se pose aujourd’hui, c’est quelque chose qui a toujours
existé, mais qui est encore plus présent de os jours. On a tendance à dénoncer les articles
putaclic. Les médias sont des entreprises commerciales, qui doivent vendre l’info.
Le paradoxe de la presse, c’est qu’elle doit le faire dans un cadre déontologique. Celui de la
presse : la survie économique dépend des entorses qu’elle peut effectuer par rapport à la
déontologie. La tentation peut être plus grande aujourd’hui. Il faut que les écoles forment les
gens à avoir un regard critique sur la presse. Question de regard critique, mais long travail et
responsabilité dans une société démocratique.
1. Giorgia Meloni, Fratteli d’Italia. Elle est LE président du Conseil – Giorgia a refusé de
s’appeler au féminin et voulait garder l’appellation de sa position politique au masculin,
qui est, selon elle, plus neutre ;
2. Giorgia Meloni et Ursula Von Der Leyen : dans un article de la presse italienne rédigé
à l’issue d’une rencontre entre les deux femmes, le féminin est utilisé pour Ursula ;
tandis que l’on utilise le masculin quand on se réfère à Melon. C’est un élément
symbolique, qui se retrouve au centre de cette séance, à savoir, la contestation de la
vision libérale démocratique.
3. Tuttti Ladri : on voit une liste de partis politiques, et il est écrit « TOUS DES
VOLEURS » à autre message clé de cette séance : l’association de la politique à une
affaire sale, pleine de corruption, ou il n’y a pas de grande distinction entre les anciens
et les nouveaux.
Structure de la séance
1. Considérations théoriques
2. Contexte général de l’Italie, avec un focus sur les élections législatives 2022 ainsi que
l’état de l’Italie actuelle a la veille des élections européennes
3. Conclusions
Certains spécialistes (Raymond Arond) admettent que dans la démocratie il y a une dimension
oligarchique inévitable, en raison de la grande échelle géographique, numérique et
démographique de nos sociétés. Il est difficile d’imaginer une participation directe ; c’est
alors que la démocratie se transforme en régime de peu. Mais ce n’est pas du despotisme, car,
en tant que citoyens démocratiques, nous avons le pouvoir de sanctionner ceux qui abuseraient
du pouvoir.
Une autre précision concerne les prépositions utilisées, qui sont importantes : on a toujours
tendance à penser que la crise de la démocratie est synonyme d’un processus de
déconsolidation. On induit alors un passage d’un régime démocratique à un régime non
démocratique.
Lorsque l’on soustrait les piliers de la démocratie, il est évident que nous ne sommes plus dans
une réelle démocratie ; mais nous ne nous trouvons pas encore en autocratie.
Ce que l’on vit depuis de nombreuses années, c’est plutôt une crise DANS la démocratie,
c’est-à-dire, que l’on ne conteste pas spécialement ce régime en soi, mais l’on conteste plutôt
certains de ses éléments qui sont perçus comme une menace pour la souveraineté
populaire.
Exemple : la question des élites politiques qui peuvent prendre des décisions qui, selon certains
acteurs politiques, mettent en danger le patrimoine matériel et immatériel du peuple.
Depuis une trentaine d’années, on observe une prolifération de partis politiques : des partis de
niches, des partis « challengers », des partis qui ont une seule idée politique, ou encore des
partis politiques. Ce qui lie ces partis, c’est leur tribune de défense de la démocratie ; une
démocratie qui s’approche de la définition étymologique. Or, nous avons vu qu’une application
« étymologique » de la démocratie n’est pas envisageable dans la société actuelle.
Depuis 2004, on a une alternative à la crise avec l’arrivée de Viktor Orban au pouvoir. Cette
alternative promet de défendre les minorités et de garantir au peuple une vraie voix au chapitre.
Le cas italien
L’Italie a souvent été utilisée comme laboratoire pour tester la solidité de la démocratie
contemporaine. Pourquoi ? Depuis 1994, beaucoup de leaders politiques avaient étiré au
maximum en vue d’une démocratie de proximité. En sciences politiques, on parle de
démocratie sans intermédiaire, où le Premier ministre, le leader, n’a pas besoin du
Parlement. Il tire sa légitimité directement du peuple. Cela va poser des problèmes d’un point
de vue juridique, notamment durant les années où Silvio Berlusconi était au pouvoir, quand il
y a eu un conflit d’intérêts entre ses affaires personnelles et sa position de Premier ministre.
L’Italie connait un moment charnière entre 1992 et 1994 ; il s’agit du passage symbolique de la
Première République à la Seconde République. La première a été construite au lendemain de la
Deuxième Guerre mondiale, avec un parti fasciste qui avait dominé la vie politique italienne
depuis 1922 et qui a porté l’Italie aux côtés de l’Allemagne nazie. Cette reconstruction se fait
autour d’un parti pivot, un parti défendant la démocratie chrétienne, ou plutôt plusieurs fractions
de la démocratie chrétienne qui se sont succédées de façon continue pendant plus de 40 ans, en
collaboration avec des partis socialistes à partir des années 40.
Deux partenaires ont toutefois toujours été mis à l’écart : le parti communiste et le parti fasciste.
C’était une démocratie décrite par Sarcoli comme « polarisée » : on avait deux pôles qui étaient
exclus du pouvoir. Cette « stabilité » s’effondre au moment où des juges à Milan mènent une
série d’enquêtes qui mettent en lumière un système de corruption de tous les partis de la
démocratie chrétienne, mais également le parti communiste et, dans certains cas, des héritiers
de partis fascistes. On assiste donc à une refondation de la République (NB : pas lié à un
changement de constitution) ; il s’agit d’un renouveau de partis.
À la même époque, le parti communiste connait une chute vertigineuse dans sa légitimité à la
tombée du Bloc communiste.
La démocratie chrétienne explose. Quand on parle de nos jours du parti défini comme le parti
de gauche, il faut comprendre qu’on y note deux héritages importants. D’une part, le parti
communiste refondé dans une logique sociale-démocratique ; d’autre part, les fractions de
gauche de la démocratie chrétienne qui seront dirigés par, entre d’autres, Romano Prodi. Il va
agir comme un « fédérateur » de ces deux fractions de la gauche.
Pendant la refondation, un parti très fort électoralement, mais très faible d’un point de vue
organisationnel émerge : Forza Italia (Président club de Foot d’AC Milan). Ce parti politique
vivait de la force politique, économique et médiatique de son fondateur, Silvio Berlusconi. Ce
parti connaitra une réelle hégémonie dans le système italien ?
àOn observe depuis les années 80 déjà que les électeurs sont de plus en plus désenchantés
par rapport à la politique traditionnelle. En effet, ils ne voient plus la différence entre la
gauche et la droite. D’autant plus que le centre a longtemps été au pouvoir. C’est pourquoi en
1994, ils vont donner le pouvoir à Silvio Berlusconi. Il est considéré comme précurseur du
populisme actuel par beaucoup de personnes.
Silvio Berlusconi arrive à accéder à la position de Premier ministre avec un message anti-
establishment, contre la politique traditionnelle.
À partir de l’arrivée au pouvoir de Silvio Berlusconi, l’Italie connait une alternance presque
régulière entre Forza Italia et le parti démocratique né de la fusion entre les chrétiens et la
gauche.
Ce cycle connait une fin à cause de la grande récession. Cette récession oblige l’Italie à
adopter des politiques d’austérité très sévères à partir de 2010. Cette politique d’austérité
sera instrumentalisée par un autre acteur politique, à savoir, le Mouvement à 5 étoiles, présent
dans les journaux italiens à partir de l’année 2009. C’est un mouvement construit par un
présentateur/comédien qui dénonce la corruption des politiciens en disant que rien n’avait
changé entre la Première et la Deuxième République. Le pôle de gauche et de droit est
interrompu par le Mouvement à 5 étoiles guidé par Giuseppe Piero Grillo.
Le graphique démontre également que la participation des citoyens aux élections baisse d’année
en année à partir de la proclamation de la Seconde République. Il y a de fait une augmentation
du nombre de partis, couplée à une diminution des participations, ce qui pourrait aller contre la
logique. La littérature scientifique nous montre que les citoyens participent de moins en
moins et que leur fidélité électorale est quasi absente. Ils changent d’opinions d’une élection
à une autre et sont attirés par les partis qui proposent du changement.
L’indicateur de la relativité électorale montre que de plus en plus d’électeurs changent leur vote
d’une année à l’autre. Les électeurs désenchantés en 2013 qui ont voté pour le Mouvement à 5
étoiles se déplacent, en 2018, en partie, vers La Ligue de Salvini et finalement, en 2022, vers
Fratelli di Italia. On observe donc une tendance des électeurs désenchantés à se déplacer
d’année en année vers des partis « challenger », des partis opposés à l’establishment.
Ces élections sont celles qui mettent réellement en exergue la crise dans la démocratie en Italie.
La démocratie italienne est encore une démocratie stable, mais il est évident que quelque chose
commence à croitre dans son sein, qui met en évidence une tension.
Il a deux ans, on sort du covid. L’Italie est un des pays les plus touchés par la pandémie. Les
Italiens avaient alors besoin d’un sauveur. Pendant la pandémie, Giuseppe Conte, leader du
Mouvement 5 étoiles, était Premier ministre. Toutefois la pandémie met en évidence la fragilité
de l’économie italienne, mais aussi la rapidité à laquelle se propagent les théories
conspirationnistes dans les médias et plus tard sur la guerre en Ukraine. Cela aura pour
conséquence une chute vertigineuse du capital de confiance de Giuseppe Conte.
D’un côté, on a Mario Draghi, ancien premier ministre, grand représentant de l’establishment,
de la politique traditionnelle. Il assume un gouvernement de grande coalition, mais cela reste
une coalition de politique traditionnelle ; le peuple ne peut pas être satisfait par sa politique, car
beaucoup ne se sentent pas en accord avec l’image de Mario Draghi.
À partir de 2013, on voit un petit parti, né en 2012, de matrice postfasciste, qui, sous la direction
d’une femme (chose extrêmement étonnante), Giorgia Meloni, réussit à obtenir 2 % des voix.
Pendant les élections de 2014, Fratelli d’Italia dépasse le seuil électoral (4,4 %) à la fois à la
Chambre et au Sénat. En 2019, ce pourcentage se maintient au niveau européen.
En 2022, le parti atteint les 26 %. Fratelli d’Italie parvient à s’imposer comme une alternative
crédible pour sauver l’Italie. C’est le seul parti qui a toujours été très critique de la gestion de
la pandémie et qui a refusé de faire part de la grande coalition de Mario Draghi. Ce parti
nouveau réussit à profiter du déclin de deux clans importants : Forza Italia (droite) et La Ligua
de Matteo Salvini. Ces deux clans perdent des voix, ce qui donne une ouverture à la
reconstruction d’un centre droit avec une femme à la tête de la coalition.
La campagne électorale de Fratelli d’Italie en 2022 est une campagne polarisée, « nous contre
eux ». Il y a vraiment très peu de messages gris, manichéens. Il y a une contestation d’une
politique traditionnelle et on propose un renouveau. Cette campagne est marquée par des
tensions sur les plans économiques, écologiques et sociaux. Les élections de 2022 connaissent
alors une énorme volatilité électorale ; le Mouvement 5 étoiles perd presque la 50 % des voix,
la Ligue également, Forza Italia passe de 14 % à 8 %. 2022 marque donc un tournant important,
puisque c’est la première fois depuis le début de la Seconde République qu’un parti, dont
les racines intellectuelles sont fascistes, se retrouve au pouvoir.
Les électeurs de Fratelli d’Italia viennent principalement de La Ligue (droit), il y a aussi des
électeurs de Forza Italia (libéral) et une petite proportion d’électeurs du Mouvement 5 étoiles.
Le gouvernement italien
Il se forme assez rapidement et repose sur une triade forte, pilier de l’agenda du
gouvernement, « Dieu-patrie-famille ». L’agenda du gouvernement de Meloni est dominé par
une politique de la sanction ; chaque fois que des manifestations ont lieu, des dérives violentes
surviennent. C’est un sujet d’opposition.
Dans le domaine social, on constate une vision liée à l’image d’une famille traditionnelle,
orientée à la procréation et orientée à nier l’association d’une famille pour ceux qui sont « le
produit » de couples homosexuels. Il y a un grand nombre de points de frictions au niveau
social, par exemple, la question de l’avortement.
Fratelli d’Italia est à présent considéré comme un parti néo-conservateur, car Meloni a
abandonné le penchant populiste, galvanisant des masses et très peu respectueuse des règles,
qu’elle mettait en avant au début : elle se pose à une solution rassurante, à la fois à l’intérieur
et à l’extérieur du pays, et est un partenaire stable pour l’UE et pour les USA.
Ce changement de cap est « instrumentalisé » par Mattéo Salvini qui tente de renaitre de ses
cendres pour récupérer une partie du capital électoral perdu. Il a des positions radicales, anti-
UE et parfois pro-russes.
Pour l’instant, on n’observe pas de grand changement de confiance des électeurs envers Georgia
Meloni. On est encore dans la phase de « Lune de miel » entre le parti et ses électeurs. Il y a
donc de grandes chances que le parti obtienne un grand nombre de voix pendant les prochaines
élections européennes.
Conclusions
L’Italie connait une crise DANS la démocratie, qui se caractérise notamment par la
contestation du pilier libéral du point de vue des droits civils (immigrés aussi) ou une
attirance de plus en plus prononcée pour un modèle non libéral, comme celui défendu par
Viktor Orban.
Il faut rester vigilants ; il faut surveiller la démocratie et s’assurer que la crise dans la
démocratie ne devienne pas la crise de la démocratie. On n’y est pas, « grâce » au
changement de cap de Georgia Meloni, qui aspire à devenir une nouvelle Margaret Thatcher.
Si l’on regarde les programmes proposés par Meloni, on observe une forme d’euroscepticisme
– marqué par une opposition presque d’une Europe des nations. De nos jours ce type de propos
est difficile à avoir, étant donné que l’Italie est fortement dépendante des ressources
européennes à plusieurs niveaux et la guerre en Ukraine et au Moyen Orient pousse les pays à
entretenir davantage d’interdépendance(s). En ce moment, elle n’est pas systémique. Elle
propose une réforme plus souple de certaines questions.
Son programme pour les élections européennes n’est pas encore sorti, on parle là de ce qu’elle
a fait pendant la première année de son mandat, mais à la surprise générale sa position est assez
spéciale. Elle accepte même quelques compromis comme celle sur l’immigration. Elle va
surement être la candidate principale et sa campagne sera plus centrée sur une politique
nationale qu’européenne. On ne connait cependant toujours pas sa réelle position.
Giorgia Meloni critiquait la gestion de la pandémie par les responsables politiques ? Est-
ce que le cycle pourrait se répéter, étant donné qu’elle n’a pas respecté son engagement
quant à l’immigration ?
Différentes données et sondages ont prouvé que le capital de confiance de Giorgia Meloni a
augmenté pendant la pandémie, car elle critique le gouvernement et son avis ne se pervertit par
quand l’occasion d’avoir quelques postes le gouvernement de Draghi se présente.
De nos jours, le grand défi des partis populistes est de respecter leurs engagements ; quand ils
sont dans l’opposition, ils proposent la lune lors des élections, mais souvent ils ne peuvent
remplir leurs promesses électorales quand ils sont dans une majorité multipartite.
Par conséquent, elle risque, d’une part, de perde des électeurs à cause de son discours plus
modéré, mais d’un autre côté, son parti est de mieux en mieux implanté d’un point de vue
territorial. Mais encore, les électeurs de Forza Italia pourraient lui donner un soutien
supplémentaire. Elle se doit toutefois de garder sa position de parti « anti-establishment », mais
pour l’instant elle mise sur l’image d’un leader modéré, conservateur, comme Berlusconi a pu
le faire au début de sa carrière politique.
Le cas italien est seulement un exemple concret. Cette distinction a en réalité été faite par
professeur Morlino. On observe également une crise dans la démocratie en Pologne ou encore
en Hongrie. En Hongrie, on se rapproche petit à petit d’un modèle non démocratique à cause
de la politisation des acteurs neutres, notamment des juges. On constate que la Pologne connait
également des difficultés ; il y a une contestation de tous les côtés (PiS Prawo i Sprawiedliwosc
– KO Koalicja Obywatelska).
Concernant la Turquie les professionnels s’accordent pour dire que le pays présente un modèle
de démocratie procédurale, qui n’est en réalité plus une démocratie, à cause de plusieurs
aspects ; la politisation non seulement des juges, mais aussi de l’armée, de la police. En gros,
des acteurs censés être neutres.
Qu’est-ce qui explique que l’électoral italien penche vers un scepticisme envers le parti
et/ou système traditionnel(s) ? Est-ce propre à l’État italien ou s’agit-il plutôt d’une
tendance qui se dessine à travers le monde politique ?
En réalité, il y a des éléments qui sont communs et d’autres qui sont spécifiques.
En Italie, si l’on observe des régions telles que la Toscane, on voit qu’il y a une mutation de
la capacité des partis politiques d’accompagner leurs membres tout au long de leur vie.
On voit que le passage vers un parti populiste est assez rapide.
Mais comment est-ce que ce passage se fait ? Pascal Perrinot l’avait déjà mis en évidence au
début des années 2000 concernant la « lepenisation » du vote ouvrier ; les partis de droite
avaient une plus grande capacité de convaincre les ouvriers, car ils ont un grand agenda social.
Cela s’est avéré être un grand défi pour les partis socialistes qui doivent présenter un bel agenda
social, tout en essayant d’être progressistes.
C’est parfois des points de vue qui sont incompatibles : prenons l’exemple de l’Allemagne. La
question de la reconversion des chaudières se pose et pousse de nombreux électeurs du SPD
(Sozialistische Partei Deutschland) à voter l’AFD (Alternatieve für Deutschland). Les familles
ouvrières sont plus attirées par des messages qui leur proposent des solutions sociales (au moins
temporaires) que par l’écologie.
Est-ce que les partis en Italie défendent-ils tout le pays ou uniquement le Nord ?
Un des thèmes d’actualité en Italie porte sur l’autonomie et la décentralisation, notamment des
questions liées à la santé publique et à l’enseignement.
D’une manière assez évidente, on voit que le vote de mécontentement est un vote qui émane
surtout du Sud. En 2013 et en 2018, le Mouvement à 5 étoiles et La Liga ont surtout gagné
grâce au sud. En 2022, il s’agissait davantage d’un vote national pour Georgia Meloni.
Il demeure évident que le Sud se sent abandonné. Si la politique actuelle menée par la ligue
encore attachée à l’autonomie du Nord, il y aura une paupérisation du Sud de plus en plus
marquée. De plus, le sud se fait de plus en plus vieux, car les jeunes s’en vont vers le Nord. Ces
personnes âgées travaillent soit dans l’agriculture soit dans les services, avec très peu de
possibilité de renouveau générationnel. Cela explique les stratégies très peu masquées de
Salvini.
Décision par le gouvernement italien concernant le titre de séjour pour les étrangers ; cette
proposition a-t-elle créé de frictions au sein du parti de Fratelli di Italia ?
Qu’il s’agisse de Trump, de Le Pen ou de Wilders, le grand problème pour ces partis est
l’immigration clandestine. Le grand problème est la transformation de ces permis de séjour à
un esclavagisme moderne. Non, ça n’a pas créé de frictions, car Fratelli di Italia a gagné au
niveau national avec une proportion de votes plutôt homogène et avec un pourcentage de PME
du nord de l’Italie qui ont besoin de cette main-d’œuvre peu cher.
Le système italien est organisé par régions et ces régions ont un haut niveau d’autonomie ;
certaines ont mêmes de statuts spéciaux comme la Sicile ou encore le Trentin Haut-Adige.
Ces régions ont une autonomie d’un point de vue fiscale, mais aussi d’un point de vue de la
gestion de la santé et de l’enseignement ; on parle même d’établir un nombre de priorités.
Avec les propositions en ce moment, leur niveau d’autonomie, notamment d’un point de vue
fiscal, augmente, avec des répercussions sur les résidents. On parle même d’établir un ordre de
priorité pour les résidents, pour avoir accès au système de santé local.
Le parti de Meloni était autour de 4 %, c’était un parti qui avait très peu de légitimité
politique ; un parti de quelques régions de Sicile et de Rome, où le fascisme est très présent.
Avec 26 % de voix, le parti s’est homogénéisé territorialement, avec plus de dominance dans
les zones rurales et périurbaines, moins dans les centres urbains. Selon les données du centre
électoral, l’électorat de Meloni n’a pas de l’âge. L’élément notoire est le niveau
d’instruction des électeurs de Meloni ; c’est un électorat moins instruit qui vote pour
Fratelli di Italia.
Ici, ce ne sont pas les perdants qui votent pour Meloni, comme on aurait tendance à se
l’imaginer.
Peut-on sauver la planète démocratiquement ?
Arthur Ruyssens anime l’émission « le tournant ».
Il parle « d’urgence écologique » et pas de crise, car le principe d’une crise est qu’on peut
revenir à la vie normale après ça et laisser ces évènements derrière nous. Aujourd’hui, nous ne
vivions pas une « crise écologique » ; il ne suffit pas de prendre des mesures temporaires,
on se trouve à un moment charnière, il faut changer diamétralement notre quotidien.
En terme de climat ces dernières centaines de millions d’années, si on se concentre sur les 400
mille dernières années : on constate qu’on a connu 4 cycles glaciaires, avec des températures
beaucoup plus basses que ce que l’on connait aujourd’hui. Pour mieux nous imaginer
l’envergure de la chose, il faut s’imaginer que nos régions avaient des allures de ce qu’on
connait à ce jour en Arctique et en Antarctique. À différents moments, il y a eu des remontées
spectaculaires de températures, qui redescendaient par la suite.
Ce qui nous intéresse particulièrement ici, c’est la dernière partie qui se concentre sur les 12
mille dernières années. Le climat se stabilise dans des températures particulièrement faciles à
vivre, et c’est à ce moment-là que l’humanité prend un essor considérable. Pourquoi ? Tout
simplement, car un climat relativement stable était propice à notre développement. Cette
période se prénomme l’holocène. En bref, cette période offrait un climat stable, avec des
températures qui ne présentaient jamais plus d’un degré de variation.
M. Ruyssens nous montre la peinture de Pierre Bruegel l’ancien, intitulée « Chasseurs dans la
neige » et datant de 16ème siècle, une époque qui connut des hivers particulièrement froids. Cette
période est aujourd’hui qualifiée de « petit âge de glace » par les scientifiques. Or, il faut noter
que pendant cet âge de glace, on n’est même pas descendu d’un degré par rapport à la moyenne
mondiale.
Cela fait donc 10 mille ans, moyennant quelques variations, que l’on a des conditions favorables
à la vie sur Terre. Mais aujourd’hui, le taux de croissance, la population est exponentielle.
C’est une augmentation vertigineuse de la population mondiale provoquée par le
développement des sociétés humaines qui vont tellement se multiplier qu’aujourd’hui nous
sommes 8 milliards. Mais encore, la richesse par habitant connait une augmentation encore plus
conséquente.
Cette augmentation est notamment permise par l’utilisation des énergies fossiles. Leur
utilisation va augmenter surtout après la Deuxième Guerre mondiale et permettra l’énorme
développement qu’on a connu ainsi que l’augmentation de la population mondiale ; cette
dernière, à son tour, influencera l’usage plus fréquent des énergies fossiles.
Mais où se situent les énergies renouvelables ? Elles se trouvent tout au-dessus du graphique :
bien que l’on nous répète constamment qu’il faut promouvoir une transition énergétique, ce
n’est pas ce qui a actuellement lieu. En effet, les énergies renouvelables ne remplacent pas
les énergies fossiles, elles s’additionnent aux autres énergies. Cela veut donc dire que notre
consommation mondiale d’énergie fossile.
Mais que se passe-t-il quand on accumule une telle quantité de gaz à effet de serre dans
l’atmosphère ?
Le soleil réchauffe la Terre, une partie des rayons sont renvoyés, mais une autre chauffe notre
Terre qui émet des rayons infrarouges, qui seront en partie arrêtés par la logique l’effet de serre.
Celui-ci permet d’emmagasiner une partie de la chaleur, ce qui nous permet de vivre. Toutefois,
la couche de serre devient aujourd’hui de plus en plus importante ce qui a également pour
conséquence d’arrêter de plus importantes quantités de rayons infrarouges dans notre
atmosphère. En somme, tous ces facteurs réchauffent notre terre.
La situation devient inquiétante, puisque selon les scénarii les plus pessimistes des
scientifiques, la température moyenne de la température mondiale pourrait atteindre jusque
+6°C ; ce qui pourrait être énorme, étant donné que la différence de la température moyenne
entre celle de l’ère glaciale et de l’ère holocène n’était que de 6°C. Toutefois, si nous
poursuivons nos efforts et tenons nos engagements, nous atteindrons tout de même les 2,8°C en
plus.
Myclimatefuture.com, un site web qui nous permet de voir à combien d’extrêmes climatiques
on va être confrontés en fonction de notre âge et de la région dans laquelle on vit. On peut
rapidement constater que si l’on ne se bouge pas et que l’on reste les bras croisés, les
conséquences seront violentes.
Certains scientifiques disent que nous ne sommes actuellement plus dans l’holocène, mais dans
l’anthropocène. Cela veut dont dire que l’on arrive dans une ère où ce n’est plus la Terre qui
définit comment la Terre se comporte, c’est l’activité des humains eux-mêmes qui est en
train de modifier l’activité de la terre.
En 2009, une série de chercheurs qui se sont rassemblés à Stockholm se sont interrogés sur
les conditions qui rendaient l’holocène possible – sur les conditions qui apportaient une
stabilité propice au développement de la vie sur Terre. Ils ont alors identifié neuf frontières
qu’il ne faudrait pas dépasser pour ne pas mettre tout le système à mal. Durant cette séance, on
se penchera sur quelques-unes de ces limites.
Parmi les 9 frontières, il y en a une qui se tient mieux que les autres : celle de l’ozone
atmosphérique.
À l’époque, le trou dans la couche d’ozone était un des plus grands problèmes climatiques
auquel faisait face la population mondiale. Il était provoqué par les gaz « CFC » présents dans
les bombes d’aérosols et dans les circuits des frigos ; ces gaz avaient tendance à monter très
haut dans l’atmosphère et abimer la couche d’ozone qui nous protège des rayons mauves
(responsables de beaucoup de maladies dermatologiques). Un protocole a été mis en place, à
savoir, le protocole de Montréal qui interdisait l’utilisation de ces gaz et obligeait à l’utilisation
de gaz de substitution.
C’était « facile » : il y avait une alternative, on a pu continuer à utiliser nos frigos et nos
aérosols. Et c’est aujourd’hui la seule frontière que nous n’avons pas franchie climatiquement
parlant. Pour le reste, nous sommes malheureusement en difficulté.
Nous sommes aussi dans le vert pour les aérosols dans l’atmosphère (plutôt les particules
fines) au niveau mondial, même si ça peut être problématique dans certaines zones du monde
(zones urbaines, pays asiatiques, etc.).
L’acidification des océans est également dans le vert, car les océans ont une énorme capacité
d’absorption du CO2, et ce qui se passe est encore gérable pour eux.
a. La biodiversité
Arthur nous présente un graphique qui nous montre qu’il y a 10000 ans, 1 % des mammifères
étaient des humains et 99 % étaient des animaux sauvages. Aujourd’hui, 32 % des mammifères
sont des humains, 67 % sont des animaux d’élevage et seul 1 % sont des animaux sauvages.
Nous pouvons constater le poids de l’humain sur l’ensemble des écosystèmes au point de
retourner la proportion.
Toutes les formes de vies (animaux, bactéries, etc.) interagissent en symbiose entre-elles et
créent des environnements favorables au développement de la vie. (exemple du pommier et des
abeilles.)
Aujourd’hui, certaines des formes de vies sont en voie de disparition, ce qui met à mal la
symbiose et tout le système. En gros, la nature n’est plus capable de nous rendre les petits
services qu’elle nous rendait naturellement et l’on devra peut-être même la remplacer
machinalement, mécaniquement. (cf. La Chine et le pollen).
On ne se rendait pas compte de tous ces facteurs à l’époque ; on parle aujourd’hui d’une 6ème
extinction des espèces, première extinction provoquée par l’humain.
Pour appuyer ceci, voici davantage de précision : en temps normal, on considère que par siècle,
sur 10000 espèces différentes, on a une espèce qui disparait, tandis que d’autres apparaissent.
C’est le taux normal d’extinction. De nos jours, on estime que le taux d’extinction est d’une
espèce sur 1000 par siècle. Cela veut donc dire que ce taux est 100 fois plus élevé que si l’on
vivait dans un monde « normal ».
Pour le comprendre, il faut comprendre ce qu’il se passe exactement à cet endroit : les canaux
que l’on peut apercevoir sur la photo sont différents canaux et affluent du Mississippi. Autour
de ce grand fleuve se trouvent d’énormes cultures intensives. Il faut savoir que les plantes
capturent de l’azote dans l’atmosphère et puisent le phosphore des terres pour se développer.
Pour accélérer ce processus, les humains se sont dit qu’ils allaient apporter une quantité plus
importante d’azote et de phosphore ; ce qui fonctionne. Le problème, c’est que quand l’on
dépose cela sur les plantes pour qu’elles poussent plus vite, les plantes n’utilisent pas l’entièreté
de ces « engrais » ; il part donc dans la terre, puis dans le fleuve, il suit le cours du fleuve jusque
l’océan où il est absorbé par les algues.
On appelle ces zones « dead zones », des dizaines de milliers de kilomètres carrés de mer et
d’océans.
Les PFAS sont des substances chimiques synthétisées par l’humain. L’une de frontières
planétaires à le pas franchir, c’est l’introduction de nouvelles substances dans la biosphère.
Le problème avec ces substances chimiques c’est que l’on se rend compte de leurs
conséquences néfastes qu’après des années d’utilisation.
d. Le cycle de l’eau
Pour finir, parlons du cycle de l’eau. Sur la carte qui nous a été présentée en classe, tout semble
plus au moins normal et le cycle parait inchangé.
Concentrons-nous toutes fois sur deux zones aux États-Unis : la Californie et le centre de
l’Amérique du Nord
En Californie, nous pouvons retrouver une très grande quantité de culture de fruit. Le problème,
c’est que de nos jours les pluies ne suffisent plus à alimenter ces cultures. On va alors pomper
de l’eau, de plus en plus profonde, dans les nappes phréatiques pour alimenter ces
agricultures. Résultat des cours : des épisodes de sécheresses de plus en plus forts et de plus
en plus fréquents aux États-Unis.
Il en est de même pour le centre des États-Unis, où les sécheresses sont provoquées par le besoin
d’alimenter des cultures de céréales.
Il faut bien tenir en tête que 55 % des fruits consommés aux États-Unis proviennent de la
Californie. Si les nappes phréatiques ne peuvent plus alimenter ces cultures, il risque d’y avoir
un gros souci d’approvisionnement alimentaire des États-Unis. Le pays, étant riche, n’aura
pas de problème à trouver cet approvisionnement autre part. Le problème, c’est qu’il ira le
chercher chez des pays pauvres sur lesquels il fera peser un risque de famine.
Une chercheuse britannique, Kate Rayworth met en évidence le problème que l’on a
aujourd’hui : si on veut pouvoir pérenniser notre vie sur Terre, on a deux enjeux ; à la fois, on
doit respecter les limites planétaires ; mais il faudrait aussi respecter également une sorte
de plancher social. Au fond, pour qu’une société humaine puisse fonctionner, il faut que les
gens aient à la fois accès à la nourriture, à l’eau, à des soins de santé qualitatifs, à l’éducation…
Elle nous dit alors que si l’on souhaitait pouvoir pérenniser des sociétés humaines, il faut que
nous arrivions à trouver un équilibre pour ne pas franchir les limites planétaires, toutes
en pouvant vivre dignement.
Le problème majeur qu’on a aujourd’hui, c’est que les pays qui respectent les limites
planétaires sont des pays qui ne possèdent absolument pas les standards et les droits
sociaux élémentaires que nous possédons. Par exemple, le Nigeria respecte certes les limites
planétaires… mais au Nigeria, nombreuses sont les personnes qui n’ont pas accès à l’éducation,
à l’eau ou à la nourriture…
On peut en conclure c’est que les sociétés démocratiques se sont développées sans se
préoccuper des limites planétaires. Est-ce qu’on va pouvoir, pour le futur, garder nos standards
sociaux, démocratiques, libéraux ?
Ce constat nous pousse à nous poser quatre questions fondamentales sur quatre enjeux :
Questions-réponses
Il n’y a pas de réponse évidente, mais il est clair qu’il va falloir trouver des moyens pour s’en
sortir en démocratie. Une partie de la solution serait d’enrichir notre démocratie, et cela
commence par le constat suivant : nous avons un problème majeur dans la politique
d’aujourd’hui, car énormément de personnes ne croient plus en la politique. En gros, la
démocratie est en crise, car le monde est de plus en plus complexe, car le pouvoir est
réparti à plein de pouvoir différent, car il y a un décalage entre le tempo de la société et
celui de la démocratie… Il faut donc penser à comment on pourrait enrichir notre démocratie
pour qu’elles fonctionnent différemment, notamment par rapport aux enjeux climatiques.
Concernant la convention pour le climat en France ; d’abord, reprécisions ce que c’est. Il s’agit
d’une convention qui consistait à rassembler environ 150 personnes pour qu’elles puissent
réfléchir à des solutions. Ces gens se sont mis d’accord, comment faire face à la crise climatique
et il en résultait que pas mal étaient d’accord avec des mesures restrictives en termes de liberté.
Toutefois, lorsque certaines de ces mesures ont été dévoilées, cela a suscité un tollé dans une
bonne partie de la société.
Mais pourquoi ? En fait, ceux qui avaient participé à la convention étaient informés sur
tous les enjeux, mais tous les autres citoyens n’ont pas eu toutes ces informations-là et ne
comprennent donc pas. Cet exemple montre bien une vraie difficulté entre l’idée que l’on se
fait des panels de citoyens qui pourraient mieux fonctionner que la démocratie représentative.
Au final, leur efficacité n’est pas avérée et les résultats incertains. Au fond, si des députés
décident, ils seront mal vus et si des citoyens décident, cela ne veut pas pour autant dire que les
gens estimeront leurs décisions bonnes.
Selon Arthur, la solution est dans l’éducation : plus on a de gens qui comprennent l’enjeu,
plus on a d’armes. Cependant, cette solution n’est pas des plus rapide, et il y a une urgence. Il
y a alors un vrai risque qu’apparaissent des gens qui pensent qu’il faut prendre des mesures
radicales, établir des dictatures, pour que les choses bougent.
Comment adapter la consommation de viande dans des populations non basées sur
l’agriculture ?
Arthur Ruyssens ne croit pas que l’on doive mettre les mêmes mesures en place pour tout le
monde. Mais mettre en place des politiques qui favorisent d’autres habitudes. L’enjeu est global,
mais tout le monde ne doit pas faire la même chose.
Quand Arthur dit qu’il va falloir changer nos habitudes, il ne veut pas dire par là que chacun
doit faire ses petits efforts dans son coin (mieux trier ses déchets ou moins manger de viande…
s’il le fait, tant mieux ! mais ce n’est pas que ça). Ce ne sont pas que ces petits gestes qui vont
changer radicalement la donne. Par contre, il faut capitaliser sur les citoyens, puisque ce sont
eux qui envoient les signaux à la politique. Nous devons collectivement admettre qu’il y a
des choses que nous pourrons plus faire de la même manière à l’avenir. Ici, la question
n’est pas de savoir si tout le monde effectue ses petits gestes du quotidien en son âme et
conscience, mais plutôt de savoir s’il aura des démarches collectives et un consensus suffisant
pour s’autolimiter ? Il va falloir que l’on remarque l’intérêt supérieur à notre liberté
individuelle.
Est-ce que ça voudrait dire qu’il faudrait revenir à un système communiste ? Non, on sait
pertinemment que ces pays étaient loin d’être écologiques à l’époque.
C’est un débat extrêmement intéressant ; certains disent que si l’on ne met pas le capitalisme à
mal, on ne s’en sortira pas ; d’autres disent qu’on ne peut pas s’attarder à démanteler le système
capitaliste, car on ne ferait que perdre du temps, alors qu’il faut agir maintenant.
De toute façon, il va falloir que l’on fasse les deux on va devoir faire les deux, car même si par
miracle on arrêtait totalement de produire du CO2, on devrait tout de même faire face aux
conséquences climatiques, car il s’agit là d’une logique d’accumulation. Quoi qu’on fasse, on
se dirige vers un monde qui se réchauffe, et on doit quand même s’adapter. Un pari risqué serait
de se dire que même un monde à 4 °C est viable et qu’on va continuer à s’adapter. La plupart
des spécialistes nous alertent en disant que notre monde sera difficilement vivable.
Quid des des inégalités, notamment Nord-Sud, face au climat ? On ne peut pas penser
climat, sans parler argent, beaucoup craignent d’imposer des règles strictes. Ne faut-il pas
s’attaquer aux entreprises néo-colonisatrices ?
Bien sûr que c’est un vrai soucis : dans l’adaptation, on ne sera pas tous logés à la même
enseigne, c’est bien pour cette raison qu’il faut une coopération au niveau internationale
concernant l’écologie. Les Européens et les Américains sont évidemment mal placés de
critiquer les autres pays. C’est un peu facile pour les Européens de se dire qu’ils ont eu
l’occasion de se développer tout en polluant sans limite, et d’interdire aux autres pays de faire
de même, une fois qu’eux avaient atteint un certain niveau de développement. dire de se C’est
intenable. C’est pour cela que ces négociations sont très compliquées.
On peut calculer l’intensité de points de carbones par PIB. Quand on doit construire
énormément de routes, usines, etc., chaque point de PIB est très carboné. Mais une fois
l’économie stabilisée, ses points de PIB deviennent moins carboné.
Ahmet Insel est politologue et économiste, auteur de nombreux articles scientifiques dans le
domaine de la politologie. Il est aussi engagé dans les combats liés à son pays, la Turquie, au
point où il est dangereux pour lui, à ce jour, de retourner dans son pays.
M Insel souhaite nous offrir des pistes pour nous aider dans nos futures lectures en sciences
politiques.
Tout d’abord, il faut noter que ce concept est très vague et très en vogue en ce moment. Le
terme tombe en désuétude dans les années 80, un moment de démocratisation généralisée au
lendemain de la chute du mur de Berlin.
Il tombe alors en désuétude alors que dans les années 60-70 beaucoup de travaux avaient été
faits, notamment en Amérique latine qui connaissait de nombreux chamboulements politiques
(coups d’État au Brésil, en Argentine, des régimes militaro-autoritaires, etc.). Mais encore, les
indépendances africaines n’avaient pas introduit de régimes immédiatement démocratiques,
basés sur des élections libres ; c’étaient souvent des régimes à partis uniques, souvent
dictatoriaux, pas spécialement sanguinaires, mais cela arrivait.
(La fin de l’histoire, pas seulement de conflits entre l’Est et l’Ouest. à Conceptualisé par un
politologue)
La séparation de pouvoir n’est pas toujours évidente, acquise, notamment entre l’exécutif
et le législatif. S’il y a par exemple un parti unique, il détient les deux pouvoirs : il est
majoritaire au parlement et au gouvernement. En revanche, la séparation entre les pouvoirs
exécutifs et judiciaire est vraiment fondamentale, car le pouvoir autoritaire s’installe
principalement par le contrôle de la justice – c’est le cas de la Turquie, de la Hongrie, de la
Russie ou encore de l’Inde de Modi.
À noter qu’aujourd’hui, il y a une sorte de quatrième pouvoir : les médias. Il faut s’interroger
sur l’indépendance des médias. Est-ce que les médias peuvent critiquer le pouvoir, peuvent-
ils remettre en cause les vérités avancées par le pouvoir en place ? Est-ce que les médias
peuvent-ils informer le public sur le pratiques du pouvoir ? C’est un aspect important, puisque
nous nous trouvons actuellement dans une société dans laquelle la communication représente
un enjeu principal des batailles politiques – la bataille politique se fait surtout dans l’espace
communicationnel. C’est pour cela que dans les régimes autoritaires l’on retrouve des
centaines de personnes, des trolls, employées par les gouvernements pour produire de fausses
informations ou des contre-informations sur les médias sociaux. C’est une manière de soit
renforcer la légitimité de leur régime, soit de décrédibiliser les adversaires du pouvoir.
Le premier pôle, où le premier type est celui des régimes dictatoriaux à parti unique, ou
autocratie du parti. Actuellement, il n’existe presque plus de régimes dictatoriaux sans partis ;
il y a toujours un parti qui sert comme moyen d’encadrement de la société. La Corée du Nord
en est un exemple poussé à l’extrême, qui sort presque du cadre théorique. La Chine, quant à
elle, illustre parfaitement ce pôle. Ce n’est pas un régime qui essaye d’inculquer à une
population une idéologie massive totalement constituée.
C’est un modèle intéressant, car c’est un modèle qui met en place une hiérarchie des objectifs
mis en œuvre afin de préserver le pouvoir. En Chine, ce qui compte avant tout lors des prises
de décisions, c’est le parti – en d’autres termes, il faut absolument conserver l’autorité du
parti sur la société. Viennent ensuite l’État, puis la société. C’est donc 5 % à 7 % de la société
qui encadrent la société. Le parti populiste chinois tend vers une politique économique
socialiste, alors qu’il menait une politique économique socialiste du marché auparavant.
Le deuxième type de régime autoritaire réfère à des régimes multipartites aux élections factices
et bien verrouillées, ou autocratie de la personne. Le cas type est celui de la Russie, un
exemple encore plus extrême serait celui de la Biélorussie. Ce sont des régimes qui présentent
des partis politiques, où le parti au pouvoir ne lâche pas le pouvoir depuis l’indépendance.
Les élections sont, selon les besoins du pouvoir, libres. S’il y a un danger quelconque qui pèse
sur le pouvoir, tous les coups sont permis : un opposant agace le pouvoir, on peut le liquider ;
les élections risquent de renverser le pouvoir, on les annule !
Une deuxième caractéristique de ces régimes, c’est que ce sont des régimes de distribution de
rentes : en Russie, ces rentes sont payées par toutes les ressources pétrolières et leur distribution
se fait par l’État. Elles sont un moyen pour légitimiste le pouvoir aux yeux de la société. La
Russie présente toutefois une production industrielle relativement faible par rapport au nombre
d’habitants. C’est en d’autres mots un tigre en papier ; un puissant pays reposant sur de
bases pauvres. Le parti au pouvoir, la Russie Unie (créé par Poutine et des membres des
services secrets au début des années 2000), n’est pas important. Ce qui importe, c’est le vertical
de pouvoir qui s’appuie sur le chef – en d’autres termes, il faut à tout prix maintenir le chef
au pouvoir. Si Xi Jinping meurt, cela provoquera quelques tumultes en Chine, mais le parti lui
trouvera rapidement un remplaçant de taille ; si Poutine meurt, on ne sait pas ce qu’il adviendra
du pays.
Un autre moyen dont use le parti pour asseoir sa légitimité est le nationalisme ethnique.
Attention, en Russie, ce nationalisme ethnique peut être dangereux, puisque la population n’est
pas « homogène ». Mais la Russie use de la nationalité ethnoreligieuse, mais surtout d’un
nationalisme de nostalgie qui nourrit la volonté de retrouver la grandeur d’antan, la grandeur
perdue de l’Union soviétique.
Les deux cas les plus significatifs de ce type de régime sont la Hongrie et la Turquie.
Le cas de la Hongrie est particulièrement intéressant, car il s’agit là d’un pays membre de
l’Union européenne. La Turquie est candidate à l’Union européenne et est membre du Conseil
de l’Europe. Depuis 2018, avec l’entrée en vigueur du changement constitutionnel engrangé en
2017, la Turquie connait un régime appelé « le système politique de la présidence de la
République ». Recep Tayyip Erdogan y est à la fois Chef d’État, chef du gouvernement,
chef du parti autoritaire et chef des armées.
Ces deux pays ne sont pas des économies rentières, ils ne disposent pas de ressources suffisantes
pour cela. Ce sont des économies productives, avec une économie du marché, une production.
Le régime est donc autoritaire, mais est à la fois dans l’obligation de tenir compte des
contraintes du marché. Cela a pour conséquence la formation de politiques néolibérales
(politiques qui considèrent que la régulation par le marché est toujours supérieure à la régulation
par l’État) couplées à un populisme (pas spécialement négatif).
En effet, ces pays ne disposant pas de rentes à distribuer doivent mener des actions de
politiques sociales (500+ en Pologne). Ces régimes assoient leur légitimité en menant des
actions à but populaire et de financement public. C’est également des régimes clientélistes. Le
but premier de ce clientélisme productif est l’attribution des marchés publics. Par exemple,
Viktor Orban a utilisé les fonds européens pour attribuer les ventes d’affaires de son entourage.
Une autre ressource idéologique qui caractérise ce troisième type d’autocratisme est bien
évidemment le nationalisme ; on retrouve ici aussi un nationalisme ethnoreligieux (Viktor
Orban se considère comme le dernier défenseur des valeurs chrétiennes en Europe ; Recep
Tayyip Erdogan promeut un nationalisme islamiste qui utilise également la nostalgie de la
grandeur perdue de l’Empire ottoman. Ces discours ethnoreligieux visent à la fois les laïques
du pays et la minorité ethniques tels que les Kurdes (qui constituent entre 15 % et 18 % de la
population).
Dans le cas de Viktor Orban, 80 % des Hongrois résidant dans des pays limitrophes de la
Hongrie (Roumanie, Serbie, Slovaquie ; les anciens grands joyaux de la Hongrie) ont voté pour
le Fidesz. Viktor Orban promeut également la nostalgie de la grandeur d’antan, qui est
particulièrement efficace au sein de la diaspora.
Ces régimes arborent un nationalisme de manière active et ont tous une logique imparable de
discours : celle de la séparation entre la désignation de la société et de l’espace politique interne
et externe entre amis et ennemis. C’est le discours fondamental ; il y a un clivage, une
polarisation entre amis et ennemis. Les amis sont ceux qui soutiennent le régime et les
ennemis sont ceux qui s’opposent au régime, où des groupes choisis (minorités, ethnies,
immigrés, etc.). Par exemple, un des ennemis importants dans la logique autoritaire de Viktor
Orban sont les classes moyennes urbaines (pareil pour le PiS en Pologne, ou les amis, les vrais
Polonais habitent les villages et les ennemis, les faux Polonais habitent les grandes villes et sont
cosmopolites). Dans le cas de la Turquie, il y a un débat incessant entre ceux qui estiment que
le pays devrait s’apparenter aux pays islamistes et ceux qui pensent qu’elle devrait s’approcher
davantage de l’Europe. En gros, c’est un débat qui met en cause la démocraticité ou non de la
Turquie.
Il faut noter que dès que l’on entend un régime défendre la supériorité des valeurs nationales
authentiques, il faut immédiatement comprendre qu’il y a dernière cela la remise en cause de
l’universalité des valeurs humaines ; c’est indéniable.
Ce dernier type de régime est un régime hybride. C’est aussi des régimes qui sont
imprévisibles, encore plus que les autocraties centrées sur les individus telles que la Russie.
Tout ce qu’on sait de la Russie, c’est qu’elle est expansionniste et impérialiste… La stabilité de
ces régimes n’est pas acquise institutionnellement, comme en Pologne ou encore aux États-
Unis. Ces régimes pourraient se faire de plus en plus fréquents, où certains pays pourraient
avoir des glissement vers cet autocratisme-là ; l’Union européenne est donc loin d’être protégée.
L’Inde, l’Argentine (Xavier Milet, pas de majorité au parlement), Trump s’inscrivent dans ce
troisième type.
Questions-réponses
Vous avez mentionné Trump lorsque vous énumériez des exemples d’autocrates.
Pourtant, son premier mandat ne nous en dit pas autant. Pourquoi le mentionner ?
Nous ne saurons jamais s’il représentera ces mêmes comportements s’il est réélu, mais il faut
tout de même noter qu’il y a un facteur important aux États-Unis :
Concernant la Turquie, on observe des évènements similaires qu’en Hongrie, mais étalés sur un
laps de temps beaucoup plus long. En effet, Viktor Orban est arrivé au pouvoir en 2010 ; les
partis de Recep Tayyip Erdogan est arrivés au pouvoir fin 2002 et lui est devenu Premier
ministre fin 2003.
Depuis fin 2002, l’AKP est au pouvoir d’une manière continue et en tant que parti unique.
Erdogan a perdu les élections une seule fois en juin 2015. Il avait été élu président de la
République l’année d’avant et en 2015 il perd sa majorité parlementaire. Il a empêché la
formation d’une coalition entre son parti, AKP, et le principal parti de l’opposition, CHP. La
guerre avec l’organisation kurde PKK a redémarré trois semaines après ça, avec de graves
attentats à la frontière syrienne, à la gare d’Ankara… Dans ce chaos généralisé, Erdogan a
organisé des élections anticipées en novembre 2015, grâce auxquelles il a obtenu la majorité
parlementaire. Son slogan : « moi, ou le chaos ».
Plus tard, il y a eu une tentative de coup d’État de son ancien allié religieux en 2016. Il a
instrumentalisé cette tentative de coup d’État foireuse qui démontre parfaitement l’esprit
d’un autocrate, c’est-à-dire, comment un autocrate arrive à saisir les opportunités qui se
présentent à lui lors que situations malheureuses (ou non). Il est arrivé le lendemain matin
à Istamboul par avion, où des affrontements avaient encore lieu, et il déclara devant le public
venu l’acclamer : « ce coup d’État est un don de Dieu pour nous. »
Ce qu’il appelait don de Dieu, c’était l’instauration de l’état d’exception : quand on instaure
l’état d’urgence, les libertés fondamentales sont suspendues. Pendant deux années, la Turquie
sera dirigée sous l’état d’exception. Cela veut donc dire que les lois n’étaient pas promulguées,
mais des décrets présidentiels ; quand un pays commence à être majoritairement dirigé par des
décrets présidentiels, et non pas par les lois, nous nous trouvons dans un régime où les pouvoirs
exécutifs et législatifs sont réunis dans les mains d’une seule et même personne.
Étant donné que son parti avait perdu la majorité parlementaire, Erdogan assure ses arrières en
s’alliant au parti d’extrême droite, MHP, le parti d’action nationaliste. Ces deux partis sont
depuis alliés aux élections et c’est grâce à cet apport de voix du parti d’extrême droite que
Erdogan s’assure la majorité parlementaire. Ce n’est plus un pouvoir comme l’Inde de Mori,
qui est basé sur ses propres forces, ce qui était le cas jusqu’en 2015. À présent, il ne dirige plus
seul, mais avec un allié d’extrême droite et ensemble ils mènent une politique nationaliste
religieuse antikurde, antieuropéenne et en se servant des valeurs nationales authentiques.
Le nationalisme religieux est devenu le mot d’ordre depuis 2016, alors que la Turquie est
candidat officiel à l’Union européenne ; ce qui est antinomique.
Le bâtiment est une immense demande en amont : il crée de l’emploi, différents corps de métiers
sont mobilisés. Il a aussi créé des universités dans presque tous les départements de la Turquie.
Elles ne sont pas de grande qualité, mais elles créent un dynamisme au niveau local.
On retrouvera ces trois facteurs dans la plupart des autocraties électives : c’est effectivement le
cas de Modi en Inde qui présente toutefois des exigences idéologiques nationalistes indoues, ou
encore celui de Orban qui met en avant des exigences idéologiques nationalistes chrétiennes,
etc.
Pour chaque régime hybride, on retrouve un contenu plus au moins différent, mais l’enveloppe
reste la même.
Cette rupture va être accompagnée par une volonté de modernisation. En 1926, la Turquie
adopte alors un code civil, mais pas n’importe lequel : elle adoptera le Code civil de la Suisse.
Ce qui caractérise le Code civil de la Suisse, c’est l’absence de distinction dans le droit privé
entre homme et femme, c’est-à-dire que la femme et l’homme héritent de la même manière, la
femme ne dépend pas de l’homme. Dans les pays musulmans de l’époque, il n’y avait pas
encore de forme équivalente. En 1928, la Turquie décide d’abolir la référence à une religion
d’État ; l’Islam n’est plus la religion de l’État. Et en 1937, la Turquie inscrit dans sa
constitution que l’État est laïque. Le terme est directement emprunté au français et y figure tel
quel.
Tout ceci va être fait par un autoritarisme par le haut : il n’y aura pas de référendums pour
aucun des changements. C’est un autoritarisme moderniste dont l’objectif est de créer un islam
national épuré de ses origines et influence arabo-perse (un peu à l’instar de Napoléon qui
souhaite créer une Église anglicane en France, épuré de tout contrôle émanant du Pape). C’est
le fantasme du kémalisme : créer un islam national contrôlé par l’état sans l’influence de
l’extérieur. Ce n’est pas supprimer la religion.
Le kémaliste est aussi nationaliste, car il introduit l’identité turque comme identité
dominante, tandis que l’Empire ottoman était multiculturel, multiethnique. Ce nationalisme
ethnique turc trouvera comme minorité les Kurdes, qui représentent 15 % de la population.
Le kémalisme d’aujourd’hui peut donc s’entendre avec Erdogan, non pas sur la laïcité, ni sur
la guerre culturelle, mais sur la dominance de l’identité nationale turque.
L’opposition a aussi son autoritarisme qui est alimenté par un autoritarisme élitiste qui est
moderniste qui a perdu son aura des années 20-30. En effet, les démocraties occidentales sont
moins attirantes aujourd’hui. Dernière chose qui a fait perdre du terrain à la démocratie
sociale kémaliste, c’est qu’ils étaient à la fois européaniste et souverainiste… ce qui n’est pas
cohérent. Cette ambivalence a ouvert de nombreuses portes à Erdogan dans la bataille
culturelle.
Autrement dit, quand l’autoritarisme par le bas de la société est en adéquation avec
l’autoritarisme par le haut de la société ; il n’y a pas de crainte à avoir d’élections.
Il semblerait que la France monterait une volonté de tendre vers un autocratisme (49.3),
quel est votre avis là-dessus ?
La France n’est pas une autocratie La France présente une particularité, que la Belgique, le
Portugal, l’Espagne ou l’Italie regardent avec frayeur… le régime semi-présidentiel. C’est un
régime semi-présidentiel taillé sur mesure pour de Gaulle, que Mitterrand a qualifié de « coup
d’État » lors du changement institutionnel en 1958. Ce régime devient démocratique quand
il y a la cohabitation, puisque le parlement gagne son autonomie par rapport au président. Mais
quand il n'y a pas de cohabitation, qu’il y a une majorité présidentielle et le président, le
régime présente des tendances autoritaire, où le rôle du parlement est bridé par le fait que le
chef d’État est à la fois chef du gouvernement et chef du parlement.
Un régime autoritaire est un régime dont la séparation des pouvoirs est compromise, l’État de
droit est en péril ; l’opposition n’a pas les moyens de contrôler le pouvoir, les actions du
pouvoir, les institutions indépendantes n’ont pas les moyens de contrecarrer les actions du
pouvoir, etc.
Une démocratie peut, par exemple, avoir un président qui présente de velléités autoritaires ;
mais ce qui est primordial, ce sont des institutions qui brident ces velléités autoritaires, qui les
contrecarrent.
Alain Erlay - La fabrique des biens publics : décisions politiques et gestion publique
Le titre évoque un pan fondamental de la vie publique, à cheval entre la vie politique et la vie
administrative. C’est ce qu’on explore durant cette séance ; car c’est une chose d’avoir des
politiques qui arrivent au pouvoir, c’en est une autre de parvenir à un accord gouvernemental
et encore une autre de prendre les décisions en Conseil des ministres.
Alain Eraly nous présente une image en classe, celle d’une raffinerie. C’est un ensemble
complexe avec des tas de tuyaux. À l’instar de cette raffinerie, le processus décisionnel est
complexe ; au départ, on y injecte quelque chose, ensuite, des tas de processus très complexes
ont lieu, pour au final, avec un peu de chance, obtenir quelque chose de nouveau et d’utile pour
le client, ou dans notre cas de figure, le citoyen. Penser qu’à ce qui précède et la décision finale,
c’est réduire sa définition du monde à un seul pend.
Cette intervention sert à attirer notre attention sur la complexité du processus qui nous
conduit de la décision à son application.
Souvent, les gens ne comprennent pas exactement les enjeux de la prise de décision. Imaginons-
nous alors que nous allons à l’hôpital, car on a besoin de soin. On nous doit nous mettre un
plâtre, et pour ce faire, une organisation précise est nécessaire : il y a les guichets qui sont là
pour votre prise en charge, un comptable s’occupe de faire les décomptes pour l’hôpital, une
infirmière, il faut organiser les locaux, etc. Il faut dès lors des personnes qui gèrent cela, qui
contrôlent cela. Dernière chaque chose de notre quotidien, il y a une organisation monstre qui
se cache pour que notre environnement ressemble à ce à quoi on s’attend, légitimement.
Une des facettes de la crise de la démocratie, c’est le sentiment des citoyens d’avoir un
État énorme, omniprésent, qui leur prend 50 % des recettes pour financer l’ensemble des
services qui façonnent notre pays. C’est un État très couteux, très inefficace et incohérent ;
ce qui n’est pas tout à fait faux. Ce qui toutefois se retrouve au cœur des critiques c’est le
décalage perpétuel entre les paroles et les actes – le citoyen n’arrive pas à comprendre pourquoi
certaines promesses sont faites et que cinq ans plus tard… il n’y a toujours rien qui est mis en
place.
Nous avons tendance à nous imaginer la prise de décision selon un schéma très simpliste :
il y a dans un premier lieu une volonté politique, suivie d’une décision politique qui doit, dans
un troisième temps, être mise en œuvre par l’administration pour finalement, en évaluer les
résultats. Malheureusement, la réalité n’est pas aussi simple et aussi rose. Ce modèle présente
en effet des limites évidentes ; ce modèle de la volonté politique qui se transforme en service
public dans l’intérêt du citoyen est précaire, change souvent, rencontre des difficultés, fait face
à des pressions, une opposition, des difficultés budgétaires, etc.
Il faut se rendre compte que tout n’est pas si simple. Par exemple, pour la construction du métro
à Bruxelles, on pourrait croire qu’il suffirait que les autorités se mettent seulement au travail…
qu’elles emploient la main-d’œuvre nécessaire et qu’elle lui procure le matériel nécessaire…
Ce que l’on ignore, c’est que même si un accord concernant la construction d’une nouvelle
ligne de métro a été conclu, l’affaire remontera au moins 25 fois au Conseil de ministres, pour
différentes raisons. Ce qu’on croit donc être une trajectoire descendante, c’est en fait des
« étirations » qui remontent tout le temps, avec chaque fois une administration bloquée.
La décision politique est toujours très ambigüe : elle présente de nombreuses zones d’ombre
à différents égards tels que le budget, les idées, ou autre. Il ne suffit pas de prendre une décision
d’en haut, même les politiques sont souvent impuissants, car il faut que beaucoup de facteurs
suivent. C’est pour cela que l’administration existe et que certaines personnes y font même
carrière. Ce sont des héros de l’ombre qui traduisent la volonté politique en biens publics.
C’est un des paradoxes de notre modernité ; nous aspirons simultanément à une autorité
politique forte et à une autorité publique faible.
Forte pourquoi ?
à Nous avons tous conscience que la société doit changer, qu’il y a des tas de choses à faire
pour la sécurité, l’environnement, ou autres. Un côté de nous file vers l’espoir d’une volonté
politique qui serait suffisamment fort que pour imposer des solutions rapidement. Tandis
qu’un autre côté de nous ne peut pas supporter l’idée de se voir imposer quoi que ce soit,
d’être assujetti, on crie alors à l’autoritarisme, à la dictature, ou autres.
Petite précision : Alain Erlay appelle « gestion publique » l’ensemble des processus par lesquels
une volonté politique est transformée en bien(s) public(s).
La notion même de décision politique est trompeuse. Le grand mouvement de la décision n’est
pas réellement la décision dans son dernier aspect. Puis au final, qu’est-ce une décision, ou
plutôt qu’est-ce qu’on appelle une décision ? appelle-t-on « décision » le moment ou les
politiques s’assoient autour d’une table et décident de se lancer dans un projet, ou alors, appelle-
t-on décision tous les processus, problèmes et évènements qui découlent de cette rencontre ?
Il est, encore une fois, important de retenir qu’une grande quantité d’acteurs viennent se mêler
aux affaires. Nous vivons dans une société qui a une richesse de société civile, de participation,
d’acteurs multiples… ce qui peut être déroutant pour des étrangers. C’est le cycle d’une société
plurielle et pluraliste, où des tas d’acteurs interviennent dans le processus et peuvent compliquer
les choses – ce qui peut altérer les changements annoncés. En fait, une partie du processus sera
émergent ; elle apparaitra au cours du processus.
On en arrive à quelque chose de crucial : ce qui fait tourner les choses c’est le leadership au
sein de l’administration. En bref, il s’agit de personnes, des responsables, des chefs de projets
qui prennent les choses en main ; ils traversent cette complexité et essayent d’arriver quelque
part.
Une dernière question sur laquelle nous allons nous pencher est celle de l’acceptabilité des
réformes. Il faut affronter la question de la légitimité. Un changement légitime est un
changement qui vous parait acceptable, souhaitable. Et d’où vient alors cette légitimité ?
Un exemple imagé serait celui d’un médecin obèse qui dit à un patient obèse de perdre du poids.
À quelles conditions vais-je penser que ce changement, ce régime, « cette réforme est légitime ?
Il faut réunir cinq conditions :
1. La nécessité : ce changement doit m’apparaitre nécessaire ;
2. La faisabilité : ce changement doit m’apparaitre possible ;
3. « L’éthicité » : ce changement doit m’apparaitre conforme à un contenu de valeur – je
dois accorder de la valeur à ce résultat ;
4. L’acceptabilité : le processus de changement est lui-même acceptable ;
5. La légitimité de l’acteur : l’acteur du changement doit m’apparaitre lui-même comme
légitime.
Dans l’administration et dans les réformes publiques, ces cinq conditions renvoient à cinq types
de stratégies :
1. Il faut rendre une réforme nécessaire : il faut construire une nécessité autour du
changement ;
2. Il faut construire la possibilité du changement : il faut convaincre les gens qu’on va y
arriver et vaincre les barrières de scepticisme ;
3. Il faut construire un cadre éthique autour du changement : il faut convaincre les gens
que les choses se porteront mieux quand ce changement aura opéré ;
4. Il faut mettre en place des processus participatifs et respectueux des acteurs ;
5. Il faut que les acteurs du changement soient vus comme légitimes ;
Attention : qui dit légitimité, dit également délégitimation. C’est logique : lorsque l’on essaye
de construire une légitimité, il est évident que des opposants essayeront de la fragiliser, voire,
de la casser. Vivre dans un monde comme le nôtre, c’est faire face à la critique dès lors qu’on
avance une proposition de changement.
Questions-réponses
On constate que dans les programmes de nombreux partis politiques se trouvent des
solutions ou idées que l’on pourrait qualifier de simplistes ; est-ce les partis ne jouent pas
un rôle dans la création de cet imaginaire simpliste de processus décisionnel ?
« Vers une société plus accueillante, fondée sur le bien-être bla-bla-bla… » oui, oui, très bien.
Mais est-ce faisable concrètement ?
Le politique a conscience que le politique ne peut arriver avec une telle complexité. Il faut noter
qu’il y a également des politiques qui rêvent de simplicité ; ils n’ont pas envie de s’embarrasser
de la complexité. Ils savent que cette complexité n’est pas vendable et proposent alors une
solution plus vendable, et ce faisant, ils entretiennent l’idée du « il n’y a cas… ».
Le politique est évidemment coincé par le système médiatique et par les modalités de la
communication politique, pourtant, le politique devrait avancer un peu plus de pédagogie de la
complexité et de la gestion publique, même si les citoyens risquent de ne pas spécialement s’y
intéresser.
Est-ce qu’à force de continuer à satisfaire les volontés de tous les citoyens, la politique ne
risque-t-elle pas d’être dépourvue de l’intérêt commun qui devrait l’animer ?
Quelques fois la communication politique peut être associée à une sorte de « jouissance » de
l’indignation.
Quels sont les avantages et désavantages du travail en collaboration avec des cabinets de
conseil dans la mise en place des politiques publiques ?
L’intervention de cabinet de conseil pose des questions de budget et de légitimité, car dès que
les personnes apprennent cela, ils ne comprennent pas l’utilité de ces conseils, leurs légitimités
ni leur apport.
L’endettement n’est pas une fiction. On ne peut résoudre les problèmes en disant « il n’y a
qu’à… ». Ce n’est pas simplement un moyen de faire avaler aux citoyens les politiques
d’austérité qui en découlent.
Dans ce cas, Alain Erlay ne veut pas dire que le citoyen lambda est responsable de la dette
collective, c’est évident que le budget est du ressort des décideurs politiques, qui ont alors
décidé de lâcher prise sur la rigueur budgétaire.
Toutefois, la dette devra être tôt ou tard remboursée, ce qui implique que des décideurs
politiques vont devoir assumer la rigueur budgétaire. Par conséquent, il y aura toujours une
déclinaison de la responsabilité collective à la responsabilité personnelle.
On pointe souvent du doigt la politique en disant qu’il ne s’agit plus que d’une question
d’argent, mais ces notions-là restent du domaine de la politique ! Ce que l’on dépense d’un côté,
on ne pourra plus le dépenser de l’autre ; si l’on décide d’investir de l’argent dans un secteur,
cela induit souvent des coupures budgétaires dans un autre.
Quel est votre avis sur la politique simpliste du PTB ; est-elle réalisable ?
Si par cette question on sous-entend que dans les partis il y a des formes de démagogie et que
tout n’est pas calibré en fonction de principes de réalités administratives, financières, juridiques
ou autres ; dans ce cas-là, oui, on peut affirmer que certains partis, le PTB peut-être, sont
simplistes.
D’où vient la peur du mot « performance » que vous aviez évoquée dans un des exemples
données lors de votre présentation ? Serait-ce lié à la peur de la comparaison entre l’humain et
la machine ?
Une personne sceptique à l’égard du mot « performance », d’après des pendants idéologiques,
exigera tout de même d’être payée en temps et en heure, et criera même au scandale quand ce
ne sera pas le cas… En d’autres termes, elle attend également une performance de la part des
services publics. On ne confond pas là l’humain et la machine.
Il faut par conséquent bien tenir en tête qu’à chaque fois qu’un déficit se présente, des personnes
en paient le prix ; s’il manque du personnel au sein du service des paiements, les salariés seront
lésés…
Fédération des Services sociaux
Elle a fait des études d’assistante sociale – master en sociologie – spécialisation en migration.
C’est une personne sur trois à Bruxelles qui a du mal à joindre les deux bouts, qui a du mal
à gérer un quotidien, à se chauffer, à se loger, etc. Quand on parle d’une personne sur trois, on
n’inclut pas « la vingtième commune », les personnes sans papiers. Même si on vit en Belgique,
cela ne veut pas dire que la précarité n’existe pas. Nous ne sommes pas dans un pays du tiers
monde, mais les aides sociales (CPAS) ne suffisent plus à Bruxelles. On remarque également
que même les salaires ne suffisent plus
La question de la précarité est une question sociale ; mais les questions sociales sont aussi des
questions sociétales.
La question sociale n’est pas une question marginale, elle est même centrale. D’ailleurs, elle
ne l’est pas encore assez. Le problème de politiques, c’est qu’ils ne vivent pas dans la précarité.
Et s’ils ont vécu dans la précarité, ils estiment que si eux ont pu s’en sortir, les autres le pourront
aussi. Ils ne peuvent que très difficilement se rendre compte des incidences de cette décision
sur la partie de la population précaire.
Quand les décideurs politiques doivent prendre des décisions, ils prennent des décisions selon
la famille « Boule et Bill » ; une famille imaginaire composée d’un papa et d’une maman
ensemble, avec un enfant, vivant dans une villa. Ce modèle de famille exclut les familles
précaires, elles se sentent méprisées, car elles ont l’impression que leur réalité n’est jamais prise
en compte ; ces personnes n’ont pas spécialement plusieurs salles de bain, etc.
La Fédération des Services, c’est un service qui a la particularité de ne pas être spécifique ;
toutes les personnes qui ont des problèmes avec des dettes, eux-mêmes, etc., peuvent franchir
la porte. Leur but est d’être à l’écoute des assistants sociaux et de répondre à leurs doutes. Par
exemple, leur engagement, si cela en vaut la peine, si ce qui font change vraiment les choses,
etc.
La plupart des gens ne savent pas ce que vivent les personnes en précarité, ils ne savent pas ce
que c’est de vivre dans un logement mal isolé, à quel point cela peut affecter le mental des gens,
etc. Le but de la Fédération est de décrire les choses, les situations, pour mieux les voir et mieux
les comprendre.
On ne se met pas (assez) à la place des gens, alors on ne peut pas savoir. Il faut continuer à
s’étonner, et être indigné par les choses pour ne pas « s’immuniser » contre tous ces malheurs.
Pendant la crise sanitaire, la première décision qui a été prise pour le public défavorisé a été
d’augmenter l’aide alimentaire… Mais dans le monde entier, lors d’une crise sanitaire, la
première proposition est de remplacer l’aide physique contre de l’argent ; il faut protéger les
corps. La Fédération a longuement insisté pour que cette aide alimentaire soit remplacée par de
l’aide financière, pour que les personnes puissent aller acheter leur pain dans le magasin à
côté… Une députée ne comprenait pas pourquoi cela posait autant problème, de conserver
l’aide alimentaire. C’est notamment problématique, car on en conclut que les vies des pauvres
ont moins de valeur…
La Fédération des Services sociaux sur l’aide alimentaire, l’aide énergétique et ils ont des
équipes de terrain.
Concernant la démocratie…
On ne peut pas imposer un tel décret aux services publics. C’est antidémocratique. Notre seul
contact avec les services publics se fait en ligne et ceux-ci s’éloignent de plus en plus de nous.
Il n’y a plus d’oreille qui nous écoute, qui nous épaule dans les démarches.
Les services sociaux associatifs aident 95 % à aider les gens à accéder aux services publics, à
avoir accès aux bourses d’études, etc. Ils sont devenus des sous-administrations. Cela empêche
les services sociaux à être dans la solidarité « chaude », de prendre vraiment les gens en charge.
Il est inquiétant de constater qu’il n’y a plus d’oreille qui écoute de la part des services
publics. Ce sont les services sociaux qui reprennent le flambeau. Ils subissent alors la colère
des gens, car ceux-ci peuvent enfin parler.
Aujourd’hui tout se concentre sur un plan avec un résultat, la base de la démocratie s’effondre.
Par exemple, les métiers du soin. Tout ce qui compte, c’est la rentabilité, au péril du bien-être
des patients. C’est actuellement un métier en pénurie, car on a pensé qu’on pouvait gérer un
hôpital comme une entreprise (cf. Le ballet libéré).
Les politiques ne peuvent pas nous offrir une vision qui nous permet de nous préparer au futur.
Il n’y a pas de capacité à envisager des enjeux sur le long terme… (environnement,
précarité).
Il faut continuer à raconter aux politiques la réalité des choses.
Il faut cependant garder en tête qu’il est plus facile pour un gouvernement ou un cabinet
politique de déchirer un nouveau projet que l’on va leur proposer, que d’abandonner un projet
qu’on a réussi à faire exister.
Il faut continuer à monter des projets dans lesquels on croit, de faire exister de projets qu’il sera
beaucoup plus compliqué de mettre de côté, contrairement aux dossiers.
Les citoyens savent ce qu’il y a à faire, quand il y a des catastrophes naturelles, les bénévoles
sont les premiers sur place. Les politiques sont actuellement incapables de changer les choses,
ils sont occupés à d’autres choses (qui nous dépassent peut-être). Ce n’est pas du mépris de la
politique.
Isabelle Ferreras (sociologue) – Femmes qui font grève au Lidl pour ré-avoir le pouvoir d’aller
aux toilettes quand elles le veulent. Quand on a un mépris de notre existence, on a un habitus
que notre parole n’a pas de valeur.
Les BrICoS – bureau de recherche : idée du brico est d’inviter les gens à partager leur quotidien
difficile. Ce ne sont pas les grands problèmes du monde, mais ces « petits » problèmes ont de
la valeur ! On
Fatima Ouassak – Politologue française : tout le monde être dans un beau lieu, pas que les
bobos. Le lieu est à l’image de la considération que l’on nous porte.
Questions-réponses
Je n’ai pas de problèmes avec les politiciens : c’est plutôt le système politique qui ne donne
pas beaucoup de marge de manœuvre. Même quand les gens veulent agir, il faut beaucoup
négocier.
Quand on est en politique et qu’on a de l’ambition, il faut soit être très patient, soit,…
Elle est assez pragmatique, donc elle ne fait pas spécialement confiance aux promesses
politiques. Elle n’est pas contre les politiciens, mais elle se demande si le système politique en
place permettra de faire face aux enjeux politiques de demain.
Il y a dans notre société une maladie de la suspicion ; mais il faut lâcher la grappe aux personnes
précaires. La honte doit changer de camp.
Le contrôle et les vérifications antifraudes sont même plus couteux que les aides en elle-même.
Il faut aussi noter que les personnes précaires ont souvent du mal à toquer aux bonnes portes.
Donc s’ils viennent chercher un colis alimentaire, et qu’ils attendent dans le froid et la pluie,
c’est qu’ils en ont vraiment besoin.
Qu’est-ce qui coince en Belgique ? 1 personne sur 5 vit sous le seuil de pauvreté à l’échelle
nationale, mais certains politiques estiment que la Belgique est déjà trop redistributive.
Il faut dépasser les slogans et s’intéresser aux choses en détail. Le monde est très complexe et
les slogans sont totalement insuffisants pour tout prendre en compte.
Salaire et chômage ?
Les salaires sont beaucoup trop bas de nos jours. Il faut augmenter les salaires pour inciter
Ester Duflo (Prix Nobel de l’économie 2024) – elle parle de la dette. Ce qui est inquiétant dans
la dette, c’est que l’on puisse s’enfuir sans la payer. Une dette d’État est plus « stable »
puisqu’elle sera payée quoi qu’il arrive.
Il y a une grande contradiction : d’un côté, on nous dit qu’il faut bien s’alimenter ; de l’autre,
on continue à avoir de la publicité continuelle sur la malbouffe. Une mère précaire qui offre des
chips à ses enfants a l’impression d’être une bonne mère, car les pubs la poussent à penser ainsi.
Les personnes précaires ont moins d’impact sur le climat que les riches ; ils n’ont juste pas
l’habit du bobo gaucho.
Politisation de l’accès à l’alimentation : enjeux énormes. On remet dans les mains de l’État des
questions essentielles et de revenir à un système moins mondialisé.